ANNALES SCIENCES NATURELLES ZOOLOGIE COMPRENANT L'ANATOMIE, LA PHYSIOLOGIE, LA CLASSIFICATION ET L'HISTOIRE NATURELLE DES ANIMAUX PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE M. EDMOND PERRIER DIXIEME SERIE TOME IV PARIS MASSON ET Cie, ÉDITEURS LIBRAIRES DE l'aCADÉMIE DE MÉDECINE l'20. Boulevard Saiiit-Germaiu d920 Tous droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays. CONTRIBUTION A LA CONNAISSANCE DE LA PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOÏDIQUES Par Émile-F. TERROINE INTRODUCTION « Un chapitre des plus intéressants^ — on peut ajouter des plus indispensables^ — pour compléter l'histoire de la fonction éner- gétique des êtres vivants^ c'est celui de l'évolution de la graisse dans l'organisme^ particulièrement des animaux... Malheureu- sement., les documents les plus essentiels manquent encore pour l'écrire. Même ses cadres généraux nous font défaut en grande partie. » Ce qu'écrivait ainsi Morat en 1904 était profondé- ment vrai. Sans avoir été totalement délaissée, l'étude des graisses n'avait point, à beaucoup près, passionné les cher- cheurs, comme l'avait fait celle des albuminoïdes ou des hydrates de carbone. Si la constitution des matières grasses nous était connue par les travaux mémorables de Chèvre ul, nous ne pouvions cependant trouver le magnifique faisceau d'acquisitions nouvelles qu'apportaient de tous côtés les chimistes sur la composition des matières albuminoïdes, des substances nucléiniques, des hydrates de carbone, des alcaloïdes. Le physiologiste traite sans grande estime ces substances de réserves déposées loin des tissus actifs de l'organisme, auxquelles on ne saurait attribuer le rôle noble d'être, comme l'albumine, le constituant fondamental du protoplasme ou, comme le sucre, un combustible de choix. La digestion même des graisses, qui passionne un moment l'opinion physiolo- 5 ÉMILE-F. TERROINE gique, à la suite de la belle découverte de Bernard et des vives polémiques qu'elle suscite, est moins connue que celle des hydrates de carbone ou des albumines ; on ne sait encore si, comme pour les autres aliments, le fractionnement en molécules plus simples doit précéder Tabsorption. Quant aux anatomistes, aux cytologistes, leurs regards vont peu vers ces graisses reléguées au rang d'enclaves, élé- ments contingents de la cellule et qui ne peuvent intervenir dans le déterminisme des grands problèmes de biologie qui les passionnent : structure du protoplasme, forme, variation, hérédité. Et puis, tout à coup, tout change : à la suite des beaux travaux d'OvERTON et Hans Meyer, les corps gras sont devenus les lipoïdes. Le chimiste s'aperçoit alors qu'à côté des triglycérides il existe vraisemblablement une foule de composés à structures très diverses : phosphatides, cérébrosides, éthers de la choles- térine, etc., qui, par leur complexité, méritent son atten- tion autant qu'albumines, purines ou hydrates de carbone. Le physiologiste attribue peu à peu tous les rôles impor- tants aux substances grasses et lipoïdiques : elles fixent les anesthésiques, et leur présence permet de comprendre le mé- canisme de la narcose ; elles réagissent avec les venins pour donner des hémolysines ; elles font partie intégrante des anti- corps ; elles commandent aux oxydations organiques ; elles jouent dans la croissance un rôle aussi nécessaire que mysté- rieux ; enfin la présence d'un minimum de graisse dans l'ali- mentation serait aussi indispensable que celle d'un minimum d'albumine. Quant à l'histologiste, il trouve que les mitochondries sont constituées en partie par des corps gras, et il attribue à ces granulations, comme on l'a toujours fait pour tout élément cellulaire, toutes les fonctions de la cellule : l'élaboration des grains de sécrétion, des granulations pigmentaires, la for- mation du glycogène, etc.. Lorsque nous commençâmes ce travail par des recherches sur la digestion, — notre première publication relative aux substances lipoïdiques date de 1907, — le mouvement qui PHYSIOLOGIE DES ^UJBSTANCisS GRASSES ET LIPOIDIQUES 7 portait les physiologistes vers l'étude des corps gras était Ipin d'avoir l'importance qu'il a prise depuis. A la vérité, l'apparition de techniques nouvelles, permet- tant l'obtention de données beaucoup plus précises que celles précédemment acquises, fut pour une part importante à l'origine de ce mouvement. En particulier, la mise au point d'une excellente méthode de dosage des acides gras par KuMAGAWA et SuTO ; l'application qu'eux, leurs collaborateurs et leurs élèves montrèrent qu'on en pouvait faire aux orga- nismes totaux, aux tissus, aux humeurs, aux aliments, aux matières fécales, mirent à la disposition des physiologistes un instrument de travail leur permettant d'aborder avec satis- faction, comme avec fruit, les problèmes nouveaux qui les sollicitaient. Lorsque A. Mayer et G. ScHiEFFER furent amenés, par leurs recherches sur le pouvoir hémolytique des sérums et sur la résistance globulaire, à étudier les substances lipoïdiques des humeurs et des tissus ; lorsque, de mon côté, je désirais suivre dans l'organisme le sort de ces graisses dont j'avais étudié les transformations sous l'influence des sucs digestifs, nous avions alors les méthodes nécessaires à la poursuite d'une investigation étendue sur la physiologie des substances grasses et lipoïdiques, et nous étions tout préparés dans ce but à la plus intime des associations. Je sais trop ce que je dois à cette collaboration, non de travail matériel seulement, mais de pensée, pour tenter de séparer ce que nous avons voulu associer et faire miens des résultats qui ne m'appartiennent point en propre : si l'on trouve dans ce travail quelque bien, le mérite en revient pour la plus large part à mes collaborateurs. Mais, sur un aussi vaste sujet, une collaboiation, si intime soit-elle, ne va pas cependant sans une division du travail. Si l'on veut bien m'accorder que je sais tout ce que renferme d'artificiel une telle distinction, je dirais que Mayer et Schiffer se sont préoccupés plutôt des constituants per- manents de la cellule dont ils ont démontré l'existence et moi des éléments passagers ; qu'ils ont surtout eu en vue l'étude des lipoïdes et moi celle des graisses. 8 ÉMILE-F. TERROINE Si l'on envisage ce que devrait comprendre ce chapitre de « révolution de la graisse dans Torganisme », dont Morat pro- clamait à juste titre Tindispensabilité, il est facile de voir que, comme pour l'étude du métabolisme d'une substance quel- conque, il doit d'abord établir ce qu'en contient l'organisme à étudier et sa répartition dans les organes ; comment elle pé- nètre du dehors et dans quelles conditions elle est conservée ; comment et aux dépens de quoi elle peut être formée ; quand, comment, dans quelles conditions, sous quelle forme elle peut être utilisée; quelles sont les phases intermédiaires et les termes ultimes de sa dégradation. On ne s'attend certainement pas à trouver dans ce travail une étude de tous ces points. A l'édification du chapitre réclamé par Morat, je n'ai apporté de matériaux que pour quelques paragraphes, mais je ne l'ai point fait au hasard. Désireux de poursuivre plus tard l'étude de la physiologie des corps gras, j'ai voulu avant tout donner à mes futures recherches une base que je n'ai pu trouver dans les travaux antérieurs. Trois points principaux m'ont paru indispensables à élu- cider : 1° L'étude du métabolisme d'une substance exige avant tout la connaissance de la quantité qu'en possède l'organisme auquel on va s'adresser, sa répartition dans les divers tissus et l'influence, qu'en dehors de toute intervention expéri- mentale, les états de nutrition peuvent exercer soit sur la quantité globale, soit sui la répartition. La recherche de ces données constitue la première partie du présent travail. 2^ La question, toujours discutée, du mécanisme de l'ab- sorption des corps gras imposait la recherche de nouveaux arguments, tendant à établir si une modification chimique préalable de ces corps est inutile ou nécessaire ; si l'introduc- tion des matières grasses dans l'organisme met en jeu des processus spéciaux ou si, au contraire, elle obéit aux mêmes lois que celles qui président à l'absorption des autres sub- stances alimentaires. La deuxième partie est dévolue à l'ex- posé de ces arguments. 3° Enfin, étudier l'utilisation des substances grasses et PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 9 lipoïdiques, leurs mutations entre les organes et les dépôts, leur augmentation ou leur diminution après passage dans un tissu dont on recherche s'il les forme ou s'il les consomme, impose avant tout la connaissance de la teneur en matières grasses, à l'état normal, du tissu qui traduit toutes les varia- tions de l'organisme, le sang. Une contribution à cette con- naissance fait l'objet de la troisième partie. Sans doute, les divers problèmes que posent les trois groupes d'études envisagées ici sont loin d'être complète- ment résolus, beaucoup ne sont qu'effleurés, quelques-uns à peine formulés. Au moins ne me reprochera-t-on pas de n'avoir pas, sur ce point, suivi les enseignements du savant illustre dont j'aurais aimé savoir mieux piofiter sur d'autres. « La prétention d'être complet, dit Cl. Bernard, dont on abuse si souvent, n'est qu'une pure illusion en physiologie ; je dirai même que l'essai d'une semblable réalisation peut offrir un réel danger. « Un expérimentateur qui ne veut pas laisser des lacunes dans son travail s'efforce, pour être complet, de les combler avant de livrer au public le fruit de ses recherches. Mais, comme les résultats très lents de l'expérimentation ne peuvent pas faire tous les frais de ce remplissage, il se trouve conduit insensiblement, et sans s'en douter, à avoir recours à des déductions purement hypothétiques, qui peuvent donner à son travail un aspect d'ensemble, mais qui font perdre de vue les faits et altèrent plus ou moins la légitimité des conclusions qu'on en tire. » Si donc, comme le pense Cl. Bernard, la prétention d'être complet n'est qu'une pure illusion, on m'accordera bien volontiers, je pense, après avoir parcouru mon travail, que je n'ai eu ni cette illusion, ni cette prétention. Encore n'ai-je même pas le mérite d'avoir voulu obéir aux prescriptions du maître. Si, sur bien des points, ce travail est incomplet, c'est que, brusquement interrompu il y a cinq ans, par la volonté de me consacrer tout entier et pendant toute la guerre au rôle qui m'était échu dans la défense du pays, je le présente tel qu'il était en juillet 1914, PREMIÈRE PARTIE LA TENEUR EN GRAISSE ET EN CHOLESTÉRINE DES ORGANISMES ET DES ORGANES ; INFLUENCE DES ÉTATS DE NUTRITION Toute recherche dynamique sur les mutations dans un organisme d'une substance, — sa néoformation, sa mise en réserve ou sa disparition dans les organes et les tissus, -— paraît a priori devoir être toujours précédée d une étude statique permettant une évaluation de la quantité globale de substance considérée présente dans l'organisme. Et pourtant que d'études sur la possibilité d'une néotor- mation des graisses dans le foie, sur la mutation des corps gras entre le foie, le muscle et les organes sexuels, n'ont point été accompagnées, précédées, d'un inventaire global ! Un tel inventaire aurait, dans bien des cas, permis d'élucider la question de savoir s'il y a ou non néoformation et, par conséquent, aurait aiguillé les recherches à poursuivre ensuite dans l'intimité de l'organisme. Il ne serait pas juste d'étendre à tous les chercheurs une telle critique. En particulier, un assez grand nombre de ceux qui se sont préoccupés de l'intoxication phosphorée, Atha- NASiu (13), Kraus et Sommer (171), Léo (186), Poli- MANTi (259), ont recherché s'il y avait modification de la teneur en graisse globale des organismes, et assez récem- ment Shibata (292) a publié sur ce point une fort intéres- sante étude, PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 1 1 Nous ne possédons cependant que bien peu de données précises établies par évaluation directe et non par calculs, sur la teneur en graisse des organismes. La lecture des grands traités les plus récents : le Handbiich der Biochemie., dans lequel Tangl (304) a réuni un assez grand nombre de données numériques sur la constitution des orga- nismes ; le Handbiich der vergleichende Physiologie., dans lequel BoTTAZZi (50) s'est livré à une besogne analogue, permet une constatation rapide de la pauvreté de nos connaissances sur ce point. Lorsque nous nous sommes pioposé de reprendre, par suite de la possibilité que nous offrait la méthode de Kuma- GAWA-SuTO de le faire maintenant avec beaucoup plus d'exac- titude, l'étude de plusieurs points ou peu connus ou fort controversés du métabolisme des corps gras, la première question qui s'est imposée à nous, celle dont la réponse nous a paru devoir constituer la base obligatoire de toute étude ultérieure sur la néoformation, la consommation, les muta- tions, c'est la détermination de la teneur en corps gras des sujets normaux. Mais qu'est-ce qu'un sujet normal ? C'est un sujet qui vit en état d'équilibre, qui maintient sensiblement constantes toutes ses caractéristiques, en particulier son poids. Ce sont donc les données acquises sur ce sujet qui devront nous servir de base pour étudier l'influence de conditions anormales natu- relles (travail, lutte contre le froid, lactation, ponte, etc.) ou expérimentales (intoxications, alimentations diverses, etc.). Or, en passant, à l'intérieur d'une même espèce bien entendu, d'un sujet normal équilibré à un autre sujet normal en équi- libre, nous constaterons des différences individuelles. Aux différences de taille, de poids, de musculature, correspondront sans aucun doute des différences dans la teneur en corps gras de l'organisme. Il ne suffît pas d'être avertis de l'existence de telles variations, il nous en faut aussi connaître la grandeur, afin d'éviter d'attribuer à une cause nouvelle ce qui serait tout simplement la caractéristique de l'individu. Il est évident, c'est une donnée trop banale pour insister, que ces variations individuelles seront avant tout condi- 12 , ÉMILE-F. TERROINE tionnées par les états de nutrition. Il nous faut donc des documents précis sur l'étendue des variations présentées par divers sujets d'une même espèce lors d'états de nutrition divers. Déterminer le taux des corps gras chez l'animal normal et les variations de ce taux avec les états nutritifs^ dégager ensuite la signification des valeurs trouvées^ tel sera le principal objet de la première section de notre travail. Ceci une fois établi, nous pourrons alors pousser plus loin notre analyse. Après avoir dressé l'inventaire des corps gras dans l'organisme total, nous aurons en effet le droit de recher- cher ce que contiennent de corps gras, chacun pour leur compte, les divers organes. C'est là la seconde étape obliga- toire avant toute recherche ultérieure sur le transport des réserves, sur les mutations entre organes et dépôts ou entre organes entre eux sous l'influence de conditions physiolo- giques ou pathologiques variées, sur la possibilité d'une utili- sation directe pour la satisfaction des besoins de l'organisme ou la nécessité d'une transformation préalable, etc. Mais là aussi la même question se pose. Les variations individuelles globales ne vont -elles pas être accompagnées de variations individuelles dans chaque tissu? Les organes ne vont-ils pas présenter des variations plus ou moins étendues de la teneur en corps gras, variations de nature à nous masquer celles qui correspondront à des états physiologiques parti- culiers, ou répondront à des interventions expérimentales variées. Ici aussi, par suite du peu de valeur des méthodes employées, nous sommes bien dépourvus de renseignements, et, par con- séquent, il nous faut encore étudier avant tout autre facteur l'influence des états de nutrition. Ainsi se trouve posée la question à traiter dans notre seconde section : déterminer la teneur en corps gras des organes et surtout le sens et la grandeur des variations de cette teneur sous l'influence d'états nutritifs divers. D'autre part, les recherches de Mayer et Schiffer (214,217) ont établi l'existence d'un rapport quantitatif étroit dans les humeurs et les tissus entre les acides gras et la choies- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 13 térine et montré que la giandeur de ce rapport conditionnait la valeur maximum d'imbibition des tissus. Les termes de ce rapport ne doivent-ils comprendre que les acides gras des lipoïdes, des phosphatides ou au contraire la totalité des acides gras, quelles que soient les combinaisons dans lesquelles ils sont engagés? Rien ne permet d'affirmer quoi que ce soit sur ce point a priori. Dans ces conditions, il nous a paru indispensable d'associer à toutes nos évaluations quantita- tives d'acides gras une évaluation correspondante de la choles- térine totale. Gomme pour les corps gras, d'ailleurs, on a parlé de néo- formation, de synthèse de la cholestérine, et les idées les plus hardies ont été formulées sur ce sujet. On a assigné à certains organes, — aux capsules surrénales, en particulier, — le lôle de fabriquer la cholestérine sans qu'aucun inventaire préa- lable sur l'animal total permît d'affirmer la néoformation de cette substance. Les résultats des recherches de GARDNERet de ses collaborateurs, qui assignent à la cholestérine un méta- bolisme à cycle fermé, sont d'ailleurs peu favorables à cette hypothèse. Dans le cas de cholestérine, les données numériques sont encore en nombre beaucoup plus restreint que dans le cas des giaisses. C'est là un fait bien compréhensible, car, si la cholestérine est depuis longtemps connue, elle ne préoccupe que depuis peu les physiologistes. Il en résulte que nous n'avions guère, en commençant ce travail, d'autres renseigne- ments que ceux apportés par Dorée (84), nous montrant la présence universelle de ce composé ou de substance très voisines dans le règne animal, mais ne nous permettant aucune conclusion quant aux variations individuelles à l'intérieur d'une même espèce. Pour l'étude ultérieure du métabolisme de la cholestérine, un problème identique se posait à nous, et dans les mêmes termes que dans le cas des graisses : 1^ Quelle est la teneur en cholestérine de l'organisme total et quelle modification subit-elle du fait des variations nutritives ? 20 Quelles sont les variations, en sens et en grandeur, de la cholestérine dans les tissus suivant les états de nutrition. 14 ÉMILE-F. TERROINE La première partie de notie travail se subdivisera donc naturellement en deux sections : I. L'organisme total ; n. Les tissus. Technique. Pour toutes nos mesures, nous avons associé la méthode de Kuma- GAWA-SuTO, qui donne la totalité des acides gras et de la cholestérine, à celle de Windaus, qui donne la totalité de la cholestérine. Les acides gras sont obtenus par différence. C'est là une manière de faire qui a été pro- posée et utilisée par Mayer et Schjeffer. Nous n'avons absolument rien innové en matière de technique, et nous nous sommes contentés d'appliquer ces méthodes couramment en usage au laboratoire, et dont Mayer et Schiffer (211) ont donné avec le plus grand soin la description, tout en justifiant les quelques modifi- cations apportées par eux. Nous nous contenterons donc d'en rappeler les temps principaux, fo Dosage de l'extrait lipoïdique total. — Nous appelons extrait total l'ensemble des acides gras et de la cholestéiine, sans égard à la nature des combinaisons dans lesquelles ces substances peuvent être engagées. A la vérité, il existe en outre dans cet extrait des substances insaponi- fiables autres que la cholestérine. De ce fait, on peut dire que, dans l'en- semble, nos chiffres d'acides gras obtenus par différence entre l'extrait total et la cholestérine totale sont un peu trop élevés. Mais la correction qu'il y aura lieu de leur faire subir dans l'avenir est beaucoup trop minime pour qu'elle puisse changer le sens de nos résultats. a. Saponification. — Animal ou tissu sont, après pesée, placés dans un Bêcher de taille appropriée et additionnés de lessive de soude à 25 p. 100 à raison de 40 centimètres cubes par 10 grammes environ de substance et de quelques centimètres cubes (5 à 10) d'alcool à 95^. Le tout est alors maintenu au bain-marie à 100° pendant une heure et demie environ. h. Régénération des acides gras. — Dans une ampoule à décantation, on verse une solution d'acide chlorhydrique en quantité supérieure à celle nécessaire pour neutraliser toute la soude précédemment utilisée ; on verse ensuite peu à peu le liquide de saponification et on laisse refroidir le mélange. c. Préparation d'un extrait éthéré contenant les acides gras et la choles- térine. — On verse dans l'ampoule, dont le contenu est froid, de l'éther redistillé sur sodium et exempt d'alcool, en quantité telle qu'une couche de 2 à 3 centimètres d'épaisseur soit formée au-dessus de la phase aqueuse. On agite vigoureusement, on laisse les deux phases se séparer ; puis on décante et on recueille dans un ballon à distiller toute la solution éthérée. Le précipité quis'est rassemblé à la limite de l'éther et de l'eau PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPÔIÛIQUES 15 est conservé dans l'ampoule et agité à plusieurs reprises avec de petites quantités d'éther, qui sont ajoutées à celles précédemment recueillies. La solution éthérée est alors distillée sous pression réduite et le résidu chauffé ensuite au bain-marie à 100» pendant cinq minutes dans un vide de 10 millimètres de mercure. Le résidu est repris par l'éther absolu, et la solution, filtrée sur amiante dans un Bêcher, est évaporée au bain-marie électrique à 80^. d. Préparation de Vextrait total. — Le résidu préalablement obtenu est mis à dessécher à l'étuve à 50^ pour une durée de huit à douze heures. Au bout de ce temps, il est repris par l'éther de pétrole (35-70) et, après deux à trois heures de repos, ce qui permet à la partie non soluble d'adhérer aux parois du vase, filtré sur amiante dans un Bêcher taré. La solution est alors évaporée au bain-marie électrique, le résidu solide séché pendant une heure à l'étuve à 50<* et pesé. Ce résidu comprend l'extrail total : acides gras et substances insaponifiables. 2» Dosage de la cholestérine. — L'extrait total est dissous à l'aide d'un léger chauffage dans l'alcool absolu à raison de 20 centi- mètres cubes d'alcool pour un poids d'extrait de 60 à 150 milligrammes. On ajoute ensuite à la solution 15 centimètres cubes d'une solution de digitonine à 1 p. 100 dans l'alcool absolu. On chauffe jusqu'à ébullition, et l'on ajoute alors de l'eau distillée goutte à goutte pour abaisser le titre de l'alcool entre 95^ et 90^. Il se forme alors un précipité blanc plus ou moins abondant. Lorsqu'il n'existe que de faibles quantités de cholesté- rine, le précipité n'apparait qu'après refroidissement. Après vingt-quatre heures de repos, le précipité est recueilli sur un filtre taré dans un pèse-filtre. La filtration est opérée sur entonnoir de Joulie à l'aide du vide. Le précipité est lavé d'abord à l'alcool à 95", ensuite et à plusieurs reprises à l'éther absolu. Après évaporation à l'air, on sèche à 110o-115<^ pendant un quart d'heure environ, et on pèse. Le poids mesuré représente le composé digitonine-cholestérine ; la cholestérine s'obtient en multipliant ce poids par 0,2431. SECTION I LES ACIDES GRAS ET LA CHOLESTÉRINE DANS L'ORGANISME TOTAL CHEZ LES SUJETS NORMAUX ET INANITIÉS Dresser l'inventaire des matières grasses dans un orga- nisme, c'est, somme toute, établir la réserve énergétique dont cet organisme dispose sous forme de graisse. Un simple dosage de la matière grasse du corps va nous permettre, semble-t-il. la détermination immédiate de cette réserve. Il en serait bien ainsi si l'organisme pouvait consommer la totalité des graisses qu'il renferme, s'il ne succombait à une inanition prolongée qu'après avoir brûlé tous ses corps gras, si l'augmentation prémortelle d'azote à la fm de l'inanition signifiait vraiment, comme l'ont cru certains auteurs, qu'il n'y a plus de graisse dans l'oiganisme, si enfin l'on pouvait accepter sans réserve l'opinion formulée par Neumeister (243): « Peu de temps avant la mort (par inanition), apparaît sou- vent, mais non régulièrement, une augmentation sensible de la destruction des albuminoïdes. Cette élévation pré- mortelle de l'excrétion azotée indique le moment où toute la graisse de l'organisme est utilisée... » Mais nous ne pouvons raisonner aussi simplement. Falck (94) constate, en effet, la présence de 30 grammes de graisse dans le péritoine d'un Chien mort d'inanition ; Schondorff (286) trouve environ 254 grammes de graisse chez un Chien de 23 kilogrammes mourant d'inanition ; Hoffmann (144) relève la persistance de 6,92 p. 100 de graisse du poids total d'un Chien soumis à un jeûne très prolongé ; après vingt- cinq jours de jeûne, un Chien ayant perdu 36,36 p. 100 de son poids contient encore, comme le signalent Kumagawa et Kaneda (173), 245sr,5 de graisse ; après une diminution de poids de 44 p. 100, un Chien analysé par Schulz (288) contient encore 1,05 p. 100 de son poids de graisse. Au moment PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDFQUES 17 de l'apparition de l'augmentation prémortelle de l'azote urinaire, Rubner (276) trouve une teneur en graisse qui, chez le Lapin, atteint 2 à 3 p. 100 du poids sec. Dans son étude sur la durée de la vie, Rubner (277) signale la présence, chez des animaux morts d'inanition, de lgï',56 p. 100 de graisse chez la Souris et 0^^,62 chez le Lapin. Mais c'est von Bœght- LiNGK (43), dans un travail qui, sans être passé com- plètement inaperçu, ne paraît cependant pas avoir retenu suffisamment l'attention des physiologistes, qui insiste le plus clairement sur le fait que « les animaux mourant d'inanition possèdent une réserve énergétique comparative- ment élevée et qui fait penser que ce n'est pas le manque d'énergie ou, ce qui revient au même, que ce n'est pas le défaut de matériaux combustibles qui conditionne la mort par l'ina- nition )). On peut en effet constater, d'après les chiffres de Bœghtlingk, que les Souris normales (moyenne de 5) con- tiennent 28^^,143 et 37gr^625 de graisse p. 100 de résidu sec, alors que les sujets inanitiés ayant perdu 35 p. 100 de leur poids en renferment encore 8^^,799 et 8^^,184 p. 100. Mais alors, si toutes les observations ci-dessus rapportées sont exactes, a-t-on bien le droit de conclure que la quantité de substance inutilisable par l'organisme et persistant lors de la mort par inanition peut entrer en ligne de compte comme réserve énergétique. Nous ne le pensons pas. On ne peut considérer comme réserve, comme potentiel énergétique que ce que l'organisme peut réellement utiliser, et, lorsque nous voyons Tangl {loc. cit.) évaluer par l'analyse totale d'un individu son potentiel énergétique, nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que cette évaluation est d'un bien mince intérêt biologique. Déterminer la teneur globale en matières grasses d'un animal n'est donc pas, par là même, évaluer la grandeur de sa réserve énergétique en ces matières. Il en faudra préalable- ment défalquer la quantité inutihsée conservée au moment de la mort par inanition. Mais rien ne nous permet de croire que cette dernière quantité ne varie pas considérablement d'un sujet à un autre. Nous voyons, en effet, des animaux de même espèce soumis à l'inanition, moi*rir avec des chutes de ANN. DES se. NAT. ZOOL., 40» série. IV, 2 18 ÉMILE-F. TERROINE poids très variables après des durées do survie également très variables. Sans. doute, durée de survie et chute de poids dépendent de la grandeur des réserves au début de Tina- nition, mais ne dépendent-elles pas aussi d'une aptitude plus ou moins marquée pour chaque sujet à pousser plus ou moins loin la consommation de la graisse dont il dispose? L'importance de cette question est visible. Puisqu'il n'est pas douteux que l'organisme conserve des corps gras au moment de la mort par inanition, si la quantité restante est variable suivant les sujets, nous ne saurons jamais quelle est la réserve énergétique réelle, la quantité de graisse qui est réellement à la disposition de l'organisme. Ce que nous devions donc étudier avant tout, c'étaient non seulement les variations individuelles qui séparent les organismes totaux normaux, c'était aussi et surtout les quan- tités de corps gras qui peuvent persister chez divers sujets de même espèce lors de la mort par inanition. Seule, la con- naissance de ces deux valeurs pourra peut-être nous permettre d'établir un inventaire exact de la réserve grasse dont dispose l'organisme. Autant pour la poursuite de recherches ultérieures que pour l'acquisition de données importantes pour la physiologie générale, il y avait le plus haut intérêt à poursuivre une telle étude dans tous les embranchements du règne animal. Nous l'avons amorcé sur un assez grand nombre d'espèces, et les chapitres qui vont suivre y sont consacrés. Malheureusement les installations des plus médiocres dont nous disposions ne nous ont pas permis de poursuivre les expériences quelquefois très délicates et toujours fort longues d'inanition chez les Invertébrés. Nous l'avons pu faire chez les Vertébrés seulement, et c'est là la raison de la subdivision de notre travail. Le premier chapitre est consacré aux Ver- tébrés, chez qui nous avons pu établir à la fois les valeurs globales normales, les valeurs après inanition et, par cela même, la grandeur réelle des réserves; le second chapitre com- prend l'étude des Invertébrés, pour lesquels nous avons dû limiter nos recherches aux sujets normaux. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQL'ES f9 CHAPITRE PREMIER LES ACIDES GRAS ET LA CHOLESTÉRINE DANS L'ORGANISME TOTAL DES VERTÉBRÉS CHEZ LES SUJETS NORMAUX ET INANITIÉS. Mettre en évidence la grandeur des variations de la teneur en corps gras des sujets normaux dans une espèce donnée, pré- ciser la quantité de graisses qu'ils conservent au raoment de la mort par inanition d'une part ; rechercher ce que devient la cholestérine dans les mêmes états d'autre part, c'pst ce que nous allons tenter dans le présent chapitre. Sans doute un certain nombre assez limité d'auteurs ont déjà pratiqué des dosages de graisses sur les animaux totaux, et cela surtout au cours d'études sur l'intoxication phosphorée ; mais les données ainsi recueillies avant l'emploi des méthodes de Leathes ou de Kumagawa-Suto (172) ne peuvent être cohérentes par suite des erreurs de toute nature qu'entraî- naient les techniques employées. Ainsi l'un des temps que comportaient presque toujours les anciennes méthodes de dosage, c'était le desséchage de l'organisme à doser. Bœghtlingk, par exemple, broie l'animal et dessèche la purée ainsi obtenue jusqu'à poids constant avant de la sou- mettre à l'extraction éthérée, ce qui exige la conservation à 103°-105'' pendant au moins huit jours. Or Tamura (303) montre sur la viande qu'une conservation à 100^ entraîne une perte de graisse de 4,6 p. 100 en dix heures; 12,4 en vingt heures ; 15,8 en trente heures et 18,9 en quatre- vingts heures. Un chauffage même plus ménagé, à 50°, entraîne encore une perte de 6,7 p. 100 en quatre-vingts heures. Par ailleurs, les études de Kumagawa et de ses élèves ont montré quelle importante erreur on commet en considé- rant comme corps gras, comme l'ont fait un grand nombre d'auteurs, l'extrait éthéré total. Pour toutes ces raisons, les causes d'erreur et la grandeur des erreurs commises différant suivant les méthodes em- ployées, il nous a paru évident que les données acquises de 5part et d'autre, avant que fussent élaborées les bonnes mé- 20 ÉMILE-F. TERROINE thodes de dosage dont nous disposons actuellement, ne pou- valent être comparées. Aussi les délaissons-nous délibéré- ment, à quelques rares exceptions près. Toutefois, si nous n'avons pas le droit de tirer des conclu- sions de la comparaison des valeurs obtenues à l'aide de mé- thodes diverses, nous pouvons, au contraire, discuter avec fruit celles rapportées dans un même travail et obtenues à l'aide d'une même technique. A cet égard, en ce qui concerne le problème qui nous préoccupe, les études de Rubner et celles de Bœghtlingk sur la teneur en corps gras des orga- nismes totaux normaux ou inanitiés méritent une considé- ration spéciale. Rubner note une teneur de 1^^,18 de graisse par 100 grammes de poids sec chez la Souris normale, contre- 18^,56 chez l'animal inanitié ; 8 grammes chez le Lapin normal contre 0sr,62 chez le Lapin inanitié. Ainsi, chez la Souris, il reste au moment de la mort 21 p. 100 de la quantité totale de graisse et chez le Lapin 7 p. 100. On ne manquera pas, en^ outre, de remarquer que la quantité restante est deux fois et demie plus élevée chez la Souris que chez le Lapin. Von Bœghtlingk compare, dans deux séries d'expériences, cinq Souris normales à cinq Souris inanitiées. Dans une série, il trouve 288^,143 p. 100 du poids sec chez les animaux nor- maux contre 8^^,799 chez les inanitiés, et dans la seconde 37sr,625 contre 8er,185. Sans doute la mort n'est pas atteinte,, mais on sera néanmoins frappé de la quantité considérable de corps gras que renferme encore l'organisme après une chute de poids d'environ 35 p. 100. Cette quantité est de 21 à 31 p. 100 de celle que contiennent les sujets normaux, chiffres- du même ordre que ceux qui ressortent des déterminations de Rubner. Depuis l'apparition des méthodes précises de dosage par saponification, quelques physiologistes anglais à l'aide de la méthode de Leathes, l'école japonaise à l'aide de la méthode de Kumagawa-Suto nous ont apporté des don- nées numériques nouvelles. Il nous a paru plus simple, pour la commodité des comparaisons, de réunir toutes ces données dans un même tableau (tableau I), après les avoir, le cas- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 21 •échéant, recalculées par rapport au kilogramme d'animal, grâce aux indications des auteurs. TABLEAU I Teneur en graisses de diverses espèces de Vertébrés. ^ TENEUR TENEUR en ESPÈCE en ESPÈCE ANIMALE. graisse AUTEUR. graisse AUTEUR. par kilo ANIMALE. par kilo il'animal. (i'animal. Rat (valeurs ex- Boycott et Cydrinus co- Inaba. trêmes de 121 su- Damant (51). rassius. 31,4 jets). 8-97 Tanche, s' II. ^11. 18,6 ScHUTz(290). 11,4 Cobaye mâle (va- — 17,6 leurs extrêmes de 26 sujets). Cobaye femelle (va- 37-79 — Brème. 45,0 Inaba. leurs extrêmes de 24 sujets); 33-123 Brochet. 7,8 — Loir (valeurs ex- — Lacerta mii- trêmes de 16 su- ralis. 44,2 ■ — ■ jets). 13-243 Lézard vert. 31,4 ■ — Souris mâles __ Orvet. 10,6 ■ — . (moyenne de 3). 33,5 Souris femelles — ConleuTre . ] j y ' 39,3 — (moyenne de 6). 70 Shibata(292) rirenouilles C 30,4 Souris (moyenne (moyennes I. de8).(II. 22,6 Shibata. de 2). 139,2 24,56 — Souris. 71,9 Inaba (150). Rat blanc. 47,3 — Malheureusement, si les recherches résumées dans le tableau I montrent, tout au moins chez les Mammifères, l'existence de grands écarts individuels, elles ne nous ap- prennent rien de nouveau sur la question qui nous préoccupe quant à la valeur des réserves, car nous n'y trouvons aucune donnée sur l'inanition. Toutefois, il convient de noter que ScHUTz, après avoir constaté que la Tanche inanitiée présente le phénomène de l'augmentation prémortelle de l'excrétion azotée, dose les graisses sur deux animaux et trouve chez 22 ÉMILE-F. TERROINE l'un 48^,1 et l'autre 3^^,!. Bien qu'il n'y ait là que deux mesures, elles doivent être retenues : les deux valeurs sont en effet presque identiques. D'autre part, les deux chiffres trouvés par von Bœghtlingk dans le cas de la Souris donnent, calculés par kilogramme d'animal, 248^,8 et 22^^,8. c'est-à-dire également des valeurs très voisines. Aucune conclusion ne saurait être tirée de ces deux faits, qui n'ont d'ailleurs pas frappé les auteurs eux- mêmes, mais nous les retenons au moins à titre d'indication : n'allons-nous pas trouver pour tous les sujets d'une même espèce une même quantité de corps gras lors de la mort par inanition? C'est ce que nous allons rechercher. En ce qui concerne la cholestérine, il n'existe qu'un nombre des plus restreints de données relatives à la teneur de l'ani- mal total. Dorée (84) en trouve 08^117 p. 100 chez le Lapin, 0gr,08 chez la Couleuvre, 0^^,002 chez le Maquereau, Os^,124 chez la Raie ; Ellis et Gardner (87) observent chez le Poussin nouvellement éclos des variations très éten- dues : de 0gr,2168 à 0gr,5610 p.' 100. Technique. 1° Les animaux étudiés. — La première question qui se pose est le choix des espèces. Notre désir était de les prendre aussi variées que pos- sible. Mais la technique du dosage qui comporte l'emploi de quantités- considérables d'éther, d'éther de pétrole, d'alcool, de digitonine, etc.^ oblige à se limiter à des espèces de petite taille. Aussi nous sommes-nous adressés : chez les Homéothermes, à la Souris blanche, à la Chauve-Souris, au Bengali {Sporœginthus melpodiis), à un autre Oiseau de petite taille, Hy pocher a cholyheata (Plocéidés)^ et à de jeunes Poussins ; chez lesPoiki- lothermes, à la Perche Soleil, à la Tanche, à laGrenouille et à laSalamandre. Les dosages ont été effectués soit sur des animaux normaux, soit sur des. sujets inanitiés. Les animaux normaux sont des sujets adultes pris absolument au hasard sans aucune considération de poids, d'âge ou de sexe ; on a seule- ment écarté les femelles pleines ou en lactation pour les Mammifères^ en période de ponte pour les Oiseaux ou les espèces poikilothermes. Il sont assommés, placés dans un vase de Bohême taré, pesés et soumis immédiatement à l'action de la soude à 100». Dans le cas des animaux inanitiés, l'inanition est poursuivie jusqu'à la mort. Il va de soi que la durée de survie est très variable ; aussi insis- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET Lll'OIDIQUES 23 tons-nous sur le fait que nous n'avons été guidés ni par la durée de survie, ni par la perte de poids, ni par aucune manifestation de l'animal, mais que, sauf indications contraires dans nos tableaux, nos dosages ont porté sur des sujets ayant succombé à l'inanition. Dans le cas des Mammifères ou des Oiseaux, une observation constante nous a permis de traiter l'animal par la soude quelques instants après la mort. Une telle manière de faire est évidemment impossible dans le cas des Poikilothermes, dont la durée de survie atteint plusieurs mois. Dans ce cas, une visite quotidienne des récipients dans lesquels étaient con- tenus nos sujets en expérience nous permettait d'enlever les morts. L'homogénéité remarc[uable des résultats obtenus montrera qu'il ne résulte, du retard ainsi apporté dans le dosage, aucune erreur appréciable. 2'^ Le dosage. — Le dosage a toujours porté sur l'animal total sans exclusion d'aucune partie. Certains auteurs' ont cru devoir éloigner, dans leurs déterminations, la peau, les poils ou les plumes, etc. Cette manière de faire n'est pas justifiée. Il ne nous parait pas douteux que l'état des productions cutanées est en rapport avec le métabolisme géné- ral ; la corrélation entre toutes les parties d'un organisme, quelles qu'elles soient, nous paraît si intime que nous ne nous croyons pas en droit d'en distraire arbitrairement une portion quelconque. Au surplus, les re- cherches de J. Weill (343), montrant la présence d'acides gras et de cholestérine dans la peau et ses annexes, nous interdisaient d'exclure ces portions. En ce qui concerne la technique chimique, un seul point est à préciser pour le cas des animaux totaux. Par l'action de la soude, l'animal se diosout, sauf les os qui deviennent très friables, Après cette action, nous avons donc enlevé le liquide, versé sur les os les quelques gouttes d'acide ch'orhydrique nécessaires à leur dissolution totale, puis ajouté un excès d'^ soude et mis ce résidu à saponifier. Par ce procédé, un animal entier donne une solution parfaite sur laquelle les opérations peuvent s'efîeo- tuer sans aucune difficulté, et aucune trace d'acides gras ne peut échapper au dosage. 30 Calcul des résultats et présentation. — Nous avons rapporté tous nos résultats au kilogramme de poids frais et non au poids se?, comme l'ont fait la plupart des auteurs qui nous ont précédés. Notre pro- cédé de dosage non seulement ne comporte pas, mais élimine toute dessiccation préalable. Dans ces conditions, pour rapporter au poids se3, il eût fallu déterminer la teneur en eau d'un autre animal de même espèce et admettre une identité absolue de cette teneur pour tous les sujets d'une même espèce ; nous n'avons pas cru devoir adopter, au moins pour les présentes expériences, cette manière de faire. Nous ne nous sommes pas bornés à donner le pourcentage des sub- stances dosées ; il nous a paru, au contraire, intéressant de mettre sous les yeux du lecteur les éléments mêmes du calcul, le poids des animaux et les quantités trouvées en valeur absolue. 24 EMILE-F. TERROINE ?5 A. — Homéothei'iiie!!». 1° Souris. — Trois groupes d'animaux ont été étudiés : norniaux ; ayant subi un jeûne de quarante-huit heures et survivant à ce jeûne ; morts d'inanition après des temps variés. Les résultats en sont consignés dans te tableau II. TABLEAU II Teneur en acides gras et en cholestérine de Souris normales et inanitiées. POlIiS OUANTITÉ CHOLES- de l'animal d'extrait total TÉRINE EXTRAIT CHOLES- ACIDES en grammes. en en TOTAL TÉRINE CHAS grammes. grammes. p. 1 000. p. 1000. p. 1 000. 1 A nimaux normaux. 1 19,7520 1,5205 0,051 76,9 2,6 74,3 87,5 29,6 70,8 48,4 66,3 5-*^, 5 22,3925 1,9960 0,037 89,1 1.6 16,6445 0,5320 0,041 32,0 2^4 19,1980 1,4125 0,042 73,0 2,2 20,4110 1.0425 0,054 51,0 2,6 • 20,4950 1,4205 0,057 69,0 2,7 25,2120 1,5460 0,064 61.0 2,5 23,3075 1,1655 0,045 50,0 1,9 484 59,0 55,8 22,1485 1,3570 0,046 61,0 2,0 22,3420 1,3010 0,050 58,0 2,2 Animaux inaniti '*' (jeûne de quaranîe-hi (it heures ; i inimaux su rvivants). 21,3050 0,6285 0,060 29,5 2,8 26,7 24,5 27,4 28,9 27,8 U6,4955 0,4565 0,052 27,6 3,1 l^esérie. 21,4715 / 18,6605 0,6360 0,063 29.6 2,2 0,6065 0,058 32,0 3,1 15,5905 0,4680 0,034 30,0 2,2 9,0545 0,2915 0,029 32,0 3,2 28,8 2^ série Lf'^JÎ? 0,3270 0,033 36,0 3,7 32^3 (s^'jets ' J'^??5 0,4280 0,038 33,0 3,2 29,' 8 27,8 26,9 32,4 ieunes) jlO'0465 jeunes). ^004^5 Uo,9660 0,3150 0,033 31,0 3,2 0,3220 0,031 30,0 3,1 0,3930 0,028 35,0 2,6 Animaux morts (Vit anition. 13,8863 0,3725 0,046 26,8 3,3 23,5 22,4 21,5 24,3 25,3 16,2855 0,4105 0,046 25.2 2,8 13,7460 0,3420 0,047 24,9 3,4 14,9125 0,4110 0,048 27,5 3,2 1 14,1845 0,3995 0,041 28,2 2,9 PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 25 Que montrent -ils tant en ce qui regarde les acides gras que la cholestérine ? Acides gras. — Les animaux normaux présentent entre eux des écarts considérables ; sur les dix sujets étudiés, les valeurs varient de 29,6 à 87,5, c'est-à-dire que la teneur en acides gras peut varier du simple au triple, au moins. Après quarante-huit heures d'inanition, les animaux qui appartiennent à deux séries différentes, qui sont de poids extrêmement variés, — de 8ë'",9 à 21 grammes, — présentent cependant des écarts beaucoup moindres : de 24,5 à 32,3. Les anijnaux morts d'inanition présentent tous, comme l'a vu VON Bœghtlingk, une teneur élevée en corps gras ; mais de plus, et c'est là qu'est pour nous le point important, les différences se sont à peu près complètement évanouies. Les plus grands écarts sont de 21,5 à 25,3. Fait intéressant : alors que la moyenne des deux chiffres de Bœghtlingk recal- culée par kilogramme d'animal est de 23,8, la nôtre est de 23,6. Donc, au cours de l'inanition chez la Souris, les différences individuelles dans la teneur en corps gras tendent à s'égaliser, et, lorsque les animaux succombent, on n'observe plus alors que de très faibles variations individuelles. Cholestérine. — - Les variations ne sont pas plus étendues chez l'animal normal que chez le sujet inanitié, mais on observe chez le second une teneur plus élevée. 20 « Hypochera cholybeata ». — Chez l'Oiseau Hypochera cholybeata, dont les valeurs sont consignées dans le tableau III, on trouve également, pour les acides gras, de grandes diffé- rences individuelles entre les sujets normaux examinés : de 34,8 à 87,7. Au surplus, nous retrouvons les mêmes faits que dans le cas de la Souris. Les animaux meurent beaucoup plus rapi- dement, ce qui se conçoit facilement, puisque, pour un même poids, leur température plus élevée les obhge à une dépense beaucoup plus considérable; mais ici encore ils meurent avec des taux d'acides gras extrêmement voisins. 26 ÉMILE.F. TERROINE TABLEAU III Teneur en acides gras et en cliolestérine d'Oiseaux (" Hypochera cholybeata ■■) normaux et inanitiés. POIllS QUANTITÉ CHOLES- EXTRAIT CHOI ES- ACIDES de laninial. (I extrait total TERINE T(JTA1. TÉ RINE GIIAS en gr.iniuies. gramme3. gfjimnies. p. 1 ouu. p. 1 (lOU. p. 1 OOO. 1 Animaux normaux. 1 14,9150 1.354 0,035 ro 2,3 87,7 11,8250 0,597 0,026 50 2.1 47,9 11,1185 0,502 0,028 45 2,5 42,5 11,2800 • 0,462 0.027 40 2,4 37,6 15,1340 0,573 0,034 37 2 2' 34,8 14,4215 0,580 0,029 58 2,5 55,5 Animaux morts d'inanition. . 8.4450 0.1845 0,023 1,8 2,7 19.1 9.9410 0.2260 0,026 22,7 2.6 20,1 9,1035 0.2305 0,026 25,3 2,9 22,4 9.;i680 0.2205 0,025 25,3 2,7 22,6 10.6170 0,2870 0,029 27,0 2,8 24,2 10.7690 0,3760 0,029 34,9 2,7 32,2 (survit 8près 28 h. 15). Il est intéressant de constater, parmi les inanitiés, que le seul survivant se sépare très nettement, par sa teneur en graisses notablement plus forte, de ceux qui ont succombé. Ici aussi, d'ailleurs, nous devons remarquer l'importante pro- portion de graisses présentes dans l'organisme lorsque la mort survient. Pour la cholestérine, on ne peut que souligner la constance quantitative remarquable de cette substance et noter, comme chez la Souris, un taux légèrement plus élevé chez les sujets inanitiés. 3^ Bengalis (« Sporœginthus melpodus »). — La faible durée de survie des Bengalis soi mis à l'inanition est bien connue. L.' et M. Lapicque (178) ont signalé à cet égard plusieurs faits intéressants et montré que, pendant les longues nuits d'hiver et pour une température de 14 à 15°, il y avait intérêt, pour assurer la vie de ces Oiseaux dans de bonnes conditions, à leur donner de la lumière pour leur PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LH'OIDIQUES 27 permettre de faire un repas nocturne. Il était donc tout indiqué de les utiliser pour notre étude, Les résultats obtenus, réunis dans le tableau IV, renforcent ceux précédemment acquis. TABLEAU IV Teneur en acides gras et en cholestérine chez les Bengalis normaux et inanitiés. POIDS de raiiinial. QUANTITÉ d'e.xtrait total CHOLES- TKRINE EXTKAIT TOTAL CHOLES- TÉRINE ACtDES GRAS en grammes. grammes. grammes. p. 1 111)11. p. i U(|l). p. 1 uoo. Animaux normaux. 7,6990 0,5495 0,018 71,3 2,4 68,9 7.8745 0.3710 0,018 47,1 2,3 44,8 7,5520 0,5230 0,019 69,2 2,6 66,6 8,5300 0,5445 0,022 63,8 2,5 61,3 7,3390 0,4695 0,019 63,9 2,6 61,3 7,7390 0,4740 0,017 61,2 2,2 59,0 Ani maux morts (T inanition. ! 6,7115 0,1970 0,0160 29,3 2,4 26,9 6,5760 0,1910 0,0180 29,0 2,7 26,0 6,4700 0,1975 0,0170 30,5 2,6 27,9 6,4730 0,1945 0,0160 30,0 2,5 27,5 6,5825 0,1935 0,0180 29,3 2.7 26,6 6,1685 0,2010 0,0175 32,0 2,0 29,2 (survit.). Dans le cas de cet animal, on peut vraiment dire que tous les sujets meurent avec une quantité d'acides gras — élevée d'ailleurs — rigoureusement identique. On admettra sans difficulté, nous semble-t-il, que, dans une mesure biolo- gique, un écart de 1,5 p. 1000, — de 26,0 à. 27,5, — est insignifiant. D'autre part, la teneur en cholestérine est remarquable- ment constante. 4° Poussins. — Bien que nous n'ayons point ici pris des animaux adultes, qu'une critique puisse donc s'élever de ce fait, bien que notre étude ne comporte qu'un nombre trop petit d'individus, ;ious avons cru cependant intéressant de consigner les résultats obtenus. 28 EMILE-F. TERROINE Groupés dans le tableau V, ces résultats nous amènent tou- jours aux mêmes conclusions : grands écarts individuels chez les sujets normaux, différences très peu marquées chez les sujets inanitiés. TABLEAU V Teneur en acides gras et en cholestérine de Poussins âgés de quatre jours,, normaux et inanitiés. POIDS de l'animal, en gi-amiiies. QU.\NTITÉ d'extrait total en grammes. CHOLES- TÉRINE en grammes. EXTR.\1T TOT.\L p. 1 (MKI. CHOLES- TÉKIXE p. 1 000. ACIDES GRAS p. 1 OIMI. An i imaux pris quatre heura ' après le dernier repas. 39,6155 34,6095 42,7605 37,7450 2,2510 1,3915 2,2140 2,2125 0,198 0,174 0,174 0,159 56,8 40,2 51,7 56,0 5,0 5,0 4,0 4,5 51,8 35,2 47,7 51,5 Animaux morts d" inanition. 35,2835 38,1440 39,6020 0,961 1,116 1,257 0,126 0,133 0,137 27,2 29,2 31,7 3.3 3,5 3,4 23,9 25,7 28,3 Par contre, nous trouvons un phénomène de sens inverse à ceux précédemment observés pour la cholestérine : une chute très nette à la suite de l'inanition. Y a-t-il là un fait qui tient à ce qu'il s'agit ici de sujets jeunes ; c'est ce que des recherches ultérieures nous permettront sans doute d'élu- cider. Nous devons cependant rappeler à nouveau ici la grande variabilité des valeurs relatées par Ellis et Gardner chez le Poussin récemment éclos, — de 0,2168 à 0,5610 p. 100, ■ — variabilité de même étendue que dans nos observations. 5° Chauves-Souris. — Avec des animaux hibernants, comme la Chauve-Souris, il y avait lieu de s'attendre à des phénomènes spéciaux. C'est ce qui s'est en effet produit. Les animaux nous ont été envoyés d'Auvergne ; ils avaient été capturés dans des grottes. Aucune indication n'a pu nous être donnée sur le temps écoulé depuis la dernière prise de nourriture. Il convient de noter la date de l'expérience, — 12 mai 1914, — des expériences ultérieures étant néces- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 29 saires pour nous montrer Tinfluence possible de l'hiber- nation. En tout cas on remarquera que les animaux normaux pré- sentent une teneur en corps gras relativement faible et que les écarts sont beaucoup plus minimes que dans les espèces jusqu'ici étudiées. TABLEAU VI Teneur en acides gras et en cholestérine de Chauves-Souris normales et inanitiées. POIDS de laniijiiil en crrammes. POIDS de l'extrait tolal CHOLES- TÉRINE EXTRAIT TOTAL p. 1 IM)(). CHOLES- TÉRINE p. 1 (lOtl. ACIDES GRAS p. 1 ouo. Animaux à jeun depuis vingt-quatre heures environ. 22,5335 25,5010 24,9740 24,5555 23,6755 22,4068 0,6775 0,7385 0,7800 0,7Ç.95 0,6060 0,5600 0,042 0,050 0,062 0,063 0,053 0.040 30,6 28,9 31,2 32,5 25,6 24,9 1,87 1,99 2,40 2,50 2,20 1,86 28,73 26,91 28,80 30,00 23,40 23,04 Animaux ayant subi un jeune supplémentaire de quarante-huit heures. 20,751 21,713 0,5570 0,6225 0,065 0,076 26,8 28,6 3,1 3,5 23.7 25,1 Animaux ayant subi un jeune supplémentaire de soixante-douze heures. 22,2856 23,3910 21,3370 0,6700 0,6215 0,6235 0,060 0,066 0.064 30,6 26,5 29,2 2,7 2,8 3.0 27,9 23,7 26,2 Nous n'avons pas attendu la mort par inanition, mais nous avons pu constater qu'un jeûne de six jours ne modifie pas sensiblement la teneur en acides gras. Le métabolisme de ces animaux est considérablement ralenti; il s'ensuit que la consommation est chez eux très faible. Bien que tous ces faits méritent une étude plus approfondie, il nous a paru néanmoins intéressant de les signaler dès maintenant. § B. — Poîkîlotliermes. 10 Perches. — Comme chez les Homéothermes, nous nous sommes adressés à des sujets quelconques. Pour réaliser la 30 EMILE-F. TERROINE mort par inanition, les Poissons ont été placés dans des aqua- riums à eau courante approvisionnés en eau de source con- venablement aérée. Aux différences quantitatives près, on ne peut manquer d'être frappé du fait que les résultats consignés dans le ta- bleau VII parlent exactement dans le même sens que ceux acquis chez les Homéothermes. TABLEAU VII Teneur en acides gras et en cholestérine de Perches normales et inanitiées. POIDS POIDS (le CHOLES- EXTRAIT CHOLES- -ACIDES de l'animal lexlrail total TÉRINE TOT.\L TÉKINE (iB.\S en grammes. t-n grammes. en grammes. p. 1 Olll.l. Ji. 1 J. p. 1 0(1(1. Animaux n ormaux. ! 6,4470 0,2210 0,0055 34,2 0,8 33,4 6,8015 0,2450 0,0150 36,1 2 2 33,9 8,0315 0,2625 0,0140 32,0 1^8 -30,2 8,0430 0,1490 0,0090 18,5 1,2 17,3 6,9960 0,1500 0,0050 21,4 0,7 20,7 6,7070 0,1755 0,0060 26,1 0,9 " 25,2 7,3390 0,1490 0,0110 20,0 1,5 18,5 6,9945 0,1020 0,0060 14,6 0,8 13,8 Anim aux survivants après quarante-sept jours de jeûne. 7,3590 0,0875 0,010 ' 11,8 1,40 10,40 6,8540 0,0970 0,012 15,5 1,80 13,70 10,4305 0,3305 0,022 31,7 2,10 29,60 8,7540 0,0560 0,014 6,4 1,60 4,80 8,0995 0,0630 0,011 7,2 1,20 6,00 7,8710 0,0700 0,009 8,3 1,20 7,10 7,2860 0,0500 0,008 6,8 1,18 5,62 Anii ( naux après quatre-vingt-dix-sept jours de jeûne trois premiers survivants, trois derniers morts). 6,7710 0,0495 0,012 7,3 1,8 5,5 5,4495 0.0410 0,007 7,5 1,3 6,2 5,6550 0.0420 0,008 7.4 1,5 5,9 7,7945 0.0430 0,010 5,5 1,3 4,2 5,6670 0,0415 0,009 7,3 1,6 5,7 4,515& 0,0250 0,005 5,2 1,3 4,2 En ce qui regarde les acides gras, les sujets normaux pré- sentent des différences étendues, — de 13,8 à 33,4; — ces différences diminuent peu à peu au cours de Tinanition; elles PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIFOIDIQUES 31 sont à peu près complètement disparues au moment de la mort. Le taux delà cholestérine, assez variable chez les animaux normaux, est reme.rquablement fixe chez les inanitiés ; il est dans Tensemble plus élevé chez les seconds. 20 Tanches. — Les expériences poursuivies sur des Tanches dans les mêmes conditions que sur les Perches donnent des résultats, rassemblés dans le tableau VIII, rigoureusement identiques et sur le détail desquels il est inutile d'insister. La fixité du taux des acides gras chez les huit animaux morts d'ina- nition est remarquable. TABLEAU VIII Teneur en acides gras et en cholestérine de Tanches normales et inanitiées. • POIDS CHOLES- POIliS de EXTRAIT C.HOLES- ACIUES rie 1 animal Téxtiait total TÉRINE TOTAT TÉIIINE GRAS en grammes. <.M-aMimes. en grammes. p. 1 non. p. 1 11(111. p. 100(1. Anima IX normaux [9 mai 19 h ^)- 8,8295 " 0,1100 0,010 13,2 1,24 11,96' 53; 08 70 0,3935 0,057 ^,4 1,08 6,33 71,7615 o,y<.'ro 0,088 13, 8 1,20 12,60 110.6315 1,1055 0,166 9,9 1,50 8,40 47,8820 0,8138 0,064 16,9 1,30 15,60 73,2425 0,9770 0,090 13,3 1,20 12,10 44,8665 0,4240 0,043 9,4 0,90 8,50 103,9690 0,8170 0,155 7,8 1,40 6,40 124,8310 2,4150 0,152 19,3 1,20 18,10 Al nimaux survivants à soixante jours d 'inanition. 6,3445 0.0590 0,015 9,20 2,3 6,9 6,2835 0,0630 0,015 10,00 2,4 •7,6 7,9100 0,0650 0,015 8,20 1,9 6,3 12,4950 0,1145 0,028 9.10 2,2 6,9 9,3760 0,0745 0,011 7,90 1,2 6,7 Animaux morts cV inanition. 6.1020 0,0390 0,010 6,39 1,6 4,79 5,7290 0,0370 0,008 6,45 1,4 5,05 7,3335 0,0500 0,013 6,81 1,8 5,01 5,9625 0,0400 0,009 6,70 1,5 5,20 21,7055 0,1265 0,023 5,80 1,1 4,70 11,4485 0,0815 0,017 7,10 1,5 5,60 11,7560 0,0745 0,012 6,30 1,1 5,20 12,5315 0,0850 0,016 6,70 1,3 5,40 32 EMILE-F. TERROINE 3® Grenouilles. — Les Grenouilks ont été conservées dans un aquarium contenant un peu d'eau de source quoti- diennement changée et recouvert d'un grillage métallique très fm pour empêcher tout insecte de venir à portée des ani- maux en cours d'inanition. TABLEAU IX Teneur en acides gras et en cholestérine de Grenouilles normales et inanitiées. POIDS POIDS de CHOLES- EXTRAIT CHOLES- ACIDES (le l'animal l'exlrail, total TKRINE TOTA L TÉRINE GRAS en grammes. en granime-i. en grammes. p. 1 («10. p. l 1)00. p. 1 00 1. Animaux tué. j le 28 mars 1 1914 après avoir reçu pendant quatre semaines une alimentation carnée abondante. 51,2605 0,8030 0.057 15,6 1,1 14,5 39,1750 0,6555 0,035 16,7 0.9 15,8 50,7125 0,9900 0,0 .)5 19,5 1,8 17,7 Animaux const 'rvés à jeun au laboratoire de la fin octobre au 30 mars \ et survivants à cette date. 27,9570 0,2350 0,030 8,4 1,07 7,33 19,2435 0,1565 0,020 8,1 1,02 7,08 26,4245 0,2205 0,027 8,3 1,02 7,28 32,1210 0,2440 0,024 7,5 1,07 6,43 Animaux morts d^inanition. 9,6780 0,0565 0,013 5,8 1,60 4,2 9,6910 0,0625 0,013 6,4 1,39 5,0 9,1715 0,0555 0,012 5,8 1,30 4,5 9,3435 0,0630 0,013 6,7 1,40 5,3 11,1185 0,0755 0,015 6,7 1,39 5,3 8,0775 0,0465 0,010 5,7 1,30 4,4 Nous n'avons pas ici de sujets normaux en nombre suffisant ni convenablement choisis. Nous nous sommes en effet adressés à des sujets pris à la fin de l'hiver. Toutefois il y a lieu de remarquer que, avant leur dosage, ces animaux avaient été conservés à la température du labo- ratoire pendant près de quatre semaines, qu'ils manifes- taient une activité normale, qu'ils se nourrissaient abon- damment de viande crue. C'est sans doute à ce dernier PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 33 fait qu'ils doivent de présenter une teneur en corps gras assez élevée et qui n'est pas très éloignée de celle trouvée par Athanasiu {loc. cit.) sur des animaux d'été. A l'aide de la méthode Pflûger-Dormeyer, Athanasiu décèle en effet, dans divers lots de Grenouilles prises au mois de juin, 13,8 p. 1000, 27,2 p. 1000, 11 p. 1000, 25,5 p. 1000. Il sera néanmoins indispensable de faire de nouvelles détermina- tions sur des animaux d'été. D'une manière générale, les résultats relevés dans le ta- bleau IX ne font que répéter tous les précédents : identité presque absolue de la teneur en acides gras et en cholesté- rine des animaux inanitiés, taux de la cliolestérine plus élevé €h?z les sujets inanitiés que chez les sujets normaux, 4^ Salamandres {S. maculata). — Nos recherches ont dû se limiter ici aux animaux normaux; nous avons cependant cru intéressant d'en rapporter les résultats dans le tableau X à titre documentaire; ils montrent tout au moins, à côté de la grande variabilité du taux des acides gras, la fixité relative de la cholestérine. TABLEAU X Teneur en acides gras et en cholestérine de Salamandres normales. POIOS CmiLES- POIDS de EXTRAIT CHOLES- ACIDES de l'animal l'extrait total TOTAL TÉRINE GRAS en trrammes. en (1. 1 1)00. p. 1 IIIKI. ji. 1 01"). uramnies. graninies. 5,4805 0,0565 0,005 10,3 1,04 9,26 3,4035 0,0300 0,004 8,8 1,20 7,60 3,9560 0,1275 0,007 32,2 1,70 30,50 3,8620 0,0620 0,004 16,0 1,20 14,80 § C. — Distinction quantitative entre les acides gras de l'or- g^anisnie : élément constant, élément variable. Fixité de la cholestérine. Il importe maintenant, tout en réservant pour le moment toute discussion sur la signification physiologique des faits observés, de rechercher si les résultats consignés dans les pré- ANN. DES se. NAT. ZOOL., 10^ StTie, IV, 3 34 EMILE-F. TERROINE cédents paragraphes peuvent être reliés entre eux, et s'il s'en dégage une conclusion générale. L'examen de ces résultats nous montre que, -dans l'ensemble, qu'il s'agisse des Homéothermes ou des Poikilothermes, qu'on envisage les acides gras ou la cholestérine, toutes les obser- vations sont remarquablement cohérentes. 1*^' Acides gras. — Dans tous les cas. chez toutes les espèces, animales étudiées, il existe entre les sujets normaux des différences extrêmement importantes, ainsi que cela ressort du tableau XI, dans lequel nous opposons pour chaque espèce les valeurs extrêmes trouvées. Sans doute nous n'entendons nullement dire que nous avons atteint la limite des différences qui peuvent exister entre deux sujets normaux. Shibat.! (loc. cit.), employant la méthode de Kumagawa-Suto, trouve sur la Souris (moyenne de deux dosages) une teneur en acides gras de 139,2 p. 1 000 et sur la Grenouille (moyenne de huit dosages), des teneurs un peu plus élevées que les nôtres, de 22,6 à 24, 5G. tabLeau XI Valeurs extrêmes de la teneur en acides gras d'animaux normaux. ESPE(.E ANIMALE. Souris Hypoch. ehulybeata Spor. melpodus Poussin VALElll VALEIR la plus la plus faillie. forte. 29.6 87,5 34,8 87,7 44,8 68,9 35,2 51,8 ESPECE AM.MALE. Perche Tanche Grenouille. . Salamandre VALEIU la plus faihk-. 13,80 6,33 14,50 7,60 VALEL'R la plus foiie. 33,9 18,1 17.7 30,5 Mais la mise en lumière de l'importance de ces écarts a pour but de montrer avant tout, tant pour la critique des recherches antérieures que pour la réalisation des expé- riences que nous nous proposons d'entreprendre, qu'on n'a pas le droit de prendre pour témoin une prétendue moyenne normale. Étant donnés ces écarts, une moyenne ne signifie rien. On pourra rechercher, et c'est ce qu'il conviendra de faire, si des animaux de même portée, de même âge, soumis PHYSIOLOCIK DKS SUBSTANCES CRASSES ET LIFOIDIQUES 35 au même régime alimentaire depuis leur naissance, sont comparables au point de vue de leur teneur en corps gras, et soumettre ensuite quelques-uns d'entre eux à des actions susceptibles de modifier cette teneur; mais on ne peut dès maintenant accepter comme définitivement acquis les résul- tats d'expériences dans lesquelles on s'est servi d'animaux pris au hasard, sauf, bien entendu, dans les cas où un nombre considérable de déterminations auraient toujours décelé des variations de même sens. Au cours de l'inanition, les écarts diminuent, s'affaiblissent, et, lorsque les animaux succombent, ils présentent alors un taux d'acides gras remarquablement fixe pour tous les suj'^^ts d'une même espèce, comme le montre l'ensemble de nos résul- tats sur ce point et tel que cela ressort du tableau XIL TABLEAU XII Teneur en acides gras d'animaux morts d'inanition : valeurs extrêmes ; valeurs moyennes. ESPÈCE. VALEI'U la. plus LiiLile. VAI.EI'R la plus forte. .MOYENNE de tous les sujets morts d'inanition. ÉCAUT MOYEN. ÉCART MOYEN p, 100. Souris 21,50 -. 19,10 26,00 23,90 4,79 4,20 4,20 25,3 24,2 27^9 28,3 5,6 5,7 5,3 23,40 21,60 26,90 25,60 5,00 5,28 4,70 1,00 1,60 0,56 1,50 0,32 0,75 0,40 4,2 7,3 2,0 5,8 6,4 14,0 8,0 Hypo' h. cholyb. Sporoe^'. iiielpo;!. Tanche Perche Grenouille Ici nous avons vraiment le droit de calculer une valeur moyenne, car les écarts individuels comptent à peine. D'autre part, il est important de relever dès maintenant la séparation très nette entre les espèces homéothermes étu- diées d'une part et les poikilothermes de l'autre. Grossière- ment, la quantité d'acides gras que contiennent encore les premières au moment de la mort par inanition est d'environ cinq fois p.liis élevée que chez les secondes. Appuyé sur la notion des constantes lipocytiques élaborée 36 ÉMILE-F. TERROINE pour les tissus par A. Mayer et G. Sch.effer (215, 216), nous exprimerons la concordance des divers faits observés en disant : chez les Vertébrés, il y a lieu de distinguer quanti- tativenient, parmi les acides gras de l'organisme, un élément constant et un élément variable. L'élément constant, teneur en acides gras des animaux morts d'inanition, est absolument indépendant de l'individu, quelle que soit la teneur en corps gras qu'il ait pu contenir au début de l'inanition ; sa valeur est identique pour tous les représentants d'une même espèce. Toutefois, bien que des différences assez grandes séparent les valeurs de l'élément constant chez les diverses espèces homéothermes étudiées, ces différences ne se retrouvant pas chez nos trois espèces poikilothermes, lesquelles présentent un élément constant presque identique, il n'est donc pas possible de dire que cette valeur est caractéristique de l'es- pèce considérée. L'élément variable, différence entre la teneur globale d'un sujet en acides gras et la valeur de l'élément constant de l'espèce à laquelle il appartient, présente de très grandes différences individuelles. 2° Cholestérine. — De toutes nos mesures, il résulte que la cholestérine existe à un taux très voisin chez tous les repré- sentants d'une même espèce. Les écarts sont toujours faibles entre les divers sujets, plus encore chez les sujets inanitiés, ainsi que cela ressort du tableau XIII, qui résume l'ensemble de nos données sur ce point. Sauf chez le Poussin, la teneur en cholestérine est plus élevée chez le sujet inanitié que chez l'individu normal. D'autre part, s'il est aussi impossible de distinguer les espèces entre elles par leur teneur en cholestérine, comme il l'était tout à l'heure par la valeur de l'élément constant acide gras, nous retrouvons, comme dans le cas des acides gras, une séparation nettement marquée entre les espèces homéo- thermes et les espèces poikilothermes étudiées. Enfin, on remarquera des écarts individuels toujours beau- coup plus grands chez les quatre espèces poikilothermes que chez les cinq espèces homéothermes. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 37 TABLEAU XIII Teneur en cholestérine des animaux normaux et inanitiés: valeurs extrêmes ; valeurs moyennes. AMMAIX NORMAUX. Souris 1,90 Chauve-Souris . 1,87 Hypo. I holyl ea- tk :.... 2,10 Sporoeg melpo- dus 2,20 Poussin (4 j.). • • 4,00 Perche 0,70 Tanche 0,90 Grenouille 0,90 Salamandre 1,04 AMMAIN. MORTS d'iNANITION (l). 2,7 2,5 2,5 2,6 5,0 2,2 1,5 1,8 1,7 2,50 2,10 2,30 2,43 4 60 1 20 l 20 ^'14 ^ 20 9,6 10,0 5,6 5,3 8,0 35,0 10,0 15,0 13,0 2,8 2,6 2,0 3,3 1,3 1,1 1.3 3,4 3,0 2,9 2,7 3,5 1,8 1,8 1,6 3,10 2,80 2,74 2,58 3,40 1,40 1,40 1,40 7,2 3,5 3,5 3,8 1,4 11,4 16,4 5,0 (1) Sauf chez les Chauves-Souris. Telles sont les principales conclusions de faits. Nous essayerons dans le chapitre III, d'une part, de dégager si possible leur signification physiologique, d'autre part, d in- diquer les nouvelles recherches qu'elles commandent, CHAPITRE II LES ACIDES GRAS ET LA CHOLESTÉRINE DANS L'ORGANISME TOTAL DES INVERTÉBRÉS. Les données que nous possédons sur les Invertébrés sont encore bien moins abondantes que sur les Vertébrés. En ce qui regarde les acides gras, nous n'avons trouve, avant de commencer ce travail, aucune valeur globale déter- minée à l'aide des méthodes de saponification immédiate, à plus forte raison aucune étude sur les variations individuelles 38 ÉMILE-F. TERROINE OU sur l'influence de l'inanition. Sur ce dernier point, quelques expériences ont été faites dans lesquelles on a fait appel pour les dosages à l'extraction éthérée après dessiccation. Slowtzoff (296) compare 100 Géotropes {Geotropu& stercoralis) normaux nourris à 100 sujets inanitiés et évalue à 39,6 p. 100 de substance sèche le contenu des graisses des premiers, à 18,8 p. 100 celui des seconds; si ces valeurs étaient exactes, il y aurait maintien dans l'organisme de ces animaux d'une très grande quantité de corps gras lors de la mort par inanition ; mais nous savons toutes les réserves qu'il convient de faire sur la valeur de données numériques dans lesquelles on évalue comme graisses la totalité d'un extrait éthéré. Les résultats de Schônborn (1) (285) sur le Carciniis Mœnas sont assez peu cohérents, ce qui tient, selon toute vraisemblance, à ce que l'inanition n'a pas été prolongée jusqu'à la mort. Chez l'animal normal, des dosages faits sur deux ou trois animaux donnent des valeurs de 7,1, 7,4, 11,6, 22,0 de graisse pour 100 grammes de poids frais ; et chez des animaux ayant subi dix jours de jeûne, 12,1 ; douze jours de jeûne, 2,0 et 1,5; dix-huit jours de jeûne, 22,7. Quant à la cholestérine, nous ne cqnnaissions que les résul- tats de Dorée {loc. cit.), rapportés ci-dessous et n'ayant trait qu'à une détermination unique (les valeurs sont indi- quées en p. KKJ du poids frais). ('labe. Ver de terre. Anémone de mer. Cléona. >|ii)ngille. 0,048 0,10 0,07 0,17 0,17 Dorée mentionne en outre, chez Asterias Rubens, la pré- sence d'une substance très voisine de la cholestérine. Il nous a été malheureusement impossible, comme nous l'avons dit plus haut, de poursuivre dans notre laboratoire des recherches sur l'inanition chez les Invertébrés. Nous avons dû nous contenter d'étudier les variiations de la teneur en acides gras et en cholestérine chez des sujets normaux aippartenant à un assez grand nombre d'espèces. Nous n'avons d'ailleurs pu poursuivre ce travail à Paris que grâce à l'obli- (1) Les dernières mesures de ScHONBORNont été faitesà l'aide de la méthode de KUMAGA W.4.-SUT0. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 39^ geance de M. le professeur Delage et de M. Vles, prépara- teur à la Sorbonne, qui nous ont fait expédier de Roscofî, dans d'excellentes conditions, les animaux nécessaires. La mesure a porté, comme dans le cas des Vertébrés, sur l'animal total. Bien entendu, dans le cas des Tuniciers, nous avons éliminé la tunique et, dans celui des Mollusques, la coquille, Le corps des animaux était rapidement épongé à l'aide de papier-filtre, aussitôt additionné de la quantité de soude nécessaire et le mélange im- médiatement placé au bain-marie à 100°. Sans doute, il y a ici un élément d'erreur, car on ne saurait songer à éliminer, sans détruira l'animal lui-même, la totalité de l'eau qu'il contient. L'examen de nos chiffres, leur homogénéité montrent combien l'erreur ainsi commise est minime. Bien entendu, les animaux ont toujours été soigneusement débarrassés des petits corps étrangers (pierres, débris, etc.) qu'ils peuvent contenir; c'est là une précaution dont l'utilité est manifeste dans le cas de l'Astérie par exemple. Dans bien des cas, la taille de l'animal, sa faible teneur en acides gras •ou en cholestérine obligjnt à opérer sur plusieurs sujets ; nous avons alors indiqué dans nos tableaux le nombre d'individus utihsés pour chaque ■dosage. Nos essais ont porté sur huit espèces animales appar- tenant à divers embranchements : Tuniciers : Ascidia mentula. ( Tapes dpcussatas. Mollusques : j ^^^^^^ ^^^^,.^ Vers : Hiriido medicinalis. Vermidiens : Phascolosoma mlgatum. Échinodermes : Asterias riibens. ^ , , , { Actinium mesembryanthemiim.. Lœ'eiiteres : i . , ^ ( Anémone sulcata. 40 EMILE-F. TERROINE TABLEAU XIV Ascidia mentula (corps sans l'enveloppe). • ron)s POIDS de EXTRAIT CHOLES- ACIDES (le 1 animal l'extrait total TOT.\L TÉRIXE GRAS en graniiiic's. en grammes. grammes. p. 1 000. p. 1 OOO. p. 1 OOO. 15,6640 0,0350 0,0047 2,2 0,30 1,90 13,7880 0,0560 Valeur 4,0 3,72 12,6825 0,0565 , totale 1 obtenue par 4,4 1 Valeur moyenne : 4,12 10,7000 0,0200 l'addi- tion des 5 1,8 0,28 1,52 17,6675 0,0265 dosages : 0.019 1,5 1,22 14,2805 0,0240 \ 1,6 1,32 TABLEAU XV Ostrea edulis. .. POIDS POIDS de choi.es- EXTRAIT CHOLES- ACIDES «le ranimai l'extrait total TERINE TOTAL TÉRINE GRAS en jrrammes. en grammes. grammes. p. 1 OOii. p. 1 000. p. 1 000. 5,3885 0,0610 0,005 11,3 1,07 10,23 6.9575 0,0656 0,009 9.4 1,40 8,00 9,8670 0,1900 0,013 20,2 1,30 18,90 5,9735 0,0430 0,007 7,1 1,30 5.80 9,2520 0,1530. 0,012 16,5 1,30 12,20 10,5865 0,2205 0,017 20,8 1,60 19,20 13,3215 0,2090 0,018 15,6 1,40 14,20 11,8330 0,1505 0,014 12,7 1,26 11,44 8,0240 0,1100 0,009 13,7 1,10 12,60 8,5000 0,1425 0,013 16,7 1,50 15,20 6,747 0,0995 0,008 14,7 1,30 13,40 8,075 0,1380 0,011 17,2 1,40 15,80 TABLEAU XVI Tapes decussatus NOMRRE POIDS des animaux POIDS de ciioi.es- extrait CHOLES- ACIDES d'animaux l'extrait total TKRINE TOTAL térine GRAS utilisés. grammes. en grammes. grammes. p. l 000. ].. 1000. p. 1000. 2 10,6970 0,1070 0,014 10,0 1,3 8,7 2 10,7675 0,1145 0,015 10,6 1,4 9,2 3 14,5475 0,1780 0,021 12,2 1,4 10,8 2 11.6070 0,1200 0,016 10,3 1,3 9,0 2 10,5355 0,0965 0,012 9,1 1,2 7,9 2 12,4850 0,1490 0,014 11,5 1,2 10,3 PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIUIQUES 41 TABLEAU XVII Hirudo medicinalis (tous les dosages portent sur six animaux). POIDS POIDS de CHOLES- EXTRAIT CHOLES- ACIDES des animaux 1 extrait total TOTAL TÉRINE GRAS en grammes. en grammes. gramiiios. \>. 1 000. p. 1 000. p. 1 oou. 16,1210 0,1755 0,030 10,8 1,9 8,9 17,5965 0,1705 0,030 9,6 1,7 7,9 12,5985 0,1295 0,022 10,2 1,7 8,5 20,5105 0,1780 0,036 8,6 1,8 6,8 13,6540 0,1125 0,022 8,2 1,6 6,6 9,0110 0,0945 0,018 10,4 2,0 8,4 TABLEAU XVI il Phascolosoma vulgatum. NOMBRE d'animaux POIDS des animaux POIDS de l'extrait total CHOLES- TÉRINE EXTRAIT TOTAL CHOLES- TÉRINE ACIDES GRAS uiilisés. grammes. en gnimmes. en grammes. p. 1000. p. 1 000. p. 1000. 6 12,2900 0,0490 0,0060 3,9 0,54 3,36 5 10,0775 0,0315 0,0057 3,1 0,56 2,54 5 10,1275 0,0235 0,0060 2,3 0,59 1,71 8 17,5500 0,0550 0,0090 3,1 0,52 2,58 TABLEAU XIX Asterias rubens POIDS POIDS de CHOLES- EXTRAIT CHOLES- ACIDES de l'animoi l'extrait total TERINE TOTAL TERINE GRAS en grammes. en grammes. grammes. p. 1000. p. 1 000. p. 1000. 12,8515 0,2725 0,022 21,2 1,7 19,5 12,7510 0,1885 0,015 14,7 1,2 13,5 19,6990 0,2785 0,026 14,1 1,3 12,8 20,4680 0,4135 0,031 20,2 1,5 19,7 14,6720 0,2560 0,020 17,5 1,3 16,2 25,8105 0,4045 0,036 15,6 1,4 14,2 42 EMILE-F. TERROINE TABLEAU XX Actinies. NOMIiltE d'animaux POIDS des aiiiiiiaux POIDS de re.\trait total CHOLES- TÉRIXE EXTIiAIÏ TdTAI. CHOLES- TÉRINE ACIDES (ili\S utilisés. cfi-aniines. en ^ranimes. grammes. p. 1000. p. i 000. p. 1 000 (. — Actiniuin mesem bryanthemum. 3 7,7805 0,1415 0,019 18,1 2,5 15,6 4 6,7355 0.1180 0.015 17.5 2,2 14,3 3 7,5400 0,1370 0,018 18,1 2,4 15,7 4 7,8305 0,1640 0,019 20,9 2,5 18,4 //. - - Anémone sidcata. 3 9,465 0,2480 0,022 26.2 2,40 23,80 3 10,3990 0,2510 0,034 24,2 2,36 21,84 2 5,3555 0,1685 0.013 31,4 2,50 28,90 2 7,7010 0,2635 0,018 34,4 2,40 31,70 4 15.2000 0.4475 •0,034 29,4 2,28 27,10 4 16,2545 0,5375 0,033 33,0 2,00 31,00 Quels faits se dégagent des données numériques rassem- blées ici ? Acides gras. — Un examen rapide des tableaux pourrait amener à conclure à l'existence de différences individuelles moins marquées que dans le cas des Vertébrés. Mais il con- vient de se rappeler que, dans la plupart des cas, le dosage porte sur un assez grand nombre d'animaux, parfois six à huit, et que, ce faisant, on diminue l'amplitude des écarts. Dans les trois cas où les déterminations ont pu être faites individuellement, les écarts sont du même ordre que chez les Vertébrés, comme on peut le voir ci-dessous : Esp('ct' animal( Ascidia ment nia . . . Ostren edulis Aster ias ruhens . . . Cependant, les écarts qui séparent les individus d'une même espèce ne sont pas tels qu'ils puissent nous empêcher de constater de grandes différences entre les espèces. A côté Valeur Valeur à plus faihle. la plus élevée 1,22 4,12 5,80 19,20 12,80 19,50 PHYSIOLOGIE DES SUBSTArs'CKS OHASSES ET LIl'OlDigLES \'.} de teneurs infimes chez l'Ascidie ou le Phascolosome, nous trouvons, chez Anémone sulcata, des valeurs qui atteignent celles rencontrées chez les Homéothermes. Ici une objection doit être immédiatement écartée. Puisque nous, calculons la proportion de corps gras contenue dans l'animal total, les différences observées ne représentent-elles pas tout simplement des différences dans la concentration globale de la totalité des constituants de l'organisme. H suffirait de considérer l'importance de ces différences chez i'Huitre, la Palourde, la Sangsue, l'Actinie, dont les teneurs en eau sont très voisines, pour voir qu'il n'y a pas là une simple différence de concentration. Mais nous avons tenu à montrer, en prenant les valeurs extrêmes, que ces différences se re- trouvent si l'on rapporte les quantités dosées au poids sec. Pour ce faire, nous avons déterminé, par dessiccation jusqu'à poids constant, la teneur en substances sèches (et par diffé- rence la teneur en eau) d'un certain nombre d'individus dans chaque espèce, et nous avons rapporté les valeurs d'acides gras et de cholestérine précédemment trouvées au poids sec moyen. Nous pouvons voir ainsi, des chiffres ci-dessous, que s'il y a évidemment chez les trois espèces considérées, Ascidia men- iula, Phascolosoma i>ul^atiim et Anémone sulcata, une diffé- rence notable de la concentration de tous les éléments, puisque la teneur en eau est très différente, il n'en reste pas moins que la proportion des acides gras parmi les substances solides est très différente. (Pour chaque espèce, le calcul a porté sur la valeur la plus faible consignée respectivement dans les tableaux XIV, XVIII, XX.) ESl'ÈCE ANIMALE. TENEVR en eau. EXTRAIT TOTAL en p. 100 du poids s^ec. CHOLESTÉRINE en p. 100 du poids sec. ACIDES GRAS en p. lUO du poids sec. . Ascidia mentula. . . . Phascolosoma vulgatum Actinium mesambry. 94 % 90% 83 Vo 3,7 2,3 10,0 0,5 0,5 1,3 3,2 1,8 8,7 Cholestérine. — A l'intérieur de chaque espèce, la teneur en 44 EMILE-F. TERROINE cholestérine est remarquablement constante. Sans doute, ici aussi, devons-nous tenir compte du fait qu'il s'agit le plus souvent d'une valeur moyenne, mais il est facile de voir que les variations de la cholestérine ne sont pas, à beaucoup près, aussi étendues que celles des acides gras. De plus, quand les déterminations ont été individuelles, comme dans le cas de l'Huître, on remarquera que des variations du simple au triple dans la teneur en acides gras ne sont accompagnées d'aucune variation dans la teneur, en cholestérine. Au surplus, le tableau XXI, dans lequel figurent compa- rativement, pour toutes les espèces étudiées, les plus grands écarts des acides gras et de la cholestérine, fait ressortir la fixité remarquable de cette dernière substance. TABLEAU XXI Grandeur comparée des écarts entre les teneurs en cholestérine et les teneurs en acides gras chez les Invertébrés. AClliES GIIAS. VA LE in plus fail)le. Ascidia mentula. . . Ostrea edulis Tapes decussatus . Hirudo medicinalis Phascolosoma vul. . Asterias ruhens . . . Actinium mesem bryanthemum . . . Anémone sulcata. . 1,22 5,80 7,90 6,60 1,71 12,80 14,30 21,84 \ Al. Kl ri l.i plus t'Ievi 4,12 19,20 10,80 8,50 3,36 19,70 18,40 31,70 CHOLESTERINE. VALEIU la plus faillie. 0,28 1,07 1,20 1,60 0,52 1,20 2,20 2,00 VALEl'R la plus élevée. 0,30 1,50 1,40 2,00 0,59 1,70 2,50 2,50 Enfin, si l'on fait une moyenne de la teneur en cholestérine, ce que nous sommes autorisés à faire, étant donné le peu d'étendue des variations quantitatives de cette substance, on sera frappé de retrouver fréquemment, à côté de chiffres très éloignés, cette valeur voisine de ls'',4 par kilogramme d'animal trouvée tout à l'heure chez la Grenouille et deux Poissons : Huilre. Palourde. Sanfjsue. .Vstérie. Ascidie. l'hascûl. 1,3 1,3 1,7 1,4 0,29 0,54 Act. mes. .Anémone. 