5? r/' |S ^ fjja ■r t ^^^1 '^^Zit^^fiÉ. •« HjVfc'* \.'« IbÉ| M NI ijH J m y>'î luI^^^M 'a;^^>^^' ■p^^^^jtr^. , ^^^ is#î"**^ ■e^. Jt^a^ .«^^ j^;:!«?^' jfc :î;;«^ - ' >W^f^ if '^" ^v>^ *^.m^ ,1L i% .-. ^ J^^^ •<■• iS.' .^■4^. > * .^> «!-«« ^i2^ ^«^âsrltï'^;^ >*«i^ >:^^^ #«# >Q^^^ 1 tj'ijr it>f--"> ^1 ' V^%v.,..- ■SI \3i^: Vf^4. ■ aa; d.\ %:,? ■//■■M :>^ :*«tv.-= » . ■••»•«. LIBRARY DE me lAEW YORK BOTANIC.\L GAEDES • »- L ' ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE FRANÇAISE ET ÉTRANGÈRE Comité de rédaction des Annales. H. Réducteur en chef : L. 6RÂNDEAD, direcleur de la Station agronomique do l'iiit. Secrétaire de la rédaction : GRANDEAU, sous-dircctcur de la Station agronomique de l'Est, chef des travaux agronomiques de la Faculté des sciences. D. Gayon , directeur de la Station agronomique de Bordeaux. Giiinon, directeur de la Station agro- nomique de Ghâteauroux. Margottet, directeur de la Station agro- nomique de Dijon. A. Mathieu, sous-directeur et profes- seur honoraire de l'École nationale forestière. Tli. Schlœsing, de l'Institut, professeur à l'Institut national agronomique. E. Risler, directeur de l'Institut na- tional agronomique. A. Girard, professeur à l'Instilul na- tional agronomique. A. Mûntz, chef des travaux chimiques à l'Institut national agronoinicjue. Ed. Henry, prol'esseur à l'École na- tionale forestière. P. Fliche, i)rofesseur à l'École natio- nale l'orostière. J. Risler, répétiteur à l'Institut national agronomique. Correspondants des Annales pour l'étranger. ALLEMAGNE. L. Ebermayer, professeur à l'Univer- sité de Munich. J. Kônig, directeur de la Station agro- nomiijue de Munster. Fr. Nobbe, direct(,'ur de la Station agronomique de Tharand. Tollens, professeur à l'Université de Gcittingen. ANGLETERRE. R. 'Warington, chimiste du laboratoire lie llothamsted. Ed. Kinch, professeur de chimie agri- cole au collège royal d'agriculture de Girencester. BELGIQUE. A. Petermann, directeur de la Station agronomique de Gembloux. CANADA. Dr 0. Trudel, à Ottava. ECOSSE. T. Jamieson, directeur de la Station agronomique d'Aberdeen. ESPAGNE ET PORTUGAL. R. de Luna, professeur de chimie à l'Université de Madrid. ETATS-UNIS D AMERIQUE. E. 'W. Hilgard, professeur à l'Univer- sité de Galiforaie. HOLLANDE. A. Mayer, directeur de la Station agro- nomique de "Wageningen. ITALIE. A. Cossa, professeur de chimie à l'École d'application des ingénieurs, à Turin. NORWÈGE ET SUÈDE. Bergstrand, ancien directeur de la Station ngronomique de Stockholm. Zetterlund, directeur de la Station agronomique d'Orebro. SUISSE. E. Schultze, directeur, du laboratoire agronomiime de l'École polytech- nique de Zurich. RUSSIE. Thoms, directeur de la Station agro- nomiijuo de Riga. Nota. — Tous les ouvrages adressés franco à la Rédaction seront annoncés dans le premier fascicule qui paraîtra après leur arrivée. Il sera, en outre, publié s'il y a lieu, une analyse des ouvrages dont la spécialité rentre dans le cadre des Annales {chimie, physique, géologie, minéralogie , physiologie végétale et animale, agriculture, sylviculture, technologie, etc.). Toutes les communications relatives à la réduction des Annales {manuscrits, mémoires, livres) doivent être adressées franco à M. H. Grandeau, secrétaire de la rédaction des Annales, o Nancy. ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQCE FRANÇAISE ET ÉTRANGÈRE ORGANE DES STATIONS AGRONOMIQUES ET DES LABORATOIRES AGRICOLES PUBLIÉES Sous les auspices du Ministère de l'Agriculture PAB Louis GRANDEAU DIRECTEUR DE LA STATION AGRONOM lafE DE L EST MEMBRE DU CONSEIL SUPÉRIEUR DE L'a GR ICULT UR E VICE-PRÉSIDENT DE LA SOCIETE NATIONALE d'eNCOU R AGEM ENT A l'aCR ICULTUR E DOYEN DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE NANCY PROFESSEUR A l'ÉCOLK NATIONALE FORESTIÈRE QUATRIEME ANNÉE — 18 8 7 Tome I PARIS BERGER -LEVIUULT ET C'\ LIBRAIRES -ÉDITEURS 5, rue des Beaux-Ârls MÊME MAISON A NAKCY 1887 / ENCOU RAGMM tlNT A L'AGRtCULTtft E LIVRE V. — LES ALIMENTS ET LES EXPERIENCES D'ALIMENTATION DU BÉTAIL \. — Alimentation du bétail. Il y a peu de pays où l'art d'élever et d'engraisser le bétail ait fait des progrès aussi considérables, au point de vue pratique, et donné lieu à d'aussi importantes recherches scientifiques que l'Angleterre. Les grandes modifications introduites pendant les trente dernières années dans les méthodes d'engraissement du bétail consistent à amener les jeunes animaux bien plus rapidement à maturité, moyen- nant un système d'élevage judicieux et une alimentation plus co- pieuse. On a grand soin, en Angleterre, de donner aux jeunes ani- maux une nourriture riche, composée de tourteaux oléagineux et d'aliments azotés; car il a été reconnu que, mal nourris dans la j)remière période de leur développement, ils résistent plus tard à l'engraissement. Les services que la chimie a rendus et rend encore aux éleveurs et ANN. SCIE.VCE \GRON". — t8S7. — {. I Z ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. aux enijraisscurs de besliaiix sont précieux ; ils consistent à déter- miner la composition de presque toutes les matières alimentaires, à rechercher la nature des fonctions physiolog-iques des divers élé- ments nutritifs dans l'économie animale, à déterminer leur valeur nutritive, de façon à permettre à l'éleveur d'en faire l'usage le plus économique, et au commerce d'apporter sur le marché des articles d'alimeiitiilion ulilcs el lucratifs'. 1. — Chimie de l'alimentation. Si l'on soumet à un degré élevé de température, dans un récipient à l'air libre, du blé, de l'avoine, de l'orge, ou des betteraves, des turneps, du trèfle, des herbes de prés, ou bien toutes autres subs- tances d'origine végétale, destinées à nourrir l'homme ou les ani- maux, on constate qu'ils brûlent et se dissipent, en ne laissant qu'une faible quantité de matières sohdes ; le plus souvent, des cendres blanches. Celte partie incombustible, ou mieux la cendre, qui ne représente guère plus de 6 p. 100 de la masse sèche de l'aliment, comprend des matières terreuses, insolubles dans l'eau, et des ma- tières salines, solubles. Les matières terreuses insolubles consistent principalement en acide phosphorique combiné avec la chaux, qui constitue le phosphate des os et fournit à l'animal les matériaux de son squelette osseux. Les matières salines comprennent surtout du sel marin et du phosphate de soude, qui entrent dans la composi- tion du sang, et des sels potassiques qui dominent dans le jus des chairs. Quant à la matière organique ou combustible, de l'aliment, elle se compose d'une grande variété de substances organiques, telles que l'amidon, la gomme, le sucre, l'albumine, la caséine, le gluten, la cellulose, etc. Toutes ces substances peuvent se répartir en deux classes : la première embrassant les principes ahmentaires azotés; la seconde, les principes non azotés". 1. The influence of chemical discoveries on the progress of English agriculture. 1878. 2. On /lie chemisirij oj' J'ood. — Bulh and West of England Agricullural Jour- nal. Vol. IV. 1866. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D' A. VOELCKER. 3 Matières azotées. — La première classe des principes alimentaires azotés comprend ^ : L'albumine végétale ; vme substance dont la composition et les propriétés chimiques sont identiques à celles du blanc d'œuf ; Le glulen, ou fibrine végétale, dont la composition est identique à celle de la fibrine du sang et à la matière de la chair et des muscles ; elle se trouve en quantité notable dans le froment et en moindre quantité dans le grain des autres céréales ; La caséine végétale, ou légumine, qui est identique par sa nature à la caséine du lait ; en dissolution dans l'eau, elle se précipite en se coagulant par l'addition d'acides étendus ; mais elle ne se coagule pas par rébullition comme l'albumine. On la trouve en abondance dans les pois, les fèves, les lentilles et autres graines légumineuses. Ces principes azotés forment un groupe de composés organiques renfermant environ 16 p. 100 d'azote et de faibles quantités de soufre ou de phosphore, ou des deux corps à la fois. L'albumine végétale qui correspond chimitpiement à l'albumine animale, peut être regardée comme le type de ce groupe important, compris le plus souvent sous la désignation générique d'albumi- noidcs, ou bien encore de principes plastiques servant à constituer la chair et la fibre musculaire. Les graines des légumineuses, les tourteaux des graines de lin, de navette, de coton, etc., sont riches en matières albuminoidcs ; les graines des céréales en contiennent également en notable ([uantilé ; mais les racines, les herbes, les pailles, etc., sont relativement pau- vres en albuminoïdes. Aucun aliment privé de principes azotés ne peut entretenir pen- dant longtemps les fonctions vitales de l'animal ; des expériences ont prouvé directement et sans conteste que l'organisme animal ne jouit pas de la même faculté que possèdent les plantes, de con- vertir en matières azotées ahmentaires les composés salins ou autres renfermant de l'azote. Ainsi, des animaux nourris exclusivement d'amidon, de sucre, de graisse et d'autres substances privées d'albu- minoïdes, dépérissent et succombent à la fin de la rinf{uième ou de I. On thc thcorelicol and prucfical value of purchased food , etc. — Journ. lioij. .Ujric. Soc. of Englanil. Vol. XII, 3* série, 1876. 4 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. la sixième semaine, à peu près à l'époque où l'inanilion complète les eut fait naturellement périr. De plus récentes expériences ont démontré, en outre, que certains albuminoïdes, l'amidon, par exemple, et d'autres matières non azotées s'oxydent dans le système organique et fournissent de la chaleur animale ; et que les albuminoïdes, outre leur fonction de former la chair musculaire, ont la propriété de se partager pendant la digestion en graisse et en urée. 11 est vrai que certains physiolo- gistes maintiennent que la graisse de l'animal est due uniquement, sinon en grande partie, à cette source; et non pas à l'amidon, ou au sucre et autres principes analogues non azotés. Leurs expériences n'étant pas absolument concluantes, n'empêchent pas que le fait de l'engraissement des animaux, bœufs, moutons ou porcs, à l'aide de matières grasses toutes préparées, ou bien à l'aide d'amidon et d'autres substances non azotées, facilement assimilables, ne soit cons- lalé par une longue et saine pratique. Quoi qu'il en soit de cette propriété des albuminoïdes, ils jouent un rôle dominant, déterminé autant par la science que par la prati- que, dans la valeur nutritive des aliments. Matières non azotées. — Les principes alimentaires non azotés se partagent en trois groupes : les corps gras, les hydrates de carbone et la fibre ligneuse ou cellulose. a. Les corps gras, graisses, beurres et huiles, sont, au point de vue économique, les plus coûteux des aliments, puisqu'ils se débitent à des prix plus élevés que l'amidon, le sucre et les autres composés non azotés ; ils sont de plus éminemment aptes à l'engraissement de l'animal, car par leur composition les graisses végétales sont analo- gues à celles qui entrent dans la formation du corps des animaux. Sans éi)rouver de grandes modifications, ils sont facilement assimilés, et (juand il y a excès, ils sont emmagasinés à l'état de graisse animale. La proportion de carbone dans la graisse est d'environ 80 p. iOO ; de telle sorte qu'en nombres ronds, une partie en poids de graisse ou d'huile, vaut autant, comme matière d'alimentation, que deux parties et demie de sucre ou d'amidon. D'ailleurs, la graisse, dans l'acte de digestion et de nutrition, remplit d'importantes fonctions. Des expériences ont démontré que les matières albuminoïdes, privées TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D"" A. VOELCKER. 5 de toute graisse, séjournent plus longtemps dans l'estomac et exigent plus de temps pour se transformer en cellules et en fibre, que lorsqu'elles sont associées aux corps gras. On considère encore que la graisse a une part considérable dans la formation de la bile et que la faculté digestive du suc pancréatique estattribuable en grande pariie à sa présence. De toutes manières, la graisse jouit de facultés digestivcs impor- tantes; elle favorise la solution des aliments et leur absorption dans le sang. Les corpuscules incolores du sang reçoivent probablement de la transformation de la graisse, le principe initial de leur forma- tion ; et par ce motif, la graisse peut aider puissamment à faire le sang-. D'autre part, dans les procédés suivis pour convertir les aliments en viande de boucherie, les corps gras ne servent pas seulement à constituer de nouveaux tissus, mais ils pénètrent et désintègrent les anciens tissus dont la vitalité est affaiblie. Ainsi, la graisse facilité-t- elle la solution des produits azotés inutiles, et leur évacuation du corps de l'animal. h. Les hydrates de carbone, amidon, gomme, mucilage et sucre, se distinguent par leur combinaison d'oxygène et d'hydrogène, dans le même rapport que celui qui constitue l'eau. L'hydrogène étant com- biné, c'est le carbone seul qui par son oxydation ou sa combustion engendre la chaleur animale, mais à un degré deux fois et demie moindre que dans les corps gras. En même temps qu'ils entretiennent la chaleur par leur combus- tion, les hydrates de carbone donnent naissance à des acides orga- niques divers, entre autres, l'acide lactique, qui joue un rôle important dans la digestion des aliments. La présence de l'acide lactique dans l'estomac paraît indispensable pour la digestion des composés albiiminoïdes ; présent également dans les sucs de la chair, cet acide aide probablement à la solution des tissus inutiles ou sté- rilisés. Quand les animaux reçoivent en nourriture plus d'amidon ou de sucre qu'il ne faut pour entretenir la respiration et la chaleur, ils con- vertissent l'excédent en graisse, que le corps emmagasine. On avait contesté cette dernière faculté, mais les expériences de Boussingault, 6 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. de Liebig, de Lawes et Gilbert ont nettement prouvé que la graisse des animaux à l'engrais peut provenir et provient des hydrates de carbone que renferme leur nourriture. La pratique courante des ra- tions contenant de la farine des grains de céréales et des produits sucrés, confirme pleinement ce résultat. Il n'y a pas de grandes différences, dans la pratique, entre l'em- ploi des éléments amylacés et celui des corps gras pour l'alimenta- tion des animaux, mais en raison même de leur faible teneur en carbone, les hydrates, tels que l'amidon et le sucre, sont moins aptes à l'engraissement précoce. Les modifications que subissent ces hydrates dans l'organisme sont facilement expliquées. Comme ils consistent chimiquement en eau et en carbone, ils servent plus spé- cialement à entretenir la respiration. Par l'inhalation dans les pou- mons, l'air atmosphérique fournit de l'oxygène ; cet oxygène en se combinant avec le carbone de l'amidon ou du sucre, produit de facide carbonique en abondance que l'exhalation restitue avec des vapeurs aqueuses à l'atmosphère. La dose de carbone que consomment les animaux pour leurs fonctions respiratoires varie suivant les épo- ques, les espèces, la rapidité des fonctions et le travail de l'animal ; elle est dans tous les cas considérable. D'après Boussingault, un cheval dépense journellement 20 kilogr. de carbone à l'état de gaz acide carbonique, et pour une vache, les quatre cinquièmes de sa nourriture journalière sont dépensés pour entretenir sa respira- tion. Il n'y a donc pas heu de considérer seulement le maintien de l'animal ou son augmentation comme poids vivant, mais aussi sa respiration, qui n'est à proprement parler qu'une combustion lente des aliments, avec un développement de chaleur proportionnel. C'est par l'apport constant et indispensable de carbone dans l'organisme que la température des animaux est maintenue uniforme, hiver comme été. c. La cellulose ou fibre ligneuse, suivant son état de digestibihté, dépendant de la condition de maturité du végétal qui la fournit, exerce des fonctions analogues dans l'économie animale. Il est cer- tain que la fibre ligneuse non mûrie, de la paille ou du foin, est assi- milée en grande partie par les herbivores, tandis que la fibre ligneuse mûrie est moins complètement digérée et retourne par TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D'" A. VOELCKER. i les déjertions au fumier. Les bèlos bovines profîtenl appai'eiument de la cellulose à uu plus haut degré que les bêles oviucs, et il est douteux que les porcs puissent digérer la cellulose à un degré quel- conque. Matières salines ou minérales. — Ces matières sont essentielles pour la plasticité des éléments de nutrition et des tissus animaux. Elles forment de fait le principal, sinon le seul agent de transport de la matière organique d'un point à l'autre du corps; elles amènent les matériaux nulritifsdansle système et entraînent ceux qui ne servent plus. Aussi jouent-elles un rôle important dans les phénomènes de digestion, d'assimilation et de sécrétion. Une partie des matières minérales des aliments, qui consiste en phosphates terreux, ■ sert non seulement à la formation des tissus osseux, mais à celle de la chair des animaux ; mais la partie la plus considérable passe dans les déjections liquides et solides, surtout chez les animaux adultes qui n'exigent plus autant de phosphates pour leur plein développement. Les éléments solubles, tels que les sels de soude et de potasse, sont rejetés dans les urines, tandis que les éléments insolubles, phos- phates de chaux et de magnésie, carbonate de chaux, silice, sont évacués dans les excréments solides. En résumé, le rôle des divers com.posés qui forment les aliments peut se définir pour chacun de la manière suivante* : 1. Les matières minérales sont les matériaux à l'aide desquels l'a- nimal forme sa charpente osseuse; 2. Les matières salines fournissent au sang-, au suc de la chair et aux autres sucs de l'organisme, les sels indispensables ; 0. Les matières azotées, albuminoïdes, fournissent les éléments constitutifs du sang et de la chair; A. Les corps gras servent à former la graisse et à maintenir par la respiration la chaleur animale ; 5. Les matières non azotées (hydrates de carbone) travaillent au maintien de la respiration, et quand elles sont en excès, à la produc- tion de la graisse ; 1. On thc chemislnj of food ; classification nf feeding princ/ptes. 185G. 8 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 6. Pas plus les matières non azotées que les albuminoïdes, quand ils sont employés isolément, ne peuvent conserver l'organisme des animaux herbivores en pleine vitalité ; 7. L'état de santé chez les animaux ne peut être maintenu que par une nourriture complexe dans la composition de laquelle entrent, en proportions que l'expérience détermine, les matières azotées ou plastiques, les matières non azotées ou respiratoires, et les matières salines et minérales. Comme aucune des matières appartenant aux groupes examinés, prise isolément, ne peut entretenir longtemps la vie, il faut, pour la sustenter par la nutrition, recourir à des aliments mélangés ou complexes. A l'exception des mélasses qui sont parfois employées seules comme nourriture, les autres aliments, ou mieux les rations d'alimentation des animaux de la ferme, comprennent des substan- ces prises dans un ou plusieurs groupes, renfermant des proportions variables de composés azotés et non azotés, phosphatés et salins. A l'état normal, l'animal consomme d'abord ce qui est nécessaire pour entretenir la respiration et la chaleur, et en second lieu, la diges- tion, l'assimilation et les sécrétions. Si un animal adulte, en état de santé, est laissé à lui-même pour consommer autant qu'il veut de fourrage ou d'autres aUments ap- propriés, il n'augmente, ni ne diminue en poids. La plus grande partie des aliments non azotés de sa nourriture, s'oxydent et sont entraînés à l'état d'acide carbonique par les voies respiratoires, tandis que les éléments minéraux sont évacués presque entièrement dans les déjections. Les éléments azotés, avant d'être rejetés, sont plus ou moins com- plètement décomposés en donnant lieu à deux groupes de substances : les unes, qui comprennent la totalité pour ainsi dire de l'azote des albuminoïdes, et les autres, le reste, formé du carbone, de l'hydro- gène et de l'oxygène. Au premier groupe appartiennent l'urée et les acides urique et hippurique, au second, l'acide lactique, les corps gras, et certains produits mal définis chimiquement, et privés d'azote. En règle générale, quand une nourriture est très azotée, elle est riche en phosphate de chaux et autres matières minérales ; il s'ensuit TRAVAUX ET EXPLEIENCES DU D*" A. VCELCKER. 9 que les déjeclions des animaux soumis à celte alimentation, étant plus fournies d'azote et de phosphate, ont une propriété fertilisante plus grande que celle des excréments évacués parles animaux nour- ris avec des aliments plus carbonés et moins azotés. Vœlckcr a réuni dans Je tableau CGXVlIi la proportion p. 100 de gluten et d'eau que renferment les principaux aliments. On y TABLEAU CCXVIII. — Proportion p. 100 de gluten, etc., et d'eau dans divers aliments. l'ain (le froment . . Froment (grain entier) Son de froment. . , Farine fine (id.). . . Farine d'avoine. . . Farine de pois . . . Fèves Lentilles Figues Riz Pommes de terre . . Bœuf, viande maigre. Fromage Chou Chou-fleur ^avets de Suède . . Turneps blancs. . . Feuilles de turneps . Carottes l'anais Mangoids PROPORTION p. 100. Gluten, etc. 6 12 14 à 18 10 18 U 25 25 6 7.5 2 19 29 à 45 4.75 •i 1.8 1.4 o G 1.2 1.5 Eau. 45 IG 13 14 14 14 12 12 21 12 75 78 36 à 44 86 88 89 à 90 90 à 92 88 87 82 à 84 87 à 88 reconnaîtra que les graines de légumineuses, fèves, lentilles et pois, renferment, après le fromage, la plus forte proportion de gluten, c'est-à-dire de principes identiques au gluten du froment, albumine, fibrine, caséine, etc., propres à créer la fibre musculaire et à répa- rer les pertes des animaux de travail ; ce qui n'empêche pas qu'elles 10 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. soienl également uliles pour l'élevage du jeune bétail et les vaches laitières. Dans le lait, en effet, il est sécrété une forte proportion d'éléments azotés, et tout aliment renfermant les mêmes principes que ceux du fromage, convient pour la production d'un lait abon- dant et de bonne qualité. Si le sucre, l'amidon et la fibre ligneuse à l'état tendre, servent à constituer la graisse qui résulte de leur transformation dans l'annnal, les éleveurs ont reconnu par l'expérience que les corps gras tout for- més s'adaptent de préférence à l'engraissement, et à cet égard, les tourteaux des graines oléagineuses rendent des services incompara- bles \ Les graines de légumineuses qui favorisent la sécrétion du lait et la production de la fibre musculaire ne sont pas appropriées, comme les tourteaux, à l'engraissement des animaux, par la raison que les animaux mis à l'engrais exigent, indépendamment d'aliments plastiques, une alimentation riche en corps gras tout formés ou en éléments qui se transforment facilement en graisse. 2. — Valeur nutritive des aliments. On a pu voir dans le livre 111, consacré à l'engrais, que l'on ar- rive facilement à déterminer avec assez de précision par l'analyse, la valeur fertilisante et commerciale des engrais, tels que le guano, le sulfate d'ammoniaque, le nitrate de soude, les superphos- phates, etc. Il suffit d'y doser l'ammoniaque, l'acide nitrique, le phosphate soluble et insoluble, la potasse, etc., qui ont une valeur sur le marché, soumise à des fluctuations, il est vrai, mais dont on peut tenir compte dans l'évaluation finale du composé ferti- lisant. Il n'en est pas de même quand on veut déterminer la valeur nutritive et commerciale desahments; car si l'on dose facilement les proportions d'amidon, de gluten, d'albumine, de graisse, de cellulose, etc., qui entrent dans leur composition, on n'a pas, pour les évaluer, des indications spéciales quant à leur utilisation plus ou moins économique par l'éleveur. La simple analyse des nia- 1. The nutritive value of oil-cakes and their substilutcs ; a lecture delivi-ut nf Exefer. Janvier ISjT. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D'' A. VOELCKER. 11 lières alimentaires est ici en défaut '. 11 n'en reste pas moins certain que l'examen chimique de ces matières est plein d'intérêt, car il permet déjuger non seulement de leurs caractères physiques et de leurs propriétés nutritives, mais encore de guider les éleveurs et les engraisseurs dans le choix des aliments appropriés à la mise en condition du bétail, des vaches laitières, des porcs et des che- vaux de travail. En se rapporlant aux fondions que remplissent les principaux cléments mitritifs dans l'économie animale, on arrive par comparaison à déterminer leur valeur relative au point de vue pratique. Corps gras. — Il a été reconnu plus haut que les corps gras sont de beaucoup les plus coûteux dans les aliments donnés aux animaux. On peut dire qu'une partie en poids d'huile ou de graisse vaut pour l'engraissement autant que deux parties et demie d'amidon ou de sucre. Il importe donc, pour évaluer un aliment, d'y doser la propor- tion d'huile ou de matière grasse, car la valeur nutritive dépend en grande mesure de cette teneur. Il s'ensuit, par exemple, que la valeur commerciale des tourteaux ou des farines de noix de palme croît ou décroît, suivant la teneur p. 100 de matières grasses qui restent après l'écrasement. L'écart entre le prix de 130 fr. par tonne de tourteaux de palme, correspondant à une teneur en matière grasse qui varie de 3 à 6 p. 100, et celui de 210 fr. pour des tourteaux dosant de 15 à 18 p. 100, avec une teneur en matières albuminoides sensiblement égale dans les deux cas, semble indiquer que dans les tourteaux inférieurs, le kilogramme de matière grasse est payé près du double que dans ceux de qualité supérieure, et qu'il y a tout avantage à se procurer ces derniers pour l'engraissement. De même, les grains secs, les résidus de brasseries, et la farine de riz, malgré la grande quantité de balles qu'ils renferment, se vendent couramment sur le marché au prix de 175 fr. la tonne. Or, ces pro- duits contiennent peu de matières albuminoides, mais ils renJL'rment de 5 à 8 p. 100 de matières grasses, et répondent parfaitement au but pour l'engraissement ; de telle sorte que leur valeur commerciale 1. On (fie theoretical and praclicat value of purchased food and ils residue os nicinure. 187G. 12 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. est surtout atlribuable à la proportion d'huile et de graisse que l'a- nalyse y a décelée. En faisant abstraction des autres éléments nutritifs, le kilogramme de matière grasse reviendrait, d'après les prix du marché, dans le tourteau d'huile de palme contenant en moyenne i.5 p. 100, à 2 fr. 38 c. ; dans les résidus de brasserie et les farines de riz, titrant en moyenne 6.5 p. iOO, à 2 fr. 70 c, et dans les tourteaux de tjualité supérieure, dosant en moyenne 16.5 p. 100, à 1 fr. 27 c. Vœlcker estime finalement que le prix du kilogramme de ma- tière grasse calculé à fr. 70 c. est trop réduit, étant donné qu'il vaut pour l'engraissement autant que 2'',5 d'amidon ou de sucre, et que le kilogramme de sucre dans les aliments les moins coûteux revient au moins à fr. 28 c. Hydrates de carbone. — Les hydrates de carbone, tels que l'ami- don, la gomme et le sucre, prennent rang après les corps gras pour leur valeur nutritive et d'engraissement. Le sucre est parfois employé directement à l'état de mélasse, pour rendre la paille hachée ou le foin de quahté inférieure plus appétissants. Comme la mélasse, renfermant de 54 à 60 p. 100 de sucre, revient au prix de 225 fr. la tonne, ce qui met le sucre au prix de 375 à 420 fr. les 1 000 kilogr., il y a Heu d'examiner si cette pratique est économique en raison du coût très élevé de la matière ajoutée à la paille ou au foin. Il est certain que dans les exploitations où il y a abondance de paille, une faible quantité de mélasse sert à augmenter notamment sa consommation par le bétail; mais le mélange avec de la pulpe de mangolds ou de rutabagas, après douze heures de contact, aurait le môme eflet, à beaucoup moins de frais. Une infusion de caroubes, qui renferment à poids égal la même quantité de sucre que les mélasses, permettrait éga- lement, au cas où l'on ne disposerait pas de racines sucrées, man- golds, navets de Suède ou carottes, d'atteindre le même résultat à meilleur prix, tout en augmentant la somme des aliments con- sommés. Les caroubes ont par le fait une valeur nutritive plus grande que la mélasse et reviennent à 35 fr. moins cher, prises sur le marché. Matières azotées ou alhuminoïdes. — Il est notoire que pour la TRAVAUX ET EXPÉHIENGES DU D' A. VOELCKER. 13 nourriture des animaux à l'engrais, la matière azotée est essentielle; il s'ensuit que des produits tels que les caroubes, la farine de riz, le sorgho, etc., qui renferment moins de 9 p. 100 de matières albu- minoïdes, étant trop pauvres pour sustenter à eux seuls l'animal, ils ne sauraient être utilement employés que comme matières de mé- lange avec des tourteaux ou des graines azotées. Le blé, l'avoine et l'orge contiennent assez de substances albumi- noïdes pour suppléer aux besoins de l'animal soumis à l'engraisse- ment, tandis que les graines de légumineuses (fèves, lentilles et pois) et les tourteaux d'huile, en renferment un excédent considérable. Bien qu'essentielle, la matière azotée n'est pas seule à déterminer la valeur nutritive d'un aliment; elle est un des facteurs utiles pour cette estimation. Si l'on admet que la proportion de matières azotées dans la ration fournie au bétail à l'engrais, est à peu près la même que celle qui existe dans les graines de céréales, on peut se demander quel sera l'effet produit sur l'animal par un supplément d'aliments très azo- tés, ou d'aliments pauvres en azote, mais riches en composés fécu- lents ou saccharifères, facilement digestibles. L'excédent de poids vif sera-t-il dû à l'azote ou aux hydrates de carbone? De nombreuses expériences, soigneusement exécutées, ainsi que la pratique des engraisscurs, permettent de répondre catégoriquement (jue la valeur nutritive comparée de la plupart des aliments fournis au bétail à l'engrais, dépend plutôt de la proportion des hydrates de carbone que de celle des composés azotés ou albuminoïdes qu'ils ren- ferment. Il ne manque pas d'exemples à l'appui de ce fait expérimental. Ainsi, le blé de qualité inférieure est toujours plus azoté que le blé de premier choix, et personne ne songera à recourir à du blé de qualité inférieure pour l'engraissement, s'il peut obtenir au même prix du blé de choix, riche en amidon et en farine. L'herbe des prai- ries irriguées, le ray-grass arrosé par le sewage, renferment plus d'azote que les herbes des prairies sèches ou que le ray-grass venu sans engrais ; mais aucun fermier ne donnera la préférence aux pre- mières, s'il peut se fournir d'herbe moins azotée, mais amenée à un degré plus parfait de maturité. Il en est de môme pour les racines. 14 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. mangolds, rutabagas, turneps, etc. : ce n'est pas la matière azotée qui lègle leur valeur nutritive, mais bien leur teneur en sucre et en autres principes non azotés. Quoique les graines des légumineuses renferment deux à trois fois plus de matières azotées que celles des céréales, l'éleveur ne recourt pas aux fèves, ni aux pois, pour obtenir la graisse ou la viande dans l'animal soumis à l'engrais- sement. Enfin, les tourteaux se classent, au point de vue de leur valeur pour l'engraissement, non pas tant en raison de leur teneur en substances albnminoïdes que de leur teneur en éléments facilement digestibles et non azotés. C'est pourquoi le tourteau de lin est pré- féré à celui de coton décortiqué, qui renferme 2 p. 100 d'azote en plus. Fibre ligneuse. — La fibre ligneuse, quand elle est à l'état tendre dans les racines bien mûries, dans les herbes, les fanes et les pailles vertes des céréales, est digérée en grande partie par les animaux her- bivores et mieux encore par les bêtes à cornes que par les moutons. Sa valeur nutritive, quoique faible, dépend de l'état de dureté où elle se trouve, dans les végétaux qui servent de nourriture, ou dans les déchets provenant du traitement des graines de céréales, du riz, etc. Matières minérales. — 11 n'y a pas lieu de tenir compte spéciale- ment des matières minérales, quel que soit le rôle important qu'elles jouent dans l'économie, pour déterminer la valeur nutritive des ali- ments, car tous, sans exception, en renferment assez pour subvenir aux besoins des animaux. Toutefois, on remarquera que certains aUments, tels f[ue les graines de légumineuses, riches en substances azotées, appropriées à l'alimentation du jeune bétail ou des vaches laitières, renferment plus de phosphate de chaux que les aliments moins azotés, employés pour le bétail adulte. 3 — Considérations pratiques sur l'alimentation et l'engraissement. L'étude chimique qui va suivre des divers aliments que consom- ment les animaux de la ferme, soit qu'on les nourrisse pour le tra- vail ou qu'on les engraisse pour la boucherie, doit être éclairée par des considérations pratiques, à l'aide desquelles le fermier et l'éle- TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU d"" A, VOELGKER, 15 veur puissent estimer plus sûrement la valeur nutritive et l'applica- tion des aliments dans le but qu'ils recherchent. L'analyse démontre bien que les aliments les plus riches renfer- ment une grande quantité de composés albuminoïdes indispensables pour le développement de l'animal ; mais, quoique essentielles, les substances azotées doivent être associées à d'autres éléments pour subvenir à tous les besoins de l'organisme. Il en résulte que la proportion de composés albuminoïdes dans un aUment , tout en fournissant des indications utiles à l'éleveur, ne saurait servir de règle pour comparer la valeur nutritive des aliments entre eux. Tel aliment trop azoté fait du muscle et de la viande, mais altère la santé de l'animal parce qu'il aide mal à la respiration. Tel autre aliment également azoté et sucré forme de la graisse, mais ne répare pas les pertes musculaires, ou bien ne travaille pas à la charpente osseuse et, par conséquent, il ne convient pas aux animaux qui se développent ou qui s'exercent. Aussi, est-ce dans une alimentation mixte, comprenant des subs- tances plastiques et respiratoires, de même que des matières grasses, salines et minérales, que l'on trouve l'eftet nutritif maximum, com- patible avec la santé de l'animal. Ceci posé, l'éleveur devra tenir compte de l'âge, de l'espèce, des dispositions naturelles et de la des tination de l'animal qu'il a à nourrir ou à engraisser \ Age de l'animal. — Les animaux jeunes et en voie de croissance exigent une alimentation plus concentrée et plus facilement digesti- ble que les animaux adultes ou âgés. Il faut, en elfet, qu'ils entre- tiennent non seulement leurs muscles, mais qu'ils augmentent leur poids, et comme les fonctions s'activent davantage chez le jeune ani- mal, il importe que sa nourriture renferme une dose plus élevée de substances plastiques et phosphatées. Cette condition exphque la grande utilité du tourteau de lin et de la graine de lin en gelée pour le jeune bétail, en même temps que la mauvaise condition du bétail jeune, nourri avec trop de paille. Ainsi une nourriture économique qui convient aux bètes de rapport peut ne pas convenir du tout aux bêtes qui n'ont pas atteint l'âge adulte. 1. 0)1 the clicmistrij nj food. ISJC. 16 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Espèce de ranimai. — On sait par l'expérience que la meilleure lation pour les chevaux, n'esl pas la meilleure pour les vaches ou pour les moutons; le hétail a d'autres exigences que le cheval. (]ela résulte de l'organisation même de l'appareil digestif des animaux domestiques. Le même aliment agit différemment suivant les ani- maux ; les fèves, par exemple, qui sont très nutritives pour les che- vaux, ne donnent aucun résultat comparable pour le bétail à l'en- giais. La paille hachée, qui suffit à l'entretien des bêtes de travail, ne peut pas maintenir longtemps les moulons, ni les chevaux. Dispositions de l'animal. — Les animaux de certaines races résis- tent à l'engraissement ou au développement, au delà d'une certaine limite naturelle. Ainsi, les vaches du Ilerefordshire et les courtes- cornes sont de bons animaux d'engraissement, tandis que les bêtes du pays de Galles et les vaches du Kerry, pour en mentionner seulement <|uelques-unes, ne s'engraisseront jamais, quoi qu'on fasse. La valeur nutritive des aliments peut donc être absolument dominée par les dispositions naturelles, héréditaires, de la race. Destination de l'animal. — La valeur nutritive des aliments dé- jiend enfin, dans une certaine mesure, de la destination de l'animal, suivant qu'il est appelé à travailler, à faire de la viande, ou à fabriquer du lait. La dose de nourriture qui entretient difficilement les che- vaux en bonne condition pendant l'été, est plus que suffisante pour les maintenir, voire même les engraisser à l'écurie, pendant l'hiver. Plus le travail auquel sont soumis les animaux est dur, plus la déper- dition musculaire est grande et exige une ahmentation en matières plastiques. Un régime d'alimentation très azotée, pour être très utile aux bêles de travail, n'en est pas moins inerte et même nuisible, quand il s'agit de bêtes à engraisser, pour lesquelles les ahments doivent èlre amylacés ou riches en corps gras. En admettant que l'on connaisse la composition des aliments et <(ue l'on tienne compte des exigences qui viennent d'être énumérées, il n'est pas encore facile de prévoir le résultat pratique que donnera telle ou telle alimentation, car on ignore si les éléments sont plus ou moins assimilables par l'organisme animal. La digeslibihté est donc un point essentiel à prendre en considération quand on raisonne de TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D' A. VOELCKER. 17 valeur nutritive. Mallicurcusement, la série des laits cliiniiq les de transformation ([u'iinplique la digestion est mal défniie, et le phéno- mène de l'assimilation est encore des plus obscurs; ce qui n'empê- che pas (pie cerlainL'i faits ont été constatés, exerçant une influence sur l'assimilation, à savoir: l'espèce à laquelle appartient l'animal, la proportion et la nature de la fd)re ligneuse, la teneur en com- posés albuuiinoïdes, le volume de la ration, l'état sous lequel les aliments sont préparés, et certaines matières en faibles proportions qui, faisant partie de l'alimentation, sont inconnues sous le rapport de l'action digestive. L'espèce à laquelle appartient l'animal a une importance en ce sens que tel aliment, facilement assimilé par une espèce, ne l'est nullement par une autre et n'est pas digestible. Des expériences directes ont démontré que les vaches tirent une nourriture abondante de la paille hachée, taudis que les chevaux et les moutons ne pro- htent pas au même degré de celte alimentation. D'autre part, les aliments qui renferment peu de fibre ligneuse sont plus digestibles que les autres ; l'avoine, l'orge et les matières amylacées sont dans ce cas. L'état de la fibre ligneuse affecte à un haut degré la digesti- bilité. La fibre tendre de la première pousse de trèfle, de ray-grass, ou des racines, est plus facilement assimilée et convertie en amidon, en sucre, et finalement engraisse que celle de l'herbe ou des racines arrivées à pleine maturité dans le sol. Il est d'usage en Ecosse, pour ce motif, de couper l'avoine quand la tige est encore verte à la par- tie supérieure et de nourrir avec cette paille le bétail pendant l'hiver. Les aliments trop azotés qui sont d'une digestion difficile pour le bétail, conviennent admirablement aux chevaux ; les fèves, les pois, etc., doivent être, en conséquence, distribués au bétail avec précau- tion. Le volume qu'occupent les aliments joue un rôle important chez les ruminants, en contribuant à l'activité des organes digestifs par l'effet stimulant produit sur les nerfs moteurs de ces organes. Les chevaux exigent une nourriture moins concentrée, moins volu- mineuse que le bétail. Le mode de préparation desalimentsn'estpas sans importance pour en tirer l'efl'et le plus utile. Ainsi, la paille, quand elle est hachée, ou mieux encore, quand elle est traitée ])ar la vapeur, constitue, en mélange avec les racines, une excellente ration ANN. SCIENCE AGUON. — 1887. — I. 2 18 ANNALES I)H LA SCIKNCK AC.UONOM lUUIÎ. pour le béliiil. Il en est de. inèiiie de hi moiiluro île l'orge, de celle de ravoiiie, desloiirleiuix, elc. : .voiiiiiis à hi vapeur ou cuits dniis l'eau boiiillaiilc, la pliipai'l de ces aliuiciils gagnent sous le rapport de rassiuiilalion de la libre ligneuse, ils diminuent en outre de volume et pei'metlent, sans provo(pu'i' la mastication, d'augmenter la ration. Certains d'enti'c eux, connue le ibin avarié ou le tourteau moisi, peu- vent être utilisés delà sorte. I{ègle générale: plus l'animal est main- tenu à l'état tranquille, sous l'influence d'une bonne tem])érature, [)lus l'assimilation s'opère avec lacilitc et plus l'engraissement pro- gresse rapidement. Kniin, plusieurs substances ont nue action spé- ciale sur le [)ouvoir digestif de l'animal ; ces substances reconnues par Liebig dans le jus de viande, doivent se retrouver, bien qu'en pro[)ortions très faibles, dans les sucs des végétaux. Une autre remarque trouve ici sa place. La même alimentation, suivant l'époipie de l'année, exerce une action très diiïérente sur les animaux. Ainsi, il a été constaté ({u'une période dangereuse pour les moutons est celle où on les fait parquer dans du trèfle ou des lierbes au moment où la végétation s'active, c'est-à-dire lors(pie, ajjrès un temps chaud succédant subitement à des pluies continues, pendant la première partie de l'année, la pousse se fiiit vigoureuse- ment et riierbe s'acidifie. Ce n'est pas, comme le supposent les éle- veurs, parce qu'il y a trop d'eau, mais bien parce que les li(juides des plantes n'ont pas été suffisamment élaborés. Vœlckei" a reconnu, en elTet, dans les cas semblables, qu'il, y a toujours excès de matière luitritive, notamment de substances azotées, non pas à l'état d'albu- mine, de caséine, de gluten, ou d'une combinaison cbimique éta- i)lie, mais à l'état informe et indéfini. En outre, les matières salines abondent dans les sucs des plantes ainsi brusquement développées, lesquelles devaient servir, soit à l'assimilation de la nourriture atmos- phérique, soit aux transformations en sucre, en gomme et en matiè- res cxtractives. Dans certaines terres, comme celles du comté de Somerset (') qui reposent sur le liaset d'autres qui reposentsur l'ar- gile, cet étal des substances alimentaires fournies par les plantes des prés produit le relâchement des moulons et même des bœufs. 1. On tlie scouring lands of central Somerset. Isg: • voir tome I, p. lî). TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D*" A. VOELCKER. 19 On peut rechercher encore les motifs de l'action laxative du jeune trèfle, ou du ray-grass en première pousse, dans le fait qu'ils ren- ferment plus d'acides organiques que les mêmes produits plus avan- cés sers la maturité, auquel cas ces acides se sont convertis en sucre. 11 y a lieu de tenir compte que les acides organi([ues se modifient successivement dans l'organisme végétal, et ollrent dans leurs modi- fications des effets différents au point de vue nutritif. L'acide oxali- que, par exemple, qui se produit dans une variété de plantes au début (le leur croissance, est un })oison qui ne tarde [jas à se transformer en acide citrique, de composition similaire, mais d'un effet bien dif- férent, et l'acide citrique se change à son tour en acide malique, pour disparaître linalement, étant neutralisé par les matières qui s'accumulent dans la plante. Ces modifications chimiques que l'on n'a pas étudiées d'assez près, expliquent suffisamment les phénomè- nes que présente l'aUmenlation du bétail quand les racines ou les herbes n'ont pas atteint leur pleine croissance ou leur maturité ^ On peut encore observer que la valeur pratique des aliments est dépréciée par certaines substances plus ou moins nuisibles, par les effets mécaniques d'autres éléments sur la digestion, par leur état physique et par la saveur ou l'odeur qu'elles laissent à la chair ou au lait. La graine de moutarde, le tourteau d'huile de ricin, constituent, par exemple, des aliments nuisibles pour le bétail. Le son, par ses arêtes aiguës, stimule les nerfs du canal digestif à un degré tel qu'il passe sans être digéré. Si les betteraves mangolds s'améliorent par la conservation au point de vue nutritif, les tourteaux avariés ou moisis causent de graves désordres dans l'estomac des animaux. Cer- tains aliments sont impropres à cause du goût ([u'ils donnent à la viande ou au lait, tels que la graine de fenugrec et plusieurs herbes de prairie. 4. — Valeur des résidus de l'alimentation pour le sol. Il n'y a guère de cultivateur qui ignore que le fumier provenant de bétail nourri avec du grain ou du tourteau, possède un pouvoir 1. Lcclitre b>j Pro/essor Simonds on diseases in shcep ; remark by A. Vœlcker ; noy. Agric. Soc. of Eiujland.— The Furmer's Magazine, vol. XXXI, lbG7, p. 32G 20 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. fertilisant plus élevé que celui fourni par un bétail soumis à la ration de paille et de foin ; il en est de même du fumier fourni par le tourteau associé aux. racines. Aussi convient-il, en choisissant des aliments concentrés pour le bétail, de savoir quelle part de la dé- pense incombe à l'engrais résultant de leur consommation. Cette détermination n'est pas facile, car si l'on peut doser avec une pré- cision suffisante quels éléments et dans quelles proportions ces éléments ont passé dans le fumier, on arrive difficilement à fixer le bénéfice assuré par l'engrais, suivant qu'on l'applique à des terres fortes ou légères qui varient considérablement \ En général, les aliments diffèrent beaucoup moins entre eux comme valeur nutritive que comme valeur fertilisante. On ne cons- tatera guère de différence comme poids vif dans un animal, qu'il ait été nourri, par exemple, avec une tonne de tourteau de lin, une tonne de tourteau de coton décortiqué, ou encore une tonne de grain, outre la ration usuelle de paille et de turneps ; mais l'engrais fourni dans chacun des cas montrera des différences très marquées. La valeur fertilisante d'une ration dépend, en effet, de la pro- portion de matière azotée, de potasse et d'acide phosphorique en- traînée dans les déjections de l'animal. Pratiquement, la totalité de la potasse et de l'acide phosphorique que renferment les aliments artificiels passe dans le fumier des animaux soumis à l'engrais ; mais la déperdition de l'azote varie suivant les expériences spécialement faites pour l'évaluer. On peut toutefois admettre, sans commettre une grave erreur, que 90 p. 100 de l'azote des aliments concentrés est recouvré dans les déjections solides et hquides, quand elles sont recueilhes sans perte. Dans le cas de jeunes bêtes ou' de vaches laitières qui ne reçoivent pas un excès d'aliments concentrés, le fumier aura moins de valeur que celui des animaux à l'engrais, car une partie des éléments nutri- tifs azotés et phosphatés est absorbée par l'organisme pour l'accrois- sement du poids vif ou de la production du lait. De toutes manières, la détermination de la valeur fertilisante des 1. On Ihe theoretical and jiradical value of purchased food, and of ils residue as manure. 1876. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU d"" A. VOELCKER. 21 aliments est basée sur des faits avérés, et bien que le mode de calcul puisse varier, il a été reconnu que, après avoir passé par l'or- ganisme animal, la totalité des matières minérales et les neuf dixiè- mes de l'azote contenus dans les aliments, se retrouvent dans le fumier et l'iuine. Les nombreuses recherches et les importantes expé- riences de MM. Lawes et Gilbert, commencées en 1847 et continuées à certains intervalles, jusqu'au temps présent, ont établi des facteurs pour calculer la proportion des éléments de la ration alimentaire, expirés, transpires et évacués dans le fumier. Il a été reconnu ainsi que pour une somme d'accroissement produite, le bœuf évacueplus en fumier que le mouton, et le mouton plus que le porc; cette rela- tion est la môme pour un poids donné de substance alimentaire sèche, consommée par les animaux, quoique le bœuf respire un peu moins que le mouton et le mouton un peu moins que le porc\ La composition des diverses espèces d'aliments étant fixée, on peut déterminer à l'avance, sans avoir besoin d'analyser le fumier produit par la consommation d'une tonne de chaque espèce, com- bien d'azote, de potasse et d'acide phosphoriquc existant dans la ration, se retrouvera dans le fumier produit. Comme, d'ailleurs, l'azote (ou son équivalent sous forme d'ammoniaque), la potasse et l'acide phosphoriquc (ou son équivalent sous forme de phosphate de chaux) ont une valeur comme fertilisants sur le marché, on peut calculer la valeur en argent du fumier résultant de la consommation d'une tonne de nourriture, de composition connue, par l'analyse. Sur base de 1 fi-. 80 c. le kilogramme pour l'anunoniaque, de fr. 50 c. pour la potasse et de fr. 25 c. pour le phosphate de chaux, M. Lawes a calculé la valeur en argent du fumier produit dans les circonstances qui viennent d'être indiquées; mais en esti- mant que la somme entière des éléments fertilisants des diverses espèces d'aliments est incorporée dans le sol sans subir aucune perte (tableau CCXIX)^ Cependant, dans la piatiquc ordinaire de la ferme, il se produit 1. 77(6 influence of chemical discoveries on Vie progress of English agriculture. 1S78. ■2. On (lie value of uncxhausted manura bij J. B. Lawes; Journ. Boy. Àgric. Soc. of England, vol. XI. part. I, 2" série, 1S7."j. 22 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. TABLEAU CCXIX. — Valeur calculée du fumier produit par la consomma- tion de différents aliments supposés de bonne qualité. NUMEROS. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 1o 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 2.S 2!) 30 31 32 BSPECES DE NOURRITURE. Tourteau de coton décortiqué. . — de colza — de lin — de coton non décortiqué Lentilles Fèves Vesces Graine de lin Pois Farine de maïs Caroubes Criblures de maïs Son de froment Recoupe grosse de froment. . . — fine de froment. . . . Avoine Froment Malt Orge Foin de trèfle — de prairie Paille de fèves — de pois — d'avoine — de froment — d'orge Pommes de terre Panais Betteraves disette Navets de Suède Turneps Carottes VALEUR ARGENT du fumier produit par 1000 kilog 162 123 11.5 98 9G 92 91 91 78 38 28 106 72 72 71 43 41 39 37 56 38 25 23 16 15 13 8 G 6 5 5 5 ÔO 10 60 10 25 50 85 25 10 75 10 85 50 50 25 75 25 35 50 85 10 60 40 S 5 60 40 7;) 85 , 55 ,30 .00 ,00 une certaine perte qui diffère en importance, suivant nombre de cir- constances. Ainsi, lorsque l'aliment est consommé sur le champ même par TRAVAUX ET EXPÉIUENCi:S DU D'' A. VOELCKER. 23 les moulons, dans les bonnes saisons, la peite sera relativement faible. Lorsque le tourteau et le grain sont consommés dans des cours ouvertes, là où il pleut beaucoup, ou bien là où la litière est peu abondante, les cléments solublcs du fumier se disperseront au contraire en causant une diminution notable de la valeur fertili- sante. Cette dernière perte est beaucoup plus considérable que celle causée par l'évapuration. En général, le fumier produit dans les boxes où les animaux à l'engrais sont pourvus d'une abondante litièi'C de paille bacbée, conserve les matières fertibsantes bien pluscom[)lète- ment que celui obtenu dans les cours non abritées, avec une litière de paille longue. En outre, les tourteaux et les autres aliments concentrés que consomment les jeunes animaux ou les vaches laitières, étant desti- nés à suppléer plus ou moins à la substance des os et des muscles, sinon aux éléments du lait vendu en dehors de la ferme, donnent une valeur additionnelle moindre au fumier que lorsque les animaux adultes, ayant atteint leur pleine croissance, sont nourris avec la même quantité de tourteau et d'autres aliments. Indépendamment de ces causes de perle, que l'expert doit pren- dre en considération quand il estime la valeur fertilisante laissée au fond par la consommation des aliments concentrés, il y a d'autres motifs, exposés par Vœlcker, pour regarder les chitTres calculés par M. Lawes dans son tableau comme beaucoup trop élevés, sous le rapport de la valeur commerciale de l'engrais'. Ainsi, les composés azotés qui passent dans les déjections du bé- tail à l'engrais ne se trouvent que partiellement à l'état de sels ammo- niacaux, mais surtout sous forme de combinaisons organiques, moins faciles à décomposer que les sels ammoniacaux et, par conséquent, ils représentent un prix plus réduit que le sulfate ammoniacal. D'autre part, le cours de 1 fr. 80 c. adopté par M. Lawcs pour le kilogramme d'ammoniaque n'est pas exact, lorsque l'ammoniaque est étendue dans un engrais volumineux, chargé d'eau, comme le fumier. Il s'ap- plique seulement à l'ammoniaque dans des engrais concentrés, d'un transport et d'une distribution sur le sol relativement moins coûteux. 1. On the theoretical and pracl/ca! value of purchascd/ood. etc. ISTO. 24 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Quoique évalués exactement comme valeur en argent , par M. Lawes, les divers articles d'alimentation concentrée, sous le rap- port de leur valeur fertilisante, doivent subir, dans la pratique, une correction que M. Lav^-es a estimée à 20 p. iOO, mais que Vœlcker estime entre 30 et -40 p. 100, lorsqu'il s'agit de fumier de cour. D'ailleurs, l'analyse d'un aliment ne suffit pas pour éclairer sur sa valeur économique effective. Il n'y a rien, par exemple, au vu de l'analyse comparative des tourteaux de lin et de colza qui révèle une différence sensible dans leur valeur comme engrais. La teneur en huile est à peu près la même ; le tourteau de colza qui renferme un peu plus de matières albuminoïdes, vaut pourtant 100 fr. de moins que le tourteau de lin, par 1 000 kilogr. Il est vrai que le tourteau de colza vaut autant que le tourteau de lin pour le jeune bétail, et comme aliment complémentaire pour les vaches laitières, mais il est généra- lement considéré comme inférieur au tourteau de lin, quoique plus cher, quand il s'agit d'engraissement. Les motifs sont manifestes, si l'on songe que l'art de l'élevage des animaux pour la boucherie consiste à les nourrir le moins longtemps possible à l'aide d'une ration choi- sie, bien préparée et facile à digérer. Or, les bœufs mangent le tour- teau de lin avec goût et en grande quantité, tandis qu'ils ne consom- ment le tourteau de colza, d'une saveur amère et acre, ({ue pour leurs stricts besoins et n'en tirent pas le même parti ; de telle sorte qu'en fm de compte, le tourteau de hn, qui vaut plus cher, est plus économique que le tourteau de colza pour l'engraissement du bétail en vue de la boucherie. Entre le tourteau de coton décortiqué et le tourteau de coton à graines entières, la dilTérence sous le rapport fertilisant est plus grande que celle entre leurs prix de vente respectifs, et la valeur nutritive supérieure du tourteau de coton décortiqué n'apparaît pas d'après le prix commercial. C'est qu'en effet, ce tourteau est trop riche en com- posés albuminoïdes pour les animaux herbivores, et, par conséquent, trop indigeste pour être consommé comme l'est le tourteau de graine de lin. D'ailleurs, les balles de la graine de coton qui ne jouissent intrinsèquement d'aucune valeur nutritive, quand ehes sont réduites en poudre, jouent le rôle d'agents de dilution par rapport à la graine elle-même et augmentent l'effet nutritif du tourteau non décortiqué. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D' A. VOELCRER. 25 De plus, les bulles ligneuses renfermenl un principe aslringenl utile pour le bétail en pâture aux époques où le relâchement est IVcqucnt, ou pour celui qui, nourri d'une manière trop succulente, est sujet à la diarrhée. Dans ces deux cas, le tourteau de coton à graines en- tières, de fabrication anglaise, agit comme médicament. Ces exemples suffisent pour montrer que la valeur commerciale des aliments et, à plus forte raison, la valeur en argent des engrais résultant de leur consommation, est soumise à des correctifs prati- (jues, en dehors de ceux que révèle l'analyse. 11. — Aliments. Dans le livre II consacré à la plante, nous avons examiné suc- cessivement, sur base des analyses adoptées ou directement exécu- tées par Vœlcker, la valeur nutritive comparée des parties de végétaux qui servent à l'alimentation des animaux de la ferme. C'est ainsi qu'a été déterminée compai'ativement la valeur nutri- tive des avoines blanche et noire ; des pailles des céréales (froment, orge et avoine) ; de la paille de froment fermentée, des grains de millet, de sorgho et de dari ; des légumineuses (pois et fèves), des plantes fourragères à racine alimentaire, telles que les mangolds et leurs pulpes, la betterave disette, le panais, la carotte blanche, les raves et les rutabagas (tubercules et feuilles), la courge et le chou- rave ; des plantes fourragères non légumineuses : chou cultivé et chou-fleur, navette d'hiver, moutarde blanche, seigle vert et maïs- fourrage ; des plantes légumineuses des prairies arlificielles et natu- relles et de leur foin ; des fourrages verts ensilés ; enfin, des pro- duits d'arbres et de quelques plantes industrielles comprenant le sorgho et la betterave à sucre, ainsi ([ue la pulpe des sucreries. Il nous paraîtrait superflu, en conséquence, de revenir ici sur une étude déj.à faite et sur des conclusions ipii ont trouvé leur place naturelle en regard de la composition chimique et du dosage des i-endres des plantes énumérées, et nous réservons pour un examen détaillé dans le présent livre, les autres produits livrés, en dehors de l'avoine, de l'orge, du mais et des fèves exotiques, parle com- merce ou l'industrie, pour l'alimentation du bétail. Ces produits, 26 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. exporlés pour la plupart des pays étrangers en Grande-Bretagne, peuvent se classer : '1° en graines, fèves et tourteaux de graines oléa- gineuses ; 2° en farines et déchets de mouture, résidus industriels et préparations diverses. A. — Graines et tourteaux. Graine de lin. — La graine de lin est spécialement riche en ma- tières grasses déjà formées et en matières azotées, comme le montre sa composition chimique : Humidité 7 .50 Huile. 34.00 Composés azotés 24.44 Composés noa azotés 30.73 Matières minérales (cendres) 3.33 100.00 Les cendres renfeiment des phosphates utilisahles pour la forma- tion des os ; de telle sorte que la graine de Un se prête admirable- ment à l'alimentation des bêtes jeunes et à l'engraissement des bêtes adultes. Il peut y avoir quelque divergence dans les avis des engrais- seurs quant à la préférence à accorder à la graine par rapport au tourteau qui renferme des matières azotées en plus forte propor- tion ; mais pour l'engraissement, il ne saurait y avoir de doute. La graine contenant beaucoup plus de corps gras tout formés, offre l'avantage sur le tourteau que ces corps n'ont subi aucune transfor- mation défavorable, surtout par la chaleur. Tandis qu'elle possède une saveur agréable et appétissante, le tourteau, à cause de l'huile rance dont il est imprégné, est souvent refusé par les animaux. En outre, les substances albuminoïdes et mucilagineuses sont plus solu- bles que dans le tourteau et plus digestibles. Réduite en gelée, la graine de lin est employée utilement pour sevrer les veaux qui s'en délectent. A cet état, quand on la mélange avec de la paille hachée, de la farine et des turneps en rondelles, elle constitue un des meilleurs mélanges pour l'engraissement. Il n'y a qu'une précaution à prendre en recourant à cet aliment, c'est de ne pas excéder la proportion de graine qui amène le relâchement des animaux et s'oppose à l'engraissement rapide. Le tourteau ren- TRAV.A.U.\ ET EXPÉRIENCES DU D*" A. VOELCKER. 27 fermnnt moins d'huile que la graine, peut être donné sans inconvé- nient à beaucoup plus forte dose. Farine de graine de lin. — H y a lieu, pour l'éleveur, de ne pas confondre la farine de graine de lin avec la farine de tourteau de graine de lin. La graine, écrasée ou moulue, renferme de 30 à 3S p. 100 d'huile, tandis que la farine de tourteau en contient en moyenne de 10 à 1:2 p. 100. On n'en trouve pas moins dans le com- merce de la farine de graines traitées par le bisulfure de carbone, pour épuisement delà matière huileuse, et qui renferme de 3 à 4- p. 100 seulement d'huile ; mais alors cette farine ne saurait se débiter à des prix comparables, sans donner lieu à une coupable fraude'. La farine de graine traitée par le bisulfure de carbone, devenue un article d'exportation de l'Amérique et des ports du nord de l'Al- lemagne, a été analysée par Vœlcker sur un certain nombre d'échan- tillons de diverses provenances. Le tableau CGXX réunit plusieurs de ces analyses. TABLEAU CGXX. Composition de farines de graine de lin épuisée par le sulfure de carbone. Humidité 1879. 18! II. 50. lit. I. 12. GO 3.50 31.93 30.72 9.80 5.45 10.15 2.80 29.25 39.67 11.83 6.30 11.15 2.15 30.75 38.43 11.07 6.45 Huile Matières albuminoïdes ' Mucilage, sucre et fibre digestible Cellulose Matières minérales 1. Contenant azote 100.00 100.00 100.00 5.11 l.GS 5.92 Sous le rapport économique, c'est la matière grasse, prête à l'assimilation, qui constitue l'élément essentiel des graines oléagi- 1. Aiinuaf report, etc., for 1879. 28 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE, neiises pour la nourriture et l'eng-i'aissement des animaux ; quand la teneur s'abaisse aux environs de 3 p. 100 dans la graine, il im- porte de décompter de 40 à 50 fr. par tonne sur le prix courant du tourteau de lin pur et de n'acheter la graine moulue qu'en raison du mucilage et du mélange utile qu'elle fournit dans la ration ^ 1. — Tourteau de lin. Le tourteau de graine de lin est fabriqué en Angleterre, mais il y est importé également en provenance de France, de Hollande, de Belgique, d'Allemagne, de Russie, d'Italie, d'Amérique et d'autres pays. Il est de beaucoup préféré et plus largement employé que le tourteau de colza pour l'entretien et l'engraissement des animaux, moutons et bœufs. Le tourteau anglais se cote sur le marché à un piix plus élevé que les autres, parce qu'il est plus pur et en meilleure condition ; il y a toutefois peu de différences dans la composition chimique qui justi- lient un écart de prix entre les tourteaux anglais et américains, par exemple. Si les produits anglais renferment un peu plus d'huile, on peut dire, comme pour les tourteaux américains, qu'ils sont généra- lement secs, exempts de moisissures et d'odeur rance et qu'ils possè- dent une saveur douce et agréable. Leur fabrication est évidemment plus soignée que sur le continent où le degré de température pour l'extraction de l'huile est le plus souvent élevé, au détriment de la saveur et de la valeur du résidu. En outre, la production est limitée en Angleterre et possède un débouché avantageux; le tourteau anglais, comme le tourteau américain, est bien moins falsifié par l'addition de graines oléagineuses autres que celles du lin. Le tourteau de hn renferme relativement peu d'eau, 12 p. 100 environ, tandis que, comme on l'a vu dans le tableau CCXVIII, la proportion d'eau dans les choux, les mangolds, les rutabagas, etc., excède 87 et 88 p. 100. Le turneps ordinaire renferme de 90 à 92 p. 100 d'eau, et au delà dans les racines de grosses dimensions. Si la teneur en fibre ligneuse du tourteau de lin est de 14 p. 100 environ, celle en huile s'élève à 10 et 12 p. 100 et les matières 1. Aiinual report, etc., for 1880. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU d'' A. VOELCKER. 29 azotées propres à former la libre musculaire, doseiil de 2-4 à 27 p. 100. Le tourteau de lin se prête donc à deux fins, c'est-à-dire à l'engraissement et à l'augmentalion du poids vif de l'animal. Vœlckera publié l'analyse de tourteaux de lin anglais, comparée à celle de tourteaux américains, choisis à peu près au môme état de siccité et de bonne conservation : TOURTEAUX av. LIN auglais. américaiaa. Eau 13.20 11. Gi Huile 10.30 10.13 Fibre ligneuse 12.90 11.20 Composés albiiiiiliKtïdos (plastiques) 29.75 24.01 Mucilage, gomme, etc. (respiratoires) 28.23 31.44 Cendres (matières minérales) 5.G2 5.22 100.00 100.00 ComposUion des cendres. i'iiosphates de chaux et magnésie 2. "S 2.90 Sels alcalins 1.S6 1.90 Sable et silice soluble 0.98 0.42 5.62 5.22 La Russie et l'Inde sont les pays producteurs par excellence de la graine de lin. Le commerce des ports de la mer Noire est principa- lement entre les mains de maisons grecques, tandis que celui des ports de la Baltique (Pétersbourg, Arkhangcl, Riga, etc.), comme des ports de l'Inde (Bombay et Calcutta), est fait par des maisons anglaises et allemandes. La graine de lin, ti^iée et nettoyée, renferme encore jusqu'à 4 et 5 p. 100 de petites graines étrangères, mais à cet état elle peut pas- ser pour être pure, au point de vue de la fabrication de Tliuile et des tourteaux alimentaires. Le tableau GGXXII (page 34) reproduit l'analyse de graines de lin de diverses provenances prélevées sur des échantillons de bonne qualité. Indépendamment des différences de teneur en huile et en matières azotées de ces diverses graines, on peut dire que la graine exportée de la mer Balti(iue, notamment de iMorslianski, a une enve- loppe plus tendre, des dimensions plus petites et fournit des tour- teaux plus nourrissants que celle de l'Inde. La graine de Bombay est 30 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. moins colorée que celle de Russie et devient moins gélatineuse quand on la traite par l'eau \ Vœlcker a déterminé non seulement la proportion d'impuretés dues à des graines étrangères, mais les espèces de graines que ren- ferme le produit commercial importé en Angleterre. C'est ainsi qu'il a trouvé, comme graines adventices, dans la graine de lin : TABLEAU CCXXI. — Proportion d'impuretés dans la graine de lin du commerce. p. 100. De Bombay (ordinaire) 4. 50 — d" qualité) 1.70 De la nier iS'oire, n" 1. . > . 20 — n° 2 12 — n° 3 19 D'Odessa 12.50 De Morshanski 7 De Télersboiirg (f^ qualité) 3 De PéterbQurg Rijefif (ordinaire) 4,1 — — (2« qualité) 43.50 — — (3* qualité) 70 De Riga (qualité moyenne) 35 — (à broyer, n° I) 42 — ( — , n» 2) 49.50 On ne peut qu'être surpris de voir livrer, par le commerce, de la graine de lin renfermant au delà de 25 à 30 p. 100 de graines ad- ventices ; mais il a été constaté que les graines provenant du net- toyage des qualités de choix sont ajoutées après coup pour permettre d'écouler des graines de lin de deuxième et de troisième qualité. Parmi les graines impures, Vœlcker a déterminé au microscope les espèces suivantes : 1 . Brassica râpa (rabioule) et 2. Sinapis glauca (moutarde jaune), qui donnent au tourteau un goût piquant de turneps. Les graines de navette de l'Angleterre renferment 18.5 p. 100 et celles de l'Inde J9.43 p. 100 de matières azotées; 3. Sinapis arvensis (moutarde des champs, ou rouge) et 4. Sina- pis alba (moutarde blanche). Ces deux moutardes, parla digestion 1, On l/ie characlers of pure and mixed linseed cakes. Août 1872. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D"" A. VOELCKER. 31 dans Teau, produisent des huiles cssenlielles très acres. Les cuticules qui ressemblent à celles de la navette, se distinguent au microscope par leurs cellules de forme hexagonale. La moutarde des champs renferme : Azote 3.99 Égal à matières albuminoïdes 2i.'J3 Matières minérales ô.lS 5. Camelina saliva (cameline cultivée) ; graine d'un jaune vif ipii ressemble à celle du cresson ; elle abonde dans la graine de lin venant de la Baltique et donne au tourteau de lin un goût alliacé très désagréable. Sa teneur en azote est de 3.4G p. 100, équivalent à 21.0:2 de matières albuminoïdes ; 6. Cîcscuta cpilinum {cnscule du lin), petite graine ronde, sale et (l'un brun verdàtre, parasite du lin ; 7. Limim calliardcum (lin cathartique) ; graine jaune, luisante, purgative ; 8. Agroslemma githago (agrostemme niellée) ; graine farineuse, en capsules ovoïdes, à épiderme strié de noir ; elle renferme 2.56 p. 100 d'azote, correspondant à 16.01 de matières albuminoïdes, et icnd la farine malsaine ; 9. Viula Ivicolor (pensée) ; 10. Miliiim effusum (millet commun) ; 11. Centavrea cyanus (centaurée bleue ou bluel) ; graine grise, soyeuse, avec pappes d'un blanc sale ; elle dose 2.21 p. iOO d'azote, é(piivalent à \^À\ p. 100 de matières albuminoïdes; 12. Ccnlaurea nigra (centaurée noire) ; \o. Uunicx acetosella (rumex petite oseille); graines petites, triangulaires, d'un brun jaunâtre ; diverses autres espèces de rumex sont également mélangées ; 14. CItenopodium (ansérine) ; graine fine, noire, luisante et dure, renfermant 2.56 p. 100 d'azote, égal à 16.01 p. 100 de matières albuminoïdes ; 15. Leontodou taraxacum (faux pissenlit) ; \^\. Rnphanus raphanislrum (radis sauvage); graine très Acre qui donne un goût désagréable au tourteau ; 17. Gallum aparine (gaillet gratteron) ; 32 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 18. Lolium temidentum (ivraie enivrante) ; grande graine, analo- gue à celle du ray-grass, qui possède, dit-on, des propriétés spéciales causant le vertige, les vomissements et l'ivresse. Elle dose 1.89 p. 100 d'azote, égal à 11.81 p. 100 de matières albuminoïdes ; 19. Lokis (lotier) et autres graines des papilionacées ; 20. Spergula arvensis (spargoule des champs) ; graines petites, rondes et uniformes, rudes, d'un noir terne, contenant ])eaucoup d'amidon. Ces graines donnent une odeur particulière de moisi ou de cage. L'analyse indique pour leur composition : Eau 12.53 Huile 10.19 Matières albuminoïdes ' 5.62 Amidon et fibre digestible 59.13 Cellulose , 8.8G Matières minérales 3.67 100.00 1. Contenant azote 0.90 '^l. Pohjgonum aviciilare (renouée aviculaire) ; graine brune, finement striée et pointillée ; très commune dans la graine de lin impure ; 22. Polygoiiumconvolvuliis (renouée liseron) ; graine triangulaire, semblable à celle du sarrasin, mais plus petite ; 23. Polijgonum fagopgnim (sarrasin) ; grain farineux, abondant dans certaines variétés commerciales de graine de lin ; 24. Trifollum (trèfle) ; graines de diverses espèces de trèfle. L'examen botanique conduirait à déterminer beaucoup d'autres graines que celles qui viennent d'être énumérées, et ne ferait qu'al- longer la liste. Les caractères de la graine de lin, pratiquement piire, sont faciles à fixer. En maintenant dans 100 grammes d'eau chaude, 5 grammes, par exemple, de graine de lin et en l'agitant de temps à autre, on obtient au bout d'une heure une gelée épaisse qui a une saveur et une odeur agréables. L'eau n'est colorée qu'en jaune clair, et la solution est neutre au papier de tournesol. Si l'on fait bouiUir un peu de tourteau en poudre dans l'eau distillée et qu'on laisse refroidir en plongeant dans l'eau froide, on ne voit aucune réaction se produire, TIIAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D'' A. VOELCKEU. 33 saut une légère coloration verdâtre, par l'aildiliou de qiiel(|iies goiitles d'une solution iodée. Il n'y a donc pas d'amidon dans le louileau de lin pur. Dans le tableau CGXXIl, Vœlcker a groupé un choix d'analyses do tourteaux de lin, classées suivant la teneur en matières albuminoïdcs, pour répondre à la demande souvent faite : quelle est la composition d'un tourteau de lin pur ? Le tableau montre qu'il ne peut être répondu catégoritiucinent à cette demande ; d'autant plus (jue par l'introduction d'autres matières à bon marché, riches ou pauvres en matières azotées, en matières grasses et en amidon, on arrive à imiter exactement la composition centésimale du tourteau pur, de façon à défier l'analyse. En règle générale, les tourteaux venant de Pétersbourg ou de Riga sont plus riches en albuminoïdes que ceux fabriqués avec la graine de Bombay, et les tourteaux obtenus à l'aide des graines de la Baltique ont une couleur plus foncée et deviennent plus gélatineux. Dans les tourteaux de Bom'bay, la graine est mieux figurée, étant plus grande et ()ourvue d'une enveloppe plus résistante. Beaucoup de tourteaux américains sont fabriqués avec de la graine de lin de Bombay ; quand ils sont expédiés en barils, ils arrivent dans un bien meilleur état de conservation que ceux emballés dans des sacs. De- puis l'emploi de presses plus puissantes pour l'extraction de l'huile, les tourteaux américains sont plus minces et moins riches en matière grasse. Les tourteaux de Marseille sont également trop fortement compri- més et plus pauvres en huile ; mais ils se gardent bien et pourvu qu'on les concasse suffisamment, ils constituent un excellent aliment dans lequel la graine a été nettoyée. Les tourteaux de Hongrie et deNaples renferment beaucoup d'im- puretés sous forme d'avoine sauvage et de graminées diverses, mais, leur bas prix et leiu- bon état font qu'ils sont recherchés comme étant économi(pies. Accidents dus aux lotirtcaux de lin. — Dans la plupart des cas où des accidents ont été attribués aux tourteaux, il a été difficile de déceler des ingrédients nuisibles à la santé du bétail, mais en revan- che, on a pu facilement constater que, sans exception, les tourteaux ANN. riGIENCE AUliON. — 1887. — I. 3 34 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIOUE. O) •05 O N d m a a ai ai a> u > « S >, o en o t3 e8 o Sh 0) > 0) C o O a o u X X u u t) M m E-" ^^"' II z ^r- '*^™' co _ --0 O 1 1 j 5^ co cô O s co O co Hi 1 en l ce 1 -HÎ 'M co Ot) -* co o co CD 1 Ci A 1 ^ ^ (N CM iH o co '-' 2 1 oo o co tH CO ^ o î>- -< / t^ N Cl O CO Ci o Ci -O s Q 1 '>j -H -+< tH tM co o Ci Ci l 1 iH tH (M co i-( o iH co ^H 1 œ o O tH O co O >^. CM M -< o co' te eo «5 O o co OI co ^ 1 -* »-< n co ^H o co 04 ^H , • 1 QO ..o co CO -o O S 1 i'- ô c» n •<1< O. t.- O n m s: il^ os Ci co ta co t.- o ^'" ~^ • O -s: i S ( -M Ci co ira co o o co Ol CO o < \ t-< tH M ■M tH o -* M S ^ ■M :o t* CO ri O o >( » m 00 ■* t^ -* o Ol -« co co 3 W co co 00 >o «-1 in o . \ co 1 i-H iH (N O-l r-i IH -# o ri ■* t- —, ira ■<* o r- *c J -* ta 00 c^ 00 ^ o r^ r^ aï o \ z J <; J n lO t» co -* lO o ^ O 3 O tH ^H (M (M ^H o ■^ -' eo •* * iH ai o Ci co ..^ — f 1 wJ w lO 00 oi »o co o 1 »H W rj M r-< o •* ^ ' •H ■M rï -J3 -H ,_, co o 1 Caj O CO rH (M Ci t— o — r.- ce th' o T-4 CO i-l 00 o Ci t.- S au iH tH CO ■M tH o -* rH iH , - ^ «O >n eo ■* o 09 co co T~( o Oî œ i ï>- (M O co -* co co o co CO <; 1 rH i-t co !N tH o ira O '-n J / — . — . .-H ^ 1 —1 «r> r-( O Ci co o ^ 1 O co O t* iH t^ co 00 t^ un ^ ! r^ n in cg n CO oj ■* lO o M j~i f-( co M y-t o ira o r . »H ^ , to => o o 04 •M o ts " 6« iS 00 lO tH O Ci o co -f kO < CO o . tH tH co •n iH o •*' tH co o t- o T-i ■M u ■^ o cô co o tH CO i- ii-: iH W co co o in 11 .H 3 ^' i • -^ ^H co CD co •<3* o — . C X- OJ 00 o O o o Oi •O O ANGU Grai russ ce -^ tH co O in o (M Ci H iH ^ co c>» r^ o >n d . -K t~ ôâ 03 / ■* Ci ^ iTÎ 00 o o t* ■H< ^ \ ■>? . ■*! ira ^ C M- t^ cô t^ C5 -^ 1 ^ ^ co M o in iH O / »H S ^ O ri T-l ira -t co o 1 c- «o co ira Ci co o in CO iH c- rH lO ir *-< m' o co t- < \ tH co o 1 1~* o lÔ d , ■■^ ^^ ^ a •« -' o 3 DQ t4 » .û (G S «n M • • o .9 '•3 S (S a "es o 3 S 3 "3 "^ tH N c« o £ "a C5 w. s ra i4 S- a a a C9 .M je © • rH 00 "s' OT O ;2 a tu a o a œ o i S 3 te ^ rt O U K S 1^ S o f<; — ' oi TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D*" A. VOEF-CKER. 35 avaient élé trop pressés, quelquefois plus durs que du bois, el (ju'ils étaient privés d'huile. C'est le résultat des machines perfectionnées employées dans les moulins à huile, et qui était hien moins fréquent autrefois. liCS tourteau.\ imi»régnés d'huile ne sont pas seulement plus nu- Irilifs et plus appropriés pour l'engraissement, mais encore plus tendres, plus aisément concassés et assimilahles, en raison mémo de leur teneur en matières alhuminoides. L'élatdc division mécanique du tourteau doit être pris en sérieuse considération el il importe heaucoup que les produits trop durs soient très finement brisés, voire môme, réduits en farine, afin de prévenir les cas d'indigestion et d'inflammation, si funestes pour le bétail \ En regard de trois tourteaux de qualités moyenne, bonne et supé- rieure, le tableau CGXXlll montre la composition de tourteaux trop TABLEAU CCXXIII. — Composition relative des tourteaux de lin purs et huileux et des tourteaux trop fortement pressés. Humidité TOUUI 11 moyen. 1 CKAUX UILBUX bon. •2 PI RS supi';- riour. o TOUKTK vrx PURS TROP PRI :ssi';s. .s 1 5 6 7 13.25 10. a3 32.06 30.80 8.26 Ô.30 12.44 12.16 29.56 31.18 8.67 5.99 12.06 13.76 29.31 29.96 10.13 4.78 12.02 6.76 31.75 33.62 10.37 5.43 11.03 7.93 27.31 35.99 7.16 10. OS 12.10 7.37 28.31 36.13 9.:;9 6.40 11.01 6.33 .12.94 .35.07 8.90 5.75 11.10 6.85 25.8? 36.82 10.73 8.65 }luilc M.atières alImminoiMcs ' Mucilage, sucre e: fibre digestible. Ci'lliilose (fibre iu'ligpsliblc. . . Al.itières rniuérales (cendres) - . . 100 00 100.00 100.00 100.00 100.00 100.00 4.53 1.35 100.00 5.27 0.1.5 100.00 LU 3.65 5.13 4.73 1.29 i.(;o 0.64 5. os 0.19 4.15 4.74 2. (Contenant sable 0.40 pressés, pauvres en huile et d'autant plus indigestes ([u'ils tiennent plus de matières alhuminoides. 1. Annual report etc., for 1883. Avril 1881. 36 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE, 2. — Autres tourteaux alimentaires et de mélange. Les lourl.eaux oléagineux (jui se consomment en plus grandes quantités pour le bétail, après ceux de graines de lin, sont les tour- teaux de colza, de colon et de noix de palme. Le tourteau de lin jouit auprès des fermiers d'une supériorité marquée sur les autres ; le tourteau de colza est l'objet d'importations considérables en Grande-Bretagne ; celui de coton également, en provenance d'Amé- rique, Deux autres tourteaux, ceux de pavot et de moutarde, sont moins régulièrement offerts sur le marché ; mais l'importation du tourteau de noix de palme a pris dans ces dernières années un grand développement. Pour établir la composition moyenne de ces divers produits, Vœlckcr a réuni les analyses qu'il a faites personnellement de nom- breux échantillons de diverses provenances, à celles publiées par les chimistes Way et Anderson\ Au sujet du tableau CCXXIV qui offre la composition moyenne des six touiteaux, Vœlcker fait remarquer TABLEAU CCXXIV. — Composition moyenne des tourteaux oléagineux. TOURTEAUX DE GRAINES TOIRIKU' <\i' noix do pahne. de lin. de colz i. de pavot. de coton. (le mou- Uiido. 12. -11 12.79 27.28 41.. 36 6.13 10.08 11.10 29.. 53 40.90 7.79 11.63 5.75 31. 4G 38.18 12.98 11.19 9.08 25.16 48.93 5.64 11.90 6.09 23.48 52.11 5.79 10.8» 10.37 18.09 56.85 3.81 Huile ( Hydrates de carboue . . Matières non azotées ( ( Matières minérales . . . 100.00 100.00 100.00 100.00 100.00 100.00 que les différences de teneur pour l'huile et les substances azotées sont souvent plus grandes dans les tourteaux fabriqués avec la même graine que dans ceux obtenus avec des graines différentes. H n'est pas rare que le tourteau de lin qui sert de type et dont la 1. On the cheinistry of food, etc., p. 1 1. TRAVAUX ET EXl'ÉRIENCES DU D'' A. VOELCKER. 37 m teneur moyenne en liiiile est indiquée dc12.7y p. 100, renferme moins (l'huile que le tourteau de colza dont le dosage moyen est seulement de 1 1 .10 |). 100. II importe donc de ne point attacher trop d'impor- tance, poui' estimer la valeur nutritive des tourteaux, à des dilTéren- ces que révèle l'analyse, mais que la pratique ne sanctionnerait pas. A. — Tour/eau de colza. Ce tourteau, quand il est de bonne qualité, contient à peu près autant d'huile et plus de matières azotées que le meilleur tourteau de lin. S'il n'est pas supérieur au point de vue chimique, du moins est-il également nutritif, et pourtant, d'après les résultais des éle- veurs conipélcnts, le tourteau de lin est recherché comme plus avantageux. Les motifs de cette supériorité sont faciles à découvrir. En premier lieu, le tourteau de colza aune saveur prononcée, acre, pour letpiel le bétail n'a point d'appétence et l'appétence de l'animal, bien qu'on puisse plus ou moins la gouverner, est un signe de la convenance de l'alimentation qui lui est fournie. En second lieu, riiuile de colza qui a une odeur naturelle désagréable, se rancit fa- cilement et le toui'teau n'est plus mangeable. Troisièmement, le tourteau de colza renferme plus du double de fibre ligneuse non digestible. Enfin, le tourteau de lin est beaucoup moins frelaté par l'addition d'autres graines, telles que la moutarde, le sénevé, etc., qui ont un goût amer et acre, ou des propriétés parfois toxiques. Le tourteau de colza est souvent détérioré par la graine de mou- tarde. En France, en Belgique et en Allemagne où la culture du colza se fait en grand, les champs sont parfois infestés par la mou- tai"de que l'on n'arrache pas, puisqu'elle donne aussi des graines oléagineuses. Ce mélange qui n'affecte pas autant les moutons, est nuisible au gros bétail. Le tourteau de colza exempt de graines étrangères cons- titue au contraire un aliment précieux et économique. Le meilleur est expédié d'Allemagne; celui de l'Inde, à cause de la présence de la moutarde, n'est guère vendu que comme matière de mélange frauduleux avec le tourteau de lin, comme matière de préparation pour les rations alimentaires, et le plus souvent pour engrais. 38 ANNALES DE LA SCIENCE. AGRONOMIQUE. Dans le tableau CCXXV figurent les analyses de trois tourteaux de provenances différentes ; le 11° 1 s'applique à un tourteau de fabrica- tion anglaise, avec de la graine renfermant un peu de moutarde et d'autres impuretés, puisque la proportion de sable y excède G p. 100. Le n° 2 représente un tourteau allemand (Rûbsen cake) d'excellente qualité, comparable au tourteau de lin sous le rapport des matières azotées, mais moins riche en huile. Le n° 3 venant de l'Inde, se rap- TABLEAU CCXXV. — Composition de tourteaux de colza de diverses provenances. Eau ANGLAIS. 1 ALLEMAND. 2 INDIKN. 3 9.14 10.84 28.31 25.84 11.16 14.71 10.82 8.72 33.81 28 . 05 11.49 7.10 12.07 10.31 34. 12 29. 15 7.38 G. 97 Huile Matières albuminoïdes ' '. . Mucilage, sucre et libre digestible. Cellulose (fibre indigeslible) Matières minérales ^ 1. Contenant azote 100.00 100.00 100.00 4.53 G. 15 5.41 0.52 5.4G 0.75 2. Contenant sable proche par sa composition du n" 2 ; mais la graine de moutarde y est si abondante que de 100 grammes on a pu extraire assez d'huile essentielle pour convaincre les plus incrédules du danger de cette nourriture. Du reste, ce même tourteau causa la mort de trois bœufs qui en avaient consommé une faible quantité, en même temps que d'autres aliments \ B. — Tourteaux de coton. L'importation des tourteaux de coton américains, depuis trente ans, a augmenté considérablement les ressources en ahments con- centrés dont disposent les éleveurs et les engraisseurs de la Grande- 1. On Ihe characters of pure and mixcd linseed cakes. Août 1872. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D"" A. VOEI.CKER. 39 lU'ctagnc; elle a engagé les industriels anglais à fal)ri([uer égaleincnl (les loiH-tcaux avec des graines enlières importées d'Egypte et de l'Asie. La graine du cotonnier (Gossypium barbadenae) rpii se cultive en grand dans les États-Unis du sud, l'Inde, la Cliinc, l'Egypte et l'inté- rieur du continent africain, etc., donne une huile colorée en brun Ibncé, demi-fluide et d'une odeur agréable, qui, lors(|u'elle a été épurée, se prèle aux mêmes emplois que les autres huiles. La déco- loralion do l'huile brute de coton offre certaines difficultés qui font que l'on renonce dans beaucoup de localités à l'extraire, et que l'on rejette les graines, quand on ne les convertit pas en engrais. Au début des imporiations des tourteaux de coton de Saint-Louis et de la Nouvelle-Orléans, l'état du produit était tel, par suite de la fabrication défectueuse et du long emmagasinement, ijue le débit fut pendant quehpie temps impossible. Non seulement les tourteaux étaient humides, acides et moisis, mais ils renfermaient pour 5 à G p. 100 d'huile, plus de 30 p. 100 de fibre ligneuse résultant de l'enveloppe dure et colorée de la graine, non digestible. Depuis lors, le coton a été décortiqué et mis en tourteaux épais ou minces ; le tourteau à graines enlières non décortiquées a été mieux préparé, et on l'a concassé pour favoriser le débouché auprès des fermiers. Aucun tourteau, dans le commerce, n'offre des variations aussi grandes que celui de coton par rapport aux principes actifs de la nutrition ; il est indispensable d'en déterminer la composition pour guider les éleveurs dans la formule des rations qu'ils donnent aux animaux. Les analyses ([ue Vœlcker a faites des tourteaux de coton décorti- qué, en gâteaux minces et épais, des tourteaux de coton à graines entières et des tourteaux décortiqués, mais réduits en farine gros- sièie, sont groupées dans le tableau CGXXVI \ Tonrlcaux de coton décortique {gâteaux minces). — Ces tourteaux de même forme et de même épaisseur que ceux de lin, venant éga- lement des Etals-Unis, ont une couleur jaune faible, une odeur peu 1. Report on Ihc compnsifion and nufrWve valut- of col ton cal;e. Décembre ISôS. 40 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. a o o u -o M 03 S '■H « u O 03 -a X 03 ■4-> U S o U3 03 T3 en o B o u > X! Xî u u ta < pq H . / -^ —1 o co -" iH „ -M = « 1 tv (M b- (M co 00 to O -r ta S s ^H O O O c£> m ti- o -^ a s a « x; ■? =r 1 ï-4 ■H ^ w o 5 ■2 -s ( rH < o i O C5 W tH ■^ UO O li, ii S j ^ CO 00 IN ^ t^ o -H -= -OJ f -O O ■^ ' iH Ci -H O l>- o o t- ^^ t^ :ri - 31 71 -^ ÇC >o .-1 ÔD 00 <=> o O O Ci i-H 00 iâ o ■S) l-» îû •il lO CO OS CO c ce co !>• xCi zo t^ o ■rfl ce CD 7-1 b - -^ ;s o co a s . = N OI M o —1 -£i I - -X î^ C^ (7-1 O' -# o Oi >n œ O o t^ CO CD »H ro (M ç3 ta CO d r Cj rH <>» co w o CO ^ l ■S V O r^ t - -M o Ci Ci /— = O CO i>- Ol o O iH «u / 'M T-* Ci c^ \ »H 'M •O in O Cl to o • î a Ô s T-* ■M IM ,H => ■* d U 1 - -"• ^ C -M CO iO tH c 2 f lO W -JD -X Ci co S^ ce -o - o ■ \ ■M (M -M o co *H co -4 -r> "^ 4, „ O ^ co — / o CO co 1^ -^ co o co •ï L O Ci ^ ^ o o H. l 1-4 C5 ■: co O o t- o f ~ ^ ^ rH tH o co o 2. , m lO -1 >C O -« o •ë :S i •>ï o m o -J cri o co ^ ( C5 o H< W 00 oo' t-^ o a a e \ -H w -1< -H o d ^ 11 t-< S c" .o o i.O (M •o o ■^ C3 'M o -M -f O o o co C= 00 • o ^ œ 00 co <:> o = I ; K e r-( -il iH o d S= iH u CJ (^ - co r- w m O o '-H >0 rt C5 t- •* O ICÎ co r— C~ 0-1 85 t* Ci 'f Ov) t~ 00 O r r^ »! 00 t^ d - w CO œ> (M -f -f M o ^^ 1-1 t^ -¥ co' -li -H 00 o o Ci d 'U » c s -^ 'H 7" u SI te S" CI •4^ 3 ^^ ^ o O o ce •3 ,.' M a C ÏO CJ .î? V *r « 3 '-3 a o o o 1 tn 09 o cr 'S. cT o V o '/. , a o es .. 6 5 c^ o "H. ^ ■« g ic 3 S- co 3 S a S i a 2 o "cï a c» 00 cS Si C ^ œ cT 03 a 3 M P^ ÎX ■ ^ &ri ~ B a (U o o Pî e!i a a ~) T^ '3 o c! . a a f^ e 1^ TH f>\ — ___ — ^ — TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D"' A. VOELCKER. 41 sensible et une saveur indillérenlc. On y aperçoit çà et là desfibriles de colon et très peu d'enveloppes de graines. Mis en poudre grossière et mélangé avec de l'eau, le tourteau de coton ne devient pas géla- tineux comme le tourteau de lin, et n'exhale aucune odeur piquante comme le tourteau de colza ; il renferme en effet peu de muci- lage et aucun principe susceptible de développer une huile essen- tielle. Le bétail s'habitue très hien au tourteau de coton, même s'il est habitué à consommer le tourteau de lin. Les analyses n"M à 8 du tableau CCXXVI montrent que le tourteau de coton décortifjué renferme près d'un tiers en plus d'huile, par rapport à celui de lin ; mais la teneur en huile offre jusqu'à des variations de 5 à p. 100 entre les divers échantillons. De même, le tourteau de coton contient plus de matières azotées, et comme la plus grande partie de l'azote de la ration passe sans être assi- milée dans les déjections des animaux, le fumier du hétail nourri de tourteau de colon est évidemment enrichi. En revanche, la teneur en mucilage et autres matières respiratoires est plus faible que dans le tourteau de lin. La fibre ligneuse non digestible litre à peu près autant dans les deux tourteaux. Enfin, les cendres sont riches en phosphate pour la formation des os. Tourteaux de coton décortiqué (gâteaux épais). — L'épaisseur de ces tourteaux varie enlre 6 à 7.5 centimètres; il n'y a pas d'autre différence comme aspect avec les gâteaux minces ; mais comme ils sont très durs et difficiles à concasser à l'aide des appaieils ordi- naires, on les débite à meilleur prix. D'après les analyses 9 et 10, tableau CCXXVI, on reconnaîtra que la composition est idenli(|ue. Quoique plus fortement pressés, les tourteaux épais renferment autant d'huile, mais dont la couleur est plus foncée que dans les tourteaux minces. Tourteaux de coton (graines entières). — L'aspect de ces tour- teaux est moins satisfaisant que celui des précédents. Colorés en brun-foncé, ils contiennent en abondance les enveloppes dures très reconnaissables delà graine et constituent une nourriture inférieure. Les tourteaux fabriqués en Angleterre avec la graine de coton impor- tée et épurée ont meilleur aspect que ceux expédiés d'Amérique. 42 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Ils ont à l'état frais ime couleur verdâlre qui devient brune pen- dant l'emmagasinage. Les analyses 11, 12 et 13, tableau CGXXVI, montrent que la pro- portion d'huile dans les tourteaux bruts est bien plus faible que dans ceux décortiqués. Il en est de même des composés albuminoïdes ; mais la teneur en fibre ligneuse non digestible y est plus élevée et assigne au tourteau une valeur nutritive moitié moindre. La fibre ligneuse non digestible qu'indiquent les analyses est le ré- sidu du traitement par l'eau froide, par l'eau chaude, par une dis- solution de potasse et finalement par de l'acide sulfurique dilué, qui dissolvent les matières albuminoïdes, pectiques, etc., et laissent un produit insoluble. Dans le tourteau n° 11, de qualité très inférieure, Vœlcker a constaté la présence de 58.42 p. 100 d'enveloppes; c'est une quantité qui excède notablement celle des graines nécessaires à la fabrication du tourteau et dénote une fraude condamnable. Quand les graines de coton sont soigneusement épurées, c'est-à- dire privées d'une partie de l'enveloppe grossière et indigeste, le tourteau acquiert une valeur nutritive considérable. L'échantillon n" 14 d'un tourteau ainsi préparé renferme près du double d'huile par rapport à celui de coton décortiqué \ Quant au n" 15, moins riche en huile, mais aussi riche que le tourteau de coton décortiqué, il est également supérieur au tourteau de coton graines entières, au prix de 210 fr. la tonne. Vœlcker considère qu'à ce prix on obtient une ration économique, soit avec 1 p. 100 de tourteau et 2 ou 3 p. 100 de maïs, soit avec 1 p. 100 de tourteau, 1 p. 100 de maïs et 2 p. 100 de farine d'orge". Farine de tourteaux de coton décortiqué. — Les tourteaux épais de coton décortiqué sont concassés mécaniquement et réduits en poudre grossière que l'on dessèche dans des fours pour pouvoir en assurer la conservation. Cette farine en grumeaux, d'après les ana- lyses 16 et 17, tableau CGXXVI, offre une composition identique à celle du tourteau décortiqué et se vend toutefois à un prix inférieur. 1. Anmtal report e/c, for 1865. 2. Anvval report etc., for 1875. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU d"" A. VOELCKER. 43 L'analyse des cendres a été déterminée au laboratoire de Vœlcker coninie il suit : rolasse 30.045 Chaux 3.7Ô0 Magnésie 13.500 Oxyde de fer 1.530 Acide phos|)lioriqiie 39.649 Acide siilt'uiiiiue 0.930 Acide carboiiiiiue 0.3G2 Silice solublc 3.252 Mati(^re siliceuse insolul)le , . 17.70G 99.7 24 Comme les autres graines oléagineuses, celle de coton est bien pourvue de phosphates de chaux et de magnésie, de potasse et de sels potassiques ; mais on n'a pas pu découvrir dans ses cendres la soude, ni le chlorure de sodium. Emploi du tourteau de coton. — Au point de vue pralirpie, les deux variétés de tourteaux de colon, à graine entière et à graine décortiquée, sont largement employées par les cngraisseurs anglais. Ceux à graine entière ont été trouvés surtout utiles pour les mou- tons et les bœufs en pacage, aux époques de l'année où les animaux sont sujets à la diarrhée ; on les donne également avec profit au bétail nourri d'une manière trop succulente et qui a une tendance à des évacuations trop liquides. Dans ce dernier cas, c'est le prin- cipe astringent contenu dans l'enveloppe de la graine qui agit. Le tourteau de coton décortiqué, beaucoup plus concentré comme aliment, est trop riche en éléments azotés pour convenir seul à une saine alimentation des animaux herbivoi'es. Légèrement indi- geste, il demande à cire broyé plus fin que ne l'est le tourteau de lin. il importe non moins de le distribuer aux animaux à l'en- grais en quantités modérées et toujours en mélange avec environ le double de son poids de maïs broyé, de farine d'orge, ou de toute autre farine amylacée, moins pourvue de matières albumi- noides ^ L'expérience a de plus montré que lorsque les moutons parqués 1. Aiinual report etc., for 1871. 44 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. sur des pâtures pauvres et maigres, sont obligés de parcourir de grandes dislances pour satisfaire leur faim, le meilleur moyen de tirer parti de ces pâtis, en maintenant le troupeau en bonne con- dition et améliorant l'berbage , consiste à donner de 250 à 300 grammes de tourteau de coton par tête et par jour. Dans ce cas, les bêtes doivent avoir libre accès à l'eau pour s'entretenir en bonne santé \ Accidents dus aux tourteaux de coton. — Les mêmes observations présentées pour les tourteaux de lin trop fortement comprimés, s'appliquent aux tourteaux de coton. Dans tous les cas d'accident, i! a été reconnu que les tourteaux durs, pauvres en huile, mais excep- tionnellement riches en matières albuminoïdes et remplis de frag- ments de farine à l'état pierreux, avaient causé les embarras intesti- naux et gastriques du bétail. De tels tourteaux doivent toujours être réduits en poudre et mélangés comme il a été dit plus haut. Autrefois les tourteaux américains titraient plus de 16 p. 100 d'huile ; cette teneur varie aujourd'hui beaucoup au-dessus et au- dessous de cette Hmite, de même que celle des matières albuminoï- des, comprise entre 38 et 49 p. 100. Les tourteaux du Texas notamment, renferment beaucoup plus de cellulose indigeste que ceux d'autres provenances (voir tableau GCXXVII) et quelques-uns, de la laine de coton comprimée. Ils sont en général humides ou moisis et impropres dans cet état à l'ali- mentation du bétail. De toutes manières, comme le démontrent les analyses 1 à 9, tableau CCXXVII, que les tourteaux viennent du Texas ou d'ailleurs, du moment où ils renferment près de la moitié en poids de matières albuminoïdes, contre 10 à 12 p. 100 d'huile, il devient indispensable de les réduire en farine et de les mêler dans la ration à des aliments amylacés, afin d'assurer une alimentation saine aux ruminants ^ Le tourteau analysé sous le n° 9, de forme carrée, et déjà à l'état rassis, avait rendu malades tous les animaux, bœufs, vaches et mou- tons qui en avaient mangé. La ration journalière pour le bétail avait 1. The influence of Chemical discoveries etc., 1878. 2. Amiual report etc., for 1883. TRAVAUX ET E.KPÉRIENCES DU D*" A. VOELCKER. 45 été de l^ôOO, et dans sa consultation donnée mallieureusement après coup, Vœlcker insiste sur l'effet produit par les enveloppes de colon et les grains mal broyés, trop fortement comprimés, qui conslij)ent le gros intestin, puis enflamment l'intestin grèlc et l'estomac '. TABLEAU CCXXVII. Composition de tourteaux de coton décortiqué trop fortement pressés. Humiditù Huile AMÉUIQUE : PKOVEXANtE.S 1)1 V ElîSliS. TEXAS. 1 •> 3 4 5 6 7 8 9 9.28 12.93 46.37 21.92 8.59 22.10 42.87 17.29 3.31 5.84 7.95 16.57 42.37 22.86 3.10 7.15 8.75 15.70 49.02 17.52 3.51 5.50 8.95 10.23 49.04 22.92 3.21 5.65 10.15 15.26 3S.37 19.81 10.83 5.. 55 10.08 11.66 40.69 24.65 7.03 5.89 11.45 10.60 38.62 25.57 8.26 5.50 10 . 95 8.76 40.8. 23.29 10.83 5.30 Matières albuminoïdes ' . . Mucilage, sucre et fibre di- ('..llnlose . . ... 3.47 6.03 Matières minérales .... 1. Contenant azote . . . 100.00 100.00 100.00 100.00 100.00 100.00 100.00 100.00 100.00 7.4i (i . 8f) 6.78 7.85 7.01 6.11 6.51 6.22 6.5t C. — Farine et tourteau de noix de palmier. Les graines du palmier (Elais gitinensis), encaissées dans une enveloppe ligneuse, épaisse, d'un brun foncé et entourées d'une pulpe orangée dont on extrait l'huile de palme par une forte pres- sion, sont presque blanches, très dures, à peu près inodores et insipides, très riches en corps gras qui ne rancissent pas facilement et ayant des dimensions qui varient entre celles d'une noisette et d'un œuf de i)igeon. Pour extraire l'huile à l'aide de presses puis.sanles, à une faible température, on doit réduire les graines en poudre fine. Les tourtes, au sortir des presses, renferment généralement plus de matières grasses que celles des autres graines oléagineuses; la farine ne diffère guère des tourtes. Introduite vers 1800 sur le marché par les huileries de Liverpool, la farine de noix de palmier se caractérise par la proportion de corps 1. Quartcrlij report for ISS3. Uécembrc 1S83. 46 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. gras tout formés, à peu près double de celle que contient le tourteau de lin et par une teneur plus faible en substances azotées. Elle titre peu de fibre ligneuse non digeslible et autant de matières minérales que les graines de céréales. Elle n'est donc pas aussi appropriée à la nourriture des jeunes animaux qu'à l'engraissement. Les essais faits à la demande de Vœlcker par M. Colemnn, admi- nistrateur de la ferme du collège agricole de Cirencester, d'abord sur les moutons, puis sur les vaches laitières, ont prouvé abondam- ment la supérioiité de la farine de noix de palmier pour l'engraisse- ment, d'une part, et pour l'accroissement et l'enrichissement du lait, d'autre part. Le taltleau CCXXVIII réunit les analyses de farines de noix de pal- mier fabriquées en Angleterre et celles de farines et de tourteaux importés de Hambourg. La fai'ine de provenance anglaise est bien plus riche en matières grasses et se cote à un prix plus élevé que celle de Hambourg. Les expériences d'engraissement avec le tour- teau de Hambourg, instituées par le professeur Stôckard, de Tlia- randt, n'en ont pas moins donné des résultats remarquables. En admettant une moyenne de 24 p. 100 de corps gras dans la farine anglaise, équivalente à 60 p. 100 d'amidon, et ajoutant 35 p. 100, en chiffres ronds, d'hydrates de carbone ; sucre, gom.iie, mu- cilage, etc., concourant à la fois à la production de chaleur animale et à la formation de la graisse, on trouve 95 p. 100 de principes propres à l'engraissement contre 65 p. 100 que renferme le froment ou l'orge. D'ailleurs, les matières azotées propres à former la fibre musculaire ne font pas défaut dans la farine. Pour le bétail à l'en- grais, 15 à 16 p. 100 de ces matières suffisent, et pour le bétail en élevage ou en travail, il convient d'additionner la ration de fèves, de pois ou d'autres graines légumineuses. En général, les éleveurs anglais préfèrent donner le tourteau de palmier aux bœufs adultes à l'engrais. Le tourteau fabriqué à Hambourg et à Marseille est coloré en brun sale, tacheté de brun plus foncé ; les cuticules sont adhérentes, et la coupe fait voir sous le microscope des fragments ligneux, plus ou moins durs, de l'enveloppe noire qui encaisse la graine. On l'im- porte surtout pour frauder le tourteau de graine de fin. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D*" A. VOELCKER. 0) O C u s o u « S o o o u > X u u < M •J 03 < ^^ — Ol .^^ co i~ o o a. s i'i -*— 4 iO o c; o o 1 ^ c • • • ~r § E i 'i " O ■»-< CM o o o c; 1 / ^_ 1— TO o .ra (T c :ô (M C5 1— 00 CO o l~ o es S o M ^ i 2 D 1 ce ^ t^ o o ^_4 o X S ' ■*— • -^- * o c= o C-i f- Li? (M C5 co o C5 «o 1^ c et *?* co o o c-» CtJ ■r. «T' ..-3 ■^^ 50 o « o ■^ m O O O 1- l— liO o rr r^ C5 r- CO ce co o iz ■" "" ro ■^ o CI -t; C^ OD .rs «* C5 (> o ■t. o O I^ ^- - o ■^ 1—' '^( f-H *^ ■»— 1 o C( — — . O CO o co c- o ■M C5 o o c-t o c^ o o o co es C-J T— 1 co •f— o Ol '- es r^ '.