s V- ANNALES DES SCIENCES NATURELLES. TROISIÈME SÉRIE. ZOOLOGIE. ■ lUI>niUBRIC IIE IIOUnfiOGNB KT MAnTI!Ks POISSONS. 3;i 1. HuLOSTEI. Première famille Lepidosteim. Genre Lepidosieus. Oeuxiéme — Polypteriai — Polijpterus. II Chonobostei. Troisième — Quatrième — Acipenserini. Spatulariœ. — Acipenser, Scaphirhynchus. — Polijodon, Lacép. Plaiiiruslra, Raf. Les premiers ont une épine dorsale osseuse ; ciiez les derniers, le squelette est en partie cartilagineux, et les corps des vertèbres sont remplacés par une corde molle. Il y a donc entre ces deux groupes les mêmes rapports qu'entre les Plagiostomes et les Chi- mères, parmi les .Sélaciens. 11 y a tant de différences , tant externes quinternes , entre le Lépidostée et le Polyptère , qu'on ne peut les laisser réunis dans la même famille. Lépiilostée. L'os maxillaire supérieur est composé d'un grand nombre de pièces. Le vomer est double. La mâchoire inférieuri' a autant de pièces que chez les Reptiles. Les vertèbres sont ar- ticulées par facettes et têtes glénoïdales (1). Les narines, contenant des plis muqueux simples, sont situées à l'extrémité d'un museau très allongé. 11 y a une branchie operculaire respiratoire et une branchiole, mais point d'évent. Les branchies des quatre der- niers arcs sont complètes , c'est-à-dire h doubles rangées de feuillets ; il se trouve encore une fente entre le dernier arc et l'arc pharyngien , comme d'ordinaire chez les Poissons osseux. La membrane branchiostège passe d'un côté à l'autre sans incision ; elle contient trois rayons. Le bord antérieur de toutes les na- geoires est gardé par deux rangées de fulcres. Les rayons des nageoires sont tous articulés. La caudale est coupée obliquement : ses rayons sont insérés en partie sur l'extrémité de l'épine dor- sale, en partie en dessous. L'estomac n'a point de cul-de-sac ; il y abeaucoup de petits cœcums autour du pylore (2), mais point de (1) L'ostéologie des Lépidoptères a été parfaitement traitée par M Agassiz (Poissons fossiles, t. 11). (2) M. Valenlin dit ; « Les) appendices pyloriques se Irouvent à la liniile i|iii 3' série. Zw,l, T. IV. (.tiiillel 1S4.").) :) 3/l MULLER. — suit I.A CI.ASS1HCATI0^ valvule spirale dans l'intestin. La vessie natatoire est celluleuse. Elle contient des trames musculaires entre les cellules (1), el s'ouvre par une fente longitudinale dans la paroi supérieure de l'œsophage. Les trames musculaires ne sont pas cause de la struc- ture celluleuse , comme on l'a prétendu; je trouve plutôt que la disposition des trames est motivée par la structure des parois. Les fibres musculaires des trames qui se trouvent entre les aires cellulaires finissent complètement à une certaine limite, et les aires intermédiaires n'ont plus de couches musculaires sur leurs mailles (2). On peut très bien observer cette terminaison des fais- ceaux musculaires sur les trames, qui en sont couvertes. L'exis- tence des vessies natatoires celluleuses, sans trames musculaires, dans d'autres Poissons , démontre aussi la vérité de ce que nous avançons; telles sont la vessie des Enjthrinus, celle de quelques Siluroïdeset de V Amia calva, que j'ai examiné dernièrement. Polyplère. L'os maxillaire n'est pas séparé en pièces ; le vomer est simple; la mâchoire a le nombre de pièces ordinaires, et le crâne en général diffère fort peu de celui des autres Poissons. Il y a des cartilages labiaux sur les coins de la bouche qui portent les lèvres supérieures et inférieures. Les vertèbres sont creusées en doubles cônes (3). La branchie operculaire manque; la fausse branchie de même ; il n'y a qu'un évent de chaque côté , couvert par une soupape osseuse. La quatrième branchie n'a qu'une sim- ple rangée de feuillets; les os pharyngiens inférieurs et la fente entre l'arc pharyngien et le dernier arc branchial manquent. La membrane branchiostège est fendue au milieu ; il se trouve , au lieu de rayons branchiostèges , une seule plaque osseuse de cha- sépare le duodénum et l'inteslin grêle, » {Héperl.. I 840, p. 393 ) Il prend ici le tube pylorique de l'estomac pour le duodénum (1) Voyez Valentin, Réperl., I8i0, p. 392. — Van der Hœven . dans les Ar- chives de Millier, 1841, p. 221. (2) On avait enlevé les organes abdominaux dans I exemplaire du Musée de Paris que j'ai examiné; mais un petit reste de la vessie natatoire conservé suffi- sait pour l'examen de ces cellules. (3) Voyez, sur l'ostéologie du Polyptère, Geoffroy-Saint-Hilaire, DMcripd'on tic l'Éçiypte. — Agassi?,, /. e , II. î. p. 32. — Muller, Anitiven. 18i3, p cr.xL (Rapport annuel) DKS POISSONS. 35 que coté. Une rangée de nageoires séparées se trouve sur le dos. Chacune de ces nageoires est composée d'une épine et de rayons articulés fixés sur cette épine à son bord postérieur; formation dont on ne trouve pas d'autre exemple parmi les Ganoïdes. La caudale arrondie et l'anale sont composées de rayons mous. Ceux de la caudale sont posés tout aussi bien au-dessus qu'au-dessous de l'épine dorsale. Les fulcres des bords antérieurs des nageoires manquent. Les pectorales se distinguent par leur prolongement écaillé en forme de bras et par leur face postérieure, qui, entre les rayons, est couverte de très petites écailles. Les ventrales ont, outre les rayons, des os métatarsiens. L'os hyoïde a trois parties ; le corps, qui reçoit les arcs branchiaux, est grand et simple. Au- dessous de l'hyoïde, à l'endroit où, dans d'autres Poissons, est placé l'os impair, qui forme la carène hyoïdale, se trouvent dans le Polyptère, deux os, un de chaque côté, qui sont fixés entre les pièces moyenne et inférieure des cornes de l'hyoïde. Les os sont attachés par des ligaments à une pièce interne qui les réunit à la ceinture thoracique. Le nez est plus compliqué que dans aucun autre Poisson. Un labyrinthe composé de trois canaux membra- neux se trouve dans une grande cavité , couverte d'en haut par les véritables naseaux. Les canaux sont placés parallèlement au- tour d'un axe, et forment ainsi une étoile allongée en forme de prisme. Chacun de ces canaux montre, h l'intérieur, les plisse- ments en forme de branchies, que l'on trouve aussi dans les ca- vités nasales des autres Poissons. L'ouverture nasale antérieure est allongée en un tube membraneux ; la postérieure se trouve dans une petite fente située devant l'œil. L'estomac forme un cul- de-sac; le pylore a un cœcum ; la valvule spirale de l'intestin commence au pylore. La vessie natatoire est double ; elle est com- posée de deux sacs inégaux, qui se réunissent en avant dans une cavité commune très courte. Cette cavité s'ouvre , comme je l'ai montré ailleurs , non pas dans la paroi dorsale , mais bien à la face ventrale de l'œsophage, par une fente longitudinale, exacte- ment comme un poumon. Mais ces organes ne peuvent être consi- dérés comme des poumons, parce qu'ils reçoivent du sang arté- rirl, conimo Irmlps Ips autii:!S parties du corps. Leur ailère est 36 MlItLER. — SUR LA CLASSIFICATION une branche de la dernière veine branchiale, qui se sépare au milieu du tronc pour se porter vei's le sac natatoire de son côté. Les veines de la vessie natatoire se réunissent, comme les autres veines du corps, à la veine hépatique. Les sacs ne sont pas cellu- leux et couverts par une couche musculaire continue. Le second groupe des Ganoïdes embrasse les Sturiones à épine dorsale, incomplètement ossifiée. Ils ont été réunis par Artédi , Gessner et Cuvier, avec les Cyclostomes et les Plagiostomes, en un seul grand ordre, celui des Chondroptérygiens. La différence qui tient à l'ossification plus ou moins complète du squelette n'est que d'une très petite valeur, lorsqu'il s'agit de l'ordre des Ganoïdes en général. Gela résulte des Ganoïdes fos- siles de M. Agassiz ; mais cette différence me paraît importante pour la distribution des Ganoïdes mêmes. Elle l'est aussi pour les Sélaciens; car les Requins et les Raies , qui ont des vertèbres sé- parées , forment une branche très différente aussi , sous d'autres rapports, quoique inséparables, comme Sélaciens, des Chimères, qui n'ont qu'une corde dorsale. J'ai mentionné, dans mon Mé- moire sur les vertèbres des Plagiostomes (1), à côté des Raies à épine dorsale ossifiée, d'autres Sélaciens, où cette épine est molle et cartilagineuse. Malgré cet état cartilagineux, les corps des vertèbres sont encore séparés dans ces derniers cas; ces Re- quins n'ont pas de corde. Celle-ci , au contraire , se trouve réel- lement dans les Chimères. Les Esturgeons et les Spatulaires se distinguent par la peau, qui est nue chez ces dernières, par la formation de la bouche, des mâchoires et de l'opercule (2). La branchie operculaire manque aussi aux Spatulaires ; leurs parties internes sont les mêmes. Les ganoïdes fossiles ont plus d'analogie , quant aux écailles, avec les Holostés vivants qu'avec les Esturgeons , tandis que les deux formes d'ossification complète ou incomplète de l'épine dor- sale se retrouvent chez eux ; il est difficile de les ranger avec les vivants, parce que l'on est forcé de mêler aux résultats sûrs, tirés (le l'anatomie des vivants, les caractères en partie vraisemblables (!) Agassi/,, Pninsnnu fossiles, I IM (2) Voypz Osléotngie comparée des Mij.iinoides. DES ^Olsso^s. 37 des fossiles. On trouve dans les Lépidoïdès et les Sauroïdcs de M. Agassiz une quantité de l'ormesqui se rapprochent de celle du Lépidostée par une colonne vertébrale entièrement ossifiée, par des nageoires à doubles rangées de fulcres, etc. Mais je ne connais aucune analogie pour le Polyptcre, de sorte qu'il paraît le seul type de la famille. Les Célacanthes, les Pycnodontes et les fa- milles des Céplialaspides, des Acanthoïdiens, des Diptériens, fa- milles nouvellement fondées par M. Agassiz, me paraissent très bonnes ; sauf peut-être le placement des Cheirolépis parmi les Acanthoïdiens , dont ils se distinguent par le manque de piquants et par l'existence de fulcres. La séparation des Lépidoïdès et des Sauroïdes me paraît , au eoutraire, artificielle. Il y a plusieurs genres dans ces familles qui ont des aflinités réelles, et que l'on pourrait séparer comme groupes à part. M. Agassiz lui-même a dernièrement pris l'ini- tiative, sous ce rapport, en séparant des Lépidoïdès les Acanthoï- diens, les Céphalaspides et les Diptériens. Mais je ne saurais réel- lement pas comment distinguer des Sauroïdes les Lépidoïdès qui restent. Il me paraît que les Ganoïdes d'une même famille doi- vent se ressembler par l'état de la partie centrale de leur épine dorsale. Les Ganoïdes fossiles f[ui manquent toujours de fulcres me paraissent aussi devoir former un groupe tout comme ceux qui en ont constamment. La nature des fulcres même donne , pour ces derniers, des caractères assez importants pour la classification. Voici ce que j'ai appris à ce sujet en examinant des exemplaires très bien conservés. Les fulcres qui recouvrent le bord du lambeau supérieur de la caudale forment toujours une rangée impaire jusqu'à l'extré- mité , ainsi que cela se voit dans les Esturgeons , les Paléonis- ques , les Acrolépis. L'existence de fulcres sur le bord supérieur de la caudale d'un Ganoide hétérocerque n'implique pas la né- cessité de leur existence sur les autres nageoires, ni même sui- te bord inférieur de la caudale. Les fulcres d'un bord supérieur dépourvu de rayons ne sont, en général , que d(^s écailles ; ce ne sont p(jint des fulcres appartenant aux rayons des nageoires,, et S8 itlULLER. — Slll LA CLASSIFICATION c'est à cause de cette différence qu'un Ganoïde hétérocerque, qui a, sur le bord su])éricur de la caudale, des fulcres simples, peut avoir, sur le bord inférieur de la même nageoire , une double rangée de fulcres, ainsi que je le vois chez les Paléonisques et les Acrolépis {J. asper). 11 y a des genres de Ganoïdes fossiles chez lesquels les bords antérieurs des nageoires sont couverts d'une simple rangée de fulcres ; ce sont alors des fulcres à base double ayant une pointe simple. Le genre Dapedius appartient probablement à ce groupe ; M. Agassiz parle d'une rangée de pièces pointues le long des deux bords de la caudale, chez le Dapedius punctalvs (p. 19i). Je vois une simple rangée de fulcres sur les bords supérieur et infé- rieur de la caudale des Telragonolepis et des Ptycholepis. D'après la figure donnée par M. Agassiz du Telragonolepis confluens (l), ce genre a aussi des fulcres simples sur la pectorale. Les Pho- lidophorus enOn paraissent avoir la même structure. D'autres genres de Ganoïdes ont les bords antérieurs des nar geoires couverts d'une double rangée de fulcres, tout comme nous le voyons parmi les Poissons vivants , chez le Lépidostée. Ce sont, par exemple, les Lepidotus et les Caturus. La figure du lepidotus ManteUi , dans l'ouvrage de M. Agassiz (2), dé- montre déjà ce fait pour la pectorale des Lepidotus; je vois les doubles rangées aussi sur toutes les autres nageoires, notamment sur les deux bords de la caudale. Je vois sur une gi'ande espèce de Caturus provenant du lias de Boll (probablement le C. Meyert de Miinster) , quelques fulcres forts et impairs sur le commen- cement de la caudale , qui se continuent de suite , en deux ran- gées, sur toute la longueur de la nageoire. Je remarque, en outre, ces doubles rangées sur les nageoires fulcrées du Packycormus macropteriis Ag., c'est-à-dire sur la caudale et l'anale. Les Se- mionotus ont aussi des doubles rangées de fulcres (pectorale) ; ces diflerences donnent des indices de divergences plus com- plètes, et, en effet, on ne peut rien voir de plus différent qu'une caudale à simple rangée de fulcres en piquants, comme celle des (1) Poiissonx /'ossi/fs. vol II, pi 'î'^', lig I (2) /d , vol II pi iO DliS l'OlSSONS. ."I Ptycliolepis cl des Telragoiwlepis, et celle des Lépidostées et des Lépidotes à double rangée. Les doubles rangées de fulcres se trou- vent combinées, dans le genre l'acliycormus , avec une corde dor- sale non ossifiée ; dans les Lépidostées , et probablement aussi dans les ]>épidotes, avec une épine dorsale complètement ossifiée. D'après M. Agassiz (1) , le genre l.epiilotus a des vertèbres com- plètement ossifiées, et diirère ainsi des autres Lépidoïdes, auxquels manquent les corps de vertèbres , suivant le même auteur. Tous les Ganoïdes fossiles ne sont pas hétérocerques, quoique ces derniers forment la grande majorité. Il est, en vérité, très re- marquable que ceux des Lé|)idoïdcs et des Sauroïdes Ag. qui se trouvent avant la formation jurassique soient hétérocerques , comme le démontre M. Agassiz; mais cela est plutôt la consé- (juence du système, et ce résultat se trouve troublé dès qu'on considère les Cœlacanthvs et les Undina, qui maintenant se trou- vent hors de ces familles. L'hétérocercie passe d'ailleurs anato- miquement, d'une manière insensible, à l'homocercie. Beaucoup de (janoïdes ne portent aucun rayon au-dessus de l'extrémité de la colonne vertébrale. Chez l'esturgeon, au contraire, des rayons articulés, absolument semblables à ceux du reste de la nageoire, viennent s'ajouter aux derniers fulcres en piquants, qui forment le bord de la caudale, et l'extrémité de la corde dorsale se trouve ainsi surmontée de rayons mous. Le lambeau supérieur, se ré- trécissant de plus en plus, passe ainsi insensiblement dans une queue homocerque sans limite rigoureuse. L'hétérocercie des Pla- giostomes se perd de la même manière. En examinant un Requin hétérocerque, on trouve, au-dessous de la peau, des rayons for- més de fils cartilagineux qui bordent la colonne dorsale d'en haut, et qui ressemblent entièrement aux rayons qui se trouvent en dessous. Il s'agit maintenant d'examiner comment il faut coordonner les autres Poissons vivants en groupes, ordres et sous-classes. Cuvier, en examinant ce point dans le dernier chapitre du pre- mier volume àeVHisl. nal. des Poissons . arrive à la conclusion^ (Ij roissmis fmsiirs. \n\ 11, pi 29:i, fig. 12. llO ML'LI.ER. — SLK LA CLASSllICATIOA que rétablissement de familles parmi les Poissons offre peu de difficultés ; mais que , pour disposer ces genres et ces familles avec quoique ordre, il aurait été nécessaire de saisir un petit nombre de caractères importants, d'où il résultât quelques grandes divisions, qui, sans rompre les rapports naturels , fussent assez précises pour ne laisser aucun doute sur la place de chaque Pois- son; c'est à quoi l'on n'est point encore parvenu d'une manière suffisamment détaillée. Je crois que nos connaissances sont main- tenant arrivées à ce degré d'exactitude, et j'essaierai maintenant de développer les caractères internes et externes des grands groupes des Poissons , en donnant des distinctions nettes et pré- cises. Le groupe des Chondroptérygiens , tel qu'il a été conçu par Artédi, confirmé par Granov, et adopté par Cuvier, se montre d'abord comme une réunion peu naturelle des familles les plus divergentes, puisqu'on y trouve ensemble les Esturgeons, les Chimères, lus Plagiostomes et les Cyclostomes. Personne ne peut douter que les Poissons les plus organisés , qui par conséquent se rapprochent le plus des reptiles, soient réunis, dans cet ordre, aux plus inférieurs, aux Cyclostomes , tandis que le grand ordre des Poissons osseux n'embrasse que des Poissons relativement peu différents. Pallas et Agassiz ont bien séparé une famille de ces Poissons, les Esturgeons, d'avec les autres. Le premier [Zoogr. Rosso- asiat.) a mis les Esturgeons dans l'ordre des Poissons à opercule et à branchies libres, qu'il appelle Branchiala, et auxquels il op- pose les Spiraculata , comprenant tout le reste des cartilagineux, nos Plagiostomes, Chimères et Cyclostomes. M. Agassiz, en distri- buant les Poissons dans ses quatre ordres, Cténoïdes, Cycloïdes, Ganoïdes et Placoïdes, a placé les Esturgeons très judicieusement parmi les Ganoïdes, et les autres, qui lui restaient comme Pla- coïdes, sont les mêmes que les Spiraculés de Pallas. La classifi- cation de M. Agassiz contient des éléments neufs et très impor- tants pour le développement du système naturel, quoique les Clénoïdes et les Cycloïdes ne puissent point être maintenus. Les Ganoïdes resleni en cédant une partie de leurs Poissons aux os- DES rOISSONS. 41 Siux. Mais les Spiraculés de Pallas, les l'Iacoïdes d'Agassiz ont toujours le même inconvénient de réunir les Poissons les plus complets et les plus incomplets, qui offrent les différences anato- niiques les plus grandes. Les Plagiostomes ou Sélaciens d'Aristote, les Raies et les Re- quins forment un groupe très particulier, différent de tous les autres Poissons par leur crâne sans division, auquel sont atta- chées des mâchoires. Us se distinguent en outre par cette mo- saïque fine et caractéristique de pièces osseuses en pavés qui couvre tous les cartilages, et qui ne se retrouve nulle part dans les Poissons; par leurs branchies fixes, avec spiraculés des cavités branchiales ; par le manque de l'opercule ; par leurs organes gé- nitaux : les mâles ayant des organes externes particuliers et des épididymes , les femelles des oviductes réunis au-dessus du foie en un seul orifice abdominal , et des glandes caractéristiques aux oviductes. Les seuls Poissons qui leur soient parents sont les Chi- mères , qui possèdent une autre espèce d'écorce osseuse autour des cartilages, et la même organisation des organes génitaux ex- ternes et internes, mâles et femelles; conformité qui s'étend même jusqu'à la coque de l'œuf. Les Cyclostomes ressemblent aux Plagiostomes uniquement par le crâne cartilagineux indivis et par les spiraculés; ils s'en éloi- gnent complètement, sous tous les rapports, par le manque entier des arcs branchiaux , des mâchoires , par leurs organes sexuels sans oviductes et sans canaux spermatiques , par l'absence totale de couches musculaires sur le bulbe de l'aorte , et par leurs deux valvules aortiques. Le prince de Canino a bien saisi cette différence des Requins, Raies et Chimères , en en faisant une sous-classe sous le nom de Elasmobranches, et en fondant une autre sous-classe, celle des Marsipobranches, pour les Cyclostomes. J'applaudis à cette ma- nière de faire, mais je n'adopte pas les autres sous-classes du prince, les Lophobranches et Pomatobranches (ces derniers com- prenant les ordres des Sclérodermes, Gymnodontes, Esturgeons, (iiuioïdfs, Cténoïdes, Cycloïdes); ari'aiigemcnt qui n'est plus con- lornic à l'élat actuel de nos cunnaissances. 