2,4 2,32 PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES CtRASSES ET LIPOIDIQUES 45 Ceci montre que la teneur en cholestérine, presque iden- tique chez tous les individus d'une même espèce, n'est cepen- dant pas caractéristique de l'espèce. CHAPITRE III SIGNIFICATION PHYSIOLOGIQUE DE LA SÉPARATION QUANTITATIVE DES ACIDES GRAS EN ÉLÉMENT VARIABLE ET ÉLÉMENT CONSTANT ET DE LA TENEUR EN CHOLESTÉRINE. Quelle est la signification des faits précisés dans les con- clusions de nos deux précédents chapitres ? Pouvons-nous, à l'aide de ces faits, répondre aux questions posées particu- lièrement en ce qui concerne la grandeur des réserves? Enfin quelles recherches nouvelles nos constatations nous com- mandent-elles pour l'avenir? C'est ce que nous allons main- tenant examiner. § A. — Les acides gras. 1° L'élément variable. — a. L'élément variable repré- sente LA RÉSERVE GRASSE DE l'organisme. — Quc représente l'élément variable? Précisément, la valeur principale que nous cherchions à établir, la grandeur de la réserve grasse. Pour la première fois, en effet, croyons-nous, grâce à la mise en évi- dence de l'existence d'un élément constant, d'une quantité fixe d'acides gras que l'organisme ne peut utiliser, ne peut com- burer, nous pouvons déterminer par là même, par la différence entre la quantité globale et l'élément constant, la quantité de graisse qui constitue réellement une réserve pour l'organisme, la seule à laquelle on ait vraiment le droit d'appliquer les termes de « potentiel bioénergétique ». Nos expériences nous paraissent démontrer d'une manière péremptoire que considérer comme un tout unique les acides gras contenus dans l'organisme est dépourvu de signification biologique, tout au moins en ce qui regarde la grandeur des 46 ÉMILE-F. TERROINE réserves. Opérer ainsi, c'est comme si, après avoir dosé l«s cendres de l'animal total, on considérait le tout comme ré- serves minérales, sans égard pour la quantité présente dans le squelette osseux- et que l'animal ne peut utiliser. Pour nous, il existe, si nous pouvons nous permettre cette expression, un squelette de composés d'acides gras, que nous n'avons pas le droit de considérer comme réserve énergé- tique. Et cette manière de voir n'est pas sans conséquence, non seulement lorsque nous voulons connaître la grandeur de la réserve grasse chez différents sujets d'une même espèce, à divers états physiologiques, mais encore si nous essayons de nous rendre compte de la valeur des potentiels, énergétiques dans les diverses espèces animales. Envisageons tout d'abord le cas de deux individus normaux de même espèce, par exemple dans l'espèce Mypochera cho- îybeata. ceux qui ont fait l'objet de la deuxième et de la cin- quième détermination. Ces deux animaux présentent respecti- vement une teneur globale de 47,9 et de 34,8 p. 1 000; si nous évaluons le tout comme réserve, nous allons donc admettre que leurs potentiels énergétiques qui commandent la survie dans l'inanition sont dans le rapport de 1 à 1,37. Or, il n'en est rien. Tous deux mourront avec un élément constant iden- iÏQY ^. soit dans le cas présent 21,6 p. 1 000. Leurs réserves énergétiques réelles sont donc reépectivement de 47,9 — 21,6 = 26,3 et 34,8 — 21,6 = 13,2, c'est-à-dire que l'un des ani- maux possède une réserve double de l'autre. Prenons au contraire maintenant le cas d'espèces chez les- quelles l'élément constant est très différent, par exemple la Perche et V Hypochera cholyheata. Si nous ne considérons que les valeurs globales, nous allons être amenés à conclure que le potentiel dont dispose 1? Perche normale n^ 1 (33^^,4 par kilogramme) est le même que celui auquel peut faire appel VHy pochera normal n» 5 (34gr,8 par kilogramme). En réalité, si l'on enlève l'élément constant, on constate alors que la Perche dispose d'une réserve de 33,4 — 5.18= 28^^,22, alors que l'Oiseau ne dispose plus que de 34,8 — 21,6 = 13^^,2, soit plus de moitié moins. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 47 Au total, la réserve grasse d'un organisme, ce n'est pas la quantité globale de composés d'acides gras que cet organisme contient, c'est la différence entre cette quantité globale, — grandement variable suivant les individus, — et l'élément constant, de valeur presque identique pour tous les représen- tants normaux adultes d'une même espèce. b. Valeur énergétique de la réserve grasse chez DIFFÉRENTES ESPÈCES. — A l'aide de la donnée que nous venons d'acquérir, nous sommes maintenant en mesure de calculer la valeur énergétique réelle que représentent les réserves grasses accumulées dans l'organisme. TABLEAU XXII Valeur énergétique des réserves grasses chez des sujets normaux appartenant à diverses espèces de Vertébrés. TENEUR TOTALE y. VALEIR DE LA RÉSEIU E. en d. ^ - ^-■ — — RESERVE ESPÈCE ACUJES GU.V,S. o EN ACniES (IRAS. EN GR AISSE. énergétique par kilo d'animal Viileui- la filns failjle. Valeur la plus forte. y. \ak'ur la |,las faillie. Valeur l.i plus forte. Valeur la plus faible. Valeur la plus forte. en ealories. Souris 29,6 87,5 23,40 6,20 64,10 6,48 67,0 de 60,9 à 629,8 Hypochera cholybeata... 34,8 87,7 21,60 13,20 66,10 13,80 69,1 de 129,7 à 64?, 5 Sporo e gin- thus mel- podiis .... Poussin . . . 44,8 35,2 68,9 51,8 26,90 25,60 17,90 9,60 42,00 26,20 18,70 10,00 43,9 27,4 de 175,7 à 412,6 de 94,0 à 258,5 Perche .... 13,8 33,9 5,28 8,52 28,62 8,90 29,9 de 83,6 à 981 Tanche .... 6,3 18,1 5,00 1,80 13,10 1,35 13,7 de 12,6 à 128,0 Grenouille . 14,5 17,7 4,27 10,23 13,43 10,70 14,0 de 100,5 à 131,6 Bien que, comme nous l'avons précédemment indiqué, nos déterminations ne portent pas sur un nombre suffisant d'in- dividus pour nous permettre de supposer que nous avons atteint dans chaque cas la limite supérieure de la teneur en 48 ÉMILE-F. TERROINE corps gras, il nous a paru plus intéressant de donner des va- leurs limites que des moyennes. Au moins ces valeurs limites correspondent-elles à des faits d'observations ; à l'heure actuelle, les déterminations sont encore trop peu nombreuses pour que les valeurs moyennes ne soient pas arbitraires. Nous avons donc établi pour chaque espèce étudiée les différences entre les valeurs globales limites et l'élément constant. Les quantités d'acides gras ainsi obtenues ont été transformées en graisse en les multipliant par 1,046, le coefficient de Kumagawa qui relie les acides gras supérieurs aux graisses neutres. Enfm nous avons représenté en calories les réserves grasses ainsi évaluées. L'ensemble de ces données est contenu dans le tableau XXIL Qu'il y ait de grandes variations individuelles, ce n'est pas là un fait nouveau, et nous l'avons constaté au cours de nos dosages. Deux faits doivent retenir notre attention : a. Si l'on compare entre elles les valeurs des réserves chez les Homéothermes étudiés, on constate la faiblesse relative de la réserve du Poussin. Ce résultat est à rapprocher des intéressantes recherches de Thomas (326) sur le Chien et le Chat, d'où il ressort très nettement que la quantité de graisse augmente beaucoup chez le jeune : au cours des vingt premiers jours, elle passe de 6,90 à 42,30 p. 100 chez le Chien ; de 8,42 à 27,10 pendant les vingt-deux premiers jours chez le Chat. L'animal naîtrait donc avec une réserve énergétique mé- diocre, qu'il accroîtrait très rapidement. C'est là une question qu'il sera nécessaire d'étudier systématiquement ; il con- viendra, d'ailleurs, de rechercher en même temps si l'augmen- tation porte sur le seul élément variable et si l'élément con- stant est le même chez le nouveau-né et chez l'adulte. .B. Dans l'ensemble et si l'on écarte le Poussin, animal non adulte, les trois espèces homéothermes se séparent très nette- ment des trois espèces poikilothermes. Mais toute conclusion ferme sur ce point serait actuellement sans valeur. Poli- MANTi (260) relève en effet des différences très étendues de la teneur en corps gras chez les diverses espèces de Poisson, de 0,255 p. 100 de substance fraîche chez le Gohius paganellus PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES i-9^ à 6,298 chez Cliipeapilchardiis ;SvND constate chez le Sprat, suivant la saison, des teneurs de 5 à 15 p. 100 du poids du corps; Fage et Legendre (93) trouvent chez la Sardine des •quantités d'extrait éthéré qui peuvent atteindre 16 à 17 p. 100 •du poids du corps chez les individus très gras. C'est dire que -des recherches sur des espèces nouvelles sont indispensables. La question de la variation des réserves grasses chez les animaux migrateurs, telle qu'elle a été posée par Hjort et Lea (143) pour le Hareng, par Stind (302) chez le Sprat, par Fage et Legendre {loc. cit.) pour la Sardine, telle qu'elle se pose également pour les Oiseaux migrateurs, la Caille, par exemple, dont on sait la richesse en matière grasse, nous parait à reprendre, en utilisant une méthode plus précise et en tenant compte, cette fois, de l'existence de l'élément •constant. Nous ne pouvons calculer, comme nous l'aurions désiré, la valeur énergétique de la réserve grasse réelle chez les Inver- tébrés, puisque nous n'avons pas pu déterminer leur élément le. 1,27 6,10 8,20 6,90 1,78 13,30 14,90 30,07 Valeur la plus élevée. 4,2 20,0 11,2 9,3 3,5 20,6 19,2 33,1 VAI.EUH ENERGETIQUE en calories par kilo d'aniiiuil. de de de de de 11,9 à 39,40 57,3 à 188,00 77,0 à 105,20 64,8 à 87,40 16,6 à 32,90 de 125,0 à 193,60 de 140,0 à 180,40 de 283,0 à 311,14 ANN. DES SG. NAT. ZOOL., IQe série. 50 ÉM»LE-F. TERROINE Ces chiffres ne représentent évidemment pas la réserve énergétique réelle, mais, étant donnés les écarts existants^ des différences subsisteront même après défalcation de l'élé- ment constant. Il sera curieux de constater que des Cœlen- térés contiennent une quantité de corps gras voisine de celle des Homéothermes étudiés et que ce sont eux qui, parmi les Invertébrés examinés, présentent de beaucoup les teneurs les plus élevées (les acides gras ont été transformés en graisse à l'aide du coefficient de Kumagawa-Suto). Ici plus encore que dans les cas précédents, on comprendra que nous voulons considérer le présent travail, quelque labo- rieuse et fastidieuse soit l'exécution de recherches de ce genre, uniquement comme une amorce, ainsi que notre désir d'établir dans la suite, dans les espèces où les conditions expé- rimentales seront réalisables, la valeur de l'élément constaM, c. Les réserves grasses par rapport a la réserve totale DE l'organisme ; LE GLYcoGÈNE. — Dès qu'on envisage la question des réserves de l'organisme, deux mots viennent aussitôt à l'esprit : les graisses, le glycogène. Quelle est donc l'importance relative de ces deux corps comme potentiels énergétiques? Bien que le glycogène ait été beaucoup plus étudié que les graisses, on ne trouve cependant pas beaucoup plus de données numériques quant à la teneur globale des organismes. Dans presque toutes les espèces animales, la présence du glycogène est signalée (Pfluger, 253) (O. von Furth, 110), mais sa teneur est rarement précisée. Sans vouloir donner toutes les valeurs existantes, nous réunissons ci-dessous celles qui nous paraissent les plus intéressantes : Enfant nouveau-né: de 4^^,50 à S^'', 68 par kilogramme de poids du corps (d'après TiGERSTEDT, 327) : Bengali: environ 6 grammes par kilogramme de poids du corps (d'après L. et M. Laptcque, loc. cit.). Poussin (cinquième jour) : environ isr^iS par kilogramme de poids du corps (d'après V. Adamoff, 4). Lapin (àlanaissance) :de68'',06àH°'",56par kilogrammedepoids du corps (d'après V. Adamoff, 4). Grenouille (en juin): de5er,23 à 9s'',10 par kilogramme de poids du corps (d'après Athanasiu, loc. cit.). ' Abeilles (imago): 10»'j2 par kilogramme de poids ducorps(d'aprèsSTRAUss, 300)^ PHYSIOLOGIE DES S-ïTBSaJi^lNJEES- G«-A*SSBS ET LIPOIDIQUES 5^1 Mouche avant la métamorphose : 6er,3 par kilogramjne de poids é\i- corp* (d'après Weinland, 344). Mouche après la métamorphose : lg'",723 par kilogramme de poids du corps- (d'après Wetnlaînd, 344). Carcinus Mœnas : H'^^,5 à 10'''",0 par kilogramme de poids du corps (d'après SCHONDORFF, loC. Cit.). La simple considération de ces quelques chiffres oblige à penser que la quantité de glycogène contenue dans les orga- nismes ne représente le plus souvent qu'un bien faible poten- tiel énergétique. Toutefois la méthode de dosage de Pfluger ayant donné lieu à diverses critiques, tant en ce qui regarde les animaux supérieurs que les animaux inférieurs (Starkenstein, 298), avions-nous estimé indispensable de reprendre des dosages, sur les diverses espèces étudiées par nous, à l'aide de la méthode élégante et précise de Bierry et Gruzewska (1), La guerre ayant interrompu ces recherches, nous ne pouvons donner aujourd'hui que le& quelques résultats consignés dans le tableau XXIV. TABLEAU XXIV Teneur en glycogène de diverses espèces animales. ESPÈCE. NOMBRE d'individus utilisés. TENEIR en glycogène par kilo d'animal. ESPÈCE. NOMBRE d'individus ulilisés. TENEI'R en glycogène par kilo d'animal. 1 Souris Bengali Tanche 1 1 2 2 2 4 7,40 3,40 5,60 6,07 8,20 4,20 Huître [Ostreaed.] 4 4 6 4 5 4 6 50,1 44,0 47,0 42,0 43,0 41,0 43,0 i S 1 La comparaison des valeurs énergétiques que représentent (1) En bref, cette méthode, dont on trouvera la description dans Le travail de Bierry et Gruze-wska et que nous avons appliquée sans aucune modification, comprend les temps suivants : traitement du tissu par la soude à l'autoclave, ce qui solubilise le tissu (ou l'animal) et détruit les matières sucrées ou glyco- formatrices autres que le glycogène; acidification du liquide obtenu et chauffage, ce qui transforme le glycogène en glucose ; dosage du glucose à l'aide de la, méthode de Bertrand, après défécation du liquide par le nitrate mercurique:. 52 ÉMILE-F. TERROINE la réserve grasse et la réserve de glycogène pour les espèces vertébrées étudiées, comparaison pour laquelle nous avons en partie fait appel aux résultats de nos devanciers, montre com- bien peu compte, quantitativement, chez ces espèces, la quan- tité de glycogène présente. On peut dire que la réserve éner- gétique est presque uniquement constituée par la graisse. Valeur énergétique de la réserve grasse en calories Valeur énergéti |iie ]>!ir kilo. du glycogène (C.hillres pris dans en calories le tableau XXII.) par kilo. Souris de 60,9 à 629,8 de 14,7 à 32,0 Bengali de 175,7 à 412,7 de 26,36 à 35,6 Poussin de 94,0 à 258,5 4,6 (d'après Vera Adamoff) Grenouille de 100,5 à 131,6 de 21,4 à 37,3 (d'après Athanasiu) Tanche de 12,6 à 128,0 18,0 L'énergie potentielle de l'organisme, ce qui lui donne sa force vis-à-vis des attaques extérieures, ce qui lui permet de résister longuement au froid, à l'inanition, c'est la graisse. Le glycogène peut faire face aux besoins immédiats; seul il serait sans grande valeur pour assurer la survie de l'organisme de- vant la précarité alimentaire. Au total, le glycogène est la troupe de couverture immédiatement engagée et derrière laquelle se fait plus lentement la mobilisation des réserves, qui, elles, constituent la véritable sauvegarde de l'organisme. En est-il demême dans toutes les espèces animales, chez les Invertébrés? Il ne semble pas que le fait soit général (1). Si, en effet, Strauss {loc. cit.) trouve chez l'Abeille {imago), 10,2 de glycogène contre 19,5 de graisse, soit 41*^\8 en glycogène par kilogramme d'animal, alors que les graisses représentent 183,3 ; si Weinland (loc. cit.) décèle chez la Mouche, après la métamorphose, 1,723 de glycogène contre 4,5 de graisse, soit 6^^\97 en glycogène, alors que ks graisses en représentent 423 ; par contre, chez le Carcinus Mœnas, Schôndorff {loc. cit.) trouve respectivement (1) Nous laissons ici de côté toute détermination relative aux variations de la graisse et du glycogène pendant les métamorphoses pour ne considérer que les sujets adultes. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 53 10 grammes et 8sr,5 de glycogène et 7,1 et 7,4 de graisse, ce qui donne 41 et 34^^\85 pour le glycogène, 66,7 et 69,5 pour les graisses; Starkenstein {loc. cit.) signale la pré- sence d'au moins 25 p. 100 de glycogène chez Phallusia mamillata. D'autre part, nos recherches personnelles nous montrent une valeur énergétique importante du glycogène chez l'Huître: le glycogène représente en effet environ 200 calories, alors que la valeur maximale trouvée pour la graisse est de 188 calories. Que signifie la minime importance quantitative du glycogène chez certaines espèces, particulièrement chez les Vertébrés, son importance notable chez d'autres? C'est là encore une ques- tion qui ne pourra être discutée avec fruit qu'après des re- cherches nouvelles beaucoup plus étendues. d. La GRANDEUR DE l'ÉLÉMENT VARIABLE, LA DUREE DE SURVIE PENDANT l' INANITION ET l' AUGMENTATION PRÉMOR- TELLE DE l'excrétion AZOTÉE. — Nous avous précé- demment rappelé combien les physiologistes se sont préoc- cupés des facteurs qui déterminent la durée de survie pendant l'inanition et des causes qui provoquent l'augmen- tation prémortelle de l'excrétion azotée. Pour la durée de survie, on l'attribue en général à la gran- deur de la réserve grasse, mais on s'étonne avec Rubner, avec ScHULTZ, avec Boghtlingk, de trouver chez l'animal mort d'inanition une quantité de graisse loin d'être négli- geable. Pour nous, la durée de survie s'explique bien, en effet, par la grandeur de la réserve grasse, mais grandeur définie non par la quantité totale des graisses de l'organisme, mais seu- lement par l'élément variable. A cet égard, la comparaison des recherches de L. et M. Lapicque {loc. cit.) sur la résis- tance du Bengali à l'inanition et des nôtres nous parait très suggestive. L. et M. Lapicque observent, en effet, que, pour une température de 18°, des Bengalis ne recevant aucune ali- mentation meurent en quatre à six heures. Chez les nôtres, le maximum de survie à cette température a été de dix heures. D'autre part, L. et M. Lapicque déterminent qu'à cette tem- pérature la dépense énergétique est de 42 calories par kilo- 54 EMILE-F. TERROINE gramiiii.e-'tieiiij*e;iie trouvant que -6 p. 1 000 de glycogène, c'est-à- dare 24 calories, ils en concluent que cette réserve serait à ^pedne suffisante pour assurer une survie d'une demi -heure. Ils (émettent donc l'hypothèse que, pour faire face au jeûne noc- turne, « le Bengali se constitue chaque jour d'autres réserves -en graisses, par exemple ». Que nous apprennent nos recherches? Dune part, que la .teneur en glycogène est bien de 6 p. 1 000 environ et qu'elle ne peut en aucune manière expliquer la durée de la survie. D'ismi/Te part, que la réserve grasse, en ne dominant à cette expression que le sens élément variable, représente de 157 à 412 calories. A raison de 42 calories par kilogramme-heure, il y a là des durées de survie à 18° assurées de quatre heures à neuf heures et demie, c'est-à-dire précisément celles observées par Lu -et M. Lapicque et par nous. Si nous- considérions comme réserve énergétique non plus l'élément vai^iable, mais la quantité globale, il faudrait ajouter 28,1 X 9,4 = 964 -calories, c'est ià-dire la possibilité de durées de survie de «dix heures vingt à quinze heures einqua-nte, ce qui ne concorde plus du tout avec nos observations. 11 y a donc, dans la comparaison des recherches de L. et M. Lapi-cque et des nôtres, la confirmation -d-e l'hypothèse formulée par ces auteurs : il faut rechercher la durée de sutrvie dans la réserve grasse, et en même temps un élément de .preuve en faveur de l'idée émise par nous, à savoir qu'il ne faut entendre par réserve grasse que l'élément variable. En ce qui regarde l'augmentation prémortelle de l'exoré- ition azotée, on sait, d'après des recherches de Rubner (276)-, déjà anciennes (1881), qu'elle est concomitante avec une dimi- anution sinon une suppression de la consommation des graisses édiiB l'organisme, qu'elle se produit à un moment où il reste peiU de graisse dans l'organisme. « Il n'est pa« douteux, dit Rubner, que la diminution des graisses dans le corps est la icause de la destruction des protéiques. » ^Personne n'admet plus cependant, comme l'ont écrit Neumeister (/oc. cit.): «que raugmentation prémortelle de h destruction azotée marque le temps où toute la graisse de l'organisme est employée », ou Bunge (57) : que « si on tue PHYSIOLOGIE DES SUBSTAJ^CES GRAKSES ET LIPOIDIQUES 55 l'animal au moment de l'augmentation subite de Texcrétion azotée on trouve tous ses organes sans graisse ». Pour nous, sans vouloir résoudre bien entendu la question de la cause de l'augmentation prémortelle de Texcrétion -azotée, il nous semble cependant que nos recherches nous permettent de formuler une hypothèse plausible, hypothèse qui tient compte à la fois de la suppression de la consomma- tion des graisses, montrée par Rubner, et de la présence de -quantités non négligeables de corps gras au moment où ce phénomène se produit : l'augmentation prémortelle de l'ex- crétion azotée dans l'inanition est provoquée par la dispa- rition complète de l'élément variable, et l'impossibilité pour l'organisme d'attaquer son élément constant^son squelette d'acides gras. Et l'on voit tout de suite alors quelle recherche impose cette hypothèse. L'impossibilité pom' l'organisme d'attaquer le résidu d'acides gras qu'il renferme encore après une inani- tion prolongée est-elle due à un abaissement considérable du pouvoir oxydant, à une auto -intoxication, comme le croifc. TiGERSTEDT {loc. Cit.), qui rend les cellules incapables de com- burer et même de dissoudre les graisses? Ou n'est-elle pas due bien plutôt au fait que les acides gras qui restent à ce moment sont engagés dans des combinaisons tout autres que les graisses neutres, dans des corps que l'organisme ne peut utiliser comme combustibles ? En d'autres termes, l'aug- mentation prémortelle de l'excrétion azotée ne signifie-t-elle pas, en dernière analyse, que l'élément constant est qualita- tivement distinct de l'élément variable. Et c'est là encore une question que, pour le moment, nous sommes obligés de nous contenter de poser et qui fera l'objet de nos plus prochaines recherches. 2° L'élément constant. — Quelle est la signification de l'élé- ment constant? Quelle est la signification des différences de sa valeur chez les diverses espèces animales? A quelles com- binaisons correspond -il? a. SIGNIFICATION. PART DU SYSTÈME NERVEUX CENTRAL. — • Lorsqu'on voit persister des quantités importantes d'acides gras dans l'organisme lors de la mort par inanition, lorsqu'on b6 ÉMILE-F. TERROINE trouve ces quantités identiques chez tous les représentants- d'une même espèce, on est amené à penser que le système nerveux, si riche en acides gras, intervient pour une part importante dans la valeur de l'élément constant. Aussi aTons-nous cherché à déterminer chez une des espèces étu- diées, — la Souris, — quelle est la part du système nerveux central dans la teneur en acides gras et en cholestérine de- l'organisme total. Trois Souris, soumises à un jeûne préalable de trente-six heures, mais qui cependant sont assez loin d'avoir atteint la valeur de leur élément constant, comme le montre le ta- bleau XXV, sont tuées par strangulation. On enlève aussi rapi- dement que possible le système nerveux, et on dose séparé- ment les acides gras et la cholestérine, d'une part dans le système nerveux, d'autre part dans le reste du corps. Il serait puéril de cacher que de telles recherches com- portent d'assez sérieux éléments d'erreur. En particulier,, suivant la rapidité avec laquelle on opère la dissection, on laisse plus ou moins longtemps à nu le système nerveux; par cela même, l'évaporation active qui se produit est plus ou moins prolongée ; il en résulte une erreur de pesée qui, étant donné le poids total de matière, n'est pas négligeable. Néanmoins les résultats, remarquablement cohérents d'ail- leurs, groupés dans le tableau XXV, montrent la faible part des acides gras (et de la cholestérine) du système nerveux dans- la quantité totale de l'organisme. Sans doute une objection peut être valablement soulevée du fait que nous ne nous sommes pas adressés à des animaux morts d'inanition et ne présentant que l'élément constant. A cet égard, l'expérience est à refaire ; elle l'est en outre sur toutes les espèces étudiées^ afin de fixer par un chiffre précis la part du système nerveux dans l'élément constant. Mais les acides gras du système ner- veux ne variant vraisemblablement pas pendant l'inanition, si l'on veut bien rapprocher les valeurs trouvées ici pour ce système nerveux, — 0gï',0i61, 0gr,0191, 0gr,020, — de celles globales d'animaux de même poids morts d'inanition (Voir tableau II), c'est-à-dire 0gr,3265, 0gr,3645, 08^,363, on sera amené à conclure que la part du système nerveux central dans PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 57 TABLEAU XXV Teneur en acides gras et en cholestérine du système nerveux central et du corps chez la Souris. Poids total de l'animal Poids du système nerveux Poids de l'animal moins le système nerveux. 16,059 0,391 15,668 II. 11,142 0,390 10,752 13,221 0,417 12,804 Quantité d'extrait total trouvé dans le système nerveux Quantité d'extrait total trouvé dans le reste du corps ,• • • Quantité de cholestérine trouvée dans le système nerveux • • Quantité de cholestérine trouvée dans le reste du corps Quantité des acides gras (calculés par différence) dans le système nerveux • Quantité des acides gras (calculés par différence] dans le reste du corps 0,0185 0,5485 0,0024 0,0400 0,0161 0,5085 0,02150 0,5900 0,0024 0,0348 0,0191 0,5552 ;' Animal entier Extrait total p. 1 000) Corps moins le système I nerveux ' Système nerveux Animal entier Acides gras p. 1 000. ^ Corps moins le système f nerveux Système nerveux Animal entier Cholestérine p. 1000.1 Corps moins le système l A, .' Ce ] nerveux ; Système nerveux. 35,3 54,8 35,0 47,3 32,7 54,7 55,1 51,6 32,4 51,5 41,1 49,0 2,6 3,3 2,6 6,2 3,2 6,1 Pourcentage par rapport à la teneur de l'animal entier : ^ Du corps, moins le sys- 1» De Textrait total. tème nerveux / Du système nerveux. . . . . Du corps, moins le sys- 20 Des acides gras. ] tème nerveux ' Du système nerveux. . . . ( Du corps, moins le sys- 3° De la cholestérine., tème nerveux I Du système nerveux. . . . 96,7 3,3 96,9 3,0 94,3 5,6 96,4 3,5 96,6 3,3 93,5 6,4 0,0225 0,621 0,0025' 0,0410 0,0200 0,5800 48,6 48,5 53,9 45,4 45,3 48,0 3,2 8,2 5,9 96,5 3.4 96,6 3,3 94,4 5,6 o8 ÉMILE-F. TERROINE l'élément constant est extrêmement faible, environ 5 p. 100. b. Qu'est-ce que l'élément constant? — Mais alors que représente l'élément constant? N'est-il qu'un reste de réserve grasse que l'organisme affaibli a perdu la force de brûler ? Est-ce uniquement au contraire un constituant permanent de l'organisme, tout différent d'une matière de réserve? Au point où nous en sommes, nous ne pouvons le décider. Avant tout, il conviendra de rechercher si l'élément constant est quali- tativement distinct de l'élément variable. La comparaison des faits avancés par Mayer et Sch.effer et des nôtres pose la question de savoir si l'élément variable n'est pas constitué essentiellement par des graisses neutres, l'élément constant par des lipoïdes, par des phosphatides (1). En efïet, en même temps que nous constations l'existence de l'élément constant dans l'organisme total, Mayer et ScHiEFFER (213), dans des recherches qu'à dessein nous pour- suivions simultanément, montraient que tous les sujets d'une même espèce présentent des teneurs très voisines en phosphore lipoïdique. Or, bien que nous ne voulions tirer aucune conclusion ferme d'expériences trop peu nombreuses, nous ne pouvions pas ne pas être frappés du parallélisme de leurs résultats et des nôtres. Chez les Vertébrés, il existe une séparation nette entre Homéothermes et Poikilothermes : chez les premiers, la teneur en phosphore lipoïdique est toujours supérieure à 0,60 p. 1000; en fait, en dehors du Rat, toutes les valeurs oscillent autour de 0,80 p. 1 000 ; par contre, chez les seconds, les valeurs sont toutes inférieures à 0,50 p. 1 000. La moyenne la plus élevée appartient au Bengali, exactement comme dans le cas des acides gras. Peut-être ce rapprochement nous permettra-t-il, dans la suite, l'acquisition de renseignements plus précis sur la nature de l'élément constant. c. Signification de l'élément constant. — L'élément constant est-il un constituant permanent des cellules, un (1) Il importe de noter que cette distinction ne signifierait pas que l'élément constant ne pourrait faire appel, pour l'édification des composés qui le caracté- riseraient, à des acides gras empruntés à l'élément variable, aux graisses neutres. Nous n'entendons nullement admettre qu'aucun échange ne peut se taire entre l'élément constant et l'élément variable. PHYSIOLOGIE DES SU«STANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES a9 squelette gras o>ia lipoadiqiie, oojîûime nous l'avons appelé ? Les belles recherches de Mayer^I Schiffer, mettant en évidence l'existence de constantes lipocytiques, rendaient cette con- ception des plus vraisemblables. Mais elle ne pouvait être admise, comme la réalité des constantes lipocytiques elle- même, qu'après démonstration que les quantités trouvées dans les cellules, quantités qui constituent sans doute notre élément constant, sont indépendantes des états de nutri- tion. C'est cette démonstration que nous essaierons d'appor- ter dans la deuxième section de oe travail. Il y a un point cependant sur lequel il convient dès main- tenant d'appeler l'attention, relatif à la grandeur de l'élément constant chez les diverses espèces. Nous l'avons trouvé sensiblement identique chez les trois Vertébrés poikilothermes étudiés •et très faible, beaucoup plus élevé— de cinq à s^x fois — chez les Homéothermes. De plus, le Bengali, dont la combustion est la plus intense parmi tous les animaux envisagés, présente l'élément constant le plus fort. La valeur de cet élément serait-elle sous la dépendance de l'intensité des .combustions ? La verrons-nous chez les Homéo- thermes s'abaisser chez les espèces de taille plus élevée,? Nouvelles questions que nous ne pouvons encore que poser. i; B. — Cholostérîiie. Toutes nos détenninations concordent pour nous montrer, d'une part, l'uni\^rselle présence de la cholestérine dans le règne animal, d'autre part la fixité, souvent remarquable, de sa teneur chez tous les individus d'une même espèce. L'élévation, toujours constatée, de la proportion de choies.-: térine à la fm de l'inanition correspond -elle à une augmenta- tion réelle? Ne signifie-t-elle pas tout simplement que, dans le cas des animaux inanitiés, on rapporte la quantité trou- vée à un poids qui ne comprend plus les réserves, l'augmen- tation n'étant alors qu'apparente? Il est bien difficile de conclure définitivement sur ce point, mais on retiendra en tout cas que l'augmentation est bien faible. Quelle est la signification de cette présence universelle de la cholestérine qui en fait, à n'en pas .douter, un constitTiant 60 EMILE-F. TERROINE permanent des organismes? Mayer et Schiffer (214, 217) lui attribuent un rôle important parmi les facteurs qui règlent la teneur en eau des tissus. Ils montrent que l'imbibition maximum d'un tissu, c'est-à-dire la quantité d'eau qu'il peut fixer lorsqu'il est plongé dans l'eau distillée, est sous la dépen- , , cholestérine . , , , . . . ,,. dance du rapport — —. , la cnolesterme lavorisant 1 m- ^ ^ acides gras troduction, les acides gras s'y opposant. Ce qui est vrai pour les tissus l'est-il pour l'organisme total? Y a-t-il un rapport fixe entre la teneur en acides gras, réduite à son élément constant, et la teneur en cholestérine? Le ta- bleau XXVI montre que ce rapport est très voisin chez les quatre espèces homéothermes, très voisin chez les trois espèces poikilothermes; mais, étant donné le peu d'étendue des variations entre chacun des éléments, étant donné le petit nombre des espèces étudiées, on ne saurait dès mainte- nant conclure que l'organisme total maintient un. rapport fixe entre ces deux éléments. Nous croyons cependant que les études qui se poursuivront dorénavant sur la question déjà ancienne du balancement dans l'organisme de l'eau et des graisses devront faire figurer la cholestérine parmi les fréteurs dont l'intervention est possible. TABLEAU XXVI „ - - ^ cholestérine , , ,, Valeur du rapport — ^ chez les diverses ^^ acides gras espèces vertébrées étudiées. ESPÈCE. ÉLÉMENT CONSTANT. TE NE TIR en cliuleslériiie (iiioyciine). RAPPORT Souris 23,00 26,90 21,60 25,60 5,28 5,00 4,70 3,10 2,58 2,74 3,40 1,40 1,40 1,40 13 9 12 13 26 28 29 Beng'ali Hypochœra < holybeata. Poussin Perche Tanche Grenouille Toutefois, la signification de la présence universelle de la cholestérine et de la fixité de sa teneur dans les organismes reste entièrement à dégager. SECTION II LA RÉPARTITION DES ACIDES GRAS ET DE LA CHOLESTÉRINE DANS LES TISSUS INFLUENCE DE L'INANITION ET DE L'ALIMENTATION. Nous avons montré que, dans une même espèce, la teneur en acides gras totaux des individus normaux varie considéra- blement d'un sujet à un autre; on peut relever des valeurs variantchezlaSourisde3i,7à87,5p. 1000; chez le Bengali, de 44,8à 68,9 p. 1000; chez la Perche, de 7,1 à 33,9 p. 1 000, etc. Par contre, lors de la mort par inanition, la teneur en acides gras est la même chez tous les animaux de même espèce. Nous avons été ainsi amenés à établir une distinction quan- titative entre les acides gras : les uns, élément variable, représentant les réserves ; les autres, élément constant, que, d'après les recherches de Mayer et Sch^effer, nous pour- rions considérer comme un constituant permanent des tissus. Si, à cette distinction quantitative correspond également une distinction qualitative, c'est là une question que nous réservons pour une étude ultérieure ; mais nous voudrions dès maintenant déterminer si, à cette distinction quantita- tive, correspond une différence de répartition dans les divers tissus de l'organisme? L'élément variable, la réserve grasse, rst-il strictement localisé dans les heux habituels de dépôts, l'élément constant étant, par contre, un constituant permanent de toutes les cellules ? En d'autres termes, doit-on admettre que seule varie, d'un animal à un autre, la valeur des réserves localisées dans leurs dépôts,— tissu sous-cutané, mésentère, —alors que les tissus actifs conservent chez les différents individus des valeurs identiques? Doit-on penser, au contraire, que les variations 62 ÉMILE-F. TERROINE globales entraînent à leur suite des variations concomitantes des organes, c'est-à-dire que, chez un animal gras, tous les tissus sont riches en graisses, alors qu'ils en sont pauvres chez un animal maigre ? Pour résoudre cette question, deux catégories de recherches peuvent être poursuivies : Ou bien faire un très grand nombre de déterminations de teneur en acides gras des divers tissus actifs d'animaux nor- maux pris au hasard, — comme nous l'avons fait dans le cas de l'animal entier, — et examiner si, pour un même tissu, les valeurs obtenues diffèrent considérablement entre elles ou au contraire se rapprochent beaucoup. Utihser les mesures faites par divers auteurs antérieurement à l'apparition des méthodes de dosage par saponification directe ne permettrait aucune conclusion par suite des différences dans les erreurs commises suivant les méthodes employées. D'un nombre considérable de déterminations faites à l'aide de la méthode de Kuma- GAWA-SuTO, Mayer et Schiffer concluent, malgré des variations individuelles assez étendues, à l'existence d^un indice lipocytique caractéristique de chaque tissu. Lorsqu'on examine les valeurs apportées par ces auteurs, on ne peut cependant s'empêcher d'être frappé du fait que, pour un même tissu,. il existe des écarts importants entre les divers sujets d'une même espèce : ainsi la teneur en acides gras, rapportée à ÎÔO grammes de tissu sec, varie chez le Chien de 9,5 à 12,0 dans le foie, de 10,8 à 13,2 dans le rein, de 8,23 à 10,5 dans le poumon; chez le Lapin, de 9,30 à 12,36 dans le foie, de 9,18 à 15,12 dans le rein; chez le Pigeon, de 12,8 à 22,2 dans le foie, de 12,3 à 20,0 dans le rein, etc. ; les variations des muscles sont beaucoup plus étendues. Que représentent ces variations ? Sont-elles l'expression d^une individualité chi- mique? Ne peut-on pas penser qu'elles ne sont, au contraire, que la traduction d'états passagers dépendant de la nutrition des sujets étudiés; en d'autres termes, ces variations ne nous indiquent-elles pas simplement que le sujet est gras, maigre, bien nourri, en digestion, à jeun, etc?... Le problème qui nous préoccupe reste donc posé : Ou bien rechercher si la teneur en graisse des tissus actifs PllYSIOLO(;iE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 63 subit des modifications importantes parallèlement avec les états nutritifs de l'organisme : s'enrichissent-ils lors de la suralimentation, s'appauvrissent-ils lors de l'inanition ? Il n'est pas douteux tout d'abord que des animaux maigres ou soumis à une inanition prolongée présentent encore des quantités notables de corps gras dans leurs tissus : chez des Chiens très maigres et soumis à des régimes ayant provoqué des amaigrissements considérables, N. Schulz (288) trouve des quantités d'extrait éthéré dans le muscle de 1,13, 3,27, 0,5, 0,9 ; dans le foie, de 1,8, 2,31, 5,34 ; dans le poumon, de 1,12 et 3,02 ; dans le rein, de 1,86 et 3,85 par 100 grammes de tissu frais ; après soixante-treize jours de jeûne, Pfluger (254) trouve dans le foie d'un Chien 2 grammes et dans le muscle 19,97 par 100 grammes de tissu frais ; chez un Chien ayant perdu 35 p. 100 de son poids par inanition, Rosenfeld (272) trouve dans le foie 10 p. 100 de matières grasses par rapport au tissu sec ; Seitz (291) constate la présence de 2^^,220 à 38^993 par 100 grammes de tissu frais dans le foie de Poule inanitiée et 3^^360 chez le Canard. Il ressort donc très nette- ment, de tous ces travaux, que les tissus présentent, même après une inanition prolongée, une teneur en corps gras loin d'être négligeable. Bien plus, si l'on rapproche certaines des valeurs trouvées chez les animaux inanitiés, par Rosenfeld, par exemple, de celles assignées par Mayer et Sch^effer, à l'élément normal correspondant, on constate qu'elles sont très voisines : la teneur en graisse de 10 p. 100 pour le tissu hépa- tique de Chiens inanitiés donnée par Rosenfeld est sensible- ment celle du tissu normal pour Mayer et Schiffer. Par contre, nous pouvons relever dans divers travaux des valeurs très différentes pour un même tissu, suivant qu'il s'agit de sujets gras ou de sujets maigres ; à cet égard, les faits avancés par Pfeiffer (251) sembleraient bien indiquer, — sauf dans le cas du Lapin, —comme le montrent les valeurs résumées dans le tableau XXVII, que chez un sujet gras tous les tissus sont gras, chez un sujet maigre tous les tissus sont maigres. 64 EMILE-F. TERROINE TABLEAU XXVII TENEUR en graisse de l'animal total p. 100 de poids sec. TENEUR eu gi-aisse (lu foie p. liMJ de tissu sec. TENEUR en graisse du muscle p. 100 de tissu sec. Chien I 9,4 22,6 18,7 8,6 15,7 5,4 28,0 27,5 8,26 14,93 22,03 32,81 11,88 10,82 37,03 25,64 9,24 34,42 35,24 13,21 15,83 14,39 18,88 14,47 Chien II Chien III Lapin I Lapin II Poule I Poule II Poule III Enfin la plupart des auteurs qui ont, par une même mé- thode, dosé les graisses dans les tissus d'animaux normaux, inanitiés ou engraissés, notent une teneur en graisse plus élevée du foie après l'alimentation : alors que la teneur en graisse du foie des Poules inanitiées oscille autour de 3 p. 100, celle du foie de Poules suralimentées peut atteindre 13 p. 100 ; alors que la teneur en graisse du foie de Canard inanitié est d'en- viron 3 p. 100, celle du foie de Canard suralimenté varie de 4 à 6p. 100(Seitz, loc. cit.); le foie d'un Chien qui, après cinq jours d'inanition, contient 10 p. 100 de graisse du poids sec, en renferme 25 à 26 p. 100 si l'animal est nourri de graisse (RosENFELD, /oc. ct^.); alors qu'après soixante-treize jours de jeûne on trouve une teneur en graisse dans le foie de 9,83 p. 100 du poids sec, cette teneur est de 15,65 et 17,15 p. 100 chez les animaux qui, après trois jours de jeûne, ont été nourris abondamment pendant deux jours (Profitlich 264). Mais, à côté de ces faits, on s'étonnera de constater que Mœckel (227), chez un Chien gras, ne trouve que 13,37 p. 100 de graisses dans le foie, teneur qui n'est pas très sensiblement plus élevée que la normale. Les écarts étendus observés par Mayer et Schiffer pour le même tissu chez divers individus d'une même espèce, les résultats contradictoires quant à l'influence de l'inanition ou de l'engraissement et surtout l'insécurité des méthodes, employées pour cette étude, nous ont décidé à reprendre entièrement la question. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 65 Nous avons donc étudié successivement : 1° La teneur en acides gras des tissus d'animaux normaux. Étant donnés les résultats apportés sur ce point par Mayer et Schiffer, cette partie de notre travail est très res- treinte. Elle n'a d'autre but que de nous fournir des éléments de comparaison personnels pour les espèces sur lesquelles nos recherches ont porté ; 20 L'influence de l'inanition sur la teneur en acides gras des tissus; 3° L'influence de l'alimentation et de la suralimentation sur cette même teneur. Pour les raisons précédemment exposées, — existence d'un rapport constant d'après Mayer et SchvEffer entre les acides gras et la cholestérine, — à toutes nos détermina- tions d'acides gras ont été associées des déterminations de cholestérine. D'autre part, nos précédentes recherches nous ont montré que peut-être il fallait soupçonner chez l'animal inanitié une augmentation de la teneur globale en cholestérine, et Ellis et Gardner (88, 89) ont appelé l'attention sur la plus grande richesse en cholestérine de certains tissus d'ani- maux inanitiés. Intéressante dans ses rapports avec la teneur des tissus en acides gras, la détermination des valeurs de la cholestérine l'était donc aussi en rapport avec les états de nutrition. Technique. 1» Espèces animales étudiées. — Il eût été évidemment du plus haut intérêt de poursuivre nos recherches sur les mêmes espèces animales sur lesquelles nous avions fait porter les études relatées dans la première section. Les conditions de travail imposées par les méthodes de dosage rendent cette manière de faire à peu près impossible. Il est en effet à peu près impraticable de procéder à la détermination de la teneur en acides gras d'un animal total en prenant le Chien, et c'est pourquoi nous nous sommes adressés, dans ce but, à des animaux de petite taille. Mais, par contre, lorsqu'on veut étudier les tissus, comme il faut employer une dizaine de grammes de chacun d'eux, on est par là même obligé de s'adres- ser à des animaux de taille plus élevée ; sinon il faudrait faire des pré- lèvements sur plusieurs, individus, et nous n'aurions plus alors ce que nous cherchons, les variations individuelles en fonction des états de ANN. DES se. NAT. ZOOL., 10" série. IV, 5, 66 ÉMILE-F. TERROINE nutrition. Nous nous sommes donc adressés à quatre espèces animales de taille suffisante pour nous permettre des prélèvements individuels ; le Lapin, le Chien, le Pigeon et l'Oie. 2° Prélèvement des tissus. — Tous les animaux sont tués par saignée, grâce à Fouverture des deux carotides ; les tissus sont prélevés immédia- tement. Toutefois, dans le cas d'inanition prolongée jusqu'à la mort, malgré une surveillance attentive, il n'a pas toujours été possible de recueillir les tissus au moment même de la mort, mais seulement dans un espace de temps qui n'a jamais dépassé une demi-heure. 11 a donc pu y avoir perte d'eau. Pour éviter toute erreur de ce fait, toutes nos valeurs ont été rapportées non au poids frais, mais au poids sec du tissu. Pour déterminer ce poids sec, en même temps que le morceau de tissu nécessaire au dosage, était prélevé au même point de l'organe un morceau plus petit, pesé immédiatement, puis après dessiccation jusqu'à poids constant. 3» Dosage. • — La technique est celle précédemment décrite ; nous n'avons rien à ajouter ici. 4» Présentation des résultats. — On trouvera toujours dans nos ta- bleaux quatre indications : les valeurs individuelles, une moyenne (le peu de variabilité des valeurs trouvées chez les animaux normaux justifie Texistence de cette moyenne), un écart moyen et un écart moyen p. 100. Nous désignons sous ce dernier terme l'écart moyen lorsque la moyenne est égale à 100 ; il nous a paru qu'il y avait là un procédé de présentation' des résultats permettant de saisir rapidement soit l'amplitude comparée des oscillations des divers tissus autour de leur valeur moyenne, soit les variations d'amplitude de ces mêmes oscillations pour un même tissu dans des conditions physiologiques différentes. CHAPITRE PREMIER LES ACIDES GRAS ET LA CHOLESTÉRINE DANS LES TISSUS DES ANIMAUX NORMAUX Nos recherches ont porté sur des Lapins, des Chiens et des Pigeons tous adultes, mais pris sans aucun choix, de manière à pouvoir escompter des écarts normaux entre les individus. Toutefois, ont été écartées pour les Mammifères les femelles pleines, pour les Oiseaux celles en période de ponte. IMIYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 07 § A. — Lapins. Les Lapins sont pris en pleine digestion. Les résultats des ■dosages sont consignés dans le tableau XXVIII. TABLEAU XXVIII Teneur en acides gras et en cliolestérine des différents tissus chez le Lapin normal. NATURE des tissus. 1. II. m. IV. V. MOYENNE. ÉCART moyen. Foie... . , Rein . . . Poumon Muscle. . Foie Rein . . . Poumon Muscle. . 1,01 1,87 >) 0,28 a. Teneur en acides sras. b. Teneur en cholestérine. 0,95 1,88 )) 0,25 0,85 1,82 2,15 0,33 0,67 1,25 1,85 0,23 0,90 1,34 2,06 0,26 0,87 1,63 2,02 0,26 0,09 0,27 0,11 0,026 ECART p. 100. 12,30 10,60 9,50 12,40 10,10 10,98 1,09 13,40 15,10 9,18 14,04 12,50 12,75 1,61 » » 9,00 11,60 12,00 10,80 1,26 4,31 3,55 2,91 2,98 2,44 3,25 0,55 9,8 12,6 11,6 17,9 10,5 16,5 5,4 10,0 B. — Chiens. Les Chiens, amenés en général la veille de la Fourrière, sont à jeun depuis douze à dix-huit heures. Les résultats sont consignés dans le tableau XXIX. 68 EMILE-F. TERROINE TABLEAU XXIX Teneur en acides gras et en cholestérine des tissus chez le Chien normal. NATURE des tissus. Foie Rein Poumon. . Pancréas . Masse lom- baire .... Muscle couturier. Foie Rein Poumon. . Pancréas . Masse lom- baire. . . . Musc le couturier. V. VII. a. Teneur en acides sras. b. Teneur en cholestérine. 0,70 1,18 2,00 0,77 0,36 0,54 1,20 2,10 0,66 0,21 0,42 0,70 1,02 2,00 0,70 0,17 0,41 0,90 1,30 2,10 0,70 0,2G 0,81 1,24 1,77 0,31 0,70 1,60 )) 0,84 0,31 0,62 1,14 0,25 0,71 1,24 2,00 0,73 0,28 OJl 0,08 0,12 0,10 0,05 0,08 0,06 10,00 11,30 11,10 13,73 10,56 12,80 11,10 12,04 9,50 12,10 10,50 11,00 10,70 10,80 9,74 9,90 10,20 11,00 8,23 » 12,0 12,6 » 12,9 11,1 13,2 » « 10,50 11,98 10,10 11,91 0,60 0,73 0,90 0,97 12,40 15,79 6,33 » » >) » 11,38 3,77 s 14,88 14,89 6,90 19,00 16,00 9,2 13,80 3,50 5,5 6,0 9,0 8,1 29,5 25,3 11,5 9,6 5,0 7,6 28,0 19,3 § C. — IMi»eons. Il s'agit de Pigeons adultes, maintenus au jeûne depuis douze heures. Les résultats sont réunis dans le tableau XXX. TABLEAU XXX Teneur en acides gras et en cholestérine du foie et du muscle chez le Pigeon normal. NUMERO les aniiiKiu.x. Pigeon I Pigeon II Pigeon III Pigeon IV Moyenne Écart moyen Écart moyen p. 10 ACIDES GRAS. 13,67 16,44 12,69 11,99 13,6 1,3 9,5 .Muscle. 13,78 9,24 12,84 14,14 12,5 1,6 12,8 CHOLESTIRINE. 1,63 1,26 1,51 1,31 1,42 0,14 9,80 .Muscle. 0,42 0,26 0,26 0,26 0,30 0,06 5,00 PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES CRASSES ET LIPOIDIQUES 6î> L'examen des résultats contenus dans les tableaux XXVIII, XXIX, XXX, indique une constance remarquable des teneurs en acides gras et en cholestérine des tissus, le muscle excepté, quelle que soit l'espèce considérée. Sans doute, dans l'ensemble, il reste des écarts individuels assez importants ; mais ces écarts ne sont évidemment pas de l'ordre de ceux qui séparent la grandeur des réserves grasses chez les divers animaux considérés. Bien plus, on peut voir déjà que les organes présentent une fixité relative plus ou moins grande, et cela sans aucun rapport avec l'état •de l'animal. Dès maintenant on peut remarquer sur le Chien €t le Lapin, à un moindre degré chez le Pigeon, — et nous aurons l'occasion d'insister plusieurs fois sur ce fait, — que le foie pré- sente parmi tous les organes une fixité remarquable de sa teneur en acides gras. Ce premier groupe de recherches nous amène à penser que les différences individuelles signalées précédemment dans les teneurs en acides gras des animaux normaux pris en totalité ne sont pas à rapporter à des différences dans la teneur en graisse des organes, sauf toutefois en ce qui regarde le muscle. CHAPITRE II LES ACIDES GRAS ET LA CHOLESTÉRINE DANS LES TISSUS D'ANIMAUX INANITIÉS. S'il est exact que les variations de la composition globale des organismes en corps gras n'influent pas sur la teneui en acides gras des tissus, sauf du muscle ; si, comme nous venons de le montrer, quel que soit l'état de nutrition de l'animal, qu'il soit gras ou qu'il soit maigre, la teneur en acides gras de ces tissus reste la même ; si, par conséquent, ce qui varie au cours des états de nutrition, c'est uniquement la grandeur des réserves dans les dépôts, la conclusion très vraisemblable, c'est que l'inanition même très prolongée aura pour résultat de faire disparaître les réserves des dépôts. 70 , ÉMILE-F. TERROINE mais qu'elle ne modifiera pas la teneur en acides gras des organes, — les muscles exceptés, — laquelle devra, ne dépen- dant pas de la nutrition, rester sensiblement constante. Sur l'animal total, nous avons vu la teneur en graisse dimi- nuer au cours de l'inanition ; au moment de la mort, elle est constante chez tous les individus. La partie disparue, l'élé- ment variable représente les réserves. La partie permanente, l'élément constant n'est-il pas constitué sinon uniquement, tout au mois pour une part fort importante, par la quantité que Mayer et Sch^effer ont désignée sous les termes d'in- dices lipocytiqiies des tissus. Dans ce cas, c'est dire que seules subsisteront dans l'inanition les combinaisons d'acides gras qui représentent des éléments cellulaires constants. L'étude des indices lipocytiques des tissus d'animaux inanitiés doit nous permettre d'établir s'il en est bien ainsi. Si, en effet, au cours de l'inanition, seules les réserves grasses sont touchées, les indices des organes doivent être sensiblement égaux à ceux des organes d'animaux normaux. C'est ce que nous allons rechercher, § A. — Lapins. Cinq Lapins prélevés au hasard parmi un lot d'animaux nor- maux sont abandonnés sans nourriture et ne reçoivent que de l'eau. L'un d'eux (62) meurt le septième jour, les organes sont aussitôt prélevés et l'on sacrifie ensuite les quatre sur- vivants. Les résultats consignés dans le tableau XXXI montrent qu'il n'existe aucune différence appréciable en ce qui con- cerne le foie, le poumon et le rein entre les animaux normaux (tableau XXVIII) et les animaux inanitiés. Sauf en ce qui concerne le muscle, les écarts individuels sont de même ordre; pour le muscle, il y a une tendance très marquée à une plus grande fixité : alors que l'écart p. 100 était de 17,9 chez les sujets normaux (tableau XXVIII), il n'est plus mainte- nant que de 6,8. La constance relative des organes est restée la même ; le foie est, ici encore, l'organe le plus fixe ; sa moyenne 1 PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIl'OIDIQUES 71 TABLEAU XXXI Teneur en acides gras et en cholestérine des tissus de Lapins iDanitiés. NATIRE dt'S tiSMlS. a. Teneur en acides sras. Foie . . . Rein . . . Poumon Muscle . Foie . . . Rein . . . Poumon Muscle . b. Teneur en cholestérine. LAPIN 62. LAPIN 63. L.4PIN t>7, LAPIN 5l. LAPIN 6(i. MOYENNE. ÉCART moyen. ECART p. 100. 9,2 10,37 11,56 11,15 11,20 10,69 0,73 » 9,61 12,02 10,72 8,25 10,10 1,24 11,7 10,45 11,00 12,00 6,86 10,40 1,41 » 2,40 2,95 2,90 2,89 2,78 0,19 1,6 1,18 1,24 1,05 1,10 1,25 0,150 » 1,39 1,98 1,68 1.60 1,66 0,130 1,9 1,95 2,60 2,40 1,36 2,00 0,350 » 0,27 0,24 0,29 0,26 0,24 0,025 6,7 12,2 13,5 6,8 12,0 8,0 17,5 10,4 (10,69 p. lOU) n'est pas sensiblement différente de celle observée chez les sujets normaux (10,98 p. 100). La seule variation nette est une augmentation de la cholestérine du foie, confirmation du fait observé par Ellis et Gardner. § D. — Chiens. Deux catégories d'expériences ont été réalisées sur les Chiens : ou bien on a sacrifié des animaux en cours d'inanition après un jeûne plus ou moins long; ou bien on a prolongé l'inanition jusqu'à la mort. lo Animaux sacrifiés au cours de l'inanition. — Tous les animaux expérimentés reçoivent de l'eau à volonté. Les résultats consignés dans le tableau XXXI I sont iden- tiques à ceux obtenus chez le Lapin. La concordance des moyennes de la teneur en cholestérine est remarquable (com- parer avec les chiffres des sujets normaux, tableau XXIX). En ce qui concerne les acides gras, les écarts sont extrême- ment faibles. Le foie est toujours fixe, la moyenne (11,03 p. 100) n'est pas sensiblement différente de celle des animaux nor- maux (10,5 p. 100). Enfin, comme chez les Lapins, les valeurs^ musculaires tendent à se rapprocher, à s'égaliser ; alors qu'on 72 ÉMILE-F. TERROINE les trouvait tantôt de 19 p. 100, tantôt de 9 p. 100 chez les animaux normaux, nous les voyons atteindre 11,76 p. 100 après quatre jours de jeûne, 8,62 après sept jours, 8,79 après vingt-six jours. TABLEAU XXXII Teneur en acides gras et en cholestérine des tissus de Chiens sacrifiés au cours de l'inanition. NATURE des tissus. CHIEN CHIEN CHIEN CHIEN CHIEN I. ]]. 111. IV. V. 4 iours 3 jnui-s 7 jouis 3 jours 26 joLir-s MOYENNE. ECART de de de de de jeune. jeune. jeune. jeune. j euiie. Foie Rein Poumon . . , Pancréas . , Rate Cœur . . . . , Muscle cou turier . . , Masse lom baire ... Foie Rein Poumon . . Pancréas . Rate Cœur .... Muscle cou turier . . a. Teneur en acides sras. b Teneur en cholestérine. ECART |). 100. 11,20 9,52 » 10,56 12,85 11,30 0,99 13,30 11,24 9,38 15,65 17,59 13,40 2,50 8,39 10,40 10,26 10,21 12,50 10,30 0,90 15,70 10,90 15,56 13,75 9,06 13,00 2,40 10,50 7,47 7,41 12,53 5,40 8,66 2,28 » » 8,83 10,79 8,70 9,44 0,87 11,76 » 8,62 22,57 » 14,30 5,40 » » » » 8,79 )) !) 0,70 » » 0,74 0,65 0,69 0,03 1,24 1,26 1,12 1,45 1,61 1,24 0,08 1,91 2,00 2,34 1,59 2,60 2,08 0,30 0,80 0,72 0,64 0,65 1,04 0,77 0,60 1,89 1,63 1,72 1,62 1,80 1,73 0,15 )) » 0,47 0,31 0,48 0,42 0,07 0,24 » 0,28 0,23 u 0,25 0,02 8,9 18,6 8,7 18,4 26,3 9,2 37,0 6,4 15,0 » 8,6 16,6 10,0 2° Animaux morts d'inanition. — Les conditions d'expé- rience sont exactement identiques. Environ vingt-quatre heures avant la mort, Tanimal s'affaisse, ses pattes deviennent incapables de le porter, le cœur se ralentit graduellement ; il est alors surveillé constamment. Dans presque tous les cas, nous avons pu opérer les prélèvements des tissus quelques minutes après la cessation des contractions cardiaques. Les résultats sont consignés dans le tableau XXXI II. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GHASSES ET LIPOIDIQUES 73 TABLEAU XXXIII Influence de l'inanition prolongée sur la teneur en acides gras et en cholestérine chez le Chien. NATURE des tissus. CHIEN CHIEN CHIEN , 'z 5 CHIEN BU. JE. LU. .VLF. VALEUR 28 jours 28 jours 35 jours 24 jours moyenne de de W m c de normale. sans eau. jeune. jeune. a, V jeune. .Mort. .Mort. Mort. Mort. •^ CHIEN Beau. 25 jour; de jeune. .Mort. a. Teneur en acides gras. Foie. Rein Poumon Ma.sse lombaire Foie Rein Povmion Masse lombaire. 10,50 11,50 5,97 6,28 13,10 (lixt.lot.) 7,01 n,98 10,10 11,38 9,66 9,50 4,80 20,12 » 2,76 11,09 )) 2,76 11,57 15,40 5,96 9,75 8,50 3,74 b. Teneur en cholestérine. 0,71 0,99 0,63 0,92 » 0,89 1,24 1,24 1,58 1,51 1,43 1,15 2,00 2,40 « » 3,10 2,30 0,28 0,80 0,52 0,44 0,48 0,53 10,88 10,21 7,24 4,26 0,62 1,49 1,36 0,44 En ce qui concerne les acides gras, on peut voir que les tissus tels que le rein et le poumon ne présentent pas de varia- tions significatives par rapport aux valeurs normales. Le foie présente souvent des valeurs nettement plus faibles que les valeurs normales ; mais c'est surtout dans le muscle qu'on constate une diminution considérable de la teneur en acides gras. Alors que, chez les animaux normaux, cette teneur est en moyenne de 11,38 p. 100 et qu'on la voit fréquemment atteindre 20 p. 100, elle ne dépasse pas ici 5 p. 100. Il y a donc, lorsque l'inanition est prolongée jusqu'à ce qu'elle ait provoqué la mort de l'animal, une chute des acides gras, faible et inconstante dans le foie, considérable et régulière dans le muscle. En ce qui concerne la cholestérine, nous voyons que, con- formément à ce que nous avons précédemment observé chez le Lapin, sa teneur augmente notablement dans tous les organes. Cette augmentation est particulièrement importante dans le muscle; dans la plupart des cas, le taux delà choles- térine atteint au moins le double, parfois le triple (0,80 p. 100 au lieu de 0,24) de la valeur normale. 74 EMILE-F. TERROINE § C. — Pig-eons. Les déterminations sont faites sur des animaux adultes ayant reçu de l'eau à volonté, morts après un jeûne de durée variable. Elles sont consignées dans le tableau XXXIV. TABLEAU XXXIV Influence de l'inanition sur la teneur en graisses et en cholestérine des tissus de Pigeon. NUMRROS des animaux I II III IV V Moyenne Écart moyen... . Écart moyen %. ACIDES GRAS par 100 gr. de lissu sec. .Muscle. 4,320 4,680 5,600 4,400 » 4,750 0,425 8.0 Fo e. 12,10 9,20 13,02 9,00 9,80 12,62 2,15 17,00 4,8 6,4 n 5,5 5,5 0,5 9,0 Rein. 6,80 10,41 6,75 7,20 9,50 8,13 1,45 17,00 CHOLESTERINE par lûO g'r. de tissu .Muscle. 0,78 0,52 0,85 0,60 0,68 0,12 17,00 Foie. 1,60 2,80 0,58 1,80 3,10 2,09 0,72 34,0 Poumon. 1,4 2,1 » 1,9 1,8 0,2 11,0 Reia. 1,20 0,59 0,85 1,20 1,50 1,06 0,28 26,00 On pourra facilement constater l'identité des résultats obtenus dans le cas du Pigeon avec ceux observés sur des animaux d'espèce différente. Au moment de la mort, les tissus autres que le foie et le muscle ont conservé leur teneur nor- male en acides gras. Le foie présente une baisse très légère; la moyenne est en effet de 12,62 p. 100 au lieu de 13,6 p. 10(> chez l'animal normal. Le muscle présente une baisse considé- rable ; alors que chez le sujet normal nous avons constaté une moyenne de 12,5, alors queA.MAYERetG.Scii.^FFER (216) trouvent 16,9, et cela avec des oscillations très importantes, nous voyons que l'animal iftanitié présente une teneur en acides gras du muscle sensiblement constante de 4,75 p. 100. En ce qui concerne la cholestérine, nous retrouvons là encore l'augmentation signalée chez le Chien et le Lapin, et ici également cette augmentation est particulièrement im- portante dans le muscle. Les constatations qui se dégagent de cette série de mesures faites sur des animaux inanitiés sont donc extrêmement PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 7î> nettes : le poumon et le rein ne voient en rien modifier leur teneur en acides gras par l'inanition ; pendant le même temps, la teneur du foie baisse légèrement ; la teneur du muscle baisse considérablement. Seul de tous les organes, le muscle présente une diminution constante et considérable de la teneur en acides gras. CHAPITRE III LES ACIDES GRAS ET LA CHOLESTÉRINE CHEZ LES ANIMAUX EN DIGESTION OU SURALIMENTÉS. Si la conclusion à laquelle nous amènent les deux cha- pitres précédents est exacte, si les tissus autres que le muscle ont une teneur constante en acides gras quel que soit l'état de nutrition, si Finanition même prolongée jusqu'à la mort ne fait pas baisser cette teneur, inversement nous devons trouver qu'au cours de la digestion, au cours même d'une suralimentation intensive, il ne doit pas se faire une accumu- lation de corps gras dans ces mêmes tissus. D'autre part„ si le muscle présente, chez divers sujets normaux d'une même espèce, des variations étendues de sa teneur en acides gras qui paraissent être sous la dépendance des états de nutrition, si cette teneur s'abaisse considérablement au cours de l'ina- nition, nous devons observer comme conséquence d'une ali- mentation surabondante une accumulation des corps gras dans le tissu musculaire. C'est pour contrôler ces déductions, qui nous paraissaient se dégager logiquement des résultats antérieurement acquis, que nous avons étudié tout d'abord l'influence exercée par l'in- gestion d'un repas sur les indices lipocytiques des tissus, nous avons recherché ensuite l'action que peuvent exercer, sur ces indices, la suralimentation prolongée, et dans certains . ce s, le gavage. 76 ÉMILE-F. TERROINE § A. — Indices lipocytiqucs des tissus d'animaux en dig-estion. Nous avons étudié soit l'ingestion de viande et d'hydrates de carbone, soit celle de corps gras variés. On comprendra facilement que, ce second cas étant de beaucoup le plus inté- ressant, nous ayons multiplié les expériences, n'en ayant fait qu'une seule pour le premier cas, lequel nous servait en réalité de témoin. 1° Ingestion de viande et d'hydrates de carbone. — Une Chienne de 7 kilogrammes ingère 360 grammes de viande de Cheval crue, 125 grammes de sucre et une assez grande quantité de soupe composée de pain, de sel et de bouillon de viande de Cheval. Sacrifiée par saignée six heures et demie après son repas, l'analyse des tissus donne les résultats con- signés dans le tableau XXXV. TABLEAU XXXV Teneur en acides gras et en cholestérine des tissus d'un Chien après un repas de viande et d'hydrates de carbone. NATURE DES TISSUS. FOIE. POUMON. REIN. PANCRÉAS. Teneur en acides gras .... Teneur en cholestérine . . . 10,37 0,83 12,5 2,7 14,4 1,4 18,8 0,8 Un simple examen montrera que ces chiffres sont parfaite- ment normaux; les écarts, par rapport à la moyenne normale, ne sont pas plus élevés que chez les différents sujets normaux. La teneur en acides gras du foie (10,37 p. 100) est presque identique à la moyenne normale (10,5 p. 100). 2° Ingestion de graisse. — - Notre recherche a porté sur des graisses variées, de digestibiUté et de rapidité d'absorption différentes (graisses de Cheval et de Mouton, huile d'olive, huile de foie de Morue). Dans le cas des graisses de Cheval et de Mouton, on a donné à volonté à un animal, soumis à un jeûne préalable de trente-quatre à quarante-huit heures, du tissu gras (tissu sous-cutané) ; les huiles ont été administrées à la sonde à raison de 15 grammes par kilogramme d'animal; PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 77 ce n'est pas là une quantité anormale par rapport à la quan- tité de graisses que Tanimal ingère volontairement. Des recherches, dont on trouvera Texposé dans la seconde partie de ce travail, nous ayant montré que la teneur en acides grasdusangest la plus élevée environ six heures après l'ingestion, c'est à ce moment que nous avons sacrifié nos animaux. Parmi les résultats groupés dans le tableau XXXVI, on trouvera, cette fois, la teneur en acides gras des sérums, afin qu'on puisse se rendre compte de la valeur de l'absorption. TABLEAU XXXVI Teneur en acides gras et en cholestérine des tissus de Chiens en digestion de repas gras. NATURE (les lissiis. 500 GR. graisse de Cheval. 500 G R. sraisse " de Cheval. 36o GR. graisse de Mouton. 225 GR. huile dolive. 225 CR. huile de foie de Morue. ECART moyen. a. Teneur en acides gras. Foie Rein Poumon Pancréas Rate Musclecoiiturior Sérum Foie Rein Poumon Pancréas Rate Musclecouturier. Sérum 13,32 I 4,72 i 9,15 | 5,81 b. Teneur en cholestérine. » 0,65 0,65 0,68 0,75 0,68 0,030 1,30 1,40 1,30 1,17 1,06 1,24 0,100 1,88 1,80 2,40 2,20 » 2,07 0,180 0,72 . 0,83 1,03 0,59 0,98 0.83 0,140 1,34 1,64 1,60 0,98 1,40 1,39 0,180 0,22 0,23 0,30 0,21 0,32 0,25 0,034 3,28 I 1,08 1,94 1 1,07 ECART p. 100. » 9,15 10,70 11,80 12,80 11,1 1,18 10,6 11,7 11,80 12,78 10,35 11,64 11,6 0,53 4,5 9,3 8,40 10,70 10,90 » 9,8 0,78 7,9 16,0 14,87 17,27 10,40 14,02 14,5 1,84 l-.^,6 17,8 11,36 » 1) 13,30 14.8 2.08 14,7 12,5 i 12,07 17,10 9,69 13,48 13,0 2,06 15,8 4,4 8,0 8,6 16,8 12,9 13,6 L'examen des organes autres que le foie nous montre qu'il n'existe en aucun cas d'écarts individuels plus considérables que ceux observés chez les animaux normaux. Le foie lui même donne une moyenne de 11,1 p. 100, alors que la moyenne 78 EMILE-F. TERROINE normale est de 10,5 p. 100 ; les écarts individuels sont à peine plus élevés que chez les animaux normaux. Si, en effet, on trouve chez le Chien (tableau XXXVI) ayant ingéré de Thuile de foie de Morue une valeur de 13,8 p. 100, on trouve une valeur de 12,0 p. 100 chez le Chien normal IV (tableau XXIX). Ainsi, alors que la teneur en acides gras du sérum s'est élevée considérablement, qu'elle a dans un cas (Chien IX) presque doublé, dans un autre (Chien VII) presque triplé sa valeur normale, et que des variations de même sens se sont produites dans la choies térine, les indices lipocy tiques des organes n'ont pas changé. En ce qui concerne spécialement le foie, la constance de nos résultats en opposition avec le rôlede fixation des graisses, qu'un certain nombre de chercheurs attribuent à cet organe, nous a incités à rechercher si cette fixation ne pourrait pas ■être mise en évidence après des durées de digestion plus longues. En d'autres termes, le retour à la normale de la teneur en acides gras du sérum ne se ferait-il précisément que par suite de l'intervention hépatique, le foie fixant une ■quantité notable des corps gras déversés par l'intestin dans le torrent circulatoire. Dans ce cas, ce n'est pas six heures après l'ingestion, au moment où la teneur en acides gras du sérum atteint son maximum, qu'il faudrait s'attendre à trouver une surcharge graisseuse hépatique, c'est, au contraire, au cours de la décroissance de la teneur en acides gras du sérum «t même après son retour au taux normal. Pour examiner la valeur de cette hypothèse, on administre à des Chiens, par la sonde, 15 grammes d'huile d'olive par kilogramme d'animal (mêmes conditions expérimentales que précédemment) ; on sacrifie les animaux par saignée, de trois heures à dix-huit heures après l'ingestion, et l'on pré- lève aussitôt les tissus. Les résultats des expériences réunis dans le tableau XXXVII montrent une augmentation des acides gras totaux du foie (le rein restant constant) ; dans la plupart des cas, en effet, leur taux est supérieur à la moyenne normale, mais cependant de très peu. Au surplus, dix-huit heures après l'ingestion, nous retrouvons un chiffre normal. C'est là un fait que de nombreuses expériences nous permettent d'affir- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES Tîl mer : vingt -quatre heures après ringestion d'un repas riche en graisses, sans toutefois qu'il s'agisse de quantités anor- males, le foie a retrouvé sa teneur normale en acides gras. TABLEAU XXXYII Teneur en acides gras du foie de Chiens au cours de l'absorption de graisses. TEMPS ECOULE ENTRE ^ l'ingestion ET LE PRÉ- 3 h. LÈVEMENT DES TISSUS./ Foie. . Rein . Sérum 9,12 8,44 5 h. 40. 11,54 10,35 9,15 8 h. 11,63 5,31 10 h. 13,80 » 5,13 12 h. 10,50 13,20 6,22 15 h. 12,90 11,64 6,540 18 h. 9,93 10,44 4,60 D'ailleurs, l'examen des chiffres du tableau XXXVII supé- rieurs à la normale montre qu'ils ne représentent qu'une fixation très faible. Afin de nous rendre compte de la valeur de cette fixation dix heures après l'ingestion, calculons-la en admettant qu'à jeun le foie de l'animal avait sa teneur normale en acides gras de 10,5 p. 100. On trouvera ci-des- sous les éléments et les résultats de ce calcul : Poids de l'animal 16 kilogrammes Quantité de graisse ingérée' 280 grammes. Poids total du foie 290 — Poids sec 96 — Quantité normale d'acides gras calculée d'après la moyenne normale de 10,5 p. 100 du poids sec 10S'',09 Quantité présente déterminée d'après la teneur trouvée de 13,8 p. 100 du poids sec l3gi-,26 Quantité d'acides gras fixés 3sr,i7 Ainsi, le foie a fixé dans ce cas 3 grammes d'acides gr^s. Nous pouvons donc conclure que les indices lipocytiques des organes autres que le foie ne varient pas au cours de l'absorption, même lorsqu'il s'agit de l'absorption de quan- tités notables de substances grasses. Le foie lui-même ne pré- sente que des variations extrêmement faibles et transitoires. § B. — Indices lipocytiques des tissus d'auiniaux suralimentés. Il est couramment accepté, comme nous l'avons indiqué dans l'introduction de ce chapitre, qu'une alimentation riche 80 ÉMILE-F. TERROINE en graisses ou en hydrates de carbone peut modifier la teneur en graisses de certains organes, et tout particulièrement du foie. Cependant, les travaux antérieurs aux nôtres ne justifient pas- unanimement cette manière de voir ; il nous suffira de rap- peler, pour justifier de nouvelles recherches, que, faisant l'analyse des organes d'un Chien exceptionnellement gras, Mœckel {loc. cit.) trouve un chiffre de 13,36 p. 100 de graisse dans le foie, très peu plus élevé que le chiffre normal. D'autre part, un des faits qu'on a toujours considéré jus- qu'alors comme établissant le plus nettement le rôle particu- lier, essentiel, du foie comme organe de réserve des corps gras, c'est la formation chez les Oiseaux, particulièrement chez l'Oie, du « foie gras ». Mais, là encore, l'avis des cher- cheurs est loin d'être unanime. En effet, Lebedeff (184), FoRSTER (103), essayant de produire le foie gras chez l'Oie, par simple suralimentation, n'ont pu y réussir. Lebedeff en arrive à supposer que les éleveurs ajoutent à l'alimentation des animaux de petites quantités de substances toxiques, — arsenic ou antimoine, — qu'on sait provoquer l'augmen- tation des graisses du foie. Sur ce point également, de nou- velles recherches étaient indispensables. Nous avons donc recherché l'influence de la suralimen- tation sur le Chien et le Pigeon et fait porter également notre étude sur la question de la production du « foie gras » par gavage chez l'Oie. 1° Chiens. — On sait que l'engraissement peut être obtenu par deux procédés différents : soit en donnant à l'animal une alimentation mixte riche en protéiques et surtout en hydrates de carbone, soit en lui donnant une alimentation riche en graisses. Nos expériences ont utilisé ces deux procédés, mais en prenant toutefois la précaution de ne pas dépasser, dans l'alimentation donnée, les capacités normales de diges- tion et d'absorption des animaux, afin que, jusqu'à la fin de l'expérience, ils se maintiennent en parfait état de santé et qu'on puisse, sans conteste, les considérer comme des sujets normaux. Au SvUrplus, les aliments ont toujours été volon- tairement ingérés. a. Suralimentation PROTÉiQUE et hydrocarbonée. — Un PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 81 Chien de 6 kilogrammes ingère quotidiennement la ration sui- vante : viande de Cheval crue, 300 grammes ; riz bouilli dans du bouillon de viande de Cheval, 50grammes; sucre, 140 grammes. On le sacrifie après vingt-six jours, de ce régime et trente- six heures après son dernier repas. En prélevant les organes, on constate que tous les tissus de réserve (tissu sous-cutané, mésentère) sont bourrés de graisse. Sous la peau du dos, la «ouche graisseuse atteint au moins 3 centimètres. L'analyse des organes nous donne les résultats réunis dans le tableau XXXVIIL TABLEAU XXXVIII Suralimentation protéique et hydrocarbonée. NATURE r- &3 z o « 5 '1k < des tissus. O H 3 -•; s < « o 0. « -j o Teneur en acides gras. . . 11,07 10,77 10,0 9,7 ( extr. total) 9,76 28,1 (extr. total) 22,7 Teneur en cholestérine. . 0,53 1,23 1,67 0,44 )) » Comme on- le voit, les indices lipocytiques du cœur, de la rate, du poumon, du rein, sont absolument normaux. Le foie lui-même présente un chiffre normal. Mais, par contre, les muscles présentent des valeurs d'acides gras beaucoup plus élevées que les valeurs normales. h. Suralimentation GRASSE. — Nos expérienc3s ont porté sur trois animaux pesant de 12 à 13 kilogrammes. LesChiens I et II ingèrent chaque jour une soupe composée de pain, de viande de Cheval (200 grammes environ) et de 250 grammes de graisses variées (Veau, Porc, Cheval). Le Chien III ingère, en dehors de sa soupe, douze jaunes d'oeufs par jour pendant vingt et un jours. Les résultats consignés dans le tableau XXXIX montrent que le poumon, le pancréas, la rate, le cœur ont conservé leurs indices lipocytiques normaux. Le foie présente une aug- mentation légère de sa teneur en acides gras ; mais que ANN. DES se. NAT. ZOOL., lO© série. IV, 6 82 EMILE-F. TERROINE TABLEAU XXXIX Suralimentation grasse. Tissrs. Chien I. Chieis- II. Chien III. Foie , Rein Poumon Pancréas Rate Acides grc 13,10 11,05 10,00 17,10 8.00 8,92 25,10 Cholestérin 0,65 1 15 \,ÏQ 0,60 1,60 0,28 0,25 1 s. 11,60 12,^0 11,04 16,90 7,10 14,50 14,90 e. 0,53 1,24 \ 2,16 0,60 1,34 0,41 0,27 14,10 10,03 12,12 )i 10,29 . 13,06 0,83 1,07 1,88 » » 0,39 0,24 Cœur Muscle Foie Rein Poumon Pancréas ! Rate Cœur Muscle représente-t-elle en valeur absolue? Appliquons au foie du Chien III, qui présente la valeur la plus élevée, le calcul fait précédemment pour déterminer Tintensité de la fixation des graisses au cours de la digestion. (rrammes. Poids c'u foie frai'^ 380,00 Poids sec 114.00 Quantité calculée de graisse, d'après la va- leur normale (10,5 p. 100) 11,97 Quantité présente (14, 1 p. 100) 16,07 Quantité d'acides gras fixés 4,10 Ainsi, après un régime gras très abondant, alors qu'il existe sous la peau une couche de graisse de plusieurs centimètres^ que l'abdomen est bourré de graisse, le foie, dont le poids par rapport au poids de Tanimal est normal, n'a fixé que 4gr,10. En ce qui concerne le muscle, nous voyons qu'il peut pré- senter une teneur en acides gras sensiblement supérieure à la valeur moyenne. Cette teneur peut même (Chien I) atteindre deux fois et demie la valeur moyenne. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES CRASSES ET LIPOIDIQUES 83 2o Pigeons. — Nous nous sommes adressés à deux séries de sujets : des adultes ayant déjà reproduit et des jeunes de quatre semaines. Tous ont été soumis au gavage à la bouillie de maïs. L'examen des résultats consignés dans le TABLEAU XL Influence du gavage sur la teneur en acides gras et en cholestérine des tissus du Pigeon. ■NUMER015 des animaux ACIDES GRAS 100 01-. de tissu sec. 'Foie. PouniO!) Rein. CHOLESTERINE TOTALE par loO g^r. de tissu sec. .Musrl, l'Oie Poumon. Animaux adultes sacés. 7,43 12,06 9,40 8,47 0,270 0,74 3,00 11,71 11,02 7,00 10,76 0,290 1,28 2,00 10,88 9,40 4,53 9,85 0,220 1,20 1,30 9,38 12,01 6,40 8,64 0,320 1,49 1,90 l!ï,15 13,Ç0 7,00 8,34 0,250 1,1 1,90 13,44 15,99 )) 9,02 0,260 1,31 1,60 10,80 12,3 6,80 9,10 0,260 1,18 1,90 1,64 1,66 1,10 0,72 0,025 0,18 0,35 15,00 13,00 16.00 7,90 0,900 15,00 18,00 13,89 » 0,270 0,71 » 20,34 » 0,350 0,96 )) 10,70 )) 0,300 1,10 » 12,70 » )) 0,320 1,20 )) 21,10 ■ » )) 0,420 1,20 )i 24,46 )) '- 0,340 0,74 )) 17,20 ') 0,330 0,98 » 4,76 » 0,036 0,18 '» 27,00 » » 10,000 19,00 » Rein. 1/(7 jours (le 11^ gavage). . . III^ (15 jours de l\] (gavage)... V/ (28 jours de VI) gavage)... Moyenne Écart moyen. . . Écart moyeu p. 100....'. Animaux pris à quatre semaines et gavés pendant six semaines. I Dans tous 15,33 IIi les cas, 13,45 Illf abondante 11,70 IVi couche de 14,48 Vigraisse sous" 19,58 VI la peau. , 21,06 Moyenne 15,69 Écart moyen .. . 2,80 Écart moven p. 100.... "■. 18.00 1,73 1,34 1,15 1,56 1,28 1,25 1,38 0,17 12,00 tableau XL apporte des renseignements extrêmement inté- ressants. Chez les animaux adultes, le gavage est sans effet; la teneur en acides gras des différents tissus étudiés ne les diffé- rencie pas, quelle que soit la durée du gavage, d-es tissus nor- maux. Il n'en va plus du tout de même si Ton considère les sujets 84 ÉMILE-F. TERROINE très jeunes : ici nous constatons une augmentation considé- rable des acides gras du muscle, qui ne fait jamais défaut, et une augmentation fréquente, importante (II, V et VI) des acides gras du foie. Ainsi, chez le Pigeon jeune, on peut arriver à obtenir une accumulation de graisse dans le foie ; encore ne Tavons-nous observée que trois fois sur six. Le phénomène n'est donc pas obligatoire. Mais il n'en reste pas moins que l'âge du sujet est une condition importante pour la possi- bilité de la surcharge du foie en matières grasses. 3° Oies. — Étant donnée l'opposition curieuse entre les résultats des éleveurs qui livrent à la consommation des foies dont on sait la teneur extrêmement élevée en corps gras (de 60 à 80 p. 100 du poids sec) et ceux des expérimentateurs, qui, comme Lebedeff et Forster, n'ont pu obtenir de foies gras par simple suralimentation et supposent que la surcharge graisseuse hépatique est due à l'emploi de substances toxiques telles que l'arsenic ou l'antimoine, la question qui se posait tout d'abord était d'établir si, oui ou non, la suralimentation suffisait à elle seule pour provoquer l'apparition de quantités anormales de graisse dans le foie. Cette question élucidée, il restait ensuite à préciser les conditions du phénomène. Pour ce faire, après avoir déterminé la teneur en acides gras des tissus de sujets normaux non gavés — Oies I et II — de provenances diverses et achetées à Paris, nous avons suivi, sur un lot de quatre animaux la marche d'un engraissement systématique. Des animaux de même couvée, âgés de six mois et dont l'examen des glandes génitales (1) a montré qu'ils n'avaient pas atteint la maturité sexuelle, reçoivent une alimentation identique. Nous nous sommes adressés à des animaux jeunes, parce qu'il est bien connu des éleveurs que la production du foie gras n'a de chances d'être réalisée que chez eux et non chez les adultes. C'est là un fait que corroborent nos précé- dents résultats sur le gavage du Pigeon. Des quatre animaux expérimentés (Oies III, IV, V et VI), l'un est sacrifié avant toute suralimentation, les autres respecti- (1) Cet examen a été fait par M. Jolly, directeur du Laboratoire d'histologie de l'École des Hautes-Études (Collège de France). PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 85 vement après neuf, vingt -six et quarante -sept jours de gavage. Les animaux pèsent tous de 7 à 8 kilogrammes ; ils sont tués par saignée après trois jours de jeûne préalable. Les résultats sont consignés dans le tableau XLL TABLEAU XLI Influence du gavage sur la teneur en graisses et en cholestérine des tissus de l'Oie jeune. NUMEROS DES AMMAUX et OBSERVATIONS. I. Oie d'été, très pe i de graisse sous la peau, pas trace de graisse dans l'abdomen (15 octobre). II. Oie non gavée, couche abondante de graisse sous la peau, 300 gr. de graisse dans l'abdomen. Les quatre suivantes appar- tiennent à la même cou- vée; elles sont soumises au même régime : III. Non gavée, déjà très grasse. 800 grammes dans l'ab- domen IV. Huit jours de gavage . . . . V. Quinze jours de gavage. . . VI. Vingt-huit joursde gavage. ACIDES GRAS TOTAUX parlÛO gr. de tissu sec. Muscle. 7,8.^ 11,10 10,95 22,75 16,40 23,89 Foie. 14,07 10,86 9,89 14,10 30,00 77,94 Poumon. 8,05 10,80 16,6 13,9 18,7 22,8 CHOLESTERINE TOTALE par 100 gr. de lissu sec. •Muscle. 