-! C5 o c o ^■f ..O r~ =o «S" c- o Ol 1^ o C' o co ce co o o Ol 1) J=l ty-j «J bc *— ' d b> J5 c= 3 ■U ;C . ^ i «5 c/- c 51 3 c/ -S O) c c C O •a c a u: 1 1 1 o C3 'X n 1 * c: C o t. tf aj a > c/ 3 ai 0. te S. <^ 2 i "S o t/" •â "^ '3 o rt c c: 'Ô "â * ' Ei: tJ P= ^^ ^ f ^^^H H^^^ 48 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. L'enveloppe de la noix, composée de matière ligneuse ou incrus- taiile, qui se trouve, après avoir été réduite en poudre, comme ma- tière de mélange dans les tourteaux de lin, a été analysée sous le n° 11, tableau GGXXVIII. Elle n'a aucune valeur nutritive par elle- même et représente une matière à peu près inerte ne renfermant pas 1/2 p. iOO d'azote \ Depuis que l'on traite industriellement au sulfure de carbone les graines oléifères, l'épuisement des tourteaux sous le rapport de l'huile a été poussé beaucoup plus loin, et l'abaissement de la teneur en matières grasses a été amené jusqu'à 1 p. lOO dans certains pro- duits venant d'Allemagne et expédiés par Hambourg ^ D. — Toii/iecw de noix de pavot. Quand il est frais, ce tourteau est agréable au goût et nourrissant, mais il n'est pas recherché en Angleterre, à cause de son faible débit. En le conservant quelque temps, la moisissure se développe et la saveur devenant acre, le tourteau de pavot perd ses qualités. On connaît deux espèces de tourteaux, l'une obtenue avec la graine du pavot blanc et qui est blanchâtre ; l'autre, avec la graine de pavot ordinaire et de couleur brune. Ni l'une ni l'autre ne renfer- ment beaucoup d'huile ; et comme le pavot est généralement cultivé dans les sols légers, sablonneux, il n'est pas rare de trouver beau- coup de sable avec la graine, et une teneur élevée en matière sili- ceuse dans le tourteau. On importe le tourteau de pavot en Angle- terre, en provenance de Belgique et du continent, pour le mélanger à l'état pulvérulent avec le tourteau de lin. E. — Toarleau de moutarde. On importe ce tourteau en grandes quantités, seulement dans le comté de Kent, où il sert d'engrais pour le houblon; c'est le seul emploi qu'on puisse recommander ; mais comme il est à bien meil- leur prix que le tourteau de lin et de colza et que, par son aspect, il 1. On the characlers of pure and mixed linseed cakes. 1872. 2 . Ann ual report for 1872. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU L*" A. VOELCKER. 49 resseniblo ;"• ce dernier, on le débite également pour IVaiidcr le tourteau de colza. Si l'on met en pâte, dans de l'eau froide, du tourteau de colza fraudé avec de la graiiiC de moutarde, on ne tarde pas, après cinq ou six heures, à percevoir l'odeur irritante et le goùl qui caractéri- sent riiuilc ess(^ntielle et volatile provenant de l'action de la myro- sine sur l'acide myronique de la graine de moularde. Comme à la température de l'eau bouillante la myrosinese coagule, la réduction de l'acide myronique en huile essentielle ne se produit pas. Le tourteau de moularde, à l'état sec, ne dégage aucune odeur spéciale et ne possède aucune saveur caractéristique, mais si l'on en garde un morceau quelque temps entre les dents, le goût amer et acre se révèle. Enfin, quand on le broie, on obtient une poudre d'un jaune vif (jui le distingue nettement du tourteau de colza. L'addition d'un excès de graine de moutarde dans un tourteau, donnant lieu à la production de l'huile qui agit sur l'estomac à la façon d'un poison irritant, qui cause la maladie et même la mort du bétail; aussi il importe de n'employer le tourteau qu'après l'avoir tr.iité par l'eau bouillante qui neutralise l'huile essentielle. 1'. — Tourleaux divers. Beaucoup d'autres tourteaux oléagineux, alimentaires ou de mé- lange en dehors de ceux dont il vient d'être question, sont présentés >ur le marché, mais moins régulièrement et par de plus faibles envois. Nous en avons groupé les analyses, d'après le mémoii'e déjà cité ' et les rapports annuels de Vœlcker, dans le tableau GGXXIX. N°' 1 à 3. Arachide. — Cette plante (Araclns lujpogea) originaire de l'Afrifjue, qui rappelle la fève ou le pois cultivé de nos pays donne des baies qui mûrissent à quelques centimètres sous terre. A l'état de maturité ces baies de couleur jaune pâle, étranglées le plus souvent par le milieu, renferment deux g-raines de la dimension de [)etites amandes. La graine entourée d'une cuticule d'un brun roux, est encaissée dans une enveloppe, ridée quand elle est sèche et formée de fibi'c ligneuse (n" 3). La graine fournit une huile douce, analogue 1. On the charoders of pure and mixed linseed cahcs. Août 1872. AN.\. SCIKNCK AGRON. — 18S7. — I. 50 ANNALES DK L\ SCIENCE AGRONOMIQUE. 0) •03 S O ■a 03 ta u > C8 V o o s o u u / ^^™ '£ îc •c « oo ■^ ^^ ■ „■ ^^^ .^ 1 ir *> •N 05 m 5 T-i 1 -M a l oc n -- »£: -M o o co >^ 1 W5 •M tH o 1 «^, es 1 3J ÏC =S ] « -+< ^ lO -f -4( o o *u O J o ^î ex O — >t o Cl lO 1 a a a f 00 *H 'M O o lO -i 3 •JD «X ^ -1 CO •.= o •o O r ? lO ce « O yj o ■îl ■>\ O s a ;j b "^ "" 1 O »o -M o -< t • o >o T-t O « 71 lO o « o 1 1 / O «o 35 •o tu g C'a o a / f» a a t>. o CO ^ rs ■Si o m "" 1 "^ 1 •"■ tH T31 r-i iH y, J ^ 1 I^ / 1 ° 1 o 1 ^ 1 I-V -H >o ^ t* 'J2 O fy\ rH Y. i es '^ r^ -# -M O m >o f :^ a a f 'X> C CTi -H >o .-^ « O \ 1 1—1 ce — O 1 ^~ lr~ l>- "5 « O r— ^ « ^ 1 •O 1-i lO o C-1 -K Ô t- k >o fi a a a 1 O OJ ce -l( «5 O -* "" ^ 1 »— ( ri •M w N o > rt I T-H /<; Oi ; Z^ <: o o ^ O «> -). CO o ^ ^ a tO ■M lO irj t- v> to '-< u " t— m .H (M oo o o lO (N , -f t> ce C5 'X _^ o « -n i 'i »r cc m o 1^ o -c co r: r ■= c; t^ o M co 2 a a 1 ^ §" -> « .H o 1 1 ^ 1 •■1 , c •X r; co « ^ o OD — l! OJ «H h- iT r- ^ t^ o 00 5 ? -ï ^1 fi fi a a u co X) cr t~ c- >o o ^ V, ■M ^ o •^ 1 Tï — ( ~ 1 I _!, tD co ro o o: o o lO 1 "d IJ *> lO -* c^ -- iH o 1-H a a a a Ci >0 M r-i ir lO 50 \ .5 O- -t ■n o -3 "^ • a • i-î a a C 3 J3 e« (n •^ '- V w « ■ S m ^ • (A a i ^ *, •O 5 rt T çi u C :; a co O "rt _0 00 .4J _ç s: ,'5f rî ^ "03 O *c <; '/3 i-H «3 ^ o s u ** s o 4^ '«4 £ ;3 a « t/J a « S S 1 1 1 « rt ^ ? i im ■^ s o '5 t -^ "â o o a a 3 s o i •-4 oi TRAVAUX ET EXPERIENCES DU D"^ A. VOELCKER. 51 3 o o a 3 O t- 1^ co ■^ rt O) Si 3 O 0) T3 d o o S O u XI te-4 u <: M n < , _ OJ o . ci Qi to -l' C3 -n lO 3 S en *" "^ _ ■^ O o ~* 7J y> 00 eo o o là o ■y> -¥ '1 o „ '-^ -* co o •^ C -H C ts (N ■o o a 2 ^ 3 CO o o o o H O) o X) Zi co 3 C-l lO -^ r— O _ « t^ r^ c^ O H ^ »1 M O o o 00 ■* o ■5 3 a a 9 ci Uï u bjD u rt •« ■^ o C3 a d o es •s rt ce •a 3 -O n iJ g^ n " " O S o O M >-i al I I o O 52 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. à celle de Vumsind'ier (Amy y dalus comnmnis) et sert de nourriliire aux indigènes, sous les tropiques. On cultive aussi l'arachide en Chine, à Ceylan, dans la Malaisie et la Jamaïque. La graine fournit de 40 à 45 p. 100 d'une huile jaune pâle qui se consomme ou se brûle. Le tourteau d'arachide se vend quelquefois aux fermiers anglais, sans être décortiqué; (juoique renfermant environ 20 p. 100 de cellulose, et des matières azotées, il s'emploie surtout comme le tourteau décortiqué, à élever la teneur en azote des tourteaux de lin adultérés par des déchets amylacés. Les enveloppes qui contiennent plus de 20 p. 100 d'huile et 15 p. 100 environ de composés alhumi- noïdes forment un très bon aliment. N°' 4 et 5. Chanvre. — Le tourteau de graines de chanvre, malgré sa teneur en cellulose, est sain, nutritif, et rarement employé pour frelater. Le tourteau n° 5, inférieur à celui de la graine de lin de bonne qualité, n'en est pas moins supérieur comme aliment au tour- teau de coton à graines entières : on le vendait 210 fr la tonne '. ]N°* 6, 7 et 8. Noix de coco. — Le tourteau obtenu à l'aide de la noix du cocotier (Cocos niiciferà), comprimée pour en. extraire l'huile, est blanchâtre et parsemé de fragments auxquels adhère l'épiderme noir ou brun roux de la noix. L'huile rancit vite et donne au tourteau une saveur caractéristique, peu agréable. Le n" 7% comme le n** 6, à cause de sa teneui- en huile et en hydrates de carbone, constitue un bon aliment, mais qui est rarement offert aux éle- veurs, car il est accaparé comme matière de mélange par les indus- triels. La composition, sous le n" 8, de la fibre à l'état sec indique une substance formée de cellulose et d'un produit humi(jue ana- logue à celui de la tourbe ; cette iibre renfermant 0.23 p. 100 d'azote n'a aucune propriété nutritive-. Le tourteau de noix de coco et la farine qu'on en tire à Liverpool et dans d'autres localités en Angleterre, sont fort appréciés pour leurs qualités d'engraissement. Comme le tourteau et la farine de noix de palmier, ils sont mieux adaptés pour engraisser les bœufs adultes que pour nuuriir les animaux jeunes et de travail'. 1. Aiinvul report for 187Ô. 2. licpor! oj' (fie cousu Itinfj diemisl for ISGO. :j. On the influence of cliemicul discoveries etc. 1878. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D'' A. VOELCKER. 53 N" 9. Fèves de cacao. — La fève du cacaoyer (Theobroma cacao) est comprise dans une enveloppe que l'on sépare par un grillage à feu modéré. On presse celte enveloppe avec certaines parties de la graine ayant servi à fabriquer le chocolat, pour en extraire le beurre et le tourteau de cacao. Ce dernier, coloré en brun roux, a une saveur et un arôme agréables pour lesquels le bétail a de l'appé- lence ; mais, tout en élant salubre, il est peu nourrissant. N° 10. Guizotia oleifera. — Le tourteau que l'on obtient de la graine de cette plante cultivée dans l'Inde et en Abyssinie pour en ext'.aire l'huile qu'elle contient est de couleur gris sombre et montre les cuticules noires et luisantes de la graine. Sa composition indique un faible dosage en huile, mais une notable proportion de matières azotées et de fibre ligneuse. On l'emploie beaucoup pour frelater les tourteaux de lin. N°' 11 et 12. Sésame oriental. — Les sésamées des diverses espè- ces sont l'objet d'une culture très étendue dans les Indes orientales et en Égvpte, soit comme matière alimentaire, soit pour l'extraction de l'huile des graines. Le sésame de l'Inde est l'espèce la plus com- munément cultivée ; la graine qui est grosse comme celle de la mou- tarde blanche est plate, en forme de cœur, et de couleur claire ou foncée. Le tourteau riche en matières albuminoïdes contient parfois autant d'huile que celui de lin ; cette huile conserve un bon goût quand le tourteau est gardé en lieu sec. Dans l'échantillon n" 12, trop fortement pressé, la graine était malpropre ; mais la teneur en substances albuminoïdes est élevée et la valeur nutritive est satis- faisante \ N° 13. Faînes de hêtre. — Le tourteau de faîne, pauvre en huile et en matières azotées, est rempli de cuticules qui donnent naissance à un principe volatil, narcotique, assez douteux, appelé fagine. Cet alcaloïde causerait, dit-on, l'empoisonnement des chevaux et du bétail. Vœlcker a souvent constaté sa présence dans le tourteau de lin adultéré au moyen de faînes. N°' 14 à 17. Olive. — Les marcs livrés par les huileries qui trai- 1. Ann liai report for 1S78. 54 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. tent le frnit de l'olivier {Olea Europœa), sont formés de la partie charnue, réduite en fibre, et des noyaux oblongs et durs, écrasés par les presses. Leur composition et leur qualité varient suivant les ma- nipulations des presses, aidées par la température. Ainsi, les échan- tillons n"' 14 et 17 sont bien moins riches en huile et plus chargés de cellulose que le n" l(i\ D'un brun foncé, en raison des noyaux imparfaitement broyés qui les colorent, tous ces tourteaux sont indi- gestes et de nature à causer des inflammations intestinales. On les recherche dans le Midi, en Espagne surtout, bien que pauvres en matières azolées, comme le n" 17% pour engraisser les porcs. En Angleterre, ils servent à dénaturer le tourteau de lin. N" 18. Ricin. — Les graines de ricin (Ricinns communis) se dis- tinguent des autres graines oléagineuses par leurs dimensions, leurs formes et l'aspect strié, brillantet modelé de leur écorce. Quand elle est décortiquée, la graine est blanche et pleine d'huile purgative. Le marc d'huile de ricin, en mélange avec le tourteau de lin, leur communique des propriétés toxiques et Vœlckcr l'a plus d'une fois reconnu au microscope dans les échantillons de tourteau de lin qui lui ont été soumis pour avoir nui au bétail. Le tourteau de ricin, en raison de sa teneur en azote, ne devrait être employé que comme engrais. N°' 19 et 20. Bassia. — Les graines de diverses espèces de Bassia, originaires de l'Inde, cultivées également dans l'Afrique tropicale, donnent une matière huileuse abondante. Notamment \e Bassia lati- folia, très commun dans la Présidence du Bengale, fournit une baie oblongue, à graines de couleur brun-rougeatre clair, envelop- pées d'une fine cuticule^ jaunâtre et luisante. La matière grasse solide, quand elle est raffinée, n'a aucune saveur désagréable, mais le tourteau et principalement les cuticules ont un goût très acre et amer qui le rend impropre à l'alimentation. Le tourteau de Bassia a été employé pour dénaturer celui de navette. N" 21. JniHf/o. — Le tourteau de graines de l'indigotier a une couleur brun jaunâtre, une mauvaise saveur légèrement amère; il 1. Anmial report etc., for 1875. 2. Animal report etc., for 1881. THAVAi;X KT EXl'ÉR IKNCKS DU D'' A. VOELCKK». 55 devient très gélalineiix quand on le mêle à l'état pulvérulont avec de l'eau. Sa composition indique une faible teneur en huile et en matières azotées, et son goiit ne peut que détériorer les touiteaux de lin avec lesquels on le mélange, N°' 22 cl 23. Dolique de la Chine. — Le Soi/a Jiispida ou Doliehos japanensis foui-nit un tourteau tenant de G. 5 à 7.5 d'huile, mais très riche en matières albumiaoïdes. C'est sans doute de la fève du Soya que les Chinois lirent un fromage spécial. Rn tous cas, l'échantillon n° 22', comme le n" 23 ^ est considéré par Vœlcker comme ayant la même valeur nutritive que le tourteau de coton décortiqué. N° 24. Curons. — Les fèves du curcas (Jalropha crircas), un arbuste qui vient principalement dans les îles du Cap-Vei't, ont la même grosseur à peu près que celle des glands de chêne. Le noyau blanc est entouré d'une gousse épaisse, colorée en brun, et les graines donnent une huile extrêmement purgative : dix ou douze gouttes suffisant pour administrer une dose drastique. Malgré cela, les marcs de ces graines, tenant de 9 à 11 p. iOO d'huile, sont par cupidité ou par ignorance, pai'fois introduites dans les tourteaux de lin auxquels ils communiquent leurs effets toxiques. 3. Impuretés et falsifications des tourteaux de lin, de colza et de coton. Comme pour les engrais concentrés et coûteux, les négociants et les intermédiaires peu scrupuleux ne se sont pas fait faute de déna- turer les tourteaux, soit en y introduisant des mélanges de graines de qualité inférieure ou étrangères, soit en augmentant le poids à l'aide de matières végétales inertes ou parfois nuisibles, et en sédui- sant les agriculteurs par l'appât de prix moins élevés que ceux des tourteaux purs. La Société Royale d'agriculture d'Angleterre s'est préoccupée, avec un zèle des plus louables et non sans de gros sacrifices pécu- niaires, de mettre à jour les fraudes et de prévenir les abus résul- 1. Aiinual report e'c.,for t87.j. 2. Annual report etc., for ISSO. 56 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. tant de la vente de tourteaux impurs, en publiant les analyses et les rapports de son chimiste consultant, avec les noms des vendeurs, ainsi que des avis à ses membres sur les précautions à prendre et les garanties à exiger pour obtenir des produits non frelatés. Dès 1863, Vœlcker, ayant déjà acquis une Ionique expérience des falsifications des tourteaux et des autres aliments arlificiels, vendus aux nourrisseurs, signalait, dans une conférence faite aux membres de la Société \ les conséquences fâcheuses pour le développement et la santé du bétail, des mélanges de mauvais aloi et les dommages pécuniaires qui résultent d'achats d'aliments mal préparés et en mauvaise condition. Les différences d'aspect des tourteaux de la même graine oléagi- neuse sont considérables, tandis que la graine elle-même, quelle que soit la provenance, en offre de très légères. Certains tourteaux de lin sont blancs comme des tourteaux de pavot ; d'autres ont une coloration très foncée ; d'autres enfin, ceux notamment expédiés d'Amérique en tonneaux, ont la couleur même de la graine, et pour- tant la graine de lin, qu'elle vienne de Riga, de Bombay ou d'Alexan- drie, ne se distingue guère extérieurement de la graine obtenue en Angleterre ou en France. L'aspect même des tourteaux indique à première vue, qu'en dehors du procédé usité pour extraire l'huile de la graine, il y a le plus souvent mélange de graines. Encore, si ces graines étaient inoffensives, n'y aurait-il fraude par le mélange qu'au point de vue du prix trop élevé que paye l'agriculteur; mais souvent ces graines sont nuisibles, soit qu'elles empêchent de con- server les tourteaux, soit qu'elles développent la mauvaise saveur de la viande des animaux, soit enfin qu'elles détériorent la ration dont l'éleveur attend des efl'els déterminés. La déclaration des vendeurs (jue leurs tourteaux sont purs n'est pas suffisante, car la graine de lin peut avoir été livrée comme pure et renfermer des graines étrangères en proportion telle que le tourteau fabriqué avec le mélange n'ait plus que SO p. 100 de graine de lin véritable. Vœlcker a reconnu par des prises d'échan- l. 77/e udullcration oj nil cakes, a /ectia-e bij Professor Vcclcher. 15 avril ISGO- — The Farmer's Magazine, vol. XXIII, 3^ série. 1S63. TRAVAUX ET EXPERIENCES DU D A. VOELGKER. Di tillons de graines de lin importées à Hull, comme nous l'avons établi précédemment, combien d'impuretés dues à des graines ad- ventices pouvaient être introduites dans les produits livrés pai l'étranger. Parmi ces graines adventices, les unes sont inoflensives et le;- autrcs, nuisibles. Dans l'examen que Vœlcker a fait de ces graines, il en a compté jusqu'à 25 espèces différentes, parmi lesquelles, l'ivraie enivrante, surtout dans la graine de lin de qualité inférieure provenant de Pétersbourg, l'agroslemme qui agit sur l'organisme de l'animal, le radis sauvage que renferme la graine de lin expédiée d'Alexandrie et qui est très acre, la navette sauvage et le sénevé dont l'action est la même que celle delà graine de moutarde. Outre ces graines dommageables, il y en a qui affectent la saveur de la chair des animaux ; la cameline est de ce nombre : elle donne une saveur désagréable et une graisse jaune foncé. Le lin cathartique, la spergule commune, le chènevis, laissent un goût non moins mauvais, et une odeur caractéristique dans le tourteau. Le mélange de la graine de lin avec le son de froment n'offre pas les mêmes inconvénients que celui des graines signalées, car le son a une valeur nutritive constatée ; mais il est préférable, sous tous les rapports, d'acheter à part des tourteaux de lin purs et du son, et de faire la ration qui convient avec les deux aliments. L'analyse chimique ne suffit pas pour déterminer exactement la quantité de son introduite dans un tourteau, ni d'une manière générale, la pureté d'un tourteau. Vœlcker, dans sa conférence, appelle l'attention des agriculteurs sur le dommage que fait subir aux toui'teaux une mauvaise conser- vai ion, notamment dans les lieux humides. Quand un tourteau se moisit, et l'addition du son favorise la moisissure, il peut nuire au bétail. C'est aux champignons qui se développent dans les tourteaux humides que l'on doit attribuer certains cas de véritables empoi- sonnements constatés chez les animaux. Le même fait a été reconnu pour les avoines moisies. A la demande du comité de chimie de la Société Royale d'agri- culture, Vœlcker a rédigé, dix ans après sa conférence, un mémoire spécial, qui peut être signalé comme un des plus complets sur la 58 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. miilière', tlans leiiuel il examine non seulement la composiLiun et les caraclèi'es du tourteau de lin pur et les moyens d'y découvrir les impuretés, mais encore les matières servant aux falsifications, la composition des tourteaux frelatés et les causes qui les rendent nui- sibles ou dangereux. Les matières de falsifications ont déjà été analysées, il reste à décrire les applications de la fraude aux tourteaux oléagineux de lin, de colza et de coton, ainsi que leurs effets préjudiciables à la santé des animaux. Les fraudes sans nombre auxquelles sont soumis les tourteaux alimentaires ne sont pas facilement découvertes par l'analyse chi- mique. Vœlcker cite beaucoup d'exemples de tourteaux de lin ayant empoisonné le bétail à cause de l'addition de fèves de ricin, et dont la composition varie tellement qu'on ne saurait y déceler les pro- priétés toxiques. Dans le tableau CGXXX sont réunies, sous les n"' 1 à o, trois analyses de tourteaux frelatés avec le ricin, dans lesquels la teneur en eau varie du simple au double, et celle de l'huile dans la môme proportion. Le n" 1 est pauvre en matières albuminoïdes et le n" 3 exceptionnellement riche. La comj)ositioii du n° 2 concorde avec celle des tourteaux purs. Il est vrai qu'un tourteau de lin falsifié à l'aide des déchets de moulure montrera par l'analyse un manque d'huile et de matières albuminoïdes et un excès d'amidon ; de même l'analyse révélera par l'excès de sable ou de matières minérales, la fraude réalisée à l'aide de balayures ou de plâtre. Ces deux genres de fraudes ressortent des analyses n^'^à 7, pour le mélange avec le son et les criblures de riz, et de celles n"' ■^ t71 l> lO 'O 00 00 o -^ f OQ 'î^ï « ^ >^ r^ -^ os co r- o „ 5 o (M 00 o t- 05 -^ o O a sg 00 -i »o 00 00 »i o ■^ » -M M o > -^ -1 lO -* IN « ifS o ^ ,— . •< o o — •* m O 00 o os X u CO -H -* t- t-H c^ o co CI la »-* M m -H lacés. —* •X *- * -* t>» 05 co o o ^ -f S ■* oj o Tti o '-; h,^ >> -* o lO es co t* o -*l co c ■1 r-t S^ Co c -3" 00 CO o te> .-• o >o '^ z < :c 00 lO co os os o «■« -f T-l iH ■* .^ in S O ■* ce (M <£> Cl ^ os cri 3^ O o rH os o C m - »o •O O O -* iH C-1 CO - o .-( o •« o •X> t^ 'O —, t^ >o -* t- — c- oc o o co ■0 13 «05^ co o 00 o co C<5 1 G-ï eo rt o ,, « '-I ci to «■ -^ 00 J3 os -i5 os o ^4 -f co co -> O rM C-I o t- CO CT rj ci « >o — i~- o co oi f-1 CM co »- o - s 1 ^ ^ ?. > ° •i r- C5 os 1^ t- « CD o os à co ■^ 'n CO - o -jç O _ _ ^ -t o v: -f< -' 1 ■n o cri -rlH t^ o ce ■M 5 P K.- ' •^ ^^ c ce *- X » o •ji _^ vH ,i* o J 5 -° « \C •j: ^ 'l' -t O o -o i*^ •3 " 'î: -^ O -H X ce o OS w os o 00 co o co co' '^ 'M w ^ ^^ o ir- O o os co >n o — > ,_< a oc u- 'M lO co o cô ~' 2 l rî^ ^ 00 GO 1>^ -+ 00 o ^ril CO - l tH ■M O] ^ o r 1 »-* - 03 ço es co >o c O a o ■^ CD t- ry\ o O a < . ' T": tû en ,Z -i c- lO o '* o .S tH c4 co o ? c S / _ -i* 00 os I- ^^ = -n < ^ 'Jl f^l co co -* ■-0 o ^ « ■M ce »r o N r>] o d T** ^ (M co — o 3 < .-( 'T o O => 00 o o ^ t- 00 o -1 -* ■* o tr î ■a •-H „ cr -M l~^ co vO r^ :0 s .— (M eo - O ^ 1 w » 00 !" ^ 3 QO } 1) 1) U.83 II II 1) 11 1.39 h a )) II 1.24 0.88 0.81 0.95 0.38 Comme nourriture spéciale, la farine de caroube entre avantageu- sement dans les rations avec le tourteau décortiqué et le maïs. Vœlcker recommande une ration par tète, ainsi composée * : Farine de caroube 1^,33 Tourteau de coton décortiqué en poudre 1 ,33 Maïs en farine 1 ,34 4'',00 que l'on mélange avec de la pulpe de turneps, ou de la paille et du foin hacliés. Une pareille ration remplace très profitablement le tourteau de lin. 1. Annuttl report for 1873. Décembre 1873. ANN. SCIENCE AGRON. — 1887. — I. (36 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. L'échantillon n" 4, formé à peu près exclusivement de gousses Itroyées, s'était vendu 1250 fr. la tonne ; étant donnée sa composi- tion, le prix était quatre fois trop élevée A l'état de farine, les caroubes avidement consommées par les ••lievaux, les bœufs et les moutons, sont employées en quantités con- sidérables et avec avantage en Angleterre pour le mélange avec d'au- tres aliments moins appétissants. Elles entrent largement aussi dans la confection des tourteaux mixtes et dans les condiments spéciaux fabriqués industriellement. Dari. — La graine du dari dbaora ou durra (variété de l'An- dropogon sorghum, cultivé pour la nourriture des indigènes en Arabie, en Turquie, dans l'Inde, etc.), est importée en Angleterre pour frelater les tourteaux de lin et aussi pour nourrir la volaille. Deux analyses de la graine de dari figurent dans le tableau XXIV, Livre II, à côté de celles du millet et du sorgho. On en trouvera une troisième analyse, n" 5, tableau GCXXXIII. Riche en amidon, le dari renferme quelque peu d'huile, mais il est plus pauvre en matières albuminoïdcs et moins nutritif que l'orge ; ce n'en est pas moins, vendu à très bon marché, un excellent grain, propre à l'engraisse- ment et peu connu sur le continent. Gland de chêne. — Le gland de chêne déjà analysé, Livre II, (jui est employé pour frelater le tourteau de lin, renferme une forte proportion d'amidon, mais aussi des acides tannique et gallique dont la présence est décelée en introduisant quelques gouttes de perchlorure de fer dans une dissolution à froid du tourteau, après filtrage. Le sel de fer donne à la liqueur la couleur noire de l'encre (jui caractérise ces acides. B. — Déchets industriels servant d'aliments et de matières Je mélan(je. A défaut des graines elles-mêmes, les déchets de nettoyage et de mouture sont utilisés pour dénaturer les tourteaux ou pour fabri- quer des aliments que les nourrisseurs recherchent malgré leur 1. Annual report Jor 1883. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D*" A. VOELCKER. G7 composition très variable. Dans le tableau CCXXXIV figurent les analyses d'écbantillons moyens de la plupart de ces déchets. jN"' i et 2. Son de froment. — Le son, ([ui renferme plus de ma- tières grasses et albuminoïcles que le grain entier, constitue un déchet alimentaire précieux. On le donne en ration aux chevaux; les vaches laitières et les porcs en tirent un excellent profit. Comme il renferme beaucoup moins de fibre ligneuse que les déchets des graines de céréales, sauf le malt, il est plus nutritif. C'est le produit dont on abuse le plus pour frelater les tourteaux de graine de lin. N"' 3 et 4. Recoiipdte et remoulages de froment. — Les remou- lages renferment en général plus d'amidon que les recoupettes et le î^on, et constituent à cet égard un meilleur aUment pour l'engrais- sement. Le son, qui contient plus de phosphates alcalins dans les i-endres que l'orge et l'avoine, est pour ce motif recommandable dans l'alimenlation des vaches laitières'. Mélangées dans la ration avec le tourteau de graine de lin, les issues de blé favorisent l'engraissement du bétail et la sécrétion d'un lait abondant et riche chez les vaches laitières. On peut attri- buer en partie ces effets à la division mécanique du tourteau qui augmente ses propriétés nutritives. Les meilleurs tourteaux sont souvent très durs, et quoique concassés, ils ne se réduisent pas faci- lement en poudre ; l'addition du son fait que les morceaux s'humec- tent et se digèrent mieux. Une partie notable de matières albumi- noïdes contenues dans les tourteaux oléagineux est ainsi utilisée par l'animal, au lieu d'être rejetée directement dans les déjections-. N" 5. Criblures et farine d'orge. — Lacriblure ou poussier d'orge employée pour la nourriture du gros bétail et des porcs, varie comme valeur nutritive suivant sa teneur en fibre ligneuse. Les tourteaux oléagineux de quaUté inférieure sont souvent dénaturés par le mélange des balles d'orge qui ne valent guère mieux que la paille. IS°' G et 8. — Criblures et farine de malt. — Le déchet de net- toyage du malt touraillé qui contient les touraillons et les radicelles 1. Annuol report, etc., for 1883. 2. On the adaUeruUon of oil cakes ; a lecture. 15 avril 1863. 68 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. m "m U <-> m "S G ,c o •a> t3 •O C o o o u X X X u u t3 \ CO • S à y. -^ r-l O 00 « -f 1 o o CO .-( f>y o o .-H o * > . ■< -M -1 -o o 1 = -> rs OS -M OO I- O < s c a a C3 ce CO "M c- 1 o t- o '=^ rH i.o w t~ t- m m o t~ s »« 00 --0 o 1- >n o ■^ c^ O) Ci ^ »n ^1 oi 1 o" »H " " 1— O bJ tH / ■.* •* î'i o o ^ CO r- _. / t^ es .H (M O >.0 -/) os ■^ ce o -< o cô O 00 -1 —1 ^i Çh (>J CO O 1— 1 ^ ^ V* « 1 •< Ct CO ^ o CO o 1-1 Cl ÎO s OD OO t* CO o Ôj -H -* o •< t^ o CO t: CO o eô •- .-1 -f -Q \ 1 (M iO o ■= -^ " -^01 -* )g > o f 5-1 M) •<* 1 I •^ o os cr ) o 1 îj m o \ "^ ■^. ^ o t- ^ o c Of S ^ = -* •«i; "N 0" o , s K -H CO ci o t> o X! o '-J 2 S o CO es CO CO IT o in uO CO -^i* t* « c- o ~ i a - = to 1 -* CO -* -■ d I iD n H — ÎT o « - , , o m CO CO os (N to a o cô a a :j w ■>» .* W5 a> — ' -^ o ^1 'A 4) (U =5 =^ — o o ^ ^ i O / »c t^ ?î ^ os >r o o .o o t- « o / a t: o 'r: w ^ o a 5 a f T-H •^ ce o *-* o '— o r ^ ir: o \ »H QJ >< 3 9 u« S' CQ u O) b .2? a 1 1 'a l to tiO r» oc c c o a a a c c iç l4 fci "" o h C C •« ;a c •« < É "t "■^ 5 s C r- ^ s ï^ s Pm -< S TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D A. VOELGKER. 69 C<3 « s c s s .fi o 73 O) a o o eu o u X X) O o M >n ■M rH rH o rH o O o 00 rH lO « ta — <= :r} ci « rH GO o oo' d "M ^ rH " ■T^ o rH .o O O ta t^ o O lO t£> O o 00 m !M o "N O « C^ 05 rH rH rH >n 00 d o rH 3^ • o t- d T| JS T-( rH rH >o o rH *C « rH t* m O rH o O CO " 1 C O CO ia Ci 03 t' o O a (M t-^ ri 'm CO r^ c^ o iH 0) rH y-l .■n o »-( î3 t- 05 O t* r^ o o CO o O co «o ce t^ o O <3J :î Sî tH «o eq o o ca cô o "M — rH ^ o o m >o o -X C5 CTî o -M t— GO QO r>- •a f-t :a O o O QO ^■i rs o o GO o 7^ rj rH o o ■iH t* ..-5 35 co oo CO o ^ iH O t^ lO 05 O) o o î^ ^T" r— l-H 00 t>- t- rH ci co o o *-< r> OT 05 ^ t- (M ai o o ta to to «5 ■^ o O a fl îi ta >o ^ o o ■31 , o co m -d o Ci M* *c o X CT! M eo co o G^ m c; f-H rH cû 1-i 00 ta lO o •^ O rH Q-1 -* o 3 1-1 3 O Aïs, Je m 35 Ol n « « rH o (M <3^ O 00 00 co ta o o ft , rH rH o o «=; « r-* ï p !2 O w ta _^ O O t* Tjl O o C5 t^ CO o r- ce a *^ -H rH o ■* ca ô o o »-î <ù 5 w ai o bo s o î-, ja _■ O 00 ta U) o ^ 3 £ ■M M o a a 3 03 "3 o S a 60 a) <:> a a o 00 0^ •3 u o o M a fl ■i "3 !>0 EU S) à" a 00 ci a C5 fl 0) o •t-i (h m 13 G a B o ■o •a a o 03 O eu B o u X u u < (S) < H m I* •« »o « -n t- in t* ""^^^^ ni ue •« •*# tH Oï T 05 ce - .5 o 00 ■* in -r¥ d ?j !>• fi a 5 " 'a rH Tl n fc. iH *w «1 a ^ ** *H ce _ 0! -3 O ce (M a IN cô a a a -< O -* •<* C o •H / «' ^ ^_^ ^_j CO »c co l aî c 5 Ol rH t- ce ce o (?J tH a-i ^ „ fi « 1 ^ CO h 1 Q iH 5 ' u \ w 1 o C-1 w ce Cï a i i t* *H eu in Cd c / = -M ce cô o i-H o (>i Cî QO »ô -f s ft a CB 0^ i-r (M r-l S *H o K •a Cï ^^ h- C-1 CO r- Ci « tH « rri co 1— ( t— p CA (^ > ce s co 1-t (T. (M CM a P. tH 4) t4 OS o iO (M OI 00 ce ^ » ë 2 G>1 t^ -* OC (M* 1-* t^ ^ a w) — o ■ifî (N CD w E- OJ o 00 t-- ïO I>- 10 E .^ 'T" t- tH ■^ Oj 00 Oï c t^ t- K (74 o ■*' iH in ^ (N o I-t tH ■w iH Q o QC C ^ a I-- ,, co 00 Ci iH ce OJ m ^ «: -^ ce e» a a Cî (M ■* i-t i-t es iH 1 i- -+ îO c^ nsi c »H N l h- r^ o w in -^ m t- t>- cï t- c / o- <2 « cr co t> tH a a a r m 1 \ 1-t 3 co >< bs ^ © !3 y 0) E3 ^ - 01 If "z 00 •1? 6 t« ■5 c « c 0) u c u S OE i s 3 en '03 •« s S c g ta Ç. s a a a a c C c 1 w 1 *c t. h H 1 <. (0 ^3 -fl "î C S c C y^ < S E <; 1« ^ ■M TRAVAUX KT EXPÉRIENCES DU D"" A. VOELCKER. 71 de l'orge germée, n'est obtenu en quanfilés siiffîsanles comme ali- ment que dans le voisinage des brasseries. On le donne aux moulons qui le mangent avec plaisir, surtout en mélange avec du foin et des (urneps. Quoiqu'il contienne beaucoup de matières albuminoïdes (analyse n" G), le malt en poussier ne possède pas une valeur nutri- tive en rapport avec sa composition. La (piestion de savoir s'il est préférable pour l'engraissement du bélail de recourir à la farine d'orge ou au malt n'a pas été tranchée par d'autres expériences, sur une petite échelle, que celles de Iludson de Castlcacre, de J. Bennett Laweset de Thompson. La pratique des éleveurs éclairés permet toutefois d'affirmer que l'emploi du malt est des plus avantageux. En effet, quand l'animal amené à point doit recevoir une nourriture copieuse pour atteindre son plein dévelop- pement, la ration de malt, qui favorise la digestion, donne des résul- tais remarquables. Non seulement le sucre du malt agit comme hydrate de carbone, mais encore il convertit l'amidon en sucre. D'autre part, il concourt à rendre plus assimilables les matières qui seraient inutilisées dans les autres aliments *. Les criblures de malt (n°' 7 et 8), outre qu'elles forment une adtli- tion utile aux aliments de la ration usuelle, profitent beaucoup aux vaches laitières à cause de leur teneur en m;itières albuminoïdes, en phosphates de chaux et alcalins". N" 9. Malt. — L'analyse de malt entier, fabriqué dans la ferme, indique une teneur bien moins élevée en matières azotées, mais plus considérable en hydrates de carbone ^ On trouvera dans le paragra- phe consacré aux expériences d'engraissement des moutons à Wo- burn des considérations intéressantes cpiant au rôle comparé de l'orge et du mail et à la composition de leur farine. N"' 10 et 11. Criblures et farine d'avoine. — Mélangées avec de la paille hachée cl imprégnées d'eau, ces criblures sont très em- ployées, seules ou alternativement avec les racines, pour l'alimen- tation des bètes bovines, il faut éviter de les donner à l'état sec, car 1. On the adultération of oil cakes ; a lecture. 15 avril 18G3. 2. Annual report, etc., for 1S77. 3. Annual report, etc., for 1882. 72 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. elles s'hurnectent très lentement et donnent lieu à des enibaiTas gas- triques. Soumises à celte alimentation, les vaches laitières produi- sent un lait plus riche en beurre. Les balles de l'avoine ont une composition analogue à celle de la paille d'avoine (analyse n° 11) et se débitent aux fabricants de tour- teaux. N^iâ. Criblures et farine de pois. — Le déchet de la mouture des pois secs renferme presque autant de composés albuminoïdes (jue le son de froment, mais sa teneur élevée en fibre ligneuse et la faible dose de matières grasses et d'amidon qu'il contient, en font un aliment médiocre. On l'emploie surtout pour remplacer la farine d'orge. ]S°'i3 à 15. Maïs. — Les déchets qui proviennent de la mise en farine du maïs renfei'ment beaucoup de matières grasses et amyla- cées et de fibre digestible. La teneur en matières albuminoïdes étant d'ailleurs suffisante, les tourteaux de maïs fournissent un ali- ment succulent pour les animaux mis à l'engrais ; mais moins utile pour les jeunes animaux '. Le prix des tourteaux analysés sous le n" 14 était, en Ecosse, de :250 fr. les mille kilogrammes, soit de 25 à 30 fr. moins élevé que celui de la farine de maïs. Les enveloppes du maïs sont toutefois plus riches en huile et en albuminoïdes que le grain môme et plus nourrissantes que la farine de blé^ L'échantillon n° 15 représente un ahment excellent, très digesti- ble pour les brebis et les agneaux ; très profitable pour les vaches laitières. Un kilogramme de ce tourteau de maïs, ajouté à leur ration quotidienne, augmente sensiblement la production du lait. La farine de maïs comparée aux tourteaux de lin et de coton a été mise en expérience pour l'engraissement des bœufs à Woburn, et analysée (voir même livre, § II). N"' 10 à 27. Criblures et farine de riz. — Le nettoyage du riz laisse comme résidu des enveloppes, de l'épiderme et des fragments de grains. Il est recherché pour les vaches laitières, surtout dans 1. Annual repoii , etc., for 187.j. 2. Annaut report, etc., for IcSSO. 3. Annual report , etc., for 1SS2. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D'' A. VOELCKER. l'd les fermes du Glieshire qui sont à portée des usines à décortica- tlon de Liverpool. C'est également un bon aliment pour les porcs à l'engrais. La composition des criblures de riz (analyses n"' 7 et 8) indique que ce déchet est riche, autant que l'avoine, en matières grasses, et approprié à l'engraissement comme le maïs. Presque toute la ma- tière grasse du liz est en effet contenue dans la partie externe du grain enlevée par la décortication ; il en est de môme de la matière azotée; toutefois, les criblures renferment près de la moitié en poids de fibre ligneuse sans valeur pour l'alimentation \ Quand on peut acheter les criblures de riz à un prix modéré, on dispose d'un aliment économique, mais à la condition de les mé- langer avec des aliments plus substantiels. Les déchets d'orge et d'avoine ont une valeur nutritive au moins double de celle des dé- chets de riz. On les emploie toutefois en grande quantité en Angle- terre pour engraisser les porcs. La composition des déchets de mouture du riz est malheureuse- ment très variable. Les échantillons n"' 20 et 2i, de beaucoup supérieurs comme teneur en matières grasses et albuminoïdes aux autres échantillons, se vendent pourtant au même prix^ Des n°' 21 à 24, le dernier renfermant autant de matière grasse que le tour- teau de hn de bonne qualité et moins de cellulose, se vendait égale- ment au prix de 112 à 125 fr. les mille kilogrammes ^ Mieux appropriées à l'engraissement du bétail adulte, les criblures de riz, mêlées à du coton décortiqué ou de la farine de fèves, don- nent une excellente alimentation pour les vaches laitières. Parfois on trouve sur le marché des déchets de riz de qualité inférieure (n"' 25 et 2C) qui contiennent beaucoup moins de ma- tières grasses et azotées et beaucoup plus de cellulose ; les déchets ainsi composés peuvent exercer des effets nuisibles sur le bétail, ou bien ils sont inertes. Quant aux balles de riz (n''27) avec lesquelles on dénature parfois 1 . Composition o/ Riccmeal. — Trans. Highl. and Agric. Soc. of Scotland ; janvier 18ô3. 2. Annual report, etc., for 1876. 3. Anniuil report, etc., for 1879. s 74 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. les tourleaux de lin, elles renferment surtout des matières amylacée et de la cellulose imprégnée de silice qui se retrouve dans les cendres, N" 29. Déchets de lin et de cJtanvre. — Les capsules des graines de lin et de chanvre sont souvent desséchées et finement broyées, pour mélange avec les tourteaux oléagineux. L'analyse n° 29, tableau CGXXXIV, montre que ce déchet renferme plus d'huile et un peu plus de composés albuminoïdes que la paille des céréales et lui est préférable comme ahment; mais c'est un résidu volumineux qui n'est pas recommandable comme matière à introduire dans les tourleaux. N" 30 Levure pressée. — La levure, bien que pressée, après avoir servi à la fermentation alcoolique, renferme encore près des trois quarts de son poids d'eau et à peine de matière grasse ; sa valeur nutritive, étant donné son volume, dépend ainsi uniquement de la teneur en albuminoïdes et en hydrates de carbone \ Les vaches lai- tières en tirent bon parti, quand on la mélange avec du foin et de la paille hachée. La caséine offre une composition analogue à celle des albuminoïdes de la levure. N" 31. Marcs de glucose. — Les marcs formés par les résidus du traitement du maïs, en vue de l'extraction du sucre de raisin, con- tiennent plus d'huile et de substances albuminoïdes que le tourteau de lin pur ; ils constituent un aliment appétissant et préférable aux déchets de riz ^ Grains ou drêche de brasserie. — Ce résidu que l'on retire des cuves de brassage après épuisement du malt, renferme près de trois quarts de son poids d'eau, et la partie solide consiste principa- lement en cuticules hgneuses qui enveloppent le grain et en débris de gemmules. Johnston en a donné l'analyse suivante : Eau 75.85 Gomme l.OG Fibre ligneuse 21.28 Matières azotées 0.62 Matières minérales 1.10 100.00 1. Animal report, etc., for 1872. 2. Aitnual report, etc., for 1880. s s TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D'' A. VOELCKER. 75 Malgré sa faillie teneur en matières azotées, la fibre ligneuse étant digestible, la drèclie est recberchée pour la nourriture des vacbes laitières. On la mélange le plus souvent avec des turneps ; 20 litres de drècbe et 10 kilogr. de turneps constituent une bonne ration journalière pour une vache. Résidus ou marcs des distilleries. — Le liquide qui est évacué des alambics après la distillation des moûts de grains, est boueux, plus ou moins liquide : on l'utilise pour l'alimentation des vaches et des porcs. Quand il s'est aigri par la conservation en citernes, on le donne de préférence aux porcs. On attribue en tous cas à cette ali- mentation des vaches laitières, une sécrétion plus abondante de lait crémeux. Johnslon a déterminé la composition d'un marc provenant de la distillation de l'avoine pour la fabrication du whishey (île d'Islay) ; nous la reproduisons d'après Vœlcker^ : PARTIE PARTIE Composition par litre. ""î^*^^- ^^"^^^^ Grammes. Grammes. Matières organiques (gomme, sucre, albuminoïdes, etc.) . . . . 55.19 146.70 — inorganiques (cendresj 5.10 8.40 60. 3S 155.10 Composition des cendres p. 100. Potasse et soude, avec traces d'acides suifuriqueel chlorhydrique. 46.24 38.36 Acide phosphorique (combiné avec les alcalisl 21.6? 24.35 Phosphates de cliaux et magnésie 28. 8S 15.90 Matière siliceuse 2.56 20.95 Perte 0.65 0.44 100.00 100.00 Ces analyses indiquent une teneur élevée en matières organiques, formées de sucre et de gomme principalement, et en phosphates 1. On thc chemistry oj Jood, etc., p. 21 76 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Utilisés pour la production du lail. Le liquide épais représente une valeur nutritive égale à celle du même poids de turneps, et le liquide plus clair une valeur égale à moitié du poids; de toutes ma- nières, la drêche de distillerie constitue un aliment précieux pour les vaches laitières. N° 32 et 33. Biscuit. — La farine provenant des déchets de fabri- cation des biscuits \ et les déchets mêmes ^ peuvent utilement être employés comme aUment, en raison de leur teneur en matières azotées et en hydrates de carbone. Au prix de 180 à 190 fr. les mille kilogrammes, les déchets de biscuit sont économiques pour l'alimentation. N" 34. Paiîis Good. — Ces pains, fabriqués en vue de fournir une alimentation à la fois amylacée et sucrée au bétail, ne donnent lieu à aucune remarque spéciale ^. IN" 35. Déchets de (graines. '■ — Les criblures résultant du nettoyage des graines de lin, de colza, etc., que l'on n'utihse pas pour déna- turer les tourteaux de graine pure, sont fabriquées en tourteaux que l'on vend comme étant de 2* et 3^ qualité. A défaut de graines oléa- gineuses salubres, ce sont les graines de moutarde et adventices qui constituent ces produits de fraude, d'autant plus coupable qu'ils peuvent être nuisibles au bétail. Pondre de viande. — Il reste à signaler comme aliment, les résidus de viande et de carcasses ayant servi à la fabrication des tablettes de bouillon, des conserves et de l'extrait de viande Liebig. Des deux analyses que Vœlcker a données de ces viandes desséchées et mises en poudre, la seconde (b) s'applique aux déchets de l'extrait de viande qui, ayant perdu son jus, ne consiste plus qu'en fibre mus- culaire, qui n'est pas digestible. Liebig avait conseillé de l'enrichir par l'addition de phosphate de potasse. 1. Annual report, etc., for 1SG4. 2 et o. Annual report, etc., for 1881. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D*" A. VOELCKER. 77 Composition de la poudre de viande. BŒUF ' VIANDES* de Queeusland. d'extrait Liebig. a b Eau 7.4S 5.57 Matières azotées (notamment fibrine 'i. . . 67.56 7i.62 — grasses et extractives 21.55 15.20 — minérales* 3.41 1.61 100.00 100.00 1. Contenant azote 10.80 11.77 2. — sable " 55 — phosphate de chaux .... -i l.OI — sels alcalins » 3.05 Eœlrail de bouillon de mouton. — Les vastes établissements de r Australie où l'on abat les moutons pour extraire le suif, ont chercbé à utiliser les liquides dans lesquels ont bouilli la viande elles os dans le but de fabriquer un produit approprié à l'engraissement des porcs et à la nourriture des chiens. Ce produit, qui se distingue de l'exti'ait de viande Liebig, en ce qu'il renferme moins de jus de viande et de matières extractives, mais plus de gélatine, est le résultat de la con- centration du bouillon en chaudière. Soumis à l'analyse par Vœlcker et au traitement par l'alcool à 80 degrés, il présente la composition suivante : Composition de l'extrait de bouillon de mouton. a b Eau 31.29 29.70 Matières grasses 0.35 » — azotées (gélatine et extrait '). . . . 61.27 66.20 — minérales salines 4.09 4.01 100.00 100.00 1. Contenant azote 10.75 10.96 Traitement par l'alcool à 80". Matière extractive sèche, soluble dans ralcooi. 20.27 17.89 — insolubles dans l'alcool 48.44 52.41 Eau 31,29 29.70 100.00 100.00 t. Annnul report, etc., for 1868. 2. Animal report, etc., for 1875. 78 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Quoique ne présentant aucune clifTérence extérieure, l'échantil- lon b contenait plus de gélatine, mais moins de matières extractives que l'échantillon a; et comme ces matières déterminent la valeur com- merciale des extraits de viande, il avait moins de valeur. Indépen- damment de la teneur en azote des deux échantillons, il y aurait lieu de déterminer pratiquement si le produit en lui-même ne jouit pas de la propriété de favoriser l'assimilation d'autres aliments. A cet efîet, des expériences ont été instituées, sous la direction de Vœlcker, par M. Guy Roberts, à Ilaslemere, sur deux lots de trois porcs, recevant comme ration des déchets de malt et du tourteau de noix de palmier. L'un des lots reçut comme supplément à sa ration quotidienne, du bouillon de mouton concentré, et l'autre, des pois. Au bout de sept jours, le premier lot avait perdu ^^OS de poids vif pour une dépense totale en nourriture de 5 fr. 40 c, et le deuxième avait gagné l^SO pour une dépense de A fr. 65 c. Il sem- blerait résulter de cette expérience que le bouillon concentré ne sau- rait remplacer économiquement les pois, lorsque la ration ordinaire, suffisante, doit être complétée par un ahment spécial. Pour apprécier toutefois, la ration étant plus que suffisante, si le bouillon concentré peut exercer une action physiologique favorable à l'assimilation d'un excès de nourriture, des expériences furent re- nouvelées sur deux lots de deux porcs, recevant chacun une pleine ration composée de déchets de malt, de farine de noix de palmier et de pois. Un de ces lots reçut comme supplément de ration du bouil- lon concentré, et l'autre lot ne reçut rien. Pour le premier, au bout de 19 jours, l'alimentation ayant coûté 16 fr. 35 c, l'augmentation de poids vif fut de i3'',60 , et pour le second, en regard d'une dépense totale en aliments de 9 fr. 45 c, l'excédent de poids vif atteignit seulement T,10. Le deuxième essai prouverait ainsi que le bouillon concentré peut agir efficacement et économiquement pour engraisser des porcs se nourrissant à satiété, non pas par l'apport direct de matières albuminoïdes et d'hydrates de carbone, mais indi- rectement, par une meilleure assimilation de la ration '. 1. On Australian conccntralcd niulton soap as a J'ood for pi(jH 28 juillet lo73. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU d"" A. VOELCK.ER. 79 II. — Expériences de Woburn. — Culture et alimentation. L'objet cl le programme des expériences de Woburn, auxquelles Vœlcker s'est personnellement appliqué depuis 1876, ont été som- mairement retracés par lui, sans que nous croyons devoir rien modifier à son exposé '. « Dès l'automne de 1875, M. G. Ilandell avait proposé au Conseil de la Société royale d'agriculture de charger le comité de chimie d'examiner comment pourrait être instituée une série d'expériences dans le but de contrôler l'exactitude de la valeur du fumier résultant de la consommation de diftërents aliments, telle que M. Lawes l'avait (établie (tableau CCXIX) dans le travail que le Journal de la Société rof/ale avait publié*. Ce but avait acquis une importance toute spé- ciale par le fait que dans la loi votée sur le fermage, le fermier avait droit désormais à une compensation, surtout pour la valeur non épuisée de l'aliment acheté, soumis à l'expertise. M. Randell pro- posait en outre qu'à cet effet, des recherches fussent conduites par des agriculteurs praticiens dans plusieurs districts, afin d'opérer sur une grande variété de sols et de climats, et cela, aux frais de la Société. « Au cours de la discussion et de l'çnquète soulevées pur cette proposition, on fut d'avis généralement que ces expériences pour- raient avoir une grande utilité ; mais dans la crainte de ne pouvoir obtenir des résultats suffisamment exacts et pratiques, le conseil ne se sentit pas justifié de voter des fonds pour cet objet. « Sur ces entrefaites, le duc de Bedford exprima le désir de faire le nécessaire pour faciliter de nouvelles expériences à ses frais, et M. Lawes et le D'' Vœlcker furent désignés pour dresser, d'accord avec le comité de chimie, un plan des expériences les plus propres à remplir le but proposé par M. Randell. Le duc de Bedford ayant 1. The influence of chemical discoveries on Ihe progress qf English agricullure : Journ. Roy. Agr. Soc. of England, voL XIV, part. 2, i" série. 1878. 2. On the vulnadon of cxhausled manures, by J. B. Lawes; Journ. id. ; vol. X. pari. 1. 1S75. 80 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. offert d'abandonner, à Wobiirn, la ferme de Crawley Mill compi-e- nant 30 hectares, avec l'habitation et les bâtiments d'exploitation, on reconnut après examen que la surface n'était pas assez grande et que le sol n'avait ni la qualité ni les conditions voulues pour une série considérable d'expériences de culture et d'engraissement. Finalement une terre plus convenable fut choisie à Birchmoor'. Le noble Lord s'arrangea pour la cession de cette terre avec le fer- mier, en laissant toutefois à la disposition de la Société la ferme de Crawley Mill, à cause de la résidence nécessaire pour le surveil- lant, les ouvriers et les attelages dont l'exploitation expérimentale n'aurait pas pu se passer. « Comme les expériences destinées à déterminer la valeur de l'engrais provenant de la consommation d'aliments achetés, impli- quaient l'obligation de nourrir un certain nombre d'animaux, de façon à pouvoir recueillir les fumiers avec le moins de perte possi- ble, le duc deBedford fit construire huit boxes d'engraissement. Dès lors, les expériences de culture et d'engraissement furent instituées d'après un plan arrêté en commun avec M. Lawes, dont voici la description : « Expériences de cîdlure. — Le champ Stackf/ard a une surface de près de il hectares. Le sol, formé d'un loam très léger, ayant une couche arable d'environ 0'",23 d'épaisseur, repose sur un sous-sol de sable presque pur. On recueillit des échantillons de sol et de sous-sol dans quinze endroits différents et pour chacun on préleva six spécimens d'une épaisseur de 0'",23, soit une épaisseur totale dei-,38. a Considérant l'importance, spécialement par rapport aux évalua- tions que spécifie la loi sur les fermages, d'augmenter les connais- sances acquises sur la valeur comme engrais des aliments importés et consommés par les animaux dans la fei-me, il fut décidé de com- parer les efl'ets du fumier obtenu par les déjections résultant de la consommation d'aliments choisis et achetés, avec ceux fournis par l'emploi d'engrais artificiels estimés devoir contenir les mômes élé- ments fertilisants. D'autre part, les effets du fumier et des produits fertilisants, appliqués chaque année consécutivement sur le sol de Woburn, devaient être comparés avec ceux obtenus depuis tant TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D' A. VOELCKER. 81 d'années, en recouranl aux mêmes engrais, sur le sol bien diiïërent de Rothamsted. c En conséquence, dans une pièce de 2''% 43 où l'on avait, en 1876, cultivé et récolté du blé, après vesces et turneps consommés sur place et supplément de tourteau, on cboisit i''%11 pour le con- sacrer à la culture continue du blé, et i''%ll, pour la culture conti- nue de l'orge. Dans chaque cas la surface fut partagée eu il lots de 10 ares chacun et l'on apphqua annuellement aux onze parcelles de chaque série, froment et orge, les engrais suivants calculés à l'hectare : Parcelles n" 1 . — Sans engrais. — n° 2. — 22i kilogr. sels ammoniacaux, correspondant à 56 kilogr. d'ammoniaque. — n° 3. — 358 kilogr. nitrate de soude, correspondant à 5G kilogr. d'am- moniaque. — n° 4. — 224 kilogr. sulfate de potasse; 112 kilogr. sulfate de soude; 112 kilogr. sulfate de magnésie et 139''=,40 superphos- phate de chaux. — n° 5. — 224 kilogr. sulfate de potasse ; 112 kilogr. sulfate de soude; 112 kilogr. sulfate de magnésie; 439''=, 40 superphosphate de chaux et 224 kilogr. sels ammoniacaux contenant 56 kilogr. d'ammoniaque. — n" 6. — 224 kilogr. sulfate de potasse ; 112 kilogr. sulfate de soude ; 112 kilogr. sulfate de magnésie ; 439''s,40 superphosphate de chaux et 358 kilogr. nitrate de soude contenant 56 kilogr. d'ammoniaque. — n° 7. — Sans engrais. — n° 8. — 224 kilogr. sulfate de potasse ; 112 kilogr. sulfate de soude ; 112 kilogr. sulfate de magnésie; 439''',40 superphosphate de chaux et 448 kilogr. sels ammoniacaux contenant 112 kilogr. d'ammoniaque. — n" 9. — 224 kilogr. sulfate de potasse; 112 kilogr. sulfate de soude; 112 kilogr. sulfate de magnésie; 439''?, 40 superphosphate de chaux et G16 kilogr. nitrate de soude contenant 112 kilogr. d'ammoniaque. — n" 10. — Fumier de ferme estimé contenir de l'azote égal à 56 kilogr. d'ammoniaque. — n" 11. — Fumier de ferme estimé contenir de l'azote égal à 1 12 kilogr. d'ammoniaque. « Expériences d'assolements. — M. Randell avait proposé dans le A.NN. SCIENCE AQRON. — 1887. — 1. 6 82 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQ LE. principe de comparer expérimenlalcmenL la valeur engrais de f|uatre sortes différentes de tourteaux, à savoir : Tourteau de graine de coton décortiqué; — — — ordinaire ; — — de lin ; — de colza. Mais on calcula qu'en considération de la faible quantité, dans le fumier total, des éléments fournis par la consommation des tour- teaux achetés, il n'y aurait pas assez de différences dans la valeur en- grais du fumier obtenu par l'emploi de poids égaux de ces quatre aliments, pour que les résultats des expériences séparées d'engraisse- ment avec les touiHeaux, à faire suivre par des expériences séparées de culture à l'aide du fumier produit, fussent significatives. On ré- solut, en conséquence, de borner les recherches comparatives au tourteau de coton décortiqué, comme ayant une valeur élevée sous le rapport de la fumure, et à la farine de maïs, comme possédant une valeur bien moindre, et de comparer les effets des fumiers obte- nus par la consommation de ces deux aUments avec ceux d'engrais artificiels fournissant la même somme d'azote, de potasse, d'acide phosphorique, etc., que dans le tourteau de coton, d'une part, et dans la fai^ine de maïs, d'autre part. « Expériences d'alimentation. — Il est résulté de ce programme que quatre expériences d'alimentation furent organisées : dans cha- cune desquelles, pour la même quantité de litière, de racines et de paille hachée, on a employé comme supplément des rations ali- mentaires, dans l'expérience n" 1, 453 kilogr. de tourteau de coton décortiqué; et dans l'expérience n" 2, 453 kilogr. de fai^ine de maïs. Sans supplément de ration dans l'expérience n° 3, on a ajouté au fu- mier appliqué au sol, des engrais artificiels estimés contenir la même somme d'éléments fertilisants que l'engrais des 453 kilogr. de tour- teau de coton, et dans l'expéi^ence n° 4, la même somme d'élé- ments fertilisants contenus dans l'engrais des 453 kilogr. de farine de maïs. « Il convient d'expliquer que la quantité d'azote qui se trouve dans l'engrais produit par les aliments achetés a été calculée d'après TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D'' A. VOELCKER. 83 les règles qui ont servi à M. Lavves pour établir le tableau CCXIX de la valeur du fumier produit par la consomniaLiou de différents articles d'alimentation ; c'esl-à-dire, que dans le cas d'aliments très azotés, tels que les tourteaux et les légumineuses, on a déduit 1 p. 1 00 de l'azote lotal comme étant absorbé par l'animal pour augmenta- tion de poids vif et les pertes subies; ce qui revient à évaluer à 00 p. 100 l'azote recouvrable dans le fumier. Dans le cas d'ali- ments relativement peu azotés, tels que les grains des céréales, on déduit 15 p. 100 pour l'accroissement et la perte, et il reste 85 p. 100 pour le fumier. En ce qui concerne les éléments minéraux, tels que l'acide phosphorique, la potasse, etc., on déduit généralement beau- coup moins que pour l'azote; mais une déduction plus ou moins forte de ce cbef affecte très peu l'évaluation de l'engrais. « Comme suite à ces dispositions, l'assolement quadriennal ordi- naire : racines, orge, fourrages et froment, ayant été adopté, on con- sacra à chacune des fumures résultant des quatre expériences d'engraissement, une parcelle de 40%4-. La première rotation étant en fourrages (trèfle et ray-grass), la parcelle n° 1 reçoit des moutons parqués qui consomment l'herbe avec un supplément dé- terminé de tourteau de coton; la parcelle n° 2 reçoit également des moutons qui consomment l'herbe avec la même quantité de farine de maïs ; la parcelle n" 3 est transformée en parc, mais les moutons n'ont pas d'alimentation supplémentaire. Pour la rotation suivante de froment, on ajoute au sol n° 3 comme engrais artificiel les éléments fertilisants contenus dans la ration de tourteau de coton donnée en supplément; enfin, la parcelle n° i est de même transformée en parc, sans supplément de ration pour les moutons, et le sol est fumé à la rotation suivante de froment , avec une quantité d'éléments fer- tilisants égale à celle que fournit la ration additionnelle de farine de maïs, « D'après cela, sur une pièce de 6''% 48, cultivée en 1876 en orge succédant à des vesces de printemps, parquées une fois avec supplément de tourteau, on ensemença, en 1877, i^^Qil avec de la graine de fourrages et l'"",62 avec des mangolds. Le reste de la pièce fut de nouveau emblavé avec de l'orge en 1877, mais fumé avec du tourteau de colza, à raison de 878 kilogr. à rheclare. 84 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. En 1878, il fut procédé, comme pour la première moitié de la pièce l'année précédente, à l'ensemencement de P^ôâ en fourrages et de 'l'"',62 en mangolds. » Le cours de l'assolement quadriennal des 6''%4'8 entrés en expé- rience est indiqué par le tableau CCXXXV. TABLEAU CCXXXV. — Assolements comparés de Woburn. ASSOLEMENT 1 ASSOLEMENT 2 ASSOLEMENT 3 ASSOLEMENT 4 li'',G2 li-SG^ ll'»,62 ]''S62 1877 Fourrages. Mangolds. » » 1878 Froment. Orge. Fourrages. Mangolds. 1879 Mangolds. Fourrages. Froment. Orge. 1880 Crge. Froment. Mangolds. Fourrages. 1881 Il » Orge. Froment. Les expériences de Woburn, commencées en i87G par MM. Lawes etVœlcker, qui signèrent ensemble le premier rapport sur les résul- tais obtenus en 1877, et continuées par le D' Vœlcker seul, jusqu'en 1884, n'ont eu d'autre but, il importe de le rappeler, en ce qui concerne la culture continue du froment et de l'orge, que de jeter quelque lumière sur la question si complexe de répuisen\ent gra- duel du sol par les céréales. On s'est surtout préoccupé, par l'exa- men des fonctions des divers engrais azotés et minéraux, de re- cueillir des données pouvant guider sûrement les agriculteurs dans l'évaluation des engrais restés en terre, c'est-à-dire, non épuisés'. Les expériences se poursuivant par les soins de M. Vodcker fils, qui a remplacé son regretté père comme cbimiste consultant de la So- ciété royale, sans qu'aucune conclusion ait pu encore être tirée, nous n'avons pas à en formuler pour les sept premièi'es années, 1877 à 1884, dont nous rendons compte. Nous nous bornerons ainsi à résumer les observations enregistrées par Vœlcker, à l'appui des résultats publiés jusqu'en 1884. 1. Report on the field and feeding experimcnts, etc., during the year 1882. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D'' A. VOELCKER. 85 Nous rappellerons finalement que la pièce de Stackyard, au sol très léger, sur laquelle ont eu lieu les expériences de culture et d'asso- lement, située à 1200 mètres environ des bâtiments de la ferme Grawley Mill, a été divisée en deux parties. Sur la plus petite des deux parties, d'une étendue de 2''%20, une moitié, soit I''%10, a été affectée à la culture continue du froment, et l'autre moitié, de l''%10, à la culture de l'orge. Sur la partie la plus grande de la pièce, comprenant C''%48, ont été conduites les expériences d'assolement quadriennal, La pièce entière avait porté en 1876 une récolte de froment ayant rendu 21 .90 hectol. de grain vanné et 2,573'',50 de paille à l'hectare. 1. Expériences culturales. a. — Culture continue du froment. La variété de grain choisie comme semence étant celle de Bro- wick, cultivé aux environs de Woburn, on convint d'emblaver au semoir et par Hgnes, à raison de 200 htres de semence à l'hectare. Le fumier et les engrais minéraux furent appliqués à l'automne avant l'ensemencement ; les sels ammoniacaux et le nitrate de soude, au printemps, en couverture. Le tableau CCXXXVI reproduit les résultats de sept récoltes suc- cessives de froment ; poids du grain vanné et de la paille, en regard des fumures employées sur les 11 parcelles expérimentales; le prix approximatif des engrais pour le froment et l'orge est donné dans le tableau CCXXXVIL Première année i877. — L'ensemencement se fit dans la première semaine de novembre 1876. Le fumier appliqué la première année aux parcelles 10 et 11, n'ayant pas pu être préparé entempsutile, de façon à contenir exactement 56 kilogr. d'ammoniaque pour la par- celle 10 et 112 kilogr. pour la parcelle 11, on fuma la première avec 6000 kilogr. de fumier pailleux, bien retourné, et la seconde avec 12000 kilogr. 1. Report on the ficld, etc., durhuj the ycar 1880. 86 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 7- SSÎS lO -* 1- _ o cr. (N co t- Ci ^ r- fM ce — -* -d oi 01 co c: f>a îc î^ fM >o t^ co Oï I- Ci ti\ CS t- t* CO " ) \:A C^ M c^ o« ■* •* (N rH m ■« oi n 'M ^ OU < — co 1 t^ -f Cl to OQ « r; r- t- co •^ O -M CO — -4. co Oï r^ M* t- O ^ '-^ r^ •N • O ri c — co 0^ co 00 •^ -M ' JÀ i-H .H ïH «-i !M (M 1-1 co 1-1 (N -1 iH ^ï l Cï b- t* iH 00 O 50 -i^ ^ 05 -x -t-^ 1 1 ^ t- :o ÛD f (ÏJ t- »-* « f-t M* M> 1- l co 03 -^ CO i— ers î-1 e-j c; ?o c^ -* 10 co -— ^ 1 ^ ^ ©««■<* (>) -* •.* (M 0^ •:i co (?^ co Cl co ^ a. 00 <- 3 s 1 O c-i r- CO (M rH .O GO -H t- t- -*< c* i 2 •!•' •^ 5 Cï os t-- •^ \Ci t- r^ t^ co cr co o f t>. o o o m — 00 00 co l- co Cl -« ^ 1 s s *" (M ^ ■N W cq O) r-i iH ,-< •o J u 00 'M ^ co i-H >o -* 10 (M •J t- et lO \o CO co ca ^ t* O) (M «a -3^0-* lO r>- «0 -•# cb QO .-1 iH . 1 -< — CM Î-» CO (M «5 ■<3t ff^ •* -* CO -* •a ■— « I co < - GC 1 CD O OS O co -+« C^ Ol o« « . t» J TT. lO O o O CO t- co co eo t^ Ai o r: lO 00 eo o -.s C3 (N 'M t- ^ 1-1 iH 7J tH (M eo -H G^ C5 — * -M -* CD y~K CO 1 ^ ^ '■£> CO Cï oo -o IM uO >o l ^ CO Cl C5 -^ O r^ ca t- ■>* fM '» 1 5 ^ 1-1 iH i-H C^ï co m -1 ■«il ril OJ CO • 1 ,Q o j 5£ ^ ■ GO i z "i O ^ O C5 co o rt CO 00 "O 1 CO -^ O r- ■^ >o I^ CO co »o CO 1 "^ c nu iC5 O lO 00 -T co t>" CO -« co ,H 1 K „ ^ rH iH »H ,H ïH « \ « " p \ fi • ■-* i u ce QC O es CO t H 01 n- 10 •»J 1 -J ^ Ci -1< lO »J O 5S CO >Ô 00 s o 1 .J CD >0 Tt* l-( -*' ÇO O t" 00 . 1 -e ^ iH Oq Co cr (M CJ co >J m ■< — o 00 C£> CO o lO -* t- f} tJ = « ^ w -1 ,-1 ,— * i-H « i' p o , 1 u oi -^ co co >o 7H ^ -* t- Ci 00 i (N -M VO >-0 ^-* (M ▼H J b ë 1 !>■ O C5 O «H H* Cï IN 00 10 ta >C 00 t- co l>- •>* --O to »o CD O w t- t- co 0-. r- 00 ce co w m *^ t-« tH w T-( 1-H o 1 fi ^ o . •i-i f u >0 -C C5 o o O 05 05 r- co CO u ^ O r^ O S ÎD ^1 ■r^ O) «M r— r* co co t- •ffl \Ci 00 O -• co co yfi &I y 5 p^ ■M -^ -f «M •<# -)< N ce 10 co 01 « & M ■ (M IC r-J O co (M b- r- 52 •^ 1 5 "s « >o O iH o tc OJ T^ co t~ lO îO ■^ — f co »H H< co Î-I c^l 1 1 s 5 ^ T-i -M îl ■î iH eo (M T-t w 1— i > X ,- dJ ^' ,* (D , »• o CJ • . • OJ ^. 0) 0) . t^ • 14 i^ c3 t; te ce p Sx ta ■c 5) '3 'cs • S) rt la . a . "a . o ti: 4î o ^ s ■ o ^ © i: ja « = 3 a. 3 ■i* -j3 «n ce -, ° " 2" • ^ c« "^ ? £■ S ° ^ •= s OJ . . . :::';: -a r: '^^ IM O 'M t* fi GO 2 œ CI . ■s " 3 o- cj •" ■ -a S a ■ . 5 . CJ u "^ M p. '^ o '5 - 5 c; •5) •« ta 5» o • s ■ *. o 6s -. • O O W rs CO ÎO -H M i2^ r- -^ ■* en t- CO Ci 'M r-l CO :2S cô i 1 ^ »-( co « r-< co 3-1 00 C-l ^ c^ OJ co oo > 00 u: -^ ^O î£> co Cl tO Ci 00 W ce Ci -* ce '-D .j .o o :o m t^ 05 ^1 co co t^ -^ ^ Ci C£> 05 = co ^ 3£ ce co •es -1 Ci 'M >0 'îi ^ co -+ ^ ■^ Cl "JD t~ < ^ tH -^ -* Î'I CO co ■M -* 3^ (M oj >i t~- Cl ; c 00 ce < — 00 5 -a; u f3 ^ ^ 00 « 00 o Ci ift o ^ N ^ 00 co c -# .-0 CO ^ ^ ^ ^^ ",.5 ^ o co Ci ^ G-1 r: r-» -4» 00 •>> tM CO CM 10 01 CO fM CO -n* Ci -^ TO ^1 Î4 r- -r* —H 'M -M 'c 5- w^ ^- u !3 U 1^ *-i Ci O UO « «5 c- 10 00 t— o -J (M '^ *^ O ce or « •«1< "Î^I ^ O IT» O ce co ta 00 -H Ci ïO ^ ^ r>i -M co i-< -M r: rt co CO (M CO i-H I S. ce <- ns tH i /: -i/ o o co '» o "^l Tl -.3 02 CO CO Ci ■^ 5 ce »o '- C» O >:/:' Cï »o Ci S ^ rt -^ r-H Oï ">! i-H -îl co w CN co C^ (M «3 es « ;^ U r- 'M ■>! CO o 5-. r- J ^ ^ t:^ o t^ co th co co ^ s ci ta CO 10 a •^ Ci r!< ? ^ 3^1 Ol co Îh eo co i-f co ^ (M (M O • 1 a. s CO <- ce \ co iH 1 J^ -x -^ iC r- w 00 ce C5 r~* t- tH W o -M Ci -ro -^ 1— 1 fM 'M cr. to t^ o ~H ce t^ co Ci ce ^ C^ O- CO 'X) O CO co vH co co -J '^ -M -^ ^1 f^ «e co C5 — t* CO Ci ^ ^ — 1 (M C rj O u t^ c:» -* o ÇO -M '?! 00 -« t- ce u iJ Oî >o co -t* ^ 'M ^ co ".O ■M* u o o Ci m ce — lt; t^ C5 0) -t ^ C^ï -M G^ -H 1- »n -+ CO Ci "3 o < — r= I- ce (M co o ce »o 1— ^ - Ci ^^ ^ 2 iiO to -^ o oc cî !0 •-H co »-H ^ — co ç 34 co CM s g « ^ ,-1 ^1 w »H îa co co 1-t <-H • S D. E S ^ 3 S la „!> ^ 2 -î « •^ g s © -l^s-l SB . •oj

y. ^ •^ CD Si D S co 10 co _o VI- 1 = * t. J t 1 = ! a ? 2 oî oi "' t; s s. 2:2 ^^ -S « 2 2 g â 1; " S' a 03 a 3 <£ i s >« i .5 .2 "^ 's ^ Ç -t< ce' -^ C" •rK -« 3 H OQ (N co M Cl 3<1 l>) 01 S4 [M fM &- iH 71 co ^ m '^ i> CO Ci ■rH TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D" A. VOELCKER. 101 Troisième année, i879. — Le fumier obtenu par A bœufs mis en boxes pendant cinq semaines, de la même manière que pour le fro- ment, fut répandu les 25 et 27 janvier. Quant aux sels ammoniacaux, au nitrate et à l'engrais minéral, on les distribua le 8 mars. L'orge ne fut semée que le 18 du même mois. La récolte, faite le 30 août, fut mise en meule lu 20 septembre et battue le 19 novembre. D'après les rendements constatés, on remarquera que l'engrais minéral employé seul est encore resté sans effet et que les sels am- moniacaux ont fourni une récolte plus copieuse que le nitrate de soude, tous deux étant employés isolément, comme dans les deux années précédentes. Associés à l'engrais minéral, les sels ammoniacaux ont été plus efficaces que le nitrate de soude ajouté de même à l'engrais mi- néral. Mais à la plus forte dose de G16 kilogr., le nitrate de soude a eu l'avantage par rapport à la dose de 448 kilogr. de sels ammo- niacaux. A raison de 56 kilogr. d'ammoniaque, le fumier de ferme n'a donné aucune augmentation en regard de la parcelle 1 sans en- grais; mais à raison de 112 kilogr., le rendement en grain s'est accru de 500 kilogr. à l'hectare. Enfin l'écart entre les deux parcelles sans engrais s'est encore plus accusé, à l'avantage de la parcelle 1, que dans les deux années an- térieures. Quatrième année, iSSO. — Le sol ayant été préparé au scarifica- teur, puis à la herse, après la récolte de 1879, on répandit le fumier produit par 4 bœufs rais en boxes, le 20 janvier 1880, les engrais minéraux le 23 janvier et, après un labour le 1" mars, on sema l'orge en lignes le 20 du même mois. Les sels ammoniacaux et le nitrate de soude furent distribués au semoir, en couverture, les 24 et 26 mars. La récolte leva bien et conserva un bon aspect jusqu'à la moisson qui eut lieu le 17 août. Le battage et les pesées du grain et de la j)nille se firent le 19 novembre. L'engrais minéral étant resté inefficace comme précédemment, le nitrate de soude a fourni cette année un rendement plus élevé que les sels ammoniacaux employés seuls. 102 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Associés à l'engrais minéral, les sels ammoniacaux ont donné plus de grain, mais beaucoup moins de paille, que le nitrate de soude en mélange avec l'engrais minéral (parcelles 5 et 6), Le fiunier à moindre dose (parcelle 10) a été plus efficace que dans les trois années précédentes ; tandis qu'à dose double il a donné une forte augmentation (parcelle 11), malgré la mauvaise saison. Les parcelles sans engrais 1 et 7 ont montré les mêmes différences de rendement, au détriment de la parcelle 7. D'une manière générale, le sol du champ de Stackyard paraît con- venir bien mieux à la culture de l'orge qu'à celle du blé, car dans une année médiocre comme en 1880, la récolte d'orge a été plus satisfaisante qu'en 1879. Enfin, il importe de remarquer qu'un excès de sels ammoniacaux ou de nitrate de soude, en mélange avec l'engrais minéral (parcelles 8 et 9), a réduit effectivement le rendement en grain, en forçant la production de la paille, par rapport aux doses plus faibles employées dans les parcelles 5 et 6 ; ce qui caractérise les années humides où l'orge mûrit imparfaitement. Cinquième année, 488i. — La graine d'orge Chevalier fut semée le 11 avril, à raison de 200 litres à l'hectare, et se montra hors de terre le 21 du même mois. Le fumier fourni par 3 bœufs nourris en boxes pendant cinq semaines, avait été répandu le 10 janvier précé- dent ; l'engrais minéral, le 12 mars ; le nitrate de soude et les sels ammoniacaux, le 2 mai. On coupa l'orge le 1" septembre pour la mettre en meules aussitôt, et le battage s'opéra le 13 octobre. Les résultats des quatre années précédentes sont confirmés par la récolte de 1881. Les parcelles restées sans engrais se rapprochent sous le rapport du rendement, et l'engrais minéral demeure ineffi- cace. Les sels ammoniacaux (parcelle 2) produisent moins de grain et moins de paille, à égale teneur en azote, que le nitrate de soude (parcelle 3), comme en 1880. L'addition de l'engrais minéral aux sels ammoniacaux et au nitrate de soude est très efficace, surtout pour le nitrate; mais il importe de remarquer, au point de vue éco- nomique, que le nitrate associé à l'engrais minéral et au superphos- phate est plus profitable à la plus faible dose, et que dans les années TRAVAUX ET EXPÉRIKNCES DU D*" A. VOELCKER. 103 froides et humides, il produit pins de graiiique s'il avait été ai)pli([uc à liautc dose. C'est la paille surtout qui se développe sous riufluencc d'un excès de nitralc, dans les années hiuiiides et froides. L'action du fumier (parcelles iOel il) s'accentue favorablement eu égard au rendement moyen des deux parcelles sans engrais, par un excédent de 651 et de 1099 kilogr. de grain à l'hectare. Sixième année, iS82. — Avant l'ensemencement qui eut lieu à la date du 25 mars, on répandit le 26 janvier, sur les parcelles iO et 11 ,1e fumier produit par \ bœufs mis en boxes pendant trois semai- nes ; et les engrais minéraux sur les parcelles 4, 5, 6, 8 cl 9, le 14 mars. Les sels ammoniacaux et le nitrate de soude, mélangés avec trois fois leur volume de sable sec, furent distribués le 27 avril. Comme pour le froment, les parcelles 8 et 9, qui avaient reçu pendant cinq années de suite une forte dose de sels ammoniacaux ou de nitrate de soude, en plus de l'engrais minéral, furent partagées chacune en deux parties, et sur une des demi-parcelles seule- ment 8 6 et 9 6, on appliqua en 1882 les sels d'ammoniaque et le nitrate. De même, pour les parcelles 10 et 11 traitées par le fumier, on partagea chacune en deux parties, et sur les demi-parcelles 10 a et 1 1 a on ne répandit pas de fumier en 1882. La récolte s'étant faite du 21 au 25 août à cause des pluies, on la mit en meules le 30 août, pour la battre seulement le 15 novembre suivant. Supérieure en (jualité à celle de l'année précédente, la récolte fut aussi plus abondante, contrairement à ce qui avait eu lieu pour le blé. Pour un rendement moyen en grain de 1 740 kilogr. à l'hectare sur les deux parcelles (1 et 7) sans engrais, le nitrate de soude (par- celle 3) a fourni un excédent de 1 168 kilogr. ; et les sels anunonia- caux (parcelle 2) de 848 kilogr. seulement. Mélangé avec l'engrais minéral, le nitrate de soude a également été plus efficace pour l'orge que les sels ammoniacaux associés à l'engrais minéral, à l'inverse de ce qui a été remarqué pour le fro- ment. Les demi-parcelles 8 a et 9 a, grâce au résidu dans le sol, do 104 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. nourriture minérale provenant des années antérieures, montrent un excédent de 500 kilogr. et de 488 kilogr. de grain à l'hectare par rapport au rendement moyen des deux parcelles sans engrais. Pour le froment, aucun excédent ne fut constaté dans les mêmes condi- tions. Sur les demi-parcelles 8 6 et 9 6, l'addition des sels ammoniacaux et du nitrate a forcé le rendement jusqu'à 1 844 kilogr. et 2118 kilogr. de grain en excédent, par rapport à la moyenne des deux parcelles témoins. Le traitement par le fumier des demi-parcelles 10 6 et 11 b a donné une augmentation de grain peu considérable, eu égard aux deux autres demi-parcelles 10 a et 11 a ; ce qui indique l'existence et l'efficacité de l'apport laissé par le fumier des années anté- rieures. De toutes manières, contrairement à ce qui s'était passé en 1881, l'action du fumier sur l'orge, en 1882, a été moins sensible que celle de l'engrais minéral azoté. Septième année, i88S. — Le sol du champ d'expériences consacré à l'orge fut labouré le l^septembre 1882 pour la première fois, puis le 16 mars 1883. On sema la graine {Oaheshott Golden Melon) à raison de 200 Htres à l'hectare, en même temps que l'engrais miné- ral, au moyen du semoir double, le 31 mars. Les sels ammoniacaux et le nitrate de soude furent distribués en couverture le 25 avril. Quant au fumier provenant de 4 bœufs mis en boxes pour trois semaines et trois jours, il avait été appliqué aux demi-parcelles 10 et 11 , dès le 24 janvier, avant le second labour. Malgré le dommage causé à la récolte par les orages des mois de juillet, le beau temps du mois d'août lui rendit son bon aspect. Après la moisson et la mise en meule qui durèrent du 21 août au 14 septembre, on procéda au battage sur place le 25 octobre. Le rendement constaté excéda la moyenne dans la plupart des par- celles. Ainsi, après six années de culture sans engrais, le sol des parcelles 1 et 7 accusa un rendement moyen de 161 kilogr. de grain et 2 044 kilogr. de paille à l'heclare. Les sels ammoniacaux employés seuls (parcehe 2), et le nitrate TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D"" A. VOELCKER. 105 de soude, sans mélange d'engrais minéral (parcelle 3), augmentèrent notablement le rendement en grain et en paille par rapport à la moyenne des parcelles sans engrais ; l'avantage restant au nitrate. Dans la parcelle 4-, les engrais minéraux emjjloyés seuls furent aussi inefficaces que les années précédentes. L'addition des sels ammoniacaux (parcelle 5) et du nitrate de soude (parcelle G), aux engrais minéraux, fit remonter le produit à l'hectare de 142 et 274 kilogr. de grain, par rappoi't aux parcelles 2 et 3. Sur les demi-parcelles 8 et 9, comme pour le froment, on fuma avec addition de sels ammoniacaux (8 a) et de nitrate de soude (1) a) les demi-parcelles qui l'année précédente avaient reçu seulement de l'engrais minéral. La comparaison des rendements des quatre demi- parcelles en 1882 et '1883 est des plus instructives au point de vue de l'excédent qu'a produit dans les deux années consécutives l'ad- dition des engrais azotés. Dans les parcelles 10 et 11 consacrées au fumier, on peut cons- tater que les demi-parcelles 10 a et 11 a n'ayant plus reçu de fumier depuis deux ans, ont encore fourni un rendement de 1 957 et 2 lil kilogr. de grain à l'hectare, par suite de l'apport laissé dans le sol par les fumures des années précédentes. c. — Assolements. L'objet des expériences d'assolement, combinées avec celles de l'engraissement, a été défini plus haut, et le cours des quatre assole- ments, expérimentés chacun sur 1,62 hectare, a été également indi- qué. Nous nous bornerons à exposer les résultats obtenus pour un assolement quadriennal pendant sept années consécutives. ASSOLEMENT I. 1877. liotalion i. — La pièce de 1,02 hectare, divisée en 4 par- celles et semée en fourrages (trèfle et ray-grass), a servi de parc aux moutons pendant l'été. Sur la l'^ parcelle, la consommation des 106 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. moutons en tourteau de coton décortiqué s'est élevée à 838 kilogr. à l'hectare ; sur la 2" parcelle, la consommation de farine de maïs a atteint le même poids ; sur les S' et 4« parcelles, les moutons ont consommé le fourrage sans aliment additionnel. La durée du parcage a été du 10 mai à la fin de juillet, et de fin août à la mi- octobre. Le tableau CCXLI indique l'augmentation totale de poids vif des moutons parqués, en regard des aliments consommés et de la durée du parcage sur chaque parcelle. TABLEAU CCXLI. — Assolement I, rotation n° 1, 1877. Fourrages (trèfle et ray-grass). NUMEROS des parcelles. Parquée par tO moutons pendant 15 semaines, avec supplé- ment de 827 kil. à riiectare de tourteau de coton décor tiqué Parquée par 10 moutons pendant 15 semaines, avec supplé' ment de 827 kil. à Thectare de farine de mais Parquée par 10 moutons, sans ration supplémentaire, pen- dant 14,5 semaines Parquée par 10 moutons, sans ration supplémentaire, pen- dant 13,5 semaines Augmentation de poids vif. Ivll. 137,3S 12i,69 97,05 95,00 Si l'on déduit l'augmentation de poids vif, due au fourrage, de celle attribuable aux aliments artificiels, donnés comme supplément au fourrage, on trouve que le tourteau de coton a fourni un excédent de 41\,35 et la farine de maïs de 28^65. Le nombre de moutons mis en expérience est toutefois trop faible pour que cette conclusion puisse être regardée comme définitive. 1878. Rotation 2. — Les parcelles 1 et 2, où avaient parqué l'an- née précédente des moutons, qui avaient consommé un supplément d'aliments artificiels, ne reçurent aucun engrais en 1878; tandis que les parcelles 3 et 4 furent traitées par un engrais contenant autant d'azote et d'éléments minéraux que le tourteau de coton et la TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU d"" A. VOELCRRR. 107 farine de maïs en renfermaient. C'est ainsi que la parcelle 3 reçut un mélange, calculé à l'hectare, de 307'', 75 de nitrate de soude, 81'', 80 de superphosphate d'os, 51 kilogr. de sulfate de potasse et 53'',25dc sulfate de magnésie, correspondant à l'engrais de 838 kilogr. de tourteau de coton décortiqué ; tandis que la parcelle 4 reçut un mé- lange de 65'', 30 de nitrate de soude, l'i^jCO de superphospiiate d'os, 5'',60 de sulfate de potasse et 9 kilogr. de sulfate de magnésie, cor- respondant à l'engrais laissé par 838 kilogr. de farine de maïs. Le froment, de la variété Browick cultivée dans le district de Wohurn, fut semé le novemhre 1877 et couvert par les engrais sur les parcelles 3 et 4, au 9 mars 1878. La moisson se fit le 11 août et le battage, le 15 octobre de la môme année. Les résultats consignés au tableau CGXLII indiquent une bonne récolte pour toutes les parcelles, et une récolte à peu près égale, TABLEAU CCXLII. — Assolement I, rotation n" 2, 1878. Froment. GKAIN V.VNNB PAU HECTARE. PAILLE, ulc, 1er CHOIX. 2>= CHOIX. a S. S5 ^ Poids "" ^ ^^ _ Poids !'•"• " Poids. Heclol. do Poids. Heclol. de liL'clari'. riicctoi. riii'otoi. liil. Itil. liil. kil. lui. 1 Fourrages parquée par mou- tons ayant conBommé 83S kil. à l'hectare de tourteau 2 do coton décortiaué. . . 2 520 33,. 5 75, IG 208 3,3 Cl, 41 5 488 Fourrages parqués par mou- tons ayant consommé 838 kil. à l'hectare de farine de maïs .... . 2 G03 34,5 75,48 280 4,6 C2,06 5 079 .T Fourrages parqués par mou- tons sans ration supplémen- taire; fumé en couverturo au printemps ' 3 139 41, >! 75,18 131 3,8 59,88 7 373 4 Fournigcs parqucjs par mou- tous sans ration complémen- taire; fumé en couverture au printemps- 2 401 33,0 76,40 lur, 2, S ,58,30 i; 250 l.T îngrais composé, équivalent à 838 kil. par hectare de tourteau de coton déoc rti que. •_'. I jUgrais composé, équivalent à 83.S kil. par hectare de farine do mais. 108 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. sauf dans la parcelle 3, où déjà en juin elle paraissait devoir être supérieure. Le contraste qu'offraient en 1878 le froment cultivé en assolement et celui cultivé d'une manière continue, était frappant. 1879. Rotation S. — Le fumier, préparé avec moins de litière dans les boxes et de la litière hachée, était court et bien consommé. On l'appliqua aux quatre parcelles, de même que l'engrais minéral additionnel aux deux parcelles 3 et 4, avant de semer les betteraves mangolds. La graine des mangolds, plantée dans la première semaine du mois de mai, leva bien ; mais en raison du froid pendant les mois de mai et de juin, les plants firent peu de progrès et restèrent très fai- bles, faute de soleil et de chaleur jusqu'en novembre. Le tableau GGXLIII indique des résultats, qui sont bien inférieurs à ceux obtenus en 1878 dans l'assolement IL TABLEAU CGXLIII. — Assolement I. Rotation n° 3, 1879. Betteraves mangolds. HÉROS des celles. ENGRAIS DISTRIBUÉ PAU PARCELLE. PRODUIT A l'hectare « Ci. Racines. Feuilles. kil. kil. 1 Fumier obtenu à l>ide de 783'', 5 de paille comme litière, 22G7 kil. mangolds, 567 kil. paille de blé hachée et 453 kil. tourteau de colon décortiqué 11339 5 320 2 Fumier obtenu à l'aide de 7 83'', 5 de paille comme litière, 22G7 kil. mangolds, 507 kil. paille de blé hachée et 3 i't'A kil farine de maïs . 1 1 287 5 166 Fumier obtenu à l'aide de 783'', 5 de paille comme litière, 2267 kil. mangolds, 567 kil.. paille de blé hachée, au<|uel on a ajouté comme engrais artificiel Téquiva- lent de 463 kil. tourteau de coton décortiqué soit */, azote = 112'', 5 nitrate de soude, et 45'', 3 cendres d'os (superphosphate), 2S'',3 sulfate de potasse, 29'',5 sulfate de magnésie 19990 7 447 4 Fumier obtenu comme au n" 3, auquel on a ajouté comme engrais artificiel Téquivalent de 453 kil. de farine de mais, soit 36'', 27 nitrate de soude, 7'',35 cendres d'os (superphos[ihate), 3'', 17 sulfate de potasse et 5 kil sulfate de maenésie. . 11556 5492 TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D*" A. VOELCKER. 109 Les parcelles 1 et 2 ayant eu le môme rendement à peu près, c'est la parcelle 3, avec la plus forle dose de nitrate de soude dans l'engrais complémentaire, qui oITrc le rendement le plus élevé ; il est supérieur de 8 077 kilogr. à la moyenne des deux premières parcelles, tandis que l'excédent pour la parcelle 4 est seulement de 'S^AS kilogr, de racines à l'hectare. 1880. Rotation 4. — Les betteraves de l'année précédente furent consommées sur place par les moutons le 13 février 1880, et la pièce fut labourée le 1" avril suivant. On sema l'orge en lignes le 8 août, et entre les lignes, on sema du trèfle le 10 mai. Les parcelles 1, 2 et 4 ne reçurent aucun engrais pour l'orge, mais, sur la parcelle 3, on ajouta en couverture le 3 juin du nitrate de soude, à raison do 139 kilogr. à l'hectare, correspondant à un tiers de l'azote contenu dans l'engrais que fournissent 1 120 kilogr. de tourteau de coton décortiqué. On fit la moisson le 8 septembre et le battage les 5 et 6 novembre. Les résultats des pesées et du mesuragc du grain et de la paille figu- rent dans le tableau GGXLIV. TABLEAU CCXLIV. — Assolement I, rotation n" 4, 1880. Orge. O =: K - ■a c Sans engrais artificiel (tour- teau de coton) Sans engrais artiliciel (farine do maïs) Avfc engrais contenant un tiers d'azote de la fumure produite par 45:5 kil. de tourteau de coton, soit, pour la parc('lle : 56*^,22 nitrate de soude Sans engrais artificiel. . . . Gît VIN VANNE PAK HECTARE. 1" CHOIX. Poids. kil. 2tU9 2 098 2349 1918 Hectol. 37,10 32,10 36,82 30,00 Poids de riiectol. kil. Ci, 8 65,1 63, G Cl, 8 2^ CHOIX. Poids. Hectol kil. 29, U 51,. 05 26,06 25,22 90,04 Poids de riieclul. kil 46,11 PAILLE, etc., pur hectare. kil. 3178 3070 3137 2 610 110 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Autant qu'on pouvait juger de la récolte par l'aspect, celle de la parcelle i parut conserver l'avantage pendant toute la croissance. Quant à la parcelle 3, fumée avec le nitrate de soude, elle fournit moins de grain et du grain d'un poids moindre à l'hectolitre que la parcelle 1 ; mais plus de paille. Si la saison avait été plus chaude vers la moisson, il est probable que la parcelle oeiitdonné un rendement supérieur en grain ; tandis que par une saison froide et humide le nitrate a poussé à la paille. 1881. Rotation n° i bis. — Le trèfle {white DutcJt) semé en i8S0, entre les lignes d'orge, étant très bien venu, passa l'hiver dans de bonnes conditions et fournit une abondante récolte au printemps de 1881. Chacune des quatre parcelles reçut le 23 mai 10 moutons, le trèfle étant en pleine floraison. Sur la parcelle 1, les moutons con- sommèrent comme aliment supplémentaire 304'', 7 de tourteau de coton décortiqué et sur la parcelle 2, 330kilogr. de farine de maïs. Pesés le 23 mai avant d'être parqués, et le 16 juin après avoir été tondus, les moutons, qui avaient de l'eau à discrétion dans le champ, ont donné comme augmentation de poids les résultats con- signés dans le tableau CCXLV. On remarquera (colonne I) que, sur les parcelles 1 et 2, les mou- tons ont augmenté du même poids, mais moins que sur les par- celles 3 et 4 ; ce qui semble indiquer que dans la condition où était le trèfle en juin, les animaux en ont tiré plus de profit que des aliments artificiels. Dans la colonne VIll est rapporté le poids de la laine recueillie par la tonte le 10 juin pour chaque lot de 10 mou- tons. Parqués de nouveau, après avoir été tondus, les moutons des parcelles 1 et 2 ont continué à augmenter de poids, mais ceux des parcefies 3 et 4 ont diminué ; ce qui doit s'attribuer, d'une part, à ce que le trèfle, au fur et à mesure de l'avancement de la saison, était devenu plus dur et moins succulent, et, d'autre part, à ce qu'il était trop piétiné. Les résultats du deuxième parcage sont rapportés dans la colonne II. Mis une troisième ibis en parc, du 2 au 20 juil- let, pendant 24 jours, les moutons des parcefies 1 et 2 profitèrent plus que ceux des deux autres parcelles où le trèfle était trop court. L'augmentation de poids n'en a pas moins été constatée pour les moutons des quatre parcelles (colonne III). Enfin les moutons des TRAVAUX ET EXPERIENCES DU D A. VOELGKER, 111 o S en « Si ta S O 00 c o o s o > u u < M 'r] - o =' hi O 00 « o a es 2 — t^ o. 00 ■~s 7, c ^ .=. »- 7^ n 0) o K* .:£ Ci -5 o - -3 — -r S4 m co ce ^^ w 1 u "^ "^ 2 c — .' !" o 1^ 2 \ > ■^ to t^ -: 5 .• ) 1- + + y. Ld — S 2 ' M o 1 "I" «« ^ - - 1 • CD ta ^ \ £ co (N o 1 ï f t** ■H, 'jÀ ~ ■■f a s X < f — * ^ Y. < ■r. v^ ^ + , 00 O 1 — * •-' :-^ w t* > o 1 I °° - > C 1- J^ s a o 1 1 tr. o ' -~ < ç^ c c Wi 'q^ ^ r = o > O _; _ o- _ - ^ " ^ ^ c^ (N ~ ^ G-l + + t '^ t- -M ■O /: w- \ 00 ->! ci o ^ S. i 1 ^ •^ -2 co CO Ci f 'A ^ 0-1 ""• ^1 + + + + W 1-t l- o TU m 'ê '^ !j '5 „ rs ^ Ô _^ •»a< ci o ^ - a ;7 5 .= ■— L!Z co 1 *U ■^ + + 1 1 ^ . n at o» t- "" 'M o -îl _: O lO l~ t^ « " ^ — . ■;;;• -^ •01 ^ «5 lO s ^ - ?î + + + + — • ^3 ■* ■a a O ai O C S zi Ut .^ ^ o ^ rs '5 c4 eâ % o > T3 -o 5 a o «j ■àt j3 O g g _^- a > 2 •5 •01 es > «3 O > o. "H. o ce V '5 •rf Cu Q. C» 04 C 3 il V ;^ c/: X u IH u • 1 o 3 o a o O. S Ô .S" — : s o es 3 O 5 ci 2 £ O. - .^ o 3 T3 CO 3 a o O 3 c* •fa 1 II C -a o o Trèfle parqué par moutons ayant consommé 330 kilogr. farine de maïs 283t 37,28 7.5,9 lO'J 1,62 66,1 6 297 3. T relie parqué par moutons sans ration additionnelle, fumé en couverture au printemps'. . . 2 015 34,76 75,1 232 3,32 68,3 7102 1. Tiètie parqué par moutons sans ration additionnelle, fumé en couverture au printemps'. . . 3010 40,20 74,8 84 1,26 6,!, 6 7 218 1. Eu grais composé (azote, potasse, acide phoaphorique, etc.), équivalent à 3()l'-,7 tourteau. 2 En lirais composé (azote, potasse, acide pliosphoriquo, etc.), équivalent à 30 kilogr. farine TRAVAUX ET EXPERIENCES DU D A. VOELCKER. 113 ai T3 P •a > C ti S o p< ;-• e 3 <<-■ S c o ■«j es u m •d) L< PU oo oo co o c c o o Si c s > Xi u u M «! ,_, h e: «4.^ O co o o > -* r~ T^ c^ " « ^ 3 •« O 00 ^ + + 1 + J5 o c ■< O .2 m "tj 03 >i^ 00 o m C S ?, =- ^ (^ OQ o .(î o ^ ^ O ^-H os os e. ^ Xi •»-' *" -es 01 ï '" 00 ■^M lO -«H lo e 1 fl "=^ _; M a. ^ J2 T— t 1-H ■s 1 . S V es ^ « 'C „ CJ ■•-> « t« X c o S o •13 a Sî A a '■*-» o « •S ï ■?,•« £- ai lO -3< -* z; ■a s ■^ ■a W 2 o bo o 60 ( c-t -. (M ■a <à » ^ -S '^ e>» e^ e^» C» a J5 ^ ^ LfS Uî >o lO o 2 ■" a llid 00 00 00 00 s < o t. « i^ i_ - 1^ 3 3 3 3 O O O O C^ O. O. Q. c ta C. S- 4) 4^ JO « ^^ .1^ «-> , . ^^ a C c c H m « n es f »3 i- t. u t~ &« a es cs es co o o. o. O. e. •^ -o a. o. O. o. k3 II 4-j ^J a 9i _ 05 00 I 00 t- 00 te m m H 8 .o o S 03 en ce Si tn S C8 CO O O O CO 00 co co co co co co co o o o o o -* l^ C^ CD t~ o in i.o o c-i i.o f~ ir» -* co r- lO r^ ce co Cl 3 -O -* •— CO (M co lO Ci o .O en UO O o lO (M (M --- ir» — CD O en -^ ■— «o UO lO CD O co C-i « o «^ t^ -* lO lO lO t-îO 00 ■ O lO c-> ce o o i-O o t^ L.O lO "-O iO C7> a o u co u u <: W m O «* «5 «5 ce X --f Oi -* ~5< Irt -* «O O o (CI o ..o C5 (M >- -r^ 00 -^ lO lO -^ «O '- S O ^ 3 3 .2 -3 s 2 3 s o 3 n o o I~ V3 TUAVAUX ET EXI'ÉIUENCKS DU D' A. VOELCKER. 119 Les animaux, mis on boxes le 14 janvier 1880, furent retirés le 10 mars connue propres à la boucherie. Pendant les semaines d'engraissement, les deux lots reçurent la même quantité de bette- raves en tranches, de foin et de paille hachée connue ration nor- male ; le lot 1 reçut en outre du tourteau de coton décorti(iué, mé- langé avec de la farine de maïs, et le lot 2, du tourteau de graine de lin, La consommation pour les deux lots, pendant la période de 9 semaines, est indiquée ci-après : !"■ LOT. 2'^^ LOT. Kilogi'. Kilogi-. Toin luiCllé 4j7 -'i.")? l'aille de blé liachee 235 230 Betteraves mangolds 1714 17 li Tourteau de coton décortique (au prix de ;'0'J IV. 3.J c. les 1000 kilogr.) GGO » Farine de mais lau prix de 193 fr. 75 c. les I 000 kilogr). UtjO " Tourteau de graine de lin (au prix de 2s; t'r. 2.j c. les 1000 kilogr.) '. . » 1320 Dans le tableau GCLl figurent les résultats des pesées, l'augmcn- lalion de poids vif et le coiît de l'excédent de poids obtenu, par rapport à celui de la ration additionnelle, pour chaque animal et pour chacun des lots comparés. Il s'ensuit que le lot des o bœufs nourris avec le mélange de tourteau de coton et de farine de maïs a augmenté, en 9 semaines, de -41 kilogr. de plus que le lot des o bœufs nourris avec le tourteau de lin, et que l'augmentation moyenne par jour pour le premier lot a été de 3\54, tandis que pour le second clic est l'eslée seulement de 2'', 89. Non seulement l'accroissement pour le premier lot a été plus considérable, mais il a coûté moins cher, car, d'après le prix de la ration supplémen- taire, la dépense moyenne a été par bœuf, pour 1 kilogr. d'excédent de poids vif, de 1 fr. 17 c, tandis que par bœuf du deuxième lot, elle a atteint 2 lï-. 02 c. La différence en argent pour la ration sup- plémentaire dans les deux cas a été de 103 fr. 53 c, à l'avantage du mélange de tourteau de coton et de farine de maïs'. 1. Fur/fier ex péri m en (s on thc comparative value of linseed cake, etc., for fut- leninij bullocks. Journ. Roy. Agric. Soc. of Eagland, vol. XVII, part. 2, 2" série. IbSl. 120 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 3* Essai (1880-1881). — Un troisième essai fut renouvelé, dans le même but que les précédents, sur 6 bœufs ayant servi à préparer le fumier pour les parcelles soumises à la culture continue du fro- ment et de l'orge. Entrés en boxes le 26 novembre 1880, les 6 bœufs répartis en deux lots de 3 bœufs chacun, restèrent 9 semaines à l'en- grais, jusqu'au 21 janvier 1881. TABLEAU CCLI. — Essais comparatifs d'engraissement des bœufs. Essai II (1880). PESÉES AUHEIIIS ^DD1TI0^SELS 2 -3 Coût Coût du 14 janvier du 17 mars à 2 par kilogr. 1 18S0. 1880. O fiar bœuf. de poids vil' excédant. kil. kil. kil. fr. fr. Premier lot de 3 bœufs nourris additiounellemeutavecdu tour- teau de coton et de la farine de maïs. N" 1 483 559 70 87,35 1.15 No 2 502 496 579 566 77 70 87,35 87,35 1.13 1.25 N" 3 movenne Totaux pour 3 bœufs. . . Deuxième lot de 3 bœufs nourris 1,481 1,704 223 262,05 1.17 adilitionuellement avec du tour- teau de lin. N" 4 464 506 462 528 572 514 64 66 52 121,86 121,86 121,86 l.îiO 1.83 2.3J N" 5 N" 6 Totaux pour 3 bœufs . . moyenne 1,432 1,614 182 3C5,5S 2.02 Outre une ration journalière de 18 kilogr. de betteraves mangolds en tranches et de 3'',40 de foin, chaque bœuf du lot 1 put manger à volonté du tourteau de coton décortiqué, mêlé à de la farine de maïs, et chaque bœuf du lot 2, de la farine de maïs, également ad libitum. Au bout d'une semaine, chacun des bœufs du lot 1 avait consommé journellement environ 2'',25 de tourteau de coton et 2'',25 de farine de maïs, et chacun des bœufs du lot 2, 4>,50 de TRAVAUX ET EXPERIENCES DU D A. VOELCKEU. 121 tourteau de lin. La consommation ({uotidiennc augmentant, les bœufs du lot 1, après 4 semaines et demie, mangeaient par jour 5 kilogr. de tourteau de coton mélangé avec 5 kilogr. de farine de mais, et ceux du lot 2, 7'', 25 de tourteau de lin. Les consommations totales ont été les suivantes : PENDANT 4 1/a semaines. PENDANT 9 semaines. 1" lot. 2'^ lot. V ■• lot. 2^^ lot. 308 308 530 530 172G 172G 3212 3212 4Ô3 » 812 n -4r,3 1) 812 » u 774 }) 1472 Filin et foin hnché Betteraves niangolds 172 G Tourteau de coton (209 fr. 35 c. les 1 000 kilogr.) Farine de maïs (193 fr. 75 c. les 1 000 kilogr.). Tourteau de lin (2G2 fr. 50 c. les 1 000 kilogr.). 2940 2808 5366 5214 Dans le tableau CCLII sont reproduites les analyses des aliments complémentaires fournis aux animaux; et dans le tableau CCLin,les pesées faites à trois dates différentes, ainsi que l'augmentation du TABLEAU CCLII. — Composition des aliments complémentaires fournis aux bœufs soumis à l'engraissement (Essai III). Humidité Huile Composés albuminoïdes ' . . . Mucilage, sucre et fibre digestible Fibi'c ligneuse fcellulose) . . . Matières minérales icendrcs). . 1. Contenant azote TOURTEAU de cotou déçoit iqué. 7. IG 16 23 39 44 24 46 fi 30 G 41 100 00 G. 31 TOURTEAU de lin. 14.90 10.90 24.56 31.97 11.47 6.20 100.00 3.93 F A K I N K dt! mais. 13.99 3.01 9.38 69. 7 (i (.\midon). 2 . 2 1 1 . 65 100.00 1.50 122 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. poids vif après 9 semaines, et la dépense correspondant à i kiloyr d'excédent*. TABLEAU CCLIII. — Essais comparatifs d'engraissement des bœufs. Essai III (1880-1881). Premier lot de 3 bœufs nourris addition- iiellemeut avec du tourteau de coton et de la farine de maïs : X" 1 N> 2 N" 3 Totaux pour les 3 boeufs Deuxième lot de 3 bœufs nourris addition- nellemeut avec du tourteau de lin : X • 4 N' 5 Nm; Totaux pour les 3 bœufs PESEES du 26 nov. 1880. kil. 614 641 614 1899 579 663 665 1907 (lu 28 déc. 1880. kil. 698 692 655 2045 597 708 695 2000 du 21 janv. 1881. kil. 718 719 685 2122 618 722 707 2U47 GAIN total en poids vif. kil. 74 78 223 39 59 42 140 .ILIMENT.S addiliouncls Coût par biruf. l'r. 107,. ^0 io7,.=;o 107,50 322,50 133,33 133,33 133,33 400,00 (]oùt par kilngr. de poids vif PXCJ-diMlI 1,45 1,.'37 1,51 1,44 Moicnne. 3,41 2,26 3,17 2,90 Il ressort de ce dernier tableau qu'au bout des 9 semaines, le pre- mier lot de 3 bœufs nourris addiLionnellemcnt avec le mélange de tourteau de coton et de farine de maïs avait gagné 223 kilogr. en poids vif, correspondant à une dépense en aliments supplémentaires de 322 fr. 50 c, soit en moyenne 1 fr. 44 c. par kilogramme excé- dant, tandis que le lot de 3 bœufs nourris à l'aide du tourteau de lin avait gagné seulement 140kilogT., représentant une dépense totale de 400 fr., soit en moyenne 2 fr. 90 c. par kilogramme excédant. 1. Juuni. Roy. Arjr/c. Soc. of England, vol. XVI!, part. 2, 2^ série. 1881. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D'' A. VOELCKER, 123 b. — EiKjraissemcid des moutons. Les expériences iiisliluccs à la ferme de Crawley (Woburn), sur rcngraissement dos moulons, avaieni pour objet de comparer la valeur nutritive et d'engraissement de l'orge et du niait, comme aliment complémentaire des racines, de la paille et du foin hachés, avec une faible ration de tourteau de lin et de farine de pois'. On choisit 80 moulons, âgés de 10 mois, et ou en fit trois lots que l'on parqua dans le champ HiUjield, à sol sablonneux léger, couvert en 188:2 d'une vigoureuse récolte de rutabagas. Chacun des lots put manger ad libitum des rutabagas coupés en tranches, en même temps que de la paille et du foin coupés et mélangés en égales proportions. Les moutons étant jeunes, il fui jugé prudent de ne pas trop for- cer la ration au début et de les nourrir sans arrêt. Aussi, pen- dant les 8 premières semaines, on se borna à leur donner, par tête et par jour, 115 grammes de tourteau de lin. En dehors de cette ration de tourteau attribuée à chaque tête, on distribua aux 10 mou- tons du lot 1, 115 grammes de farine d'orge; aux 10 moutons du lot 2, le malt et le poussier de malt provenant de la même orge, à raison de 115 grammes également; et aux 10 moulons du lot 3, 115 grammes par tête, de farine de pois. L'orge fut maltée aux environs mêmes de Woburn, et l'on cons- tata que 406 kilogr. d'orge avaient donné 3o0 kilogr. de malt et de poussier, correspondant à une perte de 10 p. 100 environ du poids de l'orge. En d'autres termes, 100 d'orge étaient représentés par 8i de malt. Le tableau CGLIV reproduit la composition de l'orge moulue, du malt cl du poussier également moulus, du tourteau de lin et de la farine de pois. Il y a lieu de remarquer que le malt, au sortir des chambres, ren- fermait seulement 4.5 p. 100 d'humidité, mais par l'exposition à l'air et la moulure, il avait absorbé 5 p. 10(1 iThumidilé en plus. Le 1. Report of feeding experiments on Sheeps, etc. Journ. Roy. Agric. Soc. of England, vol. XIX, part. 2, 2« série. 1883. 124 ANN.A.LES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. malt renferme beaucoup plus de sucre et un peu plus d'azote que l'orge. Le poussier de malt, très riche en matières organiques azo- tées, contient beaucoup plus de matières minérales, entre autres, d'acide pliosphoricjue, que l'orge et le malt. Vœlcker estime que dans la perte subie par l'orge dans le maltage, s'élcvant à environ 20 p. 100, il y a 5 p. 100 de matière sèche, principalement carbo- née, qui se dissipe à l'état d'acide carbonique pendant la germi- nation. TABLEAU CGLIV. — Composition des aliments fournis aux moutons à l'engraissement (1882-1883). Humidité FARINE d'orge. FARINE TODIITEAU de lin. FARINE de pois secs. de malt. de poussier de malt. 18.10 1.G7 9.56 . 63.69 4.73 2.55 9.35 1.97 11.37 13.85 54.42 5.53 3.51' 10.51 0.77 24.41 , 47.19 10.28 6.84 11.05 12.03 35.12 22.86 10.73 8.21 13.70 1.43 22.69 52.96 5.57 3.65 Huile Composés albuminoïdes ' Sucre Dextrine, amidon, mucilage, fibre diges- tible Fibie non digestible (cellulose) Matières minérales (cendres) * 1. Couten.ant : Azote 100.00 100.00 100.00 100.00 100.00 1.55 0.55 1.82 1.45 3.88 1.74 5.62 n » 3.63 » 2. Contenant: Sable et silice — Acide phusphoriquo . . . De toutes manières, on ne saurait comparer dans des essais d'ali- mentation ou d'engraissement, l'orge et le malt, sans tenir compte des différences de poids et sans choisir une autre orge que celle ayant servi à fabriquer le malt. Les expériences, commencées le 23 décembre 1882, furent pour- suivies pendant 16 semaines jusqu'au 14 avril 1883, réparties en 3 périodes, dont la première de 8 semaines, la seconde de 6 se- maines et la dernière de 2 semaines. TR-i^VAUX ET EXPÉRIENCES DU D'' A. VOELCKER, 125 Le lableau CCLV reproduit le poids total des 10 moutons de cha- cun des trois lots comparés, dans les trois périodes, et la récapitula- lion pour la durée totale de l'expérience, ainsi que l'augmentation TABLEAU CCLV. — Essais comparatifs d'engraissement des moutons (1882-1883). TOI) RTEAU DE LIN et orge. et malt. et poi8. Premièi-e période : S semaines. l'oids total de 10 moutons le 23 décembre 1S82 . . _ _ 17 février 1883 .. . Augmentation pendant 8 semaines — moyenne par mouton et par semaine — — et par jour. . . Lot I. Lot ir. Lot III. kil. 495.01 585.92 kil. 494.89 598.11 kil. 494.44 598.11 90.91 103.22 103.67 1.13G 0.162 1.290 0.184 1.296 0.185 Deuxième péiiode : 6 semaines. l'oids total de 10 moutons le 17 février 1883 . . . — — 31 mars 1883 . . . . Augmentation pendant G semaines — moyenne par mouton et par semaine . — — et par jour. . . 585.92 027.97 598.11 631.83 598.11 649.39 42.05 33.72 51.28 0.70 0.10 0.56 0.08 0.S5 0.12 Troisième période : 2 semaines. Poids total de 10 moutons le 31 mars 1883 . . . . — — 14 avril 1883 .... Augmentation pendant 2 semaines — moyenne par mouton et par semaine . — — et par jour. . . G27.97 6G9.69 631.83 691. 5G 649.39 716.50 41.72 59.73 67.11 2.09 0.290 2.9'J 0.420 3.:; 5 0.4.SO Récapitulation. l'oids total de 10 moutons le 23 décembre 1882 . . — — 14 avril 1883 . . . . Aujjmentation totale pendant 1 G semaines — moyenne par mouton et par semaine . — — et par jour. . . 495.01 G69.69 494.89 691.56 494.44 716.50 174.08 196.67 222. or, 1.09 0.1. ".(i 1.23 0.175 1.;;'.) 0.19S 126 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. par lot et par période et l'augmentation hebdomadaire et quoti- dienne par mouton, dans chaque lot. Dans le tableau suivant (CCLVl) figure l'état détaillé des ahmenls disti'il)ués par lot de montons et par périodes, calculés également par têle et par jour. Pendant la première période de 8 semaines, le lot I, bien que nourri additiomicUement avec de la farine d'orge, a moins profilé comme accroissement de poids vif que le lot II ayant reçu du malt et du poussier de malt, au lieu de farine d'orge. Quant au lot III, traité par la farine de pois, il a donné les mêmes résultats que le lot II. Dans la deuxième période de G semaines, le lot I recouvre une partie du poids perdu précédeminent, mais l'avance reste au lot il comme poids total. C'est le lot III qui accuse l'augmentation totale la plus forte. 