42 MULLER. SUR LA CLASSIFICATIO^ En ado|)tant la sous -classe des Marsipobranches ou Cyclos- tomes, je n'y comprends point l'Amphioxus. Les recherches com- muniquées à l'Académie de Berlin me font conclure qu'il ne peut être placé dans aucune sous-classe ou ordre , quoiqu'il se rap- proche le plus des Cyclostomes par l'absence des mâchoires et par la structure du squelette. Les raisons qui me guident sont la muscularité de tout le système vasculaire , sans cœur particulier, ce qui est un caractère unique parmi les vertébrés ; la position des branchies dans la cavité abdominale avec un pore respira- toire ; l'absence d'une différence entre le cerveau et la moelle; la réduction du foie sur un c.œcum intestinal , et le mouvement ci- liaire répandu sur toutes les muqueuses. 11 est le type d'une sous- classe à part, que je nomme Leptocardes. Une autre sous-classe des Poissons est formée par les Poissons écaillés ayant des branchies, dos poumons et des narines perfo- rées , Dipnoi MûU. , dont le type est le Lépidosiren. Les valvules du bulbe aortique musculaire sont longitudinales et spirales. L'in- testin a une valvule spirale, comme dans les Plagiostomes , les Ganoïdes et quelques Cyclostomes. Les oviductes sont ouverts dans la cavité adominale. Il y a une corde dorsale à apophyses osseuses implantées dessus. En déduisant ces quatre sous-classes des Poissons, il nous en reste encore deux autres, les Ganoïdes et les véritables osseux qui, ayant des opercules et des branchies libres, diffèrent entre eux par la structure des valvules du cœur. Je nomme tous les osseux parfaits à deux valvules aortiques les Teleoslei. Nous aurions donc six sous-classes à caractères fixes et sûrs, tels que Cuvier les dé- sirait. 1, Tcleostei, MuW. 3. Ekismobranchii, Bonap. , seaSelacliii. 2 Dipnoi, MiiW. 5. Marsipobranchii,Tion.saaCyclostomi. 3. Ganoidei, Agass. Mull B Leplocardii. Miill Je mets les Ganoïdes et les Sélaciens au milieu ; ces premiers forment le passage aux Dipnoïques et aux Téléostiens, les Sélaciens aux Cyclostomes pI aux F-eplocardes. J'établis six ordres dans les Téléostiens: DUS l•olsso^s. 43 1. Acantliopteri, tàiiM. 4. l'kysostomi, MaU. 2. Aniicitnthini . id. 5. l'ketogmilhi, Cuv. 3. Phanjiigoijnatlii, id. 6 Loiihobrunchii , id. Je ne comprends parmi les Àcanllwplériens que ceux des Acanthoptérygiensde Cuvier qui ont des os pharyngiens doubles ; j'élimine donc les Labroïdes et leurs congénères. La grande ma- jorité de ces Poissons a les ventrales sous les pectorales. Leur vessie natatoire, quand elle existe, n'a pas de canal aérien. J'ai établi les familles suivantes : Percoïdes, Cuv. Scombéroïdes, Cuv. Calaphractes, id. Squammipennes, id. Sparoides, id. (incl. Ménides). Ta'nioldes, id. Sciénoïdes, Cuv. Gobioides, Mull. (incl. Cycloptères) (I) Labyrintliiques, id. Blennioldes, Mull. Mugiloîdes, id. Pédicules, Cuv. Nolacanthes, Mull. (A'ofacanlAus, TÎAi/n- Theuthyes, Cuv. chobdella. Maslacemblus ) Fistulaires, id. La famille des Notacanthes comprend des Acanthoptériens à ventrales abdominales ou sans ventrales, ayant beaucoup d'épines dorsales indépendantes de la nageoire dorsale, et dont la ceinture dorsale est suspendue, comme dans les Anguilles, derrière la tête à l'épine dorsale. Je la vois ainsi chez les genres Notacanthe et Mastacemble; on doit encore examiner si le genre Tetragonure appartient à cette famille. Les ^^ nacanthins sont des Poissons qui ont la même structure que les Acanthoptériens , dont la vessie natatoire manque aussi de canal aérien , mais qui n'ont que des rayons mous. Leurs ven- trales sont jugulaires ou pectorales, quand elles existent. Le sous- ordre est composé en partie des Malacoptérygiens subbrachiens et des Malacoptérygiens apodes de Cuvier. Familles : Gadoïdes. Ophidines, Pleuronectes. (I j Voyez, mon Mémoire ^ur les ramilles niiluiçllcs des Poissons (Archives de Wicgmann, IX, I, p. MU). 44 inULLER. — SUR LA CLASSIFICATION Les Pharynyognalhes (1) comprennent des Acanthoptérygiens et des Malacoptérygiens à pharyngiens inférieurs réunis. Leurs ventrales sont abdominales ou pectorales ; leur vessie natatoire est fermée, sans canal aérien. Familles : Labroïdes cycloïdes, Mull. ; Labroïdes cténoides, id. ; Chromides, id. ; Scomberésoces, id. Les Physostomes sont composés de Malacoptérygiens, qui ont des ventrales nulles ou abdominales, et dont la vessie natatoire a toujours un canal aérien. On peut les diviser en deux sous-ordres qui répondent en général aux Malacoptérygiens abdominaux et apodes de Cuvier. F'nnilles des Physostomes abdominaux. Siluroides, Cuv. Galaxias, Mull. Cyprinoïdes, Agass. Salmones, id. Characins, Miill. Scopélins, Miill. Cyprinodontes, Ag. Oupéides, Cuv. Mormyres, Cuv. Héléropygiens , Telllvampf (.4m6(i/opjMs). Esoces, Mull. l'ilVSOSTOMES APODES OU AnGUILLAIRES. Mgrénoïdes, Mull. Gymnotes, Mûll. Symbranches, id. Je distingue, dans la famille des Siluroïdes, les véritabfes Si- lures et les Goniodontes Ag. ou Loricaires, comme deux groupes distincts. La famille des Cyprinodontes Ag. ou l'œcilies Val., que j'ai caractérisée dans un autre endroit, comprend seulement des Poissons à bouche protractile, et bordée uniquement par l'in- lermaxillaire. Le genre Umhra Cva.mcr {Cypn'noduniimbraCwv., Uinbra Crameri Nob.) n'appartient pas, avec le genre Cyprino- don, à la famille des Pœcilies. Ce genre a des dents, non seulement dans l'intermaxillaire , mais aussi dans le vomer et les palatins ; la bouche est bordée, en avant par l'intermaxillaire, en dehors par le maxillaire supérieur, comme chez les Ésoces , dont il se (1) t. . p :in;,. DES POISSONS. ^5 rapproche aiis^i par l'estomac sans cœcum, par l'intestin et par les fausses branchies recouvertes, l^a famille des Ésoces est formée maintenant uniquement par les genres Ésox et Umbra. Grâce à l'obligeance de M. Valenciennes, j'ai pu continuer mes études sur les Ésoces de Cuvier. Je suis incertain sur les Salan.x, l'exemplaire original de Muséum de Paris étant trop mal conservé. Le Microstomc du Muséum a la bouche bordée, en avant, par les intermaxillaires, derrière lesquels s'avancent les maxillaires, pour border la bouche en dehors. Une nageoire adipeuse ne se trouve certainement pas sur cet exemplaire, qui a de fausses branchies en peigne , et dont on a tiré la figure du règne animal. Les Mi- crostomes de Risso et de Reinhardt sont des genres voisins qui s'accordent avec le nôtre et avec l'Argentine, en ce que tous ces Poissons ont des dents seulement au vomer , et pas aux inter- maxillaires; ils diffèrent par la nageoire adipeuse. Mais le genre Argentine a six rayons branchiostèges, au lieu de trois. Il faudra encore examiner les ovaires des Microstomes pour savoir si ces Poissons n'appartiennent pas plutôt aux Salmones. Les Galaxias (Mesites de Jenyns), mis par Cuvier parmi les Ésoces, ont été examinés dernièrement par moi. L'exemplaire parisien du Galaxias alepidotus a sept rayons branchiostèges ; une autre espèce très petite, que nous avons reçue de M. Pœppig, n'en a que six. La bouche non protractile de ces animaux est bordée, en avant, par l'intermaxillaire, derrière lequel s'avance le maxillaire, pour border la bouche en dehors, tout comme dans les Microstomes. Je trouve que les œufs de ces Poissons tombent dans la cavité abdominale et sont conduits au dehors par des ou- vertures abdominales, comme dans les Salmones Mùll., dont ils se distinguent pourtant par la structure des mâchoires et l'ab- sence de la nageoire adipeuse. Il faut, en tout cas, séparer les Galaxias d'avec les Ésoces; j'en fais pour le moment une famille nouvelle, en me réservant de les réunir aux Salmon£s aussitôt que des genres nouveaux ou mieux connus de ce groupe nécessiteront cette réunion (1). (I) La struclure des ovaires et la présence ou tobsencc d oviductes forment un llQ MULLER. — SIR 1. V CLASSIFICATION Je ne distingue plus les Clupésoces, que je séparais encore des Clupes, dans mon Mémoire sur les familles naturelles des Pois- sons. Cette distinction était fondée sur l'absence des fausses bran- chies chez les Clupésoces. Mais j'ai appris , par des espèces du genre Megalops reçues par les soins de MM. R. Schomburgk et Peters, que les fausses branchies sont si petites dans ce genre, qu'elles disparaissent presque entièrement. Dès l'été dernier, j'ex- primais déjà mes doutes sur la validité de cette famille au prince de Canino. J'ai reçu depuis le genre Gnathoholus , et j'ai dû voir que ce genre, si voisin des Notoptères, en difl'ère par la présence de fausses branchies en forme de peignes. 11 est donc certain qu'il faut abandonner les Clupésoces, et les réunir aux Clupes, oîi ils ne forment pas même un groupe à part. Les Clupes se composent donc des genres suivants : (lupea, Pristigaster, Àlepocephalus, Gnathobolus , !\otoplerus , Engrautis , Thryssa, .4 mia, Megalops, Elops, Lutodeira, Hyodon, Butirinus, Chiro- cenlrus, Stomias , Chauliodus, Ileterotis, Arapaima, Osteoglos- sum. J'ai examiné à Paris, depuis ma dernière communication, les genres Âmia et Chauliodus : ils n'ont point de fausses bran- chies. 11 ne faut compter parmi les Anguillaires que de véritables Anguilles à canal aérien, et en séparer lesOphidines, pour les met- tre avec \es, Anacanlhins ; mais il faut encore distinguer dans ce groupe les Murénoïdes , les Symbranches et les Gymnotes. Le sperme et les œufs tombent, chez les premiers, dans la cavité caractère très important, qui ne permet pas d'exceptions. M. Ratlike prétend, il est vrai , que le Cobitis tœnia se distingue des autres espèces du même genre , en ce que ses œufs tombent dans la cavité ventrale , et sont conduits au dehors par des ouvertures abdominales ; exception inexplicable si elle était vraie. Mes recherches sur V Acunthopsis tœnia et sur d'autres espèces d'AcanlIiopsix m'ont appris que cette assertion de M, Uatlike repose sur une erreur. L'espace derrière l'intestin et l'ovaire, que l'on a pris pour un espace abdominal, n'est autre chose que le sac de l'ovaire, qui est attaché aux parois abdominales; la plaque formée par l'ovaire n'est que la paroi antérieure de ce sac. Cette structure est mise hors de doute par la comparaison avec les Cubitis fossilis , où les sacs ovariens , bien que doubles encore , sont déjà attachés on grande partie aux parois abdomi- nales. UEs l'OISso^s. /|7 abdominale pour sortir par des ouvertures, comme chez les Sal- mones et les Cyclostomes. Je trouve, au contraire, dans les Sym- branches (Symbranchus, Monopterus) et chez les Gymnotes [Gym- notus, Canapus , Sternarchus) , des canaux déférents et des ovaires en boyau, se continuant dans des oviductes. On peut, d'ailleurs, distinguer facilement les Physostomes anguillaires par la structure des mâchoires. Les Murénoïdes ont la bouche, dans toute sa lon- gueur , bordée uniquement par l'intermaxillaire ; le maxillaire avorté est cariié dans les chairs. Ces Poissons n'ont point d'appen- dices pyioriques , mais un cœcum stomacal. L'intermaxillaire , dans les Symbranches, borde aussi la bouche jusque vers le coin postérieur; mais le maxillaire, qui est aussi grand que lui, l'ac- compagne dans toute sa longueur. Les Symbranches n'ont ni a[ - pendices pyioriques ni cœcums; l'intestin, tout droit, est accom- pagné par le foie jusque vers son extrémité. Chez les Gymnotes [Gymnolus. Canapus, Sternarchus, etc.), la bouche est bordée, en avant par les intermaxillaires, en arrière par les maxillaires. Ils ont des appendices pyioriques. L'anus est situé sous la gorge. La classification des Physostomes a maintenant des bases so- lides; les familles des Acanthoptériens, au contraire, offrent en- core beaucoup de distinctions artificielles, celles de Cuvier étant restées intactes en grande partie. Plecloynalhi Cu'v. Quoique la réunion immobile du maxillaire et de l'intermaxillaire dans cet ordre ne soit rien moins que constant et se trouve aussi dans d'autres Poissons {Serrasalmo , etc.), les Plectognathes ont pourtant bien des caractères communs dans leur peau, dont les écailles, aspérités, plaques et piquants diffèrent en- tièrement des écailles ordinaires. Ici les familles : Balistes, Ostracionles, Gymnodonles. Les Ijophobranches forment le dernier ordre des Téléostiens. Ils ne diffèrent en rien d'essentiel des autres osseux. Les Sélaciens se divisent en deux ordres , Playiostomes et IIolo- céphales; mais il faut séparer de nouveau les Plagiostomes en deux sous ordres , les Raies et les Requins. Les Raies se distin- guent des Reciuins par la ceinture thoracic[ue complète et annii - /|8 MULMiR. — SUU LA CLASSIFICATION laire, qui s'étend jusque sous la peau du dos , par les ouvertures branchiales fendues vers le bas, par la perte ou l'adhésion des paupières, par la réunion de la pectorale avec la tète, par les car- tilages des nageoires céphaliques et par la fusion des vertèbres de la partie antérieure de l'épine en un seul cartilage sans division , caractère qui est commun à toutes les Raies, et qui se trouve aussi dans les Pristis, tandis que les Pristiophores, qui sont de véri- tables Requins à scie, sont aussi des Requins sous ce rapport. Familles des Requins. Scyllia. Cestraciontes Alopeciœ. Spinaces. Nyclitanles. Rhinodotttes. Scymnoidei Lamnoidei. Notidani. Squalinœ. 11 n'y a plus rien h ajouter aux familles des Raies, telles qu'elles ont été adoptées dans la classification des Plagiostomes , sauf que le genre Platyrhina appartient aux Raies ovipares , par con- séquent à la famille des Rajœ. TABLEAU MÉTHODIQUE DES FAMILLES DES POISSONS. CLASSIS, PISCES. SUBCLASSIS I. DIPNOI. ORDO I. SlRENOIDEl. Familia 1 Sirenoidei. SDBCLASSIS H. TELEOSTEI. ORDO I. ACANTHOPTERL Famii.i.ï 1. Percoidei. 2. Cataphracti 3. Sparoidei. 4. Siaînoidei. 5. Labyrinihiformes. 6. Mugiloidei. 7. Nolacanlhini. 8. Sconibeniidei. 9. S()uanimipennps. 10. TîBnioidei. I I . Gobioidei DES POISSONS. 1-2 13 14. 15. Blennioidei Pediculali. Theuties. Fistulares. INTHINI. Fasili.e I . 2. 3. Gadoidei. Ophidini. Pleuronectides. 'lO ORDO III. PHARYNGOGNATHI. SDBORDO I. PHAHÏNGOGNAIHI ACANIHOPIERVGII. Famille 1 . Labroidei cycloidei. 2. Labroidei ctenoidei. 3. Chromides. SUBORDO II. PHARYNGOGNATHI MALACOPTERYRII , FASIIL1.E 4. Scomberesoces. ORDO IV. PHYSOSTOMI. SUBORDO I. PHïsosTOMi abdominales Familij: 1. Siluroidei. 2. Cyprinoidei. 3. Characini. i. Cyprinodontes 5. Mormyri. 6. Esoces. 7. Galaxiae 8. Salmones 9. Scopelini. 10. Clupeidsp. 41. Heteropygii. SDBORDO II. PHÏSOSTOMI apodes. Famili* 12. Muraenoidei. 13. Gymnolini. 14. Synibranchii. ORDO V. PLECTOGNATHI. Famille 1 . Balistini. 2. Ostraciones. 3. Gymnodontes. ORDO VI. I.OPHOBRANCHII. Famille 1 . Lophobranchi. .3' série Zom. T IV (Juillet 18 45.) 50 MILLER. SUR I.A CLASSIFICATIOX SUBCLASSIS III. RANOIDEr, ORDO I. HOLOSTEI. Famille 1 . Lepidosteini. 2. Polyplerini ORDO II. CHONDROSTEI. FAMiLii 1 . Acipenserini 2. Spatularis. S1JBCLASSI<« IV. ELASMOBRANCHII S. SEf.AC.HII. ORDO 1. PLAGIOSTOMI. SUBORDO I SQUAUD*. Famille 1. Scyllia. 2 Nyctitanips i Latnnoidei. 4. Alopeciae. 5 Cpslraciones 6 Rhinodonlps 7 Noiidani 8, Spinaces 9 Scymnoidei Ifl. Squatina:' SilBORllO II BAJID.t. Famille I 1 . Squatinorajip. 12 Torpedines 13. Rajae. 14. Trygones. 15. Myliobatide.'ï. 16. Cephaloplera> ORDO II. nOtOCEPHAI.I. Famille 1 . ChimaercP SL'BCLASSIS V. MARSIl'OBRAINCUn S. r.yCI.OSTO.MI. ORDO I. HYPEROARTII. Famille I . Pelromyzonini ORDO II. HYPEROTRETI. Famille 1. iMyxinoidei SL'BCLASSIS VI. LFJ'TOCARDll. ORDO I. AMPHIOXIM. Familli-, I Amptiinxini. DES POISSONS. 51 APPENDlCr. J'ajoute encore quelques remarques physiologiques sur la dif- férence virtuelle du bulbe aortique des Plagiostoines et des Ga- noïdes d'un côté, et des Poissons osseux de l'autre. J'ai traité, dans le Mémoire précédent, du bulbe aortique mus- culaire des Plagiostomes et des Ganoïdes d'un côté, et de celui des Poissons osseux comme d'organes équivalents, en me tenant uniquement à la différence des valvules , ce qui est suffisant pour le point de vue zoologique. Des recherches anatomiques et phy- siologiques conduisent à cette conclusion , que le bulbe des Pois- sons osseux n'a pas la moindre ressemblance avec celui des Ga- noïdes et des Sélaciens : celui-ci est un véritable creur, destiné à battre comme le vestibule et l'oreillette, avec lesquels il partage la même structure. Le bulbe aortique des Poissons osseux , au contraire , n'est pas une succursale du cœur actif; il ne bat pas comme le cœur : c'est uniquement le commencement épaissi d'une artère , dans lequel la couche fibreuse se gonfle d'une manière extraordinaire. Tous les anatomistes ont partagé l'opinion de l'identité entre ces deux espèces de bulbe aortique , et moi-même pendant long- temps j'étais de cet avis; mais, en réfléchissant sur le but et l'action des valvules dans les uns et dans les autres , on arrive à des doutes. La couche musculaire du bulbe a sans doute la signi- fication d'un cœur accessoire, d'un vestibule prolongé, dans les Poissons, où l'on trouve plusieurs rangées de valvules ; le bulbe, en se contractant, envoie le sang dans l'artère proprement dite , tout comme le fait le bulbe du cœur de la Grenouille ; les valvules s'étaleront par la pression du sang des artères, au moment où la contraction finit. I>es dernières valvules étant établies au point où la couche musculaire finit, l'artère restera pleine au-dessus, mais le bulbe lui-même sera soustrait à la pression du sang des artères pendant la diastole. L'inverse a lieu dans les Poissons osseux. Ici les valvules sont situées entre le vestibule et le bulbe aortique ; le bulbe et les artères sont distendus pendant la contraction du ves- tibule. Le bulbe, s'il pouvait se contracter activement, comme dans la Grenouille, chasserait le sang encore plus loin dans l'artère: mais le sang étant soumis à toute la pression du système artériel 52 MULLER. Slill LA CLASSir'lCAÏIO\ entier, reviendrait imniédi BES POISSONS. ()1 asse?. prononcée. Une quantité de fils tendineux partent de l'cx- lrémit('' antérieure liiire de ces rideaux charnus , et tout en for- mant un réseau très élégant, ils vont se i-éunir dans deux lisières plus épaisses, qui sont attachées en forme de croissant. La partie antérieure du bulbe contient ainsi, dans son intérieur, deux fortes valvules charnues, qui partagent le bulbe en trois compartiments, une cavité moyenne pour le passage du sang , et deux poches énormes en proportion, une dorsale et une ventrale, qui se trou- vent comprises entre ces valvules et les parois du bulbe. Les der- nières ])résentent depuis la collerette la teinte grise et la structure ordinaire du bulbe des Poissons osseux. Maintenant, la multiplicité des valvules dans le co'ur de VAmia étant bien constatée , M. Mûller voudra-t-il séparer ce Poisson des Sudis [Ampaima), des Onleof/Iossum . pour le placer près du Lépidostée et du Polyptère? 