0,36 0,29 0,16 0,25 0,21 0,41 0,83 0,64 0,61 1,00 1,10 1,46 Poumon 2,55 2,10 3,3 2,0 1,9 2,7 En ce qui concerne la formation du foie gras, l'examen de nos chiffres montre que sa possibilité ne peut être mise en doute :1a dernière Oie sacrifiée (Oie VI), après quarante-sept jours de gavage, contient 77gï',94 d'acides gras par iOOgrammes de tissu hépatique sec ; or la valeur normale oscille autour de 10p. 100. Le gavage est donc, à lui seul, efficace, et les résultats négatifs, de Lebedeff et de For^ter doivent, sans doute, être rapportés au fait qu'ils ont opéré sur des animaux adultes. Il convient cependant de remarquer que, si cette obtention de foie gras est parfaitement possible, elle n'est pas absolument obligatoire; les éleveurs savent en effet que, sur un troupeau d'une vingtaine d'Oies de même âge 86 ÉMILE-F. TERROINE et soumises à la même suralimentation, il y a fréquemment deuxou trois animaux chez lesquels le foie n'est « pas réussi», la surcharge graisseuse de l'organisme étant cependant , consi- dérable. Ainsi, il y a possibilité indéniable d'obtenir chez rOie une surcharge graisseuse hépatique par simple gavage, à condition d'opérer chez le sujet jeune; cette surcharge n'est cependant pas une règle absolue. Voyons maintenant ce qui se passe au cours de l'engraisse- ment. Le fait qui se dégage de l'examen de nos chiffres, c'est que l'engraissement n'est nullement limité au foie. Tout d'abord, il convient de noter qu'on observe toujours la pré- sence d'une quantité extraordinaire de graisse dans les lieux habituels de réserve. Le tissu sous-cutané présente une épaisseur de plus d« i^^,b, et les organes abdominaux sont noyés dans une quan- tité de graisse qui peut atteindre plus de 1 kilogramme. D'autre part, le muscle présente une teneur en corps gras voisine du triple de la valeur normale. Enfin, fait exception- nel et que nous n'avons jamais rencontré jusqu'ici, le pou- mon lui-même présente un enrichissement notable en corps gras. Ainsi, si le foie présente une surcharge graisseuse con- sidérable, cette surcharge n'est nullement élective, elle va de pair avec la surcharge graisseuse générale de l'organisme entier. Si nous suivons la marche de l'engraissement, nous consta- terons un fait plus frappant encore ; non seulement la sur- charge graisseuse ne se fait pas électivement dans le tissu hépatique, mais de plus c'est dans ce tissu qu'elle apparaît en dernier. C'est à la dernière période du gavage, au moment où l'organisme a rempli ses heux habituels de réserve, où la teneur des muscles en corps gras a atteint depuis longtemps déjà sa valeur maximale, que la surcharge hépatique apparaît. Cette surcharge correspond à une espèce di& sursatuiration de l'organisme en corps gras, ainsi que le montre la teneur en acides gras du sang total. Alors que le sangtotaldes Oies III, I Vet V pifésente desteneur s en aeides gras (par 1 00 grammes sec) de 2; 088, 2,086, 2,374, l'Oie VI donne lé chiffre extraor- dinairemcnt élevé de 5.963. PUYSLOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIOUES 87 Ainsi donc, la formation du foie gras n'est nullement le résultat d'une fixation primitive et élective des graisses par le tissu hépatique ; elle est, au contraire, un phénomène secon- daire, consécutif à la surcharge graisseuse de l'organisme total. CHAPITRE IV SIGNIFICATION DES VARIATIONS DE LA TENEUR DES TISSUS EN ACIDES GRAS ET EN CHOLESTÉRINE SOUS L'INFLUENCE DE L'INANITION OU DE L'ENGRAISSEMENT. Des nombreux résultats qui viennent d'être rapportés, que peut-on conclure en ce qui regarde la question posée : l'in- fluence des états nutritifs sur la teneur des tissus en sub- stances lipoïdiques, cholestérine et acides gras ? § A. — Cholestérine. Quelle que soit l'espèce animale étudiée, nous voyons que les tissus normaux présentent une fixité remarquable de leur taux de cholestérine, ainsi que l'ont montré A. Mayer et G. Schiffer. Ce taux ne varie pas sensiblement au cours de la suralimentation. Il présente une augmentation extrê- mement nette au cours de l'inanition, particulièrement dans le foie et le muscle (tableau XLII). Quelle est la signification de ce fait, signalé par Ellis et Gardner, confirmé et étendu par nos recherches et celles de Mayer et Sch^effer ? Nous avons vu que, dans l'organisme total, la choles- térine paraît augmenter sous l'influence de l'inanition; mais cette augmentation est si faible qu'il est bien difficile de décider si elle est réelle ou si elle n'est qu'apparente, si -elle ne tient pas tout simplement à ce qu'on rapporte, dans le ■cas de l'animal inanitié, les quantités trouvées à un poids qui ne comprend pas les réserves. Et si elle est réelle, traduit- «lie alors l'augmentation de la cholestérine du muscle et du 88 ÉMILE-F. TERROINE foie? C'est là une question à laquelle il ne nous paraît pas actuellement possible de répondre. TABLEAU XLII Influence de la suralimentation et de l'inanition sur la teneur en cholesterine totale des tissus (valeurs moyennes p 100 sec). SUJETS ridrm.uix. SUJETS suralimentés. SUJETS morts d'inanition. C/u Foie . . . Muscle ., Rein Poumon, Foie ... Muscle . Rein Poumon , Foie ... Muscle ., Rein Poumon . 0,71 0,28 1,24 2,00 Lapins. 0,87 I 0,26 1,63 2,02 I Pigeons. 1,42 0,30 1,50 1,70 0,67 0,25 1,15 1,98 0,86 0,55 1,46 2,00 1,25 0,24 1,66 2,00 1,18 2,09 0,33 0,68 1,38 1,06 1,90 1,80 La signification de ces phénomènes reste entièrement à dégager. § !*• — Acides gras. Nos résultats nous obligent à séparer les tissus en troîs- groupes : lo tissus autres que le foie et le muscle • 2° muscle- 30 foie. ' ' loTissus autres que le foie et le muscle.— Chez le Chien, le Lapin ou le Pigeon, la teneur en acides gras du rein, du poumon, du pancréas, de la rate, du cœur, présente une fixité remarquable (tableau XLIII). Que les sujets soient normaux, soumis à un jeûne de courte durée, morts d^anition, en cours d'absorption abondante de graisses, longuement suralimentés, les valeurs restent les PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GEASSES ET LIPOIDIQCES 89 mêmes. Ainsi, le poumon d'un Chien normal a un taux de 10 p. 100, celui de Tanimai mort d'inanition de 10,4, celui du sujet soumis à une suralimentation prolongée de 11,1 ; il en est de même des autres tissus. TABLEAU XLIII Influence des divers états de nutrition sur la teneur des tissus autres que le foie et le muscle en acides gras totaux (valeurs moyennes p. 100 sec). Rein Poumon . Pancréas Rate. . . . Cœur. . . . Rein Poumon . Rein Poumon. ANIMAUX normaux. 12,7 10,8 ANIMAUX sacrifiés au cours de l'iiicUiition. ANIMAUX morts, d'inanilion. Chiens. Lapins. Pigeons. 8,13 5,5 10,1 10,4 ANIMAUX en état d'absorption abondante de graisse. ANIMAUX suralimentés 11,90 13,4 12,5 11,6 10,10 10,3 10,4 9,8 11,90 13,0 » 14,5 11,10 8,6 » 1) 10,07 9,4 " » 11,1 11,1 17,0 7,5 11,2 9,1 6,8 Il ne nous parait pas exagéré de conclure de ces faits que ces corps, qu'aucun état nutritif ne peut faire varier quan- titativement, représentent bien, comme le veulent A. Mayer et Schiffer, des constituants permanents caractéristiques des tissus : indices lipocytiques de ces auteurs. 20 Muscle. — Qu'observons-nous dans le cas du muscle? Qu'il s'agisse du Chien, du Lapin, du Pigeon, le muscle pré- sente, chez les sujets normaux, des variations étendues ; il est gras chez le sujet gras, il est maigre chez le sujet maigre. Il semble donc, dès le premier examen, qu'il suive la marche générale des modifications nutritives de l'orga- nisme. w EMILE-F. TERROINE Chez l'animal inanitié, lorsque l'inanition a été poussée jusqu'à la mort, dans tous les cas, la teneur en acides gras €st beaucoup plus fixe que la valeur normale et très inférieure à elle (tableau XLIV). Ainsi, chez le Chien, le taux des acides gras du muscle chez les sujets inanitiés oscille extrêmement peu autour de 4,06, alors qu'il présente chez les animaux normaux des oscillations considérables autour de 11,3. TABLEAU XLIV Influence des divers états de nutrition sur la teneur du muscle en acides gras (valeurs moyennes p. 100 sec). . ANIMAUX. SUJETS normaux. SUJETS morts d'inanition. SUJETS suralimentés. Chien 11,30 3,25 12,50 B 9,96 4,06 2,78 4,75 » » 17,60 )) 10,80 15,60 21,00 Lapin Pigeon adulte Pigeon jeune Oie Chez l'animal suralimenté, la teneur en corps gras aug- mente considérablement dans toutes les espèces étudiées; «lie peut atteindre jusqu'à 25 p. 100 du poids sec. Il y a donc ici à différencier deux valeurs distinctes : l'une, élément constant, est donnée par l'inanition : c'est, sans doute,, l'indice lipocytique vrai du tissu ; l'autre, très variable chez l'animal normal, nulle chez le sujet inanitié, considérable chez le sujet suralimenté, représente une réserve. Le muscle fonctionne donc comme un organe de réserve (1). Cette hypothèse, émise en 1897 par Bogdanow (42), quoique sous une forme un peu différente, est d'ailleurs en accord avec les recherches histologiques (Faure- Fremiet, Mayer et Schiffer, 99), qui décèlent dans le (1) Il doit être bien entendu que par le mot muscle novs désignons l'organe •et non la fibre musculaire. La surcharge grasse ne se fait-elle que dans les éléments conjonctifs qui séparent les éléments musculaires, l'élément muscu- laire lui-même restant inaccessible aux variations nutritives comme la cellule rénale, la cellule pulmonaire, etc? C'est ce que nous essayerons de préciser ■ultérievrement. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LII^)IDIOUES VU muscle l'existence indubitable de véritables granulations grasses. Sans jouir de la même importance que les grands dépôts de graisse que constituent le tissu sous-cutané et le mésen- tère, la masse musculaire est cependant loin d'être négli- geable à cet égard. Bien qu'approximatif, un calcul assfz simple permet de s'en rendre compte. La valeur constante du muscle est de 4,06 p. 100 chez le Chien, la valeur maximale observée de 25 p. 100, soit une différence de 20^^,94 par 100 grammes de tissu sec. Or, G. Voit (336) constate que le tissu musculaire représente environ 40 p. 100 du poids du corps ; il atteindra donc, chez un animal de 20 kilogrammes, un poids de 8 kilogrammes. Par ailleurs, Mayer et Schif- fer accordent au muscle de Chien une teneur en sub- stances sèches de 27 p. 100. Un Chien de 20 kilogrammes aura donc 2 160 grammes de tissu musculaire à l'état sec, soit 440 gram.mes environ d'acides gras en réserve dans ses muscles. Il convient cependant de faire remarquer qu'une telle manière de calculer admet implicitement que tous les muscles du corps se chargent de graisses dans la même proportion. Or, nos recherches mêmes montrent qu'il n'en est rien, ainsi que cela ressort très nettement du tableau XLV, dans lequel nous avons relevé pour quatorze animaux étudiés les valeurs trouvées sur le couturier et sur la masse lombaire. TABLEAU XLV 1. II. 111. IV. V. VI. vil. Couturier Masse lombaire. . 28,54 6,13 15,51 9,84 16,57 22,56 13,26 16,50 10,59 8,18 11,77 12,23 19,64 7,90 VIU. IX. X. XI. XII. XIII. XIV. Couturier Masse lombaire . . 24,84 25,6 13,0 9,2 25,15 15,61 28,1 22,8 14,28 15,79 14,89 6,33 14,93 10,45 Il semble que, chez le Chien, le couturier se laisse, dans 92 ÉMILE-F. TERROINE l'ensemble, plus volontiers surcharger en corps" gras que le groupe musculaire qui constitue la masse lombaire. Des recherches dans ce sens seraient intéressantes à pour- suivre, tant en vue d'une locahsation plus précise des lieux de réserve que pour la détermination dans le cas des animaux de boucherie, de la valeur alimentaire des diverses viandes. 3^ Foie. — Ainsi que nous l'avons rappelé, il était presque universellement admis que le foie est, chez les Homéothermes, un organe de réserve des corps gras, comme il l'est incontes- tablement chez un grand nombre de Poikilothermes. Que nous apprennent les résultats de nos analyses? Ils nous montrent (tableau XLVI) que, chez l'animal nor- mal, quel que soit son état de nutrition, très maigre ou très gras, le foie est précisément, chez le Chien et le Lapin, l'organe qui présente le moins de variations autour de sa valeur moyenne, la plus grande fixité de la teneur 'en acides gras. Chez le Pigeon, où les variations sont plus étendues, elles ne le sont cependant pas plus que celles observées dans les autres tissus. Cette constatation est d'ores et déjà très peu favorable à l'hypothèse qui veut que le foie fonctionne essen- tiellement comme un organe de réserve des corps gras. TABLEAU XLVI Influence des divers états de nutrition sur la teneur du foie en acides gras (valeurs moyennes p. 100 sec). ANIMAUX. SUJETS normaux. SUJETS saciifiés aw couiN de l'iuaiiition. SUJETS morts d inanition. SUJETS surulimenlés. Chien Lapin Pigeon aVlulte Pigeon jeune Oie jeune 10,5 10,9 13,6 )) 11,6 11,30 10,89. » » 8,45 » 12,62 » » 12,90 » 12,30 24,46 77,90 Après une inanition pouvant se prolonger jusqu'à deux ou trois semaines, le foie a conservé chez le Chien sa teneur nor- male en acides gras; une diminution légère de la teneur en acides gras n'apparaît qu'au moment de la mort ; encore PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 93 faut-il ajouter que cette diminution n'est pas constante (nous ne l'avons observée que quatre fois sur six) et qu'on ne la retrouve ni chez le Lapin, ni chez le Pigeon. Dans le cas de la suralimentation, on ne constate qu'une augmentation insignifiante des corps gras chez le Chien adulte ; on ne constate aucune augmentation chez le Pigeon adulte. On observe souvent une augmentation importante chez le Pigeon jeune, une augmentation considérable chez rOie jeune. Mais ces faits ne peuvent constituer la preuve d'un rôle primordial et électif du foie d&ns la mise en dépôt des graisses. Nous avons vu, en effet, que la surcharge hépatique n'est ni élective ni primitive ; elle est consécutive à l'engrais- sement total de l'organisme; elle ne se produit que lorsqu'il y a préalablement surcharge de tous les dépôts habituels. Il ne nous paraît donc plus possible d'accepter l'opinion courante appliquée indifféremment aux Homéothermes et aux Poikilothermes telle qu'elle est exprimée par Gh. Richet : « Le foie nous apparaît donc en premier lieu comme un organe accumulateur de graisses » ; bien plutôt devons-nous croire, avec RosENFELD, que le foie ne commence à augmenter sa teneur en corps gras que lorsqu'il y a surcharge des tissus de réserve. A l'inverse de la conception habituelle, le foie normal des Homéothermes étudiés nous apparaît comme un organe se défendant le plus possible contre toute accu- mulation graisseuse ; il ne voit augmenter sa teneur en corps gras que lorsque tous les tissus de réserve en sont en quelque sorte saturés (1). Au total, et nous reportant maintenant à la question pri- mitivement posée, nous avons le droit de dire qu'il existe dans l'organisme une différence de répartition bien marquée entre l'élément variable et l'élément constant. L'élément variable est localisé dans les tissus de réserve, (1) II est bien évident que ces considérations ne peuvent avoir de valeur qu'en ce qui regarde les Homéothermes; ce serait une conclusion à la fois in- justifiée et erronée de les étendre aux Vertébrés poikilothermes. 94 EMILE-F. TERROINE parmi lesquels il convient de comprendre le muscle ; il n'en- vahit jamais les tissus de fonctionnement chez l'animal nor- mal, adulte. Mais, puisqu'il est évident par ailleurs que, à de certains moments, les graisses quittent les dépôts, sont mobilisées et se rendent aux organes de fonctionnement pour y être con- sommées, — soit directement, soit après' transformation préalable, — le fait que cette mobilisation ne s'accompagne à aucun moment d'une surcharge des tissus, particulièrement dans le foie, impose l'idée qu'il existe un mécanisme réglant l'apport des graisses de réserve aux tissus de fonctionne- ment au fur et à mesure de leurs besoins. L'étude de ce méca- nisme régulateur reste entièrement à faire. Quant à l'élément constant, il ne nous paraît pas douteux qu'il est constitué, pour une part très importante, par ces acides gras dont la valeur est bien un indice caractéristique des cellules, comme le veulent fort justement Mayer et ScH.EFFER, et qui représentent de ce fait un constituant permanent des tissus dont aucun état nutritif, pas même l'inanition prolongée jusqu'à la mort, ne peut réussir à modi- fier simplement la teneur. DEUXIÈME PARTIE DE Ll PÉNÉTRATION DES MATIÈRES GRASSES DANS UORGANISME ET DES MÉCANISMES QUI Y PRÉSIDENT Que les graisses alimentaires pénètrent, au moins pour une part importante, jusque dans l'intimité de Torganisme, tout en conservant leurs caractères propres, c'est là une donnée qui nous parait définitivement acquise par des recherches très différentes quant à leur objet immédiat, mais dont les résultats obligent tous à la même conclusion : a. La constitution de la graisse des dépôts avarie avec LA nature des graisses INGEREES. — A la suitc d'unclouguc période d'inanition, des Chiens recevant une alimentation riche en huile de lin présentent dans leurs dépôts une graisse à caractères très voisins de ceux de l'huile de lin (Lebe- DEFF, 484) ; recevant de l'huile de betterave, la présence d'acide érucique est des plus vraisemblables (Munk, 238) ; recevant tantôt de l'huile de noix de coco et tantôt de la graisse de Mouton, la graisse des dépôts acquiert des propriétés voisines soit de l'huile de noix de coco, soit de la graisse de Mouton ; ces caractères acquis se conservent après un mois si les animaux sont soumis ensuite à une alimentation sans graisse (Rosenfeld, 273). b. La constitution des graisses du foie varie avec la NATURE DES GRAISSES INGEREES. —A la suitc de l'ingcstion d'une graisse à indice d'iode élevé, l'indice d'iode des graisses 96 ÉMILE-F. TERROINE du foie s'élève chez le Chien aussitôt que l'absorption s'ac- complit (Leathes et Meyer-Wedell, 183). C. La CONSTITUTION DES GRAISSES DU LAIT VARIE AVEC LA NA- TURE DES GRAISSES INGEREES. — Le colostrum d'uuc Chienne préalablement nourrie de graisse d'Oie contient des graisses présentant un indice d'iode voisin de celui de la graisse d'Oie (RosENFELD, 272) ; après ingestion d'huile de lin, des Vaches donnent un lait dont les graisses possèdent un indice d'iode de 60 contre un indice préalable de 30 (Henriques et Hanse N, 135) ; après ingestion d'huile de sésame par des Vaches en lactation, l'indice d'iode s'élève de 40 à 53 (Bau- MERT et Falk, 17); la graisse iodée ingérée se retrouve en abondance dans le lait (Winternitz, 347, 348 ; Winternitz et Caspari, 63), etc.. Mais, si la pénétration des corps gras dans l'intimité de l'organisme, avec conservation de leurs caractères distinctifs, ne parait pas douteuse, il est bien vraisemblable qu'elle ne s'accomplit pas sans des modifications physiques ou chi- miques plus ou moins transitoires de ces corps, modifications qui rendent la pénétration possible. Or, l'introduction dans l'organisme de toute substance' alimentaire pose toujours les deux mêmes problèmes : 1° A quel niveau du tube digestif se font les transfor- mations et l'absorption et quels sont les sucs qui opèrent les transformations ? 2° Une fois précisées les transformations précédemment indiquées, quel est le mécanisme qui préside à la traversée de la paroi intestinale et quelles sont les modifications subies par les aliments au cours de cette traversée ? Le premier problème est plus proprement celui de la digestion, le second celui de l'absorption. Il nous paraît évident que le second ne saurait être abordé avec fruit qu'avec une connaissance suffisante des questions que pose le premier. Disons tout de suite que nous nous sommes bornés stricte- ment à l'examen des conditions dans lesquelles s'opèrent les modifications des graisses préalables à l'absorption, et nous avons délaissé délibérément, pour une étude ultérieure, toute PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIOrES 97 recherche sur le mécanisme même de la traversée intestinale. Ce sont donc les transformations des corps gras, — leur siège, leur nature, leur importance, leur rôle, au total la digestion, — • qui seront uniquement envisagées dans cette seconde partie. S'il nous arrive au cours de l'examen de travaux antérieurs, s'il nous est arrivé dans nos recherches personnelles de faire appel à des faits dans lesquels les phénomènes d'absorption sont inclus, c'est uniquement pour essayer d'en dégager les phénomènes digestifs préalables. Déterminer tout d'abord, parmi les divers organes du tube digestif et les sucs qui s'y déversent, ceux qui interviennent dans la digestion des graisses; préciser ensuite la nature de cette intervention et son importance; étudier les conditions d'action et les propriétés du ferment actif, tel est le tripb objet de la seconde partie de notre travail. ANX. DES se. NAT. ZOOL., 10^ série. IV, / SECTION I ORGANES ET SUCS CONCOURANT A LA DIGESTION DES CORPS GRAS. Quelle que soit la nature des substances alimentaires envi- sagées, les chercheurs préoccupés de déterminer quels organes et quelles sécrétions intervenaient dans leur digestion se sont toujours engagés dans deux voies distinctes : Ou bien ils tentent, par des expériences in vivo, en recou- rant à des techniques très variées mais toutes conçues dan? le même but, de déterminer à quelle hauteur du tube digestif l'aliment est transformé, la nature et l'importance des trans- formations subies ; Ou bien ils étudient, par des essais in vitro, les fucs digestifs capables de modifier physiquement (solubihsation, émulsion) ou chimiquement (hydrolyse) l'aliment envisagé. Dans ce cas, ils extraient des glandes qui tapissent le tube digestif ou y déversent normalement leur sécrétion un suc artificiel, ou bien par l'établissement de fistules temporaires ou permanentes ils récoltent les sucs élaborés par ces glandes. Ils déterminent ensuite si extraits ou sucs possèdent ou non la propriété de transformer la substance soumise à l'investigation. L'étude de la digestion des corps gras a été poursuivie dans ces deux directions, et, si nous laissons de côté les glandes salivaires dont l'inactivité sur les graisses est admise sans conteste, nous trouvons, pour chaque portion du tube digestif et pour chaque glande annexe, deux groupes parallèles de recherches : I. Rôle de l'estomac dans la digestion des graisses (expériences in vivo) et présence d'une lipase dans le suc .gastrique (essais in vitro) ; IL Rôle propre de l'intestin dans la digestion des graisses PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LTPOIDIQUES 99 (expériences in vivo) et présence d'une lipase dans le suc entérique (essais in vitro) ; III. Rôles respectifs du foie et du pancréas dans la di- gestion des graisses (expériences in vivo) et présence d'une lipase dans le suc pancréatique et d'un coferment dans la bile (essais in vitro). L'examen des faits apportés par ces divers travaux s'impose ; c'est lui qui nous indiquera quelles recherches nouvelles commandent les résultats acquis. CHAPITRE PREMIER ESTOMAC. § A. — Rôle de Festoniac dans la dîg-eslîon des graisses. Pour préciser le rôle de l'estomac, cinq catégories d'expé- riences ont été tentées : io La recherche de ce que devient la digestion lors de l'ablation totale de l'estomac ; 2*^ L'examen du contenu d'un estomac normal un cer- tain temps après l'ingestion de graisses ; 30 Le même examen dans le cas d'un estomac dont on assure l'indépendance par une obstruction du pylore ; 40 Le même examen dans le cas d'un estomac dont on assure l'indépendance par une séquestration complète ; 50 L'examen du chyle qui s'écoule par fistule pylorique au cours d'un repas gras. 1° Digestion des graisses lors de l'ablation complète de Testomac. — La presque totalité des expérimentateurs ayant pratiqué des ablations complètes de l'estomac n'ont eu en vue que le retentissement de cette opération sur la transfor- mation des aliments azotés (Carvalho et Pachon, 61 ; Car- REL, Meyer et Levene, 60). Seul Dagaew (72), au cours d'expériences systématiques, poursuivies sous la direction 100 ÉMILE-F. TERROINE de LoNDON, et dans lesquelles on essaye de déterminer, par la méthode des exclusions partielles, le rôle des différentes portions du tractus digestif, a envisagé la question des corps gras. Mais, dans le cas de l'exclusion totale de l'estomac, il aboutit tout simplement à cette conclusion que, à la suite d'un repas de lait, «sur la teneur des graisses (du chyle qui s'écoule par fistule iléo-csecale), il est encore difficile de juger parce que les graisses séjournent vraisemblablement dans les premières portions de l'intestin )). C'est dire qu'à l'heure actuelle la méthode de recherche par exclusion ne peut nous donner aucun renseignement. 2^ Modifications des corps gras dans l'estomac. — Malgré l'observation rapportée en 1825 par Magendie (205) dans son Précis élémeMaire de Physiologie, d'après laquelle l'huile séjournant dans l'estomac était modifiée surtout au niveau de la région pylorique, il semble bien qu'il y ait una- nimité presque complète parmi les anciens observateurs pour refuser à l'estomac tout pouvoir de transformer les corps gras. C'est tout au moins l'opinion très nettement exprimée par Frerichs en 1846, dans un traité qui fit époque, le Wagner's Handw'ôrterhuch der Physiologie. Depuis, Marcet (207) ayant nourri des Chiens avec un mélange de viarîde de Mouton et de suif, relève la présence de traces d'acides gras libres, dans le contenu gastrique, de une à cinq heures après le repas. Au cours d'un travail sur l'ictère, Muller (237) note un dédoublement des graisses neutres des plus minimes dans l'es- tomac de l'Homme : de 2,7 p. 100 après cinq heures chez un malade atteint d'ulcère, de 4,9 p. 100 dans le même temps chez un sujet soufïrant de sténose du pylore. Les recherches de Klemperer et Sgheurlen (167) abou- tissent peu de temps après aux mêmes conclusions. En intro-. duisant à la sonde chez l'Homme 100 grammes d'huile d'olive, le pourcentage des acides gras formés deux heures après chez trois sujets différents est respectivement de 1,89, 1,74 et 2,20. Contejean (69) examine avec grand soin la question de la digestion des graisses. Dans l'estomac d'un Chien à PHYSIOLOGLE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 101 fistule gastrique, il place des cubes de graisse de Mouton soi- gneusement enveloppés dans un filet de tulle. Retirés après vingt-quatre heures, les cubes n'ont perdu que 1 décigramme par 1 à 2 grammes. La perte a toujours été plus forte dans l'antre du pylore (0^^,135) qu'au cul-de-sac (0gr,035). Dans quatre expériences, la diminution de poids a été nulle au cul-de-sac. Utilisant également la méthode de la fistule gastrique, Lévites (188) ne constate aucun dédoublemenf de la graisse de Porc, de Bœuf ou du beurre dans l'estomac, tant que le contenu est acide. Enfin, Inouye (152), prélevant le contenu gastrique de Chats tués quelques heures après l'ingestion d'un repas riche en beurre, constate une formation d'acides gras extrêmement faible ; elle représente, suivant les cas, 0,3 p. 100, 1,34 p. 100, 0,83 p. 100 de la totalité des acides qui seraient formés par saponification complète. A côté de ces résultats négatifs, et qui sembleraient devoir permettre de trancher la question sans examen ultérieur, nous trouvons au contraire l'affirmation apportée par Vol- HARD (337) d'un rôle important de l'estomac dans la sapo- nification des corps gras. Après un repas d'épreuve constitué par des jaunes d'œufs, Volhard constate dans l'estomac de l'Homme une saponification de 78 p. 100 des graisses ingérées. Il y a lieu de noter cependant que la technique utilisée par cet auteur est loin d'être impeccable. De l'avis même de son élève ZiNSSER (353), la méthode de dosage employée don- nait des résultats beaucoup trop élevés, le dédoublement des corps gras se poursuivant au cours d'une des opérations de dosage. Néanmoins, après avoir corrigé cette cause d'erreur, Zinsser constate que, si la saponification dans l'estomac n'est peut-être pas aussi intense que l'avait avancé Volhard, elle n'en existe pas moins : après un repas d'épreuve constitué de jaunes d'oeufs et de bouillon, on trouve, après une à deux hem\^, un contenu gastrique dont les corps gras sont saponifiés à raison de 24,5 p. 100, fait que confirme Heinsheimer (131) peu de temps après, puis 102 ÉMILE-F. TERROINE LoNDON (201), qui observe sur un animal à fistule gastrique un dédoublement des graisses du jaune d'œuf de 17 à 23 p. 100 en deux heures. "Les premiers expérimentateurs s'étaient-ils donc trompés, et devons-nous admettre la réalité d'une saponification des cDrps gras dans l'estomac sous l'influence des produits de sicrétion de cet organe ? Une telle conclusion serait pour le moins hâtive. Remarquons d'abord que, dans le premier groupe d'essais, C3 que les expérimentateurs emploient, ce sont des graisses ou des huiles ingérées telles quelles ; dans la seconde catégorie, il s'agit d'une émulsion naturelle contenant, à côté de corps gras, des phosphatides et des albumines. Il y a donc une double différence entre les corps employés, et d'état physique et de constitution chimique. Mais une critique autrement grave enlève toute valeur à ce groupe d'expériences : le suc pancréatique peut parfaite- ment refluer dans l'estomac et y agir ainsi que cela a étésignalé très exphcitement par Gontejean (69) dès 1894. Conte- JEAN écrit en effet que « l'agent chimique principal de la digestion de la graisse dans l'estomac est le ferment saponi- fiant du suc pancréatique refluant par le pylore)). Boldy- REFF (44, 45) a insisté sur ce phénomène et montré qu'il se produisait un reflux de la totalité des sucs intestinaux (suc pancréatique, suc intestinal et bile) lors de l'introduc- tion de corps gras dans l'estomac. Au surplus, Lévites (188) a parfaitement précisé que, s'il n'y avait qu'un dédoublement négligeable des graisses dans l'estomac tant que ia réaction du contenu était acide, par contre, «aussitôt que le mélange des sucs duodénaux pénètre en quantités importantes dans l'estomac, par suite de mouvements antipéristaltiques, il devient immédiate- ment visible que le dédoublement des graisses est notable- ment renforcé ». C'est ainsi que, pour la graisse de Bœuf, alors que l'indice d'acidité des graisses du contenu gastrique varie de 0,46 à 0,82 tant que la réaction est acide, il passe à 6,27 lorsque la réaction est alcaline. Dans ces conditions, tout essai dans lequel il n'a pas été PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 103 tenté de s'opposer au reflux du contenu duodénal ne peut rien nous apprendre sur les propriétés autonomes de Tes- tomac. 3oModificationsdescorpsgrasdans l'estomac isolé deTin- testin par obstruction du pylore. — Ogata (245), faisant ingérer des aliments riches en graisses à des animaux dont Festomac est séparé de Tintestin par l'introduction d'une poire en caoutchouc obstruant le pylore, constate la pré- sence d une quantité d'acides gras libérés relativement impor- tante deux à trois heures après le repas. Mais un tel procédé ne permet pas d'assurer une obturation complète. Klemperer et Scheurlen (167) Hga turent le pylore de Chiens anesthésiés au chloroforme, puis introduisent de l'huile dans l'estomac à l'aide d'une sonde. Aussitôt après l'intro- duction, on hgature le cardia pour s'opposer au vomis- sement. De trois à six heures après, on prélève le contenu gastrique et l'on constate, dans trois expériences, que les quantités d'acide oléique formées sont respectivement de 1,23 p. 100, 1,50 p. 100, 0,91 p. 100 de la quantité que donne- rait la saponification totale de l'huile introduite. Klemperer ^t Scheurlen montrent par ailleurs que, dans le même temps, des microorganismes provenant de l'estomac ne provoquent jamais un dédoublement dépassant 0,5 p. 100, et ils en con- cluent à un rôle propre de la muqueuse gastrique dans la saponification des graisses. On remarquera que, en admettant leurs conclusions sans discussion, une hydrolyse de 1 p. 100 est sans aucun intérêt physiologique et ne peut, en aucune manière, constituer un facteur appréciable de la digestion •des corps gras. 40 Modifications des corps gras dans l'estomac complète- ment isolé. — Après avoir constaté comme ses devanciers, sur un repas d'épreuve, un dédoublement des corps gras dans l'estomac de l'Homme, dédoublement variant de 4 à 20 p. 100, Meyer (225) observe que ce dédoublement est des plus médiocres chez un Chien dont l'estomac est séparé de l'in- testin. Pour lui, la saponification observée chez le sujet normal est le fait non d'une lipase gastrique, mais des liquides intestinaux reflues. iU4 ÉMILE-F. TERROINE BoLDYREFF {loc. fil.) introduit dans Testomac d'un Chien^ estomac complètement séparé de Tintestin depuis un temps, assez long, une émulsion de jaune d'œuf. La totalité du con- tenu gastrique évacué quatre heures après par une fistule est placée au thermostat à 40^ pour quatre heures. L'augmen- tation d'acidité, après ces diverses opérations, est à peu près nulle. 50 Caractères des corps gras s'écoulant par une fistule pylorique ou duodénale. — Conte je an {loc. cit.) introduit par une fistule gastrique 150 grammes de suif de Bœuf dans l'es- tomac d'un Chien et lui fait ingérer ensuite de la viande crue. Deux heures et demie après, le contenu qui s'écoule par la fistule pylorique ne présente pas trace d'acides gras. Lévites {loc. cit.), récoltant le contenu gastrique d'un Chien par fistule pylorique trois heures vingt-sept et deux heures trente et une après un repas de graisse de Bœuf ou de beurre, constate une saponification nulle ou insignifiante : l'acidité de la graisse de Bœuf est passée de 0,46 à 0,49, celle du beurre de 0,46 à 0,56. En opposition absolue avec ces résultats entièrement néga- tifs se placent les travaux de Falloise (96). Falloise opère sur un Chien muni d'une fistule duodénale située près du pylore. L'animal est maintenu debout dans l'établi de Ludwig. Il est soumis à un jeûne préalable de vingt heures et reçoit ensuite soit une émulsion de jaunes d'œufs, soit du lait et, dans les deux cas, de la viande ou du sucre de canne. Le liquide prélevé à intervalles réguliers montre un très notable dédoublement progressif, déterminé par la méthode de Stade. D'une manière générale, la digestion des graisses du lait est plus rapide que celle des graisses de l'œuf. Les valeurs maxima de saponification sont de 42 p. 100 pour l'œuf et de 52 p. 100 pour le lait. Il y a donc une opposition formelle entre les résultats de Falloise et ceux de ses devanciers. Doit-elle être placée uniquement sur le compte de la nature des corps gras expé- rimentés et peut-on conclure que l'estomac, incapable de digérer les huiles ou les graisses neutres ou émulsionnées, présente, par contre, un pouvoir saponifiant énergique vis-à- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQLES 103 vis des émulsions grasses naturelles, œuf ou lait? Nous ne le croyons pas. LoNDON montre en effet que, si Ton veut éviter, même en cas de fistule pylorique, le reflux intestinal dans l'estomac, il faut un dispositif spécial de la canule. Après avoir réalisé ce dispositif, il constate alors que les graisses intro' duites dans Testomac n'y subissent jamais un dédoublement important, même dans le cas du jaune d'oeuf. Alors qu'il avait constaté lui-même, ainsi que nous l'avons rappelé plus haut, après deux heures de séjour dans l'estomac non isolé de l'in- testin, un dédoublement des graisses du jaune d'oeuf variant de 17 à 23 p. 100, lorsque l'isolement est parfait par l'établis- sement d'une fistule pylorique munie d'une canule s'opposant à tout reflux, la saponification n'est plus, dans les mêmes con- ditions, que de 2,7 p. 100, 3,5 p. 100, 4,1 p. 100, 4,7 p. 100, 5,6 p. 100. Bien que, dans un travail ultérieur, London et Versilowa (202) obtiennent dans les mêmes conditions expé- rimentales des valeurs un peu supérieures, il n'en reste pas moins que, lors de la séparation parfaite de l'estomac d'avec l'intestin, la saponification des graisses contenues dans Témulsion naturelle de jaune d'œuf est très minime. Mais, si minime soit-elle, il est encore permis de douter qu'elle est bien due à l'activité gastrique. Lévites (189) montre, en effet, chez un Chien dont la séparation gastrique est parfaite, que la graisse extraite du jaune d'œuf — et non le jaune d'œuf lui-même — n'est nullement attaquée : la valeur acide passe de 0,14 à 0,7 après trois heures et demie de séjour. Les graisses du jaune d'œuf se comportent exactement comme la trioléine. Pourquoi donc alors cette faible action lors de l'emploi en nature du jaune d'œuf? Parce que, comme l'ont montré des observations de Boldyreff (,45), sur lesquelles nous aurons d'ailleurs à revenir, le jaune d'œuf abandonné à lui- même présente une acidification spontanée et demême valeur que celle constatée lors de l'adjonction de suc gastrique. Il convient, d'ailleurs, de rappeler que Wohlgemuth (349) a si- gnalé l'existence d'actions lipolytiques actives dans le jaune d'œuf émulsionné dans l'eau, additionné de toluène et con- 106 EMILE-F. TERROINe serve à Tétuve à 38° actions qui s'étendent aussi bien à la îécithine qu'aux glycérides. Les dédoublements minimes observés dans Testomac en Tabsence de tout reflux intes- tinal ne sont-ils pas simplement le résultat d'une telle auto- digestion ? Rien ne permet, à l'heure actuelle, de lever cette objection. Pas plus que Jej précédentes, cette série d'expériences ne nous apporte la preuve irréfutable d'une transformation des graisses, quelles qu'elles soient, dans l'estomac. Au total, tous les faits examinés jusqu'ici et ne prêtant pas à critique, obligent à une même conclusion : l'estomac n'intervient pas dans la digestion des graisses, ou tout au moins, s'il intervient, c'est d'une manière si médiocre et dans des cas si limités que cette intervention est sans intérêt physiologique. § lî. — Présence d'une lipasc dans le suc g-astriqne. Pour établir l'existence d'une lipase gastrique et son inter- vention dans les processus normaux de la digestion, trois caté- gories d'expériences ont été réalisées : 1° La recherche de l'action exercée sur les graisses par des extraits aqueux de muqueuse gastrique ou des préparations commerciales de pepsine ; 2° La recherche de l'action exercée sur les graisses par des extraits glycérines de muqueuse gastrique ; 3° La recherche de l'action exercée sur les graisses par le suc gastrique naturel obtenu par divers procédés : repas d'épreuve sur l'Homme, fistule ou estomac séquestré sur l'animal. 1" Action des extraits aqueux de muqueuse gastrique. — Les recherches de cette nature ont été poursuivies tantôt avec des préparations commerciales de pepsine, tantôt avec des extraits aqueux de muqueuse préparés peu de temps avant l'emploi. En faisant agir sur de la graisse de Porc ne contenant pas d'acides gras de la pepsine Merck en solution chlorhydrique à 0,5 p. 100, DoRMEYER (85) n'observe aucune néofor- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 107 mation d'acides gras après vingt -quatre heures de digestion Marpmann (209), faisant porter ses recherches sur des huiles diverses, — huiles de lin, d'olive, d'arachide, de sé- same, — sur lesquelles il fait agir pendant vingt-quatre heures du suc artificiel à raison de 100 centimètres cubes pour 5 grammes d'huile, constate une forte acidification des mé- langes et la présence de traces de glycérine. Il conclut à une faible action saponifiante. Mais ce travail, qui n'apporte au- cune donnée quantitative et ne comporte aucun témoin, soit en vue d'éliminer l'action possible du suc bouilli, soit en vue d'éliminer la possibilité d'une auto-acidification du suc, ne peut permettre aucune conclusion. Soumettant du suif de Mouton à une infusion de mu- queuse gastrique additionnée de HGl à 1 p. 1 000 et en pré- sence soit de petites quajitités de HCN, soit de petites quan- tités de NaF pour s'opposer à la puUulation microbienne, Conte JEAN constate que la graisse reste absolument intacte. Toutefois, ce résultat négatif peut être attribué à l'antiseptique ajouté ; nous verrons plus loin qu'à de cer- taines concentrations le fluorure de sodium inhibe les lipases. Inouye {loc. cit.) n'observe aucune action de l'extrait aqueux de la portion fondique de l'estomac sur l'huile d'olive émulsionnée. Au cours de leurs recherches sur les lipases, Kastle et Lœvenhart(165, 166) constatent, en présence de toluène, un très léger dédoublement du butyrate d'éthyle par un extrait obtenu en filtrant sur toile une macération aqueuse de mu- queuse gastrique de Porc, laquelle avait été préalablement hachée et triturée avec du sable fin. Mais il y a lieu de noter que : 1° Les valeurs d'acidité formée indiquent une action extrê- mement médiocre (le maximum trouvé correspond à une saponification de 2 p. 100 en trente minutes à 40° C); 20 Même si l'on admet la réalité d'une telle action, on n'est nullement en droit de conclure d'un dédoublement du buty- rate d'éthyle à l'existence de propriétés saponifiantes vis-à- vis des graisses naturelles ; 3° Enfin, Kastle et Lœvenhart observent l'abohtion 108 ÉMILE-F. TERROINE définitive de l'action sur le butyrate d'éthyle par l'adjonc- tion d'acide chlorhydrique à 3 p. 1 000. Aucun des faits relatifs à l'action des extraits aqueux de muqueuse gastrique ne nous permet donc d'accorder à l'esto- mac la propriété de sécréter un ferment actif sur les corps gras. Au surplus, il convient de retenir que Volhard lui- même, le protagoniste de la lipase gastrique autonome, admet l'impossibilité de l'extraire de la muqueuse par simple macération aqueuse. 2^ Action des extraits glycérines de muqueuse gas- trique. — L'étude de Faction des extraits glycérines a été très activement poursuivie sur trois catégories de corps: des éthers ou des glycérides solubles, des corps gras non émulsionnés ou artificiellement émulsionnés, des émulsions naturelles (crème ou jaune d'œuf). a. Éthers et glycérides solubles. — Benech et Guyot(19, 20,21) font agir sur une solution de monobutyrine à 1 p. 100 un extrait, obtenu par macération pendant vingt- quatre heures, de muqueuse gastrique de Cheval dans un mélange d'une partie de glycérine pour deux parties d'eau; ils constatent un dédoublement toujours plus actif avec l'extrait préparé à partir de la muqueuse cardiaque qu'avec celui de la muqueuse fondique. La propriété hydrolysante est, d'après Benech et Guyot, très sensible à l'action de la soude et du carbonate de soude, moins à celle de l'acide chlo- rhydrique. Mais la même critique faite précédemment aux travaux de Kastle et Lœvenhart vaut ici. Il ne suffit pas, si l'on veut démontrer la présence d'un ferment saponifiant dans l'estomac, en vue de conclure au rôle physiologique de cet organe dans la digestion des graisses, de montrer qu'il dédouble un éther ; il faut, de toute nécessité, établir la réalité d'une action sur les graisses neutres. Les faits apportés par Benech et Guyot ne nous permettent aucune conclusion sur ce point. b. Corps gras non émulsionnés. — Les études anciennes de Klug (168), dans lesquelles il avait fait agir des extraits glycérines de muqueuse sur les graisses, l'avaient amené à refuser toute action saponifiante à ces extraits. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 109 Peu après, Cash (62) constate la formation de quantités notables d'acides gras dans des mélanges d'huile d'olive neutre et d'extrait glycérine, le tout amené à une concentra- tion en HCl de 2 p. 1 000 ; dans certains cas, il voit appa- raître 20 milligrammes d'acides gras par l'action de 2 grammes d'extrait glycérine sur 3 grammes de graisse neutre. L'action signalée est bien faible. Une graisse neutre, du type mixte oléo-stéaro-palmitine, peut en effet livrer les neuf dixièmes de son poids d'acides gras par saponification totale; c'est dire que 3 grammes de graisse neutre peuvent donner 2gr, 70 d'acides. Or Cash constate la formation de 0gi",02, c'est dire que la saponification n'aurait atteint que la cent trente-cinquième partie de la graisse présente. En admettant donc la réalité du phénomène, sa valeur reste bien médiocre. Enfin Inouye ne trouve aucune action de l'extrait glycérine de la muqueuse de Porc sur l'huile d'olive. Au total, action faible ou nulle, qui ne nous impose pas, à beaucoup près, la conviction de l'existence d'une lipase gastrique. c. ÉMULSiONs NATURELLES. — VoLHARD (338, 339), faisant agir des extraits glycérines sur du lait ou du jaune d'œuf et évaluant la valeur de la saponification d'après la méthode de Stade, constate toujours une action très importante de ces extraits, différente d'ailleurs suivant la provenance de la muqueuse, fondique ou pylorique. Ainsi, dans le cas du jaune d'œuf, la proportion d'acides gras libérés peut être de 63 p. 100 dans le cas de la muqueuse fondique contre 16,3 p. 100 pour la muqueuse pylorique; elle peut être, dans le cas des graisses du lait, de 50 p. 100 avec la muqueuse fondique, de 25 p. 100 avec la muqueuse pylorique. Frappé de l'opposition existant entre ces faits et les résul- tats antérieurs, Volhard pense qu'il s'agit sans doute d'une différence dans l'état physique des corps gras. Pour élucider ce point, il fait entreprendre par son élève Stade (297) un travail sur l'action comparée des extraits glycérines sur l'émulsion de jaune d'œuf, la crème, le lait d'amande et une émulsion artificielle d'huile de foie de Morue ; dans une expé- rience comparative, la quantité de graisse saponifiée est de HO ÉMILE-F. TERROINE 56 p. 100 pour le jaune d'œuf, de 48 p. 100 pour la crème ; elle tombe à 34,4 p. 100 pour le lait d'amande; elle n'est plus que de 9,2 p. 100 pour Témulsion d'huile de foie de Morue. Que conclut Stade? Que la lipase gastrique n'agit que sur les graisses émulsionnées, et d'autant mieux que l'émulsion est plus fine. Une telle conclusion n'est en rien justifiée. Pour pouvoir attribuer à l'émulsion une importance primor- diale, il n'aurait pas fallu faire varier simultanément plusieurs facteurs, et c'est ce que fait Stade lorsqu'il compare des graisses aussi différentes au point de vue chimique que la crème et l'huile de foie de Morue, en ne tenant compte que des différences d'état physique. Il n'était d'ailleurs nullement impossible, bien au contraire, de répondre facilement à la question posée. Des essais comparatifs de l'extrait glycérine sur la crème et sur la graisse du beurre d'une part, sur le jaune d'œuf et sur l'huile qu'on en extrait d'autre part, auraient rapidement permis de voir si l'action de la lipase gastrique était ou non sous la dépendance de l'émulsion. Les résultats de Volhard et Stade n'ayant pas été géné- ralement acceptés, Fromme (108) reprend la question, tou- jours en faisant agir les extraits glycérines sur le jaune d'œuf et en mesurant la saponification par la méthode de Stade. Dans l'ensemble, il confirme les faits avancés par Volhard et, en particulier, la grande différence d'activité entre la mu- queuse fondique et la muqueuse pylorique. Fromme note, en outre, que le ferment est très sensible à l'action de petites quantités d'acide chlorhydrique. Enfin il constate que son extraction par la glycérine est très lente ; n'est-ce pas dans cette lenteur de diffusion qu'il convient de rechercher la cause de certains résultats négatifs obtenus par des expérimen- tateurs trop pressés? Qaoi qu'il en soit de ces confirmations successive^, la thèse de l'existence d'une gastrohpase autonome fait peu de pro- grès ; elle rencontre une très sérieuse opposition de la part de BoLDYREFF, dout Ics miuutieuses recherches établissent avec une certitude absolue le reflux dans l'estomac de suc pan- créatique, de bile et de suc intestinal, dès que l'estomac ren- ferme une certaine quantité de corps gras. Dès lors, lorsque PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GKASSES ET LII'OIUIQUES I i I VoLHARD et ses élèves extraient une lipase de la muqueuse gastrique, qui nous dit qu'il s'agit d'un ferment élaboré pail- les cellules de cette muqueuse et non tout simplement de la lipase pancréatique et de la lipase intestinale réabsorbées? C'est alors qu'interviennent, pour répondre à toutes ces objec- tions, les recherches, remarquablement conduites au point de vue physiologique, de Falloise. Dans une première série d'essais, Falloise (97), opérant sur des Chiens, dont le canal pancréatique s'ouvre de 30 à 40 centimètres au-dessous du pylore, ce qui écarte toute vrai- semblance de reflux du suc pancréatique, confirme les ob- servations de Volhard : l'extrait glycérine de muqueuse gastrique saponifie le jaune d'oeuf ; l'intensité de cette sapo- nification, déterminée par la méthode de Stade, manifeste la supériorité marquée de la région fondique sur la région pylorique : 21,2 p. 100 contre 9,2 p. 100 ; 25,6 p. 100 contre 17,4 p. 100 ; 18,3 p. 100 contre 7,3 p. 100. Mais Falloise (98) va plus loin, et pour écarter toute objection quant à la possibilité de réabsorption du suc pan- créatique, il reprend les mêmes essais chez des animaux ayant subi une ablation totale du pancréas 6, 13 et 20 jours avant le prélèvement de la muqueuse gastrique. Il retrouve la même action sur le jaune d'oeuf, la même supériorité de la région fondique sur la portion pylorique : 57.9 contre 11,3 p. 100 ; 54,4 contre 10,0 p. 100 ; 62,0 contre 21,8 p. 100. Enfin, pour éliminer la possibilité de réabsorption de la lipase intestinale, Falloise prélève la muqueuse d'un esto- mac de Chien séparé de l'intestin depuis cinq jours; l'extrait obtenu exerce sur le jaune d'oeuf une action saponifiante de même ordre que dans les cas précédents. Allons-nous donc être, cette fois, amenés à conclure à l'exis- tence d'une lipase gastrique autonome, à assigner à l'esto- mac un rôle important dans la digestion des graisses ? Admettons, pour un moment, que les expériences de Falloise, fort bien conduites en ce qui regarde l'origine des muqueuses étudiées, ne prêtent plus à aucune critique ; admettons donc qu'il existe dans la muqueuse gastrique,, et particulièrement dans la région fondique, des cellules con- H2 ÉMILE-F. TERROINE tenant un ferment susceptible d'attaquer les corps gras, cette attaque dût-elle être limitée aux émulsions naturelles. Un tel fait pourrait-il nous permettre de conclure à un rôle phy- siologique de l'estomac sur les graisses ? En aucune manière,, car, de l'avis même de tous les chercheurs précités, il s'agit d'un ferment endocellulaire très difficilement difïusible. Or l'estomac n'intervient pas, dans les phénomènes chimiques de la digestion, en modifiant les substances alimentaires dans l'intimité de ses parois, mais uniquement par l'action des sucs qu'il sécrète. En bref, la présence d'une lipase, fût elle parfaitement démontrée, dans les cellules delà muqueuse gastrique, naurait pas, au point de vue de la digestion, plus d'intérêt que n'en a la présence dans les extraits de pancréas de ferments des substances nucléiniques qui ne se retrouvent pas dans le produit de sécrétion. Au surplus, Volhard signale l'extrême sensibilité de cette lipase à l'acide chlorhydrique, et Kastle et Lœvenhart indiquent qu'elle est détruite défi- nitivement par une concentration enHCl de 0,3 p. 100. Quand rencontrera-t-elle donc, même si elle est sécrétée, des condi- tions telles qu'elle ne soit pas détruite? Même définitivement acquis, les résultats des expériences de Volhard et de Fal- LOiSE ne nous permettraient aucune conclusion physiolo- gique. Le seul fait de nature à entraîner la conviction serait la démonstration que le suc gastrique, normalement sécrété, saponifie les corps gras. C'est à l'examen des essais tentés dans le but d'apporter cette démonstration que sera consacrénotre prochain paragraphe. Mais nous ne pouvons l'entamer sans discuter auparavant l'existence même de cette gastrolipase autonome endocellu- laire dont Volhard et Falloise croient avoir donné des preuves irréfutables. Or, les objections physiologiques écartées, comme l'a fait Falloise, il en est d'autres portant sur la substance à dédoubler, sur les propriétés du liquide diasta- sique, sur la méthode de dosage employée. Nous avons déjà rappelé, en ce qui regarde les substances employées pour la mise en évidence des propriétés saponi- fiantes, que Boldyreff a signalé une transformation spon- tanée de la crème et du jaune d'œuf loin d'être négligeable PHYSIOLOGIE DES SUHSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 113 transformation qu'empêche le chauffage préalable. Après un séjour de quatorze heures au thermostat à 40°, on constate un accroissement d'acidité de 18,0 p. 100 pour la crème fraîche, alors que cet accroissement n'est que de. 0,8 p. 100 pendant dix-neuf heures pour la même crème chauffée ; dans les mêmes conditions, l'acidité du jaune d'œuf frais s'accroît de 15 p. 100 contre 1,1 pour le produit chauffé. Qu'il s'agisse, comme paraît bien le penser Boldyreff, de l'intervention d'une lipase contenue dans ces émulsions, c'est là une hypo- thèse très vraisemblable pour le jaune d'œuf, la présence de ce ferment y ayant été signalée par Wohlgemuth, plus controversée en ce qui regarde la crème; mais le fait de l'auto- acidification n'en demeure pas moins. D'autre part, la formation d'acide lactique dans le cas du lait n'est pas douteuse si les expériences ne sont pas conduites aseptiquement, et nous verrons tout à l'heure que la méthode de dosage employée peut parfaitement le compter parmi les acides gras. En ce qui regarde l'extrait employé, la méthode même de préparation aboutit à la constitution d'un liquide très riche en albumines, puisqu'il s'agit d'un suc cellulaire. Or, ces albumines, placées à 40°, s'autolysent rapidement, et l'acide lactique est un des produits formés les plus précoces et les plus abondants. L'acidification spontanée des extraits n'est d'ailleurs pas une hypothèse; nous avons eu bien des fois l'occasion de constater que les extraits glycérines de muqueuse gastrique, intestinale, s'acidifient rapidement. La critique relative à la présence d'acides et particulière- ment d'acide lactique résultant soit de l'autolyse des produits mis en œuvre, soit de la fermentation du lactose dans le cas de la crème, serait sans valeur si la méthode de dosage uti- lisée ne comptait réellement que les acides gras provenant de la saponification des graisses. Or, rien ne permet de l'affirmer. En bref, la méthode de Sade consiste à agiter les liquides en digestion dans un mélange d'alcool et d'éther. Une partie de la phase éthéro-alcoolique, après avoir servi à doser l'aci- dité existante, est saponifiée. On établit ainsi un rapport entre l'acidité totale que donne la saponification et l'aci- ANN. DES se. NAT. ZOOF.., 10* série. IV, 8 H 4 ÉMILE-F. TERROINE dite dosée dans l'extrait aussitôt après sa préparation. Or, Ta cide lactique est soluble en toutes proportions dans Téther et Talcool, aussi bien que dans Feau ; il n'y a aucune raison pour qu'il ne passe pas en partie avec les acides gras dans la phase éthéro-alcoolique. La totalité des précédentes critiques serait sans objet si les témoins nécessaires avaient été faits. Tel n'a pas été le cas. Même dans le travail si bien conduit, à d'autres égards, de Falloise, nous ne trouvons pas l'expérience de nature à entraîner la conviction : montrer que l'acidité formée par le mélange jaune d'oeuf extrait est nettement plus élevée que la somme des acidités formées par chacun des constituants con- servés séparément, toutes conditions égales d'ailleurs. Laissant donc de côté toute discussion sur la rôle physio- logique d'une lipase gastrique endocellulaire, nous voyons que l'existence même de ce ferment ne peut être considérée comme définitivem.ent établie. 3" Action du suc gastrique. — a. Éthers et glycérides soLUBLES. — Benech et GuYOT {loc. cit.), recueillant du suc gastrique d'Homme après un repas d'épreuve, constatent qu'il dédouble la monobutyrine. Davidsohn (79), qui suit l'action par la méthode stalagmométrique d'IzAR, observe la saponi- fication de la monobutyrine par le suc gastrique recueilli après repas d'Ewald. Enfin Hull et Keeton (149) dédoublent très légèrement et d'une manière très inconstante le butyrate d'éthyle par le suc du petit estomac de Pawlow. Les observations antérieures valent ici, comme pour les extraits. Seules l'action sur les graisses peut être démons- trative. b. Corps gras non émulsionnés. — De leurs essais sur l'action du suc de petit estomac sur l'huile, Hull et Keeton concluent à l'existence d'une lipase gastrique dont la sensibilité est très grande vis-à-vis de l'acide chlorhydrique. L'examen de leurs chiffres montre une action très faible; le nombre de résultats négatifs, lorsqu'il s'agit de sucs sécrétés sous l'in- fluence de l'alimentation, est très élevé: 17 sur 23. Au sur- plus, rien ne peut mieux préciser la valeur qu'il convient d^accorder à la propriété saponifiante du suc sécrété normale- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 115 ment au cours ou à la suite d'un repas que la remarque même de HuLL et Keeton : « Pour tous les types d'alimentation, le pourcentage des expériences négatives fut élevé et, dans le§ expériences positives, la quantité d'acides gras formée fut excessivement faible. » Hull et Keeton ne décèlent la lipase d'une manière constante et en quantité appréciable que chez les animaux à jeun. De tels résultats ne peuvent nous inciter à reconnaître un rôle quelconque à l'estomac dans la diges- tion des graisses : un ferment existant à la seule condition que le suc soit sécrétera jeun et d'activité minime ou nulle lors de la sécrétion normale, détruit par une très faible con- centration en HCl, ne peut évidemment intervenir dans la digestion gastrique. c. ÉMULSiONS NATURELLES. — Les recherches poursuivies sur ces substances sont exactement parallèles à celles analysées en détail dans le cas des extraits glycérines : mêmes expé- riences faites dans les mêmes conditions et par les mêmes auteurs ; c'est dire que les mêmes critiques subsistent. Nous en rapporterons donc brièvement les résultats. Faisant agir du suc de petit estomac de Pawlow sur du lait ou du jaune d'oeuf, Volhard conclut à une saponification nette après quatre heures. Pour éhminer l'objection d'une intervention microbienne, Volhard montre que le pouvoir saponifiant se retrouve sur le suc recueilh chez l'Homme après repas d'épreuve et préalablement filtré sur bougie. Il est vrai que, si l'objection microbienne est éliminée, celle relative à la possibilité du reflux des sucs intestinaux ne l'est plus. Les expériences de von Pesthy (250), poursuivies à l'aide de suc gastrique d'Honmae récolté après repas d'épreuve ou de suc de Chien obtenu par vomissement provoqué par injec- tion d'apomorphine, montrent l'action de ces sucs sur le jaune d'oeuf, mais prêtent à l'objection du reflux intestinal. Laqueur (179) observe des dédoublements de 22 p. 100 ^t de 16,04 p. 100 du jaune d'oeuf par action du suc de petit estomac de Pawlow récolté quatre heures après un repas. Enfin, Falloise constate que du suc recueilli dans l'esto- mac séquestré d'un Chien neuf jours après l'opération pro- 116 ÉMILE-F. TERROINE Toqueun dédoublement très net des graisses du jaune d'œuL En face de ces faits positifs, mais apportés par des re- <îherches n'échappant à aucune des critiques précédemment formulées, il convient de signaler queLoNDON(/oc. cit.) relève,, par action du suc de petit estomac sur le jaune d'oeuf, des valeurs de saponification de 2 à 5 p. 100 au maximum après deux heures de digestionà37";HEiNSHEiMER (/oc. ci^.) ne cons- tate que des actions faibles ou nulles; Inouye {loc. cit.) n'ob- tient jamais aucun résultat positif ni sur le jaune d'oeuf, ni sur le lait, ni sur l'huile d'olive. Enfin, à la suite d'une série d'expériences minutieuses, BoLDYREFF aboutit à une négation complète de la gastro- lipase. Ainsi qu'il ressort du tablef u XLVII, dans lequel nous- avons tenu à résumer ses principaux résultats expérimentaux, le suc n'exerce aucune action ni sur la monobutjTine, ni suf le jaune d'œuf, ni sur l'huile. Par contre, et dans les mêmes conditions expérimentales, apparaissent très nettement les propriétés saponifiantes énergiques du mélange des sucs intestinaux. Nous sommes donc en droit de conclure que, à l'heure actuelle, rien ne nous permet d'affirmer, bien au contraire^ la présence dans le suc gastrique normal d'un ferment sapo- nifiant. Comme on était en droit de s'y attendre, malgré des con- tradictions passagères, les deux grands groupes de recherches- aboutissent en définitive à un même résultat : le suc gastrique normal ne contient pas de lipase active, et le chyme qui s'écoule de l'estomac contient des graisses non attaquées. S'il est donné d'observer, dans certains cas, une saponifi- cation dans l'estomac, cette saponification est le fait non de l'estomac, non du suc gastrique, mais du mélange des sucs- intestinaux, dont le reflux se produit toujours après ingestion de quantités appréciables de corps gras. L'estomac n'intervient donc pas par lui-même sur les- graisses, et c'est plus loin qu'il va nous falloir chercher le mécanisme de la digestion de ces aliments. a'HYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES H 7 bD -.2 "' ■S ^ N en «a w ■1-1 fii+= © +j o a> © î^ .^ -© •© o >^ Q O © © o a © •rH u •© M « ^ ;3 t3 -© m O a a le o ïi o a o o © rt a o o -^3 A lo O O i:: 0^0^°^, o" i:~«" r^" "^ lO o^ o_ iro_ -.^^^ c c 3 ^1 +J 3 o ;3 §. § ^ ■OJ O S SJ *J 3 ^ o •_2 •*j ■^ .— < c r^ OJ CD -_> O _H -^ .^ lO lO >0 lO ^* • ■4^ o ^< 1-H « s ■^ (X) -13 3 -3.2 -CD 3 118 ÉMILE-F. TERROINE CHAPITRE II INTESTIN L'observation du chyme pendant la traversée du tractus intestinal, du pylore à Tanus, permet deux constatations importantes : 1° Les corps gras disparaissent peu à peu. Sauf le cas d'in- gestions très abondantes de graisses difficilement digérées, — suif de Mouton par exemple, — les matières fécales ne con- tiennent pas de corps gras. L'Homme peut ingérer de 100 à 120 grammes de graisse par jour, sans qu'il y ait rejet par les matières fécales (Rubner, 275); un Chien de 30 kilo-^ grammes, recevant quotidiennement 350 grammes de graisse, en absorbe 98 p. 100 (C. Voit, 334) ; 2° Tant que l'absorption n'est pas terminée, et qu^il reste dans l'intestin grêle une partie des substances ingérées, ces substances ne sont pas uniquement constituées, et à beau- coup près, par des graisses neutres. Au contraire, on constate la présence d'une proportion très élevée d'acides gras libres. Chez un Chien à fistule jéjunale, le chyme qui s'écoule après ingestion de graisse de Bœuf contient 41,6 p. 100 d'acides gras; après ingestion dégraisse de Porc, 32,2 p. 100. Chez un Chien à fistule iléale, le chyme, après ingestion de graisse de Bœuf, peut contenir jusqu'à 66 p. 100 d'acides gras; après ingestion de graisse de Porc, 24,2 p. 100 (Lévites, 188). Le premier phénomène, l'absorption, ne nous intéresse pas directement ici. Les graisses sont absorbées par la paroi de rintestin, comme le sont les hydrates de carbone ou les albu- mines; leur disparition né nous apprend rien sur les méca- nismes qui préparent l'absorption. Le second phénomène est, au contraire, extrêmement ins- tructif. Il nous oblige, en effet, à admettre que, avant leur absorption, de par les actions qu'elles subissent dans le tube digestif, les graisses sont hydrolysées pour une part très im- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES CxRASSES ET LÎPOIDIQUES 119 portante, comme le sont aussi et les hydrates de carbone et les albumines. C'est là un fait qu'il convient dès maintenant de retenir. Lorsque nous aurons plus loin à discuter l'opinion de certains physiologistes d'après laquelle les corps gras seraient absorbés en nature et par suite d'une simple modification physique, nous devrons nous rappeler que : si l'examen du contenu intestinal ne nous permet pas de dire qu'une graisse ne peut être absorbée que si elle est préalablement digérée, s'il ne nous permet pas d'écarter la possibilité de toute absorption d'un corps gras en nature, il nous montre tout au moins que, dans les conditions normales de la digestion, les corps gras sont saponifiés pour une part très importante. Mais cette constatation n'entraîne aucune conclusion immé- diate sur le rôle propre de l'intestin. Nous ne pouvons savoir, par le simple examen des transformations que subissent les aliments dans l'intestin, quel en est l'organe ou le suc res- ponsable, puisque, en dehors des sucs élaborés par les glandes qui le tapissent, l'intestin reçoit en outre les produits de sécré- tion, très abondants, du pancréas et du foie. Trois organes et leurs produits de sécrétion peuvent donc entrer en jeu dans cette transformation des corps gras : intes- tin, foie, pancréas. Notre analyse va avoir pour but de déter- miner successivement la part de chacun d'eux. § A. — Rôle de l'intestin dans la dig^estion des erraisses. Pour préciser le rôle propre de l'intestin, il faut évidem- ment éliminer toute intervention de bile ou de suc pancréa- tique ou, au contraire, éliminer toute action de l'intestin. Dans ce but, trois procédés ont été employés : 10 Diminuer considérablement le rôle que peut jouer l'in- testin par des résections plus ou moins étendues ; 20 Réduire au contraire la digestion à la seule action intes- tinale, en supprimant totalement l'arrivée de la bile et du suc pancréatique ; 30 Déterminer si une portion isolée d'intestin peut sapo- nifier les corps gras. loLadigestion des graisseslors d'ablationsde l'intestin. — 120 hMILE-F. TERROINE Underhill (329), recherchant ce que devient l'utihsation de la graisse de Porc lors de Fablation de portions impor- tantes de rintestin grêle, constate qu'elle atteint 66 à 90 p. 100 de la quantité ingérée pour une ablation de 39 p. 100, 75 à 91 p. 100 pour une ablation de 65 p. 100, 58 à 72 p. 100 pour une ablation de 73 p. 100. Des faits analogues sont consignés par Stassow (299), qui conclut à l'apparition très rapide de phénomènes de compensation lors de la résection de por- tions importantes du jéjunum. Si nous observions une diminution considérable de l'uti- lisation des matières grasses lors de la résection d'une portion de l'intestin, aucune conclusion ne serait possible, quant au rôle propre de cet orgatie dans la digestion ; l'intestin étant en même temps l'organe qui absorbe, une telle diminution pourrait être purement et simplement rapportée à la dimi- nution de la surface absorbante. Nous constatons, au con- traire, malgré la réduction considérable de la surface intesti- nale, une absorption très peu diminuée. Cette constatation amène à penser que l'intestin, par lui-même, joue un rôle fort médiocre dans les phénomènes qui préparent l'absorption. 20 La digestion des graisses lors de la suppression com- plète de la bile et du suc pancréatique. — Gunningham (70) fait ingérer du lait ou des émulsions d'huile de coton ou d'huile de foie de Morue à dés animaux chez lesquels il a préalable- ment pratiqué la section, entre deux ligatures- du canal cholé- doque et des canaux pancréatiques. Tués de six à vingt- quatre-heures après le repas, l'examen du mésentère montre la présence de chylifères blancs. Lewin (187) utilise, d'une part, des Chiens normaux, d'autre part, des animaux dont la bile et le suc pancréatique s'écoulent au dehors grâce à une fistule d'une portion de l'intestin comprenant les issues des canaux bihaires et pan- créatiques. Les Chiens sont tués cinq heures après l'ingestion de crème. Chez les Chiens normaux, les vaisseaux lympha- tiques du mésentère présentent l'aspect blanc laiteux carac- téristique; cet aspect ne se retrouve presque pas chez les animaux opérés. D'autre part, l'examen histologique décèle la présence de gouttelettes grasses abondantes, dans les cellules PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET IJPOIDIQUES 121 épithéliales des villosités intestinales des animaux normaux ; aucune gouttelette ne peut être décelée chez les animaux opérés. Hedon et Ville (130) pratiquent successivement, sur des Chiens, d'abord une fistule biliaire et Tablation de la portion descendante du pancréas, puis, lorsque Tanimal est complè- tement remis de l'opération, « l'extirpation de la tête du pan- créas au ras du duodénum, de façon à supprimer tout écou- lement du suc pancréatique ». Ils laissent en place la queue de la glande dans sa portion splénique pour éviter l'appari- tion de la glycosurie. Le dosage des graisses dans les matières fécales d'animaux ainsi opérés montre qu'après ingestion d'axonge, à raison de 30 grammes par jour, l'utilisation des graisses est de 10,5 p. 100 ; après ingestion de lait, l'utili- sation est de 22 p. 100. D'autre part, Hedon (129) récolte la lymphe s'écoulant par fistule du canal thoracique chez des animaux dépan- créatés pourvus de fistule biliaire et constate, après un repas contenant de l'axonge, un écoulement abondant de lymphe, • — 96 grammes en deux heures, — très faiblement opaline €t contenant 0,435 p. 100 d'extrait éthéré. De toutes ces observations, il nous paraît ressortir très nettement que, si l'on ne peut dénier à l'intestin la possibilité d'absorber les graisses, et particulièrement celles du lait, à lui seul et sans l'intervention des glandes annexes, par contre, le rôle de ces glandes annexes est considérable, le rôle de l'intestin très minime, 3° La digestion des graisses dans l'intestin isolé. — Cun- NiNGHAM isole unc anse intestinale et la lave soigneuse- ment pour faire disparaître toute trace de suc pancréatique ou de bile. Deux ou trois jours après, il y introduit une émul- sion d'huile de coton neutre ; après dix-huit heures, les chyli- fères présentent un aspect blanc laiteux. Frouin (109) introduit une émulsion très fine d'huile d'olive dans une anse intestinale isolée et constate, après deux heures de séjour, la présence d'acides gras libres. L'intestin peut donc saponifier les corps gras. L'ensemble des recherches concorde donc pour établir que 122 ÉMILE-F. TERROINE l'intestin peut, par lui-même, transformer les graisses et pré- parer leur absorption, mais cependant dans une mesure très restreinte. § B- — De l'existence d'une lîpase entérique. La découverte de la lipase intestinale est habituellement attribuée à Schiff (283) ; or, rien dans le travail original de cet auteur ne permet de conclure à l'existence de ce fer- ment. Introduisant par une fistule duodénale, chez des ani- maux dépancréatés, de petites quantités de graisses renfer- mées dans des sacs constitués par des intestins desséchés, il observe la disparition de cette graisse, et il conclut que «les graisses doivent avoir été saponifiées par la soude du suc in- testinal ». Cependant toute une série d'expériences effectuées soit avec des extraits, soit avec des sucs, concordent pour dé- montrer l'existence d'une hpase intestinale. Frouin observe une saponification des graisses neutres, intensifiée en présence de bile, par l'action du suc de sécré- tion spontanée de fistule intestinale permanente. Si ce suc est séparé, par centrifugation, des cellules et des débris épi- théliaux qu'il renferme, il perd son pouvoir de saponifier les corps gras naturels, mais il hydrolyse encore la mono- butyrine. On retrouve dans le résidu cellulaire les propriétés saponifiantes du suc global. Kalaboukoff et Terroine (157), après avoir constaté que les extraits glycérines de muqueuse intestinale dédoublent les corps gras, signalent que l'accélération provoquée par la bile doit être rapportée aux sels biliaires. BoLDYREFF (46, 47, 48) étudie l'action saponifiante d'un sucintestinal récolté dans une anse de Thiry-Vella sur la mono- butyrine et diverses graisses neutres. Il note que la bile facilite grandement l'attaque, laquelle est d'ailleurs beaucoup plus faible que dans le cas du suc pancréatique. Enfin LoMBROso (200), dans un travail étendu sur les propriétés du suc intestinal, recueilli dans une anse de Vella, constate un pouvoir lipasique faible du suc sécrété pendant PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES CHASSES ET LIPOIDIQUES 1215 le jeûne ou au cours de la digestion. Par contre, le suc dont la sécrétion est provoquée par contact direct avec la mu- queuse intestinale d'huile d'olive dissoute dans la bile présente une activité lipasique marquée. Au total, existence indiscutable d'une lipase dans le suc intestinal, relativement peu active, et due à la présence de cellules. Les deux groupes d'expériences in vivo et in vitro nous amènent à des conclusions parfaitement cohérentes : une lipase peu active confère à l'intestin un rôle médiocre dans la diges- tion des graisses. L'intervention de Testomac étant nulle, celle de l'intestin minime, c'est donc aux sécrétions des glandes annexes qu'il appartient de digérer les corps gras. Quelle est, dans cette opération, la part de chacune d'elles? C'est ce qui nous reste à établir. CHAPITRE III FOIE ET PANCRÉAS. C'est aux glandes annexes de l'intestin qu'est dévolu, sinon exclusivement, tout au moins pour une part extrêmement importante, le rôle de préparer les matières grasses à l'absorp- tion, de les amener à l'état physico-chimique qui leur per- mettra de traverser la paroi de l'intestin. Cette intervention que nous sommes arrivés, par voie d'ex- clusion, à considérer comme obligatoire, a été mise en lumière d'une manière positive, et cela pour les deux glandes annexes^ — foie et pancréas, — par deux observations fondamentales : la découverte mémorable de Cl. Bernard (26), qui attira l'attention des physiologistes sur le rôle du pancréas ; l'expé- rience de Dastre (75) sur la fistule cholécysto-intestinale^ qui démontra si élégamment l'importance de la bile. « Chez le Lapin, écrit Bernard, le conduit pancréatique se déverse à 30 centimètres au-dessous des conduits biliaires. J24 ÉMILE-F. TERROINE et, quand on ouvre l'abdomen pendant la digestion des ma- tières grasses, on voit les vaisseaux chylifères blancs, c'est- à-dire remplis de graisse émulsionnée, se manifester d'une manière intense seulement au-dessous de l'insertion du con- duit pancréatique. » Cette observation tant de fois répétée, dont les conclusions furent âprement discutées, fut le point de départ des conceptions physiologiques sur le rôle du pan- créas dans la digestion des graisses. Le pancréas était-il le seul organe intéressé? C'est ce que Dastre rechercha en réalisant expérimentalement sur le Chien l'inverse de ce que la nature a fait chez le Lapin, en ce qui regarde l'abouchement des canaux sécréteurs du foie et du pancréas. Chez le Lapin, le canal pancréatique principal s'ouvre à 35 centimètres au-dessous du cholédoque ; pendant le parcours de toute une portion de l'intestin, les ahments sont donc baignés uniquement par la bile. Chez le Chien, bile et suc pan- créatique se déversent au même point. Dastre pratique alors sur le Chien l'opération de la fistule cholécysto-intestinale.« Les deux canaux de la bile et du suc pancréatique s'ouvrent maintenant en des points éloignés l'un de l'autre... C'est ici le canal pancréatique qui s'ouvre le plus près de l'estomac, dans le duodénum, tandis que le conduit bihaire débouche fort loin du premier, dans l'intestin grêle, à 60 centimètres ou à 1"\50. » Ainsi, pendant tout un long parcours, les aliments vont être soumis à l'action du suc pancréatique seul, alors que, dans l'observation de Bernard sur le Lapin, ils étaient soumis à l'action de la bile seule. Or, que constate-t-on chez les animaux ainsi opérés et sacrifiés quelques heures après l'ingestion d'un repas riche en graisses : la transparence des chylifères dans tout l'intestin grêle jusqu'à l'abouchement de la fistule biliaire, l'injection des chylifères et leur lactescence complète, 15 centimètres en aval de la fistule dans un cas, 25 centimètres dans un autre. Les observations de Bernard et de Dastre s'oppôsent- elles? Nullement. Bien au contraire, elles se complètent, et l'on ne peut qu'accepter la conclusion formulée par Dastre PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 125 en 1890, restée entière depuis, malgré des critiques de détail : « Si l'observation de Cl. Bernard sur le Lapin semble indi- quer que la bile seule est impuissante, chez le vivant, à digérer les corps gras, d'un autre côté, mes expériences apprennent que le suc pancréatique seul est tout aussi impuissant à les émulsionner. Les deux sucs du pancréas et du foie auraient chacun leur rôle dans l'absorption des graisses. » Le problème qui se pose alors à nous, dont l'examen a suscité tant de recherches et de controverses et loin d'être résolu à l'heure actuelle, Dastre le formule avec une par- faite précision : « Fixer le rôle respectif du suc pancréatique et de la bile dans la résorption des graisses, ou plus exacte- ment l'importance relative de ces deux liquides. » C'est ce que nous allons essayer de faire en examinant successivement les deux catégories de recherches in vwo et in vitro que nous retrouvons constamment. Quel est le retentissement sur la digestion et l'absorption des graisses de la suppression : 1° de la bile ; 2° du suc pan- créatique? Quelles sont les actions exercées in vitro sur les graisses neutres par le suc pancréatique et la bile? § A. — Retentîssoment de la suppression de la bile sur la di£»-estion et l'absorption des g-raisses. Pour s'opposer à l'écoulement de la bile dans l'intestin, deux procédés ont été mis en œuvre : 1^ La ligature du cholédoque ; 2^ L'écoulement de la bile au dehors par le moyen d'une fistule biliaire. l^Ligature du cholédoque . — Après ligature du cholédoque chez un petit Chien, Rochaix (268) constate que la propor- tion de graisses rejetées, lors d'une alimentation ordinaire dont il ne donne pas la composition, passe de 8 à 12 p. 100 des matières fécales sèches. Lemierre, Brûle, Weill et Laudat (185) notent que, trois heures après un repas riche en beurre, la teneur en acides gras du sang n'est pas modifiée chez des Chiens à cholédoque lié, 126 ÉMILE-F. TERROINE alors qu'elle augmente considérablement chez des animaux normaux. Cette observation est de peu de valeur. Comme Fa vu Hedon, la traversée gastrique est considérablement ralentie lorsque la bile ne se déverse plus dans l'intestin. L'absence d'augmentation du taux des acides gras du sang, trois heures après un repas, peut donc n'être le résultat que d'un ralentissement des processus digestifs. Au surplus, la ligature du cholédoque entraine avec elle trop de phénomènes morbides autres que des troubles de la ■digestion pour qu'on puisse tirer des conclusions bien pré- €ises des modifications qu'elle provoque. Aussi la majorité ■des expérimentateurs a-t-elle préféré, à juste raison, étudier des animaux dont la sécrétion hépatique est entraînée au dehors. 2oLa fistule biliaire. — Quatre méthodes d'investigation ■ont été employées pour juger du retentissement exercé sur l'absorption des graisses par la suppression de l'arrivée de la bile dans l'intestin lors de l'établissement d'une fistule biliaire : l'examen histologique de la muqueuse intestinale ; l'observation des chylifères et l'étude de la lymphe ; la re- •cherche des graisses dans les matières fécales ; la recherche des graisses dans le chyme recueilli par fistule de l'intestin. a. Examen histologique de la muqueuse intestinale. — Lewin pratique chez des Chiens une fistule de la vési- cule biliaire et ligature le cholédoque. Les animaux ainsi •opérés reçoivent 350 grammes de crème. Les cellules de leur muqueuse intestinale, prélevées quelques heures après cette ingestion, ne renferment aucune gouttelette graisseuse. h. Observation des chylifères et étude de la lymphe. — Ainsi que nous l'avons rappelé tout à l'heure, Dastre montre, chez des Chiens à fistule cholécysto-intestinale, que les chylifères apparaissent seulement quelques centimètres après 4'abouchement de la fistule dans l'intestin. Lorsqu'il pratique une fistule de la vésicule biliaire avec écoulement complet de la bile au dehors, Dastre (76) observe alors que les chylifères sont encore parfaitement blancs après l'ingestion de lait; par contre, bien que gonflés, ils ne présentent plys aucune coloration lors d'une alimentation avec des graisses ïi-eutres autres que celles du lait. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 127 Hedon note tout d'abord, chez les animaux à fistule biliaire, une prolongation considérable du séjour des aliments dans Testomac : dans deux expériences, les matières ingérées se retrouvent en totalité dans l'estomac cinq heures après le repas. Une observation, faite huit heures après la dernière ingestion, chez un animal ayant pris en vingt-quatre heures trois repas contenant chacun 50 grammes d'axonge, montre la présence de chylifères « nettement lactescents depuis le pancréas jusqu'au gros intestin». D'autre part, la hTnphe recueillie par fistule du canal thoracique est fortement lai- teuse et coule abondamment. Elle contient 2 p. 100 de graisses. c. Recherche des graisses dans les matières fécales. — Sur un Chien normal, G. Voit (335) observe un rejet de 1 p. 100 lors d'une alimentation contenant quotidiennement de 150 à 250 grammes de graisse ; un animal à fistule biliaire en rejette 60 p. 100. Les observations de Rohmaxx (269) apportent des résultats très voisins. MuNK (239), désireux de ne pas prêter à l'objection qui pouvait être élevée contre les expériences de Voit et de RoHMANN, à savoir qu'ils opéraient sur des animaux non rétablis, étudie l'absorption des graisses chez un Chien muni d'une fistule biliaire depuis plus de six mois. Il constate que, pour une ration de 3^^,b0 par kilogramme d'animal et par jour, la graisse de Porc est absorbée à raison de 67 p. 100 ; le suif à raison de 36 p. 100 pour une ration de 3 grammes. Dastre montre qu'en l'absence de bile les graisses du lait peuvent être encore absorbées à un taux très élevé, environ 62 p. 100 des quantités ingérées. Hedon et Ville, travaillant sur des Chiens dont la fistule biliaire a été réalisée deux mois auparavant, constatent une assez grande différence dans la capacité d'absorption des graisses du lait et des autres corps gras : dans le cas du régime lacté, l'absorption est d'environ 60 p. 100; dans le cas d'un régime de viande et d'huile d'olive, elle n'atteint que 45 p. 100. A côté de ces recherches, il n'est pas sans intérêt de placer les observations d'ALBu(5) sur une femme porteuse de 128 ÉMILE-F. TERROINE fistule biliaire et en excellent état de santé. Ce sujet résorbe 63,9 p. 100 dans le cas d une ingestion de 101gr,8 ; 69 p. 100 dans le cas d'une ingestion de 3568^,4 ; 61,7 p. 100 dans le cas d'une ingestion de 918^,2. d. Recherche des graisses dansle chyme. — Wiedemann (346) récolte le chyme qui s'écoule par fistule de l'iléon chez un animal porteur, en outre, d'une fistule biliaire; il compare la teneur en graisse de ce chyme à celle d'un chyme récolté dans des conditions identiques sur un animal de contrôle sans fistule bihaire. Chez l'animal normal, on retrouve 8 p. 100 de la quantité introduite lors de l'ingestion de lait et 74 p. 100 lors de l'ingestion de graisse de Porc ; chez l'animal à fistule biliaire, la quantité retrouvée est de 83 p. 100 pour le lait, de 100 p. 100 pour la graisse de Porc. Ce dernier chiffre, qui dénoterait une absence complète d'absorption, est d'ailleurs peu cohérent avec toutes les observations antérieures. Quelle que soit la méthode expérimentale employée, tous les faits concordent donc pour montrer que la suppression de la bile entraîne une diminution importante de l'absorption des graisses, moins marquée dans le cas du lait, mais ne con- duit cependant pas, à beaucoup près, à l'abolition de toute absorption. De l'ensemble des données numériques apportées, il ressort, — ■ à une exception près, — qu'en moyenne 50 p. 100 des graisses peuvent encore être résorbés en l'absence de bile. C'est dire, par là même, que la bile n'est pas le seul agent préparant à l'absorption et qu'il nous faut chercher, dans le suc pancréatique, une autre cause de ce phénomène. § B. — Retentîsseiiieiit de la suppression du pancréas sur la dîg-estion des g^raisses. Pour préciser l'influence exercée par le pancréas sur la digestion des graisses, deux catégories d'expériences ont été réalisées : 1° La suppression complète du pancréas ; 2° La suppression de l'écoulement du suc pancréatique PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 1 29 dans le tube digestif, accompagnée parfois d'une ablation partielle du pancréas. 1° Suppression complète du pancréas. — Lors de la sup- pression du pancréas, l'absorption des graisses se poursuit- elle normalement? Est-elle, au contraire, totalement suppri- mée ou simplement diminuée? C'est à ces questions qu'ont essayé de répondre les chercheurs en pratiquant cette difficile opération de l'ablation totale, opération que Cl. Bernard, n'ayant pas alors les ressources de l'asepsie, n'avait pu réussir. Mais, si les questions posées sont identiques pour tous les expérimentateurs, les procédés employés par chacun d'eux comme mesure de l'absorption sont très variables : examen histologique de la muqueuse, observation des chylifères, qualité de la lymphe, teneur en graisse des résidus de diges- tion, il y a là une série de recherches que nous devrons exa- miner successivement. a. Examen histologique de la muqueuse intestinale. — A un Chien ayant subi l'ablation totale du pancréas, Le WIN prélève la muqueuse duodénale cinq heures après l'ingestion de crème ; il ne trouve pas trace de goutte- lettes grasses dans les celli^les épithéliales des villosités, alors que dans les mêmes conditions, chez l'animal normal, ces cellules en sont remplies. C'est là un fait assez surprenant, car nous constaterons plus loin l'unanimité des chercheurs, depuis Abelmann, pour accepter la possibilité de l'absorption des graisses du lait en proportions élevées après dépancréa- tisation totale. Les faits avancés par Lewin sont, au surplus, en contradiction avec les observations de Hedon. Sur des Chiens dépancréatés recevant une alimentation riche en axonge, Hedon constate la présence de «granulations graisseuses en quantité plus ou moins grande dans l'épithé- lium et le corps des villosités ». b. Observation des chylifères et étude de la lymphe. — Sur des Chiens et des Porcs auxquels ils ont enlevé la presque totalité du pancréas. Colin et Bérard (22, 23) observent, lorsque ces animaux sont en pleine digestion de graisses, l'aspect lactescent des chylifères. La citerne de Pecquet, le ANN. DES se. NAT. ZOOL., 10^ série. IV, 9 130 ÉMILE-F. TERROINE canal thoracique renferment un chyle blanc laiteux. Mais les opérés se maintenant pendant des mois en parfaite santé, c'est dire que la dépancréatisation était loin d'être totale, ce que Bérard et Colin reconnaissent volontiers, car ils écrivent : « Essayer l'extirpation complète, c'eût été faire preuve de peu d'intelligence et compromettre sans aucune compensation la vie de l'animal. » Autrement importants et significatifs dans cet ordre de recherches sont les travaux de Hedon. Après avoir pratiqué en deux temps l'ablation complète du pancréas chez le Chien, Hedon observe qu'après une ingestion abon- dante de viande et d'axonge le chyle « était si laiteux qu'il ne paraissait pas différer du chyle provenant d'une digestion normale, et le dosage montra qu'il renfermait une quantité de graisse relativement élevée (3,55 p. 100) ». Toutefois, pour une même alimentation, des animaux normaux auraient présenté une teneur en corps gras du chyle notablement plus élevée. Zawilski (352) signale que, chez le Chien, cinq heures après un repas gras, le chyle peut contenir jusqu'à 14,6 p. 100 de graisses. De l'observation de Hedon, il convient donc de retenir qu'une absorption des corps gras peut encore avoir lieu chez l'animal dépancréaté, absorption vraisemblablement plus faible, cependant, que chez un sujet normal. c. Évaluation des graisses non absorbées. — L'éva- luation de la quantité de graisses que l'organisme ne peut absorber en l'absence du pancréas a été faite par trois procé- dés : par l'analyse du contenu intestinal, par l'analyse des ma- tières fécales, par l'analyse du chyme à la fm de la digestion. a. Par l'analyse du contenu intestinal. — Après avoir pra- tiqué sur des Chiens l'ablation totale du pancréas, Vaughan Harley (128) sacrifie ces sujets quelques heures après leur avoir fait ingérer une quantité déterminée de lait. L'analyse de la totalité du contenu digestif décèle la présence d'une quantité de graisse plus élevée que la quantité ingérée, alors que la même technique permet de mettre en évidence, chez le sujet normal, une absorption de 36 à 76 p. 100 en trois à quatre heures, de 65 à 86 p. 100 en sept heures. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 131 [3. Par l'observation ou l'analyse des matières fécales. — D'anciens observateurs avaient noté, à plusieurs reprises, de la stéatorrhée après l'ablation du pancréas. Colin et Bérard en nient cependant l'existence, à la suite de leurs ablations . sur le Chien, le Canard et l'Oie. Mais comme ils n'observent non plus ni émaciation, ni perte de poids, ni aucun des phéno- mènes que nous savons être si caractéristiques de l'absence totale du pancréas, leur négation n'est point à retenir. La pancréatectomie totale enfin réalisée par Minkowski permet à Abelmann (3) de nous apporter les premières observations précises sur l'influence qu'exerce cette opération sur l'absorption des graisses. Abelmann compare l'extrait éthéré total des fèces à la quantité de graisse ingérée ; il con- clut à une absorption nulle dans le cas de l'axonge, de l'huile d'olive, à une absorption notable dans le cas des graisses du lait et qui peut atteindre jusqu'à 53 p. 100. Si l'ablation du pancréas est incomplète, alors la graisse du lait peut être absorbée à raison de 80 p. 100 et les autres graisses à raison de 50 p. 100. Sans doute, comme l'ont fait remarquer les observateurs subséquents, les résultats d'AsEL- mann sont entachés d'une erreur assez grave, car il y a bien autre chose que des corps gras dans l'extrait éthéré total des matières fécales. Il n'en reste pas moins que deux faits ont été mis en lumière, et nous allons les trouver confirmés par^ la suite : la très grande^ importance du pancréas pour la digestion de la plupart des corps gras ; la possibilité, pour les graisses du lait, d'être absorbées en proportion notable sans l'intervention du pancréas. Reprenant cette étude, Hedon et Ville rectifient les données d'ABELMANN et montrent en particulier que, chez l'animal sans pancréas, l'absorption de graisses telles que l'axonge n'est pas nulle, elle peut atteindre -jusqu'à 18 p. 100. Toutes les recherches ultérieures sur ce point apportent des données de même sens, sinon de même grandeur. RosENBERG (271) coustate que, si l'on enlève le pancréas par portions successives, l'ablation de la dernière portion est aussitôt suivie par une diminution considérable de l'absorp- tion. 432 ÉMILE-F. TERROINE Brugsch (54) observe un rejet de 50 p. 100 pour les graisses du lait, de 79,5 p. 100 lors d'une alimentation de viande et de beurre. GiGANTE (118) conclut à une absorption de la graisse de Porc de 28,96, 37,06, 16,06 p. 100 suivant les sujets étudiés» Jansen (154,155), qui, pour la première fois, dans ce genre de recherches, utilise la méthode de Kumagawa-Suto, retrouve dans les matières fécales de 43 à 78p. 100 de la graisse de Porc ingérée. Parfois même, fait qu'il y a lieu de rapprocher des observations rapportées tout à Theure de Vaughan Harley, la quantité rejetée est plus élevée que la quantité ingérée. Toutes ces études concordent donc pour nous obliger à con- clure que, si Tonne retrouve pas, dans les matières fécales, la totalité des graisses ingérées, une quantité importante y est présente, manifestant par là même qu'en l'absence du pan- créas elle n'a pu pénétrer dans l'organisme. y. Par l'analyse du chyme recueilli par fistule. — En dehors des réserves qu'il convient de faire sur les résultats d'études dans lesquelles les corps gras ont été dosés avec des méthodes autres que celle de Kumagawa-Suto et qui comportent, comme l'a montré Inaba (151), dans le cas des matières fécales, dé graves [causes d'erreur, la technique qui consiste à s'adresser aux matières fécales pour déterminer la quantité de corps gras que Torganisme ne peut absorber n'est pas exempte de critique. Une destruction des graisses dans le gros intestin peut parfaitement être le fait des bactéries qui y pullulent. Or, dans certains cas, le séjour des matières dans le gros intestin atteint une durée considérable. Rochaix note chez le Chien qu'il n'a vu réapparaître qu'après onze jours les résidus d'un repas. Si, de plus, ce séjour est différent chez l'animal opéré et chez l'animal normal, — et nous savons justement qu'une atteinte du pancréas modifie la vitesse de parcours du tube digestif par les ahments, — une partie des phénomènes observés ne pourra être légitimement rapportée à la présence ou à l'absence du pancréas. Aussi la méthode des fistules qui permet la récolte du chyme à différentes hauteurs du tube digestif doit-elle venir con- trôler les résultats acquis par l'examen des matières fécales.. PHYSIOLOGIE DES SUBSTAiNCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 133 Après avoir constaté que, seule, Textirpation complète de îa glande peut permettre d'affirmer en toute sécurité l'ab- sence de suc pancréatique dans le tube digestif, Holm- BERG (145) recueille le chyme s'écoulant par fistule iléo- caecale et y retrouve, lorsqu'il s'agit d'un Chien ayant subi une pancréatectomie totale, la presque totahté des corps gras ingérés dans le cas de la graisse de Porc, — 9§^,9 recueillis ^>ur 10 grammes ingérés, — et une quantité très importante dans le cas de la graisse du lait, — 87 p. 100 dans une expé- rience et 73 p. 100 dans une autre. Il n'est donc pas douteux, au total, que tout concorde pour' nous obliger à accorder au pancréas un rôle extrêmement important dans la digestion des graisses. 2° Suppression de récoulement du suc pancréatique dans l'intestin. — -La suppression complète du pancréas provoque, sans aucun doute, un trouble profond dans la digestion des matières grasses, lesquelles, pour la plupart, ne sont plus alors absorbées que dans une proportion très minime. Mais le pancréas est une glande à- fonctions multiples. Est-ce bien à la suppression de sa sécrétion externe, plus pré- cisément à la suppression de l'écoulement de cette sécrétion dans l'intestin qu'est due la déficience d'absorption qui suit toujours l'ablation du pancréas. C'est ce qu'il convient main- tenant d'examiner. Pour conserver en place tout ou partie du pancréas, afin d'empêcher le développement des phénomènes morbides généraux que la disparition de cet organe entraîne tout en s'opposant à la pénétration dans l'intestin de sa sécrétion externe, trois procédés ont été employés : a. L'obstruction des canaux par des matières oblitérantes diverses ; h. L'entraînement de la sécrétion au dehors : c. La ligature ou la résection des canaux sécréteurs. a. Obstruction des canauxpar injection de matièresso- LiDES. — Ne pouvant, comme nous l'avons vu, conserver le^ ani- maux auxquels il pratiquait une ablation totale et désireux cependant d'apporter, par la méthode d'exclusion, de nou- veaux éléments de preuve su^ le rôle du pancréas qu'il venait 134 ÉMILE-F. TERROINE de mettre en lumière, Cl. Bernard essaye de supprimer sur place cet organe en injectant dans le canal des matières grasses : huiles, axonge, suif, etc.. On assiste alors à une fonte progressive des tissas, et la glande se réduit à ses seuls conduits. Dans celle de ses expériences qui purent être réussies, c'est-à-dire quand la durée de survie fut assez longue, Ber- nard constata la présence de graisses en quantités énormes dans les selbs. L'autopsie, faite au cours de la digestion, permet l'observation de vaisseaux chylifères lactescents ; le chyle du canal thoracique présente ses caractères habituels. ScHiFF (284)' injectant de la parafiîne, ne trouva, par contre, aucune modification. Mais Hedon, puis Thiro- LOix (325), ce dernier par l'injection de charbon ou de suie de cheminée en suspension dans l'huile de vaseline ou l'huile d'olive, confirment dans leur ensemble les faits avancés par Cl. Bernard : pendant les jours qui suivent l'opération, les selles sont graisseuses, puis peu à peu la situation s'amé- liore et la digestion parait redevenir normale. A la vérité, cette méthode n'a pas donné ce qu'en atten- dait Cl. Bernard. Les observations faites ne permettent aucune conclusion précise ; elles resteront toujours sous le coup de la critique très clairement formulée par Hedon : « Quant à la destruction du pancréas, il est difficile de l'obte- nir d'une manière rigoureusement complète par la méthode des injections de corps gras dans les canaux excréteurs ; et d'ailleurs, cette destruction, fût-elle totale, n'autoriserait pas encore une conclusion trop absolue, car, en raison de la len- teur avec laquelle elle s'effectue, on pourrait émettre l'hypo- thèse, pour expliquer le retour à l'état normal, que les autres sécrétions digestives acquièrent à la longue une action vica- riante. » b. Excrétion du suc au dehors. — Bérard et Colin font écouler au dehors, par le moyen d'une fistule permanente, le suc pancréatique d'un Ruminant. Ils recueillent ensuite le chyle par fistule du canal thoracique, chyle dans lequel ils constatent la présence de quantités importantes de matières grasses. Et dans des conclusions approuvées par l'Académie de médecine, ils déclarent que PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIFOIDIQUES 135 (( le SUC pancréatique n'est nécessaire ni pour l'absorption des corps gras, ni pour la formation d'un chyle émulsionné ». Malheureusement pour l'exactitude de leurs conclusions, BÉRARD et Colin avaient négligé les canaux pancréatiques accessoires. Or, bien qu'à l'objection qui leur en était faite ils aient répondu que le petit conduit n'existe qu'une fois sur quatre, et qu'au surplus il est si petit « qu'autant dire que la Seine peut être suppléée par la Bièvre », il est cepen- dant incontestable que des expériences de ce genre, dans lesquelles la sécrétion qui peut s'écouler par les canaux rccessoires n'est pas prise en considération, sont sans valeur. Nous savons, en effet, maintenant, que le pancréas peut pré- senter non seulement un, mais souvent deux et parfois trois canaux accessoires [Sinn (294), Hess (140, 141)], et nous savons aussi, nous Talions voir tout à l'heure, que la sup- pression partielle du suc pancréatique ne modifie que passa- gèrement et médiocrement l'absorption des graisses. La même objection vaut contre les conclusions de Wein- MANN (342), qui, chez des Chiens à fistule pancréatique per- manente recevant une alimentation grasse abondante, ne retrouve pas de graisse dans les matières fécales. RosENBEHG (271) constatc que, lorsque o un tiers du pancréas est normal et la sécrétion s'écoulant dans l'intestin, il n'y a aucune modification profonde et durable de la digestion ». Pratiquant une fistule permanente du processus iincinatns et l'extirpation du reste de la glande, Lombroso (198, 199) recherche les graisses dans les matières fécales par la méthode de KuMAGAWA-SuTO et en retrouve, après une alimentation riche en beurre, 20,88 p. 100 de la quantité ingérée chez l'animal qui peut lécher le suc écoulé par la fistule ; 36,34 p. 100 et 35,74 p. 100 chez les animaux qui ne peuvent lécher leur fistule. Fleckseder (101), enlevant .tout le pancréas depuis la portion spléniqlie jusqu'au grand canal excréteur et abou- chant ce canal au dehors, constate une absorption du sain- doux peu différente, —de 62 à 72p. 100 des quantités ingé- rées, — que le produit de sécrétion soit recueilli et enlevé, ou 136 ÉMILE-F. TERROINE qu'il soit réintroduit dans le tube digestif par suite du léchage de la fistule. Ces faits permettent-ils d'accepter, comme le veulent LoMBROSO et Fleckseder, l'existence d'une action du pan- créas par sa simple présence, indépendante de celle qu'il exerce par sa sécrétion externe? Notons tout d'abord que ces auteurs ne vont pas jusqu'à refuser tout rôle à la sécrétion externe, bien loin de là. Leurs chiffres montrent, en eiïet, que, lorsqu'ils estiment qu'au- cune trace de suc pancréatique ne pénètre plus dans l'intestin, l'absorption a sensiblement baissé, la proportion de graisses rejetées atteignant 30 à 40 p. 100. Si l'on veut bien se rappeler que, lors de la suppression totale du pancréas, on observe, — toujours d'après la méthode qui consiste à calculer l'ab- sorption en déduisant des quantités ingérées les quantités rejetées, — une absorption d'environ 20 p. 100, la suppression simple de la sécrétion externe entraînerait, d'après les chiffres de LoMBROSO et de Fleckseder, une diminution de 50 p. 100 de la puissance globale du pancréas. Mais alors, peut-on tout au moins admettre que le pancréas intervient pour la moitié de son action dans l'absorption des graisses, par un mécanisme autre qu'en déversant le suc pan- créatique dans l'intestin. Tout d'abord, il convient de noter que les travaux de BuRKHARDT (58) sout loiu d'apportcr une confirmation complète des résultats de Lombroso et de Fleckseder. BuRKHARDT pratique une ablation partielle, mais très éten- due, du pancréas; puis, par une fistule permanente il fait écouler au dehors le suc sécrété par la partie restante. Des Chiens ainsi opérés reçoivent une alimentation contenant 20 à 60 grammes de beurre par jour. S'ils peuvent lécher leur fistule, ils absorbent jusqu'à 79 p. 100 de la graisse ingérée ; s'ils en sont empêchés, le suc étant ainsi définitivement écarté de l'organisme, l'absorption tombe à 13 p. 100. D'autre part, ést-on bien sûr, dans de telles expériences, qu'aucune quantité de suc pancréatique ne s'écoule dans l'in- testin? Nullement. Holmberg (/oc. cit.) conclut, en effet, à la suite d'épreuves sur les propriétés protéolytiques du PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIOUES 137 contenu intestinal, que le seul procédé permettant sûrement l'éloignement de l'intestin de toute sécrétion du pancréas, c'est l'ablation totale de cet organe. Mais la quantité si faible de suc pancréatique qui pourrait être déversée dans' les expériences de Lombroso ou de Fleckseder est-elle donc en mesure de jouer un rôle important? S?ns aucun doute. Holmberg, qui suit l'efîet de la disparition du suc sur la composition du chyme, observe qu'après ablation des deux tiers de la glande des phénomènes de compensation se produisent très rapidement par le pancréas lui-même ; bientôt la digestion des graisses reprend un cours presque normal et atteint 88 p. 100 dans le cas du lait. Brugsch (54) nous apprend également que, dans le cas d'ablation subtotale, lorsqu'il reste un morceau de 2 à 3 centimètres de long sur un demi-centimètre de large, ce morceau possédant un canal excréteur communiquant avec l'intestin, l'absorption des graisses du lait est de 80 p. 100 et qu'elle est assez importante aussi dans le cas de l'huile d'olive. Sans doute, on a tenté de lever toutes ces objections en montrant que, tant qu'il reste dans l'organisme un morceau de pancréas, même n'ayant plus aucun rapport avec le tube digestif, l'absorption des graisses peut avoir lieu alors qu'elle diminue considérablement dès que l'ablation de la glande est totale. Dans un premier temps, Jansen (154, 155) enlève à des Chiens une partie du pancréas et laisse le processus unci- natus qu'il transplante sous la peau. Dans ces conditions, la graisse de Porc se retrouve dans les fèces, à raison de 23,6 à 25,1 p. 100 de la quantité ingérée. Après l'enlèvement total, les quantités rejetées varient de 43 à 70 p. 100. Gigante (118) obtient des résultats presque identiques. Mais ici l'opération est faite en deux fois, et il s'écoule un temps prolongé entre les deux interventions : l'animal étudié par Jansen est dépancréaté partiellement le 12 juillet et totalement le 5 août. Les essais d'absorption ne sont com- mencés que le 18 juillet. L'objection de Hedon reprend ici sa valeur : une vicariance a pu se produire. Est-elle impos- sible? Non pas, car Lombroso lui-même fait remarquer, au \ 38 ÉMILE-F. TERROINE cours de son étude sur le suc intestinal, que, dans certains cas, « la lipase entérique est capable de pouvoir exercer une actiou vicariante non indifférente vis-à-vis du suc pancréatique ». Il convient de noter en outre que, des expériences mêmes de LoMBRoso, ressort le fait que l'absorption des matières azotées est diminuée dans la même proportion que celle d€S graisses lors de Fablation incomplète du pancréas avec écou- lement de la sécrétion au dehors : 79,97 p. 100 lorsque l'animai peut se lécher, 65,18 et 61,30 lorsqu'il ne le peut pas. Ces diminutions identiques ne montrent -elles pas que les deux processus, — absorption des graisses et absorption des sub- stances azotées, — sont sous la dépendance de la sécrétion externe du pancréas susceptible d'être partiellement com- pensée par l'intestin. Et, si l'on admet que c'est à la simple présence du pancréas qu'est due l'absorption encore élevée des graisses, lorsque tout le suc s'écoule au dehors, pourquoi ne pas l'admettre aussi dans le cas des matières azotées? Au total, ce que cette catégorie d'expériences établit d'une manière incontestable, c'est que la suppression de l'écoulé* ment du suc pancréatique dans l'intestin, même s'il reste une quantité de pancréas suffisante pour s'opposer à l'appa- rition des phénomènes diabétiques, entraîne une diminution considérable de l'absorption des graisses. Par contre, les faits, bien que fort intéressants, apporté» par LoMBROSO, Fleckseder, Jansen, Gigante, ne nous, paraissent pas être de nature à nous faire dès maintenant admettre sans réserve un rôle du pancréas dans l'absorption des graisses autre que celui qu'il joue de par sa sécrétion externe. c. Ligature ou résection des canaux. — « Si on lie, dit Cl. Bernard, les deux conduits pancréatiques, ou mieux, si on lie le canal pancréatique supérieur en même temps que l'on introduit dans le canal pancréatique inférieur, qui est le plus gros des deux, un tube d'argent, de manière à per- mettre l'écoulement du suc pancréatique sécrété, et à empêcher ainsi la distension des conduits et leur rupture, on verra, après un temps suffisant, que les vaisseaux chylifères ne se remplissent plus de graisse et conservent un aspect PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIFOIDIQUES 13^ transparent dû à la lymphe seule » {Mémoire, p. 84).. Frerichs (107) contesta l'observation de Bernard, en montrant qu'après ligature en masse du pancréas et intro- duction de lait mélangé de graisse les chylifères sont lactes- cents. Mais la ligature en masse n'est pas un moyen sûr de s'opposer à l'introduction du suc dans l'intestin ; d'autre part^ le temps écoulé entre la ligature et l'expérience était trop- faible pour pouvoir affirmer que l'intestin ne contenait pas encore une certaine quantité de suc préalablement sécrété; enfin le lait était mal choisi, puisque ses graisses sont émulsion- nées et paraissent avoir beaucoup moins besoin que d'autres du concours du suc pancréatique pour être absorbées. BiDDER et ScHMiDT (30) fout ingérer du beurre à des Ghiens- et à des Chats auxquels ils ont préalablement ligaturé le canal de Wirsung ; ils voient le canal thoracique rempli de chyle blanc. Mais l'oubli de s'opposer au déversement du suc pancréatique par les canaux accessoires enlève toute valeur à leurs observations. Herbst (137) constate, chez des Lapins à canal pancréa- tique lié et ayant ingéré du beurre, l'aspect lactescent des chyhfères, mais n'échappe à aucune des critiques ci-dessus formulées. Colin et Berard {loc. cit.) ligaturent le canal pancréatique et, quatre à cinq jours après, injectent de l'huile dans l'intes- tin. On voit, au bout de trois à quatre heures, se produire un chyle blanc opaque. Le même essai ayant permis la même observation sept mois après la ligature, ils concluent que « le fluide pancréatique n'est nécessaire ni à la digestion, ni à l'absorption des matières grasses », conclusion hardie, car, d'une part, ils n'avaient pas lié les canaux accessoires et, d'autre part, comme l'a montré Bernard, une ligature posée sur le canal de Wirsung tombe en très peu de jours, et la com- munication entre pancréas et intestin se rétablit. Plus récemment, alors que Visentini (333) observe, à la suite de la hgature et de la résection de deux canaux pancréa- tiques chez le Chien une stéatorrhée évidente qui s'exprime par un rejet dans les matières fécales de 40 à 50 p. 100 de la graisse ingérée, par contre, Lombroso constate une absorptiort 140 ^ ÉMILE-F. TERROINE fort importante de la graisse de Bœuf après ligature des canaux pancréatiques : chez un animal, les quantités rejetées at- teignent d'abord 78,8 p. 100, puis s'abaissent à 46,1 et à 22,1 p. 100 des quantités ingérées; chez un autre, elles sont suc- cessivement de 15,7 et de 8,1 p. 100; chez un troisième, de 24,2 puis de 14,5 p. 100. Mais, pas plus qu'aucun des autres résultats de même ordre apportés jusqu'ici, ceux de Lombroso ne peuvent échapper à l'objection qu'il s'écoule encore du suc pancréatique dans l'intestin. Les observations récentes de Hess (141) et de SiNN renforcent d'ailleurs singulièrement la valeur de cette objection. Hess conclut, en effet, d'une étude anatomique très minutieuse du pancréas, que cette glande possède, non pas comme on le croyait généralement un seul canal accessoire, mais plusieurs. Le pancréas de Chien présente habituelle- ment trois canaux : le canal principal, qui se forme de deux branches; le canal accessoire, qui s'ouvre près du cholédoque, et un troisième situé entre les deux. Très souvent les canaux accessoires communiquent avec le canal principal. Parfois il existe un quatrième canal dans la portion descendante. On comprend alors, étant données ces constatations, qu'après ligature de deux canaux il y ait encore absorption, et l'on a en outre une explication toute naturelle du fait que cette absorption augmente d'importance au fur et à mesure que l'on s'éloigne de la date de l'intervention : peu à peu, en effet, le suc s'écoule en quantités de plus en plus- grandes par le canal laissé libre. Hess (142) ne s'est d'ailleurs pas contenté de ces observations anatomiques; il montra que la ligature partielle du système canaliculaire modifie fort peu l'absorption des graisses, cette absorption étant considérablement abaissée par la ligature totale. Lorsque la ligature comprend un canal sur deux, trois canaux sur quatre, deux canaux sur trois, l'absorption varie de 96 à 98 p. 100, c'est dire qu'elle est normale ; lorsque tous les canaux sont liés, l'absorption est de 47,3 et48,4p. 100. Les faits observés par Sinn (294) sont exactement iden- tiques. Les expériences de Lombroso ne permettent donc pas de PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 141 réduire, comme on pourrait être tenté de le faire au premier examen de ses chiffres, à un rôle des plus médiocres, l'inter- vention de la sécrétion externe du pancréas. Il convient cepen- dant de retenir que, même après ligature complète des canaux, Fabsorption peut atteindre 50 p. 100 de la graisse ingérée. A la vérité, toute cette catégorie de recherches est passible de trois critiques, qu'il est impossible d'écarter simultané- ment : La présence de suc pancréatique dans l'intestin si les expé- riences sont faites trop tôt après la ligature ; La constitution d'une action vicariante si elles sont faites trop tard ; L'impossibilité à peu près absolue, malgré ligature ou résection de la totalité des canaux, d'être sûr, après un cer- tain temps, que le suc pancréatique ne pénètre pas dans le duodénum. Hedon d'une part, Thiroloix de l'autre, ont formulé ces critiques en des termes qui nous paraissent irréfutables : « Après la ligature des conduits, si la graisse est ingérée trop tôt, on peut toujours dire, pour expliquer un résultat positif, qu'il restait dans .l'intestin du suc pancréatic|ue des sécrétions antérieures, et, si les graisses ne sont fournies que plusieurs jours après l'opération, on peut supposer qu'une certaine quantité de suc pancréatique parvenait encore à l'intestin, par suite du relâchement ou même de la chute des ligatures » (Hedon, loc. cit., p. 625). « Presque toujours, ainsi que l'a montré Cl. Bernard, les canaux ligaturés, réséqués même, finissent par se rétablir. «Maintes fois, nous avons pu vérifier cette assertion et suivre le processus de guérison. Lorsque, à la résection des canaux faite aussi largement que possible, on joint la séparation des deux organes, intestin et pancréas, dans une assez large éten- due, on n'empêche nullement encore le rétablissement des fonctions d'excrétion. A la place des canaux, on aperçoit une cavité kystique bridée en avant et en arrière par des replis péritonéaux adhérents. Cette cavité, qui communique avec les canaux pancréatiques manifestement dilatés, con- tient les hgatures )) (Thiroloix, loc. cit., p. 29). i42 ÉMILE-F. TERROINE Nous n'insisterions donc pas davantage sur les essais pour- suivis dans ce sens, si nous n'avions vu se reproduire à près -de soixante ans d'intervalle, mais avec peut-être plus d'assu- rance encore, l'affirmation de Bérard et Colin que le suc pancréatique n'est pas intéressé dans l'absorption des graisses. Lemierre, Brûlé, Weill et Laudat (185) déclarent en efîet ■que leurs expériences leur ont « permis d'affirmer mathéma- tiquement l'existence d'une absorption normale, malgré l'absence du suc pancréatique )). Une telle opinion commande un examen sérieux des résultats expérimentaux sur lesquels -elle est appuyée. Quels sont donc les faits apportés par Lemierre, Brûlé, Weill et Laudat? ' 1° Chez deux Chiens normaux ingérant du beurre en quan- tité non indiquée, la teneur en acides gras du sérum passe de 6,54 avant le repas à 10,30, trois heures après, chez l'un; de 6,75 à 10,07 chez l'autre; 2^ Chez trois Chiens à cholédoque lié, la même recherche décèle une variation de 7,09 à 7,25, de 7,85 à 7,91, de 6,97 ^ 6,89 ; 3° Chez trois Chiens à canaux pancréatiques réséqués, la même recherche décèle une variation de 6,30 à 9,85, de 6,68 -à 10,01, de 7,07 à 7,25. Ces faits permettent-ils les conclusions formulées par les auteurs ? Les auteurs indiquant qu'ils ont dans tous les cas vérifié l'imperméabilité des canaux pancréatiques et l'absence de canal anormal, considérons comme levée toute objection rela- tive à la possibilité d'un écoulement de suc dans l'intestin. Il est toutefois étrange qu'au cours de leurs autopsies ils n'aient jamais constaté la présence de ce troisième canal, si fréquemment rencontré par Hess et Sinn. L'objection de la vicariance garde, par contre, toute sa valeur. Lors de la ligature des canaux pancréatiques, les essais sont faits, dans deux cas huit jours, dans un cas quinze jours après l'opé- ration. D'autre part, pour affirmer « mathématiquement », pour ■employer le terme dont se servent les auteurs, une absorption mormale des graisses en l'absence du pancréas, quelle preuve PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LII'OIDIQUES 143 fallait-il apporter? Que, pour une même quantité de graisse ingérée, l'absorption est quantitativement identique, que le suc s'écoule normalement dans le tube digestif ou que cet écoulement soit supprimé. La méthode employée ne peut permettre cette preuve. Que donne en efïet l'examen du sang? Un chiffre qui résulte de deux phénomènes de sens inverse : l'intensité de l'absorption, la rapidité de la mise en réserve. L'hyperlipémie constatée au cours de la digestion nous donne l'image de la supériorité du premier phénomène sur le second. Si donc, — et dans des conditions d'ailleurs bien précises, — la mesure de l'hyper- lipémie peut permettre une représentation de l'intensité rela- tive des phénomènes d'absorption, elle ne peut, en aucune manière, nous donner la valeur absolue de ces phénomènes, et c'est cependant cette valeur qui seule importerait ici. Une affirmation « mathématique » ne peut résulter de la mesure de l'hyperlipémie; mais ce que cette mesure peut don- ner, c'est une présomption. Peut-on donc tirer des expériences des auteurs la présomption que le suc pancréatique n'inter- vient pas et que la bile est le seul agent important de l'ab- sorption? Cette présomption pourrait naître, du fait qu'il y a hyperhpémie, aussi bien en l'absence qu'en présence du suc pancréatique. Malheureusement, ce fait aurait dû être établi sur un même animal, et il n'en est pas ainsi dans les expé- riences de Lemierre, Brûlé, Weill et Laudat. En effets non seulement lorsqu'on passe d'un animal à un autre, la capacité d'absorption intestinale peut notablement varier, mais encore et surtout varie aussi la réaction de l'organisme pour l'introduction d'une même quantité de graisses. Chez des animaux de même poids, de même taille, l'ingestion d'une même quantité de graisse est loin d'être suivie, au bout du même temps, par une même augmentation de la teneur en corps gras du sang, comme nous l'avons fréquemment cons- taté au cours de nos études sur l'absorption : c'est ainsi que, six heures après l'ingestion de 125 grammes de graisse de Porc, on trouve chez un Chien une augmentation de 0sr,186 d'acides gras par 100 grammes de sang sec; 0^^,240 chez un econd ; 0^^,383 chez un troisième. C'est d'ailleurs là un fait J44 ÉMILE-F. TERROINE que Bang (15) vient de retrouver tout récemment; il écrit, en effet, après avoir poursuivi des recherches sur l'hyper- hpémie provoquée chez le Chien par l'ingestion de beurre, graisse qui est celle employée par les auteurs ; « quelques- uns présentent une plus grande hyperlipémie, d'autres une plus faible, et certains ne réagissent pas au beurre ». On ne. saurait donc rapporter, comme le font Lemierre, Brûlé, Weill et Laudat, à une intervention expérimentale quel- conque ce qui peut n'être tout simplement qu'une caracté- ristique du sujet étudié. Les faits observés dans le cas de la ligature du cholédoque sont-ils plus démonstratifs? En aucune manière, car ils se heurtent, eux, à une objection relative au moment des prises. Les auteurs prélèvent le sang trois heures après le repas et ne justifient d'ailleurs pas le choix de ce moment, qui paraît au surplus assez mauvais. Si l'on veut avoir, par le dosage des acides gras du sang, une image de l'importance de l'absorp- tion, il y a intérêt à faire le prélèvement au moment où la grandeur de l'absorption dépasse de beaucoup celle de la mise en réserve. Or, Zawilski, Munk, montrent que c'est dans la sixième heure qui suit le repas que la lymphe est le plus chargée en corps gras; Lattes poursuit des recherches sur le sang entre, la cinquième et la septième heure, et nous- mêmes avons établi que le taux le plus élevé des acides gras du sang se rencontre six heures après le repas. Mais il y a plus. Rien ne permet de comparer, fût-ce sur un même animal, ce qui n'est pas le cas, la teneur en acides gras du sang au même moment chez l'animal normal et chez l'ani- mal opéré. En effet, comme nous l'avons indiqué précédem- ment, Hedon constate, lors de la suppression de l'écoule- ment biliaire dans l'intestin, une durée de séjour dans l'estomac considérablement augmentée ; parfois, cinq heures après le repas, la presque totalité des aliments est encore dans l'estomac. Qui nous dit alors que l'augmentation en acides gras du sang, nulle après trois heures, n'aurait pas été im- portante après douze heures ; qui nous dit qu'il n'y a pas simplement retard dans l'absorption et non suppression, ce que toutes les expériences antérieures rendent bien vraisemblable. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 145 En fait, si troublantes qu'apparaissent au premier abord les affirmations de Lemierre, Brûlé, Weill et Laudat, leurs expériences ne nous apportent rien de plus que ce que nous savions déjà : le trouble de l'absorption par la sup- pression de la bile et la possibilité d'une absorption lors de la suppression du suc pancréatique. Au total, — et sans prendre parti dans la question de savoir si la présence du pancréas agit par elle-même soit en per- mettant l'apparition de phénomènes de vicariance, soit par une sorte de sécrétion interne, ce que les faits jusqu'ici apportés ne permettent pas de décider, — un fait demeure incontesté : la suppression de l'écoulement normal de la sécrétion externe du pancréas dans l'intestin entraîne toujours une diminution considérable de l'absorption des graisses. Bile et suc pancréatique exercent donc tous deux une action de première importance dans Taccomplissement nor- mal de ce phénomène. § C. — Action du suc pancréatique sur les graisses. On pourrait sans doute, comme l'ont fait certains auteurs, s'adresser aux matières fécales, y déterminer les proportions de graisses neutres, d'acides gras et de savons, lorsque la sécrétion pancréatique s'écoule normalement dans l'intestin et lorsqu'elle est supprimée et conclure de la présence ou de l'absence d'acides gras libres et de savons, dans le second cas, à la présence ou à l'absence d'un pouvoir saponifiant du suc pancréatique. La propriété que possèdent un bon nombre de micro- organismes de dédoubler les corps gras, les observations de- EscHERicH (92) montrant que des bactéries isolées de l'intestin du nourrisson peuvent saponifier les graisses du lait à raison de 62,7 p. 100 pour le B. coli et 36,19 p. 100 pour le B. siihtilis, nous paraissent enlever tout crédit aux con- clusions tirées de l'examen des matières fécales. Aussi nous bornerons-nous à examiner ici les propriétés manifestées par le suc pancréatique lors de son action in vitro sur les graisses. ANN. DES se. NAT. ZOÛL., 1Û« série. IV, JO 146 ÉMILE-F. TERROINE En 1834, Eberle (86) observe que le suc pancréatique émulsionne les corps gras. Cl. Bernard {loc. cit.), en même temps qu'il mettait en évidence par sa mémorable obser- vation le rôle important du pancréas dans la digestion des graisses, signalait les deux propriétés qui permettent de com- prendre ce rôle : le suc émulsionne les graisses, comme l'a vu Eberle, mais en même temps il les saponifie. Lorsqu'une solution de beurre dans l'éther est additionnée de suc pan- créatique, elle acquiert rapidement la propriété de rougir la teinture de tournesol. Berthelot (27) confirme cette action saponifiante du suc et la. montre s'exerçant sur un glycéride qu'il prépare synthétiquement^ la naonobutyrine. Longtemps cette propriété fut contestée. A la vérité, la plupart de ceux qui le fîi'ent négligèrent, comme cela fut bien souvent le cas chez les contradicteurs de Bernard, de refaire les expériences exactement dans les conditions précisées. En particulier, dans leur incapacité d'obtenir du suc, ils opérèrent sur des extraits, lesquels, suivant les conditions de prépa- ration, étaient tantôt actifs, tantôt inactifs. Il nous paraît absolument inutile de rappeler de tels travaux. Étant don- nées les différences que nous savons pouvoir exister entre les ferments présents dans le produit de sécrétion normale d'une glande et ceux qu'il est possible d'extraire du tissu de la glande, continuer à signaler, — qu'elles affirment ou qu'elles nient, — les recherches faites sur les macérations, alors qu'il est maintenant et depuis longtemps loisible à tous d'étudier le suc lui-même, ce serait accumuler sans aucun intérêt d'inutiles données bibliographiques. Aussi, écartant délibé- rément tout travail poursuivi sur le tissu, nous contenterons- nous d'examiner si les études faites sur le suc ont justifié les premières observations de Bernard. Disons-le tout de suite : elles l'ont fait amplement, au delà même de ce que pensait Bernard, qui ne voyait dans la saponification qu'un processus des plus secondaires et sans grand intérêt physiologique. Trois types de sucs ont été étudiés : du suc pancréatique d'Homme, récolté à l'aide d'une fistule faite soit au cours d'une intervention chirurgicale, soit à la suite d'un trauma- tisme ; du suc pancréatique d'animal à fistule permanente : PHYSIOLOGIK DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 1 M du SUC pancréatique d'animal à fistule temporaire et sécrété soit spontanément, soit en réponse à des injections de sécrétine. l^ Suc pancréatique d'homme. — Herter (139) étudie le suc pancréatique d'un sujet de quarante -sept ans, atteint d'un cancer du duodénum, et dont l'opération a amené la formation d'une fistule du canal de Wirsung. Additionné à de l'huile, ce suc provoque une émulsion immédiate et une acidification rapide. Huit gouttes de suc mises à agir pen- dant quatre- heures à 38^-400 sur O^^O d'huile d'olive neutre libèrent 0§^",1299' d'acide oléique isolé à l'état de sel de plomb. GLiEssJNER (119) récueille du suc dans des conditions analogues et fait des constatations identiques : 1 centimètre cube agissant à 40° sur 10 centimètres cubes d'huile d'olive libère 24 p. 100 d'acide oléiquç en vingt-quatre heures. Au début d'une étude étendue sur les propriétés d'un suc humain, recueilli par suite de la rupture du canal pancréa- tique par choc, Bradley (52) note un pouvoir saponifiant énergique à la fois sur l'huile et le butyrate d'éthyle. Sur une femme de quarante-sept ans, dont le pancréas a été rompu par un choc, Wohlgemuth (350) recueille un suc, lequel, additionné à de l'huile d'ohve à raison de 3 cen- timètres cubes pour 10 centimètres cubes d'une émulsion à 50 p. 100, détermine en vingt-quatre heures, à 38°, la for- mation d'une acidité neutralisée par 4°^, 2 à 6*^*^,3 de NaOH N/20. 2° Suc de fistule permanente. — 11 faudrait ici citer tous les travaux de l'école de Pawlow. Bakbin (14), Lintwa- REw (191), Sawitsch (281), Walther (340) constatent tous le pouvoir saponifiant du suc de fistule permanente chez le Chien, et cela soit sur les graisses naturelles, soit sur la monobutyidne. Ils étudient minutieusement les variations de ce pouvoir sous l'influence des divers excitants de la sécré- tion pancréatique. 3° Suc de fistule temporaire. — Opérant sur le Lapin, Rach- ford (265) recueille q-.v-lques centimètres cubes de sécré- tion spontanée. Mis à agir sur de l'huile à la température du 148 ÉMILE-F. TERROINE corps, ce suc doiine indubitablement naissance à des quan- tités d'acides gras non négligeables. La possibilité d'avoir du suc pancréatique facilement et en grande quantité, grâce à la belle découverte de Bayliss et Starling (18), permet à de nombreux chercheurs une étude plus commode des ferments. Lœvenhart et Sou- der (195) constatent l'action saponifiante du suc sur l'huile, le butyrate d'éthyle, les acétines. Morel et Ter- roi ne (236) observent que le ferment saponifiant du suc pancréatique est très actif et étudient sa diminution au cours de sécrétions prolongées : un suc récolté au début d'une sécrétion et mis à agir sur de l'huile d'olive volume à vo- lume à 40° dédouble 30 p. 100 de cette huile en six heures. Lalou (175) retrouve des activités de même ordre. Mel- LANRY et WooLEY (224), ayant assez récemment repris une étude d'ensemble des ferments du suc pancréatique, con- statent, au début de leurs recherches sur la stéapsine, que 0c^,5 de suc pancréatique mis à agir sur une émulsion d'huile d'olive à 50 p. 100 donne naissance en une heure à une aci- dité neutralisée par 3^:^,8 de NaOHN/20, c'est-à-dire que la saponification a atteint environ 10 p. 100. Le suc pancréatique possède donc, à côté du ferment qui hydrolyse l'albumine et de celui qui saccharifie l'amidon, un enzyme très énergique qui saponifie les corps gras. Est-ce à cette propriété qu'il doit le rôle important joué par lui dans l'absorption? C'est là un point qui constitue l'objet de re- cherches exposées plus loin. § D. - Bile. Tous les physiologistes sont maintenant unanimes à ad- mettre que la bile n'exerce, par elle-même, aucune action sur les graisses neutres : ni émulsion stable, ni solution, ni sapo- nification. En fait, on peut dire avec Lamrling (176) que « la bile ne peut exercer sur les aliments qu'une action tout à fait négligeable ». Mais alors comment comprendre son rôle indéniable dans l'absorption des graisses ? Par l'existence de deux propriétés PnYSIOLfHlIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LU'OIDIQUES J 49 qui viennent, Tune seconder l'action du suc pancréatique et Tautre permettre aux produits formés par Faction du suc de pénétrer dans le torrent circulatoire : 1^ La bile multiplie considérablement les propriétés sapo- nifiantes du suc pancréatique ; 2° La bile dissout les produits de la saponification et peut ainsi les transiter à travers la paroi intestinale. 1° Action de la bile sur la saponification. — La première observation in vitro précise relative à Faction de la bile sur l'intensité de la saponification par le suc pancréatique parait bien avoirétéfaite par Rachford [loc. cit.). Ayant, comme nous l'avons vu précédemment, recueilli du suc pancréatique chez le Lapin et noté les propriétés saponifiantes de ce suc, Rach- ford montre en outre que l'addition de bile prélevée dans la vésicule biliaire augmente considérablement la saponifi- cation. « De mes expériences, j'infère, écrit-il, que le suc pancréatique doit agir très rapidement dans les conditions favorables qu'il trouve dans le duodénum. Dans quelques- unes de nos expériences faites à la température de la chambre, de bons échantillons de suc pancréatique en présence de bile et d'acide chlorhydrique produisent sur l'huile d'olive neutre 5,5 p. 100 d'acides gras en deux minutes. » Bruno (55), étudiant du suc de fistule permanente de Chien, le trouve peu actif sur l'huile d'amandes douces ; son activité est en moyenne quadruplée lorsqu'il est mélangé à un volume égal de bile. GLiESSNER {loc. Cit.) fait une constatation identique sur du suc pancréatique d'Homme mis à agir sur de l'huile d'olive, soit seul, soit additionné de bile. Alors que, toutes conditions égales d'ailleurs, le pourcentage des acides gras formés est de 22 lors de l'action du suc seul, il atteint 40 dans un mé- lange d'un volume de suc pour un demi-volume de bile. Lœvenhart et Souder (/oc. ctY.) observent en outre quecette activation du suc par la bile s'étend à toutes les substances saponifiées : glycérides (huile d'olive, triacétine) ou éthers (butyrate d'éthyle). La bile exerce donc une action favorisante manifeste sur la saponification des corps gras par le suc pancréatique. 150 ÉMILE-F. TERROINE 2*^ Dissolution des produits formés par saponification. — ■ Non seulement la bile active la saponification des graisses, mais elle intervient encore, et c'est à ce double rôle qu'elle doit sans aucun doute son importance quantitative dans Tabsorption, en dissolvant les produits formés par la saponification. Marcet (208) en effet découvre, en 1858, que la bile pos- sède la propriété remarquable de dissoudre les acides gras en quantités abondantes pour donner un liquide claii\ Alt- aï ann (6) confirme ce fait sans lui apporter cependant l'appui de données quantitatives. C'est à MooREiet ses collaborateurs Parker et Rockwood que revient incontestablement le mérite d'avoir appelé l'atten- tion des physiologistes sur l'importance de cette propriété de la bile. MooRE et Rockwood (229, 230) constatent en efîet que la bile de Bœuf, de Chien, de Porc, dissout des quantités notables d'acides gras : ainsi la bile de Bœuf dissout de 4 à 5 p. 100 d'acide oléique, de 2,5 à 4 p. 100 du mélange des acides de la graisse de Porc, de 2,5 à 3 p. 100 des acides de la graisse de Bœjf, de 1,2 à 5 p. 100 des acides de la graisse de Mouton. MooRE et Parker (228) établissent ensuite que cette pro- priété se rt^trouve dans les sels biliaires, qu'elle est sensibilisée par la présence de lécithine, laquelle est elle-même soluble dans le& sels biliaires, alors qu'elle est insoluble dans l'eau. Une solution de sels biliaires à 5 p. 100 dissout 0,5 p. 100 d'acide oléique ; la même ^solntion, mais contenant en outre I p. 100 de lécithine, dissout 4 p. 100 d'acide oléique. Des faits analogue& se retrouvent pour l^s acides palmitique et stéa- rique, ces deux derniers corps étant toutefois moins solubles que l'acide oléique. Moore et Parker signalent un autre •fait des plus intéressants : les savons, qui sont très peu solubles dans l'eau et y donnent une solution opalescente, comme celle du glycogène ou de l'amidon, se dissolvent beaucoup mieux dans les sels biliaires et y donnent une solution claire. II est très vraisemblable que les savons, qui présentent dans l'eau tous les caractères des substances colloïdales (A. Mayer, G. Schiffer et E. Terroine, 221, 222), donnent des so- lutions vraies en présence de sels biliaires. C'est là un fait que PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 151 nos recherches (Kalaboukoff et Terroine, 159) sur la solubilité de la lécithine dans les sels biliaires, lesquelles con- firment entièrement les faits avancés sur ce point par Moore et Parker et montrent en outre la transformation des émulsions aqueuses de lécithine en solutions vraies par ad- jonction de sels biliaires, rend des plus vraisemblables. On comprend tout l'intérêt d'une telb constatation pour la com- préhension du mécanisme de Fabsorption. tes recherches, à notre sens si fécondes de Moore et de ses collaborateurs, laissaient cependant une question fort importante à résoudre : la bile dissout l'acide oléique en pro- portion notable, mais ne dissout par contre que fort médio- crement les acides palmitique et stéarique. Comment alors se peut faire l'absorption de ces deux corps? C'est ce que les recherches de Pfluger (252, 255, 256) nous permettent de comprendre. Non seulement Pfluger confirme les données de Moore et Rockwood, mais il constate en outre deux faits de grande importance : . - 1^. Lorsque la bile a dissous de l'acide oléique, la solution ainsi formée peut à son tour dissoudre des qunntités d'acides stéarique et palmitique beaucoup plus élevées que ne pour- rait le faire à elle seule la bile présente ; . b. Lorsque la bile est additionnée de carbonate de soude, ou, ce qui au total revient au même, de savon de soude, son pouvoir solvant est considérablement élevé. Ainsi 100 centimètres cubes de bile additionnés de 100 cen- timètres cubes de CO^^Na^ à 1 p. 100 arrivent à faire passer complètement en solution 19?^^, 17 d'un mélange à poids égaux d'acides oléique et palmitique. La quantité dissoute est de ' 64, 10 p. 100, la quantité transformée en savons de 35,90 p. 100. Dans la partie simplement dissoute, l'acide oléique figure pour 61,74 p. 100, l'acide paimitique pour 38,26 p. 100; dans la partie saponifiée, l'acide oléique figure pour 44 p. 100, l'a- cide p-lmitique pour 56 p. 100. D'autres essais nous montrent 100 grammes de bile addi- tionnés d'oléite et de palmitate de soude dissolvant 17gr,109 d'acides gras, dont 34,77 p. 100 d'acide palmitique et 65,25 p. 100 d'acide oléique; agissant sur un mélange d'acidesoléique 152 ÉMILE-F. TERROINE et stéarique, cette même quantité de bile dissout 20^^,102 d'acides gras, dont 5,95 p. 100 d'acide stéarique et 94,05 p. 100* d'acide oléique. Ainsi non seulement la bile intensifie la saponification direc- tement, mais encore elle l'accélère par le fait même qu'elle permet l'éloignement des produits de réaction. D'autre part, par suite de son pouvoir de dissoudre acides gras et savons, elle peut véhiculer ainsi ces substances à travers la paroi de l'intestin et assurer leur pénétration dans l'organisme. Ces actions multiples de la bile peuvent nous permettre de comprendre l'importance que les études in vivo nous avaient amenés à assigner à cette sécrétion. L'ensemble des études dont nous avons essayé de grouper les résultats dans cette section de notre travail nous parait mettre hors de toute contestation le fait que le suc pancréa- tique, — et accessoirement le suc intestinal, — et la bile sont les agents de transformation qui permettent l'absorption des matières grasses. Est-ce à dire que tous les problèmes relatifs à la digestion des graisses sont définitivement résolus? Nous ne le croyons pas. L'accord est loin d'être réalisé, en particulier sur le fait que l'absorption a obligatoirement à sa base une transforma- tion en produits solubles. C'est dire par là même que l'accord n'est pas réalisé sur l'importance qu'il convient de recon- naître au pouvoir saponifiant du suc pancréatique. Est-ce là une propriété accessoire permettant la formation de la petite quantité de savons nécessaire à la formation d'une bonne émulsion ? Est-ce là au contraire une |)ropriété fondamentale, la transformation en produits solubles étant indispensable pour l'absorption? C'est précisément en vue d'apporter de nouveaux éléments permettant d'apprécier l'importance de l'action saponifiante du suc que nous avons entrepris les recherches dont l'exposé constitue la section suivante. SECTION H SUR LE ROLE DU SUC PANCRÉATIQUE DANS LA DIGESTION ET L'ABSORPTION DES GRAISSES. Si les physiologistes discutent encore sur l'importance relative de la sécrétion externe du pancréas, si certains d'entre eux attribuent à cette glande une sorte d'action de présence assez mystérieuse sur l'absorption intestinale, cependant la presque unanimité accorde à l'intervention du suc pancréa- tique un rôle considérable dans la digestion et l'absorption des graisses. Il ne saurait donc être question de revenir sur la découverte de Bernard, d'apporter de nouveaux arguments pour affir- mer le rôle du suc pancréatique. Il parait également inutile de prolonger un débat sur la valeur relative de la bile et du suc pancréatique; nous avons vu ces deux sécrétions exercer des actions différentes de nature, mais sensiblement équivalentes quantitativement en ce qui regarde l'absorp-" tion. Ce qui importe maintenant, c'est de préciser le rôle du suc pancréatique, le mécanisme de son intervention. Nous savons que ce suc exerce sur les graisses une action double : une action physique, il les émulsionne ; une action chimique, il les saponifie. C'est sur la question du degré d'importance qu'il convient d'attribuer à chacune de ces actions au cours de l'accomplissement normal des processus de digestion que se séparent les chercheurs. Pour les uns, — et telle était l'opinion de Bernard, — le seul rôle physiologique du suc pancréatique réside unique- ment dans sa propriété d'émulsionner les corps gras ; pour d'autres, cette propriété est secondée par le pouvoir sapo- nifiant, la mise en liberté d'acides gras transformés en savons au contact de l'alcali du suc pancréatique aidant à la for- loi ÉMILE-F. TERROINE mation des émulsions et favorisant leur stabilité ; pour d'autres enfin, — et c'est le point de vue qu'a si remarquable- ment défendu Pp;luger, — le rôle fondamental du suc pan- créatique, c'est le dédoublement des corps gras aboutissant à la formation de produits solubles dans la bile. Dès maintenant, il nous faut remarquer que cette diver- gence n'aboutit à rien moins qu'à poser la question de savoir si les processus d'absorption sont les mêmes pour tous les corps ou si, au contraire, il y a pour les graisses une manière distincte de se comporter. En d'autres termes, il s'agit de déterminer si, contrairement à ce qui se passe pour toutes les autres -substances alimentaires, — hydrocarbonées et pro- téiques, — la résorption des corps gras se fait en nature, sans aucune modification chimique, ou bien, au contraire, si elle est précédée, comme c'est la règle, par un dédoublement, une hydrolyse. En faveur de la théorie de l'ému Ision et du passage en nature, qu'invoque-t-on? 1° La formation in vitro d'une émulsion stable par agitation d'un corps gras liquide avec le suc pancréatique; 2° La présence dans la lymplie de corps gras neutres et non de produits de dédoublement; 3*3 La présence, décelée par l'examen histologique, de gout- telettes de corps gras dans les cellules des villosités. Mais aucun de ces faits n'est démonstratif. 1° L 'émulsion, à elle seule, n'est nullement suffisante pour permettre la traversée de la paroi intestinale : des éthers, tels que la lanoline, qui donnent des émulsions parfaites ne sont pas absorbés; 2° La présence de graisses neutres dans la lymphe ne per- met pas de repousser la possibilité d'un dédoublement préa- lable ; le dédoublement peut avoir été suivi par une synthèse opérée au cours de la traversée intestinale : on s?it, en efïet, qu'après ingestion de palmitate de céthyle on retrouve de la tripalmitine dans la lymphe (Munk et Rosenstein, 240); 3*3 On ne peut, à l'heure actuelle, tirer aucune conclusion physiologique ferme des observations histologiques faites sur les corps gras, et cela autant en ce qui concerne l'absorption PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 155 qiie pour tout autre fait relatif au métabolisme des substances grasses. Les procédés dits de fixation, employés par les histo- logistes, ont toujours, en effet pour résultat une perte consi- dérable des corps gTas contenus dans h: eelltile (A. Mayer et G. ScHiEFFER, 218, 219). Si donc les méthodes histologiques ne nous donnent aucune indication quantitative, elles ne nous fournissent, en outre, que de bien faibles indications qualita- tives : aucune ne peut nous permettre de déceler la présence indubitable de graisses neutres à l'exclusion de tous produits de dédoublement, a€ides gras ou savons. Bien plus, il semble, au contraire, que les procédés habituels de coloration per- mettent simplement de manifester la présence ou Tabsence de liaisons éthyléniques dans les acides gras. Il est donc impos- sible, avec les réactifs microchimiques utilisés jusqu'ici, d'affir- mer qu'une cellule contient des granulations constituées strictement par des graisses neutres à l'exclusion d'acides gras ou de savons. Au surplus, on peut dire que la doctrine du passage des graisses en nature, résultant de la seule» action physique du fi^uc pancréatique, est à peu près abandonnée de tous, tout au m .\O.S KECllERCHES. Pour hxer notre technique, il nous faut considérer et la nature des résultats cherchés et les conditions que nous voulons réahser. Nous n'avons nullement besoin de connaître la quantité absolue de graisse absorbée après un repas contenant une quantité déterminée de corps gras ; ce que nous cherchons, c'est une mesure de l'intensité relative de l'absorption de différents corps gras chez un même animal normal. La totalité des graisses à la sortie ne nous intéressant pas dans ce cas, ce qu'il nous fallait trouver, c'était un test de l'intensité de l'absorption au moment même de cette absorption. Les recherches de NEissER"et Brauxing (241), Hoppe-Seyler (147), Lattes (181), etc., nous ont amené à penser que nous pouvions déter- miner l'intensité de l'absorption par le dosage des corps gras totaux du saiig. Il nous reste doric à décrire la technique employée pour ce faire et en justifier les divers points. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 1 7 f' 1° Description. — Chaque série de recherches est pratiquée sur un même animal (Chien), auquel on fait ingérer des repas contenant une même quantité de graisses variées. Cette ingestion représente une pre- mière difficulté, bien que la quantité de corps gras administrés soit toujours de l'ordre de celle que l'animal ingère spontanément (30 à 125 grammes), et bien que le Chien soit assez avide de corps gras ; cependant, ces ani- maux manifestent pai'fois une certaine répugnance pour des corps tels que l'huile de noix de coco, le beurre de cacao ou la graisse d'Oie. Pour faciliter l'ingestion, nous avons eu recours à difîérents procédés. Tout d'abord, et cela était d'ailleurs commandé par la nécessité d'avoir un animal à jeun, l'animal ne reçoit que de l'eau pendant les trente-six à quarante-huit heures qui précèdent l'expérience. Puis, suivant le goût de l'animal, les corps gras lui sont offerts sous des formes variées : ou bien additionnés à une pâtée épaisse de pain et de bouillon, ou bien incor- porés dans des gâteaux de farine très sucrés, ou bien encore, dans le cas des graisses anim^ales, administrés sous forme de hachis où la graisse est mélangée avec une quantité assez abondante de viande maigre. Dans ce dernier cas, on dose sur un échantillon les acides gras, afin de déterminer la quantité de hachis que l'animal doit ingérer. En tout cas, dans toutes les expériences d'une mê'.,3 série, le mode d'ingestion est le même, ainsi que le volume total d;^ repas, afin d'éliminer autant que possible les diiïérences dans la durée de l'évacuation gastrique. Pour déterminer la valeur de FabiSorption, nous faisons le dosage des arides gras totaux du sang sur deux prises, Tune faite à jeun, l'autre de cinq heures et demie à six heures après le repas. Afin de conserver l'ani- nal en parfait état de santé, tout en ayant du sang central, le sang est récolté par ponction dans le ventricule gauche. Pour cela, on introduit dans la région de la, pointe du cœur, à travers la paroi thoracique, une aiguille qui pénètre dans la cavité ventriculaire, et avec une seringue on aspire doucement 20 centimètres cubes de sang environ ; seringue et aiguille ont été préalablement rincées avec une solution saturée de fluorure ou d'oxalat'e de soude. C'est là une procédé extrêmement simple, très rapide, auquel le plus souvent l'animal se prête fort bien et cpii peut être, sans aucun inconvénient, répété un très grand nombre de fois. Le sang recueilh est immédiatement vidé dans un flacon taré ; on pèse aussitôt et on ajoute un grand excès d'alcool à Oô» (5 volumes en- viron). Une petite partie du sang (1 centimètre cube environ) sert à la détermination du poids sec. Le dosage des acides gras totaux du sang est fait par saponification après extraction alcoolique (méthode de Kumagawa-Suto, modifiée par •Shimidzu). Dans la première série d'expériences, on s'est contenté de détermintr la valeur de l'extrait total dans l'éther de pétrole. On sait que cet extrait contient à la fois la totalité des acides gras et l'msapo- nifiable. Dans les séries suivantes, on a dosé dans l'extrait total la clioles- térine par la m.éthode de Wiîsdaus. Le chiffre d'acides gras est alors. 172 ÉMILE-F. TERROINE donné par différence (procédé de A. Mayer et G. Schiffer) (Voir p. 14 et 15). 2° Justification de la technique. — a. Partie chimique. — Il nous paraît inutile d'apporter une justification nouvelle aux méthodes em- ployées; elles ont été en effet soigneusement établies et vérifiées[A. Mayer et G. Schiffer (211), Grimbert et Laudat (123)]. Les ayant cepen- dant simplifiées sur un point, nous devons insister sur ce point. Dans l'ensemble, la méthode comprend deux temps principaux : lo une extraction aboolique ; 2° une saponification de l'extrait et du résidu. Or, le traitement du résidu d'extrcatim est très pénible; il nécessite une grosse quantité d'éther absolu; il allonge et alourdit con- sidérablement les opérations; nous l'avons supprimé, nous entenant au traitement de l'extrait alcoolique, l'extraction étant prolongée pendant huit heures au moins. On sait d'ailleurs que les quantités non extraites sont extrêmement faibles ; aussi bien les essais ci-dessous montrent qu'elles sont négligeables dans nos expériences. E>>ail. E=saill. Essai m. Poids des acides gras de l'extrait alcooHque. .. . 0,137 0,1105 0,2325 Poids des acides gras contenus dans le résidu . . 0,002 0,0005 0,0055 Poids total 0,139 0,1110 0,2380 Pourcentage des acides gras du résidu par rapport au poids total 1,4 0,4 2,3 h. Partie physiologique. — a. Prise du sang. — Le procédé employé ne peut soulever aucune objection. Il ne nécessite ni opération, ni anes- thésie, ni contention, et ne provoque aiicun trouble. 'p. Possibilité de comparer les expériences faites en série sur un même ani- mal. — Pour pouvoir comparer l'intensité d'absorption des différentes graisses, nous avons déterminé dans chaque cas l'augmentation de la teneur en acides gras du sang après le repas par rapport à la prise ini- tiale faite à jeun.Ainsiondonneà l'animal un repas contenant une quan- tité déterminée de graisse de Porc, par exemple, puis, quelques jours après, on répète la même expérience avec de la graisse d'Oie. La comparaison des augmentations dans chaque cas indiquait quelle était la graisse la mieux absorbée. Mais, pour que l'expérience soit valable, il est évident que l'animal expérimenté doit rester comparable à lui-même pendant quelque temps, c'est-à-dire qu3, après un même repas contenant une même quantité d'un même corps gras, il doit présenter une augmentation de la teneur en corps gras de son sang, non pas identique, bien entendu, mais sensiblement de même ordre. L'examen de nos résultats montrera, qu'il en est bien ainsi ; mais nous pouvons dès maintenant donner la justification d'une certaine permanence du pouvoir d'absorption chez un même animal. A un même Chien, en parfait état de santé, on fait ingérer à deux se- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 173 maines de distance un repas contenant 125 grammes de graisse de Porc ; les chiffres ci-dessous montrent la constance des résultats : Teneur en acides gras de 100 gr. de sang- sec. 3 juin 1913. 10 juin 1913. A jeun 1,598 1,726 Six heures après le repas Iv838 2,018 Augmentation 0,240 0,292 Nous avons donc la possibilité de comparer, sur un même animal, l'absorption de différents corpsgras.Bien entendu, il va de soi que nous ne pourrons tirer de conclusions valables que si les écarts sont impor- tants, s'ils dépassent ceux que nous venons d'observer pour un même corps gras, si le sens de ces écarts est constant. En outre, pour éviter dans la capacité d'absorption des différences qui se produiraient infailliblement à la longue, nous avons toujours réalisé les expériences d'une même série dans le plus court intervalle de temps possible. > y. Moment des prises. — Nous avons vu, dans la description de notre technique, que la seconde prise de sang est faite de cinq heures et demie à six heures après le repas. Le choix de ce moment, que rien n'impose a priori, doit être justifié. En principe, il serait évidemment préférable de suivre, par des prises assez fréquemment répétées, la marche de l'absorption pendant dix-huit à vingt-quatre heures après le repas ; mais le travail [deviendrait extrê- mement pénible. En ce qui concerne le clioix de la sixième heure, on peut tout d'abord faire observer en sa faveur que c'est à ce moment que la lymphe est plus chargée en corps gras (Zawilsky, Munk) et que les re- cherches sur le sang faites par Lattes l'ont été entre la cinquième et la septième heure. Nous n'avons pas voulu nous en tenir à ces indications, parce qu'elles n'étaient pas suffisammment précises, parce que rien ne prouvait que la teneur en graisses du sang atteignait son maximum pendant la sixième heure, quelle que soit la graisse ingérée. Nous avons donc fait sur ce point précis des expériences dans lesquelles nous avons suivi, dans le sang, la marche de l'absorption des corps gras après ingestion de graisses de Porc, de Mouton, d'huile de noix de coco. On trouvera les résultats réunis dans le tableau LIV. 174 ÉIVflLE-F. TERROINE TABLEAU LIV Variations de la teneur du sang en corps gras au cours de l'absorption de graisses variées. Expérience I. Expérience II. Expérience III. lAGESTION INGESTION INGESTION d'un repas contenant 30 nv. d'un repas conleuMi', 125 gi-. d un repas contenant 125 gr. d huile de noix de coco. de graisse de Porc. de graisse doMouton. Teneu r Teneur Teneur en en' en e.xtr.'iit • acides acides Moment tôt il .Moment gr/ gras totaux du sang de l'animal à jeun 1,646 1,605 1,169 Teneur en acides gras totaux du sang 6 heures après un repas comportant 125 grammes de graisse 1,832 1,955 2,231 Augmentation 0,186 0,350 1,062 PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 1T7 TABLEAU LIX (Séries V et VI). (Les valeurs représentent les teneurs en acides gras. Elles sont rapportées à 100 grammes de sang sec dans la série V; à 1000 grammes de sang frais dans la série VI.) Exp. I. Exp. II. 1 Exp. I. Exp. II. Graisse inji;érée. Porc. Mouton. Porc. -Mouton. Teneur en acides gras totaux de l'animal à jeun 1,598 1,554 3,653 3,941 Teneur en acides gras totaux du sang 6 heures après un repas comportant 125 grammes de graisse 1,838 1,843 4,036 5,113 Augmentation 0,240 0,289» 0,383 1,172 Nos résultats expérimentaux nous permettent -ils une ré- ponse précise à la question posée? L'ordre dans lequel les graisses se classent d'après l'intensité de leur absorption est-il le même que celui dans lequel elles se classent d'après l'intensité de leur saponification in vitro par le suc pancréatique? Rappelons que, lors de l'attaque in vitro, l'huile de noix de coco était digérée environ deux fois plus vite que le beurre de cacao ; L s graisses animales étudiées se clas- saient dans l'ordre suivant : Oie, Mouton, Porc. TABLEAU LX Augmentation de la teneur en acides gras du sang au cours de l'absorption de graisses variées. QUANTITÉ (le gi-aisse ingérée. PORC. MOLTOX. OIE. BEURRE de cacao. HUILE de noix de coco. ire série : 30 gr. . . . . )) 0,120 0,870 0,360 0,730 2e série : 50 gr » 0,290 0,706 0,240 0,680 3^^ série : 100 gr » 0,382 0,484 0,188 0,263 4e série : 125 gr 0,186 0,350 1,062 » » 5e série : 125 gr 0,240 0,289 ^ » » » 6^ série ; 125 gr 0,383 1,172 )) » >) ANi\. DES se. NAT. ZOOL., 10» Scrio IV, 12 178 ÉMILE-F. TERROINE Si l'on veut bien examiner l'ensemble de nos résultats résumés dans le tableau LX, on constatera que les expé- riences' sur l'absorption donnent le même classement. On verra, en outre, que le rapport entre les graisses de Porc et de Mouton est le même pour l'absorption que pour la diges- tibilité et en sens inverse des points de fusion. Ainsi donc, nous nous croyons en droit de conclure que le pouvoir saponifiant du suc pancréatique commande l'absorption. Les résultats que nous venons d'exposer et qui nous portent à admettre un parallélisme entre l'intensité d'absorption de diverses graisses, d'une part, et la résistance que ces mêmes graisses offrent à la saponification par le suc étudié in vitro. d'autre part, constituent, surtout si l'on veut bien les rap- procher des faits acquis par Lévites à l'aide d'une méthode expérimentale toute différente, un nouvel argument qui ne nous paraît pas sans valeur en faveur de la thèse qui veut que les corps gras ne soient pas absorbés en nature, mais soient, au contraire, au moins pour une part importante, préalable- ment saponifiés. Bien entendu, il ne s'agit pas pour nous de conclure que le suc pancréatique est le seul agent nécessaire à l'absorption des corps gras, et nous ne remettons nullement en question le rôle de premier ordre joué par la bile dans ce phénomène. Mais la lipase pancréatique, activée d'ailleurs par la bile, nous parait jouer un rôle chimique primitif et la bile un rôle physico-chimique secondaire, non comme importance, mais dans le temps. En d'autres termes, ces recherches nous paraissent renfor- cer la manière de voir déjà si bien défendue par Pflûger, à savoir que le suc pancréatique transforme les graisses en corps solubles dans la bile. On comprend ainsi que cette transformation commande à la valeur de l'absorption. SECTION III LA LIPASE PANCRÉATIQUE. La saponification des corps gras est une opération primi- tive nécessaire pour l'absorption de tous ceux de ces corps qui ne sont pas solubles dans la bile : telle est la conclusion que ranalyse des phénomènes de digestion et d'absorption nous a amenés à formuler. Nous avons établi, d'autre part, que, si l'on rencontre dans le tube digestif des ferments saponi- fiants qui n'y sont pas déversés par le pancréas, s'il existe en particulier et sans aucun doute une lipase intestinale, ces ferments sont peu énergiques, qu'en fait c'est au suc pancréa- tique qu'appartient en propre le rôle de saponifier les corps gras. Une étude approfondie de la lipase pancréatique s'im- pose donc. On verra d'ailleurs, au cours de l'exposé même de nos recherches, combien peu de données ont été antérieure- ment apportées, — en dehors de l'action activante de la bile depuis longtemps connue, — sur les propriétés et les con- ditions d'action de ce ferment. Trois questions principales peuvent être envisagées dans l'étude d'un ferment : Ou bien ne retenant que la qualité d'agent catalytique et laissant de côté son origine biologique, on fait une étude physico-chimique de la réaction qu'il active, on détermine l'ordre de cette réaction, on recherche la loi d'action qui la caractérise. C'est à ce type d'études que se rattachent les recherches de V. Henri (132), sur l'invertine, l'émulsine, l'amy- lase ; Ch. Philoche (257) sur l'amylase et la maltase, etc. Ou bien, s'attachant au fait que cet agent catalytique, lors de son action normale dans l'organisme, n'agit pas seul, mais est soumis à tout un ensemble de conditions, on examine l'influence de ces conditions sur la marche de l'action diasta- sique. C'est une telle étude, — analyse des conditions physio- 180 ÉMILE-F. TERROINE logiques d'action d'un ferment, — poursuivie partiellement au moins sur les propriétés sacchari fiantes du suc pancréatique, .qui nous a permis de mettre en évidence la maltase de ce suc (H. BiERRY et E.-F. Terroine, 35, 36); la protection qu'ap- porte à Tamylase, contre le pouvoir destructeur de latrypsine, la digestion simultanée de l'albumine; l'action activante énergique qu'exerce sur la saccharification les acides aminés produits de dégradation des protéiques, normalement pré- sents dans l'intestin (E.-F. Terroine et J. Veill, 322). Ou bien enfin, frappé du fait qu'un ferment est un agent catalytique à action assez restreinte, qui peut faire un choix, et parfois un choix très fin, entre des substances de consti- tution voisine, attaquant les unes, inerte vis-à-vis des autres, on recherche quelle est l'étendue d'action de ce fer- ment, quels corps il hydrolyse et ceux qui résistent à son atteinte. Par là même, comme il existe dans les organismes et dans les organes des familles de ferments, on s'efforce de caractériser chacun d'eux à l'intérieur d'une même famille, et l'on acquiert ainsi d'importantes données sur le rôle physio- logique que peut jouer le ferment considéré. Ce sont des recherches de cette nature qu'a poursuivies Bierry (31) et qui lui ont permis, par exemple, d'établir la différence qui sépare la lactase des Mammifères de celle du suc gastro- intestinal d'Escargot, la première n'attaquant que le lactose, la seconde étendant son action à des corps tels que l'acide lactobionique et la lactosazone. Disons tout de suite que nous avons délibérément délaissé le premier groupe de recherches. Désireux avant tout de pour- suivre l'analyse des conditions physiologiques d'action de la lipase, nous n'avons pas voulu introduire dans ce travail des études purement physico-chimiques qu'une telle analyse ne commandait pas nécessairement. Sans doute, on trouvera, plus loin quelques indications relatives à l'influence de la con- centration de la substance à dédoubler sur la vitesse de réac- tion, données préalables indispensables à toute étude sur la nature de la réaction elle-même, mais qui ont été précisées bien plutôt pour établir la technique de nos recherches PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 181 ultérieures que pour préluder à une étude physico-chimique pure de la lipase. Ce que nous avons voulu, c'est : D'une part, préciser la nature et l'importance des condi- tions qui président à l'action normale du suc pancréatique sur le contenu intestinal; D'autre part, caractériser biochiquement la lipase pan- créatique en déterminant l'extension de son pouvoir sur tous les corps à fonction éther, et, si des différences sont consta- tées, essayer d'en préciser les causes. Deux chapitres bien distincts correspondront à ces deux groupes de préoccupations. Le premier, consacré aux conditions d'action de la lipase, portera sur l'étude successive des divers facteurs extérieurs au ferment lui-même et qui peuvent aider ou entraver son action : température, réaction du milieu, présence d'autres produits de sécrétion, etc., etc. Le second étudiera la variation du pouvoir saponifiant lorsque, s'adressant toujours à des corps à fonction éther, on fait varier tantôt le radical acide, tantôt le radical alcool, soit en élevant le poids moléculaire dans une même série, soit en modifiant simplement la structure de la chaîne, soit en introduisant des fonctions variées. Les résultats obtenus comparés à ceux que donne l'intervention d'autres agents catalytiques, comme l'acide chlorhydrique ou l'extrait hépa- tique, nous permettront de caractériser la lipase pancréa- tique. Technique. Toutes ces études ont été exécutées d'après un même plan général : on fait agir sur des corps gras du suc pancréatique soit seul, soit addi- tionné des éléments dont on recherche l'action, et on 'détermine l'inten- sité de la saponification par le dosage de l'acidité formée. Il convient donc, avant de passer à l'exposé des résultats, de préciser ici les techniques employées et, le cas échéant, de les justifier. Plusieurs points doivent être successivement envisagés : 1» Le mode d'obtention du suc pancréatique et la démonstration que le suc utilisé jouit de toutes les propriétés du suc naturel ; 2» La nature des substances sur lesquelles l'action du suc s'exerce ; 182 ÉMILE-F. TERROINE 3*^ La technique des expériences de saponification 5 40 La méthode d'évaluation des quantités saponifiées ; 50 La présentation des résultats. 