11 n'importe pas moins de remarquer que, dans la première pé- riode, les montons consommant plus de navets de Suède que dans la seconde, avec moins de tourteau, d'orge, de malt ou de pois, l'accroissement moyen par tète et par jour est bien plus considé- rable. Il est certain que par ce régime rationnel, les animaux ont plus profité, d'une manière générale, que par l'abus des aliments concen- trés. Dans l'essai actuel, les moutons étaient jeunes et régulièrement pourvus d'eau potable. En raison du faible accroissement des lots I et II pendant la se- conde période, on peut seulement conclure que l'orge et le malt s'équivalent quand ils sont fournis en mélange avec des racines, du foin et un peu de tourteau de lin ; mais que la farine de pois em- ployée dans les mêmes conditions donne de meilleurs résultats que l'orge ou le malt en farine. Dans la troisième période, on a maintenu, pendant 2 semaines en- core, la plus forte ration de tourteau, d'orge, de malt et de pois, pour juger de l'elfet produit par l'alimentation à haute dose. Les moulons du lot I ne consommèrent pas la totalité de la farine d'orge, du foin et de la paille et on a déduit dans le tableau ce qu'ils ont laissé. Les moutons des lots II et III ont consommé tous les ali- ments fournis. Aussi, l'augmentation de poids vif dans cette période, TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU d"" A. VOELGKER. 127 00 00 00 00 a m 01 ce u en a » 03 S es •^ eu 03 c o o (U • Sm 03 03 es •u > U u -as M .-3 PQ <5 Z: 1 s .• / rt o M o o ^ o T-l ^ tH 1-1 w CM -- ^ O •* « oç o o — o co o o -*< — QO C [ 5 3 C^ = (A '?! M es r-l ^ 5>1 Î'I es ^ tH OI ^ Oï ^ r* '^ O ^ O a; 1 "^ -S (0 \ s * "^ c 1 O O -O O C o o lO o o o o »C w c: o ° ) c 1 c Q, 1 œ o 1 o GO -H TO « OiO-*-*-)l oo-n-» S5 O f — t— o o iH «H t- IM o -1 - t- T- o ^ »H O 5 [-' C^ (M r~ i-H iH Ofl M r- iH »-l fC't o^ 1- ^ i-H U / 1 S -• ; co ^ o o c co ce o o o co co o o o II O '- ïH W ^ »0 r- -H C4 ^ uO >f^ — ( o -M 3 1 « eu 3 &. 3 1 -^ -# ro t- ^ ^ -H co t- — — ^ ^ t- .- '-f O ci O *J O t. ;;^ 1 s »■ - _c 1 O O m O C o o itî o c o o o c O M 03 *u. > -1< et o ] m .H o ■* ■* lo o o ce oc lO o o ûo ce 1 tH >^ - Il G^ I "" co -M o \0 i-* co co o tD cr ?î co o o »ç; o rH ^ ^ co o F- ^ 1 « ?3 ' 00 ce co ; 1 S .■ / c-5 ~5 o co cr co 3ï co co cr co co --^ co co 1 / ÇC 1 _• .- .o -f „ _ 1- t- iS( — ^ in UO «M tH ^ 1 / 1 °^ 3—3 ■y C l - ■^ ^ »0 tH M ■* co in ^ — •^ ^ tO >- n i d O -j O \ ■^ ~ ~ 1 a a ^ ■-" y o o ^ o c OOTfOO oo^oo II •H CO ' 1 S ' =3 € j kO o '-^ 00 00 lo o ço 00 00 »o >ft co 00 00 II ci 1 _• •^ ^ M t- G"l r ~ -o co ^-T' i.O iO co co Çû »« »o co co to »o >ft II 1 — ■^ tr co ï-< iH o lO co tH r- co co co *-( '^ Il eu 1 •^ CD co K — ^ / Q OOOIr-r^ O(M0ï>-t' c^ o o l> r^ M , î-- .j ^ ^' _• -^^CïOO -t^COCÏOO -f-HCÏOO II O (h 1 w 1 ^ 3 C- - 'Ji \ ~ CO -.o ce T-i r-( C": fM X ^ •- co co 00 r-. ^ Il ■ c3 O ^ O \ -^ w ^ O) ■-' C ) OOtTcTo OOrtiOO oo-^c O a J r* c: , S «3 i 'S *J I co '^ lO Cî o^ co ^ >0 (35 C^ CD ■£> \0 Oi C5 11 1 „• ^^-^c.^ ^,..-^^11 M c3 "^ ©1 !>. 1- KO -* -^ t^ rs o "* -^ I- b- »r: -* 'H^ co n eu [ ^ -. ^ XI -1 rt •^ co ce ^ ^ co -^ -r* Y> T- co C'I 1— co 2 » C / ^ ^ ^ co ::s -« co co ^ s -M -M -44 ^ Ch -t X -M — < -H Ôl *1 -k ^ s k n = " 2 I " 5^1 3^1 -qi T-1 i-H Cfl ï-H -f t-t ^H ^ t- t- W QO ce t^ ir: w co ce !>• C- w cr ce J * •^ C-l 1 ~ — ' w 1-1 lO o ■^ •,■:> M m K- ^ -^ oi ir »c C3 eu f ^ CO co CM i-( 1-1 c- -M 'M iH .H co co c^ ^ r- ( ^^ co co H - o — CO<^T-tTHTH cOOiH— (i- co co 1-t -- -r^ i t-l -i ?3 i- r-t^r-OïOi -^^Or-cïci i-i-^r-cr &« 3 C- S i-itHOOO FtCSOOO w^oc O O ^, co O ^ O C ■^ ■"• 00 oo a « - OOt^OO OOt-OO OOWC o .'.-. ci > ^ 'n i o Ô j . lO lO m ^ >c o co ( — (JZ / — co co o -^ 1-H cT co" o -H - co co (S — _^ f I>1 f i-é f ^ îO *^ --O o iT coiocDino cococou- irt ^ « C5 OJ Ci Cm \ co co eo k; ►~l »*H "o C" y a C ►^ o o c •3 5-5 o c tl a •4 ;z .^ o 0. w .- -i" Q) ; „ o „ ^ c g--1 iJ 1 2 » i2 ^ - t! .9 o a - g E > .s - OJ o (fl ^ ^ ■= rt ::: o r ! o n cj o rt o n rt c c H U< Z Cm a f- 3 Z f'^ C- H fa !5 fc ^ 128 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. comparée à la précédente, est-elle remarquable ; pour le lot III, elle atteint 480 grammes par tête et par jour. En résumé, après 16 semaines, les moutons soumis à l'engraisse- ment ont donné les résultats suivants : Lot 1 (Tourteau de lin et orge) . Lot II ( — et malt). Lot III ( — et pois). GAIN DE POIDS VIF par semaine, par jour. 1\09 O^lôG 1 ,23 ,173 1 ,39 ,198 LIVRE VI. — LES INDUSTRIES DE LA FERME En Angleterre, comme on le sait, les fermiers sont exclusivement cultivateurs et éleveurs, tandis qu'en France, en Allemagne et ail- leurs sur le continent, la fabrication du sucre de betteraves, de la fécule, du vinaigre, de l'huile, du vin; la distillation des grains; la brasserie et d'autres industries sont fréquemment annexées à la pra- tique ordinaire de l'exploitation du sol et du bétail ; en Angleterre, ces fabrications s'exercent par des industriels dans des usines dis- tinctes *. Parmi les industries attenant à la ferme anglaise, celles du laitage et du fromage sont les seules, très répandues, qui donnent lieu à une consommation et à un commerce toujours croissants. Il a été rendu compte des efforts jusqu'ici impuissants pour implanter des distilleries et des sucreries de betteraves en Grande-Bretagne. Le fait qu'une tonne de betteraves à sucre, de qualité moyenne, a, comme aliment pour le bétail, une valeur supérieure au prix qu'offrent les distillateurs ou les sucriers, ne permet pas d'approvi- sionner l'industrie ^ Nous nous bornerons donc à étudier avec Vœlcker le lait, le beurre et le fromage. A. — Lait. Le lait sécrété par les glandes mammaires des animaux herbi- vores et destiné à alimenter les nouveau-nés est, sous le rapport physique, un liquide opaque, blanchâtre, de saveur douce et agréa- 1. The in/iuence qf chemical discoveries etc. 1878. 2. Livre H, pages 107 et 203. ANN. SCIENCE AGRON. — 1887. — 1. 130 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ble, d'odoiir fade, mais particulière. Sa densité vai'ie comme sa composition ; elle est de 1.030 pour le lait de vache de bonne ({ua- lité ; de 1 .0:^5 à 1 .042 pour le lait de chèvre et de brebis et de 1 .019 pour le lait d'ànesse. Le lait des herbivores est neutre ou légèrement alcalin. Examiné sous le microscope, il se présente sous forme d'un htjuide transpa- rent, tenant en suspension d'innombrables globules ronds ou ovales, qui sont diaphanes, lisses, et i-eprésentent une faible partie du vo- lume li(juide. 1. — Lait de vache. Sous le rapport chimique, le lait de vache, comme celui des antres herbivores, est une émulsion de particules de graisse dans une dis- solution de caséine et de sucre. Le tableau CCLVII reproduit six ana- lyses de lait pur de vache qui font ressortir les dilï'érences obser- vables dans la teneur en matière grasse, ou beurre, qui détermine la qualité du lait\ L'analyse n" l, indiquant une proportion de beurre de 7.62 p. 100, s'applique à un lait exceptionnellement riche TABLEAU CCLVII. — Composition du lait de vache. Kau Matière grasse pure (beurre) . . Caséine Sucio de lait Matières minérales (cendres) . . Matières sèches p. 100 I. 21 oct. 1860. 83.90 7.62 3.31 4.16 0.71 100.00 16.10 29 nov. IStiO. 2 85.20 4.96 3.66 .5.05 1.13 100.00 11. ao II. 18 sept. 1800. 86.65 3.99 3.17 5.11 0.78 100.00 13.35 7 aoiU 1860. 87.40 3.43 3.12 5.12 0.93 100.00 12 60 III. 6 sept. 1860. Malin. 89.95 1.99 2.91 4.48 0.64 100.00 10.05 Soir. 90.70 1.79 2.81 4.01 0.66 100.00 9.30 1. A lecture on milk ; Jotini. Roy. A u u & o ÏD t- Tll W co ■* U5 co o lO 'S »H -# t^ m ■^ 00 W5 ce O 3 H tt rt O o o o TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D'' A. VOELCKER. 137 rapprochant beaucoup par sa composition du colostrum analysé sous le n° 11, renferme plus de 23 p. 100 de matière solide, dont 13.37 p. 100 de caséine, le lait n° 2 contient 16.90 p. 100 de matière so- lide qui correspond à une moyenne élevée. Il n'avait été donné aucune indication sur les brebis appartenant au duc de Richmond, quant à la date de l'agnèlement, mais il importe de noter le degré de concentration du lait de brebis pendant les trois ou quatre jours qui suivent la parturition, et la difficulté (|ui en résulte pour les bergers quand ils veulent élever un agneau privé de sa mère '. 3. — Lait de chèvre. Le lait de chèvre est très riche en beurre et plus concentré encore que le lait de brebis ^ Le tableau CCLIX reproduit 4 analyses de lait de chèvre, dont 3 se réfèrent (n"* 2 à -i) au lait trait pendant l'exposition spéciale d'Lsling- lon, au mois d'octobre 1879; l'analyse n° 1 est de date plus an- cienne '. TABLEAU CCLIX. — Composition du lait de chèvre. Eau .... 1 2 3 •t 85.54 4.08 4.52 5.86 82.02 7.02 4.G7 .J.28 1.01 84.48 G. 11 3.94 4. 68 0.79 83.51 7.34 3.19 5.19 0.77 Matière crasse C.ascinc ' Sucre de lait .Matières minérales (cendres) 1. Contenant azote 100.00 100.00 100.00 100.00 0.78 1.0357 0.G3 1.0302 0.51 Densilc à 1 G" centigrades 1. A lecture on milk, 18G3. 2. On Ihc composition of Goals milh. Journ. Roy. Agric. Soc. of England, vol. XVI, 2^ série, 1880. 3. \ lecture on inilh, 18G3. 138 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Le n" 2 a élé fourni par une chèvre à poils ras et, à cornes, d'un pelage blanc et brun, âgée de (rois ans, ayant, mis bas le 15 juin. Le n° 3 provient d'une chèvre à longs poils et à cornes, âgée de 5 ans et 7 mois, ayant mis bas en avril. Le n" 4 a été trait sur une chèvre sans cornes, âgée de 5 ans, ayant mis bas le 2 juillet. Les globules sont plus petits dans le lait de chèvre que dans le lait de vache, et comme le lait estenmême temps plus concentré, ils y sont mieux émulsionnés, de telle sorte que la crème se lève à peine à la surface du lait de chèvre, même après un repos de 12 heures et au delà. Un seul des échantillons de lait analysé a donné après 24 heures 1 p. 100 de crème. 4. — Influences qui modifient la qualité et la quantité du lait. a. — Traites successives. Les expériences de Reiset sur les vaches, et de Péhgot sur les ànesses, montrent que pour un même sujet, la crème et, par consé- quent, le beurre, augmentent dans le lait, au fur et à mesure (pe la traite se prolonge, de telle sorte que le lait de la dernière traite est lé plus riche. Il s'ensuit que les trayeurs mécaniques, à moins de pouvoir terminer la traite aussi bien qu'ils la commencent, n'offrent pas grand intérêt dans les exploitations laitières. Pour cette raison, ces appareils qui ne vident pas le pis à fond, après avoir eu un grand succès en Amérique, ont été peu à peu abandonnés. 1). — Temps écoulé après le part. Le premier lait après le part, ou colostrum, a été analysé par Boussingault. Plus épais, plus jaune que le lait de vache ordinaire, il se coagule par la chaleur, et renferme une quantité considérable de caséine. Dix ou douze jours plus tard, le lail reprend ses proprié- tés connues, et la lactation se fait très abondamment ; au bout d'un mois environ, le rendement diminue et continue à diminuer. Dans les deux premiers mois après le part, le lait produit en TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D'" A. VOELCKER. 139 abondance est plus aqueux que dans le qualrième ou le cinquième mois; et plus la lactation avance vers son terme, plus Ja qualité, toutes circonstances égales d'ailleurs , s'améliore. La lactation se termine vers le dixième mois d'ordinaire ; mais, g-ràce aux aliments succulents tels que la drèche, les feuilles de betteraves, les marcs d'amidonnerie, etc., les nourrisseurs prolongent de longtemps la pé- riode de dix mois. c. — Époqïie de l'année et heures du jour. Au printemps et au commencement de l'été, le lait est plus co- pieux et de meilleur goût. La saison s'avançant, il est moins abon- dant, mais plus riche en beurre. Vœlcker l'a constaté sur le lait des mêmes vaches en pâture, analysé le 7 août et le 29 novembre de la même année. Composition du lait en été et en automne. 7 AOUT. 29 NOVEMBRE. Eau 87.40 85.21 Beurre (matière grasse pure) 3.43 4.95 Caséine 3.12 3.66 Sucre de lait 5.12 5.05 Matières minérales (cendresi 0.93 1.13 100.00 ioo.no Matières sèches p. 100 12.60 14. SO Les fabricants de fromage savent bien que le volume du lait, à l'automne, diminue notablement, mais que le poids de fromage cor- respondant augmente beaucoup, par rapport à celui obtenu au prin- temps ou en été. M. Harrison, de Forcestercourt, à Stonehouse, en confirmation de la diminution du lait que l'on recueille vers la fin de l'année, et de sa plus grande richesse alors qu'au printemps et à l'été, a fourni des indications sur la production de sa laiterie pendant l'automne de 1860, que Vœlcker rapporte '. 1. Cheese expcrimmts. Journ. Rny. Agric. Soc. of Engfand, X\IM, 1" série. 1862. 140 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Au commencement du mois d'août, les vaclies de Forceslercourt fournissaient 727 litres de lait, î\ l'aide duquel on fabriquait 88 fro- mages pesant ensemble, le 22 septembre, G4.''",40. Le 19 octobre, les mêmes vaches fournissaient 500 litres de laii, servant à fabriquer 7 fromages du poids total de 49 kilogr. Le 29 novembre , pour un volume de lait de 272'", 60, on obtenait 5 fromages pesant 31 "",75. Les vaches étaient encore alors en pcàlure et ne recevaient que du foin comme ration addi- tionnelle. Pour se rendre compte de la différence de quahté du lait trait le matin et le soir, Vœlcker a analysé le lait des vaches de la ferme do TABLEAU CCLX. — Composition du lait trait matin et soir (ferme du collège agricole de Cirencester). . . (Matin Janvier { /Soir . Février ! (Soir . -, i Matin Mars ) (Soir . 1 Matin Avril /Soir . ,, . lAIatîn Mai „ (Soir . , . i Matin Juin ; (Soir . ... i Matin Juillet ■ (Soir . „ , (Matin Septembre ,' (Soir . ^x . u i Matin Octobre ) (Soir . vT u l Matin Novembre î„ (Soir . _, , i Matin Décembre ' Soir . Moyennes de 11 mois j Matin fSoir . EAU. 87.70 87.40 87.50 86.40 88. GO 88.16 87.50 89.00 88.20 87.80 87.30 87.30 88.70 87.80 89.91 90.70 87.60 90.30 87.10 86.20 86.70 86.00 87.89 87.91 BEURRE (pur). 2.60 2.28 2.58 3.53 2.71 2.96 3.15 2.47 2.42 2.71 3.05 2.94 2.22 3.61 1.99 1.79 3.90 2.99 3.41 3.78 3.74 4.12 2.89 3.02 2.94 2.87 3.44 3.37 2.43 2.62 2.94 2.69 3.12 2.87 3.00 2.87 2 . 94 2.81 2.94 2.81 2.87 2.37 2.94 3.19 2.87 3.62 2.95 2.92 SUCRE de lait. 5.82 6.56 5.44 5.56 5.. 35 5 . .^5 5.60 5.08 5.49 5.85 5.89 6.05 5.. 18 5.10 4.48 4.04 4.84 3.76 5.41 5.68 5.92 5.46 Ô.42 5.33 m -a 0.91 0.89 1.04 1.14 0.91 0.77 0.81 0.76 0.77 0.77 0.76 0.84 0.76 0.68 0.64 0.60 0.79 0.58 1.14 1.15 0.77 0.80 0.85 0.82 AZOTE. 0.47 0.46 0.55 0.54 0.39 0.42 0.47 0.43 0.50 0.46 0.48 0.46 0.47 0.45 0.47 0.45 0.47 0.38 0.47 0.51 0.46 0.58 0.472 0.467 TRAVAUX ET EXPÉKIENCKS DU D*' A. VOELCKER. 141 Cirenccster, à un jour fixe do cha({uc mois; ce qui devait permettre d'apprécier en même temps les écarts dans la composition, dus aux divers mois de l'année ou aux saisons. Le tableau CCLX réunit ces analyses pour tous les mois d'une an- née, sauf pour le mois d'aoùl, où Vœlckcr était absent de Giren- cester'. Les vaches furent tenues en pâture du mois de mai jusqu'à la fin d'octobre ; l'herbe devenant plus rare, elles reçurent le soir, à retable, des racines, du foin, etc. On remarquera que la différence entre le lait trait le matin et celui trait le soir porte sur la produc- tion en beurre qui, dans la moyenne des 11 mois, est un peu plus élevée le soir; mais cette différence est insignifiante. La teneur en matières sohdes est la même. En septembre le lait était devenu très pauvre, certainement à cause de l'alimentation insuffisante. Des échantillons de lait recueilli sur deux autres fermes des environs où, pendant ce mois, l'herbe était abondante et de bonne qualité moyenne, ont confirmé par l'a- nalyse (tableau CCLXI) que la qualité du lait, également bonne dans les deux fermes, offrait de grandes différences par rapport à celle TABLEAU CCLXI. — Composition du lait trait matin et soir en septembre, dans la ferme du collège et dans deux fermes avoisinantes. Eau Beurre Caséine ' et albumine. Sucre (le lait. . . . Matières minérales. . 1. Contenant azote. FERME DU COLIiEGB. Matin. 89.91 1.99 2.94 4.48 0.66 99.98 0.15 Soir. 90.70 1.79 2.81 4.0i 0.79 100.13 0.47 l^e FERME VOISINE. Matin. 87.07 3.44 3.37 5.38 0.74 100.00 0.53 Soir. 87.20 3.76 3.35 4.98 0.71 100.00 0.54 2e FERME VOISINE. Matin. 87.50 3.10 3.45 5.18 0.77 100.00 0.52 Soir. 87.70 3.59 3.37 4.57 0.77 100.00 0.54 I. Milli: Jouni. Roy. Agric. Soc. of Englund, X.\1V, F^ séi'ie, 1863. 142 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. du lait de la ferme du collège. En effet, landisque la teneur moyenne en matières solides atteint 12.5 p. 100 environ, dont 3.5 p. 100 de beurre et 3.5 p. 100 de caséine, dans le lait des deux fermes avoisi- nantes, elle est seulement de 10 p. 100, dont à peine 2 p. 100 de beurre, dans le lait de la ferme du collège. On a également une preuve de l'iniluence de l'alimentation sur la qualité du lait, en consultant les analyses du mois d'octobre, du lait de la ferme du collège. La ration supplémentaire donnée le soir aux vaches, à leur rentrée à l'étable, pendant ce mois, a relevé la qualité du lait qui, sur 12.5 p. 100 de matières solides, renferme 4 p. 100 de beurre. Pendant les mois de novembre et de décembre, les vaches ne sortant plus, furent nourries dans l'étable avec des ra- cines, du tourteau, de la paille et du foin hachés; aussi la quahlé du lait s'est-elle améliorée sensiblement. La farine de noix de palmier qui renferme une graisse blanche et d'une bonne saveur, ayant pres- que la consistance du beurre, est un excellent aliment auxiliaire pour les vaches laitières à l'étable. d. — Alimentation. C'est bien à l'ahmentation qu'il faut attribuer une différence quand il y en a une, entre la quantité et la quaUlé du lait trait le matin ou le soir. Suivant que les vaches ont été parquées sur un herbage succulent le jour, ou qu'elles ont été richement nourries le soir à l'étable, le lait est meilleur le soir ou le matin. L'analyse de 32 échantillons de lait recueilhs le môme jour, dans la ferme du col- lège de Cirencester, a donné pour résultats, 8 échantillons de lait plus pauvre le matin que le soir, 4 échantillons de lait plus riche et 4 sans différences notables. On ne saurait augmenter au delà d'une certaine limite le rende- ment, ni améliorer la qualité, par des aliments supplémentaires qui produisent surtout de la viande et de la graisse. Les vaches qui ont une tendance à s'engraisser ne prolîtent que pour la graisse, du tourteau additionnel qui leur est alloué. Parfois même l'iniluence d'un élément huileux, tel que le tourteau de lin, est nuisible aux va- ches, et Vœlckcr cite à ce sujet l'examen qu'il fut chargé de faire TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D"" A. VOELCKER. 143 d'iiî! lait tluiil la crème ne pouvait se converlir en beurre. Dans la baialle, la ciôme nioussail, sans que la caséine put se séparer du beurre, par une lenipéialure du mois de janvier*. Le propriétaire des vaches, iM. Barlbropp, les avait nourries avec un excès de tour- teau de lin, sans avoir eu le soin de le mélanger avec une ration suflisaiite de foin sec : il s'était produit en conséquence un excès de graisse li(iuide. Vœlcker, en cherchant à séparer, dans la crème, la graisse solide ou cristalhsée de la graisse fluide, a constaté en iflet la suraI)ondance de cette dernière. En général, le tourteau de mauvaise qualité employé pour les va- ches laitières, cause beaucoup plus de mal que ne le croient les nourrisseurs. Indépendanmient de la saveur désagréable que le tour- teau avarié communique au lait, les matières incorporées dans cer- tains tourteaux falsiliés, lui donnent des propriétés nuisibles pour la santé des consommateurs. 11 importe donc de recourir, parce que c'est indispensable, à des tourteaux de premier choix. On sait que les eaux acides, celles notamment qui renferment de l'acide lacticpie, favorisent la sécrétion du lait. Lorsque les vaches sont nourries avec des aliments concentrés, tels que la farine de fèves ou de tourteau, il peut convenir, à défaut d'eaux d'amidonne- ries ou de brasseries et de distilleries, etc., contenant de l'acide; lactique, de leur donner de l'eau chargée d'acide lactique, en laissant légèrement fermenter de la farine d'orge dans l'eau et ajoutant quebiuc substance végétale pour activer la fermentation. On parvient de la sorte à rendre plus digestible et plus profitable pour la sécré- tion du lait, les ahments concentrés, tels que la farine de fèves et les [(jurlcaux de colza, de coton et de lin. c. — Races et (aille. En général les vaches de petites races, ou les petites vaches des races les plus grandes, sont meilleures laitières pour une même ra- tion consommée. La (juestion de savoir s'il y a plus de bénéfice à maintenir des vaches de petite ou de grande race, est autre. 1. A leclure on milk. Journ. Roy. Agric. Soc. 0/ EiKjlund, XXlll, H" série, ISGo. 144 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Si l'on recheiThe la qualité du lait avant tout, les petites races d'Alderney, de Cliatelayn, qui fournissent un lait très crémeux, se- ront élevées de préférence. La petite vache de Kerry ou la vaclie bretonne produisent également un lait très riche, mais en moindi'e quantité. Pour les laiteries, dans les districts fromagers, on préfère les vaches d'Ayrshire qui semblent assimiler le i)ius complètement leurs aliments pour la production du lait et non de la viande. Dans le concours annuel que tient la Société d'agriculture du comté d'Ayr, dans le but de récompenser les nourrisseurs propriétaires des meil- leures vaches laitières, on a constaté en 1861, les résultats suivants, fournis par C vaches concurrentes, nourries sans restriction : la plus forte kil. T R A I T B moyenne de 4 traites. kil. POIDS de beurre, kil. 12.582 10.9G7 0.963 11.788 11.024 1.317 11.533 9.31G 1 . 1 62 14.027 12.398 1.490 13.091 12.936 0.722 11.477 10.662 0.878 Vaches n° 1 — n» 2 — n° 3 — n" 4 — n'^ 5 — n» 6 La race courtes cornes, (juoique particulièrement apte et précoce pour la viande, donne des vaches laitières excellentes qui sont pré- férées aux vaches d'Ayrshire, aux Alderney, et à d'autres races spé- ciales, parce qu'elles sont à double fin. Aussi devient-elle la race choisie pour les éleveurs qui exploitent les laiteries. La vache du Yorkshire à courtes cornes, est recherchée surtout par les nourrisseurs de Londres et des grands centres, à cause de la quantité de lait qu'elle fournit, quoique le lait soit plus aqueux et moins riche en beurre que celui des petites races ; il convient très bien par ce motif à l'écoulement direct. D'ailleurs, toutes les vaches courtes cornes ne sont pas bonnes laitières; il y a lieu de choisir les bonnes parmi les variétés établies. En 18G0, Vœlcker fit quelques essais dans le but de rechercher si les variétés pures de courtes cor- nes donnaient plus ou moins de lait de bonne qualité, par rapport aux variétés croisées ou mixtes. Trois vaches de la laiterie de Cirences- ter et trois vaches pur sang- appartenant à M. Proctor, de Bristol, fu- TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D"" A. VOELCKER. 1-15 reiit parquées sur le môme pré pendant le mois de septembre, et le lait de cliaque lot, trait et soigneusement mesuré, fut analysé à part. Le pré fournissait en abondance une herbe succulente. Au bout d'un certain temps, les six vaches reçurent comme ra- tion supplémentaire 0''",'i53 par tète, de tourteau de lin ; et après une semaine, O"'", 900. Le rendement et l'analyse du lait dans les trois périodes sont donnés dans le tableau GCLXII. Pendant la première période, l'herbe étant le seul aliment, le lot des vaches ordinaires a fourni un meilleur produit que celui des vaches pur sang. Dans la seconde période, l'addition à l'alimentation herbacée de 0'''','453 de tourteau oléagineux paraît avoir augmenté la proportion de heurre, mais diminué la quantité de lait. Enfin, l'addition d'un poids double de tourteau, 0'''',900 par tête, dans la troisième période, correspond à une richesse moindre et à un ren- dement plus faible, par rapport à la première. Ce résultat pourrait toutefois plus justement s'attribuer à la saison avancée. En tous cas, l'essai n'a pas duré assez longtemps pour vérifier le fait de décrois- sance dans le rendement et d'amélioration dans le produit. Sous le rapport de la taille, les expériences de Ockel, deFranken- feld (1885), sur qualre vaches hollandaises, ont montré que deux d'entre elles pesant ensemble 900 kilogr. avaient rendu plus de lait pendant 10 jours consécutifs que les deux autres du poids de 098 ki- logr. Le poids des animaux n'ayant pas varié pendant l'expérience et les aliments ayant été fournis ad libitum, les grandes vaches avaient produit en 10 jours, 309 litres de lait, en consommant 2 230 kilogr. de hi/erne et les petites vaches, 218 litres pour une consommation de 1 750 kilogr. de luzerne. Ces résultats sont d'accord avec la pratitpie des nourrisseurs an- glais qui préfèrent les vaches de grandes dimensions du Yorkshire à celles des autres variétés de courtes cornes plus petites. 5. — Falsifications du lait. Il a été beaucoup écrit sur les falsifications auxquelles est soumis le lait vendu aux habitants des villes. On accuse les laitiers d'ajouter des substances étrangères, telles que des cervelles de mouton, de ann. science aguon. — 1887. — i. 10 146 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. .a ce > 73 S TJ c o 4^ • ^ en o &• B !^ o O o CD 00 ce ^^ 03 tn 05 4^ ♦J A S 01 Q> S 11 •03 V ia Tf C 13 « CA u •03 «J •01 •F-t u s co ce > m 03 ••-« 4-> ce ;-> ce P< S o CJ M X u u M OQ < ^H^M ^^ ^^ ^^M ^— ^^_ ^^ ^^ ^^^M ^M ^^ 1 - 1 C3 ■/) Û) — }< rc r— 1 = — ri ïî -• X — 1 CJ O C". Ts 1 lO >o àc ^ rH r: t- O ~ îc .•^ •S \ 0:0 cr -T< :c »rî ^ . t- ^ ^ "~ --5 -^ M ■ 00 -( r> X w 5 û S rt T^ tH o X. 1 1 ■ ■a — - o 1 OJ •H' Ti r5 1 00 -^ t- :o î- C5 — r ':3 -* 7,8 15.9 3.1 m ■-. m ::5 c- ta M M n< = _ o ,-1 -H ■M ■ co w 00 5 C^ ^ -H o 1 ti i-'î C^ -+ -; ce tf: C: t- a c5 ^ ir: M îa r: :; CO -* M m c ; d C r-( 1-1 ^ œ rt CO a M 3 rH •"* o u , 5 co \ -a iJ^ r vi. trt CA O :r >i => 00 --3 -^ M C= 3 o 4) :- rH I CO D- -<1 ^ "n .^ CO O ,_ W C^ d w -^ M -^ d d - > î- ^H 1— < 5" ce i-( CO ai -3 rH rH Cv o j QJ bô O •>! ^ 1 » o ~ — x — t— 1 ^ 1 C c: os ôr «^ -rS CO 3-1 îl GO 71 CO t^ 1 iT 5 • H Cï i-*; 1— ( i> l> (M d C t-^ d Cî ri< 1 o 3 1— ( iH I ce rH GO - tH X :3 -; -^ r tH rH o"^ — 1- 1* •a ^ r-H i) U) O) O "M «^ — t * — t^ rH y 3 :_ 3 -^ — .t^ ^ !lO C5 \c C- n -M( --r> H-, -^ ^ f C5 1^ 5 1-1 C3 ci .ti t- w c ict n d d « CD ■r « rs m c > d ; 3 ^ 'P ■^ tH 1-1 C-1 00 ri »H 00 rt 2 CO ce O d •-T) 00 • rH J3 >» »5 C I a 'ï •F^ tl ■S 'S c s "5 00 X rH r..» W ? a ■2 3) a> • m -H * c . .s '1 ■>i . -4 5< 'ôT 1 ^ m •s 0) • a. s. 1 =. t ■ -a et ■ • < \ 5 -jO \ -^ d •0 *i Kg KS a CO J rH '5 ——■»=■ ^ c z % ? a sitiou t. -5 -C ! -3 a a» cl !s 3 3 . a» i 3. S •a mpoi du laii » 3^ ■: = :s .£:; 3 < 5 a î CO J rH d a 3 s i s - j: S 1.0250 1.0257 10 1.0265 -t- 30 — ... 1.02'JO 8 )) 1.0235 1.0233 6 1.0248 + 40 — ... 1.0190 G 1.0210 1.0200 1.0190 5 1.0208 + 50 — . . . I.OIGO 5 1.0180 1.0170 1.0163 4.5 1.0175 Le lait n" 1, du 4 mars (tableau CGLXIV), a été examiné à l'état pur, avec crème et écrémé ; puis à l'état de mélange dans chaque cas, avec 10, 20, 30, 40 et 50 p. 100 d'eau. Celui n° 2, du 25 mars, a été examiné dans les mêmes conditions, mais en recourant en outre aux pesées directes sur une balance sensible, pour mesurer la densité du lait crémeux, pur et mélangé d'eau. Les proportions de crème dans les deux laits ne concordent pas avec la quantité d'eau ajoutée, ce qui est dû sans aucun doute à l'agitation qui a eu pour effet de briser les globules de crème et de faire varier sa composi- tion. 150 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 11 résulte de ces essais que le lait pur et frais, à la tempéialure de IG degrés centigrades, a une pesanteur spécifique d'environ 1.030; que le lait écrémé, dont la densité est plus grande, maniue 1.034- ; que le lait pesant 1,025 ou moins, est très pauvre ou dilné ; que si l'on enlève dans un lait 10 p. 100 de crème en volume pour la remplacer par le même volume d'eau, la densité est à peu près la même dans les deux cas, mais au delà de 10 p. 100, s'il s'agit de 20 p. 100, par exemple, l'addition d'eau est exactement indiquée par l'hydromètre qui marque 1 .025. Il importe d'observer que si, dans le cas de 10 p. 100 d'eau subs- tituée à 10 p. 100 de crème, la densité reste à peu près la même, on ne peut ajouter de l'eau dans du lait ainsi écrémé sans lui donner par cela même une coloration bleue qui détourne de la falsifica- tion. « b. — Essais d'opacité pour déterminer la teneur du luit en beurre. On sait que le lait crémeux est plus opaque que celui dont on a sé- paré plus ou moins complètement la crème, ou que l'on a additionné d'eau. La recherche d'un instrument, d'un maniement simple, qui per- mette de constater par une simple lecture la richesse crémeuse du lait, a conduit le professeur Feser, de Munich, à reprendre le prin- cijtc de l'opacité du lait que Donné avait utihsé pour son lactoscope, et à modifier d'une manière heureuse l'instrument \ Le lactoscope Feser, très employé en Allemagne, en Hollande, dans le Danemark par les fermiers, les laitiers et les préposés de l'administration municipale, consiste en un tube de diamètre assez fort (0'",04), gradué extérieurement, fermé en pointe à la partie in- férieure et ouvert à la partie supérieure, de façon à pouvoir l'obtu- rer avec le pouce. Dans la partie finissant en pointe a été soudé ver- ticalement un petit tube fermé, en verre opaque, qui porte en dedans des divisions tracées en noir. Ces divisions ne sont pas visi- 1. On a new mcthod of testing tnilk: Journ. Roij. Agric. Soc. of England, vol XVI, 2^ série, 18S0. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D'' A. VOELCKER. 151 Lies quand on verse le lail dans l'inslranient et qu'on y ajoute un l)eu d'eau, mais elles apparaissent neltcment lorsque l'on continue à ajouter de l'eau. Plus le lait est riche en L;lobules ou en crème, et plus il faut l'additionner d'eau avant de pouvoir distinguer les traits noirs du tube intérieur ; et inversement, pour le lait pauvre. Pour se servir de l'instrument, il suffît, à l'aide d'une pipette jau- gée à 4 centimètres cubes, d'introduire le lait par l'extrémité ou- verte, d'ajouter un peu d'eau ordinaire et de secouer en fermant avec le pouce, puis de continuer à ajouter de l'eau, en agitant jusqu'à ce (jue l'on aperçoive les traits noirs. On lit alors au niveau où s'arrête le mélange dans le grand (ube, sui" l'échelle à droite, la (|uanlité de beurre p. 100, et sur l'échelle à gauche, le volimie d'eau en centimètres cubes qu'il a fallu ajouter; ce qui est du reste sans objet. Après de nombreux essais du lactoscopeFescr,Vœlcker reconnaît son utilité pour le dosage suffisamment approché de la teneur en beurre, quand le lait est frais. En (juelques minutes on arrive à juger comparativement de la richesse en beurre de divers échantillons de lait, et à la condition de recourir à la densité, que donne l'aréomètre, on peut décider si le lait est pur ou dilué, dans quelle mesure il est dilué et s'il a été partiellement ou complètement écrémé. Les laits n"' 1 à 4 (tableau CGLXVj ont été achetés dans quatre laiteries différentes de Holborn et de Bond-slreet, à Londres, le 23 juillet 1879 ; le lait n" 5 provient delà ferme de Sir Henry Dashwood, Kirtlinglon Park. Il a été analysé le jour même de l'envoi parchemin de fer, le 31 juillet. Quoique représentant la composition d'un bon lait de campagne, il n'a donné que 5 p. 100 de crème, à cause de l'agitation par le transport, car il titre 4 p. 100 environ de beurre. Le lait n° a été acheté dans une laiterie de Clapham Common ; le n° 7, à Tichborne Couit, et le n° 8 dans Bond-strcet, trois locali- tés de Londres. On remarquera les variations dans le volume de crème qu'indique le crémomètrc. Ainsi, dans les échantillons n° 1 et n° 4, dosant à peu près la même proportion de beurre, le n" 1 marque 9 p. 100 et le n" 4, H [). 100 de crème, tandis que le n" 3, plus riche en beurre que le n" 4, marque seulement 8 p. 100, après 18 heures de repos. 152 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. u ai m X 1-3 U C3 & <3 U _ Î-) t-- o o '^j •» o iH o co •^ 'é. ^ O o o c a iXi co '"' o »-( ïl 00 05 o :" ce tH rjH o o •o iH w t^ o s a •o I^ Cï o 1-i ÎO t- O J^ ,(o O o t* o >c •Q CO tH ci o a » t* «D co o iH *s tH o O ■** o -iH 'S 00 (M es o ô o a "1 M ; :o oo o tH IN o ' "■ -H , M •^ m o •^ (M ^ O Cl CO o o co o , V}- co o < •<« IN co o o co .** co >o CD o OJ »o .O o w t* o o s t- ce 05 o rH tH , r^ ^H C^ o o .* oo o ri o co rO o tH 00 é> o ft « oT IM o o T-( -c« co O IM o ^ _oo co -# Oi o m e -^ -û ^ o 00 o o s — o iH o '^ ^^ / ' -j w t^ co o ^1 j "3 OJ ■■O c^ o o co lO « § Ë ce t^ co 05 o o C5 r^ co . l " W 00 o •F^ ^'^ -^ M 1 « . .• t- •-0 t- o _i( jONDR Tich- borne l^ o ci o o o o 1-i Ir- t- f ■o »H -H o fM f n 5 o O m o co 'O — n •O o rH Cl \ CJ ^ r- <# 00 o r-( ^ o w ce" lO o lO o 0^ ao ce co o co t— •asovdwvD in co co ci o o o lO o o o o ^_l (M IN co o co .^ I>- w V? o n\ o ^ H b- CO es o ^ co M 00 o w "^ .=« Q y. -1 t= co _< o co o C5 Tjl co o (M m OO co t^ o => co ï>- co -3 \ OO o rH (n" -rt ^H o Ci o o; K •- ï 1 f-( 1-t t^ o Oï (M (M T\ ^ l- o o co co co ûi co o 1-H ■^ 1-H — ^ t^ •M o oo »i; t- »-4 o o J co 00 « oô o o o C-. si" -C8 aé aulactoscope. m o s 0) 2 5 3 t—* > •o o •n o oa 0) fl o ;£, p. ta o Ç) ta U o a o Boun H M ■< Q ^^" ^^~ ^^H ^MM ^^^^ TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU d"" A. VOELCKER. 153 Le ri° 7 qui titre 3.16 p. KIO de beurre donne ;iu crémuniètre 7 p. 100 de crème, et le n" 8, rpii ofi're à peu près la même teneur de 0.27, marque 9 p. 100. 11 n'y a donr pas lieu de se fier aux indica- tions volumctri(pies du crémomètre pour estimer la qualité huty- rcuse du lait. Comme teneur en beurre des laits non écrémés, le lacloscope donne des cliillrcs parfois trop bas, ou trop élevés, mais souvent exacts, comme pour lesn°'5,7 et 8. Dans les laits écrémés n"' 1 à 4, les indications du lactoscope sont trop élevées, surtout dans l'éclian- tillon n" ^2 qui s'était légèrement aigri, et par cela même était de- venu plus opaque. Dans ces mêmes laits additionnés d'eau, le lac- toscope ne fournit guère des résullats exacts, mais il indique d'une façon cerlaine que le lait crémeux ou écrémé a été addilionné d'eau (tableaux CCLXVI et CGLXVII). TABLEAU CCLXVI. — Dosage du beurre dans des laits frais, additionnés d'eau et soumis aux essais du lactoscope Feser. Poids spécifique . . Crème p. 100 en vo- lume Beurre p. 100 au lac- toscope Feser . . LAIT l'I-K K" i eau ajoutée. I-MT PUR N" 5 eau ajoutée. LAIT PDR X"{) ••au ajoutée. LAIT PUU K" 7 eau ajoutée. o o o 11 3, .5 o ■Ti 10 . 75 3.L'Ô O o o o o o à. 2 o o o o o o o o c. o o o a. n 'j 1.030 3 1.027 » 2.5 1.025 2.25 1.030 10 2.7.> à3 1.027 9 2.5 1.021 2.25 1.02'i G. 5 2.25 l.O.-l U 2 l.Olit 5.75 1.75 TABLEAU CCLXVII. — Dosage du beurre dans des laits écrémés, additionnés d'eau et soumis aux essais du lactoscope Feser. LAIT KCKKMt; LAIT ÉCRKMK LAIT KCRKMK LAIT KCRliMK K"4 K"5 N" N" 7 eau ajoutée. eau ajoutée. euu ajoutée. eau ajoutée. o o o o o o o o o o o o o 2 o o o o o 3" Poids spécifique .... à. o CI d. s o O è (M n c. 6. o 1.031 i.02y 1.027 1.032 1.029 1.027 Beurre p. 100 au laetos- cope Fpser 1.75 1 . 25 1.50 2 à 2,25 1.75 1 l.iîO 1.25 1.85 l.Siî 1 . 25 1 154 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 6. — Installation des laiteries. a. — Local. Le nord est la meilleure orientalion pour une laiterie ; mais si le local est sec, bien ventilé et préservé par des persiennes contre les rayons directs du soleil, l'orientation perd de son importance. Le plus grave défaut, par lequel se font remarquer maintes laite- ries en Angleterre, est l'absence d'une bonne ventilation \ Il en ré- sulte une liuraidité des locaux, qui est particulièrement nuisible à la conservation du lait. Un des moyens les plus économiques pour re- nouveler l'air consiste à maintenir au-dessus des fenêtres des ouver- tures de 8 à 10 centimètres de largeur, closes par des tôles de zinc perforé, et de garnir de même une fenêtre entière pouvant s'ouvrir ou se fermer à volonté. Les murs doivent être épais ; s'ils ont été construits en pierre, on devra les revêtir de briques intérieurement. Quand la laiterie forme un bâtiment séparé, on évitera de la couvrir avec des ardoises qui sont de bons conducteurs de la chaleur et élèvent en été la tempé- rature bien inutilement. Les schistes calcaires ou, à leur défaut, les tuiles rouges communes sont bien préférables. De toutes les couver- tures pour une laiterie, c'est le chaume qui convient le mieux jtour maintenir une température uniforme. Le sol de la laiterie doit être dallé avec soin : de larges dalles bien cimentées, en ménageant la pente et les rigoles nécessaires à l'écou- lement de l'eau, répondent mieux au but que les carreaux ou faïen- ces de moindres dimensions qui exigent un bien plus grand nombre de joints, dans lesquels l'eau finit par se loger. La construction de laiteries en sous-sol, afin d'obtenir plus de fraî- cheur pour la consei'vation du lait, est condamnable, parce qu'alors on peut difficilement éviter l'humidité, même en drainant comme il faut le terrain. Il ne faut pas oublier que l'objet principal à atteindre est la cons- 1. MHk, juillet 1SG3. TRAVAUX Et"'eXPÉRIENCES DU d"" A. VÛELCKKR. lOO truction d'un local sec et bien ventilé, dans lequel on puisse mainte- nir toute l'année une égale température. S'il fait trop froid dans la laiterie, la crème ne se sépare plus assez rapidement, et s'il fait trop chaud, le lait ne tarde pas à s'aigrir. Un bon thermomètre est indis- pensable pour maintenir la laiterie à une température comprise entre 15 et 18 degrés centigrades. Un calorifèi-c à circulation d'eau chaude permettra en hiver de réglor le degré de température. I). — Mobilier cl vsloisiles. Les bancs et tablettes seront de préférence revêtus d'ardoises ou de marbre : s'ils sont en bois, on devra les peindre pour que le lait qui serait versé accidentellement puisse être enlevé sans pénétrer dans le bois. L'eau froide ne peut pas laver complètement le bois que le lait a imprégné. La laiterie, aussi bien que tous les ustensiles qui en dépendenl, et les personnes qui soignent le lait, doivent être d'une propreté rigou- reuse. Il ne suffit pas, comme on le croit souvent, d'employer des masses d'eau pour obtenir la proprelé indispensable : au contraire, moins d'eau on emploiera et moins d'humidité on causera. On doit surtout recourir à l'eau bouillante et, pour accélérer l'évaporation, à un tirage efficace. Dès que les ustensiles ont servi, il faut s'em- presser de les laver à l'eau bouillante et les laisser sécher à l'air. De toutes manières on doit éviter, par excès de zèle, d'éclabousser l'eau de tous côtés, et surtout de laisser entrer avec des chaussures sales, les gens de service ou autres. Pour éviter la saleté qu'appor- tent les gens du dehors, on devra les astreindre à emi)loyer le dé- crottoir et le paillasson placés dans le vestibule, ou mieux encore à abandonner leurs sabots. Ces précautions ne sont pas du tout exa- gérées, et sous ce rapport, les laiteries du Brabant, qui fournissent le meilleur beurre, sont des modèles à imiter scrupuleusement. Les ustensiles en fer-blanc valent mieux à tous égards que ceux en bois, qui ne tardent pas à s'imprégner d'une odeur dont le lavage le plus soigneux ne peut les débarrasser. Le lait à l'arrivée dans la laiterie, devra toujours être tamisé avant d'être versé dans les vases ou terrines employés pour la séparation de la crème. Vœickerdécril 156 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. pour la réception et le tamisage du lait, l'appareil Gussander, en fer- blanc, muni d'un col en façon d'arrosoir, dans lequel se trouve le canevas destiné à arrêter les impuretés. Comme bassines, le même inventeur a adopté des vases oblongs en fer-blanc, d'une profondeur de 6 centimètres environ, à coins arrondis pour faciliter le nettoyage, et d'une contenance de 8 à 10 litres environ. Le lait n'y est versé que sur une épaisseur de 4 centimètres et quand la crème s'est ra- massée au bout de 24 heures, on évacue le liquide sans aucune agi- tation, par un tampon grillé, situé au fond du vase, que fait manœu- vrer une petite tringle. Vœlcker pense qu'on pourrait donner à ces bassines un centimètre et demi de plus de profondeur de façon à porter la contenance à 20 litres et à les tenir à demeure sur les ta- bles. Elles n'ont pas besoin en effet d'être récurées, mais simplement lavées avec une éponge imbibée d'eau bouillante. Les bassines ou terrines en verre sont également très appropriées à la laiterie, mais comme tous les vases ronds, ils occupent plus de place que ceux de forme carrée ou oblongue, et ils sont bien plus fragiles. Les bassines en poterie, quand elles sont vernissées, sont très usitées en Angleterre et font bon usage. On attribue aux bassines en zinc la propriété de mieux se prêter à la séparation de la crème, mais le zinc s'oxyde, et quand il est oxydé le lait l'attaque et donne lieu à la formation de sels nuisibles à la santé. Pour cette raison seule, le zinc doit être banni de la laiterie ; il en est de même des vases en cuivre et en laiton étamé. Le plomb est beaucoup employé sous forme de bassines de 10 à 12 centimètres de profondeur. C'est une erreur que de donner une profondeur aussi grande aux vases afin d'économiser la place, car la crème se sépare en moins grande quantité et elle est de qualité inférieure. Le point essentiel pour la qualité de la crème, est de la faire lever le plus promptement possible en lui offrant une couche de liquide moins épaisse à traverser, en raison de la moindre pression qui agit sur les globules. 7. — Industrie laitière. Lait concentré. — L'industrie du lait concentré, qui a pris de si grands développements en Amérique et en Suisse, est de création relativement récente en Grande-Bretagne. Elle n'était représentée, TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D' A. VOELC-KER-. 157 il y a dix nns, que par trois usines : l'une à Aylesbury ; une autre à Mar- low en Irlande, et une troisième à Swindon,dans le comté de Wilts '. Dans les deux premières usines, le lait est évaporé dans des chau- dières jusqu'à la consistance légèrement sirupeuse, que l'on épaissit avec du sucre. Dans la troisième, le lait est évaporé dans des bassi- nes peu profondes, à une basse température, en ayant soin de te- nir la surface constamment agitée par des râteaux en bois, mus par un agencement mécanique, de façon à empêcher la formation de la croûte de caséine. Lorsque le lait a atteint un certain degré de con- centration, du sucre blanc fin, qu'on a préalablement fait bouillir avec du lait, pour en faire un sirop, est ajouté, et le lait est évaporé jusqu'à consistance épaisse. C'est à cet état que le lait encore chaud est renfermé dans des boîtes en fer-blanc dont le couvercle est aus- sitôt soudé pour en exclure l'air. Le lait ainsi condensé renferme généralement de 25 à 28 p. 100 d'eau-. Une grande compagnie de laiterie à Londres (Aylesbury Dairy Company), outre le service d'approvisionnement de la métropole, a étabh une fromagerie et une vaste porcherie à Swindon, où le lait est transformé en fromage et les déchets de fabrication sont utilisés par les porcs. Cette combinaison de la fabrication du fromage avec l'engraissement des porcs a été reconnue comme le moyen le plus lucratif d'utihser le surplus du lait que n'absorbe pas la consomma- tion journalière. B. — Crème et Beurre. 1. — Crème. La (jualité de la crème étant d'autant meilleure qu'elle a été vite levée, il importe pour activer la séparation que les bassines soient 1. The influence of chcmical discovcries etc. 187S. •2. M. Gramieau a fait connaître {Temps du ;> octobre IxST)) que deux autres usines à Cliipi)cnham et Middlewich ont été depuis lors établies pour fabriquer le lait con- densé. L'usine de Chani, en Suisse, qui dépend de la môme compagnie « Anglo- Suisse », a annexé à cette fabrication celle du beurre et du fromage par les procédés mécaniques perfectionnés; celle d'un produit alimentaire à base de farine et de lait pour les enfants en bas âge; de même (|ue des porcheries modèles contenant plusieurs centaines d'animaux. 158 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. peu profondes, car les globules de lait, pour se réunir à la surface, ont une moindre pression à vaincre. La séparation est non seule- ment plus rapide, mais plus complète. En outre, il est plus facile d'obtenir l'abaissement indispensable de température du lait fraî- chement trait, à l'aide de vases peu profonds. Le lait qui a une tem- pérature de 33 degrés quand il vient d'être trait, doit être le plus promptement possible ramené à environ 15 degrés pour que la crème se sépare dans des conditions favorables; autrement, au contact de l'air, il ne tarde pas à s'aigrir. Le lait versé dans des bassines en fer battu, peu profondes, posant sur la pierre ou le marbre, peut se garder pendant 36 et 48 heures sans s'aigrir, à la température d'environ 12 degrés. A une température basse, la den- sité du liquide augmentant, l'écrémage est retardé; tandis qu'au bout de 24 heures, dans les conditions indi(piées, la crème s'est sé- parée complètement. C'est donc à tort que l'on écréme dans cer- taines localités, seulement lorsque le lait s'est aigri, quoique la cou- che de crème paraisse plus épaisse, car le beurre qui en provient est moins abondant et de qualité inférieure. Les expériences de San- nert ont démontré que pour deux quantités égales de lait fraîche- ment trait, écrémées, l'une après 30 heures, et l'autre après 60 heures, la différence de rendement en beurre a été, dans un cas, de 30 à 27, et dans l'autre cas, de 31 à 29 ; et pourtant, au bout de trente heures, la crème était moins volumineuse et moins épaisse (jue celle levée après 60 heures de repos. La composition de la crème varie suivant les circonstances où elle a été produite. Des quatre analyses de crème qui figurent dans le tableau CCLXVIIl, le n° 1 , écrémé au bout de 15 heures, avait une densité de 1.0194 à la température de 16 degrés centigrades ; deux autres crèmes indiquaient à la même température, bien qu'ayant sé- journé 45 heures, des densités de 1.0127 et 1.0120. La crème riche offre d'ailleurs une moindre densité que celle en mélange avec une forte proportion de lait, comme le n°l. L'échantillon n° 2 représente une crème de richesse moyenne, renfermant environ un quart de son poids en beurre pur. En moyenne, on retire d'un litre de bonne crème, de 325 à 375 grammes de beurre de table. Ce rendement peut être de beaucoup THAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D*^ A. VŒLCKEfl. 159 dépassé; ainsi, M. Ilorsfall a constaté que les vaches de sa laiterie, (|uand elles étaient en pâturage, donnaient une crème rendant 400 grammes de beurre par litre ; et lorsqu'elles étaient nourries à l'c- table avec du tourteau, du son et d'autres aliments oléagineux, le litre do lait rendait de 550 à 600 grammes do beurre. TABLEAU CGLXVIII. - Composition de la crème et du lait écrémé. Eau (■ i: 1- .M E. I. AI 5 T liCRI 6 : M É. 7 1 2 3 4 74.46 18.18 2.69 4.08 0.59 61.80 25.40 7.61 2.19 56.50 31.57 8.44 3.49 61.67 33.43 2.62 1..Ô6 0.72 89.65 0.79 3.01 5.72 o.s:3 100.00 89.40 0.76 2.94 6.05 0.85 89.00 1.9.! .•!.0l 5.28 0.7S Beurre (inaiiére grasse pure). . . Caséine ' .Sucre (le lait Matières minérales (cendres). . . 1. Contenant azote 100.00 100.00 iOO.dO 100.00 103.00 100.00 0.4:5 » )) 0.42 0.48 0.47 0.43 La crème qui se lève la première est toujours plus riche en' beurre, surtout quand le temps est chaud; et, en général, la crème rend d'autant plus de beurre que son volume, par rapport à celui du lait, est faible. Dans l'expérience de M. Horsfall, par exemple, le volume do la crème rendant 600 grammes de beurre par litre, n'excédait pas 6.5 p. 100 du volume du lait. De môme, Vœicker a constaté que |)oiu- un volume de crème de A p. 100 seulement, par rapport à celui du lait, le rendement en beurre avait atteint 700 grammes par litre. C'est que, dans les deux expériences, l'agitation produite par le me- surage a brisé les globules dont le contenu a gagné la surface en occupant un volume moindre et constituant un mélange de beurre et de crème. Il s'ensuit que pour l'agriculteur qui vend la crème, il y a lieu d'éviter toute agitation du lait; de même qu'il importe, pour qui fait du beurre ou du fromage, de maintenir les vaches laitières 160 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. autant que possible au repos, les mouvements violents de l'animal contribuant à séparer les matières grasses du lait dans les cellules qui avoisinent les trayons. On constate, en effet, la séparation par- tielle du beurre dans le lait que renferme le pis de la vache, en mé- langeant le lait aussitôt trait avec de l'éther qui finit par surnager et donne en s'évaporant une proportion notable de matière grasse. La température influe sur la séparation de la crème, mais pas au point qu'on le suppose généralement. Lorsque la température est aux environs de 10 degrés G., la plus grande partie de la crème se sé- pare du lait dans l'espace de 18 à 24 heures; le lait écrémé retient à peu près les 7 dixièmes p. 100 de la matière grasse. Quelque temps que l'on garde le lait au repos, on ne peut séparer com- plètement la crème ; il est donc inutile de le gardera la température de 10 degrés plus de 24 heures. A une température plus élevée, le volume de la crème n'augmente pas, mais la densité augmente; aussi convient-il dans les essais comparatifs de maintenir une tem- pérature égale. 2. — Lait écrémé. Privé de ses globules ou de sa crème, le lait acquiert un poids spécifique plus grand. Vœlcker, sur les deux échantillons n°' 5 et 6, dont la composition est donnée dans le tableau GCLXVllI, l'a déter- miné à 1.037 et 1.0337, pour une température égale de 16.5 degrés centigrades. Quand l'écrémage est imparfaitement opéré, comme dans le lait n° 7, le liquide est naturellement plus riche en beurre. Essais de la crémeuse de Laval. — La crémeuse centrifuge de Laval, soumise aux essais pendant le concours de la Société Royale, à Kil- burn, a donné heu à des constatations analytiques intéressantes que Vœlcker a pubhées\ Le tableau CGLXIX reproduit les données des analyses de laits écrémés par l'appareil de Laval, tant au concours de Kilburn qu'à celui d'islington en 1879. 1. On the composition of cream and skim-milk obtained by de Laoal's cream separalor. Journ. Roy. Arjric, Soc, etc.; vol. XVI, 2^ série, I8S0. TRAVAUX ET EXPERIENCES DU D' A. VOELCKER. 161 TABLEAU CGLXIX. — Composition de laits écrémés essais de la crémeuse centrifuge de Laval. Eau Matière grasse (beurre) . . . Caséine ' Sucre de lait Matières minérales (cendres). 1. Contenant azote KILBURN 1879 4 juillet. Lait crémeux. 1 87.72 3.45 3.12 5.11 0.60 100.00 0.50 Lait écrémé par appareil de Laval. 90.71 0.22 3.31 5.12 O.Gi 100.00 0.53 8 juillet. Lait écrémé par appareil de Laval. 3 90.49 0.4G 8.01 5.31 0.73 100.00 ISI. INGTON 1879 octobre. Lait écrémé par procédé usuel. 1 Sfl . 25 1.12 3.69 5.16 0.78 Lait écrémé par appareil de Laval. 90.82 0.31 3.31 4.77 0.79 0.48 100.00 0.59 100.00 0.53 Le lait n" 1, écrémé par les procédés usuels, renferme trois quarts p. 100 de beurre, tandis qu'écrémé par l'appareil de Laval, n" 2, il n'en contient qu'un quart à peine p. 100; c'est-à-dire, que sur une quantité de 3.5 p. 100 de beurre dans le lait crémeux, 3.25 p. 100 passent dans la crème. Dans un deuxième essai du 8 juillet, à Kilhurn, l'écrémage par l'appareil ne f'^t pas aussi parfait ; la pro- portion de beurre restant dans le lail écrémé s'est élevée à près de 1/i2 p. 100, mais la crème pour beurre était spécialement riche, comme le montre l'analyse suivante : Eau 6G.12 Matière grasse (beurre) 27,69 Caséine' 2.69 Sucre de lait 3.03 Matières minérales (cendres) 0.17 100.00 1. Contenant azote 0.43 La comparaison du lait écrémé à Islington, par les procédés usuels et par l'appareil de Laval, confirme la supériorité de la crémeuse ANN. SCIENCE Aono.v. — 1887. — I. Il 162 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. centrifuge (jLii laisse quatre fois moins de matière grasse dans le lait. 3. — Fabrication du beurre. Dans la conférence que Vœlcker fait à l'exposition de laiterie, tenue à Derby en 1881, il insiste sur l'inutilité de tenter la fabrication du beurre de premier choix avec du lait doux sans séparation de crème, car il est impossible de diviser la matière grasse et la caséine de telle sorte que celte dernière ne donne un goût de fromage au beurre, et il se prononce contre l'emploi de la crème sûre. L'importance de la propreté des mains du marcaire, pour la traite du lait, est capitale. Si le lait a été corrompu à sa source, tous les soins ultérieurs ne pourront pas y remédier. Il convient d'amener le plus promptement possible à la température de 12 à 14 degrés centigrades le lait qui vient d'être trait, en recourant aux vases pro- fonds, plongeant dans l'eau, soit qu'on adopte le système de réfrigé- rants américains (Gooley) avec submersion complète, ou le système suédois (Swartz) avec immersion partielle. Le barattage de la crème devra s'opérer sans trop de rapidité et régulièrement, de façon à obtenir de 45 à 50 tours par minute. Il y a lieu d'éviter de trop fréquents lavages ou malaxages du beurre dans la baratte, pour ne pas diminuer la qualité. Après le premier écrémage du lait, on devra ajouter un sixième du volume d'eau pure et froide, au cas où on le garde encore douze heures pour écrémer une seconde fois\ Réfrigérant Swartz. — Au concours des instruments de laiterie à Bristol, en 1879, Vœlcker avait été chargé de mettre en expérience le système de réfrigérants Swartz ^ Le 8 juillet, à 1i'',45 du soir, 163 litres de lait furent versés dans les vases à écrémer, entourés d'eau, d'après les indications Swartz, la température étant de IS^S centigrades. Le lendemain, à 7 heures du matin, la température du 1. Report on the Working Dairy ut Ihe Derby show, bij Herbert J. Utile; Journ. Roy. Agr/c. Soc. of England, XVII, part II, 1881. 2. Report on the trial of Dairy implemeuts and machinery at Bristol; Journ. Roy. Agr/c. Soc. of England, XV, part 1, 2^ série. 1879. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D' A. VQELCKER. 163 lait s'étail élevée à 22%5, c'est-à-dire de 4 degrés. On ajouta des morceaux de glace dans le bain où plongeaient les vases, et après une heure, la température baissa à environ 9 degrés. Le surlende- main, grâce à un thermomètre à maximum et minimum, on main- tint la température par l'addition de glace entre i5%5 et 18" centi- grades, et le 11 juillet seulement, à midi et demi, on écréma le lait marquant 18 degrés. Le 10 juillet, la crème était parfaitement neutre; le 12, elle n'a- gissait pas encore sur le papier bleu de tournesol pour le rougir, de telle façon que par les réfrigérants Swartz le lait avait pu se conser- ver pendant 84 heures sans que la moindre trace d'acidité fut cons- tatée. La crème, d'une saveur des plus délicates, fut barattée le 11, et fournit un beurre de premier choix, d'une pâte et d'une saveur des plus fines, dont Vœlcker a donné l'analyse suivante : Eau 13.26 Caséine 0.'J2 Beurre pur 85.70 Matières minérales 0.12 100.00 Essais de barattage. — Pour les essais de barattes, dans le même concours, le lait employé avait une pesanteur spécifique de 1.031, à la température de 19 degrés centigrades. Versé dans une grande jatte, il fut agité convenablement avant d'être réparti entre les con- currents, mais au bout d'un quart d'heure une séparation partielle de la crème s'opéra. Un échantillon prélevé à la partie supérieure de la jatte, donna un volume, après 12 heures, de 15 p. 100 de crème, le lait marquant 17 degrés. Un deuxième échantillon prélevé au fond ne donna ([ue 4 p. 100 de crème. Ces faits sont rapportés pour prouver l'inriucnce de la séparation rapide de la crème sur la différence en beurre (jue peuvent produire les diverses barattes, mises en parallèle. On ne peut l'éviter qu'en distribuant en pkisieurs fois la quantité de lait nécessaire, à tour de rôle, et en prenant des échantillons dans chaque baratte après quelques tours, pour s'assu- rer de la condition égale du lait soumis à l'opération. Les onze échantillons recueillis dans des éprouvettes, au concours de Bristol, 164 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ont donné à Vœlcker les résultats consignés dans le tableau GCLXX, qui attestent une composition égale, puisque le plus grand écart, dans un seul cas, a été d'un demi p. iOO. A la réception, le lait rendait 11 p. 100 de crème, mais après l'a- gitation qui avait précédé sa distribution aux concurrents, le volume se réduisit à 7 p. 100. Après barattage, 4 échantillons de lait crémeux ayant servi à la fabrication du beurre, donnèrent encore 4 p. 100 de crème. Dans les autres barattes, on avait employé de l'eau froide ou de la glace. Si l'on consulte les données des essais de barattage, groupées dans le tableau CGLXX, on reconnaîtra que la qualité du lait étant exceptionnellement satisfaisante, la quantité de beurre obtenue par les 11 barattes de divers systèmes, variable entre 1.241 et 2.117, est bien médiocre. Ces essais confirment ainsi l'avis qu'il n'est guère possible d'extraire du lait doux plus de moitié de beurre fin et que la pratique usuelle qui consiste à baratter le lait acide, sa- crifie la qualité à la quantité. Dans une laiterie bien installée, jouis- sant d'une température égale de 18 degrés centigrades, le lait devrait reposer 36 beures et être écrémé trois fois, c'est-à-dire, toutes les 12 heures. La crème étant barattée régulièrement chaque jour, on obtient ainsi non seulement la quantité maximum, mais la meilleure qualité de beurre. Si l'on peut utihser le lait écrémé et le lait baratté, tout en fabriquant un beurre de première marque, on réalise le plus gros bénéfice que peut donner la laiterie. Telles sont les conclusions auxquelles Vœlcker arrive, d'accord avec M. G. Murray, le juge du concours de Bristol. G. — Fromage. En se reportant aux analyses de lait de vache qui sont groupées dans le tableau GGLVII, on constate combien varie la proportion de matière grasse pure ou de beurre, par rapport aux autres éléments constitutifs du lait. Il semble que la quantité et la qualité des aliments, de même que les autres circonstances qui intïuent sur la TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D"" A. VOELCKEn. 105 05 00 o en •■-I n -o CA «H o u s o u s « o flS •a o > ce ;h ^1 S a> « c o • •-4 4-3 (8 O ;-• es 09 H X X >J u u & n < ^^^^ — o *H « o m « o «o CO •SI C3 r— « ^ -^ « •* t* -* >o »n Oi »J t* o — » 00 o O CO ^ ^ ■== ^ s CB <— o t-( O O tH »H 1H ^ cô CO co o "" 1 &l ^* 00 te es à !H o » Oi o 00 CO t- o ^^ o 05 '2> J3 00 -S" t~ co -* CJ co •^ CO - Û. « US m « t~ o ta o ■* 00 tH o co • •\' rî 2 o t-l o o »H iH »-» (N CO cô co a u a J- ~ ^ , ^ 'w O o m M T-« -* lO •>« co co o -M ^ « r: ïH t-- o r- t- in -H t- m '■n o <:j t; O y^ r* ! •* co co -jT IN e» co ^ o O ■* -* »a< ■o (N ui O o o O tH W tH tH e0 © "^ t- •^ OT Cï r^ C-. CO CO GO CO & -3 = *H tH tH tH / T 3 C, , ^ ." m m te k ^ — a s a a a a fi 3 es m rt 1 ^ = ^j »H iH Ci Ci / H ■= J 05 ci o y. -p s o -4) s a ^ ■ i; — ^ OJ ■* s a a a 2 a ■* fi -* •# o ^ \ — 7" ^ -■ O i es -^ in in o >n m fco \ .^ -2 t— » t* t- 00 t^ •-o t^ r— co C3 .a < "g. "Z o W f-4 ^ i-( iH *H tH tH tH ^ ^4 5 Croine p. 100 m (M m \ r- t- t- t- b- t* t- r- t^ c^ r- œ _ O eX a Oj 00 » O « eo --< t» «< 9a OO ■^ *H -M •?ï ■M ■M a J£ X ^^^" ^^^^" ^^^^" 166 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. composition du lait, exercent principalement leur action sur la teneur en malière grasse. Or, comme cette matière grasse est l'élément prin- cipal du fromage et (ju'un kilogramme de beurre suffît pour fabri- quer 2 kilogr. de fromage livrable au commerce, on comprend que, dans une ferme, on puisse obtenir d'une même quantité de lait, plus de crème, et par conséquent, plus de beurre et de fromage, avec un nombre égal de vaches, (jue dans une autre, suivant la richesse de l'herbage, l'alimentation fournie aux animaux, et aussi, suivant l'écrémage^ Les analyses n"' 2, 3 et 4 (tableau CCLVII) de trois laits provenant de la même ferme, serviront à justifier l'observation faite par les fromagers qu'en automne, lorsque l'herbe devient plus rare, le vo- lume de lait diminue considérablement; mais le poids de fromage que l'on peut fabriquer avec ce lait est beaucoup plus fort que celui obtenu avec du lait de printemps ou d'été. Ainsi, le lait n° 4 du mois d'août renferme à peine 3.5 p. 100 de beurre pur et 3 p, 100 de ca- séine en nombres ronds ; tandis que le lait n° 3 du mois de septembre renferme environ 4 p. 100 de beurre pur et 3.5 p. 100 de caséine, et celui de novembre, n" 2, titre 5 p. 100 de beurre pur et un peu plus de 3.0 p. 100 de caséine. Le lait du mois de novembre ren- ferme donc 1 .5 p. 100 de beurre et 0.6 de caséine de plus que celui du mois d'août. Cette augmentation ne doit pas être considérée au- tant sous le rapport du hquide que de la matière solide, qui, de 12.60 p. 100 atteint 14.80; car dans la fabrication du fromage, le sucre de lait et les matières minérales passent pour la plus grande partie dans le petit-lait. En somme, le rapport effectif entre les deux laits est, pour le beurre ajouté à la caséine, de 5 et demi à 8 et demi; en d'autres termes, le lait de novembre donne 55 p. 100 d'excédent de matières sèches pour la fabrication du fromage, et comme le fromage bien fabriqué renferme environ un tiers de son poids d'eau, l'excé- dent de 55 p. 100 devient avec son poids d'eau 83 p. 100. Un htre de lait de novembre, n° 2, servira ainsi à produire près du double de fromage de bonne vente. En général, dans le lait riche, la proportion de beurre par rap- 1. Composition of chee.se. June, 1S6I. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D' A. VOELCKER. 167 jioi't à la caséine est plus élevée que dans le lait moyen. Dans le lail pauvre, au contraire, la proportion de caséine est plus élevée. L'alimentation exerce, toutes circonstances égales d'ailleurs, une iniluence considérable sur la quantité et la qualité du lait ; aussi, l'o- pinion généralement accréditée que certains pâturages riches four- nissent toujours du bon fromag(.\ tandis que d'autres en donnent de moins bon, quelques soins et quelque habileté que l'on y apporte, a-t-elle une certaine raison d'être ; mais ce serait une erreur abso- lue de croire que l'on ne peut fabriquer du bon fromage que dans ccriaines localités, à cause des pâturages. Vœlcker, d'accord avec M. Ilarding, émet l'avis qu'on peut faire du fromage de choix, même celui qui se vend partout le plus cher, quel que soit l'herbage, (piand on dirige avec intelligence et discernement la fabrication. Si, indépendamment de certaines qualités de goût inhérent au terroir, le fromage est fabriqué suivant telle ou telle méthode, il acquiert l)lus ou moins les caractères et la qualité du produit que l'on re- cherche ou que l'on veut imiter. C'est surtout une question de soins et de bonne manipulation. Les vieux pâturages, d'après Vœlcker, c'est M. Willard qui l'écrit à VUlica-Hcrald\ sont bien supérieurs aux prairies nouvellement éta- blies, sous le rapport de la qualité du lait que fournissent les vaches. Les herbes les plus succulentes abondent seulement dans les pâtu- rages à gazon d'ancienne date. Quand on installe une prairie et que l'on engraisse à l'aide du fumier, on obtient une foule d'herbes sus- cej)tibles de fournir beaucoup de lait, mais du lail de qualité mé- diocre pour le fromage (jui manque d'arôme et n'a pas la propriété de se conserver. 1. — Fromages anglais. Le fromage anglais est produit, soit avec du lait auquel on ajoute une certaine dose de crème, qui donne les fromages crémeux; soit avec du lait naturel, sans addition, qui fournit les fromages tout lait; soit enfin avec du lait dont a séparé plus ou moins lu crème 1. A talk on cfieese making : Far mer' s magazine, XXXI, 3« série, 1867. 1G8 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. avanl d'y introduire la présure, qui correspond aux fromages mai- gres ou de lait écrémé. La première espèce de fromage est un article de luxe; la seconde est d'un usage plus répandu, et la troisième surtout, forme un ar- ticle de consommation des i)lus importants pour les classes ouvrières. A la première espèce se rattachent le Stillon, le Clieddar crème et les qualités superfmes de Cocherstone, ou Stilton du Yorksliire. En raison de leur qualité extra, ces fromages, fabriqués en quantité limitée par quelques producteurs de renom, ont un prix de fantaisie plus ou moins élevé. La seconde espèce comprend la meilleure variété de Chester, quelques variétés de Cheddar, le double Glocester, la plupart des fromages de la vallée de Berkeley et, en général, les fromages tout lait du Wiltshire et des autres comtés de l'Angleterre. Dans la troisième espèce se classent les fromages simples des comtés de Chester, de Gloucester, de Wilt, de Warwick, de Shrops, de Leicester et ceux des districts où la fabrication du beurre est as- sociée à celle du fromage. Cette division est toutefois assez arbitraire , car en réalité la ri- chesse du mélange compense médiocrement la pauvreté du produit natarel. L'habileté de la fromagère consiste surtout à confectionner, avec un lait médiocrement riche en crème, un fromage riche au goût et à l'œil et d'une saveur fine. La proportion de beurre qu'il contient ne détermine pas entière- ment la valeur du fromage. Quoique duc jusqu'à un certain point au beurre contenu, la qualité fondante du fromage dépend surtout du soin apporté à la transfoi'mation graduelle que subit la caséine, avec le temps. En tous cas, l'excès de sel gâte le fromage. Un kilogr. de sel par 50 kilogr. de fromage représente un maximum; la plupart du lemps 750 grammes suffisent amplement. Pour en revenir à la division des fromages anglais, il convient de remarquer que souvent les fromages de Chester et de Cheddar de meilleure qualité, sont aussi bons et aussi riches en beurre que le Stilton. De même, dans cjuelques laiteries, arrive-t-on à fabriquer par le mélange du lait pur du matin avec le lait écrémé du soir, un TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU d'^ A, VQELCKER. 169 meilleur produit que dans d'autres laiteries, avec du lait pur de la journée. Le fromage fait avec du lait écrémé est presque aussi nour- rissant que l'autre ; il devient dur et se garde aussi longtemps. La classification se réfère donc à la description du lait employé plutôt qu'à la qualité et au prix des fromages. Sans tenir compte des classes, Vœlcker a donné des analyses d'un grand nombre de fromages anglais par espèces, en les accompagnant d'observations sur leur mode de fabrication, leur pâte et leur as- pect. Ces analyses ont été groupées dans le tableau CCLXXl. Slilton : ?i°' i el2. — Les deux premières analyses se rapportent au fromage de Slilton; le n° 2, qui est du vieux Stilton, renferme 12 p. 100 d'eau en moins que le n° \ ; 6.62 p. 100 de beurre en plus et 0.60 de moins de sel marin. Malgré sa plus faible teneur en sel, le fromage vieux a un goût salé bien plus prononcé. Il arrive en effet que, pendant la maturation, une partie de la caséine ou du caillé se décompose partiellement en ammoniaque qui se combine avec divers acides gras fournis par le beurre. Les sels ammoniacaux qui en résultent ont une saveur piquante, caractéristique, qui s'accroît avec la durée du magasinage. Quand il est bien fait et bien conservé, le fromage le plus vieux ne contient pas d'ammoniaque à l'état libre; il offre une réaction franchement acide ; au contraire, le fromage pourri renferme de l'ammoniaque libre et est alcalin. Dans l'échantillon n° 2, le dosage d'ammoniaque a donné iiuantitativement 1 .81 p. 100. Cotlicrslone : n°^ 3 et 4. — Le Cotherstone, ou Stilton du comté de York, est très estimé dans les comtés de Durham et d'York, mais n'est pas comparable comme goût avec les fromages de Stilton, ni avec ceux de premier choix du Chcshire ou de Gheddar. Renfer- mant beaucoup plus d'eau que le Stilton frais, il a une pâte douce et d'un aspect onctueux , mais la proportion de beurre y est plus faible. La saveur forte et acre, de même que l'odeur, du Cother- stone qui le fait ressembler au Ro({uefort, provient de la quantité de petit-lait dont la pression mécanique n'a pas purgé le caillé. Chester : n°' 5 cl 6. — Le Chester, comme le Gheddar, est fabri- qué avec tout le lait du jour et généralement une fois par jour. Le n° 5 s'applique à un fromage mûr et le n° à un fromage frais, tous deux de bonne qualité. 170 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOxMIQUE. X u u < m H ce >5 o o o o m en m ce en o s a (M n G) S ce m a> tn « o u ai J3 o en o s o u K y. c K o o o o a. t. W •5 a !3 o e o O a o O TRAVAUX ET EXPÉHIENCES DU D"" A. VOELCKER. 171 M H a o O o 00 o •* o o o o o o l- o 2 •o o o »-) m ce o rc o o o o oc ■1 •^ (?< co O tn ■-1* o _ "^ -* o o r~{ -^ ce 1-1 iH CO -H tn i ?] o N -* _ _ >o o o rH o o 3 d 05 ■a a a c a o O a cS c a o O 172 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. S 0} ai •i-i es S 05 o} Oî CB S o o a o u X U U & < M / t- o -< ri< CO O Oï *-i n o O CO rM co o (M -* m o "fî co (m" M (M «5 O O ->J( ,H cô ►3 < (M CO 5«1 00 J ^^ •^ o o ^ ^' iH M O l~l i-( •Hi o m c 5 O ■^ 00 ^ / Ci co o t- C5 ex 5 CD t* t~ (M co o ci r4 ir 3 O rH (M w « CO IM O <« W ^ l> CO CO CO >r 5 O es M co C5 O m rt cf S <= CO l- (N ïH Cï h* t- ■^ i d Tjî O CO 1>J 94 o C5 CO CO -M t£ ) o »0 «H M t- C/5 « O ^ o- s o CD (N (N '^^ O 05 -J( Tj ! d ■^ iH H CQ (M CM o t-( H -■ 1-t 00 CO •* ^ o t— « P^ CO CM (N Cï IC C o ■^ o t-i c^ >o t- t^ m ■<^ o ■^ ^ CO IN (M o w w o > • rH ■^ O c4 1^ +j X o V} O u ■o es M c? tr C ^ .S" c o s a *c^ c4 ■*-r •—1 a "t. u •a c S 03 G. ■M N Oj C 03 C4 g c4 a Q. 13 œ -tJ -*^ C id e d •J ? ^ o o ^ : y 'Zi o O c3 o; c3 rt a p; c i» S tH c-i TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU d"^ A. VOELCKER. 173 m a o u •o> u > u ■1-4 es S Vi ■ ■■H « O) C8 o tn •a a o o o X X hJ o u < M 1-3 m < ■di ■* 9> -a a ■a « o •■A ai < a n O < a o C5 i-i en »-t CD IN 00 O W M ,3 a> •4) b ,* a O m es lO r-l 91 a o o O 1T4 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Cheddar : n"' 7 à i2. — Les échantillons 7, 8 et 9 de Cheddar se rapportent à des fromages de il mois et de 5 à 6 mois de garde. L'aspect riche da fromage vieux ne dépend pas uniquement de la plus grande quantité de heurre ; l'hahileté du fromager consiste à obtenir, à l'aide de lait d'une teneur moyenne en beurre, une pâte moelleuse, d'une saveur déhcate et d'un fin arôme. L'échantil- lon n" 10, bien que fabriqué depuis G mois, paraît, à cause delà supériorité de sa fabrication, bien supérieur au n° 7, âgé de 1 1 mois et renfermant 2.5 p. 100 de beurre en plus. C'est qu'en effet la maturation, autant que la qualité du caillé, joue un grand rôle dans la qualité moelleuse et aromatique du produit. Il est indispensable, pour obtenir cette qualité, que la caséine, qui est dure et insoluble dans l'eau, acquière graduellement la mollesse et la solubihté vou- lues, en donnant naissance aux combinaisons solubles dans l'eau. Le Cheddar de qualité inférieure (n° 12) renferme naturellement moins de beurre et plus de caséine que les échantillons précédents. Gloucesler double et simple : n°' iS à 25. — Quoique vendu comme fromage tout lait, le fromage de Gloucester, surtout double, est ra- rement fabriqué avec le lait frais et crémeux du jour. Dans la plu- part des fromageries, on met en beurre une plus ou moins grande quantité de la crème, c'est-à-dire, que le lait du soir préalablement écrémé est ajouté au lait frais de la traite du matin. Les différences que présentent les treize analyses rapportées par Vœicker, sous le rappoi't de l'eau et du beurre, sont très sensibles. En général, plus le fromage est pauvre en beurre et plus il ren- ferme d'eau. Entre le fromage double et le fromage simple de Glou- cester, la différence de quaUté est nulle, car les n"' 13 et 18 (double) et les n"^ 19, 20 et 22 (simple) sont aussi butyreux que les meilleurs choix de Cheddar et de Chester, bien que cotés à des prix moins élevés. Leicester et Warwlck : n°' 26 à 30. — Le fromage de bonne qua- lité que l'on fabrique dans les comtés de Leicester et de Warwick, est rare; le plus souvent, il n'approche pas des précédentes espèces; il est presque toujours incolore. Le n" 27, plus sec et plus riche que le n° 26, représente un bon fromage courant du Leicestershire. Le n° 29 du Warwick se distin- TRAVAUX ET EXl»ÉRIENCUS DU D'" A. VOELCK.ER. ITo gue par sa teneur en sel marin (jui excède de beaucoup la dose usuelle ; il a du reste une acreté spéciale, tandis que le n" 30, par sa pâte, autant que par le goût, lui est infiniment supérieur. De même, le n° i28, moins butyreux que le suivant, mais plus vieux et d'aspect plus riche, se cote parmi les premiers choix. Willsliire : n"' SI à 33. — Quelques gras pâturages du comté de Wills fournissent un fromage aromatisé excellent, mais le plus sou- vent on n'y fabrique pas de produit tout lait, car le lait est écrémé pour beurre. Connue dans le Gloucestershire, il est d'usage de co- lorer le fromage en rouge au moyen du roucou. Le 11° 31, de beaucoup le plus riche des trois échantillons analy- sés, est aussi de meilleur goût ; les n"* 32 et 33, trop chargés d'eau, et par conséquent mal pressés, proviennent sans aucun doute de lait écrémé. Fromages maigres : n°' 34 à 38. — En général, le lait écrémé ne donne pas de bon fromage, quoique dans certaines fermes on ob- tienne un meilleur produit du lait écrémé, que dans d'autres où le lait, écrémé du soir, est ajouté à la traite de lait crémeux du matin. Sauflcn"37, les autres échantillons analysés s'appliquent à des fromages fabriqués sous la direction ou d'après les instructions de Vœlcker. Le n" 34, entre autres, obtenu à l'aide de lait écrémé, cor- respond comme qualité au bon Chester. Les numéros suivants, éga- lement âgés de 6 mois, sont de bons fromages courants, auprès des- quels les n°' 37 et 38, renfermant seulement 16 el 10 p. 100 de beurre et de 44 à 46 p. 100 d'eau, sont très inférieurs et ne peuvent se conserver longtemps en magasin sans durcir, au point d'être cas- sés au marteau pour être utilisés. Fromages américains : n°^ 39 à 42. — Les fromages façon an- glaise ([ue l'on importe des États-Unis en Grande-Bretagne, sont le plus souvent mal fabriqués et insipides, mais ils se vendent à bas prix. Le fromage analysé n" 39 est une exception ; moins aqueux (jue le bon Gbeddar et plus riche en beurre, il est très savoureux. Les autres écbantillons, surtout le n" 42 à odeur pénétrante, rempli de cavités, indiquent une fabrication défectueuse. 176 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 2. — Fabriques de fromages. La première usine pour la fabrication du fromage en grand s'est établie à Derby en 1870. Depuis lors, jusqu'en 1878, une vingtaine d'autres usines se sont construites dans cinq différents comtés de l'An- gleterre ; elles sont en étal de pouvoir traiter le lait de 6 000 vaches*. L'expérience acquise a justifié complètement les espérances de ceux qui ont les pi'emiers introduit le système américain de la grande fal)ricalion sous le rapport industriel et commercial; elle ne peut que concourir à son extension. Dans la plupart des usines, c'est l'espèce, dite de Cheddar, qui est fabriquée; c'est du reste le procédé qui, s'accordant pleinement avec les règles scientifiques, est assuré du plus grand succès. En raison de la séparation plus uniforme et plus systématique de la caséine par une présure de même force, du traitement à une tempé- rature définie et de l'attention avec laquelle on peut surveiller l'aéra- tion pour la maturité et la conservation des produits, moyennant une température uniforme, le fromage de Cheddar fabriqué en grand est généralement d'une qualité supérieure à celle du fromage des laiteries domestiques. Outre l'économie qui résulte de la production de fromage de pre- mier choix, les usines, qui épargnent beaucoup de travail et d'em- barras dans l'exploitation, offrent aux fermiers qui vendent leur lait l'occasion de disposer de l'excédent de production à certaines épo- ques de l'année, de la manière la plus facile et la plus profitable. 3. — Essais de fabrication. Dans les exploitations herbagères où le lait n'est ni vendu, ni employé à l'engraissement des veaux, la question se pose de savoir s'il convient : 1. De fabriquer du fromage avec la totalité du lait produit ; 2. D'écrémer une partie du lait pour la fabrication du beurre, et d'ajouter le lait écrémé à du lait frais, pour fabriquer du fromage ; 1. The injluence of chemical discoverles , etc. 1878. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU d'' A. VOELCKER. 177 3. D'écrémer la totalité du lait pour faire du beurre avec la crème, et du fromage avec le lait non crémeux ; ht. D'écrémer la totalité du lait, en réservant une partie de la crème pour l'ajouter à du lait frais dont on fabrique des fromages extra- riches, et de fabriquer du fromage maigre avec le reste du kiil écrémé ? Quel est le plus économique des quatre procédés énumérés? Vœlcker a cherché la solution dans des essais qu'il a conduits d'une part, à Wall's Court, dans la laiterie Proclor, et d'autre part, dans la laiterie Harrison, Frocester Court, à Stonehouse '. a. — Essais sur le fromage façoji Cheddai- (iSdO). Les fromages mis en expérience à Wall's Court ont été fabriqués suivant le même procédé usité dans la laiterie, chacun à l'aide de \A1 litres de lait provenant de la traite du matin, et de 147 litres de la traite du soir. Aussitôt après la traite du matin, on mélangeait le lait du matin avec celui du soir précédent, pour l'introduire dans le récipient en fer battu, à double fond, pouvant recevoir à volonté de la vapeur ou de l'eau froide. La température étant graduellement amenée à 27 degrés centigrades, on y introduisait la dose voulue de présure et on recouvrait le récipient d'un linge afin de laisser reposer pendant une heure. La présure de bonne qualité doit, à celte température, coaguler le lait en trois quarts d'heure, une heure au plus. Si la coagulation ne s'opère pas dans ce laps de temps, le caillé est trop mou et sépare du petit-lait avec déperdition de beurre et en nuisant à la qualité du fromage. Si, au contraire, la coagulation a marché trop vile, le fromage peut surir et durcir; c'est ce qui a lieu quand la présure est trop forte. Aussi imporle-t-il, dans des essais compara- tifs, de s'assurer de la force de la présure et d'employer la même présure. Le caillé formé, on le divisait, pour laisser reposer encore une demi-heure; puis on élevait graduellement la température jus- l.C/teesc experimenls ; Journ. lioy. Agric. Soc. of Englunil, XXIH, l" série, lb62. A.NN. SCIIÎNCE AGKOiN. — 1887. — 1. 12 178 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. qu'à -42 degrés, par admission de vapeur, en agitant lentement le caillé et le petit-lait avec une spatule en fer, pendant près d'une heure à cette même température. Le caillé se trouve alors divisé en fragments de la grosseur d'un pois. Après soutirage du petit-lait, le caillé est résistant et s'agglomère facilement, de façon à pouvoir être débité en larges tranches que l'on retourne plusieurs fois de suite et que l'on laisse égoutter pendant une demi-heure. Dès qu'il est sec et refroidi, le caillé est soumis à la presse, puis brisé à la main en petits fragments, et additionné d'un peu de sel marin. La cuve à fromage où l'on dépose le caillé, débité en fragments et salé, est recouverte d'une toile sur laquelle on retourne la cuve pour en déverser le contenu. On renouvelle cette manipulation plusieurs fois de suite avant de soumettre à la presse le fromage, qui est prêt dès le sixième jour. L'appareil à vapeur pour la cuisson sert à maintenir également la température dans la salle ; mais il demande à être conduit très prudemment afin de ne pas surchauffer le caillé. De même faut-il avoir soin d'agiter constamment pour empêcher toute adhérence du caillé au fond de l'appareil sous lequel la vapeur est introduite; sans cela, le caillé se liquéfie, empêche la distribution égale de la chaleur dans la masse, et la pâte, n'étant plus homogène, acquiert une tex- ture, une maturation et une qualité irréguhères qui déprécient le fromage. Pour j)réparer la présure nécessaire aux essais, on débitait un demi-citron en tranches, que l'on saupoudrait de 150 grammes de sel ; on versait dessus i litre d'eau bouillante et l'on recouvrait le vase pour y retenir la vapeur. Le liquide refroidi, on y introduisait une caillette fraîche, et on laissait reposer pendant deux jours, au bout desquels on filtrait sur une toile. La présure ainsi préparée >suffit pour coaguler 2,700 litres de lait, et peut se conserver quel- (jues mois. Les résultats des essais de fabrication du fromage, façon Ched- dar, dans la laiterie de Wall's Court, sont rapportés dans le tableau (XLXXll pour deux séries identiques, dont la première s'est prati- quée en date du 11 août, et la seconde en date du 21 août 1860. Première série. Essai L — Le lait pur du soir mélangé avec h; TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D' A, VOELCKER. 179 O -< O M O (M O o 'Si O .s - s. => ■a ■a K U « ■» o • u. o M *>! •M o -H «• >o 35 « « 00 o 00 (N o> o ^ Ci o •H w it) ■M O o S Ift o o o o s :; 1 0. 3 w -«> E) O O O 0! co o t- o ^ o § o a s w M o o ■N 3 o m o o >o C •»* « o •* o O o s a M î" i 'i 00 o 2 'S a 3 o _a s 3 ♦; m cl o ^ «8 w O ;^ O ♦a *^ >< .S •a s o o a a a o * M M 4^ -M *t? s 13 - ■< OJ tT Os M -- OS -H •X co o as £ ■9) O s es O t^ CO 00 o o t'- es S \ te cô .*= as ^ t- o co -* c co ^1 co 00 .-H CO u ^"^^ *a .ts o -* '^ T-* çÔ* ^ U-l ^ Co r-< »H t" co ^ -o »— 1 à •O S . a a a > H ^ •— CO CO O O C5 >n o^ o d O T-( •< ^ S ''1' O iH o t^ O Ol oc >o c «^ *5 rj( M ^ CO ^ co v-i ço c s -^ ce co " co iT 'ii O es co M CO o -a ■A ^ eo T-l t* .J iC c m co ,_^ V— 1 r- J2 .** o "^ c^ Ci co „ ^ ^ > « <' .^ ic co o o "^ ■^ d d ^ " "^ -< lO o 0. ai CL T-( 5 o &4 C c et- >r co as * ce »J " o o d d ", '5 c ô -Tt- X "o ■;:: S g c co ~ ■o 00 ■^ c H n .^ = 1^ * ^ es co b <; o co co cô CM •^ e- D b «J "^ .H t- ^ H < ^ ►O r^^ o o A in o d a a ft ei o a (U tH < ^ o Cï -i — co àT o Cî c Cï •^ oc; t- >r a __j »C r— 00 " cô -* " d d c ** " », ^ C5 i-H et .H ■"" .' " . w , '5 « 0. 0) « ■O OT a a) a p s 1S CQ ^ e3 O d (U a s 13 u S s I '3 r .2 Ot os ts ^ — 4â ■«â 2 0; ^ 5 £ - 9 fl 'S ■O "rt g Cl OS a dj m «M 5 00 a fl t. ?■ S c -^ t - OJ 'c d « u -a> ,^ © ^ a -3 ce •*!Î ^4 'Tï '^ •5 U k. c3 «4 03 ce i § .2 i cS <ù B PI S c t- ïi eu TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU d' A. VOELCKER. 181 lait pur du matin, et traité comme il a été dit, a laissé un petit-lait parfaitement limpide, ne renfermant pas de caillé. Quoique lim- pide, il contient en dissolution une quantité notable d'albumine ou d'un composé albuminoïde qui figure avec la caséine dans l'ana- lyse du lait pour un quart ou un tiers du chiffre dosé. La présure ne précipite pas cette albumine; elle ne se dépose qu'en chauffant le petil-lait à 100 degrés centigrades; ce qui détériorerait le fro- mage. Le petit-lait, d'après l'analyse, a une valeur nutritive telle qu'on doit éviter de le perdre. En mélange avec de la farine d'orge, il constitue un excellent aliment pour l'engraissement des porcs. A :295 litres de lait correspondent 265 litres de petit-lait. Le fromage, mûr le 14 décembre 18C0, a été analysé le 17 avril 1801. Du 17 août, au sortir de la presse, jusqu'au 17 avril suivant, c'est-à-dire pendant 8 mois, son poids avait diminué de 27'', 89 à 25\39, soit de 2'',50 ou de 9 p. 100 environ. Essai IL — Le lait du matin ayant séjourné 30 heures, fut mé- langé avec le lait du soir écrémé, après un repos de 24 heures. On retira des 195 litres de lait du soir 5''',7 de crème qui fournit 4 kilogr. de beurre. Les 295 litres de mélange de lait fournirent 259 litres de petit-lait. Quant au fromage, analysé après 10 mois de magasinage, il avait perdu 5 p. 100 en eau de plus que celui de l'essai précédent. En 8 mois, son poids s'était réduit de 23 à 19 kilogr., soit de 4 kilogr. ou de 13.25 p. 100. Il renfermait trop peu de sel par suite d'une erreur de la laitière ; on a l'habitude d'ajouter 2 kilogr. de sel pour 100 kilogr. de fromage. Essai IlL — L'écrémage du lait du soir ayant été pratiqué après 36 heures et celui du lait du matin, après 24 heures, ce qui donna pour le mélange de 295 htres, 11 "^,36 de crème ayant rendu 8'',16 de beurre, on opéra sur le lait écrémé comme il a été explique. Le petit-lait mesurait 252 litres. Le fromage, après 8 mois, avait perdu 3 kilogr. sur 22 kilogr., soit 13 p. 100. Essai IV. — On ajouta à 295 litres de lait frais la crème de 295 litres. Le volume du petit-lait correspondant atteignit 275 litres ; plus ridie en beurre et en albumine que les précédents, il était plu- 182 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. tôt laiteux. Le fromage extra-riche avait perdu, au bout de 11 moii;, 4 kilogr. sur 32 kilogr., ou environ 12.5 p. 100. Deuxième série. — Esmis V à VIII. — Les quatre essais de la première série ont été répétés avec du lait ayant une composition trop peu diflérente, pour que nous jugions nécessaire, pour les petits- laits et fromages, de fournir d'autres données que celles comprises dans le tableau. Le fromage n° Vlll n'a pas été analysé ; il avait perdu en 16 semaines, sur 34 kilogr., 1'',70 en poids ou environ 5 p. 100. Bésumé des essais. — En rapportant les données des essais, con- tenues dans le tableau CGLXXII, à 1 000 litres de lait traité par les quatre procédés mis en parallèle, on obtient les résultats suivants : I. — 1 000 litres de lait pur ont donné 89'', 40 de fromage tout lait valant 1 fr. 72 c. le kilogr., soit 133^,77'= 11. — 1 ono litres de lait en partie écrémé ont produit 1A^,20 de fromage à 1 fr. 47 c. le kilogr., et 14 kilogr. de beurre à 2 fr. 75 c. le kilogr., soit (109 fr. 10 c. ■+- 38 fr. ÔO c), ensemble . . 147 60 III. — 1 000 litres de lait écrémé ont rendu G9'',40 de fromage maigre ou écrémé à 1 fr. 23 c. le kilogr. et 27"', 90 de beurre à 2 fr. 75 c, soit (85 fr. 36 -t- 76 fr. 72), ensemble 162 08 IV. — 1 000 litres de lait pur additionné de crème ont donné 34'', 70 de fromage maigre ou écrémé, à 1 fr. 23 c. le kilogr. et52S80 de fromage extra -riche valant 1 fr. 72 c. le kilogr., soit (42 fr. 68 c. -+- 90 fr. 82 c), ensemble 133 50 Le n" 3 ayant fourni le plus gros bénéfice et le n° A, le bénéfice moindi'e, il semble décidé que pour l'agriculteur qui dispose d'un bon marché pour vendre son beurre, il y a avantage à produire du fromage maigre et du beurre. Vœlcker fait toutefois remarquer que le mode de fabrication façon Cheddar n'est pas le meilleur pour obte- nir des fromages écrémés, épais, qui ne mûrissent pas convenable- ment et ne se gardent pas intacts beaucoup plus de 2 mois, tandis que les fromages riches s'améliorent en magasin. 1). — Essais sur le fromage façon Gloucesler (iSGOj. Dans la laiterie de Frocester Court, M. Ilarrison fabrique deux fois par jour de l'excellent fromage, incolore, façon Gloacester simple. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU d"^ A. VQELCKKR. 183 Le pâturage du district est gras, bien que fourni de renoncules, et les vaches rendent un lait riche en beurre. Pour fabriquer le simple Gloucesler, on met de coté une partie du lait de chaque traite, que l'on écréme avant de l'ajouter au lait pur suivant. La présure s'applique à une température qui varie, d'après la saison, entre 24 et 27 degrés centigrades. Au bout d'une heure, le caillé est soigneusement taillé en travers, au couteau, et enlevé à la passoire, tant sur les côtés que sur le fond de la cuve. On le laisse reposer un ({uart d'heure, puis on soulire le petit-lait avec une cuillère. Avant que le petit-lait soit complètement épuisé, on brasse de nouveau le caillé à l'aide de la passoire en bois, puis de la spatule en fer, avec précaution pour commencer, et plus vive- ment, pour achever l'émiettement. Après un repos de 20 à 25 minu- tes, ce qui reste de petit-lait est soutiré, et le caillé mis en masse est débité en tranches minces que l'on empile et désempile pour fa- ciliter l'écoulement du petit-lait avant de presser. Celle opération de mise en tranches et d'empilage paraît indispensable pour assurei- le drainage complet du caillé, car une fois soumis à la presse, les [)ores s'obstruent et le liquide reste emprisonné. Une fois sohdifié et desséché, le caillé mis sur la toile est douce- ment comprimé, puis de nouveau brisé à la main en morceaux, et (inalemcnt au moulin. Empilé dans la forme, le caillé grenu est pressé définitivement puis salé trois fois de suite par frottement. A chacjue application de sel, le fromage est entouré d'une toile sèche et propre. Au bout d'une semaine, il peut être mis en magasin. Chez M. Ilarrison la pâte n'est pas colorée ; le fromage est con- servé pendant les deux premières semaines dans une chambre chaude, puis pendant trois semaines dans un séchoir à air libre, sur planchettes, avant d'être envoyé au marché. L'appareil ccnirifuge de la laiterie de Frocester Court ayant été remplacé par le travail à bras qui vient d'être décrit, pour la sépa- ration du petit-lait, Vœlcker n'en a pas moins comparé les deux procédés. En conséquence, r3Co litres de lait furent traités en em- ployant la turbine pour séparer le petit-lait, et 363 litres furent traités à la main. Dans chaque essai, on fabriqua 4 pains de fro- mage. 184 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Les données analyLi([ues des essais I el II, pour le même lait, ana- lysé le 7 août 1800, sont consignées dans le tableau CGLXXIII. Le petit-lait obtenu par la machine le plus limpide des deux, ren- ferme légèrement plus de beurre et de matières albuminoïdes. Sur les quatre fromages faits à la main, la perte en poids, après 4 se- maines, a été de 2'', 95, pour 37 kilogr., soit environ de 8 p. 100. Sur les 4 fromages fabriqués mécaniquement, elle a atteint 3'', 40 pour 33'', 78, soit de 10 p. 100 environ. La qualité étant la même, le prix de vente fut établi à 1 fr. 56 c. le kilogramme. Pour une égale quantité de lait employée dans les deux essais, on ne saurait attribuer la différence de poids qu'à l'état de siccité plus grande des fromages de la série I; or, ils avaient perdu beaucoup moins d'eau d'après les pesées directes faites à plusieurs dates suc- cessives. 11 y a donc eu là une anomalie qui peut s'expliquer seule- ment par le fait d'une erreur de la part de la laitière. De toutes ma- nières, la composition du petit-lait, dans les deux séries, confirme la teneur considérable en composés albuminoïdes dont la perte est iné- vitable, quel que soit le procédé de séparation adopté. Les fromages de lait écrémé, fabriqués le 8 août 1860, ont perdu 15 p. 100 en poids, au bout de 5 mois. L'analyse de l'un de ces fro- mages âgés de cinq mois est donnée colonne 6, tableau CGLXXIII. Il offrait toutes les qualités d'un produit tout lait et aurait pu se coter au même prix pour la vente. c. — Essais sur le fromage de pelit-lait. Vœlcker rapporte des essais qu'il a faits dans la laiterie de M. Ilar- ding, à Marksburg, pour convertir en fromage la substance albumi- neuse ne se coagulant pas par la présure, ainsi que les parcelles de beurre tenues en suspension dans le petit-lait. A cet effet, 318 litres de petit-lait furent soumis à l'ébullition, et le magma séparé, recueilli sur une toile, après avoir été additionné d'un peu de sel, fut soumis à la presse. Au bout de trois jours de compression, on en retira 510 grammes de fromage d'une pâte grenue particulière, qui ne mûrit pas comme le fromage ordinaire et qui ne saurait devenir par cela même un article de consommation. On en trouvera l'analyse, colonne n" 7, tableau CGLXXIII. TRAVAUX ET EXPERIENCES DU D' A. VOELCKER. 185 o <£> 00 -T en O 03 a (D o s o a> en « o Si ta a o *J es o • l-l u m 03 m M tx ■-3 U u < M .-3 pq •as f^g^^^^ ^^^^^ ^^■^■H i^^^M d O 1 -y ►- i; — a " 2 — - :- ? - co t- o 71 co » (M c^ >o ■n -* o -* co O ^ ^ tH 71 o ■«( „ OO co N o co l-( 3 E ^ - - te 'D vî X) • o 71 •-3 o il 1 1 - ÎD 00 .H •I* Cï o 71 t- w o lO ■^ <5 œ - 71 !M co co o -^ iH ■z -^ ■- 1-t / CD t- t- >n o o C5 « co 00 -1. o o ■O — ^ I'- CO = g o iH 1-t c^ 3>i -* o a o *" ?^ co 51 o ■^ 2 ù: -•= ^ 03 :^ « H y. — 1 H 1 ^ O vo '^ 'X> —H o -:3 J ]« •-D lO Cï o co o m es f 3 "^ iH co C-l o o in o o C5 o <= d < 1 ^ w - 1 y:> - O o o ^ cr> o (M co »o -il m o 71 lO il ° ? C3 00 a r- t^ '^ t^ CO ô a n 71 M o CO c r" ■SI iZ '■" rH ■3 c3 J 9 1 — J t" lO C3 t^ co tr> o t^ CO oc co o ■^ ^ ^ x* 'Tï O d lO o d 05 o O O 1 4> iH O. ■/7 n ^ 7 (M CO o -a *H cr o o ■3 i ~ « CO IT c o o lO o a a tH •6 C cû — ïl tr ^ Œ _a s b ^ H X "c ■*. c 'Ê ?3 a 1 4 ë • ^ t. « i "C ) -_ a ^ 'Z â 1 ) c- ri I. ï ! 'Z < g ï •S • X c — c _ c os s a 1 1 a. £ c. •M 1 1 £ •a -a •â •^ a S OJ 7 ^ PS cq c; S S cô 186 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Il ne semble donc pas profitable, vu la faible quantilé de fromage retiré d'un volume détermine de petit-lait, de faire autre chose que d'en extraire le beurre et de donner le liquide restant aux porcs. Fromage suédois. — Vœlcker a eu l'occasion d'analyser une espèce de fromage de petit-lait, fabriqué en Suède*, dont la compo- sition (tableau GCLXXIV) se distingue absolument de celle des fro- mages ûibriqués avec le lait écrémé. Contrairement à ces derniers qui, tout en étant fermes, renferment beaucoup d'eau et de caséine, le fromage suédois était mou et d'un goût douceâtre que l'on peut attribuer <à sa teneur en sucre de lait. La proportion de beurre v était aussi forte que dans les fromages de Gloucester de qualité in- férieure, et quant à la caséine, elle se trouvait en quantité si faible relativement, que l'on ne pouvait croire à du lait écrémé comme ma- tière première de fabrication. Il paraît, en effet, que ce produit se prépare en évaporant du petit-lait très butyreux, et que, sous cette forme concentrée, il fournit un aliment précieux aux classes pauvres de la Suède, d. — Fromage fionvégien de lait (Je chcvre. Un fromage très estimé en Norvège, sous le nom de Gamelosl, esl fabri(|ué avec du lait de chèvre écrémé, très peu chargé de beurre, de manière à pouvoir se conserver longtemps avant d'être bon pour la consommation. De couleur brune, comme la cire brute, d'une pâte onctueuse, d'un goût salé, et d'une odeur très pénétrante, ce fromage a une composition (tableau GCLXXIV) qui indique qu'il est très peu butyreux et très faiblement salé. Les composés ammoniacaux lui donnent sa saveur et son odeur spéciales ; l'ammoniaque à l'état libre s'en dégage sensiblement après une année de conservation. Ce fromage, en Norvège, se mange étalé sur du pain beurré. 1. Swcclisfi and Noroegian cheese, juillet 1870. TR.WAUX ET EXPERIENCES DU D A. VOELCKER. 187 TABLEAU CCLXXIV. — Composition de fromages suédois et norwégiens. Eau SUÈDE. Petit-lait concentré. NORWÈGB. Lait de chèvre écrc'mé. 24.21 20.80 9.0(5 41.01 4.92 42.44 3.36 42.12 » 9.85 2. 22 Traces Matières grasses (beurre) Caséine (caillé) ' . -. Albumine ' . . . . . ... Sucre de lait et matières extractives Matières minérales (cendres) Sel marin (chlorure de sodium) I. Contenant : Azote 100.00 100.00 1.4Ô » M 6.74 1.69 0.74 — Sels ammoniacaux — Ammoniaque à l'état libre 4. — Conditions d'une bonne fabrication. a. — Soins du lait. L'habitude qu'ont les fermiers d'abandonner les soins de la lai- terie et de la fromagerie aux gens de service, explique et justifie dans beaucoup d'exploitations l'infériorité des produits livrés au commerce sous forme de beurre et de fromage. On peut affirmer, comme régie, que le meilleur fromage, comme le meilleur beurre, est produit dans les fermes où la maîtresse est elle-même à la tête de la laiterie ; particulièrement quand, à des habitudes d'activité et à une scrupuleuse propreté, elle joint l'intelligence voulue. Vœl- ckei- a eu de fréquentes occasions de remarquer la relation intime qui semble exister, d'une part, entre le bon fromage et la pro- preté, l'ordre, l'intelligence et le désir du prog-rès de la fermière, et, d'autre part, le rapport manifeste entre le fromage mal condi- tionné et la malpropreté, l'ignorance et la routine entêtée. Gepen- 188 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. dant, dans les laiteries les mieux administrées, la fabrication du IVomage est un art empirique ; or, d'après les autorités les plus compétentes, les meilleures méthodes sont susceptibles d'un grand progrès dont l'importance est évidente quand on considère le chiffre du capital engagé directement ou indirectement dans l'exploitation des fermes à herbage. Le fromage est non seulement dénaturé avant d'être séparé du lait ; mais il est le plus fréquemment gâté dans le cours de la mani- pulation, ou lorsqu'on le garde trop longtemps dans des endroits peu propres à sa conservation. Les observations ne font point défaut au sujet de ces mauvaises pratiques. Ainsi, le lait est souvent gâté par des mains sales, avant même d'avoir passé dans le seau. Si les vases servant à la réception du lait et du fromage ne sont pas tenus avec une rigoureuse propreté, il ne faut pas compter obtenir un fromage de premier choix, quand même le lait serait des plus crémeux. La propreté est la première qualité d'une bonne fromagère. L'eau qu'elle emploie au nettoyage doit être bouillante. A la température de 100 degrés, les ferments qu'engendre la plus faible quantité de lait adhérant au fond et aux parois des vases, périssent. Autrement, le sucre de lait soumis à l'action de l'air ambiant, au contact du bois poreux des ustensiles, ne tarde pas à se convertir en acide lactique qu'accompagne le ferment dont l'odeur particuhère trahit la pi'é- sence dans les laiteries mal tenues. Pour la facilité du nettoyage, les vases en métal qui n'exigent pas l'eau bouillante, sont préférables aux vases en bois, même quand ils sont enduits intérieurement. Le lait est encore gâté dans certaines fermes par la proximité d'étables à porcs, de lieux d'aisances et de conduits souterrains ou d'égouts. Si la laiterie est mal située, à l'exposition du midi, et qu'on ne puisse pas y maintenir une température suffisamment fraîche, le lait tournera et le fromage sera aigre. Il importe donc qu'elle soit cons- truite au nord. De toutes manières, pour prévenir réchauffement du lait, on doit le conserver dans des bassines plates, ou mieux encore, dans des vases de métal à double fond dans lequel l'eau froide circule pen- dant les mois d'été. Le nitre et le sel employés en petites quantités TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D*" A. VQELCKER. 189 peuvent empêcher le lait de s'aigrir pendant quelque temps, quoique certaines laitières prétendent qu'une certaine dose d'acidité est néces- saire avant de fabriquer le fromage. C'est le contraire qu'il faut re- chercher, et au cas où le lait s'est aigri accidentellement, on doit se hâter de fabriquer ; l'acidomètre est inutile. Les fautes pratiques commises dans la préparation du fromage sont nombreuses : Vœlcker ne manque pas de les signaler. b. — Température. En premier lieu, on ne met pas assez de soins à noter la tempé- rature du lait, une fois que la présure y est ajoutée. On devrait toujours l'observer à l'aide du thermomètre. Les laitières préfèrent généralement s'en remettre à leurs sens pour apprécier le degré de chaleur du hquide soumis à la coagulation, et quand même elles ont un thermomètre à leur disposition, elles ne s'en servent pas. L'homogénéité du produit dépend pourtant de la température. Si, en effet, la température est trop basse, la caséine reste trop molle et sa séparation devient difficile ; si, au contraire, elle est trop éle- vée, la séparation s'opère aisément, mais la caséine devient dure et sèche. La proportion d'eau qui reste dans le caillé, avant d'être soumis à la presse, donne une indication assez exacte de la tempé- rature qui a été atteinte. Vœlcker a constaté la teneur pour cent en eau du caillé, préparé par le système Gheddar et par le système Gloucester, pendant plusieurs jours consécutifs : 1. Eau p. 100 dans le caillé soumis à la presse. 2 3 4 5 METII ODES. Cheddar. Gl oucester. 41.53 59.67 41.49 5G.93 38.20 53.40 35.80 52.80 )) 50.01 La température étant plus basse dans la méthode de fabrication suivie pour le fromage façon Gloucester (22 à 24 degrés centigra- des) que dans celle pour le fromage façon Cheddar (38 degrés en- 190 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. viron), on comprend que la teneur en eau du caillé soit plus élevée dans le fromage Gloucester, mais il est évident que la température pour le n° ^ Gheddar, comme pour les n"' 1 el 2 Gloucester, avait été maintenue trop haute. c. — Séparation du caille. Du reste, la température ne suffit pas pour expliquer les différen- ces indiquées, car toutes les autres opérations étant bien faites, le fromage dont la caséine aura été le mieux émiettée et mélangée, sera le meilleur; plus on emploiera de temps à cette manipulation, plus on enlèvera de petit-lait, Vœlcker considère, d'après les ana- lyses qu'il a faites de la caséine prête à être mise dans la cuve, que la dose de 50 p. 100 d'eau est un peu au-dessus de la moyenne, et que celle de 53 à 54 p. 100 suffît pour faire un fromage mince ou modérément épais. En fabriquant un fromage épais, on ne devrait pas avoir plus de 45 p. 100 d'bumidité. La caséine est une substance particulière, délicate, que la tempé- rature affecte facilement. Les limites entre lesquelles elle peut se détériorer ou s'améliorer ne sont pas très éloignées l'une de l'autre. En se basant sur ses propres expériences de coagulation du lait à divers degrés de cbaleur, Vœlcker observe que la température à adopter dépend du fromage que l'on veut faire. Pour un fromage mince, 22 à 24 degrés centigrades sont suffisants, tandis que pour un fromage épais, façon Gheddar, il faut porter la température de 27 à 29 degrés, suivant qu'on fabi'ique en hiver ou en été. QLiand une portion du petit-lait a été enlevée, il convient de chauffer entre 35 et 38 degrés. d. — Séparation du pelit-lait. Les fromages sont encore gâtés par une séparation incomplète du petit-lait incorporé dans la caséine, soit (|u'on n'ait pas assez désagrégé le caillé, soit qu'on l'ait trop tôt comprimé. Si la sépara- tion n'est pas bien faite, le pelit-lait fait fermenter le fromage et lui donne une saveur sucrée, quand il est nouveau, ou une saveur très forte, quand il vieillit. Le goût sucré résulte d'une partie du TRAVAUX ET EXPÉIUENCES DU D"" A. VOELCKER. 