11 faudra bien le faire, si le caractère des valvules multiples est aussi tranché, aussi inca- pable d'exceptions, que M. Millier l'admet. UArapaima n'a que deux valvules, d'après M. Mûller lui-même; VAmia, qui lui ressemble presque en tous points , dans la conformation de son crâne, l'arrangement des pièces operculaires qui couvrent les joues, la structure des écailles, l'absence de fausses bran- chies, etc., cet Amia, si voisin de VArapaima, serait mis, non seulement dans une autre famille , mais dans un ordre tout différent. Il en est peut-être de même pour les Érylhrins, que M. Mûller avait déjà placés dans sa famille des Cliaracins à cause des ossicules fixés à la vessie natatoire. Je serais tenté de croire qu'il en faut revenir, sur ce point , à l'opinîon de Cuvier, qui avait fort bien senti les relations étroites par lesquelles les Éry- thrins sont liés avec les Amia , les Vastrés (Sudis) et les Osteo- f/lossum. Tout en les laissant dans la famille des Clupes, 1\I. Cuvier réunissait ces Poissons comme un groupe à part. La famille des Characins de M. Mûller est uniquement fondée sur l'existence d'os- selets auditifs qui lient le labyrinthe à la vessie natatoire , et c'est uniquement à cause de cette organisation que M. Mûller a trans- porté 1rs Erythrins dans celte famille. Mais pourquoi ce caractère serait-il exclusif pour les Characins, en l'emportant sur tout l'en- semble de l'organisation , s'il ne l'est pas dans une autre famille? Ponrffuoi les Sudis et les Amia, dépourvus qu'ils sont d'osself>ts 02 VOtiT. — SUR LA CLASSIFICATION auditifs, se trouveraient-ils éloignés des Érythrins, si l'on réunit dans la même famille les Silures ayant une vessie natatoire, à os- selets auditifs, et les Loricarines, qui ne possèdent ni l'un ni l'au- tre de ces caractères? Du reste, n'ayant pas encore pu comparer bien positivement les Érythrinsavec les Amies, quant à leur ostéo- logle , je me réserve un jugement ultérieur sur ce point. Je n'ai pu examiner non plus les intestins dos Sudis, Osteoylossiim et Ile- terotis ; mais quant au premier genre , je crois pouvoir assurer qu'il ne peut pas y avoir deux Poissons ostéologiquement aussi semblables que les Amia et les Sudis. Les .4iiiia ont aussi des dents sur le corps du sphénoïde ; ils ont, en outre , une valve en spirale dans l'intestin, mais qui ne fait que quatre tours et demi. Voici comment je comprends l'ordre des Ganoïdes, si toutefois on veut laisser subsister cet ordre. Le caractère essentiel doit être placé, comme M. Agassiz l'a fait (iPo(.s.fo«s /b«s(Ye5, l. I, 74), dans les écailles véritablement osseuses , ayant des corpuscules osseux, comme les autres os du corps, couvertes d'une couche d'émail.- Mais en présentant ce caractère comme dominateur dans le grand groupe des Ganoïdes, je suis loin de le croire exclusif. Nous voyons, en effet, la couche d'émail se perdre dans les Estur- geons, et ne rester que de simples plaques osseuses non émail lées, dont la couche supérieure est seulement plus dense et plus homo- gène. D'un autre côté , les corpuscules osseux ne me paraissent pas non plus exclusifs ; j'en trouve dans les écailles des Méga- lopes, des llydrocyons, écailles qui se rattachent singulièrement par leur structure à celles de V Amia et des Sudis. C'est , du reste , si je ne me trompe, le sens général des caractères dominateurs en zoologie ; ces caractères, si fortement saillants dans les types d'un groupe quelconque, se perdent insensiblement vers les extrémités des séries, se dégradent et Unissent par s'anéantir complètement. 11 est impossible aujourd'hui de donner une définition précise de ce que c'est qu'un animal ; peut-on demander des définitions pré- cises et tranchées des ordres, des groupes et des familles? Pour en revenir aux Ganoïdes, je les limite donc, en général, comme ayant les pièces dures de la peau composées d'un véri - table tissu osseux et recouvertes d'un émail particulier, tout en reconnaissant qu'il existe des genres où l'émail se rapproche de celui des Poissons osseux [Amia, etc.), comme il peut exister des DES POISSONS. G?) Poissons osseux rapprocliés des Ganoïdes et ayant des corpus- cules dans leurs écailles. Mais ce fait est borné aux Poissons (\ui se rattachent de très près aux Ganoïdes: il ne s'étend pas plus loin. J'ai examiné les écailles , ou plutôt les plaques des Jgonits. des Lépisacanlhes et d'autres Poissons encore, que l'on désigne généralement comme ayant des plaques osseuses sur la peau ; je n'ai jamais rencontré des corpuscules osseux dans ces plaque.s. Je suis d'accord avec M. MùUer sur la nécessité de séparer les Sclérodermes , les Plectognathes , les Lophobranches des Ga- noïdes; la structure des parties dures dans la peau de ces ani- maux n'a aucun rapport avec celle des écailles ou plaques des Ganoïdes. J'ai tout lieu croire que mon ami M. Agassiz se ran- gera aussi à cet avis, d'autant plus qu'il est le premier qui , dans son travail sur les écailles des Poissons en général {Poissons fossiles , tom. 1) , a indiqué les dilFérences fondamentales qui se trouvent entre les parties dures de ces Poissons et celles des Ga- noïdes. Je distingue dans ce grand ordre, ainsi l'éduit , trois groupes principaux , qui me paraissent se lier par un ensemble de confor- mation qui dénote un développement embryologique semblable, si j'ose ni'exprimer ainsi, [.e premier groupe sera celui des 6'fl- noïdes cuirassés, munis de plaques osseuses, souvent sans couche distincte d'émail, tantôt dis|)ersées sur la peau, tantôt rapprochées les unes des autres. En réunissant dans ce groupe les Esturgeons, lesSpatulaires, lesCéphalaspidesetlesSiluroïdes, on trouvera peu de séries s'élevant aussi graduellement vers le terme final , que celle que j'indique. L'épine dorsale, composée d'abord seulement d'une corde continue, s'ossifie petit à petit; la queue , d'hété- rocerque qu'elle était, devient homocerque ; l'arcade palatine et temporale perd sa simplicité primitive et se rapproche de celle des autres Poissons; la bouche, d'abord infère, devient termi- nale ; la boîte cartilagieuse primitive du crâne se couvre de pla- ques protectrices. Tous ces changements successifs , qui se mani- festent si bien dans les embryons et les jeunes Poissons après l'é- closion, se poursuivent aussi avec une exactitude rigoureuse dans la série que je présente ici. Lri second groupe est formé ])ar les Gamides à écailles rhom- boïilales et fortement émaillées. Le Polyptère, le Lépidostée , <)4 VOGT. — SUR I.\ CLASSIFICATION sont les représentants vivants de ce groupe, que l'on devra divi- ser en plusieurs familles, mais sur lequel je ne reviendrai pas, après tout ce qui vient d'être dit par MM. Agassiz et MûUer. Le troisième groupe, enfin, comprend les Ganoides à écailles arrondies, imbriquées, dont le type éteint est formé par la famille des Célacanthes, auxquels se rattachent, dans la création actuelle, les Sudis, les Jmia , peut-être les Érytlirins. Ayant pris une part active aux recherches de M. Agassiz sur les types fossiles de ce groupe, je crois pouvoir renvoyer, sur ce sujet, à la dernière livraison de la Monographie des Poissons du grès rouge , qui ne tardera pas à paraître. Borné aux faibles ressources d'un petit musée, nous ne pouvions pas disposer d'assez de matériaux pour étudier convenablement les Poissons qui nous semblaient devoir rentrer dans notre groupe des Célacanthes ; aujourd'hui, grâce à l'obligeance de M. Bibron, je peux exprimer nettement mon opi- nion. Les Àmia appartiendraient aux Ganoides, même d'après les conditions posées par M. Millier ; je crois qu'on romprait leurs affinités les plus naturelles en les séparant des Sudis. Chacun de ces groupes me paraît se rattacher plus ou moins intimement à un groupe de Poissons osseux. Les cuirassés, pré- sentant le type le plus éloigné, n'ont que peu ou rien de commun avec les Cyprins. Je n'ai jamais pu comprendre pourquoi Jes Silu- roïdes devaient se rattacher si étroitement aux Cyprins, comme on a l'habitude de le faire dans les classifications actuelles. Toute l'ostéologie de ces deux familles est complètement différente ; la dissemblance, quant aux parties dures de la peau, ne peut pas être plus grande ; on ne peut trouver quelque analogie que dans les osselets attachés à la vessie natatoire, et dans le premier rayon fort et dentelé que possède quelquefois la nageoire dor- sale. Les types vivants du second groupe n'ont aucune ressemblance avec les autres Poissons vivants. LeLépidostée et le Polyptère for- ment , en effet, comme l'a si bien exposé M. Agassiz , les derniers jalons d'une grande création détruite. Mais c'est parmi les fos- siles qu'il faudra chercher ; et je me trompe fort , ou les Pycno- dontes offrent les plus grandes ressemblances avec les Plecto- gnathes. La structure du squelette et du crtàne, la disposition et DES poIsso^s. 65 la nature des dents de certains Plectognathes offrent, en effet, de nombreux points de comparaison. Le troisième groupe enfin, qui ressemble déjà davantage , dès la première vue, aux Poissons osseux ordinaires par ses écailles rondes et imbriquées , s'y rattache aussi plus intimement par les genres que nous venons de séparer des Clupes. Mais ce qui les éloigne positivem,ent de cette famille , ce ne sont ni leur bulbe à valvules multiples , ni la vessie natatoire réticulée , ni tant d'autres caractères tirés des organes externes et internes ; c'est surtout et avant tout la structure de leur crâne , qui est émaillé partout de substance osseuse devenant vitrée et cassante ; c'est la disposition de leurs sous-orbitaires, qui forment une cuirasse pres- que complète des joues , et enfin la structure de leur bouche , qui est bordée en arrière par les maxillaires, qui se trouvent en ligne droite avec les intermaxillaires. On n'a pas assez fait attention à ce caractère, qui sépare assez nettement les autres Clupes à gran- des écailles des Ganoïdes clupéoïdes. En effet, le maxillaire fait toujours, chez ces premiers, un angle plus ou moins obtus avec le bord de l'intermaxillaire , de sorte que la fente de la bouche , quand celle-ci est fermée, n'est visible que jusqu'au point de l'in- sertion du maxillaire. Celui-ci , en partant sous un angle plus ou moins prononcé , cache la continuation de la fente buccale , en glissant par-dessus la mâchoire inférieure. Il en est autrement dans les Sudis, les Amia et les Enjthrinus ; ici le maxillaire con- tinue en ligne droite le bord de l'intermaxillaire, de sorte que la fente de la bouche et les deux bords dentifères des mâchoires sont visibles dans toute leur longueur, même quand le Poisson a la bouche fermée. On m'objectera peut-être que ces caractères sont insignifiants et d'une valeur très restreinte, lorsqu'il s'agit de la démarcation d'un ordre. Je veux bien le croire , quant au dernier caractère surtout, que je n'ai présenté que parce qu'il est saisissable au pre- mier coup d'œil, et par cela même fort important pour des objets qui, en général, sont extrêmement rares dans les collections; mais je prendrai d'avance fait et cause pour les caractères tirés de la conformation du crâne. Le rapport de M. Agassiz sur les Pois- sons de Sheppy, qui vient de paraître dans ces Annales, a déjà 3' stTJp Znol T rV. (Juillet 1815 ) 5 6(3 VOGT. — SL'K I.A CLASSIFICATION attiré l'attention des Zoologistes sur ce sujet, et je me suis con- vaincu , par l'inspection répétée des faits annoncés par mon cé- lèbre ami , que la conformation du crâne , les formes que présente cette boîte du système nerveux central, sont de la plus grande im- portance pour l'ichthyologie systématique. C'est là, à mon avis, ([u'il faut chercher les caractères stables et fixes des familles des Poissons, et non pas dans l'anatomie des organes de la respiration, de la circulation et de la digestion , qui , tous , varient plus ou moins, d'après les conditions extérieures de vie auxquelles l'ani- mal est destiné. Je trouve les preuves de ce que j'avance ici dans les travaux ichthyologiques de M. Mùller lui-même. Les fausses branchies, dont la présence ou l'absence lui paraissaient encore, en 1843, d'excellents caractères de familles, ne peuvent plus avoir une grande valeur systématique aujourd'hui , puisqu'il a observé maintenant tous les passages de leur disparition graduée, de ma- nière qu'il réunit aujourd'hui les familles des Clupes et des Clu- pésoces, qu'il avait établies auparavant. Je retrouve la même inconstance du caractère dominateur dans l'ordre des Physostomes, établi par M. Millier. Cet ordre se com- pose, d'après lui, de tous les Malacoptérygiens ou Apodes, dont la vessie natatoire possède toujours un canal aérien. La première famille de cet ordre est celle des Siluroïdes, qui se séparent en deux groupes, les vrais Siluroïdes et les Goniodontes ou Lorica- rines. Je conviens que l'on peut être dans le doute sur la sépara- tion de ces deux groupes, comme familles distinctes, séparation proposée par M. Agassiz, rejetée par M. Valenciennes, admise d'abord par M. Millier dans son Mémoire sur les familles natu- relles des Poissons, et repoussée de nouveau aujourd'hui par ce même auteur. Cette séparation était pourtant fondée par M. Mill- ier sur l'existence des fausses branchies, qui manquent aux Si- lures, et sur l'absence de la vessie natatoire, qui , chez les Silures, est réunie avec le labyrinthe par des osselets. M. Mûller, en réunis- sant aujourd'hui dans la même famille des Poissons avec ou sans fausses branchies, avec ou sans osselets auditifs, convient donc que ces caractères ne sont pas entièrement exclusifs. Mais les Lo- ricarines, dépourvues de vessie natatoire, ne peuvent pas non plus avoir un canal aérien , et M. Millier, en les réunissant à l'ordre des Physostomes on Malacoptérygiens à canal aérien, reconnail t)I!S POISSONS. f)7 pac là même que le caractère dominateur d'un oi'dre peut chan- ger et se perdre. Je ne puis parier qu'avec doute de certains autres caractères etnpioyés par M. Mùller, et dont la valeur systématique me paraît aussi quelque peu exagérée. Il en est ainsi des os pharyngiens, que M. Mùller regarde aussi comme un caractère tellement important, qu'il les prend pour caractère dominateur de son nouvel ordre des Pharyngognathes. Le pharyngien simple de ces Poissons résulte seulement, et M. Mùller prouve cela lui-même suffisamment, de la suture et de la fusion des deux pharyngiens latéraux primitivement séparés. Ce caractère n'indique donc pas un nouvel ordre de faits, un plan nouveau d'organisation , et il me paraît impossible de fonder un ordre sur ce caractère, lorsqu'on y comprend les Chro- mides, dont M. Mùller fixe la place parmi les Pharyngognathes. quoiqu'ils aient, d'après lui-même, un pharyngien composé de deux pièces distinctes, et réunies par une suture. M. Mùller se fonde sur l'ordre des Plectognathes, établis sur un fait analogui^ par M. Cuvier. On a accepté cet ordre sans discussion ultérieure : mais je suis persuadé que cet ordre des Plectognathes sera bientôt rayé des cadres ichthyologiques. Je n'ai jamais pu observer des embryons ou des jeunes de Pharyngognathes ou de Plectognathes ; mais je suis certain qu'on trouvera les os séparés encore bien longtemps après l'éclosion. Le caractère des valvules multiples du bulbe aortique , que M. Mùller regarde encore comme absolu , se trouvera peut-être bientôt dans la même catégorie que les fausses branchies. L'exem- ple de VAviia prouve déjà qu'il y aura des passages insensibles depuis les valvules si étonnamment multipliées des Ganoïdes or- dinaires jusqu'aux valves simples des Poissons osseux. Les petites valves sériales en poche de VAmia sont déjà très réduites en nom- bre ; les deux grands rideaux musculaires sont placés à l'inté- rieur du tube artériel au-dessus de la collerette musculaire, et en réduisant les petites valves avec cette collerette, on pourra facile- ment s'imaginer tous les passages de disparition , tels qu'ils se trouveront peut-être dans les genres voisins, sous quelques rap- ports, des Àmia, ou bien dans le groupe des Loricarines et des Siluroïdes. Mais, quelles que soient les découvertes qui nous sont peut-être encore réser\éps sur ce point , toujours est-il que la ?é- t)S VO«r. — SUR I.A CLASSIFICATION DES POISSO\S. [)aration des Amies d'avec les Sudis ne pourra jamais s'efl'ectuei'. aussi peu que celle des Loricarines et des Silures. Nous ne pouvons dire quel caractère a plus de valeur intrinsèque , celui tiré du cœur ou celui tiré de la vessie natatoire et de ses liaisons avec le labyrinthe ; nous connaissons trop peu les conditions biologiques et le développement des Poissons pour juger cette valeur ; mais la séparation des Sudis et des Amies en deux ordres différents ne pourra pourtant se faire qu'autant qu'on voudra aussi placer en deux ordres éloignés les Loricaires et les Silures : chose tellement impossible, que personne n'y songera. Et pourtant, en admettant l'exclusivité absolue des caractères, cette séparation serait de ri- gueur. Je me résume en disant que tous les caractères anatomiques tirés des organes de la digestion , de la respiration, de la circula- tion et de la génération , ne sont point des caractères exclusifs, d'après lesquels seuls on pourrait délimiter des ordres et des fa- milles. Ces caractères ont une grande valeur dans la classifica- tion ; mais leur valeur n'est que secondaire, et les bases de la clas- sification ichthyologique doivent être cherchées dans des considé- rations d'un autre ordre de faits, dans l'embryologie comparée (les Poissons. Celte dernière science est encore à créer : nous n'en connaissons, jusqu'à présent, que des faits isolés, et qui se rap- portent justement h des familles dont les rapports sont assez bien connus. EXPLICATION DES FIGliRES PLAACHE 9. l'ji;. I Le cœur de I .4mm ciilrii , vu du côté droit. — On a marqué l'extension de la collerelle iniisculaire du bulbe par de.s raies verticales. Ki^. i Le même cœur, ouvert du côté ventral. Le ventricule est ouvert de ma- nière à montrer louverlure de l'oreillette. Le bulbe est fendu dans toute sa longueur; il laisse voiries deux rangées transverses de valvules en pcxlies , et les deux rideaux musculaires : l'un de ces derniers est fendu, et les deux moi- tiés sont rejetées des deux côtés. Kig. 3. Coupe transversale du bulbe, pour montrer la disposition des rideaux mus- culaires. Les lettres ont la même signification dans ces trois figures. (I, ventricule: li, oreillette; r, colleietle musculaire du bulbe; li, bulbe aor- tique; /'. rideau musculaire du côté dor»al; ;y. rideau musculaire ventral. Kig. i. Canal intestinal de \' Amia calva. On a conservé autant que possible la position normale de ces intestins, qui sont fendus dans toute leur longueur pour montrer la face interne de l'estomac et du gros intestin. (I , œsopliage ; b, brandie montante de l'estomac, ouverte; c, entrée de la branche dcscendanli' : il. \,dvule pyloricpie; i\ intestin : [. valvule spirale. KTUDES SI R I.KS TTI'KS I.M' KUI El ItS DE I. EMBH ANC H EJI EN T î> E S ANNELÉS; Far M. A. DE QUATREFAGES. MÉMOIRE Sun I,'(JRf;AN(SATION DES l'VrNOr.OMnES. Observalioiis sur les caractères extérieurs. Les Pycnogonides sont, on le sait, des animaux fort singuliers, que les Zoologistes classificateurs ne savent encore trop où placer. Sans