10 Mode d'obtention du suc et ses propriétés. — a. Mode d'ob- tention. — Le suc pancréatique employé dans toutes nos recherches est le suc de Chien recueilli par cathétérisme du canal de Wirsung et dont la sécrétion est provoquée par des injections répétées de sécrétine. Une demi-heure après avoir reçu une injection sous-cutanée de chlor- hydrate de morphine à raison de 1 centigramme par kilogramme de poids du corps, l'animal est anesthésié à l'aide de chloroforme et placé sur une gouttière de Cl. Bernard, couché sur le dos. On fait une incision de la peau le long de la ligne médiane de l'abdomen, commençant à trois travers de doigt du sternum et s'étendant sur 8 à 10 centimètres ; puis on incise les muscles abdominaux sur la même longueur, le long de la ligne blanche ; grâce à cette incision, Fanse duodénale qui abrite le pancréas est alors amenée au dehors, et deux fds sont passés sous le canal de Wirsung. On incise ensuite ce canal en bec de flûte, à l'aide de ciseaux flambés, et on introduit une canule stérilisée munie de son man- drin. Les deux fils préalablement passés permettent la fixation de la canule dans le canal. Afin d'éviter que la canule ne fasse un coude avec le canal, on la fixe à la paroi de l'intestin, dans la direction voulue, par un point de suturé assez lâche. Enfin on fixe l'intestin lui-même, poui' éviter qu'il ne disparaisse dans la cavité abdominale, par deux points de suture à la paroi abdominale, et on referme la plaie de telle manière que la canule seule apparaisse au dehors. Lorsque l'opération est con- duite sans incident, il apparaît à peine quelques gouttes de sang. On couche l'animal sur le côté droit, on découvre la veine saphène gauche et on y introduit une canule. On injecte alors dans la saphène 20 centimètres cubes d'une solution de sécrétine préparée : soit par macération pendant vingt-quatre heures de muqueuse duodénale de Chien, de Porc ou de Bœuf dans une solution d'acide chlorhydrique à 4 p. 1 000, puis neutralisation par la soude diluée, ébullition et filtration ; soit par simple ébullition de la muqueuse finement broyée dans cinq fois son volume de solution de chlorure de sodium à 8 p. 1 000. On retire le mandrin de la canule pancréatique, et, quelques secondes après l'injection de sécrétine, l'animal ayant accompli le plus souvent deux ou trois inspirations profondes, le suc apparaît à l'extrémité de la canule. On laisse écouler les premières gouttes très visqueuses, qui peuvent contenir des cellules ou des débris cellulaires. Ensuite, on fixe sur la canule un tube de caoutchouc raccordé, d'autre part, à un tube de verre qui traverse le bouchon de coton d'une fiole d'Erlenmeyer, l'en- semble du dispositif étant stérile. Dès que le suc cesse de s'écouler, une nouvelle injection provoque à PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES ORASSES ET LU'OIDIQUES 183 nouveau la sécrétion. Lorsque la fiole d'Erlennieyer est remplie, on soude à la lampe le tube de verre qui servait à l'introduction du suc, et on laisse le tout à la glacière jusqu'au moment de l'emploi. Du suc ainsi recueilli s'est conservé stérile pendant plusieurs mois. b. Propriétés. — Le premier point à fixer était de savoir s'il existait entre les sucs pancréatiques recueillis chez divers sujets des différences profondes. Nous avons donc déterminé sur un certain nombre de sucs les deux facteurs les plus importants dans la question qui nous préoccupe : d'une part l'alcalinité qui commande l'intensité du pou- voir émulsifiant, d'autre part le pouvoir lipolytique. BiERRY (32) a signalé que l'alcalinité n'était pas la même chez diffé- rents sujets. Nous avons voulu préciser la grandeur des différences. La méthode de dosage employée est celle indiquée par Bierry; elle con- siste à ajouter au suc un excès d'acide sulfurique titré, à porter le mélange à l'ébullition et à doser ensuite l'excès d'acide sulfurique par la soude en présence de phénolphtaléine. On trouvera ci-dessous les valeurs obser- vées chez six animaux sur des sucs de début de sécrétion : Numéro Conccnlratiou dos animaux. en CO'Na*. I N/8 II . N/9,2 III N/9,6 IV N/7,1 V • N/7,1 VI ^ N79,6 Pour déterminer le pouvoir lipolytique des sucs, nous avons ajouté à des échantillons de 5 centimètres cubes, 5 centimètres cubes d'huile d'olive. Les mélanges placés au thermostat à 35^ sont fréquemment agités ; après six heures de digestion, on dose l'acidité formée. Si l'on compare différents Chiens, pour des conditions expérimentales identiques, on constate que la propriété lipolytique du suc qui s'écoule après la première injection de sécrétine varie considérablement d'inten- sité d'un sujet à un autre, ainsi qu'on peut le voir des chiffres ci-des- sous : Numéro ■ Acidité dosée des animaux. en N.iOH N/:20. I 73,7 II 100,0 III 68,7 IV 45,5 V 83,3 Le simple examen des chiffres montre donc que, soit en ce qui regarde l'alcalinité, soit en ce qui regarde le pouvoir lipolytique, des différences 184 EMILE-F. TERROINE quantitatives profondes séparent les sucs récoltés sur des sujets diffé- rents. Il n'y a donc pas, au point de vue quantitatif bien entendu, un suc, mais des sucs pancréatiques. Comme conséquence, une expérience com- portant des séries: de mélanges ne devra faire appel qu'à un suc de même provenance. Le suc d'un animal ne saurait servir de témoin pour celui d'un autre. D'autre part, on sait que les sécrétions provoquées par des injections- répétées de sécrétine peuvent être de fort longue durée et donner des quantités considérables de suc (Lalou, 175). Il y avait donc lieu de se demander si le suc conserve ses propriétés caractéristiques au cours de sécrétions prolongées, ou si, au contraire, il tend à s'éloigner d'un suc normal. Ici encore, nous avons fait porter notre examen sur l'alcalinité et sur le pouvoir lipolytique. Les résultats sont consignés dans le ta- bleau LXI. TABLEAU LXI Variations de l'alcalinité et du pouvoir lipolytique du suc pancréatique au cours de sécrétions prolongées. ALCALINITE. Ordre des prises. Début Après 2 heures. . Après 3 heures. . Après 4 heures. . Après 5 heures.. Après 6 heures. . Concentration CG'Nii^ N/'9 N/10,4 N/11,2 N 11,3 N'/12,2 N/13,9 POUVOIR LIPOLYTIQUE. Ordre des prises. Début Après 2 heures; . . . Après 4 heures. . . . Après 7 heures. . . . Acidité formée en NaOH ^720. 73,7 49,0 13,0 9,3 Des recherches ultérieures (Lalou, loc. cit.) ont entièrement confirmé les phénomènes signalés par nous : diminution importante de l'alca- linité, considérable du pouvoir lipolytique au cours des sécrétions prolongées. Doit-on conclure des diminutions ainsi constatées que le suc de sécré- tine n'est pas un suc normal et que nous ne pouvons pas l'utiliser légiti- mement pour la poursuite de nos essais? Nullement. Nous avons en effet montré par ailleurs (Voir La Sécrétionp ancréatique, Hermann, Paris, p. 46-50) que les mêmes faits se retrouvent lors de la sécrétion normale du pancréas au cours d'un repas. Un suc à concentration alcaline faible, à pouvoir lipolytique médiocre, doit être simplement considéré comme un suc de sécrétion prolongée, non comme un suc anormal. La seule conclusion qu'il convient de tirer, c'est que le suc pancréa- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 185 tique ne reste pas quantitativement constant au cours de sa sécrétion et qu'on n'a pas plus le droit de considérer comme semblables les sucs d'un même animal à des moments différents de la sécrétion qu'on ne l'a de considérer comme semblables les sucs de divers sujets. Dans la pratique, sauf pour l'étude de quelques cas particuliers qui nécessitaient l'emploi de sucs à pouvoir lipolytique très élevé, nous avons mélangé les sucs de début et de fin de sécrétion de manière à avoir un liquide jouissant de propriétés moyennes. C'est un tel liquide, possédant toutes les propriétés quantitatives et qualitatives d'un suc normal, qui a servi à tous nos essais. 2» Les substances soumises à l'action saponifiante du suc. — Dans la presque totalité de nos expériences sur les conditions suscep- tibles de modifier l'action de lalipase, nous avons employé, comme corps à saponifier, l'huile d'olive purifiée d'après le procédé de Hammar- STEN (124). Dans les autres cas, et en particulier pour l'étude des différences de résistance, que, suivant leur constitution, les corps à fonction éther opposent à l'action du suc, nous avons fait appel à des produits du com- merce dont nous avons toujours soigneusement vérifié la neutralité. 3° Technique des expériences de saponification. — Dans la plupart de nos essais, les expériences ont été poursuivies à 40^. Nous placions donc au thermostat jusqu'à ce qu'ils aient atteint cette température : Les tubes à fermeture canette dans lesquels devaient se poursuivre la réaction ; Le suc pancréatique ; Les substances à saponifier ; Le cas échéant, les solutions de corps (sels biliaires, etc.) dont on se proposait d'étudier l'action. On opérait ensuite rapidement les mélanges de suc, de corps gras et éventuellement de diverses autres substances, et on plaçait le tout au thermostat après avoir agité énergiquement. Cette agitation était fré- quemment répétée et d'une manière analogue pour tous les mélanges d'une même série. Dans les cas nécessitant une agitation violente et continue, le main- tien à température constante étant très difficile à réaliser dans ces con- ditions, nous avons opéré à la température de la chambre. 40 Méthode d'évaluation des quantités saponifiées. — L'intensité de la saponification a été évaluée par détermination des acides gras formés dans les mélanges en digestion à l'aide d'un dosage d'acidité. Dans le cas des corps donnant naissance à des acides solubles dans l'eau, tels que la triacétine, lamonobutyrine, nous avons simplement dosé l'acidité à l'aide d'une solution de soude titrée en employant la phénol- phtaléine comme indicateur. Dans le cas des corps donnant naissance à des acides gras à plus 180 ÉMILE-F. TERROINE haut poids moléculaire, le dosage a été conduit d'après la méthode do Kanitz (161, 162). Cette méthode consiste à ajouter au mélange à doser une quantité d'alcool telle que la concentration en alcool ne soit jamais inférieure à la fin du dosage à 40 p. 100. Cette addition a pour but de rendre homogène le mélange, de permettre une visibilité plus facile du point de virage de l'indicateur, de dissoudre parfaitement les acides gras et surtout de s'opposer à l'hydrolyse des savons de soude formés au cours du dosage, hydrolyse qui viendrait fausser les résultats. Suivant l'intensité des saponifications, on a utilisé des solutions de soude de concentrations variées. On trouvera, dans chaque compte rendu ■expérimental, 1p titre de la solution de soude employée. 50 Présentation des résultats. • — Contrairement à une habitude, à notre sens trop répandue, nous n'avons pas donné, — sauf exceptions et dans le cas d'actions importantes seulement. — dans nos comptes rendus expérimentaux, le pourcentage de substance saponifiée. Mous avons tenu, au contraire, à placer sous les yeux du lecteur le chiffre expérimental lui-même, le nombre de centimètres cubes lus sur la burette de Mohr. Nous avons voulu qwa^ lorsque nous concluons à une différence d'action suivant le corps considéré, à une accélération ou è. une inhibition sous l'influence de conditions variées, on puisse se convaincre que ce n'est pas le calcul qui fait apparaître le phénomène, mais que le résultat expérimental parle de lui-même. Comme il est néanmoins indispensable de se rendre compte de l'im- portance, en valeur absolue, des actions observées, nous avons indiqué ■dans chaque compte rendu ou bien le facteur par lequel il faut multiplier l'is chiffres expérimentaux donnés pour avoir le pourcentage de substance dédoublée, ou bien la quantité de soude en centimètres cubes qu'il aurait fallu employer pour saturer les acides gras formés par saponification totale. Ces données ont été établies dans le cas des éthers ou des glycérides purs par le calcul, dans le cas des corps gras naturels, par la détermi- nation de l'indice de saponification. Le lecteur a ainsi en mains tous les éléments d'appréciation lui per- mettant de contrôler et de discuter nos conclusions. CHAPITRE PREMIER LES CONDITIONS D'ACTION DE LA LIPASE. Ainsi que nous l'avons précédemment indiqué, nous étu- dierons dans ce chapitre l'influence que peuvent exercer sur le cours de la saponification des corps gras par le suc pancréa- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 187 tique tous les facteurs qui se trouvent agir simultanément dans le contenu intestinal, au cours d'une digestion normale. Nous envisagerons donc dans une suite successive de para- graphes le rôle distinct de chacun de ces facteurs : A. Influence de la concentration du ferment ; B. Influence de la concentration de la substance à dédoubler ; G. Rôle de la température ; D. Influence de la réaction du milieu ; E. Action des produits de réaction ; F. Action des électrolytes ; G. Influence de l'action concomitante de la'trypsine ; H. Action de la bile. Dans chaque ' cas, nous essaierons de dégager l'impor- tance relative de chacun des facteurs, et nous tenterons de comprendre le mécanisme d'action. § A. — ïiifliiencc de la concentration du ferment. G'est un fait universellement admis que la vitesse d'une action diastasique croît avec la concentration du ferment ; tantôt on observe une proportionnalité directe, et c'est le cas le plus fréquent pour les diastases hydrolysant les hydrates de carbone; tantôt la vitesse croît proportionnellement à la racine carrée de la concentration diastasique (loi de Schutz- BoRissow), et c'est le cas le plus fréquent pour les diastases protéolytiques. Utilisant la méthode de Volhard-Stade, Engel (90), faisant agir un extrait de pancréas sur du jaune d'oeuf, observe que les variations de vitesse qui accompagnent les varia- tions dans la concentration du ferment sont régies par la loi de ScHUTz-BoRissow. D'autre part, Dietz (82), étudiant l'action d'extraits aqueux de pancréas sur la saponification du butyrate d'amyle et de l'acétate d'amyle, constate une proportionnalité par- faite entre la vitesse de saponification et la concentration de la lipase. Dans l'action du suc pancréatique sur la trioléine ou sur l'huile, Bradley (53), Mellanby et Wooley (224) observent 188 ÉMILE-F. TERROINE un accroissement régulier de la vitesse d'hydrolyse lors- qu'augmente la concentration en ferment, mais non une proportionnalité directe. Enfin Kastle et Lœvenhart {loc. cit.), dans une expérience pratiquée à l'aide d'un extrait aqueux de pancréas mis à agir sur de l'acétate d'éthyle, constatent que la vitesse croit avec la concentration du ferment, mais non suivant une pro- portionnalité rigoureuse. Pour Kastle et Lœvenhart, l'ab- sence de proportionnalité s'explique par le fait que l'acide libéré au cours de la réaction coagule les albumines de l'ex- trait et immobilise progressivement le ferment. En "présence de résultats aussi divergents, nous avons réalisé quelques expériences avec du suc pur. Nous pensions éliminer ainsi, au moins partiellement, par l'emploi d'un liquide moins riche en albumine que les extraits, le phéno- mène intercurrent de la coagulation. Les résultats de deux expériences dans lesquelles on a fait appel à des sucs à pouvoir lipolytique exceptionnellement énergique, — ceci afin de ne pas ajouter de sels biliaires, — sont rapportés ci-dessous : Expérience I. — Le suc est mis à agirsur la triacétinc, dont la concen- tration dans les mélanges est de M/8. Les dosages sont effectués à l'aide de NaOH N/20 sur des prises de 10 centimètre? cubes. Si la saponi- fication était totale, il faudrait employer, pour neutraliser l'acide formé, 75 centimètres cubes de NaOH N/20. Acidité après : 1 h. 15. 4h.T5. 7 h. 15. 5 c. c. SUC + 10 c. 0. sol. triacétine M/2 + 25 c. c. eau . 10 — + 10 — M/2 + 20 c. c. eau . 20 — + 10 — M/2 + 10 c. c. eau . Expérience II. ^ — ^ Le suc est mis à agir sur de la triacétine dont la con- centration dans les mélanges est de 3/10 M. Les dosages sont effectués à l'aide de NaOHN/20 sur des prises de 10 centimètres cubes. Si la sapo- nification était totale, il faudrait employer pour neutraliser l'adide formé 180 centimètres cubes de NaOH N/20. 5 c. c. suc -|- 30 c. c. sol. triac. M/2 + 15 c. eau. 10 — + 30 — M/2 + 10 c. eau. 20 — +30 — M/2 0,7 2,4 3,6 1,5 4,4 6,2 4,8 8,4 9,1 Acidilt' après : 24 h. 5. 1 h. 15. 4 h. 40. 49 h. 15, 3,3 5,1 8,0 10,0 4,5 7,2 12,9 16,2 4,8 7,1 18,5 26,4 PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET Lll'OIDIQUES 189 Nous n'avons pas poussé plus loin nos essais, ayant con- staté, au fur et à mesure de la progression de la réaction, l'apparition d'un trouble correspondant à une précipitation partielle des albumines du suc, c'est-à-dire à un phénomène de même nature que celui signalé par Kastle et Lœvenhart dans le cas. des extraits. Dans ces conditions, la seule conclusion que l'on puisse tirer de telles expériences, c'est que la vitesse de saponifi- cation croît avec la concentration du ferment. Mais essayer d'établir des relations numériques serait un leurre, puisque la condition sine qua non pour que l'établissement de telles relations fût possible est la constance d'action du ferment. Or, cette constance n'existe pas, les produits de réaction immobilisant peu à peu le ferment au fur et à mesure de leur apparition. § B. — Influence de la concentration de la substance à dédoubler. Lors de l'inversion du saccharose par l'acide chlorhydrique, la quantité de saccharose hydrolysée après un temps donné est proportionnelle à sa concentration. Lors de l'hydrolyse du saccharose par l'invertine, il n'en est plus de même. Pour des concentrations faibles, au-dessous de M/10, la vitesse augmente avec la concentration ; pour des concentrations moyennes, de M/10 à M/2, la vitesse est indé- pendante de la quantité de saccharose; pour des concentra- tions supérieures, la vitesse diminue (V. Henri, 132). Il existe donc une différence très nette entre l'hydrolyse acide et l'hydrolyse diastasique ; dans le premier cas, pro- portionnalité constante de la vitesse avec la concentration de la substance à dédoubler ; dans le second cas, dès qu'on atteint les concentrations moyennes, indépendance de la vitesse. Dans les deux cas, l'état final ne dépend pas du catalyseur, il obéit à la loi des masses actives. L'indépendance de la vitesse d'une action diastasique vis-à-vis de, la concentration de la substance attaquée a été mise en évidence pour la première fois par Du cl aux ; confirmée ensuite, pour l'invertine, la salicine (V. Henri), 190 ÉMILE-F. TERROINE la maltase (Terroine, 311), Tamylase (Ch. Philoche, 257) ; nous avons proposé de l'appeler loi de Diiclaiix (V. Henri, Ch. Philoche, E. Terroine, 134). En est-il de même dans le cas de Taction du suc pancréa- tique sur les corps à fonction éther? Remarquons tout de suite que le problème ne peut être étudié dans le cas de l'huile et, d'une manière plus générale, des corps gras naturels. Ces substances ne se dissolvent pas dans le suc pancréatique, mais donnent avec lui des émulsions ; le terme concentration n'aurait donc ici aucune signification. D'autre part, la chimie- physique nous apprend trop peu de choses sur la vitesse des réactions entre liquides non miscibles (1) pour que nous ayons pu songer un instant à étudier pour elle-même la marche de cette réaction (2). Mais l'étude, fort difficile pour les corps gras solubles, l'est moins pour les glycérides ou les éthers d'acides gras à faible poids moléculaire, ces corps, aussi bien que leurs produits de réaction étant parfaitement solubles dans l'eau. Nous l'avons donc tentée. On sait, et c'est là un fait classique sur lequel il est inutile d'insister, que, lors de l'hydrolyse par l'acide chlorhydrique d'un éther tel que l'acétate d'éthyle, «atout moment la vitesse de la transformation est proportionnelle à la quantité d'éther présente » (3). La saponification de l'éther par l'acide obéit donc à une loi identique à celle qui régit l'inversion du saccharose. Allons-nous retrouver, dans le cas du ferment, la même indépendance de la vitesse vis-à-vis de la concentration, au moins dans une certaine marge de concentrations? C'est ce que nous avons recherché en faisant agir le suc pancréatique sur la triacétine ou sur l'acétate de méthyle (4). (1) VoirMELLOR, Chemical Statics and Dynamics, Longmanns, Green and G", London, 1904, p. 135 et suiv. (2) Bradley [loc. cit.) a cependant étudié le cours de la saponification delà trioléine par le suc pancréatique lorsqu'on fait varier la quantité de trioléine. Il aboutit à la conclusion que « une quantité donnée de lipase peut, dans des conditions optimales, libérer une quantité définie d'acides gras de la trioléine, indépendamment de la masse de cette dernière ». (3) Walker, Introduction to physical Chemistry, Macmilan and G", London, 1903, p. 267. (4) Au cours de leurs recherches sur les lipases, Kastle et Lœvenhart ont envisagé la question qui nous préoccupe ici; mais leurs expériences ont porté uniquement sur des extraits aqueux de foie, non sur la lipase du pancréas. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 19t Il convient toutefois de noter qu'on se heurte ici à une assez grosse difficulté. Comme nous le verrons plus loin, le suc pan- créatique agit à peine sur les éthers ou les glycérides d'acides gras à faible poids moléculaire; il faut, pour obtenir une action significative, lui ajouter des sels biliaires. C'est ce que nous avons fait, considérant comme un tout unique le mélange actif, suc et sels biliaires. Mais il ne faut pas se dissimuler que cette manière de faire soulève de graves critiques. L'une des plus importantes, et nous verrons qu'elle explique peut- être une partie des phénomènes observés, c'est que la précipi- tation des substances albuminoïdes du suc est très marquée lorsqu'il y a présence simultanée d'acides gras et desels biliaires. Dans l'impossibilité d'agir autrement, nous avons cepen- dant cru qu'il pouvait être intéressant de poursuivre ces re- cherches, dont les résultats sont groupés dans les tableaux LXII et LXIII. TABLEAU LXII Influence de la concentration en triacétine svir la vitesse de la saponification. (Les chiures représentent des centimètres cubes ^e NàOH N20} CONCENTRATIONS. M/2.0. M/o. .M/ in. M/i'o. Expérience I. Expérience II. 30 min. 4,7 3,3 1,9 1 h. 35 7,4 4,9 3,0 3 h. 50 10,5 6,7 3;8 7 h. 35 11,6 8,1 4,1 35 min. 5,9 4,1 2,3 1 h. 20 9,0 6,0 3,8 4 h. 20 10,4 7,6 6,7 23 h. 10 10,4 7,9 6,7 concentrations. M/1',5. M/5. M/ lu. M/20 Expérience III. 45 min. 2 h. 25 6 h. 50 27 h. 45 1,3 2,1 3,0 3,0 0,8 1,9 4,0 5,4 Expérience V. 6,8 10,1 10,6 10,6 4,8 7,3 7,3 7,3 3,3 6,2 6,4 6,5 Expérience IV. 40 min. 11,5 8,0 4,9 3 h. 20 13,8 10,8 9,0 6 h. 45 13,8 10,8 9,0 23 h. 35 13,8 10,8 9,1 35 min. 2 h. 50 7,4 13,0 5,0 8,4 3,8 5,7 2,5 4,3 1 5 h. 50 7 h. 15 17,1 19,4 10,2 11,4 6,8 7,2 2,2 3,9 5,6 5,7 3,; 6,4 6,9 7,0 4,4 4,6 92 EMILE-F. TERROINE TABLEAU LXIII Influence de la concentration en acétate de méthyle sur la vitesse de la saponification. (Les chiffres représentent des centimètres cubes de NaOH N20) 40 min. 1 h. 35 4 h. 55 24 h. 30 CONCENTRATIONS. - M. 5 Expérience T. 1 h. 50 5,4 3,7 1,8 3 h. 25 8,1 7,8 4,7 6 h. 50 8,2 8,0 7,0 23 h. 35 8,2 8,0 7,5 Expérience II. iO min. 1,7 0,8 0,4 2 h. 50 4,5 2,8 1,4 5 h. 6,3 4,1 2,0 7 h. 10 7,0 4,4 2.0 Expérience III. 45 min. 1,7 0,6 0,3 1 h. 40 3,1 1,4 0,6 4 h. 30 6,4 3,2 1,6 120 h. 13,7 13,3 10,0 Expérience IV. 3,9 7.9 9,6 9,6 2,9 6,3 9.5 9,5 1,8 4,2 7,5 9,7 1,0 2,8 4,4 6,3 0,2 0,7 1,0 1,0 0,9 2,3 5,0 9,3 50 min. 1 h. 55 5 h. 15 50 min. 1 h. 50 2 h. 15 30 h. 50 35 min. 1 h. 15 3 h. 55 27 11. ^j5 concentrations. l''- M. Expérience V. 4,4 5,3 5,4 2,2 4,3 5,4 1,6 3,0 4 8 Expérience VI. )) 4,2 2,6 >) 6,6 4,3 )1 6,6 6,3 » 6,6 6,5 Expérience VI I. 2,4 1,2 0,6 4,0 2,3 1,2 4,3 3.1 2,7 4,4 3,5 3,0 Expérience VIII. 30 min. 2.2 1,6 1,4 1 h. 35 3,8 3,2 2,1 4 h. 25 3,8 3.9 3,5 8 h. 50 3,8 3,9 3,9 1,3 1,8 4,0 1,8 2,4 4,5 6,0 0,3 0,6 1,3 2,2 0,7 1,5 2,5 3,8 Les deux séries d'expériences établissent d'une manière concordante que, contrairement à ce qu'on observe dans le cas des autres ferments, la vitesse augmente régulièrement avec la concentration de la substance à dédoubler. Dans le cas de la triacétine, l'augmentation de vitesse n'est pas pro- portionnelle à l'augmentation de concentration, elle croît moins rapidement que cette dernière. Mais, par contre, dans le cas de l'acétate de méthyle, nous pouvons observer une proportionnalité frappante dans toutes les premières heures de la réaction. L'expérience III est particuhèrement typique à cet égard. La saponification débute donc ici, dans le cas PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQIES 193 du ferment, exactement comme dans le cas de Tacide. C'est là le premier fait à retenir. Il y en a un second, aussi frappant : après un certain temps d'action, les valeurs trou- vées, quelles que soient les quantités initiales de substance mises en jeu, tendent à s'égaliser. Si l'expérience est suffi- samment prolongée, après un certain temps, les quantités d'acide formées, c'est-à-dire les quantités de substances sapo- nifiées, sont les mêmes, et la réaction ne progresse plus. Dans le cas des expériences IV, VI et VIII avec l'acétate de mé- thyle, nous aboutissons à des chiffres identiques, dans les autres à des chiffres très voisins, et cela pour des concentra- tions variant de M/5 à 8 M/5. Les expériences avec la trip- cétine, quoique poursuivies moins longtemps, nous montrent un phénomène de même ordre ; après un certain temps, toutes les courbes d'action tendent à se rejoindre. Nous aboutissons donc à ce résultat paradoxal : lorsque la réaction s'arrête, la quantité de substance saponifiée est tou- jours la même pour un suc donné, quelle que soit la concen- tration. Par contre, cette quantité, qu'on s'attendrait à trou- ver toujours la même dans toutes les expériences pour une même concentration, on la voit varier lorsque le suc varie. Si l'on acceptait sans discussion un tel résultat, on serait amené à affirmer, ce qui est à l'opposé de tout ce que nous savons, que la position de l'équilibre est sous la dépendance de la qua- lité du catalyseur présent et non des masses actives. A la vérité, un tel phénomène n'est pas absolument unique dans l'histoire des ferments, et Iscovesco (153) l'a déjà ren- contré au cours de ses recherches sur la catalase. Lorsqu'on fait agir une même quantité de ferment sur des quantités croissantes d'eau oxygénée, on constate que la réaction s'ar- rête pour une même quantité d'eau oxygénée décomposée ; par contre, des quantités variables de catalase décomposent des quantités variables d'eau oxygénée. Frappé de ces faits, Iscovesco les rapporte en disant que la catalase paraît agir bien plus comme un acide qui neutraliserait une base que comme un ferment. Au cours de recherches encore inédites sur la catalase hépatique, nous avons observé les mêmes faits, et nous pou- ANN. DES se. NAT. ZOOL., 10» série. IV, i?> 194 ÉMILE-F. TERROINE vons confirmer entièrement les observations d'IscovESCo. On trouvera réunis ci-dessous, à titre d'exemple, les résultats de trois expériences montrant que, quelle que soit la quan- tité d'eau oxygénée mise en jeu, la quantité décomposée lors de l'arrêt de la réaction est toujours la même. Quantité initiale de H^ )^ Ouanlité île Il«j^ , décomposée lors de l'arrêt de la réaction. EXPÉRIEN'CE I. 0mg^44 Oing,12 Omg^21 0nig,12 Expérience II. Omg,75 Omg,l3 0'»g,37 0'"g,10 Expérience III. 0™s,70 0">g,20 Omg^Si 0'»g,199 Omg^l7 Décomposition totale, Pour n'être pas isolé, le fait n'en est pas moins curieux, puisqu'il tendrait à nous faire croire que certaines actions catalytiques se comportent d'une manière entièrement diffé- rente de toutes celles que nous connaissons jusqu'à ce jour. Un examen rapide nous montrera qu'il n'y a là qu'une aber- ration apparente. Qu'il s'agisse de l'eau oxygénée ou qu'il s'agisse de l'acé- tate de méthyle, lorsque, après l'arrêt de la réaction, on ajoute une nouvelle quantité de substance, la réaction ne repart pas ; elle repart au contraire si l'ori ajoute du ferment. En fait, dans les deux cas, l'arrêt de la réaction est dû non pas à un équilibre réel, mais à la disparition du ferment. La catalase se détruit rapidement, en dehors même de la présence de H^O^, à 30^. Quant à la lipase, elle est tout simplement pré- cipitée par les acides formés qui agissent très énergiquement en présence de sels biliaires. On comprend ainsi : 1° que, pour un même suc, la réaction s'arrête pour une même quantité d'acide formée, car c'est cette quantité qui précipite totale- ment le ferment ; 2^ que, pour des sucs différents, la réaction s'arrête à des niveaux différents, puisqu'il faudra des quan- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 195 tités différentes d'acide pour précipiter les quantités diffé- rentes d'albumine. Nous retiendrons donc de cette étude deux points : 1^ La vitesse de la saponification de l'acétate de méthyle par la lipase varie proportionnellement à la concentration, ce qui rapproche l'action de ce ferment de celle des acides et l'éloigné de celle des diastases, telles que la maltase, l'inver- tine, l'amylase, etc.; 2° Lorsqu'on fait agir un mélange de suc et de sels biliaires sur l'acétate de méthyle, la réaction s'arrête pour une quan- tité déterminée d'acide formée, indépendante de la concen- tration en acétate de méthyle, mais variable suivant le suc employé. Cette dérogation apparente à la loi des masses est due à la précipitation des albumines et, par suite, du ferment, par l'acide acétique en présence de sels biliaires. § C. — Action de la température. Tout phénomène chimique, toute action catalytique subit l'influence de la température ; mais cette influence est par- ticulièrement importante lorsqu'il s'agit d'une catalyse exercée par un élément d'origine biologique, par un ferment soluble. Dans ce cas, en effet, nous avons affaire à des actions de sens inverse : tandis que l'élévation de température tend à augmenter la vitesse de l'action exercée, en même temps elle agit directement sur le ferment pour en diminuer et, à un cer- tain degré, pour en supprimer l'activité. Deux points distincts doivent donc être successivement envisagés lors de l'étude de l'action qu'exerce la température sur un ferment, dans le cas qui nous occupe, sur le pouvoir lipasique du suc pancréatique. -Tout d'abord, on sait que l'une des caractéristiques ac- tuelles ci-dessus rappelées du catalyseur d'origine biologique, du ferment soluble, c'est la thermolabilité. Il suffit de chauffer une solution diastasique ou un suc naturel diastasifère pen- dant un temps donné à une température donnée pour lui supprimer tout pouvoir. Des observations ont été apportées sur ce point, en ce qui 196 ÉMILE-G. TERROINE concerne la lipase du sang, par Hanriot, Achard et Camus, Duclaux ; mais il va de soi qu'elles ne sont pas directement acceptables pour la lipase du suc pancréatique. Tout d'abord, il existe entre les deux ferments une difïé- rence fondamentale : dans le cas du suc pancréatique, il s'agit d'une diastase agissant sur les graisses naturelles du groupe de la stéarine, de la palmitine, de l'oléine, etc., alors que le sang n'exerce d'action que sur des éthers d'acides gras inférieurs, tels que la monobutyrine. D'autre part, il nous parait vraisemblable que le degré de thermolabilité dépend pour une part importante de la teneur en albumines, en élec- trolytes, de la réaction du liquide étudié. Pour toutes ces raisons, et comme au moment où nous avons entrepris ces recherches sur la digestion des corps gras aucune précision n'avait été apportée sur la sensibilité à la chaleur de la lipase du suc pancréatique, nous avons entrepris une série d'expériences ayant pour but de déterminer exactement la température qui abolit toute action lipasique, c'est-à-dire préciser la sensibilitc du suc pancréatique à la chaleur en ce qui regarde la lipase (1). Ce premier point une fois établi et la température limite' de résistance du ferment une fois déterminée, nous pourrons alors jDasser à l'examen de la seconde question : au-dessous de la température limite qui détruit le ferment, quelle est l'influence de la température sur la vitesse de la saponifi- cation ? Insensibilité delà lipase à la chaleur. — Pour déterminer cette sensibilité, nous avons opéré de la manière suivante : des prises de suc pancréatique d'un volume de 5 centimètres cubes sont placées dans des thermostats à 40o 45°, 50o, 55*^, 60° et 65° pendant dix ou trente minutes. Le chauffage ter- miné, on ajoute à tous les échantillons chauffés, ainsi qu'à un échantillon de même suc non chauffé qui constitue le témoin, (1) Au moment de la publication des premiers résultats de notre étude (7 décembre 1909), nous avons eu connaissance du travail de Bradley paru en mai 1909 et portant sur le suc pancréatique humain. Bradley apporte dans son mémoire deux précisions : 1° le ferment lipasique est rapidement tué à 60"; 2° la vitesse d'action du suc sur l'huile augmente de 0° à 30" et dimi- nue rapidement ensuite. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 107 1 centimètre cube d'huile d'olive. Tous les mélanges ainsi pré- parés sont placés au thermostat à 40» le plus souvent pen- dant six heures, d'autres fois huit heures ou trente heures trente. Au bout de ce temps, on détermine l'acidité formée à l'aide d'une solution N/20 NaOH. Les essais ont porté soit sur le suc seul, soit sur un mélange de suc et de sels biliaires. Les résultats en sont résumés dans les tabbaux LXIV et LXV. TABLEAU LXIV Sensibilité à la chaleur du suc pancréatique seul. DURÉE ExP. I. Exp. II. Exp. III. Exp. IV. Exp. V. TEMPE- de cliaii liage Durée Dui'ée Durée Durée Durée RATURE. en d'action : d'action : d'action : d action : - d action : minutes. Oh. 6 h. h. 3(1 h. 3(1. s 11. Témoin non chauffé. » 14,3 24,5 18,8 25,6 13,2 45 10 » 22,8 16,0 16,9 8,2 45 30 ), )) 14,9 » » 50 10 „ 12,0 10,9 13,5 4:7 50 30 » « 3.0 » » 55 10 )) 0,4 0,6 1,8 1,4 60 10 4,5 0,0 )) 1,3 1'^ 65 10 0,4 » » » 0,2 TABLEAU LXV Sensibilité à la chaleur du suc pancréatique additionné de sels biliaires (conc. en sels biliaires : 5 p. 100). DURÉE Exp. I. Exp. II. Exp. III. Exp. IV. Exp. V. TEMPE- de chauffage Durée Durée Durée Durée Durée RATURE. en minutes. d action : li h. d'action : G h. d aelion : 6 h. d action ; 3(1 h. 30. d action : 8 lu Témoin non (-hauffé. » 14,4 20,5 5,9 25,7 13,6 45 10 » 14,0 3,8 6,8 11,1 45 30 » ')) 0,7 )) )) 50 10 )) 0.8 0,3 1,4 1,4 1 50 30 )) )i 0,3 " « 55 10 )) 0,4 0,1 0,7 0,7 60 10 0,1 0,2 » 0,7 0,6 . 65 10 0,0 0,0 » » » L^s conclusions qu'on peut tirer de l'examen des tableaux ci-dessus sont très nettes : •98 ÉMILE-F. TERROINE 1° Après chauffage à 65o pendant cinquante minutes, le suc pancréatique a toujours perdu tout pouvoir lipasique. Dans certains cas, ce pouvoir est déjà entièrement aboli (expérience II) par un chauffage à 60°; 2" La lipase présente une très grande sensibilité vis-à-vis du chauffage. Le maintien du suc à 45^ pendant dix minutes affaiblit déjà notablement la propriété lipasique (1); 3° La sensibilité à la chaleur est nettement plus marquée lorsqu'on a affaire à un mélange de suc et de sels biliaires que lorsque l'action s'exerce sur le suc pur. Dans le cas du suc activé, nous voyons disparaître presque totalement le pou- voir lipasique par un chauffage de dix minutes à 50°, de trente minutes à 45o, alors que, dans les mêmes conditions, le suc seul conserve encore une activité notable. Il y a là un fait qui montre l'action immédiate exercée par les sels biliaires sur la lipase, fait sur lequel nous aurons à revenir lorsque nous discuterons le mode d'action des sels biliaires. 2" Action de la température sur la vitesse de la saponification. — Nous avons vu, par les essais précédents, qu'à 60° la hpase est supprimée, à 55o elle est très peu active. Nous avons donc fait porter nos essais sur des températures inférieures à 55o, soit 0°, 15°, 26° et 54o. Les recherches ont porté soit sur l'hydrolyse de produits solubles (triacétine et butyrate d'éthyle), soit sur la saponification de l'huile d'ohve. (1) Peu de temps après la publication des prinripaux faits rapportés dans le présent paragraphe, en mai 1910, Visco (330, 331), au cours d'une étude sur la sensibilité à la chaleur de la lipase et de l'amylase du suc pancréatique, constate que la lipase perd son activité par le chauffage du suc pendant quelques heures a 390-410. C'est là un fait qui corrobore nos observations relatives à l'atteinte déjà notable que subit le ferment à 45o pour une durée de chauffe de trente minutes. D'autre part, il note que cette influence ne s'exerce plus entre 39° et 41°si le suc est préalablement mélangé avec l'huile ; or, on trouvera dans le paragraphe suivant des expériences montrant la parfaite activité du suc à 40o • cette seconde constatation de Visco confirme donc nos observations. Enfin Visco observe que la lipase pancréatique se détruit lentement à la tempéra- ture ordmaire : c'est la encore un fait également signalé par nous. Les conclusions de Visco constituent donc une confirmation de l'ensemble de nos résultats sur ces points. Plus récemment, Mellanby etWooLEV [loc. cit.) confirment l'ensemble de nos conclusions: Jdimwiution de 50 p. 100 du pouvoir lipasique du suc par chauffage a 50» pendant dix minutes ; destruction par chauffage à 60° pen- dant cinq minutes. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES CRASSES KT LIPOIDIQUES 199' Enfin les recherches précédentes nous ayant montré une différence nette entre les atteintes que subissent par la cha- leur le suc seul et le suc additionné de sels biliaires, nous avons ici encore fait porter nos recherches tantôt sur le suc seul, tantôt sur le suc activé. Dans chaque expérience, on prépare le nombre nécessaire de mélanges identiques dans des tubes à essais. Ces tubes sont placés dans des thermostats maintenus à la tempé- rature voulue. Pour déterminer la courbe de vitesse, on dose, dans des tubes prélevés après une heure, une heure vingt, sept heures et demie, et vingt-trois heures, l'acidité formée à l'aide d'une solution N/20 NaOH. TABLEAU LXVI Action sur la triacétine. (Chaque tube à essai contient 1 centimètre clibe de suc et 0^^,25 de triacétine. Dans Vexpérience n^ I , chaque tube contient en outre 9 centimètres cubes d eau et, dans Vexpérience »« //, 9 centimètres cubes d'une solution de sels biliaires à 0,5 p: 100.) TEMPÉ- RATURE. Exp. I (suc seul). Exp. II (suc + sEi,s biliaires). 1 h. 3 h. "20. 7 h. 30. 2:\ h. \ h. 3 h. ->l). 7 h. 30. :.'3 h. 54 40 26 15 1,0 3.8 3,6 1,1 0,6 1,4 . 8,2 8.0 4,6 1,1 1.4 8,8 8,5 4,7 1,5 1,4 » 15,5 10,3 0,7 11,9 8.2 5.3 1,2 1,4 19,4 16,8 10,5 3,5 1,4 19,7 21,8 14,6 7,5 1,4 22,8 21,5 13,2 TABLEAU LXVII Action sur le butyrate d'éthyle. (Mêmes indications quantitatives que dans le tableau LX\ I. Exp. I (suc seul) Exp. II - (SUC-fSELS biliaires). tempe- rature. 1 11. 3 h. 20. 7 h. âo. -'3 h. 1 h. 3 11. :iO. 7 h. 30. l'3 h. 54 0.0 0,6 1,2 ,1 2,6 4,2 30,2 26,4 19,8 9,8 9,4 40 0,4 0,8 4,8 » 28,0 » 26 0,6 9,0 10,6 12,8 18 12, '2 5,8 82,0 22.2 28,4 15 0,6 3,8 11,2 14,4 13,0 29,4 0,4 0,8 3,4 6,8 5,0 16, 200 EMILE-F. TERROINE Les résultats obtenus sont consignés dans les tableaux LXVI, LXVII et LXVI II, dans lesquels les chiffres expriment le nombre de centimètres cubes de NaOH N/20 utilisés pour neutraliser l'acidité formée. TABLEAU LXVI II Action sur l'huile. {Chaque tube à essai contient 2 centimètres cubes de suc, 2 centimètres cubes d'huile d'olive ; en plus, 6 centimètres cubes deau dans rexpérience 1,6 cen- timètres cub;s de sels biliaires à 5 p. 100 dans V expérience II.) ExP. I (suc SEUL). ExP. Il (suc + SELS BILI.MRES). TEMPE- RATURE. --- ^- — . " i h. ;i h. 2(1. 7 h. :iii. L'.i h. \ h. 3 h. i'(i. 7 h. 311. i3 h. 54 0,9 1,8 2,3 jj 0,5 1,1 1,1 1,3 40 6,6 10,3 14,0 23,3 22.1 25,5 30,7 )) 26 6.3 10,2 13,4 18,6 14,9 22,2 25,1 27,9 15 2,9 4,7 5,4 8,0 10,7 16,4 19,3 » 1,0 1,1 1,4 2,9 » 6,4 7,0 7,8 De l'examen des tableaux précédents, un certain nombre de faits apparaissent : 1^ Pour une température de 54°, la saponification est presque nulle, ce qui est conforme à ce que nous avons vu antérieurement (1) ; 2^ A 0° on observe une action saponifiante qui, pour être faible, n'est nullement négligeable; 30 Dans nos essais, la température optimale est de 40° ; il y a toutefois lieu de noter qu'entre 26° et 40° les différences de vitesse ne sont pas considérables (2); (l)Lorsdela première publication de ces résultats, paraissait simultanément ( 31 décembre 1909) un travail deSLOSSE et Limbosch (295), qui aboutit à la même conclusion : « à 54° le ferment est tué ». Toutefois, si l'on regarde les chifîres donnés par eux et mesurant l'action du suc sur une émulsion de jaune d'œuf, on constate une très légère action. Les faits apportés par Slosse et Limbosch corroborent donc complètement ceux que nous avions signalés indépendam- ment et simultanément. (2) Slosse et Limbosch [loc. ctL),dans le travail dans lequel il est fait allu- sion ci-dessus, concluent que «l'activité du ferment atteint un maximum à 36°». Cette conclusion, bien que vraisemblable, ne peut être considérée comme éta- blie par leur travail, puisque ces auteurs n'ont fait aucune mesure au-dessous de 36°. D'autre part, toutes les mesures faites par eux l'ont été seulement après PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 201 40 L'action de la température est à peu près identique lors de la saponification de la triacétine, du butyrate d'éthyle et de l'huile. Il y a là un fait qui mérite d'attirer l'attention ; en effet, les deux premiers corps sont en solution; le troisième est simplement émulsionné. Or la viscosité de l'émulsion diminue considérablement lorsque la température s'élève de 0° à 40°. Si donc la vitesse d'action du ferment était sous la dépendance, comme le veulent certains auteurs, de la viscosité, nous devrions observer, dans le cas de l'huile, une accélération bien plus grande de la saponification que dans le cas de la triacétine, substance dissoute sur laquelle les variations de viscosité devraient influer beaucoup moins. L'absence de différence nous semble indiquer que le facteur viscosité a bien peu d'importance par rapport à la vitesse de la réaction chimique elle-même. § D. — Action de la réaction dii nillîou. Il n'est pas douteux que les ferments pancréatiques, lors- qu'ils agissent sur le contenu intestinal, le font dans un milieu dont la réaction n'est pas celle du suc lui-même, mais résulte de la neutralisation progressive que subit le bol alimentaire acide à sa sortie de l'estomac, du fait de l'intervention des sécrétions alcalines de l'intestin et des glandes annexes. On sait, en effet, et cela surtout d'après les recherches de Cannon, que le passage du bol acide de l'estomac dans l'in- testin, en même temps qu'il détermine par son contact avec la muqueuse duodénale la fermeture du pylore, provoque un afflux des sécrétions et particulièrement du suc pancréatique. Mais la neutralisation est loin d'être immédiate ; depuis long- temps, on sait que le contenu du duodénum peut rester acide sur un assez long parcours. C'est là un fait sur lequel a vivement insisté Cl. Bernard, ayant constaté chez un supplicié décapité en pleine digestion une durée d'action de douze heures. Or raction la plus importante à étudier, dans le cas de la température, comme dans celui de tout facteur agissant sur une catalyse, c'est l'action sur la vitesse ; les mesures faites par Slosse et LiMBoscH ne nous apportent pas d'indication à cet égard. 202 ÉMILE-F. TERROINE d'aliments mixtes que « la réaction du duodénum était acide » et, chez les animaux carnivores, que Témulsion des graisses « a toujours lieu dans l'intestin au sein d'un liquide à réaction acide » {Mémoire sur le pancréas, p. 55). Bernard pose même la question de l'origine de cette réaction. « C'est peut-être à la présence d'une quantité de graisse plus ou moins consi- dérable que la viande doit de donner lieu à une réaction con- stamment acide dans l'intestin pendant la digestion chez les Carnivores ou les OmmYOve?,)) {Mémoire sur le pancréas, p. 137). La présence d'un contenu à réaction acide dans l'in- testin a été fréquemment observée depuis [Cash (62), Gley et Lambling (121), Moore et Rockwood (230)]. Or, on connaît la très grande sensibilité que manifestent les ferments vis-à-vis des variations do réaction du contenu intestinal. Cette réaction conditionne deux faits de grande importance dans la digestion normale : 1*^ L'amylase présente son maximum d'activité pour une réaction voisine de la neutralité, exactement pour une réac- tion qui correspond a la neutralisation des neuf dixièmes de l'alcalinité du suc (Bierry, 32); 2^ La simple neutralisation du suc y fait apparaître un nou- veau ferment : 1?. maltase. En milieu neutre ou légèrement acide, le suc transforme rapidement l'amidon en glucose, c'est-à-dire le conduit jusqu'au stade ultime de la digestion, alors qu'en présence de la réaction alcaline naturelle du suc l'hydrolyse ne dépasse pas le stade maltose (Bierry et Ter- roine, 35, 36). Il convenait donc d'étudier l'influence des modifications de réaction sur les propriétés saponifiantes du suc, et cela en se guidant sur ce qui se passe dans l'intestin, c'est-à-dire rechercher tout d'abord ce que devient le pouvoir lipasiquë lorsque le suc est neutralisé ou même légèrement acidifié, rechercher ensuite les variations de ce pouvoir lorsque, après neutrahsation initiale du suc, il y a réalcalinisation pro- gressive. 1° Influence des réactions neutre et acide sur la lipase. — Du suc pancréatique est très exactement neutralisé au tour- nesol à l'aide d'une solution diluée d'acide chlorhydrique oie PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 203 d'acide acétique. On y ajoute ensuite des quantités variées d'acide chlorhydrique ou d'acide acétique, de manière à obtenir les concentrations cherchées, et on fait agir les divers sucs ainsi modifiés sur l'huile. Il va de soi que, dans les dosages, nous avons tenu compte des quantités d'acide introduites. Les résultats sont consignés dans le tableau LXIX. TABLEAU LXIX Influence de la réaction neutre et de réactions acides progressivement croissantes sur la lipase du suc pancréatique. (Tous les mélanges contiennent 5 centimètres cubes d'huile. Les nombres donnés sont des centimètres cubes de NaOH N j 10. La neutralisation des acides formés par saponification totale aurait nécessité 156'"',25. Durée d'action, six heures). Expérience I. Expérience II. CONCENTRATIONS. _— — — _ — - ■~ — Acide acéli([aL'.^ Acide acéliiiuc. Aci'ie clilorliy(lri(|iie. 12,8 25,6 25,6 N/750 9,4 » » N/300 5,9 20,9 25,0 N/150 4,3 » 17,0 N/45 ), 1.5 3,0 N'/15 )) 0,0 0,0 De ces chiffres, il ressort : 1° Que le suc pancréatique en milieu neutre, et même légè- rement acide, conserve un pouvoir lipasique qui n'est pae; négligeable. L'attaque des graisses peut donc commencer dès l'arrivée du contenu gastrique dans l'intestin; 20 Que, lorsque la réaction acide augmente, le pouvoir lipa- sique décroît, quoique assez lentement, et est annihilé pour une concentration intermédiaire entre N/45 et N/15. Ces faits une fois établis, et sûrs maintenant que la réaction du suc sur le chyme acide n'en supprime pas l'action hpoly- tique, il nous faut examiner co que cette action va devenir au cours d'une réalcalinisation progressive. 2» Influence sur la lipase de l'alcalinisation du suc consécutive à une neutralisation. — Comme dans les essais précédents, nous avons très exectement neutralisé le sue par l'acide chlorhydrique, en employant une solution étendue. 204 EMILE-F. TERROINE Au liquide neutre ainsi obtenu, des quantités variables de soude titrée ont été ajoutées, de manière à avoir des mélanges à réaction alcaline progressivement croissante. Nous avons tenu compte, dans les dosages, de la quantité d'alcali initiale- ment introduite. Des premiers essais nous ayant montré qu'en proportions équivalentes le carbonate de soude et la soude se compor- taient d'une manière absolument identique, nous avons uti- lisé la soude dans nos essais, dont les résultats sont réunis dans le tableau LXX. TABLEAU LXX Influence d'jne alcalinité progressivement croissante sur la lipase. (Conditi'^ ts identiques à celles des expériences rapportées dans le tableau LXIX.) CONCENTRATIONS en NaOH. Exp. I. Exp. II. Exp. III. Exp. IV. Exp. V. 3.2 1.6 4,2 8,5 14.4 N/300 )i 2,1 8,5 36,5 50.1 N/150 13,6 10.8 25.3 75,7 70,6 N/lOO 1,5 3.9 10.6 57,0 62.4 N/75 0,4 1.1 2.6 6.5 4,6 N/60 0,0 0.4 0.9 0,0 2,0 N/30 )) 0,0 0,0 0,0 Un fait frappe dès l'abord : c'est que le suc ne subit pas impunément ces modifications successives. Nous constatons en effet que, pour une réaction alcaline de N/30, le suc n'est plus actif. Or, le suc normal actif présente une alcalinité totale en CO^Na- beaucoup plus élevée. Il se peut que, dans le suc normal, les substances qui lui donnent son alcalinité soient engagées dans des combinaisons qui tendent à masquer une partie de cette alcalinité, de sorte que l'alcalinité actuelle serait beaucoup plus faible que celle que donne le dosage de l'alcalinité totale. Rappelons à ce sujet que Foa (102), étudiant la réaction des liquides de l'organisme à l'aide de la méthode électrométrique, assigne au suc pancréatique une alcalinité actuelle correspondant à une solution de NaOH comprise entre N/ 100000 et N/300 000. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LTPOIDIQUES 205 Un second point qui se dégage nettement est que le fer- ment préfère une réaction alcaline légère à la réaction neutre OU acide ; en outre, le ferment montre une sensibilité très marquée vis-à-vis de l'alcalinité, puisque le passage de la neutralité à une concentration N/i50 en NaOH a, dans cer- tains cas, décuplé l'action. Enfin il convient de noter l'existence d'un optimum de réaction au voisinage deN/150. Il est très vraisemblable qu'ici, comme dans le cas de l'amylase, la réaction optimale est une réaction alcaline beaucoup moins intense que celle du suc. Dans les deux cas, le ferment trouve dans l'intestin des con- ditions d'action éminemment favorables. S^L'influence favorable de la réaction alcaline s'explique- t-elleuniquementpar lameilleure émulsion des corps gras? — Quel est le mécanisme de l'action favorisante de la réaction alcaline? En modifiant la réaction, on modifie l'état de la substance à saponifier: si la réaction est acide ou neutre, pas d'émulsion de l'huile; si la réaction est alcaline, émulsion d'autant plus fine, d'autant plus stable que l'alcalinité est plus élevée. Or, l'état de l'émulsion conditionne évidemment la grandeur do la surface de contact entre l'huile et le fer- ment >et peut m.odificr par là même le cours de la réaction. Les phénomiènes observés ne tiennent-ils donc pas tout sim- plement à la différence d'état physique des mélanges? Tout d'abord, s'il en était ainsi, si la qualité de l'émulsion expliquait tous les phénomènes, nous n'aurions pas un opti- mum d'action pour une concentration en NaOH bien déter- minée. On peut cependant penser que la position de cet opti- mum est la résultante de deux actions de sens inverse : accélération provoquée par l'augmentation de finesse de l'émulsion, inhibition exercée sur le ferment lui-même par les concentrations croissantes de soude. S'il en est bien ainsi lorsqu'on réalisera dans tous les mélanges une émulsion de même qualité, l'accélération devra tendre à disparaître, ou tout au moins l'optimum, se déplacera. Nous avons donc essayé de diminuer, sinon d'éliminer totalement, la part qui pouvait revenir à des différences dans la surface de contact. Pour cela, nous avons répété des expériences analogues 206 ÉMILE-F. TERROINE aux précédentes avec du suc neutralisé et des sucs contenant des quantités croissantes de soude, mais en soumettant les mélanges à une agitation violente et continue. TABLEAU LXXI Influence d'une alcalinité progressivement croissante sur la lipase lors de l'agitation continue des mélanges en digestion. (Conditions identiques à celles des expériences rapportées dans les tableaux LXIX et LXX.) CONCENTRATIONS en NaOH. Expérience I. Expérience II. N/300 N/150 N/75 N/45 N/15 9,9 15,2 25,9 20,7 7,9 0.0 12,8 21,8 23,5 21,3 0,7 0,0 Les résultats consignés dans le tableau LXXI montrent une persistance de l'accélération, laquelle est toutefois moins importante que dans les cas précédents. D'autre part, l'op- timum d'action se retrouve toujours pour une même concen- tration en NaOH de N/150. Nous nous croyons donc en droit d admettre que, si la réaction peut modifier l'état physique de la substance à dédoubler et, par là même, dans une cer- taine mesure, le cours de la saponification, elle n'en exerce pas moins une influence directe sur l'action diastasique elle- même. Au total, nos recherches sur ce point permettent d'établir que : 1° Le suc pancréatique peut dédoubler les corps gras en milieu neutre, acide ou alcalin ; 2° La saponification est la plus intense en milieu légère- ment alcalin ; 3° Le suc pancréatique après neutralisation puis réalcalini- sation, — phénomènes qui doivent certainement s'accom- plir dans le tube digestif, — ■ possède un pouvoir lipolytique énergique ; PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIl'OIDIQUES 207 4^ La condition favorable créée par la présence d'une petite quantité d'alcali n'est pas due uniquement, à beaucoup près, à une simple modification de l'émulsion, mais doit être rap- portée, pour une part importante, aune influence directe sur la réaction de saponification elle-même. § E. — Action des produits de réaction. Les recherches mémorables de Berthelot et Péan de Saint-Gilles ont établi que la saponification d'un éther par l'eau se ralentissait peu à peu pour aboutir à un état d'équi- libipe entre l'éther et l'eau d'une part, l'alcool et l'acide formés d'autre part. Les chercheurs tels que Dîetz (82), qui se sont préoccupés particulièrement de la cinétique de la saponification par les ferments, ont retrouvé un tel équihbre. Il résulte de cet état d'équilibre, dont la position est commandée par la loi des masses actives, que, si l'on ajoute à un mélange d'éther et d'eau une certaine quantité d'alcool ou d'acide, on ralentira !a vitesse de la réaction en même temps qu'on diminuera la quantité totale de substance saponifiée. D'autre part, nous savons que, lorsque l'adjonction de pro- duits de réaction modifie la vitesse d'une action diastasique, chaque produit formé intervient très inégalement, et il est impossible de savoir a priori lequel exerce l'action inhibi trice la plus marquée : c'est ainsi, par exemple, que, dans l'hydrolyse du saccharose par l'invertine, l'action ralentis- sante des produits de réaction doit être rapportée presque uniquement au lévulose (V. Henri, loc. cit.). 11 y a donc lieu d'étudier séparément les divers produits formés au cours d'une réaction. Quels sont donc ces produits dans le cas qui nous préoccupe? Lorsqu'un corps gras, c'est-à-dire un triglycéride, e3t sou- mis à l'action d'un agent saponifiant, quelles que soient la nature de cet agent et les conditions de la saponification, il est toujours finalement transformé en 1 molécule de gly- cérine et 3 molécules d'acides gras, suivant la formule :générale : 208 ÉMILE-F. TERROINE CH2— O— R CH20H CH — O— R+3H20=CH 0H+3R0H. CH-^— O— R CH^OH Mais, comme l'ont fait observer Geitel (190) et Lew- KowiTSCH (116), la réaction ci-dessus n'est que la somme des trois réactions successives : 1 mol. triglycéride -f- 1 mol. eau = 1 mol. diglycéride + 1 mol. ac. gras. 1 mol. diglycéride + 1 mol. eau = 1 mol. monoglycéride + 1 mol. ac. gras. 1 mol. monoglycéride + 1 mol. eau = 1 mol. glj'cérine + 1 mol. ac. gras. D'autre part, lorsqu'on fait agir la lipase du suc pancréa- tique, on opère toujours en- présence de quantités d'alcali non négligeables, que le suc apporte avec lui. Avant donc l'ap- parition d'acide libre dans le milieu, il se forme une certaine quantité de savon. Dans l'étude de l'influence que peuvent exercer les pro- duits de la réaction, nous aurons donc à envisager d'abord les produits intermédiaires, ensuite les produits terminaux, c'est-à- dire : 1^ Les di et monoglycériden ; 20 Les savons ; 3° Les acides grss ; 40 La glycérine. fo Action des di et monoglycérides. — a. Effet de l'ad- jonction A UN TRIGLYCÉRIDE DU DI OU DU MONOGLYCERIDE CORRESPONDANT SUR LA VITESSE DE SA SAPONIFICATION. L'adjonction de diglycéride ou de monoglycéride au triglycéride cor- respondant en modifie-t-elle la vitesse d'hydrolyse? Pour répondre à cette question, nous avons soumis à l'action du suc soit un triglycéride seul, soit le même triglycéride additionné du di et du monoglycéride de même acide. Une molécule de triglycéride donnant naissance à une molécule de mono et une molécule de di, nous avons donc utilisé dans nos mélanges des quantités équimoléculaires. D'autre part, pour éliminer les phénomènes intercurrents dus à la plus ou moins grande solubilité des corps employés, nous nous sommes adressés, dans la plupart de nos essais, à des substances solubles dans Feau et dont tous les produits de dédoublement étaient également solubles aux con- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 209 centrations envisagées : les acétines. Nous avons également, à titre de comparaison, réalisé quelques expériences avec les butyrines. Lorsque les expériences ont été très prolongées, comme c'est le cas de l'expé- rience IV (tableau LXXII), les essais ont été conduits aseptiquement. i TABLEAU LXXII Action de la mono et de la diacétine sur la saponification de la triacétine. (Chaque tube contient à Vorigine : 1^ une même quantité de suc et, le cas échéant, une même quantité de sels biliaires ; 2° soit 0^^,218 de triacétine, soit 0^^,176 de diacétine, soit 0^^,134 de monoacétine, soit un mélange de ces quantités. Dans tous les cas, le volume total de chaque essai est de 10 cen- timètres cubes. Les chiffres représentent des centimètres cubes de NaOH NI20. Pour neutraliser les acides formés par saponification totale, il faudrait pour la triacétine 60 centimètres cubes, pour la diacétine 40 centimètres cubes, pour la monoacétine 20 centimètres cubes de NaOH Nf20.) DURÉES. MONOACÉTINE. diacétine. TRIACÉTINE. MÉLANGE des glycéri -les; t EXPÉ RIENCE I (suc si .UL). 20 min. 0,1 0,2 0,5 1,1 50 min. 0,1 1) 2,0 3,5 1 h. 20 0,2 0,4 2,1 3,9 3 h. 50 0,1 0,4 2,4 4,4 Expérience II (suc + sels biliaires). 15 m. 0,3 „ 4,9 7,4 40 m. 0,5 » 7,9 7,2 - 1 h. 40 0,7 » 12,1 10,7 3 h. 50 1,2 » 15,1 12,5 Expérience III (suc + sels biliaires). 15 m. 0,3 y 3,7 4,3 40 m. 0,3 6,9 8,3 1 h. 40 0,3 )) 11,7 13,3 3 h. 50 0,3 " 14,5 15,4 Expérience IV (suc + sels biliaires). 24 h. 0,5 4,5 9,1 15,5 50 h. 30 0,5 5,7 10,4 16,0 72 h. 30 0,5 6,0 10,4 16,5 145 h. 0,8 6,3 10,7 17,4 166 h. 1,0 7,5 14,4 28,3 Enfm, le suc pancréatique seul attaquant fort peu les composés d'acides gras à faible poids moléculaire, nous lui avons adjoint, dans la plupart des essais, une certaine quantité de sels biliaires ; la comparaison des expériences dans lesquelles ces corps sont présents, avec celles dans /VNN. DES se. NAT. ZOOL., lO^ série. IV, 14 210 ÉMILE-F. TERROINE lesquelles le suc est employé seul, montre qu'on ne change en rien, ce faisant, le sens des résultats, mois qu'on acoentue simplement les phénomènes. On trouvera consignés dans les tableaux LXXII et LXXIII les résultats observés. •TA'BLEATJ LXXIII Action de la mono et de la dibutyrine sur la saponification de la tributyrine. [Conditions expérimentales identiques à celles indiquées dans le tableau LXXII. Quantités de substances mises en jeu: 0^^,302 tributyrine, 0^^,162 monobu- tyrine. Pour neutraliser V acide formé par saponification totale, il faudrait pour la tributyrine 60 centimètres cubes ; pour la monobutyrine, 20 centimètres cubes deNaOHN'20.) TYKINE. TYRINE Expérience I. 15 m. 55 m. 1 h. 40 0,1 1,0 0,1 2,0 0,1 3,4 MELANGE des irlvcpiides. 1," 3,4 5,5 MONOBU- TYRINE. TRIBU- TYRINE. MEL.4NGE dos glycéiides. Expérience 11. 1 h. 45 3,1 4,0 4 h. 3,4 5,8 24 h. 4,1 7,3 10,8 12,5 • L'examen de ces résultats montre très nettement que l'ad- jonction soit de monoglycéride, soit de diglycéride, soit du mélange de ces deux corps au triglycéride considéré, — tria- cétine ou tributyrine, — ne modifie en rien la vitesse de sapo- inification de ce triglycéride. En aucun cas l'acidité formée >dans le mélange n'est inférieure à la somme des acidités for- mées pendant le même temps, lors de la saponification indé- pendante de chacun des constituants; au contraire, le plus ■souvent, elle est plus élevée. Mais, si ces expériences nous montrent que la présence des mono et diglycérides ne diminue certainement pas la vitesse de saponification du triglycéride, elles attirent en outre notre attention sur la manière respective de se comporter de cha- cun de cf^s corps vis-à-vis du suc; le monoglycéride est à peine attaqué par le suc, le di davantage, le tri beaucoup plus (1). (1)11 convient de rappeler ici que, au cours de ces recherches sur l'action du fluorure de sodium sur la lipase, Lœveishart [loc. cit.) a signalé que le suc pan- créatique attaquait plus facilement la triacétine que la diacétme. PHYSIOLOr.IE DES SUBSTANGEB .GRl\-SSES ET LIPOIDIQUES 211 Il nous a paru iiïtéressaiït ^e préciser ce point par de nouveaux essais comparés. b. RÉSISTANCE COMPARÉE DES MONO, DI ET TRIGLYCÉRIDES A l'action du suc PANCRÉATIQUE. Nous avons soumis à Taction du suc, tantôt -seul, tantôt additionné de sels biliaires, les mono, di et triacétines et les mono et tributyrircs. TABLEAU LXXIV Résistance comparée delà mono, de la di et de la triacétine à la lipase pancréatique. [Conditions d'action identiques à celles du tableau LXXII, mais les quantités mises en jeu sont isoacides, soit: 0^^,52, mono; 0"'^,32, di; 0^^,29, tri. Dans tous les cas, la neutralisation de Tacide formé par saponification totale nécessi- terait 77 centimètres cubes de NaOH N 20). MONOA- DIACÉ- TRIACÉ- ■MONOA- DIACÉ- TRIACÉ- Il DURÉES. DURÉES. CÉTINE. TINE. TINE. CÉTINE. TIXE. TINE. EXP. I (SL i c seul). i i 1 1 IXP. II (suc SEUL). 2 h. 30 „ 3,1 3,0 2 h. „ 2,8 1 4,1 7 h. » 5,3 7,1 5 h. .) 3,3 5,6 23 h. 50 » 9,1 12^ 22. h. 30 " 7,0 9,8 Exp. III (suc+SELS biliaires). Exp. I V (suc+SELS biliaires). 2 h. 30 „ 7,4 6,8 2 h. 4,4 8,1 7 h. » - 40.6 16,5 5 h. 7,1 îl,7 23 h. 5 » 14,2 19,3 22 h. 30 9,6 16,4 Exp. V (suc+SELS biliaires). Exp. \ I (suc + SELS biliaires) 15 m. 0,0 ' 0.1 0,1 15 m. 0,3 1 1,2 2.7 40 m. 0,0 0,3 1,5 40 m. 0,6 2,4 4,3 2 h. 40 0.1 1,1 3,7 2 h. 4 0,9 3,2 5,0 4 h. 0,2 3,7 5,6 4 h. 1,1 '5,0 10,0 ■Exp. VII (suc + SELS biliaires). Exp. I> [ (suc+SELS BILIAIRES). 15 ni. 0,1 1,4 3,2 20 m. 0,1 0,5 0,7 40 m. 0,3 2,0 4,7 45 m. 0,2 0,9 1,5 2 h. 40 0,5 3,3 5,3 1 h. ,45 ,0.3 1,5 3,4 4 h. 0,5 3.1 ^2 4 h. 0,3 2,3 5,0 20 h. 0,3 3,8 9,8 Exp. \ III (suc + SELS biliaires). 44 h. 0,4 4,0 10,3 1 h 40 1 1 0,4 0,1 92 h. 0,4 4;7 10,7 4 h. 0.2 0,4 0,5 188 b. 0.8 4.6 11,0 9 h. 0.^ 0,7 1,3 24 h. 0,2 0,9 2,9 Mais ici nous n'avons plus voulu employer des quantités équimolé- culaires. En effet, une molécule de triglycéride donne naissance à trois 212 ÊMILE-F. TERROINE fois plux d'acide qu'une molécule de monoglycéride. Il nous a paru plus intéressant, dans la comparaison de la résistance relative des différents produits, de prendre des quantités de substance susceptibles de libérer, par saponification totale, une même quantité d'acide. En dehors de cette modification, les essais ont été conduits exactement comme les précédents. Les résultats en sont consignés dans les tableaux LXXIV etLXXV. TABLEAU LXXV Résistance comparée de la mono et de la tributyrine à la lipase pancréatique. (Conditions identiques à celles du tableau LXXIII. Quantités isoacides mises en jeu: O^'', 32 mono, 0^'^ ,20 tri. Dans tous les cas, la neutralisation de F acide formé par saponification totale nécessiterait 40 centimètres cubes de NaOH N 20.) 15 m. 40 m. 1 h. 40 4 h. MONOBUTYRINE. TRIBUTYRINE. Exp. I (suc seul). 0,4 0,9 1,2 1,4 1,6 4,8 6,4 8,2 MONOBUTYRINE. TRIBUTYRINE. EXP. II (SUC + SELS BILIAIRES" 0,5 10 1,1 1,5 4,0 6,2 9,7 13,3 Les tableaux LXXIV et LXXV montrent très nettement que les mono, di et triglycérides présentent une résistance très différente à l'action saponifiante du suc ; le diglycéride est nettement moins attaqué que le tri ; le monoglycéride, beaucoup moins encore. Dans le cas des acétines et butyrines, le glycéride subit à peine l'action du suc. C'est ainsi que, dans l'expérience IX (tableau LXXIV), après cent quatre-vingt-huit heures d'action, la saponification de la monoacétine n'atteint que 1 p. 100 de la quantité mise en jeu. Il nous parait donc que, si nous ne trouvons pas d'action retardante des mono et diglycérides sur la vitesse de décom- position du triglycéride, nous n'en saisissons pas moins un phénomène fort intéressant qui, dès maintenant, nous permet de comprendre le ralentissement progressif de la réaction en dehors de toute action inhibitrice : c'est la for- mation, au fur et à mesure de la saponification, de produits de plus en plus résistants à la lipase pancréatique. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIFOIDIQUES 213 2° Action des savons. — Nous avons étudié l'influence qu'exerce l'adjonction d'oléate de soude sur la saponification de l'huile d'olive. L'oléate de soude employée a été obtenue par neutralisation exacte d'acide oléique pur du commerce par une solution alcoolique de soude. Le produit obtenu après évaporation du solvant nous a servi à préparer, au m.oment même de Temploi, des solutions de titre voulu dont nous avons toujours vérifié la neutralité. TABLEAU LXXVI Action de l'oléate de soude sur la saponification de l'huile. [Tous les mélanges contiennent la même quantité d'huile, la même quantité de suc pancréatique et, le cas échéant, la même quantité de sels biliaires. Ils sont tous amenés dans une expérience au même volume et ne digèrent entre eux que par leur concentration en oléate de soude. Les dosages sont faits à Vaide de NaOH N ;20 sur des prises de 10 centimètres cubes. Pour neutraliser les acides formés par la saponification totale de Vhuile contenue dans une prise d'essai, il faudrait, dans les expériences I, II et IV, 125 centimètres cubes et, dans l'expérience III, 66 centimètres cubes de NaOH N/20.] CONC. Exe . I. Exp. II. CONC. Exp. II] CONC. Exp. IV en oléale (Suc seul). en oléate (Suc seul) eu oléate (Suc de seul). 6 h. 4(1. de ^^ _ — de + sels soude soude soude biliaires). p. loii. 1 h. 30. 4 h. p. 100. .'h. 4 h. 7 h. 15. p. 100. 6 h. 40. 0,000 3,8 4,6 8,0 0,0 5,3 8,0 ILI 0,000 10,9 0,028 3,6 3,8 9,7 0,015 2.1 3,3 3,4 0,025 10,6 0,057 2,8 3,6 7,8 0,15 1,8 2,6 2,7 0,050 10,4 0,140 » 2,5 5,3 » )) » » 0,125 5,9 0,280 « 2,3 3,5 » » » )) 0,150 3,2 D'autre part,, Amberg et Lœvenhart (7) ayant signalé une accélération de l'hydrolyse des éthers par la lipase hépa- tique lors de l'addition de sels de soude d'acides gras, nous avons recherché si un tel fait pouvait également s'observer dans le cas de'l'action saponifiante du suc pancréatique. Nous avons donc suivi le développement de l'acidité dans des mélanges contenant du butyrate d'éthyle, soit seul, soit additionné de butyrate de soude à diverses concentrations. Pour éviter l'action intercurrente d'une précipitation abondante des albumines du suc, nous avons fait agir le suc seul, sans addition de sels biliaires. il 4 ÉM1LE-F. TEftROiNE TABLEAU LXXVIï Action du butyrate de soude sur la saponification du butyrate d'éthyle. [Le butyrate d'éthyle est utilisé à la concentration de N 3,5; pour neutraliser Vacide formé par saponification totale dans chaque prise d'essai, U faudrait 52 centimètres cubes de NaOH N 20. Toutes les expériences ont été faites avec du suc seul, ce qui explique la faiblesse du dédoublement.) CONCEN- Exp . I. Exp n. Exp. m. TRATIONS ^__— —- — —^ ^— -— — -- "— ■^— — en butyrate de sonde. 1 h. :»!. i h, 4(1. 1 h. 15. 4 h. 45. 1 h. 35. h. 45. 2,0 2,9 1,8 2,6 0,5 0,9 N/12. N/17,5 N/35 M » )) 0,3 0,5 1,1 2,2 )) » 0,4 0,8 " » l',3 2,2' 0,5 0,9 Il est manifeste de rexamen des chiffres que rad.jonction de savons à la substance à saponifier, — qu'ils'agisse d'oléate de soude dans le cas de Fhuile ou de butyrate de soude dans le cas du butyrate d'éthyle, — provoque une diminution de la vitesse de réaction. Mais cette diminution est beaucoup plus sensible dans le premier cas que dans le second : à une' concentration de- N/35, le butyrate de soude ne modifie plus sensiblement le dédoublement du butyrate d'éthyle, alors qu une concentration de 0^^,28 p. 100 en oléate de soude, soit environ N/lOO, provoque une diminution considérable de la vitesse de réaction et que des concentrations de 08^,12 à0gï",14p. 100, c'est-à-dire inférieures à N/200, diminuent encore de 50 p. 100 la quantité de substance grasse saponi- fiée, dans les limites de temps de nos essais. Nous saisissons donc ici un second facteur dont l'impor- tance n'est pas niable sur le cours de la saponification des corps gras, la présence de savons. Or, la formation de savons, au cours de la digestion, aux dépens des acides gras et des substances alcalines contenues dans le tube digestif, n'est pas douteuse, puisque, après un repas gras, le contenu intestinal renferme toujours une certaine proportion de savons (1). (1) On trouvera sur ce point d'intéressantes indications dans le travail de Lévites [lac. cit.). Lévites montre, par exemple, qu'après un repas contenant PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GIÏ.VSSES ET LIPOIDIQUES 215 3<^A<î.tioa des acides gras. — Les paragraphes précédents nous ont permis d'établir que le& acides gi"a& à faible poids moléculaire interviennent dans la réaction en immobilisant progressivement le ferment par précipitation du: suc. Par ailleurs, Bradley {loc. cit.) fait remarquer, et à juste titre, qu'un tel phénomène^ ne se' prodaiit pas,, ou tout au moins très faiblement, lors de- la libération d'acides gras supé- rieurs au cours- de la saponification des corps gras naturels, laquelle peut être poussée très loin. Tous les faits rapportés dans le présent travail plaident d'ailleurs dans le même sens. Il était donc intéressant de rechercher ce que donnait sur la saponification dé Thuile l'adjonction d'un acide gras. Nous avons choisi dans ce but l'acide oléique, qui se trouve en pro- portion très élevée dans l'huile et qui, étant parfaitement liquide à la température des essais, se mélange intimement avec l'huile ; ce mélange donne avec le suc d'excellentes émulsions. Nous avons ainsi réalisé les mélanges suivants, dans lesquelsnous avons mesuré l'accroissement d!acidLté après des temps variée Les dosages ont été faits à l'aide de NaOH N/20 sur des prises de 10 centimètres cubes. 1 h. SO. 6 h. In. i20 c. G. émulsion contenant 7 cent, cubes d'huile I. < 5 c. c. suc pancréatique 6,1. 9,4 f 3 c. c. eau ,20 c. c. émulsion contenant 7 c. c. d'huile J Il.i 5c. c. suc pancréatique t 3,2 4,1 3 c. c. acide oléique ) Il n'est pas douteux que l'adjonction d'acide oléique dimi- nue la vitesse de saponification. Mais, si l'on considère les proportions respectives d'huile et d'acide présentes dans les mélanges en digestion, si l'on veut bien remarquer que la quantité d'acide représente environ 50 p. 100 de la quantité d'huile et que, cependant, la vitesse n'est diminuée que de 50 p. 100, on est en droit de conclure que l'action retardante de l'acide est relativement faible. Si l'on compare ce fait avec celui précédemment établi, de la résistance progressive des di et monoglycérides vis-à-vis une certaine quantité de graisses de Bœuf on trouve dans le liquide qui s'écoule par la fistule 2,87 p. 100 d'acides gras à l'état de savons à côté de 41,6 à l'état libre. 216 ÉMILE-F. TERROINE du suc pancréatique, on est amené à penser que, lorsqu'il s'agit des corps gras naturels, et bien que les deux phéno- mènes entrent en jeu, l'action limitative due à l'apparition de glycérides de plus en plus résistants intervient beaucoup plus que celle due à la présence des acides gras. 40 Action de la glycérine. — Nous avons étudié, exactement comme pour tous les autres produits de réaction, l'action exercée sur la saponification des corps gras par l'adjonction de glycérine, ' "" Nous nous sommes adressés à la glycérine pure du commerce. Ce pro- duit présente parfois une légère acidité, aussi ne l'avons-nous utilisé qu'après neutralisation préalable (1). Comme agent saponifiant, nous avons utilisé tantôt le suc seul, tantôt le mélange de suc et de sels biliaires. Les essais ont été poursuivis sur différents corps gras : huiles d'olive, de coton, de ricin, graisse de porc. Dans la première catégorie d'essais, les graisses employées l'ont été telles quelles sans émulsion préalable. L'émulsion plus ou moins gros- sière réalisée dans le mélange l'a été par les substances alcalines présentes dans le suc. Les discussions qui suivront mettront en lumière l'intérêt de la présente remarque. , Les résultats obtenus sont consignés dans le tableau LXXVIII. (1) La quantité d'électrolytes introduit de ce fait, lorsque la neutralisa- tion était nécessaire, a toujours été extrêmement minime et ne peut inter- venir en aucune manière dans la production des phénomènes observés. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 217 TABLEAU LXXVIII Action de la glycérine sur la saponification des graisses non émulsionnées. (Conditions identiques à celles indiquées au tableau LXXVI. Les mélanges ne varient entre eux que par la concentration en glycérine. Les dosages sont faits sur des prises de 10 centimètres cubes à Vaide de NaOH N 120. Pour neutraliser les acides formés par la saponification totale du corps gras contenu dans une pri^e dressai, il faudrait 156 centimètres cubes dans les expériences I, II, IV, VII, VIII et IX ; 160 centimètres cubes dans Vexpérience III.) CONCEN- Expérience I. concen- Expérience II. TRATIONS (Huile d'olive.) trations (Huile de ricin.) en glycérine en glycérine - — — en grammes en grammes p. loi). 3 h. 20. 5 h, .30. 22 h. p. 100. 2 h. lu. 5 h. 4n. jj 1,2 » 2,6 » 3,0 9,7 28,2 6,0 6,3 11,0 18,1 8,3 20,1 65,4 6,0 12,3 36,3 54,4 72,5 9,7 10,9 10,8 19,6 23,1 20,6 CONCEN- Expérience III. concen- Expérience IV. TRATIONS (Graisse de porc.) trations (Huile de coton.) en glycérine en glycérine — en grammes en grammes p. 100. ■1 h. 30. - 6 h. 20. 22 h. p. IHII. 2 h. 211. h. 45. „ 1,5 2,1 2,1 » 6,2 9,0 14,1 1.1 6,8 11,8 18,1 8,5 9,2 28,2 1,5 5,2 12,5 36,3 9,4 10,6 56.4 3,1 7,1 10,2 54,4 11,1 12,3 84,6 3,6 6,3 7,7 72,5 11,6 14,5 CONCEN- Expériences VII, VIII et IX. TRATIONS en glycérine en aiammes (Huile d'olive ; suc pancréatique -{-sels biliaires.) — ^ ~^ p. 100. l h. 30. -'h. 40. 19h.l5. 6 h. lh.45. .ïh.lS. 24 h . 10,2 13,8 25,0 7,5 / 10,6 19,7 14,1 11,9 13.0 25.0 31,3 10,8 17,0 28,4 28,2 8,9 7,5 16,0 34.1 10,0 16,1 28,3 42,3 8,0 11,0 20,0 37,3 8,9 13,3 22,5 56,4 7,0 9,2 16,9 30.8 7 2 10,2 19,9 70.5 7,0 8,5 14,2 ' " » L'étude de la lipase pancréatique, qui nous a déjà amené à la constatation de plusieurs faits d'apparence paradoxale, nous en fournit encore un nouveau ; l'examen des chiffres réunis dans le tableau LXXVIII montre en effet très nette- 2lS ÉNULE-F. TERRQIN& ment que la glycérine, produit de réaction, accélère la vitesse de saponification des corps gras. Et il ne s'agit pas ici d'un phénomène médiocre, puisque, pour de certaines concentra- tions, cette accélération peut être de 300 à 400 p. 100. Gom- ment expliquer ce fait ? Lorsqu'on mélange du suc pancréatique et de l'huile et qu'on agite, il se forme une émulsion dont la qualité dépend de l'alcalinité du suc. Après un certain temps, on constate que les gouttelettes grasses, d'abord, uniformément réparties dans la masse, s'élèvent peu à peu et se rassemblent à la sur- face exactement comme la crème monte sur le lait. Si l'on observe le contenu des tubes dans lesquels il y a de la glycérine, lorsque la quantité de glycérine est assez im- portante, les gouttelettes grasses ne se rassemblent plus> et le mélange reste sensiblement homogène pendant toute la durée de l'expérience ; lorsque la concentration en glycérine est relativement faible, les gouttelettes tendent encore à se réunir en une couche superficielle, mais elles le font beaucoup plus lentement. Cette observation nous a amené au raisonnement sui- vant : Par sa présence, la glycérine augmente considérablement la viscosité du milieu ; il s'ensuit que l'émulsion grasse est plus stable. C'est dire que la surface de contact entre les gra- nules gras et la solution diastasique est beaucoup plus grandei Ajouter de la glycérine, c'est donc augmenter la surface d'dt- taque, c'est donc, — si nous pouvons employer une telle expression dans le casd'une substance insoluble, — augmenter la concentration de la substance à dédoubler. Ce fait serait sans importance si, comme c'est le cas pour la majorité des, ferments^ la vitesse d'action était indépen- dante de la concentration de la substance à dédoubler. Mais nous avons précisément établi qu'il n'en est pas ainsi dans le cas de la lipase ; la vitesse augmente avec la concentration du corps sur lequel elle agit. Nous sommes- donc conduits-à formuler l'hypothèse suiv-ante: la glycérine augmente la vitesse de réaction, parce que, stabi- lisant l'émulsion par suite dia sa viscosité, elle augmente la PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GR.VSSES ET LIFOIDIQUES 219 surface de contact entre le corps gras et le ferment. Pour qu'une telle hypothèse pût être admise, il convien- drait d'établir : Que l'accélération disparait, ou tout au moiny diminue, lors de la saponification de substances dont la surface' de^ con- tact avec le ferment ne peut pas être modifiée ; Que l'adjonction de substances très diverses, autres que la glycérine, ne pouvant intervenir par leurs propriétés chi- miques, mais ayant en commun entre elles- et avec la glycé- rine la seule propriété d'être très visqueuses, peut provoquer des accélérations- dé même ordre que la glycérine. C'est ce que nous avons tenté. a. Action de la glycérine lors de la saponification DES CORPS DONT ELLE NE PEUT MODIFIER LA SURFACE d'attaque. — Trois cas peuvent être envisagés : a. Celui des émulsions, qu'il s'agisse d'émulsions artificielles obtenues par mélanges d'huile et de substances alcalines ou d'émulsions naturelles (crème, jaune d'oeuf, etc.) ; 3. Celui des graisses solides ; y. Celui des glycérides solubles. Nous les avons examinés successivement. a. Action- de la glycérine sur la saponification des émul- sions. — Nous avons fait appel sait à des émulsions obtenues par agitation d'huile avec une solution de carbonate de soude à 2 p. 1 000, soit à des émulsions naturelles, crème ou jaune d'oeuf, diluées dans l'eau. ^ Le suc pancréatique employé, étant recueilli par cathétérisme du canal de Wirsung, ne possède aucun pouvoir tryptique; c'est dire que, dans le cas des émulsions naturelles utilisées qui contiennent*, à oôté des corps gras, une proportion assez élevée de matières protéiques^ il n'y a pas à redouter la possibilité d'une action secondaire due à une attaque simul- tanée de ces p^otéique,^ D'autre part, l'acidification progressive se dose très bien dans ces mélanges par la méthode habituelle. Les résultats obtenus dians les deux séries- d'essais sont con- signés dans les tableaux LXXIX et LXXX. 220 EMILE-F. TERROINE TABLEAU LXXIX Action de la glycérine sur la saponification des huiles émulsionnées. [Conditions identiques à celles du tableau LXXVI. Pour neutraliser les acides formés par saponification totale des corps gras contenus dans chaque prise d'essai, il faudrait, pour les expériences I et II, 125 centimètres cubes pour les expériences III et IV, 100 centimètres cubes de NaOH N 20.) CONCEN- Expérience I. Expérience II. TRATIONS ^ ^ —^'-^ - — — . -— — -»^^ ^-i- . __, en glycérine. lii. 30. i h. •30. 