191 sucre de lait laissé dans le pelit-lait ; l'autre partie, en fermentant, donne lieu à du gaz acide (-arbonique qui, pour s'échapper, soulève le caillé à l'état de pâte et le fendille; on retrouve alors ces cre- vasses dans la pâte du fromage mal fabriqué. En outre, quand le fromage est coloré à l'aide du roucou, la matière colorante se dé- compose par places et cause des taches désagréables à la vue. Un fromage bien fait doit avoir une couleur de pâte uniforme, en même temps qu'une structure parfaitement régulière. Les précautions à prendre pour que le caillé ne renferme que la dose de petit-lait voulue sont, outre la durée accordée à l'égoutte- ment et le maintien de la température pour la séparation du caillé, celles que recommandent les meilleurs praticiens du Somersetshire, à savoir, d'élever la température du caillé avant la fm de l'opération, quand une partie du pelit-lait a été épuisée, jusqu'à 35 et 38 degrés ; on peut pour cela chauffer le petit-lait directement, ou ajouter de l'eau chaude. Il résulte de cette pratique que le caillé s'agglomère et que le soutirage du petit-lait s'opère plus complètement, sans au- cune peine. Mais encore faut-il prendre la précaution d'éviter une élévation brusque, pour que le caillé ne fonde pas superficielle- ment et n'emprisonne pas le petit-lait à l'intérieur. Les cuves à double fond dans lequel on introduit le jet de vapeur, sont très appropriées à cette opération. On doit également éviter de briser la caséine avec trop de préci- pitation. Cette substance délicate exige un maniement soigneux et patient, par des doigts agiles et expérimentés. Si l'on a agi trop vite et négligemment, la caséine se trouve rompue, d'une part, en frag- ments si petits qu'ils s'écoulent avec le petit-lait, et, d'autre part, en morceaux si gros qu'ils ne peuvent se durcir suffisamment. On obtient alors une pâte non homogène et moins de fromage de qualité. e. — ComposUion du pelit-lait. Quand le travail s'est bien fait, en débitant le caillé soigneuse- ment par tranches que l'on émiette à la main ou à la machine, le petit-lait a la couleur brillante du vin blanc ; dans le cas contraire, il est laiteux et contient encore beaucoup de beurre. Les analyses 192 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. des divers échanlillons de petit-lait que Vœlcker a recueillis dans un grand nombre de fromageries pendant l'opération (tableau CCLXXV) montrent combien varient les résultats au point de vue de la com- position chimique et de l'aspect physique. Les variations dans le beurre, par exemple, vont de 0.14 jusqu'à 0.G8 p. 100. Lorsqu'on se rappelle que le lait de bonne qualité ne renferme que 3.5 à 4 p. 100 de beurre, on reconnaîtra, si le petit-lait en contient plus d'un demi pour cent, que le fromage a été privé d'une partie consi- dérable d'un de ses plus précieux éléments aux dépens de sa qualité. Quand le petit-lait se sépare du caillé, il est toujours plus ou moins trouble au début; à la longue, il se clarifie, de telle sorte qu'en le soutirant sans agitation, il s'écoule hmpide comme de l'eau, en laissant tout le beurre dont il est chargé. L'appareil Keevil employé dans la laiterie Keevil, à Laycock, près de Chippenham, a permis à Vœlcker de constater analytiquement ce fait. Dans le tableau CCLXXV sont également rapportées trois analyses du même petit-lait, n"' 16, 17 et 18; le premier correspond à l'état où on le soutire habituellement; le second, à l'état plus hmpide, dix minutes plus tard ; et le troisième après dix minutes de prolonga- tion du repos. Les n"' 16 et 17 renferment peu de beurre et sont à peu près identiques, mais le n° 18 contient beaucoup moins de beurre pour avoir reposé 20 minutes. Ce n'est pas à l'appareil même qu'est dû ce résultat, quelques services qu'il rende en économisant le temps et la main-d'œuvre dans les fromageries où l'on traite le lait de 80 et 40 vaches par jour, mais aux soins de la laitière qui dirige l'opé- ration. Parmi les analyses de petit-lait du tableau CCLXXV, les n"' 2, 16, 18 se référant à des petits-laits obtenus dans l'appareil Keevil montrent que l'on peut y laisser depuis 0.3 jusqu'à 0.68 p. 100 de beurre; tandis que dans la fabrication à la main (n"' 3 et 8, par exemple), on peut n'en laisser que de 0.14 à 0.24 p. 100. f. — Perte de caillé et albumine. Sous le rapport de la perte de caillé, due à la substance albu- minoïde, blanche, floconneuse, comme le blanc d'œuf, qui subsiste à l'état soluble dans le petit-lait apparemment limpide, Vœlcker TRAVAUX ET EXPERIENCES DU D' A. VOELCKER. 193 ES -a o o o u > X X U u & o o O 1 o d Oî o IH c o CO (M CD O Cl CD lO -i< «3 tO CO o o lO ^ O O œ _ lO o w w t^ cr O .H >* " d d o o 05 o lO Oï -H CO C^ t- o C3 !M O C lO CD O i-( tH ^ e- O rH O o d d o d o- *-4 o o lo -• S" ^ p o 00 m lO Oi <>1 CT5 55 ( o (M 3>1 G5 ^ "^ "^ ,^ « 5 O CM lO in oi à 1-1 'if A c 5 d d o 05 o ^ m Oi r- « ^ C£ > o -K t^ îfî ce tH ^ Ot 5 O 1H ■ d d c~ o *-< c: lO «3 CO î? < o »n CD CT) iO Cï o cô (y 3 ° rH O co Ol O O O Q c 5 d d d 02 o T^ »r CO w CO O Cf ) o M ce CD GO CM ^ ■r ! o »H M c^ o o o ô c ) d O 05 o •-1 >r »C O »C oo" ir ^ o O o o- CD (M »0 ^ cj: > o ^ co tH X U U w QQ Ci o o o •-1 ») o 0. S CQ 3 .? O a 73 ■d a ■:Z •-: 9) W .2* 13 •c CI o c TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D'' A. VOELCKER. 195 a déterminé (juaiititativemeiit la propoilion moyenne de celle siibs- lance qui allcint de 0.9 à 1 p. 100 dans le lait de qualité ordi- naire. Si l'on déduit 0.9 p. 100 de la quantité totale de matière azo- tée que renferment les 18 échantillons analysés de petit lait (tableau CCLXXV), on obtient la proportion de caillé à l'état de suspension mécanique. Un seul échantillon contient environ un demi pour cent, et un second, trois dixièmes pour cent à cet état; les autres n'en renferment pour ainsi dire pas. On peut donc dire que c'est surtout le beurre qui se perd par une séparation défectueuse du caillé. Le moulin pour émietler le caillé quand il est suffisamment con- solidé économise beaucoup de raaia-d'œuvre et fournit une pâte plus uniforme que le travail à la main. g. — Présure. On gâte souvent le IVomage par l'emploi de présure mal pi'épa- rée, soit qu'elle ait un degré trop faible ou une odeur désagréable. La présure varie beaucoup comme force et comme saveur dans les fermes d'un même district. Il y a pour la préparer une douzaine de receltes, meilleures les unes que les autres, au dire des fromagères qui les appliquent. Dans certaines localités (Gheshire), on la fait tous les jours; dans d'autres (Gloucestershire et Wiltshire) la présure sert pendant deux ou trois mois de suite ; on la fait généralement deux fois par saison. Ce dernier procédé paraît préférable, parce que, quand on est une fois sûr de la qualité et de la force de la pré- sure, il n'y a plus qu'à en prendre chaque jour la dose nécessaire pour obtenir avec certitude l'effet désiré, tandis que si on la pré- pare tous les jours, on n'a pas la même certitude. L'objection faite dans le Gheshire que la présure ne se conserve pas et détériore le goût du fromage, n'est aucunement fondée, car neuf mois après elle peut s'employer, même sans qu'elle ait été épicée, dans les mêmes conditions de bon arôme qu'au premier jour ; malgré son odeur animale particulière, elle n'offre aucune émanation putride. Action de V acide phonique sur la présure. — Des essais ont été faits par Vœlcker pour reconnaître si des solutions faibles et fortes 196 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. d'acide pliéniquc ont une action sur la présuie, à la façon du chlore ou de l'acide nitrique qui détruisent son principe organique*. La présure ayant été depuis quelque temps préparée, fut d'abord essayée pour coaguler du lait. 100 grammes de lait furent coagulés en moins de 10 minutes par 12^'',5 de cette présure. Avec moitié de la quantité de présure, soit G^'jSS d'acide phéni- que concentré, 100 grammes de lait ne se sont pas coagulés. En mélangeant iS^^S de présure et 6«'",25 d'acide pliéniquc concentré pour coaguler 100 grammes de lait, la coagulation n'a pas eu lieu. L'acide phénique concentré détruit ainsi le principe actif de la présure. Si à 12^'', 5 de présure on mélange 6»'', 25 d'une solution à 1 mil- lième d'acide phénique pour coaguler 100 grammes de lait, la coa- gulation s'effectue en 20 minutes environ. Une solution d'acide à 1 centième n'empêche pas la présure d'a- gir; pas plus qu'une solution au titre de 1 cinquantième, ajoutée à la présure; dans ce dernier cas, le lait se coagule en 20 minutes environ. Enfin 128', 5 d'une solution au cinquantième d'acide phénique, ajoutée à 100 grammes de lait, ne l'a pas coagulé. Il semble donc que le principe actif de la présure n'est détruit ou modifié dans ses caractères que lorsqu'elle est au contact de l'acide concentré. Mode d'action de la présure. — La manière dont la présure agit sur le lait est une de ces actions sui generis que l'on ne connaît en- core que par ses effets. On a cru que la caséine étant tenue en dissolution par une faibli- quantité d'alcah, l'acide lactique du sucre de lait formé, grâce à la chaleur, dans le lait qui surit, neutralisait l'alcali et amenait la sé- paration du caillé. La présure agirait comme un ferment pour acti- ver l'acidification du sucre de lait. Cette théorie n'est pas d'accord avec les faits d'observation prati- que. S'il est vrai que le lait a souvent une réaction alcaline, il est vrai également qu'il est parfois légèrement acide quand il est fraî- 1. On désinfectants, février ISGG. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D"' A. VOELCKER. 197 chement trail. La caséine serait donc tenue en dissolution aussi bien par l'acide que par l'alcali. D'ailleurs, le lait est aussi souvent neu- tre quand il vient d'être trait, et la caséine y est en dissolution tout de même. Il est avéré qu'à l'instar de beaucoup d'autres matières animales agissant comme ferments, la présure concourt à aigrir le lait rapidement, mais l'acide lactique libre n'apparaît dans le lait qu'après que le caillé a été séparé et non simultanément. Il en ré- sulte que du lait frais et neutre se coagule par la présure et que le petit-lait reste parfaitement neutre. D'autre part, dans du lait qui est maintenu alcalin, la présure coagule le lait, le petit-lait conser- vant une réaction alcaline. Les essais que Vœlcker a faits pour se rendre compte de l'action de la présure ont donné les résultats suivants : 1. Le caillé se sépare plus promplement dans le lait neutre que dans le lait alcalin. 2. Si le lait est faiblement acide, la présure sépare le caillé plus promptemcnt ([ue dans le lait neutre, bien que la température soit basse. 3. Une température trop élevée (54 degrés centigrades, par exemple), n'est pas aussi favorable à la coagulation par la présure qu'une température moindre (48 degrés centigrades). 4. Tandis qu'à 48° la coagulation s'opère rapidement, à 54° elle exige plus de temps, et à 57° elle cesse. 5. L'action de la présure est détruite à la température de l'eau bouillante comme à une température bien inférieure, sans pourlant que la caséine soit modifiée au point de ne pas se séparer du lait. 6. Un excès d'alcali empêche la séparation du caillé parla présure. 7. Un excès d'acide coagule le lait, mais pas aussi parfaitement lorsque la température est basse. 8. Une quantité modérée d'acide ne coagule pas le lait par le froid et le coagule imparfaitement à une température élevée. II. — Coloration du fromage. Le fromage peut encore se gâter quand on fait usage de matières colorantes mal préparées. La pâte que l'on obtient en dissolvant 198 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. dans les huiles fixes ou dans les graisses la malièrc coloranle du rocou (Bixa orcUana) est sale et d'une odeur désagréable, (juand elle n'est pas accompagnée de potasse, de soude, de carbonate de chaux, de terre de pipe, de savon et autres subslances plus ou moins nuisibles au goût et à l'odorat, à l'aide desquelles on frelate, à l'usage des fromageries, les gâteaux colorants que les Anglais appellent annatlo. Les semences et la pulpe du rocou qui fournissent une matière colorante pure d'un rouge orangé, la bixine, el une matière jaune, l'orelline, sont bien mieux utilisées par le traitement dans une solution alcaline qui fournit Vannatto à l'état liquide. Tant que le grand nombre préférera le fromage coloré à celui qui ne l'est pas, on emploiera Vannatto, solide ou liquide, pour donner au fromage une coloration plus ou moins jaune; mais ce serait une bonne chose si l'usage en était entièrement banni, car, outre que la couleur du fromage peut être sale et vilaine, le goût peut être mauvais, uniquement à cause de l'introduction d'un an- natlo impur. Vœlcker a examiné la composition de Vannatto livré par le com- merce sous deux étals: celui de gâteaux plats carrés, pesant 1 ki- logr. à l''",300, enveloppés de feuilles de bananier et mis en tonneaux, que l'on expédie de Cayenne, et celui de bâtons roulés, pesant de 50 à 100 grammes chacun, secs, durs, bruns extérieure- ment el d'un très beau rouge à l'intérieur, que le Brésil exporte. Comme les alcalis dissolvent la matière colorante, résineuse ou bixine, que renferme Vannatto, les fabricants préparent à l'aide de la potasse ou de la soude un produit qui peut, s'employer directe- ment dans les fromageries, soit en tourteau, soit en extrait liquide. Le tableau (XLXXVI reproduit deux analyses (Vannatto solide et une analyse d^annafto liquide, tous de bonne qualité, quoiqu'ils renfer- ment des matières étrangères, organiques et minérales, qui ont été employées soit pour augmenter le poids, soit pour donner de la consistance au produit '. I. Composition of annal to. juillet 18C3. TRAVAUX ET EXPERIENCES DU D A. VOELGKER. 199 TABLEAU CCLXXVI. — Composition de l'annatto solide et liquide. hau Mntières organiques . . Oxydes de fer et alumine Chaux Carbonate de chaux . . Acide carbonique . . . Magnésie Sulfate de chaux . . . Acide sulfurique , . . Potasse Carbonate de potasse. . Soude Carl)onate de soude . . Chlorure de sodium . , l'hosphate de chaux . . Acide phosphoriqu8 . . Silice ANNATTO SOLIDE. Qualito moyenne. 10.36 27.68 3.31 I) 31.90 » 0.11 2.bO 9.03 6.77 i.ys 100.00 Qualité supérieure. 10.97 38.00 0.37 i> li.31 u 0.92 3.79 1.58 O.ii ■ 0.36 100.00 ANNATTO lii|uide. 818.01 43.70 0.72 0.4 4 » 31.85 0.16 » 6.90 36.20 » 26.34 i> 5.09 » 0.53 H 1000.00 i. — Emploi du sel marin. L'excès de sel gâte le fromage. Autant le sel en petite quantité est nécessaire comme antiseptique pour empêcher la fermentation à laquelle le fromage est sujet, et par conséquent l'odeur et la saveur irop fortes dues à la putréfaction, autant une trop forte dose de sel est nuisible en s'opposant à la maturation et à ce goût fin qui lésulte du degré de fermentation active indispensable. Dans les fromages crémeux, très gras, tels que le Stilton et le Clieddar, la proportion de beurre suffit, avec très peu de sel, pour conserver la caséine. En généi^al, le goût salé du vieux fromage est dû plutôt 200 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. aux sels ammoniacaux formés pendant la maturation qu'à la pré- sence du sel marin. Aussi, les fromages trop salés n'ont-ils pas une saveur aussi prononcée après 6 ou 8 mois de garde, que les fro- mages peu salés emmagasinés pendant ce même temps. Enlin, le fromage sera inévitablement de qualité inférieure s'il a été salé imparfaitement, car certaines parties fermentent trop et d'autres pas assez, au détriment de la pâte qui s'émiette et se sè- che. On ne devrait se servir que du plus beau sel, dont on saupou- dre, à l'aide d'un tamis très fin, le caillé après qu'il a passé à travers le moulin et qu'il a été étalé pour refroidir. C'est un procédé pré- férable à ceux de la saumure ou du sel frotté extérieurement, car dans ces deux cas l'extérieur du pain de fromage se durcit trop et devient trop imperméable aux vapeurs formées pendant la matura- tion. j. — Fromages vénéneux. Le sulfate de zinc et quelquefois le sulfate de cuivre, deux sels toxiques au plus baut degré, ont été employés, l'un pour donner au fromage frais le goût de fromage vieux, et l'autre pour empêcher le boursoufilement ou la levée du produit. L'alun serait aussi employé dans ce dernier but, mais il n'est pas aussi nui- sible, quoique absolument inutile. L'emploi de pareilles substances ne peut se justifier que par l'ignorance de leurs propriétés vénéneu- ses. Mais, indépendamment de ces poisons minéraux, il n'est pas rare que la fermentalion donne lieu à des poisons organiques non moins sublils, dus à la décomposition des acides gras dans les fro- mages nouveaux. Vœlckera euàexaminer des fromages ayant causé des désordres graves, sans qu'il ait pu déceler dans leur composition aucune trace de sels métalliques, mais dans lesquels il a reconnu, à la forte réaction acide, même extérieure, les indices d'un poison vé- gétal particulier. On sait que lorsque le caillé, avant d'être salé, est abandonné pendant quelque temps en las jusqu'à ce qu'il commence à fermenlci', le fromage fabriqué avec ce caillé mûrit très rapide- ment en passant par une période de putréfaction où il agirait, s'il était consommé, plus violemment que le sulfale de zinc ou le sulfate TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU d'' A. VOELCKER. 201 de cuivre. Plus tard, en vieillissant, les acides s'étant combinés avec rannnoniaque, il devient inoffensif \ 5. — Conditions de conservation. La conservation du IVoniage a une impoi'lance capitale pour sa qualilé. Il moisit et se peuple de vers quand on le garde dans un lieu humide ou mal aéré. L'habitude do mettre le fromage dans des chambres obscures et sans air, dans le but de maintenir une tempé- rature élevée et d'évitei' les courants atmosphériques, est préjudi- ciable. On peut atteindre ce but désirable pour la meiUeure matura- tion et le développement de l'arôme, aussi bien dans des chambres éclairées et convenablement ventdées. Fraîchement fait, le fromage se gâte s'il n'est pas fréquemment relouiné. Cette manipulation, qui permet à la vapeur d'eau de s'é- chaj)per sur toutes les faces du pain, est surtout utile pour les fro- mages épais qui ne tarderaient pas à moisir sur la face qui pose au- dessus des tablettes. Il convient, en retournant le fromage, de le nettoyer avec un linge sec, de môme que la tablette. Le fromage ne mûrit pas comme il faut et mancjue d'arôme si la température de la chambre est trop froide, et il se gâte si elle est trop élevée ou trop variable. Au-dessous de 15 degrés, la maturité ne s'obtient pas convenablement, tandis qu'au-dessus de 24 degrés la déformation se produit, en même temps que le tissu devient moins homogène et compact. La fermentation ne peut procéder ré- gulièrement que dans un milieu où la température est uniforme, entre "M et 24 degrés. Aussi, une des plus grandes améliorations consiste-t-elle à régulariser la température des magasins par les ca- lorifères â eau chaude, au lieu de poêles qui exigent une attention et un service continuels, qui donnent lieu à de la poussière et à de la fumée, et qui chauffent trop dans leur voisinage immédiat. Du reste, l'eau chaude est constamment nécessaire, non seule- ment pour le lavage de la laiterie, mais encore pour le nettoyage des ustensiles et })oui' les appareils de séparation du caillé ; il n'y a donc I. Poisonous cheeae , ]n\\\è\. 1862. 202 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. qu'une dépense de combuslible peu importante iî ajouter à celle de l'installation des tuyaux de chauffage pour assurer la lionne conser- vation des fromages venant de la presse. 6. — Conclusions. Comme conclusions pratiques des études et des observations re- cueillies par Vœlcker sur la fabrication du fromage telle qu'elle est couramment usitée, il formule les points suivants ' : 1. Le premier est que le fromage se trouve souvent gâté avant d'être fait; c'est-à-dire avant d'être tiré du lait : en d'autres termes, le lait est détérioré faute de soins ; par conséquent, le fromage se fait mal et ne se conserve pas. 2. Certains pâturages produisent un fromage plus riche, même lorsque la crème a été séparée, que d'autres pâturages, alors même que toute la crème est réservée pour la confection du fromage. 3. Sur tous les pâturages, il est possible d'obtenir du lait qui donne un fromage de bonne vente, question de saveur à part, pourvu qu'on apporte les soins nécessaires à la manipulation du lait au dé- but et du caillé dans la cuve et à sa maturation. 4. L'application des os aux pâturages améliore généralement la qualité de l'herbe et augmente en conséquence la richesse du lait; mais, dans ce cas, la fabrication du fromage exige plus de soins que pour un lait provenant de vaches nourries sur de pauvres herbages. 5. L'arôme des diverses espèces de fromage dépend plutôt de la méthode de fabrication suivie dans les districts producteurs que do la qualité des pâturages, quelque influence qu'aient ces derniers. On connaît l'infériorité du fromage produit avec le lait des vaches nour- ries de fourrage sec. Tout en admettant, cependant, que l'alimenta- tion des vaches influe sur la quahté du fromage, il y a lieu d'insister sur les manipulations comme exerçant, sous ce rapport, une influence beaucoup plus grande. C. Chaque système de fabrication a des avantages, comme aussi des défauts qui lui sont propres. 1. Composiffon of checsr, Juin ISGI. TRAVAUX ET EXPÉRIENCES DU D"" A. VOELCKER. 203 7. On préconisé certaines pratiques comme essentielles pour la réussite, et on en néglige d'autres du plus haut intérêt. D'excellents fabricants ignorent la chimie, et bien qu'ils entourent de mystère leur pratique, on ne larde pas à se convaincre que leurs procédés, très simples en eux-mêmes, s'accordent avec les principes scienti- fiques, et que les méthodes scientifiques forment plutôt l'exception que la règle. 8. Les appareils introduits dans les laiteries pour le chauffage el l'essorage, économisent beaucoup de travail et de temps, mais ces opérations faites à bras permettent d'atteindre à la môme perfection quant aux produits. 9. Le lait dont la composition varie beaucoup fournit des froma- ges offrant naturellement de grandes différences comme qualité. iO. La négligence est la cause principale de la perte subie comme quantité et comme qualité dans la fabrication du fromage. RECHERCHES CHIMIQUES ET PHYSIOLOGIQUES SUR LES LICHENS PAR MM. P. FLICHE et L. GRANDEAU KOI' ESSE URS A l'ÉC OLE NATIONAI, B FORESTIÈRE Jusqu'à ces dernières années, les lichens étaient considérés par tous les botanistes comme une classe de cryptogames intermédiaires entre les champignons et les algues et bien distincte de toutes deux. Les recherches de Schwendener et de Bornet sur le thalle de ces plantes, celles de Rees et de Stahl, de G. Bonnier sur leur dévelop- pement* ne permettent plus de conserver cette opinion. Elles expli- quent de la façon la plus heureuse ce que l'organisation des lichens présentait de contradictoire. Les cellules vertes (gonidies) qu'ils ren- ferment sont des algues susceptibles de se développer indépendam- ment du lichen; les filaments incolores (hyphes) et les fructifications appartiennent à des champignons qui ne peuvent vivre qu'en union intime avec les algues des gonidies. Nous sommes, en un mot, en présence d'un cas de parasitisme, pour nous servir d'un mot reçu, mais qui comporte des cas bien variés d'association entre les êtres vivants. Celui-ci est des plus remarquables et des plus complexes ; car. 1. Voir le résumé récent qui en a été fait par de Bary : Die Erscheinung der Symbiose. Strasbourg, 1879. Voir aussi tout particulièrement, parmi les travaux plus récents, les recherches si concluantes de M. G. Bonnier sur la synthèse des lichens. {Comptes rendus de r Académie des sciences, séance du 16 novembre 1886; Journal de botanique , V^ année, n" 1, p. 1 ; Bullclin de la Société botanique, t. XXXIII, p. ii6.) RECHERCHES CHIMIQUES SUR LES LICHENS. 205 si le cliampignoii ne peul se passer de l'algue qui fournit notamment la matière liydrocarbonée qui lui est indispensable, il exerce sur celle-ci une action considérable, la déforme le plus souvent plus ou moins, et fournit certainement aussi des éléments nécessaires à sa végétation. Le nouvel aspect sous lequel les lichens se présentent à nous fournit donc à la physiologie des problèmes intéressants, mais dont la solution est loin d'être facile. En attendant qu'il soit possible de rapporter à chacun des deux végétaux ce qui lui revient dans cette association intime^, il nous a semblé que nous ferions une chose utile et de nature à préparer un résultat définitif, en étudiant la composi- tion chimique de l'ensemble au point de vue des questions que nous avons cherché à résoudre pour les végétaux supérieurs dans des pu- blications précédentes^ D'ailleurs, les lichens sont très communs dans nos forêts et certains parmi eux entrent pour une part impor- tante dans cet ensemble de débris qui a reçu le nom de couverture et qui par sa décomposition doit devenir le terreau, cet élément si important de la terre végétale. Un ouvrage considérable de M. le professeur Ebermayer^ a jeté de vives lumières sur tout ce qui se rattache à l'étude de la couverture et de sa transformation en ter- reau; il n'a pas oublié les lichens, et l'on trouve, à la page 115 de son livre, une analyse du Cenomyce (Cladonia) rangiferina. M. le pro- fesseur Wolff* a réuni treize autres analyses de lichens dues à divers chimistes. Nous espérons que les nôtres n'en seront pas moins utiles, d'abord parce qu'elles portent sur des formes différentes de celles qui ont été étudiées par nos devanciers, et en outre, parce que nous nous sommes efforcés de donner un caractère plus méthodique à nos études. 1. Dans un appendice consacré aux Nostoc et aux Collema, nous donnons les résul- tats auxquels nous ont conduits quelques recherches exécutées dans cette voie. 2. Ces travaux, insérés d'abord dans les Annales de chimie et de physique, ont été réunis dans les Annales de la Station agronomique de l'Est sous le titre de : Re- cherches chimiques et physiologiques sur la végétation forestière. 3. Ebermayer, Die gesanimte Lehre der Waldstreu. Berlin, 187G. Résumé par l'un de nous dans le Journal d' agriculture pratique et les Annales de la Station agro- nomique de l'Est, p. 146. 4. Aschen Analysen. Berlin, 1871, p. 135. 206 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Nous avons cliei'clié en effet ([uel était, sur la composition chi- mique du lichen, l'influence de l'espèce, du support et enfin de la région de la plante. Pour atteindre ce but, nous avons recueiUi les mêmes espèces sur supports différents, des espèces différentes du même genre sur même support, et pour une forme de grande taille nous avons séparé pour l'analyse les apothèques du thalle. Les formes qui ont servi à nos études sont : Physcia primaslri D. C; Cladonia furcala Schoer, Celraria aculeala Acii., Umhilicaria puslulalaHoffin. ; Unibi lie aria vellea Fr. ; Pellir/era canina Hoffm. Toutes, sauf les Umbilicaria, ont été recueillies dans le bois de Ghampfêtu sur lequel nous avons donné d'amples détails dans notre mémoire sur le pin maritime. Les Umhilicaria y font défaut, parce (ju'ils exigent, pour se développer, des rochers qui ne s'y rencontrent pas. Ceux qui nous ont servi proviennent d'un petit bois situé sur le territoire de la commune des Bordes, à 7'''',4 seulement en ligne directe du centre du bois de Ghampfêtu. Cette localité se trouve dans la même région naturelle. Placée dans une dépression qui suit ia route de Villeneuve-sur- Yonne à Theil, au-dessous du hameau de Villefroide, elle est à l'altitude de 139 mètres, inférieure par consé- quent de 7 mètres à la plus faible du bois de Ghampfêtu qui est de Li6 mètres. Malgré cette légère différence, les conditions de végé- tation sont tellement semblables, que nos résultats pour les Umbili- caria nous semblent rigoureusement comparables avec ceux que nous avons obtenus pour les autres lichens. Nos récoltes dans le bois de Ghampfêtu ont été faites sur sol sili- ceux et sur sol calcaire. Nous avons dit, dans notre mémoire sur le pin maritime, comment les sols siliceux étant dans la région d'une remarquable uniformité quant à la faiblesse deleur teneur en chaux, une seule analyse était suffisante. Nous renvoyons donc à celle que nous avons donnée dans ce travail. Les sols calcaires sont beaucoup plus variables, mais tous se dislinguent des précîédents par une forte teneur en chaux, ef, comme nous en avons déjà publié trois analy- ses', il nous a semblé inutile d'eii clfecluer de nouvelles. Nous rap- 1. Sols du Bas-du-Cellier {Mémoire sur le pin marllime), de la Barrière de la Ga- renne (Mémoire sur le châtaignier), des Quatre- Arpenls [Mémoire sur les papilio- nacées ligneuses). RECHERCHES CHIMIQUES SUR LES LICHENS. 207 pelons que la teneur minimum en chaux trouvée par nous a été de 3.25 p. 100 et le maximum de 29 p. 100, que la terre végétale re- pose à une profondeur généralement assez faible pour que les racines des arbres la traversent sur de la craie en place. Les UmbUicaria ont été recueillis sur les grès dont nous avons signalé la présence dans le terrain tertiaire de la forêt d'Olhe'. Des blocs très volumineux forment par leur amoncellement un véritable rocher au milieu du petit bois dont nous parlons plus haut. Ce sont des grès durs, sihceux dans leurs grains et leur ciment consti- tuant un support sensiblement dépourvu de chaux, complètement identique sous ce rapport avec le sol siliceux provenant du même terrain tertiaire. Avant de donner le tableau de nos analyses, nous allons exposer les conditions dans lesquelles a eu lieu la récolte de chaque espèce. Le Physciapnmastri D. C. est une espèce corticicole qui habile sur différents arbres. Elle a été récoltéeexclusivementsur des bouleaux, dans deux stations, l'une calcaire (vente Henri), l'autre sur sables ar- gileux très pauvres en chaux (Joncs marins). Dans la première, pla- cée au bord d'un chemin et à proximité de terres cultivées calcaires, le Hchen est très abondant sur les arbres de futaie, et cela d'autant plus qu'on se rapproche davantage du sol. On a fait la récolte le 20 septembre 1876 sur des bois de l'âge, des baUveaux et des moder- nes réservés à la dernière exploitation, tiges et branches à partir de deux décimètres au-dessus du sol jusqu'à deux mètres. Le Physcia 'prunastri se rencontrait particulièrement sur l'écorce gercurée et en partie décomposée'"'. Un seul pied présentait des apolhèques, il n'a point été réuni aux autres ; on trouve fréquem- ment et en abondance sur ceux-ci des sorédies. On a pris des thalles de tout âge, en éhminant autant que possible tous ceux qui étaient morts. Le temps au jour de la récolte était très humide, avec un peu de pluie. Aux Joncs marins la récolte a eu lieu le 30 septembre, à proxi- mité d'un chemin et d'un faux chemin, dans un bois très clair, 1. Mémoire sur le pin maritime, p. 9 du tirage à part. 2. Est-ce seulement à cause de la facilité qu'ils trouvent à s'y implanter? 208 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. comme celui de la vente Henri ; elle a été faite dans des conditions i(lenti(iues, par un temps également très humide, avec un peu de pluie. On a éliminé les thalles morts ([ui étaient ici assez nombreux. Le Cladonia furcata est une espèce qui croît sur la terre , de quelque composition chimique qu'elle soit. Cependant, elle est plus commune, plus vigoureuse sur les sols calcaires; c'est à cette caté- gorie qu'appartient celui des Terres-Blanches, canton où a été faite une des récoltes, tandis que l'autre l'a été sur le chemin de Theil. Celui-ci peu fréquenté est établi sur sol naturel argilo-sihceux sans empierrement. Dans les Terres-Blanches les Hchens ont été recueilhs, le 3 octobre 1876, sur une place vague dans le fossé limite avec un autre bois où se trouve également une place vague : ils forment des touffes très belles, humides de rosée ; ils appartiennent à une variété très ra- meuse, coralloïde, de couleur généralement grisâtre, mais devenant très franchement verte quand ils croissent fortement à l'ombre de l'herbe ; les rameaux sont toujours squammeux, mais le plus souvent assez légèrement ; ceux qui ont crû à l'ombre de l'herbe le sont beaucoup plus ; on trouve des sujets plus ou moins bien fructifies. On les a tous rejelés. La planle est en'contact immédiat avec la terre, qui est très calcaire et fait une très vive effervescence quand on la traite par les acides. On a nettoyé la récolte aussi bien que possible en enlevant tout ce qui était mort, et aussi toute la terre adhérente. Sur le chemin de Theil, la récolte a eu heu le 6 octobre; à proxi- mité des lichens, des genêts et des bruyères. Le Cladonia'^ est plus court que sur sol calcaire, il est générale- ment plus grêle ; la région inférieure du thalle persiste et adhère plus ou moins intimement au sol ; les apothèques sont très rares, petites ou très petites ; quelques touffes sont très grêles , très peu squammeuses. La récolte s'est faite le 6 octobre, par la rosée ; elle a porté sur des types aussi semblables que possible à ceux du terrain calcaire. On n'a pris que des échantillons portant incontesta- 1. Des observations nombreuses faites dans les environs jusqu'à une distance de 15 kiloni. environ ont montré que partout le Cladonia far cata est plus rare, moins développé sur les sols siliceux ; qu'il y est en outre très rarement fertile. RECHERCHES CHIMIQUES SUR Li;s LICHENS. 209 Jilemcnl des écailles. On a écarté tout ce qui élaillVuclifié ; on a re- tranché les parties mortes et même la portion du lliallc qui était trop adhérente à la terre, quoiqu'on ait pris surtout les (outïes qui s'en détachaient le plus facilement. Le Ctiraria aculeata habite la terre dans les stalions les plus sèches ; il a été recueilli le 23 septembre 187G, au canton dcsTerres- lilanches, dans un endroit où le bois extrêmement clair ne se com- ])Osait que de quelques cépées chétives, éloignées les unes des autres ; il reposait sur sol très calcaire, avec quantité de petits débris de craie. C'est le seul lichen un peu abondant. Il est entouré par une llare du caractère calcicole le plus prononcé. Tludic/rum minus, Ononis nalrijc, Teucrium monlanum, Prundla grandi/loia. Tons les pieds examinéssont stériles, et il doit en être le plus habituellement ainsi, car depuis je n'ai jamais rencontré cette espèce avec des fruc- tifications. Elle repose directement sur le sol auquel elle adhère à peine; humide, elle est d'un brun verdàtre et grisâtre; sèche, elle présente une coloration qui varie du brun presque noir au gris. Le PcUigera canina est un lichen de consistance foliacée, très com- mun dans toute la France; il liabite les rochers, le pied des arbres et très fréquemment la terre ; il n'est pas indiqué parmi les formes caractéristiques d'un sol de composition chimique déterminée. Ce- pendant il évite les sols calcaires dans le bois de Champfêtu et, comme on le verra, il se rapproche, par sa constitution chimique, des lichens calcifuges. Il n'est pas rare dans la localité où la récolte a eu lieu, mais i! ne se trouve jamais en très grande quantité sur le môme point ; comme il était nécessaire de s'en tenir aux stations exactement semblables; que, de plus, il fallait en obtenir une certaine quantité, puisqu'il entrait dans nos intentions d'analyser à part les fructifica- tions, la récolte a eu lieu en plusieurs fois, du 10 au 16 octobre 1870, par un temps frais, les thalles étant bien turgescents. On a choisi des pieds vigoureux, ayant crû dans des endroits bien éclair rés, généralement des chemins en sol naturel, peu ou pas fréquentés, ou les bords de ceux-ci. Ainsi que cela a été dit plus haut, on n'est ])as sorti des surfaces, où sables et argiles affleurent, à l'exclusion des calcaires. Tous les pieds étaient abondamment fructifies; on a séparé les apothèques pour les analyser. AN.N. SCIENCE AGnOX. — 1SS7. — 1. 14 210 ANNALES DU LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Les Umbilicaria vellea et U.pustulata, formes calcifuges', ont été recueillis, nous l'avons déjà dit, sur des blocs de grès aux environs des Bordes ; la récolte a eu lieu le 11 septembre, par un temps hu- mide, avec fréquentes averses. Les thalles sont beaux et à tous les états, depuis des pieds très jeunes jusqu'à des sujets qui ont atteint la plus grande taille ; tous sont bien vivants et complètement dé- pourvus d'apolhèques, ainsi «jne cela est général pour l'espèce dans la localité. Les grès sont dans un fond, au milieu d'un petit bois clair et peu élevé qui ne les recouvre pas; les deux espèces croissent en mélange. On a soumis les différents licliens dont nous venons de parler à l'analyse, pour déterminer la quantité d'azote qu'ils renferment, leur teneur dans la plante complètement desséchée en cendres brutes, en cendres pures, et la composition centésimale de ces dernières. Le tableau suivant présente les résultats obtenus. 1. Les Umbilicaria en général possèdent ces caractères: en ce qui concerne les deux formes qui nous occupent, cela est particulièrement remarquable. Personnellement l'un de nous les a rencontrées sur les roches les plus variées, pourvu qu'elles ne fus- sent pas calcaires, en plateau et en montagnes, du midi au nord de la France et dans les pays voisins. 11 a pu les tuer partiellement aux Bordes par aspersion de craie en poudre, tandis que les sables argileux des environs, employés de la même manière et en égale quantité, se montraient entièrement inertes, ce qui exclut l'hypothèse d'une action physique de la part de la craie qui, d'ailleurs, opérait avec une grande rapidité. Tableau, RECHERCHES CHIMIQUES SUR LES LICHENS. 211 ■< ^_;^ H 3 rtU o .S o 1 g- a Su U S !d n «2 C eu n E t. U 00 o irs oï o o CO M o T CO ■M w 05 ■rtl m t* .n CO rî o X ^ la œ t- t- n o CD Ci t^ t^ CO o OJ ■"S" m i-( ^ C5 ■* •* M ^ « »H ^ — 1 CQ -—ai "^ 'OJ r>î 'M Ci- tD t- -¥ n « (M t>- o CO ^, « O n œ »o Ti( O c- t- lO t- r^ iH tH o C<5 00 m o o ^ CD a o ■^ o 1-1 r-l ïH 1-1 a -« rt W3 o in (M CO Cû -^ «1 t- IM -t< ^^ t^ O ri —1 lO o 94 C O o lO o ^ lO >o iH o o> D m '.# Oi rH M ri t^ ts •^ (M t- (H >C o o o s O. ^H >J o « -a ^^ S o ,y, O) < il s -5 C2 a -'1 CQ u -" ?, g o oo o O CO o -* CO CO ri eo CO ÎN l-( CO 00 !5 o Q r = J '— " as eo o 5! CO CO eo CO (M O Cl S ■M CO CO iC «5 o s 3 " o Oî CO \0 GO tc o cr ta ^ 00 CO CO ■>* r^ CO C5 CO ■o o o CO lO CO CO •«1 >o CO y-f oo t- o o o »-H o CO -* ■M CO iH ^ uo CO CO o o ■< '^ o w a> n ■** H 3 « b o. V Oi >■ lO CO CO iC l>- CO CO r- Ci f^ CO lO O O >n o o r« 'f t* TU Ci es os ^ ^ O 1-t »1 OJ ^H CJ CO CO t- in o -* CO o o r-l CO O .a w o o. a -a X o a 3 9 0) a a O O < 3 c« o ° 3 a .2" •a u o a '3 a a o. a a o J3 13 a XI O -3 a c3 P. ■S a a O o n O 212 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. De l'examen des chifïVes portés sur ce tableau, il résulte la consta- tation de quelques faits intéressants. Nous allons d'abord étudier ce qui concerne la plante stérile ; nous passerons ensuite aux apothè- (jues. La richesse des lichens en azote varie dans d'assez larges hmites, puisque le PcUigera canina, chez lequel ce corps est le plus abon- dant, en renferme 1 .62, tandis que le Cladonia furcata sur sol sili- ceux en contient seulement 0.45, soit 3.6 fois moins. Au premier abord, on serait porté à considérer les lichens calcifuges comme plus azotés que les autres ; il semble plus naturel d'attribuer ici une certaine importance à la constitution du thalle; le lichen serait d'autant plus riche en azote qu'il serait plus foliacé et plus mou; l'ordre dans lequel se rangent les espèces étudiées, eu égard à leur teneur en azote, répond assez bien à cette vue théorique. Pour une même espèce, l'azote est d'autant plus abondant que les sujets sont plus vigoureux, ce qui n'a rien que de très naturel; c'est ainsi (pi'on en trouve davantage chez le CL furcata ayant crû sur sol calcaire, et ce fait vient à l'appui de l'opinion que nous avons pro- fessée au sujet de l'absence de relation entre la richesse du sol en chaux et la teneur du lichen en azote. Si nous comparons les lichens aux végétaux supérieurs, en nous basant à la fois sur les recherches personnelles que nous avons rap- pelées en commençant, et sur les travaux similaires exécutés par d'autres physiologistes, tels que M. Ebermayer, nous voyons qu'en distinguant, comme il convient de le faire, les feuilles des axes chez les arbres angiospermes ou gymnospermes, les lichens sont beaucoup plus pauvres en azote que les feuilles jeunes des premiers ; mais qu'en moyenne ils sont plus riches que ces mêmes organes lorsqu'ayant accompli leurs fonctions ils retournent, pendant l'automne, au sol pour y constituer la couverture. C'est ce que prouvent les chiffres suivauts que nous empruntons à un de nos travaux antérieurs \ comparés à ceux du tableau que nous venons de donner : 1. Recherches chimiques SH7' la composition des feuilles (modifications résultant (le làge et de l'espèce). [Annules de chimie et de physique, V^ série, t. Vlll. 1S7G.] RECHERCHES CHIMIQUES SUR LES LICHENS. 213 AZOTK. Robinier 0.70 Merisier 0.11 Bouleau 0.49 Châtaignier 0.62 Quant aux gymnospermes, leurs feuilles ne sont pas, en général, beaucoup plus riches en azote ({ue les lichens pendant la jeunesse fie ces organes, et au moment de leur chute elles sont habituelle- ment plus pauvres. Ainsi la feuille de pin d'Autriche ^ renferme 1.20 p. 100 d'azote au moment de son développement, ce qui la constitue en déficit vis-à-vis des Umbilicaria puslulata et Peltigera canina, tandis qu'elle n'en contient plus que 0.61 au moment de la chute, chiffre qui n'a d'inférieur parmi ceux afférents aux lichens que ceux du Cladonia fur cota, encore est-il bon de faire remarquer que cette dernière plante, quand elle croît vigoureusement sur sol calcaire, contient 0.54 p. 100 d'azote, ce qui est assez peu différent des 0.61 du pin d'Autriche. Entre la richesse en azote des lichens et celle des axes d'angio- spermes il y a presque parité, comme le prouvent les chiffres sui- vants, se rapportant tous à des papihonacées, plantes riches en prin- cipes albuminoïdes". Cytise fau.s éliénier 0.99 Ajonc commun 1.39 Genrt à balais 1.26 Robinier faux acacia 0.81 Les axes de ces trois espèces avaient trois ans seulement; s'ils avaient été plus âgés, surtout en ce qui concerne le cytise et le robi- nier, espèces plus longévives que les autres, les teneurs se seraient abaissées et auraient été décidément inférieures à celles de la plu- part des lichens. Quant aux axes des conifères, ils sont moins riches que le plus 1. Recherches cliimiqiies sur la composil/oa des feuilles de pin noir U'Aulriche. (Annales de chimie et de physique, .j" série, t. XI, 1877.) 2. Recherches chimiques sur les papilionacées ligneuses. (Annales de chimie et de physique, 5*^ série, t. XYIII, 1879.) 214 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. grand nombre des lichens, à peine supérieurs, sous ce rapport, aux plus pauvres d'entre eux, comme le prouvent les chiffres suivants empruntés à M. Ebermayer^ : p. 100. Pin sylvestre 0.53 Épicéa . , 0.67 Les Hchens renferment des quantités très variables de cendres pures. Si l'on compare celui qui en renferme le plus, le Ceirario aculeata, au plus pauvre, VUmbilicaria vellea, on voit que le rap- port est de 4.78; il est bon de remarquer, toutefois, que le premier paraît être exceptionnellement riche et que si on prend l'espèce qui vient après lui, le P. canina, l-e rapport tombe immédiatement à 2.68. Y a-t-il une relation entre la teneur en cendres et le sol sur le- quel le hchen a crû? Au premier abord, on serait tenté d'être très affîrmatif, puisque la forme la plus riche est calcicole au premier chef et la plus pauvre, non moins calcifuge ; cependant, le doute reste légitime en présence d'une double constatation : le caractère exceptionnel, sous ce rapport, du C. aculeata, et la richesse forte aussi du Peltigera canina qui, s'il n'est pas calcifuge, réussit à tout le moins très bien sur des sols qui ne présentent pas de chaux en excès. Pour une même espèce, l'influence du sol est évidente, quoi- que assez légère, ainsi qu'on peut le constater en rapprochant les te- neurs des deux échantillons de Cladonia furcata. Ce qui paraît exer- cer sur le taux des cendres une influence supérieure à celle qu'on peut attribuer à la composition chimique du sol, c'est lii nature du support. C'est, en effet, parmi les lichens croissant sur la terre qu'on observe l'espèce la plus riche et toutes celles qui se rencon- trent sur les arbres ou sur les rochers siliceux , sauf une , sont plus pauvres que les premières. Il est fort possible, d'ailleurs, que, pour des espèces végétant sur des rochers calcaires ou même feld- spathiques, il n'en soit pas de même. Pour terminer tout ce qui a trait à l'influence du support sur le taux total des cendres, il est bon de faire observer que celui-ci est 1. Die gesavwite Lehre der Waldstreu. Berlin, 1876, p. 70. RKCHERCHES CHIMIQUES SUR LES LICHENS. 215 sensiblement plus élevé chez le P. prunastri, espèce corlicicole de la Vente Henri, que chez celui des joncs marins; cela tient certainement à ce que les poussières atmosphériques sont plus riches en chaux, au voisinage de champs calcaires, et cela montre l'importance de celles-ci au point de vue de la nutrition des lichens. Quant à la structure et à la forme du thalle, elles ne paraissent exercer aucune influence, puisque les deux espèces qui renferment le plus de cendres, les C. aculeata et P. c«n/na diflcrent, complète- ment sous ce rapport. Si nous examinons successivement les chiff'res se référant à chacun des corps qui entrent dans la composition des cendres, nous consta- tons qu'ils fournissent des renseignements fort intéressants. L'acide phosphorique est généralement abondant ; moins qu'il ne l'est à l'origine dans les feuilles des végétaux, mais autant et plus qu'il ne l'est dans les mêmes organes en été, au moment de leur plus grande activité; beaucoup plus qu'au moment de leur chute. Il y a toute- fois dans les teneurs en acide phosphorique, des anomalies singu- lières, comme celles que révèlent les analyses de cendres des vé- gétaux supérieurs et aussi inexplicables qu'elles. Non seulement certaines espèces sont relativement pauvres, le Cetraria aculeata, par exemple, mais chez une même espèce, suivant la station, il y a des différences notables. C'est ainsi que leP.|}nmff5/n aux Joncs marins en renferme environ un tiers en plus qu'à la Vente Henri; la chaux pourrait exercer une action, car on a obtenu une différence dans le même sens chez les Cl. furcata des deux stations. Le sesquioxyde de fer se rencontre en général en quantité consi- dérable, étant donnée la faiblesse des teneurs en ce corps chez la plupart des végétaux supérieurs; il est particulièrement abon- dant chez les espèces à thalle foliacé. Il n'en est que plus remarqua- ble de trouver deux espèces chez lesquelles on n'obtient que des traces de ce corps : ce sont le C. aculeata qui habite exclusivement les sols calcaires, et le Cl. furcala, lorsqu'il croît sur eux, tandis que sur sol siliceux il en renferme 7.05 p. 100; ce dernier fait n'aurait rien de très extraordinaire, puisque de faits assez nombreux observés chez les végétaux supérieurs, il résulte que la présence d'un grand excès de chaux dans le sol est défavorable à l'absorption du 216 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ter par les racines. Ce qui est singulier, c'est de voii* le maxiniuni de vigueur chez le CL fiucala coïncider avec des traces seulement de 1er. La chaux est très inégalement répartie suivant les espèces et pour une même espèce, suivant les substratum sur lesquels elle s'est dé- veloppée. Chez les P. prunastri, C. aculeala, C. furcata, ce dernier pour les sols calcaires, elle varie de 27.57 à AQJQ, c'est-à-dire qu'elle est abondante et qu'il y a, sous ce rapport, analogie com- plète entre les hchens et les végétaux supérieurs, tandis que chez le Cl. furcata des sols siliceux elle s'abaisse à 14.52, et que chez les U. pustulata, U. vellea, P. canina, elle ne se trouve plus qu'à raison de 7.54 à 9.94 p. 100, c'est-à-dire en proportion très faible, fort infé- rieure à ce qu'on trouve chez les végétaux cotylédones. De ce qui précède, on peut tirer cette conclusion qu'à la différence aussi de ce qu'on observe chjgz ces derniers, les espèces calcifuges se- raient beaucoup plus pauvres en chaux que les espèces calcicoles ; que chez ces dernières la moindre absorption de chaux se traduirait par ime diminution dans la vigueur de la végétation. .Ce dernier point demanderait cependant de nouvelles recherches pour aboutir à des affîrmalions absolument certaines. On sait, en effet, que si l'on est amené à des conclusions qui paraissent rigoureuses chez les vé- gétaux supérieurs en ce qui concerne les espèces appelées autrefois silicicoles, et maintenant, en général, calcifuges, il est loin d'en être de même pour les espèces calcicoles. Le P. prunastri confirme- rait les déductions tirées du Cl. furcata, mais dans une certaine me- sure seulement, puisque la moindre vigueur des pieds qui renfer- ment moins de chaux s'affirme surtout par un dépérissement qui paraît plus prématuré. Je fais remarquer, mais à litre de simple ob- servation, car il ne me semble pas qu'il y ait là relation de cause à effet , que les lichens les plus pauvres en chaux sont aussi ceux dont le thalle est plus franchement foliacé. La magnésie se rencontre en proportions assez variables, moyennes, à peu près comme chez les végétaux supérieurs (feuilles) ; de même que chez eux, pour une même espèce^ elle est en raison inverse de la chaux absorbée; ce qu'elle présente de plus remarquable, c'est le taux énorme du Cctraria aculeata, chez lequel, cependant, la chaux RECHERCHES CHIMIQUES SUR LES LICHENS. 217 esl aussi en très forte proportion. Le fait est encore plus curieux, si on le rapproche de la faible teneur du Cl. furcata ayant crû à peu de distance sur un sol analogue, et si l'on tient compte de ce que les sols résultant de la désagrégation de la craie blanche ne peuvent nullement être qualifiés de magnésiens. Il en faut conclure que l'es- pèce joue ici un rôle prépondérant, sans que nous puissions, jusqu'à présent, comprendre en quoi un pareil excès de magnésie peut être utile à la plante. La proportion de potasse est faible ou même très faible, bien in- férieure dans l'ensemble à ce qu'elle est chez les végétaux supé- rieurs, dans les organes en pleine activité physiologique; elle se rapproche de ce qu'elle est dans les feuilles au moment de leur chute. Il y a d'ailleurs des variations assez sensibles, soit d'espèce à espèce, soit entre échantillons de la même espèce; tantôt elles sont inexplicables, comme celle assez notable qui se remarque entre les P. pnmaslri des deux provenances; tantôt, au contraire, elles peu- vent donner heu à des observations intéressantes. De même que pour les végétaux supérieurs, la présence d'une grande quantité de chaux dans le sol ne fait pas opposition à l'absorption de -la potasse quand le lichen rentre dans la catégorie de ceux qui ont des exigences ou des préférences calcicoles marquées ; ainsi le C. acu- leala présente des teneurs très fortes à la fois en chaux et en po- tasse ; ainsi encore chez le Cl. furcata qui a crû sur sol calcaire, la chaux et la potasse sont plus abondantes que chez la même espèce provenant d'un sol siliceux. On peut remarquer aussi que les fortes teneurs se rencontrent de préférence chez les espèces à Ihalle fo- liacé, sans qu'il faille attacher à cette constatation une importance exagérée, puisque le C. aculeala ne rentre en rien dans cette caté- gorie. La soude ne se rencontre jamais en forte proportion; elle est sou- mise, d'espèce à espèce ou entre échantillons de diverses prove- nances, à des variations notables, assez singulières, confirmant le rôle douteux, dans tous les cas fort énigmatique, de cette base chez presque tous les végétaux. L'acide sulfurique est en quantités assez faibles, se rapprochant complètement de ce qu'on observe chez les végétaux supérieurs ; 218 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. toiilefois, il n'est pas aussi vigoureusement proportionné à la teneur en azote. L'acide silicique est abondant ou très abondant; il varie faible- ment entre échantillons de même espèce mais de provenances diffé- rentes ; considérablement d'espèces à espèces, sans que leurs pré- férences à l'endroit du sol paraissent jouer ici aucun rôle. Ainsi nous trouvons la plus faible teneur chez le C. aculeala et la pbis forte chez le CL furcata qui ont à peu près les mêmes exigences. Dans tous les cas, la qualification de silicoles pour les licbens qui redou- tent un excès de chaux dans leur substratum, n'est pas plus exacte que pour les végétaux supérieurs. Sans doute celles de ces espèces que nous avons étudiées, U. vellea, U. pustulala, ont de très fortes te- neurs en silice, mais elles sont dépassées sous ce rapport par le CL furcata calcicole. On peut remarquer aussi que toutes les espèces franchement foliacées, Umhilicaria, Pelligera, sont très riches en ce corps, mais sans qu'il faille attacher une importance exagérée à cette constatation, puisque le CL furcata, de forme toute différente, est encore plus riche qu'elles. Il est à peu près certain qu'ici, comme chez les végétaux supérieurs, la silice joue un rôle d'incrustation, sans que celle-ci soit nécessaire pour assurer au thalle de la rigidité, comme le prouve la comparaison du Cl. furcata et du C. aculeata. La proportion d'acide carbonique contenue dans les cendres est généralement faible ou même très faible. Sous ce rapport, les lichens montrent de l'analogie avec les très jeunes feuilles des angiospermes et des gymnospermes, mais avec exagération. Cela prouve que chez eux les bases ne sont pas, pour la plus grande partie, combinées à des acides organiques, qu'elles font partie des sels étudiés par la chimie minérale, phosphates et sulfates en particulier; peut-être faut-il voir là l'explication des variations que nous avons signalées plus haut, en ce qui concerne les acides phosphoriipie et sulfurique. Il est remarquable, en effet, de voir le taux de ces acides être, chez les lichens, très réguhèrement inverse de celui de l'acide carboni- que. Que l'on compare à ce point de vue le C. aculeata au CL furcata, mieux encore aux Umbilicaria et aux Pellif/era, ou même les deux ana- lyses de Cl. furcata. Dans les feuilles des végétaux supérieurs aussi, l'acide phosphorifjue est beaucoup plus abondant pendant la jeunesse RECHERCHES CHIMIQUES SUR LES LICHENS. 219 de l'organe, alors que les cendres présentent moins d'acide carbo- nique, ainsi que le prouvent les chiffres suivants empruntés à un de nos précédents mémoires : l>hO'. CQi. „ ,. . (2 mai 21.16 5. OS ^''^'"''•" • -(13 octobre 1.90 28.30 j 28-29 avril 15.80 17.60 Merisier. . .^ ^ ^^^^^^^^ ^ ^^ ^^ ^^ I 30 avril 17.46 7.92 Bou eau. . . { I 9-15 octobre 8.63 18.20 „,.,.. l"niai s . 19.31 7.34 Châtaignier . < ,^ , . ^ * I 12 octobre 8.35 13.22 La comparaison des U. vellea et pus h data offre de l'intérêt, parce que les deux formes sont voisines, appartenant au même genre de la lichénologie. Ils pi^ésentent une différence sensible en ce qui con- cerne le taux total des cendres, une moindre, quoique appréciable, pour celui de l'azote; quant à la composition des cendres, elle est sensiblement identique en ce qui concei^ne les acides phospborique, sulfurique, silicique et carbonique ; les bases, au contraire, pré- sentent des différences qui, sans être très fortas, sont notables; VU. pustulata avec des taux de potasse et de sesqnioxyde de fer sensi- blement plus élevés que son congénère renferme moins de chaux et de magnésie. Quant aux apothèques du Peltigera canina, comparées aux thalles de la même espèce, il y a identité pour le taux total des cendres; la quantité d'azote est supérieure chez les premières, de mênie que celles de la magnésie et la soude ; la teneur en chaux et en potasse est sensiblement la même des deux parts. Quant au sesquioxyde de fer et à l'acide silicique, ils sont en quantité plus forte, presque le double, dans les thalles. Gela confirme ce que l'on sait du rôle d'in- crustation que jouent ces deux corps. Le chiffre assurément le plus remarquable est celui qui se réfère à la magnésie qui se trouve être en quantité 4.5 fois plus forte dans les apothèques que dans les thalles ; sous ce rapport, il y a une analogie remarquable entre les corps reproducteurs et les graines des végétaux dicotylédones. Si grande que soit leur dissemblance morphologique, cette analogie se maintient, en ce qui concerne l'azote, plus abondant, et l'acide sihcique eu 220 ANNALES DK LA SGIIÎNCE AGRONOMIQUE. (luanlilé beaucoup moindre dans les apoLliè(iues. Elle ne se main- tient pas pour les acides pliosphorique et sulfurique dont les taux sont moins élevés dans les apothèques que dans les thalles, d'une faible quantité, il est vrai; tandis que les végétaux cotylédonés en amassent dans leurs graines. Les lichens sont souvent très abondants sur le sol forestier, que le peuplement soit très clairière ou qu'il soit constitué par des espèces à couvert très léger, comme est, par exemple, le pin sylvestre. Quand dans les forêts on enlève la couverture pour en faire de la litière et par suite un engrais pour les champs, les lichens se trou- vent invariablement entraînés avec les feuilles mortes, puisque ceux qui vivent sur la terre n'ont, en général, qu'une attache très faible à leur support. Leur composition montre qu'ils constituent un des éléments les plus riches en azote et en principes minéraux, utiles à la production agricole, du mélange d'organes végétaux qui se trouve ainsi soustrait à la forêt pour être porté dans les champs. Il était cu- rieux pour nous de rechercher ce que perd ainsi le sol forestier. Deux espèces, parmi celles que nous venons d'étudier, pouvaient, en particuher, se prêter à une investigation de ce genre. Ce sont les Cladonia furcata et Cetraria aculeata. Il s'agissait d'abord de dé- terminer chez elles le poids de la matière sèche, quand le Hchen est saturé d'eau, dans les conditions où il peut l'être quand il est bien vivant, et dans sa station naturelle. Pour arriver à ce résultat, nous avons de nouveau récolté les deux formes aux Terres-Blanches le 22 février 1887. Le dégel avait terminé depuis le 19 une longue période de gelée; dans la matinée du jour de récolte, il y avait eu une petite pluie, ô laquelle avait succédé un brouillard assez intense, avecpetites chutes d'eau jusqu'à 3 heures après midi, moment où les lichens ont été recueillis ; ils étaient l'un et l'autre bien turgides et ne présentaient pas de gouttes d'eau à leur surface. Quand on les a pesés, après dessiccation à l'étuve, sur iOO grammes on a eu en ma- tière sèche : Cetraria aculeata ie^^O Cladonia furcata 39 ,8 Le dernier est très commun dans le bois, surtout dans les endroits RECHERCHES CHIMIQUES SUR LES LICHENS. 221 OÙ le sol est calcaire; il y l'orme de très nombreuses taches d'éten- due variable, mais pouvant atteindre jusqu'à 10 mètres carrés. Dans ce cas, il ne couvre pas complètement le sol; il y a des lacunes dans la tache, mais on peut évaluer en général à moitié de la surface to- tale celle qu'il revêt. Une place d'essai, choisie dans ces conditions, a fourni sur un mètre cai-ré un kilogramme de lichen très beau, très vigoureux, soito98 grammes de matière sèche, d'après la détermina- tion dont le résultat vient d'être donné. En appliquant les taux d'a- zote et de cendres trouvés pour les échantillons provenant de la même station, le kilogramme de lichen renfermait : Azote . . . . ■ • • . ■ 3"SI40 Cendres 11 ,821 Il faudrait multiplier par 10 pour les plus grandes taches. On voit que les quantités de matières utiles enlevées au sol forestier, si on procède à l'extraction de ce lichen, sont loin d'être négligeables ; qu'elles le sont d'autant moins que dans ces cendres entrent pour des taux supérieurs à ce qu'ils sont généralement pour les feuilles mortes, les corps particulièrement utiles et en même temps rares dans le sol : acide phosphorique, potasse, magnésie. Le Cetraria aculeata fournit un argument encore plus probant à certains égards en faveur de la thèse que nous soutenons, puisqu'il renferme plus de matière sèche, que celle-ci est plus riche en azote, qu'elle présente un taux de cendres très supérieur ; que la magné- sie et la potasse y sont beaucoup plus abondantes, si l'acide phospho- rique s'y rencontre en moindre quantité ; mais nous n'insistons pas sur lui, parce qu'il ne forme pas de taches très étendues; que celles- ci sont assez éloignées les unes des autres; tandis que, nous le ré- pétons, le Cladonia fiircata couvre souvent une portion notable du sol. Son abondance indique un médiocre état de la forêt, un sol insuf- fisamment couvert. Le mieux est de le faire disparaître par une cul- ture forestière plus soignée, c'est-à-dire en constituant un couvert plus épais, en rendant par suite le sol plus fertile, mais tant qu'il existe il faut se garder de l'enlever, pas plus d'ailleurs que les autres lichens, les mousses ou les feuilles mortes. On sait, sans qu'il soit utile d'insister ici sur ce fait important, que toute cette couverture 222 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE, moile ou vivanle maintient la fraîcheur, en sorte que le sol fores- fier, lors(|u'on l'enlève, devient plus sec, plus lassé, en même temps qu'il s'appauvrit en substances assimilables par les végétaux. Quant aux lichens qui vivent sur l'écorce, on sait depuis longtemps qu'ils n'empruntent rien aux tissus vivants de l'arbre, qu'ils puisent leur nourriture exclusivement dans les parties mortes de l'écorce et dans les cqrps qui se trouvent dans l'atmosphère à l'état de gaz, de vapeurs, ou de poussières. La comparaison établie plus haut entre les cendres des Physcia prunastri de deux provenances montre l'im- portance de ces dernières pour l'alimentation des lichens. APPENDICE Nous avons dit au commencement de ce travail que nous donne- rions en terminant le résultat de quelques recherches faites pour déterminer ce qui, dans l'association si remarquable constituant le lichen, appartient d'une part à l'algue et de l'autre au champignon. Nous ne nous dissimulons pas tout ce qu'elles ont d'imparfait ; si nous livrons cet essai aux physiologistes, c'est parce qu'il est le premier tenté dans une voie qui offre de grandes difficultés. Il n'est pas pos- sible, en effet, au moins jusqu'à présent, de séparer les deux végé- taux dont l'union intime constitue le lichen. On doit se borner à comparer à celui-ci normalement constitué l'algue sur laquelle s'est développé le champignon. Quand on veut procéder à une analyse chimique, il est nécessaire de se procurer l'un et l'autre en quantité assez considérable. Or, si la chose est facile pour un certain nombre de Uchens, elle ne l'est pas en général pour l'algue qui, même lors- qu'elle est commune, ne se présente pas le plus souvent en grandes masses faciles à détacher complètement de leur support. C'est ce qui nous a engagé à faire choix des Nostoc et des Collema malgré les objections qui se présentent. Les CoUémacées, en effet, sont des li- chens si différents des autres que les lichénologues les ont toujours mis fort à part, et (jue certains ne leur ont donné que par grâce, pour ainsi dire, place dans leurs ouvrages ' ; l'algue a subi fort peu de mo- 1. \ OIT Sc\\œrery Enumcralio crilica Lichenum europœorum. lierne, 1850, p. 2i5. RECHERCHKS CHIMIQUES SUR LES LICHENS. 223 dificatioiis, et les éléments mycéliens du champignon n'entrent que pour une part peu importante dans la constitution de l'ensemble. Mais à côté de ces désavantages, Nosioc et Collema ont le mérite de n'avoir jamais été l'objet d'une analyse de cendres, d'avoir servi les premiers à des essais de synthèse de Hchen par expérimentation; enfin ils présentent plusieurs particularités curieuses, ne fût-ce que la faculté de perdre beaucoup d'eau sans mourir, faculté assez mal étudiée jusqu'à présent, sur laquelle un de nous espère publier pro- chainementquelques résultats précis d'expériences. Nosioc et Collema ont été recueillis dans la même localité, à la gravière des Marots, aux environs de Troyes, le 31 octobre 188^. Le Nostoc est le commune, l'espèce la plus commune en France ; elle habite de préférence les terrains calcaires. Quant au Collema, c'est le pidposum, espèce très commune surtout aussi sur sol calcaire ; il paraît bien évidemment avoir pour algue leiV. commune avec lequel il croît en mélange et dont il se rapproche entièrement par ses élé- ments non mycéhens. Aux Marots, ils se rencontraient en abondance l'un et l'autre le jour de la récolte sur des grèves calcaires nues, occupant le parterre d'une carrière de graviers quaternaires. Le sol était absolument calcaire, puisque les graviers déposés anciennement par la Seine proviennent des assises calcaires traversées par le fleuve au-dessus de Troyes et qu'ils sont mêlés à de la craie amenée des environs ou appartenant à la roche sur laquelle repose le dépôt qua- ternaire. Les plantes étaient en parfait état, bien turgides, le Collema stérile, il avait plu pendant la nuit. On a eu soin de les débarrasser des particules terreuses ou des petits graviers qui adhéraient en faible quantité d'ailleurs, on les a mises sécher à l'air libre et après dessic- cation, on les a encore examinées, avant de procéder à l'analyse, afin d'enlever ce qui avait pu échapper au premier examen. Après nettoyage complet, elles ont été soumises à l'analyse qui a donné les résultats suivants : NOSTOC COMMUNE. COLLEMA PULPOSUM. Eau • 93.304 95.300 Malière sèclie. 4.C9Gà IS.lp. lOO de cendres. 4.700 à 17.76 p. 100 de cendres. 100.000 . 100.000 224 AN.NALES DE Lk SCIENCE AGRONOMIQUE. Cl' qui coiTespond à NOSTOC COMMUNE. COLLEM.V PULPOSUM. Eau Maliores comlnistibles. Cendres 95.30i 9,j.30O 3.S32 3.866 0.864 0.834 100.000 100.000 La teneur de la matière sècbe en azote a été I\'os(oc corn 7)1 une. Collcma pulposum p. 100. 4.1965 3.9756 (Jiiant aux cendres, leur composition est donnée dans les deux ta- bleaux suivants, dans le premier acide carbonique compris, dans le second acide carbonique déduit ; la dernière colonne du second donne les différences pour chacun des éléments des cendres entre le ISostoc et le Collema. I Silice. . . NOSTOC COMMUNE. ■ COLI.KMA puliiosmii. 14.26 5 .58 4.66 43.49 2.87 1.44 Traces Traces 27.70 13.51 5.76 6.84 43.26 2.88 1.44 Traces Traces 26.31 Acide ptiû.iphoriqiie . Sesquiowde de l'er Chaux . . . Magnésie . ^ Potasse > . . . ' Acide suHurique . . Chlore Acide carbonique, par différence 100.00 100.00 RECHERCHES CHIMIQUES SUR LES LICHENS. 225 II silice NOSTOC commune. COLLEMA pulposum. — 1.37 -4- 0.10 -+- 2.86 — 1.47 — O.OG — 0.01 19.72 7.72 6.44 GO. 17 3.96 1.99 18.35 7.82 9.28 58.72 3.90 1.95 Acide phosphorique Sesquioxyde de fer Chaux Masnésie l'otasse 100.00 100.00 Les résultais d'analyses qui viennenL d'être donnés conduisent à des conclusions dont nous allons chercher à faire ressortir la nou- veauté et l'intérêt en ce qui concerne: 1° le NosLoc ; 2" le Nostoc comparé à son hchen le CoUenia; S° le Collema comparé aux autres lichens. 1° Nostoc. Ce qui frappe de prime abord dans la constitution chi- mique de cette plante c'est l'énorme quantité d'eau renfermée par elle lorsqu'elle est à l'état de turgescence, de vie active par consé- (pient; la matière sèche n'atteint pas 5 p. 100 du poids total du vé- L;élal. Mais cette matière sèche est prodigieusement riche en cendres, puisqu'elles forment presque le cinquième de son poids total, beau- coup plus par conséquent que dans les feuilles des végétaux supé- rieurs qui en renferment en plus grande quantité. L'azote aussi est abondant ; il y a sous ce rapport analogie avec ce qu'on voit chez les très jeunes feuilles des dicotylédones. Mais l'algue l'emporte sur elles. La remarquable richesse de la matière sèche des Nostoc en cen- dres et en azote nous paraît être en relation avec la prépondérance du protoplasma dans les masses gélatineuses qu'ils constituent ; la paroi propre des cellules de même que la substance gélifiée qui rem- [»lit les espaces qu'elles laissent entre elles ne devant pas, semble-t-il, ANN. SCIENCE AGUON. — 1887. — 1. 15 22G ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. liilrui" pour une part bien impoi'laiilo dans le poids total de l'algue qui a été soumise à la dessiccation ; cela expliquerait aussi la très faible teneur des cendres en potasse, puiscfue ce corps sert, on le sait depuis les belles recherches de Nobbe, à la formation de la fécule dont la plus grande partie est utilisée pour former les membranes de cellulose, pure ou plus ou moins incrustée, qui recouvrent les cellules. Si nous examinons la composition des cendres, nous constatons qu'une seule base est très abondante, c'est la chaux. La teneur en est inférieure à celle qu'on rencontre chez les feuilles de dicotylé- dones au moment de leur chute, mais elle est très supérieure à ce qu'on observe chez la plupart d'entre elles au moment du dévelop- pement. Il est donc évident que la chaux est fort utile à la plante t't on s'explique très bien ainsi, comment elle est si abondante sur les sols les plus franchement calcaires, qu'il s'agisse de terre, de graviers ou de pierres, si rare sur ceux qui renferment très peu de carbonate de chaux. Parmi les bases, une autre est relativement abondante, si à titre de comparaison on se réfère à la petite quantité de ce corps conte- nue dans les cendres des végétaux supérieurs, c'est le sesquioxyde de fer. La magnésie, la potasse surtout, sont en quantité singulièrement faibles. Quant aux acides, il n'y a que des traces d'acide sulfurique, ce qui semble indiquer dans le protoplasma des Nostoc, un état des substances albuminoides assez différent de ce qu'on observe chez les planles supérieures et en général dans le règne végétal. La te- neur de l'acide phosi)horique est faible, au moins quand on la com- pare à ce qu'elle est généralement dans les cellules actives, car elle est sensiblement supérieure à ce qu'elle est dans les feuilles de plu- sieurs végétaux ligneux dicotylédones au moment de la chute de ces organes. La silice est abondante, ce à quoi on ne devait guère s'attendre chez une espèce aussi franchement calcicole, aussi molle surtout, au moins (juand elle est à l'état de vie active. Tous ces acides minéraux ne doivent pas d'ailleurs être combiiuîs RECHERCHES CHIMIQUES SUR LES LICHENS. 227 pour la plus grande part aux bases, puisque la quantité d'acide car- bonique trouvée dans les cendres est considérable. il° Nostoc comparé aux CoUema. A tous égards il y a identité pres- que complète entre les deux végétaux ; la présence du champignon n'a pas eu d'influence sensible sur la composition chimique de la plante. Il y a des analyses d'échantillons divers d'une même plante qui diffèrent certainement plus que ne l'ont l'algue et son hchen. Faut-il voir là une règle générale, applicable à tous les lichens? Nous ne le pensons pas. Nous avons déjà fait observer plus haut que parmi eux les Collémacées occupent une place très spéciale. Nulle part, en particuliei-, l'algue n'est aussi peu altérée ; nulle part non plus le mycélium du champignon ne constitue une part moins im- portante de l'ensemble. Chez les Collema en particulier elle est singuhèrement faible. Enfin, il est bon de le l'eraarquer, le lichen était stérile, s'il avait eu de nombreuses apothèques, il est probable, d'après ce qui a été observé chez le Peltigera canina, que la com- position chimique s'en serait trouvée influencée. Les diflerenccs entre les chiffres afférents au Nosloc, d'une part, au Collema de l'autre, ne dépassent guère en général celles qui pro- viemient des erreurs possibles dans de semblables analyses, c'est le cas pour la proportion de l'eau et de la matière sèche qui est bien certainement la même de part et d'autre ; mais en ce qui concerne le taux de cendres, il semble qu'il y a positivement infériorité du côté du lichen : peut-être en est-il de même, quoique avec plus de doute, pour l'azote. Quant aux éléments des cendres, il y a sensiblement identité, sauf pour la silice et la chaux qui seraient en proportion légèrement plus faible chez le lichen et pour le sesquioxyde de fer qui, lui, au con- traire, s'y trouve en proportion sensiblement plus forte. Ce serait là même que se trouverait la plus grande différence entre Nostoc et Collema, puisque l'excédent chez le dernier est d'autant plus sen- sible que la teneur, chez le premier, n'est pas très forte. Il semble, d'ailleurs, que le sesquioxyde de fer se soit substitué à la silice et à la chaux, puisque si l'on fait la somme des différences en moins présentées par ces deux corps, on trouve 2.84, tandis que la différence en plus pour le sesquioxyde de fer est 2.86. 228 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 3" Collema comparé aux autres lichens. La composition chimique est pleinement d'accord avec les caractères sur lesquels s'appuient les descripteurs pour faire une place à part aux coUémacées; tandis que les hchens ordinaires, nous l'avons vu, renferment une forte proportion de matière sèche et ressemblent sous ce rapport aux feuilles des végétaux supérieurs, le Collema, comme le JSostoc qui lui a donné naissance, contient à l'état de vie une quantité d'eau très considérable. Sa substance sèche est beaucoup plus riche en azote et en cendres : pour ces dernières, le rapport est de 2.81. Si nous comparons le Collema jmlposîim au Cetraria aculeata, lichen qui en renferme cependant une très forte proportion, il est probable qu'il faut expliquer ces faits comme nous avons cherché à le faire pour les Nostoc. En ce qui concerne la composition des cendres, les teneurs fortes ou très fortes en chaux, sesquioxyde de fer, silice, ont leurs analogues chez les autres hchens; tandis que chez aucun de ceux que nous avons étudiés, on ne trouve des proportions d'acide phosphorique, d'acide sulfurique, de magnésie et de potasse aussi faibles que chez les Collema. Ajoutons comme dernier caractère différentiel, la grande quantité d'acide carbonique contenue dans les cendres des Collema; elle prouve que chez eux, à l'état de vie, les bases ne sont, pour la plus grande partie, pas unies à des acides plus organiques. La plupart des Collema sont, comme les Nostoc, des végétaux cal- cicoles ; on voit que leur richesse en chaux explique ce fait, mais qu'ils n'en renferment pas moins une forte proportion de silice. En cela ils ressemblent à beaucoup de végétaux supérieurs calci- coles. Au point de vue pratique, les Collema otïrent peu d'intérêt si ce n'est que, pour leur petite part, ils contribuent à former le sol sur les rochers, les graviers, qui leur servent souvent de support, mais il n'y a pas à se préoccuper, comme pour les autres lichens, de leur enlèvement du sol forestier ; il faudrait en recueillir des quantités considérables à l'état frais pour exercer une influence sensible snr la fertilité ; et ce ne peut à peu près jamais être le cas, puisqu'ils RECHERCHES CHIMIQUES SUR LES LICHENS. 229 habitent, les espèces communes an moins, de préférence, et on peut en dire autant des Nosloc, les rociiers, les vieux murs, les graviers, la terre nue, c'est-à-dire qu'ils vivent le plus habituellement en dehors des massifs forestiers proprement dits ; nous ne parlons pas des chemins sur lesquels les Nostoc sont souvent extrêmement abon- dants. L'ANALYSE DE LA BETTERAVE A SUCRE PAU LA MÉTHODE DITE - ALCOOLIQUE ' » Par A. PETERMANN DIRECTEI'R DE LA STATION AGR0NOMI. 100 TOTAL. lies MÎOTKE saccliari- Sucre solutions. du tube. employé. métrique. P. 100. de sucre. et eau. gram. c^ 2G.0 48 à 100 20 V 99.8 99. s 0.17 99.97 — — 20 V 99. S 99.8 0.17 99.97 16.20 — 20 L 99.8 99.8 0.17 99.97 — — 20 V G2.1 99.9 0.17 100.07 Moyen ne. 39.99:> D. — Solution alcoolique de saccharose. Alcool a GO" G.-L. CONCENTRATION LONGUEUR POLARI- UEGRK SUCRE EAU p. 100 T O TA L. des MKTRE sacchari- Sucre solutious. du tube. employé. métrique. P. 100. de sucre. et eau. graïu. C-' 1G.20 à 100 20 L 99.9 99 '. 9 0.17 100.07 — — 20 V G2.0 99.7 0.17 99.87 Moyen ne ' 99.97 En examinant l'ensemble des essais relatés dans ce chapitre, on leconnaît qu'il n'existe aucune différence dans la polarisation du saccharose, suivant qu'on l'examine en solution aqueuse ou en solution alcoolique. ANALYSE DE LA BETTERAVE A SUCRE. 241 Les moyennes, les minima et les maxima constates dans les trois séries d'essais sont, en effet, d'une concordance parfaite. DISSOLVANTS. MOYENNES. MVXIMA. Ml.N'IMA. Eau . . .... ... 99.95 99.97 100.04 100.09 100.19 100.19 99.79 99.79 99.89 Alcool à 60" VIcool à 40". . .... Les résultats de quelques essais nous ont fourni des chiffres s'é- cartant d'une manière sensible de 100. Mais il est à remarquer ([ue ces différences se rapportent toutes aux polarisations de liqueurs très diluées. Il est du reste facile d'établir qu'elles ne dépassent pas la limite des erreurs possibles, lors de l'observation polarimétrique. Ainsi l'écart le plus considérable (0.21 p. 100) se rapporte à une solution renfermant ^^^OS de sucre pour 100 centimètres cubes d'eau, c'est-à-dire le quart du poids normal pour le saccharimètre Laurent, Polarisation Laurent, tube de 20 centimètres = 24.9, ce qui nous donne pour le sucre essayé : ^24.9x^ = 99.6 de sucre + 0.19 d'eau = 99.79. Si l'observateur avait trouvé 1/10 de degré de l'échelle sacchari- métrique en plus, il obtenait : 25.0x4 = 100 do sucre + 0.19 d'eau = 100.19. Au surplus, ces écarts se sont présentés dans les deux sens ( — ■ 0.21 à + 0.19) et aussi bien dans les polarisations aqueuses que dans les polarisations alcooliques. j! 1^ CHAPITRE II. L'alcool permet-il d'extraire tout le sucre contenu dans un poids donné de pulpe ? Nous nous étions proposé d'étudier le procédé de M. Stammer, reposant sur l'extraction immédiate du sucre par simple agitation avec l'alcool de la pulpe très fine, dite a. limée ». La râpe Stammer, AN.\. Si;lE.NCE AURON. — 1887. — I. IG 242 ANNAI.KS DE LA SCIENCE AGUONOMIQUE. que nous avons fait venir directement de son constructeur, fournil en effet une pulpe tellement fine que toute la masse se présente sous l'aspect d'une véritable écume, ne laissant rien sous la pression des doigts. Mais fonctionnant fort bien, d'après ce que l'on nous a assuré de divers côtés, lorsqu'elle peut être mise en mouvement par une transmission, la râpe de Slammer est d'un emploi impossible pour le travail à la main. Un ouvrier très exercé, ayant déjà râpé près de iO.OOO écliaiitillons de betteraves, a mis, sous nos yeux, près de deux heures pour produiie 400 grammes de pulpe « li- mée », La partie active de la râpe s'était d'ailleurs tellement échauf- fée qu'un brouillard de vapeur d'eau flottait au-dessus de l'appareil. Ayant par conséfiuent dû abandonner la méthode Stammer, nos essais ont spécialement porté sur: 1° Les niétliodos d'extraction alcoolique (Scheibler, Sickel). 2" Les méthodes de digestion alcoolique (Rapp, Degener, Stockbridge, Herraann). 3" Les méthodes de digestion aqueuse (Sachs, Pellet). Nous envisageons seulement ici ces procédés au point de vue de la possibilité de retirer par l'alcool tout le sucre contenu dans un poids donné de pulpe. Les betteraves employées à nos essais appartenaient, le n° i, à la variété Kalinofka, et le n° 2 à la variété Desprez. Pour un certain nombre d'essais, elles ont été i^éduites en pulpe au moyen d'une petite râpe à main. Pour les autres on s'est servi d'une râpe à lambour du modèle des râpes de sucrerie. La pulpe fournie par la râpe à main était très fine; sous l'action d'une forte presse à vis, elle cédait en moyenne 80 p. 100 de jus. Celle obtenue au moyen de la râpe à tambour était plus grossière, mais cédait encore sous la même pression 70 p. iOO de jus. La pulpe, rapidement et intimement iTiélangée, était placée dans un bocal de verre, plat et large, fermé au moyen d'un couvercle de métal et portée ainsi à la balance. Pour tous les essais alcooliques, nous avons employé l'alcool à 85" G.-L. Les jus alcooliques doivent être déféqués avec une petite quan- tité de sous-acétate de plomb (environ 2 centimètres cubes et demi pour 50 grammes de pulpe). Ils doivent être filtrés rapidement sur ANALYSE DE LA BETTERAVE A SUCUE. 243 un filtre à plis placé d;uis un entonnoir, ipie l'on recouvre pendant la filtration d'un couvercle, dont le bord entoure celui de l'enton- noir. Le liquide filtré est recueilli dans un ballon de verre auquel l'entonnoir sert de couvercle. A. — Essais dans l'extracteur Petermann-Simoa '. NUMEROS. 7 8 9 10 11 DIOESTION NOMBRE PRISE d'essai. ALCOOL. préalable à froid. d'cpuise- moiits à cliaud. VOLUME. r.v. Cent. cuil. Minutes. Cent. cub. POLARISATION Laurent, tube de 10. 50 100 48 13 100 25 50 21 9 100 25 50 24 9 100 25 .JO 1/2 7 100 25 50 1/2 7 100 a) Betteraves n" 2 râpées avec la râpe à lamhour. 73.2 36. G 36.5 36.5 36 . 6 b) Betteraves n° 1 râpées avec la râpe à tambour. 32.7 32.5 32.7 c) Betteraves h" 1 râpées avec lu râpe à main. 33.1 32.9 32.9 25 50 1/2 10 100 25 50 1/2 10 100 25 50 1/2 10 100 25 50 1/2 10 100 25 50 1/2 1 100 25 50 1/2 10 100 SUCRE p. 100 de betteraves. II. SG I1.8G M. 83 II. 83 II. S6 10.59 10.53 10.59 10.72 10.66 10.66 La pulpe de cbacun de ces essais a été traitée à nouveau pur l'alcool. L'extrait obtenu ne polarisait plus. B. — Essais dans l'extracteur Soxhlet. La construction par M. Soxhlet d'un extracteur spécial destiné à l'épuisement de la pulpe de betterave par l'alcool a marcpié un pro- 1. Voir la description : Recherches de chimie et de physiologie appliquées à fagriculture. Bruxelles, 1886, p. 554. 244 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. grès sensible vers la généralisalion de l'emploi de la méthode de Scheibler. Nous avons remplacé le bain de sable par un bain-marie très profond, dans lequel le ballon pénètre à peu près complète- ment. Des anneaux en porcelaine, dont le plus petit s'adapte très bien au col du ballon, couvre le bain-marie. On diminue ainsi la quantité de vapeur d'eau qui se dégage et on produit un échauffe- ment très uniforme du ballon, empêchant les soubresauts de la li- queur alcoolique en ébullition. Nous préférons aussi le réfrigérani de verre au bassin de métal, car le premier système permet de voir continuellement la colonne d'alcool condensée dans le réfrigérant, et dont l'épaisseur indique s'il faut augmenter ou diminuer la flamme. NUMEROS. d'essais. Grammi s. ALCOOL. Cent. cub. DURÉE de l'épuisement. Minutes. VOLUME, Cent. cub. POLARISATION Laurent, tube de 40. s u c K E p. 100 de betterave. a) Betterave )i° 1. — Pulpe obtenue par la râpe à main. 12 13 li Ij 50 150 50 150 50 150 50 150 30 45 60 75 200 200 200 200 3G.5 3G.G 3G.7 36.5 11.82 11. 8G 11.89 11.82 b) Autre loi de betteraves. — Pulpe obtenue par la rôpe à main. IG 25 150 60 ?00 13. G S. 80 c) kutre lot de betteraves. — Pulpe obtenue par la rdjte à tambour. 17 18 19 20 21 50 150 50 150 25 7 5 50 150 50 150 25 75 GO 60 GO GO 60 GO 200 200 100 200 200 100 27.0 27 2 27 .2 27.1 27.3 27.1 8.75 8.81 8.81 8.78 8.85 8.78 La pulpe épuisée de chacun de ces essais a également été traitée à nouveau par l'alcool et l'extrait obtenu essayé au polarimètre. Dans aucun cas on n'a obtenu de déviation. J ANALYSE DE LA RETTERAVE A SUCRE. 245 La suite de iioli'c travail renferme de nombreux dosages que nous aurions pu citer ici comme preuve en faveur de la thèse qui nous occupe dans ce paragraphe. Mais nous croyons les essais précédenis suffisanmicnt concluants pour en déduire que l'alcool à 85" permet de retirer d'une pulpe suffisamment tine tout le sucre qu'elle ren- ferme. ^2. — Le saccharose dissous dans l'alcool à 60° est-il décomposé à la température d'ébullition de sa solution ? Plusieurs des essais précédents nous donnent déjà une réponse à cetic question. La durée de l'ébullition des solutions alcooliques de sucre a varié, pour les essais 1 à 11, de 2 heures à 8 heures, et pour les n"' 12 à 22, de 30 minutes à 1 heure 15 minutes. La concordance remarquable entre les chiffres de chaffue série prouve qu'aucune décomposition ne peut avoir lieu. MI.VIMUM. MAXIMUM, P. 100. P. 100. 11.8.3 11. 8G 10.53 10.59 10. G6 10.72 11.83 11.89 8.7.', 8.85 A. - c.) , h). B. — a) Cl Nous avons complété ces données par quelques essais directs. Deux prises d'essais de 50 grammes d'une pulpe bien mélangée ont été épuisées pendant une heure dans l'appareil de Soxhlet, au moyen de 150 centimètres cubes d'alcool à 85". La solution alcoi^li- que de sucre de l'un des essais a été immédiatement portée au vo- lume de 200 centimètres cubes et polarisée. Celle de l'autre a été maintenue en ébullition pendant 4 heures. Elle a ensuite été portée aussi à 200 centimètres cubes et polarisée. Kssai n" 23. Après une heure d'ébullition : Polarisation [iaurent, tube de iO 34.3 — U. Il p. lOO. Essai n" 2 i. Après quatre heures d'ébullition 34.1 = 11.05 — -•1^ ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Trois essais ont porté sur du sucre pur. Nous avons pesé trois fois 1C«'",20 de sucre et dissous dans l'alcool à 60". Essai n» 25. lG''',20à 100 c. c. Sans ébullition. Polarisation Laurent. 100.0 Essai n" 2G. 16S'',20. Ébullition de S'-aO'. Porté à 100 c. c 99.9 Essai n" 27. 16"f,20. Ébullition de 5 heures. Porté à 100 ce. . 100.1 Nous concluons de l'ensemble de ces essais que le saccharose dis- sous dans l'alcool à 60° G.-L. n'est pas décomposé à la températui^e d'ébullition de sa solution. g 3. — Le poids de pulpe employé dans les méthodes alcooliques représente-t-il la composition moyenne de la betterave ? La question posée dans ce paragraphe mérite une attention toute particulière. Le poids des échantillons de betteraves que l'on soumet à l'analyse est habituellement de 3 à 5 kilogrammes, suivant le nombre de ra- cines, leur poids, et suivant que l'on emploie des quarts ou des moitiés de betteraves. Une bonne presse de laboratoire en extrait 70 à 80 p. 100 de jus. Il en résulte que les 100 centimètres cubes de jus sur lesquels le chimiste opère finalement dans la méthode ordi- naire représentent environ 150 grammes de betteraves, c'est-à-dire que la prise d'essai comprend 3.8 p. 100 de la matière à analyser, en admettant que l'on ait râpé 4 kilogrammes de betteraves. Cette proportion est moins favorable dans les méthodes directes, car 25 ou 50 grammes de pulpes correspondent, dans les conditions ad- mises pour l'analyse par le jus, à des prises d'essai de 0.63 ou de 1.20 p. 100. En outre, le jus de betteraves est susceptible d'un mé- lange parfait et les manipulations qui suivent son extraction lui don- nent une homogénéité que l'on ne saurait jamais atteindre dans le mélange de la pulpe. Nous avions donc à décider expérimentalement si une prise d'es- sai de 25 à 50 grammes de pulpe représente bien la composition moyenne d'un lot de betteraves râpées, ou, ce qui revient au même, à déterminer quel est l'écarl quo l'on constate entre les analyses à l'alcool de plusieurs prises d'essai faites sur une même pulpe. ANALYSE DE L.V BETTERAVE A SUGRE. 247 Prcniiêrc expérience. ■4 bcltcraves n° 2 ont été râpées avec la ràpc à laiiihour. Toute la pulpe ubLenuc a été mélangée avec une spaLule, pui.s un a prélevé si (les places différentes une prise d'essai de 50 grammes et quatre de !25 Qi'ammcs. NUMÉKOS. POIUS do pulpi'. MlVl'IIODK EMPLOYÉE VOI.UMH do l.^ solutiuu. l'OI^AlUSATION Laurent, tube de lu. s U CR B p. 100 betteraves. Ciiainilies. Cent. cuil. 1 ÔO Epuisement alcoolique. 100 73.2 1 1 .86 2 25 — 100 30. 6 11.86 3 25 — 100 36.5 11.83 4 25 — 100 36.5 11.83 5 25 — 100 36.6 11.86 I \Ioyenne . . ... 11.85 1 Ecart entre 1 e minimum et le maxim — et la moyci maximum et la inojei uni . . . o.or > ne 0.0'. ne . . . . . . 0.01 Deuxième expérience. 6 betteraves n° 2. — Pulpe fournie par la râpe à tambour. POIDS VOLUME l"OL.4RIS.\TION' s II C i: T'. n. !0^l urMKitos. de pulpe. MÉTHODE EMPLOYÉE. de la solution. Lauréat, tube de 10. de betteraves. (iraniriu-s. CeiK. cid). 28 25 Epuisement alcoolique. 100 32.4 10 50 29 25 — 100 32.7 10.59 30 25 — 100 32.5 10.53 31 25 Digestion alcoolique '. 100 32.8 10.57 32 25 — 100 32.5 10.47 I 1 doyenne . . . . 10.53 Scart entre 1 e minimum et le maxim — et ki moyen maximum et la moyen um. . . . . 0.12 16 . . . . . O.OC ne . . . O.OC 1. Dans 1< .s expériences faites par digestion, il a été tenu coi npte du volume occupé par \i- mare. Da us cette expé •ience, ce volume était de :i5 ce:. t. c ubes pour 2.5 g r. de pulpe (voir p. 45). 243 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Troisième expérience. 6 betteraves n" 2. — Pulpe fournie par la râpe à tambour. POIDS VOLUME POLARISATION SUCRE p. lOO NUMÉROS. MÉTHODE EMPLOYÉE. de Laurent, do de pulpe. la Solution. tube de 40. betteraves. Giainmes. Cent. eiib. 33 25 t;puisement alcoolique. 100 35.5 11.50 34 25 — 100 35.4 11.47 35 25 — 100 35.5 11.50 36 50 Digestion alcoolique'. 200 3G.6 11 .58 37 25 — 100 35.2 11 .46 Moyenne . ... 11.50 1 lîlcait entre 1 e minimum et le maxim — et la moyen maximum et la moyen um . . . . . . 0.1- 1 i ne . . . . . . 0.0 ne . . . . . . 0.0 ' 1. Voliim e du marc : 12 4 cent, cubes pour 50 gr. et 62 cent, cubes pour 25 gr. Quatrième expérience. 6 betteraves n" 3. — Pulpe fournie par la râpe à tambour. 38 39 40 41 42 POIDS MÉTHODE EMPLOYÉE. VOLUME de POLARISATION Laui-eut, s u . Minules. Cent. cub. 17' 50 150 00 200 270 8.75 IS 50 150 GO 200 272 8.81 19 25 75 GO 100 272 8.81 20 50 150 GO 200 271 8.78 21 50 150 GO 200 27:5 8.85 22 25 75 CO 100 271 8. 78 Moyenne Écart en ... S.8( ) ) j tre le minimiii maximui 1 et le maxim et la nioyenr n et lu moyen uni . . . . O.K le. . . . ... 0.0. ne. . . . ... 0.0 1. Nous sibilité d' avons d(';jà extraire pai utilisé ces essa l'alcool tout le s au § 1 du présent chapitrt sucre de la pulpe. ;, afin de démontrer la pos- Écarts entre le minimum et le maximum constatés dans huit sé- ries d'analyses : POUR 100. r^ série (cinq prises d'essai) 0.03 2® série (cinq prises d'essai) 0.12 3^ série (cinq prises d'essai) 0.12 4* série (cinq prises d'essai) 0.08 5* série (cinq prises d'essai) 0.19 G* série (cinq prises d'essai) 0.13 7* série (trois prises d'essai) 0.11 8'' série (six prises d'essai) 0.10 Les nombreux essais que nous avons exécutés pour résoudre la (piestion qui nous occupe dans ce paragraphe, nous ont certainement lourni des résultats fort concordants et fort concluants. Dans les con- 252 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. tlitions défavorables d'un lot de betteraves constitué d'une façon aussi hétérogène que possible, le minimum et le maximum de six analyses diffèrent seulement de 0.10 p. 100. Sur les trente-neuf essais, les écarts les plus considérables entre le minimum cl le maximum sont 0.18 et 0.19 p. 100, et il est à remarquer qu'ils sont fournis par deux méthodes d'analyse différentes : l'épuisement al- coolique et la digeslion alcoolique. Nous croyons par conséquent pouvoir conclure qu'une pulpe ob- tenue par une bonne râpe forme, après mélange, une masse assez homogène pour qu'une prise d'essai de 25 à 50 grammes puisse être considérée comme en représentant la composition moyenne. CHAPITRE III. Comparaison des résultats fournis par les différentes méthodes de détermination du sucre dans la betterave. Si l'on peut conclure des expériences précédentes que les mé- thodes alcooliques permettent de doser avec précision le saccharose contenu dans la betterave, nous devions déterminer aussi quelles sont les différences entre les résultats fournis par ces méthodes et ceux obtenus à l'aide des autres procédés, et surtout rechercher si ces différences confirment les griefs que nous avons énoncés contre l'ancienne méthode dans l'introduction à ce travail. Dans ce but, nous avons exécuté six séries d'expériences. Afin que tous les résultats d'une même série fussent comparables entre eux, nous avons opéré comme il suit : la pulpe obtenue par ràpage a été mélangée très intimement. Une partie soumise à la pression a fourni le jus destiné aux analyses par voie indirecte. Le reste a servi aux prises d'essai pour les méthodes directes. Dans chaque série, les es- sais ont été exécutés en double ou en triple, conformément au ta- bleau suivant: Méthodes indirectes on par le jus. I. Méthode ordinaire : polarisation du jus ('t emploi du coellicient 0.9ô. 11. l'olarisation du jus et emploi comme coellicient du taux de jus d'après Stamnier. ni. l'olarisation du jus additionné de son volume d'alcool absolu et emploi de Tun des coetlicients ci dessus (Sickel, StammerJ. ANALYSE DE LA BETTERAVE A SUCRE. 253 Méthodes directes. IV. Digestion aqueuse de la pulpe (Sachs, rellet). V. Digestion alcoolique de la pulpe (Sostnianii, liapp, Degener, Stockhridge et ilcrmanni. VI. Épuisement alcoolique (Scheibler et d'autres;. La méthode basée sur la polofisalion du jus additionné d'alcool demande beaucoup de précautions, à cause de la contraction et de réchauffement qui se pi-oduisent lors du mélange de l'alcool avec le jus. Voici comment nous avons opéré : On a prélevé au moyen d'une pipette 50 centimètres ciibes de jus que l'on a introduit dans une fiole jaugée de 100 centimètres cubes. On y a ajouté 30 à 35 centimètres cubes d'alcool absolu en agitant pour facihter le mélange. On y a introduit ensuite 5 centimètres cubes de sous-acétate de plomb, puis de l'alcool jusqu'au trait, tou- jours en agitant. Après refroidissement, on a définitivement porté au volume, mélangé, filtré avec les précautions indiquées, puis po- larisé*. Afin de pouvoir comparer les polarisations des jus alcoolisés et celles des jus polarisés directement, nous avons mesuré également ceux-ci au moyen de la pipette. Nous nous sommes du reste assuré par quelques essais spéciaux de la concoi^dance entre le mesurage fait d'une part au moyen de la fiole jaugée et de l'autre avec la pi- pette. 110'') Ballon I .._: 11.03 1" jus 11.04 '•ipe"e !;;;;: |H.n Ballon 12.44 12.44 9e - J"^ ) D- » ^ 12. 3G ) ^^ -^ )Sucre p. 100. '^•P^"*^ 112.33 1 ''■^' 3« jus. Ballon i 11 ■'^^ ! 11.38 I 11. 3G ( i'*i'«"« I î!:4i j "•'■- 1. Les difficultés que Pon éprouve quelquefois dans la polarisation des jus alcooliques proviennent de ce que le tube du saccliarimèlre n'a pas été sullisaniment rincé. Si l'on n'a pas assez de liquide pour rincer le tube quatre ou cinq Tois avec la solution à po- lariser, il faul dabord le laver deux ou trois fois avec de l'alcool de niôrae titre que celui du jus à observer et ensuite deux fois au moins avec celui-ci. 254 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Pour les méthodes par digestion, nous nous sommes servi de bal- lons jaugés à col très haut. La pulpe introduite dans le ballon, on portait au volume après avoir ajouté la quantité nécessaire de sous- acétate de plomb. On laissait digérer pendant une heure dans un bain-marie chauffe à 70" C. en ayant soin de mélanger de temps en temps en tournant le ballon sur lui-même. On refroidissait alors et, s'il y avait lieu, on remplaçait les quelques gouttes d'alcool ou d'eau évaporées, on agitait énergiquement, filtrait et polarisait. Tableaiix. ANALYSE DK LA liETTERAVE A SUCRE. 255 o ■aiitiiidoJiB luemasind^ jbj "" .r; .o o -H i-< ^H -f O 11.50 11.47 11.50 ri —4 11.70 11.70 11.73 c.^ o: rt :r, ■o lO lO -zi é 6 d .2 l 'oiib||oor>|K — d d ~ ce -.D .H -M ■M r-t 00 irt 1.H 35 -M d d -H O ë - «: n 1 •osiloiiDB ~ d o 15 in « c d •H ^H o 'A £ C O o Ci = a a a C5 S a 05 CO o ( 'jaiuuiEig saade.p j Sllf Op XHBX S = •D fi a S 2 a CO '■à a s ■55 [snuoiiuo.vno^ o \ = , = -- ri a a o a a / •jaiuiuBig sut ap jnainiiiaoa np "5 M.ldaia 05 rt 1— 1 O o ci N -1 — o cô -M T-4 ^ Ol ^1 o ï* •< =: 2 f- s ■(jg-O lUaiDniao.i np loiduij o o o -H Cï o as CO t- -H o . es O u + 2 •a » s i o ■" ■o u . ci o 3 O aj œ 3 •-+ o ci o • s o •^£ u O •o; "? 3 O i => +; O a t^ O POLARISATION Dl' JUS NON ALCOOLISÉ. Sucre p. ii'O de betlerave. aaïuiucig snt ap iaaiai||3o.p iip ~ io|dai3 -M 71 71 -H ■-0 -f o o I.-5 O 71 'M 'M CO C-I •C6"0 )uat.->iiiaoo np io|aai3 O CM — t OS C5 1-t ^ ■M Si OC -j> îi -si •-< ■M 00 -O î^ ri "O g o o 7 «^ il o 3 ^ O CO = •2 « g s ^ s ta en 3 . O O m O ■fe % : 2 s a CD a c "> c ■t > n a o o a ■■» •; •0 «S a a >. o 3 fl .2 ■" C 9 •M tu ■a ï > c ^ 25G ANNALES DE LA SCIENCE AGHONOMIOL' E. ■M -Z 'Si n •-. i ■r; / Miibnuujuî t- • ic ■o '-^ ~ z; 9 o liinniasind? jc,I îS 2 o =5 - i-t r "■^ — —^ • ? ^ '.r >3 O -^ t^ - i. ) = 1 , = r- i^ ^ a , _ r, ? \ o k -OUljHiioOlB _ O d O =0 o -ï s = ~ ~ [» C K ^ Ï ' rH — ^ l ' , .5? \ rî -t* t^ •^ te M 1 ■3'ill.lllbE Ci 1, ~ > ce g- o 1 -H a a a " ~ -S i;|sS.- •- = .^-2a.i = _■ o w - •- - c o* »o Cï î; 1 g- a) — ^ ^ = r •— co ;t s a a a a a à ■a; c — ^ V -J c u> o II ï3 c 3- rt o -OJ ra FFICIE OJ ~ ■ ■joiuuiEis s^adep a s fi a a s -H r: ■^ tO !0 d O snf ap xiicx ri 3^ r;» Ci ■l9naoijn3Ano3 o a s s g a a a IÇ a: Mauiuieig O 'O ^1 y-K 2 O -M .-1 r-l iH (M sur ap lUdiDilliJO.i iip sn ^* * a a a a a -H iH ■a loi'Iuig i-H iH — »-< i-i "^ "^ *^ —4 r— j^ •^ -^ wt ■M -t* -JO O u"" S s •S6"0 uia!.>ui.ioo np io|d ii d d d o CI .H iH i-H — « 1-» »H ^^ tH rH '— t -^ J 2 . 'î ï M ■« *D "0 'i -i »i CJ u a ZJ IJ OJ câ (S rt c3 ai ■^ 1= • 00* S =5 o Sd Q ^ S -^ S -" œ '"' ce t>4 * X ' ' i f o âl u O ^3 • âl âs O o ■ K ■ +; to 1^ 2 + ce n J s 03 3 ^ •2.2 .i> d) — J ^ O "->■»-» "^ *S n, *- O) "^ h ^^ •S s u o -_l - ;u o • o U o o o O o O ïO »c — '"' w 'j^aïuieig o o ^ n t^ ce (M 00 ■M -T snf ap nisiO!i|303 np " -- o y-l — a a a a f-4 — < J, ^ o o loiduig TA ^ r-l r-t ïH r-« T-f *"* o o '^ r> 'M «O -1* -^ -^ -- -^ ■^ o -. o c> t- t» C' t^ a ... t- 00 00 X) co ÇB ', ^ -H ^^ O O O d d - ^ rH 5C 2 o s -( -1 -H — t rH ^ ■<-« *"* " te Ci 3 . en 3 - rrj o d u O o O O - ci o -ri SATIOS D Sucre p. S 3 >0 ei : +1 S 3 o 3 ■■^tii a, 3 ■o o ■ 1 + 5 tu 2 ■o -0) O ?1 i O â 'i A rt o o o o o . >o o —4 1 - "* „■ ^ ^ _; ^' â 0) . tS 3 ^ 'C ï ^'2 2 a C î- •» > - -s > ?■""£; a -M i as rt ^ - î; b * £ >> « g 3 « rt 03 CÛ Jl :j ty P3 »^ ANALYSE DE LA BETTERAVE A SUCHE. 257 Rn examinant d'abord les cliiffrcs des colonnes 2 et 4, 3 et 5, nous constatons, d'accord avec M. Dcgcner, que l'alcool ajouté à froid au jus de betterave ne précipite pas les matières polarisantes non-sucre. Les chiffres obtenus par la méthode ordinaire sont d'ac- cord avec ceux que nous a fournis la polarisation du jus alcoolisé. Nous avons d'ailleurs cherché d'une manière directe dans le préci- pité plombique la présence du « non-sucre » polaiisant. Deux prises d'essai de 100 centimètres cubes de jus ont été addi- tionnées, l'une de 100 centimètres cubes d'eau distillée et 10 centi- mètres cubes de sous-acélale de plomb, l'auli'e de 100 centimètres cubes d'alcool et 10 centimètres cubesde sous-acétate de plomb. Les précipités obtenus ont été lavés, par décantation d'abord, sur des fdtres ensuite, le premier à l'eau distillée, le second à l'eau alcoolisée. Après s'être assuré que les liquides de lavage ne polarisaient plus, on a percé les filtres et amené les précipités avec de l'eau dans des ballons de verre. Après dépôt, on a décanté l'excès d'eau, puis on a décomposé les précipités en faisant passer pendant plusieurs heures un courant d'acide sulfliydrique. Chacun des deux liquides a été porté à 200 centimètres cubes, filtré et essayé au sacchari- mètre Laurent dans le tube de 40 centimètres. Aucun des deux n'a donné de déviation. L'addition d'alcool à froid au jus de betterave ne précipitant pas le c< non-suci'e polarisant », cette modification du pi'océdé habituel- lement suivi ne présente donc aucun avantage. La comparaison des résultats obtenus par les méthodes alcooh- (jues (épuisement et digestion) avec ceux donnés par la méthode ordinaire démontre que celle-ci exagère la richesse des bctteiaves d'environ 0.5 p. 100. Tauliaix ANN. SCIENCE ACl'.OiN. — IS87. — 1. 17 258 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Différences entre la méthode ordinaire et la digestion alcoolique. Comparaison des moyennes. MÉTHODE OU DINAI HE DIGESTION ALtOOMyUE. DIFFÉRENCE coeflBcieut 0.95. en Bucre p. 100 SÉRIB. NOMBRE SUCRE P. 100 NOMBRE SUCKE P. 100 de (i'ess;i:s. lie betteraves. d'essais. de betteraves. betteraves. 1 2 11.11 2 10.52 0.59 2 o 11.92 2 11.52 0.40 3 2 12.17 2 11.77 0.40 4 2 11.27 2 10.71 0.44 6 2 11.08 2 10.78 0.30 G 1 11.72 2 10.93 0.79 J JOYENNE. . . 0.49 Différences entre la métJiode ordinaire et l'épnisement alcoolique. Comparaison des moyennes. MÉTHODE OUDINA.1RE DIGESTION ALCOOLIQUE. DIFFÉRENCE coefficient 0.95 SÉRIE. -- en sucre p. 100 ^^^^^ ^^^^ NOMBRE SUCRE P. 100 NOMBRE SUCRE P. lUO de d'essais. de l)etteravf s. d'e.ssais. de betteraves. betteraves. 1 2 ti.n 3 10.54 0.57 2 2 11.92 3 11.49 0.43 3 2 12.17 3 11.73 0.4 i 4 2 11.27 3 10.57 0.70 5 2 11.08 3 10.68 0.40 6 1 11.72 3 10.85 0.87 i) loTENNE. . . 0.57 Lcs]tlifrérenccs constatées dans nos essais de celle année sonf d'accord avec celle de 0.54 trouvée dans un essai i)rélimiiiairc (lue ANALYSE DE LA BETTERAVE A SUCRE. 