reproduire ici toutes les hésitations enregistrées à cet égard dans l'histoire de la science , il nous suffira de rappeler que Linné les confondait avec les Phalaïujium ; que Savigny, en les laissant parmi les Arachnides, les regardait comme établissant un passage de celles-ci aux Crustacés ; que Latreille les classa parmi les Arachnides, tout en leur reconnaissant d'abord des analo- gies réelles avec les Cyames et les Chevrolles ; que , plus tard , le même naturaliste pensa qu'ils pourraient bien former un ordre particulier intermédiaire entre les Arachnides et les Insectes ap- tères de l'ordre des parasites; qu'enfin M. Milue Edwards, dans son ouvrage sur les Crustacés, les a rapportés, quoique avec doute, à cette classe, en signalant les traits de ressemblance qui les rap- prochent de certains Crustacés inférieurs, et entre autres des Che- vrolles et des Cyames. Que l'on considère les Pycnogonides comme des Arachnides ou comme des Crustacés, il faut bien reconnaître que, chez eux, le type d'où ils dérivent a subi des modifications considérables, alors même que l'on ne tient compte que des caractères extérieurs. Des trois parties du corps (tète, thorax, abdomen), l'une, l'ab- domen, est constamment rudimentaire et représentée par un simple tubercule ou un appendice fort petit. Une autre, la tête, est quel- quefois bien distincte et séparée du tronc par un étranglement (Phnxichilifle épineux M. E.); mais, dans la plupart des cas, :i' sérif Zndi. T tV f Août 181 -'l i , 5* 70 VOTACE EN SICILE. elle est réunie au thorax, très petite, et souvent presque rudimen- taire [G. paUène, Ammolhée pycnogonoide). Le thorax seul est bien développé et présente ses appendices essentiels. Ce qui distingue surtout les Pycnogonides des Crustacés, dont on les a rapprochés, c'est la forme et la composition de leur bou- che. Chez les Chevrolles et les Cyames, l'appareil buccal présente «ncore un certain degré de complication. On y distingue encore le labre, les mandibules, les mâchoires lamelleuses. Ici toutes ces parties ont disparu, ou mieux sont soudées ensemble, comme l'a dit Latreille (1). Les seules portions de l'appareil buccal qui persistent dans certains genres sont une paire de pattes-mâ- choires (antennes-pinces pour ceux qui regardent les Pycnogo- nides comme des Arachnides) et une paire de palpes. Si nous rapprochons ces faits de ce qu'on observe dans^la'^fa- mille des Acariens, nous reconnaîtrons qu'il existe , sous ce rap- port , entre ces derniers et les Pycnogonides , une grande ana- logie. En effet , chez les Acariens , nous voyons également la bouche se simplifier, conserver d'abord des antennes-pinces et des palpes, se dégrader encore davantage, et finir par ne consister qu'en un simple orifice, sans aucun organe accessoire apparent. Nous reviendrons, au reste, dans le courant du Mémoire actuel, sur la comparaison qu'on peut établir entre ces deux familles , et nous justifierons peut-être la conclusion qu'on peut en tirer, savoir, que, sans être ni aussi nombreuse, ni aussi variée, du moins jusqu'à ce jour, la famille des Pycnogonides représente dans la classe des Crustacés la famille des Acariens , qui appar- tiennent aux Arachnides. Ne tenant compte, quant à présent, que des caractères exté- rieurs, nous remarquerons seulement que, sous le rapport des or- ganes respiratoires , les Pycnogonides correspondent aux termes du groupe des Acariens, chez lesquels on ne trouve au dehors au- (1 ) Dans le siphon d'une grande espèce de Phoxichile , rapportée du cap de Bonne-Espérance par Delalande , Latreille a trouvé des sulures longitudinales disposées de façon à lui permeltre de distinguer le labre, la languette, et deux mâchoires. Il en conclut que les palpes qui existent dans certains genres appar- tiennent aux mâchoires DE 4JlATREFAttES. — SUR LES l'ÏC.NOGONIDES. TV cune trace de cet appareil. Depuis longtemps on a signalé, chez, les premiers, l'absence de stigmates, et ce fait a toujours embar- rassé les naturalistes qui ont placé ces animaux parmi les Arach- nides. Or, on sait que , chez certains Acariens intérieurs , on ne trouve non plus ni stigmates, ni stomates semblables à ceux que présentent quelques espèces entièrement aquatiques, et qui, ne quittant jamais le fond de l'eau , n'en présentent pas moins des tranchées bien reconnaissables (1) [Liiimochares). Cette simplification dans les caractères extérieurs des Pycno- gonides, l'incertitude qui en résultait sur la place qui leur re- vient dans nos cadres zoologiques avait dû faire désirer de con- naître leur anatomie. Cependant M. Milne Edwards est, je crois, le seul naturaliste qui s'en soit occupé jusqu'à ce jour. Dès 1827, ce naturaliste avait reconnu que, chez le Nymphon grêle, le tube digestif envoie des prolongements dans l'intérieur des pattes, et qu'il n'existe, chez ces animaux, qu'une circula- tion vague (2). Sans connaître ces observations, j'en avais fait de semblables en 1842, pendant mon séjour à Saint- Vast-Ia-Hougue. J'ai repris ces recherches en 1814, à Saint-Malo. où je pouvais étudier le Nymphon grêle (3) , le Phoxichile épineux (4), et une espèce nouvelle d'Ammothée (5) ; les résultats donnés pour ces trois espèces ont été les mêmes, et je crois, par conséquent, qu'à (1) Dujardin, Mémoire sur la famille des Acariens {Ann. des Se. itat.. 3' série,- t. I). (2) Voyez le Régne animal de Cuvier, 2" édit., t. III, p. 277, et VHist. nat, des Crustacés, l. III (li) Nymphum gracile (Leacti). (4) Phoxickihis spinosus (Leacli). (3) Ammolhea pijcnognnnides (Nob.). PI. I , fig. I , el PI. 2, fig. 2 el 3. Voici la description succincte de cette espèce, que j'ai trouvée à Saint-Malo. La tête est courte, grosse, nullement distincte du tiiorax. La trompe, irréguliè- rement lancéolée , se termine en pointe obtuse ; elle est grosse , et sa longueur, égale presque les deux tiers de celle du corps. Les pattes-niàchoires sont petites, courtes, et dépassent à peine le milieu de la trompe. Les palpes, au contraire, s'é- tendent au-delà de la bouche. Le diamètre transverse du tliorax est presque égal au diamètre antéro-postérieur. Le premier article des pattes est assez difficile à distinguer du thorax. Le tubercule oculifère est arrondi et légèrement renflé , I .ihdompn lrp> pelil el loieromenl relevé . il est enlieremenl lisse , l.indis que le 7-2 \()\\(_.L liN SKJIMî. quelques vuriatians près , un pourra les appliquer au groupe en- tier des Pycnogonides (1). ANATOMIE. Appareil digestif. — On sait que, chez les Pycnogonides, la bouche s'ouvre à l'extrémité de l'article tubuleux formé par la trompe (2). Cet orifice se prolonge en arrière en formant un œso- phage très étroit creusé dans une masse épaisse d'apparence mus- culaire. J'ai dit ailleurs (3) que l'intérieur de cet œsophage était en- tièrement couvert de cils vibratiles. En elïet, ayant vu un de ces animaux avaler une gorgée de liquide, je distinguai un mouve- ment vibratoire analogue à celui que déterminent les cils dans le canal intestinal des Annélides, des Némertes, etc. Toutefois, comme la présence des cils vibratiles chez les Pycnogonides serait un fait unique dans ce que nous savons des Articulés proprement dits, je suis le premier à reconnaître que cette observation a be- soin d'être confirmée par de nouvelles recherches, et que je puis avoir été trompé par quelque illusion. Chez le Phoxichile, l'œsophage, avant d'arriver à la hauteur des premières pattes , se renfle légèrement , puis se rétrécit de nouveau, et s'ouvre en s'évasant dans l'estomac (4). Nous trou- vons dans rAmmothée une disposition toute semblable : seule- ihorax porte des poils nombreux et quelques fortes épines. Les palpes et les pattes sont également assez velus. Les trois derniers articles surtout de ces dernières sont hérissés de fortes épines (*). L'Ammothée pycnogonoïde habite les fucus qui découvrent à la basse mer. Lorsqu'on la trouve, elle est ordinairement salie par la vase qui s'attache à ses poils et à ses épines ; il faut , avant de l'étudier, la brosser avec un pinceau , et elle se prête alors très bien aux observations (1) Mes observations ont porté plus particulièrement sur le Phoxichile et sur l'.4mmolhée. qui. à raison de leur transparence, se prélent parfaitement aux re- cherches mierngraphiques. (2) PI. 2, fig. 1 et 2, a. (3) Comptex-rendus de l'Académie dex Sciences, 25 novembre 1844. (4) PI. 2, lig. 1, b. (*) Le graveur a laissé subsister, dans la ligure I de la l'Ianclie I , quelques inexactitudes qu'on corrigera sans peine , d'après les ligures plus grossies de la l'Ianihe i. DE QIATRF.FACES. — SUR I.KS PYCNOGOMDES. 7S ment, le renflement œsophagien est placé plus en arrière, et un orifice postérieur est placé presque au niveau de la seconde paire de pattes (1). Avec tous les auteurs qui m'ont précédé, j'ai donné précédem- ment (2) le nom d'intestin à la portion du tube digestif qui suc- cède à l'œsophage. C'est là, je crois, une erreur. Cette portion correspond évidemment à Vestoinac des Crustacés ordinaires, et l'on doit, ce me semble, réserver le nom d'intestin pour la partie seule du tube alimentaire renfermée dans i'abdumcn. Celui-ci étant rudimentaire, il n'est nullement surprenant de trouver con- sidérablement réduite la portion de l'appareil digestif qu'il ren- ferme. Cet estomac, chez les Pycnogonides que j'ai eu occasion d'ob- server, représente à peu près un cône dont la pointe serait tour- née en arrière et s'ouvrirait dans l'intestin proprement dit (3). Il est très com't, surtout chez l'Ammothée, où il correspond à peine à l'espace embrassé par la seconde et la troisième paire de pattes. C'est de cette portion du tube alimentaire que partent les caecums signalés en premier lieu par M. Milne Edwards (4). Ces cœcums sont au nombre de dix ; les deux antérieurs pénètrent dans les pattes-mâchoires, après avoir, dans leur trajet, con- tourné le cerveau. Cette disposition est surtout bien marquée dans l'Ammothée (5). Dans le Phoxichile , les deux cœcums se tou- chent presque dans une partie de leur trajet , et s'écartent brus- quement à la hauteur de l'insertion des pattes-mâchoires (6). Les huit autres cœcums pénètrent dans les pattes thoraciques, et arrivent jusqu'à l'extrémité de l'antépénultième article (7). Immédiatement après les dernières paires de cœcums, le tube digestif se rétrécit extrêmement , et s'ouvre par un orifice très (1) PI. 2, fig. 2, b. (2) Comptes-rendus, loc. cil. (3) PI. 1, lig. 1 ; PI. 2, fig. 1 et 2. (.4) PI. 1, fig. 1, e,e,e; PI. 2, fig. 1 et 2. rf.il.i/ {•5) PI. 1, fig. 1,d,((,- PI. 2, fig. 2, ((,(( (6) PI. 2, fig. 1 , (//(. (7) PI. 1, fig I, e.e.c. 74 VOYAGE E>' SICILE. étroit, dans rinteslin que renferme l'abdomen (1). Dans le Plioxi- cbile, cette partie du tube intestinal présente une disposition particulière. L'orifice stomacal forme un véritable pylore , ouvert à l'extrémité d'un mamelon qui fait saillie dans l'intestin. Ce- lui-ci (2) est d'abord assez large, et son fond entoure, de toute part, le mamelon dont nous venons de parler. 11 se rétrécit bientôt et s'ouvre, à l'extrémité de l'abdomen, par un orifice étroit, en sorte que sa forme rappelle presque complètement celle d'une bouteille renversée. Lorsque les cœcums dont j'ai parlé sont distendus par le liquide intérieur, on reconnaît qu'ils offrent, dans chaque article, une dilatation allongée , et un rétrécissement correspondant à chaque articulation , d'autant plus marqué qu'on l'examine plus près de l'extrémité de la patte (3). La structure de ces cœcums est fort simple ; ils sont composés d'une membrane très mince, diaphane, et dans laquelle je n'ai pu distinguer aucune fibre. Cette membrane est pour ainsi dire encroûtée d'une substance granuleuse, opaque et d'un noir vio- lacé chez le Nymplion grêle , transparente et à peine légèrement jaunâtre chez le Phoxichile et l'Ammothée. Dans cette dernière, les granulations sont très distinctes , assez régulièrement distri- buées sur la membrane qui les porte , et leur diamètre est d'en- viron ~ de millimètre (li). Ces granulations sont plus rares sur l'estomac que sur les cœ- cums : elles disparaissent sur l'intestin. Dans au(-un point de cet appareil gastro-intestinal, je n'ai vu de cils vibratiles, et j'admets pleinement qu'il ne s'y en trouve pas, car, à raison de la transparence des parties, ils auraient dif- ficilement échappé à mes regards. Bien que je n'aie pu recon- naître l'existence de fibres dans les parois de l'estomac ou des cœcums qui en partent, toute cette portion de l'appareil digestif (1) PI. 1, fig. < ; PI. 2, fig. 1 et 2, — J'avais donné, dans ma note lue à l'In- stitut, le nom de cloaque à cet intestin (2) PI. 1, fig. 2, c (3) PI. I.fig. 1. ^i)PI 2, fi- 3 DE QL'A I REFAUL-S. — SLIl LtS l'UlNOfiOMDKS. /") est contractile, flottant librement dans la cavité générale, et nmin- tenue en place seulement par quelques brides. Ces parties se dilatent et se contractent alternativement, et, dans ces mouve- ments, chassent par ondées, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, le liquide qu'elles renferment. Ce liquide, entièrement diaphane, entraîne avec lui les n)a- tières en digestion. Celles-ci se présentent sous la forme de pe- tites masses arrondies ou ovoïdes de -~ de millimètre environ en diamètre, lisses, homogènes et nullement granuleuses dans les pre- miers temps de la digestion (1) ; mais, à mesure que celle-ci s'o- père, on voit ces petits corps se décomposer en granules arrondis réfractant fortement la lumière, et dont le diamètre est à peine de -J^ de millimètre. Ces corpuscules restent adhérents à la masse dont ils semblent avoir fait partie (2). Les fèces que l'on trouve dans l'intestin sont entièrement composées de ces granules irrégulièrement agglomérés (3), et l'on ne rencontre plus que très rarement dans ce point des masses alimentaires qui ne soient entièrement décomposées. Dans tout l'intérieur de l'appareil digestif, on voit les masses que je viens de décrire aller et venir de l'estomac dans les cue- cums, et réciproquement, pénétrer dans un des cœcums, y sé- journer quelquefois assez longtemps; d'autres fois en ressortir presque aussitôt, et être entraînées par les mouvements du liquide dans un coecum voisin. Toutes ces allées et ces venues se suivent, sous le microscope, avec la plus grande facilité chez l'Ammothée et le Phoxichile. Circulation et respiration. — Nous venons de voir que la por- tion du tube digestif comprise entre l'œsophage et l'intestin est libre et comme flottante dans la cavité générale circonscrite par les parois du thorax. Cette cavité se prolonge, dans les pattes, jusqu'au-delà de la terminaison des cœcums. On distingue très facilement, dans cette cavité, les muscles qui servent aux mou- (1) Pt 2, lig. .-J, a. (2) l'I. 2, lisr S, h. r. f:i) l'I i. ti-. fi. 76 vovAtMi li^ siciij-. vements de l'animal , et qui , dans les pattes surtout, revêtent tout l'intérieur du canal formé par les téguments. Ainsi la portion de l'appareil digestif dont nous parlons est placée dans une grande lacune occupant tout le thorax, et se pro- longeant dans les pattes. Cette lacune est remplie par un liquide diaphane , où l'on dis- tingue seulement un assez grand nombre de corpuscules irrégu- liers, transparents, et semblant résulter de la soudure de globules plus petits fl). Ce liquide est sans cesse agité de mouvements irréguliers de va-et-vient, déterminés soit par les mouvements gé- néraux de l'animal , soit par les ondulations résultant de la con- traction et du relâchement alternatifs des muscles de l'estomac et des caecums. Rien n'est plus facile que de se convaincre de ce fait en suivant, à l'aide du microscope, les oscillations des petits corpuscules que nous avons décrits plus haut. C'est à ces mouvements irréguliers que se borne, chez les Pyc- nogonides, toute la circulation. On n'aperçoit point d'organe par- ticulier pour l'accomplissement de cette fonction. Cœur et vais- seaux paraissent avoir entièrement disparu et être remplacés par la grande lacune dont nous avons parlé : aussi le liquide qu'elle renferme est-il , à nos yeux, le représentant du sang ou mieux le sang lui-même. Il n'existe pas davantage d'organes spéciaux de respiration. Cette fonction doit ici être entièrement cutanée. Je ne crois guère possible que les organes circulatoire et res- piratoire existent, et qu'ils aient échappé à mes recherches. Chez l'Âmmothée et le Phoxichile , l'œil , armé du microscope, pénètre sans difficulté dans ces organismes transparents, et peut se rendre compte de tout ce qu'il rencontre. Comme contre-épreuve, j'ai examiné de la même manière des Chevrolles, et, chez elles, j'ai reconnu tout d'abord l'organe central de la circulation et les vé- sicules branchiales qui servent à la respiration. Les Chevrolles ne sont pourtant ni plus transparentes, ni plus propres à l'observa- tion microscopiqup qup l'Ammothéeet le Phoxichile. ;i) l'i. DE «JlATREFAfiES. SI li l.KS F^ OOGO.MIJES. // Système nerveux — Organe des sens — Le système nerveux des Pycnogonides est fort simple. Il se compose d'une chaîne ganglionnaire tlioracique, et d'un ganglion sus-œsophagien ou cerveau. Chez l'Ammotliée et le Pho.\ichile , la chaîne ganglionnaire , contenue dans le thorax , se compose de quatre ganglions soudés les uns aux autres. Ces ganglions sont plus allongés transversale- ment dans l'Ammothéc (1) que dans le Phoxichile (2). Leur sépa- ration est moins bien indi(iuée dans la première que dans ce der- nier. Chez tous les deux, la chaîne ganglionnaire occupe seulement la partie moyenne du thorax, sur la ligne médiane , ce qui oblige les troncs nerveux, qui parlent des ganglions antérieurs et posté- rieurs , à se porter obliquement en avant et en arrière , pour ga- gner les pattes, qu'ils doivent animer. Chaque ganglion fournit, de chaque côté, un seul tronc ner- veux, qui pénètre dans la patte correspondante, et ne tarde pas à se diviser pour envoyer des filets aux masses musculaires (3). Je n'ai vu aucun filet nerveux pénétrer dans l'abdomen. Le cerveau du Phoxichile consiste en un ganglion géminé, sur lequel reposent immédiatement les quatre points oculiformes (4). J'ai cru reconnaître , à la partie antérieure , l'origine de deux nerfs qui se porteraient en avant , peut-être vers les pattes-mâ- choires. J'ai cru aussi distinguer la double bandelette destinée à former le collier œsophagien (5) ; mais cette observation me laisse pourtant quelques doutes. Le cerveau de l' Ammothée est formé par un gros ganglion ova- laire (6), sur le nlilieu duquel s'élève un prolongement qui pé- nètre dans le tubercule oculifère, et le remplit presque en en- tier (7). C'est sur cette espèce de tubercule, qui représenterait (I) PI. t, fig. 2 ; PI. 1, lig. 1'. (2)P!. 2, fig. I: PI. I, fig. 2'. (3) PI. i, fig. 1", 2-: PI. 2. fig. 1 et 2. (4) PI. 2, fig. 1, el PI. 1, fig. 2», a. (5) PI. 1, fig. 2», il. (6) PI l.fig. 1", a; PI. 2, fig. 2, <■ !l) PI. 1. fig. 1', h: PI î lig. 2, -• 78 VOYAGE EN SICILE. une sorte de nerf optique , que sont placés les quatre yeux , un peu plus distants les uns des autres que dans l'espèce précédente. Je n'ai d'ailleurs aperçu ici ni les filets nerveux antérieurs ni les bandelettes de communication. J'ai pu seulement soupçonner l'o- rigine de ces dernières sur le premier ganglion thoracique. Les yeux de l'Ammothce et du Phoxichile présentent à peu près le même aspect que dans la plupart des Annélides errantes. Je n'ai pu distinguer qu'une sorte de cercle formé par un pigment rougeâtre, et circonscrivant un espace qui, surtout dans l'Ammo- thée , était beaucoup plus clair. Ce pigment revétirait-il un cris- tallin plus ou moins caractérisé? Je serais porté à le croire. OBSERVATIONS GÉNÉRALES. affinités et analogies zoologiques. — Il est permis de penser que les détails dans lesquels nous venons d'entrer sur l'anatomie des Pycnogonides seront accueillis avec toute confiance par les naturalistes. Tout ce qu'ils ont d'essentiel a été vu une première fois, il y a près de seize ans, par M. Edwards. J'ai trouvé des faits semblables treize ans après, sans être en rien prévenu, et mes observations se sont pleinement rencontrées avec celles de ce sa- vant. Enfin, c'est ensemble que nous avons vérifié, de nouveau, ces résultats, lisse présentent donc , ce nous semble, avec tous les caractères de l'exactitude (1). Eh bien ! ces faits anatomiques conduisent ici à un résultat seni- { I ) Si j'insiste sur ce point , c'est que les faits signalés dans ce Mémoire onl été très vivement contestés par quelques naturalistes qui , il est vrai . n'avaient jamais vu un Pycnogonide vivant , et qui , s'appuyant uniquement sur des prin- cipes, déclaraient que tout était renversé si ces faits étaient vrais. Au reste, parmi les personnes qui les onl contestés le plus vivement , il s'en est trouvé qui ont accueilli d'emblée et avec grande faveur des faits du même ordre , mais bien plus extraordinaires, signalés par M. Dujardin, dans son Mémoire sur la famille des Acariens. On aurait pourtant pu croire au premier abord que , n'ayant vérifié ni les uns ni les autres, elles devaient trouver bien plus inconcevable l'existence d'un minimal manquant de tube digestif il parois propres, que celle d'un animal dont Ip lul.ie digestif se ramilie pour suppléer a l'absence des vaisseaux sanguins. BE OUATREFACiES. — SUR LES TYCNOGONIDES. /'.