2i h. 30. 1 h. 30. i h. sr.. 2J h. n 4,0 4,5 "A 5,5 8,4 -10,3 3,6 3,4 5,7 8,4 5,7 8,3 12,9 7,2 3,5 5,5 8,5 7,1 10,8 15,3 18,1 5,9 8,8 12,5 7,5 10,1 14,1 36,3 8,8 10,4 13,5 8,4 11,2 14,9 CONCEN- TRATIONS en glycérine. E> 1 h. 30. lPÉRIENCE ] 4 h. II. 59 h. Expérience V. 1 h. 30. 3 h. 50. 20 h. » 4,2 J^ 5,7 7,0 7,2 13,7 14,1 5,0 5,2 6,7 » )) . )) 28,2 5,3 6,3 8,5 )) » )) •42,3 6,1 7,0 9,0 )) « )) 56,4 6,2 6,6 11,2 10,8 12,5 19,5 TABLEAU LXXX Action de la glycérine sur la saponification des émulsions grasses naturelles. [Conditions identiques à celles du tableau LXXVI ; mais ici la quantité de soude nécessaire pour neutraliser la totalité des acides d'une prise après saponification complète n'a pas été déterminée. Les chiffres représentent des centimètres cubes de NaOH N 20.) Exp. I 1 Exp. Il Exp. III. Exp. IV. concen- (Crème.) j (Crème.) (Crème.) (Jaune, d'oeuf.) trations ,^ ^ „. — , 1]^^ ._^^__^^_.^-. - — -«^'^-.- — ^ en ' glycérine. 2 h. 5. 5 h. 30. 22 h. 2 h. 25. 4,9 6 h. 45. 21 h. 2 h. 5 h. 25 5 h. 40. 2îh. „ 7,0 8,5 9,8 6,7 8,8 3,8 5,4 10,4 11,9 14,1 7.3 8,5 10,5 1 >. )) » 3,9 5,3 9,3 12,8 28,2 6,6 8,8 9,5 )) » » 3,7 5,1 10,2 11,6 42,3 6,0 7,9 8,4 » )) n 3,6 5,0 6,8 10,9 56,4 6,1 7,6 7,7 |M 6,5 7,1 3,6 4,4 7,4 y,3 PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 22^1 Deux faits apparaissent très nettement : 1^ Dans les émulsions d'huile, l'adjonction de glycérine provoque encore une accélération de la saponification, mais beaucoup plus faible que lorsque ces mêmes huiles ne sont pas préalablement émulsionnées. Il convient de noter que ces émulsions ne sont pas parfaites. Pour obtenir de très bonnes émulsions, il faudrait mettre en œuvre des quantités d'alcali plus élevées, et l'on entraverait, ce faisant, l'action du fer- ment. Par conséquent, la glycérine peut encore jouer un rôle dans la stabilité de l'émulsion, quoique à un moindre degré. 2° Dans les émulsions naturelles, l'adjonction de glycérine provoque non plus une accélération, mais une diminution de la vitesse de saponification, diminution qui, sans être impor- tante, est constante. Pour rendre plus frappantes les différences dans l'action de la glycérine, suivant qu'elle s'exerce sur la saponification de graisses non émulsionnées ou d'émulsions, naturelles ou artificielles, nous avons réuni dans un même tableau (tableau LXXXI) les modifications observées pour une même concentration en glycérine — 56,4 p. 100 — et pour des durées d'action sinon identiques, tout au moins très voisineg. TABLEAU LXXXI Action comparée de la glycérine sur la saponification des graisses liquides non émulsionnées, des émulsions d'huile, des émulsions naturelles. ÉTAT suc POURCENTAGE du corps gras. DUREE. suc SEUL. + GLYCÉRINE. de la variation. Huile d'olive 1 non émul- sionnée. . . . 22 h. 2.6 12,:5 + 373% Graisse de. .porc 22 h. 2,1 10.2 + 380 % E m u 1 s i a d'huile. . . . 29 h. 5,7 11,2 + 114% É m u 1 s i n d'Jiuile. . . . 20 h. 13,7 19,5 ■4- 42% Crème 22 h. 9,8 7,7 — 11% Crème 21h. 8.8 7,1 -- 19% Jaune d'œuf . 22 h. 11,9 9,3 — 21% : La première catégorie de faits examinés est donc très favo- 222 ÉMILE-F. TERROINE rable à notre hypothèse, puisqu'elle nous montre que le pou- voir accélérant de la glycérine décroît lorsque diminue l'im- portance de 6on rôle dans la permanence de l'émulsion, dis- paraît lor^sque ce rôle disparaît. ;i. Action de la glycérine sur la saponification des graiS'Ses solides. — Nous avons recherché l'action qu'exerce la glycé- rine sur la saponification de la graisse de Mouton. Des cubes de d:gramme de graisse de Mouton ont été Immergés dans du suc seul ou additionné de glycérine. L'action du suc sur les substances riches en palmitine et en stéarine est très faible. L'expérience a été pour- suivie six jours et, pour éviter toute action microbienne, étant donnée cette longue durée, a été conduite aseptiquement. 0n trouvera les .résultats ci-dessous. Lss chiffres représentent des centimètres cubes de NaOH N/20 : pour neutraliser la totalité des acides, il aurait fallu 60 centimètres cubes. Concentration en glycérine 8,3 16,8 41,5 83,0 Acidité formée après six jours (centi- mètres oubœ de NaOH N/20) 3,9 4,2 -4,6 6,6 2,3 L'accélération persiste, mais nous voyons qu'elle -est très nettement plus faible que dans le-cas d'une . graisse de compo- sition très voisine, la graisse de Porc (Voir tableau LXXVIII). Seulement, cette dernière étant hquide à la température des essais, la glycérine :peut jouer le rôle qu'elle doit à sa visco- sité, alors qu'elle ne le peut pas dans le cas de la graisse de Mouton. L'accélération maximum observée dans le cas de la graisse de Mouton est de 69 p. 100, alors qu'elle était de 542 p. 100 dans le cas de la graisse de Porc. Il n'est donc pas arbitraire de conclure que la seconde caté- gorie d'essais apporte une nouvelle preuve à l'appui de notre hypothèse. y. Action de la glycérine sur la saponification des glycérides solubles. — Nous avons fait appel pour ces essais à deux corps : la triacétine et la monobutyrine. Les résultats en sont groupés dans le taJDkau LXXXIL PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRA&SÊS ET LIPOIDIOUES 'Itl'A TABLEAU LXXXII Action de la glycérine sur la saponification de la monobutyrine et de la triacétine. (Les chiffres représentent des centimètres cubes de NaOH N 20 ; pour neutraliser^ les acides formés par saponificationtotale de chaque prise d'essai, ilfaudrait, pour l'expérience I, 10 centimètres-cubes, pour l'expérience II, 115 centimètres cubes de NaOH NI 20.) COXCEXTRATIONS en ^dycérine. EXP. I. — MOlvrOBUTYRINE à 0;H8-p. 100. EXP. II. TRIACÉTINE ;i4,i p. 100, » 2,82 14,10 28,20 56,40 1,1 » 1,0 0,8 1,1 10,6 11,3 10,3 6,8 » Même phénomène ici que dans le cas des émulsions natu- relles : l'accélération a complètement disparu. Au contraire, lorsque la concentration en glycérine s'élève, un retard appa- raît dans la saponification. Il y a donc là encore un fait qui corrobore l'hypothèse formulée. h. Action de l'adjonction de substances visqueuses, DIVERSES SUR LA SAPONIFICATION DE l'HUILE. NouS DOUS sommes adressés ici à des corps très variés dont les propriétés chimiques ne pouvaient laisser croire à une action sur la saponification et qui n'avaient de commun entre elles et avec la glycérine qu'une propriété, une viscosité très marquée. Les substances employées ont été : l'albumine d'œuf (1), le sirop de saccharose, des solutions de gommes. Notons tout d'abord le même phénomène apparent qu'avec la glycérine : lorsque ces corps sont présents en quantité suffi- sante dans les mélanges, les gouttelettes grasses ne remontent pas à la surface, mais restent emprisonnées dans la masse en digestion. D'autre part, l'examen du tableau LXXXIII dans lesquels sont rapportés les résultats de ces essais met en évidence la (1) Cl. Bernard a signalé quele mélange d'albumine d'œuf et de suc pan- créatique émulsionne très bien la graisse, «et même cette émulsion est plus facile et paraît durer plus longtemps dans le liquide mixte qu'avec le suc pan- créatique » [Mémoire sur le pancréas, p. 77). 224 EMILE-F. TERROINE même accélération avec les substances visqueuses qu'avec la glycérine. TABLEAU LXXXIII Inflaenss de l'adjonction de diverses substances visqueuses sur la saponification de l'huile. [Conditions d'expériences identiques à celles du tableau LXXVI. Les concen- trations signifient le pourcentage de solution visqueuse dans le volume total. Pour neutraliser les acides gras formés par saponification totale dans chaque prise d'essai, il faudrait 125 centimètres cubes de NaOH N/20.) NATURE de la substance ajoutée. DURÉES d'action. CONCENTRATIONS. 0. i.s. .'i.ij. 14,0. -is,o. Gomme adragante. 6 h. 40 12,5 14,3 15,9 1 18,4 20,2 Gomme arabique. 1 h. 30 4 h. 30 8 h. 8.8 11,9 13,4 12,7 17,5 19,1 14,0 17,9 29,0 15,7 21,0 30,3 20,9 3 0,3 » Gomme arabique. 2 h. 25 6 h. 40 3,7 4,2 )) » 4,2 13,2 7,8 14,0 11,2 15,9 Gomme arabique. 2 h. 35 6 h. 25 22 h. 2,6 5,0 5,2 7,2 9,9 10,1 6,8 10,6 14,8 8,5 12,8 16,0 8,5 13,6 15,3 Ovalbumine. 1 h. 45 5 h. 45 9 h. 45 2,5 3,6 4,4 » 1) 6,7 13,2 18,9 Sirop de saccharose. 2 h. 6 h. 40 5,8 8,9 » )) 33,1 40,1 Au total, l'accélération par la glycérine étant très nota- blement diminuée dans le cas des émulsions artificielles et des corps gras solides, supprimée dans le cas des émulsions naturelles parfaites et des glycérides solubles et un phéno- mène identique pouvant être obtenu à l'aide de substances visqueuses quelconques (1), nous nous croyons en droit de rapporter le fait de l'accélération de la saponification des PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 225 graisses par la glycérine aux modifications que la présence de cette substance apporte à la qualité de l'émulsio.n, à l'aug- mentation de la surface de contact du corps à dédoubler avec l'agent saponifiant. En résumé, notre étude sur l'action des produits de réac- tion nous >a permis de montrer : 1^» Que la réaction est ralentie, d'une part, par l'action inhi- bitrice des produite; terminaux de la réaction, — savons et acides gras; — d'autre part, par la résistance de plus en plus grande qu'offrent les produits intermédiaires à l'action sapo- nifiante du suc ; 2° Que la réaction est accélérée par l'un des produits ultimes de la réaction, la glycérine, et que ce phénomène est dû au contact plus parfait que la viscosité de ce corps permet de réaliser entre le ferment et la substance à dédoubler. § F. — Action des électrolytes. La présence ou l'absence d 'électrolytes, la concentration des électrolytes présents sont des faits d'une importance capi- tale pour toute action diastasique. Les phénomènes observés sont si significatifs, ils portent sur un nombre si élevé de fer- ments qu'il est maintenant inutile d'insister sur l'absolue nécessité de comprendre, dans toute recherche sur les pro- priétés d'un suc diastasifère, une étude du rôle que peuvent y jouer les électrolytes. Nous avons donc naturellement fait porter notre investigation sur l'action qu'exercent les sels dans la saponification des corps gras par le suc pancréatique. Mais, avant d'entrer dans le détail de notre travail sur ce (1) Mellanby et WooLEY (loc. cit., p. 294) observent que l'addition de sucre de canne à un mélange de suc pancréatique et d'une émulsion à 50 p. 100 d'huile d'olive ne modifie pas la vitesse de la saponification, et ils semblent opposer ce résultat aux nôtres. Or, dès nos premières publications (158), nous avons pris soin d'indiquer que les corps qui augmentent la viscosité agissent très différemment suivant que le corps gras étudié est, ou non, émulsionné. Toute notre démonstration tendait à montrer que la glycérine agit là où elle peut améliorer l'émulsion, et là seulement. En réalité, l'expérience de Mellanby et WooLEY, loin d'être en contradiction avec notre manière de voir, apporte au contraire un fait en faveur de son exactitude. ANN. DES se. NAT. ZOOL., 10« série. IV, 1.") 226 ÉMILE-F. TERROINE point, il convient de préciser la nature des actions à étudier en se fondant sur les phénomènes déjà connus relatifs à d'autres ferments. Si l'on essaie de classer tous l^s faits apportés jusqu'à ce jour sur les actions qu'exercent les électrolytes sur les fer- ments solubles, on constate très nettement deux groupes d'actions parfaitement distinctes : 1^ L' électrolyie paraît faire partie intégrante de l'agent diastasiqiie lui-même, et c'est pourquoi on lui a donné le nom de coferment. Le ferment soluble peut alors être con- sidéré comme un couple ; il comporte, d'une part, une matière de nature chimique entièrement indéterminée ; d'autre part, un sel. Sur ce point, les exemples abondent, incontestables ; chaque jour en amène la découverte de nouveaux. Pas d'action coagulante du fibrinferment et pas de coagii- lation du lait sans sels de chaux (Arthus et Pages, 11, 12) ; pas de coagulation de la pectine sans sels de chaux (Ber- trand et Mallèvre, 29) ; pas d'action peptique sans acide chlorhydrique (Langley et Edkins, 177) ; pas d'action oxy- dante de la laccase sans sels de manganèse (Bertrand, 28); pas d'action trypsique du suc pancréatique sans sels de chaux (Delezenne, 80); pas d'action amylolytique du suc pan- créatique sans chlorure de sodium (Bierry, Giaja et Henrl 33), etc.. Dans tous ces cas, qui ne représentent d'ailleurs qu'une partie des faits observés, le sel joue un rôle de tout ou rien. S'il est présent, action ; s'il est absent, aucune transfoi- mation du zymolyte. Donc, dans toute action diastasique, la première recherche à entreprendre est la suivante : le produit de sécrétion dont on sait qu'il exerce une action in vivo doit être essayé in vitro, et alors deux cas peuvent se présenter. Ou bien il est natu- rellement inactif et totalement inactif (cas de la trypsine du suc pancréatique) ; ou bien il est naturellement actif et énergiquement actif (cas de l'amylase du suc pancréa- tique). S'il est naturellement inactif, il v a lieu de chercher à li'i PlIVSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 227 conférer l'activité qu'il exerce in çwo par l'adjonction d'un électrolyte : l'adjonction d'un sel de chaux au suc pancréa- tique lui confère son pouvoir trypsique. S'il est naturellement actif, il y a lieu de le débarrasser par dialyse de la totalité de ses électrolytes, de constater après cette opération s'il est encore agissant ou s'il a perdu toute activité et, dans ce dernier cas, chercher quel électrolyte peut la lui rendre : le suc pancréatique dialyse a perdu tout pou- voir amylolytique ; ce pouvoir réapparaît si l'on ajoute au liquide dialyse de très faibles quantités de chlorure de sodium. Ce seront ces points que nous devrons tout d'abord exa- miner dans le cas de la lipase pancréatique. 2^ L' électrolyte exerce une action accélérante ou inhibitrice sur la marche du phénomène diastasique. — Ici, nous n'avons plus affaire à une action de tout ou rien. Un suc naturel actif sur telle ou telle catégorie de corps pourra voir son action accélérée, ralentie ou parfois même totalement inhibée par la présence de divers électrolytes. Parfois, un même sel accé- lérera ou ralentira la vitesse de l'action suivant sa concen- tration. '\ L'adjonction de phosphates à la zymf.Ge accélère dans des proportions considérables la vitesse de la fermentation alcoo- hque (Wroblev^'ski, 351 ; Buchjner et Hahn, 56; Harden et YouNG, 127) ; la papaïne est accélérée par le chlorure de sodium (Saccha«of, 279) ; la ptyaline est accélérée ou inhibée par le chlorure de sodium, suivant les concentrations présentes (Gole Sydney, 66) ; l'amylase est inhibée par les sels de cuivre, d'argent, do mercure (Mac Guigan, 204) ; l'action lipasique des extraits de foie et de pancréas est entravée par l'adjonction de fluorure de sodium (Kastle et Lœvenhart, 165, 166 ; Lœvenhart et Peirce, 194) ; la lipase du ricin est accélérée par les sels de manganèse (HoYER, 148), etc., etc.. Il convient donc de rechercher sur tout liquide diastasifère actif, — que cette activité soit immédiate ou obtenue secon- dairement par addition d'un coferment, — quelles influences exerce sur la marche de la réaction l'adjonction d'électro- lytes divers, comment ces influences varient avec les concen- 228 ÉMILE-F. TERROINE trations, enfin quel en est le mode d'action. Ce sera le second degré de notre étude de l'action des électrolytes sur la lipase pancréatique. Donc, deux points à envisager successivement : i^ L'activité naturelle du suc pancréatique seul et le rôle joué par les électrolytes dans cette activité ; 2° L'influence d'électrolytes divers à diverses concentra- tions sur l'action lipasique du suc pancréatique. 1° Activité naturelle du suc pancréatique et rôle des élec- trolytes dans cette activité. — a. Activité du suc naturel. — Que le suc pancréatique pur, normal, tel qu'il s'écoule du canal de Wirsung, exerce une action saponifiante sur les corps gras, c'est là un fait indiscutablement acquis depuis les mémo- rables recherches de Claude Bernard sur le rôle du pancréas dans la digestion des graisses. Bernard montre, en effet, qu'une solution d'huile neutre dans l'éther s'acidifie rapide- ment par addition de suc pancréatique et qu'il en est de même si l'on emploie, au lieu d'huile, un glycéride synthé- tique, la monobutyrine. Toutes les recherches ultérieures, comme nous l'avons vu (V. p. 145 et suiv.) ont confirmé ce fait. Au sur- plus, les indications données au début de cette partie de notre travail établissent très nettement que le suc de sécrétine, dont nous avons montré par ailleurs qu'il possé- dait toutes les propriétés du suc normal (1), exerce seul une action saponifiante marquée. Le suc pancréatique naturel est donc immédiatement actif sur les corps gras. /;. Rôle des électrolytes dans l'activité lipasique naturelle du suc. — Étant donnée l'activité naturelle constatée, la question se pose aussitôt de savoir si, comme dans le cas de l'amylase, cette activité est sous la dépen dance des sels présents dans le suc. Comment tenter de répondre à cette question? A l'heure actuelle, une seule technique est à notre disposition : recher- cher si le suc naturel perd son activité par dialyse et, si oui, (1) Voir E.-F. Terkoine, La sécrétion pancréatique , Hermann, Paris, p. 46-50. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GHASSES ET LIPOIDIQUES 229 essayer de la lui rendre par addition des divers électrolytes qu'il contient normalement. Nous avons donc soumis du suc pancréatique à la dialyse contre l'eau distillée et l'avons mis ensuite à agir sur des corps gras variés, soit seul, soit après addition de chlorure de so- dium ou de carbonate de soude. Expérience I. ■ — Le suc, recueilli aseptiquement, est placé dans un dialyseur en collodion stérilisé. La dialyse contre l'eau distillée est pour- suivie pendant douze jours, l'eau étant changée deux fois par jour. Au bout de ce temps, on prépare les mélanges ci-dessous indiqués; on les place au thermostat et l'on dose l'acidité formée après vingt-quatre heures de digestion à l'aide de NaOH N/20. Acidité en ce. de NaOH N/:!0. 10 centimètres cubes d'huile + 20 centimètres cubes eau distillée 0,8 10 centimètres cubes huile + 20 centimètres cubes suc dialyse. ... 1,1 10 centimètres cubes d'huile + 20 centimètres cubes suc dialyse + CO'Na^, de manière à amener la concentration en ce sel à 2 p. 1 000 0,9 10 centimètres cubes d'huile + 20 centimètres cubes suc dialyse + NaCl, de manière à amener la concentration en ce sel à 8 p. 1 000 0,7 Expérience II. — • Conditions identiques à celles de l'expérience pré- cédente; mais l'essai d'activité est fait à l'aide de monobutyrine. Acidité en ce. de NaOH N/i'O. 10 centimètres cubes solution monobutyrine à 2 p. 100 + 20 centi- mètres cubes eau distillée 0,3 10 centimètres cubes solution monobutyrine à 2 p. 100 + 20 centi- mètres cubes suc dialyse 0,4 10 centimètres cubes solution monobutyrine à 2 p. 100 + 20 centi- mètres cubes suc dialyse + CO^Na'^ de manière à amener la concentration en ce sel à 2 p. 1 000 0,6 10 centimètres cubes solution monobutyrine à 2 p. 100 +20 centi- mètres cubes eau distillée + NaCl, de manière à amener la concentration en ce sel à 8 p. 1 000.. . 0,9 Expérience III. — Conditions identiques, mais l'essai d'activité est fait à l'aide de butyrate d'éthyle. .\ciditc en ce. de NaOH N/i'O. 1 2 centimètre cube butyrate d'éthyle + 29-^^5 eau distillée 0,4 12 centimètre cube butyrate d'éthyle + 29C'=,5 eau distillée + 10 centimètres cubes suc dialyse 0,4 1,2 centimètre cube butyrate d'éthyle + 29",5 eau distillée + 10 centimètres cubes NaCl, de manière à amener la concen- tration en ce sel à 8 p. 1 000 0,7 230 ÉMILE-F. TERROINE De ces trois expériences, il résulte très nettement que le suc pancréatique a perdu toute activité lipasique par la dia- lyse, mais il résulte également que les adjonctions de carbo- nate de soude et de chlorure de sodium n'ont exercé aucune action. Pensant que la dialyse avait été trop longue, que pendant ce temps il pouvait y avoir altération spontanée du ferment, nous avons procédé à des essais de plus courte durée. D'autre part, craignant une action nocive de l'eau distillée, nous avons dialyse également contre le chlorure de sodium ou le carbonate de soude. On trouvera résumés ci-dessous les résul- tats de ces multipks essais. Le suc est dialyse pendant des temps variables. Il y a lieu de>noter que, même après vingt-quatre heures, dialyse contre l'eau ou le chlorure de sodium, il ne présente plus aucune réaction alcaline à la phénolphta- léine. Après dialyse, le suc est mis à agir sur l'huile au thermostat à 40°, pendant trois heures dix ; l'acidité formée est exprimée on contimètres cubes de NaOH N/20. (le dialyse de : ;;.! h. 4S h. 7:; li. 90 h. 2 centimètres cubes eau + 1 centimètre cube huile 1.2 1,2 1,2 1,2 2 centimètres cubes suc dialyse contre eau distillée + 1 centimètre cube huile 4,6 1,4 1,2 » 2 centimètres cubes suc dialyse contre NaCl N 7,5 + 1 centimètre cube huile.. 3,7 2,8 1,6 1,4 2 centimètres cubes suc dialyse contre CO'Na^N 10 + 1 centimètre cube huile 0,9 0,3 0,3 » Ces derniers essais nous montrent donc que la lipase dis- paraît très vite. Après quarante-huit heures de dialyse contre l'eau distillée, le suc est' totalement inactif; une persistance un peu plus grande s'observe dans le cas de 1?, dialyse contre NaCl; toutefois toute activité a disparu après soixante- douze heures; li dialyse contre CO^Na^ accélère la dispa- rition de la hpcse. On peut donc tirer de ces essais deux conclusions de fait : 10 Dialyse en sac de collodion contre l'eau distillée, le chlorure de sodium N/7,5, le carbonate de soude N/10, le suc pancréatique perd rapidement tout pouvoir saponi- fiant • PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 231 2° L'adjonction de chlorure de sodium ou de carbonate de soude à du suc dialyse contre l'eau distillée ne lui rend aucune activité. Quelle conclusion tirer de ces faits en ce qui regarde la question posée? Aucune. Il nous est impossible, en effet, de savoii' si les électrolytes jouent un rôle quelconque, et il nous a paru, dès l'acquisition de ces résultats, que la disparition du pouvoir lipasique dans le liquide dialyse devait être rap- portée à une autre cause qu'à l'absence d 'électrolytes. Nous n'avons pas tenté d'analyser ces phénomènes, mais des recherches ultérieures ont essayé de leur donner une explication plausible. C'est ainsi que, s'appuyant sur les recherches de Rosenheim (274), Pekelharing (249) ex- plique les faits ci-dessus par la séparation, grâce à la dialyse, d'un coenzyme dialysable de nature inconnue. S'il en était ainsi, l'adjonction à la substance dialysée du dialysat donne- rait naissance à un mélange actif. Or, si les expériences de Rosenheim ont en efîet été entreprises en vue de montrer qu'une telle séparation était bien effectuée par la dialyse dans la lipase du sérum, cet auteur ne rapporte aucun fait relatif au suc pancréatique. Nous pouvons ajouter que de telles expériences nous ont toujours donné des résultats négatifs. Les observations faites par Slosse et Limbosh {loc. cit.) nous paraissent apporter une explication beaucoup plus vrai- semblable de la disparition de la lipase dans le suc dialyse ; ces auteurs observent, en efîet, qu'il suffit de placer le suc pancréatique au contact de lames de collodion pour voir dispa- raître totalement la lipase en quarante-huit heures ; le collo- dion a complètement absorbé le ferment. On comprend que, dans ces conditions, les dialyses contre collodion ne permettent pas de résoudre le problème du rôle des électrolytes dans le cas de la lipase. En serait -il de même avec d'autres membranes dialy- saates? C'est là un point que nous n'avons pas examiné. La question du rôle des électrolytes dans l'activité saponifiante du suc naturel reste donc entièrement posée. De notre incapacité à la résoudre, il résulte que notre effort s'est surtout porté sur la seconde partie de l'étude : l'in- 232 ÉMILE-F. TERROINE fluence des sels sur la marche de la saponification des corps gras par le suc naturel actif. 2° Influence des électrolytes sur l'activité lipasique du suc pancréatique. — L'étude de l'action des sels sur une vitesse de réaction se subdivise assez naturellement en deux parties : dans une première, faisant appel à des sels possédant un anion commun et des cathions variés, on étudie l'influence des cathions ; dans une seconde, au contraire, faisant appel à des sels possédant un cathion commun et des anions variés, on étudie l'influence des anions. C'est le plan que nous avons suivi dans cette recherche, en en limitant toutefois l'étendue aux corps qui, soit par leur présence dans les liquides phy- siologiques, soit par les propriétés manifestées par eux dans d'autres actions diastasiques, nous ont paru présenter le plus d'intérêt. a. Influence des anions. — Prenant comme ion commun le sodium, à la fois par suite de sa présence dans tous les liquides physiologiques, de la facilité de se procurer des séries éten- dues de sels, de la grande solubilité de la plupart de ses com- posés, nous avons envisagé successivement trois séries d'anions : . a. Les ions halogènes (chlore, brome, iode, fluor) ; ,^. Les azotate, sulfate, oxalate ; y. Les phosphates. a. Action comparée des divers composés halogènes du sodium- — Peu d'études avaient porté sur l'influence qu'exercent les chlorure, bromure, iodure et fluorure de sodium sur les actions lipolytiques lorsque nous avons commencé nos recherches. La plus étendue, la seule qui ait laissé quelque trace est relative à l'action du fluorure de sodium ; c'est celle de Lœvenhart poursuivie en collaboration d'abord avec Kastle (165, 166), ensuite et surtout avec Pearce (194) (1). Quatre faits peuvent se dégager de l'étude de Lœvenhart et de ses collaborateurs, études faites à l'aide d'un extrait (1) Nous avons délibérément laissé de côté des études telles que celles de NiCHOLLs (244) ou de Falk (95), dans lesquelles ont été uniquement utilisées des préparations commerciales de pancréatine. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIUIQUES 233 aqueux trouble de pancréas obtenu par action de l'eau sur du tissu frais broyé avec du sable : 1^ L'adjonction de très petites quantités de fluorure de sodium (1/500000 à 1/50 000) provoque des accélérations de l'action saponifiante de l'extrait sur l'huile, accélérations qui varient suivant les expériences de 5 à 13 p. 100. Et ce ne sont pas là des faits aberrants. « Nous avons fréquemment observé, écrivent les auteurs, de telles accélérations lors de l'emploi de très petites quantités de fluorure de sodium. » 2° L'adjonction de fluorure de sodium en quantités plus élevées retarde la saponification, mais il y a lieu de noter que la valeur de l'inhibition n'est pas très élevée : pour une con- centration de 1/5000, l'inhibition n'est que de 3 p. 100; 30 L'action inhibitrice du fluorure de sodium est beaucoup plus marquée dans la saponification du butyrate d'éthyle que dans celle de l'huile ; 40 Les autres sels halogènes ne jouissent pas de propriétés semblables à celles du fluorure de sodium. Sans nier la valeur des faits apportés par Lœvenhart, on ne peut cependant les accepter sans critique et surtout admettre l'apphcation pratique qu'il en propose de faire pour la détection des fluorures dans les substances alimentaires (Lœvenhart et Amberg, 7), ce qui suppose implicitement que l'action des fluorures sur la lipase est spécifique. Laissons de côté la critique relative à l'emploi d'un extrait trouble de pancréas, bien qu'il y ait cependant un intérêt de premier ordre à utihser du suc pancréatique, tant en vue des conclusions physiologiques éventuelles que pour avoir dans le mélange le minimum d'actions aberrantes dues à l'in- fluence des sels sur les colloïdes présents. Mais il y a dans les travaux de Lœvenhart et de ses collaborateurs une lacune qui interdit toute conclusion : l'étude comparée à des con- centrations variées des sels de la série chimique dont fait partie le fluorure de sodium n'est pas faite. Cependant Lœvenhart et Peirce écrivent eux-mêmes que c'est une règle que les substances qui inhibent à forte dose accélèrent à dose faible. Pourquoi donc n'avoir pas étudié les quatre sels, — chlorure, bromure, iodure, fluorure, — à 23 i ÉMILE-F. TERROINE des concentrations diverses, n'avoir pas cherché si tous ne peuvent pas être tantôt accélérateurs, tantôt inhibiteurs et pourquoi surtout, puisque cette étude n'a pas été faite, abou- tir à une sorte de séparation quahtative du fluorure de sodium de ses homologues de la même série. Dans ces conditions, nous avons estimé qu'il était indis- pensable de reprendre systématiquement l'étude des quatre sels, mais en faisant agir ces corps dans une marge très éten- due de concentrations. Tous nos essais ont été faits à l'aide de sels du commerce, plusieurs fois recristallisés, à des concentrations variant de N/300 à 3 N. Les mé- langes, dont tous les constituants sont préalablement portés à 40°, sont placés au thermostat pendant un même temps pour chaque expérience-. Au bout de ce temps, l'intensité de la saponification est évaluée par un dosage acidimétrique suivant notre technique habituelle. Nous nous sommes, bien entendu, assurés par de nombreux dosages témoins que l'adjonction des sels ne modifiait pas sensiblement le moment du virage et qu'aucune cause d'erreur importante n'était à craindre de ce fait (1). Nous avons fait porter nos expériences soit sur le suc seul, soit sur le suc additionné de sels biliaires. On voit, en effet, tout l'intérêt que présente pour la compréhension des phénomènes normaux de la digestion la deuxième catégorie d'essais. Les résultats sont consignés dans les tableaux LXXXIV et LXXXV. Plusieurs faits se dégagent très nettement de ces essais. Tout d'abord, il est incontestable que tous les sels expéri- mentés, — chlorure, bromure, iodure et fluorure de sodium, — accélèrent notablement, parfois considérablement, la saponi- fication de l'huile par le suc pancréatique. Dans certains cas, — chlorure do sodium N/i5 dans l'expérience IV, — la quan- tité saponifiée est près de cinq fois plus élevée dans le mélange salin que dans le témoin. En ce qui regarde l'accélération, il n'y a donc aucune différence qualitative entre l'action de ces sels ; tous possèdent la propriété d'activer l'action de la lipase pancréatique. Il y a là un fait qai, — tout au moins en ce qui regarde le chlorure de sodium, — n'est pas dénué d'intérêt physiolo- (1) Il n'en serait pas de même si l'on utilisait des sels ammoniacaux. Dans ce cas, le virage à la phénolphtaléine ne se produit plus, et le dosage, tel que nous le pratiquons habituellement, est impossible. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 235 TABLEAU LXXXIV Action des sels halogènes de sodium sur la saponification de l'huile par le suc pancréatique. Expérience I. — (Tous les mélanges contiennent 4 centimètres cubes d'huile ; les chiffres représentent le nombre de centimètres cubes de NaOH N 10 nécessaires pour neutraliser. Après saponification totale, il auraitfallu 125 centimètres cubes de NaOH N 10. Durée d'action -.sixheures.) NATURE du sel. CONCENTRATIONS. 0. >7.'(i. N/lu. >7i. iN7J. N. iN. NaCl . . . 14.7 14,7 14,7 14,7 25,5 31,8 17,5 7,7 27,9 19,6 30,6 22,1 10,0 ^12,9 2,7 » 11,8 1,8 1,5 » 5,1 1,7 1,6 » NaBr . : Nal 25,2 » 22,7 » NaF Expérience II. — (Tous les mélanges contiennent 4 centimètres cubes d'huile : les chiffres représentent le nombre de centimètres cubes de NaOH N 20 nécessaires pour neutraliser. Saponifiée en totalité, la quan- tité d'huile présente aurait exigé pour sa neutralisation 250 centimètres cubes de NaOH N 20. Durée d'action : six heures.) NATURE du sel. CONCENTRATIONS. u. .N/i-OO. >720. .N710. >7i. N. j.\. NaCl 7,9 7.9 7.9 7,9 9,1 12,3 9,8 13,6 16,8 18,9 15,6 11,2 18,8 21,1 19,1 20,8 20,8 12,6 19,8 8,8 2,6 » 17,0 3,1 2,4 M NaBr Nal NaF 1 Expérience III. — (Tous les mélanges contiennent 1 centimètre cube d'huile ; les chiffres représentent le nombre do centimètres cubes NaOH N/20 ! nécessaires pour neutraliser. Saponifiée en totalité, la quantité d'huile présente aurait exigé pour sa neutralisation 62 centimètres cubes de NaOHN 20. Durée d'action : six heures trente-cinq.) 1 . NATUEE j du sel. r CONCENTRATIONS. 0. .N'/aoo. iNVeo. ^72o. N/7,5. >/:;. -iN/.r _' -N . î NaCl NaBr Nal NaF. 4.1 4.1 4,1 4,1 5.5 8,2 8,0 9,9 13,4 13,5 12,6 13,3 13,4 13,5 14,7 10,0 14,2 15,8 16,3 16,8 13,1 10.1 » 6,5 3,8 1,5 » 5,6 2,3 1.1 1 236 EMILE-F. TERROINE Expérience IV. — (Conditions identiques. Durée d'action: quatre heures quarante-cinq ) CONCENTRATIONS. NATURE du sel. ;t N. 0. ^7l2û. IN'/SO. N/13. ^p. NaCl 3,2 4,6 11,6 15,8 12,0 6,7 NaBr 3,2 3,5 4,9 9,5 12,8 2,0 Nal 3,2 2,8 4,1 9.6 » » NaF 3,2 4,3 5,6 8,3 » )) Expérience V. — (Conditions i( ientiques. Durée d'action : cinq heures trente.) IV ATURE ,; ONCENTRATIONS SALINES. du sel. 0. ^7l2o. .N730. N/1.0. N/.3. :; N. XaCl 4,5 7,3 7,7 11,4 17,0 9.5 XaBr 4,5 7,6 8,0 11,7 14,4 3,5 Nal 4,5 6,0 7,5 8,4 5,6 1.9 NaF 4,5 5,9 6,4 e,6 » » TABLEAU LXXXV Action des sels halogènes de sodium sur la saponification de l'huile par le suc pancréatique additionné de sels biliaires. Expérience I. — (Tous les mélanges contiennent 1 centimètre cube d'huile;leschiffresreprésententlenombredecentimètrescubesdeNaOHN 20 nécessaires pour neutraliser. Saponifiée totalement, la quantité d'huile présente aurait exigé pour sa neutralisation 62'^'=, 5 de NaOH N/20. Durée d'action : six heures.) NATURE du :-ol. NaCl . NaBr. Nal . . NaF.. CONCENTRATIONS SALINES. 0. >7300. iN7120. ^730. N/15. rs7'7,5. N/3. 4/3 N. l'S. 5,5 8,0 9,4 10,5 12,5 12,0 14,2 7,6 7,7 5,5 7,2 8,9 )i M » 11,5 2,8 2,4 5,5 9,3 9,7 )) 9,5 9,0 8,0 1,6 1,5 5,5 7,6 8,2 9,0 6; 5 » ); » )) 3N. 6,1 1,8 1,0 Expérience II. — (Conditions identiques. Durée d'action : six heures. NaCl , NaBr Nal . . NaF., I 14,2 15,7 16.3 17.0 23,6 21,6 17,8 14,4 10,5 14,2 19,4 23.4 22,6 20,4 22,2 19,1 3.5 2,6 14,2 15,8 21,2 22,0 18,5 15,3 11,7 1,8 1,7 14,2 14,3 19,9 18.8 15,3 » )) » 1 7,3 2,0 1,5 PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 237 gique ; des concentrations telles que celle de N/15 qui, sans être toujours les plus actives, sont cependant très actives, peuvent parfaitement être réalisées dans l'intestin, lors de la neutralisation du chyme gastrique. C'est donc un facteur qui doit entrer en ligne de compte lorsqu'on discute la vitesse et l'intensité des actions saponifiantes qui s'observent dans la lumière du tube digestif par rapport à la lenteur et à la fai- blesse relatives de l'action que le suc exerce in vitro. Mais, s'il ne saurait être fondé aucune distinction qualitative, au point de vue de leurs propriétés accélérantes, entre les sels, il n'en est pas de même en ce qui regarde la quantité, les concentrations actives. Si nous examinons, en effet, les expériences des tableaux LXXXIV et LXXXV, nous pouvons constater que la concentration pour laquelle s'observe la sapo- nification la plus élevée est difîérente et même très diffé- rente, suivant la nature du sel présent. D'une manière géné- rale, la concentration pour laquelle s'observe le maximum d'action s'abaisse suivant qu'on passe du chlore au brome, à l'iode et enfin au fluor. Ainsi, dans l'expérience II, la saponification a atteint sa plus grande valeur pour une concentration de N/2 dans le cas du chlorure de sodium, de N/10 dans le cas des bromure et iodure, de N/400 dans le cas du fluorure. Dans l'expérience III, le maximum est atteint pour une concentration en chlorure de sodium de N/3, de N/7,5 en bromure et en iodure, de N/60 en fluorure. Le second fait observé, qui est d'ailleurs corrélatif de l'exis- tence d'un optimum d'activation pour une concentration donnée, c'est qu'à de certaines concentrations les quatre sels inhibent l'action saponifiante. Là encore, aucune diffé- rence entre les divers sels : pourvu qu'on atteigne les concen- trations nécessaires, — on ne les atteint pas toujours avec le fluorure de sodium par suite de sa faible solubilité, — on observe dans tous les cas l'action inhibitrice. Mais là aussi, s'il n'y a pas de différence cjualitative, il y a une différence quantitative, corollaire évident de l'existence d'un optimum, d'accélération, variable suivant les divers sels. Le chlorure de sodium voit diminuer son pouvoir activant plus tard et 238 ÉMILE-F. TERROINE moins rapidement que le bromure, l'iodure et le fluorure ; et pour une même concentration inhibitrice pour tous les sels, les pouvoirs inhibiteurs se classent dans le même ordre croissant : chlore, brome, iode, fluor. Ainsi, dans Texpérience I, nous voyons que le chlorure de sodium est encore activant à N/4, alors que le fluorure est déjà inhibiteur à N/20 ; dans l'expérience II, nous voyons que, pour une concentration normale, la présence du chlorure de sodium a plus que doublé la valeur de la saponification (de 7,9 à 19,8); celle du bromure Ta à peine modifiée (7,9 à 8,8), car il est déjà et depuis longtemps dans la phase décrois- sante ; celle de l'iodure l'a rendu trois fois plus faible (7,9 à 2,4) ; mêmes faits dans toutes les autres expériences. Au total, nous pouvons donc conclure très nettement que, dans leur action sur la saponification de l'huile par le suc pancréatique, les chlorure, bromure, iodure et fluorure de sodium possèdent qualitativement des propriétés identiques; tous peuvent accélérer la saponification, tous peuvent l'in- hiber (1). Mais l'influence des éléments halogènes se différencie très bien quantitativement. Si tous accélèrent, ils ne le font pas pour les mêmes concentrations ; si tous inhibent, le pouvoir inhibiteur n'apparaît pas pour la même concentration. Et le classement des sels est très net ; il résulte du point où se trouve le maximum d'accélération, maximum qui est une résultante des deux actions de sens inverse. Ce point est à une concentration d'autant moins élevée qu'on passe du chlore au brome, du brome à l'iode, de l'iode au fluor. Il résulte évidemment de ce classement que, s 'adressant au chlorure, on sera plus particulièrement frappé par les pro- priétés activantes, puisqu'elles se maintiennent fréquemment jusqu'à des concentrations trois fois normales et que, considé- rant, au contraire, le cas du fluorure de sodium, on sera plus par- ticulièrement frappé par ses propriétés retardatrices, puisque, (1) Il convient de noter qie, si le pouvoir activant du chlor re de sodium présente un réel intérêl physiologique, il n'en est pas de même de la propriété inhibitrice. G tte dernière ne se minifesle en effet qu'à des concentra ions extrên ement élevées et n'ayant aucune chance d'être normalement r.'alis'ies dans le tube digestif. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LirOlDIQlES 239 dans certains cas (expérience I), elles sont déjà très nettes pour une concentration de N/10. Ces faits montrent à quelles erreurs on s'expbse ou bien en étudiant un sel, indépendam- ment de ses homologues, ou bien en comparant deux sels uniquement à une même concentration; ces procédés d'étude aboutissent bien souvent à Taffirmation d'une spécificité d'action, — action du fluorure sur lalipase,— qui s'évanouit lorsqu'on soumet le fait signalé à une analyse plus approfon- die. D'autres faits viendront d'ailleurs nous confirmer tout à l'heure l'absence de toute spécificité de la propriété inhibitrice du fluorure de sodium. ^i. Azotate, sulfate, oxalate.' — Nous avons conduit la re- cherche en ce qui concerne les azotate, sulfate et oxalate, exactement comme dans le cas précédent ; nous nous sommes adressé là encore au sel de soude, ce qui nous a permis, dans chaque série, d'établir une comparaison avec le chlorure de sodium, dont les effets nous étaient connus par nos expé- riences antérieures. Les résultats des essais sont consignés dans le tableau LXXXVI. TABLEAU LXXXVI Action des azotate, sulfate et oxalate de sodium sur la sapo- nification de l'huile par le suc pancréatique. Expérience I. — (Tous les mélanges contiennent 1 centimètre cube d'huile ; les chiffres représentent le nombre de centimètres cubes de NaOHN/10 nécessaires pour neutraliser. Saponifiée totalement, la quan- tité d'huile présente aurait exigé pour la neutralisation des acides formés 31",25. Durée d'action : six heures quarante-cinq.) NATURE (lu sel. NaCl . . . NaNO^^ . Na-^SO''. Na^C^O^ 4.0 4,3 4,3 N/30. CONCENTRATIONS SALINES N/lo 4,8 4,3 4,6 5,1 5,1 4.2 4,4 5,6 iN73. 6,3 5,6 7,9 ■i S. 2,0 2,6 7.9 Expérience II. ~ (Conditions identiques. Durée d'action: six heures. NaCL... NaNO^. Na^SO^ Na^C^O^ 3,5 3,5 3.5 3.5 5,0 5,9 5,7 5,5 6,9 7.0 7,3 9,6 9,1 10,3 6,0 4,1 12,0 240 ÉMILE-F. TERROINE L'azotate de soude se comporte sensiblement de la même manière que le chlorure de sodium; le maximum d'accéléra- tion se produit au même point ; l'accélération ou l'inhibition pour une même concentration sont du même ordre. Quant au sulfate et à l'oxalate, nous n'avons constaté que des accéléra- tions. L'impossibilité d'obtenir des concentrations plus éle- vées, les essais étant évidemment limités par la solubilité 'des sels, fait que nous ne pouvons savoir si l'on peut, avec ces corps, obtenir également les phénomènes d'inhi- bition. y. Phosphates. — L'étude de la question de l'action des phosphates de soude nous a paru impossible. Nous avons en efïet constaté l'importance considérable de la réaction du milieu. Or on ne peut ajouter un phosphate de soude sans modifier cette réaction, et cette modification peut être notable si la concentration est élevée : le phosphate monoso- dique est acide; les phosphates di et trisodiques sont alcahns. Il nous a paru que, dans ces conditions, les résultats que l'on obtiendrait en présence de phosphates seraient passibles d'une double interprétation, qu'il serait impossible de diffé- rencier ce qui revient à la modification de la réaction de ce qui doit être attribué au rôle propre de l'ion PO*. Nous n'avons donc pas cru devoir entreprendre une telle recherche. ' b. Influence des cathions. — Opérant sur un extrait aqueux de pancréas, M. Pottevin (261) constate que le pou- voir lipolytique en est augmenté par l'adjonction de sels de métaux alcalino-terreux et particulièrement de chlorure et d'acétate de calcium. Kanitz retrouve la même action accélé- rante lors de la saponification d'émulsions alcalines d'huile par des extraits de pancréas, s'il ajoute quelques gouttes d'une solution normale de chlorure de calcium ; par contre, l'acé- tate lui paraît sans action. Magnus signale une activation sensible de l'action lipasique du suc pancréatique par le sul- fate de manganèse, activation que Bradley ne peut retrou- ver sur le suc humain. Bradley signale, d'autre part, que le sulfate de cuivre inhibe totalement la saponification de l'huile par le suc humain pour des concentrations supérieures à 0,07 p. 100 ; la même action inhibitrice s'exerce dans le cas PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 241 du dédoublement du butyrate d'éthyle, mais elle disparaît dès que la concentration est inférieure à 0,05 p. 100. Ici encore, comme dans la plupart des études entreprises sur les électrolytes, les recherches ne sont pas comparatives ; elles portent sur un sel isolé de ses homologues, et, quand diffé- rentes concentrations sont étudiées, la marge de ces concen- trations est beaucoup trop peu étendue. Pour toutes ces raisons, nous avons été amenés à envisager à nouveau la question de l'action des cathions sur la saponi- fication; nous en subdivisons l'étude en deux parties : L'action des ions alcalins et alcalino-terreux ; L'action des sels des métaux lourds. a. Action des ions alcalins et alcalino-terreux. — L'ion com- mun auquel nous nous sommes adressé est le chlore. Nous avons donc étudié l'action des chlorures de sodium, potas- sium, baryum, magnésium et calcium. La technique a été essentiellement la même que dans les précédents essais. Toutefois, comme dans le cas des sels alcalino-terreux, par suite de l'alcalinité du suc, il apparaît un léger trouble et parfois même un précipité, au lieu de laisser les mélanges en digestion au repos, nous les avons soumis à une agitation constante, afm d'avoir toujours un mé- lange homogène et de diminuer au moins dans une certaine mesure les différences de pouvoir précipitant des divers sels étudiés. Les résultats obtenus sont groupés dans le tableau LXXXVII. En ce qui concerne les deux chlorures alcalins expérimen- tés, on voit qu'ils se comportent d'une manière à peu près identique ; les variations de saponification sont de même sens pour les mêmes concentrations et, de plus, pour une même con- centration saline, l'accélération observée est sensiblement la même dans les deux cas. En ce qui concerne les sels alcalino-terreux, nous trouvons là encore une phase d'accélération qui aboutit à un maximum, puis une inhibition. Toutefois, le maximum d'accélération s'obtient avec le magnésium et le baryum pour des concentra- tions beaucoup plus faibles qu'avec le sodium. D'autre part, l'action activante du chlorure de calcium est peu marquée. ANN. DES se. NAT. ZOOL., 10^ série. IV, 10 242 ÉMILE-F. TERROINE TABLEAU LXXXVII Action des chlorures alcalins et alcalino-terreux sur la saponiûcat ion de l'huile par le suc pancréatique. Expérience I. — (Tous les mélanges contiennent 1 centimètre cube d'huile ; les chiffres représentent le nombre de centimètres cubes de NaOH N 10 nécessaires pour neutraUser. Totalement saponifiée, la quan- tité d'huile présente aurait exigé pour sa neutrahsation 31 ce, 25. Durée d'action : six heures quinze.) CONCENTRA-TION'S salines. U N/300 N/120 N/30 . N/15 . NaCI. KCl 7,5 7,5 8,3 9.2 12.5 MgCl» BaCl^ 8,3 9.3 11,0 11.5 9,4 12,7 11,4 10.7 7,5 9,2 13,4 11,9 9,4 CaCl 7,5 9,5 9,1 7,8 5,3 Expérience II. — (Conditions identiques. Durée d'action : six heures. .... N/600 N/120 N/30 . N/15 . 11,2 11,0 13,5 15,7 15,4 11,2 12,6 13.3 13. G 15.3 11,2 11,4 15,1 14,2 9,8 11,2 12.7 14.7 12,5 11.3 11,2 » 13,3 9,2 5,3 Expérience III. — (Conditions identiques. Durée d'action : six heures.) N/12() N/ÔO . N/15 . 12,1 12.2 13,6 12.0 12,1 14,6 13,0 10,8 12,1 13,3 11,3 9,8 12,1 12,9 9,3 7,0 Expérience IV. — (Conditions identiques. Durée d'action : huit heures. .... N/120 N/30 . N/15 . 5,6 5,8 6,9 6,1 5,6 8,2 7,0 6,3 5,6 5,8 7,5 6,1 5,6 4,2 Au total, nous retrouvons ici encore une même manière de se comporter des différents sels, en ce qui regarde la nature des actions, mais avec des différences quantitatives (1). (1) PEKELH^.RI^G (loc. cit.) a repris, trois ans après la publication des résul- tats essentiels de notre travail, l'étude de Faction des électrolytes — NaCl. NaBr Nal, NaF, KCl, CaCP, MgCP et BaCl- — sur le pouvoir saponifiant du pancréas. Le ferment employé p.ar lui est une solution glycérinée d'un précipité provoqué par l'adjonction d'acide acétique à un extrait aqueux de pancréas. l'IlVSIOLOr.IK DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 2i3 3. Sels des métaux lourds. — Une raison identique à celle qui nous avait amené à ne pas poursuivre l'étude de Faction des phosphates nous a déterminé à laisser également de côté celle de l'action des sels de métaux lourds : presque tous ces sels, —sels de cuivre, de mercure, de manganèse, etc., — présentent, en effet, en solution, une acidité très marquée. D'autre part, ils sont énergiquement précipités par le carbo- nate de soude du suc pancréatique. Il y a donc là trop d'actions aberrantes, indépendantes de l'action même du sel sur les propriétés saponifiantes ; trop de facteurs varient simultanément par l'adjonction de ces corps pour que les résultats des essais aient une signification facile à dégager. 30 Mode d'action des électrolytes.— Les observations rap- portées dans les précédents paragraphes ne laissent aucun doute sur le fait que l'adjonction d'électrolytes modifie très sensiblement le cours de la saponification de l'huile par le suc pancréatique. Il nous reste à essayer de dégager la signifi- cation de l'action de sens opposé exercée par les sels suivant Ips concentrations utilisées : accélération et inhibition. Bien que les séries d'essais rapportés par Pekelharin g portent sur une marge de concentrations beaucoup moins étendue que les nôtres, il y a lieu de noter que ces résultats confirment complètement ce que nous avions avancé sur 1 mlluence accélérante des chlorure, bromure, iodure et fluorure de sodium des chlorures de potassium, de magnésium et de baryum. En particulier' 1 EKELHARiNG Signale expressément que le fluorure de sodium peut accélérer la saponification, mais lorsqu'il se trouve en quantités moindres que le chlorure ou le bromure. La seule différence qu'il y ait lieu de relever entre les résulltats de Pekel- îiARiNG et les nôtres est relative à l'action du CaCR Pekelharing observe une mlluence accélérante de ce dernier sel, beaucoup plus importante que celle signalée par nous ; il attribue cette contradiction aux différences de conditions expérimentales, ce qui est en effet très vraisemblable. Mellanby et WooLEY insistent sur le fait qu'ils n'ont pas retrouvé l'acti- vation Signalée par nous des électrolytes. Sur quoi se fondent-ils? Sur une seule expérience avec trois électrolytes: NaCl, CaCP, MgCl^ et à une seule concen- tration : N/30. Or, si Mellanby et Wooley avaient bien voulu lire attentive- ment notre travail, avant de mettre leurs résultats en opposition avec les notms, ils auraient pu voir qu'à une telle concentration l'accélération avec MgU- est toujours très faible et qu'avec GaCl- on se trouve alors le plus sou- vent dans la phase inhibitrice. Reste la seule expérience avec le chlorure de sodium ; or, dans ce cas, Mellanby et Wooley constatent une accélération laquelle, bien que faible, — 3,8 contre 3,3, - n'en existe pas mains. Au total' SI les conclusions formulées par Mellanby et Wooley s'opposent aux nôtres' par contre, les résultats de leur unique expérience les confirment 244 ÉMILE-F. TERROINE L'hypothèse qui nous a paru devoh^ être examinée, celle qui a guidé notre travail, c'est que l'adjonction de sels mo- difie l'état de liaison de l'huile avec l'eau, plus exactement avec la hqueur alcaline qu'est le suc pancréatique. Lorsqu'on mélange le suc et l'huile, il se produit une émul- sion. La stabilité de cette émulsion, sa fmesse sont sous la dépendance de l'alcalinité du mélange ; par conséquent, l'émulsion sera d'autant plus fme et d'autant plus stable que la proportion de matières alcalines, c'est-à-dire la proportion de suc sera plus élevée. Mais, pour une même proportion de suc, il est possible d'augmenter par l'agitation, par l'adjonc- tion de substances visqueuses, la stabilité et la fmesse de l'émulsion ; il est également possible- de les diminuer, ne serait-ce que par la simple dilution avec de l'eau. Dans ce cas, toute augmentation et de la stabilité et de la fmesse, c'est-à-dire toute tendance à avoir un mélange plus homogène, aboutissant à une augmentation de la surface d'attaque, détermine une accélération de la saponification. Toute action de sens inverse provoque, au contraire, une inhi- bition. Or, il n'est pas douteuxque l'état d'une suspension, — q.i'il s'agisse d'une solution colloïdale, d'une émulsion, d'une sus- pension mécanique, — est considérablement influencé par la présence d'électrolytes. Les traités spéciaux sur les pro- priétés des solutions abondent en faits de ce genre (Voir par exemple A. Muller, Allgemeine Chemie der KoUoide, p. 58 et suiv.), auxquels nous ne pouvons ici que faire allusion. Rappelons, à titre d'exemple, que Hardy a montré l'action précipitante qu'exercent les sels sur une suspension de mastic, dont les caractères physiques rappellent une fine émul- sion grasse, et qu'il a pu établir que les difl'érents électro- lytes exerçaient leur action précipitante à des concentrations très éloignées. Rappelons d'autre part que, si l'on a été très généralement frappé par la propriété qu'ont les sels, à des concentrations plus ou moins élevées, de précipiter les sub- stances en suspension dans l'eau, certains auteurs, et en parti- culier JoRDis (156), ont montré que la présence de petites quantités de sels peut exercer une action stabilisante sur une PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 245 solution colloïdale. Au surplus, il est un fait bien connu des physiologistes et dans lequel on constate la double action d'un électrolyte suivant sa concentration : c'est la manière de se comporter des globulines. Les globulines, insolubles dans l'eau pure, se dissolvent grâce à la présence de petites quantités de chlorure de sodium, mais sont précipitées de la solution ainsi formée si on sature de chlorure de sodium. Ainsi une faible concentration favorise la liaison avec l'eau, une forte concentration la diminue puis la supprime. N'est-ce donc pas dans une simple modification de l'état physique des mélanges en digestion que doit être recherchée l'explication du rôle des électrolytes ? Additionnés en petite quantité au mélange de suc alcalin et d'huile, ils tendent à maintenir les gouttelettes qui s'y trouvent en suspension ; ajoutés en quantités élevées, ils tendent au contraire à séparer la phase aqueuse de la phase grasse. Pour vérifier si cette hypothèse contient au moins une part de vérité, des expériences doivent être instituées dans les- quelles on éliminera autant que possible l'influence qu'exerce le sel sur la liaison du corps à saponifier avec l'eau. Dans ce cas, si l'hypothèse formulée est entièrement inexacte, en diminuant ou en supprimant la modification que le sel peut apporter à l'état physique des mélanges, nous ne devons faire disparaîre aucun des phénomènes observés. Si, au contraire, l'hypothèse est entièrement exacte, si elle s'applique à la totalité des faits, tous les phénomènes d'accélération ou d'inhibition vont s'évanouir quand le sel ne pourra modi- fier la haison du corps gras et de l'eau. Mais il se peut aussi qu'une partie seulement des phénomènes soit passible de l'explication proposée ; dans ce cas, nous ne retrouverons que partiellement ces phénomènes. Trois catégories d'expériences peuvent être tentées pour élucider ces questions, pour rechercher s'il existe une action propre du sel et ce qu'elle est en dehors de son intervention possible dans la liaison de l'eau et du corps gras : a. On s'adressera à des corps entièrement solubles dans l'eau, — éthers ou glycérides, — et non séparables du solvant, même en présence de concentrations salines élevées ; 246 ÉMILE-F. TERROINE h. On s'adressera, comme précédemment, à de l'huile, mais au lieu de laisser les mélanges au thermostat en les agitant sim- plement de temps en temps, on les soumettra à une agita- tion intense et continue, de manière à maintenir dans tous les cas une émulsion parfaite et d'une finesse aussi voisine que possible pour tous les mélanges ; c. Enfin on s'adressera à des graisses solides, dont la surface de contact avec le suc ne peut évidemment être modifiée par aucune adjonction saline. Nous avons réalisé successivement ces trois catégorie d'essais. a. Action des sels sur les éthers et les glycérides SOLUBLES. — Notre recherche a porté sur trois corps solubles : deux éthers, l'acétate de méthyle et le butyrate d'éthyle et un glycéride, la triacétine. Dans une première série (exp. I, tableau LXXXVIII). nous avons comparé l'action du chlorure de sodium à concen- trations variées sur les trois corps; dans une seconde série^ utilisant tantôt le butyrate d'éthyle, tantôt la triacétine, nous avons comparé les actions des chlorure, bromure, iodure et fluorure. Les résultats sont consignés dans le tableau LXXXVIII. Un fait extrêmement net ressort de cette première catégorie d'expériences : en aucun cas, les électrolytes n'ont intensifié la saponification ; au contraire, la seule action observée est une inhibition, et cela quelle que soit la nature de l'électro- lyte et quelle que soit la nature du zymolyte. En ce qui concerne donc l'hypothèse examinée, il est cer- tain qu'elle ne peut expliquer les phénomènes d'inhibition, la présence de sels n'entraînant aucune modification de la solution. Par contre, il est curieux de constater que toute action accélérante a disparu, et l'on peut considérer ce fait comme un élément de preuve en faveur de l'idée que l'accélération, dans le cas de l'huile, est due à une amélioration de l'émulsion. Les autres catégories d'essais nous donneront tout à l'heure de nouveaux éléments de discussion sur ce point. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 2i7 TABLEAU LXXXVIII Action des électrolytes sur la saponification des étbers et des glycérides solubles par le suc pancréatique. Expérience I. — (Les chiffres représentent le nombre de centimètres cubes de NaOH N/20 nécessaires pour neutraliser. Le pourcentage du dédoublement est obtenu en multipliant ces chiffres par 2. Durée d'action : cinq heures cinquante.) CONCENT-RATIONS EN NsCl. SUBSTANCES SOUMISES à l'action du suc. 1 1 - n. 1 n/[-2(). A/30. .NVlo. N73. i ;;.\. Acétate de méthyle. 8,1 7,9 7,7 7,4 6,2 5,7 Triacétine 9,8 9,2 9,1 9,4 8,2 : 3,7 Butyrate d'éthyle. , . 9,1 8,2 7,0 5,7 4.1 1,4 Expérience II. — (Mêmes conditions ; l'action porte sur le butyrate d'éthyle. Durée d'action : six heures). CONCENTRATIONS SALINES. t NATURE DES 0. N/SaO. N/TO. >7i3. N7 ^,73. .N/3,5. 4/3,0 X. ■l,TIS. ' NaCl 4,3 4,3 3,7 3,9 3,7 3,4 3,7 3.6 3,5 3,0 2,7 2,3 2 2 2^3 1,5 1,6 NaBr Nal 4.3 2,9 2,9 I) » 2,1 1,5 0,5 NaF '..3 1,5 0,7 0,2 » » D )) Expérience III. — (Mêmes conditions ; l'action porte sur la triacétine. , Durée d'action : six heures.) CONCENTRATIONS SALINES. NATURE des sels. 0. >.V300. N'/Oo. NViO. .\/7,:.. .N/3. if.i S i .N. 3 N. NaCL... 4,0 4,3 4.5 4,0 3.9 3.9 3,6 3,0 3,00 NaBr.... 4.0 3,8 3.7 3,8 3,3 2,8 1,5 1,5 1,10 Nal 4,0 3,4 3,8 3,0 2,8 1,7 0,4 0,1 0,05 NaF 4,0 1,7 1,3 0,8 » )) )) » " Mais nous ne pouvons pas abandonner le groupe de faits acquis dans le cas des corps solubles sans noter que, là encore, il n'existe aucune distinction qualitative spécifique entre le mode d'action des différents sels, mais seulement une distinc- 248 ÉMILE-F. TERROINE tion quantitative, laquelle donne lieu à un classement iden- tique à celui déjà fait dans le cas de la saponification de l'huile; les propriétés inhibitrices croissent du chlore au brome, du brome à Tiode, de Tiode au fluor. Dans l'expérience II, la valeur de l'inhibition est la même pour une concentration 1,7 N en NaCl, 4/3,5 N en Nal, N/350 en NaF; dans l'expé- rience I, l'inhibition est la même pour une concentration 4/3 N en NaBr, N/3 en Nal, N/300 en NaF. Si nous prenons une même concentration, N/20 par exemple dans le cas de l'expérience III, nous voyons que le chlorure de sodium n'a encore exercé aucune inhibition; le bromure a exercé une inhibition de 5 p. 100, l'iodure de 25 p. 100, le fluorure de 80 p. 100. Nous le répétons donc : aucune action spécifique du fluo- rure, pas plus sur le butyrate d'éthyle, — particulièrement étudié par Lœvenhart et ses collaborateurs, — que sur l'huile. Mais là encore on comprend la formation de cette idée de spécificité, si l'étude n'a porté que sur un corps ou, si l'étude portant sur plusieurs corps, elle n'a pas été faite dans une marge de concentrations assez étendue (1). b. Action des sels sur la saponification de l'huile LORS DE l'agitation CONTINUE. Les expériences ont été conduites de la même manière que celles faites au repos. Mais ici on a réalisé une agitation simultanée de tous les mé- langes en les plaçant dans des tubes bouchés et soumis à un mouvement de va-et-vient très rapide. Dans tous les cas, l'émulsion a été parfaite; les mélanges présentent toujours un aspect identique à celui du lait. (1) MiNAMi (226), reprenant en 1912 la question de l'action des électrolytes sur la lipase du suc pancréatique, constate, en faisant agir le suc sur une so- lution de monobutyrine, que le chlorure de sodium ne provoque qu'une accélé- ration des plus médiocres, lorsqu'elle existe, ce qui est rare, et que le fluorure ■ de sodium n'exerce qu'un effet inhibiteur. Il en conclut à une contradiction entre ses résultats et les nôtres. Or, nous avons précisément signalé dans notre première publication à laquelle M IN AMI oppose ses conclusions, qu'il n'y avait pas d'accélération par les sels et observait uniquement une inhibition lorsqu'on étudiait la saponification d'éthers ou de glycérides en solutions vraies, ce qui est le cas de la monobuty- rine. En conséquence, les faits observés par Minami, bien loin d'être en con- tradiction avec ceux que nous avons relatés dès 1909, leur apportent au con" traire une confirmation complète. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 249 Ce système d'agitation ne nous permettant pas une réalisation facile du chauffage, nous avons dû opérer à la température du laboratoire. Il en résulte que la température n'a pas été rigoureusement constante pendant toute la durée de l'action. Ce serait là une condition rédhibitoire si nous avions voulu établir des courbes de vitesse d'action. Tel n'était pas notre but. Nous nous sommes en effet contentés, comme dans les précédentes expériences, d'établir une comparaison entre les divers mélanges au bout d'un même temps. Toutes les variations de tempé- rature s'étant fait simultanément sentir sur tous les mélanges, les conditions d'action sont donc identiques. Tous nos essais sont résumés dans le tableau LXXXIX. TABLEAU LXXXIX Influence des électrolytes sur la saponification de l'huile par le suc pancréatique lors de l'agitation constante. Expériences I, II, III et IV. — (Dans l'expérience I, les chiffres représen- tent des centimètres cubes NaOHN/10. Saponifiée en totalité, la quantité d'huile présente aurait exigé pour la neutrahsation des acides formés 62cc,5 NaOHN/10. Dans les expériences II, III et IV, les chiffres représentent des centimètres cubes NaOH N/20 ; saponifiée en totahté, la quantité d'huile présente aurait exigé pour la neutralisation des acides gras formés 62CC.5 NaOH N 20. Durée d'action: six heures pour les expériences I, II et III ; une heure et demie pour l'expérience IV.) Expérience I. — II. — III. — IV. CONCENTRATIONS EN NaCI. 0. A7300. ^7li!o. >730. ^7l5. N/7,.'. ^7o. 22,9 29,3 » 26,8 25,6 21,6 16,2 15,6 » 19,9 22,2 24,3 » 24,6 12,7 )) 13,9 17,2 21,1 » 25,7 8,3 " » 12,1 16,0 16,8 3N. 13,0 13,4 13,5 8,7 Expér-ence V. — (Les dosages ont été faits avec NaOH N/20 ; saponifiée en totalité, la quantité d'huile présente aurait exigé pour la neutralisation des acides formés 125 centimètres cubes de NaOH N/20. Durée d'action : six heures.) NATURE (les sels. u. CONCENTRATIONS SALINES. s N. ^7!3. .N77,ô. lN/3. ij-i N. 2N. NaCl 23,5 24.5 23.7 2L9 15.5 13,9 11,5 NaBi- 23.5 29,9 )) 21.3 15.5 10.9 12,2 Nal 23,5 24,1 )) 21.7 1,5 1,1 1.0 NaF 23,5 16,9 » 1) )) '' H 2m ÉMILE-F. TERROINE Expérience VI. — (Conditions identiques. NATURE DES SELS. NaCl. NaBr Nal . NaF. CONCENTRATIONS SALINES. • 0. .N'/aoO. Sl\r>. .N77.0. 12,2 12,5 23,9 18.7 12,2 11,8 21,2 19,3 12,2 12.5 16,7 » 12,2 13,1 10,3 » 13,8 9.5 Expérience VII. — (Conditions identiques. Durée d'action : quatre heures vingt.) NATURE DES SELS. NaCl. NaBr Nal.. NaF. 20.9 20,9 20,9 20,9 CONOBNTRATIONS SAUNES. ^7li(|. Npii. .N7I5. >7:f 21,0 21,5 22,7 21,6 22,7 23,8 23,9 20.0 26,3 28,6 17,1 17,9 23,0 23,7 O i\. 17,2 15,3 Expérience VIII. — (Les dosages ont été faits avec NaOH N/10. Sapo- nifiée en totalité, la quantité d'huile présente aurait exigé pour la neu- tralisation des acides formés 31^^25 de NaOH N/10. Durée d'action : six heures. NaCl.. NaBr. Nal... NaF.. 12,5 12,5 12,5 12,5 13,9 12,5 13,'* 15,0 15,7 15,1 11,6 14,6 15,0 15,5 13,9 14,0 14,0 9,4 )) 8,3 8,1 0,8 Le premier fait qui ressort de rexamen de ces expériences, c'est que nous retrouvons ici les deux phénomènes : accélé- ration et retard suivant la concentration. Mais l'accélération est cependant très nettement plus faible que dans le cas des essais au repos. Il est facile de s'en rendre compte, en comparant les accélérations maxima des expé- riences au repos, avec celles constatées lors de l'agitation, en faisant porter cette comparaison sur l'un des sels employés, le chlorure de sodium par exemple. On trouvera cette com- paraison étabhe dans le tableau XC d'après les tableaux LXXXIV, LXXXV, LXXXIX. PHYSIOLOGIE DES SURSTANCES GRASSES ET LIl^OIDIQUES 251 De l'examen de ce tableau XC, il résulte que l'Fceélé- ration maximale est toujours beaucoup plus faible lors do l'agitation. Dans deux expériences seulement, Taccélération a atteint 100 p. 100; le plus souvent, elle est beaucoup au- dessous de cette valeur. Au contraire, sauf dans le ces de Texpérience I, les accélérations sont de beaucoup supérieures à 100 p. 100 lorsque les mélanges en digestion sont laissés au repos. TABLEAU XC Accélérations maxima. (Les valeurs données représentent les pourcentages dliuile saponifiée.) AU REPOS. LORS DE l'agitai ION CONTINUE. Numéro des expériences. Suc seul. Suc + .Naf.l. Pourcen- tage de l'accéléia- tion. 1 .Numéro des expériences. Suc seul. Suc -h .NaCI. l'ourcen- lage de laccéléru- lion. j I II III IV. V 11,7 3,1 6,5 5,1 7,1 22,3 8,3 26,8 25,2 27,2 9# % 167 % 312 % 394 % 283 % L... IL. . III.... IV.... V. .. VI. . . . VIL... VIII... . 36,6 24,9 20,3 13,2 18,8 9,7 16,7 40,0 48,3 39,3 41,1 26,8 19,6 18,9 21,0 48,0 31 % 58% 102 % 1 3% 4% 94% 25 % 20% Donc l'agitation diminue nettement l'influence activante du sel, et il y a là un fait qui peut être interprété en faveur de l'hypothèse émise ; le sel agit, au moins partiellement, en favorisant l'émulsion. En ce qui regarde l'inhibition, nous la retrouvons toujours. Ce n'est vraisemblablement pas en s'opposant à la finesse et à la stabilité des émulsions que le sel intervient pour dimi- nuer la saponification. c. Action sur les corps gras solides. — Pour poursuivre cette étude, nous nous sommes adressé à une graisse parfaite- ment solide à la température des essais, à du suif de Mouton. Nous en avons préparé des cubes de i gramme,de telle manière que, dans tous les mélanges expérimentés, la surface d'attaque soit sensible- ment la même. 252 ÉMILE-F. TERROINE La digestion des graisses constitutives du suif de Mouton étant, comme nous l'avons vu par ailleurs, extrêmement lente, nous avons maintenu le séjour au thermostat pendant un temps très long, afin d'avoir des chiffres d'acidité significatifs. Les mélanges contenant tous 1 gramme de suif de Mouton ont été placés au thermostat à 40^ pendant six jours. Les chiffres représentent le nombre de centim^ètres cubes de NaOH N/20 nécessaires pour neutra- liser l'acidité formée au bout de ce temps. Les résultats consignés dans le tableau XCI montrent qu'ici encore nous avons retrouvé avec le chlorure de sodium et la phase d'accélération et la phase d'inhibition. TABLEAU XCI Action du chlorure de sodium sur la digestion du suif de Mouton. CONCENTRATIONS EN NaCI. 0. N'/IL'O. N/oO. N/15. N7J. 3N. Acidité en centimètres cubes de NaOH N/20 3,2 3,0 3,1 4,8 8,4 1,5 Si nous résumons maintenant l'ensemble des données acquises au cours de nos recherches sur le mode d'action des sels, nous voyons" que : 1° Les corps entièrement solubles ne subissent pas d'accé- lération de dédoublement pour aucune concentration saline, si faible soit-elle ; par contre, leur dédoublement est nette- ment entravé pour des concentrations élevées ; 2° L'huile, lorsqu'elle est maintenue par agitation con- stante en état d'émulsion parfaite, voit sa saponification retardée par les concentrations salines élevées, accélérée par les concentrations faibles ou moyennes, mais notablement moins qu'en l'absence d'agitation. 3° La saponification d'une graisse solide est tantôt accé- lérée, tantôt retardée suivant les concentrations. Tout ceci montre que, si l'hypothèse émise peut servir à la compréhension d'une partie des phénomènes, elle est dans 4'impossibilité absolue de les expliquer en totalité. PHVSIOLOC.IE DES SUBSTANCES (IRASSES ET LIPOIDIQUES 253 Les sels exercent -ils une modification sur la répartition de l'enzyme entre la phase aqueuse et la phase huileuse? Aug- mentent-ils ou diminuent-ils, suivant leur concentration, la solubilité ou la diffusion dans la phase aqueuse des corps formés au cours de la saponification? Agissent-ils directement sur le ferment lui-même? Il y a là autant de questions qui restent posées et dont la soumission au contrôle expérimental est particulièrement délicate. Au total, et comme c'est le cas pour tous les autres fer- ments, la question du mécanisme de l'action des électrolytes reste à peu près entière, et nos recherches n'ont projeté sur ce point qu'une bien faible lumière. Elles ne nous paraissent cependant pas avoir été inutiles, puisque : D'une part, elles montrent que le chlorure de sodium, qui se trouve en quantités abondantes dans le contenu intestinal, par suite de la neutralisation du chyme acide par les suc pancréatique et intestinal, accélère considérablement l'action saponifiante du suc pancréatique et qu'elles permettent de dégager ainsi un des facteurs de la digestion des graisses ; D'autre part, elles tendent à écarter l'idée de spécificité d'action des différents électrolytes, à montrer que, quel qi: e soit le corps auquel on s'adresse, on a affaire à une action qualitativement identique, et que, par conséquent, l'action des électrolytes relève d'un mécanisme commun. § G. — Action simultanée de la trypsine et des produits d'hydrolyse des protéiques. Nous avons poursuivi jusqu'ici notre étude de la lipase comme si le suc qui la renferme ne contenait que ce ferment et comme si l'action de ce suc dans le tube digestif était limitée à la saponification, comme si ce suc agissait seul dans l'in- testin. Or il n'en est rien. En même temps que le suc pancréatique se déversent dans l'intestin et le suc intestinal et la bile. Nous verrons plus loin le rôle de la bile. Examinons maintenant les propriétés que 254 ÉMILE-F. TERROINE peut acquérir le suc pancréatique lorsqu'il est mélangé avec le suc intestinal et au cours des actions qu'il va être appelé à exercer, Delezenne et Frouin (81) ont établi que le suc pan- créatique sécrété au cours de la digestion, récolté sur un Chien muni d'une fistule permanente, mais en ayant grand soin d'éviter tout contact avec la muqueuse intestinale, était ri- goureusement inactif vis-à-vis d'albumines naturelles telles que l'ovalbumine. Il en est de même dans le cas du suc obtenu par injections répétées de sécrétine, si l'on a soin de rejeter les premières gouttes qui s'écoulent et qui peuvent être pol- luées par des débris cellulaires (Bayliss et Starling 18) ; Schiffer et Terroine, 282). Par contre, si le suc est amené au contact de la muqueuse intestinale, s'il est addi- tionné de suc entérique, ou de macération de muqueuse, il acquiert aussitôt la propriété d'attaquer énergiquement les albumines. Dans le tube digestif, nous avons donc affaire non à un suc pancréatique inactif vis-à-vis des albumines naturelles, tel que celui étudié jusqu'ici, mais à un suc qui, de par son mé- lange avec le suc entérique, en même temps qu'il saponifie les graisses, peut hydrolyser les protéiques. Cette propriété simultanée d'hydrolyser les protéiques n 'influe -t -elle pas sur la propriété saponifiante? Une telle question mérite d'autant plus d'être examinée que nous savons en effet, par l'histoire des autres ferments du suc, que ces fer- ments ne sont pas sans être influencés par \e présence ou l'absence du caractère trypsique. Il a été en effet établi : Que le suc pancréatique kinasé, abandonnée lui-même, perd peu à peu son pouvoir trypsique, alors qu'il le conserve s'il est mis à agir sur de l'albumine aussitôt après son activation (D ASTRE et Stassano, 78) ; Que le suc pancréatique kinasé abandonné à lui-même perd lentement son pouvoir saccharifiant (Ganicke, 114; Pozerski, 262; Terroine et Weill, 322), alors qu'il le conserve s'il est mis à agir sur de l'albumine aussitôt après son activation (Terroine et Weill) ; PHYSIOLOGIE DKS SUBSTANCES CRASSES ET LII'OIDIQL'ES 255- Que les produits de digestion des albumines et particuliè- rement les acides aminés activent énergiquement la saccha- rification de Famidon par le suc pancréatique (Terroine et Weill) ; Nous devons donc examiner dans le cas de la Mpase les points suivants : 10 La transformation du suc inactif en suc actif amène- t-elle avec elle une modification du pouvoir saponifiant? 2» Le suc pancréatique kinasé abandonné à lui-même perd-il ses propriétés saponifiantes? 30 Si oui, protège-t-on la lipase en obligeant le suc à exercer son action sur une albumine ? 40 Enfin la présence de produits de digestion de l'albu- mine modifie-t-elle la vitesse de la saponification? 10 Propriétés saponifiantes comparées du suctrypsique- ment inactif et du suc kinasé. — Nous avons comparé Faction saponifiante qu'exerce sur l'huile un suc de sécrétine inactif et le même suc après l'addition des quelques gouttes de kinasé nécessaires pour faire apparaître la trypsme. La kinasé a été préparée pad- le procédé de Larguier des Bancels : c'est un liquide obtenu par filtration sur bougie d'une macération dans l'eau chloroformée de muqueuse intestinale soigneusement broyée. Les sucs ont été additionnés d'une certaine quantité d'huile et la diges- tion poursuivie pendant quatre heures dans les conditions habituelles. Dans le cas des suns kinasés, l'adjonction de kinasé et d'huile a été simultanée. Les résultats sont consignés dans le tableau XGIL TABLEAU XCII Action comparée sur la saponification ds l'huile des sucs actif et inactif sur l'ovalbumme. (L, et inactif sur l'ovalbumine ,es chiffres représentent des centimètres cubes de NaOH N 110 Pour neutra- liser les acides formés par saponification totale, il faudrait 12o centimètres cubes de NaOH N/10.) NATURE DU SUC Suc naturel inactif. . Suc kinasé Exp. I. 26,6 29,4 Exp. II. 12,6 13,9 Exp.lII. 8,7 13.1 Esp. IV. 7,1 10,5 Exp. V 55,6 30,2 256 EMILE-F. TERROINE Sauf dans un cas, l'addition de la macération intestinale a plus ou moins intensifié les propriétés saponifiantes du suc ; mais le phénomène n'est pas quantitativement très impor- tant (1). Ce qu'il y a lieu de retenir, c'est que, kinasé ou non, le suc agit énergiquement sur les corps gras. 20 Disparition progressive de la lipase dans le suc kinasé. — Nous avons recherché si du suc kinasé abandonné à lui-même voyait peu à peu modifier ses propriétés saponifiantes pen- dant le même temps que diminuent son pouvoir sacchari fiant et l'intensité de son action trypsique. Des échantillons de cuc activé par la kinasé ont été conservés à 40° pendant des temps variés. Ils ont été additionnés ensuite d'une même quantité d'huile, et le tout a été mis à digérer pendant quatre heures. L'examen du tableau XCIII montre que le suc kinasé^ perd très rapidement son activité lipasique, puisque après quatre heures cette activité est à peu près complètement abolie. TABLEAU XCIII Disparition progressive de l'activité lipasique des sucs kinasés. (Les chiffres représentent des centimètres cubes de NaOH N/IO. Pour neutraliser les acides formés par saponification totale, il faudrait 12ô centimètres cubes de yaOH y/ 10.) DLRÉE d'abandon A 40° du suc activé avant l'addilioii Exp.I. Exp. II. Exp. III. Exp. IV. Exp. V. a huilf . — 29,4 l.i,9 13,1 10.5 30,2 1 heure. 5,1 8,3 7,4 6,8 22,2 2 heures. 2,1 )) 6,4 4,3 8,2 3 — 2,0 » » )) '> 4 — 1.9 i) » 1) 3,2 5 — 1.3 1) )) Ce résultat acquis, il nous a paru intéressant de comparer sur un même suc et dans les mômes conditions la vitesse de (1) Ce fait doit être rapproché de l'activation de la lipase pancréatique par l'adjonction de suc intestinal observé par Chepowalmkoff et par Gl^essner [toc. cit.). PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 257 disparition de la trypsine, de l'amylase et de la lipase, afin de nous former une idée sur la sensibilité relative de ces trois principaux ferments du suc vis-à-vis de son pouvoir try- psique. Pour mesurer l'activité protéolytique, nous avçns fait agir le suc sur de l'albumine coagulée et nous avons dosé les acides aminés formés par la méthode Sôrensen : dosage acidimétrique en présence de formol. Pour mesurer l'activité amyloly tique, nous avons fait agir le suc sur de l'empois d'amidon, et nous avons dosé le pouvoir réducteur par la méthode de Bertrand, Des résultats consignés dans le tableau XCIV, il ressort nettement que la lipase est bien autrement sensible à l'acti- vité trypsique du suc que les autres ferments. Dans cette der- nière expérience, dans laquelle la lipase se comporte d'ail- leurs exactement comme dans celles rapportées au tableau XGlIl,nous voyons les deux cinquièmes du pouvoir lipasique disparus en deux heures, disparition plus élevée que celle de la trypsine en vingt-quatre heures et tout à fait hors de proportion avec celle de l'amylase. TABLEAU XCIV Rapidité comparée de la disparition de la trypsine, de l'amylase et de la lipase dans le suc kinasé. D .1 rée d'uban- dou préa- lable du 7 h. 24 h. TRYPSlPs'E. Activité protéoly- tique mesurée en ce. de NaOH l^710 nécessiires pour neutraliser Ml présence de for- mol le mélange 10 suc + s; gr. ovalbumine après 48 h. de digestion à lo». Varia- tions par rapport a la valeur ini- 1iale. 8.1 1,9 74 -, AMYLASE. .Vclivité aniyloly- tiiiue (H niilligr. de maltose formé [jar l'action de I ce. de suc sur 10 ce. d'empois daiuidon à 2 «/o pendant lo minutes. V'aii i- tious par ]-apport à la valeur ini- 58,5 57,0 52,5 46,5 2,5% 10 % 20 % .Aelivité lipolytique mesurée en ce. l\aOHr),5 4,4 9,2 '— 12 °ô -2,9 .«5 % 16,7 — 42 % Exp. III. 28,4 3,0 24,1 89% ■15?{: 40 Action des produits de digestion des albumines. — Lorsque le chyme pénètre dans l'intestin, il contient unmélange de substances albuminoïdes plus ou moins dégradées : acidal- bumines et protéoses. L'action qu'exerce le suc pancréatique fait apparaître une quantité considérable d'acides aminés. Le dernier terme de notre étude doit donc être de rechercher si, comme nous l'avons observé dans le cas de l'amylase, la présence des , produits de digestion de l'albumine modifie la vitesse d'action de la lipase. Nos recherches ont porté sur la peptone de Witte, produit riche en protéoses, et sur le glycocolle. Nous avons mis à agir à la manière habituelle du suc soit seul, soit additionné de peptone ou -de glycocolle sur de l'huile d'olive. Mais ici il y a une difficulté dans la pratique du dosage: la présence d'acides aminés-s' oppose à un virage net de la phénolphtaléine. Pour obvier à cet inconvénient, nous avons dosé dans un témoin ne contenant que le suc et la peptone ou le glycocolle l'acidité au formol et dans le mélange actif le total des acidités lorsqu'on ajoute à la fois du formol et de l'alcool, ce qui donne la somme des valeurs des acides gras et des acides aminés. 