259 nous avons déjà relaté en 1886', et aussi avec celles trouvées par ToUens, Degencr et Mael•cker^ Les causes de ces différences sont multiples. Dans la méthode ordinaire, trois causes d'errem' viennent fausser les résultats : i° Le jus extrait par pression de la pulpe pour servir à l'analyse, ne représente pas la composition du jus normal; 2° Il renferme des matières polarisantes non-sucre. Ges'deux causes tendent à exagérer la richesse de la betterave ; 3° Le coefficient de convention admettant 95 p. 100 de jus est souvent inexact. Toutefois son emploi diminue l'erreur due aux deux causes précédentes, chaque fois que le taux du jus est supérieur à ce chiffre. La méthode basée sur la polarisation du jus et sur la détermina- tion quantitative de celui-ci par le procédé Stammcr, conserve en- core les deux premières causes d'erreur. Mais elle supprime le coefficient conventionnel de 0.95 et le remplace par le taux du jus trouvé. Quoique la quantité de jus trouvée par la méthode de Stammer ne soit pas tout à fait exacte, par suite de l'impossibilité d'obtenir un jus ayant la composition du jus normal ^, elle se rapproche ce- pendant suffisamment de la quantité réelle pour que l'erreur qui peut en résulter dans le calcul de la richesse de la betterave soit in- signifiante. Malgré cela, cette méthode d'analyse de la betterave est plus mauvaise encore que la précédente, car le taux moyen du jus dépassant 95 p. 100, l'erreur occasionnée par l'emploi de ce dernier coefficient agit en sens inverse des deux autres et les compense dans une certaine mesure. Les chiffres suivants en sont la démons- tration évidente. 1. Bulletin de la Stalion agricole expérimentale de l'Etat, n" 35. •2. SiDEttSKY, la Sucrerie belge, n" 9, 1887, p. 1G7. 3. Voir note 2, p. 23i. Tableaux 260 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Comparaison des différences entre les résultats obtenus par l'épuisement alcoolique et ceux fournis respectivement par l'emploi du coefficient 0.95 et du taux du jus d'après Stammer. DIKPÉKENCE DIFI'-KKKNCK SÉlilES. enti'o l'épuisoiucut alcooliiiue et la (litre l'épuiseineiit alcoolique et la méthode iiuUhode au coeflicient de 0.95. au coefficient de jub Stammer. P. 100 P. 100 1 0.57 0.71 2 0.43 0.56 3 0.44 0.62 4 0.70 0.85 5 0.40 0.59 G 0.87 1.03 Moyenne. 57 Moyenne. 0.73 La digcslion aqueuse, opérant direclemenl sur un poids donné de betteraves et non sur le jus, évite l'erreur due à l'emploi d'un coef- ficient de jus, ainsi que celle résultant de l'impossibilité d'obtenir le jus normal, si le « non-sucre polarisant » était un mytlie, ainsi que quelques chimistes le prétendent encore ; ce procédé devrait par conséquent donner des résultats identiques à ceux que fournissent les méthodes alcooliques de digestion et d'épuisement. Mais cela n'est pas. Au contraire, la preuve manifeste de l'existence de ces matières résulte de la comparaison des résultais obtenus par la di- gestion aqueuse et par la digestion alcoolique. DIGESTION DIPFÉKBNCE EN PLUS SERIES. pour la alcoolique. aqueuse. digi'Stioii aqueuse. P. 100 1 10.52 10.68 0.16 2 11.52 1 1 . 80 0.28 3 11.77 11.91 0.14 4 10.71 10.94 0.23 5 10.78 10.89 0.11 6 10. 'J3 Moyenne. 11.16 0.23 0.19 ANALYSE DE L\ HETTERAVE A SUCRE. 261 La digestion aqueuse donne donc dans tous les essais un résultat supérieur à celui de la digestion alcoolique. La dilTérence moyenne a été dans nos essais de 0.19 p. 100 de sucre. Rappelons d'ailleurs ici que, d'après les expériences de Scheibler et Tolkns, on peut facilement constater la présence des matières polarisantes étrangères dans la pulpe épuisée par l'alcool chaud, en continuant l'extraction par l'eau bouillante. L'extrait aqueux agit toujours sur la lumière polarisée. Nous avons répété cette expérience avec plein succès. Deux prises d'essai de 100 grammes de pulpe de betteraves pro- venant respectivement des lots n"' 1 et 2 ont été complètement épui- sées par l'extracteur de Soxhlet. Le dernier extrait ne polarisait plus. Le ballon à alcool a ensuite été remplacé par un ballon à eau distil- lée chauffée à l'ébullition sur un bain de sable. L'appareil a été en- veloppé d'un drap afin d'empêcher la condensation de la vapeur d'eau avant qu'elle arrive dans le réfrigérant. L'extrait aqueux porté à 100 centimètres cubes a été polarisé dans le tube de "20 cent, au saccharimèti'e de Laurent. 1. Polarisation 4.1. Sucre correspondant à cette polarisation 0.71 p. 100. 2. — . 2.1. — — 0.34 p. 100. Il est indispensable, pour réussir, d'employer de l'eau chaude et d'opérer sur la pulpe épuisée fraîche sans dessiccation préalable, car le « non-sucre polarisant » ne se redissout plus dans l'eau lorsque la pulpe a été desséchée à 100» C. De la comparaison des chilTres du tableau, il résulte que ni les méthodes basées sur l'analyse du jus, ni l'analyse directe par diges- tion aqueuse, ne peuvent conduire à la détermination exacte du sucre contenu dans la betterave. L'épuisement alcoolique permet, d'après les recherches dont nous venons de rendre compte, et dont les résultats sont d'accord avec ceux obtenus par d'autres expérimentateurs, de déterminer la ri- chesse saccharine de la betterave en éliminant les causes d'erreur actuellement connues. Nous devons nous poser maintenant cette dernière question : 2G2 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Quel est le procédé alcoolique préférable, la digestion ou l'épui- semeni? Pour nous rendre compte de la concordance entre les deux mé- thodes, nous résumerons dans le tableau suivant les dosages compa- ratifs faits dans le cours de notre étude à l'aide de ces procédés. Nous nous bornons ici à relever seulement le taux de sucre ob- tenu, les détails opératoires ayant été donnés plus haut. SÉRIES. DIGESTION ALCOOLTQUE. ÉPUISEMENT ALCOOLIQUE. ÉCART EN rAVKnu de la digestion alcoolique. ' ! 10.57 10.47 1) 10.50 10.59 10.53 » » Moyenne. 10.52 Moyenne. 10 5 i — 0.02 2 11.58 11.46 » 11.50 11.47 11.50 » » N Moyenne. 11.52 Moyenne. 11.19 -f- 0.03 3 11.78 11.75 11.70 11.76 11.73 » )> Moyenne. 11.77 Moyenne. 11.73 -H 0.04 4 10.69 10.72 » 10.59 10.53 10.59 » » Moyenne. 10.71 Moyenne. 10.57 + 0.11 5 10.79 î 10.72 10. GG 10. GG » » » Moyenne. 10.78 Moyenne. 10. G8 -+- 0.10 C 10.90 10.96 10.85 1) » » Moyenne. 10.93 Moyenne. 10.85 + 0.08 ANALYSE DE LA BETTERAVE A SUCRE, 263 En compaianL les moyennes, on constate que, dans cinq séries sur six, la digestion donne des résultats un peu supérieurs à ceux de répuisoment. Les difTérences ne sont sensibles que dans la quatrième série, où l'écart maximum est de 0.19 p. 100 et l'écart moyen de O.l^ p. iOO. Mais quelque minimes que soient les différences cons- tatées, il résulte à l'évidence, de l'ensemble des essais, que la diges- tion alcoolltpie donne des chiffres faiblement supérieurs à ceux de répuiscmenl alcoolique. La cause de ce fait nous paraît consister d'abord dans la difficulté d'expulser complètement l'air d'un mélange de pulpe et d'alcool, et ensuite dans l'incertitude qui adhère à la détermination du volume occupé par le marc et dont il faut naturellement tenir compte. Le volume de la solution sucrée serait donc un peu plus faible que ce- lui porté en compte. Nous avons fixé pour chaque série le volume V occupé par le marc de la manière suivante : P étant le poids de la pulpe employée ; M celui du marc p. 100 de betterave = 100 — jus d'après Stam- mer ; 1 .0 densité moyenne du marc d'après Tollens. PxM V = 100x1.6 Uegener propose l'emploi d'un coefficient constant de 0.904 pour tenir compte du volume occupé par le marc; Vivien, de son côté, fixe ce volume à 13 centimètres cubes pour le poids normal de W',\d de pulpe. Les erreurs inhérentes au dosage du marc et à la détermination de sa densité influent nécessairement sur l'exactitude de la valeur de V. Mais, en admettant même que l'on puisse se tromper dans cette détermination du simple au double, la correction à appliquer de ce chef au résultat de l'analyse |)ar digestion n'atteint celui-ci que dans la seconde décimale. Il n'en est pas moins vrai, cependant, que le volume occupé par le marc introduit, dans l'analyse de la bette- rave par digestion alcoolique, un élément à discussion qui n'existe pas dans la méthode par épuisement. Ecarter autant que cela est possible, dans l'étal actuel de la 264 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. science, tous les éléments à discussion, tel doit être le principal ob- jectif de celui qui recherche une méthode réellement scientifique. Cette raison nous fait conclure à la supériorité de la méthode par épuisement alcoolique de la pulpe. Par la rapidité et la facilité de son exécution et par la simplicité du matériel qu'elle exige, la digestion alcoolique se recommande aux chimistes des fabri([ues qui doivent exécuter des milliers d'ana- lyses par campagne. Elle donne certainement des résultats se rap- prochant beaucoup de la vérité, puisqu'ils ne s'écartent de ceux ob- tenus par l'épuisement que de 0.1 à 0.2 p. 100. Mais nous sommes d'avis que l'épuisement alcoolique est la méthode qui doit être adop- tée à l'avenir par tous les laboratoires ayant un caractère scienti- fique \ CONCLUSIONS Des recherches relatées dans le présent travail, découlent les con- clusions suivantes : 1. Il n'existe pas de ditïérence dans le pouvoir rotatoire du sac- charose suivant qu'on l'examine en solution aqueuse ou en solution alcoolique. 2, L'épuisement par l'alcool à 85 degrés permet de retirer facile- ment d'une pulpe suffisamment fine la totalité du sucre qu'elle ren- ferme. 3.* Le saccharose disssous dans l'alcool à 60 degrés G.-L. n'est pas décomposé à la température d'ébuUition de sa solution. 4. La pulpe obtenue par une bonne râpe forme, après un mélange rapide, une masse assez homogène pour qu'une prise d'essai de 25 à 50 grammes puisse être considérée comme en représentant la composition moyenne. 5. Le procédé d'analyse reposant sur la dilution du jus de bette- rave par son volume d'alcool absolu donne sensiblement les mêmes 1. L'n chimiste, aidé d'un garçon de laboratoire peut, avec cinq appareils de Soxhlet, exécuter en huit heures de travail vini^t analyses de betteraves. l::n réunissant tous les extraits alcooliques et en retirant l'alcool par distillation, la dépense en alcool se réduit de moitié. ANALYSE DE LA BETTERAVE A SUCRE. 265 chiffres que la méthode ordinaire. L'alcool à froid ne précipitant pas le « non-sucre » optiquement actif, cette modification de l'ancien procédé ne présente aucun avantage. 6. Le litre saccharin de la hettcrave à sucre, ohtenu par digestion nu par épuisement alcoolique de la pulpe, est en moyenne de 0,5. p. 100 inféiieur à celui trouvé par l'ancienne méthode. Cette diffé- l'ence est due à ce (jue trois causes d'erreur viennent influencer les résultats de l'ancienne méthode : a) Le jus sur lequel porte l'analyse ne représente pas le jus normal. b) 11 renferme des matières polarisantes non-sucre. c) Le coefficient conventionnel de 0.95 n'est pas exact. 7. La digestion aqueuse de la pulpe opérant non sur le jus, mais bien directement sur la betterave, élimine deux de ces causes d'er- reur, mais elle conserve celle due à la présence du « non-sucre po- larisant » . Les résultats fournis par ce procédé sont en moyenne de 0.03 p. 100 inférieurs à ceux de la méthodeindirecle,et en moyenne de 0.2 p. iOO supérieurs aux chiffres que l'on obtient par les mé- thodes alcooliques. 8. La digestion alcoolique fournit des résultats faiblement supé- rieurs à ceux de l'épuisement alcoolique. La différence a varié dans nos essais de 0.03 à 0.14 p. 100. La correction nécessitée par le vo- lume occupé par le marc, quelque minime que soit son influence, introduit dans la méthode de digestion un élément à discussion qui n'existe pas dans le procédé de l'épuisement. 9. L'épuisement par l'alcool d'un poids de 25 à 50 grammes de pulpe mélangée est, dans la situation actuelle de nos connaissances, de toutes les méthodes analytiques, celle qui présente le plus de i'hances d'exactitude pour déterminer le sucre contenu dans la bet- terave. Ce |)rocédé se recommande particulièrement aux labora- toires scientifiques, tandis que la digestion alcoolique, par sa rapidité et la simplicité de l'opération et du matériel nécessaire, nous parait surtout convenir aux laboratoires des fabriques de sucre. LA COMPOSITION DU TOPINAMBOUR Par A. PETERMANN DIKECTKDR DE LA STATION AGIIICOLE BXPâKIMBNTAI.E DE L'ÉTAT A GEMBLOUX Nous avons eu l'occasion d'exécuter M'analyse complète de neuf échantillons de topinambours provenant des champs d'expériences de M. de Sébille, le courageux propagateur de la distillation du to- pinambour en Belgique. Les essais de culture devant être répétés avant de permettre de tirer des conclusions générales sur l'effet produit pai' les diverses matières fertilisantes expérimentées, nous nous bornons, pour le moment, à faire connaître les résultats des analyses exécu- tées sur les tubercules récoltés. Nous croyons utile de publier déjà maintenant ces analyses, parce que l'on rencontre fréquemment dans des écrits, des renseignements absolument faux sur la compo- sition du topinambour, s'expliquant par le nombre restreint d'ana- lyses faites et par l'imperfection des méthodes analytiques employées. 1. Ces analyses ont été faites avec le concours de MM. Masson et Graftiaii. LA COMPOSITION DU TOPINAMBOUR. 207 X co t^ co ■ O o O Oi CJ «J -s 5 t- « i '-=1 co co co o et o 5 -< st. -* tO o '" o s s " 2 o s" § -1 o o (M ._ ^^ — 1^ K ce co CO o ~ o: ô -.—1 o o r o ■5)= S î s"- g- o s „-îita 2ï" •-C o» C» o co c* o c-i > «o t~- C-1 c o o (M o 5 » =5 .S =» 2 t^ ■-" p-ï 5 >-^'~* 03 ** © — o a 00 Oï CI o • c «5 o o 33 co o o T-H o - 1 3 g B o 1^ y^ >'N =" *1> -. o inuliue, 1 Bssiou de ulfurique 1 "i 1.-3 «o 00 o lO r- o o «O •^ C-» C» ^— < c c * "S ^ a > CO .n lO d ^^ .^ ■'-^ o » o a a ° 3 r- .^M •- X, 1> o J3 S'^'J oc o c-< t^ -p-< c o co •a « "O -^ •* ^-H •"t- co o c» > cTo. «; :« C5 co -* o — ■^ o ai _ -s r- c^ (M ■^— < «O (M o ..o > eo o (M in ^^ o c* «Sa. (amides, corp ( agricoles, 2'-" 75 1 0.88 eraent s'y trou '"' oc ■*• -* o T^- 1—1 o Uî ^- o c« ^ • • T— < P»" > — «O to co o -- ■«-^ o .= es c! »•. « o 3 t- '^- ■« g--. « S" S -a :2 M 'Ô o '^ Ci lO (M 00 '.O o c» 2 n Q co çj gis bumin des m 0.(59 our, 59 ^ cc CD CTJ (M CO ■^ o et IH ce ÏO -* O — ■— o UL .a rt c u ■3 g 1 ..3 1^ a^^ ~ i ■»»■ ifS i.O O ■— O^ o _ = 3 tt o e 3 . C co vO c* co cv o c< £. c ci — . tu ^^ a s -, •- t-- ..o O O ■— o o |2S ai b^ • T3 • • • «5 fc- a> c5 O ~ -< -g 9* _■ §■§ = ri H :| in n ^i"? o ~ o o3 s •-. (U J . o «3 .0 CB ça S} 73 - 1 co compte di • (voy. Gi es d'azote .a a ta 'Ï2. a su o o en Il hydrates es daus le me tels. - > co (A C "3 fl ^g ce ^ ce to B o c a •T3 B u ^ ^ ■^ î; °, 0..2 " -a 1 Eu te; de St des pu urlOO O o 'o QJ O g M > r3 2 = 1" B . a) :- to x: .o o. n C >0 T! O - &. Km ra «.a 1. Azote X 6.2 près la méthoi tières albumin 'ar conséquent es o 13 es u <} ■o S 1 3 03 su S 1 a> en a> ■a C3 •a us a. (U ta y> c 30 '■^ o r o o s >> >-> _c; ^ S T'ï ■=^ s « -" Uà a S ^ S r3 ^ ETUDE SUR LES ENVELOPPES DES GRAINES i Par A. PETERMANN DIRECTEUR DE TjA STATION AGRICOLE EXPERIMENTALE DE l^'ÉTAT A GEMBLOUX Depuis quelques années déjà, j'ai commencé la publication d'un travail sur la valeur nutritive des enveloppes de diverses semences et sur la composition de leurs cendres. Les capsules de cameline, les balles de lin et les cosses de féveroles ^ ont été successivement ana- lysées. Je reprends aujourd'hui celte étude en m'occupant des coques de cacao et des cosses de minette. Les coques de cacao. Les fruits du cacaoyer {Tlieobroma Cacao), nommés aussi « ca- bosses », qui atteignent la longueur de 25 centimètres pour un dia- mètre moyen de 8 à 10 centimètres, renferment dans une chair blanchâtre 25 à 40 amandes. Ovoïdes, plus ou moins aplaties, hui- leuses et blanches, ces graines prennent, par la dessiccation, une teinte brunâtre. Après une torréfaction à chaleur modérée, la décortication se fait facilement. Le tégument de la graine, membrane externe, brune et 1. Recherches de chimie el de physiologie appliquées à l'agriculture^ 2* édition. Paris, Masson, p. 501 à 509. ÉTUDE SUR LES ENVELOPPES DES GRAINES. 269 cassante, se détache et donne le produit appelé dans le commerce « coque de cacao ». Si l'on considère que, en 1881, l'importation en Europe s'est éle- vée au chiffre considérahle de 12,181,248 kilogrammes^ de fèves do cacao, qui, par leur décorticalioii, fournissenl, d'après les travaux de M. L'Hôte ^ suivant leur provenance, 8.93 à 15.85 p. 100 de co- ques, on voit que les co(jues de cacao constituent un déchet indus- triel important, dont on a intérêt à chercher une utilisation ration- nelle. On sait que les coques de cacao sont utilisées en piiarmacie comme « thé de cacao », et en Irlande elles servent à la préparation d'une boisson tonique spéciale. D'après M. Boussingault, à qui l'on doit une étude complète sur le cacao, on emploie quelquefois les coques directement comme engrais, ou indirectement en les faisant entrer dans des briquettes à matières fécales. On les a aussi utilisées pour l'alimentation des moutons. Consulté sur l'utilisation agricole que pourraient trouver les co- ques de cacao, j'en ai fait exécuter l'analyse par M. l'ingénieur de Marneffe, préparateur chimiste à la Station agricole. Composition des coques de cacao. Eau 13.24 Matières albuminoïdes 11.08 — grasses 2.90 — cxtractives non azotées. . 4(5.71) Cellulose 1G.03J Matières minérales 10.04 d'aprks M. Boussingault ^, 12. 18 14. 25 3, ,90 62 .7- i G2, ,78 6. ,89 100.00 100.00 Il résulte d'abord de cette analyse que les coques de cacao consti- tuent un produit beaucoup plus riche en principes nutritifs essentiels 1. Chimie appliquée, par iioussiNGAULT, t. VII, p. 292. 2. Jbid., t. Vil, p. 279. 3. Chimie agricole, par Boussincaoi.t, t. VII, p. 284. C'est la seule analyse que l'on trouve dans les livres sur la matière. Les tables si complètes de Wolff, Kùhn, Dictrich et Ivonig, Décugis, n'en renferment pas. 270 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIOUE, que la plupart des autres enveloppes de graines. Cependant, comme elles sont assez dures, elles doivent s'imprégner difficilement des sucs digestifs et leur coefficient de digestibilité doit par conséquent être assez faible. On sait que celui-ci atteint, dans les balles, à peine 50 p. 100 pour la protéine, 60 p. 100 pour la graisse et les ma- tières extractives non azotées. Il est à présumer toutefois — mais ce n'est évidemment là qu'une appréciation purement théorique — que les quelques dixièmes pour cent de théobromine, principe exci- tant des fèves de cacao, que renferment leurs coques, exerceront une certaine action stimulante, faisant l'office de condiment, et augmenteront ainsi l'utilisation réelle des principes nutritifs bruts. Lorsque les coques de cacao sont avariées, rances, couvertes de champignons, de moisissures, etc., on ne peut les utiliser que comme matière fertilisante. C'est ce qui nous a engagea exécuter également l'analyse de la cendre. Composition de la matière minérale des coques de cacao. CENDRE PURE (exempte de carboue Chaux , Magnésie Potasse Soude Oxyde de 1er Acide silicique — phosphorique — sulfui'i(iue — carbonique Chlore Carbone Sable , Oxygène correspondant au chlore. BNDRE BRDTE. et de sabli 12.28 15.60 6.81 8.65 21.84 27.74 2.19 2.78 8.62 10.95 10.75 13.65 4.03 5.12 1.41 1.79 9.26 11.83 1.93 2.45 1.98 » 19.34 » 100.44 100.56 0.44 0.56 100.00 100.00 La richesse considérable en potasse sur laquelle j'ai déjà fixé l'at- tention lors de l'analyse des capsules de camehne, des balles de lin et des cosses de féveroles, se manifeste aussi dans la cendre des ÉTUDE SUR LES ENVELOPPES DES GRAINES. 271 coques de cacao, quoiqu'il s'agisse ici d'un végétal appartenant à une tout autre famille botanique. Le titre élevé en oxyde de fer mé- rite également une mention, car on sait qu'en général les cendres végétales en renferment peu. L'analyse de la cendre et le dosage de l'azote permettent d'éta- blir la proportion de pi'incipes fertilisants que les coques de cacao enlèvent au sol qui les a produites et, d'autre part, leur valeur comme engrais. En effet, 1000 kilogrammes de coques de cacao renferment : 17''s,72 d'azote, 27 ,85 de potasse, 5 ,12 d'acide phosphorique, 15 ,66 de chaux, 8 ,68 de magnésie. En tenant compte de ce que la forme sous laquelle l'industrie chocolatière abandonne ce déchet, seulement grossièrement con- cassé, est peu favorable à une décomposition rapide et que les prin- cipes fertilisants s'y trouvent sous un état lentement assimilable, on peut fixer la valeur comme engrais des coques de cacao tout au plus à 13 fr. les 1000 kilogrammes.il est d'ailleurs bien entendu (ju'elles ne doivent être employées à l'ahmentation des animaux domestiques que lorsque le produit est propre, sain et non altéré. Les cosses de minette. Les cosses de minette {Medicago lupulina) séparées des gi-aincs forment, dans certaines contrées où la production des graines de lé- gumineuses est devenue une spécialité, un déchet important qui mérite toute attention, vu sa haute valeur nutritive. Comme les ta- bles de Wolff ne renferment point d'analyses de ce produit, j'ai pensé faire chose utile d'établir sa composition. Les analyses sui- vantes ont été exécutées par M. l'ingénieur Graftiau, préparateur clii- misle à la Station agricole de Gembloux. 272 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Composition des cosses de minette. Eau Matières albuminoïdes — grasses — extractives non azotées. . Cellulose Matières minérales 12.50 13.31 3.49 39.06 18. ÔO 13. U 100.00 FOIN (le première qualité pour comparaison. 16.0 13.5 3.0 40.5 19.3 7.7 100.0 En examinant les titres en principes nutritifs essentiels, on cons- tate que la composition des cosses de minette se rapproche beau- coup de celle du foin de première qualité. Elles sont tout au moins plus riches en albumine et en graisse que toutes les balles et enveloppes de graines, y compris les cosses de féveroles, employées habituellement dans la ferme. Étant très min- ces et leur tissu cellulaire étant excessivement tendre, leur coeffi- cient de digestibilité doit être relativement élevé. Composition de la matière minérale des cosses de minette. Chaux Magnésie Potasse Soude Oxyde de fer Acide silicique — phosphorique — sullurique — carbonique Chlore Sable Carbone Oxygène correspondant au chlore. CENDRE BRUTE. CENDRE PURE (exempte de cirbc et de sable). 29. GO 32.06 2.43 2.63 13. OS li.l7 2.30 2.49 12.78 13.84 6.44 6.97 1.78 1.93 1.78 1.93 22.07 23.89 0.83 0.90 7.03 i> 0.63 » 100.75 100.81 0.75 0.81 100.00 100.00 , ÉTUDE SUR LES ENVELOPPES DES GRAINES. 273 Les chiffres précédents permettent ainsi d'étnljlii' les quantités de principes nutritifs que les cosses de minette enlèvent au sol ou que l'on importe dans la ferme, si on les acquiert comme fourrage. 1,000 kilogrammes de cosses de minette renferment: 2l''s,30 d'azote, 17 ,19 de potasse, 2 ,34 iliicide pliosphorique, 3S ,89 de chaux, 3 ,19 de magnésie. ANN. SCIENCE AQUON. — 1887. — 1. 18 RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES ET DES LABORATOIRES AGRICOLES PAR LA SOUS-CO M MISSION DES JIETHODES ANALYTIQUES (MM. ScHioEsitiGy pt-ésident ; Aimé Girabd, Grandeau; Mdntz, rapporteur.) I. — Considérations générales. En décrivant les méLhodes analytiques qui, dans l'état actuel de nos connaissances, nous paraissent les plus propres à conduire à des résultats exacts, nous avons cru devoir tenir compte des conditions dans lesquelles se trouvent placés les laboratoires d'analyse qui ont à effectuer, dans un temps déterminé, un certain nombre d'opéra- tions. Il ne s'agissait donc pas uniquement de la précision des procédés, mais encore de la facilité et de la rapidité de leur application. C'est à ce double point de vue que la commission s'est placée et, dans le choix qu'elle a fait parmi les méthodes analytiques, elle a tenu grand compte des nécessités de la pratique du laboratoire; mais elle a tou- jours subordonné toutes les autres considérations à celle de l'exac- titude à obtenir dans le dosage. Les méthodes qui n'ont pas été jugées suffisamment précises ont été écartées. Mais la commission n'a pas la prétention d'avoir fait une œuvre définitive ; elle croit devoir laisser ouverte l'inscriplion RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 275 de procédés nouveaux ou pcrfeclionnés, lorsque ceux-ci Jiuront fait leurs preuves. Il existe quelquefois pour la délcrminaliou d'une même substance des moyens différents qui conduisent au résultat exact. Cliaijue fois que ce cas s'est présenté, la commission a adopté ces diverses mé- thodes, laissant à l'opéralenr le choix de celle que lui indi(|ucront ses habitudes, ses ressources, ses préférences personnelles. Mais il lie faut pas oublier que la précision absolue est impossible à at- teindre. L'exactitude des opérations ne dépend pas seulement des méthodes ; elle dépend aussi des opérateurs; il y a donc deux causes d'erreur qui tendent à éloigner les chifires obtenus dans l'analyse du chilfre vrai: l'erreur inhérente au procédé, l'erreur personnelle à l'ana- lyste. Les chiffres que donne le dosage ne sont donc pas mathémati- quement égaux aux chiffres exprimant la quantité réelle de la subs- tance envisagée et les écarts pourront être d'autant plus grands que la méthode est susceptible de moins de précision et l'opérateur moins habile. De là résulteront des divergences entre les résultats obtenus par divers chimistes, divergences qui, dans l'esprit de personnes non initiées, pourront ébranler la confiance dans l'utilité et la valeur de l'épreuve analytique et embarrasser les tribunaux chargés de ré- primer les fraudes. Les inconvénients de ces divergences sont appa- rents plutôt que réels et il convient de les discuter. Dans les transactions commerciales, il suffit d'avoir des chillVesse rapprochant assez de la vérité absolue pour que l'écart soit sans pré- judice appréciable; pour l'acheteur ou pour le vendeur, et il v a une certaine latitude dans laijuelle peuvent se mouvoir les résultats que l'on peut appeler pratiquement exacts. Il faut donc admetlie un écart permis, une tolérance, entre le titre indiqué et celui queduiine l'analyse. De là la nécessité de se rendre compte du degré de certitude ([u'offre l'analyse chimiijue des matières feitilisantes. C'est une tendance des personnes (|ui ne sont pas initiées aux sciences expérimentales d'attribuer à celles-ci plus de puissance qu'elles n'ont en réalité. Il est du devoir de ceux qui sont chargés 276 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. de préciser les conditions de l'intervention de la science dans les ap- plications industrielles et commerciales de prémunir contre une confiance trop absolue dans les résultats du laboratoire. On s'imagine souvent que le nombre de décimales est l'indice d'une plus grande exactitude; rien n'est moins vrai et le chimiste qui se rend compte de la valeur des chiffres ne s'attachera jamais à porter ce nombre au delà de ce qui rentre dans les limites des quan- tités dont il peut répondre. En général, quand les résultats sont rapportés à 100 de matière analysée, le maximum de précision qu'on puisse espérer ne dépasse pas une unité de la première déci- male ; il n'y a donc à tenir aucun compte d'une seconde et surtout d'une troisième décimale et, par suite, il est superflu de les employer en exprimant le résultat d'une analyse. Encore, dans la plupart des cas, n'est-ce pas d'une utihté de la première décimale, mais de plusieurs, que les chimistes peuvent s'écarter pour un même produit. On doit donc regarder comme pra- tiquement concordants les résultats qui ne diffèrent entre eux que d'un petit nombre d'unités de la première décimale, et ce nombre d'unités pourra être d'autant plus grand que la quantité du corps à doser est elle-même plus grande par rapport à la matière analysée. Pour fixer les idées nous citons quelques résultats: Analyse d'un phosphate naturel. ACIDE PHOSPHORIQUE. P. 100. Quantité réelle 17.3 Premier résultat 17. G Autre résultat 17.0 Un marchand qui aura vendu avec garantie de 17.5 p. 100 d'a- cide phosphorique, alors que l'analyste n'aura trouvé que 17.0, n'est donc pas convaincu de fraude, puisque l'écart entre les deux chiffres peut provenir du fait de l'analyse aussi bien que d'un manquant réel. Il n'en serait pas de même si l'écart était plus grand. RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 277 Analyse d'un phosphate précipité. ACIDE PHOSPHORIQUE. P. 100. Quantité réelle 37.0 rremier résultat 3G.5 Autre résultat 37.5 Là encore nous devons admettre que ces divers chiffres sont suffi- samment concordants pour les besoins du commerce et que le ven- deur qui aurait garanti 37.0, alors que l'analyste n'a trouvé que 36.5, n'est pas convaincu de fraude. Analyse d'un nitrate de soude. NITRATK PUR. P. 100. Quantité réelle 92.3 Premier résultat 91.8 Autre résultat 92.8 Même observation que pour les cas précédents. Dosage d'azote dans un engrais organique. AZOTE. P. 100. Quantité réelle 3.3 Premier résultat 3.4 Autre résultat ^ . 3.2 Ici les quantités étant plus faibles, on ne peut tolérer que de plus faibles écarts. Ces exemples ne fixent pas les limites, ils ne sont destinés qu'à montrer que les analystes peuvent s'écarter, en plus ou en moins, de la vérité absolue. Sans multiplier ces exemples, on peut dire que chaque fois que les écarts ne dépassent pas 1 p. 100 de la substance dosée ou deux unités de la première décimale, les résultats doivent être regardés comme concordants. Dans certains cas, les écarts peuvent être plus grands. 278 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. C'est au chimiste à déterminer dans chaque cas particulier où il a à se prononcer sur la fraude dans le commerce des engrais, si l'écart entre le chiffre annoncé et le chiffre trouvé est assez faible pour être imputable aux imperfections de l'analyse ou s'il est de nature à in- criminer l'engrais analysé. Le chimiste doit donc apporter de la prudence et du tact dans l'interprétation de ses résultats. Aussi est-il à désirer que les per- sonnes chargées de se prononcer sur ces questions aient, non seule- ment la pratique des opérations, mais encore les connaissances scientifiques nécessaires pour attribuer à chaque donnée analytique sa véritable valeur. Le choix de l'expert n'est donc pas indifférent. Dans le cas de contestations, une plus grande attention s'impose à ce dernier, aussi ne doit-il pas se borner à un seul essai, afin de se mettre à l'abri des causes d'erreur accidentelles. La commission ne s'est occupée dans ce premier travail que des substances fertilisantes d'après lesquelles on calcule ordinairement la valeur des engrais. Mais il est d'autres substances qui ne sont pas généralement vendues sur titre, dont le rôle est important dans l'a- méhoration ou l'entretien de la fertilité des terres. Les méthodes analytiques à appliquer à ces substances feront l'objet d'un travail ultérieur. La commission complétera son œuvre par la description des. divers procédés à employer pour l'analyse des substances agri- coles en général, amendements, terres, produits de récoltes, etc. II. — Examen préliminaire des engrais. Lorsqu'un engrais est soumis à l'examen du chimiste, celui-ci est ordinairement informé des corps dont il doit déterminer la quantité. Dans ce cas, il portera uniquement son attention sur ces corps, sans s'attacher aux autres substances existant dans l'engrais et une ana- lyse qualitative paraîtrait inutile au premier abord. Mais le fait d'a- voir négligé cet examen préliminaire peut avoir l'influence la plus préjudiciable sur l'exactitude des résultats, la coexistence de tels et tels corps nécessitant souvent des modifications, dans les procédés analytiques. Les engrais constitués par des mélanges sont fréquem- ment dans ce cas. Pour ne citer qu'un exemple, le dosage de l'azote RAPPOllT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 279 organique se fera par des procédés di(Térents suivanl qu'on aura constaté ou non la présence simultanée d'un nitrate. L'examen préliminaire par l'analyse qualitative s'impose donc dans la plupart des cas; il ne peut être néglige que lorsqu'on se trouve en pi'ésence d'engrais simples, tels que le phosphate naturel, le chlorure de potassium, le sulfate d'ammoniaque, etc. liechcrchc qualitalive de la potasse, — 2 à 3 grammes d'engrais sont traités par 4 ou 5 centimètres cubes d'eau; on triture avec une baguette et on jette sur un filtre. C'est dans cette liqueur (pi'on peut reconnaître la présence de la potasse par les procédés sui- vants : 1" A 2 ou o gouttes de li(]uidc on ajoute une goulte d'acide chlo- rhydrique et 8 à iO gouttes d'alcool, puis une goutte d'acide pcrchlo- rique (jui formera avec la potasse un perchlorale cristallin presque insoluble. 2" Ouolques gouttes de lifjuide sont additionnées de 2 ou o goulles de solution de bichlorure de platine; on obtiendra un précipita' jaune cristallin de chloroplatiiiate de potasse, qu'une addition de quelques gouttes d'alcool rendra plus abondant. Ces deux réactions peuvent cependant aussi se produire avec l'ammoniaque ; elles ne sont absolument certaines que si les sels ammoniacaux ont été au préalable chassés par une calcination de l'engrais. 3° Le réactif de M.Carnot est préférable et peut s'appliquer même en présence des sels ammoniacaux : à queUpies gouttes du liquide obtenu par le lavage de l'engrais on ajoute autant de solution dhy- posulfite de soude à 10 p. 100 et 3 ou 4- gouttes d'une li(jueur de bismulh, puis de l'alcool en quantité double du volume obtenu par le mélange de ces liquides. Par l'agitation, on voit se former un pré- cipité cristallin d'un beau jaune serin, caractéristifjue de la potasse. La préparation de la liipieur de bismuth se fait en dissolvant 100 grammes de sous-nitrate de bismuth, à chaud, dans la quantité né- cessaire d'acide chlorhydrifjue et en étendant le volume à un litre avec de l'alcool à 92". Becherche qualilnlive de l'acide plwspliorique. — Quelques cen- tigrammes de matière sont introduits dans un tube à essai avec 2 à3 280 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. centimètres cubes d'acide azotique et autant d'eau , on fait bouillir pendant deux ou trois minutes et on laisse déposer. Au moyen d'un tube étiré on prélève une partie du liquide clair, auquel on ajoute A à 5 centimètres cubes de nitromolybdate d'ammoniaque. S'il y a de l'acide phosphorique en quantité appréciable on obtiendra, au bout de peu de temps, un précipité jaune caractéristique de phosphomo- lybdate d'ammoniaque qu'on peut faire apparaître immédiatement en chauffant vers 60-80°. On a ainsi constaté l'existence de l'acide phosphorique, mais sans savoir sous quel état il se présente. Pour rechercher si c'est à l'état soluble dans l'eau, on opère exactement comme il vient d'être dit, avec cette différence que l'en- grais est traité non par de l'acide azotique, mais par de l'eau seule- ment. Dans la solution aqueuse, le nitromolybdate d'ammoniaque décèlera la présence de l'acide phosphorique. Quant à l'acide phosphorique soluble au citrate, le mieux, pour le découvrir, est d'opérer comme si l'on voulait faire un dosage de l'acide phosphorique soluble au citrate. Le nitromolybdate d'ammoniaque se prépare en dissolvant 100 grammes d'acide molybdique dans 400 grammes d'ammoniaque à 0,95 de densité et en ajoutant la solution obtenue, par petites por- tions et en agitant constamment, à l''^,5 d'acide azotique pur à 1,2 de densité. Recherche qualitative de V ammoniaque. — 1 à 2 grammes d'en- grais sont traités par 4 à 5 centimètres cubes d'eau ; on laisse dé- poser et on prélève une partie du liquide surnageant, qu'on intro- duit dans un tube à essai avec un peu de potasse. En chauffant, il se dégage de l'ammoniaque qu'on reconnaît à l'odeur, ou au bleuisse- ment que subit un papier de tournesol rouge, humecté d'eau, qu'on présente à l'orifice du tube, ou encore aux fumées blanches qui se produisent lorsqu'on approche une baguette imprégnée d'acide chlorhydrique. Recherche qualitative de l'acide nitrique. — Quelques déci- grammes d'engrais sont placés dans un tube à essai avec un peu de limaille de cuivre, humectés d'un peu d'eau et additionnés de 3 à 4 centimètres cubes d'acide sulfurique. En chauffant, on voit se pro- duire des vapeurs rutilantes. RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 281 On peut encore employer le réactif de Desbassyns de Richemont, qui est d'une très grande sensibilité. Quelques centigrammes de ma- tière sont traités par 5 ou 6 gouttes d'eau ; on laisse déposer après avoir trituré avec un agitateur. D'un autre côté on met 4 5 5 centi- mètres cubes du réactif de Desbassyns et, avec un agitateur, on pré- lève une goutte du liquide à examiner, qu'on laisse tomber à la sur- face du réactif, qui s'entoure d'un anneau rose s'il y a du nitrate. En agitant, tout le liquide prend une teinte rosée. Il est indispensa- ble de n'ajouter qu'une seule goutte; si l'on en mettait davantage la réaction disparaît immédiatement. Le réactif de Desbassyns se prépare en ajoutant un peu de sulfate de protoxyde de fer, finement pulvérisé, à de l'acide sulfiirique pur et incolore, qu'on a fait bouillir au préalable pour le débarrasser de produits nitreux. Beclterche qualitative de l'azote organique. — Lorsqu'il n'y a pas de sels d'ammoniaque en présence, il est facile de reconnaître l'azote organique en chauffant au rouge sombre dans un tube bouché par un bout, un mélange de quelques décigrammes de matière et de quelques grammes de chaux sodée. Les vapeurs ammoniacales qui se dégagent se reconnaissent facilement; mais s'il y avait en même temps dans le produit examiné des sels ammoniacaux, il faudrait au préalable éliminer ceux-ci par l'eau et traiter ensuite par la chaux sodée le résidu lavé et desséché. Recherche qualitative de la magnésie. — Lorsqu'on doit effectuer le dosage de l'acide phosphorique dans un superphosphate, il faut s'assurer de la présence de la magnésie, qui obligerait à modifier la marche ordinaire de l'analyse. On procède de la manière suivante : 1 gramme environ d'engrais est traité à chaud par 5 à C centimè- tres cubes d'acide azotique et autant d'eau. On filtre sans laver, et dans le liquide passé, qu'on amène au volume de 60 à 80 centi- mètres cubes, on ajoute de l'acide citrique et de l'ammoniaque, comme s'il s'agissait d'un dosage d'acide phosphorique (voir plus loin), puis (juelques centimètres cubes de solution au i/10 de phos- phate de soude. S'il y a de la magnésie on obtiendra, au bout de quelques heures, un précipité cristallin de phosphate ammoniaco- magnesien. 282 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. III. — Échantillonnage des enghais Prise d'échantillon. — Les engrais peuvent se présenter sous des formes variables; tantôt ils sont pulvérulents, tantôt en masses agglomérées ou pâteuses, tantôt en morceaux durs ou débris plus ou moins gros, tantôt à l'état de pâte plus ou moins liquide, plus ou moins homogène, tantôt enfin à l'état d'un liquide fluide. Lorsque les engrais sont pulvérulents, et c'est le cas le plus gé- néral, leur prise d'échantillon n'offre pas de difficulté. Quand ils sont en sacs, à l'aide d'une sonde suffisamment longue, on prendra l'échantillon dans le sac lui-même, en procédant de la manière suivante : On ouvre un des angles du sac et on y plonge la sonde en la diri- geant en diagonale vers l'angle opposé ; on répète la même opéra- tion successivement sur chacun des quatre angles du sac ; mais lors- que le lot est considérable, il faut répéter la même opération sur un certain nombre de sacs pris au hasard. On réunit tous les produits de ces prélèvements, on les place sur une toile ou sur un papier et on les remue, à la main ou avec une spatule, assez longtemps pour que l'homogénéité puisse être regardée comme parfaite; une partie de ce mélange, représentant 300 à 40!) grammes, est placés dans un flacon de verre qu'on bouche avec un bon bouchon de hège. Lorsque les engrais pulvérulents sont en tonneaux, on perce les deux fonds du tonneau de deux trous, au moyen d'une vrille; ce trou doit être assez grand pour qu'on puisse y introduire la sonde, ce qu'on fait en s'éloignant autant que possible de l'axe du tonneau. Le mélange se fait d'ailleurs comme précédemment. Lorsque l'engrais est en tas, on peut également se servir de la sonde pour y prélever l'échantillon moyen; mais il faut avoir soin de faire pénétrer cet instrument jusque dans les parties centrales du tas, de même que jusque dans les parties inférieures. Si le tas est trop volumineux pour qu'on puisse arriver à ce résultat, le meilleur moyen consiste à faire une tranchée vers le centre du tas et à préle- ver ensuite dans un grand nombre de points placés dans. les diverses RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 283 parties du tas, en y comprenant ceux que la trancliéc a rendus li- bres, les échanlillons au moyen de la sonde. Lorsque l'engrais est en masse pâteuse ou compacte, et qu'il se trouve en sacs ou en tonneaux, il est indispensable de vider plusieurs sacs pris au hasard, sur un plancher ou sur des dalles préalablement balayées ; on mélange alors à la pelle le tas obtenu et on prélève, en différents points de ce tas, des pelletées de l'engrais. Ce nouvel échantillon formé est divisé et mélangé, pulvérisé ou concassé, au- tant que possible, à l'aide d'une batte ou d'un marteau ; on mélange finalement à la main cette matière plus ou moins pulvérulente et on l'introduit dans un flacon ou dans une boîte métallique. Quand l'échantillon est primitivement en las, on procède de la même manière, en pratiquant une tranchée comme il a été expliqué plus haut. On ne doit dans aucun cas, dans l'une ou l'autre de ces opérations, éliminer les pierres ou les parties étrangères de l'engrais ; elles doi- vent entrer dans l'échantillon prélevé, dans une proportion autant que possible égale à celle dans laquelle elles existent dans l'en- grais. Des matières peu homogènes, rognures, chiffons, etc., sont dis- posées en tas et bien mélangées à la pelle; sur ce mélange, on pré- lève à la main, dans un très grand nombre d'endroits, une poignée de matière, on réunit le produit de tous ces prélèvements, qu'on mélange à nouveau avec la main et sur lequel on prend finalement l'échantillon destiné à l'analyse. Moins la matière est homogène, plus grand devra être l'échantil- lon destiné à l'analyse ; dans quelques cas, il faut prélever jusqu'à 3 et 4 kilogrammes de matière. Cet échantillon est introduit dans une boîte métalli(|ue ou dans une caisse en bois bien hermétique. Les engrais qui sont en pâte plus ou moins liquide (par exemple les vidanges), peuvent présenter deux cas : ou bien ils sont homo- gènes, et alors il suffit de les mélanger à la pelle et d'en remplir un flacon; ou bien ils se séparent en deux parties, l'ime plus fluide, l'autre plus consistante, dans ce cas il est indispensable de prélever de l'une et de l'autre dans une profiortion égale à la proportion dans laquelle elles existent dans le lot à examiner. 284 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Les parties liquides sont remuées et aussitôt, sans laisser le temps de déposer, on en prélève une quantité proportionnelle. Les parties solides sont divisées à la bêche, on y prélève un échan- tillon proportionnel et on réunit les deux lots dans un grand flacon à large goulot hermétiquement bouché. Préparation de l' échantillon au laboratoire. — La prise d'échan- tillon est une opération qui a autant d'importance que l'analyse elle- même, il convient d'y apporter les soins les plus minutieux, aussi bien dans l'échantillonnage sur place que dans la préparation de l'échantillon au laboratoire. Cette dernière opération doit consistera donner une homogénéité parfaite au produit soumis à l'examen et, dans aucun cas, même alors que celui-ci paraît homogène, on ne doit se dispenser d'en opé- rer le mélange préalable. La manière de procéder variera avec la nature de l'engrais. Si celui-ci n'est pas pulvérulent, il faut le pul- vériser dans la hmite du possible, et opérer ensuite le mélange au mortier. Dans certains cas, comme celui des superphosphates, on a adopté l'usage de passer la matière à Iravers un tamis de 1 milli- mètre, en ayant soin de faire entrer dans l'échantillon les parties grossières après pulvérisation, et qui seraient restées sur le tamis. Lorsque les matières sont trop pâteuses pour être divisées au mor- tier, on peut les diviser au moyen d'un couteau ou d'une spatule et ensuite opérer le mélange par une sorte de malaxage. On peut en- core y incorporer un poids connu de matière pulvérulente inerte, comme par exemple du sable de Fontainebleau ; mais dans ce cas, il faut procéder à un mélange très prolongé. On tiendra compte, dans le calcul, des quantités de matière inerte introduites. Le plus souvent, l'état pâteux n'est dû qu'à l'humidité de la ma- tière. Dans ce cas, on en prend un écbantillon volumineux qu'on pèse et qu'on dessèche ; on rentre alors dans le cas des engrais pulvéru- lents, mais il faut tenir compte dans le calcul de l'humidité enlevée. Avant cette opération, il convient de s'assurer que le produit n'est pas modifié par la dessiccation, comme le seraient, par exemple, des superphosphates. Pour ces derniers, qui sont souvent à l'état plus ou moins aggloméré, il est d'usage d'introduire dans leur masse, RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 285 pour les diviser, une certaine quantité de sulfate de chaux : on ob- tient alors une substance dénature pulvérulente. Pour les rognures, débris, chifTons, etc., en un mot pour les en- grais très peu homogènes, il faut les diviser, autant que possible, à l'aide de ciseaux ; s'ils ne sont pas trop durs, on peut encore les passer au moulin, on mélange alors à la main, mais on n'arrive jamais à l'homogénéité complète. Pour obvier à cet inconvénient, on prélève pour l'analyse une quantité plus considérable de matière, qu'on pré- pare suivant les cas, de manière à opérer l'analyse définitive sur une partie proportionnelle du produit rendu homogène par la prépara- tion qu'on lui a fait subir. Pour les engrais en pâte plus ou moins liquide, on les dessèche au préalable à 100 degrés, en y introduisant un peu d'acide oxalique dans le cas où ils contiendraient des combinaisons ammoniacales volatiles. Le produit de la dessiccation est passé au moulin. Cependant avant de procéder à une dessiccation, on doit s'assurer qu'aucune modification ne peut être apportée dans la composition de l'engrais. Ainsi dans le cas d'un mélange contenant du superphos- phate et du nitrate, la dessiccation pourrait éliminer de l'acide ni- trique, si l'on n'avait pas soin de neutrahser au préalable le phosphate acide par une base, telle que la chaux. Pour un engrais contenant à la fois des nitrates et des combinaisons ammoniacales volatiles, l'addition d'acide oxalique pourrait égale- ment éhminer de l'acide nitrique pendant la dessiccation. Il faut dans ce cas dessécher deux lots, l'un avec de l'acide oxalique, pour le dosage de l'ammoniaipie, l'autre sans acide oxalique pour le do- sage du nitrate. Le dosage de l'humidité initiale, même dans les engrais pulvéru- lents, est utile à pratiquer chaque fois qu'on a à faire subir un ma- niement prolongé à l'air, car ce maniement pourrait entraîner une dessiccation partielle et la composition de l'engrais se trouverait modifiée. La détermination préalable de fhumidité met à l'abri de cette cause d'erreur. L'analyse qualitative doit donc précéder toutes les autres opéra- tions, puisque c'est elle qui nous fixera sur les procédés à employer tant pour la préparation de l'échantillon que pour le dosage. 286 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Le chimiste devra apporter le plus grand soin à ces opérations préliminaires et discuter dans chaque cas la marche à suivre. IV. — Dosage de la potasse. lo Dosage de la potasse dans un chlorure de potassium par l'acide perchlorique. (Méthode de M. Schlœsing.) Le chlorure de potassium est l'engrais potassique le plus commu- nément employé, la potasse est le seul élément qu'il soit utile d'y doser. On dissout dans de l'eau 50 grammes du chlorure à essayer, on étend la solution à mi litre et on la rend homogène ; à l'aide d'une pipette graduée, on prélève 20 centimètres cubes de cette solution, (pii coirespoudent à un gramme de matière. On ajoute goutte à goutte une solution saturée de nitrate de baryte, et on s'arrête exac- tement au moment où une goutte de réactil' ne produit plus de trouble dans la liqueur ; pour bien saisir le moment où il faut s'ar- rêter, on verse la goutte le long de la paroi du vase en regardant si, à l'endroit du contact des deux liquides, il ne se forme plus de nuage. Si l'on attend quelques instants avant chaque addition de ni- trate de baryte, il est facile de saisir le point précis auquel il faut s'arrêter. On précipite ainsi les traces d'acide sulfurique qui se trou- vent toujours dans ces chlorures. On verse alors sans fdtrer, dans une capsule à fond plat de 7 cen- timètres de diamètre, en lavant le vase à deux reprises avec quel- ques gouttes d'eau, puis on évapore, au bain de sable, jusqu'à ce que le liquide soit concentré à 5 centimètres cubes environ. On ajoute 5 centimètres cubes d'acide nitrique à deux ou trois reprises, en évaporant cha(]ue fois à un petit volume, sans chaufTer beaucoup, pour ne pas faire de vapeurs chloronitriques. On élimine ainsi le chlore qui pourrait donner naissance à des projections pen- dant la transformation en perchlorate. Pour être assuré de l'élimi- nation complète du cblore, on condense les vapeurs de la capsule sur une lame de verre et on y ajoute une goutte d'azotate d'argent. Si aucun précipité ne se produit, tout le chlore est enlevé. RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 287 Après la concentrai ion, on ajoute dans la capsule une solution (J'aciJe percliloncpio. L'acide pcrcliloncpie (pic l'on emploie doit avoir une densité de 1.7; il contient alors environ 90 p. 1(J0 d'acide perchlorique réel. On étend l'acide d'eau, de telle manière (pie 10 cenlimèlrcs cubes de la solution contiennent \^\Q d'acide réel. En employant dans chaque dosage 10 centimètres cubes de cette so- lution, on est sur d'avoii' toujours une (juantité sutfisante d'acide perchlori(jue, celle-ci étant calculée de manière à pouvoir saturer un "ranime de chlorure de sodium. On évapore à sec au bain de sable, en s'arrètant lors(iue les fu- mées blanches de l'acide perchlorique, mis en excès, ont cessé de se produire ; puis on arrose la matière avec cin(j ou six gouttes d'eau pour empêcher la formation de sulfate de potasse ((ui eût pu se pro- duire par une double décomposition entre le perchlorate de potasse et le sulfate de baryte, on chasse cette eau par éva|)oration et on ajoute, dans la capsule refroidie, 10 centimètres cubes d'alcool à 95 degrés qu'il est bon de saturer au préalable de perchlorate de potasse pur. Au moyen d'une petite baguette de verre, aplatie à un bout, on éciase toute la masse cristalline de manière à ce que l'alcool l'im- prègne complètement ; on laisse reposer et on verse l'alcool de lavage sur un très petit filtre plat, destiné à recueillir les particules solides qui pourraient se trouver entraînées. Il est nécessaire, pour obtenir une liltralion, de se servir de papier Berzélius. On remet 5 centimètres cubes d'alcool dans la capsule et on procède de la même manière que précédemment, à trois ou ([uatre reprises diffé- rentes; puis comme il pourrait rester encore, dans l'intérieur des cristaux, des sels solublcs dans l'alcool et qu'il convient d'enlever, on ajoute sur le résidu salin 5 centimètres cubes d'eau, on chauffe au bain de sable, jus(ju'à ce (jue cette eau soit de nouveau évaporée, et on reprend une dernière fois par quelques centimètres cubes d'al- cool; les perchlorates de baryte, de soude, de chaux, etc.,ontélé enlevés par l'alcool dans lequel ils sont trèssolubles, il ne reste dans la capsule et sur le filtre qu'un mélange de perchlorate de potasse et d'une petite quantité de sulfate de baryte insoluble ; 25 à 30 cen- timètres cubes d'alcool sont en général suffisants pour opérer le 288 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. lavage ; mais si l'on a eu la précaution de saturer l'alcool de lavage, au préalable, de perchlorate de potasse, il n'y a aucun inconvénient à pousser le lavage plus loin, jusqu'à 40 à 50 centimètres cubes. Le perchlorate de potasse est soluble dans l'eau bouillante ; on met dans la capsule 20 centimètres cubes d'eau, on cbauiïe presque à l'ébullition au bain de sable, pendant 5 minutes, en évitant toute projection et on jette le liquide chaud sur le petit filtre qui a servi aux lavages à l'alcool ; les liqueurs sont reçues dans une petite cap- sule de porcelaine à fond plat, qu'on a tarée préalablement. On re- met 5 centimètres cubes d'eau dans la première capsule ; on fait bouillir et on rajoute sur le filtre, on répète à quatre ou cinq re- prises les lavages à l'eau bouillante, chaque fois avec 5 centimètres cubes d'eau. Cette filtration a pour but d'éliminer les matières inso- lubles , silice, sulfate de baryte, etc., qui souillaient le perchlorate. On a évaporé à mesure le liquide filtré recueilli dans la capsule tarée, afin qu'elle pût contenir toutes les eaux de lavage. Le perchlorate de potasse a une tendance à grimper le long des parois pendant l'évaporation et il passe souvent ainsi sur les bords extérieurs de la capsule. On peut remédier à cet inconvénient en ajoutant dans la capsule, avant l'évaporation, deux ou trois gouttes d'acide perchlorique qui empêche le perchlorate de déborder. Quand l'évaporation est complète et que toute fumée blanche a disparu, on chauffe à 150 degrés environ, pendant dix minutes; l'augmentation de poids de la capsule correspond au perchlorate de potasse, dont le poids multiplié par 0,339 donne le poids de la po- tasse contenue dans un gramme de sel essayé. Quand les quantités d'acide sulfurique sont notables, il faut pro- céder d'une autre façon et séparer cet acide au préalable. 20 Dosage de la potasse dans un sulfate de potasse par l'acide perchlorique. (Méthode de M. Schlœsing.) 25 grammes de sulfate de potasse sont versés dans un verre de 500 centimètres cubes de capacité, on y ajoute environ 100 centi- mètres cubes d'eau bouillante en agitant de manière à opérer la dis- solution, on laisse en contact pendant quelques minutes et on décante RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 289 dans un ballon jauge ilc 500 cenliniètres cui)es ; on lave le verre à [iliisiems reprises, avec de petites qnanlilés d'eau bonillanlc, de ma- nière à dissoudre tont le sel et on s'arrête an moment où l'on a l)res(jue atteint dans le ballon le volimic de 500 centimètres cubes. On laisse alors refroidir, on complète le volume à 500 ccnlimètres cubes et on agite de manière à avoir un liquide bomogène. 20 centimètres cubes de cette solution, correspondant à un gramme de sel à essayer, sont versés dans un ballon d'environ 200 centimètres cubes avec 50 centimètres cubes d'eau ; on porte à TébuUition et on ajoute, par petites portions, une solution de nitrate de baryte, aussi longtemps (ju'une nouvelle addition fait naître un précipité. Lorsipie la précipitation est complète, on ajoute un petit excès de carbonate d'ammoniaque en poudre, destiné à précipiter la baryte mise en excès et on porte à l'ébullition pendant queUpies minutes; on liltrc après avoir laissé déposer. La liqueur est évaporée au bain de sable à un petit volume, puis additionnée de 10 centimètres cubes d'eau régale faible, contenant 1/5 d'acide chlorhydrique seulement; on évapore de nouveau presque à sec, en plaçant un entonnoir renversé sur la capsule, et on ajoute encore une fois ou, mieux, deux fois de la même eau régale, en cbassant toujours celle-ci par l'évaporation ; les sels ammoniacaux sont ainsi éliminés; leur azote s'en va à l'état libre; finalement on traite une fois par l'acide azotique pour avoir le sel à l'état de nitrate, on évapore à sec, on additionne de 10 cen- timètres cubes d'acide perchlori(iue, dilué suivant la formule précé- demment donnée. On évapore à sec ; après élimination complète des vapeurs d'acide perchlorique en excès, on laisse refroidir, et on lave comme il est dit à propos du cblorure de potassium, par de l'alcool fort saturé de perchlorate de potasse ; mais ici il n'y a comme résidu insoluble qu(ï le perclilorate, on se contente de dissoudre par un fin jet d'eau bouil- lante le sel qui a été entraîné sur le filtre, et on reçoit ce licpiidii dans la capsule, dans laquelle est restée la plus grande partie du perclilorate; on évapore à sec et on pèse. Lorsqu'on a versé le nitrate de baryte avec précaution et que, par suite, on n'en a mis qu'un très léger excès, on peut se dispenser de l'emploi du carbonate d'ammoniaque et on abrège ainsi notablemeni ANN. SCIENCE AtiRON. — 1SS7. — I. 15) 290 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. l'opéralion. Mais, dans le cas du sulfate de potasse, il est difficile de s'arrêter juste au moment de la saturation de l'acide sulfurique. 30 Dosage de la potasse dans un engrais complexe par l'acide perchlorique. On suppose (pie cet engrais contient de la matière organique, des sels ammoniacaux, du superphosphate de chaux et un sel de potasse, chlorure ou sulfate; ce cas se présente fréquemment dans la pra- tique. Le procédé à appliquer est le même pour les engrais com- plexes, les guanos et les poudreltes. On prend 5 grammes de matière, on les mêle intimement dans un mortier avec un gramme de chaux hydratée, on verse dans une cap- sule en porcelaine, on humecte la masse avec quelques gouttes d'eau, on dessèche et on calcine à très hasse température, sans dépasser le rouge sombre. Dans cette opération, les superphosphates reviennent à l'état insoluble, la matière organique est carbonisée et les sels am- moniacaux sont éhminés ; on reprend par de très petites quantités d'eau bouillante, on filtre, on lave à l'eau bouillante en s'arrangeant de manière à n'avoir pas plus de 80 centimètres cubes de liqueur environ ; toute la potasse se trouve dissoute. Dans cette licpieur on ajoute, par petites portions, aussi longtemps (ju'il se forme un nouveau précipité, de l'eau de baryte, dont on évite de mettre un excès considérable ; on sépare l'excès de baryte introduit au moyen d'une solution concentrée de carbonate d'am- moniaque, en évitant également de mettre un grand excès de cette dernière solution ; on porte à Tébuilition, on filtre et on lave ; on évapore à un petit volume, puis on traite à plusieurs reprises par de l'acide nitri([ue additionné d'un cinquième d'acide chlorhydrique, en évaporant chaque fois, et on termine l'opération comme dans le cas d'un sulfate. L'addition d'acide chlorhydrique a pour but de pro- duire de l'eau régale qui détruit les sels ammoniacaux. Le résultat obtenu correspond à 5 grammes de matière employée. Quand l'en- grais est très riche en potasse, par exemple, quand il en contient plus de 10 p. 100, il ne faut opérer que sur- deux grammes de matière. RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 291 4° Dosage de la potasse dans les salins et dans les potasses raffinées, par la méthode au platine et au formiate de soude de MM. Gorenwinder et Contamine. Dans ces dernières années, on a préconisé l'emploi d'une mélliodc (|ui est rapide et exacte, quand on la prali(jue avec tout le soin voulu. On peut la i-egarder comme aussi précise que le procédé au perchlo- rate. Elle s'applique en général aux sels de potasse. Mais il est utile de s'assurer au préalable que ceux-ci ne contiennent pas d'ammonia- que ; si la présence de celte base était constatée, il faudrait cliauffer au rouge le sel à essayer avant de procéder au dosage ; les sels ammo- niacaux sont ainsi éliminés ; mais il faut éviter de pousser la tempé- rature trop liant ou de la prolonger, de crainte de volatiliser les sels de potasse. On prend 25 gianimes de sel à analyser, on calcine comme on vient de le dire, mais seulement dans le cas très rare où il y a des sels ammoniacaux ou de la matière organique, on dissout à l'ébulli- tion dans COO ou 800 centimètres cubes d'eau, on laisse refroidir et on amène 1;3 volume total à un litre; après avoir rendu le li(piide homogène, on en filtre une partie; on prélève 20 centimètres cubes, correspoiidant à 5 décigrammes de matière, on acidulé la liqueur par de l'acide cbloiliydrif|ue, on évapore à sec et on pèse le résidu sidin afin di' savoir quelbï quantité de bichlorurc de platine il faut y ajouter pour (jue ce dernier soit en excès. On calcule la quantité do bichlorurc, de manière à ce (pi'dle soit suffisante pour saturer l;i quantité du sel pesé, que l'on considère comme étant du chlorure de sodium ; l'équivalent de la soude étant moins élevé que celui de la potasse, on est sûr, de cette manière, d'avoir un excès de chlo- rure de [ilatine. La solution de chlorure de platine devra coiilenir, dans 100 centimètres cubes, 17 grammes de platine ; chaque cenli- mèlre cube de cette solution sera suiïisant par décigramme du poids du résidu salin obtenu. On évapore le mélange dans une capsule à fond plat au bain-marie ; la capsule est placée sur un rond métallique; qui est lui-même séparé des bords du bain-marie par un gros rond de carton, destiné à empocher le bichlorurc de platine d'être chaulTt- 292 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. au delà de 100 degrés, température au-dessus de laquelle il pourrait se former un peu de sous-chlorure de platine, insoluble dans l'al- cool. On pousse l'évaporation jusqu'au moment où le produit a une con- sistance pâteuse et se prend en masse par le refroidissement ; il faut éviter une dessiccation complète. Après refroidissement, on laisse digérer pendant plusieurs heures avec 15 centimètres cubes d'alcool à 95 degrés, en ayant soin de placer la capsule sous une petite cloche. On agite de temps en temps avec une baguette le contenu de la capsule, on décante le liquide surnageant sur un petit filtre, on lave avec l'alcool jusqu'au moment où le liquide qui passe est tout à fait incolore. On avait recommandé d'employer un mélange d'alcool et d'élher; mais le traitement par ce mélange ne se fait pas sans difficulté ; il est rare que le liquide ne grimpe pas le long des parois de la capsule et ne déborde sur la paroi extérieure. Cet inconvénient est difficile à éviter avec l'emploi du mélange d'alcool et d'éther, mais ce lavage peut aussi s'opérer avec de l'alcool seul à 95 degrés, qui ne dissout pas de chloroplatinate de potasse. Dans ce cas le liquide grimpe moins. On a ainsi obtenu, comme résidu insoluble, un mélange de chlo- roplatinate de potasse avec des quantités variables de phosphate de soude, de sihce, d'oxyde de fer, etc. On dissout par l'eau bouillante la matière restée dans la capsule et on la verse sur le filtre, on continue le lavage de la capsule et du filtre par l'eau bouillante, jusqu'au moment où tout le chloroplatinate est dissous, ce qu'on constate facilement par la décoloration du liltre. La solution de chloropla- tinate est reçue dans une capsule bien vernissée et dans le vernis de laquelle il ne se trouve pas de stries. On chauffe au bain de sable jusqu'à l'ébulhtion et on verse, par très petites portions, du formiate de soude dissous dans l'eau, tout en retirant la capsule du feu, pour éviter les projections. La réaction est assez vive, le platine est réduit à l'état métallique. On ajoute du formiate de soude jusqu'à ce que le liquide soit complètement décoloré. On peut avantageusement remplacer la capsule par un vase en verre trempé ou un verre de Bohême, à bec, qu'on recouvre d'un verre de montre pendant la RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 293 réaclion. Non seulement on évite ainsi des pertes par projection, mais on est aussi à l'abri des inconvénients que présentent dans les capsules les stries sur lesquelles le platine adhère fortement. Le platine s'est précipité sous forme de poudre noire; pour le concréter, on évapore le liquide à peu près à moitié, on verse sur un petit filtre, en y faisant tomber le platine avec de l'eau froide légèrement acidulée et, lorsque tout le platine est réuni sur le filtre, on achève le lavage à l'eau bouillante, il arrive sauvent que le pla- tine passe à travers le filtre, ce qu'on remarque facilement à la teinte d'un gris métallique qne prend le liquide filtré ; il faut alors laisser déposer ce litpiide du jour au lendemain, décanter la partie surna- geante et ajouter sur le filtre le dépôt noir qui s'est formé, en em- ployant encore de l'eau froide pour le lavage ; mais cet inconvénient ne se produit que lorsque le liquide n'a pas été suffisamment éva- poré pour concréter le platine; il faut donc donner une grande attention à cette évapora lion. Le filtre est séché et calciné, on obtient ainsi le poids du plaline correspondant à celui de la potasse (100 de platine équivalent à 47.57 de potasse). Le procédé s'applique non seulement au chlorure de potassium, mais aussi aux salins, aux potasses raffinées et môme au sulfate de potasse, sans séparation préalable de l'acide sulfurique. 50 Dosage de la potasse à l'état de chlorure double de platine et de potassium. Séparation de la potasse et de la soude. Ce procédé de dosage classique fournit de bons résultats ; il est fondé sur la propriété que possède le bichlorure de platine de donner, avec les chlorures de potassium et de sodium, des chlorures doubles de potassium et de sodium, qu'il est facile de séparer, le chloropla- tinate de potasse étant insoluble dans l'alcool, tandis que le chloro- platinate de soude y est soluble. La première opération consiste à ramener la potasse et la soude à l'état de chlorures. Soit le cas d'un engrais complexe, il faut commencer par détruire la matière organique et les sels ammoniacaux par une calcination ou un grillage ; mais en ayant soin de ne pas pousser la température 294 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. trop loin, de peur de volatiliser de la potasse. Le produit de la calci- nation qui, suivant la richesse présumée de l'engrais, provient de 1 à 5 grammes de matière primitive, est traité par de l'eau chaude ; on ajoute à la solution, qu'il est inutile de filtrer au préalable, un léger excès d'eau de baryte, puis on filtre. Dans la solution filtrée, on ajoute du carbonate d'ammoniaque en excès ; on fait bouillir, on filtre de nouveau et on évapore à sec la solution claire dans une cap- sule de platine; oji ajoute à la matière 4 ou 5 grammes d'acide oxa- lique en poudre de manière à recouvrir la matière, on humecte avec quelques gouttes d'eau pour encroûter l'acide oxafique au-dessus de la matière, on recouvre d'un entonnoir qui pénètre de quelques mil- limètres dans la capsule, on chauffe modérément au bain de sable, en ajoutant de temps en temps quelques gouttes d'eau ; puis on chauffe plus fort au bain de sable, jusqu'à ce que tout dégagement de gaz et de vapeur ait cessé. 11 se forme dans l'intérieur de la capsule des gaz réducteurs, notamment de l'oxyde de carbone, qui réagis- sent sur les azotates et achèvent de les transformer en carbonates. On n'a pas à craindre de pertes pendant cette opération, parce que l'acide oxalique, en se décomposant, tout en bouillant vivement, ne projette pas de matière. Il ne faut pas craindre à la fin de l'opération de porter la capsule jusqu'au rouge, qu'on maintient pendant quel- ques instants. On reprend par de petites quantités d'eau chaude, on filtre si c'est nécessaire; la magnésie, le carbonate de chaux, etc., restent sur le filtre ; dans la solution filtrée, dans laquelle les alcalis se trouvent à l'état de carbonates, on met de l'acide chlorhydrique, on évapore à sec et on pèse le mélange des chlorures, auquel on ajoute une quantité connue de chlorure de platine, comme il est expliqué précédemment; on évapore à sec au bain-marie, mais sans prolonger la dessiccation au delà de ce qui est indispensable. Le résidu est repris par de l'alcool à 95°, qu'on laisse pendant quel- que temps séjourner sur la matière, après avoir bien agité afin d'ob- tenir la précipitation complète du chloroplatinate. Cette digestion doit se faire sous une petite cloche à bords rodés et suiffés, reposant sur une plaque de verre dépohe. On empêche ainsi l'alcool de s'éva- porer et de former sur les parois de la capsule des dépôts qui finissent par atteindre et dépasser le bord supérieur du vase. R.VPI'OUT TAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 293 On lave au moyen de cet alcool, en décanlant les liqueurs sur un pclit filtre placé lui-même dans un autre filtre d'un poids identique, qui lui sert de tare sur les deux plateaux d'une balance ; le lavage est prolongé jusqu'à ce que les liqueurs passent tout à fait incolores. On s'arrange, pendant le lavage, de manière à faire tomber sur le filtre toute la matière, en détacliant avec une barbe de plume celle qui resterait dans la capsule ; on dessècbe à une température ne dé- passant pas 95" et on pèse le cliloroplalinate recueilli sur le filtre intérieur. On peut encore laisser la matière dans la capsule dans la- quelle on fait tomber, au moyen d'un fin jet d'alcool, le cliloroplali- nate qui était entraîné sur le fillre. On pèse dans la capsule même, après dessiccation à 95". La pesée doit se faire rapidemeni à cause de l'hygroscopicité de la matière. Lorsqu'on a recueilli le précipité sur le filtre, il est prudent d'in- troduire celui-ci, au sortir de l'étuve, dans un étui en verre léger, bouché à l'émeri, en prenant la précaution de tarer cet étui avec un autre semblable, dans leijuel on mettra le filtre vide. Le poids ob- tenu multiplié par 0,i9o donne la quantité de potasse correspon- dante. 6° Détermination de la soude. On peut doser la soude par différence. Etant donné qu'on connaît le poids du mélange de chlorure de potassium et de chlorure de so- dium et qu'on a dosé comme on vient de le dire la potasse, on n'a qu'à retrancher, du poids total, le poids du chlorure de potassium correspondant à la potasse obtenue; on aura ainsi le poids du chlo- rure de sodium. Mais il vaut mieux opérer un dosage dii"ect : la soude se trouve tout entière dans la dissolution alcoolique, dont on a séparé par fil- tralion le chloroplalinatede potasse. Celte liqueur est évaporée à sec, au bain de sable, dans un verre de Bohême d'environ 100 centimètres cubes de capacité. Le résidu est formé de chloroplalinate de soude et d'un peu de bichlorure de plaline. On adapte au verre de Bohême un bouchon de liège avec deux tubes. On maintient l'appareil sur un bain de sable à une douce chaleur, on fait arriver par l'un des tubes, 296 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. qui plonge jusqu'au fond du verre de Bohême, un courant d'hydro- gène, l'autre tube sert au dégagement des gaz. L'hydrogène réduit complètement les sels de platine. Pour faciliter l'attaque du résidu sohde dans toute son épaisseur, on ajoute quelques gouttes d'eau ; quand toute la surface a noirci, on agite, on évapore à sec et on fait de nouveau passer de l'hydrogène. On répète trois ou quatre fois cette opération, en s'arrètant au moment où l'eau ajoutée ne se colore plus en jaune ; on n'a plus alors qu'un mélange de platine réduit et de chlorure de sodium. Aucune trace de ce dernier n'a été perdue, car la température n'a pas dépassé 100°. On dissout le chlo- rure de sodium par des lavages à l'eau. Ce liquide, qui doit être ab- solument incolore, est évaporé à sec dans une capsule de platine et pesé : on obtient ainsi le poids du chlorure de sodium. Comme véri- fication, la somme du poids du chlorure de potassium, calculée d'après le chloroplatinate et le poids du chlorure du sodium trouvé, doit être égale au poids initial du mélange des deux chlorures. V. — Dosage de l'azote sous ses divers états. ±° Dosage de l'azote organique par la chaux sodée dans un engrais riche ne contenant pas de nitrate (Ex. : sang des- séché). L'azote qui se trouve à l'état organique dans les engrais se trans- forme en ammoniaque lorsqu'on chauffe la matière avec de la chaux sodée. Cette réaction est la hase du procédé d'analyse dont il est ici question. La présence des nitrates ne permet pas l'emploi de cette méthode. Dans un tube de verre vert bien nettoyé et fermé par un bout long de 35 à 40 centimètres, on met d'abord, sur une longueur de 2 centimètres, de l'oxalate de chaux, puis sur 5 centimètres de longueur, de la chaux sodée en petits fragments et on y introduit un mélange, fait dans un mortier, de 50 centigrammes de la matière à analyser, avec de la chaux sodée réduite en poudre grossière ; ce mélange ne doit pas occuper une longueur de plus de 42 à 15 cen- timètres dans le tube. Au moyen de petites quantités de chaux sodée, RAPPORT FAIT AU CO:\riTK DRS STATIONS AGRONOMIQUES. 297 on lavo le niorlier et hi ninin de cuivre qui a servi n l'introduction de la matière, puis on achève de remplir le tube, jusqu'à 4 centi- mètres de rextrémilé, par de la chaux sodée en petits fragments. On bouche au moyen d'un lamj)oii d'amiante assez serré pour em- pêcher tout entraînement de la chaux sodée par le dégagement gazeux ; on essuie soigneusement avec un papier le bord intérieur du tube et on bouche avec un bouchon de h'ège, puis on enroule autour du (ube une bande de clinquant, en laissant libres les deux extrémités du tube sur une longueur de 4- centimètres ; on fixe le cliiKpiant au moyen de. fils de cuivre tordus, et on remplace le bou- chon de liège par un bouchon de caoutchouc, portant un tube à gaz recourbé à angle droitetirès étiré à sa partie la plus longue ; on place le tube sur une grille à gaz ou à charbon, puis on engage l'extrémité étirée du tube abducteur dans un lube à essai de grande dimension, dans lequel on met 10 centimètres cubes de liqueur acide normale et 10 cenlimètres cubes d'eau, en même temps qu'on colore par une quantité constante de teinture de tournesol ; la partie effilée doit plonger jusqu'au fond du tube à essai. A ce lube on peut subs- tituer une liole, ce qui évite le transvasement avant le titrage. On peut encore employer un tube à boule de Will et Warrenlrapp, mais l'usage de ce tube ne nous paraît pas commode. On commence à chnulTer l'extrémité ouverte du tube ; lorsque cette partie est rouge, un avance progressivement vers la partie où se trouve la matière, en allumant les becs ou approchant les char- bons, de manière à ublenir un dégagement de bulles qui soit régu- lier et pas trop préci[)ilé. On continue ainsi jusqu'à ce (jne toute la matière soit décomposée, en chauffant de manière à ce (|ue le tube arrive à la température du rouge sombre, qu'il faut maintenir jus- qu'à la fin de l'opération, mais sans la dépasser. Finalement lorsque le dégagement de gaz a presque cessé, on élève la température du tube au rouge vif et on commence à chaufl'er peu à peu la partie dans laquelle se trouve l'oxalate de chaux, destiné à fournir de l'hy- drogène, (jui chasse les dernières traces d'ammoniaque. Lorsque tout dégagement de gaz a cessé, on dirige, au moyen d'une pissette, un jet d'eau froide sur la partie antérieure du tube, en tenant à la main le tube abducteur et le lube à essai. Le tube en verre vert se 298 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. brise ; on délache le bouchon, on lave le tube abducteur à l'inté- rieur et à l'extérieur, en recevant les eaux de lavage dans le tube à essai ; tout le liquide est ensuite transvasé dansun verre à dosage, on lave et on procède au tilrage au moyen de la liqueur de potasse, comme s'il s'agissait de doser l'ammoniatjue. On prend de même le titre de 10 centimètres cubes d'acide normal et on fait le calcid comme il est expliqué au sujet du dosage de l'ammoniaque. 17 d'am- moniaque correspondent à 1-4 d'azote. Il arrive que, lorsque l'engrais contient des sels ammoniacaux, une partie de l'ammoniatjue se dégage pendant qu'on fait le mélange dans le mortier. Dans ce cas il faut procéder très rapidement et avoir d'avance la chaux sodée toute pulvérisée. Pour plus desùrelé, on peut triturer la matière avec quelques cristaux d'acide oxalique, avant de la mêler à la chaux sodée. Il serait préférable de doser d'abord l'ammoniaque toute formée, en la déplaçant par la magnésie, et d'opérer ensuite sur le résidu pour le dosage de l'azote organique par la chaux sodée ; mais on allongerait ainsi de beaucoup le dosage. Les précautions que nous avons indiquées pour éviter les pertes d'ammoniaque sont suffi- santes. Souvent l'échantillon sur lequel on opère n'est pas sec et il faut au préalable l'amener à l'état de siccité ; mais si cette dessiccation était faite sans précaution spéciale on pourrait perdre par volatilisa- tion de l'ammoniaque libre ou carbonatée ; tel serait le cas du fu- mier de ferme, du purin, etc., on évite cet inconvénient en ajoulaut à la matière assez d'acide oxalique en poudre pour donner une réac- tion franchement acide à la masse, l'ammoniaque se trouve ainsi fixée à l'état d'oxalate. On peut tenir compte dans le poids de la matière employée pour l'analyse du poids de l'acide oxali(|ue ajouté. Préparation de la chaux sodée. — Dans une terrine en grès, on met GOO grammes de chaux éteinte en poudre et on verse dessus une solution de 260 grammes de soude caustique dans 250 centi- mètres cubes d'eau ; on fait une pâte qu'on introduit dans un creu- set en terre et qu'on chauffe au rouge ; on fait sortir la matière encore chaude du creuset, on la concasse rapidement dans un mor- tier de cuivre, de manière à avoir des grains de la grosseur d'un RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 299 pois environ cl qui ne sont pas trop mélangés de poudre, on enferme cette matière encore chaude dans un flacon bien bouché. Préparation de Voxalate de chaux. — Dans une petite bassine de cuivre, on met 100 grammes d'acide oxalique, on y ajoute, en faisant bouillir, assez d'eau pour tout dissoudre, puis on y jette par petites portions de la chaux éteinte en poudre, en remuant constam- ment, jusqu'à ce que le papier de tournesol indique qu'il y a de la chaux en excès ; on évapore d'abord à feu nu en agitant fortement, puis on achève la dessiccation au bain de sable ; on met la matière desséchée dans un flacon bien bouché. 2o Dosage de l'azote organique dans un engrais pauvre en azote, ne contenant pas de nitrate. Le dosage par la chaux sodée s'effectue facilement sur les engrais qui ne contiennent pas de nitrate ; c'est le cas que nous supposons encore ici, mais en considérant un engrais moins riche en azote que le précédent. On opère sur i gramme de matière ; on procède exac- tement comme à l'article précédent , avec cette seule différence qu'on substitue à l'acide titré normal l'acide titré décime et qu'on se sert d'eau de chaux pour faire la saturation de l'acide. Comme il peut arriver (pie l'engrais soit plus riche en azote qu'on ne pensait et que, par suite, les 10 centimètres cubes d'acide décime pour- raient se trouver saturés complètement, ce qui occasionnerait une perte d'ammoniaque, il est prudent d'ajouter dans le tube à essai quelques gouttes de teinture de tournesol, qui montreraient, en virant au bleu, que l'acide est saturé ; dans ce cas, pour ne pas per- dre l'opération, il faudrait ajouter aussitôt 10 autres centimètres cubes d'acide décime et achever l'opération comme précédemment. On lient compte par le calcul de 10 centimètres cubes d'acide décime ajoutés en plus. Exemple de calcul: il a fallu 26''%5 d'eau de chaux pour saturer 10 centimètres cubes d'acide titré ; la matière contenait plus d'azote que n'en pouvaient saturer les 10 centimètres cubes d'acide placés dans le tube à essai, et on a dû ajouter 10 autres centimètres cubes. 300 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Pour opérer la saturation de cette liqueur, il a fallu '18''%5 d'eau de chaux. La quantité d'azote sera la suivante : 26,5 + (26,5 -18,5) 26;5 ^^'^ '^• en admettant que 10 centimètres cubes d'acide titré équivalent à 0s'',0i75 d'azote. 30 Dosage de l'azote dans les substances peu homogènes et difficiles à pulvériser. (Procédé de M. Grandeau.) Il peut arriver que l'engrais azoté soit en morceaux difficiles à diviser et de natures différentes: tel est le cas des déchets de drap, de cuir, de laine, etc. ; il est alors impossible d'obtenir un mélange homogène sur lequel on puisse prélever la quantité de matière des- tinée à l'analyse. Dans ce cas, on traite, dans une capsule de porce- laine, 50 grammes de la matière à analyser, par une quantité d'acide sulfurique concentré suffisante pour imprégner toute la masse ; on chauffe au bain de sable en remuant fréquemment, jusqu'à ce que la désagrégation soit complète. Alors on ajoute, par petites portions, de la craie finement pulvérisée, jusqu'à ce qu'on ait obtenu une masse suhde, qu'on broyé dans un mortier et qu'on mélange avec soin. On n'a pas saturé complètement l'acide par la craie, de sorte que, pendant la manipulation, il ne peut se produire aucune déper- dition d'ammoniaque. On prend le poids de la poudre ainsi obtenue, dont on pèse la cinquantième partie pour l'analyse ; on opère ainsi sur une matière correspondant à 1 gramme de l'engrais à essayer. Cette partie est traitée par la chaux sodée comme s'il s'agissait d'un dosage ordinaire ; là encore, suivant la richesse supposée de l'en- grais, on emploie l'acide sulfurique titré normal ou l'acide décime. Cette méthode ne serait pas apphcable aux cas où il y aurait des nitrates. Dans le cas où l'on opérerait le dosage parle procédé Kjeldahl, on ne saturerait pas l'acide, mais on prendrait une fraction déter- minée, soit par exemple 1/50 de la bouillie acide obtenue, corres- pondant à 1 gramme de matière. RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 301 40 Dosage de l'azote sous ses trois états dans un engrais complexe. Le cas se présente fréquemment dans la pralique d'avoir à déter- miner, dans un môme engrais, l'azote à l'état de nitrate, à l'état d'ammoniaque et à l'état d'azote engagé dans des combinaisons organiques. Le dosage de l'azote en bloc ne pourrait se faire qu'au moyen de la méthode qui consiste à mesurer l'azote en volume. Le procédé ordinaire par la chaux sodée ne donnerait que des indica- tions erronées. Il est souvent nécessaire de séparer ces diverses formes de l'azote pour les doser isolément, d'autant plus que leur valeur commerciale n'étant pas lainême, il est indispensable, pour fixer le prix de l'en- grais, de connaître la proportion de chacune d'entre elles. a. Dosage de l'azote nitrique. — On prend 66 grammes de ma- tière qu'on triture dans un mortier, avec un peu d'eau ; on épuise par l'eau en décantant la liqueur dans un ballon jaugé d'un htre, et lavant le résidu un grand nombre de fois, jusqu'à ce qu'on ail complété le volume d'un litre; tout le nitrate est en dissolution, on le dose comme il est expliqué au paragraphe traitant de l'analyse des nitrates. b. Dosage de l'ammoniaque. — On introduit 1 gramme d'engrais dans l'appareil à distillation de M. Schlœsing ; on y ajoute 200 cen- timètres cubes d'eau et \ gramme de magnésie calcinée, on distille en recueillant dans l'acide sulfurique titré. Si l'engrais est riche en ammoniaque, on emploie l'acide titré normal; s'il est pauvre, on em- ploie l'acide au dixième. c. Dosage de l'azote organique. — L'azote organique se trouve généralement dans les engrais en même temps à l'état soluble et à l'état insoluble ; on dose cet azote sous une seule forme ; mais comme il y a lieu, pour pouvoir opérer ce dosage, d'éliminer complètement les nitrates, on perdrait l'azote organique soluble, si l'on procédait par des lavages à l'eau. Voici comment il convient de procéder : dans une capsule à fond plat de 9 centimètres de diamètre, on met 2 grammes d'engrais à 302 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. essayer; on y ajoute 10 cenlimèlres cubes do li(iiieur de protodilo- rurc de fer et 10 centimètres cubes d'acide cblorbydriijue ; on recouvre la capsule d'un entonnoir pour éviter les projections et on porte rapidement à l'ébullition, (pi'on maintient jusqu'à ce que les vapeurs nitreuses soient complètement éliminées. Puis on évapore à sec, au bain de sable, en s'arrêtant au moment où les vapeurs acides cessent de se dégager; il est important de ne pas j)rolonger inutilement l'action du feu, afin de ne pas volatiliser les sels ammo- niacaux ; puis on ajoute dans la capsule 4 grammes de craie pulvé- risée ; on mélange la masse de manière à obtenir une poudre (pii se détache facilement et on enlève soigneusement la matière de la capsule. Celle matière est introduite dans le tube à chaux sodée ; comme elle est assez volumineuse, il y a lieu d'employer un tube de 40 à 45 centimètres de longueur. Ou conduit l'opéi^alion comme dans un dosage ordinaire. Dans ces traitements on n'a pas éliminé l'ammoniaque ; l'azoîe trouvé représente donc la somme de l'azole organique et de l'azote ammoniacal. Comme on a déterminé ce der- nier isolément, on le retranche du chiflre trouvé dans cet essai et on obtient ainsi l'azote qui existe à l'état organique. 50 Dosage de l'azote par la méthode Kjeldahl. Cette méthode se recommande par la rapidité de son exécution et par la facilité avec laquelle on peut mener de front un grand nombre de dosages. Le principe est le suivant : transformation de l'azote organi({ue en azote ammoniacal, au moyen de l'acide sulfuri({ue additionné soit de sulfate de cuivre déshydraté, soit d'oxyde rouge de mercure, soit plutôt de mercure métallique, ajoutés dès le commencement ; on distille ensuite le liquide avec une lessive de soude libre de toute trace de carbonate, obtenue par l'ébullition avec de la baryte hydra- tée; le dosage de l'ammoniaque se fait à la manière habituelle à l'aide d'acide sullurique titré. Cette méthode n'est pas encore applicable aux cas où on se trouve en présence de quantités appréciables de nitrates. L'attacjue par l'acide se fait dans des ballons tic ^00 à i^50 cenli- RAPPOHT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 303 mètres cubes de capacité ; on introduit la matière, soit, 5 déci- grammes ou 1 gramme et on ajoute l gramme environ de mercure métalli(|ue, ou encore 2 ou 3 grammes de sulfate de cuivre sec en poudre. Pour mettre la quantilé voulue de mercure, il est commode de se servir d'un tube capillaire jaugé une fois pour toutes. Les four- rages très riches en matières grasses sont additionnés d'un peu du paraffine, afin d'empêcher le boursouflement, puis on verse sur le tout 20 centimètres cubes d'acide sulfurique pur et monohydratc ; on commence par chaufl'er doucement, puis plus fort. On maintient l'ébuUition jusqu'à ce que le liquide soit deveim tout à fait limpide. il n'est pas indispensable que la décoloration de l'acide soit com- plète ; mais la limpidité doit être parfaite. Une demi-heure a trois quarts d'heure d'ébuUition sont en général suffisants pour la trans- formation intégrale de l'azote en ammoniaque. Les ballons sont pla- cés inchnés sur un support de toile métallique. On peut placer dans le goulot de ces ballons une petite boule de verre qui empêche d'une part une évaporation trop forte de l'acide, et de l'autre toute perte de matière par projection. Le liquide étant devenu tout à fait clair à froid, on ajoute avec précaution un peu d'eau, puis en plus ample quantité, jusqu'à ce qu'on en ait mis 100 centimètres cubes. On agile convenablement, afin de faire dissoudre complètement le sel de mercure qui a pu rester au fond et on transvase dans le ballon de distillation, en lavant à difîérentes reprises. Les ballons de distillation sont d'une contenance de près d'un litre. On ajoute au liquide de la lessive de soude en quantité telle, qu'elle soit en excès sur l'acide sulfurique. On a ainsi 200 à 250 centimètres cubes de liquide final. Il convient de mettre en outre 3 ou 4' centi- mètres cubes d'une solution saturée de sulfure de sodium, destinée à éhminer le mercure à l'état de sulfure et à empêcher ainsi la for- mation de combinaisons difficilement décomposables entre le mer- cure et l'ammoniaque. La saturation par la soude met l'ammoniaque en liberté ; il faut se hâter d'adapter le ballon à l'appareil à distiller, afin d'éviter toute perte d'ammoniaque. 304 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Il convient d'ajouter un peu de zinc en grenaille, pour avoir, par- le dégagement d'hydrogène, une ébullition plus tranquille et on dis- tille en recueillant l'ammoniaque qui se dégage dans l'acide suH'u- rique titré. Pour éviter que des pi-ojections n'entraînent de la soude dans le ITquide distillé, on se sert de l'appareil de M. Sclilœsing. On peut avantageusement donner à celui-ci la forme adoptée par M. Aubin. Lorsque le produit à analyser contient des nitrates, on peut se débarrasser de ceux-ci en chauffant la matière avec du protochlo- rure de fer additionné d'acide chlorhydiique et en évaporant jusqu'à sec ; celte opération peut se faire dans le ballon même dans lequel se fera l'attaque par l'acide sulfurique. La quantité de matière sur laquelle on doit opérer est en général de 5 décigrammes ; pour les matières pauvres en azote ou pour celles qui sont peu homogènes, on peut prendre 1 à 2 grammes; dans ce cas on augmente d'un tiers ou «de la moitié la quantité d'acide sulfurique. Lorsqu'on opère sur des liquides, vin, bière, lait, etc., on prend de ceux-ci un volume tel que la quantité des matières fixes soit comprise entre 5 décigiammes et 1 gramme. Il y a lieu de faire une correction pour les traces d'ammoniaque (|ue pourrait contenir l'acide sulfurique employé ; cette correction est faite, une fois pour toutes, pour le même acide, par un dosage à blanc ; elle est ordinairement très faible. 11 est indispensable que l'acide sulfurique soit exempt de composés nilrés ; une ébuUition prolongée élimine complètement ces derniers. 6o Dosage de l'ammoniaque dans un sulfate d'ammoniaque au moyen de l'appareil de M. Schlœsing. Le dosage de l'ammoniaijue s'effectue toujours en chassant cette base au moyen d'une base fixe et en distillant; l'ammoniaque est recueillie dans un acide titré, dont le degré de saturation mesure la proportion de l'alcali volatil. On pèse 25 grammes de sulfate à essayer, on les dissout dans de l'eau, on amène le volume à 1 litre. On prend 20 centimètres cubes de celte dissolution, correspondant à 5 décigrammes de sulfate, au RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES, 305 moyen d'une pipette jaugée ; on les introduit dans le ballon à col étiré de l'appareil; on ajoute 150 centimètres cubes d'eau et 2 grammes de chaux éteinte ou une dissolution équivalente de soude ou de potasse. (Le ballon peut être remplacé par une fiole de verre trempé.) Le ballon communiipie au moyen d'un court tube de caout- chouc avec un serpentin de verre ascendant se reliant à un réfiigé- rant. Le réfrigérant porte un tube étiré, à boule, dont l'extrémité plonge de 1 ou 2 millimètres au plus dans iO cenlimèlres cubes d'acide sulfurique titré normal, contenus dans un petit ballon. L'ap- pareil étant ainsi disposé et l'eau circulant dans le réfrigérant, on chauffe le ballon de manière à porter à l'ébullition ; l'ammoniaque se dégage d'abord et se combine à l'acide sulfurique titré ; il peut arriver que, par suite d'une absorption trop rapide de l'ammoniaque, la liqueur acide monte dans le tube ; mais la boule étant suffisante pour la contenir, cela n'a pas d'inconvénient. On continue à chauffer de manière à distiller lentement une certaine quantité d'eau, des- tinée à chasser les dernières traces d'ammoniaque. Quand la quan- tité d'eau distillée a atteint 50 centimètres cubes, on détache de l'ap- pareil le tube à boule et ensuite seulement on arrête le feu ; on lave le tube à boule à l'intérieur et au bout extérieur avec de petites ({uantités d'eau, qu'on fait tomber dans le ballon. Puis on ajoute la teinture de tournesol neutre et, au moyen d'une burette graduée, en agitant constamment, une solution alcaline, jusqu'au moment où la couleur du tournesol indique que la saturation est complète. On lit le volume de hqueur alcaline employé, soit V. D'un autre côté, dans un ballon semblable on a versé 10 centimètres cubes de l'acide titré, le tournesol et 50 centimètres cubes d'eau distillée ; avec la liqueur alcaline, on sature cet acide, on en note également le volume employé, soit V ; l'acide titré a été préparé de telle sorte que les 10 centimètres cubes employés saturent exactement 0^', 2 125 d'ammo- niaque ou tout autre quantité voisine, rigoureusement connue. Pour calculer, au moyen de ces éléments, l'ammoniaque contenue dans les 5 décigrammes de sulfate d'ammoniaque sur lesquels on a opéré, on établit la formule suivante : V — V a; = -1-^x0,2 125. A.NN. SCIENGK AGUON. — 18S7. — I. 20 306 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Pour calculer à Tclat d'azote on emploie la formule V — V ^ = -^p-^XO,175. En admcLlant (jue les 10 cenlimèlrcs cubes d'acide litre corres- pondent exactement à ces rpiantilés. Préparation de l'acide sidfurique tUré. — Dans une capsule de plaline on met de l'acide suHïiricpie distillé pur ; on le porte à l'ébul- lition, qu'on maintient pendant au moins une demi-heure, puis on laisse refroidir la capsule sous une cloche rodée, pour éviter l'ab- sorption de toute trace d'humidilé. La capsule sera placée sur un trépied en fer afin d'éviter que la plaque de verre sur laquelle se trouve la cloche, soit cassée par la température de la capsule. L'acide étant refroidi, on en verse rapidement dans un ballon bouché à l'émeri, taré sur la balance de précision, environ 50 centimètres cubes ; on bouche immédiatement et on en prend la poids. Celui-ci étant obtenu, on verse l'acide dans un ballon jaugé, en lavant de manière à entraîner tout l'acide qui avait été pesé. Le volume au- quel on amènera la liqueur sera tel que 6[^\'id d'acide sulfurique soient amenés exactement à 1 litre ; on étendra donc la solution de manière à obtenir cette concentration. On appelle cette liqueur : liqueur acide normale. Le liquide ainsi obtenu est mélangé avec soin et conservé dans un flacon bouche à l'émeri. Comme le verre a sou- vent une réaction alcaline et qu'une partie de l'acide pourrait être saturée par cette alcalinité du verre, il convient de choisir des flacons dans lesfjuels a séjourné pendant longtemps de l'acide sulfurique concentré. Pour l'usage il est commode de mettre ce liquide dans un matras, qui porte un bouchon en caoutchouc muni d'une pipette jaugée. Le matras et la pipette ont été au préalable soumis, pendant quelques semaines, à l'action d'acide sulfurique concentré. En donnant cette formule pour la préparation des acides titrés nous n'entendons pas dire que c'est la seule qu'on puisse employer. Elle nous a semblé convenable pour l'emploi. Mais tout autre acide titré conduit au même résultat, à la condition de renfei'iner une proportion d'acide rigoureusement connue. Quel que soit d'ailleurs le mode de préparation des acides titrés, il est indispensable d'y do- RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AfiRONOMIQ LES. 507 ser exactement l'acide, ce qu'on peut faire par divers procédés que nous ne décrirons pas ici. Préparation de la liqueur acide décime. — 100 centimètres cubes d'acide sulfui'ique titre normal sont versés dans une carafe jaugée de l litre ; on complète le volume à \ litre avec de l'eau distillée préalablement bouillie. Préparation de l'eau de chaux. — On met 200 à 300 grammes de cbaux éteinte dans un flacon boucbé de 5 litres, on remplit avec de l'eau, on agite et, après avoir laissé déposer, on jette l'eau qui a dissous les parties salines que la cbaux pouvait contenir. Ou remet de la nouvelle eau en agitant de temps en temps. Pour employer cette eau de cbaux, on la libre dans un flacon, en évitant autant que possible l'accès de l'air. On bourbe au moyen d'un boucbon qui porte deux tubes étirés au bout et recourbés à angle droit ; l'un sert à l'écoulement de l'eau de cbaux et l'autre à la rentrée du lair. Ces deux tubes sont eux-mêmes boucbés au moyen d'un petit tube en caoutcbouc muni d'un obturateur en verre. Préparation de la magnésie. — On triture dans un mortier le car- bonate de magnésie en pains du commerce et on en fait une pâle homogène en l'additionnant successivement de petites quantités d'eau ; on introduit cette pâle liquide dans un flacon avec de l'eau distillée, on décante de temps en temps la liqueur qui surnage (M1 la remplaçant par de nouvelle eau distillée et en agitant fréquem- ment ; cette opération a pour but d'enlever les alcalis qui sont géné- ralement mélangés à ce produit et qui pourraient exercer une action sur les matières organiques azotées. On jette sur un entoimoir bou- ché par un tampon de coton, on laisse égoiitter, on sèche à l'éluve, on introduit dans un creuset en (erre et on calcine pendant une heure au rouge peu intense. Le produit obtenu est conservé dans des flacons bien bouchés. Il est prudent d'en calciner la (piantité nécessah'e au dosage au moment même de l'emploi, afin de chasser les traces d'ammoniaque que la magnésie aurait pu absorber. Recherche des sulfocyanures dans les sulfates d'ammoniaque. — Il arrive quelquefois que des sulfates d'ammoniaque, surtout ceux qui proviennent de la fabrication du gaz d'éclairage, contiennent du sulfocyanhydrate d'ammoniaque, corps excessivement vénéneux. 308* ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. pour les plantes aussi bien que pour les animaux. L'emploi de ce produit peut avoir dans les cultures un effet désastreux, il faut donc rejeter complètement les substances qui en renferment. 11 suffit de rechercher (pialilativement la présence de ce composé ; on regar- dera comme impropre à l'usage agricole tout sulfate d'ammoniaque dans lequel on constatera sa présence. On dissout une petite quan- tité de sulfate d'ammoniaque dans l'eau ; on y ajoute quelques gouttes d'une solution étendue de perchlorure de fer, qui donne immédia- tement une belle coloration rouge caractéristique des sulfocyanures. 70 Dosage de l'ammoniaque dans un engrais complexe. Les engrais complexes contiennent généralement, outre l'ammo- niacjne toute formée, de la matière organique contenant de i'azote; si l'on se servait, comme pour un sulfate d'ammoniaque, de chaux pour déplacer l'alcali volatil, on risquerait de transformer en ammo- niaque une partie de cet azote organique et on aurait ainsi un dosage défectueux. Pour empêcher cette action de se produire, on remplace la chaux par delà magnésie, qui n'a qu'une action extrêmement faible sur les matières organiques azotées. L'opération se fait de la même manière que pour le sulfate d'ammoniaque, en opérant sur un gramme d'en- giais et environ 1 gramme de magnésie calcinée. Si l'engrais est riche en sels ammoniacaux, on prend l'acide sulfuri(|ue titré normal, dont on opère la saturation au moyen de la liqueur de potasse. Si, au contraire, l'engrais est pauvre, on remplace l'acide sulfu- rique normal par l'acide sulfurique décime ; dans ce dcinier cas, le titrage de cet acide se fait au moven d'eau de chaux : 10 centi- mètres cubes d'acide décime correspondent à G^'',02125 d'ammo- niaque, soit, à 0,0175 d'azote. On vient d'exposer la méthode qui consiste à di tiller directement la matière avec de l'eau et de la magnésie. Ce procédé rencontre quelquefois des difficultés assez grandes, surtout lorscpTon est forcé d'opérer sur de notables quantités de matière, en raison de la faible teneur en ammoniaque ; tel est le cas du fumier de ferme par exemple. En appliquant directement le feu sous le ballon 0.1 riscjuc de sur- RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 309 cliaiifîer la inalière, qui se colle au fond et on peut ainsi produire de l'ammoniaque aux dépens de la matière organique azotée. Cet incon- vénient peut être évité d'une manière complète au moyen d'un bain de chlorure de calcium, dans lequel on fait plonger le ballon. Le bain est chauffé de manière à permettre l'ébuUition du liquide contenu dans le ballon. Il est préférable, dans beaucoup de cas, au lieu de distiller la ma- tière elle-même, d'extraire par le lavage l'ammoniaque qui y est contenue et do distiller le liquide ainsi obtenu après l'avoir rendu alcalin au moyen de la magnésie. Lorsqu'il y a un peu de matière organique dans la substance à analyser, le lavage peut s'opérer à l'eau ; mais dans le cas où l'on est en présence de beaucoup de matières organiques et notamment des matières brunes des fumiers, une partie de l'ammoniaque pour- rait être retenue dans des combinaisons insolubles; il faut, dans ce cas, lorsqu'on veut opérer le lavage, se servir d'eau légèrement aci- dulée d'acide cblorbydrique, afin de détruire la combinaison de ces matières avec l'ammoniaque, qui entre ainsi en solution. Dans ce dernier cas, avant de procéder à la distillation, il faut saturer l'acide par de la magnésie dont on mettra d'ailleurs un excès. La précaution de traiter au préalable par un acide est indispen- sable lorsqu'il existe dans la matière du phosphate ammoniaco- magnésien, qui n'est que difficilement décomposé par la magnésie quand il se trouve à l'état concret. Mais lorsqu'il a été au préalable dissous par un acide, il laisse facilement dégager son ammoniaque sous l'influence de la magnésie. Quand on a recours à l'acide, on peut opérer sur une quantité no- table de malière, soit par exemple 50 grammes ; dans ce cas, on dé- cantera le liquide dans un ballon jaugé de 1 litre et en lavant à plu- sieurs reprises le résidu, on arrivera au volume de 1 litre. De ce liquide rendu homogène, on prendra une fraction déterminée, soit 20 centimètres cubes correspondant à 1 gramme de matière, soit plus si la quantité d'ammoniaque est faible. Les liqueurs acides, dans lesquelles on doit rechercher l'ammo- niaque, ne doivent jamais avoir pendant longtcmj)s le contact de l'air, qui pourrait augmenter la proportion de cet alcali. Pour la 310 ANNALKS DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. même ruison doit-on éviter la proximité do vapeurs ammoniacales pendant ces manipulations. Il arrive quelquefois que, dans ces opérations, l'eau qui distille en- traîne de l'acide carbonique qui reste dissous dans la liqueur distillée. Le titrage se fait alors d'une manière incertaine et il convient, avant de titrer, de se débarrasser de cet acide carbonique. On y arrive en cbauffant àl'ébullition pendant quelques instants la liqueur contenue dans le ballon, en ayant grand soin d'éviter toute projection ; on opère alors le dosage comme précédemment et sans laisser refroidir. 