• blable à celui qu'avait déjà fourni l'examen des caractères extérieurs. Pour les naturalistes qui veulent à toute force retrouver toujours et partout les caractères qu'ils ont assignés à un groujie quelconque, lesPycnogonides ne peuvent être classés. Nul n'aura l'idée de les sortir de l'embranchement des Annelés : dans cet embranchement même, on ne peut guère hésiter qu'entre les Crustacés et les Arachnides. Or, les Pycnogonides, dépourvus d'organes spéciaux pour la respiration et pour la circulation , ne satisfont ni à la ca- ractéristique des Crustacés ni à celle des Arachnides. Faudra-t-il donc créer une classe à part pour les Pycnogo- nides ? Les naturalistes qui assignent aux caractères la valeur absolue que nous leur refusons seraient obligés, pour être logiques, de répondre oui. Pour nous, qui admettons avec toutes ses conséquences cette idée de la dégradation des types , à laquelle conduit si invincible- ment l'étude des animaux inférieurs, nous répondrons non; et nous croirons être dans le vrai. Les Pycnogonides sont; à nos yeux, des Crustacés. Leurs rapports avec les animaux de cette classe avaient été sentis par la plupart des naturalistes mêmes qui les ont placés parmi les Arachnides; mais ce sont des Crustacés inférieurs, ûes Crustacés dégradés. Une des raisons principales qui nous portent à rattacher ces petits animaux aux Crustacés plutôt qu'aux Arachnides, c'est l'état rudimentaire de leur abdomen. Chez les Crustacés, cette portion du corps paraît n'avoir jamais une grande importance. Chez les Macroures eux-mêmes, elle est bien plus un organe de locomotion qu'autre chose, et elle se dégrade bien rapidement, même chez les Crustacés supérieurs. 11 n'est donc pas surprenant de la voir se réduire de plus en plus dans les espèces inférieures de ce groupe. Au contraire, chez les Arachnides, l'abdomen présente toujours un développement considérable ; il semble même prendre plus d'importance à mesure que le thorax et la tête deviennent moins distincts, et, chez quelques Acariens, il envahit, pour ainsi dire, le corps tout entier. HO vo\,\(;iî i;n sicii.e. A part cette dillerence , qui résulte précisément de ce que les Pycnogonides et les Acariens dérivent de deux types bien dis- tincts, nous trouvons, entre les animaux de ces deux groupes, des analogies remarquables : et les résultats de l'examen anatomique conduisent aux mêmes conséquences que l'étude des caractères extérieurs. Ici, pourtant, nous devons faire une remarque importante. Il est évident que le groupe des Pycnogonides ne correspond pas au groupe entier des Acariens. Chez ces derniers , les espèces très nombreuses et distribuées en plusieurs groupes secondaires pré- sentent une dégradation progressive que, du moins jusqu'à ce jour, on n'a pas rencontrée chez les Pycnogonides. Ceux-ci ré- pondent à des Acariens inférieurs. Peut-être lorsque les Crusta- cés, qui se rapprochent le plus des Pycnogonides, auront été plus complètement étudiés, trouvera-t-on qu'on doit réunir certains (l'entre eux à cette famille, jusqu'à présent isolée. Peut-être alors complétera-t-on , au moins en partie, la série acarienne des Crus- tacés. Revenons à la comparaison de nos deux groupes. On peut la résumer en ces termes : Dans les Pycnogonides, comme dans tous les Acariens étudiés jusqu'à ce jour, les organes circulatoires disparaissent entièrement : la circulalion est entièrement vague. Chez les Pycnogonides, comme chez certains Acariens, les organes respiratoires n'existent plus : la respiration devient simplement cutanée. Chez les Pycnogonides , comme chez un très grand nombre d'Acariens , l'appareil digestif présente des prolonge- ments plus étendus qu'il ne l'est lui-même (1). De tout ce qui précède, nous croyons pouvoir conclure, comme (I) DugèselM. Dujardinontvu les matières alibiles arriver dans divers points du corps chez plusieurs Acariens; chez quelques uns, ils les ont vues pénétrer jusque dans la base des pieds [Bdelles, Gamasses, Dermanysses, Dujardin) et jusque dans le sixième article des pattes ( Dermainjsse du liseron. Dugès). Or, qu'avec Dugès et Treviranus on admette des prolongemcnis intestinaux , des rœcums , ou bien qu'avec M. Dujardin on admette que les matières alibiles pénètrent dans une masse de sarcode sans parois propres, le résultat est le même au fond en se plaçant au point de vue oii nous sommes en ce moment. — Dans l'un et l'autre cas, il v a rrterisioti de l'appareil digestif au-delà des limites qu'il occupe ordinairemeul DK Qr.tTRFFAOrs. — SIIÎ l.l'S l'YCAncONimiS. SI l'avriil l'ail M. MiliH' Hdwards, (|iii' les Pycnogoiiides sont dos Crustacés voisins des Cyames et des Chevroiies; nous croyons pouvoir ajouter qu'ils sont, dans leur classe, les analogues de cer- tains Acariens. Considérations (jvnéralca. — On sait que , chez la plupart des Crustacés, le foie est généralement très développé. Nous n'en trouvons ici aucune trace dans le corps proprement dit; mais il nous paraît représenté par la matière granuleuse qui revêt les prolongements intestinaux: seulement, il faut bien reconnaître que, chez les l'ycnogonides, cet organe est réduit à l'état rudi- mentaire. La détermination jjrécédcnle doit-elle nous conduire ;i regarder comme de simples canaux biliaires lescœcumsqui pénètrent jus- que vers l'extrémité des pattes? Nous ne le pensons pas ; le vo- lume de ces canaux excréteurs serait réellement hors de toute pro- portion avec celui d'un organe réduit à n'être plus qu'une simple pellicule. D'ailleurs la capacité de ces cœcums est au moins cinq à six fois plus considérable que celle de rcsiomac : or, il nous semble bien dilFicile (|u'un canal excréteur soit chargé de verser ses produits dans un organe si déniesurément plus petit que lui- même. Cette raison suffirait, je crois, pour faire regarder ces cœcums comme étant bien réellement des prolongements de l'ap- pareil digestif. Ajoutons à ce qui précède que la contractilité de ces cœcums ne peut guère laisser de doute sur leur nature; cette faculté, si généralement attribuée au canal digestif des animaux, n'a pas en- core été signalée, que nous sachions, dans un seul canal excréteur. Les Pycnogonides ne sont pas les seuls animaux , parmi les Crustacés, dont le tube digestif présente des prolongements et des appendices plus ou moins compliqués. Pour ne rappeler ici que deux exemples, nous citerons seulement la Nicothoé du Ho- mard avec ses deux grands cœcums symétriques , et l'Argule fo- liacé avec ses canaux en quelque sorte labyrinthiqucs. Ni MM. Au- douin et Wilne Edwards (1) dans la première, ni Jurine (2) ou (1) Mémoire sur la Xicolhoé du Homard ( \iin. des Se. mit., l. IX). (2) Mémoire sur l'.irrjuic folincé [.Uinulcs du Muséum, t. VII). 3« si-ric. Zooi.. T. IV. (Aoi'il ISio.J 2 '' cS2 vovAr.r. lîN sicii.u. M. Vogl (1) dans le second, n'ont douté un instant do la nature de ces appendices. En les voyant se contracter, ils n'ont pas hésité à les regarder comme appartenant bien réellement à l'ap- pareil digestif; ils n'ont pas songé à en faire des cœcums ou ca- naux hépatiques. D'ailleurs les faits relatifs à la digestion cjue j'ai rapportés plus haut ne peuvent , ce nie semble , laisser aucun doute sur la nature des cœcums des Pycnogonides. Les matières nutritives pénètrent dans leur intérieur, y séjournent, en sortent, y ren- trent de nouveau, et pendant ces allées et venues on les voit pré- senter de plus on plus l'altération particulière qui permet ici de suivre des yeux les progrès de la digestion. 11 est impossible de ne pas reconnaître que cette fonction s'exécute aussi bien dans les cœcums que dans l'estomac , aussi bien k l'extrémité des pattes que dans le corps lui-même. T)ès lors on ne saurait refuser à ces cœcums de faire partie de la cavité digestivc, d'en être de simples prolongements. EXPLICATION DES PLAIMCIIES. I•I.\^clIK 1. Fig. 1. Ammoihée pyowriimoïdc fjvonsie. — n, œsophage; b, estomac; c, inteslin; rf,((, cœcums digestifs des pattes-mâchoires; e,e, cœcum digestif des pattes ambulatoires. Fig. I». Snsleme nerveux de l' Ammnthée piicnogonnule. — n, cerveau; b, ganglion oculifére; c, bandelette œsophagienne, dont la plus grande partie n'a pu être vue distinctement ; 1,2,3,4, ganglions thoraciques. Fig. 2. Dernier anneau et abdomen du Phoxichile épineux. — n. portion de l'es- tomac; b,b, les cœcums digestifs qui en partent; r, intestin renfermé dans un abdomen très rudimenlaire. Fig. 2». Système nerivux du Phoxichih épineux. — o, cerveau , sur lequel les yeux reposent immédiatement ; b, bandelette œsophagienne ; 1 ,2,3,4, les gan- glions thoraciques, dont les troncs nerveux se dessinent très près de leur ori- gine. (I) lieilrrrgf :nr Xnturgpurhirhlr dir .SV/DCi'ijPi'/sr/K'il ('nixlnreen ( N'euchàte! , ISi3). DE OI'.tTRF.FtbRK. — SI li I,r PIH !■ RKNTl'niSMK. 83 i'i.\\cn/! % Fig. I. Phoxiehilc ('piiteux tirs ijrossi. — ti, bouche cl œsophage, b, ililatalioii de l'œsophage ; c, abdomen el intestin ; il,(l,(l, cœcums digestifs partant de I es- tomac : f, cerveau ; IJ.f, troncs nerveux qui partent des ganghons thoraciques. Fig. 2. Ammollirr pijciw(joiioHlc 1res fji-ossic. — a. bouche et œsophage; b, dilata- tion de l'œsophage; c, abdomen et intestin; d,d,d, cœcums digestifs: c, cer- veao; (."', ganglion oculifére; f,f,f, troncs nerveux. Fi."^. 3. Exlrèmili' d'une patte d'Ainmothée pijcnogonoije (200 diamètres environ). — On voit l'extrémilé du cœcum digestif qui pénètre jusque dans l'antépénul- tiénic article, et qui est couvert des granulations hépatiques a,a. Fig. i. Corpuscules irréijiiliers, cluirriés par le sanij (300 diamètres). Fig. "). Matières en voie de diijeslioii , telles qu on les rencontre dans toute l'é- tendue de l'appareil digestif (300 diamètres). Fig. 6. Matières eiilièremeiit diçiérées , telles qu'on les rencontre dans l'inteslin (300 diamètres). NOTH SUR I.K l'HLftBENTftRISME: Far M. BE QVATHEF AGES . L'étude des animaux inrérieiirs, si importante pour la zoologie descriptive, n'intéresse pas moins vivement la piiysioiogie géné- rale ; elle seule peut nous montrer ce qu'il y a d'erroné duns les opinions les plus rationnelles en apparence. Ouoi de plus naturel , par exetnple , que d'admettre , comme une incontestable vérité , que la persistance des appareils orga- niques est en rapport direct avec l'importance des fonctions dé- volues à ces appareils? et pourtant rien n'est moins conforme aux faits que cette proposition. .\insi , la respii'ation , cette fonction sans laquelle aucun être vivant ne |)eut exister, est peut-être celle dont l'appareil orga- nique spécial se simplifie le premier ou même disparait entière- ment. Il en est de même pour la circulation , autre fonction d'une im- portance si évidente clicz les animaux les plus élevés. Aussi il n'existe déjà plus d'organes respiratoire et circula- toire , f|iie l'dii voit liion souvent encore les appareils de la loco- 8/| \ovA(;i; i;\ sicir.iî. mol.ion , ceux des sonsalioiis , de la digestion et de la reproduc- tion, présenter un développement considérable et souvent une grande complication. Alors , on le sait, la respiration, de localisée qu'elle était, devient diffuse : les téguments sont chargés de cette fonction. Quant à la circulation , elle est remplacée jjar une agi- tation plus ou moins irrégulière, que les mouvements soit du corps entier , soit de quelques unes de ses parties , impriment au fluide nourricier, lequel occupe dans ce cas la cavité viscérale ainsi que les divers prolongements qu'elle peut présenter. En même temps que les appareils de la respiration et de la cir- culation se dégradent en disparaissant, le canal digestif présente souvent, mais non pas toujours, une modification remarquable. On le voit se compliquer de prolongements, d'appendices plus ou moins nombreux , plus ou moins ramifiés , qui , en général , se portent vers la surface du corps. C'est cette disposition organique ([ue j'ai proposé de désigner sous le nom de phléhenti'iisme. I-e plilébenti'risme me semble avoir pour cfl'et lantùt de faciliter seulement l'acle de la respiration, tantôt de suppléer à l'absence de quelque portion de l'appareil circulatoire, tantôt enfi:i de rem- placer en entier le système vasculairc des animaux supérieurs (1). (l) Cette espèce de définilion du pliléhcntérismc est rigoureusement copiée dans la note lue à l'Académie des Sciences, le 25 novembre 1 844 (voir le compte- rendu de cette séance) ; il m'est donc permis de trouver extraordinaire (pi'on m'ait prêté, quanta la signification de ce mot, une foule d'opinions qui ne sont jamais entrées dans ma pensée. — Je me contenterai de signaler ici deux des prin- cipales, et d'y répondre en peu de mots. Quelques personnes, s'appuyant sur Vi-lymologie du mot Plilébentérisme {ififli, tïTcpov), ont cru que j'avais voulu dire que, chez les animaux Phlébenlérés , le tube digestif jouait le rôle des veines, et faisait partie du cercle circulatoire. — Je reconnais que si l'on lient rigoureusement compte de l'acception la plus ordi- nairi' du mota)),tij/7, cette racine était mal choisie : j'aurais dû préférer le mot «yyoj ou ayyciyj. qui répond plus exactement au mot vaisseau, en latin ras; mais le mot ç!>,eJ< se prend aussi quelquefois dans un sens général. C'est dans ce sens seul que je l'ai employé : la définition que je viens de rappeler le prouve suflisammenl. Au lieu donc de chercher dans l'élymologie du mot Phlébentérisme un sens que je n'y avais pas attaché , on pouvait tout au plus attaquer la composition du mot , cl par conséquent en |irnpnser ui\ nouveau , par exemple celui de Engienti-risme »■•: <;L'ATKt:FAUES. — Slll LIi l'ULliBEMÉlilS.llE. 85 Dans le grand travail que M. Milne Edwards a publié sur la circulation , le premier chapitre est consacre , on le sait , h retra- cer d'une manière générale le mode de distriljutioa des fluides nourriciers dans l'économie. Le rùle de ces expansions du tube digestif fonctionnant , dit ce célèbre naturaliste , comme tin appa- reil d'irrigation orf/anique, y est complètement apprécié (1). Nous n'avons donc pas à revenir sur ce côté de la question; nous rappellerons toutefois que nous l'avons indiqué dans notre Mé" moire sur l'Éolidine , en rappelant ce que M. Milnc Edwards lui- même avait dit précédemment dans sa JNote relative à la Calliopée de Risso (2). ou loi'.laulro. Je tiens peu ii un mul, et si nii s adversaires en avaient inventé un qui rendit mieux ma pensée, je nie serais liàtédc l'adopter. D'autres personnes, et en très grand nombre , ont cru que je désignais par lu mot de riilébenln-ismc « l'état incomplet du cercle circulatoire , d'où résulte la » diffusion du sang dans les lacunes de la cavité viscérale et du corps entier. > Ici encore il est évident, d'après la définition citée plus haut, que l'on s'est mé- pris sur ma pensée. L'absence de système circulatoire complet co'iucide souvent, presque toujours , pourrais-je dire , avec un appareil digestif pluj ou moins ra- mifié ; mais ce sont là deux clioses distinctes et que j'ai toujours distinguées. Ce qui le prouve, c'est que, dans la note lue à l'Académie , j'ai mis au nombre de animaux chez lesquels on observe le phlébenlérisme les Aphrodites, dont pourtant je crois le système circulatoire aussi complet que chez les autres Annélides er- rantes. C'est, du reste, la méprise dont je parle qui a fait dire que JI. Edwards et M. Valenciennes , dans leurs Mémoires sur la circulation des Mollusques en général, avaient aussi faU du phlcùentérisme, niais du phléhentérisme miliijé. Je le répète ici : le mot Plilcbentérisme s'applique à un fait anatomique admis par tout le monde, savoir, la rnmificiition plus ou moins iiro;tona-c d'une porlion du lube diijexiif. Ceux-là seuls peuvent réclamer avec raison contre cette expression ou toute autre équivalente, qui regardent ces ramifications comme de simples ca- iiHH.r bilinircx, et le nombre des personnes qui soutiennent cette opinion est, je crois, bien restreint. A côté de ce fuit annlomiiiue se trou\e, dans les Mémoires que j'ai publiés déjà et dans la Xote actuelle, la discussion des conséquences phijsiologiques qu'il doit entraîner. Ici je comprends que les opinions puissent varier, d'autant plus que parmi les personnes qui ont cru pouvoir exprimer à ce sujet leur manière de voir, presque pas une n'avait observé les faits qu'il s'agissait d'apprécier. (I) Ami. des Se. nul., 3' série, t. 111. (i) Ib., a» série, t. XVlll 86 NOVAt.li li.\ blCILli. Mais cette disposition pai'ticulière me paraît, en outre, être en rapport direct avec les fonctions respiratoires. C'est ce point de vue, déjà signalé dans mon Mémoire sur les Mollusques phlé- bentérés (1), que je crois utile de développer ici en (juelques mots; mais pour faire comprendre loule ma pensée, il est néces- saire de jeter un coup d'u'il sur ce ([ui existe chez les Vertébrés les plus élevés. Chez les Mammifères , les produits de la digestion , destinés à entretenir les qualités nutritives du sang, à réparer les pertes qu'il fait à chaque instant sous ce rapport , sont d'abord introduits dans le système veineux, soit directement, soit à l'aide d'un ap- pareil circulatoire spécial composé de vaisseaux chylifères et de lymphatiques. Avant d'arriver dans le système artériel , c'est-à- dire avant de se mêler au sang qui doit nourrir les organes, ils subissent l'action de l'air dans les poumons. En d'autres termes, pour qu'une matière devienne apte à Vassi- milatioti, c'est-à-dire à la nulritiun propnîuient dite, il faut (|u'il y ait d'abord clii/eslion , puis rfi.spi ration ; du moins les choses paraissent-elles se passer loujoiini ainsi chez les animaux les plus élevés. Considérés au point de \ ue qui nous occupe , le système vei- neux , l'appareil des lymphatiques et le système artériel de la pe- tite circulation , sont des inteniiédiaire.i entre V intestin, oii se fait la digestion, et lepounton, où s'accomplit la respiration. Chez les Invertébrés, les vaisseaux lymphatiques et chylifères manquent; le système veineux disparaît chez le plus grand nom- bre, en tout ou eu partie. Aujourd'hui , en effet , nous ne connais- sons plus guère que les Annélides, peut-être les Échinodermes, chez lesquels le sang circule dans un système de vaisseaux clos (2) , sans tomber dans les lacunes du corps ; mais chez ces (l)/6,, 3' série, 1. l. (2) On peut joindre iiux Annélides proprement dites qiielcpies types qui s'y rattaclient d'une manière plus ou moins immédiate ; telles sont , par exemple, les Echiures, les Nénierles, chez lescjnelles le cercle circoUiloiro, bien que très simple, est réellement complet ,Voir les planches jointes à la nouvelle édition du Rèrjiir niiiinal de t3uvier.l DE QUVl'BEFitUKS. — SLll LIi l'Ill.liUK.MliuiS.Mj;. 