260 EMILE-F. TERROINE Il suffît alors de retrancher racidité au formol donnée par le témoin de l'acidité totale pour avoir l'acidité correspondante aux acides gras. Les résultats des essais sont Consignés dans le tableau XCVI. Ils nous montrent qu'il n'y a là rien de comparable à ce qui se passe dans le cas de Tamylase, Si l'on veut bien se re- porter à notre travail sur ce ferment, on verra qu'une con- centration en glycocolle de 0^^,01 p. 100 provoque déjà une accélération du pouvoir amylolytique de 32 p. 100 ; une con- centration de l'ordre de celle que nous avons mise en jeu ici double la vitesse de saccharification de l'amidon. TABLEAU XCVI Action de la peptone de "Witte et du glycocolle sur la saponification de l'huile. {Les chiffres représentent des centimètres cubes de NaOH N 10. Pour neutraliser la totalité des acides jormés par saponification totale, il faudrait 125 centi- mètres cubes de NaOH N 10. Durée d'action: dix-huit heures.) 1 PEPTONE DE \\ ITTF GLYCOCOLLE. ' Coiicenlrali'iis en gram. (p. 100). liip. I. Exp. 11. Concentrations en gram. (p. 100) . E.xp. 1. 7 o/ ' o 3,0 4,9 19,5 16,6 69,3 70,3 11 était donc inutile de poursuivre de telles expériences, ks premiers essais montrant nettement que la lipase n'est pas activée par les produits de digestion des albumines. Notre étude sur l'action du suc pancréatique en présence de suc intestinal nous amène donc à conclure que la lipase, dont le pouvoir n'est pas sensiblement modifié par la trans- formation du suc trypsiquement inactif en suc actif ni par la présence des produits d'hydrolyse des albumines, est d'une extrême sensibilité vis-à-vis de la trypsine; qu'elle est très rapidement détruite par ce ferment, mais qu'elle est protégéo de cette destruction par l'action simultanée du suc sur l'ai- PIIYSIOLO(iIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQLES 261 bumirie, fait qui permet de comprendre la persistance de l'action saponifiante du suc dans le contenu intestinal (1). ^ H. — Action de la bile. De nombreux travaux antérieurs nous ont montré l'im- portance du rôle joué par la bile dans la digestion des graisses, rôle déterminé d'abord et avant tout par la propriété que possède cette sécrétion d'accélérer considérablement la sapo- nification des corps gras par le suc pancréatique. Ce fait est parfaitement établi, et de nouvelles expériences sur ce point seraient superflues. Mais, si tous les physiologistes admettaient sans conteste, lorsque nous avons entrepris ces recherches, le rôle activant de la bile, l'opinion était loin d'être aussi unanime sur le mécanisme de l'activation : la nature des composés biliaires auxquels elle doit être rapportée, son importance sui- vant la constitution des corps saponifiés, étaient autant de questions sur lesquelles nous ne possédions que des données fragmentaires et le plus souvent contradictoires. Une analyse plus serrée de la propriété activante de la bile nous a paru indispensable. Nous l'avons entreprise en vue de répondre successivement aux deux questions suivantes : 1° A quelle substance est dévolu dans la bile le rôle d'ac- tiver le pouvoir saponifiant du suc pancréatique? 2° Nous croyant en mesure de répondre à la précédente question que les sels biliaires sont les agents actifs de la bile, comment agissent les sels biliaires? Se comportent-ils vis-à- vis de la lipase pancréatique comme un coferment ou comme un accélérateur banal? 1° Substances actives de labile. — Les analyses de la bile et particulièrement celles de Hammarsten, qui sont classiques, (1) L'^s principaix faits contenus dans ce paragraphe ont été l'objet d'une brève publication dès 1910 (313). Or, dans leur travail d'ensemble sur la stéapsine, Mellanby et Wooley (loc. cit.) confirment: 10 Que la lipase disparaît rapidement du suc lorsque celui-ci acquiert une trypsine active par addition d'entérokinase ; 2° Que l'ovalbumine protège la lipase contre cette action destructrice. Ils émettent l'opinion que cette protection est due à la propriété antitrypsique de l'ovalbumine. 262. ÉMILE-F. TERROINE montrent que cette sécrétion i contient en solution dans Feau:: des s?els:, des pigments, de la mucine, des- acides gras et des savons, de la lécithine, de la cholestérine, des sels biliaires. Or, soit d'après les recherches antérieures, soit d'après la nature même des substances, nous pouvons sans autre examen éliminer un certain nombre de ces corps : la mucine peut évidemment jouer un rôle de par sa viscosité, mais la quan- tité présente ne permet pas d'accorder une grande impor- tance à ce rôle ;. les sels pen vent également agir, mais pas au degré qui rend l'activation par la bile caraetéristique ; les acides gras et les savons ne peuvent exercer qu'une action inhibitrice ; quant aux pigments, la nature et les propriétés habituelles- de ces corps rendent peu vraisemblable leur inter- vention dans; la^ saponification; Restent donc trois substances : lécithine', cholestérine, sels biliaires. Ge sont sur elles qu'ont porté recherches et discus- sions. Hbweett (142), étudiant la sensibilisation par la' bile du suc pancréatique lors de son action sur l'huile d'olive, le butyrate d'éthyle, l'acétate d'éthyle et l'acétate d'amyle, conclut qu'elle est le fait d'une substance thermostabile qui n'est ni la cholestérine, ni les pigments biliaires, ni un sel- de chaux. Il s'agit pour lui de la lécithine. Il observe en effet que du suc pur mis à agir sur la triacétine fait apparaître en vingt- quatre heures une acidité qui correspond à 4*^^,3 N/20 ; en présence de bile, l'acidité est de 19^^^ 5 N/20, en présence de deux gouttes de solution alcoolique de lécithine Merck, l'acidité est 19,9. Hewlett observe également une accélération par les- sels biliaires, mais d'autant plus faible que les sels sont plus purs. A la conclusion de Hewlett; deux faits -s'opposent. D'une part, Otto von Furth et Ji Schutz (112) constatent que la bile, dont la lécithine a été extraite par l'éther, conserve intégralement sa propriété initiale d'activer le pouvoir sapo- nifiant de la pancréatine- Rhet\ama> et concluent que le rôle de la bile doit être rapporté aux sels bihaires. D'autre part, M'AGN^JS (206) établit que les sols biliaires- synthétiques, — dans lesquels on ne peut incriminer la présence de léci- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANtiES GRASSES ET LIPOIDIQUES 263 tlïine, — activent énergiqxaement la lipas€ pancréatique. Cependant de- nou vielles recherches' tendent à nouveau à conférer un rôle activant à la lécithine. Lœvenhart et Souder (/oc. cit.) constatent que lécithine et sels biliaires^ accen- tuent tous deux la saponification du butyrate d'éthyle, de- la triacétine et de l'huile par le suc pancréatique. KuTTNER (174) signale également une activation par la lécithine de la saponification de la monobutyrine. A la vérité, cette accélération paraît très- nette 'si l'on s'en tient aux pour- centages:-; 21,4 p. 100"dans''Une expérience, 31 ,98 p. 100 dans- une autre. Mais on est moins convaincu lorsqu'on constate que ces pourcentages ont pour base les valeurs expérimentales suivantes: 0^*^,85 contre 0^0,70 dans le premier cas; l'^^,! contre ncc,75 dans- le second. En présence de conclusions aussi contradictoires que celles de Hewlett, Lœvenhart et Souder d'une part, Furth et ScHUTZ d'autre part, de résultats aussi peu probants que ceux de RuTTNER ; étant donné que les recherches ont été pour- suivies tantôt avec du suc, tantôt avec des extraits dte tissu, tantôt en fin. avec des préparations commerciales, nous avons- décidé de reprendre cette question et d'examiner séparément les propriétés activantes- de- chacune des substances envisa- gées- : cholestérine, lécithine, sels biliaires. a. Cholestérine. — A des mélanges de suc et d'huile, nous avons- ajouté de petites quantités de cholestérine. Les ana- lyses- de Hammarsten ayant montré quela bile du foie, — non pas celle, beaucoup plus concentrée, ayant séjourné dans la vésicule biliaire, — contient de 0sr;6 à 18^,5" de cholestérine par litre, nous avons réalisé dans nos mélanges des concen- trations de Os^,l à 1 gramme par litre. Étant donnée la dilu- tion subie par la bile lors de son arrivée dans l'intestin, de telles, concentrations -sont d;e L'ordre de celles- qui peuvent être normalement réalisées-. La cholestérine est absolument insoluble dans l'eau. Nous avons donc^ employé- une- solution éthérée concentrée de manière à introduire très peu d'éther:' Au surplus, des expériences témoins nous ont montré qu&, poia^r les quantités utilisées, l'étter n'exerçait aucune influence sur le cours de la saponification'. 204 EMILE-F.TERROINE Les résultats consignés dans le tableau XCVII montrent que Tadjonction de cholestérine est pratiquement sans action au moins dans les concentrations de nos essais, concentrations qui nous paraissent être très voisines de celles pouvant être réalisées dans l'intestin. TABLEAU XCVII Action de la cholestérine sur la saponification de l'huile par le suc pancréatique. {Les chiffres représentent des centimètres cubes de NaOH N/20. La neutralisation des acides formés par saponification totale de chaque prise d'essai exigerait 62^^,5 de NaOH NI 20.) Exp. I. Exp. II. Exp. II] . CONCENTRATIONS en — 1 ^ .- — «i»^ — ^ --^ii»— — — ' — ■■ "~^ — " "-— cholesléiine. lli.30. 4 h. 30. 22 h. 30. 1 h. 30. i h. ^ h. 4 h. 30. 22 h. 4,0 4,5 7,1 3.8 4,6 4,9 8,1 8,8 •0,011 3,6 4,6 8,3 3,7 5,5 4,4 6,6 9,4 0,022 )) 4,7 6,7 4,0 4,8- 4,2 6,2 8,7 0,055 3,7 5,6 8,3 3,7 5,4 4,8 6,9 » 0,110 4,3 5,2 6,7 4,6 5,4 5,5 7,6 » h. LÉciTHiNE. — La lécithine existe dans la bile du foie, d'après les analyses de Hammarsten, à raison de 0sr,2 à 0sï",9 par litre, soit en moyenne 0sr,6. Nos expériences ont porté sur des concentrations variant de 0^^,25 à 1 gramme ; c'est dire que nous avons, comme dans le cas de la choles- térine, étudié l'action de concentrations qui peuvent être réa- lisées au cours des processus normaux de digestion. La lécithine étant une substance essentiellement altérable, nous ne nous sommes pas adressé à un produit du commerce, mais à un corps préparé fraîchement au laboratoire. Des jaunes d'œufs frais sont additionnés de 2 volumes d'acétone ; le mélange, tout d'abord violemment agité, est ensuite laissé au repos pendant vingt-quatre heures à la température du laboratoire. Le précipité séparé par filtration rapide sur vide est desséché dans le vide, puis mis à macérer pendant plusieurs jours à 45° avec de l'alcool à 95°. La solution alcoolique séparée par filtration est évaporée lentement au bain-marie à 80°; le résidu est redissous dans le chloroforme, et la solution après filtration est précipitée par un excès d'acétone pur et sec. Le précipité PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 265 est à nouveau redissous dans le chloroforme puis précipité par l'acétone, et l'on répète plusieurs fois cette double opération. On obtient ainsi un produit blanc qui jaunit légèrement par dessic- cation dajis le vide et dont les solutions et les émulsions sont parfaite- ment neutres. Ainsi préparée, la lécithine a été utilisée sous trois formes: solution chloroformique, solution alcoolique, émulsion. Cette dernière est obtenue en malaxant dans un mortier de la lécithine à laquelle on ajoute de l'eau goutte à goutte. L'émulsion obtenue est d'un blanc laiteux, parfaite- ment homogène macroscopiquement, stable pendant des semaines ; elle présente, comme nous l'avons montré par ailleurs, toutes les propriétés d'une solution colloïdale (Mayer et Terroine, 223). Nos essais ont porté sur la saponification soit de la monobutyrine, soit de l'huile. Ayant montré, d'autre part, que la présence de sels biliaires permet l'obtention de solutions vraies de lécithine (Kalaboukoff et Ter- roine, loc. cit.) et cet état pouvant être plus favorable pour la mise en évidence d'une action activante, des séries d'essais ont été faites, dans lesquelles une même quantité de sels biUaires est partout présente. Les résultats sont groupés dans le tableau XGVIII. Ils concordent pour montrer que, contrairement aux con- clusions de Hewlett, de Lœvenhart et Souder, de KuTTNER, et d'accord avec celles de von Furth et Schutz, a lécithine n'accélère pas le cours de la saponification des corps gras. 266.' EMILE-F. TERROINE TABLEAU XCVIII Action de la lécithiiïe sur le dédoublement d& la monobutyrine et de rbuile par le suc pancréatique. [Laconeenlraiion en monobutyrine est de 0,8 p: 100. Four neutraliser V acide formé par saponification totale de chaque prise d'essai, il faudrait 10 centimètres cubes- de NaOH Nj20. Dans le cas de l'huile, il faudrait 125 centimètres cubes. Les chiffres représentent des centimètres cubes de NaOH N 120.) Série I. — Sic SEUL Monobutyrine. CONCEIS- Exp. I. Exp. II. Exp. III. TRATTONS (Solution aqneiise.) (Emulsion aqueuse.) (Solution alcoolique.) en lécitliirif — — — ^- — - ^ ■— -^ — . -- " "" , "' '■^" " '- en f,'r-amnips p. 100. 4 h. 6 1k 1 h. 3 h. 4 h. 6 h. 0,8 0,9 0.,7 1,4 0s5 0,6 0,05 0,9 1,0 0,6 1,3 0,8 0,8 CONGEK- Exi>. IV. EiP. V. Exp. VI. TRATIONS en lécithine en grammes p. 100: (Emulsion aqueuse.) (Solution alcoolique.) (>ol. ch'Oroformique. 1 h. 3 h. 22 di. 1 h. ail. 1 h. 3 h. 1,9 2,6 4.,5 0,8 1,2. 0,6 0,9 0,025 1,3 1,9 4,3 )) )) » » 0,06 1,0 M 3,8 0,-5 1,1 0,9 1,2 0,075 1,4 2,0 4,2 » )) » O,1O0" 1,4 2-,0 4,5 » " » H Série II. — Suc + se LS B,I I. LiAiRES. Monobutyrine. CONCEN- Exp. Exp. II. TRATIONS en lécithine en grammes p. 100. (Emulsion aqueuse.) (Emulsion aqueuse.) Il 1 h. 3 h. ,..„. 1 h. 3 h. 0,8 1,2 2,2 ' 4,0 4,7 0,025 0,6 0,9 1,5 » » 0,050 0,6 0,9 1,3 » )) 0,075 0,5 0,8 1,5 4,2 4,5 0,100 0,6 0,9 1,5 4,1 4,6 Série III. — Suc + sels biliaires. ' ■I uiLE (partout Emulsion aque use). CONCENTRATIONS en lécithine en grammes p. 100. Exp. I. Exp. II. E XP. III. 2 11. 30 h. 2 h. 6 h. 23 h. 15,4 8,2 3,8 6,5 ' 10,5 0,1 14,6 8,3 3,2 4,7 6,9 PHYSIOLOGIE DES SUIiS-TAN€ES GRASSES ET LIPOIDIQUES 1Q7 c. Sels biliaires. — Dans tous nos essais, nous avons utilisé un mélange de sels biliaires extraits de la bile de bœuf, exacte- ment la bile cristallisée de Ela.,tj^ér. De la bile de bœuf est additionnée d'un grand excès de noir animal. La pâte formée e-st^ évaporée au bain -marie à 100^ et desséchée à l'étuve à 40°. On obtient ainsi des blocs qu'on réduit en poudre au mortier. La poudre est extraite au Soxblet par l'alcool bouillant. La. solution est évaporée à siccité. Le résidu est redissous dans l'alcool absolu et la solu- tion précipitée par l'éther absolu. Après plusieurs répétitions de ce trai- tement, on obtient un précipité parfaitement blanc, qui cristallise à la longue lorsqu'on le conserve dans l'éther. Au moment de renrploi- une petite quantité ?> ?- 1=1 >^. X en ^ ^ sels biliaires en grammes p. 100. 0. a. X H c.' X a. a. X X X X a. X 0,031 jj 1,2 1,3 2,3 » 2,5 2,4 4,0 9,2 8,8 0,062 » » 1,3 2,3 11,4 » 3,7 4,9 6,5 )< 0,155 » » 1,3 2,8 11,6 )) » » » » 0,310 » 1,5 1,5 3,4 14,7 » » 1) » » 0,620 )) 2,2 3,1 5,4 16,0 4,8 6,2 7,2 8,0 11,5 0,800 17,5 » » » » » ,. » )> » 1,550 » 8,7 6,7 8,6 17,0 » )) » )) » 2,000 20,7 » » » » » )) • 1) » » 3,100 )) 12,1 12,2 12,0 18,3 4,2 1) 8,2 10,9 13,3 4,000 24,9 » » » 1) » )> 1) » 6,200 » » 16,6 17,8 23,1 » )> )) n )) 6,600 28.0 fi » » » » » )) » ;> 8,000 )) )) )) » )) » » » )) )) 12,400 )) » 20,0 21,8 26,3 9,2 7,7 10,5 15,3 17,9 24,800 » 21,2 20,3 25,6 » 12,4 9,7 13,0 19,0 21,5 49,600 )) » )) » » 12,8 )) » 1) » de 25 à 50 p. 100, on ne provoque aucune modification, on est en droit de dire qu'il n'y a pas d'optimum, mais un seuil. Comparant ce fait aux modifications apportées aux pro- priétés protéolytiques du suc par l'addition de kinase, on est frappé par la disproportion quantitative des deux phéno- mènes ; il faut des quantités très minimes de kinase pour développer la totalité du pouvoir trypsique du suc; il faut au contraire des concentrations très élevées de sels biliaires pour porter à son maximum l'action lipasique. Mais ce ne sont là que des différences quantitatives ; qualitativement, lé phénomène est le même : seuil et non optimum. p. Cas des éthers. — Nous avons tout d'abord essayé de re- trouver sur les éthers l'existence de l'optimum signalé par Lœvenhart et Souder, dans les limites de concentrations à l'intérieur desquelles ces auteurs se sont tenus et en utili- 278 EMILE-F. TERROINE sant deux éthers : le butyrate d'éthyle et l'acétate de mé- thyle. Les résultats consignés dans le tableau GII ne laissent aucun doute sur la réalité du phénomène : pour les deux éthers étudiés, cet optimum se tient au voisinage d'une concentra- tion de 0gr,3 p. 100. Devant ce résultat, nous nous sommes posés la question de savoir si, dans le cas d'un même suc, la position de l'optimum variait avec la nature des éthers. TABLEAU cil Influence de concentrations croissantes en sels biliaires sur la saponification des éthers par le suc pancréatique. {Durée cV action: six heures. Les chiffres représentent des centimètres cubes de NaOH NI20. Pour neutraliser les acides formés par saponification totale de chaque prise d'essai, il faudrait 100 centimètres cubes de NaOH Ni 20.) CONCENTRATIONS en sels biliaii'es en gi-animes 11. 100. n.033. n.nfifi. (1,165. 0,33. 0,66. l,6.î. 3,3. Acétate de méthyle .... 3,3 18,5 32,5 45,7 42,4 32,2 28,2 Butyrate d'éthyle 19,3 25,2 27,3 26,2 25,1 22,7 22,0 Dang le but d'élucider cette question, nous avons fait deux séries d'essais. Dans chacune d'elles, nous avons pris des corps de même acide, — acétique pour la première, butyrique pour la seconde, — mais différant entre eux par leur radical alcool. Les résultats des deux séries consignés dans le tableau CIII, extrêmement nets, concordent pour établir que l'optimum de concentration en sels biliaires est exactement le même pour tous les corps de même radical acide, quel que soit le radical alcool. y.' Y a-t-il une difjérence essentielle entre le cas des éthers et celuides graisses? — Les résultats que nous venons d'apporter rendent donc manifeste l'existence d'un antagonisme entre deux manières de se comporter des sels biliaires suivant la substance à saponifier : seuil dans le cas de l'huile, optimum dans le cas des éthers ou plus exactement des composés l'IIYSIOLOOIE DES SUliSTANCES (JKASSES ET LII^OIDIQUES 270 d'acides gras à faible poids moléculaire. Cet antagonisme est-il irréductible, est-iLmême réel? TABLEAU cm Position de l'optimum de concentration en sels biliaires- lors de la saponification de corps à même radical acide. [Conditions (V expériences identiques à celles du tableau Cil.) CONCENTRATIONS en Sf)s biliaires en yi- ].. 100. 0.009. 0,045. 0,09. 0,'225. 0,4.5. 0.90. Expérience I. Butyrate do mé- thyle Butyrate de pro- pyie Butyrate d'iso - butyle Butyrate d'a- myle Triacéline Acétate de nié- thyle Acétate d'éthyle. Acétate de pro- P.yle Acétate d'isobu- tyle Acétate d'amyle. 7,0 9,2 11,7 17,6 22,1 14,9 7,8 4,3 4,6 5,9 7,2 7,2 6,0 2,9 3,5 6,2 6,4 8,4 8,0 5,8 1,3 2,4 4,7 6,1 7,5 6,3 4,9 Expérience II. 9,8 1,6 1,1 1,2 3,2 3,1 11,1 2,5 1,3 2,4 4,7 4,3 13,6 5,2 2,6 6,1 8,0 6,4 17,3 8,7 6,4 10,5 12,1 9,0 25,9 14,6 12,)9 17,2 13,4 8,4 18,4 11,7 11,8 11,4 12,3 8,5 10,5 7,0 6,0 7,0 7,8 7,4 7,1 5,9 6,4 4,9 8,1 4,5 4,6 4,3 5,6 5,2 Dans les expériences précédemment rapportées (Voir tp- bleau CI II), l'observation des mélanges au moment du dosage nous permettait de constater : dans les mélanges où .les con- centrations en sels biliaires étaient faibles, un louche plus ou moins épais ; pour les concentrations plus élevées, un trouble; enfin un précipité d'autant plus abondant que la concentra- tion en sels biliaires s'élevait davantage. En outre, le précipité abondant commençait à s'observer dans le mélange dans lequel le dosage indiquait la présence d'une concentration optimale en sels biliaires. Cette constatation, comparée à l'ab- sence d'optimum dans le cas de l'huile, nous amenait à for- muler l'hypothèse que la présence de l'optimum n'est pas le 280 ÉMILE-F. TERROINE fait de Taction immédiate des sels biliaires sur la lipase, mais est due à une action secondaire déjà signalée : l'immobilisation du ferment par précipitation résultant de la présence simul- tanée d'acides gras inférieurs et de sels biliaires. Pour que cette hypothèse pût être admise, il faudrait dé- montrer que, si le ferment peut, par un artifice quelconque, être maintenu en solution, malgré une teneur élevée en sels biliaires et en acides gras, l'optimum disparaîtra pour faire place à un seuil, exactement comme dans le cas de l'huile. Pour réaliser ce maintien en solution, nous avons fait appel aux propriétés qui nous sont connues des précipités colloï- daux. Sachant que, très fréquemment, ces précipités se redis- solvent dans un excès de précipitant, nous avons recherché ce que produirait une augmentation de la concentration en sels biliaires, c'est-à-dire qu'au lieu de nous limiter comme précédemment à des concentrations de 2gr,25 p. 100, nous avons élevé les concentrations à des taux voisins de ceux précédemment employés dans le cas de la saponification de l'huile. Conformément à notre attente, nous avons eu tout d'abord, comme dans les expériences précédentes, un louche, un trouble, puis un précipité; mais ensuite, pour des concentrations plus élevées, le précipité diminue peu à peu pour ne laisser qu'un trouble peu important lors de la concentration maximum expérimentée. En même temps, la détermination des quantités de sub- stances saponifiées montrait, ainsi que cela apparaît de toute évidence dans le tableau CIV, qu'après avoir diminué l'accé- lération se relevait considérablement avec l'augmentation de la concentration pour aboutir à un plateau, exactement comme dans le cas de l'huile. Les expériences sur les butyrates, sur la triacétine, nous montrent que la saponification n'est plus sensiblement modifiée lorsqu'on passe d'une concentra- tion en sels biliaires de 16,6 à 24,4 p. 100. l'IlYSIOLOfxIE DES SUliSÏANCES C.KASSES ET LIFOIDIQUES 281 TABLEAU CIV Influence de concentrations croissantes en sels biliaires sur la sapo nification des éthers et glycérides d'acides gras à faible poids moléculaire. [Durée d'action: six heures. ■ — Les chiffres représentent des centimètres cubes NaOHNi20. Ils donnent directement le pourcentage des quantités saponifiée^;.) CONCEIVTRATIONS M H S^ hS 'i "i «« 2 ^i en sels biliaires en grainnies p. 100. H >• < 0- (- O -a a u a. < ... a < r S;- P3 'a < > œ a < z El B3 a 2É a 'a C < m a 0,000 „ „ )) » 8,7 0,4 0,016 „ 0,9 4,2 7,1 8,8 9,1 9,8 3,7 0,033 5,5 2,0 8,1 7,1 11,4 9,6 » » 0,040 » ). « « « « 11,9 4,7 0,066 12,0 » .) 5,6 12,3 9,9 » » 0,083 » » » » » » 14,1 5,8 0,165 14,1 » » 5,0 9,7 » » • " 0,166 ), 2,0 » )) » » 16,7 6,5 0,255 » 2,4 7,3 » » » 15,3 » 0,266 11,5 » » >> )) » » " 0,330 7,9 » » 4,3 8,8 10,3 » » 0,660 6,4 2,5 6,7 3,3 6,7 9,6 13,0 6,5 0,830 )) 2,7 6,6 » »• » 12,5 6,1 1,660 6,9 1,9 6,2 4,7 7,1 9,5 9,0 6,1 2,500 » 2,6 6,1 » » " 8,4 5,6 3,330 10,0 2,8 6,2 6,6 8,5 8,5 9,4 3,7 6,660 14,1 4,0 8,3 « >i » 10,1 7,4 12,200 » » » 8,4 10,4 10,8 )) ). 13,300 17,8 6,2 9,6 » » » 11,2 8,1 16,600 )) » » 9,4 12,3 12,4 ') " 24,400 » « » 10,2 12,9 13,1 » rt 26,600 23,6 9,2 12,4 " » » 11,8 10,1 En réalité, le cas de rhiiile et le cas des éthers constituent un seul et même phénomène. Dans les deux cas, on aboutit à un seuil, mais par un accroissement constant, réguher, lorsque les acides formés ne précipitent pas le ferment ; en passant au contraire par un optimum apparent, dans le cas des acides gras à faible poids moléculaire qui précipitent le ferment en présence de sels biliaires. Il nous a paru qu'il y avait intérêt à mettre ce fait en évi- dence, en comparant non plus des éthers à des graisses, mais des glycérides entre eux. Nous avons donc choisi, dans la série des triglycérides d'acides gras saturés, quatre corps ne diffé- rant entre eux que par le poids moléculaire de leurs acides 282 EMILE-F. TERROINE gras, — triacétine, tricaproïne, trilaurine et tripalmitine, — et nous avons recherché l'mfluence qu'exerce l'addition de sels biliaires en quantités croissantes sur la saponification de ces corps par la lipase pancréatique. Les résultats rapportés dans le tableau CV corroborent tout ce que nous avons établi jusqu'ici : dans tous les cas, un seuil de concentration et sensiblement le même pour les quatre corps étudiés : mais en outre, dans le ca s de la triacétine, un optimum apparent très accentué, dans le cas de la trica- proïne, un optimum apparent moins marqué, alors que, pour la saponification de la trilaurine et de la tripalmitine, nous observons une ascension régulière. TABLEAU CV Influence de concentrations croissantes en sels biliaires sur la saponification de divers triglycérides par le suc pancréatique. CONCENTRATIONS en seli biliaires TRIACETINE. tricaproïne. trilaurine. tripalmitine. en gy. p. 100. 5,8 5,6 8,3 1,5 0,045 10,7 10,9 10,6 1,7 0,227 11,3 11,6 1 1 ,6 2.2 0,454 10.7 ' 10,5 11,4 2,0 0,908 8(4 8,9 12,4 2,6 2,270 7,6 9,0 12,4 3,3 4,540 9,1 10,3 15,5 4,0 9,180 9,7 12,3 » 4,9 18,3G0 10,8 15,7 15,4 6,3 1 L'antagonisme entre éther et graisses s'évanouit donc à l'analyse : quel que soit le corps saponifié, il existe, dans l'acti- vation de la lipase par les sels biliaires, un seuil de concen- tration et non un optimum, exactement comme dans l'acti- vation de la trypsine. par la kinase. " c. Sensibilité du pouvoir saponifiant du suc pancréa- tique EN PRÉSENCE DE SELS BILIAIRES VIS-A-VIS DES AGENTS EXTÉRIEURS. — Daus uue telle étude, il est évidem- ment possible de faire appel à toute action, à toute sub- stance nocive pour le ferment. On peut, par exemple, comme l'a fait Langue Y dans le cas de la pepsine, montrer que le ferment actif est beaucoup plus sensible vis-à-vis des alcalis. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES (illASSES ET LIPOIDIOL'ES 283 Mais il nous a paru qu'il y avait intérêt à ne faire interve- nir aucune substance dont l'action peut toujours être com- plexe, et nous nous sommes borné à l'étude d'un agent de destruction extérieure, la température. Cette étude a été poursuivie en vue de répondre à deux questions connexes : 1" La température de destruction de la lipase est-elle abais- sée par la présence de sels biliaires ; 2° Abandonné à la température de 4()o le suc pancréatique, lorsqu'il est additionné de sels biliaires, ne voit-il pas baisser beaucoup plus rapidement son pouvoir saponifiant que lors- qu'il est seul. a. Température de destruction. — Des expériences relatives à la sensibilité de la lipase vis-à-vis de la chaleur ont déjà été rapportées dans la partie de notre travail spécialement con- sacrée à ce sujet. Nous avons eu l'occasion de noter (p. 198) une augmentation considérable de sensibilité en présence de sels biliaires. Il nous paraît cependant important de rappeler ici les faits les plus démonstratifs, qui sont résumés dans le tableau CVI. TABLEAU CVI Sensibilité au chauffage du suc seul ou additionné de sels biliaires. {Les chiljres représentent des centimètres cubes de NaOH N j20. La neutralisation des acides farinés par saponification totale exigerait 62^'^',o de NaOH NI20.) NATURE fies échautillo Suc non chauffé. Suc cliauffé Suc non chauffé. Suc chaufïé Suc non chauffé. Suc chauffé Suc non chauffé. Suc chauffe ACIDITE fijfriit't'. DIMINUTION de laclivité lipnsique. 24,5 12,0 18,8 U).9 25,6 13,5 13,2 4,7 51,0 o' 42,0 °:' 47^ o . SUC+SELS BILIAIRES 5 p. 100. ACIDITE fiir-ini'e. 20,5 0,8 5,9 0,3 25,7 1,4 DIMINUTION de l'activité li|iasi(iue. 96 94 °o 13,6 1,4 94 °o 89 °o 284 EMILE-F. TERROINE Des échantillons de suc sont immergés, soit seuls, soit additionnés de sels biliaires en quantité telle que la concentration soit de 5 p. 100, dans un bain-marie à 50° pendant dix minutes. Au bout de ce temps, on ajoute à tous les mélanges une même quantité d'huile, et on laisse digérer pen- dant le même temps au thermostat à 40^. Chaque expérience comporte un témoin non chauffé. Les résultats expérimentaux parlent d'eux-mêmes : alors qu'un chauffage à bO^ pendant dix minutes supprime à peu près toute activité lipasique du suc en présence de sels bi- liaires, cette activité n'est diminuée que de 50 p. 100 lorsque le suc est chauffé seul. , fi. Comparaison de la diminution du poui>oir lipasique du suc à 40^ seul ou en présence de sels biliaires. — De très nom- breux exemples nous ont montré que du suc conservé à 40° voit diminuer, mais très lentement, sa propriété saponi- fiante. Lorsque le suc est sensibilisé par les sels biliaires et qu'il est conservé à 40° pendant des temps variés avant d'être mis à agir sur un corps gras, — de l'huile, dans nos essais, — on observe deux phénomènes qui ressortent très nettement des résultats de nos expériences sur ce point, résultats consignés dans le tableau CVll. TABLEAU CVII Vitesse de disparition du pouvoir saponifiant du suc conservé à 40'^ en présence de sels biliaires. DURÉE de ronservHlion du mélange ^^ p ^ ^ .- ?- ^ y '■B o ■— ' rE o 1— 1 j o M ^ d -^ — o . c — * . .2 d >32 " !■= o .-H ■'-. d S--d „ •- o . <3 ><1-^d 1— 1 — O siic-f-sels c- -22 "" t'è d. cù -^ — 0." -f' '^ à.~r -~ •-*- A liiliaires w;« X ,1 in avant «+" H+'° H +tl' H+^. W+'^- H +>n S+6^- w+" l'addition a H ';; o i; S w g d'huile. c/3 rf: tri 'Si 'fl 'r. •7. in 19,8 102,7 36,0 21,2 26,0 29,2 81,5 35,3 43,1 30 min. 21,8 » 36,2 29,9 30,7 30,3 » 37,9 46,1 1 heure. 20,6 57,8 26,8 17,9 27,0 33,0 80,0 39,4 62,6 2 heures » .1 » » II H 11 1. 45,9 3 — 18,0 )- 7,0 3,0 10,0 23,5 47,0 14,6 II 4 — )i 54,0 » II II 1) 11 » 1) 5 — 12,7 » 3,6 1,8 4,9 6,5 )i » » 24 — 1,4 5,7 " « » II 1) >) 5,5 PHVSIOLO'IIE DES StJBSTA^^CES ORASSËS ET LIPOIDIQUES 28o Un premier phénomène dont l'importance est extrêmement variable suivant les sucs employés : un contact de trente minutes à une heure augmente nettement l'activité de la lipase. Mais cette augmentation, qui est après une heure de 45 p. 100, dans l'expérience IX, de 13 p. 100 dans l'expé- rience V, dellp.lOO dansl'expérienceVIII, est parfois à peine sensible dans les autres essais. Bien qu'inconstant quantita- tivement, ce fait n'en est pas moins fort intéressant, car il montre que les sels biliaires exercent une action directe sur le suc lui-même. Un second phénomène dont l'allure est sensiblement la même dans tous les cas : affaiblissement très rapide de la lipase. Après cinq heures, le suc ne possède plus qu'une action sapo- nifiante des plus médiocres. Par ailleurs, toutes les expériences rapportées au eours de ce travail montrent qu'une telle destruction n'a plus Heu, ou tout au moins est considérablement ralentie lorsque le mé- lange suc et sels biliaires, au lieu d'être abandonné seul à l'étuve à 40°, est mis à agir sur une graisse. Nous savons, en effet, que, dans les mélanges en digestion, la saponification se poursuit très activement longtemps après la cinquième heure. L'augmentation de sensibilité de la hpase du suc pancréa- tique vis-à-vis delà température, lorsque ce ferment est sensi- bihsé par les sels biliaires.^ constitue donc un nouveau point de contact avec le cas des ferments protéolytiques, qui, lorsque le suc est kinasé, disparaissent beaucoup plusrapidement à 40<^ que lorsqu'il est seul. Au total notre étude nous a montré : D'une part, que l'activation énergique exercée par la bile sur le pouvoir saponifiant du suc pancréatique doit être rapportée aux sels biiaires ; D'autre part, que: par la multiplication considérable de la saponification des corps d'acides gras à faible poids molécu- laire, qui donne à la présence des sels biliaires un caractère de nécessité presque absolue ; par l'existence dans tous les cas d'un seuil de concentçation et non d'un optimum ; par 286 ÉMILE-F. TERROINE l'action directe exercée sur le suc et manifestée par une aug- mentation considérable de la sensibilité vis-à-vis de la tem- pérature ; les sels biliaires ne doivent pas être considérés comme un accélérateur banal, mais possèdent bien les qua- lités d'un coferment et qu'ils occupent, dans ce groupe de corps, une place très voisine de celle de la kinase intestinale. Lorsqu'on fait agir in vitro du suc pancréatique sur un. corps gras à une température voisine de celle de l'organisme, on est frappé de la lenteur de la saponification. Une conclu- sion parait immédiatement s'imposer : la saponification est un processus accessoire, et l'absorption des graisses procède par un mécanisme autre que celui qui préside à l'absorption des deux autres groupes d'aliments, hydrates de carbone ou albumines. Dès l'abord, nos recherches sur l'absorption ne nous ont pas permis de partager cette manière de voir. Nous avons pu, en efîet, constater que la vitesse d'absorption des graisses, tra- duite par l'élévation du taux des acides gras du sang, est rigoureusement parallèle à la résistance qu'elles offrent à l'attaque par le suc pancréatique. D'autre part, la faible saponification observée lors de l'action in vitro du suc est due au fait qu'on isole alors le suc des conditions normales de son action. Si l'on veut bien main-, tenant songer que cette action est considérablement accélérée : par le mélange intime de la graisse avec le suc; par la présen'ce d'électrolytes, et cela au maximum pour des concentrations en chlorure de sodium voisines de celles formées dans l'in- testin par neutralisation du chyme acide ; par une réaction légèrernent alcaline qui se rapproche très vraisemblablement beaucoup de celle réalisée pendant toute la phase active de la digestion intestinale; enfin et surtout par le coferment qu'apporte la bile ; on cessera de tenir pour improbable une saponification des graisses, sinon complète, tout au moins très considérable, au cours de la digestion. On admettra bien volontiers, au contraire, que l'intestin réalise un milieu de l'iivsiuLoraE des substances brasses et lipoidiques 2S7 choix pour mener rapidement cette opération à bonne fin. Sans doute la conclusion logique do notre travail aurait- elle dû être de montrer que toutes les conditions favorisantes mises en lumière sont additives et que, en les réunissant, on peut obtenir, dans les bmites habituelles de durée de l'acte digestif, une saponification totale. Cette expérience reste à faire. Si nous ne l'avons pas tentée, c'est que nous n'avons pas su imaginer la technique qui en aurait rendu les résultats significatifs. Il faudrait en efîet éliminer, presque au fur et à mesure de sa production, comme le fait l'organisme, le seul facteur empêchant dont nous avons constaté l'action: les produits de réaction et particuhèrement les acides gras. Nul doute pour nous, puisque, dans bien des cas, ce facteur empêchant présent, nous avons obtenu en six heures des saponifications atteignant 30 à 40 p. 100 des graisses à digérer, que nous aurions été bien près de la saponi- fication totale, s'il nous avait été possible, S9ns troubler la réaction par l'intervention de substances étrangères, d'éli- miner les acides gras. La question de la digestion et de l'absorption des graisses est loin d'être résolue. Le fait que ni acides gras ni glycérine ne se retrouvent en quantités appréciables dans le sang semble bien impliquer une synthèse de ces éléments dans la muqueuse intestinale, mais le mécanisme de cette synthèse reste entièrement à établir ; la pénétration même de ces acides gras dans la cellule, acides gras insolubles dans l'eau, grâce à la présence de la bile, pose de bien intéressants problèmes physico-chimiques. Mais notre étude n'aura cependant pas été complètement inutile, si l'on veut bien admettre qu'elle a tout au moins apporté une contribution à la connaissance du mécanisme de cette digestion et de cette absorption, en montrant que tout concorde pour supprimer toute distinction essentielle entre ces processus et ceux qui président à l'introduction dans l'or- ganisme des autres matières alimentaires. Dans le cas des graisses, comme dans celui des matières hydrocarbonées ou des albumines, une hydrolyse préalable de 288 EMILE F. TERROINE la substance à digérer est la condition première de l'absorp- tion, et là aussi l'organisme réalise toutes les conditions de milieu favorables à la diastase chargée de cette hydrolyse. CHAPITRE II NATURE UNITAIRE OU PLURALE DE LA LIPASE PANCRÉATIQUE- SES CARACTÉRISTIQUES Dans toutes nos recherches sur les conditions d'action de la lipase, nous avons fait appel, pour déterminer l'intensité de la 'saponification, tantôt à des glycérides et tantôt à des éthers contenant : des acides gras à faible poids moléculaire (acé- tique, butyrique), ou à poids moléculaire élevé .(palmitique, stéarique) ; saturés ou non saturés (oléique) ; des alcools de divers poids moléculaires et tantôt des monoalcools, tantôt des polyalcools. Des travaux antérieurs nous avaient appris, en effet, que le suc pancréatique attaque la monobutyrine(BERTHELOT,27), l'éther acétique (Heritsch), un certain nombre d'éthers éthy- liques, la di et la triacétine(KASTLE et Lœvenhart). Mais en poursuivant ainsi notre étude, en faisant agir indif- féremment le suc sur une substance quelconque, par là même nous admettions implicitement que tous les corps étaient attaqués par un ferment unique. Cependant, nous pouvions relever de très notables différences dans la manière de se comporter du suc vis-à-vis des corps sur lesquels nous le faisions agir ; entre autres faits, il nous a été donné de signa- ler que le suc seul attaque à peine le butyrate d'éthyle, alors qu'il exerce une action saponifiante énergique sur l'huile. Par ailleurs, la plupart des auteurs ne rapportent pas aux mêmes enzymes l'hydrolyse des éthers et celle des glycérides et distinguent plusieurs groupes de ferments saponifiants. 1^ Êthérases. — Ce que l'on doit comprendre sous ce mot est assez mal précisé. Il semble bien que l'on réserve le nom PHYSIOLOGIE DES SUB8TAISCES GRASSES ET LIPOÏDIQrES 289 d'éthérase à tout ferment hydrolysant un étlier constitué par un alcool et un acide, tous deux monovalents et tous deux appartenant à la série grasse. 2° Lipase. — Ce que Ton doit comprendre sous ce mot n'est pas non plus bien précisé. Pour certains, il convient uniquement aux ferments qui saponifient les graisses natu- relles ; d'autres l'ont appliqué aux cas de dédoublement de glycérides synthétiques, telles que la monobutyrine. Il semble bien que ce nom est plus généralement réservé aux enzymes attaquant les triglycérides d'acides gras à poids moléculaire élevé. 3° Phénolase. — Il s'agit ici de ferments dédoublant éthers ou glycérides contenant dans leur molécule un radical phé- nolique. Il convient de noter, en outre, que jamais la question de déterminer s'il y avait une ou des éthérases, une ou des lipases, n'a été précisée. Il nous faut donc maintenant savoir s'il y a lieu de rap- porter à un seul et même ferment les actions saponifiantes du suc ou si, au contraire, des raisons militent pour l'établisse- ment d'une distinction entre éthérase, lipase, phénolase. Cette question une fois élucidée, le suc pancréatique mani- festant de grandes différences dans son aptitude à attaquer les corps qu'il saponifie, comme il se distingue très vraisem- blablement à cet égard soit des catalyseurs chimiques comme les acides, soit d'autres catalyseurs biologiques tels que la lipase hépatique par exemple, nous aurons à comparer la résistance à l'action du suc de tous les types de substances attaquées. Une telle étude nous permettra de dégager les caractéristiques de la propriété saponifiante du suc pan- créatique. § A. — Le suc pancréatique contient-il un ou plusieurs ferments saponifiants? Pour répondre à la question posée : les actions saponi- fiantes du suc pancréatique doivent-elles ou non être rapportées à un seul ferment? nous devons successivement envisager: ANN. DES se. NAT. ZOOL., 10^ série. IV, 19 290 ÉMILE-F. TERROINE 1° S'il est possible crétablir dans le suc, par la présence on l'absence de pouvoir saponifiant vis-à-vis de telle ou telle catégorie de corps, par l'intensité de son action dans certains cas et sa médiocrité dans d'autres, une séparation radicale entre les divers types préalablement admis : éthérase, lipase, phénolaso ; 20 Si les diverses méthodes habituellement employées pour différencier les actions diastasiques permettent d'établir des subdivisions réelles parmi les propriétés saponifiantes du suc pancréatique. 1^ Distinctions fondées sur les différences d'action du suc sur les divers corps qu'il attaque. — L'affirmation d'une distinction spécifique entre la maltase et l'invertine ne surprend pas. Des différences fondamentales séparent le maltose du saccharose. Non seulement les deux hexoses con- stitutifs sont différents, mais, fait beaucoup plus important, leur mode de liaison n'est p^.s le même. On peut donc facilement comprendre qu'une action diastasique s'exerce sur un corps et pas sur l'autre. Une telle distinction n'apparaît pas dès l'abord dans le cas des actions hpasiqu es : tous les corps dont il est ici question possèdent un caractère commun fondamental, c'est que ce sont des éthers, des corps de même structure, qu'il s'agisse d'éthers au sens strict du mot ou de graisses. Si donc on veut faire intervenir une distinction, — telle que éthérase, lipase, phénolase, — il faut garder présent à l'esprit que cette distinction portera non pas sur un mode d'attache différent des radicaux, mais uniquement sur la variation de composition des radicaux. Une distinction fondée sur ce caractère est-elle légitime? Les variations d'action du suc suivant la composition des radicaux de l'hydrolyte permet-elle d'établir l'existence dans ce suc d'une multiplicité de ferments spécifiquement dis- tincts ? a. Y A-T-IL LIEU DE DISTINGUER ENTRE ETHERASE ET LIPASE? — Par éthérase, on entend en général un ferment susceptible de dédoubler les éthers ordinaires tels que l'acétate d'éthyle ; par hpase, on entend un ferment susceptible de dédoubler les PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES «RA8SES ET LIPOÏDIQCES 291 glycérides. La distinction entre ces deux ferments porte donc uniquement sur le fait que, dans un cas, il y a détachement d'une molécule d'acide et d'une molécule d'alcool et, dans l'autre, de trois molécules d'acide et d'une molécule d'alcool trivalent. Une telle distinction aboutit à des résultats ab- surdes en ce qui concerne le suc pancréatique. Si, en effet, nous faisons agir ce suc, d'une part, sur la série des éthers éthyliques d'acides gras saturés normaux, d'autre part sur la série des triglycérides des mêmes acides, les corps étant employés dans chaque série en quantités équimoléculeires, nousobtiendronsdes résultats, consignés dans le tableau GVIII, montrant que, si nous considérons les corps d'acides gras inférieurs (acétate et butyrate d'éthyle, triacétine et tribu- tyrine), nous aboutirons à admettre la présence simultanée d'une éthérase et d'une lipase toutes deux très actives; par contre, si nous considérons les composés d'acides gras plus élevés (éthers et glycérides de l'acide laurique et au-dessus), nous aboutirons à admettre la présence d'une lipase et l'ab- sence à peu près complète d'éthérase. TABLEAU GVIII Action comparée du suc sur les éthers éthyliques et les glycérides d'acides gras saturés normaux. (Tous les tubes contiennent une même quantité de suc pancréatique, sok 5 cen- timètres cubes ; le dédoublement a lieu à 40'^. Sa mesure a été faite à Vaide de NaOH Nj20 après cinq heures pour I et vingt-quatre heures pour II. Il suffit de multiplier par 2 les chiffres de I et par 1,6 les chiffres de II pour avoir le pourcentage de substance dédoublée.) NATURE DES ETHERS. Acétate d'éthyle. . . . Propionate d'éthyle. Butyrate d'éthyle . . . Valériauate d'éthyle Gaproate d'éthyle. . . Gaprylate d'éthyle. . . Gaprina te d'éthyle .. Laurate d'éthyle . . . . Myristate d'éthyle.. . Palmitate d'éthyle.. ACIDITE formée en NuOH ^7-•o• 9,6 12,7 13,1 12,3 11,5 9,9 4,7 2,2 0,4 0,3 II. NATURE DES ETHERS. ACIDITE formée en Nat)H N/»0. Triacétine . Tributyriue Tricaproïne . Tricapry' 'n :î Trica priai. .0 Trilauriae . . Trimyristinc Tripalniitine Tristéarine . . 5,2 7,5 6,7 10,6 13,8 16,5 10,2 1,5 0,9 292 ÉMILE-F. TERROINE Cette distinction entre éthérase et lipase devient moins défendable encore si Ton considère que le suc pancréatique dédouble à la fois, ainsi qu'il ressort de l'expérience ci-des- sous, l'acétate de métliyle, le glycol diacétique, la triacétine. Les substances sont employées en quantités isoacides. Tous les mé- langes contiennent une même quantité de ferment (2 centimètres cubes -I- 1 centimètre cube sels biliaires à 10 p. 103). L'acidité est mesurée à l'aide de NaOH N/20. Le pourcentage de substance dédoublée est obtenu en multipliant le chilî.-e d'acidité par 2. • Acidité fuiMiôe en cenl. cubes NaOH N/SO. Acétate de méthyle 5,4 Glycol diacétique 9,8 Triacétine 10,9 Faudra-t-il alors établir une distinction nouvelle, créer un nom nouveau pour l'action saponifiante que le suc exerce sur les éthers du glycol? En réalité, on ne peut admettre, en ce qui regarde les composés d'acides gras d'alcool variable, aucune distinction rigoureuse. Quel que soit l'alcool gras, — mono ou polyvalent, — auquel les acides sont liés, il parait logique d'admettre que tous ces corps sont dédoublés par un même agent diastasique. ^ b. Doit-on établir une classe spéciale pour les fer- ments AGISSANT SUR LES ÉTHERS AROMATIQUES? — Entre le ferment qui dédouble les éthers de la série grasse et celui qui attaque les éthers de la série aromatique, peut-on établir une différence nette (1)? Sans doute, Chanoz et Doyon(64) signalent l'inactivité du suc pancréatique sur le salicylate d'amyle, mais, d'autre part, les expériences ci-dessous nous montrent qu'il peut attaquer, très faiblement à la vérité, mais très nettement, divers éthers d'acides aromatiques : Tous les mélanges contiennent une même quantité de ferment : 5 centimètres cubes de suc pancréatique + 5 centimètres cubes de (1) Nencki (242) a montré l'action saponifiante exercée par la macération de tissu pancréatique sur la tribenzoïcine. Mais nous savons, par ailleurs, qu'il peut exister de trop grandes différences entre les ferments qu'on peut extraire du tissu d'une glande et ceux qui sont présents dans son produit de sécrétion pour que nous puissions faire état de ce fait. PIIYSIOLOCIE DES SUBSTANCES aRASSES ET LIPOÏDIQUES 293 sels biliaires à 10 p. ICO. Le dosage est fait avec une solution N/20 de NaOH. Acidité. Benzoate de méthyle 2,7 Salicylate d'éthyle 1,1 Mandélate d'éthyle 0,7 D'autre part, le suc dédouble très nettement les éthers d'acides gras et d'alcools aromatiques. Mêmes indications que pour l'expérience ci-dessus. Le pourcentage de substance dédoublée s'cbtient en multipliant les chiffres d'acidité par 2,5. Aridité formée en cent, cubes .\aUHiN720. Acétate de phényle 0,27 5,8 Acétate de benzyle 0,30 7,2 Cette nouvelle distinction n'est donc pas plus fondée que la précédente. En fait, à des degrés différents, le suc pancréa- tique attaque les éthers organiques. Cette attaque est plus ou moins intense suivant les corps considérés, mais c'est là un fait qui s'observe aussi dans le cas des saponifi^atitais par les agents chimiques, — acides ou bf.ses, — fait bien connu sous le nom d'empêchement stérique et dont de très nom- breux exemples ont été donnés par Menschutkin, Ost- WALD, etc.. Nous aurons d'ailleurs à revenir longuement sur ce point. Mais, d'ores et déjà, nous pouvons conclure que les variations d'action du suc pancréatique sur les différents corps à structure éther, variations qui peuvent s'obser- ver aussi bien avec des catalyseurs non diastasiques, ne per- mettent en rien d'affirmer que ce suc possède plusieurs ferments spécifiquement distincts. 20 Distinctions fondées sur la comparaison des actions saponifiantes du suc avec celles d'autres liquides diasta- siques et sur l'action de divers agents extérieurs sur la saponification. — Les divers procédés, de valeur très variable d'ailleurs, qui permettent de distinguer plusieurs fer- ments dans un produit de sécrétion, dans une solution dias- tasique, ont été fort bien exposés par Giaja (117). Nous nous contenterons donc d'en rappeler sommairement les principes 294 ÉMILE-F. TERROrNE et nous étudierons ensuite les résultats qu'ils donnent, appliqués à l'action saponifiante du suc pancréatique. a. Méthodes. — a. Méthode des vitesses de réaction de V. Henri et Larguier DES Bancels. — On fait agir une même quantité de solution diastasique d'une part sur deux corps séparément, d'autre part sur les deux corps réunis, et on mesure la vitesse de réaction dans les trois cas. Si, dans le mélange, chacun des corps se dédouble comme s'il était seul, alors on en conclut à l'existence de deux ferments ; si, au contraire, la vitesse de dédoublement des corps considérés est diminuée de moitié, on en conclut qu'un même ferment agit sur ces deux corps. C'est en utilisant une telle méthode que V. Henri et Larguier des Bancels (133) montrent, entre autres faits, que dans le suc pancréa- tique un même ferment agit sur la gélatine et la caséine, [i. Méthode de comparaison. — Si l'on possède un liquide dédoublant deux corps, on recherche parmi d'autres solutions diastasiques si ces deux corps sont toujours simultanément attaqués et, dans ce cas, on aura affaire à un ferment unique ; ou bien, au contraire, si l'on trouve une solution attaquant l'un et pas l'autre, dans ce cas on aura affaire à deux ferments distincts. C'est en utilisant une telle méthode que Bourquelot distingue la lactase de l'émulsine : le kéfir agit sur le lactose et non sur les gluco- sides, le liquide (ÏAspergilliis hydrolyse les glucosides et ne touche pas au lactose. y. Méthode de destruction partielle. — Dans un liquide susceptible d'hy- drolyser plusieurs corps, on essaye d'affaiblir ou de supprimer l'une des actions, à l'exception des autres, par l'intervention d'agents extérieurs (modifications de température, variations de réaction de milieu, addi- tion de corps étrangers divers). La température de destruction a en particulier été fréquemment em- ployée pour séparer des actions diastasiques. b. Application UE ces méthodes aux propriétés sapo- nifiantes DU suc pancréatique. — 7.. Méthode des vitesses de réaction. — De toutes les méthodes qui permettent d'établir, dans un liquide donné, l'unité ou la multiplicité des actions diastasiques, la méthode des vitesses de réaction est sans con- teste la plus élégante ; mais son emploi est délicat, et, si elle peut trouver de fort intéressantes applications dans le cas des hydrates de carbone ou des protéiques, elle ne peut ici nous rendre aucune service. Elle exige en effet un certain nombre de conditions dont trois au moins ne peuvent être réalisées dans le cas qui nous PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOÏDIQUES 295 préoccupe : un milieu homogène, la non-intervention des produits formés au cours d'une action sur la vitesse de l'autre, l'emploi de concenftations qui n'influent plus sur la vitesse de réaction. Si nous voulons en effet distinguer entre éthérase et lipase, nous serons amenés à faire agir le suc, par exemple, sur un mélange de trioléine et d'éther acétique. Or, l'un de ces corps est soluble dans l'eau, l'autre ne l'est pas. Nous pourrons donc avoir des résultats qui pourront parfaitement être rapportés aussi bien à deux ferments agissant séparément qu'à un même ferment se partageant, grâce à sa solubilité, entre la phase grasse et la phase aqueuse. D'autre part, dans un tel mélange, l'acide acétique pro- duit peut inhiber l'action sur la trioléine. L'absence de saponification de l'huile pourra nous amener ainsi à conclure à l'existence de deux diastases distinctes, alors qu'il s'agira simplement d'un phénomène inhibiteur. Enfin nous avons vu, dans le cas de produits solubles, la vitesse d'hydrolyse croître avec la concentration, et cela jus- qu'à la limite de solubilité (Voir p. 192). Pour toutes ces raisons, la méthode des vitesses de réaction ne peut trouver ici à s'apphquer. ,S. Méthode de comparaison. — La méthode de comparaison a déjà. été appliquée par Lœvenhart (193) à la différen- ciation des lipases. Étudiant l'action des extraits de foie et de pancréas sur les acétines, sur un certain nombre d'éthers éthyliques d'acides gras saturés et sur l'huile, Lœvenhart conclut à la non-identité des ferments du foie et du pancréas, mais il ajoute « que l'action du pancréas sur tous les éthers étudiés doit probablement être attribuée à un enzyme unique )). Les recherches de Lœvenhart ne portent pas sur des séries assez longues. Nous avons donc repris cette étude en faisant agir des extraits aqueux de foie. — comme nous l'avons fait pour le suc pancréatique, — sur la série des éthers éthyliques et des glycérides d'acides gras saturés. Pour obtenir les extraits, on lave un foie de Chien à l'aide d'une so- lution de chlorure de sodium à 8 p. 1 000, laquelle, pénétrant sous près- 2fl6 EMILE-F. TERROINE sion dans la veine porte, irrigue l'organe. Dès que le foie est complète- ment décoloré, il est réduit en purée à l'aide du broyeur Latapie. La purée est mise à macérer à une température de 2° ou 3° pendant vingt- quatre heures dans cinq fois son volume d'eau chloroformée. Au bout de ce temps, on filtre d'abord sur étamine ou bien on centrifuge. Dans les deux cas, le liquide obtenu est filtré sur papier. Les conditions dans lesquelles ce liquide est misa agir sur les éthers sont exactement les mêmes que lors de l'emploi du suc pancréatique. Toutefois, un témoin est cons- titué par le liquide seul non bouilli; ce liquide, riche en albumines et en glucose, présente en efîet, par suite de phénomènes d'autolyse, une acidi- fication propre loin d'être négligeable, pendant la durée des expériences. L'examen du tableau CIX fait apparaître une différence importante entre la propriété saponifiante du foie et celle du suc pancréatique. Le foie dédouble les éthers et les glycérides d'acides gras à faible poids moléculaire; il ne s'attaque pes aux corps dans la constitution desquels il entre des acides gras supérieurs. TABLEAU CIX Action des extraits aqueux de foie sur les éthers et les glycérides d'acides gras saturés normaux. (Les chiures représentent des centimètres cubes NaOH NI20 ; le pourcentage de substance dédoublée est obtenu en multipliant par 2 les chiffres de la co- lonne I,par 1,66 les chiffres de la colonne II. Durée d'action : vingt-quatre heures.) I. II. NATURE DES ÉTHERS. ACIDITÉ formée en xNaOH N/iO. NATURE DES ÉTHERS. ACIDITÉ formée en NaOH N'/iO. Acétate d'éthyle Propionate d'éthyle Butyrate d'éthyle Valérianate d'éthyle Caproate d'éthyle Caprinate d'éthyle Laurate d'éthyle 5,0 8,5 7,9 18,3 12,2 2,3 0,0 Triacétine 13,4 6,4 4,5 6,0 3,3 0,3 0,0 Tributyrinc Tricaproïne Tricapryline Tricaprinine Trilaurine Trimyristine Le suc pancréatique, lui, non seulement dédouble ces mêmes corps, mais encore, quoique à des degrés différents, saponifie tous les glycérides étudiés jusqu'à la tristéarine. Cette différence est physiologiquement très importante; les PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES ORASSES ET LIPOÏDIQUES 297 glycérides respectés par l'extrait hépatique et que saponifie le suc pancréatique constituant la majeure partie des graisses alimentaires ; mais permet-elle d'affirmer l'existence dans le suc de deux ferments distincts? Remarquons tout d'abord qu'il ne s'agit pas de distinction entre éthers et glycérides, le foie dédoublant aussi bien les uns que les autres, pourvu que l'acide qui entre dans leur composition soit de faible poids moléculaire, il s'agit uniquement d'une distinction portant sur le poids moléculaire des acides gras. Et alors le foie dédou- blant les glycérides sensiblement jusqu'à la tricapryline et le suc pancréatique les dédoublant tous, on serait amiené à con- clure qu'il existe dans le suc deux ferments, l'un pour les glycérides à faible poids moléculaire (jusqu'à la tricapry- line), l'autre pour les glycérides plus élevés. Il nous paraît inutile d'insister sur ce qu'une telle distinction aurait d'arti- tificiel. y. Méthodes de destruction partielle. — Ces méthodes, comme nous l'avons dit plus haut, consistent dans la sup- pression, par une action extérieure, d'un processus diasta- sique. Les agents que nous avons étudiés sont : la tempéra- ture, les électrolytes, les sels biliaires. Température. — Si l'on chauffe du suc pancréatique à des températures variant de 45*^ à 55°, et qu'on fasse agir ces sucs chauffés sur du butyrate d'éthyle, de la triacétine, de la trioléine, on constate dans tous les cas le même affaiblisse- ment des propriétés diastasiques. TABLEAU ex (Les chiffres représentent les centimètres cubes de NaOH N/20 nécessaires pour neutraliser après six heures d'action à 37°.) NATURE DES SUBSTANCES. suc non chauffi'. suc CHAUFFÉ dix minutes ;. 45». SUC CHAUFFÉ dix minutes kSO». suc CHAUFFÉ dix minutes à 55». Butyrate d'éthyle. . Triacétine Trioléine 21,1 24,6 88,2 13,7 15,8 53,8 8,0 11,9 39,3 De plus, si l'on étudie l'influence qu'exerce la température 298 ÉMILE-F. TERROINE sur la vitesse de l'action saponifiante du suc sur ces différents corps, on constate, comme nous l'avons précédemment indi- qué (Voir p. 199) que cette influence est de même ordre, quel que soit le corps considéré. Electrolyles. — Lœvenhart et Peirce( /oc. cit.)oni mis en évidence l'action inhibitrice exercée par la fluorure de sodium sur la saponification par le suc pancréatique, action beaucoup plus importante sur les éthers que sur les graisses. Ce fait permet -il une distinction entre éthérase et lipase? Si l'on veut bien se reporter à nos recherches sur les électrolytes, on verra : Qup l'action du fluorure de sodium ne se distingue pas essen- tiellement de celle des autres sels de soude de la même série chimique (chlorure, bromure, iodure) ; Que, suivant la concentration employée, tous ces sels accé- lèrent ou inhibent la saponification des' huiles; Que, sur les composés d'acides gras à faible poids molécu- laire, l'action inhibitrice s'observe seule. Mais ne doit-on pas bien plutôt penser que ces différences dans le mode d'intervention des sels tiennent beaucoup plus à leur action sur les produits à dédoubler ou sur les produits formés qu'aune action sur le ferment lui-même. Cette manière de voir, que nos recherches précédemment exposées rendent des plus vraisemblables, ne permet pas de tirer argument de l'action des électrolytes pour ou contre l'unité du pouvoir saponifiant du suc pancréatique. Sels biliaires. — Le suc pancréatique est toujours actif lui- même, quelle que soit la substance à saponifier. Sans doute son pouvoir est considérablement multiplié dans certains cas (éthers éthyliques d'acides gras inférieurs), beaucoup moins dans certains autres (glycérides d'acides gras supérieurs), mais il n'y a pas là une distinction qualitative absolue. ^ Une telle distinction peut-elle être fondée sur le mode d'action des sels biliaires. Les auteurs nous avaient en effet appris que : 1° L'addition à un mélange de suc pancréatique et d'éther — butyrate d'éthyle, par exemple, — de quantités croissantes de sels biliaires montre que, pour une certaine concentra- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRxVSSES ET LIPOÏDIQUES 299 tion, on aboutit à un optimum de saponification et que des concentrations plus élevées déterminent une inhibition de Faction diastasique (Lœvenhart et Souder) ; 20 Par contre, quelle que soit la concentration des sels biliaires dans un mélange de suc et d'huile, il n'y a jamais inhibition de la saponification; celle-ci atteint une vitesse maximum pour une concentration donnée; l'addition de nou- velles quantités de sels biliaires ne modifie plus cette vitesse (Donath). Il semble qu'il y ait là une distinction fondamentale entre éthérase et lipase. Il n'en est rien. En efîet, nos recherches pré- cédemment décrites sur l'action des sels biliaires, nous ont permis d'étaHir : que l'action inhibitrice s'observe pour tous les corps d'acides gras inférieurs, éthers ou glycérides ; que cette action, constatée à l'intérieur de certaines limites de concentrations, disparait pour des concentrations plus élevées, pour lesquelles il n'existe plus de différence entre les corps d'acides gras à petits ou à gros pois moléculaires; que cette action inhibitrice est due uniquement à la précipitation par- tielle de la diastase par l'acide formé et qu'elle ne peut avoir lieu en effet qu'avec les corps donnant naissance à des acides dissociés. On ne saurait donc baser aucune distinction sur un fait de ce genre, simple épiphénomène de l'action dias- tasique. L'étude de l'action des sels bihaires ruine donc non seulement tout essai de distinction entre ferment des éthers et ferment des glycérides, mais aussi toute distinction portant sur le poids moléculaire des corps saponifiés. Au total, notre enquête sur la nature unitaire ou plurale des propriétés saponifiantes du suc pancréatique nous montre que : Les différences observées dans l'action exercée par le suc pancréatique sur les corps à fonction éther-sel ne permettent nullement d'affirmer l'existence de plusieurs ferments saponi- fiants dans le suc et particulièrement d'y distinguer une éthé- rase, une lipase et une phénolase présentant des caractères distinctifs ; Les résultats- obtenus en appliquant au suc pancréatique 300 ÉMILE-F. TERROINE les méthodes de comppraison et de destruction partielle (tem- pérature, action des électrolytes, action des sels biliaires) tendent à montrer que toutes les actions saponifiantes du suc pancréatique sont l'œuvre d'un agent unique. La lipase pancréatique est, suivant la terminologie de Hanriot (125), créée pour caractériser les propriétés saponi- fiantes du sérum sanguin, un ferment de fonction (1); c'est un catalyseur de la fonction éther-sel. § B. — Caractéristiques de la lipase pancréatique. Toutes les actions exercées par le suc sont le fait d'un seul et même enzyme ; la lipase pancréatique constitue ainsi un type marqué d'un ferment de fonction. Mais alors, si un ferment unique agit sur un nombre con- sidérable de corps appartenant tous à une même famille- mais dont la composition et la constitution des radicaux varient notablement, l'étude de l'influence qu'exercent ces variations de composition ou de constitution pour augmenter ou diminuer la résistance opposée à l'attaque par la lipase pancréatique s'impose immédiatement. Une telle étude présente un double intérêt : 1° Elle permet de caractériser biochimiquement l'agent diastasique étudié. L'existence dans les organismes supérieurs d'un assez grand nombre de ferments saponifiants, — suc pancréatique, suc intestinal, foie, leucocytes, sérum, — nous oblige à définir aussi exactement que possible ces différents ferments par l'extension de leur action, afin de nous repré- senter le rôle physiologique qu'ils peuvent jouer. La nécessité de caractériser ainsi les agents diastasiques est évidente, et l'absence de cette caractérisation peut mener à des conclu- sions non fondées du genre de celles auxquelles aboutit Lœvenhart dans sa conception du métabolisme des corps (1) Le terme «ferment de fonction », appliqué par Hanriot aux propriétés saponifiantes du sérum, est encore bien mieux adapté au cas du suc pancréa- tique. Comme l'ont montré de nombreuses recherches postérieures, les actions du sérum sont assez limitées ; en particulier, il n'attaque pas les graisses : trioléine, tripalmitine, tristéarine. Par contre, il est peu d'éthers ou de glycérides résistant à l'attaque du suc pancréatique. PHYSIOLOGIE DES SUBSTAAXES GRASSES ET LIPOÏDIQUES 301 gras lorsqu'il raisonne implicitement ainsi : le foie est sus- ceptible de dédoubler le butyrate d'éthyle ; il possède donc un ferment saponifiant ; or, le pancréas, qui possède aussi un ferment saponifiant, peut, à l'aide de ce ferment, réaliser la synthèse des graisses neutres à partir de leurs constituants, acides gras et glycérine ; donc le foie peut réaliser la syn- thèse des graisses neutres. Conclusion hâtive pour ne pas dire inexacte, puisque le foie, comme nous l'avons vu précédem- ment, ne saponifie pas tous les triglycérides qu'attaque le suc pancréatique. Cette nécessité de caractériser les ferments saponifiants s'est d'ailleurs imposée depuis longtemps déjà, et particulièrement au sujet de l'action du sérum sanguin ; elle avait abouti à une distinction en lipase vraie, — qui attaque les graisses naturelles, — et en monobutyrinase ou éthérase. Une telle distinction ne repose sur aucun caractère chimique, et nous venons d'éta- blir tout ce qu'elle aurait d'artificiel. Il n'existe pas, en effet, de ferment saponifiant dont l'action se limite à la monobu- tyrine. Tout ferment attaquant la monobutyrine attaque aussi la triacétine, le butyrate d'éthyle, l'acétate d'éthyle, etc. ; il n'existe pas non plus de ferment n'attaquant que des éthers et n'attaquant aucun glycéride. Il est donc nécessaire de caractériser plus exactement l'extension d'action des ferments saponifiants, et pour ce faire de rechercher comment le fer- ment étudié agit sur des corps à structure éther, soit en pre- nant des séries continues telles que celle des éthers éthyliques d'acides gras saturés et celles des glycérides des mêmes acides (groupement particulièrement intéressant au point de vue biologique), soit en faisant varier la composition ou la confi- guration des radicaux qui entrent dans la constitution des éthers soumis à l'action saponifiante. 2° Elle permet de déterminer l'influence qu'exercent sur l'action d'un catalyseur biologique la composition, la confi- guration moléculaire des hydrolytes. Des faits nombreux ont montré l'extrême sensibilité des agents diastasiques vis-à-vis des modifications de structure des corps qu'ils attaquent. Nous n'en voulons citer que quelques-uns parmi les plus c: ractéristiques : l'alanyl-glycine est hydrolysée par le suc 302 ÉMILE-F. TERflOINE pancréatique, tandis que la glycyl-alanine ne Test pas (Abder- HALDEN et Fischer, 1,2); Tinvertine détache beaucoup plus difficilement le lévulose lorsqu'elle s'attaque au raffîiiose que lorsqu'elle agit sur le saccharose (Bierry, loc. cit.); le lactose et la lectosurée sont hydrolyses facilement par le suc intestinal de Vache; l'acide lactobionique, la lactosazone ne le sont pas (Bierry) ; le suc de foie saponifie rapidement l'éther succi- nique, il attaque beaucoup plus lentement les éthers ma- lique et tartrique (Armstrong et Ormerod, 10) ; au cours de la saponification du mandélate d'éthyle par le foie, l'acide mandélique droit est formé tout d'abord, l'acide mandélique gauche est beaucoup plus difficilement détaché (Dakin, 73, 74). Poids moléculaire, pouvoir rotatoire, addition de fonctions supplémentaires, peuvent donc influer considérablement sur la facilité ou la difficulté avec laquelle le ferment peut exercer son action. Nul doute que la lipase ne nous présente des phénomènes de même nature ; les quelques faits déjà cités au cours de ce travail nous obligent à le penser. Nous avons donc entrepris l'étude systématique des actions saponifiantes du suc pancréatique sur un très grand nombre d'éthers, en faisant varier par l'augmentation du poids molé- culaire, par l'introduction de nouvelles fonctions, par des modifications de structure, etc., la constitution tantôt du radical alcool, tantôt du radical acide. D'autre part, pour être à même de dégager les traits per- mettant de caractériser la lipase pancréatique parmi les divers ferments de la fonction éther, il était indispensable d'avoir comme élément de comparaison un ferment de même famille et possédant une activité assez étendue. Aussi avons-nous fait appel, dans ce but, à un extrait aqueux de tissu hépa- tique dont la propriété d'hydrolyser les éthers est depuis longtemps connue (1). Mais, sachant en outre que les diffé- rences de constitution inter\^pIment certainement aussi dans (1) Nous n'entendons nullement tirer aucune conclusion physiologique, quant à l'activité normale du foi?, des propriétés saponifie nies de l'extrait aqueux de tissu hépatique. Cet extr-it nous sert uniquement d'élément ce comparaison. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANGEvS GRASSES ET LIPOÏDIQUES 303 les catalyses chimiques, ainsi que nous le savons par les exemplesa ccumulés dans les travaux deBiscHOFF, Menschut- KiN, OsTWALD, RiCHTER (I), uous avous jugé indispen- sable, pour chaque série de corps, de poursuivre une étude comparative de la catalyse provoquée par un agent chimique, en Tespèce l'acide chlorhydrique (2). Technique. Les saponifications par le suc pancréatique ainsi que par l'extrait hépatique ont été exactement conduites comme toutes celles précé- demment rapportées. L'extrait aqueux de foie a été préparé comme il a été antérieurement indiqué. Lors du dédoublement par HCl, chaque corps a été additionné de 10 centimètres cubes HCl N (exceptionnellement on a utilisé une solution décinormale) et le tout placé au thermostat à 40°. Pour mesurer la quan- tité saponifiée, le dosage de l'acidité formée est précédé d'une adjonc- tion de 10 centimètres cubes de NaOH N. Dans tous les cas, — sauf indications contraires dans les comptes ren- dus expérimentaux, — les quantités de substance employées sont équi- moléculaires. 1° Le radical acide. — Notre étude a porté sur les éthers (éthers éthyliques ou glycérides) contenant des acides appar- tenant aux groupes suivants : acides gras saturés monovalents, acides gras saturés divalents, acides gras à liaison éthylé- nique, acides gras contenant un ou plusieurs groupements alcools, acides gras contenant un groupement cétone, acides gras contenant un élément minéral, acides aromatiques. a. Dédoublement des éthers d'acides gras saturés MONOBASIQUES. — Ces acidcs correspondent à la formule générale G°H'^"0^. Ils diffèrent entre eux uniquement par la longueur de leur chaîne, par l'accumulation des CH^. L'étude de l'action du suc sur les éthers. de cette série est doublement intéressante : au point de vue physico -chimique, car la série (1) On trouvera un excellent exposé de cette question dans le chapitre The phenomena of steric hindrance de Stewart, Stereochemistry, Longmans, Green n:i Co, Ltndres, 1907. (2) MM. A. Tournât et L. Morel ont bien voulu collaborer à toute cette partie de notre travail ; je leur suis très re:onnaissant de l'aide qu'ils m'ont ainsi apportée. 304 ÉMILE-F. TERROINE très longue permet d'intéressantes comparaisons ; au point de vue physiologique, car il n'est pas de graisses alimentaires qui ne contiennent une proportion considérable des glycérides de ces acides. On sait depuis longtemps que, dans la série des éthers éthy- liques d'acides gras saturés, la catalyse par les agents chi- miques est d'autant moins rapide que le poids moléculaire est plus élevé. Ce fait, avancé d'abord par Reicher (266), a été fréquemment confirmé. Les chiffres des trois expériences du tableau CXI constituent une nouvelle confirmation. D'autre part, Lœvenhart observe que l'extrait aqueux de foie dédouble sensiblement avec la même activité, quoique il y ait une légère décroissance avec l'élévation du poids moléculaire, les éthers acétique, propionique et butyrique. Lœvenhart et Souder montrent que, dans le cas du suc pancréatique au contraire, la saponification du butyrate d'éthyle est beaucoup plus intense que celle du propionate, et cette dernière plus intense que celle de l'acétate. De telles expériences n'ayant pas porté sur des séries complètes étaient à reprendre. C'est ce que nous avons fait, et les résultats consignés dans le table aU CXI sont extrêmement nets. Ainsi que l'ont vu Lœvenhart et Souder sur les termes qu'ils ont étudiés, l'hydrolyse par le suc pancréatique est d'autant plus facile que le poids moléculaire est plus élevé, et cela jusqu'au butyrate d'éthyle ou tout au plus au valéria- nate d'éthyle. Mais, à partir du terme suivant, l'attaque est de plus en plus difficile, pour devenir à peu près nulle lorsqu'on atteint les éthers palmitique et stéarique. Il y a donc une différence très nette entre la saponification par l'acide chlorhydrique et celle qu'effectue le suc pancréa- tique ; dans le premier cas, décroissance régulière de la facilité d'attaque avec le poids moléculaire ; dans le second, accrois- sement considérable jusqu'au terme en C* ou C^, puis dé- croissance. Au cours de ce travail, on retrouvera toujours un fait analogue lorsqu'il s'agira d'une série de corps de consti- tution identique, mais de poids moléculaire croissant. L'extrait hépatique se comporte en quelque manière comme un intermédiaire entre le suc pancréatique et l'acide. I'1IYSI0L0(;1E DES SUBSTAiNCES ~« "53 a 6X) to K^ Si, ■^ ~^ 1 v# ir> co lO co 3 D" \ = ;^ 0^ S~I (M 05 a> ^D - "0" «•- ^ « ;^ a. . J5 10 05 co ( " ^ lO CT> t^ " " iM r^ 00 00 — H r-^ v# 10 en j— ( ^^ CJ ■00 «^ -— a> lO 10 T^l !M - I ti; > "' " U5 r^ r-H co 10 iOi r^ ^ •r- T-l B9 î^ CM r^ •-J0 C^ ■^ 10 [^ « ^ 10 in = îi' ^ - (M - _ ^ K + _ in T- c^ 3 ^ " ^ = = = ~ = = « C "= -< •M ^« j:; r^ co ^1" CM ir: %c U ^ m M lO r> CO TT- ^) ■ C; z cù co co Oî 10 "^^ £ — * 10 " ^ c/ • f- i " VO en 00 _ .cri 00 <; 1 -' ^ ^ co ^ ■a _• ■r» a: 3 Oj ■< a. i ce en vn 1 ^ _c ^ - - =; 'j. _: ^ o< r^ 2 . . . . . . = (--^ r^ ^ —1 'Cn . >~^ '" co (M c-i ~ - ^ ^ - =. OJ lO > r^ -# =; « -5 — = "■=;" 11 \ " Ô lO (M '-£■ C: 1—1 -0 ^ cÔ — = . . ~ ~ ~ ~ si- ' 2" 1 1 r< 3 'i 1 a," 0' f. œ .X •:r ^ ■^ ^ «=^ s « 05 >• G t^ en .-- .^ Si y. ce ^ '^ "8 -S 5 -0 X ^ t4 i- tH t- tH t- t- t, fH s- -H 'w VI ■U QJ (U ■Ij r^ rC ^ ^ X X ^ xi j:: jh x: — '*—' -►J +J -tJ ;^ G « « « •H "W « ■H -H «W >W «H DES se. NAT. ZOOL., 10e 8,;.,.)^.. IV, 20 306 EWMLE-F. TERROINE Nous ne retrouvons plus ici cette augmentation considérable de la saponification lorsqu'on passe de Taeide en C^ à 1'? cide en C* ou C^; mais nous ne trouvons pas non plus cette très rapide diminution qui s'observe dans le cas de l'acide. Entre le terme en G^ et le terme en C^ ou; même G^, la valeur de h siponification tend à rester constante. D'autre part, l'action s'éteint plus tôt que dans le cas du suc pancréatique ; alors que nous n'avons jamais pu trouver un extrait aqueux de foie saponifiant, sans conteste, l'éther laurique, ce corps, bien que faiblement, est encore nettement attaqué par le suc pan- créatique. Il convient maintenant, en restant dans cette^ série d'acides, d'examiner ce qui se passe lorsque ces acides, au lieu d'être fixés sur l'alcool éthylique, le sont sur la glycérine, consti- tuant ainsi les composants des graisses naturelles. Nous n'avons pas ici poursuivi la saponification par l'acide ; les résultats n'auraient été qu'une répétition de ceux notés dpns le cas des éthers. TABLEAU CXII Dédoublement des glycérides d'acides gras saturéSi (Les chiffres représentent des centimètres cubes NaOH NI20. Le pourcentage de substance dédoublée est obtpnu en multipliant ces chiffres par 1,6.) NATURE DU CA.TAI.YSEIK. >'o des expériences . Triacétine Tributyrinc . Tricaproïne . Tricapryline Tricaprinine Trilaurine . . . Trimyristiae. Tripalmitine . Tristéarine . , Durées d'action 24 h 11,8 11,5 » 18,6 )) 26,3 7,5 2,9 1.4 iUC PANCREATIQUE. IV. 5,2 7,5 » 10,6 13,8 16,5 10,2 1,5 0,9 13,6 14,2 13,7 15,6 17,7 23,0 5,6 3,9 2,1 12,1 12,9 13,4 28,7 13,4 2,3 1,2 7,1 10,4 9,5 9,8 14,0 19,2 15,0 6,3 2,7 EXTRAIT hépatique. 13,0 13,3 6,4 3,6 4,5 1,0 6,0 0,3 3,0 0,0 0,3 0,0 » )) M » )) 0,0 Le dédoublement par le suc pancréatique nous montre PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LICOÏDIQUES 307 qu'ici encore la facilité de libération des acides ne verie pas régulièrement avec le poids moléculaire. L'attaque augmente notablement jusqu'à la trilaurine pour diminuer ensuite. Il est facile de voir, des chiffres du tableau CXII, que l'ex- trait hépatique se comporte tout autrement. Deux différences essentielles sont à relever : tout d'abord,, l'extrait de foie n'cttaque pas du tout les glycérides supérieurs ; d'autre part, à partir de la triacétine, la saponification décroît régulière- ment et très rapidement avec l'élévation du poids molécu- 1 ire. Nous saisissons donc là une caractéristique de la lipase pancréatique'^: action très nette sur tous les glycérides avec maximum pour la trilaurine. è. DÉDOUBLEMENT DES ÉTHERS ETHYLIQUES d'aCIDES GRAS SATURÉS DiBASiQUES. — Ccs acidcs Correspondent à la for- mule générale CO^H — R — CO^H ; ils diffèrent entre eux par le nombre des CH'^. TABLEAU CXI II Dédoublement des éthers éthyliques d'acides gras saturés divalents. (L?s chiljres représentent des centimètres cubes NaOH NjlO dans le cas de V acide, NaOH Nj20 dans le cas du suc pancréatique. Ils expriment directe- ment le pourcentage de substance dédoublée dans le cas de Vacide, la moitié de ce pourcentage dans le cas du suc.) NATURE du catalyseur. ACIDE chlorhy - drique. suc pancréa- tique seul. suc PANCRÉATIQUE + sels biliaires. E 1. 11. 1. 11. 1. 11. m. IV. V. 6 h. 5 h. 30. 6 11. 23 h. 6 h. 23 h. 7 h. G li; •î h. 40. Éther malonique Éthrr succinique Éther giutarique Éther subérique Éther sébacique 68,5 69,4 51,0 12,1 0,0 51,1 56,4 45,9 7,0 0,0 0,9 4,6 4,9 2,5 » 0,5 1,5 e,2 3,0 » 1,7 10,9 17,3 9,3 » 1,7 11,5 21,8 13,0 » 2,6 12,9 21,9 15,4 » 1,5 9,1 13,7 2,3 0.8 1,5 6,6 10,8 9,3 0,9 L? catalyse par HGl des corps appartenant à cette série se fait, comme pour la précédente, d'autant moins facilement 308 ÉMILE-F. TERROINE que le poids moléculaire est plus élevé ; toutefois, il faut faire une réserve pour Tacide succinique, dont l'éther est attaqué aussi fortement, sinon un peu plus que le terme directement inférieur, Téther malonique. Au contraire, lors de la saponification par le suc pancréa- tique, l'attaque se fait d'autant mieux qu'on s'élève dans la série, et cela jusqu'à l'éther glutarique; puis ensuite les termes plus élevés sont de moins en moins attaqués (Tableau CXIII). Donc là encore, et comme dans la série précédente, même antagonisme entre la manière de se comporter de ces corps vis-à-vis des agents chimiques et du suc pancréatique. C. DÉDOUBLEMENT DES ÉTHERS d' ACIDES NORMAUX ET d'isoacides correspondants. — Les acides normaux et les isoacides ont même composition centésimale; ils diffèrent entre eux par la constitution de la chaîne, ainsi qu'on peut le voir par les exemples ci-dessous : CH3 — CH2 — CH,— COOH CH^ Acide butyrique normal- j)CH — COOH Acide isobutyrique. COOH — CH, — CH, — COOH COOH Acide succinique- ^CH — CH COOH/ Acide isosuccinique. La saponification des éthers des acides butyrique et iso- butyrique a montré à Reicher que l'éther isobutyrique était plus rapidement attaqué que l'éther d'acide normal. C'est là un fait que nous pouvons confirmer, ainsi qu'il ressort des chiffres du tableau GXIV; au contraire, dans le cas des acides succiniques, l'avantage est à l'éther d'acide normal. La lipase hépatique ne manifeste pas une bien grande sen- sibilité vis-à-vis de cette différence déstructure, et, sauf le cas de l'expérience III (tableau CXIV), dans lequel nous voyons l'éther isosuccinique moins attaqué que l'éther d'acide nor- mal, dans tous les autres cas la saponification atteint sensi- blement la même valeur. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES CxRASSES ET LIPOÏDIQUES 309 TABLEAU CXIV Comparaison du dédoublement des éthers éthyliques d'acides normaux et d'isoacides correspondants. {Les chiures représentent des centimètres cubes NaOH ^120. Le pourcentage de substance dédoublée est donné directement par les chiffres du tableau dans le cas des éthers succiniques ; ils' obtient en multipliant les chiffres par 2 pour les autres corps.) NATURE du catalyseur. ACIDE chlorhy- drique. suc PANCRÉATIQUE. EXT I. RAIT H II. ÉPATI' III. 3UE. IV. N» des expériences 1. II. I. II. m. IV. 8 h. » Durées d'action 6 h. 50. 