80 Dosage de l'acide nitrique dans les nitrates. (Méthode de M. Schlœsing.) Ce procédé est basé sur la transformation intégrale de l'acide ni- trique en bioxyde d'azote, qu'on recueille à l'état gazeux et dont on prend le volume; il s'applique non seulement aux nitrates com- merciaux, mais encore aux engrais dans lesquels on a introduit des nitrates. On compare le volume de bioxyde formé à celui que donne une même quantité de nitrate parfaitement pur; le rapport des deux vo- lumes donne la proportion de nitrate réel contenu dans le produit essayé. Mais pour que cette comparaison conduise à des résultats exacts, il faut rendre aussi égales que possible toutes les conditions de l'opé- ration et, par suite, les erreurs relatives. On y arrive ens'arrangeant de manière à recueillir des volumes très voisins de bioxyde d'azote dans les deux cas du titrage et de l'essai, ce qu'il est toujours facile d'obtenir. Dans ce but il convient de faire d'abord l'essai avec la ma- tière à analyser; le volume de bioxyde d'azote étant lu, on emploie une quantité de liqueur titrée de nitrate pui' telle qu'elle donne un volume à peu près égal. Essai d'un nitrale de soude. — Un prépare une liqueur titrée contenant par litre CG grammes de nitrate de soude pur et sec ; on prend également 66 granimes de nitrate à essayer, qu'on dissout et qu'on amène au volume de 1 litre. Cette quantité a paru convenable, parce (jue dans les conditions de l'expérience, elle permet d'obtenir RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 311 un volume de gaz voisin de 100 centimèlros cubes. L'appareil dans lequel se produit la réaction est un ballon de 150 centimètres cubes de capacité; le ballon est muni d'un bouchon en caoutciiouc i)ercé de deux trous, qui porte un tube capillaire de 30 centimètres de longueur, plongeant à quelques centimètres du fond du ballon, de manière que le bout du tube soit toujours au-dessus du liquide. L'autre bout du tube est rebé par un tube de caoutchouc assez étroit, mais épais, à un pi'tit entonnoir; il existe un intervalle de 25 miUi- mèlres entre le bout du tube et la douille de l'entonnoir; à l'endroit libre du caoutchouc on place une pince qui, serrant le caoutchouc, ferme d'une manière complète. L'autre Irou du bouchon porte un tube à gaz recourbé à angle droit, relié par un caoutchouc à un autre tube recourbé, dont la partie plongeant dans l'eau doit avoir de 20 à 30 centimètres de longueur, afin de condenser la vapeur d'eau : le tube plonge dans une cuve d'une forme spéciale et remplie d'eau. Si l'on fait une série de dosages successifs, il est bonde laisser ("ouler constamment, dans cette cuve, de l'eau qui élimine, à mesure, l'eau devenue chaude et chargée d'acide chlorhydrique et qui main- tient le niveau conslant. Dans le ballon on verse d'abord 40 centi- mètres cubes de solution deprolochlorure de fer ; on place le bouchon et, par l'entonnoir, on fait couler 40 centimètres cubes d'acide chlorhydrique, en pinçant le caoutchouc au moment où il reste encore un peu d'acide chlorhydrique dans l'entonnoir. Cette opéra- tion a pour but d'éviter l'emprisonnement de l'air dans le tube ca- pillaire ou la douille de l'entonnoir; cet air serait entraîné dans la suite et augmenterait le volume du bioxyde d'azote. L'appareil étant ainsi disposé, on place sous le ballon un bec de gaz muni d'une cou- roime et on chaufie de manière à produire une ébullition régulière; l'air se trouve expulsé et sort bulle à bulle parle tube ; lorsque, pai' une ébullition de 5 à G minutes, tout l'air est expulsé, que par suite il ne se dégage plus que de la vapeur d'eau qui se condense au con- tact de l'eau froide, on place sur cette extrémité recourbée du tube une cloche graduée de 100 centimètres cubes, exactement remplie d'eau; puis on verse dans l'entonnoir, au moyen d'une pipette jau- gée, 5 centimètres cubes de la Ii(jueur du nitrate à essayer et, ouvrant légèrement la pince, on laisse couler ce liquide très lente- 312 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ment dans le ballon, afin de ne pas arrêter l'ébiiUilion, ce qui en- traînerait une absorption. On referme la pince avant que le liquide ait atteint la douille de l'entonnoir, puis on lave celui-ci avec 5 cen- timètres cubes d'acide chlorhydrique qu'on verse, au moyen d'un tube étiré, sur tout le pourtour supérieur de l'entonnoir. Ce liquide est introduit à son tour, avec les mômes précautions ; on renouvelle ce lavage trois fois, en ayant constamment soin d'empêcher toute rentrée de l'air ; l'ébuUition maintenue constamment dans le ballon fait dégage)' le bioxydc d'azote qui se rend sous la cloche. On la pro- longe jusqu'au moment où le volume de gaz n'augmente plus ; alors, sans arrêter l'ébuUilion, on retire la cloche et on amène, en enfon- çant plus ou moins la cloche, le niveau de l'eau dans celle-ci au ni- veau de l'eau dans la cuve ; il faut avoir soin de tenir la cloche avec une pince ei non avec la main, ou mieux encore, au moyen d'une pince fixe, puis on lit le volume occupé par le gaz dans la cloche, soit V, après avoir attendu quelques instants pour laisser le gaz prendre la température ambiante. On remplit de nouveau la cloche avec de l'eau, on la place sur l'extrémité du tube, le vide s'étant maintenu dans le ballon par l'ébuUition qu'on a laissée se con- tinuer; on introduit par l'entonnoir 5 centimètres cubes de la solu- tion titrée de nitrate pur en opérant exactement delà môme mrmièrc et prenant les mêmes précautions que dans l'opération qui précède. On recueille de nouveau le bioxyde d'azo[e,on lit son volume comme on vient de l'indicjuer, soit V le second volume obtenu, le rapport V vp X 100 donnera la quantité de nitrate réel contenu dans 100 du produit essayé. On peut faire cinq ou six dosages consécutifs sans renouveler les liquides du ballon et sans interrompre l'ébuUition ; dans ces condi- tions, les dosages se font très rapidement; mais il faut avoir la pré- caution de maintenir constamment le licjuide du ballon à un volume sensiblement égal au volume primitif, les liquides qu'on introduit devant remplacer à mesure ceux qui disparaissent par l'ébuUition. Si la concentration devenait très forte, il faudrait ajouter assez d'acide chlorhydrique pour ramener au volume voulu. Essai d'un nitrate de potasse. — Pour l'essai d'un nitrate de po- RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 313 tasse, on opérera exactement de la même manière ; mais les liqueurs sont préparées en dissolvant 80 grammes de nitrate pur et autant du nitrate à essayer dans le volume de 1 litre. Ce chiffre est calculé également de manière à donner un volume de gaz voisin de 100 cen- timètres cubes. Préparation de la solution de protochlorure de fer. — On prend 200 grammes de pointes de fer, on les met dans un ballon avec 100 centimètres cubes d'eau et on y ajoute peu à peu, en chauffant, assez d'acide chlorhydrique pour que le fer soit dissous ; on amène le volume de la liqueur à i Utre. 90 Dosage du nitrate de soude dans un engrais complexe. 1° Engrais riche en nitrate. — On prend 66 grammes d'engrais, on broyé dans un mortier de verre et on traite dans le mortier même parde l'eau, le liquide est versé dans un ballon de i litre et l'engrais lavé à plusieurs reprises. Tous les liquides décantés sont réunis dans le ballon jaugé ; on complète le volume à \ Utre ; le nitrate est entré en solution et on opère avec cette solution claire, filtrée s'il est né- cessaire, comme s'il s'agissait d'un nitrate de soude, mais au lieu d'introduire dans le ballon seulement 5 centimètres cubes deliqueur, on prend plusieurs fois 5 centimètres cubes, suivant la richesse de l'engrais, de manière à avoir un volume de bioxyde d'azote qui ne soit pas trop inférieur à 100 centimètres cubes; soit n le nombre de pipettes de 5 centimètres cubes employées ; soit V le volume de gaz obtenu avec 5 centimètres cubes de solution titrée de nitrate de soude pur, V le volume de gaz obtenu avec la matière, on aura pour V la quantité de nitrate contenu dans 100 d'engrais -r^, X 100. 2" Engrais pauvre en nitrate. — On prend 66 grammes d'engrais ; on les broyé dans un mortier, on les délaye dans l'eau, on laisse reposer pendant quelques moments, on décante dans un ballon jaugé de 1 litre la li([ueur surnageante, on lave plusieurs fois le résidu resté dans le mortier ; on transvase constamment la liqueur surna- geante dans le ballon jaugé, jusqu'à ce qu'on ait complété le volume de 1 litre. 314 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. On mélange cette liqueur et on y ajoute par petites portions de la chaux éteinte, juscju'au moment où la liijueur bleuit le papier rouge du tournesol ; on prélève 500 centimètres cubes, on les éva- pore dans une capsule de porcelaine et on les amène exactement au volume de 50 centimètres cubes. On opère alors avec cette liqueur comme on a fait pour l'engrais riche en nitrate ; le calcul se fait de la même manière, mais il faut diviser par 10 le résultat obtenu. L'addition de chaux a pour objet d'empêcher l'acide nitriciue d'être déplacé par les acides sulfurique ou pho^phoiique libres, dans le cas où l'on opérerait en présence d'un superphosphate. Lorsque l'engrais est excessivement pauvre en nitrate, c'est-à-dire lorsqu'il en contient à peine 1 p. 100, on peut, au lieu de continuer à ajouter de la solution dans le bahon jusqu'au moment où on a ob- tenu un volume de bioxyde d'azote voisin de 100 centimètres cubes, s'arrêter à un volume inférieur. Le calcul se fait du reste de la même manière. Pour calculer en acide nitrique, on multiphe par 0,6207 le nitrate de soude trouvé. Pour calculer en azote nitrique ou multiplie le ni- trate de soude par 0,1647. Remarque. — Il arrive quelquefois que les engrais contiennent des carbonates solubles; dans ce cas l'acide carbonique, se dégageant en môme temps que le bioxyde d'azote, pourrait augmenter le vo- lume de ce gaz et, par suite, conduire à un résultat trop fort. On peut s'assurer de la présence de ces carbonates solubles en délayant, dans 20 ou 30 centimètres cubes d'eau, une dizaine de grammes d'engrais, on jette sur un fdtre et, dans quelques centimètres cubes de la liqueur filtrée, on verse un peu d'acide chlorhydriquc : s'il y a dégagement de bulles gazeuses on conclut à la présence des carbo- nates solubles. Dans ce cas, au lieu de faire la trituration dans le mortier avec de l'eau pure, on emploie de l'eau contenant SkA p. 100 d'acide chlorhydriquc. Lorsque toute effervescence a cessé et que la liqueur reste acide, on continue les lavages avec de l'eau pure jus- qu'au volume de 1 litre, en suivant la marche indiquée ; mais lors- qu'on est forcé de soumettre le liquide à l'évaporation, on ne peut pas opérer avec un Uquide acide de peur de perdre l'acide nitricpie ; alors, ayant amené le liquide neutre ou alcalin à un voMune ti'ès ré- RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 315 duit, 011 décompose les carbonates par une addition d'acide acéti(|ue ; ce n'est qu'après cette addition qu'on amène au volume de 50 centi- mètres cubes et qu'on continue le dosage comme plus haut. L'acide carbonique ayant été éliminé ne peut plus fausser les résultats. Quelques matières fertilisantes , telles que les guanos , peuvent contenir de l'acide oxalique. La décomposition partielle de cet acide peut produire des gaz, acide carbonique et oxyde de carbone, qui viennent s'ajouter au bioxyde d'azote et faussent ainsi le dosage. Il est facile de se mettre à l'abri de celte cause d'erreur en ajoutant à la matière, avant la dissolution, un peu de chaux qui maintient l'acide oxalique insoluble à l'état d'oxalate de chaux. Les liqueurs claires, dans lesquelles on dose les nitrales, sont ainsi complètement débarrassées d'acide oxalique. VI. — Dosage de l'acide piiosphorique sous ses divers états. 1° Remarques générales sur l'acide phosphorique. On trouve dans le commerce les phosphates à des états différents : 1° Phosphates minéraux, constitués par du phosphate de chaux Iribasique, plus ou moins mélangé de carbonate de chaux, de ma- tières siliceuses, etc., et amené à des degrés divers de finesse par des moyens mécaniques ; ""l" Phosphates d'os verts broyés ; phosphates d'os dégélatinés ; noir animal, noir de raffinerie, de sucrerie, etc. ; i3° Phosphates dans les produits tels que : fumier, poudrette, guano, etc. ; 4° Phosphates traités par les procédés chimiques : superphosphates d'os ou minéraux, phosphates précipités, phosphate ammoniaco-ma- gnésien ; 5° Phosphates provenant des traitements métallurgiques tels que ceux des scories. Tous les phosphates peuvent être employés en agriculture pour apporter aux plantes l'acide phosphorique, et tous sont susceptibles d'être assimilés, dans une certaine mesure, par l'organisme végétal. Mais la faculté d'être utilisés par les plantes varie beaucoup, suivant 316 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. la forme sous laquelle se présente l'acide pliosphoriquc : dès lors il était rationnel que des distinctions d'origine et des différences de va- leur fussent introduites dans le commerce de matières aussi variées; mais pour régler équitablement les prix, il ciit fallu posséder des notions vraies, acquises par la comparaison expérimentale des effets que produisent les divers phosphates dans les conditions diverses de la culture; en l'absence de semblables notions, on a imaginé des conventions arbitraires, ne reposant point sur l'expérience, d'où sont résultées des différences considérables entre les prix de l'unité d'acide phosphorique dans les matières phosphatées, notamment entre les prix de cette unité dans les produits d'industrie, superphos- phates, phosphates précipités, phosphates enrichis, et les prix de la même unité dans les engrais phosphatés n'ayant pas subi de traite- ment : phosphates naturels, os, poudrelte, etc. Il convient d'entrer sur ce point dans quelques développements, avant de décrire les méthodes d'analyse applicables aux diverses ma- tières phosphatées. Lorsque Liebig conseilla, vers '1843, de solubiliser l'acide phospho- rique des os, au moyen d'un traitement par un acide, tous les physio- logistes et agronomes étaient persuadés que la solubilité dans l'eau d'un aliment minéral des plantes est la condition première de son absorption. Des essais institués alors en Angleterre, pour comparer les effets des os broyés et du superphosphate d'os, donnèrent un avantage marqué à ce dernier, et déterminèrent la création d'une fabrication qui prit rapidement de grands développements, surtout quand elle admit comme matière première les phosphates miné- raux. Naturellement, l'acide phosphorique acquit dans les superphos- phates une valeur beaucoup plus grande que celle qu'il avait avant traitement dans le phosphate minéral ou phosphorite. La nouvelle industrie se propagea en France, en Allemagne. Mais une difficulté imprévue ne tarda pas à se produire : la rétrogradation ; l'acide phosphorique perdait graduellement sa solubilité première dans les superphosphates provenant de certaines phosphoriles. Quelle valeur fallait-il donner à cet acide rétrogradé que l'eau ne dissolvait plus, et dont pourtant le mode de combinaison primitif RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 317 avail été certainement détruit par l'acide sulfuiicjue ? En Angleterre, les agriculteurs, fidèles à leur opinion sur la solubilité nécessaire des aliments des plantes, ne voulurent payer que l'acide soluble à l'eau : c'est pourquoi les fabricants s'étudièrent à éviter la rétrogradation, soit en employant un excès d'acide sulfuriquc, soit en choisissant de pi'éférence certaines phosphorites. Les usages anglais passèrent en Allemagne. Il en fut autrement en France. Les chimistes avaient introduit dans l'analyse des phosphates un réactif précieux, le citrate d'ammoniaque, ayant la propriété de dissoudre l'oxyde de fer, l'alu- mine, les phosphates de ces deux oxydes, quand ces matières n'of- frent qu'une très faible cohésion : il peut même laisser précipiter à l'état de phosphate ammoniaco-magnésien la totalité de l'acide phos- phorique, tout en gardant intégralement les oxydes ; il réalise ainsi, d'une manière simple, une séparation autrefois très laborieuse. A cette propriété précieuse, on crut en France pouvoii* en ajouter une autre qui serait plus précieuse encore si elle pouvait être admise comme réelle : on fit du citrate le moyen de mesurer l'efficacité comme engrais et, par suite, la valeur vénale de l'acide phospho- rique contenu dans les diverses matières phosphatées. Pour en venir là, on supposait que la faculté d'être assimilés est, chez les phosphates, non plus en relation directe avec la solubilité dans l'eau, comme en Angleterre, mais bien en relation inverse avec la cohésion, le phosphate de moindre cohésion devenant le plus assi- milable. La solubilité dans le citrate était assurément le signe d'une très faible cohésion : ce réactif partagea tous les phosphates en deux catégories, les phosphates solubles au citrate, les insolubles. Puis, l'usage fut introduit d'appeler du nom d'assimilables les phosphates solubles dans ce réactif; l'acide des superphosphates, des phosphates précipités, des phosphates enrichis, c'est-à-dire l'acide des produits livrés par l'industrie chimique, se trouva soluble dans le citrate et réputé dès lors assimilable. Implicitement, le public devait croire et crut en effet que l'acide des phosphates insolubles au citrate était non assimilable, ou tout au moins peu assimilable, et il accorda à l'acide soluble au citrate une valeur double et parfois triple de la valeur de l'acide des phosphates insolubles. De tels errements ne sont plus permis aujourd'hui : il est certain 318 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. que l'assimilabilité d'un phospliale ne dépend pas de sa solubilité dans le citrate : qu'une racine rencontre, vers son extrémité, un frag- ment d'os, de nodule des Ardennes, de phosphorite du Lot, elle dis- soudra et absorbera du phosphate en vertu de ses sucs propres, et malgré la cohésion qui rend ce fragment insoluble dans le citrate. Gela ne veut pas dire que la cohésion ne joue aucun rôle : un frag- ment d'apatite ou de quelque autre combinaison douée d'une grande dureté, se laisse probablement moins attaquer qu'un autre fragment de phosphate plus tendre ; il n'en demeure pas moins acquis que le plus grand nombre des phosphorites peut servir d'ahment direct pour les plantes, sans passer par la désagrégation sulfurique ; il est tout aussi certain que les phosphates d'os, les phosphates de fumier, des poudrcttes, des guanos, insolubles dans le citrate, sont néan- moins parfaitement assimilables et assimilés par la végétation. Des expériences de comparaison instituées dans ces dernières années en France, en Belgique, en Allemagne, en Angleterre, ont montré que l'acide phosphorique soluble à l'eau, l'acide des super- phosphates rétrogrades, l'acide des phosphates précipités produisent des effets de même ordre, et que l'acide des phosphorites produit, dans beaucoup de cas, des récolles sensiblement égales à celles que donnent les phosphates ayant subi un traitement chimique. Même, dans les terrains chargés de matière organique et pauvres en chaux, l'avantage demeure aux phosphates d'os, au noir, aux phosphorites. C'est qu'en cll'et, il paraît très probable aujourd'hui que la diffu- sion de l'engrais au sein du sol, joue le rôle essentiel dans son utili- salion : c€tle diffusion est produite, dans les superphosphates, parla solubilité de l'acide libre ou combiné, qui se diffuse autour de chaque parcelle d'engrais, dans un certain rayon, limité par l'insolubihsa- tion de l'acide phosphorique au contact de l'oxyde de fer, de l'alu- mine, du calcaire du sol , dans les ])hosphates minéraux, elle est déterminée surtout par l'extrême pulvérisation, l'épandage soigné et les labours: mais que la diffusion soit chimique, comme dans le premier cas, ou mécanique, comme dans le second, on peut regar- der son degré de perfection comme déterminant le degré d'utilisa- tion. Pour que les phosphates naturels donnent des résultats se rappro- RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 319 chunl de ceux des phosphales traités par des moyens chimiques, il est donc nécessaire qu'ils soient amenés à un degré de division mécanique très grand, se rapprochant, autant que possible, du degré de finesse que donne une désagrégation par l'acide sulfurique. La chimie ne possède d'ailleurs aucun moyen de mesurer, par l'analyse, le degré d'assimilabilité, degré variable qui dépend beau- coup des conditions d'emploi. Il n'est pas nécessaire qu'elle fournisse une semblable mesure; sa tache est de doser exactement l'acide phosphori({ue sous ses divers états. Que les agi'icuUeurs abandonnent les préjugés sur la valeur rela- tive des divers phosphates, préjugés qui leur causent de graves pré- judices, et instituent à leur tour des essais comparatifs. C'est à eux qu'il appartient de déterminer la valeur agricole comparative des engrais, par leur expérience propre et en raison des résultats obtenus, et, par suite, de régler les rapports entre les prix de l'acide phos- phorique des divers engrais, d'après les effets qu'ils auront observés. En définitive, le citrate d'ammoniaque ne peut pas être considéré comme le critérium de l'assimilabililé d'un phosphate ; il est essen- tiel que les marchands d'engrais et les agriculteurs soient bien éclai- rés sur ce point. Il est également essentiel que les tribunaux appe- lés à juger leurs contestations, sachent bien qu'un phosphate peut être dit assimilable, alors même qu'il n'est pas soluble au citrate. On ne doit donc pas réserver la dénomination d'assimilables aux seuls phosphates ayant subi des traitements chimiques et solubles dans le citrate, parce que cette dénomination laisse supposer impli- citement que l'acide phosphorique des autres engrais phosphatés n'est pas assimilable, et qu'ainsi elle étabHt en faveur des premiers une supériorité et une plus-value qui ne sont pas justifiées dans beaucoup de cas ; la dénomination d'assimilables peut être, à bon droit, appliquée à des phosphates qui résistent à l'action du citrate d'ammoniaque, 2o Dosage de l'acide phosphorique dans un phosphate de chaux naturel. Les phosphates de chaux naturels, dont l'emploi est si fréquent en agriculture, présentent les compositions les plus variées ; leur 320 ANNALES DK LA SCIENCE AGRONOMIQUE. richesse est quelquefois bien inférieure à celle qui leur est allrii)uée; ils sont fréquemment fiaudés avec des matières inertes. Le plus sou- vent, on les trouve sous la forme pulvérulente. L'acide phospho- rique est le seul élément qu'il y ait en général intérêt à y chercher. Méthode dite commerciale. — On a souvent employé et on emploie encore quelquefois une méthode appelée commerciale, qui consiste à dissoudre le phosphate dans l'acide chlorhydrique bouil- lant, à filtrer et à ajouter de l'ammoniaque dans la liqueur fdtrée. On obtient un précipité qui renferme le phosphate de chaux, mais qui contient en même temps tout l'oxyde de fer et toute l'alumine (jue l'acide chlorhydrique avait dissous. Le dosage se trouve ainsi être inexact, et, dans beaucoup de cas, cette inexactitude atteint des pro- portions énormes. Il peut même arriver que des matières ne conte- nant aucune trace de phosphate accusent, par ce procédé, des quan- tités de phosphate considérables. Aussi cette méthode a-t-elle été l'occasion et la base de fraudes innombrables. Ce procédé doit être rejeté d'une manière absolue ; son usage doit être interdit et aucune transaction ne doit se faire sous la garan- tie de l'analyse dite commerciale. Les chimistes, qui consentent à employer ce procédé, se font les complices d'une des fraudes les plus considérables dont l'agriculture puisse être l'objet. 30 Méthode par le phosphate ammoniaco-magnésien. On prend 1 gramme de phosphate finement pulvérisé, on l'intro- duit dans un ballon à fond plat de 200 centimètres cubes de capa- cité, avec 10 centimètres cubes d'acide chlorhydrique, et 20 centi- mètres cubes d'eau ; on fait bouillir au bain de sable pendant un quart d'heure, on transvase dans une capsule à fond plat, en lavant plusieurs fois le ballon, sans se préoccuper des matières terreuses qui peuvent y rester, puis on évapore à sec au bain de sable, afin de rendre insoluble la silice qui s'était dissoute ; on reprend par 5 cen- timètres cubes d'acide chlorhydrique et 20 centimètres cubes d'eau; on chauffe de nouveau quelques minutes, on verse sur un petit filtre sans plis et on lave cinq ou six fois, chaque fois avec 5 cenlimètres RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 321 cubes d'eau chaude ; le volume de la liqueur recueillie ne doil, pas dépasser 100 centimètres cubes. Lorsque la malière est peu homogène, il est bon d'opérer sur une plus grande quantité de matière, soit, par exemple, 20 grammes, ((u'on attaque d'ailleurs de la même inanièi'e, mais par une quantité d'acide chlorhydrique beaucoup plus grande. On amène le volume à 1 litre et on prend 50 centimètres cubes de cette solution, qui représente 1 giammc de phosphate. On évapore à sec pour séparer la silice et on continue le traitement comme il vient d'être dit. Dans l'un ou l'autre cas, on ajoute à cette liqueur de l'ammo- niaque par petites quantités, jusqu'au moment où il se produit un trouble, et alors, peu à peu, une solution d'acide citrique à 25 p. 100 en agitant constanmient jusqu'au moment où le précipité s'est redis- sous. On ajoute de nouveau de l'ammoniaque par petites portions ; si la liqueur rendue ainsi ammoniacale ne se trouble plus par ces additions, il y a, dans la liqueur, assez de citrate d'ammoniaque pour maintenir en solution le fer et l'alumine ; si, au contraire, l'addition d'ammoniaque a de nouveau produit un trouble, il faut encore une fois rajouter de l'acide citrique et ainsi, alternativement, de l'am- moniaque et de l'acide citrique, par petites portions, jusqu'au moment où la Uqueur, tout en étant ammoniacale, est restée claire. L'acide citrique a pour but de maintenir en solution la chaux, l'alumine et l'oxyde de fer, en formant des sels doubles avec l'am- moniaque. Il arrive toutefois, lorsqu'il y a de la magnésie dans la matière analysée, qu'on n'a pas un liquide absolument clair, par uite de la formation de phosphate ammoniaco-magnésien ; mais on reconnaît facilement ce précipité qui est cristallin, et il n'y a pas lieu de s'en préoccuper. On ajoute 35 centimètres cubes d'ammo- niaque et 15 centimètres cubes d'une solution contenant 10 p. 100 de chlorure de magnésium ; on agite, sans frotter les parois du vase avec la baguette, afin d'éviter la formation d'un dépôt adhérent sur le verre ; on couvre avec une plaque de verre, ou bien on place sous une cloche et on laisse reposer pendant 12 heures au moins. Il arrive souvent, lorsque le phosphate sur lequel on opère contient beaucoup de chaux, qu'il se précipite, en même temps que le phos- phate ammoniaco-magnésien, une matière gélatineuse constituée ann. science AGUON. — IS87. — l. 21 « 322 ANNALES DR LA SCIENCE AGRONOMIQUE. j)ar (lu ciLralc du cliaiix. Déuis ce cas, non seulement le dosage du phosphate est trop élevé, mais encore la filtration devient extrême- ment lente. On peut éviter la formation de ce précipité en opérant sur des liqueurs plus élendues et en rajoutant de plus grandes ((uan- lités d'acide citrique. C'est surtout dans le cas où il y a relativement peu d'acide phos- phorique que cet effet se produit, on fait mieux alors d'employer la méthode au molybdate d'ammoniaque. Au bout de douze heures, l'acide phosphorique est entièrement précipité à l'état de phosphate nmmoniaco-magnésien. On recueille le précipité sur un petit filtre plat, on détache avec une barbe de plume la matière adhérente et on fait tomber sur le filtre au moyen d'eau contenant un tiers de son volume d'ammoniaque, mélange qui sert également pour achever le lavage, qu'il ne faut pas prolonger outre mesure ; 30 à 40 centimètres cubes d'eau ammoniacale, em- ployés par petites portions, suffisent amplement à ces lavages. Si on employait de l'eau pure, on dissoudrait une partie de phosphate ammoniaco-magnésien ; celui-ci est presque totalement insoluble daus l'eau ammoniacale. On fait sécher le filtre à l'étuve, on détache la matière, on brûle le filtre au rouge dans un creuset de platine, on rajoute la matière et on maintient le rouge pendant quelques mi- nutes; le phosphate ammoniaco-inngiiésien se transforme en pyro- phosphate de magnésie. Souvent le produit calciné est noir; il suffit, pour lui enlever cette couleur, due à la présence d'un peu de charbon, de l'arroser avec deux ou trois gouttes d'acide azotique et de le calciner de nouveau. Le poids obtenu étant multiplié par 0,639 donne l'acide phospho- ri(|ue contenu dans la matière analysée. Pour calculer cet acide phosphorique en phosphate tribasiquc de chaux, on le multiphe par 2,18. Il importe de faire rcmar([uer ici que le phosphate ammoniaco- magnésien contient quelquefois de petites quantités de magnésie ou de chaux et que, par suite, en opérant comme nous venons de le dire, on peut doser l'acide phosphorique trop haut. On est averti de la présence de ces impuretés par l'aspect du précipité, qui n'est plus entièrement cristallin et qui devient partiellement floconneux. RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 323 Dans ce cas, il est indispensable de redissoudre le phosphate ammo- niaco-magnésien dans le verre même dans lequel il s'est précipité, après qu'on a séparé par filtration à peu près toutes les eaux mères. On commence à verser sur le filtre égoutté 10 centimètres cubes d'eau contenant 5 p. 100 d'acide azotique et on continue avec cette même li([ueur le lavage du filtre, en recueillant le liquide filtré dans le vase dans lequel est restée la plus grande partie du phosphate ammoniaco-magnésien ; le volume total ne doit pas dépasser 30 à 40 centimètres cubes. La dissolution étant obtenue, on ajoute 4- ou 5 gouttes de citrate d'ammoniaque et autant de réactif magnésien et on sursalure par l'ammoniaque dont on met un grand excès (10 à 15 centimètres cubes); on laisse déposer pendant quelques heures et on recueille ensuite le phosphate ammoniaco-magnésien, débar- rassé des impuretés ([u'il avait retenues primitivement. Quand les phosphates contiennent de la matière organique, il faut les calciner au préalable, c'est le cas des os et des noirs d'os. 4o Modifications au procédé précédent. (Méthode de M. Aubin.) Dans la détermination de l'acide phosphorique contenu dans les phosphates naturels et minéraux, on s'expose, ensuivant la méthode indiquée par Brassier, à des erreurs en plus, provenant des subs- tances entraînées avec le précipité de phosphate ammoniaco-magné- sien. Les substances qui viennent s'ajouter au dosage, sont: la silice, la chaux, la magnésie et, quelquefois, le fluorure de magnésium dans le cas des phosphates renfermant du spath-fluor. Plusieurs chimistes ont tourné la difficulté, ou bien en titrant l'acide phosphorique par l'urane, ou bien en dissolvant le phosphate ammoniaco-magnésien et le reprécipitant par l'ammoniaque ; enfin, on a proposé de se débarrasser de la majeure partie de la chaux, soit au moyen du nitrate de for, soit au moyen de l'acide sulfurique et de l'alcool. Ces divei's procédés ont leurs inconvénients dans la pratique; les uns sont relativement longs et les autres n'offrent pas toujours la préci- sion désirable. Au contraire, les causes d'erreurs disparaissent si l'on ajoute à la li({ueur résultant de l'attaque du phosjjbalc, dont 324 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMKJLE. l'acide chlorliydiitiiic a clé au pi'calable saturé par laiiuuoniaque, un excès d'acide acétique, et si l'on précipite la chaux au moyen de l'oxalatc d'ammoniaque ; l'acide phosphorique, les sesquioxyde de fer et l'alumine restent en dissolution, tandis que la chaux se préci- pite en entraînant avec elle de la silice et du fluor. Pour l'analyse des phosphates, voici la marche suivie par M. Aubin : dans un ballon 'de 200 gi-ammes environ, on atlaque 1 gramme du produit pulvérulent par 10 centimètres cubes d'acide chlorhydrique, maintenus à l'ébuUition pendant 10 minutes; ensuite, on ajoute 50 centimètres cubes d'eau et 20 centimètres cubes de citrate d'am- moniaque alcalin, préparés d'après la formule de M. Joulie, puis 10 centimètres cubes d'acide acétique à 8" B., en s'assurant que la hVjueur est franchement acide. On porte la liqueur à l'ébuUition, on y projette environ i^\b d'oxalate d'ammoniaque, quantité suffisante dans la plupart des cas; lorsque la proportion de chaux est très élevée, on s'assure par quehjues gouttes de solution d'oxalate d'am- moniaque qu'elle est entièrement précipitée. S'il n'en était ])as ainsi, on ajouterait encore quelques décigrammes d'oxalate en cris- taux. On cesse de chauffer au bout de quelques minutes. La liqueur s'éclaircit rapidement, elle est décantée sur un filtre et le résidu insoluble est lavé à plusieurs reprises à l'eau bouillante jusqu'à ce qu'on ait obtenu le volume de 200 centimètres cubes. Après les pre- miers lavages à l'eau, on ajoute sur l'oxalate de chaux un ou deux centimètres cubes de citrate d'ammoniaque destiné à en extraire les petites (piantités d'acide phosphorique entramé et on achève le lavage comme il vient d'être dit. Après refi-oidissement, on ajoute 10 centimètres cubes d'une solution magnésienne contenant 1^'",5 de chlorure de magnésium cristallisé ', puis 50 centimètres cubes d'ammoniaque. Pour que la précipitation de l'acide phosphorique soit complète, il faut qu'il y ait un excès de magnésie dans la liqueur. Dans les conditions dans lesquelles s'effectue le dosage que nous recomman- I. Le réactif magnésien se prépare en dissolvant 1 JO gi'amnics do chlorure de ma- gnésium cristallisé et IjO grammes de chlorhydrate d'ammoniaque dans une quantité sullisante d'eau pour faire le volume de 1 litre; j centimètres cubes de cette liqueur précipitent 50 ceatigr. d'acide phosphorique. RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 325 (Ions ici, il est nécessaire (juc celte magnésie en excès sur l'acide phospliorique soit de 250 à 350 milligrammes. Un excès moindre pourrait faire perdre un peu d'acide phospiioriquc : un excès trop grand pourrait au contraire donner une surcharge atlribuable à du phosphate tribasique de magnésie entraîné. On mettra donc les quan- tités de liqueur magnésienne variables avec la proportion présumée d'acide phospborique, de manière à avoir toujours l'excès voulr. Dans ces conditions aucun entraînement de magnésie n'est à craindre. ïl est utile de ne mettre l'ammoniaque qu'après avoir ajouté la liqueur magnésienne ; on risque moins d'entraîner du phosphate de fer dans le précipité formé. Le phosphate ammoniaco-magnésien est recueilli sur un filti'e au bout de douze heures ; lavé à l'eau ammoniacale au tiers. On sèche, on incinère et- on pèse, après avoir, comme il estditplus haut, traité par deux ou trois gouttes d'acide azotique. Le poids obtenu, multi- plié par 63,963, donne le taux pour 100 de l'acide phosphnri({ue contenu dans ia substance analysée. En opérant comme il vient d'être dit, on peut se dispenser d'éliminer au préalable la silice; on est à l'abri de l'intervention de la chaux et on n'a pas à craindre d'avoir du fluor dans le précipité. En outre, le grand volume de liquide s'oppose à l'entraînement de la magnésie. Ce grand volume n'est pas, comme on pourrait le craindre, une cause de perte d'acide phospborique ; le liquide n'en contient aucune quantité appréciable, l'excès de magnésie rendant le phosphate ammoniaco-magnésien insoluble. Cependant il peut arriver que le j^yrophosphate de magnésie obtenu ne soit pas absolument pur; il peut contenir de la sihce, alors même qu'on a évaporé à sec au préalable ; il peut aussi ren- fermer du phosphate de fer. Il est facile de s'assurer de la présence de ces substances et de faire, s'il y a lieu, la correction. Dans aucun cas, leur recherche qualitative, qui ne prend que quek|ues instants, ne doit être négligée. Après la pesée, on dissout, dans le vase même qui a servi à la pesée, par de l'acide azoticjue ; s'il reste un résidu appréciable de silice, on le pèse et on le défalque du poids de pyrophosphate. Après élimination de la silice, on étend à 100 centimètres cubes environ. 326 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. on neutralise par l'ammoniaque jusqu'à bleuissement du papier de tournesol ; puis on redissout le précipité de phosphate ammoniaco- magnésien formé, par l'acide acétique mis en léger excès. Lahqueur doit demeurer claire et ne pas se troubler au bout de quelques heures ; l'absence de phosphate de fer est ainsi constatée. S'il s'en trouve, on peut le recueillir, le peser et diminuer le poids de l'acide phosphorique, calculé d'après le poids du pyrophosphate corrigé de la silice, de 1/4 de milligramme par chaque milh'gramme de phos- phate de fer obtenu. Dans la plupart des cas ces corrections sont inutiles ; si elles devenaient trop fortes, il serait prudent de recommencer le do- sage. Cette manière d'opérer donne une grande sécurité. Il est commode pour l'emploi de ce procédé, d'avoir des vases à précipiter portant deux traits de jauge, l'un à 200 centimètres cubes, l'autre à 250 centimètres cubes. 50 Dosage de l'acide phosphorique dans les guanos, poudrettes, etc. Les guanos elles engrais similaires doivent en général leur valeur à l'azote, mais il y en a dans lesquels celle de l'acide phosphorique prédomine. Pour doser l'acide phosphorique, on opère sur 2 grammes de ma- tière, on les mélange, dans une capsule de porcelaine à fond rond, avec un décigramme de chaux éteinte pour empêcher la réduction éventuelle de phosphate acide par la matière organique, réduction qui entraînerait des pertes de phosphore. Le tout étant imbibé d'une dizaine de gouttes d'eau, on sèche au bain de sable et on chauffe la matière au rouge, sur un bec do gnz on an moufle. On détache la matière et on la fait tombei' dans un ballon à fond plat, de 200 cen- timètres cubes, on verse dans la capsule, en deux fois, 15 centimètres cubes d'acide chlorhydrique, puis on la lave avec 10 cenliinètres cubes d'eau qu'on rajoute dans le ballon; on fait bouillir au bain de sable pendant un quart d'heure. On verse dans une capsule à fond plat, en lavant le ballon 4 ou 5 fois avec de petites ijuanlités d'eau ; on évapore à sec pour rendre la silice insoluble, on reprend par 10 RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 327 centimètres cubes d'acide chlorhydrique et 10 centimètres cubes d'eau, on fait chauffer au bain de sable pendant quelques minutes, on filtre, on lave la capsule et le fdlre avec de très petites quantités d'eau chaude, jusqu'à ce que la l'éaction de la liqueur ne soit plus acide, mais de manière à ne pas dépasser le volume de 60 à 80 cen- timètres cubes pour la totalité de la liqueur; on traite alors par l'ammoniaque, Tacidc citrique et le chlorure de magnésium comme il a été dit à propos de l'analyse des phosphates. Ce procédé ne permettrait pas de reconnaître, dans ces produits, l'addition frauduleuse de phosphate qui aurait pu être faite dans le but de vendre au prix du phosphate de guano et de la poudrette le phosphate naturel d'une valeur moindre. 60 Dosage de l'acide phosphorique dans un phosphate précipité, Loi^sque l'acide phosphorique a été en solution et qu'il a été pré- cipité par un lait de chaux, il forme un phosphate de chaux bibasique extrêmement divisé et qu'on regarde comme facilement assimilable par les végétaux. Le phosphate ainsi obtenu a la propriété d'être dé- composé à l'ébullition par Toxalate d'ammoniaque et on a proposé d'employer cette propriété pour le séparer des phosphates naturels. Mais cette séparation n'est pas très parfaite, puisque ces derniers peuvent être également attaqués dans une assez forte proportion parle même réactif; nous conseillons d'employer pour ces phos- phates précipités les mêmes procédés que pour les phosphates ré- trogiadés, c'est-à-dire de les mettre en contact avec le citrate d'am- moniaque qui en opère la dissolution. Mais le citrate ne dissout pas toujours tout le phosphate précipité, surtout lorsque celui-ci a été desséché à une température trop élevée ; il faut donc en outre doser l'acide phosphorique total. 70 Dosage de l'acide phosphorique dans un engrais ou dans un phosphate par le molybdate d'ammoniaque. La précipilalion parle molybdalc d'ammoniaque peut être utilisée pour le dosage des engrais phosphatés en général, elle permet d'éli- 328 ANNALKS DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. miner toutes les substances qui entravent le dosage clans le procédé ordinaire. 5 grammes d'engrais phosphaté à analyser sont calcinés jusqu'à destruction de la matière organi(|uo, attaqués dans un ballon, par 20 centimèlres cubes d'eau et 20 centimètres cubes d'acide azotique ; on fait bouillir pendant un quart d'heure; puis, ajirès refroidisse- ment, on amène le volume total à 100 centimètres cidjes. Lorsqu'on a affaire à un phosphate riche, on prend 10 centimètres cubes de celte solution correspondant à 5 décigrammes ; pour les engrais moyennement riches en acide phosphori(|ue (10 à 25 p. 100) on prend 20 centimètres cubes de liqueur, correspondant à un gramme ; enfin, pour les engrais ayant moins de 10 p. 100 d'acide phosphorique, on prend 40 centimètres cubes représentant 2 grammes. Ouoi qu'il en soit, le volume est amené à 50 centimètres cubes, après qu'on a ajouté 10 centimèti'cs cubes d'acide azotique et 6 à 7 grammes de cristaux d'azotate d'ammoniaque. Le liquide est placé dans un vase de Bohème d'au moins oOO centimètres cubes de capa- cité ; on y ajoute 50 centimètres cubes de liqueur molybdiquc, ])ai' chaque décigramme d'acide jdiosphorique supposé contenu dans la liqueur et on porte le mélange à 00", au bain-maric, pendant une heure; au bout de ce temps on voit, sur une petite quantité de li- queur claire, si une nouvelle addition de molybdate ne détermine pas de précipité. Dans le cas airumatif, il faudrait ajouter encore 50 centimètres cubes de liqueur molybdique et cliaufler de nouveau pendant une heure au bain-marie à 90". On filtre et on lave au moyen d'une solution contenant 3 p. 100 de nitrate d'ammoniaque et 1 p. 100 d'acide azotique; puis on dissout dans quelques centi- mètres cubes d'ammoniaque et on lave le filtre avec de l'eau conte- nant 30 j). 100 d'ammoniaque, dont on ajoute une (juantité totale d'environ 50 centimètres cubes. Dans cette liqueur on verse, peu à peu et en agitant constamment, 10 centimètres cubes du mélange magnésien ci-dessous, par décigramme d'acide phosphorique sup- posé dans la liqueur. Au bout de (pielques heures, on recueille sur un filtre le phosphate ammoniaco-magnésien formé et on le lave avec de l'eau contenant 30 p. lOOd'anunoniaque. On calcine le pi'é- cipité et on pèse à l'étal de pyrophosphale. RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 329 Lorsqu'on se trouve en présence de 1res petites quantités d'acide pliosphorique, on évapore à sec après l'attaque par l'acide, afin de séparer la silice. Dans ce cas on pèse directement le phospho-mo- lybdatc qu'on a recueilli sur un double filtre, dont l'un sert de tare à l'autre. Le précipité lavé à l'eau acidulée par l'acide azotique et finalement avec quelques gouttes d'eau pure est séché à une tempé- rature ne dépassant pas 90°: son poids multiplié par 0,0438 donne le poids d'acide pliosphorique. Cette dernière manière de procéder n'est pas susceptible d'une grande exactitude et ne peut s'employer que quand on est en présence de quantités trop faibles d'acide phos- phorique pour que la précipitation à l'état de phosphate ammoniaco- magnésien lui soit applicable. Préparation du molybdate d'ammoniaque. — 100 grammes d'a- cide molybdique sont dissous dans 400 grammes d'ammoniaque d'une densité de 0,95 ; on filtre et on reçoit le liquide, goutte à goutte, dans l'',5 d'acide azotique de 1 ,20 de densité, en agitant constam- ment. Ce mélange est abandonné pendant quelques jours dans un endroit chaud : il forme un dépôt. Pour l'emploi, on décante la par- tie claire. Préparation de la liqueur magnésienne. — On fait dissoudre 50 grammes de carbonate de magnésie pur et 100 grammes de chlor- hydrate d'ammoniaque dans 120 centimètres cubes d'acide chlorhy- drique additionné de 500 centimètres cubes d'eau ; après dissolution on ajoute 100 centimètres cubes d'ammoniaque à 22 degrés et on complète, avec de l'eau, le volume de 1 htre. 8° Dosage de l'acide phosphorique solubilisé dans les superphosphates et dans les engrais chimiques. Dans les superphosphates, substances pulvérulentes résultant du traitement des phosphates naturels par l'acide sulfiirique, il y a à doser non seulement l'acide phosphorique total, mais encore l'acide phosphoi:i(iue modifié par le traitement chimique et existant à l'état soluble à l'eau et à l'état soluble au citrate. Le plus souvent, ces deux derniers sont dosés en bloc, puisqu'on leur attribue une valeur commerciale peu différente. Il semblerait donc (ju'en traitant direc- 330 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. tcmcnt par du citrate d'ammoniaque, on devrait dissoudre tout l'acide pliosphoriquc existant sous ces deux formes. Il en est ainsi, en elTel, lorsque l'engrais ne contient pas de magnésie ; mais la présence fré- quente de celte base donne naissancîc à du phosphate ammoniaco- magnésien, insoluble dans le citrate, et tout l'acide phosphorique correspondant à la magnésie échappera au traitement citro-ammo- niacal. La magnésie se trouve dans la malière à l'état de sulfate ou de phosphate acide soluble dans l'eau ; on peut donc l'éliminer au préa- lable par un lavage et opérer le traitement par le citrate d'ammo- niaque sur le résidu débarrassé de magnésie. Les deux liqueurs réunies après coup contiennent tout l'acide pliosphorique qui a été modifié par l'action de l'acide sulfurique. Mais le lavage à l'eau nécessite quelques précautions ; les super- phospliates contiennent en généi'al de l'acide sulfurique libre, d'un coté, et du phosphate non attaqué d'un autre côté; la réaction de l'un sur l'autre n'a pas pu se faire dans le mélange, dont l'homogé- néité n'est jamais parfaite. Si l'on traite par l'eau un semblable pro- duit et qu'on laisse le contact se prolonger, l'acide sulfuri(iue libre pourra se porier sur le phosphate non attaqué et le solubiliser. On obtiendrait ainsi dans le dopage une quantité d'acide phosphorique soluble plus grande (lue celle qui existe en réalité dans le produit examiné. De là la nécessité de pratiquer très rapidement le lavage à l'eau. Voici comment il convient d'opérer, en suivant la marche indi- quée par M. Aubin : Le produit est passé au tamis de un millimètre de mailles. On en pèse i^^ôOO que l'on dépose dans un mortier en verre. On ajoute environ 20 centimètres cubes d'eau distillée et l'on délaye légère- ment avec le pilon sans broyer. Après une minute de repos, on dé- cante sur le filtre sans ph, appliqué sur un entonnoir reposant sur unbalion jaugé de 150 centimètres cubes. On renouvelle l'addition d'eau et les décantations trois ou quatre fois, en opérant très rapide- ment, puis on broyé très finement la matière, on la recueille sur un filtre au moyen de la pissctte et l'on continuii le lavage jusqu'à par- faire le volume duballon jaugé. Le contenu du ballon est versé après RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 331 ngitalion dans un verre à pied. Ici trois cas peuvent se présenter : 1°onse propose seulement de doser l'acide pliosphorique soluble dans l'eau ; 2" on veut connaître la totalité de l'acide pliosphorique soluble dans l'eau et de l'acide pliosphorique soluble dans le citrate d'ammoniaque ; 3" on demande séparément l'acide phosphorique soluble dans l'eau et l'acide pliosphorique soluble dans le citrate d'ammoniaque. Dans le premier cas, il suffit de soutirer, ati moyen d'une pipette, 50 centimètres cubes de la liqueur d'épuisement, pour laisser dans le verre le liquide contenant l'acide pliosphorique, soluble dans l'eau, provenant d'un gramme de superphosphate. On précipite à l'état de phosphate ammoniaco-magnésien. Dans le deuxième cas, on soutire également 50 centimètres cubes de la liqueur d'épuisement par l'eau distillée ; d'un autre côté on in- troduit le filtre contenant la matière lavée dans un ballon jaugé de -150 centimètres cubes, avec 60 centimètres cubes de citrate d'am- moniaque, on laisse en digestion pendant une heure en délayant la matière par l'agitation, et on laisse reposer pendant douze heures; on amène le volume à 150 cenlimètres cubes, on agite et on filtre ensuite le hquidc, rendu homogène, sur un ballon jaugé de 100 cen- timètres cubes. Les 100 centimètres cubes de la liqueur d'épuise- ment par le citrate d'ammoniaque sont ajoutés aux 100 centimètres cubes restant dans le verre à dosage et contenant le soluble à l'eau. On a ainsi réuni les deux formes solubles de l'acide phosphorique provenant d'un gramme de superphosphate. On les précipite égale- ment à l'état de phosphate ammoniaco-magnésien. Dans le troisième cas, on enlève 50 centimètres cubes de la liqueur provenant de l'épuisement par l'eau pour doser l'acide phosphorique soluble à l'eau sur un gramme de superphosphate et l'on opère le dosage du soluble au citrate avec 100 centimètres cubes du liquide obtenu dans le traitement par le citrate d'ammoniaque. On a ainsi encore opéré sur un gramme de la matière primitive. On ajoute au liquide d'épuisement 20 centimètres cubes de citrate d'ammonia(jue, dans le cas où il n'y en a pas déjà, et 10 centimètres cubes d'une Hqueur magnésienne contenant suffisamment de ma- gnésie pour précipiter 5 décigrammes d'acide phosphorique, puis 332 ANNALES Dli LA SCIKNCE AGRONOMIQUE. un volume d'ammoniaque égal au tiers da volume total. Dans ces con- ditions, le pliosphale ammoniaco-magnésien se précipite entièrement, parce que les liqueurs renferment un excès de magnésie et d'anmno- niaque, et, cependant, ce précipité est pur, parce que les liqueurs sont suffisamment volumineuses pour maintenir en dissolution les substances qui ont une tendance à être entraînées. En général, on laisse le précipité déposer toute la nuit, le lendemain on le recueille sur un filtre, on le lave à l'eau ammoniacale saturée de phosphate ammoniaco-magnésien, on le sèche et on l'incinère au moufle. Les quelques particules de charbon qui n'ont pas été brûlées pendant l'incinération sont détruites par quelques gouttes d'acide nitrique et une seconde calcination. Le poids de pyrophosphate de magnésie obtenu, multiplié par 63,963, donne le taux pour 100 d'acide phos- phorique dans le produit analysé. Cette méthode s'applique également aux engrais chimiques com- posés de superphosphate, d'engrais azotés et de sels potassiques. Préparalion du citrate d'ammoniaque. — 400 grammes d'acide citrique cristallisé sont dissous, dans une capsule, à froid, par une quantité suflîsante d'ammoniaque à 25 degrés. On complète le volume d'un litre avec de l'ammoniaque. 90 Scories de déphosphoration. On emploie depuis quelque temps des scories qui proviennent des opérations cllectuées dans l'industrie métallurgique pour enlever le phosphore à la fonte par le procédé de Thomas Gilchrist. Ces scories contiennent des quantités très variables d'acide phosphori(jue. à un état dont le degré d'assimilabilité n'a pas encore été complètement déterminé; mais il semble, qu'à l'état pulvérulent, elles doivent pouvoir céder leur acide phosphorique aux racines des plantes. Malgré la température élevée à laquelle ces scories ont été soumises, les phosphates qui s'y trouvent sont relativement assez solubles, môme en partie dans le citrate d'ammoniaque. Les substances qui accompagnent l'acide phosphorique dans cette scorie sont la chaux, le fer existant en grande partie à l'état de protoxyde, en petite quan- RAPPORT FAIT AU COMITÉ DES STATIONS AGRONOMIQUES. 333 tité à l'état de peroxyde, avec des parcelles de fer métallique. Il y a, en outre, de la silice, un peu d'acide sulfuriqiio, etc. L'analyse de ce produit peut se faire exactement comme celle d'iui phosphate de chaux naturel, à la condition toutefois de transformer tout le fer en sesquioxyde. On commence par dissoudre un gramme de matière finement pulvérisée, dans l'acide chlorhydrique bouillant, on évapore à sec pour séparer la silice, on reprend de nouveau par l'acide chlorhydrique et puis, on ajoute à l'ébullilion de l'acide azo- tique, soit environ 5 centimètres cubes ; on fait bouillir jusqu'à dis- parition des vapeurs rutilantes cl on traite ensuite par l'ammoniaque, l'acide citrique et le chlorure de magnésium comme dans un dosage ordinaire. Lorsque les quantités d'acide phosphoriquc sont très faibles, on peut faire le dosage au moyen du molybdate d'ammoniaque ; dans ce but, on opère sur 5 décigrammes de matière, qu'on dissout par l'acide chlorhydri(|ue après séparation de la silice, on reprend par l'acide azotique, on évapore à sec à deux ou trois reprises, toujours avec de l'acide azolicjue, jusqu'à ce que le chlore soit totalement éhminé. Dans la liqueur azotique, on verse le nitromolybdate d'am- moniaque, on recueille le précipité avec les précautions ordinaires, on le transforme en phosphate ammoniaco-magnésien et on le pèse à l'état de pyrophosphate de magnésie. L'attaque préalable par l'acide chlorhydrique est indispensable parce que l'acide azotique peut ne |ias dissoudre intégralement les phosphates. La pesée du pyrophosphate de magnésie, que nous avons adoptée, suffit à toutes les exigences du dosage de l'acide phosphorique. RAPPORT ADRESSE A LA COMMISSION ADMINISTRATIVE DE LA STATION ET DES LABORATOIRES AGRICOLES DE L'ÉTAT BELGE Monsieur le Président, J'ai l'honneur de vous adresser mon rapport annuel sur les tra- vaux de la station agricole expérimentale de l'Etat pendant l'exer- cice 1886. Le public industriel et le public agricole ont largement profité du laboratoire de cet établissement. Le cbiffre des échantillons reçus s'élève à 2,309, dont 2,0G0 ont été soumis à l'analyse, ce qui cons- titue une augmentation de 119 échantillons comparativement à l'an- née précédente. La diminution que je vous ai signalée dans mon rapport pour l'année 1885 et qui s'expliquait d'ailleurs aisément par la cession d'une partie de notre clientèle aux laboratoires nouvelle- ment établis à Anvers, Louvain et Mons, a donc fait place à une sérieuse hausse, qui démontre que l'utilité de l'application de l'ana- lyse chimique et de l'analyse microscopique aux opérations agricoles est de plus en plus reconnue. 11 est regrettable que, malgré la grande publicité donnée aux lèglements des laboratoires agricoles de l'État, les personnes inté- ressées négligent encore si souvent de prendre les précautions les plus élémentaires, lors de l'échantillonnage, de l'emballage et de l'expédition des échantillons. C'est ainsi qu'en 1886, 79 envois. RAPPORT DE LA STATION AGRICOLE DE L ÉTAT BELGE. 335 chiffre relativement élevé, n'ont pu être analysés pour cette cause et ont été annulés après six mois ; les expéditeurs ont été prévenus par l'envoi d'un imprimé. L'article du règlement prescrivant que les écliantillons ayant droit au contrôle gratuit doivent être analysés parle laboratoire de la pro- vince où habite l'acheteur est loin d'être toujours observé par l'ex- péditeur. 170 échantillons, adressés au laboratoire de Gembloux, ont dû être réexpédiés pour ce motif aux autres laboratoires agri- coles, savoir: Sij à Louvain, 66 à Mons, 14 à Liège, 2 à Gand, 1 à Anvers et 1 à Ilasselt. La réexpédition des échantillons au labora- toire auquel incombe l'analyse, due à cette négligence du public, cause à notre personnel la perte d'un temps qu'il pourrait mieux employer et occasionne des frais de port superflus. Il résulte égale- ment de ces réexpéditions des retards dans l'exécution de l'analyse et une augmentation des chances de perte, de bris ou de détériora- tion des échantillons. Voici la provenance des échantillons examinés pendant l'exercice écoulé : Province de Namur 1,0G2 — (le Hainaut 865 — de Brabant 296 — de Liège 134 Belgique . . { — de Flandre occidentale 55 — d'Anvers 44 — de l'iandre orientale 38 — de l.uxeinbourg 37 — de Linibourg 3 Italie 11 Fiance 6 Étranger . . / Hollande 5 Allemagne 3 Grand-Duché de Luxembourg 1 2,0G0 Le tableau suivant montre la diversité des analyses exécutées. En le parcourant, le cultivateur et l'industriel trouveront une liste presque complète de toutes les matières fertilisantes et alimentaires consommées dans l'industrie rurale. 336 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Matières fertilisanles. Guano (brut, moulu ou dissous) \'.> Fuuiier de tourbe 3 l'oudrctte 1 l'oudie de sang C — de cuir 1 j — de coine 1 — de viande 1 — d'os 9 — d'os et de viande l — de grattoni 1 — de clirysalides 1 Déchets (le laine , 'JS Laine torréfiée ~ Déchets de drap 1 Matières organiques dissoutes 1 Engrais azoté 6 Cendres de bois 3 — de tourbe - Sulfate d'ammoniaque 1"2G Nitrate de potasse ^ — de soude 1^9 Chlorure de potassium 59 Sulfate de potasse 3 — — et de magnésie 2 Kaïnite 3 Sels potassiques mélangés 2 — d'osmose 1 Koir animal 2 l'hosphate belgi- H'J — étranger ^ — basique de scories It — d'os ^ Superphosphate de chaux -iOl Phosphate précipité ^ Superphosphate azoté ^^ — potassique i> Kngrais mélangé "^'^ Plâtre 6 Plâtre phosphaté 3 Déchets de phosphate l Tourteaux pour engrais 7 Écumes de défécation ^ A reporter 1,293 RAPPORT DE LA STATION AGRICOLE DE l'ÉTAT RELGE. 337 Report 1,293 Chyux de ia séparalion I Germes d'orge pour engrais 1 Résidus de lavage de laines 1 Boues de papeterie t Eau pour irrigation 2 Divers 3 1 , 302 1 , 302 • Terres. Sois 7 Sable 1 Marne 1 Tuffeau t 10 10 Matières alimentaires pour le bétail. Tourteau de cocotier 5 — de lin 16 — de colza 5 — — (Guzerath) 1 — de ravison 2 — de coton 1 — d"arachides . . . . i 14 — de maïs 3 — de sésame 1 Farine de lin 2 — de maïs étuvée 1 — de mais 2 — d'orge 1 — de riz 2 — de tourteau de coton I — mélangée pour bétail 2 — d'arachides 1 hoii 1 Pulpe de diffusion 2 Drêche de distillerie 1 — de brasserie 1 Mais ensilé t Divers ; 3 69 CD Matières agricoles, industrielles, alinienlaires, etc. Betteraves à sucre G02 Eau alimentaire 4 A reporter G06 1,381 ANN. SGIliNCE A(IRO.\. — 1887. — I. 22 338 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Report . Eau pour distillerie. Calcaire Vin Malt Farine Écorces Chaux Mortier Ustensile de cuisine éniaillé Vinaigre Peplone de viande .... Beurre « Beurrine » Tabac Graines diverses Recherches toxicologiques . Divers GOG 2 2 1 3 23 1,3SI 4 1 12 15 G7'J G7U Total -2,00(1 L'examen des produits précités — sans par conséquent faire en- trer en ligne de compte les opérations lelatives à des recherches expérimentales, engrais ou produils de la serre et du champ d'ex- périences — a nécessité les 3,258 opérations analytiques suivantes : Dosage de l'azote sous ses différentes jorines 729 — de l'acide phosphorique suus srs différentes formes . . 8S8 — (le la potasse 188 — de la matièi'e albuinino'ide 62 — — grasse 59 — du sucre 002 — de Talcnol 2 — de la nicotine 18 Dosages divers 280 Essais de germination 33 — qualitatifs • 359 iiechorcties au microscope 38 Total 3,258 Le contrôle s'est étendu en 1886 sur 32 fabriques qui ont, pour ja province de Namur Sf3ule, donné lieu à l'analyse gratuite de 597 RAPPORT DE LA STATION AGRICOLE DE l'ÉTAT BELGE. 339 échantillons. 24 cas de différence de titre entre la garantie (;t le titre réel ont été portés à ma connaissance par les acheteurs. Ces différences, l;i pln[)art peu importantes du reste, ont été sou- mises à mon arhilrage. .l'ai été informé que pour un seul de ces cas mon arbitrage a été refusé par l'une des parties et que le différend a été porté devant le tribunal. La .composition des matières fertilisantes consommées pendant l'exercice écoulé par l'agricultm^e belge est indiquée dans le tableau suivant : MINMMA. MAXIM\. MOYKNNE. P. 100. P. 100. P. 100. Déchets de laine 1.72 6. OS 3.9T d'azote orgauiiiue. Sang desséché 10.83 12.75 11.97 — — Poudre de cuir i;.iU 7.H7 7.20 — — Sulfate d'aïuiiioniaque 17.17 21.0ij 20.2ii — ammoniacal. Xitrate de Soude 7.(55 10.19 15.;i0 — nitrique. Chlorure do potassium .... -ii.Ol 59.10 50.58 de potasse anhydro soluble dans l'eau. Phosphate fossile étranger. . . 1-1.31 39.86 27.75 d'acide pliosphoriiiue anhydre soluble dans les acides minéraux. — — belge. . . . 10.15 29.30 24.57 d'acide phosphorique anhydre soluble dans les acides minéraux. Superphosphate do noir . . . . 10.69 17.23 14.29 d'acide phosphorique anhydre soluble dans le citrate d'ammoniaque alcalin. — dephosphorite 9.18 18.35 12.75 d'acide phosphorique anhydre soluble dans le citrate d'ammoniaque alcaliu. Phosphate pr;'cipité 21.22 34.40 24.83 d'acide phosphorique auhydre solublo dans le citrate d'ammouiaque alcalin, — bit-iquc 14.87 24.76 17.24 d'acide pbospliorique anhydre soluble dans les acides minéraux. S 2.62 4.31 3.73 d'azote organique. Poudre d'os l ° i (14.98 26.30 20.89 d'acide phosphorique auhydre soluble dans les acides minéraux. Je crois utile de compléter ces renseignements sur la qualité des produits du commerce belge par les observations suivantes : Le développement considérable qu'avait pris dans presque tous les pays du monde l'extraction des phospliates fossiles, ayant provo- qué une notable baisse de prix, « la fièvre des phosphates », suivant l'expression de M. Cornet, s'était beaucoup calmée en 1885 et au commencement de 1886. .Mais de nouveaux accès viennent de se pro- duire. Ils ont amené la découverte en Belgique de phosphate de chaux dans la craie de Maisière ' et dans celle d'Obourg ^ 1. CoiiNET, Annales de lu Société gëolofj. de Belgique, t. Xlll. 2. Dkny:;, Anna/es de la Société geolog. de JJeljique, t. .\III. 340 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE, La France également, si riche en phosphate fossile, vient d'aug- menter le nombre de ses gisements exploités par la découverte des phosphates de la Somme, qui sont d'une grande richesse. Des échan- tillons de ce phosphate nous ont donné jusqu'à 85 p. 100 de phos- phate tricalcique, accompagné de très faibles proportions de carbo- nate calcaire. Les célèbres apatites de l'Estramadure et les phusphorites de Cacérès auront bientôt à soutenir une puissante concurrence. M. de Luna, de l'université de Madrid, avait, il y a quelques années déjà, découvert à Jumilla (Murcie) d'importants gisements d'apatite de toute beauté'. Disséminés dans une gangue trachitique, assez friable, les cristaux d'apatite peuvent facilement être isolés. D'après des essais faits en petit sur les échantillons de quelques kilogrammes que je dois à l'obligeance de mon savant collègue espa- gnol, j'ai obtenu un rendement de 30 p. 100 de cristaux ; industriel- lement, ce chiffre descendra à environ 20 p. 100. L'analyse des cristaux, dont j'avais chargé M. Graftiau, a donné les résultats sui- vants : Chaux 54.11 Oxyde de fer et alumine 1.94 Acide phosphorique 41.85 Insoluble (silice) 0.06 l'iuor, traces indosables d'acide carbonique, perte . . 2.04 100.00 La richesse exceptionnelle de ce phosphate (91.36 de phosphale tricalcique), et la distance relativement faible qui sépare les gise- ments du port de Carthagène, font prévoir une extraction impor- tante. L'agriculture n'a qu'à se réjouir de toutes les découvertes que je viens de signaler, car le bas prix de l'acide phosphorique est une des conditions essentielles de la production à bon marché du froment et de la betterave riche. J'ai également à signaler une augmentation dans l'emploi de la poudre d'os, engrais par excellence pour les cultures d'hiver, parti- 1. Minas de apatita de Jumilla, por el inireniero Av.MAn. Madrid, 1886. RAPPORT DE LA STATION AGRICOLE DE l'ÉTAT BELGE. 341 culièreinenl en terres légères , et des scories Thomas Gilchrist dites « phosphate basique », dont je me suis occupé longuement dans mes rapports sur les années 1883, 1884 et 1885, en démon- trant tous les avantages que l'agriculture peut tirer d'un emploi ralioimel de ce précieux résidu de l'industrie de l'acier. Je me plais aussi à constater que les producteurs apportent maintenant de grands soins à la mouture de ce produit qui, poiu' pouvoir être qualifié de bonne qualité, doit laisser passer 70 p. 100 de poudi'e fine à travers un tamis dont les mailles ont 1/4 de millimètre d'ouverture, suivant les travaux récents de M. Fleischer. Une nouveauté a paru sur le marché des engrais. Je veux parler des « scories potassiques y>. Les excellents résultats produits dans certaines circonstances par l'emploi simultané des sels de potasse et du j)hos[)hate basique ont donné l'idée à l'industrie de préparer en grand ces sortes de mélanges à titre déterminé. Mais il y a plus. En dehors de l'avantage qui résulte d'un mélange mécanique intime de l'acide phosplioriquc et de la potasse, il se passera, dans ce mélange, une décomposition aussitôt qu'il sera en contact avec l'eau du sol. La chaux se combinera à l'acide sulfurique du sulfate de potasse en mettant cette base en hbcrté. On pourra même théori- quement admettre qu'une seconde réaction suivra la première. La potasse attaquera peu à peu les phosphates de chaux ^ et de fer en formant du phosphate potassique. La chaux des scories potassiques augmentera donc, si l'on peut s'exprimer ainsi, la valeur physiolo- gique de la potasse du sulfate. Les bons effets obtenus par l'enijjloi sinuiltané de chaux et des sels de potasse de Stassfurt (jue l'on a constatés, il y a longtemps déjà, en Allemagne, les effets remar- quables que produisent les cendres de bois qui renferment la potasse sous forme de carbonate et de phosphate, et les expériences que nous avons entreprises, M. Kohlrausch et moi'-, sur le rôle du car- bonate et du phosphate de potasse dans la nutrition de la betterave 1 . Stutzer et lleiligenstock viennent de démontrer que l'acide phospliorique se trouve dans les scorie? partieli{Miient à Tétat de phosphate tétrabasique (4 GaO, Phj Oj), combinaison dont on a considère jusqu'à présont l'existence comme impossible. 2. Organ des Vereins J'ilr Ildbcnzuckcrindusirie in Oesterreich-Ungarn, 1872. S. 182. 342 ANNALES DD LA SCIENCE AGRONOMIQUE. à sucre, font prévoir le succès que les scories potassiques obticn- fh'onl. Il nous semble du reste que, jusqu'à présent. Ton n'a pas tenu assez compte, dans l'utilisation du phosphate basiqi^c, de son tilre relativement élevé en chaux libre, qui le recommande aussi pour être employé simultanément avec des engrais organiques azotés, difiicilement décomposables : laine, cuir, etc. , dont elle hâtera con- sidéiablement la décomposition. Ces mélanges doivent naturellement être immédiatement enterrés à la herse ou mieux à l'extirpateur, afin que le pouvoir absorbant du sol retienne l'aminoniatjue qui peu à pou se dégagera jusqu'au moment de sa nitrification. Une autre nouveauté a encore paru dans le commerce des engrais potassiques. Un sel de potasse préparé par les Kalivs'erke d'Aschcr.s- leben et qui nous a été adressé sous le nom générique de « sels potassiques », a présenté la composition suivante : rotasse 50.05 Soude i.il Magnésie 2.GG Acide sulfui'ique 11.33 Chlore 3G.72 Insoluble, eau et perte 3.30 108.27 Oxygène correspondant au chlore 8.27 100.00 En comparant cette analyse avec la composition du chlorure de potassium ordinaire, on reconnaît qu'une partie du chlorure de potassium est remplacée par du sulfate de potasse et une partie du chlorure de sodium par du sulfaie de sodium et du sulfate de mai'uésie. Cette préparation spéciale présente l'avantage de fournir un pro- duit moins hygroscopique, se laissant moudre plus finement, avan- tage qui assure une meilleure répartition sur les champs ou un mélange plus intime avec les autres engrais, par exemple les super- phosphates et les nitrates. La réduction du titre en chlore me paraît recommander cet engrais, RAPPORT DE LA STATION ACrRICOLE DE l'ÉTAT BKLGE. 343 parliculièremenl pour les récoltes aux([iiellos un titre élevé en chlore est nuisible sous le rapport de la (lualité : tabac, pomme de terre et betterave à sucre. L'épuisement de certains gisements de guano du Pérou, la guerre entre le Pérou et le Chili, les changements de consignations, la baisse considérable des engrais cliimi(iues, beaucou}) plus forte que celle des prix du guano cpii en était la conséf{uence, les l'i'équentcs laL^i- liealions et d'autres causes encore ont déterminé une diminution considérable dans l'emploi du guano. La pkipart de ces raisons ayant disparu et une réduction sérieuse des prix de vente du guano brut ayant été accordée par le gouvernement du Chili, il est probable (|ue l'importation du gnano du Pérou va prendre un nouvel essor. C'est particulièrement au guano pulvérisé qu'ap[)articnt l'avenir. Mes expériences sur la valeur agricole relative de l'acide phos- phorique sous ses difl'érents élats chimiques, commencées en 1875 et qui ont été le point de départ d'un changement radical des opinions qui avaient cours dans l'appréciation des engrais phosphatés, ont eu pour conséquence de réduire peu à pou l; traitement des guanos par l'acide sulfurique au prolit de leur mouture pure et simple. Cette dernière préparation a pu se développer d'autant plus que la richesse en azote sous forme de combinaisons ammoniacales, vola- tiles à la température ordinaire, desi^endant continuellement, il est devenu moins nécessaire d'en empêcher la déperdition par la fixation à l'aide de l'acide sulfurique. Eu outre, les guanos importés pendant quelques années à l'état très humide et pâteux, sont devenus plus secs, faisant disparaître ainsi un des motifs de la fabrication du guano dissous. Le guano brut moulu se vend du reste comme le guano dissous et le nitrate-guano, avec garantie de titre sous le contrôle des laboratoires agricoles de l'Etat. La bonne pratique consistant à mélanger le sulfate d'ammoniaque ou le nitrate de soude avec la moitié ou les deux tiers de son poids déplâtre afin d'assurer une répartition régulière lorsque ces engrais sont employés en couverture sur céréales d'hiver ou sur prairies, se généralise dans le pays. On demande même quelquefois ces mélanges aux marchands d'engrais et plusieurs échantillons de celte nature ont été analysés cette année. Lorsipie ce mélange se fait à la fabrique, 344 ANNALES DE LA SCIENCE AGHONOMIQUE. 011 doit veiller à n'employer, en ce qui concerne le sulfate d'animo- nia(jue, que du plâtre exempt de carbonate de chaux et de chaux, afin de prévenir les pertes d'azote. Ce danger me i)araît nul lorsque le mélange, fait sur place, est semé immédiatement après. Dans mon rapport sur les travaux de 1883, j'ai été amené à par- ler de la production croissante du sulfate d'ammoniaque par suite d'une nouvelle source d'extraction trouvée dans les gaz qui s'échap- pent des fours à coke. La baisse de prix de ce précieux engrais azoté qui en est résultée a eu pour conséquence une si forte extension de son emploi agricole que le nitrate de soude, qui renferme pourtant l'azote sous la forme la plus assimilable, s'en est ressenti. Les chiffres suivants sont inté- ressants à ce point de vue. Nombre d'édiatitillons analysés ù la slulion agricole. ANNEES. (Vainmoniaq ue. de Boude. TOTAL 18S4 . . . -iC 176 222 ISSd . 01 16G 139 997 1886 . 126 26.Ô Avant d'abandonnor les matières fertilisantes, j'ai encore à com- pléter pour 1886 le tableau que je publie tous les ans, démontrant la diminution de l'achat par le cultivateur des engrais complets à formule, diminution que j'ai toujours considérée comme le véritable baromètre de la diffusion des sciences agronomiques dans les cam- pagnes. KOMIiHB TOTAL E NOUAIS I'. 100. 23 18 15 11.5 'j . y 7.7 a. 8 Je passe aux analyses de matières alimentaires pour le bétail. ANNEES. des matières fertil iisautus composes analysées. à formule. 1875. . . 102 91 1879. . . 602 123 1880. . . 831 122 1881 . . . 905 110 188i. . . 1,331 136 1885. . . 1,3G0 lOi 1886. . . 1,302 75 RAPPORT DE LA STATION AGRICOLE DE l'ÉTAT BELGE. 345 Le lahlcaii suivant donne la moyenne, le minimum et le maxi- mum des litres en graisse, en albumine et en cendres, constatés en 1886 dans les principaux tourteaux du commerce: MINIMA. MAXIMA. MOYENNES. i Matières grasses 6.1-i 9.30 7.48 Aractiide. .• — albuminoïdos. . . . 43.22 48.97 45.72 ' — minérales (cendres). 4.1i 7.35 6.20 , — grasses 7.25 12.34 8.97 Lin. ... — albuminoïdes. . . . 23. G7 33.28 28.95 ' — minérales 4.90 9. 05 7.21 . — grasses 8.00 9.G6 8.7 7 Colza. . .' — albuminoïdes. ... 28.71 30.33 29.63 ( — minérales G. 23 12.57 8.25 i — grasses 10.14 1G.02 12.86 Cocotier. . — albuminoïdes. . . . 18.70 19. GG 19.18 ' — minérales 5.74 7.75 6.88 . — grasses 7.95 15.59 12.21 Maïs'. . .• — albuminoïdes. . . . 34.28 36.19 35.34 ( - minérales 5.64 7.93 7.04 1 — grasses » » 13.94 Sésame . .■ — albuminoïdes. ... » » 33.94 ( — minérales » » 12.12 Une plaiiilc a été adre.-^sée à la station agricole au sujet d'un fort dérangement gastii(jiic dont les vaches d'une étable ont été atteintes, lequel a été attribué à l'alimentation par un tourteau d'arachides. Voici l'appréciation que j'ai donnée après un examen minutieux du cas signalé : La composition de ce tourleau est tout à fait normale ; c'est celle d'un tourteau de bonne qualité (trouvé : 9.30 de matières grasses, 46.00 de matières albuminoïdes et 5.53 de matières miné- rales). 11 n'est pas falsifié par du sulfate d'ammoniaque. La matière grasse n'est pas altérée ; le goût est agréable ; le tourteau ne ren- ferme presque pas de poils. Le microscope ne fait découvrir aucune trace de moisissure. La seule criti{jue que l'on puisse soulever contre ce tourteau, c'est qu'il e^t excessivement dur; les sucs digestifs doi- vent, par conséquent, le ramollir et le pénétrer difficilement, ce qui pourrait expliquer des dérangements de Tappareil digestif. En 1. Résidu de la distillation du maïs, filtré et pressé. 346 ANNALES DE LA SCIHNGE AGRONOMIQUE. mouillant d'eau chaude, cinq à six heures avant le repas, le luuiteau concassé, et en le salant légèrement, ce danger doit disparaître, me semble-t-il. 11 a été également analysé un échantillon do maïs ensilé provenant d'un essai, parfaitement réussi, exécuté par M. le baron Yan der Bruggen, de Gand. Le maïs était fort bien conservé, complètement exempt de moisis- sure, et il dégageait une odeur aigrelette agréable. Voici sa compo- sition : Eau 83. ly Matières albuminoïdes 1.10 — grasses 1.10 — extractives non azotées S. 7 9 Cellulose '. . . . 4.57 Matières minéiales 1.25 100.00 Parmi les matières ahmentaires pour l'homme, la station agricole a eu à examiner 23 échantillons de farine. Voici les chiffres trouvés pour l'eau et les matières minérales (cendres) : EAU (100 A 105° C). CENDRE.S. Mininia. Jlaxinia. Moyenue. Minima. Maxiiua. Moyenne. Farine de froment blutée . . — — non blutée. — de seigle non blutée . 13.17 14.07 14. Oi 0.58 1.02 0.73 12.8r, 14.83 14.00 1.57 2.12 1.82 14.14 1G.38 14.82 1.5U 2.21 1.8.9 Trois farines de froment fournies à des adininistralioas publiques renfermaient une assez forte proportion de seigle ; quelques échan- tillons de farine de seigle contenaient de la graine de Lychnis gilhago, l'un d'eux dans une si forte proportion que nous l'avons considéré comme impropre à la consommation. Je rappelle ici que le danger que présente cette graine et les manières de la reconnaître ont été signalés dans ma note spéciale 1. Ine série de farinos de froment non falsifiées, provenant de la province de Namur, nous a donné précédemment un titre moyen de 0.71 p. 100 de cendres. RAPPORT DE LA STATION AGRICOLE DE l'ÉTAT BELGE. 347 sur cel objet, publiée eu 1870 '. Nous n'avons constaté aucuue falsi- iication avec des matières minérales. Le titre de 1G.38 p. 100 d'eau rencontré dans un des écliantillons doit être considéré comme anor- mal ; d'après nous, une farine de froment ou de seigle de bonne qualité ne doit, en effet, pas renfermer plus de 15 p. 100 d'eau. La falsification de l'huile d'olive préoccupe beaucoup depuis quel- ques années les chimistes français et italiens. M. Becchi, directeur de la station agricole de Bologne, a recherché particulièrement un moyeu de découvrir l'introduction frauduleuse de l'huile de coton dans l'huile d'olive, mélange qui, d'après lui, s'opère sur une très vaste échelle. Ayant réussi après de très longs essais, M. Becchi nous a prié de vérifier sa méthode. Celle-ci ayant été publiée dernière- ment dans un journal agricole du pays^ avec tous les détails opé- ratoires, nous nous bornons ici à reproduire la conclusion des essais que nous avons exécutés à la station agricole, sur la demande de notre collègue italien. C'est M. Masson qui a été chargé de celte recherche. Les réactifs de M. Becchi, se composant d'un mélange d'huile de colza et d'alcool amylique, d'une part, et d'une solution alcoolique de nitrate d'argent, d'autre part, produisent avec l'huile de coton une coloration rouge-brun très caractéristique. Cette réaction permet de déceler aisément une falsification de l'huile d'olive par l'huile de coton. Avec un mélange renfermant au minimum 20 p. 100 d'huile de coton, la réaction est très nette, mais en dessous de cette limite elle est fort douteuse. Il est ensuite à remarquer (jue toutes les huiles que nous avons essayées, y compris les types d'huile d'olive pure que l'auteur de la méthode nous a envoyés, donnent à la longue, avec les réactifs de M. Becchi, une coloration brune lorsqu'elles sont maintenues pendant une demi-heure à latempéi'ature de l'eau bouillante. Il faut donc, lors de la recherche de l'huile de coton, éviter que la tempé- riUure du bain-marie dépasse 75° C. et conclure à une falsification 1. Recherches de cliimie ei de physiologie appliquées à l'agriculture, 2*^0(111., p. 241. 2. Journal de la Société agricole du Jirabant-HainaW, 1S86, n" 50. 348 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. seulement lorsque la réaction se fait déjà au bout de cinq minutes. 11 est bien entendu iju'il faut toujours procéder par comparaison. Lorsqu'on emploie pour la préparation du réactif Becebi une buile de colza épurée d'après les indications de l'auteur, la réaction de riiuile de coton sui' le nitrale d'argent devient beaucoup plus nette et l'inconvénient signalé plus liant, d'obtenir à la longue une réac- tion avec toutes les biiiles, disparaît. Pendant l'exercice écoulé, il a été analysé G02 écliantillons de betteraves. Voici, comparé aux résultats de la campagne précédente, le relevé des cbiffres obtenus : TITRE SACCIIAUIN QUOTIENT lie la bettei-ave. de pureté du j us. Miuima. Maxima. Moyenne. Miuima. Maxima. Moyeune. I885-188G. . . 7.Ô9 17.05 12. 27 72. G3 88. 8G 84.07 1886-1887. . . 8.3G 1G.38 12.11 75.29 88.58 83.70 Par ordre de M. le Ministre de l'agricullurc, il a été analysé en 1886 11 échantillons de betteraves, 12 échantillons de tabac et 1 échantillon de farine prétendument falsifiée, remis par un ouvrier entre les mains de la commission d'enquête du travail. L'analyse chimique et l'examen microscopique ont démontré qu'il s'agissait d'une farine tout à fait pure. Le besoin de s'instruire, qui devient de plus en plus urgent pour le cultivateur, produit depuis quelques années un développement considérable du service des consultations. J'ai assez souvent insisté dans mes rapports annuels sur l'utilité des stations agricoles à ce point de vue, pour que je puisse me borner cette année à donner simplement le relevé du livre de correspondance. Consultations données en 188 G. ÉCRITES. VERBALES. Choix et emploi des engrais artificiels . ... 36 15 Valeur de diverses matières comme engrais. . 66 3 Clioix et emploi des l'ouri'agL'S 20 4 Culture et vente de la beUerave 6 14 Cultures diverses 27 1 Industries agricoles 9 11 Organisation du contrôle des engrais .... 22 1 Divers 35 13 221 _ 62 "283 RAPPORT DE LA STATION AGRICOLE DE l'ÉTAT BELGE. 349 Pour me rendre compte de la siliiatiou de nos recherches expéri- mentales, je ne puis mieux faire que de suivre le Bulletin de la sta- tion agricole de Gembloux, organe de ses travaux. Le fascicule n° 35 contient la suite de nos recherches sur la culture de la helterave à sucre et comprend les résultats ohlenus par la cidlure comparative de huit variétés de betteraves en deux champs différents. Dans le même bulletin se trouvent consignées les analyses de trois échantillons de j^làtre phosphaté, nouveau produit apparu sur le marché belge en 1885. Ce résidu de la fabrication du superphos- phate riche peut remplacer avantageusement le plâtre naturel dans son emploi agricole, et comme il ne coûte pas plus cher, les 2 à 3 p. 100 d'acide phosphoriciue qu'il contient constituent un bénéfice pour l'agriculture. Dans le rapport sur les travaux de 1885, j'avais annoncé que mon étude sur la valeur relative, comme aliment végétal, de l'azote dans les nombreux déchets organiques azotés était terminée, en promettant la publication prochaine de ces recherches. C'est ce qui a été fait depuis dans le Bulletin n° 36. Je me borne à répéter ici les conclusions de ce travail, a La poudre d'os soumise à l'expérience pendant trois années sur du froment de mars et sur du froment d'hiver, en sol sablo-argileux en bon état de culture, a produit une augmentation du rendement en grain de 13 p. 100. Cependant, elle est restée en arrière sur l'azote du sang et sur l'azote nitrique employés dans des conditions identiques. En sol sablonneux, très pauvre, la poudre d'os a été d'une efficacité remar- quable, restant un peu en arrière sur l'azote nitrique, l'état d(3 l'azote le plus favorable à la production végétale, et atteignant l'eftet de l'azote du sang, qui est connu comme le plus actif des engrais azo- tés organiques. L'addition de chlorure de potassium à la poudre d'os en sol sablo-argileux n'a produit qu'une fois sur trois une aug- mentation du rendement, encore était-elle très faible ; mais en sol sablonneux, la potasse a, neuf fois sur neuf, fait monter considéra- blement la récolte du grain. » Dans ces recherches, poursuivies depuis 1880, nous avons pris comme unité l'effet produit par 0'^'',25 d'azote nitrique sur le rende- 350 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. ment de 4 kilogrammes de terre. En rapportant à ce type de com- paraison les résultats de l'ensciiible de nos recherches, compi'enant six années d'expériences qui embrassent 90 essais isolés, et en fusionnant les conclusions données à la hii du compte rendu sur chaque groupe d'essais, nous pouvons classer l'efTiLacité relative de l'azote organique, comparé à l'azote nitiique, dans l'ordre suivant : Azote (lu iiitrale de soude, — du sang desséché, — (le la laine dissoute, — de. la puiidi'C d'os, — de la laine brute, — du cuir. Des renseignements très erronés existant dans beaucoup d'écrits sur la composition du topinambour, nous en avons fait une nou- velle étude analytique. Le Bulletin n° 36 contient un tableau don- nant la composition complète de 9 échantillons de topinambours. 11 en résulte que l'on attribue souvent à ce tubercule un titre trop élevé en hydrates de carbone saccharifiables et qu'au point de vue de sa valeur alimentaire, sur 100 parties d'azote contenues dans le topinambour, 59.1 seulement s'y trouvent à l'état albuminoïde, soit donc 40.9 sous forme d'amides, etc., proportion que l'on avait négligée jusqu'à présent. Au point de vue cultural, ces analyses montrent qu'une récolte de 15 000 kilogrammes de tubercules de topinambour enlève au sol 3o kilogrammes d'azote et 105 kilo- grammes de matières minérales. La pi-atique a reconnu d'ailleurs déjà depuis un certain temps que cette plante, que l'on prône si souvent « comme plante des terres pauvres », ne donne des rende- ments satisfaisants que lorsqu'on no lui ménage pas les avances. Ces explications me paraissent opportunes à un moment où la nouvelle loi sur les distilleries ne man(iuera pas d'exercer wwi influence heureuse sur l'extension de cette culture. Le Bulletin n" 36 renferme également une note sur la richesse en nicotine du tabac belrje, de laquelle il résulte (jue le titre moyen du tabac indigène, d'après 16 analyses, se fixe à 3.60 p. 100 de nico- tine, tandis que cekii de 4 échantillons de Havane indigène n'est que de 2.68 p. 100. Comme au même degré de combustibilité et d'arôme, RAPPORT DE LA STATION AGRICOLE DE l'ÉTAT BELGE. 351 la qualité du labao est en rapport inverse avec sa richesse en nico- tine, j'ai conseillé aux producteurs belges de faire plus souvent emploi de semences recollées à la Havane. Ce qui précède a été con- firmé depuis par de nouvelles analyses faites en 1880. La moyenne de 11 échantillous qui m'ont été adressés par M. le Ministre de l'agriculture a donné 4. 60 p. 100 de nicotine. Ces échantillons provenaient des champs d'expériences du gouver- nement et le titre de nicotine se rapporte au tabac écôté desséché à l'air (12 p. 100 d'eau). Un échantillon de tabac hongrois cultivé à Libiu (Ardennes) ne contenait que 3.55 p. 100 de nicotine, donc 1 p. 100 de moins que le tabac indigène. C'est une nouvelle preuve que certains tabacs étrangers connus comme pauvres en nicotine conservent," cultivés eu Belgique, comme M. Schlœsing l'a reconnu déjà pour la France, le taux de nicotine qu'on leur trouve au pays d'origine. Les recherches que nous poursuivons depuis quelques années déjà sur l'action des engrais polassiques dans la culture de la betterave à sucre, en sol sablo-argileux, sont assez avancées ; elles demandent cependant une dernière année d'expérimentation (1887) avant d'être clôturées et publiées. Je signale, pour terminer, que la station agricole a été honorée dans le courant de celle année de la visite de M. le Ministre de l'agri- culture, de l'industrie et des travaux publics, qui a bien voulu exa- miner en détail les locaux et les installations expérimentales de notre étabhssement. M. le .Ministre a prouvé par là l'intérêt qu'il porte à notre hislitution et il a donné un précieux encouragement à nos travaux. Nous avons encore reçu en 1880 un haut fonctionnaire japonais en mission en Europe. U s'est particulièrement intéressé à l'organi- sation de notre station et des laboratoires agricoles belges, inslitu- tion qui a déjà trouvé un commencement d'exécution dans son pays, par la création d'un établissement similaire à Tokio. Enfin, nous avons eu le plaisir de recevoir la visite d'une commis- sion, composée de M. Allain-ïargé, préfet de l'Aisne, et de plusieurs grands industriels et agronomes, que le conseil général du départe- ment de l'Aisne avait chai-gée d'étudier le fonctionnement de la sla- 352 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. tien de Gembloux afin de pouvoir élaborer en connaissance de cause un projet d'organisation d'une station agronomique à créer à Laon. Ces messieurs se sont surtout fait expliquer tout ce qui concerne l'administration de la station et des laboratoires: personnel, tarif des analyses, contrôle des fabriques d'engrais, service expérimental, frais de premier établissement, frais d'entretien, etc., et ont trouvé excellentes les mesures prises en Belgique par le gouvernement et la commission administrative de ces établissements. Il n'est survenu en 1886 aucun changement dans le personnel de la station: MM. Masson, Graftiau, de Marneffe et Lardinois, prépara- teurs chimistes, ont pris, à mon entière satisfaction, une large part dans l'exécution des analyses et des autres travaux dont je viens de rendre compte dans ce rapport. Le Directeur de la station agricole expérimentale de l'Etat, A. Petermann. L'AGRICULTURE AU JAPON SON ETAT AOTUEI^ ET SON AVENIR' Par le D^ SHINKIZI NAGAI Traduit de l'allkmand par M. Henry GllANDEAU UOCiEUlt ES SCIENCES CHEF D i: S T 1! A V A U X A G K O N O M I Q C H S A Ij A FACULTÉ DES S C I 10 N C E S DE N A N C X SOUS-DIRECTEUK DE LA STAIIOS AGltONOMlQUE DE L'EST I. — Constitution du sol. L'empire japonais consiste, dans son ensemble, en quai re grandes cl. (iLiatre très petites îles : il est situé entre 24"20' et 51" de latitude Nord et entre 122"5o' et 156°30' de longitude Est : il s'étend donc sur environ 27 degrés de latitude et 31 degrés et demi de longitude. D'après les documents de statistique agricole, communiqués en 188-4 par le ministre de l'intérieur, la superficie totale du pays s'élevait à : o9223181, 25 hectares. Les terres cultivées, y compris celles qui sont disposées en terrasses, occupent 4371056 hectares, soit à peine un neuvième de la surface totale. Le caractère presque exclusif du Japon est celui d'un pays de montagnes ; les quelques plaines importantes n'existent que sur le parcours des grands tleuves. La plus étendue est la vallée de Ku- wanlo, dont huit provinces, Sayaml, Musashi, Awa, Kadzusa, Shi- 1. Die Ijiadicirlhsdidfl Japans, ihre Gegcnwari und //ire Zukunft. Dresdon. G. Schont'elds Verli'gsbucliliaïKiluiiSs'. ISST. • AN.\. SCIE.VCE AGRON. — 1887. — I. 23 354 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. niodzusa, Kodzuke, Shimudzuke el Hitachi forment la majeure partie. Elle entoure la baie de Tukio et est arrosée par le fleuve Toneyawa, célèbre par ses fourches, sur un })arcours d'environ 51 kilomètres, par le Siunidagaiva, sur une longueur à peu près moitié moindie et par une série d'autres petits fleuves. Après cela, viennent : la plaine de Miiio, Owari et Isc (fleuve Kisogawa, longueur 4-0 kilom.), ierre, se présente sous la forme d'une substance émiettable, facile à réduire en pous- sière, beaucoup meilleure que les sols argileux analogues de l'Alle- magne Les deux moussons d'été et d'hivci' revenant très régulièrement chaque année, et le premier de ces vents persistant jusqu'à ce qu'il soit supi)lanté par l'autre, il en résulte que le Japon se caractérise, comme les autres pays du domaine de la mousson, par une régularité de climat qu'on rencontre dans un bien petit nombre de régions situées sous la même latitude nord, et qui a pour conséquence l'uniformité dans le produit des révoltes. D'autie paît, le climat (lu Japon offre à l'agriculture un granj avantage; car, à l'exception des provinces nord et des côtes ouest, où, comme nous l'avons dit plus haut, la neige persiste longtemps sous une épaisseur cousidé- l'able, la douceur de l'hiver permet d.j ne pas interrompre les tra- vaux de culture, ainsi que cela arrive en Allemagne. Aussi, la dé- [)ense de forces en travail dans chaciue exploitatioii agricole, est-elle considérablement moindre que dans les pays où de longues périodes de froid resserrent dans des hmites étroites le temps consacré aux travaux des champs. En revanciie, la fréquence d'un vent violent et de pluies torren- tielles est une mauvaise condition pour l'agriculture japonaise. Le reboisement des montagnes, que des coupes faites jusqu'ici d'une façon irrénéchie ont en partie dénudées, est une opération très difficile à cause de l'arrivée de ces violents courants de vent, qui soufflent toujours dans la môme direction. Les terribles oura- gans aj)pelés Taifune, accompagnés régulièrement d'averses, pro- ANiN. SCIENCE AGIUiN. — 1SS7. — 1. 21 370 ANNALKS DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. (luisent de 1res grands dommages, car souvent ils sont la cause d'inondations et de cascades, qui, non seulement transforment les cultures agricoles en une masse vaseuse uniforme et les détruisent entièrement, mais parfois aussi les torrents auxquels ils donnent naissance convertissent la surface et la base du sol en un lac pro- fond, ce qui le ruine absolument. C'est ainsi qu'au courant du mois d'août 1884, la région sud du Japon, les îles Kiushiu, Sliikokti et une partie de Hondo, ont été éprouvées par un ouragan très vio- lent, comme on n'en avait pas vu depuis cinquante ans. Cet ouragan s'éleva d'abord dans la direction N.-S., puis plus tard prit la direc- tion O.-E., en amenant de très fortes chutes de pluie et, après s'être déchaîné sans interruption pendant vingt-quatre heures sur le pays et avoir détruit beaucoup de maisons et d'arbres, laissa derrière lui un gigantesque torrent qui balaya un grand nombre des terrains situés sur les côtes et de petites îles avec leurs habitants. Dans l'été de 1885, la presijue totalité du pays, principalement les plaines fertiles du fleuve Yodogara, entre Kioto et Osaka, furent ravagées par une inondation telle, que, de mémoire d'homme, il ne s'en était jamais produit. Pendant une semaine entière, la pluie s'abattit sans interruption par trombes sur cette province dont, au 27 juin, la majeure partie paraissait être un lac ondoyant au loin. Puis une violente tempête survint qui contribua à parfaire l'œuvre de ravage causée par l'inondation et les averses violentes qui conti- nuaient à tomber : tînalement, rien que dans cette vallée, trente- deux localités furent enlevées du sol et, avec elles, plusieurs milliers d'habitants. Les pertes en hommes et en biens qui ont résulté de cette inondation, sont presque incalculables. Pour la vallée d'Osaka seule, on estime le dommage à plus de dix millions de dollars. Dans les sols de tuf, la formation excessive de l'humus a une in- fluence préjudiciable à la culture : à l'intérieur de ces sols, il se pro- duit un refroidissement très vif, si bien que sous une épaisseui- d'environ 5 centimètres de terre fine, il se forme souvent des cou- ches d'aiguilles de glace d'une longueur de 10 centimètres, qui sou- lèvent la terre fine superposée et aussi de petits cailloux. A l'ombre, ces cristaux ne fondent pas dans le jour et il arrive qu'après plu- sieurs nuits froides, on trouve 3 à 4 couches d'aiguilles superposées l'agriculture au japon. 371 allemaLivement enlre des couclies de terre légère cnlièrement con- gelée. Ces aiguilles de glace soulèvent souvent les jeunes blés, en les pous- sant vers la surface, et les exposent ainsi aux dangers de l'hiver; d'où résulte un dommage considérable causé aux récoltes. Ce phénomène se constate aussi en Allemagne dans les sols très riches en humus, surtout dans les terrains tourbeux et marécageux, mais pas d'une façon aussi générale qu'au Ja[)on dans les sols de tuf. Le refroidissement caractéristique de ces derniers sols trouve son explication dans les laits suivants : la terre de tuf, à cause de la petitesse des grains isolés dont elle est formée et de sa richesse en humus, retient une très grande quantité d'eau; de plus, en général, le sous-sol sur le([uel elle repose consiste en un ciment impéné- trable et enfin l'évaporation de l'humidité à la surface, par une tem- pérature basse, est notablement retardée. Liebsciter aiivïhue celte particularité à tous les sols du Japon; mais, en réalité, elle est limitée aux sols de tuf. Les autres sols en sont exempts. (La suite dans un prochain fascicule.) DE L'ABSORPTION DE L'IODE PAR LES MATIÈRES AMYLACÉES APPLICATION AU DOSAGE DE CES MATIÈRES DANS LES PRODUITS AGRICOLES Par M. Aimé GIRARD PIÎOFKSSEUR AU CONSERVATOIRE DES ARTS ET MÉTIEltS El- A 1.'JNSTITLT NATIONAL, AGRONOMrQUE. L En faisant succéder à l'aclion des divers réactifs (hypochlorile de chaux, diastase salivaire, etc.) l'action de l'iode pris à l'état de solution aqueuse, Payen, Naiyeli, d'autres observateurs encore, ont depuis longtemps appris à reconnaître dans la constitution des ma- tières amylacées deux produits différents au moins, produits aux- (piels on a successivement donné des noms divers, mais qu'aujour- d'hui l'on s'accorde, en général, à désigner, l'un sous le nom de (j)Wiulose, l'autre sous le nom dUnnylose. Intimement pénétrés l'uii par l'autre, ces deux produits donnent naissance, suivant les propor- tions diverses dans lesquelles ils sont mélangés, aux couches alter- nativement denses et légères dont la superposition impose aux grains de matière amylacée leur structure caractéristique. Déjn, dans ces grains où l'amylose la rotienl, la granulose existe partiellement à l'étal soluble ; au contact de réactifs faibles, en tous DE l'absorption DE l'iODE PAR LES MATIÈRES AMYLACÉES. 373 cas, elle se modifie rapidement et acquiert une solubilité complète. C'est elle, maisii'est elle seule qui, sous l'influence de l'eau iodée, assume la coloration d'un bleu intense par laquelle l'iodure d'ami- don se personnifie. L'amylose, au contraire (cellulose de Nœgeli), se montre absolu- ment insoluble : l'eau iodée la colore faiblement, en lui commu- niquant une teinte rougeàtre. L'eau bouillante ne modifie pas son insolubililé : c'est elle qui, par suite des proportions plus ou moins grandes que chaque matière amylacée en contient, communique aux empois obtenus de ces matières une opacité plus ou moins grande. Les réactifs, cependant, sont loin d'être sans action sur l'a- mylose. Quelques-uns, comme les acides minéraux, la solubilisent aussi bien que la granulose, et les réactifs faibles enfin, qui suffisent n la solubilisation de celle-ci, gonflent l'amylose et, sans la dissou- dre, lui communiquent la propriété d'absorber, elle aussi, l'iode en bleuissant. A ces notions généralement admises aujourd'hui sur la constitu- tion des matières amylacées, M. Bourquelot a, dans un intéressant mémoire récemment communiqué à l'Académie des Sciences, cher- ché à adjoindre des notions nouvelles, en démontrant que les hy- drates de carbone qui interviennent à la composition du grain d'a- midon sont probablement plus nombreux qu'on ne l'avait admis jusqu'ici. Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, ces considérations nouvelles laissent entier le fait matériel que l'analyse des matières amylncées a fait reconnaître à Payen, à Nœgeli, etc., c'est-à-dire le fait de l'inter- vention, à la constitution de cette matière, de deux parties différen- tes, l'une qui, au contact des réactifs faibles, se solubilise aisément, l'autre qui, au contact des mêmes réactifs, se gonfle sans se dis- soudre et acquiert alors vis-à-vis de l'iode une faculté d'absorption qu'elle ne possédait pas auparavant. Partant de cette observation, Payen d'abord, M. Bondonneau en- suite, se sont attachés à reconnaître si, du fait de la coloration bleue que l'iode lui impose, la matière amylacée contracte avec ce réactif une combinaison réelle et en proportions définies. Mais, pour sim- plifier la question, c'est à l'amidon soluble seulement qu'ils se sont 374 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. adressés, et à cet amidon soluble, en eiïet,, ils ont reconnu la pro- priété de se combiner avec l'iode en proportion constante. M. Bon- donneau, dans un mémoire présenté à l'Académie des Sciences, a fixé à 0^'", 157 la proportion d'iode qu'absorbe i gr. d'amidon soluble. En présence de ce fait important, dorénavant acquis à la science, et enréflécbissant, d'autre part, à ceci : qu'une fois gonflée par les réactifs qui solubilisent la granulose, l'amylose, elle aussi, se colore en bleu; que, d'ailleurs, il est à l'absorption de l'iode par cette amy- lose gonflée une limite qu'on ne saurait dépasser, j'ai été conduit à penser que, de même qu'il existe pour les parties du grain de ma- tière amylacée qui se solubilisent aisément un coefficient constant d'absorption, de même il pouvait exister pour les parties qui, dans les mêmes conditions ne font que se gonfler, un coefficient constant aussi, différent du premier et probablement plus faible. De telle sorte que, l'expérience ayant apprisdepuis longtemps que la matière amylacée enfermée dans les divers milieux végétaux : tu- bercules, rhizomes, grains, etc., se présente toujours avec des ca- ractères identiques, lorsqu'elle provient d'une même plante, avec des caractères différents lorsqu'elle provient de plantes différentes, il était permis de supposer (pi'à tonte matière amylacée convenable- ment traitée par les réactifs correspond un coefficient d'absorption pour l'iode, constant pour chaque espèce végétale, variable d'une espèce à l'autre, suivant la variation même des proportions de gra- nulose et d'amylose contenues dans la matière amylacée provenant de chacune d'elles. Pour reconnaître si cette hypothèse est exacte, j'ai, habilement secondé par mon préparateur particulier, M. Grondard, entrepris des essais nombreux dans le but de fixer les quantités d'iode absor- bées par un poids donné des matières amylacées les ^tlus usitées dans les arts. Le principe d'après lequel ces essais ont été conduits a été le sui- vant : soumettre la matière amylacée à l'action d'un réactif appro- prié qui dissolve la granulose et gonfle l'amylose, ce réactif devant nécessairement être alcaUn ; saturer largement par un acide le pro- duit obtenu, de manière à assurer l'insolubilité de l'iodure d'ami- don, et, sur lé magma fourni par cette saturation, faire intervenir DE l'aBSORPTIUN DE l'iODE PAR LES MATIÈRES AMYLACÉES. 