87 animaux mêmes rien ne représente d'une manière absolue le système veineux des Vertébrés. M. ^liine Edwards a montré , en effet , depuis longtemps que , chez la plupart des Annélides er- rantes , chaque portion de l'appareil circulatoire est à la fois vei- neuse et artérielle , du moins quant à son rôle physiologique. Chez les Tubicoles , il en est très probablement ainsi , bien que , chez elles , la respiration semble plus complètement centralisée que chez les précédentes (1). La même observation s'applique avec plus de raison encore aux Échinodernies ('2). Eh bien , chez tous ces animaux , les produits de la digestion sont-ils versés immédiatement dans le torrent de la circulation ? Au sortir du tube digestif sont-ils mis sans préparation aucune en contact avec les tissus qu'ils doivent nourrir ? Nullement ; et ici nous voyons se montrer l'utilité bien réelle d'une disposition ana- tomique à laquelle on a, ce me semble , accordé jusqu'à ce jour trop peu d'attention. La très grande majorité des animaux dont nous venons de par- ler, tous peut-être, présentent entre les couches tégumentaires et le tube digestif un espace occupé tantôt par une cavité entière- ment ou presque entièrement libre (Annélides, Echiure, Né- mertes, Planaires (3) , tantôt par un système de lacunes commu- niquant entre elles , et présentant des mailles plus ou moins serrées (Mollusques, Crustacés, Lisectcs); cette cavité, ou les lacunes qui la représentent , est toujours remplie d'un liquide en (i) Dans certains ca», les pieds des Tubicoles présentenl des lacis vasculaiies (lui servent certainement d'appareils secondaires de respiration. Il me suffira, du reste , de dire ici qu'une Tubicole peut vivre encore fort longtemps après avoir [lerdu ses branchies proprement dites. [i'j 11 parait résulter des recherclies de MM. Tiedemann, Delle-Cliiajc et Milne Edwards, que les Échinodermes possèdent un système circulatoire clos ; cepen- dant nous avons entendu le dernier de ces savants émettre quelques doutes à cet égard, surtout pour les Holothuries. (3) On a considéré a lorl les Planaires comme des animaux parenchymateux. Dans un Mémoire qui ne tardera pas à paraître, nous montrerons que l'épaisseur des téguments, la composition, la grande ramilication du tube alimentaire, ont occasionné une erreur que l'examen attentif des espèces marines ne tarde pas il dissiper, ^UItout lorsqu'on les étudie a l'époque de la gestation. 88 AO>.u;i'; iîn siciu;. général incolore , et dan? lequel flottent des corpuscules irré- guliers. Quel est le rùlc de cette cavité? Que représente ce liquide? L'anatomie va répondre à ces questions. Chez les animaux qui, comme les Annélidcs, possèdent un cercle circulatoire clos et complet , le tube digcsiit' suspendu dans cette cavité générale est plongé dans le liquide (|u"elle rent'crmc. Par conséquent les produits de la digestion doivent, au moins en partie, entrer dans le torrent de la circulai ion en traversant cette cavité , en se mêlant à ce liquide. En outre , la cavité qui nous occupe est en rajiport avec tous les organes intérieiu's. Rien nu saurait c.\suder de leur surlaro sans se mélanger au liquide (lui les baigne sans cesse. Sous ce double rapport, la ca\ité dont nous parlons joue donc je rôle de l'appareil chylifère et de l'appareil lymphatique des animaux supérieurs; mais, tandis que, chez ceux-ci , les fluides réparateurs sont versés directement dans les canaux de l'appareil circulatoire, ici c'est par endosmose seulement que lesang imisc, dans le liquide de la cavité générale, les matériaux dont il a besoin. Si des Annélidcs nous passons aux Crustacés qui ont des artères et point de veines , il est facile de voir que le liquide produit dans la cavité générale (représentée ici par un ensemble de lacunes) se mêle continuellement au sang; qu'il n'est, en réalité, que le sang lui-même, plus les produits de la digestion et de la sécrétion des surfaces organiques. Sous ce rapport , le sang veineux des Crustacés ressemble entièrement au sang veineux des Mammifères, après que celui-ci a reçu le tribut (|iic lui apportent les gros troncs lymphatiques [i). ( I ) It est évident que ce que nous venons île dire de.^ Cruslacés s'applique éga- lement aux Mollusques riiez lesquels l'interruption entre les artères et les veines est compléle , cl on parlioidier, par exemple , à l'Aptysie M. Milne Edwards a montré qu'il n'existait chez elle, ii proprement parler, d'ai?h-es veines que les vaisseaux branchio-cardia lues. Ainsi Inut est disposé eliez ce fiasiéropode comme chez les Crustacés. A plus forle raison appliquerons-nous les réilexions précédeules aux Mollus- ijiics |;uiH' lesquels nous avour- pinposéle imni de Plilelienlriés ,\piL'S lea travaux DK Ql'ATKEFAUES. — SI 11 Lli l'Ill.ICliliNIliuiSSlE. 89 Or, clicz les Crustacés tout comme chez les Mammifères , ce sang veineuv, a\'ant de se mêler au saïuj artériel, traverse Vor- (jane respiratoire, et subit l'action de l'air. Quant aux animaux qui présentent des dispositions anatomi- ques intermédiaires entre celles que nous venons de décrire , qui ont des artères et des veines , mais chez lesquels le cercle circu- latoire présente des interrujjtions plus ou moins considérables (Mollusques céphalopodes, certains Gastéropodes) , il est pro- bable que la composition du sang veineux et du liquide de la cavité générale tient le milieu entre ce qui existe chez les Amiélides et ce ([u'on trouve chez les Crustacés. Mais une chose bien digne de remarque, c'est que, dans aucun des cas dont nous venons de rappeler les principaux , le liquide renfermé dans la cavité générale ne se mêle au sang artériel sans avoir respiré. Cela est évident pour les Crustacés et pour les !\Iollusques, puisque le sang passe par les branchies avant d'arriver au cœur. Cela est également vrai pour les Annélidcs. Le liquide de la si remarcpiables de MM. Milne Edwards el Valencionncs, après les corilirmalions que leur ontapporlées MM.Owen, Pouchet, Van Bénéden, Nordmann, il doit être évident aujourd'hui pour tous les naturalistes qu'il y a chez ces animaux, comme chez les autres de la môme classe, interruption dans le cercle circulatoire , bien que ce point ait été si viveinenl contesté dans ces derniers temps. Il m'est même permis de croire que le travail de M. Nordmann, sur un Tergipédicn de la mer Noire , aura convaincu bien de mes confrères que je n'étais pas si éloigné de la vérité , lors(|uo je niais chez ces animaux l'existence de toute veine proprement dite , c'est-ii-dire ayant des parois propres. M. Nordmann n'a trouvé qu'un petit nombre de troncs prineipaux : je crois que ces troncs ne scmt que de simples ca- niiKj- sans parois pnipirs , creusés dans le (issu lacunaire du corps. Tel est du moins le résultat des recherches nondjreuses (pie j'ai faites sur l'Éolidc de Cuvier. Au reste, que ces canaux aient ou non des parois propres, qu'ils méritent ou non la qualification de veines proprement dites, ils n'existent qu'entre les appen- dices !)rancliiaux el le frrand sinus dorsal qui joue le rôle d'oreillette : ce ne sont donc que des canaux byancliin-cardiafjues. La grande circulation n'a point de veines ; par conséquent nous retrouverions encore ici une crganisalion semblable à celle des Crustacés. On comprendra de reste que je ne piiis aborder ici d'une manière incidente la discussion des faits relatifs aux Mollus(|ues l'hlébenlérés. el que je dois renvoyer le leclciir a répw|ue ui'i je puljlicrai a\(T délail mes rerherches sur ce sujet 90 VOiAGli li.N SICILE. cavité générale respire , aussi bien que le sang renfermé dans les vaisseaux. Chez toutes les Annélides que j'ai étudiées avec assez de suite pour faire des observations de cette nature , j'ai trouvé des cils vibratiles sur divers points du corps bien distincts des branchies, à la base des pieds, dans l'intervalle des anneaux, aux environs de la bouche, etc. Quelquefois les cils forment une double rangée sur la ligne médiane ventrale. Enfin, je crois avoir reconnu que ces surfaces ciliées se multiplient d'autant plus que les organes spéciaux de respiration deviennent moins distincts, ou que les organes circulatoires eux-mêmes manquant plus ou moins complètement, la respiration devient de plus en plus dif- fuse (1). Chez les Mollusques eux-mêmes , la respiration n'est bien cer- tainement pas bornée aux branchies. J'ai déjà fait connaître l'exis- tence des cils vibratiles sur presque toute la surface du corps de certains Nudibranches. On peut faire des observations de même nature sur les autres Gastéropodes, sur les Acéphales, etc. M. Milne Edwards a montré que, dans certains cas, chez ces der- niers, le manteau devient le siège d'une circulation particulière, ([ue le sang respiiait dans cet organe, et se rendait ensuite direc- tement au cœur, sans passer par les branchies (2). Enfin , j'ai plusieurs fois vu des Éolidiens, plus ou moins complètement dé- pourvus de leurs ciri-lies branchiaux , continuer à vivre pendant longtemps. Un de ces Nudibranches, qui, soumis à la compres- sion, avait perdu tous ses cirrhes sans exception, a vécu dans mes vases, à Paris, pendant plus de deux mois, et avait en partie re- produit les organes que je lui avais arrachés (3). 11 est évident (I) Dans le rapport fait il rAcadéniie sur liMisemljU' do mes reclierclies , pur une commission composée de MM. Diimérd, Isidore GeolTroy-Saint-Hilaire et Milne Edwards , ce dernier a signalé queUiues uns des faits de dégradation orga- nique que j'avais observés cliez les Annélides. J'en ferai connaître plusieurs au- tres lorsi|ue je publierai mes travaux sur cette classe d' Invertébrés, travau.\ qui m'ont principalement occupé depuis cinq ans, lors de mes courses au bord de la mer. (Voir le Rapport de Milne Edwards , Cumiites-n-iidtis, 13 janvier 1814, et Ann. des Se. nat., 3' série, t. I.) (i) Note communi(|uée il la Société pliilomaliqui', (■i) Je ne >ais ^i celle c\pi'riciice roussirait au;.-i bien sur l'Éelide de (Pluvier et DE 4H.iATKE»"A«ES. — SLIl l.li l'Ill.lilili.M lilUS.Mli. 91 que, dans ce cas, la respiration se faisait par les téguments seuls. Ainsi, jusque cliez les Mollusques, qui ont des organes respira- toires plus ou moins caractérisés , les produits de la digestion res- pirent même avant d'arriver dans ces organes. Nous trouvons donc , chez les Invertébrés qui nous occupent, un fait analogue à celui dont nous rappelions, plus haut, l'exis- tence chez les Vertébrés. Ici , comme au sommet de l'échelle ani- male , les matériaux destinés à l'entretien du fluide nouiricier semblent avoir besoin de subir l'action de l'air avant de devenir aptes à se mêler au sang artériel. Or, dans certaines circonstances, la nature parait avoir voulu rendre plus facile cette action de l'air en rapprochant des surfaces respirantes la portion de l'intestin par où i)eut avoir lieu l'exha- lation chyleuse ; et elle atteint ce but à l'aide de la ramification de l'expansion de l'intestin, à l'aide du phlébentérisme. Le phlébentérisme sert donc, au moins dans cerlaines circon- stances, non seulement à transporter dans tout le corps les pro- duits de la digestion nécessaires à son cntretiiMi , mais encore à faciliter l'action de l'air sur ces produits. Cette double manière d'envisager le résultat iihijsiiilo(jiiiue (jue doit avoir la dispositiim anatoi/iiijue dont nous parlons nous rend assez facilement compte de ciuelques unes des modifications (|u'elle subit. Elle nous explique, entre autres, pourquoi le phlébenté- risme ne présente tout son développement que chez des animaux plus ou moins complètement dépourvus d'organes respiratoires. Elle nous fait comprendre comment le phlébentérisme peut se montrer dans les espèces dont l'appareil circulatoire est très dé- veloppé, comme il l'est, par exemple, chez les Aphrodites. Ici les vaisseaux sanguins doivent sans doute suflire pour transporter sur les aulres Éolidiens donl ks cirrlies sont très nombreux et adlièrent assez fortement au corps : mais je pense qu'on pourrait la répéter sur certaines Vénilies dont les cirrlies se délaclient avec une facilité extrême. J'engafre les naturalistes qui se trouveraient dans des circonstances favorables à vouloir bien essayer : le succès serait pour eux la confirmation la plus évidente de certains faits que j'ai publiés , et dont on a nié la possibilité. Toutefois j'ajouterai que je l'ai faite moi- même uniquement sur l'Éolidine, et par conséquent je puis seiitmtieni présumer que, tentée sur les Vénilies, elle donnerait les mêmes résultats. 92 VOïAl_iK lis SIClLIi. dans l'économie entière des éléments de la nulrilion. Mais sous les téguments épais, sous les poils feutrés de ces Annélides, le chyle n'aurait que diflicilement subi l'action de l'air : aussi ces té- guments présentent-ils des appendices oîi pénètrent des ramifica- tions de l'intestin , que baigne un courant d'eau sans cesse re- nouvelée, et les produits de la digestion peuvent ainsi respirer au sortir même des cœcums intestinaux , avant de pénétrer dans la cavité générale , pour se mêler aux autres liquides , plus complè- tement élaborés. Ces liquides eux-mêmes pénètrent dans les pro- longements iégumentaires, et grâce à cette disposition, le fluide nourricier renfermé dans la cavité générale du corps des Aphro- dites se trouve ramené aux conditions communes aux autres An- nélides (I). Si maintenant nous nppli([uons celle manière d'envisager le phlébentérisme aux animaux qui maïuiucnt à la fois d'organes cir- culatoires et respiratoires, son ulililé devient encore plus évidente. Prenons pour exemple les Pycnogonides. Chez ces Crustacés, la peau reste entièrement chargée de la l'espiration. La cavité générale du corps cumule avec ses fonctions ordinaires celles des systèmes artériel, veineux et lymphatique. Le liquide rju'elle ren- ferme est bien réellement le sang; mais ce sang reçoit en même temps et immédiatement , et sans cesse, les produits de la diges- tion, et tous ceux qui exsudent des organes internes par suite de l'activité vitale. Si l'intestin avait été renfermé on entier dans le corps de l'a- nimal , il est évident que ses produits se seraient mêlés au sang, sans pouvoir subir l'action de l'air autrement cju'à travers une carapace épaisse. Pour obvier à cet inconvénient, l'intestin s'est prolongé dans (I ) Les branchies des Aplirodites demandent, du l'esle, à être étudiées de nou- veau, car on ignore encore quelles sont au juste les relations de ces organes avec l'appareil circulatoire. Si l'on venait il reconnaître que les vaisseaux sanguins ne s'y coniporlpnt pas comme dans les brancliies des autres Aniicliilfs où ces organes sont bien développés , comme cliez les Eunices , par exemple, le rôle du pUèbeu- Icrisme, en tant que suppléant il linipcrfeclion de l'organe respiratoire, recevrait de ce fait une éclatante cunliriiiulion. HK Ql'ATREFAGES. Slii I l'I l'Il Maîl^NIl';!', ISM I'. 93 les iiiiltes. I>a surface e.rluilaiilc de l'inlpstiii cl la sui'l'arr' n'xjji- mnle de ces appendices n'ont plus été séparées que par un espace étroit. De plus , la respiration étant nécessairement jilus active dans les pattes, à raison du i)ea d'épaisseur des téguments sur les nombreux points d'articulation, les sucs nutritifs, en sortant de l'intestin , ont pu subir l'action de l'air avant d'aller se mêler à la masse du sang élaboré qui remplit lo Ironc. Sans même invoquer ici l'activité vitale, qui bien certainement ne reste pas oisive dans l'accomplissement des pliénomènes dont nous parlons, les lois qui régissent les corps inanimés suffisent pour prouver que les choses doivent se passer comme nous ve- nons de l'indiquer. Les sucs alimentaires renfermés dans le tube digestif, le liquide de la cavité générale , cjui pénètre entre les cœcums intestinaux et les téguments, enfin l'eau dans laquelle est plongé l'animal, forment autant de masses liquides dilTérant par leur composition, et séparées seulement par de minces membranes organisées. On voit qu'en vertu des lois de l'endosmose, il doit nécessairement s'établir entre elles des échanges continuels, et que les produits qui passent de l'intestin dans les pattes ne peuvent pas échapper à l'action de l'eau aérée , agissant par l'intermédiaire de la peau. 11 est évident que des phénomènes entièrement semblables de- vront se produire chaque fois que nous trouverons réunies des conditions identiques. Or, ces conditions se retrouvent exactement les mêmes chez les Mollusques phlébentérés. Nous nous croyons donc autorisé à conclin'e que les appendices dorsaux de ces Mollusques servent à la rt-spinitioii hnmviliatc ilfs jiroduils delà (Ugest'wn aussi jjien qu'à la respiration ila liquide de la cavité générale, qui ici n'est autre chose que le sang lui- même (1). (1) Dans mon Mémoire sur rÉolidine , j'ai insisté d'une manière toute spéciale sur la respiration du mmj dans les appendices dorsaux de ce Mollusque. Ce que j'ai dit de lui s'applique k tous les autres. Depuis, j'ai surtout insisté sur la respiration ibi rhjkon tics produits de la dirjeslioii. On a voulu voir dans ces deux choses bien dislinrles une contradiction'que ne m'auront certainement pas prêtée les natura- lisles qui ont Ijieii voulu me lire avec (luelque attention. y/l \ov\(;r. k\ sif.ir.E. En résumé , clicz les animaux l'hlébenlérvs ([), les prolonge- ments intestinaux portent les matériaux de la nutrition dans divers points du corps. Sous ce rapport, ils jouent le rôle de vais- seaux. De plus , lorsque ces prolongements pénètrent dans certains appendices , comme chez les Pycnogonides et riiez certains Mol- lusques , il en résulte que les produits de la digestion subissent immédialemenl (2) l'action de l'air. Sous ce rapport, les prolon- gements dont nous parlons jouent le rôle de vaii.ieau.r dp Vap- pareil circulatoire. (IJ On sait que lonlie nouveau donl j'avais proposé rélaljlissemcnt dans la classe des Gastéropodes était essenliellemeiu caractérisé par Vétat imparfait de l'appareil circulatoire. J'avais cru trouver dans ce fait l'indice d'une dégradation organique, el mon erreur était, je crois, bien excusable, puisqu'elle prenait sa source dans une opinion qui m'était alors commune avec (o»s les zoologistes, sans exceptinn. Je croyais iilors comme tout le monde (juc l'appareil circulatoire des Mollusques était complet. Depuis celte époque, les recherches personnelles de M. Milne Edwards, el celles que ce naturaliste a faites en commun avec M. 