8 h. iO. 6 h. 10 h. 4 h. 24 h. 8 h. 27 h. 20 h. Éth. butyrique.. . Éth. isobutyrique 14,3 23,1 )> 10,5 0,1 » 12,3 0,1 23,4 15,7 6,8 6,7 21,3 19,3 10,6 11,2 Éth. valérianique . Éth. isovalérian. . » 64,2 18,2 4,5 2,1 3,4 0,2 10,7 0,7 » » » 14,4 2,2 )) » 8,1 5,1 Éth. succiniquo.. . Éth. isosuccinique 79,8 17,1 11,6 1,9 9,0 2,3 )) )) 18,5 15,9 » » 22,3 14,2 » Il en va tout autrement dans le cas du suc pancréatique. Tandis que les composés d'acides normaux sont fort bien attaqués, l'attaque est extrêmement faible, preque nulle dans certains cas, pour les composés correspondants d'iso- acides, que le suc soit employé seul ou activé par l'addition de sels biliaires. Devant la manifestation d'une telle différence, nous avons estimé intéressant, au lieu de faire une seule mesure, de suivre la marche de la saponification et de voir si l'écart continuait à se maintenir pour des durées d'action prolongées. Les essais rapportés dans le tableau CXV établissent qu'il en est bien ainsi. En particulier, l'expérience III de la deuxième série ^ta- bleau CXV) nous montre après cent quatre-vingt-huit heures alors que la saponification ne progresse plus ou à peine, une décomposition de 39,2 p. 100 du butyrate d'éthyle, tandis que l'isobutyrate est à peine touché. Il y a là presque une 310 iÉMILE-F. TERROINE difîérence de tout ou rien.' Et ce phénomène que nous ne retrouvons ni avec HCl, ni avec l'extrait de foie, constitue une nouvelle caractéristique de la lipase pancréatique qu'il con- vient de retenir. TABLEAU CXV Vitesse comparée de la saponification par le suc pancréatique des éthers éthyliques des acides gras normaux et des isoacides cor- respondants. (Les chiffres représentent des centimètres cubes de NaOH NI20. Le pourcentage de substance dédoublée s'obtient en multipliant ces chiures par 2.) Série I : su :nc Z SEUL. EXPÉRII E I. E.XPÉRIENCE II. lh.30. 4)1. 6 h. 22 1 h. 311. 4 h. 9 h. 52 h. ) Butyrate d'éthyle Isobutyralfe d'éthyle.. . 0,3 0,0 0,4 0,1 0,1 0,5 0,2 0,5 0,0 1) 1,7 » « 4,8 0,6 Butyrate de méthyle. . . Isobutyrate deméthyle. 0,3 0,1 0,3 1,3 0,3 2,5 0,3 0,6 Oflt 2,5 )) 3,9 0,4 Série I : SUC + SELS BI EN LIAIRES, 0,2 P. 100. 22 h. EXPÉRI CE I. Expérience II lh.30. 4 1). 11 22 11. 1 h. 3 h. 7 h. Butyrate d'éthyle Isobutyrate d'éthyle.. . 4,7 0,3 5,7 0,4 7,6 )) 7,8 0,4 1,8 0,05 4,2 0,2 6,9 0,3 7,3 0,5 Butyrate de méthyle. . . Isobutyrate deméthyle. 3,9 0,4 5,9 1,4 9,0 1,9 12,0 2,7 2,1 0,1 4,4 0,5 5,2 1,2 7,0 1,6 EXPÉRIENC E III. Durées d'action . 1 h. 45. i h. 25. 2U h. 44 h. 02 h. 188 h. Butyrate d'éthyle . 2,5 6,5 15.9 18.0 18,6 0,1 19,6 0,2 Isobutyrate d'éthyle . 0,1 0, 1 0,1 0,1 d. DÉDOUBLEMENT DES ÉTHERS d'acides GRAS NON SATURES. — Alors que la série des acides gras saturés comporte actuel- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LII^OÏUIQUES 3il lement un grand nombre de représentants, on connaît, par contre, peu d'acides bien définis possédant une ou plusieurs liaisons doubles. Notre étude n'a pu porter que sur deux corps: l'acide crotonique correspondant à l'acide butyrique et l'acide oléique correspondant à l'acide stéariqiie. De plus, dans ce dernier cas, le dédoublement est tellement faible pour les deux composés que nous nous sommes adressés non pas aux éthers éthyliques, mais aux glycérides. En ce qui concerne l'éther crotonique, il est beaucoup moins attaqué par le suc que le composé d'acide saturé corres- pondant : c'est là un fait identique à ce qu'on observe lors de l'hydrolyseipar acide (tableau CXVI). TABLEAU CXVI (Les chiffres représentent des centimètres cubes NaOH 1SIJ20. Le pourcentage de substance dédoublée est obtenu en multipliant ces chiffres par 2.) •S° DES EXPÉRIENCES et nature du catalyseur. I. IICL.N/IO Suc pancréatic II. ue i-sels biliaire s 0,2 p. 100. , 7 heures. 3 heures. 7 licurcs. 21 ! cures. Éther butyrique 10,5 3,0 1,0 0,3 5,0 0,5 10,3 1,9 ! Éther crotonique Au contraire, la comparaison des glycérides de l'acide stéarique et de l'acide oléique montre que l'avantage appar- tient dans ce cas au composé non saturé (tableau GXVII). TABLEAU CXVII (Les chiffres représentent des centimètres cubes NaOH NI20. Le pourcentage de substance dédoublée est obtenu en multipliant ces chiffres par 1,6.) no des expériences I. II. III. IV. 6 heui'es. 2i heures. 28 heures. 21 heures. Tristéarine 0,6 7,6 1,4 9,1 1,2 9,9 2,7 ■■ 13,0 Trioléine e.DÉDOUBLEMENTDESÉTHETRSD' ACIDES HYDROXYLÉS. — Étu- diant l'action saponifiante des extraits de foie, Armstrong (9.) 312 ÉMILE-F. TERROINE a montré que les éthers malique et tartrique étaient beau- coup moins dédoublés que l'éther succinique. D'autre part> dans ses intéressantes recherches sur la synthèse des corps gras par le tissu pancréatique, Pottevin (261) a observé qu'on ne peut réaliser la synthèse du lactate d'éthyle qu'en propor- tion très faible. Ces faits nous ont incité à rechercher systé-' matiquement l'influence que pouvait avoir la présence dans le radical acide d'un ou de plusieurs groupements alcools sur la saponification des éthers. Les acides hydroxylés étudiés difïèrent des acides gras saturés correspondant en ce qu'ils possèdent un groupement alcool (acides glycolique, lactique, oxybutyrique, oxyglu- tarique, malique) ou deux groupements alcools (acides gly- cérique, tartrique). Lors de la catalyse par les acides, le dédoublement est plus rapide dans le cas des éthers d'acides hydroxylés que des éthers d'acides normaux correspondants, ainsi qu'il ressort du tableau CXVIII. Le suc pancréatique, comme d'ailleurs les extraits hépa- tiques, montre une très grande sensibilité à la présence des fonctions alcool dans le radical acide, sensibilité qui se tra- duit p^r des résultats de sens inverse de ceux observés lors de la catalyse par l'acide. L'introduction d'un oxhydryle diminue la saponification dans des proportions considérables ; l'introduction de deux oxhydryles l'annihile presque complè- tement. Ces résultats confirment donc, en les généralisant, ceux de Armstrong et de Pottevin, sur l'action empêchante des groupements hydroxylés ; ils montrent, en outre, que cette action s'exerce même lorsque le groupement OH est éloigné du groupement carboxyle, comme c'est le cas pour l'éther oxybutyrique ; l'empêchement n'est donc pas sous la dépen- dance d'une proximité immédiate de ces deux groupements, comme l'avait suggéré Armstrong (9). D'autre part, il n'y a ici aucun trait différentiel à retenir pour le suc pancréatique, l'extrait hépatique ayant une ma- nière de se comporter identique. PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOÏDIQUES 313 s «1 c 01 a < Vi <=> «M ."-» ♦-H ^ '^' V. ce "^ ■to -Si tX) o ^ s «^ iv ^ o' '^^ ^. --c_ J5_ ?5 fO » T-H ■^ " ■^ ■th S 1 ^ 1 !II^ ~ î~ï [^ -J2 — T o" o oo'-^' -— r^ -r^ a, 1 ■a / X Y ^ j: ~ "M — ' o^r^^ -M O c^ r-^ ^_^— _^o_ -- ^^ C^» Ci t-T <*" (^ L.O 00 •Js'vS'' ^'o'r-T < ■■^ ~, _ ^H C^ ■!- es H X Ci VO 00 00 ^ 1^ „ = <^ ^ * r-- a-- ^ ~ ~ ^ " \ "' 17-1 ■^ (M ^ OO^Oi^ ce c^ œ oTîm" oc c.^«; ■^ <- ^^'•^^ 00^ î^„ ^, - i « ^ c^" o" o" T-f o' •JD ce' ^<^ en -rT o' o ce ~ GO ce r^ "„"'. --C 00^ ^j «^ Oi^C: o o O ce lo - t^ in ■^ t-TotN »* ^ r^ -r- 00 o ^ ^ > < — ^ ^ "* _E " < < Q M c; 3 C ^3 ■a 1 1 5^ r 'H - C.^ > Cl -^ 1 r ;: c a: E r ;= > c D .s* 2: c .SE 1/2 C J '-a ^ >■ ^ n ;- ^ p 1 « c- 1 t, ^ tH c; 0. ) il 03 a et a ;i oj a Q^ q; 03 z ju X ,J= ^-= rC ; XrT i r^ -= 3 =5rS ï -tJ -tJ ^_ > ♦J ^j ,^J z — •H-^ ; ««•&: «K-fL 3 «Wf^ ] «K-H-H ~~ ^^^ 311 EMILE-F. TERROINE /. DÉDOUDLEMEiNT DES ETHERS d' ACIDES-CÉTONES. — Soumis soit à l'action de l'ecide chlorhydrique, soit à Taction du suc pancréa.tique, l'éther diacétique dont l'acide contient un groupement cétonique est beaucoup moins dédoublé que son correspondant l'éther butyrique ; il n'y a donc ici aucune distinction entre les deux catalyseurs. TABLEAU GXIX (Les chiijres représentent des centimètres cubes NaOH N 20. Le pourcentage de substance dédoublée s'obtient en multipliant ces chiijres par 2.) N» DES EXPÉRIENCES et nature du catalyseur. I. HCl.N'/IO. II. Suc + S. B. III. ?iic-S. B. IV. Suc+S. B. V. Suc + S. B. 6 h. •2* h. 6 h. 2 ni. 2 1 h. Éther butyriqu'' Éther diacétiqu" 10,5 4,0 8,6 3,5 16,6 2,5 11,7 0,4 4,3 0,8 g. DÉDOUBLEMENT DES ETHERS d'aCIDES CONTENANT UN ÉLÉMENT MINÉRAL. — Les rccherclies de Sudborough et Lloyd (301) ont établi que la vitesse d'éthérification par l'acide chlorhydrique diminue lorsqu'on passe de l'acide monochloracétique aux acides di et trichloracétiques. Nos expériences montrent qu'il en est de même pour b. réaction inverse, pour la saponification. D'une manière plus générale, ainsi qu'il ressort du tableau CXX, on peut dire que la présence d'un élément minéral dans le radical acide diminue considérablement la vitesse de l'hydrolyse. Lors de la saponification par le suc, il n'est pas douteux que les éthers contenant dans leur radical acide des éléments halogènes sont attaqués. Ils le sont moins (sauf le cas de l'acétate d'éthyle toujours très peu attaqué par le suc pan- créatique) que les éthers d'acides correspondants sans élément minéral. Ils le sont d'autant moins que le nombre des substitutions est plus grand, qu'il y a plus d'atomes d'halogène. PHYSIOLO(ÎIE DES SUBSTA^NCES aR-A■SvSE^S ET LIPOÏDIQUES S^l 5 TABLEAU G XX (Les chiffres représentent des centimètres cubes NaOH N 20. Ils donnent directement le pourcentage de substance dédoublée.) N» DES EXPÉRIENCES. MCI. II. Suc seul. ■7. IV. Suc+s»!s biliaires 0,J 11. 100. V. Siic+sels biliaires 0,2 p. 100. Durées (i h. 24 h. 22 h. 24 h. 24 h. Éther acétique 'Éther monochloracé- ti(ïue 98,6 86,3 56,1 18,2 » 0,3 1,6 1,2 0,6 )) 7,9 3,4 [Éth. dichloracétique.. . Éth. tricliloracétique . . lÉtli. propionique Éth. [î.-iodopropicnique. » 2,1 1,5 5,1 1,5 19,7 7,8 10,1 5,0 lÉth. butyrique iÉth. bromobutyrique.. » a "A 0,6 7,9 2,1 21,0 5,7 15,2 2,0 A côté de corps contenant un élément halogène, nous en avons étudié d'autres contenant soit un groupement métal- loïdique (cyanogène), soit du soufre ; nous avons pu constater ainsi que l'éther cyanacétique est très faiblement attaqué, que les éthers rhodaniques et cyanurique ne le sont pa« du tout. h. DÉDOUBLEMENT DES ÉTHERS d' ACIDES AROMATIQUES. De nombreuses recherches ont montré l'action saponifiante des extraits hépatiques sur les éthers d'acides aroma- tiques. Ces extraits ne nous intéressant qu'à titre de compa- raison, nous ne croyons pas utile de rappeler tous les travaux parus sur ce sujet. Signalons cependant que certains auteurs (Oppenhetmer) n'ont pas hésité à créer une nouvelle diastcse, l'amylsalicylase, pour caractériser l'action du foie sur le salicylate d'amyle, mise en évidence par Ghanoz et DoYON. Les résultats expérimentaux consignés dans le tableau CXXI montrent que si, à n'en pas douter, le foie dédouble assez énergiquement les éthers d'acides aromatiques, par contre, 316 EMILE-F. TERROINE le suc pancréatique ne possède cette propriété qu'à un degré des plus médiocres. TABLEAU CXXI Dédoublement des éthers d'acides aromatiques. (Les chif/res représentent des centimètres cubes NaOH N:20.) NATURE DU CATALYSEUR. suc. SEUL. SUC+SELS BILIAIRES 0,2 P. 100. EXTRAIT HÉPATIQUE. N° des expériences I. II. I. I. II. III. IV Durées d'action 7 h. -'4 h. 13 h. 6 h. 28 11. 10,1 » 7,3 24 h. 24 h. Benzoate de méthyle . . . Salicylate de méthyle . . Mandela te d'éthyle. . . . 1,6 0,9 0,5 2,7 1,1 0,7 » 1,0 0,6 3,0 3,1 1,0 4,0 0,5 0,9 6,5 . 1,8 » 20 Le radical alcool. — Notre étude a porté sur les éthers acétiques d'alcools gras saturés de poids moléculaires crois- sants, sur les éthers d'alcools normaux et iso, sur les éthers de corps ayant plusieurs fonctions alcoohques, sur les éthers d'alcool aromatiques, sur les éthers de cholestérine et sur les cires. a. DÉDOUBLEMENT DES ÉTHERS d' ALCOOLS GRAS SATURES MONOBASIQUES. — Traités par l'acide chlorhydrique, ces corps sont attaqués d'autant plus facilement que leur poids moléculaire est moins élevé, ainsi que l'a vu Reicher pour les premiers termes, et comme le montrent les chiffres des deux premières colonnes du tableau GXXII. Les résultats sont différents lorsque le catalyseur employé est le suc pancréatique ; dans ce cas, on retrouve le phéno- mène que nous avons eu à signaler précédemment chaque fois qu'il s'est agi d'une série de corps à poids moléculaires croissants : la saponification se fait de plus en plus facilement jusqu'à atteindre un maximum qui se trouve être dans le cas présent l'acétate de butyle; puis son intensité diminue ensuite (tableau CXXII). PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOÏDlQUES 317 TABLEAU ex XII Dédoublement des éthers d'alcools gras saturés monobasiques. (Les chiffres représentent des centimètres cubes NaOH N 20. Ils donnent directement le pourcentage de substance dédoublée.) N° DES EXPÉRIENCES et nature du catalyseur. I. H Cl. II. HCl. I. Suc pancréatique. II. Suc pancréatique. III. Suc pancréalique. 6 heures. 6 h. 35. 3 hciiirs. 5 h. 39. 7 heiii-es. Acétate de méthyle.. . Acétate d'éthyle Acétate de propyle . . , Acétate de butyle .... Acétate d'amyle Acétate de capryle. . . 85,1 88,1 41,3 16,8 4,1 0,8 89,9 98,8 58,7 29,4 11,2 2,4 2,7 2,0 3,8 3,4 1,6 0,3 5,0 5,1 6,7 8,6 3,9 0,8 8,7 6,4 10,5 12,1 9,0 » è.DÉDOUBLEMENTDES ÉTHERS d' ALCOOLS NORMAUXET ISO. — Ces éthers sont dédoublés d'une manière sensiblement analogue par l'acide chlorhydrique. L'attaque par le suc pancréatique est plus rapide lorsqu'il s'agit de composés d'alcools normaux que lorsqu'il s'agit des composés d'iso-alcools correspondants. Mais la différence est faible ; elle porte surtout sur la vitesse, ainsi qu'on pourra s'en rendre compte d'après les chiffres ci-après (tableau CXXIII); mais il n'y a pas ici cette diffé- TABLEAU CXXIII Action comparée du suc pancréatique sur les éthers d'alcools normaux et iso. (Les chiures représentent des centimètres cubes NaOH NI20. Le pourcentage de substance dédoublée est obtenu en multipliant ces chiffres par 2.) N° DES EXPÉRIENCES I IT. TH. " II _ll 5 h 4h. 15 min. 45 min. 1 h. 4(1. 22 h. Acétate de propyle 8,7 4,1 7,5 4,1 1,7 0,5 2,5 0,5 8,7 0,7 8,2 1,8 Acétate d'isopropyle N» DES EXPÉRIENCES I. 2 h. II. III. Dun'cs ih. 4 h. 30. 27 h. 411.30. 23L35. '1 h. 4li.:in. L'7 11. Acétate de butyle Acétate d'isobutyle. . . . 0,2 0,1 0,8 0,3 1,5 0,9 1,5 0,8 2,5 1,2 3,8 2,6 1,6 0,7 2,7 2,5 3,0 2,7 318 EMILE-F. TERROINE rence si frappante observée précédemment dans le cas des éthers d'acides normaux et d'isoacides. D'autre part, les extraits hépatiques ne différencient pas dans leur attaque les éthers d'isoalcools des éthers d'alcools normaux, comme le montrent les résultats d'une expérience rapportée oi^dessous :; Ouantilé de NaOH N/20 (Il cenliinètivs cubes nécessaire pour neutraliser l'acidité formée après 24 h. de digesl-i u;il été faits à l'aide de la méthode de Shimidzu, com- binée à la méthode de Winbaus ; nous n'avons rien à ajouter aux indi- cations précédemment donnée? (Voir p. 170 et suiv.). Par suite de la fixité remarquable de la teneur en eaa sur laquelle nous avons insisté par ailleurs (Terroine, 306), montrant qu'il existait chez l'animal normal une véritable constante hydrémiqiie, nous avons in- différemment rapporté les valeurs trouvées tantôt au sang frais, tantôt à l'extrait sec. § A. — Los lipoïdes totaux. 1° Chez différents individus de même espèce. - Nous avons tout d'abord récolté pendant une certaine périoce, chez tous les animaux arrivant au laboratoire, la quantité de sang nécessaire pour la détermination de l'extrc-Jt hpoïdiqi e PlIVSIOLOrtlE DEvS SUBSTANCES GRASSES ET LIPOÏDIQUES 327 totol; noiisavons ainsi obtenu les seize valeurs qu'on trouvera groupées dans la deuxième colonne du tableau CXXVI. TABLEAU CXXVI Teneur en lipoïdes totaux (acides gras + cholestérine) du sang de Chien. Étendue des variations individuelles. NUMEROS des individus examinés. I Il III IV V VI VII VIII IX X XI XI! XIII XIV* XV XVI Moyenne Écart moyen Écart moyen p. 100 TENEUR VARIATIONS en extrait total dans l'étlier eu |i. IilO de cluitiue pi-ise de pétrole pa ■ rap|>oil de 1 Ooi.i grammes de sang. à la va eur nioyeiiiie. 6,686 + 47,4 4,590 + 1,2 4,130 — . 8,0 3,270 ■ — ■ 27,6 5,570 + 22,8 3,755 17,1 4,600 + 1,4 4,520 — ■ 0,3 4,394 J_ 3,1 4,578 + 0,9 3,1 3'7 31,7 5,643 + 24,4 4,502 • — 0,7 4,532 0,0 3,772 16,8 4,886 + 7,7 4.535 )) 0.535 » 11,800 )) Afin, de mettre en évidence les différences qui séparent ces valeurs, nous avons calculé, à côté de la valeur moyenne et de l'écart moyen (bas de la deuxième colonne), les variations de chaque prise en p. 100 ppr rapport à la valeur moyenne. De l'examen du tableau CXXVI ressort nettement que de très importantes différences dans la teneur des lipoïdes du sang séparent les individus normaux d'une même espèce. Chez les seize sujets examinés, les valeurs varient plus que du simple au double : de 3,137 à 6,686 (1). Il nous fallait donc rechercher si un même animal n'allait pas présenter dans le temps des variations de même étendue. 20 Chez un même sujet. (1) Dans un travail étendu sur le sang de Cheval paru récemment, Rudoff (278) relève pour l'extrait lipoïdique total des \ ariations moins étendues (.ntre divers sujets normaux, — 3,25, 3,58, 3,80, 3,95, 3,66, 4,10, — que celles trou- vées par nous chez le Chien. 328 ÉMILE-F. TERROINE TABLEAU ex XV II Teneur en lipoïdes totaux du sang de Chien. Etendue des variations dans le temps sur un même individu. DATE DES PRISES. Chien 1 1" août 1912. 3 août 1912.. 4 août 1912. . 5 août 1912. . 7 août 1912. . Moyenne Écart moyen l Écart moyen p. 100 Chien IL. 23 novembre 1912. . 25 novembre 1912. . 27 novembre 1912. . Moyenne Écart moyen Écart moyen p. 100. Chien III. 3 octobre 1913 10 octobre 1913. . . 31 octobre 1913.. , 17 novembre 1913. 12 janvier 1914.. . . Moyenne Écart moyen Écart moyen p. 100. 31 octobre 1913. . . 8 novembre 1513. 12 janvier 1914.. . . Chien IV.. Moyenne , Écart moyen , Écart moyen p. 100. Chien V. 28 octobre 1912. . . 31 octobre 1912. . . 2 I ovemhre 1912, 7 novembre 1912. 13 novembre 1912, 19 novembre 1912. 29 novembre 1912, 2 décembre 1912 24 décembre 1912. 26 décembre 1912. EXTRAIT TOTAL dans l'éthei' de pétrole par 1 00(1 grammes de sang frais. 4, .59 4,21 4,19 4,09 4,19 4,25 0,13 3,00 VARIATIONS eu p. loo de chaque valeiii- ijar rapport à la valeur iiioyennc. 3,45 3,66 3,50 3,53 0,08 2,20 4,532 4,288 5,675 4,643 5,388 4,945 0,506 10,2 4,528 4,805 4,247 4,526 0,186 4,100 4,520 4,700 4,480 4,145 4,960 4,370 4,119 4,346 4,447 4,815 8.0 0,9 1,4 3,7 1,4 2,2 3,7 0,8 8,1 13,2 14,7 6,0 0,0 6,1 6.1 0,3 0,5 0,5 7,9 10,1 2,9 8,5 3,5 1,2 6,9 PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOÏDIQIJES 329 DATES DES PRISES. EXTRAIT TOTAL dans l'éUier fie pétrole par 1 Ollil grammes (le sang- fi-iis. VARIATIONS en ]). llKt de 1 liiuiue valeur pai' rapport il la valeur moyenne. 1 28 décembre 1912 4,447 4,358 . 4,371 4,598 4,884 4,504 0,193 4,200 1,2 3,2 2,9 2,0 8,4 » 122 mai 1913 \ 3 juin 1913 riiifii V h8 iuin 1913 /Ci/ If/» ) ^ 4 juillet 1913 /Moyenne [Écart moyen »Écart moyen p. 100 [ 28 octobre 1913 3,772 3,662 4,287 4,031 3,403 3,296 4,204 3,965 0,350 8,800 4,8 7,6 8,1 1,6 14,1 16,9 8,5 » [ 4 novembre 191'3 i 11 novembre 1913 1 17 novembre 1913 ' 25 novembre 1913 Chien VI. . . X 2 décembre 1913 ] 12 janvier 1914 / Moyenne 1 Écart moyen ' Écart moyen p. 100 L'examen des chiffres du tableau GXXVII montre que chaque individu maintient remarquablement constant le taux de son sang en lipoïdes. Poursuivies pendant neuf mois, les recherches, sur le Chien V par exemple, donnent comme écarts maxima 8,5 p. 100 au-dessous de la moyenne et 10,1 au-dessus; ce sont là, de plus, comme on peut s'en convaincre par l'examen du tableau, des écarts exceptionnels. En fait, chaque animal présente dans le sang un taux de lipoïdes constant et caractéristique. En appliquant à ce fait la terminologie adoptée par A. Mayer et G. Schiffer, on €st en droit de dire que chaque individu possède un indice lipémiqiie caractéristique. On peut d'ailleurs faire ressortir d'une manière plus frap- pante encore la constance obtenue sur un même sujet en oppo- sition avec les difîérences que présentent entre eux les divers individus. Il suffit pour cela de réunir dans un seul tableau (tableau GXXVII I) lesvaleurs extrêmes observées et decal- culer le pourcentage des variations. On constatera ainsi que les variations, qui atteignent 113 p. 100 chez les différents 330 EMILE-F. TERROINE individus, ne dépassent pas 3U p. 100 sur un même animal et restent le plus souvent bien au-dessous de ce chiffre. Il n'y a donc pas de doute, nous nous trouvons bien ici en présence d'une valeur constante. TABLEAU ex XV III Teneur en lipoïdes totaux du sang de Chien. Valeur de l'écart maximum observé entre deux prises. V A L E i; R minimum. VALEUR maximum. VARIATION en p. IDO de- 1,1 valeur niiixiimiin pap' ra]iport à la valeur uiininiuni. Chez d s sujets ciiïâients fl6 su- jets examinés) 3,137 6,686 Ii3p. 100. Chez un même sujet (variation dans V' temps) 4,090 3,450 4,288 4,247 4,119 3.296 4,590 3,660 5,675 4,805 4,960 4,287 12.0 ''o 6,0 % 32,2 % 13.1 % 20,0 % 30,0 % Chien I r Chien II Chien III Chien IV Chien V Chien VI Mais il nous faut pousser plus loin notre analyse. On peut dire, comme première approximation, que l'extrait lipoïdique total dont nous venons d'établir l'étendue des variations chez différents sujets d'une même espèce, la constance dans le temps sur un même individu, est essentiellement constitué d'une part par des composés d'acides gras (graisses neutres, hpoïdes phosphores, etc.), d'autre part par de la cholesté- rine (i). Il nous faut donc voir comment varient respective- ment ces deux groupes de corps. ii H. — Les acides gras et la cholestérîne; variations comparées. L» Chez différents sujets. — La recherche des teneurs en (1) Il n'y a bien là, dans cette distinction, qu'une première approximation. En réalité, la distinction entre les composés d'acides gras et la cholestérine est beaucoup moins nette, une partie de la cholestérine étant combinée à l'état d'éther avec des acides gras. 'lIYSrOLOaiE DES SUBSTANCES àRASSES i^^r LU'OÏDIQUES 331 .iSi, acides gras et en cholestérine du sang d'un grand noml^re de sujets (Voir tableau GXXIX) nous montre là encore des différences individuelles considérables. Ces différences cholestérine sont, pour le rapport du même ordre que celles acioes gr^s observées pour l'extrait tot?l. Ainsi donc, en passant d'un animal à un autre, on devra s'attendre à trouver non seulement une différence qui peut aller du simple au double dans le taux de ses lipoïdes san- guins totaux, mais aussi une différence de- mxême grandeur dsns le rapport qui relie la teneur en cholestérine à la teneur en acides gras. TABLEAU CXXIX Variations comparées de la teneur en extrait total du sang et du rapport -^-^ chez différents sujets normaux. DESIGNATION des animaux. A B X Ph S P Gi JOil Lu Bo Po Et Ea A.lp Moyenne Écart moyen Écart moyen p. 100. . EXTRAIT total |.. 10(1 3,100 2,802 1,706 1,700 2,263 1,683 2,115 2,193 1,675 3,251 2,094 2,290 1,670 2,877' 2,244 0,432 19% ACIDES gra.s p. |(MI sec. ,510 ,252 ,283 ,239 ,695 ,261 ,539 ,513 ,177 ,364 ,388 ,589 ,171 ,166 CHOLES- TÉRINE RAPPORT totale -^X 100. p. lt)U AI,; sec. 0,590 23 0,550 24 0,423 32 0,461 37 0,568 33 0,422 33 0,576 37 0,674 44 0,498 42 0,887 37 0,706 50 0,701 44 0,499 42 0,711 33 „ 36 )i 6,1 16,9 % VARIATIONS ,'11 I'. Ion pal' ['apiiurt à 11 \alcur moyenne lirise cûni:iie unité. Du e l'ex l'ait tOtrt . 40 % 24 0/ /o 24 o/ /o 24 /o 0,8 /o 25 o/ 5 G/ , O 9 O/ /o 25 % 35 % 6 0/ 9 o/ 25 % 28 % » 36 % 33 % 11 % 13 % 8 % 8 % 2 % 22 % 16 % 2 % 38.% 22 % 16 % 2^ Chez un même sujet. — Il en va tout autrement si l'on étudie ce qui se passe sur un même animal. Des valeurs du tableau CXXX, il ressort en effet que, lors des variations de l'extrait total, les variations individuelles 332 ÉMILE-F. TERROINE TABLEAU CXXX Comparaison des variations simultanées des teneurs en acides gras et en cholestérine du sang total d'un même animal (Chien). DATE DES PRISES. 2 décembre 1912 24 décembre 1912 26 décembre 1912 28 décembre 1912 22 mai 1913 3 juin 1913 19 novembre 1913 Moyenne Écart moyen . . Écart moyen p. 100 25 novembre 1912 27 novembre 1912 29 novembre 1912 Moyenne Écart moyen . . , Écart moyen p. 100 4 novembre 1913. 11 novembre 1913. 17 novembre 1913. 25 novembre 1913. 2 décemnbre 1913 12 janvier 1914. . . Moyenne Écart moyen Écart moyen p. 100 31 octobre 1913 17 novembre 1913. . . 2 décembre 1913. . . (Animal malade à cette date, meurt sept jours plus tard). Moyenne Écart moyen Écart moyen p. 100.. EXTRAIT total RAPPORT ACIDES CHOLES- par 100 gr. (le gras. TÉRINE. To^'"'- sang sec. \ 2,170 2,247 1,705 2,220 0,344 15,400 VARIATIONS en p. 100 de chaque valeur pai- rapport à la valeur moyenne prise comme unité. Chien I. Chien II. Chien III. Chien IV. 2,200 1,802 1,352 0,510 0,445 0,353 23 24 26 24 1 4 De l'extrait total. 22,2 1,2 23,1 Du rapport 2,263 1,695 0,568 33 12,0 2,154 1,646 0,508 31 6,6 2,129 1,605 0,524 32 5,4 1,540 1,169 0,371 31 23,9 2,008 1,554 0,454 29 0,5 2,120 1,598 0,528 32 4,9 1,931 1,491 0,440 29 4,4 2,020 » )) 31 » 0,166 11 » 1,1 » 8,200 )) » 3,5 » 1 ,683 1,619 2,126 1,261 1,231 1,619 0,422 0,388 0,507 33 31 31 6,1 10,5 17,5 1,809 0,306 16,900 » )) )) » 31 0,86 2,7 » » 1,682 1,348 0,336 25 7,2 1,928 1,521 0,407 26 6,2 1,807 1,415 0,392 27 0,0 1,609 1,280 0,329 25 11,3 1,790 1,379 0,411 29 0,1 2,072 1,646 0,426 25 14,2 1,814 » )i 26 )i 0,123 » )i 1,3 )i 6,700 » » 5 » 6,4 0,0 3,2 0,0 6,4 3,2 4,4 1,8 1,8 3,8 0,0 7,6 3,8 11,3 3,8 PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIFOÏDIQUES 333 de la cholestérine et des acides gras sont plus que parallèles: elles sont exactement du même ordre ; le rapport de ces quan- tités reste remarquablement constant. Si l'on relève les valeurs extrêmes des extraits totaux, et qu'on place en face les variations correspondantes du rapport cholestérine , , . ^,^,^^^^^ , — r-i (tableau CXXXl), la constance ce ce rapport acides gras ^ ' ^^ est remarquablement mise en évidence. Chez les trois pre- miers animaux, il a peu ou pas varié ; chez le quatrième, dont la valeur minimum de l'extrait total est anormale et correspondait à un état maladif (l'animal est mort quelques jours après), il n'a varié que de 13 p. 100, alors que l'ex- trait total variait de 58 p. 100. TABLEAU CXXXI Comparaison des variations maxima de l'extrait total et du rapport -^-z^ sur un- même animal. NUMÉROS des animaux. EXTRAIT TOTAL. VARIATION ' correspondante du rapport c VALEUR minimiini. VALEUR maximum. VARIATION en p. 100 de la valeur niaxinuim par rapport à la valeur minimum prise comme unité. I 1,540 1,619 1,609 1,705 2,263 2,126 2,072 2,710 46 % 31 % 14 % 58 % 6,4% 0,0% 0,0% 13,0% II III , ... IV Ainsi donc, non seulement l'animal maintient constant son extrait hpoïdique total, mais il maintient beaucoup plus constant encore le rapport des éléments de cet extrait. A côté de son indice lipémique, il faudra donc donner pour caracté- riser un sujet son coefficient lipémique. § C. — Existence d'une constante lipémique. De nos résultats expérimentaux se dégage nettement une justification de la critique faite au début de cette .V3't EMILE-F. TERROINE partie de notre travail : dans l'étude des substances lipoïdiques du sang, un animal ne peut servir de témoin à un autre de même espèce, à moins, bien entendu, que les variations observées soient nettement plus importantes ■ que les variations normales. Mais, on devra alors se rappeler, tant en ce qui regarde la teneur en lipoïdes totaux que le cnolestérine rapport — r-j , que d'un individu à l'autre il peut exister ^ ^ acides gras ^ ^ des différences du simple au double. Par contre, un même animal présente une constante lipé- mique. Cette constante est définie par deux valeurs : 1° la teneur en lipoïdes totaux du sang est constante chez un même . T ., , ^ .,.,.,. „^ , , cholestérine mdividu, c est son indice lipemique ; 2^ le rapport — r-; ^ ^ ^^ acides gras est plus fixe encore; il constitue son coefflcient lipemique. Les deux permettent de caractériser un individu. Une fois ces valeurs déterminées, on comprend que l'ani- mal puisse se servir à lui-même de témoin. On aura alors la possibilité d'étudier sur lui l'influence que peuvent exercer des modifications physiologiques (inanition, alimentation, travail, etc.) ou expérimentales (ablation de glandes, in- toxications) de toutes natures. Ce résultats-constitué donc, comme nous le disions au début, la préface indispensr-ble à l'étude ultérieure du mouvement des corps gras. Il est à remarquer que cette constance est établie sur le s?ng total du Chien, chez lequel les teneurs en acides gras et en cholestérine du sérum et du sang total sont presque iden- tiques (A. Mayer et G. ScHiEFFER). Il se peut que, chez la plupart des autres espèces animales, — les teneurs en hpoïdes du sang total et du sérum étant très différentes, — il n'y ait pas de constante pour le sang total, mais, dans ce cas, on devra fort probablement retrouver b constante sur le plasma. C'est là une question que nous nous proposons d'examiner ultérieurement. ' En ce qui concerne la fixité de la constante lipemique, il est intéressant de la comp^-re? à la constante glycémique. Bien que nous possédions peu de données numériques sur la teneur en sucre du sang obtenues d'une manière analogue à IMIYSIOi.CXiiE DES SUliSTANnES GRASSES ET LIPOIUIOIES l>oO celle que nous avons employée pour les corps gras, on peut voir, d'après les chiffres ci-dessous empruntés à Oppler et RoNA et à BiERRY et L. Fandard, que les écarts observés sur le même animal (Chien) peuvent atteindre jusqu'à 29 p. 100 et qu'ils sont en moyenne de 12 p. 100. Durée de l'oJjservalion. Valeur Valeur Kcarl niininiuni. niaximuiu. p. lOii. D'après Oppler et Rona. 33jours 0,085% 0,096% 12,9 44 jours 0,074 % 0,096 % 29,7 39 jours 0,083% 0,094% 13,2 28 jours 0,073 % 0,080 % 9,5 D'après H. Bierry et L. Fandard. 4 mois 1,34 o/oo ■ 1,34 o/oo 0,0 12 jours 1,00 o/oo 1,12 o/oD 12,0 8 jours 1,08 o/oo 1,150/00 6,0 9 jours i ,23 0/00 1 ,25 <^/oo 1 ,5 Si l'on veut hier se rapporter à notre tableau CXXVII, on verra que ce sont des variations du même ordre que nous observons pour l'extivit lipoïdique total. Ainsi donc, la con- stante lipémique présente une fixité du même ordre que la constante glycémique. En. outre des recherches que la mise en évidence de cette constante nous permet d'aborder, il convient d'insister sur celles qu'elle commande. Les corps gras ne sont pas dans l'organisme des substances inertes et fixes : ils entrent par l'intestin, ils se forment aux dépens d'autres corps, ils sont mis en réserve; à d'autres moments, ils sont comburés, tout comme le sucre et, par conséquent, comme il existe une con- stante lipémique, il existe une régulation. L'existence de la constante lipémique nous impose donc l'étude des éléments de cette régul;=tion : où, comment, sous l'influence de quels organes, après quels remaniements se fait la mise en réserve; comment, dans quelles conditions se fait l'appel des réserves, la mobilisation? D'autre part, la constance remarquable du coefficient lipémique nous oblige à une étude simultanée des corps gras et de 1-^ cholestérine. Elle pose la question de savoir 336 ÉMILE-F. TERROINE si les régulations de ces deux corps ne sont pas liées (1). Bien que nous ayons entamé Tétude de ces diverses questions, on ne peut s'attendre à trouver dans le présent travail, non pas des réponses, mais même des éléments de réponse à toutes. D'ailleurs, avant d'envisager le mécanisme intime de la régulation, il nous a paru indispensable de préciser certaines conditions de cette régulation, de rechercher dans quelle mesure et pendant combien de temps la constance sanguine pouvait être altérée, ou bien lorsque des quantités supplé- mentaires de graisses sont déversées dans le sang, soit qu^elles pénètrent du dehors au cours de l'absorption, soit qu'elles se dirigent des dépôts vers les organes sous l'influence de l'ina- nition ou d'un poison, ou bien au contraire lorsqu'on prive le sang d'une partie de ses hpoïdes par des saignées abondantes et répétées. De cette étude qui fait l'objet des deux chapitres suivants, nous espérons l'apport d'éléments nouveaux précisant la con- ception qu'on peut avoir des mécanismes régulateurs, ainsi que l'efficacité et la rapidité des régulations. (1) Les premiers résultats de ces recherches ont été publiés en mars 1914 (308). Nous avons eu la satisfaction de trouver dans un travail de Bloor (40) un ^ confirmation complète de nos résultats sur tous les points dont il a rep- is l'étude, ainsi que l'expression d'un même point de vue. Bloor (40) insiste en effet sur l'existence d'une constante lipèmique, laquelle « indique qu'il y a une régulation efficace ». D'autre part, dans une série d'articles r'cemment parus, dans un pério- dique allemand, Banc (15, 16), tout en ne citant aucun de nos travaux, n'en reproduit pas moins toutes nos conclusions essentielles : « L'étendue des varia tions (pour les acides gras) est étroite et, par suite, la teneur en graisse reste constante ; la teneur en cholestérine est de même constante et l'étendue des variations faible. » En ce qui regarde l'existence d'une régulation et ce le d un rapport entre les acides gras et la cholestérine, nous pouvons lire dans ces mémoires parus près de cinq ans après nos premières publications : « Il est intéressant de constater que la cholestérine est rapidement éloignée du sang. L'organisme recherche par conséquent à maintenir constante ou tout au moins à l'intérieur de très faibles variations la teneur de son sang en cholestérine. On peut présumer de ces recherches que l'hypercholestérinémie et l'hyporli- pémie sont des phénomènes parallèles. » PEIYSIOLOOIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOÏDIQUES 337 CHAPITRE II LES ACIDES GRAS ET LA CHOLESTÉRINE DU SANG LORS DE L'INTRODUCTION DE QUANTITÉS SUPPLÉMENTAIRES DE GRAISSES- Pour étudier la réaction sanguine à l'introduction de quan- tités supplémentaires de corps gras, nous avons fait appel à deux procédés : Le premier consiste à faire pénétrer dans le sang des quan- tités abondantes de graisses par l'ingestion d'un repas gras. Le second, à provoquer la mobilisation de la graisse des dépôts. Deux tactiques nous ont paru intéressantes à mettre en œuvre dans ce but: d'une part, l'inanition dont nous avons par ailleurs étudié l'influence sur l'animal total et sur les tissus ; d'autre part, l'administration de phlorizine, dont on sait, par un grand nombre de recherches antérieures dont le rappel nous paraît inutile, qu'elle provoque un transport rapide des graisses de dépôt vers le foie. C'est dire que nous allons examiner successivement les variations du taux des acides gras et de la cholestérine du sang au cours de l'absorption des graisses, de l'inanition, de l'intoxication phlorizinique. § A. — Absorption des graisses. C'est un fait établi par de nombreuses recherches que la teneur en corps gras du sang augmente notablement au cours de l'absorption qui suit l'ingestion de repas riches en graisses. Nous avons montré précédemment que, chez le Chien, les variations sanguines suivent une marche à peu près analogue, quel que soit le corps gras ingéré. L'augmentation, souvent très faible dans les trois pre- mières heures, se poursuit rapidement ensuite, pour atteindre une valeur maximale autour de la sixième heure. Puis on observe une diminution avec tendance au retour vers le taux initial, lequel est atteint une vingtaine d'heures après l'in- gestion. AXN. DES se. NAT. ZOOL., lO^ série- IV, 22 338 ÉMILE-F. TERROINE Il nous paraît inutile d'insister à nouveau sur ces faits longuement exposés dans la seconde partie de notre travail (p. 172 et suiv.). Ils montrent que, même pour une introduction fort abondante de graisses, le sang, un moment surchargé, ne tarde pas à retourner à son taux normal. Ainsi la teneur en acides gras a pu passer, six heures dix après in- gestion de graisses, de 3,941 à 5,113; quatre heures après, on retrouve un taux très voisin de la valeur initiale. Il n'est donc pas douteux que l'organisme s'efforce, pen- dant et après l'absorption des graisses, de ramener son indice lipémique à sa valeur normale. Mais il est un second point important à fixer. Nous avons constaté que la teneur en lipoïdes totaux du sang oscille rela- tivement peu autour d'une moyenne caractéristique indivi- „ . • cholestérine duelle, mais en outre que le rapport — r-^ -^ présente acicies gras des oscillations moins étendues encore. Que va-t-il alors se passer lorsque, par l'ahmentation, nous allons jeter dans le sang" une quantité supplémentiire de corps gras qui y restera pendant un certain temps ? L'organisme va-t-il simplement essayer de soustraire au sang cette quantité surajoutée, ou bien, mettant en jeu un méca- nisme plus complexe, va-t-il essayer d'opposer à l'augmen- tation des graisses une augmentation correspondante de la cholestérine, afin d'assurer à tout moment la constance de son coefficient lipémique? Or, précisément, au cours de nos recherches, Widal, Weill et Laudat (345) signalaient l'existence d'une telle augmen- tation chez l'Homme après un repas de beurre. Nous avons donc repris toutes les valeurs trouvées dans nos expériences sur l'absorption précédemment rapportées, et nous avons re- cherché s'il existait, à côté des Variations du taux des acides gras, des variations correspondantes de sens et de grandeur du taux de la cholestérine. Dans ce but, nous avons poursuivi deux groupes d'é- tudes : Dans le premier, nous avons suivi, au cours de la digestion de repas gras, les variations du sang en acides gras et en cho- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOÏDIQUES 339 lestérine jusqu'au retour à un état voisin de Tétat initial. Dans le second, nous nous sommes contentés de déterminer la teneur en acides gras et en cholestérine chez lanimal à jeun et six heures après un repas gras, moment où la teneur en acides gras atteint son maximum. lo Variations comparées de la cholestérine et des acides gras au cours d'une absorption de graisses. — Chez des animaux ayant fait un repas contenant une quantité modérée de graisse et dont l'absorption ne détermine qu'une hyper- lipémie médiocre, nous avons recherché ce que devenait la teneur en cholestérine. Les résultats de cet examen, consignés dans le tableau CXXX II, montrent qu'il y a une augmentation simultanée de la cholestérine et des acides gras, et cette augmentation est de valeur très voisine dans les deux ces ; malgré des variations assez importantes de l'extrait hpoïdique total, le , cholestérine ™PP°''' acides gras ^'^ ^°'' P"" "«dif.é. TABLEAU CXXXII Variations simultanées de la cholestérine et des acides gras du sang au cours de la digestion de repas riches en graisses. MOMENT DES PRISES. VARIATIONS EN P. lOO par rapport ix la prise iniliale. Eiti-air total. .Vcides gras. . Chûles- tériae. Rapport. Expérience I. (Ingestion d'un repas contenant 125 gr.de graisse de Porc] A jeun 3 h. 15 après repas 6 heures 10 h. 45 25 h. 45 4,598 0,945 3,653 26 » « ) 4,666 5,170 4,932 4,267 0,976 1,134 1,053 0,888 3,690 4,036 3,879 3,379 26 28 27 26 + 1,^ + 12,4 + 7,2 — 7,1 + 1,0 ' + 10,4 + 6,f — 7,5 + 3,2 + 20,0 + 11,4 — 6,0 + 7,6 + 3,8 0,0 Expérience II. (Ingestion d'un repas contenant 125 gr. de graisse de Mouton. A jeun 3 h. 1-0 après repas 6 h. 10 lOh.30 25 il. 30 4,884 5,471 ,6,289 4,813 5.122 0,943 1,044 1,176 0,986 1,044 3,941 4,427 5,113 3,827 4,078 24 .23 23 25 25 -12,0 -28,7 - 1,4 ■ 4.8 + 12,3 + 29,7 — 2,8 + 3,4 + 10,7 +24,7 + 4,4 + 10,7 — 4,1 — 4,1 + 8,2 + 8,2 340 ÉMILE-F. TERROINE 20 Teneurs comparées du sang en cholestérine et en acides gras six heures après l'ingestion de graisses. — Un tableau d'ensemble (tableau CXXXIII) résume toutes les valeurs observées six heures après Tingestion de quantités plus ou moins abondantes de graisses très diversement absor- bées, moment pendant lequel l'hyperlipémie est le plus mar- quée. Dans tous les cas et sans aucune exception, nous trouvons, à côté de l'élévation du taux des acides gras,une augmentation de la teneur en cholestérine. Toutefois le rapport ne se main- tient constant que pour une hyperhpémie peu marquée ; dès que l'hyperlipémie devient importante, alors l'élévation du taux de la cholestérine ne suit plus celle des acides gras. Il y a dans ce cas une chute très nette du rapport. Comment interpréter ces phénomènes? Il est assez difficile de le faire à l'heure actuelle. Nous n'avons aucune raison de croire, avec Grigaut {loc. cit.) que « cette augmentation relativement considérable de la cholestérine dans l'organisme ne peut s'expliquer dans ces cas que par une formation d'une certaine quantité de cholestérine aux dépens des graisses ingérées ». Tout d'abord, le fait observé n'est pas une augmentation de la cholestérine dans l'organisme; on n'est donc nullement en droit de conclure à une néoformation. De plus, l'hypothèse hardie d'une telle néoformation aux dépens des graisses n'a jamais été l'objet d'aucune tentative de vérification expérimentale. Y a-t-il des organes particuliers qui, à de certains moments, laisseraient passer dans le sang des quantités plus grandes de cholestérine, et particulièrement dans le cas d'un apport extérieur d'acides gras? Quoi qu'on ait pu dire à ce sujet l'existence d'organes producteurs, ou même plus simple- ment régulateurs de la cholestérine; n'est nullement dé- montrée. Faut-il plutôt penser qu'il s'agit ici d'une régulation pure- ment physico-chimique, d'un équilibre entre les acides gras ei la cholestérine du sang et des tissus? Mois pouvons-nous même affirmer que cette augmentation du taux de la cholestérine est l'indice d'une réaction de l'or- PHYSIOLOGIE DES SUliSTANCES (iRASSES ET LIFOÏDIQrES 341 4- 0? è-9. à^ è? ^. è^ è^ ^9. è^- à-?. 5^ c-q «^ CT> c<\ • r^ CO 00 lO ^ uo lO lO CO CO oo CO lO C^) r>. CO ^ ^ lO H CO CO 00 00 «T! . 5 ^ ^ ^ '^ ^ '^ »rH rH S^l "^ _l CO 00 »^ lO 05 lO o -# •—1 O CO «o o lO lO «r> tO ',D CO CI •^ CO CO ■^ •^ "^ '^ ■^ "^ •^ "^ Ol o Oï CO O <£> a> tn ^ o 00 r> (M ■^ o> th ^ «£> ce ^^ O 00 05 c^ o ss iO r + + + ,)li!.M}s,)|uq;) IHOddVU co r^ 05 00 Oi th lO <ï< o ^ iO_r^^co o (M r-T ^^ (m' co cTi VD «o o •^ O^ o~ o" o" r^" o" 00 00 o tc cvi . - C^ lO lO 00 o^ lO -rH r^ (rrH 00 lO ^H UO 00 r^ ^ CT5 OO cra <75 0^ (>q te O uo tr> j^ ^ o (M « a5_ oo o_ r^ »0 oo '— o 00 T^ 00 lO o th c^ Oi r^ •!- 00 oo 00 UO <-D <30 ca 00 bc bc b£ bD ftc J lO «û~(n" C.O ^H r^ lO o"oo"vt<''oc" ++++ 00 05 00 tO "Xî 00 (M lO 05 -r< oo c^ o v# CO «5 QO «r ^ »0 o î^ lO 5-q c<» r^ c^ m [~^ lo o'o'o'o'o" "r^ oo r^ vf"oo"vf''oo" ■^ 00 oo 0) o o o ^H o oo t* O oo ^ :s o M - - M M M i^ M C<\ 00 r^ V2 m ^ 'X i^ '^ ^ _o _o o o C •'-' W ^ (M Cs| kJ CO !A ce O -ai o ^ > m :/; 5 ;3 ai ce ïï ^ .ii t< s- t- tn g 3 o ;3 3 3 =S.S O O, o o o o C — > r^ Vf •^ 00 ^_^ OO 3 ■ri C^ (M 1—1 50000 g -W ._,.,_,.,^._5 jjj ^ 00 10 ^^ 05 j' (—1 -rH (M (M *"• t/3 t/3 Ui Cfi b b C^ C^ 3 =! PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES (IHASSES ET LIPOÏDIQUES 349 c-\ o c<«^ ^ t-.' ce" '-' SS o CO "X) »rH Cr^ O^ «si •^^ •rH ■^ o i^ o-- 00 «5 r^ ^ •^ c-l 00 co r-i C^ lO CT> »* O r^ co co CO C~J "^ O r^ r^ co co 00 *"• O <£ O — ^ ^ JC Oi o 00 o "^ ■~ ~ " ~ ■3 •X fTi co IlO O o oc fc«^ co o lO 00 r^ ■M ys tH C3 <î< -o O f>j ^# O^ lO X) <}< un nr. hrr hfi iCi ^ iil M M M co C-4 cr> (J> -^ •^ —' ■j'. Ji in xji — H <** CT) lO —l lO C O^ tX c^ r^ r^ r^ O O O O o o (M <£> m r^ cTi 00 bu" m" m" bij J4 ;«i A« J< « iU tn " p 3 p :5 _0 _0 _0 r.^ lO co o cri o L^ co -r- 00 '00 lO •-* lO lO 00 — v1< o tn tO ^ o\ T< r^ co 00 ^ ^ ^ . l-^ L-^ ^^ ^t< --n es es co o O O o o o o O o o ^ r^r^s^OtD^tOCO - OOOOOOCOC^COt^ ■C OO^X>«X^IOIOIO o~o~oooooo ^ .^î£jC^Oir^O00^ ji lO'^co^foesoes -X (M m'T-Q0CS<£' ^COC-lOo^esr^00C5lC> io"io T K 3 mars, 1 1 heures 3 mars, 1 1 h. 30, inj. de 2 gv. 3 mars, 18 h. 30 4 mars, 12 heures 26 mars, 9 heures 26 mars, 9 h. 30, inj. de 4 gr. 26 mars, 16 h. 15 27 mars, 14 h. 45 30 mars, 9 heures 30 mars, 9 h. 30, injec. 4 gr. 30 mars, 17 h. 30 31 mars, 12 heures 16 avril, 15 heures 16 avril, 15 h. 30, inj. 2-^,5. 17 avril, 11 heures 17 avril, 11 h. 5, inj. 2^^, 5. . 18 avril, 11 heures Chien I. 80,9 4,208 3,0981 1,115 80,4 80,9 4,154 4,680 3,163 0,991 3,612| 1,068 + 0,065 + 0,514 0,124 0,047 Chien II. 80,5 I 4,296] 3,436 80,3 I 4,5221 3,316 80,3 I 4,430| 3,545 Chien III. 79,1 78,9 79,3 4,122 3,644 3,761 3,272 2,830 2,932 0,860 1,206 — 0,100 0,885 -1- 0.129 0,8501 >; 0,814j— 0,442 0,829 — 0,340 25 -0,346| 36 -0,025| 25 0,036 0,021 Chien IV. 82,5 3,836 2,823 1,013 1) » 82,5 3,851 2,797 1,054 — 0,036 + 0,041 82,4 4,453 3,329 1,124 + 0,532 + 0,111 26 28 28 En ce qui regarde les acides gras, sauf le Chien III, chez lequel l'enrichissement du foie en graisse a été le moins mar- qué et qui présente une baisse des acides gras du sang, nous constatons une augmentation, laquelle est importante chez les Chiens I et IV. Elle dépasse en effet, dans ces deux cas, un demi-gramme, c'est-à-dire une élévation de même ordre que l'HYSlOL0 présents dans le sang, mais seulement à ceux de ces acides gras qui sont véritablement des constituants per- manents du sang, et non pas simplement des substances tran- sitées par lui. Si nous avons pu mettre en évidence la per- manence du coefficient Hpémique, c'est que, opérant sur l'animal normal à jeun, nous avons de ce fait éhminer les éléments variables transitoires. Mais s'il en est bien ainsi, lorsque, privant l'organisme d'une partie de ses lipoïdes sanguins, nous l'obligerons à les reconstituer, il devra tendre dans ce cas à maintenir constant le rapport entre les quantités d'acides gras et de cholestérine nouvellement déversées dans l'arbre circulatoire. C'est ce que nous avons recherché en étudiant la réaction sanguine vis-à-vis de saignées, répétées. ANN. DES se. NAT. ZOOL., 10» série- * IV, 23 354 ÉMILE-F. TERROINE ' CHAPITRE III LES LIPOIDES SANGUINS LORS DÉ SAIGNÉES ABONDANTES ET RÉPÉTÉES S'il existe vraiment un mécanisme régulateur tendant à maintenir la fixité de la constante lipémiqae, c'est-à-dire à la fois de Vindice et du coefficient lipémiqucs, il paraît vrai- semblable qu'à la suite de saignées abondantes et répétées ce mécanisme entrera en jeu. Freudenberg {loc. cit.) conclut au maintien de la con- stance sanguine en lipoïdes totaux à la suite des saignées. Trois Lapins de 2 kilogrammes environ subissent une saignée de 30 grammes et reçoivent, aussitôt après, une injection d'un même volumede liquide de Ringer. Une nouvelle saignée est pratiquée vingt-quatre heures après. La comparaison des taux de lipoïdes donne les résultats suivants : 24 heures M'ant la saignée. ap''*s 'a saignée. 0,384 0,338 0,247 0,299 0,376 0,264 Ces résultats ne nous paraissent pas extrêmement probants. Tout d'abord, si l'on peut admettre le maintien d'un même taux chez les deux premiers animaux, il n'en est plus de même pour le troisième, chez lequel la teneur en lipoïdes du sang a baissé de 30 p. 100; d'autre part, la prise de sang est unique et de quantité médiocre. Si l'on admet, d'après la donnée couramment acceptée, que le sang représente un treizième du poids du corps, les animaux expérimentés pos- sèdent environ 150 grammes de sang; la saignée n'a donc retiré que le cinquième de la quantité totale. Mauriac (210), uniquement préoccupé de la cholestérine, constate chez le Lapin, sousl'influence desaignées quotidiennes de 20 à 30 grammes, une hypercholestérinémie primitive suivie d'une chute du taux de la cholestérine. Nous avons repris l'étude de cette question, mais en pra- tiquant des saignées extrêmement copieuses et fréquemment PHYSl()LO(nE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOÏDIQUES 355 répétées, de manière à essayer de forcer, s'il existe, le méca- nisme régulateur. Pour ce faire, nous nous sommes adressés à des Chiens normaux sai- gnés aseptiquement et sans anesthésie par la carotide ou la fémorale. La première prise est faite sur un animal à jeun depuis douze heures ; les prises suivantes, à des intervalles de deux ou trois jours, maistoujours dix-huit heures après l'ingestion du dernier repas. Le poids de sang extrait à chaque opération varie du quart à la moitié du sang total de l'animal. Les sujets en expérience reçoivent de l'eau à volonté, — ils boi- vent toujours abondamment très peu de temps après la saignée, — et une alimentation composée uniquement de pain, de riz et de sucre, de ma- nière à n'introduire dans le sang aucune quantité anormale de graisse ou de cholestérine. Dans deux de nos essais — sur trois — nous avons étudié successive- ment le sang total, le sérum, les globules et quelques-uns des tissus (foie, rate, capsules surrénales). § A. — Le sang- total. Lorsqu'on pratique des saignées abondantes et répétées, le premier résultat observé, c'est une augmentation impor- tante de la teneur en eau du sang, une dilution de l'ensemble des éléments solides, ainsi que cela apparaît nettement dans le tableau CXXXVIL TABLEAU CXXXVII "Variations hydrémiques à la suite de grandes hémorragies. — ^ '^o bO PS s (S . p; = « B5 S ce, D ^ s ,= 3 3 a = ^ DATE W .£ a « DATE W.£ ta ? DATE U 5 '*> S des saignées. Z _ des saignées. "5 des saignées. z - > - H > - 6- > ^ ir- •5 ■s ^ Chie n I. Chien I I. Chien IIl r 1^'sept. 1913. 225 78,8 23fév. 1914... 260 ;80,2 23fév. 1914... 260 79,1 3 sept. 1913. 230 80,6 25fév. 1914... 260 83,2 25fév. 1914... 255 80,7 6 sept. 1913. 380 80,1 28fév. 1914... 365 85,8 28fév. 1914... 390 82,2 10 sept. 1913. 85,0 3 mars 1914. .. 345 87,1 3 mars 1914.. . 415 84,8 5 mars 1914.. . " 87,4 5 mars 1914... » 85,3 356 EMILE-F. TERROINE Il y aura donc intérêt, comme nous l'avons déjà fait pré- cédemment, à nous renseigner à la fois sur la concentration des lipoïdes dans le sang total et sur la proportion des li- poïdes dans l'extrait sec, dans la totalité des matières so- lides. TABLEAU CXXXVIII Variations des acides gras et de la cholestérine du sang à la suite de saignées abondantes et répétées. DATE des prises. POIDS de sanp relire. VALEURS RAPPORTEES à 1 000 sjr. de sans: frais. Extrait total. Choles- térine. .4cides gras. VALEURS RAPPORTEES • à 100 gr. de sang sec. Extrait total. Choles- térine. Chien I (15^^,300). 1er sept. 1913. 3 sept. 1913. 6 sept. 1913. 10 sept. 1913. Chien II (12 kilos). Chien III [12 kilos) 23févr. 1914. 25févr. 1914. 28févr. 1914. 3 mars 1914. 5mars 1914. Acides gras. 225 gr. 4,468 1,216 3,252 2,115 0,576 1,539 230 gr. 4,233 1,168 3,065 2,192 0,605 1,587 380 gr. 4,782 1,074 3,711 2,465 0,539 1,926 animal sacrifié 5,209 1,504 3,705 3,490 1,000 2,490 23 févr. 1914. 260 gr. 7,586 1,418 6,173 3,835 0,717 3,118 25févr. 1914. 260 gr. 6,618 1,039 5,579 3,952 0,629 3,313 28Jevr. 1914. 365 gr. 6,218 1,436 4,782 4,378 1,019 3,359 3 mars 1914. 345 gr. 6,134 1,629 4,505 4,768 1,266 3,502 5 mars 1914. animal sacrifié 6,510 1,620 4,890 5,208 1,296 3,912 260 gr. 4,794 1,260 3,534 2,298 0,623 1,675 255 gr. 6,527 1,443 5,084 3,394 0,763 2,631 390 gr. 4,811 1,061 3,750 2,710 0,614 2,096 415 gr. 5,610 1,397 4,213 3,700 0,921 2,779 anim- 1 sacrifié 5,045 1,147 3,898 3,404 0,830 2,574 37 38 28 40 22 19 30 36 39 37 29 29 30 32 Il est facile de voir des chiffres rapportés dans le ta- bleau CXXXVIII que l'organisme met incontestablement en jeu un mécanisme permettant de rendre au sang les élé- ments qui lui ont été soustraits. Pour ce qui est de la concentration, si l'on veut bien laisser de côté les oscillations intermédiaires, on ne pourra manquer d'être frappé du fait que, malgré les interventions extrême- PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOÏDIQUES 357 ment sévères dont les organismes étudiés ont été l'objet, acides gras et cholestérine ont sensiblement la même valeur au début et à la fin de l'expérience: 3,252 contre 3,705; 3,53 contre 3,89 pour les acides gras ; 1,216 contre 1,504 ; 1,413 contre 1,620 ; 1,260 contre 1,247 dans le cas de la cholesté- rine. Une seule exception : chute du taux des acides gras chez le Chien II. En outre, on notera également que le mécanisme répara- teur parait fonctionner plus rapidement pour les substances lipoïdiques que pour les autres constituants solides du sang. Si, en effet, on regarde les proportions d'acides gras et de cho- lestérine présentes dans l'extrait sec, on voit que, dans tous les cas, ces proportions ne cessent de s'accroître; l'augmenta- tion de la cholestérine en particulier est considérable : chez les Chiens I et II, elle a presque doublé. Quant au rapport, il ne présente aucune variation cohé- rente. Mais il faut penser que les modifications globales que nous venons d'observer ne sont vraisemblablement que la résultante de plusieurs phénomènes. Par les saignées répétées, nous provoquons une hématopoièse intense. Nos variations globales traduisent sans doute pour une part les variations^ de composition des globules. Il était donc indispensable de vérifier tout d'abord s'il en était bien ainsi et, ensuite, de rechercher si le sérum subit également des modifications, si un mécanisme régulateur fonctionne pour assurer la permanence de la composition lipoïdique de la partie hquide du sang. C'est ce que nous allons examiner. § B. — Les gflobules. Pour essayer de mettre en évidence des différences sen- sibles, nous nous sommes uniquement adressés aux globules de l'animal normal et à ceux recueillis à la fm de l'expé- rience. Les résultats consignés dans le tableau CXXXIX montrent une augmentation importante en acides gras, considérable en cholestérine. Dans les deux cas, les valeurs obtenues après sai- gnées répétées sont beaucoup plus élevées que celles relevées 358 EMILE-F. TERROINE par Mayer et Sch^effer sur les sujets normaux et qui oscillent entre 1,154 et 0,936 pour les acides gras, 0,299 et 0,409 pour la cholestérine. TABLEAU CXXXIX Teneur comparée en acides gras et en cholestérine des glo tules san guins d'animaux normaux ou ayant subi des saignées abo ndantes et répétées (valeurs évaluées en p. 100 du poids sec). Chien II. ( "hien III. Acides gras. Choles- térine. Rapport — rXlOO. A G Acides gras. Choles- térine. Rappoit Avant saignées Après saignées 0,95 1,55 0,27 0,64 29 41 1,06 1,59 0,31 0,75 30 47 Les globules sanguins jeunes, formés à la suite de saignées répétées, sont donc incontestablement plus riches en acides gras et en cholestérine que les globules normaux. Est-ce donc à ce fait qu'il faut uniquement rapporter les variations obser- vées sur le sang total, et le sérum ne subit -il aucune modifi- cation? C'est ce qu'il nous faut voir maintenant. § C. — Le sérum. Pour doser les acides gras et la cholestérine, la quantité de sang nécessaire a été défibrinée pendant le moment même de la prise ; le liquide séparé a été aussitôt centrifugé et le sérum recueilli par décantation. Les résultats obtenus sont réunis dans le tableau CXL. Rien ne peut plus nettement montrer l'existence d'un mé- canisme régulateur. Dès la première saignée, l'organisme réagit, et cette réaction est telle que, dans un cas (Chien III), la concentration en acides gras et en cholestérine augmente ; dans les deux cas, il y a une augmentation importante de la proportion de ces deux substances dans l'ensemble des consti- tuants solides du sérum. Ensuite et malgré des interven- tions successives, nous voyons peu à peu les concentrations primitives se rétablir ; pour les acides gras, 5,27 contre 6,02 PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES 359 au début chez le Chien II ; 3,4 contre 3,69 au début chez le Chien III ; pour la cholestérine, 1,80 contre 1,80 chez le Chien II, 1,00 contre 1,33 chez le Chien III. TABLEAU CXL Teneur du sérum en acides gras et en cholestérine au cours d'une période de saignées abondantes et répétées. EAU par litre. ACIDES gras par litre. CHOLESTÉRINE par litre. ACIDES GRAS p. 100 sec. CHOLES- TÉRINE p. 100 sec. RAPPORT Chie nll. 891,5 922,0 924,0 926,9 ,927,2 6,02 5,57 5,17 4,37 5,27 1,80 1,90 1,80 1,45 1,80 5,54 7,14 6,80 5,97 7,23 1,66 2,42 2^36 1,98 2,47 29 34 34 33 34 Chien III. 908,7 917,7 920,7 3,695 5,510 4,300 1,33 1,79 1,40 4,04 6,49 5,42 1,45 2,17 1,76 35 32 32 920,0 923,0 3,505 3,400 1,17 1,00 4,38 4,41 1,46 1,29 33 29 En même temps le rapport qui a subi une variation au début se maintient par la suite sensiblement constant. Il nous paraît vraiment curieux de constater que des animaux auxquels on a retiré en dix jours à l'un plus que son volume total de sang, à Fautre une fois et demie ce volume, ont pu maintenir pendant tout ce temps un taux d'acides gras et de cholestérine proche de la normale, en même temps qu'un état très voisin de Téquilibre primitif entre ces deux valeurs. § D. — Les tissus. Il était évidemment intéressant de rechercher si les tissus présentaient des variations parallèles. De telles variations ne nous permettraient-elles pas de localiser dans un organe déterminé le siège du mécanisme régulateur? A cet égard, nos recherches sont simplement amorcées ; elles ont été unique- ment poursuivies sur le foie, la rate et les capsules surrénales. 360 ÉMILE-F. TERROINE 10 Foie. — Les teneurs du foie rapportées ci-dessous ne nous donnent aucun renseignement : Acides gras. Cholestérine. Moyenne normale 10,50 0,71 Chien II 10,79 0,21 Chien III 14,37 1,73 Dans un cas. le taux des acides gras est normal, celui de la cholestérine anormalement faible ; dans un autre, le taux de la cholestérine est anormalement élevé. Aucune conclusion n'est donc possible. 2^ Rate. — Le taux de la rate en acides gras est tout à fait normal, ainsi qu'on peut le voir ci-dessous : Acides gias. Cholestérine. Valeurs extrêmes trouvées chez les sujets normaux par Mayer et Sch^effer 7,41 à 17,56 1,34 à 1,89 Chien II 9,6 1,6 Chien III 7,2 2,2 celui de la cholestérine un peu plus élevé dans un cas; mais au total cet organe ne nous présente aucune modification significative. 30 Capsules surrénales. — N'ayant donné jusqu'ici aucun chiffre pour les surrénales normales, nous réunissons ci-des- sous à la fois les valeurs trouvées chez les trois individus nor- maux et celles se rapportant à nos animaux saignés. Les va- leurs sont rapportées à 100 grammes de substance fraîche. .\cides gras, i Cholestérine. ^I 16,00 5,70 Chiens normaux. ^II 8,90 5,20 (m 12,73 6,57 II 9,90 1,90 Chiens saignés. ]ll 11,30 1,40 (III 12,50 1,40 Ici nos mesures nous donnent une indication très nette : si la teneur enacides gras est normale, par contre celle de la cho- lestérine est dequatreà cinq fois plus faible que chez les sujets normaux. Ce résultat pose donc avec précision la question de savoir si les capsules surrénales interviennent dans la régu- lation de la cholestérine du sang. C'est là un très gros pro- PHYSIOLOGIE DES SLBSTAXCES (IRASSES ET LIPOÏDIQUES 361 blême que d'autres chercheurs (Grigaut. loc. cit.) ont abordé par une voie très différente, mais sur lequel nous n'avons per- sonnellement, à l'heure actuelle, d'autre élément de conviction que celui ci-dessus rapporté, * * * Au total, il semble bien qu'on puisse dégager de toutes nos études sur le sang la conception suivante : L'organisme présente à l'état normal un milieu intérieur bien défini, pour chaque individu, en ce qui regarde les sub- stances grasses et lipoïdiques, par deux valeurs remarquable- ment constantes, la teneur en lipoïdes totaux ou indice lipé- mique, le rapport entre les acides gras et la cholestérine ou coefficient lipémique. Il s'efforce de défendre la constance de ces valeurs contre toute irruption ou toute disparition de substances lipoïdiques. Mais les procédés par lesquels l'organisme défend sa con-~ stance lipémique ne sont pas toujours les mêmes. S'il lutte contre un envahissement des acides gras, venant soit du dehors, soit des dépôts, il parait se contenter d'éloigner le plus rapidement possible les combinaisons d'acides gras étran^ gères au sang ; rien ne prouve, bien au contraire, qu'il essaye d'équilibrer momentanément dans le sang ces combinaisons d'acides gras par un apport de cholestérine. S'il a à lutter contre un appauvrissement du sang en sub- stances lipoïdiques, il le fait d'ailleurs avec succès ; il répare les pertes subies par ce tissu avec une surprenante rapidité ; mais, dans ce cas, il tend non seulement à maintenir constant son indice lipémique, mais aussi son coefficient lipémique; il y a apport simultané au sang de quantités correspondantes d'acides gras et de cholestérine. Les mécanismes régulateurs sont donc distincts suivant qu'il s'agit de réagir à une invasion grasse ou à une disparition des substances lipoïdiques. Quant au fonctionnement de ces mécanismes, aux causes intimes qui les mettent en mouve- ment, aux organes qui en sont le siège, ce sont là autant de questions dont l'étude reste entièrement à faire. CONCLUSIONS GÉNÉRALES PREMIÈRE PARTIE LES GRAISSES ET LA CHOLESTÉRINE DES ORGANISxMES ET DES ORGANES INFLUENCE DES ÉTATS DE NUTRITION I. — Acides gras. ' I. Vertébrés. — 1° La teneur globale en acides gras des divers représentants normaux d'une même espèce varie consi- dérablement d'un individu à un autre. 2° Au cours de Tinanition, les différences individuelles dans le taux global des acides gras tendent à s'effacer. 3° Lors de la mort par inanition, les animaux contiennent des quantités plus ou moins abondantes d'acides gras suivant l'espèce à laquelle ils appartiennent. Par contre, tous les sujets d'une même espèce présentent une teneur en acides gras presque identique ; les différences observées alors sont en effet négligeables. 4° La proportion fixe d'acides gras que renferment tous les individus d'une même espèce au moment de la mort con- sécutive à l'inanition constitue Vêlement constant. La différence entre la teneur globale d'un individu et l'élé- ment constant propre à l'espèce constitue Vêlement variable^ dont la grandeur est sous la dépendance des états de nutrition. 50 Parmi les espèces étudiées, toutes de petite taille, l'élé- PHYSIOLOOIE DES SUBSTANCES ;ard (Cl.). — Mémoire sur le pancréas et sur le rôle du suc pan- créatique dans les sucs digestifs, particulièrement dans la digestion des matières grasses (Paris, J.-B. Baillière, 1856). 27. Berthelot (M.). — Action du suc pancréatique sur la monobutyrine et sur les corps gras neutres [Ann. de chim. et de phys., 1851, LI, 272). 28. 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Archiv, 1898, LXX, 349-369). 260. — Ueber den Fettgehalt und die biologische Bedeutung desselben fur die Fische und ihren Aufenthaltsort [B. Z., 1913, LVI, 439-445). 261. PoTTEviN (H.). — • Sur le mécanisme des actions lipolytiques [C. R. Acad. se, 1903, GXXXVI, 767-769). 262. PozERSKi (E.). — Sur la disparition de l'amylase dans les su. s pancréa- tiques activés par les sels de calcium [C R. Soc. biol., 1906, LVIII (I), 1068]. 390 ÉMILE-F. TERROINE 263. Pregl (F,). — Ueber Gewinnung, Eigenschaften und Wirkungen des Darmsaftes vom Schafe [Pfliig. Archw, 1895, LXI, 359-406). 264. Profitlich. — Untersuchung ûber die elementare Zusammensetzung der Leber (Pflûg. Archw, 1907, GXIX, 465-483). 265. Rachford (B.-K.). — The influence of bile on the fat-splitting pro- pertics of pancreatic juice (Journ. of physiol., 1891, XII, 72-94). 266. Reicher (L.). — Ueber die Gesohwindigkeit der Verseifung {Liebigs Ann., 1885, GCXXVIII, 257-287 ; 1886, CCXXXII, 103-114 ; 1187, CCXXXVIII, 276-286). 267. RicHET (Gh.). — Article «Foie», in Dictionnaire de physiologie, 1904, VI, 634-718. 268. RocHAix (P.). — Le dosage des graisses dans les matières fécales (Journ. physiol. et path. gén., 1911, XIII, 414-420). 269. RoHMANN (F.).' — Beobachtungen an Hunden mit Gallenfistel {Pflûg. Archiv, 1882, XXIX, 509-536). 270. RoLLET. — In Herrmann's Handbuch, p. 123. 27J RosENBERG. — Ueber den Einfluss des Pankreas auf die Résorption der Nahrung {Pflûg. Archiv, 1898, LXX, 371-449). 272. RosENFELD (G.). — Fettbildung {Erg. der Physiol., 1902, I 651-678, et 1903, II, 50-83). 273. — Gibt es eine fettige Degeneration? (Fer/^andL des Kongr. fur inn. Medizin., 1897, 427-429). 274. RosENHEiM. — On pancreatic lipasc. — III. The séparation of lipase from its coenzyme {Journ. of physiol., 1910, XL, XII). 275. RuBNER (M.). — Ueber die Ausnûtzung einiger Nahrungsmittel im Darmcanale des Menschen {Zeitschr. fur BioL, 1879, XV, 115-202). 276. — Ueber den Stofïverbrauch im hungernden Pflanzenf resser {Zeitschr. fur BioL, 1881, XVII, 214-238). 277. — ■ Das Wachstumsproblem und die Lebensdauer des Menschen und einiger Saugetiere von energetischen Standpunkt aus betrachtet {Arch. fur Hygiène, 1908, LXVI, 127-208). 278. Rudolf (J.). — ■ Ueber das Fett des Blutes bei gesunden und kranken Pferden {Zeitschr. fur physiol. Chem., 1918, CI, 99-130). S 279. Saccharof. — Das Eisen als das shatige Prinzip der Enzyme und der der lebendigen Substanz (Fischer, léna, 1902). 280. Saito. — Studien iiber die Spaltung und Résorption des Nahrungs- fettes (Inaug. Dissert., Wurzburg, 1905). 281. Sawitch (V.-V.). — Physiologie de la sécrétion pancréatique (en russe) (Thèse inaug., Pétersbourg). 282. Schiffer (G.) et Terroine (E.). — Les ferments protéolytiques du suc pancréatique (Journ. de physiol. et path. gén., 1910, XII, 884- 890 et 905-919). 283. Schiff (M.). — Le suc intestinal des Mammifères comme agent de la digestion (Arch. physiol., 1892, 5^ série, IV, 699-702). 284. — Ueber die RoUe des pankreatischen Saftes und der Galle bei Aufnahme der Fette (Moleschott's Vntersuchungen zur Naturlehre der Menschen, 1857, II, 345-356). INDEX BIBLIOGRAPHIQUE 391 285. ScHÔNBORN (E. von). — Weitere Untersuchungen iiber den Stoffwechsel der Krustazeen {Zeitschr. fur Biol., 1912, LVII, 534-544). 286. ScHÔNDORFF (B.). — Ueber den Einfluss der Schilddriise auf den StofT- wechsel {Pflug- Archiv, 1897, LXVII, 395-442). 287. ScHULZ (J.-H.). — Untersuchung betrefîend das Vorkommen eines cholesterinspaltenden Fermentes in Blut und Leber {B. Z., 1912, XLII, 255-261). 288. ScHULTZ (N.). — Ueber die Verteilung von Fett und Eiweiss beim mage- ren Thier, zugleich ein Beitrag zur Méthode der Fettbestimmung {Pmg. Archiv, 1897, LXVI, 145-166). 289. — Ueber den Fettgchalt des Blutes beim Hunger [Pflûg. Archiv, 1897, LXV, 299-307). 290. ScHUTZ (Fr.). — Zusammensetzung und Stickstofîumsatz hungernder Schleien [Arch. f. Physiol, 1913, 493-518). 291. Seitz (W.). — Die Leber als Vorrathskammer fur Eiweissstoffe (Pflug. Archiv, 1906, CXI, 309-334). 292. Shibata (N.). — Ein experimenteller Beitrag zur Kenntniss der Fett- wanderung bei der Phosphorvergiftung mit Beriicksichtigung der Herkunft des Fettes im Tierorganismus (B. Z., 1911, XXXVII, 345-399). 293. Shimidzu. — Ein Beitrag zur Kumagawa-Sutoschen Fettbestimmungs- Methode {B. Z., 1910, XXVIII, 237-273). 294. SiNN (G.). — Der Einfluss experimenteller Pankreasgangunterbindungen auf die Nahrungsresorption (Tnaug. Dissert. Mediz. Fak., Marburg, 1907). 295. Slosse (A.) et Limbosh. — De l'action de la lipase du pancréas dans ses rapports avec la température du milieu {Arch. int. phys., 1909, VIII, 432, 436). 296. Slowtzoff (B.). — Beitrage zur vergleichende Physiologie des Hun- gerstoffwechsels. — V. Der Hungerstoffwechsel der Mistkâfer (Geotro- pus stercoralis) {B. Z., 1909, XIX, 504-508). 297. Stade (W.). — Untersuchungen tiber das fettspaltende Ferment des Magens {Hofm. Beitr., 1903, III, 291-321). 298. Starkenstein (E.). — Ueber den Glykogengehalt der Tunicaten nebst Versu'hen ûber die Bedeutung des Eisens fur die quantitative Glykogenbestimmung (B. Z., 1910, XXVII, 53-60). 899. Stassow (B.-D.). — Die Bedeutung der Resektion verschiedene Darm- abschnitte fur die Verdauung {Zeitschr. filr phys. Chem., 1911, LXXIV, 349-354). 300. Straus (J.). — Die chemische Zusammensetzung der Arbeitsbienen und Drohnen wahrend ihrer verschieden Entwickhiugsstadien {Zeitschr. fur Biol., 1911, LVI, 347-397). 301. SuDBOROUGH (J.) et Lloyd (L.). — Stereochemistry of unsaturated Carbon Compounds. — P. I. Etherification of substituted acrylic acids {Journ. of the chemic. Society Trans., 1898, LXXIII, 81-96). 302. SuND (O.). — Underskelser over Brislingen i Norske Farvand {Aarberet vedk. Norg. Fisk., 1911) (cité d'après Fage et Legendre). 303. Tamura (M.). — Fettverlust beim Trocknen des Fleisches {B. Z., 1912, XLI, 78-101). 304. Tangl (Fr.). — AUgemeine biochemische Grundlagen der Ernâhrung (Handbuch der Biochemie, C. Oppenheimer, 1909, III, 1-55). 392 ÉMILE-F. TERROINE 305. Terroine (E.-F.). — Action des électrolytes sur le dédoublement des graisses par le suc pancréatique (C. R. Acad. se, 1909, GXLVIII, 1215-1218). 306. — Sur la teneur en eau du sang (C. R. Soc. biol., 1914, LXXVI, 523-525). 307. — Sur le rôle du suc pancréatique dans la digestion et l'absorption des graisses [Journ. physiol. et path. gén., 1913, XV, 1124-1134). 308. — De l'existence d'une constante lipémique {Journ. physiol. et path. gén., 1914, XVI, 212-222). 309. — Le transport des graisses. Variations lipocholestérinémiques au cours de l'inanition et de l'alimentation {Journ. physiol. et path. gén., 1914, XVI, 386-397). 310. — Nouvelles recherches sur l'influence de l'inanition et de la surali- mentation sur la teneur des tissus en substances grasses et en cho- lestérine {Journ. physiol. et path. gén., 1914, XVI, 408-418). 311. — Étude sur la loi d'action de la maltase. Influence de la concentra- tion du maltose {C. R. Acad. se, 1904, GXXXVIII, 778-779). — Étude sur la loi d'action de la maltase. Influence de la concentra- tion du maltose sur la vitesse d'action de la maltase {C. R. Soc. biol., 1904, LVI, 496). 312. — La sécrétion pancréatique (éd. Hermann, Paris, 1913). 313. — Zur Kenntniss der Fettspaltung durch Pankreassaft (B. Z., 1910, XXIII, 404-428 et 429-462). 314. — Action de la température sur la lipase pancréatique {C. R. Soc. biol., 1910, LXVIII, 347-849). 315. — Influence de la réaction du milieu sur la lipase pancréatique (C. iî. Soc. biol., 1910, LXVIII, 404-406). 316. — Le suc pancréatique contient-il un ou plusieurs ferments sapo- nifiants? {Journ. physiol. et path. gén., 1911, XIII, 857-864). 317. — Action des sels bihaires sur la lipase pancréatique (C. R. Soc. biol.. 1910, LXVIII, 439, 518, 666, 754). 318. — Sur la teneur en eau du sang (C. R. Soc. biol., 1914, LXXVI, 523-526). 319. — Disparition du pouvoir lipasique dans le suc pancréatique kinasé {C. R. Soc. biol., 1908, LXV, 329-331). 320. — Constance de la concentration des organismes totaux en acides gras et en cholestérine. Évaluation des réserves de graisses (C. R. Acad. se, 1914, GLIX, 105-108). 321. — etWEiLL(J.). — Sur le rôle du suc pancréatique dans la digestion et l'absorption des graisses {Journ. physiol. et path. gén., 1913, XV, 1148-1158). 322. — — Sur quelques conditions physiologiques de la saccharifi- cation de l'amidon par le suc pancréatique {Journ. physiol. et path. gén., 1 912, XIV, 437-452). 323. — — Indices lipocytiques des tissus au cours d'états phy- siologiques variés {Journ. physiol. et path. gén., 1913, XV, 549-563). 324. Thaysen (Th.-E. Hess). — Beitràge zur physiologischen Chemie des Cholesterins und ter Cholesterinester. — II. Der Gehalt normaler Organe an Gholesterin und Cholesterinester {B. Z., 1914 LXII 115-130). 325. Thiroloix (J.). — Le diabète pancréatique (Paris, Masson, 1892). 326. Thomas (K.). — Ueber die Zusammensetzung von Hund und Katze wahrend der ersten Verdoppelungsperioden des Geburtsgewichtes {Arch. fur Physiol., 1911, 9-38). INDEX BIBLIOGRAPHIQUE 393 327. TiGERSTEDT (R.). — Die Physiologie des Stoffwechsels in Nagel, Hand- buch der Physiologie des Menschen, I, II, i, 495-509). U 328. Umber (F.) et Brugsch (Th.). — Ueber die Fettverdauung in Ma- gendarmkanal mit besonderer Berucksi( htigung der Fettspaltung (Arch. fur exp. Path. u. Pharmak., 1906, LV, 164-178). ?29. Underhill (F. -P.). — The metabolism of dogs witch functionnally resected small intestine {Am. Journ. of physiol., 1911, XXVII, 366-382). 330. Visco (S.). — Gontributo alla biologia degli enzimi. L'azione del calore, suUa lipasi ed amilasi del succo pancreatico {C. R. Acad. d. Lincei, 1910, XIX, 597-603). 331. — Contribution à la biologie des enzymes. L'action de la chaleur sur la lipase et sur l'amylase du suc pancréatique {Arch. ital. de bioL, 1910, LIV, 243-249). 332. VisENTiNi (A.). — SuUa funzione del pancréas {Gaz. med. Ital., 1907, LVIII, 431-434). 333. — SuUa funzione del secreto pancreatico nella digestione e nell' assorbimento intestinale dei grassi {Arch. di fisiologia, 1910, VIII, 144-156). 334. Voit (G.). — Ueber die Zersetzungsvorgânge in Thierkôrper bei Futte- rung mit Fleisch und Fett {Zeitschr. fur BioL, 1873, IX, 1-40). 335. — • — Beitrage zur Biologie (Jubilaumsschrift fur Th. Bis- choff, Stuttgart, 1882) (cité d'après Munk, Résorption, dans Erge- bnisse der Physiologie, 1902, I, 296-329). 336. — Gewichte der Organe eines wohlgenâhrten und i ines hungernden Hundes {Zeitschr. fur BioL, 1894, XXX, 510-522). 337. VoLHARD (F.). — Ueber Résorption und Fettspaltung im Magen {Milnch. med. Woch., 1900, 141-146 et 194-196). 338. — — Ueber das fettspaltende Ferment des Magens [Zeit- schr. fur klin. Mediz., 1901, XLII, 414-429). 339. — — Ueber das fettspaltende Ferment des Magens {Zeitschr. f. klin. Mediz., 1901, XLIII, 397-419). Vf 340. Walther (A.). — Excitabilité sécrétoire spécifique de la muqueuse du canal digestif. Sécrétion pancréatique [Arch. Se. hiol., 1889, VII, 1-87). 341. Watanabe (R.). — Ein weiterer Beitrag zur Kumagawa-Sutoschen Fettbestimmungs Méthode {B. Z., 1912, XLI, 71-77). 342. Weinmann (A.). — Ueber die Absonderung des Bauchspeichels {Zeitschr. fur rationnelle Med., 1853, N. F. III , 247-260). 343. Weill (J.). — Teneur en acides gras et en cholestérine de la peau et de ses annexes {Journ. physiol. et path. gén., 1914, XVI, 188-191). 344. Weinland (E.). — Ueber die Stofîumsetzungen wàhrend der Meta- 394 ÉMILE-F. TERROINE morphose der Fleischfliege (Galliphora vomitoria) (Zeitschr. filr Biol., 1906, LVII, 186-231). 345. WiDAL (F.), Weill (A.) et Laudat (M.). — La lipémie des brightiques ; rapports de la rétinite des brightiques avec l'azotémie et la choles- térinémie (Semaine méd., 1912, XXXII, 529-531). 346. WiEDEMANN (H.-K.). — ZuF Lehre der Verdauungstôrungen bei Stô- rungen in der Gallenabsonderung (Zeitschr. fUr phys. Cfee/n., 1912 LXXXI, 420-424). 347. WiNTERNiTZ (H.). — Ueber lodfette und ihr Verhalten im Organismus nebst Untersuchungen tiber das Verhalten von lodkalien in den Geweben des Kôrpers (Zeitschr. fUr physiol. Chem., 1898, XXIV; 425-448). 348. WiivTERNiTZ (H.). — Findet im unmittelbarer Uebergang von Nahr- ungsfetten in die Milchstatt (Deut. mediz. Woch., 1897, n" 30). 349. WoHLGEMUTH ( J.). — Ueber den Sitz der Fermente im Huhnerei (Zeitschr. fur physiol. Chem., 1905, XLI, 540-545). 350. — Untersuchung liber den Pankreassaft des Menschen (B. Z., 1912, XXXIX, 302-323). 351. Wroblewski (A.). — Ueber den Buchner'schen Heepresssaft (Journ. pr. Chem., 1901, LXIV, 1-70). 352. Zawilski. — Dauer und Umfang des Fettstromes durch den Brust, gang nach Fettgenuss (Arb. aus der physiol. Anstalt zu Leipzig- 1876, XI, 147-167). 353. ZiNssER. — Ueber den Umgang der Verdauung im Magen (Hofm. Beitr. 1905, VII, 31-50). TABLE DES MATIERES CONTENUES DANS CE VOLUME CONTRIBUTION A LA CONNAISSANCE DE LA PHYSIOLOGIE DES SUBSTANCES GRASSES ET LIPOIDIQUES PREMIÈRE PARTIE Pages. La teneur en graisses et en cholestérine des organismes et des organes; influence des états de nutrition 10 SECTION I. — Les acides gras et la cholestérine dans l'or- ganisme TOTAL chez les SUJETS NORMAUX ET INANITIÉS 16 Chapitre premier. — Les acides gras et la cholestérine dans Vorganisme total des Vertébrés chez les sujets normaux et inanitiés. 19 § A. — Hoinéothermes 24 § B. — Poikilothermes 29 § C. — Distinction quantitative entre les acides gras de l'organisme : élément constant, élément variable ; fixité du taux de la cholestérine. ... 33 Chapitre II. — Les acides gras et la cholestérine dans Vorganisme total des Invertébrés 37 Chapitre III. — Signification physiologique de la distinction quantitative entre les acides gras et de la teneur en cholestérine .... 45 § A. — Les acides gras .' 45 § B. — La cholestérine 59 SECTION II. — La répartition des aoides gras et de la cho- lestérine dans] les tissus ; 'influence de l'inanition^ et DE l'alimentation 61 Chapitre premier. — Les acides gras et la cholestérine dans les tissus d'animaux normaux 66 § A. — Lapin 67 § B. — Chien 67 § G. — Pigeon 68 Chapitre II. — Les acides gras et la cholestérine dans les tissus d^ animaux inanitiés 69 § A. — Lapin 70 § B. — Chien 71 § C. — Pigeon 74 396 ÉMILE-F. TERROINE Pages. Chapitre III. — Les acides gras et la cholestérine chez les animaux en diges- tion ou suralimentés 76 § A. ■ — Indices lipocytiques des tissus d'animaux en digestion 76 § B. — Indices lipocytiques des tissus d'animaux suralimentés 79 Chapitre IV. — Signification des variations de la teneur des tissus en acides gras et en cholestérine sous Vinfluence de V ina- nition ou de l'engraissement 87 § A. — Cholestérine 87 § B. — Acides gras 88 DEUXIÈME PARTIE De la pénétration des matières grasses dans l'organisme et des mécanismes qui y président 95 SECTION I. — Organes et sucs concourant a la digestion des CORPS GRAS 98 Chapitre premier. — Estomac 99 § A. — • Rôle de l'estomac dans la digestion des graisses 99 § B. — Présence d'une lipase dans le suc gastrique. 106 Chapitre II. — Intestin 118 § A. — Rôle de l'intestin dans la digestion des graisses 119 § B. — De l'existence d'une lipase entérique 122 Chapitre III. — Foie et pancréas 123 § A. — Retentissement de la suppression de la bile sur la digestion des graisses et l'absorption 125 § B. — Retentissement sur la digestion des graisses de la suppression du pancréas 128 § C. — Action du suc pancréatique sur les graisses. 145 § D. — Action de la bile 148 SECTION II. — Sur le rôle du suc pancréatique dans la di- gestion ET l'absorption DES GRAISSES 153 Chapitre premier. — Pouvoir saponifiant du suc pancréatique vis-à-vis des diverses graisses neutres 157 § A.- — Saponification des triglycérides 158 § B. — Saponification des corps gras naturel 161 Chapitre II. — Absorption de diverses graisses neutres 167 SECTION III. — La lipase pancréatique 179 Chapitre premier. — Les conditions d'action de la lipase. 186 Table des matières 397 Pages» § A. — Influence de la concentration du ferment ... 187 § B, — Influence delà concentration de la sub- stance à dédoubler 189 § C. — Action de la température 195 § D. — Action de la réaction du milieu 201 § E. — Action des produits de réaction 207 § F. — Action des électrolytes 225 § G. — Action simultanée de la trypsine et des produits d'hydrolyse des protéiques 253 § H. — Action de la bile 261 Chapitre II. — Nature unitaire ou plurale de la lipase pancréatique ; ses caractéristiques 288 § A. — Le suc pancréatique contient-il un ou plu- sieurs ferments saponifiants? 289 § B. — Caractéristiques biochimiques de la lipase pancréatique 300 TROISIÈME PARTIE Le mouvement des substances grasses et lipoïdiques dans l'or- ganisme ; variations quantitatives des lipoïdes du sang 322 Chapitre premier. — Les acides gras et la cholestérine du sang nor- mal; de Vexistence d^une constante lipémique 325 § A. — Les lipoïdes totaux 326 § B. — Les acides gras et la cholestérine ; variations comparées 330 § G. — Existence d'une constante lipémique 333 Chapitre II. — Les acides gras et la cholestérine du sang lors de r intro- duction de quantités supplémentaires de graisses 337 § A. ^ — Absorption des graisses 337 § B. — Inanition 342 § C. — Phlorizine 350 Chapitre III. — Les lipoïdes sanguins lors de saignées abondantes et répétées 354 § A. — Le sang total 355 § B. — Les globules ..■. . • 357 § G. — Le sérum 358 § D, — Les tissus 359 Conclusions générales 367 Index bibliographique 377 3089-21. CORBEIL. IMPRIMERIE CRÈTE. CL-- "^'' ^ffl iiiïîiiiiîiî?iiiii iBilllll 5 WHSE 02534