375 une solution tilrée d'iode, jusqu'à ce que la liiiuidc au milieu duquel naiï-e l'iodure d'amidon i-enfeime un excès de ce réactif. Les matières amylacées soumises à ces essais ont été, les unes prises dans le commerce, les autres préparées ou purifiées dans mon laboratoire. Les essais ont été faits tantôt sur 2gr., tantôt sur -igr. de malière amylacée, et colle-ci, après dessiccation d'une autre pesée, ramenée par le calcul à l'élat anhydre. Comme agents de solubilisation et de gonflement, j'ai employé tantôt de la soude faible à 2' B., tantôt de la liqueur de Schweilzer obtenue spécialement par le procédé de M. Peligot, c'est-à-dire en saturant le sulfate de cuivre par rammoniaipie,ju.'^qu'à apparition de précipité, précipitant ensuite largement par la soude, lavant soigneu- sement et redissolvant dans l'ammoniaque à 22". L'emploi de la liijueur de Scliweitzer préparée en faisant passer de l'anHiioniaque sur du cuivre métallique au contact de l'air doit être absolument rejeté ; la présence des nitrites formés dans ce cas déterminerait, en efl'el, de graves erreurs dans le dosage. Employés à la dose de 50 centimètres cubes environ pour 4 gr. de matière, l'un et l'autre réactif amènent promptement la matière amylacée à unélat de dilatation convenable. Ce résultat étant obtenu, la liqueur a été sursaturée par l'acide acétique et essayée à la manière ordinaire, à l'aide d'une liqueur d'iode titrée, normale d'abord, puis décime. Pour reconnaître le moment auquel a lieu la saturation de la ma- tière amylacée partiellement dissoute et partiellement gonflée, j'ai eu recours à un artifice consistant à prélever de temps en temps, à l'aide d'une baguette, et vers la fin de l'opération, ainsi qu'on le fait dans maints procédés volumétriques, une goutte du liquide encours d'essai pour la déposer sur un témoin sensible. Ce témoin, dans le cas actuel, n'est autre qu'une bande de papier empesé à la fécule et séché ; aussitôt que l'iode est en excès, la goutte ainsi déposée sur le papier y détermine une trace bleue. Les résultats auxquels je suis parvenu en déterminant, par ce pro- cédé, les quantités d'iode absorbées par diverses matières amyla- cées, sont inscrits dans le tableau suivant. Ces quantités correspon- dent à 1 gr. de matière amylacée anhydre. 376 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONONtlQL E. Quantités d'iode absorbées par 1 gr. des matières amylacées suivantes . MOYFNNES. Crr. Gr. Gr. Or. Choisy-le-Uoi (1) 0,120 0,123 0,119 — (2) 0,120 0,122 0,122 Fécule I - (^) 0,120 0,122 .. de l - (^' ^^^'' 0^1-2 0,123 > , . \ Cliâlon-sur-Saône 0,123 0,122 0,122 ' ' '" pomme de terre. ' ,«,.-- Oise 0,122 0,120 » Vosges 0,122 0,122 0,121 Origine inconnue 0,123 0,123 0,123 de Marseille 0,0.')9 0,009 ] Amidon de blé .{ de Saint-Denis (moulins Gémeaux) . . 0,009 0,000 0,O.MjO l'urifié au laboratoire 0,009 0,0.")9 1 , l Brown et Colson 0,052 0,052/ — de mais. \ ^ • • i ^ 05''5 ( Leconte-Diipont (purifié) 0,053 0,053 \ ' ,„ . l Colman 0,015 0,015 ) „,.„ — de m. \ > 0i50 ( Purifié au laboratoire 0,015 0,0i5 | ' l Cochincliinc (ministère de la Marine). . 0,OGG O,0G5 ) Arrow-root. . . \ „ ,, ' O,O0G5 \ Grorlt 0,0G5 0,0G5 \ Amidon d'orge. . Préparé au ii'boratoire 0,071 0,071 0,0710 — desdgle. — — 0,070 0,069 0,OG95 Fécule d'igna:ne. Préparée par Payen 0,098 0,098 0,0980 Amidon de marrons d'Inde (M. de Caillas) 0,058 0,058 0,0580 L'examen des chiffres coiiîenns rlan.s ce lableaii siittità dt'moritier l'exactiLude de l'hypolhèse qui m'a conduil aux recherches précédcn- les. A chaque matière amylacée provenant d'une même espèce vé- gélale appartient, lorsqu'elle a été convenablement frailée, un coef- ficient d'absorplion pour l'iode personnel et constant. D'une espèce, végétale à une espèce différente, ce coefficient varie, et varie quelquefois dans de larges limites. C'est ainsi que le coeffi- cient de l'amidon de riz n'est guère supérieur au tiers du coefficient de la fécule de pomme de terre. La grandeur du coefficient semble, du reste, inversement propor- tionnelle à la translucidité des empois que les diverses matières amylacées fournissent, et comme c'est évidemment à la présence dans le grain amylacé d'une plus grande proportion d'amylose résis- tante qu'est due l'opacité de ces empois, on est en droit à'&n con^ hire DE L ABSORPTION DE L IODE PAR LES MATIÈRES AMYLACÉES. 377 que le coefficient d'absorption de l'amylose est moindre que le coeffi- cient d'absorption de la granulose. La même conséquence découle encore de ce fait que le coefficient le plus élevé, cehii de la fécule de pomme de terre (0^%i22 d'iode pourl gr. de matière), est inférieur au coefficient d'absorplion (0^'Vl57) que M. Bondonneau a fixé pour l'amidon suliible. II. Des faits établis dans le paragraphe précédent résulte aussitôt la possibililé de baser sur l'absorption de l'iode par les fécules et les amidons d'origine diverses des procédés pour l'analyse, non seule- ment de ces fécules et de ces amidons, mais encore des produits agricoles dans les tissus desquels la végétation les a développés. Ces procédés, il les faut naturellement varier dans une certaine mesure, suivant la nature des produits à essayer, mais c'est toujours d'après le principe que j'ai exposé plus haut qu'ils doivent être combinés. J'indiquerai rapidement quelques-unes des appb'calions que l'on peut faire de ce principe. Analyse des fécules et des amidons. — Sur ce point, il est inutile que j'insiste et tous les chimistes comprennent comment, en suivant exactement la marche précédemment décrite pour déterminer le coefficient d'absorption del'iodepar les diverses matières amylacées, c'est chose aisée, après avoir pesé 4gr., par exemple, de la fécule à essayer, que d'en établir la teneur en fécule réelle, en recouvrant ces 4gT. d'une solution faible de potasse ou de liqueur de Schweitzer, laissant en repos pendant deux ou trois heures, sursaturant par facide acétique et essayant <à l'aide d'une liqueur d'iode titrée jusqu'à ce qu'une goutte enlevée du liquide bleuisse un papier empesé sec. Analyse des tubercules de la pomme de terre. — C'est surtout dans le but d'obtenir un procédé applicable à l'analyse de ces tubercules que les recherches qui précèdent ont été entreprises. La valeur des pommes de terre, en effet, lorsque celles-ci sont destinées aux tra- vaux industriels, particulièrement aux travaux de la distillerie et de la féculerie, dépend expressément de leur richesse en fécule. La dé- termination de cette richesse cependant ne saurait, avec les procé- déshabituellcmentemployés, être à la fois assez précise etassezrapide; le procédé du ràpage, auquel souvent encore on recourt aujourd'hui, entraîne des pertes considérables. Souvent il m'est arrivé d'examiner 378 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. des pulpes deféciilcrie, et rt'y trouver jusqu'à 5 à 6 parties de fécule pour 100 de pulpe |)!-essée et ne contenanl plus que 70 à 75 p. 100 d'eau, ce qui, par rapport au poids des tubercules râpés, ne repré- sente pas moins de 1.5 à 2 p. 100 de fécule; plus exact, le pro- cédé qui consiste dans la mesure de la densité des tubercules expose cependant encore à des erreurs qui souvent dépassent 1 p. 100. On en a vu récemment la preuve dans ce fait qu'à quel(|ues années de distance les savants allemands qui ont dressé les tableaux de correspondance de la richesse et de la densité ont dû les modifier en abaissant ces richesses de près de 2 p. 100 de fécule par rap- port au poids des tubercules. En somme, il n'est qu'un seul procédé qui possède une précision salisfaisante : c'est celui qui repose sur la saccharificalion de la fécule au moyen de la diaslase. Mais ce pro- cédé est long, et, par suite, il ne peut convenir à des essais cou- rants. C'est ainsi que, pour satisfaire aux exigences d'éludés que je pour- suis depuis deux années déjà sur la culture de la pomme de terre industrielle, je me suis vu forcé de rechercher un procédé (jui réunît les conditions de précision et de rapidité auxquelles je faisais tout à l'heure allusion. C'est en profitant de la constance du coefficient d'ab- sorption de l'iode par la fécule de pomme de terre que je suis par- venu à trouver ce procédé. Ainsi que l'ont établi les essais dont j'ai précédemment indiqué les résultais, c'est à 0^'',122 que s'élèvent les quantités d'iode absor- bées par 1 gr. de fécule anhydre, de telle sorte (pie, pour déterminer la richesse en fécule des tubercules de pommes de terre, la question se ramène à voir combien de fois un poids connu de ces tubercules absorbe 0^'',122 d'iode, en tenant compte, en outre, bien entendu, des quantités d'iode que peuvent absorber les matières protéiques contenues dans ces mêmes tubercules. Le procédé, que j'ai basé sur cette donnée, consiste à mettre un poids connu de tubercules râpés en contact d'abord avec une solu- tion chlorhydrique faible qui, agissant sur les pectates de la pectose qui servent de ciment aux cellules, modifiant même légèrement la cellulose, rende celle-ci aisément soluble dans la liqueur ammonio- cuivrique, qu'il convient, dans ce cas, d(^ préférer à la potasse. En DE l'aIJSORPTION DE l'iODE PAU LES MATIÈRES AMYLACÉES. 379 face cruii tissu organisé comme celui tlela pomme de terre, en effet, c'est chose nécessaire que l'agent de dilatation aille, jusque dans les cellules qui ont résisté au ràpage, atteindre les grains de fécule (jui y sont enfermés. A l'action de la liqueur anunonio-cuivrique succè- dent ensuite la sursaturation par Facide acétique et enfin l'analyse volumétrique exécutée à l'aide d'une solution normale d'abord, dé- cime ensuite, d'iode dans l'iodure de potassium. J'indiquerai rapidement les conditions prati(pies du procédé. EchantiKonnagc. — L'expérience m'ayant démonti'é qu'en prati- que on rencontre les conditions les meilleures pour cet essai, lors- qu'il a lieu sur 25 gr. de matière, je choisis dans le lot, et atln d'avoir un échantillon bien moyen, 2 kilogr. environ de tubercules. Sur cha- cun de ces tubercules je détache un fuseau qui en représente environ le}, et je passe à la râpe les 300 gr. à 400 gv. ainsi séparés ; en em- ployant à cet effet le moulin-rfipe (pie j'ai décrit dans mon Mémoire sur le développement de la betterave à sucre', on obtient une pâte d'une grande tinesse et dont presque toutes les cellules sont ouver- tes. De cette pâte, ou pèse alors 25 gr. qu'on loge dans un flacon à l'émeri, à large ouverture, de 000 centimètres cubes à 700 centimè- tres cubes de capacité. Acidulalion. — Sur ces 25 gr, on verse 50 centimètres cubes d'acide chlorhydrique à 7^ et on laisse digérer pendant deux ou trois heures. Gonflement de la fécule. — Ainsi que je l'ai tout à l'heui'e indiqué, c'est la liqueur ammonio-cuivrique qu'il y faut employer. Sur le pro- duit acidulé déjà logé dans le flacon, on en verse 100 centimètres cubes, et l'on abandonne au repos. Pour obtenir une dilatation convenable, il convient d'attendre quelques heures. On n'a pas à craindre, d'ailleurs, que l'effet de la liqueyr cuivrique s'exagère. En général, et lorsqu'on doit exécuter des essais nombreux, le mieux est de faire, dans l'après-midi, le ràpage et les acidulations, de mettre en contact avec la liqueur ammonio-cuiviique vers la fin de la journée, et de laisser le contact se prolonger pendant la nuit. Le lendemain matin, on sursature largement par l'acide acétique, et 1. Annales de l'inslilul agronomique. 380 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. l'un refroidit rapidement en plongeant le flacon dans l'eau courante. Lorsrpi'il a été ramené à la température ordinaire, le mélange est prêt à essayer. Titrage. — La liqueur normale d'iode peut, bien entendu, èlre faite à n'importe quel titre ; mais, afin de mettre immédiatement le résultat aux mains de l'opérateur, je préfère la préparer telle que, dans un volume de 10 centimètres cubes, elle contienne une quantité d'iode correspondant à 0^'",25 de fécule, soit 1 p. 100, puisque le titrage a lieu sur 25 gr. C'est à quoi l'on ari'ive en dissolvant, dans I litre d'eau, — -^ = :¥\{)ÏS d'iode sublimé et sec, avec 4 gr. d'io- durc de potassium. Étendue de neuf fois son volume d'eau, la solu- tion précédente forme !a liqueur décime dont 10 centimètres cubes coiiespondenl à 0.1 p. iOO de fécule. Pour exécuter plus rapidement le titrage, il est bon de faire d'a- bord, sur une première pesée de 25 gr., un essai préparatoire. La liqueur normale est ajoutée alors par lots de 50 centimètres cubes d'abord, puis de 10 centimètres cubes, et le flacon légèrement agité à chaque addition, jusqu'à ce qu'une dernière addition de 10 centi- mètres cubes donne un produit fjui, sur le papier empesé, laisse une trace bleue. On connaît ainsi la teneur de la pomme de terre en fé- cule à 1 p. 100 [)rès. On n.'iir(.'iid alors une autre pesée, on ajoute d'nn coup la quantité de li(iueur normale nécessaire pour approcher l'essai à 1 p. 100 en dessous, et l'on continue, à l'aide de la liqueur décime, jusqu'à ce (|Ui' la saturation soit atteinte. Une simple lecture du volume employé donne alors la teneur de la pomme de terre en fécule. Au nombre fourni par cette lecture, il convient cependant de faire subir une légère correclion. D'une part, en effet, vers la fin de l'opé- ration, la liqueur décime, noyée dans 500 centimètres cubesdeliquide environ, ne possède plus, vis-à-vis du papier empesé, la même éner- gie colorante, et, pour (prdle puisse, dans ces conditions, imprimer sa trace, il est nécessaire d'en njoulor au li((ni(le une certaine quan- tité en excès. D'autre part, les tubercules de la pomme de terre renferment DE l'absorption DE l'iODE PA H LES MATIÈRES AMVLACÉES, 381 toujours une proportion notable de malières protéiques qui, néces- sairement, doivent, en se colorant en brun, donner lieu à une ab- sorption d'iode appréciable. Heureusement celte proportion de matière protéique est sensiblement constante, ou du moins elle ne varie que de 1.5 à 2 p. 100 du poids des tubercules. La quantité d'iode absorbée par les matières de cette nature est d'ailleurs assez faible. Je me suis soigneusement attacbé à déterminer l'influence de ces deux causes d'erreur, et j'ai ainsi reconnu que, pour lendre appa- rent le pouvoir colorant de la liqueur décime sur le papier empesé, il fallait compter sur l'addition en excès au mélange mesurant 500 centimètres cubes à GOO centimètres cubes que le flacon renferme de 20 centimètres cubes à 25 centimètres de cette même liqueur décime. J'ai reconnu de même que, pour saturer les matières protéiques habituellement contenues dans les tubercules de la pomme de terre, une (juantité de liqueur décime à peu près égale est nécessaire, et suflît ', de telle sorte qu'au total la correction à faire est celle qui correspond à l'addition en excès de 50 centimètres cubes environ de liqueur décime, correction dont il est aisé de tenir compte en abais- sant le litre trouvé de 0.5 de fécule p. 100 de tubercules soumis au titraûe. Aiwlyse des grains et des farines de céréales. — Le pi'océJé que je viens de décrire doil être notablement modifié lorsqu'on prétend en appliquer le principe à l'analyse des grains et des farines de cé- réales. Là, en effet, l'iode est appelé à rencontrer djs quantités considé- rables de matières protéiques, donnant lieu par conséquent à une consommation impjrlante d'iode, et dont la proportion, variable dans d'assez larges limites, rendrait nécessairement, par suite de la variabilité même de cette consommation, les dosages inexai^ts. Pour utiliser alors au dosage de l'amidon conlenu dans les grains ou les farines le procédé qui repose sur le gonflement de cet ami- don, au moyen delà liqueur ammonio-cuivrique, et sa détermination 1. La détermination des quanlilés d'iode absorbées par les matières protéiques à clé faite en opérant, comme terme de comparaison, séparément sur l'albumine et le {;luten traités par la liqueur ammonio-cuivrique. 382 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. à l'aide de ^ululions d'iode titrées, ce devient chose indispensable que d'éliminer au préalable le glulen'auquel cet amidon est mélangé. Pour le froment, dont le gluten se soude aisément sur lui-même, un simple travail mécanique y suffit ; pour les autres céréales (seigle, orge, maïs, etc.), il faut recourii' à un agent capable de dissoudre la matière protéique, sans agir sur la matièie amylacée. On peut em- ployer, dans ce but, l'acide acétique; mais l'emploi de l'ammonia- que, dont l'action est plus prompte et plus complète, est, à mon sens, préférable. Quoi qu'il en soit, voici comment l'analyse doit être conduite. Les grains sont d'abord moulus aussi finement que possible, sans qu'il soit nécessaire de se préoccuper des débris d'enveloppes ou de ger- mes dont la fai'ine de l'amande se trouve alors mélangée C'est sur celte boulange brute «pie l'on opère, si l'on veut se ren- dre compte de la richesse d'un grain en matière amylacée ; si c'est une farine qui est soumise à l'analyse, aucun travail préparatoire n'est nécessaire. De la boulange ou de la farine, on pèse alors 5 gr., par exemple. Lorsque l'une ou l'autre proviennent du fioment, on mouille ces 5 gr. d'une (piantité d'eau convenable, et l'on en fait un pàton épais. Après vingt minutes de repos, on malaxe ce pàton sous un mince filet d'eau et, à travers un tamis n° 100, on laisse écouler le lait amylacé que le malaxage fournit. Sur ce tamis restent alors tous les débris de l'enveloppe et du germe, tandis qu'entre ses doigts l'opé- rateur retient le gluten élastique. L'eau amylacée, presque pure, s'étant ainsi écoulée seule à tra- vers le tamis, on laisse déposer, on décante le li(|uide clair surna- geant le dépôt et l'on recouvre l'amidon humide de la liqueur ammonio-cuivriqiie, pour ensuite aciduler le magma et procéder enfin au titrage, à l'aide de solutions normale et décime d'iode dans l'iodure de potassium. A partir du moment, eu un mol, où l'amidon est isolé, le procédé devient identique à celui que j'ai tout à l'heure indiqué pour l'analyse des tubercules de la pomme de terre; et il suffît d'appliquer aux résultats obtenus le coefficient d'absorption propre à l'amidon de froment (0"'",059 d'iode pour l gr. d'amidon). Lorsque la boulange ou la farine proviennent d'un grain autre DE l'absorption DE l'iODE PAU LES MATIÈRKS AMYLACÉES. 383 (jiie le froment (seigle, orge, riz, etc.), c'est-à-dire d'iiii grain dont dont le glnten ne peut se souder sur lui-même, c'est à la dissolution de ce gluten qu'il faut recourir. La prise d'essai (5 gr. par exemple) est déposée dans une capsule de verre, soigneusement délayée dans 50 centimètres cubes d'eau environ, et là, recouveile d'une égale quantité d'amnionia(|ue à 22". Le mélange est agité doucement, en évitant tout broyage qui, déchirant les grains amylacés, laisserait échapper une partie de l'a- midon à l'état soluhle. Au bout d'une heure ou deux de conlacl, la dissolution du gluten élant complète, le mélange est jeté d'abord sui" un tamis n" 100 qui retient les débris d'enveloppe et de germe, puis sur un filtre à travers lequel s'échappe la solution ammoniacale de gluten. La filli'alion est lente, et, pour l'activer, il est bon de recou- rir à l'emploi de la trompe. Lavée enfin sur le filtre même, la matière amylacée en est détachée à l'aide de la pissette et logée dans un tlacon où successivement, et comme pour les analyses précédentes, on la soumet à l'action de la liqueur ammonio-cuivi'ique, de l'acide acétique et des liqueurs d'iode titrées. L'application à chaque matière amylacée du coefficient d'absorp- tion ([ui lui est propre permet alors d'en déterminer aisément la proportion dans le produit soumisà l'analyse. LE TABAC MEXICAIN SON PRÉSENT ET SON AVENIR RAPPORT Adressé à IsJ.. a iiacjua est un lanilioaii (i'écorce qui se détache chaque mois de la hampe du pahiHi real qu'on appelle yaguul au Jlcxiiiue. 2. Le terdo cubain est une balle de tabac dont le poids moyen est de 50 kilosi". LE TABAC MEXICAIN. 391 riba^ et on l'y vendait à des Américains qui l'expédiaient à New-York et l'y vendaient comme tabac de la Vuelia-Abajo. La chose s'est ébruitée : les joiiinaux américains spéciaux ont fait une encjuête ; mais les contrebandiers ont des ressources inépuisables et beaucoup d'imagination. N'est-il pas temps de faire connaître en Europe le déplorable état du marché havanais? Oui Irompe-t-on à la Havane? Tout le monde. Nous venons de voir comment on vendait fort cher aux Américains leurs propres tabacs. On trompe souvent les Allemands qui visitent pourtant les vc'jas à l'époque de la récolte et qui passent pour déployer beaucoup d'activité et d'intelligence dans leurs achats. Mais les victimes les plus habituelles des fraudeurs cubains, leurs clients les plus naïfs ou les plus résignés, tout le monde les nomme à la Havane, — ce sont les Français. ,1e me résume : le marché des tabacs à la Havane est devenu mau- vais : 1" Parce que le sol de la VucUn-Abajo est épuisé ; 2" Parce que les cultivateurs ont abusé du guano ; 3" Parce que l'importation des tabacs étrangers et leur vente sous le nom des tabacs cubains sont devenues un procédé commercial habituel du pays. On va à la Havane acheter fort cher les tabacs de Puerto-Rico et des autres Antilles, tabacs acres et sans qualité, et ceux du Mexique (jui sont tantôt bons, tantôt mauvais, selon le lieu de leur provenance et les soins qui leur ont été donnés. Les cultivateurs mexicains doivent-ils continuer à déguiser leurs meilleures capes en capes cubaines et cherchei" à les vendre à la Havane, ou doivent-ils plutôt s'efforcer de rendre leurs tabacs régu- liers et marchands et de les faire connaître sous leur vrai nom aux Klals-Unis et en Europe? I. La VueUa-Avribu. dont le sol est argileux, produit un tabac médioci'e qui rossonilile au tabac de Pueito-Rico. On s'explique pourquoi les acheteurs cubains du tabac de l'ensylvanie, trompés eux-niênips et croyant vendre du Puerlo-Ilico aux Américains, le déguisaient en tabac de la Vaelta-Arriba, n'osant le donner pour du tabac ('e la ViteUa-Abajo. 392 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. La réponse n'est pas douteuse. Le Mexique est h terre normale du tabac. On y trouve en beau- coup d'endroits, à l'état spontané, plusieurs espèces de celte plante \ Les Indiens, avant la conquête, cultivaient le tabac sur beaucoup de points du pays ; mais les Espagnols, afin de faciliter la surveillance des agents du fisc, en interdirent la culture hors des vallées des Très Villas, c'est-à-dire d'Orizaba, de Cordova et de Jalapa. Or, le sol de ces vallées, qui est argileux, ne vaut rien pour le tabac. Autant eût valu supprimer à Cuba les plantations de la Vuella-Abajo et n'auto- riser que celles de la Vuelta-Arriba. Aujourd'hui, par tradition sans doute, on cultive encore du tabac dans les vallées des Très Villas. La plante y est chétive et ses feuilles ont un goût détestable. Elles valent pourtant dans le pays S3^ à $4 l'arrobe'' (i fr. 06 à 1 fr. 48 le kilogr.), et quelques fabricants de cigares les emploient comme Iripe. Après la guerre de l'indépendance, on a cherché des terrains mieux appropriés à la culture du tabac. On a cru les trouver dans le dis- trict de Tlapacoyan (État de Vera-Cruz), au nord de Cordova, et, de fait, on y obtient de larges feuilles dont beaucoup peuvent se vendre comme capes ^ ; mais le brillant et l'arôme de ces feuilles disparais- sent au bout de quelques jours ; le cigare de Tlapacoyan devient très vite terne et pailleux. Quelques veines de terrain, dans cette région, pourraient donner de meilleurs résultats. X la colonie française de Jicaltepec, où le ta- bac est mauvais, il serait possible de le rendre, sinon bon, du moins exportable, mais la nature du sol et l'exposition aux vents du Nord y sont des obstacles insurmontables à la création d'une bonne marque. C'est au sud de l'État de Vera-Cruz et à l'est de l'État de Oajaca qu'il faut chercher les vrais terrains à tabac du Mexique. Depuis un 1. Entres autres la Nicotiana pusilla (labac nain) , la Nicotiana tenella (tabac tendre), la Nicotiana ruslica, la Nicotiana crispa, etc., etc. Voir l'ouvrage de de Candolle : Origines des plantes cultivées. 2. La piastre mexicaine vaut environ 4 fr. 40 c. 3. L'arrobe est de 25 livres. i. La cape est Tenveloppe du cigare dont la tripe forme l'intérieur. Les feuilles de capes se vendent quatre ou cinq fois plus cher que les feuilles de tripes. LE TABAC MEXICAIN. 393 demi-siècle, les crus de San-Andrès-Tnxlla et d'Acayucan^ sont les plus renommés de la République. Leur sol, semblable à celui de la Vuella-Abajo, a produit longtemps du tabac auquel il ne manquait pour égaler le havane que les soins de culture et de manipulation. Mais, à Acayucan, la couche de terre végétale n'a pas plus d'un pied d'épaisseur; elle s'est épuisée comme celle delà Vuella-Abajo. Près d'Acayucan, à Jaltipan, à Cbinamcca, on peut encore obtenir de bons résultais. En voici une preuve : Un Français, M. F., avait été chargé, l'an dernier, par unfabricant de cigares de Vera-Cruz, M. R., d'acheter des tabacs dans le district d'Acayucan. Il en acheta pour la somme de 70,000 fr., payable en traites, mais M. R. ayant refusé d'accepter cesiraites, M. F. s'enten- dit avec une banque, vendit les plus belles capes du lot à la Havane et expédia le reste en France où la régie lui en donna 170,000 fr. Le (abac mexicain peut donc faire son chemin en France comme il le fait déjà si bien à Cuba et en Allemagne. A San-Andrès-ïuxlla, on a usé les bonnes veines de terre à tabac, comme à Acuayucan, commô dans la Vuella-Abajo . Puis, on a voulu profiter de la réputation acquise par le terroir et on a mis en culture les terres argileuses voisines. La qualilé a disparu et la réputation de- San-Andi'ès s'est évanouie. D'ailleurs, San-Andrès, situé près de la côte du Golfe, est exposé aux venis du Nord qui dessèchent cette région pendant l'hiver, c'est- à-dire pendant la saison où l'on cultive le tabac au Mexiciue. La petite Sierra de San-Martin ne protège que très imparfaitement la vallée ; le Nord brise les feuilles et renverse les pieds de tabac élevés ; aussi a-t-il fallu renoncer à y planter le tabac de l'espèce havanaise qui a la forme d'un arbuste et dont les plus belles feuilles sont celles du sommet. On a dû adopter le tabac de Tabasco, qui a la forme d'un aloès, c'est-à-dire dont les plus grandes feuilles sont les plus 1. On se souvient qu'il y eut, en 1R28, une tentative de colonisation française dans ristlime de Teliuantcpcc. Bris&ot, le fils du célèbre conventionnel, a écrit le récit de cette tentative qui fut malheureuse. Il parle des tabacs d'Acayucan. Lucien Biart, Tauteur de la Terre chaude, qui a parcouru la vallée du l'apaloapani vers 1855, fait Téloge des cigares de San-Andrès-Tuxtla, déjà connus à cette époque, et depuis longtemps. 394 ANNALES DE LA SCIKNCE AGRONOMIQUE. basses. Or, les feuilles baeses ne peuvent fournir que de la tripe, parce qu'elles sont plus exposées que les autres à l'humidité du sol et aux limaces, parce qu'elles manquent d'air et aussi parce que la force et l'aromc fournis par la plante montant et se portant au som- met, les feuilles les plus fortes et les plus aromatiques sont toujours les plus hautes, celles de la couronne. Le tabac de Tabasco, dont les bonnes feuilles sont les plus petites, est donc une mauvaise espèce. Le Nord, qui oblige les cultivateurs de San-Andrès à adopter cette espèce, cesse de souffler en mars, à la fm de la récolte, mais les vents du Sud s'élèvent alors, très violemment quelquefois, et nuisent à la dessiccation des tabacs qui doit se faire par un temps calme. Malgré les inconvénients de la situation de San-Andrès-Tnxtla' et la faible quantité de bonnes terres à tabacs que possède ce district, c'est, jusqu'à cette année, le seul point au Mexique où l'on ail pro- duit du tabac réellement marchand^, parce que c'est le seul point où l'on ait traité le tabac mexicain par les procédés cubains. Des Cubains s"y sont établis, il y a quelques années, et y ont apporté les traditions de culture et de manipulation de leur pays. Aujourd'hui, ces colons songent à s'éloioner de la cote et à chercher des terres mieux situées et plus neuves. Quelques-uns se dirigent vers le dis- trict de Tuxtepec, sur le haut Papaloapam. D. Ramon Balsa a été, en '188'2, le pionnier du tabac dans cette région. V^enu fort jeune d'Espagne à Cuba, puis à San-Andrès-ïuxtla, où il a été ouvrier classeur de cigares, M. Balsa, aidé par un oncle riche, installa à Vera-Cruz, il y a quelques années, une fabrique de cigares, La Prueba. Parcourant la sierra d'Oajaca pour y acheter quelques balles de tabac aux Indiens, il reconnut la beauté, l'élas- ticité et l'arôme des feuilles du tabac indigène que les gens iVOJi- 1. Saii-Andrùs manque en outre d'une rivière navigable jusqu'à la mer. -'. Dans l'État de Tabasco qui, selon quelques auleuis, a donné son nom au tabnc, on produit un tabac très fort et quelque peu amer que des rcriuentations bien conduites pourraient peut-être bonifier. On l'apiielle tabac de corral parce que les tabasqnenos le plantent dans leurs cor- roies ou jiarcs à bœufs, sur un sol saturé de fumier. HuimangiUUo est le point central de la production du tabac dans l'I^ilat de Tabasco. s LE TAHAG >[KXICAIN. 395 tlcin et (lu Valle Nacional plantaient panni leurs maïs et leurs co- lons. C'est près du village du Valle Nacional qu'il a acquis des terrains et lait ses premiers essais de })Iantatioiis. Aujourd'hui, ses tabacs sont très appréciés et ses cigares ûe La Prucha, dont les capes vien- nent du Valle Nacional, sont en vogue à Mexico. L'an passé, on a acheté à M, Balsa ses capes premières — le quarl environ de sa récolte, — an prix do 20 IV. le kilogranmie. Le reste de la récolte, — capes secondes et tripes, — a été vendu à Hambourg- S 18 l'arrobe (G fr. 30 le kilogramme) ou employé à la fabrique de La Prneba. Les tabacs du Valle Nacional ûc 1(S84 ont donc atteint le prix moyen deOfr. 701c kilogramme, prix plus élevé que celui des bons tabacs de la VîœUa-Abajo\ et comme les frais de première inslalla- tiou et d'exploitation (achat ou rente de la terre, impôts, construc- tions, main-d'œuvre, etc.) sont bien moindres dans cette partie du Mexique qu'à Cul)a, ainsi que nous le verrous plus loin, comme, d'autre part, les frais de transport y sont moindres que ceux de la Vuella-Abajo, les bénéfices réalisés par M. Balsa doivent être consi- dérables. Le Valle Nacional s'est rapidement peuplé de Cubains et de Ca- nariotes qu'a attirés l'offre de terres payables en un certain nombre d'années par la cession du tiers de la récolte au propriétaire et par la vente qui lui est faite par avance d'un autre tiers de la récolte à un prix convenu. M. Balsa a essayé d'autres modes de contrats avec les émigrants. Il fait aussi valoir lui-même avec l'aide des gens du pavs et de quel- (|ues colons payés à la journée. Un des moyen \y. 396 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. vail des vegucros du Valle Nacional est celui d'avances d'argent remboursables par la livraison de toute la récolte du débiteur, à tant l'arrobe, généralement à S3. Le cultivateur qui accepte un con- trat de ce genre devient un hahilitado. VhabiUlado sait qu'il est exploité par le bailleur de fonds, que ce tabac qu'il lui vend S 3 sera revendu § 15 ou S 20. Il n'a con- senti au marché qu'avec l'intention de voler de son mieux l'exploi- teur. Aussitôt la récolte commencée, il cache une parlie de ses capes et les vend secrètement à un voisin ou à un acheteur de Yera-Cruz qui passe. Le capitaliste serait plus habile s'il donnait à ï'habilitado une part proportionnelle du prix de vente de ses balles, car il ne peut plus cacher aux gens du pays la valeur de leurs produits sur les marchés de Vera-Gruz, de la Havane, des États-Unis et d'Europe. Je montrerai plus loin, par un exemple récent, combien facile- ment les hidiens de cette région changent leurs modes de ^ravail quand on leur donne une bonne direction et de bons conseils. Jus- qu'ici, faute d'un homme qui sût et qui voulût leur enseigner la culture, ils ont soumis le tabac comme le caoutchouc, le coton, la vanille, comme tous leurs produits enfin, au plus mauvais régime. L'Indien sait imiter. Quand il reproduit un modèle ou quand il suit un exemple, il travaille vite et bien. Mais il ne se met jamais à la recherche du progrès ; le progrès doit venir à lui. L'Indien n'in- vente pas; il ne réforme pas. Il attend un guide et, si le guide ne vient pas, il fait ce qu'ont fait ses aïeux. Le guide n'étant pas encore venu, il n'a modifié ni la construction de sa hutte qui rend sa de- meure incommode et malsaine, ni la fabrication de son pain de maïs qui est enfantine*. Il n'est donc pas étonnant que, dans une région où les « gens de raison^ >•> ont rarement pénétré et n'ont jamais rien enseigné, la culture du tabac soit mauvaise. 1. On a dit, à propos des galettes de maïs ou lortillas, base ùc la nourriture de huit millions de Mexicains, que la moitié de la nation travaille pour fabriquer le pain de l'autre moitié. •3. Les blancs, — créoles ou espagnols, — se sont donné le titre de « gens de rai- son ». Les rares représentants de la gente de razon dans cette partie de TÉtat LE TABAC MEXICAIN. 397 Vendnnt leur fahac au poids, et le vendant toujours à très bas prix, qu'il soit laid ou beau, bon ou mauvais, les Indiens désirent avant tout récolter des feuilles qui restent lourdes après leur dessic- cation, c'est-à-dire des f(3uilles à grosse côte et à grosses veines, très mauvaises par conséquent pour la fabrication des cigares. Le choix du terrain ne leur importe qu'autant que la plante y de- viendra grande et que ses feuilles y seront lourdes. Aussi la repi- quent-ils presque toujours dans des terres trop argileuses ou trop riches en humus végétal. Les admirables terrains de Santa-Rosa, et d'autres que je connais, ont passé jusqu'à présent dans le pays pour des terres où le tabac devenait trop fm. La culture du tabac n'étant chez eux qu'accessoire, parce qu'elle a donné jusqu'à présent un revenu incertain et peu proportionné aux soins qu'elle coûte, ils se contentent de planter quelques pieds dans leurs cbamps de maïs ou de colon. Or, le tabac est une plante ja- louse, qui veut des soins spéciaux et qui dépérit si on la met en con- tact avec d'autres plantes. Les Indiens ignorent que le tabac gagne en (|ualité quand un le cultive plusieurs années de suite dans le même terrain, pourvu, bien entendu, qu'on ne pousse pas le retour de la plante jusqu'à l'épuisement du sol\ Ils abandonnent généralement la culture d'un d'Oaxaca y font plus do mal que de bien. La plupart sont des émigrés espagnols, — asiuriens ou galiciens, — prescpie aussi ignorants et plus grossiers que les Indiens qu'ils exploitent. L'épicier {tendcro), « l'homme de raison » du village, débite le plus qu'il peu! sa mauvaise eaii-de-vie de canne, encourage l'ivrognerie et achète^ — sou- vent à faux, poids et toujours à vil prix, — les produits indigènes, coton, cacao, caout- chouc ou tabac, .l'ai vu payer fr. 13 c. (la livre) le coton d'un Indien. 1. Ce fait, prouvé cependant et reconnu exact par tous les hommes compétents (par M. de Candolle entre auties), a été nié récemment par M. Lacliaume, horticulteur cubain, dans un article de journal qui a été communiqué olliciellement au ministère mexicain et reproduit par plusieurs journaux du Mexique. (I No dobe ", dit M. Lachaumo, « cuUivarse el tabaco sucesivamente en el niismo « terreno ». Gela peut être vrai aujourd'hui dans la Vuella-Abajo où le sol ruiné a besoin d'un repos qui devrait être non pas seulement d'une annce sur doux, mais au moins de douze années consécutives. La théorie de M. Lachaume n'en est pas moins en contra- diction avec la brillante histoire de cette même Vuella-Abajo où la qualité du tabac a crû pendant longtemps, bien que les récoltes s'y succédassent sans interruption. V.n Virginie, où la couche végétale est plus profonde qu'à Cuba et où l'on a moins négligé 398 ANNALKS DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. champ après deux ou trois récoltes et vont défriclier un coin de la forêt voisine, croyant y récolter davantage. J'ai dit plus haut quels étaient les inconvénients du tahac tahas- qucno qu'on cultive dans les États de Tabasco et de Vera-Cruz. Les Indiens de l'État d'Oajaca ne connaissent ni le tabasqueno ni le ha- vane. Ils plantent et ont toujours planté une seule espèce, dite tahac de la sierra ou tabac indien, plante grêle, dégénérée, à côte et à veines épaisses*. Ils ignorent les procédés de culture les plus élémentaires; par exemple, ils ne connaissent pas le buttage, si nécessaire à tant de plantes et au tabac plus qu'à aucune autres de rendre à la terre, sous forme de composts et d'engrais de ferme, ce que le tabac lui prenait, on plante chaque année avec succès, depuis 181-4, du tabac dans les mêmes terres. 1. Les espèces, — plantes comme animaux, — dégénèrent vite. En France, on prend soin de ne jamais semer dans un département où Ton cultive le tabac, les graines récoltées dans ce département. On l'ait plus. On s'est engagé dans la voie qu'à montrée Darwin. On cherche à amé- liorer les espèces par la sélection et par les croisements. Sélection : On choisit pour porte-graine, dans un champ de tabac, les pieds sans défauts et on les laisse pousser et fleurir librement sans leur enlever une feuille ; on sème leurs graines, et, parmi les sujets produits par ces graines, on choisit encore, et l'on fait successivement un troisième et un quatrième choix parmi les plantes issues du second et du troisième tringe. On est arrivé par ce moven à fixer des espèces hybrides très belles. Croisement : On veut croiser, je suppose, le tabac havanais et le tabac de Tabasco. Par une fente longitudinale pratiquée au moyen d'un canif, on entr'ouvre le bouton de fleur d'un tabasqueno. On enlève de ce bouton les organes mâles (les cinq anthères) et on le laisse, ainsi castré, s'épanouir en fleur. Quand l'organe femelle de cette fleur sera luisant et prêt à recevoir le pollen, on le caressera, comme avec un pinceau, du bout d'anthères prises à la fleur d'un havanais. Les graines qu'on obtiendra produiront un hybride tabesquefio-havanais. 2. Le buttage assainit le sol ; c'est une sorte de drainage à ciel ouvert. 11 est, en outre, utile au développement de la plante. Voici pourquoi : Dans les derniers temps de la croissance du tabac, sa racine principale durcit et devient ligneuse. En cet état, quelque longue qu'elle soit, elle ne peut i)lus prendre au sol et transmettre à la tige les sucs et l'humidité nécessaires à la nourriture du sujet. C'est alors que l'utilité du buttage se fait sentir. Du col de la racine principale, de fines racines adventives, — du chevelu, comme on dit, — poussent dans la butte, dans la terre meuble qu'on a pris soin d'amasser autour du pied de la plante, et c'est ce chevelu, et non plus la grosse racine, qui désormais se chargera d'alimenter la tige. C'est de la butte que sortent les rejetons qu'on appelle ii Cuba mamones, parce LE TABAC MEXICAIN. 399 Ils n'ébourgeonneiiL pas la plante. Ils la laissent grandir comme elle peut, et pousser, comme il lui [)laît, tics rameaux secondaires, des hljos, comme on dit à Cuba, se couvrii* de 28 ou 30 feuilles entre lesquelles se diviseront l'arôme et la force que la plante peut produire et qu'il aurait fallu concentrer dans 12 -ou 16 feuilles au plus. L'Indien se contente de casser le boulon qui sera la fleur. Les nombreuses feuilles qu'il récolte sont maigres, étroites, sans qualité, sans solidité cl ne fournissent que de la tripe. A Cuba, on ne laiss(! à la plante que 8 feuilles, 12 au plus, dans les terrains les plus fei'tiles'. Dans les bons terroirs de l'Etat d'Oajaca, le sol est si riche et les conditions atmosphériques si favorables qu'on pourrait laisser la plante s'élever plus haut et porter 16 feuilles. Non seulement les 't feuilles de la couronne seraient des capes premières, mais 2 et souvent 4 feuilles de la croix placée sous la couronne auraient reçu, grâce à l'élévation de la plante dans cette région, assez d'air et de lumière, pour être classées, elles aussi, parmi les meilleures capes. L'époque de la récolte venue, les Indiens coupent le tabac troj» vert, généralement. Ils se fient à l'apparence — aux feuihes retom- bantes, aux marbrures, etc., — et l'apparence trompe souvent. C'est au tact seulement qu'il faut se fier. Le bon cultivateur est assez exercé pour sentir le f/rain de la feuille avec ses doigts et pour re- connaître, au toucher, si son tabac est tierno, hecho, entrehecho y inaduro, niaduro ou paaado maduro. Dans les terrains légers de qu'ils tettent la racine-mère. Quand la lige principale aura été coupée, ces rejetons donneront des feuilles souvent très fines, — plus fines que les feuilles de la première coupe, — des feuilles qui fournissent quelquefois d'excellentes capes pour des cigares de petites dimensions. C'est ainsi que les cigares dits bouquets, à la Havane, ont i our capes des feuilles de mumones. On butte les rejetons à leur tour. A leur tour, les rejetons deviennent plantes-mères. On coupe et l'on butte successivement jusqu'à six repousses, quand la terre est dune fertilité exceptionnelle. La première repousse seule peut donner des feuilles de capes ; les autres repousses donnent de la tripe. 1. En ébourgeonnant, on réserve les feuilles de la tige principale par bouquets de quatre feuilles en croix. La croix supérieure, qui seule, à Cuba, donne de bonnes capes, s'appelle la couronne ou la coupe (corona ou copa). 400 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONO MIQUb:. l'Etat (l'Oajacca, il fandrail couper le tabac enlrehecho y maduro, et les Indiens le coupent heclio et souvent même iierno^ De plus, ils le coupent mal. Au lieu de séparer les feuilles de la tige par couples {mcmciiernas) et de disposer ces couples sur des perches, comme 'on fait à Cuba, ils abattent la plante comme ils feraient d'un arbre et la suspendent, la tête en bas, sous le séchoir. C'est le mode usité en Virginie pour faire sécher le tabac destiné aux priseurs. Les feuilles restant attachées à la tige s'imprègnent d'un surcroît de nicotine. 11 arrive môme souvent que la végétation delà plante continue pendant rpielques jours et trouble la dessiccation. On procède, après le séchage, à l'opération de la mise sous presse, ou pilon. Les cultivateurs mexicains soumettent les feuilles à cette opération sans attendre que les côtes soient parfaitement sèches 5 une partie de l'eau de végétation ne s'étant pas encore évaporée, la fermentation est trop vive^ Quand le tabac a passé par le jiUon, on procède, à Cuba, au choix et à la classification des feuilles. 1. Dans les terrains calcaires ou argileux, à Orizaba, par exemple, il faudrait couper le tabac lorsqu'il est passado maduro. 2. A Cuba, quand la dessiccation est complète, quand les côtes des feuilles ont pris la consistance et la dureté du bois, on dispose, sous le séchoir, des planches sur des tréteaux; on les recouvre de paille de riz ou de toute autre bonne litière et Toii f;iit les piles en plaçant les feuilles de tabac par l'angs, les p)intes se touchant. Les piles représentent 40 à 50 arrobes de tabac. Les poids qu'on leur fait supporter sont de 20 arrobes environ. Le tabac reste au pilou pendant 20, 30 et souvent même 40 jours, selon la force de la chaleur qui se développe au centre de la pile. Cette chaleur ne doit pas être inférieure à 15 degrés Uéaumur, ni dépasser 25 degrés. On se rend compte de ses variations au moyen d'un thermomètre; les coseclieros la jugent en enfonçant la main jusqu'au centre de la pile. Si la chaleur devient trop forte, on diminue la charge. On l'augmente au contraire si la fermentation n'est piis assez active. Un excès de chaleur ferait perdre au tabac une partie de son poids et pourrait même nuire à sa qualité, le rendre ardido. Le tabac qui, pendant la période de la dessiccation, a souffert d'un excès d'humidité atmosphérique, ne peut subir que quelques jours de pilon. hc pilon, — la première des trois fermentations par lesquelles les feuilles doivent passer avant d'être transformées en cigares, — le pilon ne fait perdre au tabac que 3 p. 100 seulement de l'excès de nicotine dont les deux autres fernu^ntations doivent le débarrasser. Cette opération sert surtout à donner aux feuilles de la flexibilité el de la condilion. LE TABAC MEXICAIN. 401 On met à part les grandes feuilles sans dérauts' : celles-là forme- ronl la classe dite i-5 et serviront à faire les capes des grands re- (jali/ts {excepcionales , impériales, cazculorcs, etc.). Les feuilles, également parfaites mais plus petites et plus minces, forment la classe dite 5-7. Elles fourniront les capes des regalias de dimension moyenne, jusques et y compris les britannicas\ La classe 8 et la classe 9, composées de bonnes feuilles qui ont ([liolques défauts, fourniront des capes pour les cigares courants {bouquets, conchas, etc.). Les bonnes feuilles de mamones ou se- conde pousse (voir page 398, note 2) rentrent dans la classe 9. On assimile aussi à cette classe le guebraclo n" i, c'est-à-dire les grandes feuilles sans défaut qui ont été cassées pendant la récolte et qui ce- pendant peuvent fournir au moins une cape^ La classe 1i-13 et le quehrado n° 2 fournissent la première enve- loppe du cigare ou morron et la tripe. Le classement des feuilles terminé, on forme les ffcivilas en grou- j)ant la classe i-5 par bouquets de 25 feuilles, la classe 5-7 par bou- (|uets de 30 feuilles, la classe 8 par 35 feuilles, la classe 9 par 40 cl, pour le reste, en réunissant à peu près ce que la main peut con- tenir, c'est-à-dire jusqu'à 60 feuilles\ 4 (javilas d'une même classe forment un manojo\ h \. Celles qui n'ont ni déchirures, ni trous faits par les insectes, ni taches, et dont la couleur est uniforme. :. Lorsqu'on veut juger de la valeur d'une marque de cigares, il faut fumer un brtlannicu de cette marque. Fabi'iqué avec le moins bon des tabacs lins et le meilleur des tabacs courants, placé entre la 7" et la 8^ classe, le britannica vous fait con- naître la moyenne des achats du fabricant, il donne la clef de la fabrication. Les bri- hmnicus valent, ii la Havane, de S 75 à S Sô le mille. Ceux d'Uppraan, les plus chers de tous, valent $ 'Jô. o. Les feuilles de qucbrado n" 1 sont généralement fortes et aromatiques, parci- (jue les meilleures feuilles de la couronne, les plus mûres, se cassent facilement pen- dant la récjlte. C'est le (/uebrado 71" 1 qui fournit les capes des brevas. ■1. A Cuba, on lie la (jacHu avec une feuille de 9" classe. En France et aux Klats- Unis, la feuille de liage doit appartenir à la même classe que les feuilles qui composent la gavila. h. On lie le manojo avec un ruban d'écorce de inajagua. La niajagua s'appelle, dans l'État dOajuca, Jonotc. Le jonole est une sorte d'aulne commun dans le pays. Les filaments de son écorce sont très souples et très solides. A.N.N. SCIENCE AGROX. — 1S87. — I. 26 402 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. 80 maiiojos d'une même classe l'ojMTieiit un terclo, une balle'. Ce classement, si mélliocli(|ue et qui rend si marchand le tabac cubain, est inconnu au Mexiijuc, où l'on se contente de faire deux lois : les capes et les tripes, et de mettre à part les capes exception- nellement belles, quand il y en a. On ne pourra jamais accréditer les tabacs mexicains près des con- sommaleurs étrangers si l'on s'obstine à ne pas les classer. Eh ! que dirait-on d'un fabricant qui n'offrirait à ses clients que deux types de cigares, — les bons et les mauvais? Mais la plus grosse faute qui soit commise par les cultivateurs mexicains, celle qui, plus que toutes les autres, empêche le tabac du pays de prendre rang parmi les plus appréciés et les plus chers du monde, la faute qu'il est surtout important de corriger, la voici : On ne bénéficie pas le tabac, au Mexique. On ne le soumet pas à la fermentation du helun qui a été, pendant trente ans, le grand se- cret des Cubains, la cause principale du succès des tabacs havanais. Le betun ou blandura est à la fois un ferment et un préservatif contre les fermentations putrides. Sous son action, il se produit dans les feuilles du tabac des fermentations maliques et lactiques, encore peu connues, à la suite descpielles : 1" l'excès de nicotine diminue de 40 p. 100; 2° l'arôme, dont le tabac brut contient le principe à l'état latent, se dégage et est mis en pleine valeur. « Sans la fer- <' mentatioii particulière obtenue par les procédés cubains, le cru «' le plus renommé n'a ni goût ni arôme et reste détestable à « fumer'". » En France, les ingénieurs de la régie, dans le but de faire dispa- raître l'excès de nicotine, « traitent le tabac par des torréfactions, « des macérations, des lavages, etc., qui diminuent bien la force, t mais qui diminuent bien plus encore la qualité des feuilles ^ » Au Mexique, après l'opération du pilon et le triage sommaire dont j'ai parlé, on abandonne le tabac à la nature. On l'emballe grossière- ment dans des paillassons {pétales) qui laissent pénétrer l'air, et les vents du Nord, si fréquents sur la côte durant l'hiver, se chargent 1. Le tabac se vend à Cuba, non au poiils, comme au .Mi;xique, mais au lercio. 2. Le Monopole des tabacs. Urgence d'une enquête patiementa/re. — Paris, 188?. 3. 1(1. iOid., V, p. 36. LE TABAC MEXICAIN. 403 de diminuer à la fois la force et l'arôme des feuilles. L'aromc que ces vents ne peuvent épuiser est justement l'arôme qui n'a pas été dégagé, faute de betun, celui qui, par conséquent, est perdu pour le fumeur et pour la réputation du cru. Le betîin, blandura ou vin de tabac, se prépare quelquefois avec des feuilles de quebrado n° i, mais plus souvent avec des fragments secs delà tige de la plante, parce que la tige renferme certains sels qui manquent aux feuilles, le chlorure de potassium, entre autres, si utile à la bonne combustion du cigare. On met ces débris de feuilles ou ces fragments de tige dans un vase soigneusement lavé et on les y laisse infuser dans de l'eau pure. Au bout de o ou 4 jours, l'odeur et la sayeiirde l'infusion, du belun, sont très pénétrantes ; sa couleur est celle du bon vin de Xérès. A l'aide d'une éponge fine, on asperge légèrement de betun les feuilles de tabac; après quoi on les empile, on les recouvre et on les laisse fermenter pendant 24 heures. C'est à la suite de cette opération qu'on forme les balles ou tercios. La-fermentation active se ralentit dans les balles et devient très faible, mais elle persiste, et (piand le moment est venu de soumettre les feuilles à la fermentation en baril, — celle qui précède immédialc- ment la fabrication des cigares, — on trouve, en ouvrant les balles, un tabac flexible, solide et aromatique. A Cuba, on emballe le tabac dans des yaguas {\o\v page 390, note 1) élastiques et imperméables. Au Mexique, on l'emballe, comme je l'ai dit plus haut, dans des paillassons. Heureusement, il sera facile d'adopter dans ce dernier pays le mode d'emballage cubain, car les palmas reales,\es arbres kyaguas croissent en grand nombre dans les vallées du Papaloapam et de ses affluents, c'est-à-dire dans le voisinage des futurs grands crus de tabacs mexicains, de la Nouvelle-Vuella-Abajo. Je donne ce nom à certaine région du Mexique, bien qu'il n'existe pas au Mexique un groupe compact de bons terroirs à tabac, ana- logue à la célèbre province cubaine. Non. La Vuella-Abajo conti- nentale, qui semble destinée à remplacer la Vuella-Abajo insulaire dans un avenir prochain, sera formée de crus éparpillés sur un es- pace plus grand que l'ile de Cuba tout entière. Elle se composera 404 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. d'un grand nombre de terroirs plus ou moins l)ons, plus ou moins vastes, séparés les uns des autres par de grande étendues de pâtu- rages, de forêts, de cultures variées ou de montagnes. Il est donc important de découvrir dès à présent et de mettre en valeur les veines de terres à tabac les plus larges, les plus lérliles et les mieux situées sous le double rapport du climat et des transports. J'ai dit rinsufïisance des districts de San-Andrés-Tuxtla et d'Acayu- can. Le Vallc Nacionaln'a que quelques centaines d'hectares propres à la culture du tabac. Sa fameuse « Isleta de la Sepultura », formée par un coude de la rivière de Ghiltepec, et qui passe pour la meil- leure veine de la vallée, n'a qu'une cinquantaine d'hectares d'étendue. il fallait chercher ailleurs. Après avoir parcouru et étudié avec soin la vaste région dont je viens de parler, M. Eugène Schnetz a lixé son choix sur la partie de la vallée du rio Santa-Rosa qui dépend du territoire d'Ojillan el qu'un contrefoil de la grande Sierra sépare du Valle Nacional. Avant d'avoir étudié le sol de la vallée de Santa-Rosa, M. Schnet/ était persuadé qu'un devait trouver, dans ces parages, de bons ter- lains à tabac. D'abord, le tabac des Indiens d'Ojitlan jouissait à Vera-Cruz d'une réputation au moins égale à celui du Valle Nacional et M. Sclmelz y reconnaissait les germes de grandes qualités dont la mauvaise culture el les mauvais soins que j'ai dits empêchaient seuls le développement. Mais une autre raison, celle-là d'un ordre général et scientifique, lui faisait croire à l'avenir de ce territoire. Si l'on examine la carte du pays, on verra que les trois fleuves dont les vallées produisent les meilleurs tabacs du Mexique, — le Coatzacoalcos, le San-.Tuan etle Papaloapam, — prennent leur source dans le môme massif de montagnes, dans la Sierra d'Oajaca dont les éléments géologiques sont très homogènes. Ces fleuves, par la lente désagrégation des mêmes roches, ont formé des terrains semblables. Dans les trois bassins, on trouve les mêmes alluvions. La Sierra d'Oajaca est formée de grès arénacés, semblables aux grès verts de Fontainebleau, et de roches schisteuses. Les eaux, en désagrégeant ces grès et ces schistes, ont entraîné un mélange de LE TABAC MEXICAIN. 405 sable et d'argile (jui s'est déposé, selon un mode régulier, le long des rives des cours d'eau. Il suffît, pour se rendre compte de ce mod(>,de dissoudre dans un verre d'eau quelques pincées de terre argilo-siliceuse : le sable ira tout d'abord au fond (\u verie et Targile restera quel([ue temps en- core en suspension dans l'eau. De même, au temps des crues, le sable du mélange s'est déposé au fond des vallées qu'il a peu à peu exliaus- sées et dont l'argile a formé les revers. Dès qu'on s'éloigne des rives des cours d'eau et (pi'on marcbe vers les coteaux, on trouve un sol où l'argile domine, sol très propre à la culture du café, de la canne à sucre, etc., mais 'très mauvais pom* le tabac qui ne se plaît que dans les terrains meubles et perméables'. Je ne prétends pas dire que les rives des trois lleuves et de leurs affluents soient, sur toute leur longueur, propres à la culture du ta- bac. Loin de là. Les points où le sable s'est déposé enretenant seule- ment une faible proportion d'argile et les sels de fer et de potasse que contenaient les grès, et en acquérant, par la suite des temps, l'bumus végétal nécessaire à la fertilité du sol, ces [)oints sont rares. H faut d'ailleurs, pour que les conditions de leur mise en culture soient bonnes, qu'ils puissent être mis, sans trop de grosses dé- penses, en communication avec le golfe du Mexique par la navigation à vapeur. Il faut encore qu'une montagne isolée ou quelque contre- fort de la Sierra y protège les cultures contre les vents du Nord. Les rives du Santa-Rosa près de son confluent avec le Santo-Do- mingo- réunissent toujours ces conditions de succès. De ricbes allu- 1. Le même fait géologi(iue s'est produit (hins la Vueltu-Abajo de Cuba. La mer, qui a jadis envahi ce pays par le Aord, y a disséminé des blocs de grès qu'on retrouve parfois intacts et jusque dans les environs de Pinur-del-Rio, c'est-à-dire dans cette partie pauvre de la Vuelta-Abajo qu'on appelle la Savane. Ces blocs, en se désagré- geant, ont formé la couche de sable de 0'",20 à 0'",2G d'épaisseur qui revêt les bons terroirs à tabac du pays. Entre cette couche végétale et la roche de calcaire tertiaire qui sert d'assises à l'île s'étend une couche d'argile imperméable de 2 métrés d'épaisseur environ. C'est exactement la même formation qu'à Santa-Rosa, mais l'on s'explique comment les eaux de pluie, n'ayant à traverser qu'une couche végétale si mince et s'écoulant par conséquent très vile, les principes feililisants et les sels de potasse aient été entraînés à la longue et que l'aridité se soit produite. 2. Le Santo-Domingo, après avoir reçu les eaux du Santa-Rosa, prend le nom de Papaloapam. 406 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. viens recouvrent plusieurs lieues carrées de terrain le long de la ri- vière, — tantôt resserrées par les tei'res argileuses, tantôt s'épa- nouissant et formant des plaines étendues. Au ranclio où s'est installé M. Sclinetz, et (ju'on appelle Sanla- Rosa, la largeur moyenne des terrains siliceux est d'environ 400 mètres et l'épaisseur de la couche varie entre 2 et 4 mètres. C'est un sable rose, ou plutôt couleur lahac de la Havane, de cette couleur que les Cubains appellent mulalla et qu'ils apprécient tant. La profondeur de la couche végétale et le sous-sol d'argile imper- méable sur lequel elle repose permettent à ce sol, si substantiel et si meuble, de ne garder des pluies que delà fraîcheur sans humidité. On peut imaginer quelle vigueur la végétation doit puiser dans ce « terreau de jardinier », arrosé pendant dix mois de l'année par de fréquentes averses, humecté pendant les deux autres mois par des ro- sées abondantes et toujours chauffé par le puissant soleil du 18^ degré. La grêle qui cause en Europe et aux États-Unis de si grands dé- gâts dans les plantations de labac et contre laquelle on ne s'assure en ces pays qu'au prix de 6 p. 400 de la future récolte, la grêle ne tombe jamais dans la vallée pendant l'hiver, c'est-à-dire pendant l'époque de la culture du tabac. J'ai déjà dit que le régime des pluies en ces parages différait du régime des pluies à Cuba^ 1. On a adopté le tableau suivant des nombres moyens de jours de pluie à Cuba JOUKS MOIS. ds pluie. Janvier 4 Février 5 Mars 2 Avril 9 Mai 12 Juin 9 Juillet 13 ■ AoûL. 12 Septembre 16 Octobi-e 12 Novembre 5 Décembre 2 Total TÔT 1074""", 08. LE TABAC MKXICAIN. ' 407 A Santa-Uosa, on n'a, jusqu'à présent, que des données assez vagues sur les moyennes almospliériqucs, [)uisque M. Schnelz est le premier planteur qui se soit occupé de l'étude du climat du pays et que ses observations n'ont pu porter encore que sur un i)elit nombre de mois. Il est certain que les pluies y sont plus fréquentes qu'à Cuba pendant une partie de la saison sèche, en décembre, janvier et février. La profondeur exceptionnelle et la perméabilité du sol permettent au tabac d'y supporter un arrosage qui lui nuirait sans doute ailleurs. Le régime des 'pluies, spécial à cette partie de l'Etat d'Oajaca et à l'État de Tabasco, semble anormal sous les tropiques. Il faut, pour s'expliquer ce phénomène, observer la carte de l'Amérique du Nord. On nomme « vagues froides » — cold waves — aux Etats-Unis, les brusques abaissements de température qui se produisent pendant l'hiver, d'une façon intermittente mais fréquente, dans les hautes ré- gions de la Colombie anglaise. Ces « vagues » descendent la vallée du Mississipi, traversent le golfe du Mexique et balayent les vastes plaines de l'État de Vera-Cruz. Elles sont arrêtées dans leur course vers le Sud par les premiers contreforts de la grande Cordillère qui porte, à cette hauteur, le nom de Sierra d'Oajaca. Repoussées vers l'Est, elles longent ces rampes, ce long mur (rcncointe de l'Etat d'Oajaca et elles vont dessécher la i)resqu'ile du Yucatan'. Mais leui- passage a sufTi pour abaisser la température de l'autre côté du mur et pour y condenser des vapeurs. Aussi, pendant les deux ou ti'ois jours qui suivent l'annonce d'une a vague froide », d'un Nord, à Vera- Cruz, des averses tièdes et abondantes tombent-elles sur les vallées du haut Papaloapam et des ses alïluents. Ce phénomène a frappé le savant naturaliste allemand Grisebach, qui, dans son ouvrage la Végétation du globe, a consacré un chapitre au climat particulier de la région qui nous occupe : « Au sud de Vera-Cruz, — dit-il, — dès les premières rampes qui « servent de limites à l'État d'Oajaca, le climat se modifie d'une fa- v çon très remarquable. La terre tempérée s'abaisse en ces parages 1. Le Yucalan est une savane aride et sans végélation. Ce n'est que près du littoral qu'on trouve quelques forêts de Ilemaloxijlon (bois de caaipéche) et encore la plus grande partie du bois de campôche qui s'exporte en iilurope et aux États-Unis vient- elle des États de Vera-Cruz, d'Oajaca et de Tabasco. 408 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. « jusqu'à la tciTe chaude. La température ti'Oi)icale s'y trouve eu « contact avec des pluies réparties sur une période très longue, « avantage particulier à cette région et qu'on ne trouve en aucun « autre pays intertropical... C'est là seulement, sous ces latiludes, « qu'on peut admirer les magnificences de la végétation du Brésil, « les proportions grandioses de la flore équatoriale. « A l'ombre des lauriers, des tamariniers et de nombreuses es- « pèces de palmiers^ végètent une multitude de lianes vigoureuses'", « d'épiphytes, d'aroïdées à grandes feuilles, de jiipéracées, d'orcbi- « décs% etc. » Cette végétation exubérante rend assez diflicile le défrichement de la forêt vierge dans In vallée du Santa-Rosn. Heureusement, les rives des cours d'eau ont été presque partout défrichées par les In- diens qui n'ont guère, pour aller vendre leurs produits, d'autres routes que les « chemins qui marchent ». Les gens des villages voisins ont cultivé, à différentes époques, presque tous les terrains qui bordent les rios Santo-Domingo et Sanla-Rosa. Voici comment : Un hidien quitte un beau jour son village, Ojitlan, Lxcallan, ou Usila; il descend vers la rivière la plus voisine, et, sans titres de propriété, sans autres raisons que son caprice, il choisit un coin de forêt, le défriche et construit un rancho. Il sème un peu de coton et lie tabac qu'il vendra, un peu de maïs pour sa nourriture ; il fait deux ou trois récoltes, puis il retourne à son village. Les souches, qu'il ne s'est pas donné la peine d'arracher, repoussent bientôt et font 1. M. Gi'isebacli eût pu ajouter aux lauriers et aux tamariniers liien d'autres arbres qu'on trouve dans cette région, entre autres: des sapotacées (mameyers, sapoliersl, des urticacces (mûriers de teinture uu moriiis), des lércbintliacées (pruniers d'Amc- l'ique, manguiers, copals), des ébénacoes léhène, s;ipoLier noir, guayacum ou bois saint), des iaurinacées (entre autres, notre avocatier des Antilles), des légumineuses arborescentes (bambou, granadillo, bois de fer, bois de rose, bois tigré ou gateado), des bornbacées (ceibai, des aiionacées (chirimoïa), des myilhacées (le Psijdhan uro- inaticum qui est le mûrier du ver à soie sylvestre, le poivrier de Tabasco, etc.), des aurantiacées (oranger, citronnier, limonier), des cédrelaeées (cèdre, acajou), des euphorbiacées (caoutcbouc), des byttnériacées (cacao), etc. 2. Entre autres, la liane qui (ournit la salsepareille, — le Smilax officinalis. 3. Entre antres, la vanille. M. firisebach ajoute (|u'on ne trouve autant d'orchidées en aucun autre lieu du monde, sauf sur le mont Kbaria, dans l'Inde anglaise. LK TABAC MEXICAIN. 409 laillis, le i-nnflio est envalii pai' les plantes grimpantes, et, dans les clairières (]n taillis, une abondante végétation herbacée prend pos- session du délVicbenienI (pi'onne distingue, an bout d'un an oudeux, du reste de la Foret, (jn'à l'absence de gros arbres et à la présence de quelques gronpes de bananiers et d'ananas abandonnés. Ces défrichements sont faciles à reprendre et. leur remise en cul- ture coûte peu. Même quand leur abandon date de cinq et six années, la hache y est rarement nécessaire, le machele suffît, Les troncs s'extirpent sans eifort du sol dans les parties sablonneuses. M. Schnctz a été surpris de la rapidité avec laquelle ses escouades d'Indiens ont Iransformé en plaine de culture une centaine d'hectares d'anciens défrichements. Au mois d'août dernier, avant de prendre possession des terrains (le Sanla-Rosa, M. Schnetz avait remis à M.Daniel Lévy, son bailleur de fonds et son associé, un devis approximatif des dépenses à faire pendant la première année de culture. N'ayant, comme tout le monde, que des renseignements contradic- toires et des données vagues sur le prix de revient de toutes choses dans celte partie peu connue du Mexique, il avait simplement élalili les prix d'une entreprise semblable dans la Viielta-Ahajo de Cuba. Tout étanlfort cher à Cidia, il était probable que le capital nécessaire à une culture cubaine suffirait à une culture mexicaine d'égale im- portance. Je cite : Labours. Pour les labours, on compte, à Cuba, une paire de bœufs par crt- halleria (de 12 hectares environ). Cette paire de bœufs est estimée >120, — soit 50 fr. à l'hectare. Pour l'achat de charrues et autres instruments agricoles, on peiU prévoir une dépense à peu près égale à la précédente. Ces acquisitions ne sont à renouveler qu'après une période de cinq ans d'usage. Séchoirs. Pour cin(i ou six hectares, il faut un bâtiment évalué à Cuba S 1200, soit par hectare iOOO fr. 410 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Cette dépense sera considérablement réduite, ajoutait M. Schnetz, si l'on trouve sur place les bois de cbarpente comme il y a lieu d'v compter. Les séchoirs de Cuba durent 15 ans an moins. Transports. Dans la Vuelta-Ahajo, ou a besoin |)oar les transports de A che- vaux ou mules par caballcria, soit une bête de somme valant S1i;!0 pour 3 hectares, ou 200 fr. par hectare ; mais cette dépense peul être réduite si l'on établit des chemins accessibles aux charrettes; elle se répartit d'ailleurs sur une période de 10 ans. Les frais, à Cuba, par hectare de tabac, sont donc : Dépense première. Bœufs et instruments 100 fr. Séchoirs 1000 Moyens de transports et de communiciition 200 Par hectare 1300 fr. Frais annuels. Intérêt à G p. 100 de 1300 fr 78 fr. Amorlissemcnt de la valeur du matériel. 1/5 sur 100 fr 20 fr. j 1/15 sur 1000 fr 6G '. lOG 1/10 sur 200 fr 20 ' Main-d'œuvre 855 Tar hectare 1031) fr. ' Au sujet de la main-d'œuvre, M. Schnetz entrait dans quelques dé- tails. Il disait : « A Cuba, un travailleur blanc, intéressé à la culture, peut soi- 1. Pour avoir le total exact des frais annuels d'un hectare de tabac dans la Vaellu- Abajo, il faudrait ajouter à cette somme de 1039 fr. : 1° Environ 300 fr. de guano ; 2» La rente de la terre \ 3'^ Les impôts. A Santa-i'.osa, la rente de la terre et les impôts sont :i peu prés nuls. J'ajoute <\\u' les droits d'exportation sur les tabacs, si lourds à Cuba, n'existent pas au Mexique LE TABAC MEXICAIN. 411 « gner jusqu'à 20000 et 25000 pieds de labac, soit un hectare au plus. (' Il ne faut pas chercher à atteindre ce chiffre au Mexique dans les <' premières années, car si le tabac n'est pas minutieusement soigné (' par le planteur, il ne rapporte que des mécomptes. D'autre part, « il faudra probablement planter plus de 25000 |)ieds à l'hectare, « parce que les terrains seront vierges. Pour ces motifs, il est pru- (v dent de ne pas prévoir plus de 415 et môme 8/4 d'hectare par (( homme. En Europe, où l'on n'a aucune idée de la grande culture « du tabac, il ne faut pas moins de 6 à 7 personnes par hectare. « A Cuba, où la vie est plus clièrc que partout ailleurs, un jour- « nalier gagne $25 par mois, soit par an $300 ou 1,500 fr. « On n'aura pas besoin d'engrais pendant 15 ou 20 ans, si toute- (( fois, comme il y a lieu de le croire, le sol ne manque pas de sels « de potasse. « Ce chiffre de'l,039fr. à l'hectare est la limite extrême de la (( dépense annuelle possible pour la culture d'un hectare auMexique. (k En effet, après une première récolte, tous les frais iront en diini- « nuant, ceux de main-d'œuvre notamment ; une fois au courant des « travaux, chaque colon devra se charger d'un hectare de culture « et le salaire annuel se réduira alors à 685 fr. par hectare. J'ajoub; « que le tabac n'occupe réellement les ouvriers que pendant 8 à « mois de l'année. » Quand il calculait ainsi le prix de la main-d'œuvre au Mexique d'après les prix de Cuba, M. Sclmetz n'était pas certain qu'on pût tirer parti, dans une grande culture de tabac, du paysan mexicain, c'est-à-dire de l'Indien. Il supposait que la première condition de succès d'une entreprise de ce genre était l'importation d'ouvriers étrangers. Il a pu constater cette année que le travail indigène, quand il est bien dirigé, peut satisfaire aux besoins d'une grande exploitation. Dans ses prévisions de frais de main-d'œuvre, il comptait qu'un ouvrier étranger, payé $ 1 par jour, cultiverait 3/4 d'hectare, ce qui ferait, pour frais de main-d'œuvre à l'hectare, 855 fr. Or, les ou- vriers indigènes sont venus s'offrir de tous les villages éloignés de 15 et 17 lieues. Ils ont montré presque tous beaucoup de bonne volonté et d'intelligence, mais leur mauvais outillage et lenrinexpé- 412 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. lience des procédés de culture dont M. Sclinetz exigeait l'application les ont empêchés de cultiver chacun 3/4 d'hectare. 11 a fallu compter cette année un demi-hectare seulement par homme. Il est vrai que le salaire d'un homme à Santa-Rosa n'est pas de 5 fr. comme à Cuha, mni^; do 2 fr. 'riO '. En sonnne, il a été dépensé celte année 990 iV. par hectare pour la main-d'œuvre, au lieu de 855 fr. (pi'on eût dépensés à Cuha. Mais, dès l'an prochain, une forte économie sera réalisée sur ce chapitre par le remplacement de l'incommode chaguasllc' indien et l'emploi de la (jualaca ou hinette cuhaine, et par la formation de bonnes équipes d'ouvriers indigènes, déjà au courant des travaux. Les dépenses de main-d'œuvre sont les seules qui aient excédé les dépenses qu'on eût eu à faire à Cuba. D'abord, il n'y a pas eu besoin de labours. Le cJiaguasUe, tout [jiimitif qu'il esl, a suffi à la préparation de ce sol si meuble et aux laçons à donner au tabac. Les 100 fr, par hectare prévus pour les bœufs et les charrues ont donc été économisés. On s'est contenté d'acheter quelques haches, couteaux, et instruments du pays et l'on n'a fait au chapitre « matériel agricole » qu'une dépense d'environ 1:^ U: par hectare. Au chapitre si important des séchoirs, tout en prévoyant que les hangars coûteraient moins cher que dans la Vuelta-Abajo, où les bois de charpente, les liens et les perches sont deveims rares, il était difiîcilc de prévoir que la différence de prix serait aussi grande. En réalité, un séchoir de 16 vares de largeur sur 25 vares de longueur et 5 vares de hauteur, qui coûterait S 1200 à Cuba, ne coûte pas $40 à Santa-Rosa ^ Il est vrai que ces hangars écono- miques ne dureront pas 15 ans comme ceux de Cuba, mais ils seront 1. En rt^alité, il est de 1 fr. iO ; mais la Compagnie des Tabacs mexicains ;i cru devoir le porter à 2 fr. 20 de son propre mouvement. 2. Le cha/juasi/e est une lame évasée, à long manche. 3. 12 journées de S hommes à l réaux, tant pour la coupe et le transport des bois, lianes et palmes que pour les travaux de charpente et de couverture, soit 7 2 journées à 2 fr. 20, soit I.jS fr. iO ou environ S iJC. Il s'est renconti'é dans les villages indiens dïijitlan^ d'Ixcatlan et de .laiapa-de-l)iaz, de bons maîtres charpentiers indigènes pour faire exécuter ces travaux selon le plan qui leur a été ren)is. LK TABAC MEXICAIN. 4 1 .'3 encore bons dans 5 ans. J'en ai vu qui, conslruils avec iiioins de soins par les gens d'Ojitlan, servaient depuis 8 ans. M. Schnelz a dû construire plus de hbngars qu'il n'avait prévu, l'abondance de la récolte ayant dépassé toutes les prévisions. On n'a cependant dépensé, de ce chef, que 47 fr. par hectare. Nous sommes loin des 1000 fr. de Cuba. Au chapitre des « transports et communications », il a été fiiit des dépenses assez importantes. On a ouvert dans la forêt un chemin de 7 lieues de long, longeant le rio Santa-Rosa et le Papaloapam, alin de mettre en communication les deux extrémités des terrains de la Compagnie. Ce chemin a coûté $1000 qu'il n'est pas très juste de faire figurer dans le prix de revient des tabacs, auxquels il a été inutile \ Cependant, faisons figurer ces $1,000 au chapitre des transports et ajoutons-y S 300 pour les chemins qu'on a ouverts au- tour de la plantation et qui servent à la circulation et aux coupes de bois. Nous inscrivons pour les chemins une dépense de $ 1300, soit 145 fr. par hectare de tabac. On s'est passé des 12 chevaux ou mules de $120 dont on aurait ou besoin à Cuba. A l'heure où j'écris ce rapport, la récolle est très avancée et l'on n'a eu besoin pour les transports que de 2 bœufs de $30, de 3 mules de $40, d'un grand canoL de $200 et d'une char- rette, soit une dépense d'environ 50 fr. par hectare. On a jugé utile l'établissement d'un magasin (tienda), où l'on vend aux Indiens, au prix coûtant et sans faire sur eux aucun béné- fice, les objets dont ils ont besoin, salaisons, sucre, paillassons, co- lonnades, etc. Ce magasin a coûté $2000, soit une dépense de 220 fr. par hectare de tabac. On a fait venir de Cuba deux contremaîtres dont les frais de voyage et les salaires grèvent chaque hectare de 132 fr. Les voyages des associés et d'autres frais d'ordre général peuvent s'élever à 1)6 fr. par hectare. En résumé, et pour comparer les dépenses de première installa- 1. On n'a fait cette année de plantation importante que sur un seul point des ter- rains, à Santa-Rosa, où les ouvriers viennent pur d'autres clieniins que celui dont il est question. Le tabac sera expédié par eau à Vera-Gruz. On organisera, cette année inéme, la navigation à vapeur de Santa-Uosa à la mer. 414 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. lion qu'on a dû faire à Santa— Uosa à celles qu'on aurait eu à faire à Cuba, on obtient les tableaux suivants : Frais d'installation à Cuba. il'ar hectare de tabac). Bœufs de labour et instruments agricoles 100 fr, Séclioirs 1000 Routes et matériel de transport 200 Total 1300 fr. Frais d'installation à Santa-Rosa. {Par hectare de tabac] Instruments agricoles Séchoirs Routes Matériel de transport Établissement d'un magasin Contremaîtres cubains Voyages, etc Total 672 fr. Quant aux frais annuels, ils peuvent s'établir ainsi : A Cuba (par hectare.) Intérêt à G p. 100 de 1300 fr 78 fr. Amortissement de la valeur du' matériel lOG Main-d'œuvre 805 Guano et autres engrais ."JOG Rente do la terre Mémoire. Impôts Mémoire. 12 fr 47 145 50 220 132 66 Total. .• 1339 fr. A Santa-Rosa (par hectare). Intérêt à G p. 100 (le 672 fr 40 fr. 32 c. Amortissement de la valeur du matériel. 1/5 sur 12 fr 2 fr. 4o c. i 1/5 sur 17 fr G 40 > 28 30 1/10 sur 195 fr 19 50 \ Main-d'œuvre 090 00 Total 1058 fr. 62 c. LE Tabac mexicain. 415 Ces chiffres prouvent que l'établissement et la mise en train d'une culture (le tabacs clans les vallées tlu haut Papaloapam coûtent mohis cher qu'à Cuba. Une telle culture rapporte-t-elle plus qu'à Cuba? Oui, et dès la première année. M. Schnetz, dans la note qu'il avait remise à M. Lévy, s'exprimait ainsi au sujet du rendement probable d'une culture à Cuba : <' Dans la VueUa-Abajo, l'hectare ne rap{)orte en moyenne que '( 10 balles de tabac. On obtiendra certainement davantage dans des a terres nouvelles, car celles de Cuba sont épuisées. On peut ad- « mettre 50 kilogr. comme poids moyen^d'une balle. I^e prix du 'i tabac à la Havane varie entre S 40 et $ 80 selon les crus. » D'où il résulte (ju'un hectare dans la VueUa-Abajo, coûtant ioOO IV. pour frais de première installation et 1339 fr. chaque année, sans compter la rente de la terre et les impôts, donne en moyenne 500 kilogr. de tabac à 6 fr. le kilogr., soit environ :'>000 francs. Or, cette année, à Santa-Rosa, un hectare, coûtant G72 fr. pour liais de première installation et 1058 fr, pour dépenses courantes, donnera 2000 kilogr. ^ de tabac à 5 fr. le kilogr. ^ au moins, soit environ iOOOO francs. il serait juste d'ajouter à cette somme le prix de la récolte de maïs qui suivra celle des tabacs, sans frais pour ainsi dire, puisque ia main-d'o^uvre figure dans le compte des tabacs. 1. La rocolte n'étant pas encore terminée, je ne puis donner qu'un chiffre de ren- (iitment u|iproximatil'. Le chiffre de 2000 kiiogr., probablement inférieur au rendement vrai, est basé sur le nombre des feuilles de tabac et sur leur poids moyen à l'état de dessiccation complète. Dans le département du Nord, en France, on estime le rendement moyen à i SOO kiioijr. par hectare contenant 40000 pieds à S feuilles. En lielgique et en Hol- lande, le rendement de l'hectare atteint 3000 et oJOO kilogr. 2. Nous avons dit que M. Balsa, le plus proche voisin de Santa-Rosa, a vendu, l'an dernier, sa récolte, au prix moyen de 9 fr. 70 c. le kilogramme. Les tabacs de Santa- liosa sont, croyons-nous, supérieurs à ceux du Valle-Sacional, mais il est prudent de supposer qu'on les vendra moins cher et de leur attribuer seulement la valeur de h fr., prix qu'on obtiendrait sur place et sans faire aucune démarche. Les prix des tabacs français, beiges et hollandais varient entre fr. 70 c. et fr. 9G c. pour la première qualité, et fr. 18 c. et fr. :'0 c. pour les qualités inférieures. 41G ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Aux temps prospères de la Viiella-Abnjo, le maïs semé en mai sur les terres à tabac et récolté en août payait les Irais des deux (iilliires. Ce calcul sera à peu près exact cette année, à Santa-Rosa, et le prix de vente du tabac pourra être compté tout entier comme liciiéfice. J'ajoute que les Irais de transport sont moindres à Santa-Rosa qu'à Cuba, Le transport d'une tonne (1000 kilogr.) de la Vuella-Abajo à la Havane coûte en moyenne 200 fr. et le transport d'une tonne de Santa-Rosa à Vera-Cruz ne coûtera pas 100 fr., même si l'on n'améliore pas cette année les moyens de communication actuels. Outre les 40 hectares de tabac que M. Sclmelz a cultivés directe- ment à Santa-Rosa, la Compagnie des Tabacs mexicains s'est assuré la possession de la récolte de plusieurs cultivateurs indiens du voi- sinage, en leur faisant des avances d'argent. La municipalité du piieblo d'Ojillan, sur le territoire duquel est situé Santa-Rosa, a consenti un contrat de ce genre. Elle reçoit, depuis octobre dernier, des versements mensuels équivalant au montant des impôts municipaux', et elle fait travailler les contri- buables, sous forme de prestations, à la culture de vingt hectares lie tabac. La commune d'Ojitlan s'est ainsi assimilée à un habilitado ordinaire. J'ai dit plus haut ce que je pensais de ce mode de relations entre le travail et le capital. Les directeurs de la Compagnie des Tabacs mexicains sont Irop intelligents pour ne pas réformer, dès l'an pro- chain, les conditions de contrats aussi léonins. La Compagnie pourra mettre en vente, en juin, juillet et août pro- chains, environ 125000 kilogr. de tabac, produit tant de sa culture directe que de celle de ses habililados. Il n'y a pas à Cuba plus de dix vegas qui puissent livrer au marché un lot aussi considérable. La vega de Santa-Rosa a donc pris rang-, dès la première année, jiarmi les plantations les plus importantes du monde. R a fallu, pour atteindre du ])reinier coup ce beau résultat, dé- ployé beaucoup d'activité et de talent. 1. A Ojitlan, chaque habitant mâle, âgé de plus de IG ans, est soumis à une capi- tation municipale de 1 réal 1/2, environ fr. 80 c. LE TABAC MEXICAIN. 417 L'obstacle principal à la réussite d'entreprises de ce genre est, au Mexique, le manque de capitaux disponibles. Les capitalisles de Mexico placent presipie tous leur argent surbypotlièques. Quelques- uns se risquent à acheter une grande ferme (liacienda), mais toujours dans le voisinage de la capitale ou dans les Etats situés au nord ou à l'est de Mexico. Ils connaissent fort peu les Etats du Sud et point du tout la région où se trouvent les meilleures terres à tabac. D'ailleurs, la culture du tabac au Mexique est, comme je l'ait dit, sinon nouvelle, du moins à l'état d'enfance. Sans s'arrêter à ces difficultés qu'aggravait encore la crise com- merciale, M. Daniel Lévy s'engagea à fournir le capital nécessaire à la mise en culture immédiate de Santa-Rosa. Il eut en cette afl'aire une confiance inébranlable et communicative, aujourd'hui parfaite- ment justifiée. Le colonel mexicain Miguel Gid y Léon avait apporté à l'associa- tion 16,000 hectares de terrain. On ne devait pas mettre en valeur cette armée la cent-cinquantième partie de la propriété, mais il était bon d'avoir les coudées franches, de pouvoir choisir l'emplacement du premier établissement, d'avoir enfin la possibilité de développer presque indéfiniment les cultures et d'exploiter plus tard les richesses naturelles du pays. Le colonel Cid y Léon apportait d'ailleurs à ses associés non pas seulement ses litres de propriété, mais encore une énergie et une activité peu communes. J'ai dit quel rôle important a joué le troisième associé, M. Eugène Schnetz. J'ajoute qu'il a su prendre, en peu de mois, beaucoup d'influence et d'aulorité morale sur les Indiens des villages voisins. Sans contremaîtres étrangers \ à force de patience et de compétence, il a fait ouvrir les routes, construire les habitations^ et les séchoirs et planter les tabacs qu'il récolle aujourd'hui et qu'il manipule en faisant observer strictement les méthodes cubaines. Les Indiens ont vite reconnu les avantages de ces méthodes. Ils ont, dès le mois de novembre, cherché à imiler, dans leurs cultures particuhères, tout ce qui se fait à Santa-Rosa. Le buttage, l'ébour- 1. Les deux contivinaîtres cuhaiiis ne sont arrivés qu'en février. 2. Les habitations ou runchos du pays se construisent en trois jours, avec des perches, des lianes et des palmes et ne coulent pas dix piastres. A.NX. SCIliNCE A.GUON. 1.SS7. — I. "2 7 418 ANNALES DK LA SCIENCE AGRONOMIQUE. geonnage, le séchage par couples de feuilles les ont surtout frap[)és par les résultais jjresque immédiats que ces procédés ont donnés. La grandeur des leuilles dont beaucoup ont jdus d'un mètre de lon- gueur et plus d'un demi-mètre de largeur les a étonnés cl charmés. M Schnetz leur a distrihué des graines havanaises ; il leur montrera, cet été, comment nn hrné/icic h' labac cl comment on parvient, à l'aide de la science cl de l'expérience, à quadrupler la valeur dos feuilles. La municipalité d'Ojitlan envoie thacs nuits sont toujours fraîches. La température varie entri' lui minimum de 17 degrés centigrades et un maximum de 25 degrés. Llle est donc, en moyenne, plus élevée ([ue celle de Nice de 4 degrés. On peut espérer que, grâce à l'initiative prise par MM. Daniel Lévy, Ciiil y Léon et Schnetz, les ressources de celle belle région du Mexique se développeront rapidement. Daignez, Monsieur le Ministre, agréer l'assurance de mes senti- ments très dévoués et très respectueux. Louis Lejeune. DE LA FERMENTATION ALCOOLIQUE DE LA DEXTIUNE ET DE L'AMIDON PAR LES MUCORS Par MM. U. GAYON et E. DU BOURG La dextrine et l'amidon ne sont pas fermentescibles, c'est-à-dire qu'en présence de la levure de bière, ces corps n'éprouvent pas, même indirectemenl, la fermenlalion alcoolique. Pour qu'ils puis- sent servir à la production de l'alcool, il faut qu'ils soient d'abord saccharifiés. Leur saccharificalion se fait d'ordinaire par l'action des acides étendus ou par le malt ; elle peut aussi s'ellcctuer par des bactéries' ou par des moisissures^; mais on ne connaît pas jusqu'ici de ferment capable, à lui seul, d'opérer à la fois cette hydratation et la transformation du sucre réducteur en alcool. U en résulte que, si Ton ensemence de la levure de bière (Sac- cliaromyces) dans des mélanges de dextrine et de substances fermen- tescibles (maltose ou glucose), celles-ci se transforment seules eu 1. D'après deux notes insérées aux Comptes rendus de l'Académie des sciences (t. XCV, p. 3i.) et 3.)(i ; 18sj), M. V. Marcaiio aurait obtenu la fermentation directe An la fécule par les vibrions. Cette conclusion est inexacte, parce que les cultures faites par l'autour rcnlerniaienL des org;inisnics variés, et que, si les uns étaient des agenis d'hydratation de la i'ccule, les autres étiient des ferments ou levures alcooliques. 2. VLarolium ory:,œ, avec le(|uel les Japonais préparent le Kôji, sécrète un fermenl solubie qui saccharitii' avec énergie rempois d'am.don. (W. Alkinson, Moniteur scien'i- fique, (3). t. XXIV, p. 7; tSSi.) 420 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. acide carbonique et alcool, et la dextrine reste intacte. Le fait a été nettement établi par O'Sullivan pour le moiàt de bière*. 1. Il nous a paru utile de faiie la même constatation à l'aide de \e- \uves pioes, non sur du moût de bière, dont la composition com- plexe'" se prête mal à ce genre d'expériences, mais sur des mé- langes simples de dextrine et de glucose, de dextrme et de maltose. i° Fermentalion d'un mélange de dextrine et de glucose. — Le iO juin, nous ensemençons avec une levure invcrsive une fiole de culture contenant le mélange précédent en dissolution dans de l'eau de levure. L'analyse du liquide, faite à divers moments, pendant la fermen- tation, a donné : GLUCOSE. DKXTKINE. P. iOO. P. 100. Le 10 juin 4.7 2.3 Le 12 juin 2.0 2.3 Le 15 juin 0.8 2.2 Parallèlement à cet essai, nous avons disposé une seconde fiole contenant le même mélange de dextrine et de glucose, mais ense- mencée avec de la levure non inversive. Les résultats de l'analyse ont été : aiiOCOSE. DEXTRINE. P. 100. P. 100. Le 10 juin 4.7 2.3 Le 12 juin 2.7 2.0 Le 15 juin 0.9 2.1 Quelle que soit la nature de la levure employée, on voit que la pro[)ortion de dextrine n'a pas varié, tandis que le glucose a dimi- nué régulièrement pendant la fermentation. 1. Duclaux, Microbiologie, p. 449 et 4GI. 2. Le nioùt de bière renlerme, en dt-hors des matières azotées et minérales, du maltose, de la dextrine, du sucre ciistallisaltle, d'autres hydrates de carbone fermen- tescibles et des hydrates de carbone non fermenlescibles. Gela résulte des travaux de O'Sullivan (l)uclaiix, microbiologie^ p. 4 19) et de Kjeidahl [Itésumé des travaux du laboratoire de Carlsberg, p. lS9). DE LA FERMENTATION ALCOOLIQUE DE LA DEXTRINE. 421 2° Fermentation d'an mélange de dextrine et de maltose. — On obtient facilement un pareil mélange en saccharifiant de l'empois d'amitlon par de l'extrait de malt. Deux essais, faits avec une même levure inversive, dans de l'eau de levure concentrée, ont donné, avant et après la fermentation : II Avant la fermentation. Après la fermentation. AMIDON 1 SA.CCHARIFIE AMIDON- à SACClIAKIFlÉ t = 76". Jlaltose. Dextrine. Maltose. Dextrine. P. 100. P. 100. P. 100. P. 100. 3.7 1.1 5.3 3.9 0.5 1.2 0.2 3.9 Comme dans les mélanges de glucose et de dextrine, ce dernier corps e.st resté inattaqué par les ferments solubles de la levure de bière. II. Si les divers Saccharomyces , inversifs ou non, sont incapables de iixer sur la dextrine et, à fortiori, sur l'amidon, l'eau nécessaire à leur transformation en substances fermentescibles, plusieurs va- riétés de Mucors jouissent au contraire de cette propriété et, en outre, font fermenter les produits de la saccharification. Le Mucor qui, le premier, nous a donné ce double résultat, et que nous avons spécialement étudié, est représenté, sous ses divers aspects, dans la planche -à la fin de ce mémoire. 11 se développe facilement dans la plupart des liquides ordinaires de culture : jus sucrés, eau de levure, liquide Raulin, moûts de bière ou de raisin, etc. Ensemencé dans de l'eau de levure, par exemple, il produit un myréliunn unicellulaire, très ramifié, qui donne naissance en diffé- rents points à des filaments fructifères, dont les principales formes sont dessinées dans les figures 6, 7 et 8 de la planche. Le développement de ces filaments fructifères est facile à observer dans la chambre humide de MM. Van Ticghem et Le Monnier'. On 1. Recherches sur les Mucorinées [Annales des Sciences naturelles, -â* série, Botanique, t. XVII; 1873). 422 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. voit d'abord pousser hors du liquid(^ nulrilif une tige droite, ({iii se retourne bientôt en crosse, se renfle à son extrémité et donne naissance à un sjiorange de forme spbérique (fii-. i); puis, en moins de 24 heures, la tige précédente se ramilie en un point de sa cour- bure (il fournil une branclie se- condaire qui s'incurve à son toui", mais du côté opposé à la première, et se termine ])ai- un second sporange (lig. 2); une nouvelle ramification engendre un troisième sporange inchné du côté du premier (lig. 3), et ainsi de suite. Le nombre des spo- ranges ainsi formés sur un même lilanient fructifère peut aller jus- qu'à 10 et 12, décroissant de diamètre du ))remier jusqu'au dernier. Leur alternance étant la règle habituelle, notre moi- sissure a reçu de M. Van Tieghem le nom de Mucor allernam. La disposition la plus commune est celle d'une cynie uniparc hé- licoïdale à peu près régulière. Cependant, on observe cpiehiues j)ar- ticularités dans le développement des rameaux successils. Ainsi, dans la figure 7, le deuxième sporange à partir de la base, est porté sur un long filament dressé, placé du même côté que le pre- mier; dans la figure 6, le filament prinfilif a fourni deux branches principales; et, sur l'une d'elles, les cinq plus jeunes sporanges sont portés par des pédoncules longs et grêles. Par ses filaments à tige courte et incurvée, le Mucor aJlernaii.s rappelle le Mvcor ciichielluides, et par ses tiges longues et ra- meuses il rappelle le Mucor racemosus. Les spores du Mucor allernans sont ellipticpies, à surface lisse, et mesurent de 5 à millièmes de millimètre de longueur sur 2 à 3 millièmes de millimètre de largeur (lig. 5) ; elles sont renfermées dans une membrane incrustée de petites aiguilles cristallines et groupées autour d'une columelle sphérique (lig. 4), dont la basp DE LA FERMENTATION ALCOOLIQUE DE LA DEXTRIXE. 423 conserve toujours, en forme de coilerelte, un di'brisde la uicmhrane extérieure. Cultivé dans une dissolution de sucre de canne, \e Mucor aliernrms se développe exclusivement en mycélium et fructifie comme dans l'eau de levure non sucrée. Il se comporte alors comme le Mucor circinelloiiles^ et comme les levures non inversives^ qui, ne sécré- lant jias d'inverline, n'ont pas le pouvoir de faire fermenter le sucre crisîa!lisable\ Au contraire, dans une dissolution de glucose, il prend immédia- tement l'état de grosses cellules sphéi'iques, très bourgeonnées (fig. 10) et provoque une fermentation active. Dans du moût de bière, dans des solutions de malLose, de dextrine et même de glucose impur, dans de l'empois d'amidon, il produit d'abord des tubes mycéliens qui se gonflent bientôt, se cloisonnent et forment une succession d'articles à peu près cylindriques (fig. 9, a); puis, ces articles s'arrondissent en boules (b et c), se sé- parent les uns des autres et se reproduisent finalement à l'état de cellules sphériques, pendant toute la durée de la fermentation alcoolique. ïll. Fermenlalion de la dextrine. — Le Mucor allernans fait fermen- ter la dextrine, qu'elle soit seule ou mélangée avec des substances directement fermentescibles. Toutes nos expériences ont été faites dans des matras Pasteur de grandes dimensions, dont le bouchon conique en verre était ter- 1. U. Gayon, De la Fernienfadon alcoolique avec le, Mucor circinclloides [Annales de C'tdmie et de Physique, U'^ série, t. XIV ; 1S7S). '-'. E. l^oiix, Bulletin de 'a Socicté chimique de Paris, t. XXXV, p. 371 ; 1881. E -Cil. Hanskn, Travaux du laboratoire de Curlsberg. Résumé, t. 1^*', p. 174 : 1S81. L. BoiiTiioi'x, Annales (tes sciences naturelles. Butaniquo, G^ série, t. XVH, p. 19i. 3. Si, peiiiiant que la moisissure se développe, une cause (juelconque, par exemple la présence accidentelle d'une bactérie, vient à intervertir le sucre, alors il y a fer- mentation. Nous avons obtenu ainsi i.l p. 100 d'alcool en moins d'un mois. Cet acci- dent démontrerait une fois de plus, si cela était nécessaire, combien il importe, dans l'étude des inliniment petits, d opérer toujours avec des espèces bien pures. 424 ANNALES DK LA SCIENCE AGRONOMIQUE. miné par un lube recourbe. Ainsi modifiés, ces appareils permettent de faire aisément la stérilisation des liquides de culture, les ense- mencements et les prises d'essai pour les analyses ou pour les obser- vations microscopiques, i" Dextrine seule. — Le 19 juin, on a fait dissoudre dans de l'eau de levure de la dextrine exempte de sucre réducleiu-, et l'on a en- semencé la solution avec quelques cellules de Mucor allernans. La fermentation a été lenle et s'est prolongée jusqu'au 5 juillet, il n'y a jamais eu de traces dosables de sucre réducteur, et néanmoins la dextrine a progressivement diminué, comme le montrent les chiffres suivants : DEXTRINE. P. 100. Le 19 juin 2.73 Le 25 juin 1.49 Le 29 juin 0.82 Le 5 juillet 0.60 On a recueilli 1 p. 100 d'alcool pur et O^'jT^ à l'état sec, de cel- lules-ferments. Voici une autre expérience faite avec une proportion plus forte de dextrine : Le 10 juillet, on a ensemencé avec du Mucor jeune deux disso- lutions de dextrine, l'une dans du bouillon de veau, l'autre dans de l'eau de levure. La fermentation, d'abord très active, s'est ra- lentie vers le 25 juillet, et s'est îirrètée avant la disparition com- plète de la dextrine. Les poids restants de cette substance ont été successivement : AVEC BOUILLON AVEC K A U de veau. de levure. P. 100. P. 100. Le 10 juillet . 100. . . 70 1.70 2.77 •> Traces. 0.50 . . 0. ô 1(1, O.Oi . . Id. Traces. Alcool formé : 3.8 p. 100. Poids de la levure de Mucor, à l'état sec : l^^O-^. b. — Bière Fischer, de Bordeaux. Le 10 août . . . Le 24 août . . . Le l'^'' septembre. It r A T 1 N en divisions saccharimétriques. MALTOSK. DKXTRISE P. 100. P. 100. . . 114.5 2.34 3.79 29.5 1.84 0.9G . . 9 0.81 O.li . . 2.5 0.15 0.09 Alcool formé : 4.0 p. 100. Poids de la moisissure à l'état sec : i*^'',27. DE LA ri:i\MENÏATrON ALCOOr.IQUE DE LA DEXTfîINE. 4^7 c. — Bière brune de Bavière, K O T A r I O N eu divisions M.VLTOSK. DISXTKINE, sacchaiiiMÙtriques. P. 100. P. 100. G9.:. 1.4i 2.97 . . 4 » u t 0.05 o.ifi . . Traces. Traces. Le 24 juillet .... Le tO août Le 21 août Le 1'='^ septembre. . . Alcool formé : 3.7 p. 100. Poids (lu ferment à l'état sec : i«^12. L'expérience réussit également bien avec des bières très vieilles ; nous avons choisi, comme exemple, deux éclinnlilions de bières fa- briquées au laboratoire de M. Pasteur en janvier 187o et conser- vées depuis lors en bouteilles. Bien qu'âgées de 15 ans, elles sont encore 1res saines, Hmpides et agréables au goût'. Après avoir chassé l'alcool par ébullition et reconstitué le volume primitif avec de l'eau distillée, ou les a ensemencées, le 9 octobre, avec de la levure jeune d<3 Mvcor (dlcrnans ; en moins de quinze jours, leur fermentation était achevée. L'analyse a doimé : u o T A T I o N eu divisions maltose. dexteine. aTjCOol. saccharim(;tri(iUL'S. Rièrc n" t Bière iV 2 p. 100. p. 100. p. 100. Le 'J octobre . . .J9.4 1.16 1.G5 » Le 2 5 octobre. . Néant. ^'éant. 4 ^ Le ',1 octobre . . 52.2 0.94 1.80 » / Le 2i octobre. . Néant. Néant. 3 L'absence com[)lète de rotation et de réduction, avant comme après traitement du liquide final par l'acide sulfurique, prouve que non seidement le maltose et la tlextrine avaient disparu, mais qu'il en a été de même des hydrates d(; carbone non fertiientescibles, dont la ])résence est admise dans la bière. Les li(juides obtenus après la fermentation com|)lète de la bière 1. Grâce an voile de collules aérobies (|ui s'était l'ornié à la surface du liquide, noll^ avons pu rajeunir la levuiv ayant servi à la prépai'ation de ces bières. 428 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. sont plats au goût, manquent de bouche, et ne conservent que le parfum dû aux matières provenant du houhlon. Les résullats qui précèdent font prévoir que, avec le moût lui- même, la bière faite par le Mucor sera plus alcoolique que la bière faite parallèlement avec une levure ordinaire. C'est ainsi que, toutes choses égales d'ailleurs, nous avons obtenu, du 9 août au 14 sep- tembre : ALCOOL. P. 100. Avec de la levure de brasserie 5.2 Avec le Mucor alternons G . 5 Le 15, on a chassé l'alcool formé à l'aide du vide, pour ne pas tuer les levures, et on a remis les liquides à Tétuvc. La fermenta- lion a repris d'elle-même, mais seulement avec le Mucor; elle s'est poursuivie jusqu'au l"'' octobre suivant, jour où l'on a fait un nou- veau dosage d'alcool, qui a donné : ALCOOL. P. 100. Avec la levure de brasserie 0.5 Avec le Mucor alternons 3.4 Le même moût de bière a donc donné, au total, dans ces deux périodes de fermentation : ALCOOL. P. 100. Avec la levure de brasserie '. . . 5.7 ksec \e Mucor alternans 9.9 soit une augmentation totale de 4.2 p. 100 en faveur du Mucor. Le Mucor alternans constitue donc un ferment susceptible de lendre des services dans la production des boissons fcrmentées ou de l'alcool. Si son application pouvait être généralisée, il dispense- rait des acides et permettrait l'emploi exclusif du malt pour la sac- charification des matières féculentes. Son action ne s'exerce pas seulement sur la dextrine ; elle s'étend aussi à l'empois d'amidon, qui est saccbarifié en partie et fermente, si le milieu est favorable à son développement. DE LA FERMENTATION ALCOOLIQUE DE LA DEXTRINE. 429 IV. Fermentation de l'amidon. — On a stérilisé, par la chaleur, de l'eau de levure conlenant de l'amidon et de l'eau ordinaire tenant en suspension de la pulpe de pommes de terre ; puis, après refroi- dissement, on a ensemencé les deux liquides avec de la levure de Mucor; des bulles de gaz se sont dégagées; la moisissure s'est déve- loppée sous la forme de cellules sphériques, et, au bout de trois se- maines, la proportion d'alcool formé était : ALCOOL. P. ino. Avec l'eau de levure amidonnée 1.5 Avec la pulpe de pommes de terre t 9 Les matières fermentées ont une odeur agréable et donnent, à la distillation, des produits étbérés plus volatils que l'alcool ordinaire. V. Le Mucor aUernans n'est pas le seul qui ail la propriété de faire fermenter la dextrine. Nous avons cultivé une variété de Mucor ra- cemosus presque aussi actif que celui-là. Des spores de cette dernière moisissure, ensemencées le 28 oc- tobre dans une dissolution nutritive de dextrine commerciale, se sont développées d'abord en tubes mycéliens, puis en cellules-fer- ments ; le liquide s'est appauvri en hydrates de carbone et enrichi au contraire en alcool : MALTOSE. DEXTRINE. ALCOOL FOl:MÉ. P. iOO. P. 100. p. 100. Le 28 octobre 1.06 8 00 » Le 6 novembre 0.66 6.43 0.8 Le 17 novembre 0.39 5.18 2.1 Dans le même temps, avec la même solution de dextrine, le Mu- cor altcrnans a donné 'à p. 100 d'alcool. Avec de la bière privée d'alcool, le résultat a été le même : BOT ATI OS ALCOOL en divisions maltose. dextrike. sacchariiiiétiiques. lorme. P. 100. P. 100. P. 100. Le 13 mai 102 1.92 3.29 » Le 17 mai 62 2.67 1.26 1.3 Le 14 juin 22 2.67 0.3C 2.0 430 ANNALES DK LA SCIENCK ACrRONOMIQUK. Dans les mêmes conditions, le Mucor aUcrnans a fait 2.6 \). 100 (l'alcool. Il est probable que tous les Mucors capables de donner des cel- lules-ferments se comportent comme les précédents vis-à-vis de la dexlrine et de l'empois d'amidon. Tel doit être le cas du Mucor cir- cinelloiilcs qui, d'après M. Bainicr, se transforme en boules dans les solutions de dextrine^, et qui, cultivé dans le moût de bière, paral- lèlement à de la levure ordinaire, a paru épuiser plus ce moût en dextrine que la levure ^ VI. Gomment le Mucor alteraans agit-il dans la fermentation de la dextrine et de l'amidon? Transforme-l-il directement ces substances en alcool et acide carbonique, ou bien les change-t-il d'abord en sucre fermentescible ? Les faits concordent avec cette dernière hy- pothèse, comme le montre nettement l'expérience suivante : De l'eau de levure, contenant 10 p. 100 de dextrine commerciale, a été ensemencée le 17 août avec de la levure de Mucor; la fermen- tation a été assez active durant les quinze premiers jours; puis, elle s'est beaucoup ralentie. Le dosage du sucre réducteur et de la dex- trine, en supposant, ce qui sera démontré plus loin, que le premier corps est du maltose, a donné successivement: SL'CllE RÉDUCTEUR POIDS TOT AI, exprimé dextrine. du maltose eu maltose. et de la Uextriue. P. 100. V. 100. P. iOO. Le 17 août 0.78 8.16 8.93 Le 21 août 0.90 6.42 7.32 Le G septembre O.'i.S 5.32 5.80 Le 14 septembre 2.50 2.6G 5.1G Le 1" octobre 3.57 1.47 5.0i Pendant la première partie de cette expérience, où la fermenta- tion était le plus active, le sucre réducteur et la dextrine ont dimi- 1. Baimer, î\oaoellcs observations sur les zi/t/ospores des niucor/nées (Annales des Sciences naturelles. Botanique, G" siirie, t. .\.IX, p. 201 et 20G ; 188i). 2. U. Gavon, Annales de Chimie et de Physique, 5^ série, t. XIV, note de la page 279 5 1S7S. DE LA FERMENTATION ArXOOLIQlJE DE I.A DEXTIUNE, 431 nué ensemble, mais la dexlriiie bien plus que le inallose; nu lolal, plus de 3 p. 100 (le matières ont fait de l'alcool. Au contraire, pendant la seconde partie de l'expérience, où la fermentation a été à peu près nulle, le |)oids total de matière a j)eii varié, et cependant une {grande partie de la dextrine s'est transfor- mée en maltose. La levure de Mucor jouit donc de la propriété de saccliarilier la dextrine ; mais, comme elle possède aussi la propriété de faire fermenter le maltose, si ce dernier sucre disparaît plus vilt^ (ju'il ne se forme, la dextrine semblera fermenter directement; c'est le pbénomène qui s'est produit au déimt de notre expérience. A la lin, le pouvoir ferment du Mucor s'est aflaibli par la présence de l'alcool, et son pouvoir saccliariliant l'a emporté. Les chifl'res suivants montrent bien comment ont varié ces deux pouvoirs durant l'expérience : -, MALTOSE FOIÎMÉ MA LTOSK l'KRMBSTlC MALTOst ruouvi.. (punvoir saccliaiitiaiit). (pouvoii- tVimont). P. 100. P. 100. P. 100. Le 17 août 0.78 » » Le 21 août 0.90 1.83 1.71 Le G scptenibie . . . O.iS 1.17 1.59 Le 14 septembre. . . O.