'Valenciennes , ont démontré que c'était là une erreur, et que, chez tous les Mollusques, cet appareil est incomplet. Ainsi l'embranchement tout entier présentait celte disposition, que j'avais crue exceptionnelle. Dès lors le groupe donl le premier j'avais proposé la formation no pouvait sub- sister comme ordre; mais, par l'ensemble de ses autres caractères, il n'en mérite pas moins d'être distingué des groupes voisins, el il me semble qu'on devra le conserver comme famille. En cela je me réunis pleinement aux naturalistes qui m'ont le plus vivement combattu. Toutefois j'ajouterai que l'expression de l'Itlchentére me semble pouvoir être conservée, comme permettant de caractériser d'un seul mot Ici ou tel animal donl l'organisation présente un certain ensemble de particularités analomiques. C'esl en ce sens, par exemple, qu on pourra dire que les Pycnogonides sont des Crus- Incés phlébentérés, les Planaires des Turbellariés phlébenU'rés, etc., etc. (2) Ces expressions [subissent immédiatement l'action de l'air) signifient que les produits de la digestion sont soumis à l'action de l'air «ii sortir du tube digestif, sans passer par l'intermédiaire de vaisscau.r cliyliféres ou autres. Cette explication paraîtra sans doute bien inutile à la plupart de mes lecteurs; mais j'ai cru devoir la mettre ici pour les personnes qui , ne s'allachant qu'à un mot interprété je ne sais trop comment , ont cru que, dans ma manière de voir, la respiration, chez les Mollusques phlébentérés, se faisait dans l'intérieur même des e/eemns. I.ERERT F,T ROBI\. — l'('rnM)\TIO\ IM (\tM\ll (:o\l\|[\. 05 NOTE Sur un fait relatif au mécanisnir de la fOmiidaiiou du Calmar commun [Spjiid loliijii, I.., Lo/igo riilijiiris'j; Far MM. LEBEKT et Cb. ROBIN (Lue à la Société philomalique de Paris, le .11 mai 1845. J Le 28 avril 1845, nous prîmes vivant un Calmar femelle adulte, dont nous fendîmes aussitôt le sac sur la ligne médiane antérieure, dans le but d'étudier les contractions des cœurs ; mais nous en fûmes empêchés par l'examen du fait suivant : Dans la cavité du sac, précisément au niveau de l'oviducte du côté droit, au-dessous et un peti sur le côté de son orifice, nous trouvâmes un gros faisceau de filaments (ritii blanc de lait, longs de 17 millimètres, absolument seiublables à ceux que l'on trouve rangés latéralement les uns au.x autres en un ruban spiral , dans la poche needhamienne du mâle, et auxquels M. Milne Edwards a définitivement donné le nom de spermatophores, en même temps qu'il en a précisé la structure et détermiu'î les fonctions, indi- quées par leur nom (^Annales des Sciences naturelles. Décembre 18/|2). Ces spermatophores , qui sont au nombre do deux cent trente environ, se touchent tous et adhèrent les uns aux autres dans une longueur de o millimèlres. Le faisceau ou panache fila- menteux qui résulte de leiu- adhérence dans une petite partie de leur longueur a 15 millimètres de largeur à sa base, dans tous les sens. Cette base adhère à l'épiderme avec assez de force pour que cette membrane soit enlevée lorsqu'on essaie de détacher le faisceau en entier. L'adhérence des spermatophores les uns aux autres et de leurs extrémités à l'épiderme a lieu par l'intermé- diaire d'une substance demi-lran.sparente, comme gélatineuse, hyaline et sans structure apparente à un grossissement de /|00 dia- mètres. La peau ii'asubi aucun (■hangetnent appréciable au-des- sous du faisceau de spermatophores. 9G I.ERF.RT 1-T ROBI\. — SIT, lA ri'r.OND \TION E.camcii des sjjeniia/ojjhores. — EtLidi(''s à l'œil mi, cos organes présentent la forme d'un petit cylindre régulieV, paraissant déjà composés de deux parties; l'une est la partie adhérente , longue de 3 millimètres, large d'un demi-millimètre, un peu plus trans- parente que la partie libre. Cette dernière est en contact immé- diat , par un de ses bouts , avec l'un de ceux de la partie adhé- rente; elle a le même volume qu'elle, et s'en distingue seulement par sa couleur d'un blanc mat et opaque. Sa longueur est de 14 millimètres; son extrémité libre est légèrement conique. Lors- qu'on détache un des spermatophores du faisceau, la partie adhé- "cnte des spermatophores entraîne toujours une couche plus ou moins épaisse de la gangue gélatineuse résistante, qui les fait ad- hérer les uns aux autres. Lorsqu'on vient à couper la partie libre d'un des spermato- phores, il faut exercer une légère pression pour en faire sortir un liquide d'un blanc opaque , visqueux , de manière à conserver quelques instants la forme cylindrique , avant de former une goutte laiteuse. Celle-ci , examinée au microscope, se montre en- tièrement composée de zoospermes, qui sont tous libres, semeu- vcnl rapidement, et ne sont mélangés d'aucun globule accessoire. Leur longueur est de 0""",058; la tète a 0""",008 de long, et la queue 0""", 05 ; tantôt la queue est droite, tantôt elle est roulée en cercle autour de la tète. En coupant la partie adhérente et la pressant pour en faire sortir le contenu , de manière à pouvoir l'examiner au microscope, l'on voit que celui-ci est formé de gout- telettes d'un liquide visqueux, représentant, par réfraction, l'as- pect des gouttes de graisse. Les globules graisseux qui s'écoulent, étant mis en contact avec l'eau, se réunissent rapidement en petits amas, de manière à si- muler des cellules parfaitement rondes, de différents volumes, que l'on voit bientôt se moâifier, de manière à présenter l'aspect de la substance que M. Dujardin a appelée sarcode; mais ils ne renferment pas de zoospermes. Ayant pris des spermatophores sur un mâle , nous avons re- connu qu'ils se composaient aussi de deux parties principales ; l'une contenant des zoospermes semblables à ceux des spermatophores Dl r.M.M\n COMMIN. 97 pris ?ur la lemellp, o[ k ceux figurés par M. Milne Edwards [Loc. cil., pi. 12, fig. 6) ; l'aulre partie, cinq à six lois plus courte, formée aussi de la même matière grasse dont nous venons de parler. Notre examen des spermatophores du mâle s'est borné à constater ce qui précède ; ce que nous allons décrire a été vu seu- lement sur ceux de la femelle. Notons toutefois que les sperma- tophores du mâle éclataient plus ou moins rapidement dès qu'ils étaient extraits de la poche needhamienne et exposés soit au con- tact de l'eau, soit seulement au contact de l'air, tandis que ceux de la femelle n'éclataient pas au contact de l'eau salée; ils écla- taient cependant quelquefois, mais non toujours après cinq ou six minutes de séjour dans l'eau pure. Depuis les recherches de AI. Milne Edwards , citées plus haut, l'on sait que les spermatophores du Calmar commun [Loliyo viil- garis) sont composés, 1° d'une enveloppe générale extérieure ou étui ; 2° d'un réservoir spermaticjue constituant la plus grande partie du spermatophore, et postérieure quand ce corps est en po- sition normale dans la poche de Needham; 3° d'an appareil éja- culatoire situé en avant , et se composant de trois parties princi- pales, savoir : la trompe, le sac et le connectif. La circonstance suivante, que l'extrémité qui renferme le réservoir du sperme est plus renflée dans les spermatophores représentés par M. Milne Edwards que l'extrémité antérieure, qui contient Vappareil éja- culateiir, nous fit soupçonner qu'il y avait quelque différence de développement entre les spermatophores étudiés par ce savant et ceux que nous avions sous les yeux. En effet , sur ces derniers, la partie renfermant \e réservoir, ou partie libre, se termine en cône légèrement effilé, au lieu d'être renflée, et la partie qui doit contenir Vappareil éjaculateur, et qui est ici la partie adhérente, est un peu plus grosse que la précédente, et se termine par un bout légè- rement renflé. L'examen au microscope des spermatophores et de leurs parties constituantes, répété un grand nombre de fois sur les organes frais et sur d'autres mis dans l'alcool , est venu con- firmer ce soupçon. Cet examen a été fait avec le microscope de M. Georges Oberhaueser ; pour chaque partie , nous avons com- 3* si^rie. Zool T IV. (Anvit 18i". ) -, 7 i)8 LEBERT ET ROBIX. — Sl'R r.\ FÉCONDATION mencé à un grossissement de 30 diamètres, et terminé à /|00 dia- mètres (oljjectif 8 , oculaire II). Nous avons trouvé aussi les spermatophores pris sur la femelle composés , 1° d'une enveloppe générale ou étui , contenant , 2° le réservoir du sperme, qui remplit toute la partie libre du sperma- tophore jusqu'à son extrémité , sans laisser d'intervalle entre lui et l'étui; 3° la partie adhérente contient, comme nous l'avons déjà dit, un pet'û cijliiulre de matière graisseuse. H est plus gros dans la partie qui touche le réservoir qu'à son extrémité libre, la- quelle est efiilée en cône, de sorte qu'elle est très éloignée du bord externe de l'étui , qui est renflé dans cette partie , au lieu d'être conique, comme son contenu. Si l'on examine l'endroit où les extrémités du cylindre grais- seux et du réservoir spermatique sont en contact, sans leur faire éprouver de pression, l'on voit que ce contact est presque immé- diat; le bout du cylindre graisseux est convexe et déprime fai- blement le bout du réservoir du sperme , qui est aussi un peu convexe. En comprimant légèrement, il y a contact plus immé- diat, et bientôt le bout du réservoir devient conique et déprime le cylindre graisseux. Alors l'extrémité du réservoir, qui était opa- que, devient plus transparente, et laisse apercevoir un filament plusieurs fois replié sur lui-même, naissant, d'une manière qui n'est pas bien distincte, dans le réservoir du sperme, et se termine en adhérant fortement au bout correspondant du cylindre grais- seux. Yient-on à séparer le cylindre rjraisseux du réservoir, il en- traine avec lui le filament replié , qui se confond avec son extré- mité. Le petit paquet formé par les feplis du filament paraît lui- même entouré d'un sac membraneux très fin, pyriforme. Le /'dament précédent et le cylindre graisseux, avec lequel il se continue, nous paraissent représenter Vappareil éjaculatevr décrit par M. Milne Edwards (Mémoire cité), mais à une autre période de développement ; probablement à une période moins avancée, car les spermatophores dont nous parlons ne se brisaient pas dans l'eau, ou seulement très longtemps après avoir été mis on contact avec elle, cl parce que « les plus jeunes, c'est-à-dii'e )) ceux placés dans l;i parlii' inl'i'iMcui'e de la pnche, n'éclatent ja- ])l f.VI.MAR COJIJH \. 99 » inai> sijdiitaiit'inoiil , ot ne présentent ce phénonK^nc que lenle- » ment, lorsqu'on les plonge dans l'eau « (Milne Edwards, Mé- moire cité). Le filament dont nous venons de parler serait le conneclif; le cylindre graisseux serait le sac très développé. Quant au- fil dis- posé on ressort à boudin , décrit par M. Milne Edwards, l'examen le plus attentif, répété un grand nombre de fois, de toutes les ma- nières , tant sur les spermatophores frais que sur ceux baignés dans l'alcool , n"a pu nous le faire découvrir. Revenons maintenant sur quelques détails déstructure. a. Enveloppe ou sac. — 1° Étudiés en général, les spermato- phores, examinés k des grossissements variés, sans compression, présentent une enveloppe générale, unique, enveloppant à la fois et le réservoir et le cylindre graisseux. Elle présente une ligne obscure tout-à-fait extérieure ; en dedans d'elle est une ligne transparente assez large, qui indique l'épaisseur de la paroi ; puis vient une seconde ligne obscure , en contact avec la masse des zoospermes du réservoir ; elle indique le bord interne de la mem- brane d'enveloppe ou étui. Cette seconde ligne est régulièrement dentelée au niveau du réservoir. 2° Mais au niveau du cylindre graisseux, la partie transparente qui indique l'épaisseur de la paroi est beaucoup plus épaisse qu'au niveau du réservoir; ce qui tient à ce que le spermatophore est un peu plus gros à cet endroit que dans sa partie libre, et aussi à ce que le cylindre graisseux est plus étroit que le réservoir. Quant à la ligne obscure qui indique son bord interne , elle se confond avec celle qui indique le bord externe du cylindre grais- seux; de telle sorte que ce cylindre paraît être plongé dans une masse homogène, transparente, plutôt qu'enveloppé dans une paroi à bord interne bien tranché et distinct de lui. Aussi Vélui, au niveau du cvlindre graisseux, est-il résistant, diQicile à rompre et élastique, homogène , sans structure apparente , et seulement plissé quand il est vide. 3" Enveloppe étudiée au niveau du réservoir. Nous avons déjà dit que, dans ce point , Vétui présentait un bord interne réguliè- rement flcnteli'. Si l'on f-ninprime légèrement le spermatophore. /()() I.EKF.RT ET ROIII\. — Slfl I.A ri;c,0\n\TION il devient plus transparent, et l'on voit que le rrservoir est par- couru circulairement par des sillons très réguliers et très rappro- ehés les uns des autres , paraissant formés par autant de lames circulaires, saillantes à la face interne de ïétiti. 11 nous a été im- possible de nous assurer d'une manière bien précise si ces sil- lons sont dus à autant de lames circulaires saillantes, ou seule- ment à une lame contournée en spirales très rapprochées. C'est cette disposition qui donnait au bord interne de la paroi un aspect dentelé. En prenant de petites portions du spermatopliore et les faisant éclater de manière à étaler la membrane du sac, nous avons pu nous assurer que ces sillons étaient dus à une lame en spirale, ou bien ;i plusieurs petites lames circulaires très rappro- chées l'une de l'autre, et saillantes à la face interne de Vétui. 11 nous a été impossible , malgré des essais souvent répétés , de voir plusieurs lignes obscures , qui auraient été l'indice de la limite d'autant de parois formant le sac. Nous n'avons pas pu en aper- cevoir plus d'une en examinant, à divers grossissements, les bords de Véhii déchiré. Ainsi, W'iui des spermatophores était formé par une seule membrane. ),orsque la portion de l'cïi// correspondante au réservoir était vidée, sans être déchirée suivant sa longueur, elle se resserrait par élasticité, cl formait des plis longitudinaux se croisant à angle droit avec les lignes obscures circulaires, formées par la lame saillante à la face interne de Vélui. h. Nous aurons peu de chose à ajouter sur les parties conte- nues dans l'étui. 1° Le cylindre graisseux, vu par transparence, est d'un jaune de terre de Sienne pâle, demi-transparent, assez résistant et élas- tique , difficile à écraser quand il est entier, ce qui est dû à une membrane très mince, mais résistante, élastique, finement ponc- tuée, qui renferme et limite le cylindre. 2° Le connectif tortueux qui unit le cijlindre graisseux au réser- voir, examiné à de forts grossissements , paraît homogène dans toute son étendue; il se détache des organes, qu'il réunit plutôt que de se rompre, lorsqu'on le distend. 3" Le réserroir n'est ici autre chose qu'une masse de zoosper- Ui: CAl.AI.VK GUMMU.N. 101 mes assez fortement agglutinés les uns aux autres, renfermés sim- plement dans la partie antérieure de l'étui, mais n'ayant pas une enveloppe spéciale. Sur des spcnnatophores frais , le cylindre de zoospermes qui s'échappe quand on brise Vélui ne présente pas de bords nets, et se délaie facilement. Mais sur des spermato- phores qui ont séjourné quelque temps dans l'alcool , le cylindre de zoospermes conserve la forme du moule qui le renfermait, c'est-à-dire de la face interne de Vélui : aussi toute sa surface est creusée de sillons circulaires assez profonds , coi'rcspondant aux saillies de la membrane en cercles ou spirales , qui parcourt la face interne de l'étui. En aplatissant, par compression, ce cy- lindre de zoospermes, on voit un lllamcnt, irrégulièrement ra- mifié, qui en parcourt le centre, et semble destiné à retenir les zoospermes agglutinés en masse autour de lui et de ses branches. Ce filament est transparent, formé d'une substance hyaline, striée longitudinalement et assez résistante. Nous ne voulons faire ici aucune hypothèse sur la fécondation du Calmar, en nous appuyant sur le fait précédent. Nous nous contenterons d'attirer sur lui l'attention des zoologistes. Nous devons noter aussi que , chez cet animal , les oviductes des deux côtés étaient remplis d'œufs qui sortaient facilement, et il en existait aussi une certaine quantité dans la cavité du manteau. Cependant, si l'on considère, 1° qu'il existait dans le sac d'un Calmar femelle , au niveau de l'oviducte, des spermatophores en grand nombre ; 2" que ces organes ne se rompaient pas dans l'eau, de même que cela a lieu pour les spermatophores encore incomplètement développés (Milne Edwards, Mém. cité) ; 3° que les spermatophores que nous avons pris sur la femelle semblent être moins compliqués ([ue ceux décrits par M. Milne Edwards, ot par conséquent moins dé\-eloppés; il pourra paraître probable que les spermatophores comph'temcnt développés se sont brisés au moment de la copulation, et ont h'condé la première portion des œufs (|ui sont sortis de l'ovaire. Ceux, au contraire, qui étaient encore imparfaitement organisés , c'est-à-dire ceux de la partie postérieure de \a, poche de Needham , ont été fixés sur la femelle pour achever leur développement, et féconder le reste des œufs au inomcnl de leur sorlie. 102 I,EBEKT ET ROBIIV. — FliCOND.VïlON DU CAL)IAIi COMMUN. Des observations répétées sur les bords de la mer pourront seules résoudre cette question et toutes celles qui s'y rattachent. Ainsi, il faudrait rechercher si le fait est général pour tous les Céphalo- podes; comment se fait la copulation et la fixation des spermato- phores dans le sac ; comparer les spe'rmatophores pris sur la fe- melle à ceux pris dans les différents points de la poche de Need- ham, etc. Sur les spermatophores de la Sèche [Sepin ofl'icinalis) , nous avons reconnu ([ue la substance qui constitue le sac ou cylindre ;y/Tn'.s.vei(.r est entièrement composée de matière grasse, semblable à celle du cylindre yraisseu.r du Calmar, dont nous avons parlé plus haut. En examinant le mécanisme de l'éjaculation de son contenu, nous avons pu voir que c'est tantôt l'appareil éjacula- tcur qui rompait la paroi et sortait le premier : alors le luhe pro- boscidi forme qui fait suite au sac se déroulait ; et que tantôt c'est l'autre bout du spermatophore qiti se rompait : alors l'appareil cjaculateur sortait le dernier. EXPL1CATIOM DES FIGURES PLA^C1IE 9 (fIG. 5 ET G). La figure -H reprosontp le Calmar femelle enlier, vu par sa face ventrale, et ràluit à la moitié de sa grantleur. Le manteau est fendu sur la li.sne médiane ; ses bords sont écartés , afin de montrer les rapports des organes extérieurs enlnj eux et avec le faisceau des spermolojihores soudés au manteau. (I, œil; b, entonnoir; c, braiicliie droite; il, branchie gauche; e,e, oviductes droit et gauche; f, faisceau des spermatophores soudés à la face interne du manteau , au niveau de l'oviducle. — Entre les deux oviductes se voient deux organes allongés, accessoires des ovaires. Entre leurs extrémités antérieures, un peu écartées, se voit le conduit excréteur delà bourse ii encre, s'étendant jusqu'à l'entonnoir. Au-dessus de ces organes accessoires se voient les ovaires, qui s'étendent en pointe conique jusqu'au fond du sac que représente le man- teau. Les oviductes c.c partent de leur extrémité antérieure plus volumineuse. Les tentacules sont coupés au-devant de l'œil, et non figurés. La figure 6 représente une portion du C.iLsiAn femelle vu de côté (grandeur naturelle). Elle est destinée ii montrer la grandeur des spermatophores, le volume du faisceau qu'ils forment . et la position de ce faisceau relativement à l'oviductc et à la branchie de son coté. a, coupe du mantean (il a été fendu sur la ligne médiane, et étalé); b, bran- chie du coté droit ; c, bord de la coupe du foie: d, organe blanc, accessoire de l'ovaire, du côté droit; c. ovaire plein d'œuls ; f. oviducle droit; g. faisceau des spermatophores soudés a la face interne du manteau. 