ôO 2.82 O.SO Le r' octobre. ... 3.57 1.26 0.19 C'est par des variations analogues du pouvoir saccharifiant et du pouvoir ferment du Mucor cpie s'explique le résultat de la page 425, oîi le poids de maltose a d'abord diminué, puis augmenté, tandis que le poids de dextrine a régulièrement diminué. On déduit en effet des nombres trouvés dans l'expérience dont il s'agit : MALTOSE PORMli. MALT08B FiLRMBNTÉ. P. 100. P. 100. Le 30 septembre 2.08 5.48 Le 4 octobre 0.85 0.91 Le 11 octobre 1.13 0.24 D'après cela, s'il arrive, dans des conditions favorables, que le pouvoir ferment soit toujours supérieur au pouvoir saccbariliant, le liquide pourra ne jamais renfermer de sucre réducteur libre. Nous avons trouvé un exemple de ce cas particulier à la page 4.j3, 432 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. OÙ la dexlrine est restée sans action réductrice sur la liqueur de Fehling. Au lieu de laisser le pouvoir ferment du Mticor s'allaiblir di' lui- même par la fermentation, on peut l'arrêter par une élévation de la température. Dans ces nouvelles conditions, si l'on se maintient entre 40° et 70°, la dextrine se transforme encore en mallose. A une température plus élevée, aucune réaction ne se produit. Une première série d'expériences a été faite en faisant d'abord développer le Mucor, à la température ordinaire, dans des solutions nutritives de dextrine, puis en portant la température à 55° pendant 4-8 heures. Le résultat a été: I II MAI.TOSE. DESTKINi:. MALTOSB. DBXTRIN P. 100. P. 100. P. 100. P. 100. Avant .... . . . . 0.i8 6.1G 0.90 G. 42 Après .... . . . . 3.78 2.77 2.00 i.7G Dans une autre expérience, on a préparé d'avance une certaine quantité de levure de Mucor, qu'on a mise ensuite en contact avec une solution aqueuse de dextrine bien purifiée par l'alcool, et privée de tout sucre réducteur par une fermentatian prolongée. La tempé- rature étant encore de 55°, on a eu : MALTOSK. DEXTKINE. P. 100. P. 100. Avant JNéanl. 1.43 Après 24 heures 0.09 1.35 Après 4S heures 0.23 1.21 En se plaçant dans ces dernières conditions, on peut mettre aussi en évidence la saccliarificalion de l'empois d'amidon etcxpliipier par suite comment ce corps a fermenté avec le Mticor allernans. L'ex- périence, faite à 55°, a donné : Avant Après 24 heures Après 4S heures MALTOSB. DEXTRINE. P. 100. P. 100. iNéant. Néant. 0.12 Traces. 0.78 0.09 MUCOR ALTERNANS ^r\ Fii.l ]l V Fi g. 3 Fig. 4 Fig.5 iifbJmerlfffitm,:'' Knjr^. 2SS'>- DE LA FERMENTATION ALCOOLIQUE DE LA DEXTRINE. 433 VU. La saccharilication de la d.^xti'iiie eL de raiiiidon par le Mucor aUernans, telle qu'elle s'est produite dans nos expériences, ne peut s'expliquer que par l'action d'une diaslase, car elle cesse à une teui- pcralure supérieure à TO^-Td". Cette diaslase peut d'ailleurs être isolée par les méthodes con- nues. On la sépare, par exemple, en faisant digérer la levure de Mucor dans de l'eau distillée, et précipitant par l'alcool. Le coa- gulum, recueilli sur un liltre, séché sur l'acide sulfurique, puis redissous en partie dans une solution aqueuse de dexlrine, a donné, en 48 heures, à la température de 55" : MAI.TOSE. DEXTRINE. P. 100. P. 100. Avant . . . 0.13 3.91 Après 48 heures . . . . . . 0.3S 3.G8 Pour contrôler les résultats de l'expérience, une partie du préci- pité avait été dissoute dans l'eau pure et placée dans les mômes con- ditions : le liquide n'a pas réduit la liqueur de Fehling. Une autre pnriie du précipité, dissoute dans la même dissolution de dextrine que la première, mais maintenue à 100°, n'a pas fait varier la pro- portion initiale de sucre réducteur. Agissant sur l'empois d'amidon, toujours à 55", la diastase du Mucor a manifesté son action connue il suit : MALTOSE. DEXTRINE. P. iOO. P. 100. Avant . . . Néant. 1.10 Après 4 S heures . . . . . . 0.10 1.01 La levure de Mucor sécrète donc une diastase qui, comme l'amy- iase du malt ou de XEurotium oryzœ, saccharifie l'amidon et la dex- trine ; mais elle n'en fournit que de petites quantités, car, on a pu le remarquer, son action est toujours très limitée. A l'état de mycélium, le Mucor est dépourvu du pouvoir saccha- rifiant, comme du pouvoir inversif; sous cette forme, il ne sécrète ni amvlase, ni invertine. ANN. SCIENCK AUItON. — 18S7. — I. 28 434 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. VIII. Nous avons admis juj^qu'ici que le sucre réducteur produit par le Mucor aux dépens de la doxlrinc ou de l'amidon était du maltose, (■t non du glucose. Pour le démontrer, on rencontre des difïlcnltés spéciales dues surtout à la petite quantité de diastase sécrétée par la moisissure et à la faible proportion de sucre qu'elle est, par suite, capable d'engendrer. Si l'on essaie, par exemple, de résoudre le problème en tenant compte de la rotation et de la réduction, on n'arrive qu'à des ré- sultats incertains, comme il est facile de le montrer. Prenons, en effet, une solution de dexlrine à 10 p. 100, qui donne par la saccbnrilication avec les acides il.li p. 100 de glucose, et supposons qu'elle produise, en présence du Mucor, des quanlilés croissantes de sucre réducteur. Sacbant que le pouvoir réducteur du maltose est les deux tiers de celui du glucose, et admettant que le pouvoir rolatoire du glucose est 53", celui du maltose 150", celui de la dextrine 253°, on peut calculer la rotation du mélange, dans les deux hypothèses où le sucre réducteur serait soit du maltose, soit du glucose. En effectuant ce calcul pour le cas où, comme dans nos essais, les rotations sont observées avec des tubes de 20 centimètres de longueur, et exprimées en degrés sacchariméiriques ', on obtient le tableau suivant: !>■« IIYPOTlll' ;SE. 2' HYPOTHÈSE. DIFPBUF.XCK M:iltose formé. iJextiinc non transformée. Rotation 9 Glucose formé. Uox,rine non transformée. Rotation dos rotation». î — ?' P. 1 lO. r. 100. P. 100. P. 100. 10.00 190.0 10.00 190.0 1 9.0Ô 191.3 0.07 9.40 187.0 3.7 2 8.11 186.5 1.33 8.80 179.0 7.5 3 7.16 181.7 2.00 8.20 170.5 11. 2 4 6.22 177.1 2 . 67 7.00 102.0 15.1 5 5.27 172.2 3.33 7.00 153.4 18.8 On voit que les deux hypothèses conduisent à des rotations dont 1. I)"après les rechercl)cs de MM. V. de Liiyno.s et A. Girard (G. R., t. LXXX. p. 135 i ; 1875), le pouvoir rotatoiie du sucre ciisUillisiible est de 07"31, et tel que lOiî^lO de ce sucre dissous avec de l'eau dans une fiole de 100 cent, cubes, donnent, dans un lube de 20 centimètres de longueur, une rotation de 2 fis' (rotation d'une DE LA FERMENTATION ALCOOLIQUE DE LA DEXTRINE. 435 les différences sont très faibles et ne dépassent pas sensiblement les erreurs d'observation pour les proportions de dextrine transformée dans nos expériences. La méthode ne convient donc pas dans le cas actuel. Elle com- porte d'ailleurs d'autres causes d'incertitude : doutes sur la valeur réelle des pouvoirs rotatoires de la dextrine, du maltose, et même du glucose ; action propre de la dextrine sur la liqueur de Fehling, si l'ébullilion se prolonge, etc. Mais on peut heureusement tourner la difficulté, en faisant agir la levure de Mucor sur le maltose lui-même et en cherchant si ce corps se transforme en glucose. S'il ne se forme pas de glucose dans ces conditions, il est évident que le sucre réducteur produit par l'hydratation de la dextrine ou de l'amidon est du maltose. Or, c'est là ce qui arrive. Voici, par exemple, deux expériences dans lesquelles une solution de maltose pur, dont le pouvoir rotatoire à l'état anhydre était exactement de 150% a été laissée en contact avec de la levure de Mucor allernans pendant 24. heures. La rotation a été mesurée en degrés saccharimétriques, le sucre réducteur a été exprimé en mal- tose, et, de la rotation observée, on a déduit, par le calcul, le poidscorrespondant de maltose. On a formé ainsi le tableau suivant : KO TA 11 ON MAIvTOSB DOSli MALTOSE DEDUIT observée. par réduction. taiioii P. 100. Avant . 30.0 2.11 \ Aprè.s . 18.2 1.02 (Avant .27.6 2.00 (Après . 24.2 .1.50 1"= expérience. 2* expérience a ri>taiioii. UirFBKBKCK P. 100. P. 100. 2.18 0.07 1 32 0.30' 2.00 0.00 1.76 0.20 plaque de quartz de un millimètre d'épaisseur) ou de 100 divisions saccharimétriques. Donc, le poids de maltose qui donnera la même rotation, foutes ciioses égales d'ail- . ^ 16.19X07 31 .,„^^^ _ ^ , . , , leurs, sera exprimé par -. = 7»'^,26. On trouvera de même, pour Icglu- cose 2-'", 06, et pour la dextrine .t°%12. 1. Le pouvoir rotatoire du maltose en solution aqueuse ne reste pas constant; il augmente légèrement pendant les premières heures ; exemple : j. j^^^ Hotation initiale 23.3 Maltose correspondant. . . 1.09 — après une heure . 2.).0 — — ... 1.82 — après six heures. 20.0 — — ... 1.93 11 y a donc une augmentation apparente du maltose de 0.24 p. 100, qui explique la diiïèrence observée plus haut. 486 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Les différences entre le calcul et l'observation sont négligeables, ce qui indique que le maltôse employé était pur et qu'il ne s'est pa^ transformé en glucose, malgré la fermentation. Si, au contraire, il s'était fait du glucose, on aurait eu de grandes différences, comme ci-après : kOtatiox fik.vlb glucose uosii (ir-ucoSE di:di:it ,„i.pi„,,^,.^. observée. par réduction. de la rotation. P. 100. r. 100. P. 100. Inexpérience. . . 18.? 0.C8 3.75 3.07 inexpérience. . . M. 2 1.04 4.99 3.9Ô Le sucre réducteur engendré par la diastase du Mu cor alternans est donc du inaltose. En résumé, certains Mucors, spécialement le Mucor alternans, font fermenter lu dcxtrine et l'amidon, comme la levure ordinaire fait fermenter le sucre de canne, c'est-à-dire après les avoir trans- formés, par bydratation, en sucre directement fermentescible. EXPLICATION DE LA PLANCHE Fif/. I . — Filament fructifère du Mucor allcvuans recourbé en crosse cl , - . ^P 2U0 termine par un sporange splierique. tj = -7 — -200 Fig. 2. — Filament fructifère avec deux sporanges alternes, (^i-^—. — .. 200 Fif/. 3. — Filamcnl fructifère avec trois sporanges alternes. G^^— j — Fif/. L — Columelle .splierique lisse, portant ;'t sa base un reste de la „ ÔOO membrane extérieure du sporange. f' = ~j — Fif/. .7. — Spores elliptiques du Mucor alternans. G = — j — Fif/. 0, 7 et S. — A.specls divers des organes de reprofluction du .Mucor. ' 100 DK LA FERMENTATlOiV ALCOOLIQUE DE LA DKXIUINE. 437 Fiij. 9. — États successifs du mycélium dans une solution de dextrine : ri, filament né d'une cellule-ferment, divisé eu articles cylindriques ; I), lilament dont les articles sont goidlés et arrondis ; c, articles détachés 50(1 du filament précédent, i,^— — F/g. /if>. -■- (leilules-ferments en voie de multiplication dans un liquide en fermentation : ua, cellules peu bourgeonnées ; b, cellule-mère entourée de cellides nombreuses, de première et de deuxième génération. SUR LA DISSÉMINATION DU FERMENT NITRIQUE Kï suit SON ROLE DANS LA DÉSAGRÉGATION DES ROCHES Par M. A. MUNTZ PROPESSICrK \ L,'lNSTITUT NATIONAI^ AGRONOMIQUK Les roches subissent incessamment des actions désagrégeantes qui détachent de leur surface des particules dont l'accnnuilation constitue les éléments terreux. Parmi ces causes, il en est une dont l'importance est difficile à apprécier, mais qui est loin d'être négligeable : c'est l'action de la végétation. Que ce soient les végétaux supérieurs agissant par leurs racines ou des plantes cryptogamiqucs, dont les cellules s'attachent à la roche, un effet de même ordre se produit. Sur les surfaces nues des rochers, princii)alcment dans les hautes montagnes, nous voyons en abondance les lichens attaches à la pierre, sans aucune interposition de terre végétale. Ces plantes exer- cent sur les éléments de la roche une action chimique en même temps qu'une action mécanique et contribuent à séparer les élé- ments minéralogiqucs agglomérés. Quoique ces causes soient d'une faible intensité dans un temps considéré, leur effet ne saurait être négligé ; comme toutes les causes lentes mais continues, elles opèrent des modifications qui deviennent importantes par leur durée. La plupart des phénomènes géologiques auxquels nous devons SUR LA DISSÉMINATION DU FEKMKNT NITIUQl'K. 430 attribuer l'aspect actuel des couches superficielles de l'écorce ter- restre, ont procédé de celle manière. La similitude de fonctions entre les plantes cryptogamiques dont l'elTel est visible et les organismes microscopiques, dont M. Pas- leur nous a fait connaître le rôle considciable dans la nature, m'a engagé à rechercher si ces derniers ne pouvaient [>ns, au même litre que les lichens, contribuer à agir sur la surface des roches pour opérer la séparation de leurs éléments et être ainsi une des causes qui désagrègent la charpente solide de la croule lerrestre, pour former les particules fines conslituanl la terre végétale. Mes recherches, dirigées dans ce sens, ont eu pour origine l'é- lude de la dissémination du micrococcus de la nitrificaiion, dont nous avons signalé l'existence, M. Schlœsing- et moi, il y a plus de dix ans. Frappé de ce fait, que ce ferment existe à la surface de la terre dans les conditions les plus diverses et à tel point abondant qu'il serait difïicile de trouver une parcelle terreuse qui n'en fût pas en- vahie, j'ai été amené à le chercher sur les roches dénudées des hautes montagnes et à lui attribuer une action dans les faits qui concourent à les transformer en parties sableuses. Quoique les organismes généralement répandus à la surface de la terre soient nombreux, je ne m'atlacherai dan:> ce travail qu'au fer- ment nitrique, qui est le véritable possesseur de la partie superfi- cielle de l'écorce terrestre, de celle qui est le siège des êtres vivants. Partout où l'oxygène de l'air a accès, le ferment nitrique est le maître du terrain, ramenant incessamment les résidus de la vie animale et végétale à l'état minéral, sous forme d'acide carbonique, d'eau, d'acide nitrique. On peut en constater la présence à l'aide du microscope : les points brillants très petits, isolés ou accolés deux à deux et qui, avec un très fort grossissement, se montrent en organismes arrondis de forme légèrement ellyplique, en indiquent généralement la présence. Cependant, d'autres organismes, d'un rôle différent, lui ressemblent et pourraient être confondus avec lui. Il est donc indispensable d'en déterminer la fonction chimique en les plaçant dans des milieux appropriés. 440 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. La propi-ictc de transformer en acide nitrique les composés azo- tés, pro(»riété (pii, jusqu'à présent, n'a été rencontrée que dans cet .M'ganisme, permet de le caractériser bien mieux que l'observation microscopique. Le mode de reclierche adopté dans le cours de ce travail a con- sisté à ensemencer des milieux stériles, dans lesquels on devait cons- tater une nitrification. Prélèvements des échantillons. — Onoitjuc le ferment nitrique ne soit pas ordinairement répandu dans l'air, on a cru devoir s'enton- i-er de précautions spéciales pour empècber son introduction acci- dentelle dans les écliantillons recueillis. On s'est servi de petits tubes bouchés à un bout et munis à l'autre d'un bouchon de liège et au préalable soumis à une température de 250dei>Tés, et ensuite enve- loppés aussitôt dans du papier fland^é. Ils étaient ainsi transportés, stérilisés et à l'abri des germes étrangers, sur les lieux du prélève- menl. Ouverts et lemplis on rpiebjues inslanls, ils servaient eux- mêmes à recueillir les échantillons, sans l'intervention d'un instru- ment étranger, et étaient i)ouchés immédiatement. Nous savions par nomlirc d'observations antérieures que les précautions prises étaient suffisantes pour éviter l'introduction accidentelle de l'organisme que nous avions en vue. Les tubes étaient rapportés au laboratoire et le contenu introduit dans un milieu nitriiiable stérile. Au bout de quelque temps, on recherchait si la nitrification s'était produite. Les quantités de matières employées pour l'ensemencement étant tou- jours les mêmes (environ 0^'Vl), la proportion d'acide nitrique formé pouvait servir à apprécier l'abondance du ferment. Beclioclie de l'organisme nilrificateur sur les roches. — Depuis plusieurs années, j'ai profité de séjours dans les montagnes, poiu- étudier la surface des roches au point de vue que je viens d'exposer. 11 y avait un intérêt particulier à se placer en dehors de l'interven- tion de la terre végétale proprement dite, vrai foyer de nitrification; la roche dénudée offrait un champ d'investigations devant donner des résultats d'une plus grande netteté. Les échantillons ont été prélevés de préférence dans les endroi placés à l'abri des rayons solaires (|ui eussent pu tuer le ferment nitrique en opérant une dessiccation comjjlète. On grattait la roche ;? SLI'i I.A DISSÉMIN \TION DU FERMENT N [rniOUE. 441 iivec le bord du tube, eu recueillant ce qui |)Ouvait se déliicliei'. Les parties superficielles friables étaient ainsi lacileuient obtenues. liCS parties lines, dans les creux et les lissui'es, étaient aussi direclenicut |)rises avec le tube. Je citerai les principales localités dans lesquelles j'ai j>u faire des observations : l" Au sommet du Pic du Midi, dans les Pyrénées. Uni; |)artie du massif est consliluée par un(^ roclie calcaire, une autre par un scliiste micacé. La surface de la roche calcaire, ensemencée dans un milieu iiu- li'ilif stérile, y adélcrnùné une uitrilication abondante. Les écbantillons prélevés dans les fissures ont donné le même ré- sultat, ainsi que les parties lines provenant de la désagrégation du calcaire et prélevées dans les anfractuosités et dans lesquelles au- cune (race de végétation ne s'était encore montrée. Quant aux dé- bris déjà transformés en terre végétale, ils étaient le siège d'une uitrilication énergique. Le calcaire était donc littéralement envalii par le micrococcus sur toute sa surface et principalement aux endroits fissurés et abrités des rayons solaires et de l'action directe des pluies'. 2° La roche micacée a présenté les mêmes résultats. Sur toutes les parties superficielles, dont la friabilité indiquait un coinmencemenl de désagrégation, ainsi que dans les parties fines prises dans les in- terstices et les fissures, le ferment nitrique existait en abondance. Pendant mou séjour à l'observatoire du Pic du Midi, on a fait sauter un rocher pour agrandir la terrasse ; on a mis ainsi à nu des fissures (|ui étaient à plus d'un mètre de profondeur de la surface ; toutes étaient tapissées d'une couche de particules fines dans lesquelles rorganisme pullulait. Les parties désagrégées de cette roche ma- gnésienne constituant, dans les creux, des dépôts de terre, en étaient également remplies. 3° Des observations analogues ont été faites dans les Alpes. Des échantillons pris dans le massif du Mont -Rose, aui)rès du glacier de Goernergrad, sur des schistes micacés, |H'ésenlaienl toujours. I. Il convient tio dire qu'il y a plus de vingt ans, M. A. Bccliamp a signale dans la • raie des « niicrozymas », auxquels il attribue un rôle dans les fermentations lactique et butyrique. 442 ANNALES DK LA SCIENCE AfiRONOMlQUE. dans les parties friables de la surface, aussi bien que dans les parties fines déjà détachées, cet organisme si envahissant. Les nombreux cchanlillons prélevés en divers points de ce massif montagneux et dans les vallées qui y conduisent étaient tous dans le même cas. 4" On a opéré des prises dans les montagnes entourant la vallée de Chamounix : le .Mont-Blanc, aux stations des Grands-Mulets et de la Pierre-Pointue, ainsi qu'aux points intermédiaires (roches fcld- spalhiques, protogync), le Montenvers (schistes cristallins riches en orlhose), la Flégère (roches contenant de ram|)hibole et du talc). Dans tous les cas on a trouvé le ferment nitri(|ue^ môme sous les glaciers. 5" Il en a été de môme au Saint-Gotha rd sur des schistes micacés et du gneiss, pris sur les flancs de la montagne ainsi que vers le sommet : surface des roches, particules désagrégées remplissant les fissures, sables amassés dans les creux étaient riches ( n organismes. 6° Un exemple intéressant a été fourni par une montagne bien connue des touristes et située dans l'Oberland bernois, le Faulhorn (roche pourrie), (pii est formée i)ar un schiste calcaire noir et friable, ayant l'aspect d'une masse en décomposition (néocomien et cal- caire à iiummulites) ; cette roche est littéralement envahie par le ferment nitrique, tant dans les parties superficielles que dans les couches sous-jacentes auxquelles il a été possible de pénétrer (O^jôO à 0'",60). 11 semblerait que dans ce cas la désagrégation de la roche soit due en majeure partie à cet organisme qui remplit sa masse. 7" Divers échantillons pris dans la vallée de Grindelwald, tant sur le calcaire que sur le granit et sur les schistes argileux, dans le voi- sinage des glaciers ou sous les glaces elles-mêmes, contenaient le même organisme. 8" Les roches volcaniques prises au Puy-de-Dôme (domite), au Puy-Griou (phonolite) et dans diverses autres stations de r.\uvergne ont été examinées au même point de vue et ont donné des résultats affîrmatifs. Les parties superficielles, surtout celles qui par leur dis- position étaient moins sujettes à se dessécher complètement, les parties fines détachées de la roche, les accumulations formant de la terre végétale ont donné des résultats identiques aux précédents. SUR LA DISSÉMINATION' DU FERMENT NITRIQUE. ài'à L'examen a encore poi'lé : 9° Sur les calcaires de rArdèche,pns aux environs de Privas, donl les fissures et les creux sont remplis d'un sable calcaire où le rni- rrocuccus pullule. 10° Sui' des i>ranits des Vosges, les uns compacts, les autres en décomposition et, Iriables (JtCgei'tlial, Alsace), ces dei'niers surtout sont riches en organismes juscjue dans le sein île leur masse. Il est probable que ce n'est pas là une concordance l'ortuiti; et que ces êtres d'une si grande activité ne sont pas étrangers à la séparation des éléments miiiéralogiques. 11° Sur le grès vosgiens pris aux environs de Niederbronn (Alsace), sur le grès bigarré à iNeliwiUer (Alsace), les mêmes faits ont été observés. Dans beaucoup d'autres localités, qu'il n'y a pas d'intérêt à citer ici, des échantillons ont été prélevés et toujours de préférence dans les parties non directement exposées aux rayons solaires. L'immense majorité des épreuves, presque la totalité, a doimé les résultats po- sitifs que je viens d'exposer. La dissémination du ferment nitri(|ue à la surface des roches, sa pénétration dans les lissures, son abondance dans les parties désa- grégées, sont des faits que nous devons retenir. Cherchons mainte- nant à exp]i(|uer comment ces organismes peuvent agir sur les élé- ments minéraux et contribuer à leur séparation. Nous avons souvent eu l'occasion de constater que le ferment ni- tricpie s'attache aux particules teireuses et qu'il ie^ abandonne difficilement; il peut donc agir de la même manièie que les lichens, soit par les sucs propres qu'il sécrète, soit mécaniquement en s'in- troduisant dans les petites fissures. L'acide carbonique qu'il produit peut exercer une action chimique ; les nitrates auxquels il peut donner naissance ne sont peut-être pas sans influence sur la désa- grégation. Son abondance dans les loches en décomposition fait penser que son rôle est loin d'être négligeable et qu'il faut conqUer avec lui comme avec toutes les actions continues, même alors qu'elles sont très lentes. Nous avons surtout recherché sa présence dans des conditions où 444 ANNALES UK LA SCllvNCK AGRONOMIQUK. In végétalioii ne peut pas se produire. En effet, dès que celle-ci ap- paraît, il se forme aussitôt de la terre végétale, qui l'<;1 toujours uu loyer de développement de ferment, même alors que les conditions de la nilrilication ne sont pas réalisées. En présence de ces terres, nos résultats eussent pu avoir moins de signification. Mais, si nous sommes conduits à atlrihucr à ces organismes un rôle dans la désagrégation des roches, il faut admettre que son ac- tion se continue sur les éléments déjà divisés et contribue dans le sol à réduire en particules plus petites les fragments grossiers. Cette action aurait, au point de vue agiicole, une impoitance considérable, car on sait que ce sont à peu près exclusivement les parties fines qui cèdent aux racines des plantes les substances minérales nutritives. Conditions du dévcloppeinent du micrococciis. — Gomnn.' chez tous les organismes végétaux, et (mi particulier chez les ferments, le dé- veloppement et l'activité du micrococcus de la niti'ilication sont in- lluencés par la chaleur, il y aura donc des intermittences et sur les hautes montagnes où la température est très basse pendant la plus grande partie de l'année, un ralentissement d'activité doit se pro- duire. Cependant, le ferment vit à ces basses températures, et il n'attend que le moment où la chaleur solaire se fait sentir pour re- prendre ses fonctions. Dans les régions élevées, l'air est d'une trans- parence plus grande et les rayons solaires ont une intensité quej'ac- tinomètre accuse avec netteté. Nous avons souvent vu la température de la roche s'élever à 40 degrés lorsque l'air ambiant était voisin de degré. Dans des conditions pareilles, le ferment peut se multiplier et remplir ses fonctions, malgré la basse température de l'air (jui l'entoure. Nous venons de dire (jue le froid ne le tue pas; cela est h tel point vrai, au moins pour les températures les plus basses ([ui se produi- sent sous nos climats dans les montagnes, qu'on le retrouve en abon- dance et parfailemenl vivant sous les glaces éternelles des glaciers, où la lempéi'ature ne s'élève jamais au-d(îssus de degré. Au Pic du Midi, je l'ai retrouvé sous des neiges qui avaient per- sisté depuis plusieurs années. Dans les Alpes, au Mont-Blanc, près des Grands-Mulets, la roche, après avoir été mise à nu par l'enlèvement de l'épaisse couche de SUR LA DISSÉMINATION DU FERMENT NITRIQI'E. 44') i>lace qui la recouvrait probablement depuis des milliers d'amiées, se trouvait couverte de fei-ment nitrique, toutes les parties désagré- gées prises sous les glaces en contenaient un grand nombre. Sur les glaciers de Grindclwald, dans l'Oberland bernois, j'ai |»ii faire la même constatation. Les parties de la rocbe recouvertes do glaces ont toujours ensemensé les milieux stériles. Cette roche est constamment humide par le contact de la glace et, par suite, offre un milieu favorable; mais on peut se demandei- comment le ferment vit et se reproduit à une température ne dé- |)assant jamais degré. Dans nos essais de laboratoire, nous ne l'avons pas vu, M. Schlœsing et moi, exercer son action chimique à une température inférieure à 5 degi'és. On peut donc se demander si cet organisme, si a])ondant sous les glaces, est capable de se multiplier à cette basse température ou s'il est là depuis l'origine du glacier, attendant après un sommeil de milliers d'années qu'une circonstance favorable lui permette de re- prendre ses fonctions. Si l'air ('lait chargé de ferment nitrique, on pourrait penser que les neiges et les pluies en apportent au glacier qui se renouve- lant par la surface et se détruisant au contact du sol, laisserait dé- poser ces organismes, à mesure de la fusion, dans les parties placées sous la glace, où ils pourraient s'accumub r. Mais nous savons qu'ils sont rares dans l'air: je n'en n'ai pas généralement rencontré dans les neiges des montagnes, recueillies avec des précautions spéciales. Il y a donc lieu de croire ou à la possibilité d'une multiplication à une température ne dépassant pas degré, ou à un engourdissement dont l'origine remonte à une époque géologique éloignée. On sait que la nitrification ne peut s'accomplir que lorsque le mi- lieu est alcahn; dans les terres végétales, c'est le calcaire qui joue le rôle d'alcali. Mais ce ferment n'en peut pas moins vivre et se dé- velopper dans des milieux dépourvus d'alcali et même acides, où sa principale fonction cbimiijue ne peut pas se produire. On le trouve dans des sables siliceux purs, dans les terres de landes de nos ré- gions granitiques, dans la tourbe et la terre de bruyère. Cela explique comment nous le retrouvons même là où aucune ni- trification ne peut se produii'e, par suite de la composition du miheu. 446 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Dans ces conditions, il se borncà opérer la combuslion delà matière hydrocarbonée à l'inslar des autres organismes aérobies. Lorsque dans les sols dépourvus de calcaire, l'accumulaiion des matières or- gani(jues a donné naissance à des substances acides, c'est là le cas. Mais il arrive aussi que dans du sable siliceux pur, la faible alcalinité que donne l'ammoniaque aérienne suffise pour que la nitrilication s'accomplisse. Mode de nulrU'wn. — Mais, comme tous les organismes dépour- vus de parties vertes, celui dont nous venons de nous occuper est incapable d'assimiler le carbone de l'acide carbonique aérien, il ne peut vivre et se multiplier qu'à la condition de trouver une matière carbonée, résidu de la vie organique. Dans la terre végétale, la matière carbonée estabondante, aussi est-ce là le milieu dans lequel il se déve- loppe de préférence ; mais sur les roches où nous l'avons observé, surtout sur celles qui sont placées au-dessous des limites de la vé- gétation, on peut se demander quelle est la source de la matière car- bonée qui lui sert d'aliment. La présence de cette matière carbonée est facile à constater. En chauffant, en vase clos, les particules de roche dans lesquelles nous avons trouvé le ferment, nous les avons toujours vues noircir par la formation de traces de charbon. C'est dans l'air et les eaux météoriques que nous devons chercher l'apport de l'ahment carboné. On sait que les eaux pluviales con- tiennent des traces de substances organi(]ues, non seulement en suspension, mais aussi-en dissolution. Au Pic du Midi, à près de oOOO mètres d'altitude, les eaux de pluie et de neige donnaient tou- jours, par l'évaporalion, un résidu contenant de la matière organique. J'ai montré qu'elles renferment également de l'alcool aussi bien à cette altitude que dans les régions inférieures de l'atmosphère. 11 y a donc là une source de carbone pour les organismes de hautes altitudes. Il y en a une autre encore : c'est l'alcool qui existe à l'état de va- peurs dans l'air. Je rappelle ici (ju'après avoir constaté que l'alcool se forme en notable (|uanlité dans le sol pendant la décomposition des résidus organicpies, j'ai été amené à admettre qu'en raison de sa volatilité, il se dégage dans l'air. Comment cet alcool à l'état de vapeur peut-il être utilisé par des êtres organitjues fixés aux éléments terreux ? SUR LA DISSÉMINATION DU FERMENT NITRIQUE. 447 Une expérience très simple m'a pciinis de me rendre comple de son absorption. Dans un godcl, on a place du terreau calcine, absolument dépourvu de matière organique, et l'on a ensemencé d'une trace de ferment nitrique. A côté de ce godet, se trouvaient deux verres, dont l'un con- tenait de l'alcool étendu de vingt fois son volume d'eau et une so- lution de carbonate d'ammoniaque à i p. 100. On a recouvert d'une cloctie et abandonné pendant deux mois à une température de :20 à oO degrés. La vapeur d'alcool et l'ammoniaque gazeuse qui se développaient dans ralmosphèic de la cloche étaient donc, avec les éléments mi- néraux du terreau calciné, les seuls aliments des ferments. A la fin de l'expérience, on a constaté (jue du nitrate s'était formé en quan- tité sensible dans cette terre qui, chauffée en vase clos, a noirci, ce qui indique la formation de matière carbonée. Non seulement le ferment a pu se nourrir et se développer aux dépens des éléments gazeux de cette atmosphère artificielle, mais encore il a pu les (ransformer après les avoir fixés dans ses tissus, en une sorte de terreau analogue à celui qui résulte de la décompo- sition des résidus des êtres organisés. Quant à la source de l'azote dont ils ont besoin pour leur déve- loppement, nous la trouvons dans l'ammoniaque et les nitrates que renferment les eaux pluviales, ainsi que dans rammonia(jue gazeuse de l'air. Ce moiJe de nutrition permet à ces organismes de se développer en dehors des milieux où la vie végétale et animale laisse ses débris. EX4MKN PRÉLIMINAIRE KT ÉCHANTILLONNAGE DES ENGRAIS M. Achille MUNTZ PROFBSSEUK A l/lNSTlTDT NAUONAI, AOliONOUIQLK '. 1. — Analyse qualitative des engrais. Il arrive souvent que l'on ne connaisse pas la nature d'un engiais. Dans ce cas, avant de procéder au dosage, il faut opérer la consta- tation des substances fertilisantes qui existent dans cet engrais. Acide pliospitoriqiœ. — Qwelques parcelles d'engrais équivalant à un petit nombre de centigrammes sont traitées à l'ébullilion dans un tube à essai par 2 ou 3 centimètres cubes d'acide azotique éten- dus de leur volume d'eau; après quelques minutes d'ébullition, on laisse déposer et, au moyen d'un tube étii'é, on prélève une portion du liquide clair surnageant, qu'on introduit dans un autre tube à essai, et on y ajoute 4 ou 5 centimètres cubes de nitro-molybdatr d'ammoniaque. S'il y a de l'acide jdiospborique en quantité appré- ciable dans l'engrais, on voit au bout de peu de tonqis se former le précipité jaune caractéi'istique de jtliospbo-niolybdale ; si l'on avait 1. Cette notice est extraite d'uii ouvrage que A. Miiiitz vient de pul)lier à la liljrairii' veuve Dunod sous le titre : Analyse citimique. Mélhodes analyliqites appliquées aux substances agricoles, dont on trouvera uno doscription plus complète à l'article B>- hiiorjraplde. Encyclopédie chimique, tome IV. Gr. in-s" avec planclies. 188S. l'aris. KXVMEN PnÉMMIX.VinE KT ÉCHANTlLr.ONNAGE DES ENGRAIS. 449 cliauile à 60' ou 80°, ce précipite eût apparu iustanlanémcnt. Celle mauière d'o[)érer ne permet de reconnaître que la présence tie l'acitle phosphoriqne, sans indi(pier à quel état il se Irouve. Phosphate soluble dans Veau. — Quelques centigraninies d'en- grais sont traités par 3 ou 4- centimètres cubes d'eau, dans un pelit verre à pied, en triturant avec un agitateur; au bout de ipichpies minutes, on verse sur un tout petit filtre et on recueille une partie du liquide qui passe dans un tube à essai; c'est à ce liquide qu'on ajoute encore du nilro-molybdale d'ammoniaque, comme dans la recherche précédente. Recherche de l'ammoniaque. — On place :2 ou 3 décigrammes de matière dans un tube à essai, et on les imbibe d'une solution de po- tasse à 7^; en chauffant légèrement, on perçoit l'odeur de l'ammo- niaque ; un papier de tournesol rouge préalablement humecté bleuit quand on l'approche de l'orifice du tube, et une baguette imprégnée d'acide chlorhydrique répand des fumées blanches. Il est bien entendu que nous nous plaçons dans le cas d'un engrais commercial, où il ne s'agit que de constater grossièrement la présence de sels ammo- niacaux, et (pie s'il n'y avait (ju'une faible trace d'ammoniaque, à peine sensible aux réactifs dont nous venons de parler, cela pourrait tenir à la décomposition des matières organiques azotées et il n'y aurait pas lieu, dans ce cas, de procéder à un dosage de l'ammo- niaque. Recherche des nitrates. — On met quelques décigrammes d'en- grais dans un tube à essai, avec cpielques morceaux de tournure de cuivre, on humecte légèrement avec de l'eau, et on ajoute 2 ou 3 centimètres cubes d'acide sulfurique ; en chauffant, on voit se dé- gager des vapeurs rutilantes. On peut encore employer le réactif de Desbassyns de Richemont, qui est d'une très grande sensibilité ; quelques centigrammes de ma- tière sont humectés de 5 ou 6 gouttes d'eau, on laisse déposer après avoir trituré avec un agitateur. D'un autre côté, dans un petit verre à pied, on a mis 4 ou 5 centimètres cubes du réactif de Desbassyns, puis avec un agitateur, on prélève une goutte du liquide clair, et on la fait tomber à la surlace du réactif de Desbassyns. — S'il y a du nitrate, on voit apparaître un anneau rose à la surface du réactif AN.S. SCIENCE AGHO.N. — 1,SS7. — I. 20 450 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. et, Cil agilaiil celui-ci, il prend une teinte rosée, d'autant plus in- tense que la quantité de nitrate est plus forte. Il faut avoir bien soin de ne pas mettre plus d'une goutte de la li(iueur à essayer, parce qu'avec une quantité plus grande la réaction ne se produit pas. Il est très important de constater la présence des nitrates dans les engrais, parce que chaque fois qu'il en existe, le dosage de l'azote par la chaux sodée devient impossible. Réactif de Desbassyns de Richemont. — On prend de l'acide sul- furique distillé, préalablement bouilli, on y ajoute 5 p. 100 de son poids de sulfate de proloxyde de fer finement pulvérisé et on con- serve dans un flacon bouché à l'émeri. Il doit être incolore. Pour se servir du réactif, on en verse 4 ou 5 centimètres cubes dans un petit verre à pied, on laisse tomber, le long de la paroi, une seule goutte du liquide dans lequel on recherche le nitrate; il doit se produire une coloration rose, sous forme d'un anneau, à la partie supérieure du réactif. En agitant, tout le réactif se colore en rose plus ou moins foncé. Lorsqu'on est en présence de quantités extrêmement petites de nitrates, il faut au préalable concentrer la liqueur de manière à la ramener à un volume de quelques gouttes. Dans aucun cas il ne faut mettre plus de deux gouttes de liquide dans le réactif, dont réchauffement ferait disparaître immédiatement la coloration. Azote or^ftîi/^z^e. 'Lorsqu'il n'y a pas d'ammoniaque, il est facile de reconnaître l'azote organi(|ue ; on n'a qu'à mettre quelques dé- cigrammcs de matière dans un tube bouche par un bout avec un peu de chaux sodée en poudre et chauffer sur un bec de gaz au rouge sombre; la matière dégage des vapeurs ammoniacales, qu'il est facile de reconnaître. Si on avait constaté la présence de sels ammoniacaux, il faudrait d'abord enlever ceux-ci par un lavage à l'eau et opérer sur le résidu insoluble desséché, comme nous venons de le dire. Potasse. — 1 ou 2 grammes d'engrais sont traités par 4 ou 5 cen- timètres cubes d'eau ; on triture avec une baguette, on laisse dépo- ser et on prélève, avec un tube étiré, un peu de cette liqueur, qu'on met dans un verre à pied, en y ajoutant 1 cenlimèlre cub;; environ d'hyposulfile de chaux, autant de liqueur de bismuth et 10 centi- EXAMliN PUÉLIMINAIRE Eï ÉCHANTILLONNAGE DES ENGRAIS. 451 mètres cube d'alcool conceiilré. — S'il y a de la potasse, il se forme le précipité jaune caracléiislique d'iiyposulfitc double de j)olasse et de bismuth. Les deux réactifs dont nous venons de parler sont d'ailleurs les mêmes que ceux dont nous avons donné la préparation on parlant de la méthode Carnot. Recherche de la marpiésie. — l gramme environ d'engrais à essayer est traité à chaud par 5 centimètres cubes d'acide azotique et autant d'eau ; on filtre sans laver, et on verse, dans la liqueur qui a passé, de l'acide citrique et de l'ammoniaque, comme s'il s'agis- sait d'un phosphate, puis finalement on additionne de 2 ou 3 centi- mètres cubes de phosphate de soude; on agite et on laisse reposer pendant quelque temps. S'il y a de la magnésie dans le mélange, on la reconnaîtra au précipité cristallin caractéristique de phosphate ammoniaco-magnésien. Il est très important dans l'analyse des superphosphates de s'as- surer de la présence de la magnésie, parce que des précautions spé- ciales sont à prendre dans ce cas pour le dosage. La matière organique met généralement obstacle au dosage ri- goureux de l'acide phosphorique ; chaque fois qu'on ne risque pas de modifier l'état de l'acide phosphorique, il est prudent de la dé- truire par la calcinalion. On en reconnaît facilement la piéscnce au simple aspect et avec plus de sûreté en chaufiant l'engrais dans un tube bouché par un bout. La carbonisation et le dégagement de goudrons sont un indice certain de la présence des matières orga- niques. g 2. — Échantillonnage des engrais. Il convient d'apporter les plus grands soins à la prise d'échantil- lon des engrais ; car souvent les divergences dans les résultats des analyses proviennent de ce qu'on n'a pas porté une attention suffi- sante à cette opération. Les engi"ais se présentent souvent sous forme de matière pulvé- rente, fine et par conséquent très homogène; tels sont les phos- phates naturels ou précipités, le sang desséché, etc. Dans ce cas, on prend sur la livraison, au hasard, un certain nombre de sacs ou de 452 ANNALES DK LA SCIENCE AGRONOMIQUE. tonneaux renfermant l'engrais. On y plonge une sonde par des trous pratiqués ad hoc et on la dirige dans tous les sens, et on dépose la malièrc extraite à chaque coup de sonde, sur une surface très propre; on fait à la pelle un mélange intime et on prélève sur ce petit tas un échantillon de 300 à 400 grammes qu'on place immédiatement en flacon bouché. On opère de même à la sonde quand l'engrais est en tas, en pre- nant soin de faire pénétrer l'instrument dans toutes les directions; et si on ne peut pénétrer facilement, on doit praticpier des tranchées traversales. Si l'engrais est pâteux ou très compact (superphosphates, sulfate d'ammoniaque, etc.), la sonde ne peut pas pénétrer; et il faut dans ce cas vider sur des dalles ou sur un sol très i)ropre un certain nombre de sacs ou de tonneaux ; bien mélanger à la pelle, en broyant et émiellant la matière. Sur ce tas, on prélève un échantillon qu'on pulvérise et qu'on introduit dans un flacon. Les pierres ne doivent jamais être rejelées ; elles doivent toujours figurer dans l'échantillon proportionnellement au poids qu'elles ont dans l'engrais même. L'échantillon prélevé doit être d'autant plus important que la matière est moins homogène. Quand l'engrais est liquide (matières de vidanges, fumier, etc.), on doit, au moment de puiser l'échantillon, remuer énergicjuement de manière à mettre toutes les parties solides en suspension. Mais il peut se présenter des cas où l'engrais s'offre dans deux couches de différente densité, l'une qui se dépose, l'autre qui surnage ; dans ce cas, on prélève séparément un échantillon proportionnel des deux parties, et on les mélange ensuite, ou bien on les analyse séparé- ment suivant le cas. Lorsque l'échantillon arrive au laboratoire, le chimiste, avant de procéder à l'analyse, doit préparer la matière avec le plus grand soin. Si l'engrais est homogène, sec et pulvérulent, il suffît de verser le contenu du flacon sur une surface très propre et de le mélanger très intimement à la main ou à l'aide d'une spatule pour lui donner une homogénéité parfaite. Les parties grossières doivent être pulvérisées au mortier et mé- langées aux parties fines; il arrive cpie l'engrais est trop pâteux et EXA^^EN PRÉLIMINAIRE ET ÉCHANTILLONNAGE DES ENGRAIS. 453 ne peut passer au tamis, ni suMr l'action du pilon ; on peut alors avoir recours, soit au mélange avec un poids connu de nialière inerte telle que le sable de Fontainebleau, ou le plâtre, soit à la des- siccation; mais à la condition que l'élévation de température sera sans action chimique sur les principes constitulifs de l'engrais ; ainsi on ne i)eut sécher un mélange de nitrate et de superphosphate, à moins d'avoir la précaulion de neutraliser l'acidité par de la chaux. On ne peut dessécher un engrais contenant des combinaisons ammo- niacales volatiles, sans avoir soin d'y introduire de l'acide oxalique en poudre. Mais cette addition d'acide oxalique n'est plus permise si l'engiais contient en même temps de lacide nitrique; car on auiait à redouter le déplacement de ce principe ; il faut, dans ce cas, préparer deux échantillons, l'un avec acide oxalique destiné au dosage de l'ammoniaipie, l'autre sans acide oxalique pour le dosage du nitrate. Quant aux engrais très peu homogènes, tels quechitï'onsde laine, rognui'es, débris et déchets de toute sorte, il faut avoir recours soit au moulin, soit aux ciseaux ou à la hache, en un mot diviser la ma- tière et l'amener au plus grand degré de finesse et d'homogénéité. Le dosage de l'humidité doit précéder toutes les manipulations qui exposent la matière à l'air hbre et peuvent lui faire perdre de l'eau. g 3. — Échantillonnage du fumier de ferme. Il est difficile d'obtenir un échantillon représentant exactement la moyenne d'un tas de fumier. Le procédé qui nous paraît le plus re- commandable et qui nous a fourni les meilleurs résultats est le suivant : 1" Tas de fumier recouvrant le sol des établcs et fumier entier. Les ouvriers qui enlèvent le fumier pour le porter aux champs le prennent à la fourche et le chargent sur le tombereau ; on a soin de faire mettre de côté sur un endroit propre et bien balayé le contenu d'une fourche à intervalles très réguliers (1 pelletée sur 10 ou 20). On constitue de la sorte un fort échantillon représentant aussi exac- tement que possible l'ensemble du chargement. Si on opère pour ainsi dire le fanage de cet échantillon, on sépare ti'ès nettement deux parties, l'une pailleuse et une autre bien plus fine qui passe à travers les dents de la fourche. On pèse ces deux 454 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. parties séparément et on les éehanlillonnc séptirément aussi. La ma- tière fine est étalée sur le sol ; les parties compactes sont divisées, et fmalcmont on fait dans un grand nombre de points, à la pelle ou à la main, des prises d'échantillons qu'on réunit et qu'on mélange encore une fois et dont on pèse un poids proportionnel. Quant à la partie pailleuse, on l'étalcsurlc sol ; on l'écliantillonne en tous sens et l'échantillon ainsi formé est divisé en parties fines sur un billot au moyen d'une hache très tranchante, qui remplace le hache-paille. 11 est alors très facile de prendre sur cette partie rela- tivement fine un échantillon proportionnel qu'on réunit au précé- dent. On obtient ainsi une représentation aussi fidèle que possible du tas de fumiei* envisagé. Les opérations doivent se faire très rapidement, le matin autant (|ue possible, à l'ombre et an frais, pour éviter les dégagements d'ammoniaque. 2° La dessiccation du fumier exige une atteiiliuii LouLe particu- lière ; le chimiste doit avant tout éviter les dégagements d'ammo- niaque extrêmememt abondants. L'échantillon prélevé comme nous l'avons dit (2'''', 500 à 5 kilogr.) est placé dans une terrine et par couches minces; à l'aide d'une pipette à jet très fin et contenant en solution une quantité connue d'acide oxalique (50 à l-OO grannnes), on fait un arrosage de manière que chaque jiarlie soit en contact avec l'acide oxali(|uc ; on brasse et on mélange très intimement, puis on porte à l'étuve. Si pendant la dessiccation on percevait encore l'odeur ammoniacale, on aurait soin d'arroser immédiatement avec une solution acide. La quantité d'acide oxalique employée doit être rigoureusement notée et (m doit dans les calculs d'analyse en tenir compte. ? 4. — Prise d'échantillon des gadoues ' ou boues de ville, balayures de rues. L'enlèvement des détritus, des ordures ménagères, des balayures des rues, des déchets de toute sortes provenant des halles et niar- 1. Le nom de gadoues, à l'aris et iam les grandes villes, est réservé aux lûmes ei balayures de villes ; dans le iS'ord et l'Est, ce nom est plus spécialement appliqué au\ matières de vidantes. EXAMKX PRKMMIN.VIUK KT ÉCHANTILLONNAGE OKS ENGRAIS. 450 elles, préoccupe à juste lilie les uiunicipiUilés, ipii généralrmeiit ineltent ces entreprises en adjudication. Les adjudicataires trouvent récouiciuent de ces produits chez les agriculteurs et surtout chez les maraîchers. Il y a là pour les feiines situées près des villes, une source considérable de matières fertilisantes à bon marché. .Mais rien n'est plus variable que la composilion de ces gadoues; on ne devrait donc acheter ces matières que d'après leur composition chi- mique établie par l'analyse. L'écliantiUuunai/c. — La prise d'échantillon est une opération 1res importante et aussi très difficile; car il est peu de matières (|ui soient aussi peu homogènes. Aussi insisterons-nous sur la manière dont il convient d'opérer. Le plus souvent, de gramls tombereaux par- courent les rues, enlèvent les matières déposées en petits tas et les transportent soit à un dépotoir où l'agriculteur vient ensuite les enle- ver, soit sur de grands bateaux qui les transportent au lieu d'utilisii- tioii. — Lorsque les matières sont fraîches, elles portent le nom de gadoues vertes; lorsqu'elles sont restées en tas, leur aspect et leur nature sont complètement modiliés, et l'échantillonnage sera difle- rent dans les deux cas. 1" Gadoues vertes. — Le mieux est d'assister au déchargemeiil des voitures, et de prélever dans chaque voiture, à trois reprises difterentes, à-l'aide d'une grande pelle el sans faire aucun triage, la malière telle qu'elle sort du tombereau. Sur un endroit sec et bien balayé, on réunit ces échantillons partiels. Ouand on a opéré de la même façon sur un grand nombre de voitures, on mélange à In pelle et à la fourche tous ces échantillons, et i>u charge une voilure pour les transporter près du laboratoire, à moins (pi'on ne puisse sur le champ même faire la prise défmilive d'échantillon. Sur ce |)reinier échantillon, composé de papiers, détritus de toutes sortes, végétaux et animaux, terres, pailles, bois, ceniires, pierres, coquilles d'huîtres, verre et porcelaine cassés, etc., il s'agit de pré- lever un échantillon déiinitif représentant aussi exactement (pie pos- sible la moyenne générale. Voici comment nous opérons : On étend en couche mince la matière sur le sol; deu\ h(»iimie> s'arment d'une fourche à trois dents et la secouent, en opérant comme font les faneurs pour le foin ; les parties lourdes se déta- 456 ANNALKS DK LA SCIENCE AGIIONOMIQUE. client cL tuiiibcnl mit le sol. Gi3 qui est retenu sur la fourche est mis de côte et remis en tas. Celle manipulation sépare le tas en deux parties distinctes : 1" Matières terreuses lourdes; 2° matières organiques légères. Les matières terreuses sont jetées sur une claie dont les mailles sont espacées de 1 centimètre environ, et à laquelle on a soin de donner une forte inclinaison ; les parties (jui passent à travers les mailles sont fines ; on les rend homogènes très facilement à la pelle ; on les pèse et on prélève un échantillon, en les étendant sur le sol en couche mince et en prenant par pincées dans un grand nombre de points. Quant aux parties n'ayant pas passé à la claie, on les trie à la main, mettant de côté les pierres, coquilles, etc., et rajoutant tout ce qui peut avoir une valeur fertilisante sur le tas de matières pré- cédemment enlevées à la fourche. Celles-ci sont étalées en couches minces; on les fouille 1res soigneusement à la main, de façon à extraire les coquilles, pierres, morceaux de verre, charbon, coke, etc., etc., qui n'ont aucune valeur; toutes ces parties pierreuses sont réunies, pesées et rejetées. Les matières pailleuses et organiques, débarrassées de pierres, sont pesées, puis échantillonnées en tous sens à la fourche ; le petit tas prélevé est coupé sur un billot au moyen d'une hache ; les mor- ceaux découpés sont intimement mélangés, étendus sur le sol ; on en prend à la main de petites quantités qu'on réunit pour l'analyse. En résumé, par cette série de manipulations qu'on pourrait qua- lifier : « Analyse mécanique de la gadoue », on a divisé les gadoues en trois parties bien distinctes : i" Matières pierreuses, coquilles, verre, etc., sans valeur, d'un poids p 2° Matières fines, passant à la claie p' 3" — organiques végétales et animales p" Le poids total est P , «XlOO p'x\00 p"X'\00 , , , Les quotients de' — p ^ — p , ' 5 , donnent les pro- portions pour 100 de ces différentes paities. EXAMEN PRÉLIMINAIRE ET ÉCHANTILLONNAGE DES ENGRAIS. 457 11 V a inlérêl à analyser séparément les malières fines et les ma- tières organiques ; mais ensuite on ramènera par le calcul à l'éclian- lillon brut. 2° Gadoues fermenlées. — Les gadoues vertes mises en tas se dé- composent très rapidement; il y a un dégagement de chaleur intense et au bout de peu de mois le tas s'est allaissé et transformé en ter- reau. Pour y prélever un échantillon, nous ouvrons une tranchée dans plusieurs endroits, et à la bêche nous faisons tomber de haut en bas une tranche de matière ; on réunit toutes les tranches, on les mélange intimement et un rem[)lit un sac qu'on transporte au labo- ratoire. Ce sac est étalé sur une aire propre, divisé à la pelle d'abord, puis la main devient indispensable pour séparer les matières pier- reuses et détritus sans valeur; on en établit la proportion. Ouant au restant, il est mélangé et échantillonné comme nous avons expli- qué plus haut. Dans chacun des échantillons prélevés on pèse exactement, après mélange, i kilogr. ou 2, et on met à l'étuve pour pouvoir ensuite broyer au concasseur, en prenant garde aux parties dures qui au- raient pu échapper au triage. L'analyse se poursuivra ensuite suivant les procédés indiqués pour les substances analogues et on dosera la chaux, la potasse, l'acide phosphorique et l'azote. Les résultats obtenus seront rapportés par un calcul très simple à l'échantillon brut. BIBLIOGRAPHIE I. LIVRES ET BROCHURES Études agronomiques. Première série (lSS5-l88Gi [3* édition], par L. r,i:\N- DK.vu, directeur de la Stalion agronomique de l'Est, membre du Conseil supé- rieur de l'agriculture, etc. 1 vol. in-12. — l'aris, Hachette et C'*, 18S7. Sommaire : Avant-propos. — I. La nutrition île la plante. — 11. La terre arable. — IIL Les aliments azotés de la plante. — lY. L'acide pliospiioriiiuc et la fumure azotée du sol. — V. Uôle de l'acide pliospliorique et do la potasse dans la nutrition de la plante. — \I. Les engrais commerciaux. — VH. Les scories phosphatées Thomas-Gilchrlst : leur composition. — YllI. Valeur ferti- lisante des scories Ciilclirist. — IX. Expériences de Downton et de l'err\ hill sur les scories Thomas-Gilclirist. — X. Expériences culturales de ïomblaine en 1885. — XI. La culture productive du blé. — XII. La culture du blé et le fumier de ferme. — XIII. Expériences de Cantoni sur la culture du blé. — XIV. Le fumier de ferme et sa valeur. — XV. Les champs d'expériences. Leur utilité. — XVI. Champs d'expériences de Tomblaine. — XVII. Les cliamio d'expériences et de démonstration. — XMII. Création et organisation des champs de démonstration et d'expériences. — XIX. Les syndicats agricoles. — XX. La fraude des engrais et les stations agronomiques. — XXI. Les stations agronomiques et le contrôle des semences. Études agronomiques. Deuxième série (1886-1887), par L. C.ranukau, directeur de la Station agronomique de l'Est, membre du Conseil sui)éri'ur de l'agriculture. 1 vol. in-12. — Paris, Hachette et C'", 188S. Sommaire : Avant-propos. — I. Le commerce du blé et du bétail dans le monde. Le blé aux États-Unis. — II. Le commerce du blé aux Étals-Unis. — III. La production du blé dans les Indes anglaises. — IV. Le prix de revient du ble aux Indes et sur les marchés d'Europe. — V. La production et la consommation du blé en France de 1820 à 1880. — VI. Le prix de revient du blé. — VII. lu- lluence de la fumure sur le prix de revient en agriculture. — Mil. La culture expérimentale du blé devant ta Chambre des députés. — IX. La semaille des blés et la création des races améliorées. — X. Les engrais phosphatés à bon marché. Les scories Thomas-riilchrist. — M. Classification et valeur agricok- des phosphates naturels. — XII. Quelques résultats de culture du blé en France. BiBLiOGUArniH. 459 — XlII. Les cliamps de dômonstrutioii. — XIV. Los plantes fourragères et les prairies. — XV. La législation sucrièrc en Kuropc. — XVI. l/aliniciitation du bô- taiL — XVII. La Suisse agricole et l'industrie du lait. — XVlil. Une excursion en Espagne. — L'Kspagnc agricole. — Excursion en Andalousie. — Caractères de l'agricidture de cette région. — i/cnseigueuienl agricole en Espagne. — XIX. L'agriculture à l'E.xposilion universelle de IbSi). — Ce que devrait ôlre l'exposilion agricole en 1S89. — Du hut à atteindre. — XX. L'agriculture et le liant enseignement universitaire. — Une amélioralion iniporlante à intro- duire dans l'enseignement des l'acultès des sciences. L'Alcool, la santé publique et le budget, par M. L. Gu.\xnE.\u, doyen lie la Eacultô des sciences de iXancy, directeur do la Station agronomique de l'Est, membre du Conseil supérieur de l'agriculture, etc. 1 vol. in-S". — Paris, librairie du Temps, ô boulevard des Italiens, tsss. SoMM.uiŒ : Les ravages et les progrès de l'alcoolisme. — La consommation des alcools (Ml France — Les alcools d'industrie et la santé publique. — Les privi- lèges des bouilleurs de cru. — État de l'industrie des alcools. — Analyse des alcools d'industrie. — .Métliode de M. Ivar bang. — Épuration des alcools : procédé lîang et Rudui. — Li's remèdes à l'alcoolisme. — llésumé et con- clusions. Bibliothèque de l'Enseignement agricole, publiée sous la direction de M. A.Muxiz, professeur à l'instilul ualioual agronomique. — Taris, librairie Firmin-Didot et C'". Le nom de M. Acbille Miintz, professeur à l'Institut national agronomique, l'un de nos collaborateurs les i)lus distingués et les plus savants, est trop connu des lecteurs des Annules, pour qu'il nous soit nécessaire de beaucoup insister sur l'importance et l'intérêt de la série d'ouvrages traitant toutes les questions agri- coles, dont la Bihlùitlu-qiic ilc l'Enseignement agricole a inauguré cette année lu publication. Tous ceux qu'intéresse, à un titre (lueleoiuiuo, l'avenir de l'agricnllure française, devront une vive reconnaissance à M. A. .Milnl/, (jui aura ainsi comblé une lacune des plus regrettables dans notre littérature agricole; il n'existait jusqu'ici, en toutes ces matières, à part quelques livres récents, que de vieux traités, peu an courant des [irogrès modernes, fit certainement cette disette do bons ouvrages faisait bcaucouii de tort au développement de l'enseignement agricole. En parcourant la liste des prinoi[)aux rèilacleurs, que nous donnons ci-après, ou constatera que ,M. A. Milnlz a su s'adjoindre comme collaborateurs, pour celte (cuvre si utile, les personnalilés les jilus marquantes dans les branches si variées des sciences agrononiiiines. do la prati(ine ol do la teclini(|Ut! agricoles. 460 ANNALES DE LA SCIENCE AGUONOMIQUE. LISTE DES PRLNCIPAUX UÉD.VCïEUHS : MM. Dakun, professeur à l'École nationale d'Alfort. huiTEL, inspecleur gvuéral de reuseigucmciU agricole, professeur à riiislitut ualioual agrouoniique, membre de la Société nationale d'agriculture. GoRNEVLN', professeur à l'École vétérinaire de Lyon. Gauwun, maître des requêtes au Conseil d'Étal, professeur à l'Institut na- tional agronomique. Aimé UiiiAiiu, professeur au Conservatoire des arts et métiers et à l'Institut national agronomique, membre de la Société nationale d'agriculture. A. Ch. GniARD, chef du laboratoire de chimie de l'école d'application de l'Institut national agronomique. L. Grandeau, doyen de la Faculté des sciences de iN'ancy, directeur de la Station agronomique de l'Est. Lavalaiu), administrateur de la Compagnie générale des omnibus, profes- seur à l'iustilut national agronomique, membre de la Société nationale d'agriculture. Legouteux, professeur au Conservatoire des arts et métiers et à l'Institut national agronomique, président de la Société nationale d'agriculture. MuNTZ, professeur à l'Institut national agronomique. Prillieux, inspecteur général de renseignement agricole, professeur à l'Ins- titut national agronomique, membre de la Société nationale d'agriculture. PuLLiAT, professeur de viticulture à l'Institut national agronomique. Risler, directeur de l'Institut national agronomique, membre de la Société nationale d'agriculture. Ronna, ingénieur, membre du Conseil supérieur de l'agriculture. Roux, directeur du laboratoire de M. l'asteur. ScHLQEsiNG, membre de l'Académie des sciences et de la Société nationale d'agriculture, directeur de l'École d'application des manufactures natio- nales, professeur au Conservatoire des arts et métiers et à l'Institut na- tional agronomique. TissEUAND, couseiller d'État, directeur au ministère de l'agriculture, membre de la Société nationale d'agriculture. Trois volumes de la Bibliothèque de l'Enseignement agricole ont déjà paru à la librairie l'irmin-Didot et C'®; nous en donnons une courte analyse. Herbages et prairies naturelles, par M. Amédé Boitel, inspecteur gé- néral de l'enseignement agricole, professeur à l'Institut national agronomique. 1 vol. iu-8" de 7Ô9 pages, avec 120 ligures dans le texte. — l'uris, Firmin-Didot etC'«. lhS7. Dans ce volume des plus instructifs, M. A. Boilel étudie les prairies et les pâturages dans toutes leurs conditions de sol, de climat et de fumure. Il nous enseigne la création des prairies, le choix des espèces à y introduire, les soins à leur douner et leur récolte. Un chapitre spécial est consacré à la description des plantes spontanées des prairies et des pâturages et a l'appréciation de leur HIBLIOGRAPHIK. 46J valeur nutritive poui le bétail. Dans la deuxièrac partie de l'ouvrage, l'auteur nous décrit les prairies et les herbages des diverses régions de la France, de la Suisse et de l'Algérie. Ce livre est, on le voit, une mouograpliie complète de la prairie, par un des hommes qui connaissent le mieux en France les questions qu'ils traitent. Des Plantes vénéneuses et des empoisonnements qu'elles dé- terminent, par M. Ch. Cou.vkvin, professeur à l'École vétiriiiaire de Lyon. 1 vol.iu-S^de 600 pages, avec GO ligures dans le texte. — l'aiis, Firmin-Didot et C'«. 18S7. Voilà encore un livre appelé à rendre aux cultivateurs les plus grands ser- vices : il est le fruit d'expériences et de recherches poursuivies depuis des années par le savant professeur de riicole de Lyon. C'est, comme ledit lui-môme fauteur dans sa préface, le bilan des connaissances actuelles sur un sujet aussi inté- ressant au point de vue de l'hygiène publique qu'à celui de l'alimenlatiou des animaux de la ferme. 11 renferme des renseignemenis précieux sur les empoison- nements des animaux de la ferme par les plantes vénéneuses : de pareilles notions faisaient jusqu'ici complètement défaut à nos agriculleurs qui subissaient souvent de fortes pertes d'argent, par suite de la présence de ces plantes dans les rations qu'ils donnaient à leur bétail. Les vétérinaires eux-mêmes y rencontreront d'u- tiles indications sur une partie de l'hygiène et quelques points de pathologie. Une analyse détaillée il'un ouvrage aussi complet n'est guère possible : nous en donnons les titres des principaux chapitres, en recommandant vivement ce vo- lume plein de documents nouveaux. Premicre partie. — Étude générale des poisons d'origine végétale et des intoxi- cations qu'ils occasionnent. Article premier. — Formation des poisons d'origine végétale. — Causes qui riniluencent. — Article II. — Réactions de l'organisme animal eu préseuce des poisons. Deuxième partie. — Étude spéciale des plantes vénéneuses et des empoisonne- mcnis qu'elles occasionnent, l'remière section. — P/ianrrogames gymnospermes. Deuxième section. — P/ianérof/ames uuginspennes. — Premier sous-groupe : Mouocotijlcdoncs vénéneux. — Deuxième sous-groupe : Dicotylédones vénéneux. — [Apétales, dialypétales et gainopctale^.] Table al[)habétique des espèces et variétés signalées. Les Engrais. Tomel, par il.M. A. Mïj.ntz. professeur à l'Institut national agrono- mique, et .\. Ch. (jiii.\i!D. chef du laboratoire de chimie lie l'école d'iip|)licalion de l'iusliint national agronomique. 1 vol. in-6" de jGj pages avec 21 ligures dans le texte. — l'aris, librairie Firmin-Didot et C*. 1888. M. L. Grau leau, dans sa revue agronomique du Temps (29 novembre 1887), a déjà annoncé l'apparition du Traité des engrais de .»l.ii. .uilnl/. et Giranl ; nous ne pourrions mieux faire qu'en reproduisant ici les termes mêmes de cet article : 402 ANNALKS Dli LA SUlliNCK AOUONOMIQ LK. " M. A. Miiiitz, professeur a l'Iiistitiil iialioual agronomique, l)ion coimu tlii iiioiulc savant par ses travaux marqués au coiu de l'originalité et de la plus rigoureuse précision, (jualités maltresses ([u'on trouve rarement réunies au même degré, vient de publier, en collaboration avec M. A. GIi. Girard, sou préparateur, un traité des engrais. I. Un exposé des principes généraux de l'alimentation des plantes comprenant l'élude du développement du végétai, celle de l'atmosphère et du sol, et l'examen des principales cultures, au point de vue de leurs exigences en principes ferti- lisants, forme la première partie de l'ouvrage. La seconde est consacrée au fumier de ferme : la composition des excréments des animaux, de leurs litières, les réactions cliimiques que subit leur mélange pour produire le fumier à ses divers états, la com|)Osilion du furuier, sa rérolte, sa conservation et son emploi; (les considérations économiques sur les fumures ; enfin, la valeur agricole et la valeur argent du fimiier y sont exposées à l'aide de très nombreux documents numériques des plus intéressants et des mieux groupés. « Les engrais produits dans les villes, gadoues et balayures, la question des vidanges et des eaux d'cgouts, leur traitement industriel et leurs appiicalions à la fertilisation des terres ont fourni aux auteurs la troisième partie du premier volume. Dans la quatrième et dernière sont réunis tous les documents relatifs aux engrais verts, c'est-à-dire à l'utdisation directe des plantes pour la fumure des terres. Le premier volume se termine par l'examen des décbets industriels d'origine végétale, résidus de fabrication des huiles grasses, de la distillerie, de l'amidonnerie, etc. « Comme on le comprendra aisément, '.m traité de ce genre n'est pas suscep- tible d'une analyse ; en le signalant aux propriétaires, aux grands agriculteurs, aux professeurs départementaux et à tous ceux qu'intéresse le problème capital de Tamélioration du sol, je puis leur allirnier qu'aucun ouvrage français ne ren- ferme un pareil ensemble de laits, de renseignements et de conseils aussi com- plet, aussi clair et d'une exposition plus heureuse et mieux comprise. » Tour donner une idée plus nette encore de l'imporlance de ce traité, nous jugeons utile d'indiquer ici la succession des dill'érenls chapitres: Première partie. — Principes généraux de l'alimentation des plantes. Introduction. — Chapitre premier. — Nutrition des plantes. — I. Origine des matières organiques. — 11. Origine des matières minérales. — Chapitre II. — Mécanisme d'absorption des racines. — Chapitre III. — Le sol. I. Les rociies et leur décomposition. — II. Composition clnmiciue et propriété de la terre ara- ble. — Chapitre IV. — Exigences des principales cultures en éléments fertili- sants. Deuxième partie. — Fumier de ferme. Chapitre premier. — Déjections des animaux. — Litières. — Production du fu- mier. — I. Composition des déjections solides et liquides. — 11. Litières. — III. Production du fumier en poids et en volume. — Chapitre 11. — Réactions chimiques et C()m[)Osilioii du fumier. — I. Réactions chimiques qui se produi- sent dans le fumier de ferme. — 11. Composition cliimitiue du fumier de ferme. — Chapitre 111. — Déperditions des principes fertilisants. — 1. Causes natu- BIBLIOGRAPHIK. 4G3 relies do déperdition d^'S matières i'ertilisaiiles dans le lïimicr. — II. Moyens d'éviter les pertes des matières fertilisantes. — Chapitre IV. — Kécolte, con- servation et emploi du luniier. — 1. Manière de conserver et de recneiilir le fnmier. — II. Emploi du luiuier. — 111. Utilisation du pnrin. — IV. l'arcage. — V. Rôle de la matière organique dans le sol. — Cliapitre V. — Considérations économiques sur l'emploi et la valeur du fumier. — 1. Agriculture soutenue par le fumier de ferme. — 11. Valeur du fumier de ferme. Troisième partie. — Engrais produits dans les villes. Cliapitre premier. — Fumier de cheval. — Chapitre II. — Déjections humaines. — I. Troduction, composition et valeur des déjections liiiraaines. — 11. Sys- tèmes employés pour recueillir les déjections. — III. Emploi din^ct îles ma- tières de vidanges. — IV. Traitement industriel des matières de vidanges. — Fabrication, composilion et emploi des poudrettes. — Chapitre III. — Gadoues et boues de villes. — Chapitre IV. — Eaux d'égout. Quatrième partie. — Engrais constitués par des substances végétales. Chapitre premier. — Engrais verts cultivés et résidus laissés parles récoltes. — I. Engrais verts cultivés. — II. Résidus des récoltes. — Chapitre II. — Engrais verts étrangers. — I. Plantes des forets et des landes. — II. riantes marines. — (loèmons. — Clia[iitre III. — Déchets indusiriels d'origine végétale. — I. Résidus de la fabrication de l'huile. — II. Résidus de brasserie, de distillerie, de sucrerie, de féculerie. — III. Résidus divers d'industrie. — IV. Résidus produits à la ferme. Cinquième partie. — Curures d'étangs. — Composts et Tombes. Chapitre premier. — Curures de mares. — Vases de rivières, etc. — Chapitre II. Compost. — Cliapitre 111. — Tombes. Encyclopédie chimique. — Tome IV. — .\nalyse chimique. — Méthodes aiialytKiues appli(iuées au.\ .substances agricoles, par M. A. Mij^TZ, professeur à l'Institut national agronomique. 1 vol. grand in-S", avec 92 ligures. — Paris, V« Dunod. 1888. En môme temps que le Traité des engrais, M. A. Miiiitz vient de publier un ouvrage non moins utile et qui s'adresse spécialement aux chimistes adonnés aux éludes agronomiques, aux professeurs et aux directeurs de stations agrono- miques. Ce volume comprend l'exposé précis et mélhoJique des procédés d'ana- lyse appliqués aux substances agricoles dans les laboratoires de l'Institut agro- nomique dont M. Milntz est le directeur. Cette œuvre considérable à tons égards est tout à fuit à la hauteur de la science : les méthodes les plus sûres et les plus nouvelles y sont dècriies avec clarté et dans un ordre parfait. M. A. Mi'intz a rendu aux sciences agronomiques un service signalé par ces deux publications, qui rencontreront un succès mérité, dont le nom seul de l'auteur est un pré- sage. Ce livre est divisé en neuf parties. 464 ANNALES DR LA SCIKNCE AGRONOMIQUE. Première partie: Engrais. — Deuxième partie: Terres. — Troisième partie: Roches. — Quatrième partie : Cendres vègélalos. — Ciwiuième partie : Euux. — Sixième partie : l'rodiiits végétaux élémentaires. — Septième partie : l'ro- duils végétaux industriels. — Huitième partie : neciicrclics spéciales de pro- duits végétaux. — Neuvième partie : Produits animaux alimentaires. Guide pratique pour l'analyse de la betterave à sucre par la méthode alcoolique, par J. Guaftiau, ingénieur agricole, cliimistc à la Station agronomique de l'iitat de Gembloux. 1 br. in-8". — Bruxelles, G. Mayolez. 1887. Henry Gr.\ndeau. II. PUBLICATIONS PERIODIQUES Bulletin du Ministère de l'Agriculture. 1887. En vente chez Hachette et C'«. Paris. SOMMAIRK DU N° 1. FRANCE. Docume/its officiels. HUUGET DE 1887, p. 1. Promotions et nominalious dans l'ordre national de la Légion d'honneur, p. 1. Nominations dans l'ordre du Mérite agricole, p. 2. Concours général agricole de 1887. Liste des prix d'honneur, p. 8. Divers. Rapport sur une maladie des raisins observée en Vendée, par M. Prillieux, ins- pecteur général de renseignement agricole, p. 10. Rapport sur la désinfection antiphylloxérique des [)lants de vignes, par M. Goiia- non, inspecteur du service du phylloxéra, p. 11. Rapport sur la recherche du phylloxéra en Tunisie, par M. Gastine, délégué ré- gional, p. ! 7. Rapport sur la situation des ouvriers dans les campagnes, par M. Eug. Simon, chargé d'une mission spéciale, p. 35. Rapport sur renseignement et l'application de la pisciculture, par M. Chabot- Karlen, chargé d'une mission spéciale, p. 40. BiMLior.riAi'HiE. 465 ÉTUANGEH. A.voMOTKiuu;. — Rapport sur la situation de ragricultiu-e en Angleterre, par M. BlaiicliarJ de Farges, consul général de l'rance à Londres, p. 6i. Uapporl sur la culture de la ponuue de terre à Jersey en 1886, par M. Férel, vice-consul de France en cette lie, p. 65. Rapport sur le banquet de la Société royale d'agriculture et d'horticulture de Jersey, par M. Féret, vice-consul de France eu cette ile, p. 58. l'uipporl sur les résultats obtenus à l'école de laiterie du comté de Chester, par M. li -G. Le Roux, vice-consul de France a Manchester, p. 60. Suiiui;. — Rapport sur le comice agricole tenu à Stoclchoim en 1886, par M. Charles Gachet, chargé d'aiïaires de France à Stockholm, p. G2. Russiii. — Note sur un nouveau procédé pour enlever au lupin son amertume cl sur son emploi comme engrais, par M. Boyard, consul général de France à Varsovie, p. G3. Allkmaune. — Rapport sur les résultats délinitifs de la production agricole en l'rusie en 188.), par .M. du Closel, consul de France à Rreslau, p. G5. Ilapport sur la situation de la propriété agricole en Prusse, par M. de Commines, secrétaire de l'ambassade de France à Berlin, p. G7. AuTRicHE-HoNGuiE. — Rapport sur le marché internalional des grains à Vienne. par M. de Monlmarin, conseiller d'ambassade à Vienne, p. 71. Rapport sur la récolte des céréales en Hongrie en 188G, par M. Henri Belle, consul général de France à Budapest, p. 75. RouAiANiE. — Rapport sur le commerce général d'exportation des céréales et la part de la Roumanie dans ce mouvement, par M. Chousserie. vice-consul de France à Kustendjé, p. 76. Italie. — Rapport sur la production des vins en Italie en 188G, par M. de Laigue. consul de France à Florence, p. 79. Turquie. — Rapport sur la récolte du raisin en Crète en I8S6, par iM. Paul Blanc, gérant du consulat de France à la Canéc, p. St. Guèce. — Circulaires du gouvernement hellénique relatives à l'importation des vins grecs en France et à la culture du raisin noir dans les Cyclades, p. 82. AsiE-.MiNEURE. — Ra[t|)ort sur la production de la Palestine, par M. Ledoul.x, consul de France à Jérusalem, p. 8i. l.xoE ANULAisK. — Rapport sur les e.xportations de blé et de divers produits agri- coles de l'Inde anglaise, par M. Rlieins, gérant du consulat général de France à Calcutta, p. 88. ^ote sur les exportations de blé par le port de Bombay en 1884-1885, par M. Houry Follet, consul de France à Bombay, p. 89. Informations diverses, p. 90, SOM.MAIRK nu N" 2. rilANCE. Documents officiels. Loi du 30 mars 1887, portant modilication du tarif général des douanes eu ce qui concerne les céréales (blé, avoine et farine), p. 93. ANN. SCIENCE AGHO.N. — 1887. — I. 30 46G ANNALES DK LA SCIENCE AGRONOMigUE. Loi du G avril 1887, portant modincalioii du tarif gônérai des douanes en ce qui concerne les bestiaux, p. '.)i. Loi du 5 mars 1887, ;iyaiit pour objet l'ctablissemeut, à partir du 1-*' janvier 1887, de la taxe sur les vignes de l'Algérie, p. 9.>. Loi du li mars 1887, concernant la répression des fraudes commises dans le commerce des beurres, p. 9.j. Décret du 18 février 1887, portant organisation des Écoles nationales vétéri- naires, p. 97. Décret du 18 février 1887, autorisant les préfets des départements de l'Algérie à prescrire les mesures nécessaires pour arrêter ou prévenir les dommages causés au vignoble par l'altise, p. 103. Circulaire du IG mars 1887, adressée aux professeurs départementaux d'agricul- ture, relativement au traitement des vignes contre le mildew au moyen des sels de cuivre, p. 101. Circulaire du 21 mars 1887, adressée aux professeurs départementaux d'agricul- ture, relativement à l'emploi des sels de cuivre contre la maladie de la pomme de terre et de la tomate, p. 108. Divers. Rapports sur les sources de la production de l'azote, par M. Ach. Miinlz, pro- fesseur de chimie à l'Institut national agronomique, p. 109. La production céricicole de la France en 188G, pur M. E. Maillot, directeur de la Station S('ricicole de Montpellier (avec carte), p. 132. Rapport sur le champ d'ex|)ériences de la Société des agriculteurs de la Drôme, par M. Tavan, président de cette Société, p. 141. ÉTRANGER. Angleterhe. — Rapport sur le rendement de la récolte de 1886 dans le Royauiuc-l'iii, par M. Blanchard de Farges, consul général de France à Londres, p. 1 iU. liELGiQUE. — Note sur la loi belge concernant plusieurs droits d'accise sur la fabrication des alcools, p. 150. Allemagne. — Rapport sur les résultats définitifs de la campagne sucrière 1885-1886 en Silésie, par M. du Closel, consul de France à Brcslau, p. 152. Russie. — Rapport sur les résultats généraux de la récolte de l'année 188G en Russie, par M. Biard d'Aunay, consul de France à Saint-Pétersbourg, p. loi. AuTitiGHE-HoNGUiE. — Rapport sur le commerce des grains en Hongrie pendant l'année 188G, par M.Henri Belle, consul général de France à Budapest, p. 157. Rapport sur la sériciculture en Hongrie, par M. Henri Belle, consul général de France à Budapest, p. 159. Italie. — Rapport sur le logement des vins italiens, par M. de Laigue, consul de France à Florence, p. 159. Grèce. — Note sur la viticulture et le phylloxéra en Grèce, par M. de Montholon, ministre de France à Allièncs, p. IGI. EsPAii.N'K. — Uap[)ort .^ur la sériciculture en Espagne, par M. du Closel, consul de France à Valence, p. IGl. BIHLIOGRAPHIE. 467 li'fATrf-L'.Nis. — Rapport sur riudustrio séricicole aux Elats-Uuis, pur M. Truy, gérant du consulat général de France à New- York, p. 162. Rapport sur une entreprise d'exportation des viandes abattues au Texas, par M. Glandut, vice-consul de France à Gaiveston, p. IGJ. iNote sur la séclicresse uu Texas, par M. Olaiidut, vice-consnl de France à Gai- veston, p. IGG. Rapport sur la culture de la vigne et sur le phylloxéra en Californie, par M. Truy, gérant du consulat général de France à New-York, p. 168. De la planlatiou et du grellage des vignes résistantes en Californie , par M. E. W. llilgard (extrait du Bulletin de la Slalion expérimentale d'agri- cifltiire de l'Université de Californie), p. 169. Inde angl.^i.se. — Uapi)ort sur la culture et la décortication de la ramie dans l'Inde, [»ar M. J. llaruiand, consul général de France à Cialcutta, p. 17i. Infurmatiuns diverses, p. IS2. SOMMAIRE DU N» 3. FIlANCi;. DocîHnent.i officiels. Nomination du ministre de l'agriculture, p. 18j. Décret du 18 juin 1887 instituant la croix tl'oHicier du Mérite agricole, p. 186. Nominations dans l'ordre du Mérite agricole, p. 186. Divers. Rapport adressé par le Comité des stations agronomiques et des laboratoires agricoles au sujet des méthodes à suivre dans l'analyse des matières fertdi- santes, p. 189. Rapport sur la pèche dans les principaux poris de l'est de l'Angleterre, par M. le docteur E. Sauvage, directeur de la Station aquicole de Boulogne-sur-Mcr, p. -227. ÉTRANGEU. Angleterre. — Rapport sur la culture des [jommcs de terre à Jersey en 1880, par M. Féref, vice-consul de France en cette lie, p. 24 4. Allemagne. — Rapport sur l'emploi dé la tourbe en Allemagne, par M. Balny d'Avricourl, consul général de France à Hambourg, p. 272. Rapport sur les récoltes du Wurtemberg en 1886 et sur la situation de l'agricul- ture, par M. Charles d'Héricourt, consul de France à Stuttgart, p. 27;}. Autriche-Hongrie. — Rapport sur le commerce des farines et la situation de l'industrie meunière eu Hongrie, par M. Henri Relie, consul de France à Buda- pest, p. 277. Turquie. — Note sur la culture de la vigne en Syrie, par M. Ad. Geofroy, vice- consul de France à Lalakié, p. 280. Eta'is-L'.ms. — Note sur les vignes de Californie, par M. Truy, gérant du consu- lat général de France à New-York, p. 282. 468 ANNALES DE LA SCIENCK AGRONOMIQUE. Rapport sur la race bovine el l'ôlevagc au Texas, par M. Ulandut, vice-consul de Franco à Galveslon, p. 283. Intoruialions diverses, p. 286. SOMMAIIIE DU K» 4. Documents officiels. Conditions d'admission aux emplois de garde forestier, p. 289. Décret du 12 mars 1887, relatif à l'organisation de l'École nationale forestière, p. 291. Règlements et programmes d'enseignement de l'École nationale forestière, p. 293. Divers. Kote sur les travaux exécutés par la Station de recherches et d'expériences ins- tituée à l'École forestière de Nancy, relativement à l'inlluence des éclaircies, par M. Bartet, inspecteur adjoint des forêts à Nancy, p. 372. Organisation de l'administration forestière en Bavière et en Autriche, par MM. Boppe, sous-directeur de l'École nationale forestière de Nancy, et Reuss, inspecteur adjoint des forêts, répétiteur à la même École, p. 384. Rapport sur la maladie du cliène-liège dans le département du Var, par M. La- mey, conservateur des forêts en retraite, p. 406. Rapport sur l'exécution de la loi du 4 avril 1882, par M. de Montzey, inspecteur général des forêts, p. 412. SOMMAIRE DU N» 3. m ANGE. Documents officiels. Nominations dans l'ordre national de la Li'gion d'honneur, p. 433. l'romotions et nominations dans l'ordre du Mérite agricole, p. 434. Décret du 25 août 1887, portant nomination de membres du Conseil supérieur de l'agriculture, p. 44ô. iiOi du 4 juillet 1887 sur le régime des sucres, p. 445. Loi du 5 juillet 1887 concernant les droits d'entrée sur les alcools étrangers, p. 446. Décret du 12 juillet 1887, délimitant les territoires phylloxérés et fixant les condition.s pour l'introdiiclion des vignes étrangères et des vignes provenant d'arrondissements phylloxérés, p. 447. Circulaire du 15 aoiit 1887, reiative au développement de l'enseignement agri- cole dans les déparlemeiils, p. 4 50. Circulaire du {" septenibr^î 1887, adressée aux professeurs départementaux d'a- gricullure, relative au choix des semenc(;s, p. 452. Instructions pour l'achat et le contrôle des semences, p. 454. BIBLIOGRAPHIE. 469 Concours régionaux agricoles en l.s.sT. — Liste par catégories des principaux lauréats et des récompenses (lui leur ont été décernées, p. 157. lilal des loups tués eu issfiet des primes payées, p. 475. Divers. UapporI sur l'invasion du black-rot dans la vallée de la (Jarouno, par M. l'ril- iioux, iuspecleur général de reuseignement agricole, p. 477. ilapport sur le plâtrage des vins, pur M. C. l'oëx, directeur de; l'Kcole nationale d'agriculture de Montpellier, p. 4s.). Annexe 1. — lîapport de M. HoulVard, [irofesseur de technologie agricole, sur le plâtrage de la vendange, 493. Annexe 2. — Observations sur le plâtrage des vins, par M. Audoynaud, profes- seur de chimie, p. 50s. Annexe 3. — Uapport sur des expériences clini(iues faites sur l'usage du vin plâtré, par M. le docteur Bourdel, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Montpellier, médecin de l'École nationale d'agriculture, p. 510. Annexe 4. — Rapport sur les analyses d'urines faites pour étudier l'action des vins plâtrés sur rorganisiue de l'homme, par M. Audoyuaud, professeur de chimie, p. 516. Uapport sur les écoles de greffage dans le lUiOne, par M. Paul Vincey, professeur départemental d'agriculture, p. 523. KTR.VNGKR. Allemaune. — .Note relative à l'adoption du ileiiii-lilre comuie mesure pour les céréales en Allemagne, par M. lîaluy d'Aviicourt, consul général do Fiance à Hambourg, p. 525. Uapport sur les résultats définitifs de la campagne agricole eu l'russe en ISSG, par !\I. Mouiu. gérant du consulat général de France à Ureslau, p. 526. -N'oie relative à l'influence exercée sur les prix du bétail en Allemagne par le relèvement des droits de douane français, par M. E. Cor, consul de France à Mannheim, p. 529. Uapport sur la culture du raifort dans la campagne d'Erlanger, par M. Léon Du- plessis, vice-consul de France à Nuremberg, p. 530. AuTRiGHE-HoNGiiiE. — Rapport sur la récolle du vin en Hongrie eu IssG, par M. Henri Délie, consul général de France à Budapest, p. 531. Roumanie. — Documents statistiques relatifs à l'exportation des céréales rou- maines eu 1886, par M. J. Wiel, consul de France à Galalz, |i. 533. FsPAG.NE. — Rapport sur la production vinicolc dans la province de Murcie. [lar Jl. Paul Martin, consul de France à Carlhagène, p. 536. Ktats-Uni,«;. — Rapport sur la silualion agricole de la Louisiane, par M.Depicrre, gérant du consulat de France à la Nouvelle-Orléans, p. 537. .Iapo.n. — Uapport sur la culture du ri/, au .lapon, par M. L((iuenx, consul de France à Yokohama, p. 538. i.\DE ANGLAISE. — Rapport sur les scarabées qui détruisent le cocotier, par .M. H. Foex, riiancelier du consulat de France à Singapore, p. 541. Informations diverses, p. 543. 470 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. SOMMAIRE DU N» 6. DOCU.MKNTS STATISTIQUES. Tableaux des récoltes de la France pour l'année 18SG. 1. Céréales : A. Relevé par département (froment, méteil , seigle, orge, sarrasin. avoine, maïs et milleti, p. 515. B. Relevé par région (froment, seigle), p. 562. II Récoltes diverses : 1° Tubercules et racines, p. JG9. 2» Fourrages, p. 572. 3° Cultures industrielles, p, 578. 4» Vignes, p. 591. 5" Culture fruitière, p. 598. III. Production séricicole, p. 603. IV. Production moyenne, par département, des principales céréales durant la. période décennale de 1877 à 188G, p. 607. V. Production en céréales et en pommes de terre pour la France entière pendant les dix dernières années, de 1877 à 1886, p. 611. VI. Production du cidre en 1885 et 1886, p. 615. Divers (poids et prix). VII. Poids moyen, par département, de riiectolitre des principales céréales en 1886, p. 619. VIII. Prix moyen du kilogramme de pain et du kilogramme de viande dans les cliefs-lieu.x de département en 1886, p. 623. IX. Prix moyen, par département, des céréales, denrées alimentaires, four- rages, combustibles, etc., en 1886, p. 627. X. Prix moyens annuels pour la France enlière, et pen.Iant la dernière ])ériode de vingt ans, des céréales, des denrées alimentaires, des fourrages, etc., 1867-1886, p. 633. Animaux de ferme. XI. Animaux de ferme et leurs produits : 1" Existences au 31 décembre 1886 (espèces chevaline, muiassière, asine, bovine, ovine, porcine et caprine), p. 638. 2° Principaux produits en 1886 (lait, laine, miel et cire), p. 6i6. Lnporlutioas et exportations. XII. Importations et exportations des matières et produits intéressant l'agricul- ture en 1884, 1885 et 1886, p. 651. XIII. Importations de bétail en 1886 (relevé du service sanitaire à la frontière), p. 673. BIBLIOGRAPHIE. 471 Approvisionnement de Paris. XIV. Relevô, par quinzaine, des opérations de la boulangerie el des dépôts de pain de Paris en 188G. p. G79. XV. Opérations du marclié aux bestiaux de la Villette en 1SS4, 1885 et 1886, p. GS7. XVI. Consommation de la viande à Paris et dans le département de la Seine en 1886, p. 703. XVII. Vente aux halles centrales et sur les marchés de gros dos viandes et autres denrées alimentaires en 188G, p. 707. li. G. Annales de l'Institut national agronomique. TOME X (1887). Kl. IvAYSEiî. Rapport sur les stalions agronomiques et les stations spécialeraonf aUcctées aux industries agricoles en Allemagne, p. 17-152. Aimé GinARD. Recherches sur le développement de la betterave à sucre, p. 153- 138. Iv nL'cr.AUX. Action de la lumière scolaire sur les substances hydrocarbonées, p. 239-288. K. RiSLER et CoLOMn-Pn.vDEL. Dans quelles limites l'analyse chimique des terres peut-elle servira déterminer les engrais dont elles ont l)t;soin? Comptes rendus de l'Académie des sciences. TOME CiV (1887). E. BouuQUEi.OT. Sur la composition du grain d'amidon, p. 177-lSO. A. AuDuuAUD. Le cuivre dans le vin provenant de vignes traitées par le sulfate de cuivre, p. 195-197. Berthelot. Sur la fixation directe de l'azote gazeux de l'atmosphère par les terres végétales, p. 2n5-20'J. Maquenne. Préparation, propriétés et coiislitulion de l'inosite, p. 225-227 et p. 297-299. E. DucLAUX. Sur les actions comparées de la chaleur et de la lumière solaire, p. 294-297. BoRi).4U. De la composition des graines de Ylhlcus sonjho et de leur application dans l'industrie agricole, p. 300- n02. G. Lf.chartieu. Sur la composition des cendres de cidre, p. 336-339. A. Levallois. Sur les caractères des huiles d'olive, p. 371-373. 472 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. L. UuLi.t:. Sui" les gisements et Tàge do la bauxite dans le sud-est de la France, p. 383-38Ô. Hanhiot et Ch. Righet. Nouveau procédé du dosage de l'acide carbonique expiré et de l'oxygène absorbé dans les actes respiratoires, p. i3J-i37. D. Ki.EiM et E. FuKCHON. Sur le sucrage des nioùls et la fabrication des vins de sucre, p. 5(1-513. P. Hallez. Nouvelle étude sur l'embryogénie des nématodos, p. 517-520. Aimé Girard. Sur le développement des nématodes de la betterave pendant les années I8S5 et 18S(] et sur leurs modes do propagation, p. 522-524. — Sur la destruction des nématodes de la betterave, p. 585 587. A. AuDOUARD. Incompatibilité des nitrates et des snperpliospliates, p. 583-585. A. BÉCHAMP. Di; la cause des altérations subies par le sang, au contact de l'aii', de ro.vygéne et de l'acide carbonique, p._v()87-5S9. Berj HKLOT. Sur la fi.xalion directe de l'azote gazeu.x de ratmosplièrc par les terres végélaies avec le concours de la végélation, p. G25-G31. Hervé-Mangon. Nombre et durée des pluies, p. 643-6iG. L. L'IIoTE. Sur la recherche et le dosage de l'alumine dans le vin et le raisin, p. 853-855. P. de Lafi'itte. L'œuf d'hiver du phylloxéra, p. 1044-1046. Ed. Claudon et Ch. Morin. Produits de fermentation du sucre par la levure ellip- tique, p. 1109-1111. — Sur la présence de l'alcool bulylique normal dans une eau-dc-vie de cognac; comparaison des alcools supéi'ieurs de cette eau-de-vie avec ceux produits dans la fermentation du sucre par la levure elliptique, p. 1187-1189. P. uE MoNDKsnt. Sur le dosage rapide du calcaire actif dans les terres, p. 1141- 1147. IJEUTHiiLciT et A.\[)i!É. Uechcrclics sur l'émission de l'ammoniaque par la terre végétale, p. 121 9-122 'i. E. Pr.iLLiEux. Sur l'importance du dépôt de rosée en agriculture, p. 1773-1771. Maquenne. Sur quelques dérivés de l'inosite, p. 1719-1722. — Sur l'identité du dambose ot de l'inosite, p. 1853-1854. E. DuoLAUX. Sur la composition des beurres de diverses provenances, p. 1727-1730. .Umé GuiARD Sur le dosage de la fécule dans les tubercules de la pomme de terre, p. 1629-1632. Ganaui). L'azote organique dans les engrais chimiques composés, p. 1642-1630. L'azote organique dans le sang et les déchets de viande desséchés possède une plus grande valeur que dans la corne et le cuir. On peut avoir à distinguer ces diverses subslauces. Les réactions suivantes faites comparativement avec l'engrais à essayer, le cuir et le tannin ont donné les résultats suivants : PAR LE PKKCHLOKUKK l'Ait l.B BICIIROM A'I'F, PAR L'ACÉTATE PAR L.V FUCnSlNK. DE FER. UK POTASSE. DE FER. ,, ._ ( Précipité gris co- i ,, ■ ■ -t- i. 1 l'i-écipité i ,, . . ... Kugi-aie. ' , : ,, ! l'rueipite brun. .,.,., , S Précipité rougo. I loie on lilcii. ( ' I violet bleiiati'c foncé. J " ,, ._ j Précipité bleu j ,, » . ..^ , 1 Précipité i -r. ^ ■ -.t Cuir . . ; ' . ' l'récipité brun. ' „ , } Précipité rouj-'C. I uoir. ) I violet bleuâtre fouce. | Taiiniu. < '' . ' ' l'récipité brun. ' Précipité bleu noir. ( Précipité roupre. ' noir. I I 1 BIBLIOGRAPHIE. 473 La corne, la viande, le sang ne donnent rien en présence de ces réactifs, ce qni permet do distinguer jusqu'à un certain point ces matières. .1. Tejssiei!. Transmission de la diplitorie par les poussières atmosplu-riques. la- Hnence des fumiers, des dépôts de cliiiïons on de paille, p. 1G3G-1G3.S. liERTHELOT et AxDnt;. lleclicrchcs sur l'émission de rauuuoniaquc par la lerre végétale, p. 1219-1221. Ddiri.nk. Sur les aminés contenues dans les eaux du suint, [». 1292. A. AiiNAUD. Dosage de la carotine contenue dans les feuilles des végétaux, p. 1293-129G. A. AuDOCAïui. Variation de l'acide [ihospliorique dans le lait de vacbe, p. 1298- 1299. A. Qu.\NTiN. Conlribution à l'éîude du .-^ol de la Tunisie, p. 1.>28-1 j29. Die Landwirtschaftlichen Versuch-Stationen. TOME XXXIU (188.J). Physiologie végétale. — Composition des végétaux. 1)'' l'. Bai^ssler. Assimilation de l'asparagine par les plantes, p. 23 1-240. ('. . 0. Mlller. Contribution à l'étude de la formation des matières albuminoïdes dans les plantes, p. 311-317. \y U. Kellner. Expériences en vue de savoir si les plantes absorbent seulement les substances solubics, ou si elles assimilent aussi les principes d'une dé- composition difficile, qui se trouvent dans la terre végétale, p. 3G6-3G9. 1)"^ F. iNoBBE. Culture et élude d'une pomme de terre sauvage du l'araguay, p. 447-4.54. 1)'' .1. Rn'ZEM.\ Ros. Contribution à l'étude des animaux nuisibles à l'agriculture : Anthonicjia ontnjua ou Aidhoiiùjia ciparuiib (nonchéi. p. 207-210. Luciliu serlcula (Meigem, p. 21G-228. I)'' E. Scnui.zi;, E. Sthuiku et E. Bos.sh.mîo. Recherches sur les matières azotées de quelques fourrages, comme les vesces, le trèlle, la luzerne, l'avoine, le ray-grass, p. 89-123. \V A. llii.GER et Guoss. Composition de quckiues organes des vignes, p. 170-19C. i)"^ 0. Ki:u.NEi!. Composition des feuilles de thé à divers états de la végétation, p. 370-380. !)■■ L. Steffkck. iNouvelle falsification de la moutarde blanche (Sinapis ulbii), p. 411-416. !>■■ L. RicHTRit. Sur une nouvelle plante oléagineuse (t«//e«/«/ift'o iberica], p. is.'.- I.j8. Sol. — Engrais. — Essais de fumure. D' G. B.\u.Mi:iiT. Analyse des terres californiennes pour la culture de la vigne, p. 86-88. 474 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE, le A. IIiLGEii et K. L.vMPERT. Proiliiits de désagrégation du granit de Luxembourg dans le Fichlelgebii'ge, p. 160-169. 1)' 0. Kellner. I\eclicrclies sur le pouvoir absorbant du sol, p. 349-358. — Détermination quantitative des bases fixées dans le sol par le pouvoir absor- bant, telles que la potasse, la chaux, la magnésie, et étude de l'absorption de ces principes par les plantes, p. 359-349. D' L.vNDOLT. Sur les modifications chimiques que peut éprouver le sol sous l'in- Huence des petits organismes, p. 463-i6i. 1)'" B. FiiANK. Culture des raicro-organismos qui vivent dans le sol, p. -iCi. G. Thums. Sur l'anielioraLiou des terres, d'après des documents statistiques, p. 46s. D' ,1. Nessler. Sur la valeur de la tourbe badoise, comme litière et comme engrais et sur la solubilité de l'azote que renferme cette matière, p. 1-10. \y A. Frank. Valeur agricole des scories de déphosphoration, p. 469. If H. HERzrELD. Observations relatives à la vase qui se dépose sur les prairies irriguées de la ville de Berlin, p. 470. D"" Ed. Heidex. Étude de l'action de l'acide phosphorique, chargé d'acide sulfu- rique, sur la conservation du purin, p. 473. D"" l'iTTBOGEN. Essai de fumure avec des phosphates, p. 401-463. 1)'' 11. IIellriegel. Quelles sont les sources d'a:^otc dont disposent les plantes? p. 464-465. D' .1. H. GiLDERT. Nouvelles données relatives aux sources d'azote pour la végé- tation, p. 46G. 1)"' G. MuLLER. Sur la forme qu'il convient de donner à l'acide phosphorique pont- la culture de la betterave, p. 4GS. Aliments et fourrages. — Expériences d'alimentation. D^ F. SzYMANSKi. Recherche microscopique des matières albuminoïdes dans les graines, p. 229-230. D'' 0. Kellner. Recherches chimiques sur l'alimentation et le développement des vers à soie {Bombyx mori), p. 3S1-392. W A. SïUTZER. Sur la digestion des matières protéiqucs, p. 471-472. D'' C. i,EHMANN. Contribution a l'étude de la production du lait, p. 473-474. Technologie agricole. 1)'' W. Chludsinskv. Étude des propriétés de la laine d'une race de moutons à grosse laine, p. 11-37. D"" G. Baumert. Contribution à l'étude des vins de Californie, p. 39-SC. — Composition de quelques raisins de Californie, p. 87-0,s. D''R. Sguulze. Sur les eaux acides des amidonneries, p. 197-201. Prof. I)'' I'etri. Purification des eaux d'égout à Marienfelde, p. 471. Analyse chimique. D'' E. ScHULZE. Sur le.-^ méthodes employées pour la détermination quantitative des matières azotées des plantes, p. 12i-I45. \Y H. Weiske. Séparation quanlitalive de l'albumine et des peptoncs, p. 147-152. BIBLIOGRAPHIE. 475 D' W. HoFFMEisTER. Sur la détermination de la cellulose brute et la présence d'une gomme dans les fibres ligneiisos, p. 1 53-1 59. D"" A. Baumann. Sur la détermination de lazpte ammoniacal dans le sol et sur la quantité d'azote assimilable que i-fiircrmo un sol en jaclière, p. 247-303. I)"" W. IvNoi'. Remarques sur le mémoire du D'' Baumanu, p. 435. l)"" H. Wkiskk. Sur la détermination de l'azote dans l'urine des berbivorcs et dans le lait, par la uiétluule de Will et Varreutrap, et celle de Kjoldabl, p. 30.)-310. .lobn Si;nELii:\. Élude cumparativi; de quelques nouvelles méthodes pour la dé- termination des matières grasses dans le lait, p. 393-410. D'' WiLFAHTH. Sur la méthode de Kjeldahl pour le dosage de l'azote, p. 4C9-470. D' BoEH.MKH, Essais de fourrages avariés et falsifiés, p. 472. Annales de chimie et de physique. G'' SÉIUE, TUME X (1SS7). Berthelot et André. Rccbercbes sur la vég'étatiou. Sur les carbonates dans les plantes vivantes, p. 85-107. — Recbercbes sur l'acide oxalique, sur la végétation, analyse, p. 289-308 ; vé- gétation, p. 30S-350. — Sur une relation entre la formation de l'acide oxalique et celle des priiicii)cs albuminoïdes dans certains végétaux, p. 350-353. A. MiJNTZ et V. Marcaxu. Sur la formation des terres nitrées dans les régions tropicales, p. 550-56G. A. MiJNTZ. Sur l'existence des éléments du sucre de lait dans les plantes, p. 5G6- 574. 6« SÉRIE, TOME XI (1887). A. MÛNTZ. Recberclies sur la formation des gisements de nitrate de soude, p. 111- 135. — Sur la dissémination du ferment nitrique et sur sou rôle dans la désagréga- tion des roches, p. 13G-144. Berthixot et André. Sur la formation de l'ammoniaque dans la terre végétale soumise à l'action de divers réactifs (!t sur sou dosagi;, p. 289-291. — Sur le déplacement de l'ammoniaque [lar la magnésie, p. 291-310. — Coutribution à l'histoire de la décomposition des amides par l'eau, les alcalis et les acides étendus, p. 317-331. — Ilecherehes sur la tension du hicjrhunalc d'ammoniaque sec, p. 332-341. — lîeclierciies sur la décomposition du bicarbonate d'ammouiaque par l'eau et sur la difi'usion de ses composants à travers l'atmosphère, p. 311-349. — Sur les principes azotés de la terre végétale, \). 3G8-374. — Recliorcbes sur l'émission de l'annuoniaque par la terre végétale, p. 375-382. G. UaUi.in. Dosage de l'azote organique et de l'azole total, p. 5G9-573. M. Rauliu décrit un appareil (ju'il emploie pour le dosage de l'azote organique au moyen de la chaux sodée ; le dosage de l'azote total se fait au moyen de l'oxyde de cuivre en présence d'un courant d'acide cabonique. 476 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. G« SÉRIE, TOxME XII (1887). \iiiié GiRAiiU. De l'absoi-tion de l'iode par les matières amylacées. Application au dosage de ces matières dans les produits agricoles, p. 275-288. L'auteur prélève uu échantillon de 2 kilogr. de tubercules, qu'il fait passer à la râpe. Il prélève ensuite 2.j gr. de pâte que l'on place dans un llacon de 700 cent, cubes de capacité. Un verse sur ces 2.j gr. de pâte 50 cent, cubes d'acide chlorhydrique à 2/1000 et on abandonne le mélange pendant deux ou trois heures. Cette solution agit sur les pectates et la pectose ; on verse ensuite dans le llacon 100 cent, cubes de liqueur ammonio-cuivrique qui dissout la cel- lulose et met en liberté l'amidon que l'on va soumettre à l'action de La liqueur d'iode. Après avoir sursaturé la liqueur par l'acide acétique, on refroidit rapide- ment le liquide, et on verse la solution titrée d'iode en s'aidant d'un papier amidonné pour saisir le terme de la réaction. La solution d'iode se prépare en dissolvant, dans 1 litre d'eau, ;J"^O.J d'iode sublimé et sec, avec i gr. d'iodure de potassium. Cette liqueur correspond pour 100 cent, cubes à 1 gr. de fécule. On prépure aussi une liqueur décime eu étendant la solution précédente de neuf fois son volume d'eau. Cette dernière permet de terminer le dosage eu la substituant, vers la fin de la réaction, à la liqueur normale. J. RiSLER. TABLE DES MATIÈRES DU TOME PREMIER (18 8 7) Pages. A. Ronna. — Cliiniie appliquée à l'agriculture. — Travaux et expé- riences du D"" A, Vœlcker. — 5. Les aliments et les expériences d'alinient.itioii du bétail. — 0. Les instruments de la ferme. . . ! P. Fliche et L. Grandeau. — liecherches cliiiniques et physiolo- giques sur les lichens 20 i A, Petermann. — L'analyse de la betterave ;i sucre parla méthode dite « alcoolique » 230 — La composition du topinambour 2G0 — Elude sur les enveloppes des graines 268 A. Mûntz. — llapporl fait au comité des stations agronomiques et des laboratoires agricoles par la sous-commission des méthodes analytiques 274 A. Petermann. — Rapport adressé à la Commissiou administrative de la Station et des laboratoires agricoles de l'État belge. . . . 334 D' Shinkizi Nagai. — L agricultui-e au Japon. Son état actuel et son avenir, traduit de l'allemand par M. II. (Irandeai' oôo Aimé Girard. — De l'absorption de l'iode par les matières amy- lacées 3'2 Louis Lejeune. — Le tabac mexicain. Son présent et son avenir . 384 478 ANNALES DE LA SCIENCE AGRONOMIQUE. Pages. U. Gayoïi et E. Dubourg. — De la fcnneiilatiou alcoolûiue de la iloxli'ine el de raniidon par les iiiucors 411) A. Mùntz. — Sur la disséiuiualioii ilu ferment nitrique et sur son rôle tians la désai;iéga(it)n des roches .i38 — Examen préliminaire el éclianiillonnaiçe des engrais 448 Bibliographie 458 Nincy, iiiip. IJei'jferLBvrauIt et C' ^iC .r^'^ ^m 3 5185 00258 63! w /;> i %. ' 5k J '**^ **4lf ■■« 5%'±A^^L'^:^'*feâ)^ irl^' ^^^^^Bk " " mFrTÊÊr ii^Jmr^Tv^^ nMB^HîCkf^H^^^^EI^ ■.i*f li * -^i ^^lli. J'^SJ^'^ ^-"2 «trt ^: :-i*.^ '««^r: iêêêF 1-4 ■"■ ^•'^ " '■'ï, sait/ Pw^B A^**i-.^ «.^-lEaP!!* *^«''iir'"-;t.:s'- n' '«11 '*-?^.-* *?»<• •^s, r • '*, % m. MfSf^^y^^^ '0^WS '^ -^.in. '*^'^««te^^ ll!%!Mfe >-*&' ^sm^ 'tiï^J- w \m^' y^M