103 SUPl'LÉMENT AUX UECHERCHKS SUR LE DÉVELOPPEMENT DFS AX1MAL(.ILKS INFLSOJRES ET DES MOISISSURES; Par M. J. FINXAV, D.-M.-f. (I). Depuis la publication du Mémoire inséré dans ces Annales , S* série, t. III, p. 182, j'ai continué à porter mon attention sur je même sujet. Les nouvelles recherches auxquelles je me suis livré , sans infirmer les résultats de mes premières observations , m'ont permis de leur donner un plus grand degré de généralité, et de les rattacher à un ordre de faits déjà connus dans la science. C'est ce qui m'engage à y revenir en peu de mots. D'abord je dois faire observer que les divers phénomènes de la production des animalcules et des moisissures , tels que je les ai exposés précédemment, ne se rencontrent que dans les cas les plus favorables , dans ceux où la presque totalité de la substance granuleuse se transforme m corps organisés ; mais il arrive sou- vent cjue cette formation est moins abondante. Ainsi, dans une infusion de divers débris organiques, où se dé- veloppaient de grosses Monades, la trame aréolaire, telle que je l'ai décrite , n'occupait que quelques points de la surface du li- quide ; partout ailleurs, les animalcules se développaient isolé- ment. On remarquait , en premier lieu , de petits amas de granula- tions dont les contours commençaient par être diffus ; peu à peu ces amas devenaient ])lus nettement circonscrits, et ils finissaient par acquérir l'aspect de véritables Monades, d'abord immobiles, puis douées de mouvement. On conçoit que, lorsque de semblables amas sont pressés les uns contre les autres, il doive en résulter l'apparence d'une nio- . saïque dont les interstices forment une espèce de réseau ; mais (I) C'esl par erreur que , en UHc d un Mémoire précédent {^;i«. des Se. iwt., 3' série, t. III, p. 182), le nom propre fie l'uuleur ei^t précédé de liniliide F. ; il faut y lire, comme ici, J. Pmeau loi PIIVEAL'. — Dliviil.Ol'l'IiJlIiM- DliS AMMALCLLKS. cette disposition n'existe pas toujours, et alors les choses se pas- sent comme nous venons de l'exposer. Maintenant, si nous considérons de quelle manière s'opère la formation des cellules qui servent de base aux différents tissus des êtres organisés , on pourra , je crois , établir comme résultat des connaissances actuelles . depuis les travaux de Schleiden sur ce sujet, que cette formation commence par la production d'un nu- cleiis, qui est lui-même composé de granules plus petits. L'histoire des globules sanguins est un des meilleurs exemples que l'on puisse citer à l'appui de cette assertion. En effet, ces glo- bules , avant d'avoir une surface parfaiteinent lisse , comme celle qu'ils présentent à l'état parfait, ont commencé par offrir l'aspect d'une masse granuleuse et à contours mal délimités ; dans cet état, ils portent le nom de globules blancs du sang (1). 11 en est de même des globules purulents (2). Les mêmes phénomènes se produisent chez les \égétaux , et je puis citer, entre autres faits , comme résultat de mes propres ob- servations, le développement des sporidiesdes Lichens, particu- lièrement du PInjscia ciliaris. Dans cette plante , la grosseur des organes reproducteurs, jointe à la transparence des thôques dans lesquelles ils sont contenus , rend leur disposition granuleuse très facile à constater dès les premiers moments de lein- apparition. Je pourrais augmenter le nombre de ces exemples ; mais je pense que ceux-ci suffisent pour établir ce fait, que le phénomène primitif du développement des cellules et des infusoires consiste essentiellement en une agglomération de granules. De ce qui précède, il résulte pour moi qu'il existe une analogie complète entre la production des cellules, en générai, dans les or- ganismes vivants, et celle des animalcules et des végétaux mi- croscopiques, dans les infusions. (I) Voyez Donné, Cours de microscopie, pi. 6, nj;, 20 ("2) Voyez Hcnlo, Anntomic gcnénxic, trad. Jourdiiri. l. 1, p. loo. 105 NOUVELLES EXPÉRIENCES SCR LA RÉSORPTION DE l'OS ; Par M FI.OURENS (1). J'ai prouve , par de précédentes expériences : 1° Que l'os croit en longueur par lames terminales et juxta- posées ; 2° Qu'il croît en grosseur par lames externes et superposées ; 3" Que le canal médullaire croit ou s'agrandit par la résorption des lames intérieures, des lames anciennes de l'os. Cette résorption intérieure de l'os est le fait sur lequel j'appelle une fois encore l'attention des physiologistes : mes nouvelles ex- périences me paraissent le démontrer d'une manière complète. Duhamel avait placé un anneau autour du tibia d'un Pigeon : au bout de quelque temps, l'anneau, dont il avait entouré l'os, se trouva dans l'intérieur de l'os, dans le canal médullaire. Comment cela s'était -il fait? Selon Duhamel, l'os s'était distendu ; il s'était rompu dans les points pressés par l'anneau , et ces points rompus s'étaient ensuite rejoints par-dessus l'anneau. J'ai répété bien des fois l'expérience de Duhamel ; j'en ai pré- senté les résultats à l'Académie, et j'ai toujours conclu, contrai- rement à Duhamel, que l'os ne se distend point, qu'il ne se rompt point, etc. En un mot , Duhamel explique l'agrandissement du canal mé- dullaire par Vexiension de l'os, et je l'ai toujours expliqué, avec J. Hunter, par la résorption de l'os. Cependant une expérience qui a pu se prêter à deux inter[)ré- tations si différentes n'est pas l'expérience qu'il faut ; il faut une expérience qui décide, qui tranche : je crois l'avoir trouvée. Au lieu d'un anneau, qui presse, qui résiste, (|ui ])eut rompre l'os, j'ai employé une très petite lame de métal, de platine (2), fl) Extrait des Cnniplrs-reiidds des séances de l'Académir des Sciences, séance (lu 25 août I8i.';. (2) De i millimètres de long sur 2 de large. 106 FLOVBEKS. — SUK r,.V RÉSOIIPTION DE 1,'OS. si mince qu'elle n'avait presque pas de poids (1) , et qui , d'ail- leurs , étant isolée , libre , ne pouvait offrir à l'os aucune résis- tance. J'ai placé cette lame sous le périoste, et voici ce qui est arrivé. Les pièces que je mets sous les yeux de l'Académie suffisent pour montrer la marche du fait dans tous ses progrès. La pièce ii" 1 est le tibia gauche d'un jeune Chien (2), âgé d'un mois. On y voit le périoste incisé , et la lame de platine placée sous le périoste. Cette pièce représente l' expérience qui vient d'être faite. La pièce n° 2 est le tibia droit d'un jeune Chien, du même âge que le précédent , opéré de même , et tué cinq jours après l'ex- périence. Le périoste incisé s'est réuni , et recouvre la plaque de platine. Dans la pièce n" 3 (o), la lame de platine est déjà recouverte par des lames osseuses. Ces lames osseuses sont plus nombreuses dans la pièce h° û. La lame de platine est au milieu des couches de l'os, dans les pièces n" 5 et G. Elle est presque entièrement dans le canal médullaire , sur la pièce n° 7. Elle y est tout-à-1'ait , sur la pièce n" 8. Cour ces deux dernières pièces, l'expérience a duré trente-six jours ; elle en avait duré vingt pour les pièces 5 et G ; douze pour la pièce 4 , et huit pour la pièce 3. Ce qui arrive à Vanneau arrive donc aussi à la lame. La hune est , comme Vanneau , successivement recouverte par le périoste, par des lames d'os de plus en plus nombreuses ; on la trouve, enfin, dans le canal médullaire. (1) Lo poids, d'ailleurs, ne porterait pas sur l'os: la lame n'est pas ,5ii)- le tibia, sur l'os; elle est au-derani de l'os. (2) C'est sur les tibias de jeunes Chiens que toutes ces expériences ont été faites. (3) Pour faire mieux voir la position de la lame, on a scié l'os en long, dans celte pièce comme dans les suivantes. f FLOUREKS. — SUR I.A KliSOlU'TlON DIÎ l.'os. 107 Et pourtant la lame n'a point résisté , la lame n'a rien rompu. L'os qui, primitivement, était sous la lame, est maintenant swr la lame : c'est qu'un os ancien a disparu , et qu'il s'est formé un os nouveau. L'os qui existe aujourd'hui n'est pas celui qui existait quand on a mis la lame ; il s'est formé depuis : et l'os qui existait alors n'est plus ; il a été résorbé. La résorptkm de l'os est donc un fait démontré , un fait certain. Bulfon avait donc raison , quand il ))roclamait le nwule , la forme, plus invariable que la substance. Cuvier avait raison , quand il définissait la vie : un tourbillon. Leibnitz a pu dire que notre machine est dans nn flux perpétuel. Tout, dans nos organes, se renouvelle, change, n'écoule; et, considérée sous ce point de vue, la vie n'est que la mutation con- tinuelle de la matière (1). Je me borne ici à cet exposé sommaire de mes nouvelles études; on les trouvera plus développées dans l'ouvrage que je fais im- primer en ce moment, sous le titre de Théorie erpérimeutale de la formation des os. NOUVELLES EXPERIENCES Bl.I.AMV.S A LA SOUSTRACTION DU I.K.iUIDr. CÉRÉr.liO-SPlNAI, , ÏI AUX PHt.NOMtSlS QUI Ili;Sfl.rE.NT DE LA SECTIOS DES PAIITIES MOLLES DE LA MyUE; Par m. T. A. IiONGET (2'. Les physiologistes admettent, depuis un certain nombre d'an- nées, que la soustraction du liquide cérébro-spinal occasionne un trouble notable des facultés locomotrices. Ayant évacué ce liquide, entre l'occipital et l'atlas, après avoir divisé les parties qui recou- vrent l'espace occipito-atloïdien postéi'ieur, j'ai vu, en elîet, les animaux abandonnés à eux-mêmes chanceler comme s'ils étaient (I) Voyez, sur la mutiUiun conti}iuell(! do la matière, mes lieclieixhes sur le dé- velopprinriit (/es os ri des dénis, 1842. [i) Extrail des Auimles inàlicj-iisijclwlnijiques, t. VI, sepleiiibre 1845. 108 LOKGET. ■ — SUR LA SOUSTKACTION ivres , leur corps se balancer de tous côtés comme s'il était suc- cessivement sollicité par des forces antagonistes; mais, chez les mêmes animaux ( Cheval , Mouton , Chien , Chat , Cabiai , La- pin, etc.), m'étant borné à inciser les parties molles de la nuque, sans donner issue au liquide cérébro-spinal , j'ai observé, avec cjuel- que surprise, les mômes phénomènes jusqu'à présent attribués à sa soustraction. Dès lors il devenait nécessaire de faire écouler le liquide céré- bro-spinal sans léser les parties musculaires et ligamenteuses de la région postérieure du cou : j'enlevai donc une seule lame ver- tébrale vers le milieu du dos ; et si , à la suite de cette opération préalable , de la faiblesse survint (à cause de la plaie musculaire) dans le train postérieur, elle ne fut en rien augmentée par l'écou- lement du liquide, et d'ailleurs les animaux (Ciiiens) ne présen- tèrent aucunement la titubalion si singulière que j'avais remar- quée dans l'autre série d'expériences , après la simple division des parties molles de la nuque. Mais on pouvait objecter qu'en procédant ainsi , j'avais donné issue à une quantité de liquide moins considérable qu'en perfo- rant les membranes au lieu ordinaire d'élection , à la hauteur du quatrième ventricule, entre l'occipital et l'atlas; d'où, l'absence de troubles dans la locomotion. 11 fallait donc avoir recours à une contre-épreuve plus décisive. Or, en variant les expériences, je n'ai pas tardé à reconnaître un fait important, savoir, la jiossibilité d'évacuer le liquide au niveau du lieu d'élection , et en môme temps d'isoler, pour l'ob- servateur, les effets qui pourraient résulter de cette évacuation , de ceux qui surviennent aussitôt après la section des parties re- couvrant le ligament occipito-atloïdien postérieur. Ainsi, j'ai vu (chez les Chiens, les Chats, les Lapins, etc.), la titubation, l'in- certitude dans la démarche, que j'avais produites en me bornant h diviser ces parties , disparaître complètement en trente-six ou quarante-huit heures : et, dès lors, le ligament occipito-atloïdien postérieur étant demeuré à découvert , la locomotion étant rede- venue tout-à-fait normale, les conditions étaient on ne peut plus nr r.ToiuDE r.i':ni;Bno-spi\.vi,. 109 lavorables à la l'ois pour extraire le liquide cérébro-gpinal p1 pour observer rinlluence immédiate, si elle était réelle, de son extrac- tion sur l'exercice régulier des organes locomoteurs. Malgré le soin que j'ai pris, au moment de la perforation des membranes, de faire crier les animaux, de gêner leur respiration, ou même, après avoir ouvert les membranes spinales , d'enlever une partie de la voiite crânienne (Lapins), pour rendre l'écoulement du liquide plus facile et plus complet (l), dans aucun cas la démarche des animaux n'a présenté la moindre modification. Par conséquent, d'une part, on peut donner issue au fluide cérébro-spinal sans déterminer aucun trouble dans les mouvements ; d'autre part, celui qui éclate d'une manière si brusque et si marquée, après qu'on a seulement divisé les muscles sous-occipitaux postérieurs (avec le ligament sus-épineux, quand il existe), ne dure qu'un espace de temps assez court. A propos de ce dernier résultat, qu'il me soit permis de faire observer qu'ici, pour expliquer la restitution prompte et intégrale des mouvements, il est bien impossible, comme l'ont toujours fait les expérimentateurs qui avaient d'abord évacué le liquide, d'in- voquer sa reproduction rapide , puisque son évacuation n'avait point eu lieu d'abord. Ainsi, évidemment, dans nos expériences, le rétablissement des fonctions locomotrices ne saurait pas plus dépendre de la re- production du liquide cérébro-spinal que leur perturbation n'a pu dépendre de son écoulement ; et jusqu'alors, par conséquent, la cause de l'apparition de ces phénomènes , aussi bien que la cause de leur disparition rapide , a été entièrement méconnue. Mais , avant de chercher à les expliquer, il importe de décrire les phénomènes dus à la section des parties molles de la nuque. Comme ils varient un peu selon l'espèce animale, avant d'exposer le tableau comparé de leurs variations, j'indiquerai les effets ob- tenus sur une espèce donnée , chez le Chien , par exemple. La tête s'infléchit fortement au-devant de la colonne cervicale ; (I) Ce dernier procédé est dû à M. Foville. 110 lOXSET. — SI U LA SOUSTRACTfON l'animal perd aussitôt l'équilibre, faiblit sur ses quatre membres, spécialement sur les postérieurs, demeure d'abord à plat sur le ventre, et, après èire resté un moment connne indécis, tout-à-coup s'élance, fait trois ou quatre bonds en avant avec une grande pré- cipitation, puis retombe à plat en écartant les pattes antérieures, qu'il meut d'une manière brusque et incohérente. Mais bientôt il parvient à se soulever imparfaitement, chancelle sur ses membres écartés, et, s'il marche, s'avance d'un pas mal assuré et bizarre, qui lui donne tout-à-fait l'apparence de l'ivresse. Vient-on à l'ef- frayer, il fait effort pour fuir, s'embarrasse dans ses mouvements, tombe , et roule sur lui-même. Mêmes effets chez le Cabiai et le Lapin : seulement, le train de derrière m'a paru moins affaibli que chez le Chien , et le mouve- ment de recul s'est offert plusieurs fois à mon observation. Le Cliat, doué d'une extrême vivacité, d'une adresse et d'une précision si remarquables dans ses mouvements , offre surtout le spectacle le plus frappant par l'impétueux désordre de sa locomo- tion, rappelant toutes les allures de l'ivresse la plus fougueuse : ses chutes sont fréciuentes, et parfois il roule sur l'axe de sa lon- gueur. Sur cinq Moutons mis en expérience , trois ont présenté une tendance manifeste au recul. Le désordre et l'incohérence dans les mouvements ont été moindres que chez le Chien , le Chat , le Lapin et le Cabiai : toutefois, le train de derrière s'est monlr(' assez alfaibli et la démarche assez incertaine pour permettre la chute de l'animal. Chez le Cheval , la section isolée des muscles sous-occipitaux postérieurs n'a été suivie d'aucun elTct appréciable ; mais, après celle de ces muscles et du ligament sus-eplncii.r , la démarche est devenue irréguliôrc, embarrassée, indécise: l'animal marchait, affaissé sur le traiu postérieur, comme s'il eût été chargé d'un lourd fardeau ; il étendait et relevait d'une façon bizarre et mal- adroite les jambes de devant , comme l'eiit fait un cheval atteint d'une cécité récente. Néanmoins, l'allure est demeurée plus ferme, plus assurée que chez les autres animaux : car je n'ai vu sin'venir mi I.lOlîIDE CéBKBRO-SPINAl,. Hl la chute chez aucun des trois chevaux qui nronl servi à exécuter ces expériences. Tous les effets jn'écédents ne sont bien prononcés, cliez ces di- verses espèces animales , qu'à la condition que les deux petits muscles droits postérieurs soient entièrement divisés. En cherchant à expliquer ce résultat', on trouve qu'à cause du lieu d'insertion , de la direction de leurs fibres, et de leurs adhérences intimes avec le ligament occipito-atloïdien postérieur, ces deux muscles non seulement empêchent un écartement exagéré de l'occipital et de l'atlas , lors de la flexion de la tète , mais encore soulèvent le liga- ment occipito-atloïdien et le maintiennent sufTisamment éloigné des parties nerveuses sous-jacentes. Aussi, à cause même de l'ac- tion spéciale des muscles petits droits postérieurs , les effets qui surviennent après leur section n'ont-ils pas lieu quand on se borne à fléchir fortement la tète des animaux à l'aide de liens ajipro- priés (1). Je dois ajouter que, sur le Chien, le Chat, le J^apin, etc., ayant fait plusieurs fois la section des muscles cervicaux postérieurs d'un seul côté, au niveau de l'espace occipito-atloïdien, je n'ai donné lieu à aucun des phénomènes précédents. Du reste, j'ai pu, au moment oii je venais de les produire, faire disparaître ces phénomènes à volonté et presque instantanémi-nt , c'est-à-dire restituer aux animaux leur équilibre et la faculti'' de marcher, en soutenant leur tête et la retenant dans l'attitude nor- male avec la main ou à l'aide d'un collier de carton sufTisamment large. Cette dernière observation me conduisit à effectuer la division des parties molles de la nuque sur des animaux d'abord munis d'un semblable appareil convenablement découpé : les effets furent nuls ; tandis que, aussitôt après l'enlèvement de l'appareil , ils se manifestèrent avec toute leiu' singularité. .T'ai dit plus haut qu'ils étaient de courte durée chez les ani- {l)On tiouvera plus loin diiuU'es misons ijni expliquent cgalpnipnl ces diffé- rences ■112 LOl^CET. sua LA SOISTR.VCTION' maux abandonnés à eux-mêmes ; mais cette durée varie selon leur intensité, et, par conséquent, selon l'animal. Chez le Cheval, la locomotion redevient régulière après six ou huit heures ; après dix ou douze chez le Mouton; et, chez le Chien, le Chat, le Cabiai, le Lapin, la restitution intégrale de la fonction n'a lieu qu'au bout de trente-six à quarante-huit heures. Si le retour de la fonction est d'autant plus rapide que son trouble a été moindre, il est facile de démontrer que l'intensité de celui-ci sera d'autant plus grande qu'après l'expérience la flexion de la tête sur la colonne cervicale sera devenue accidentellement plus considérable, relativement au degré de flexion normale. Chez le Cheval, l'angle sous lequel se rencontrent les axes longitudinaux de la tête et du cou est un angle droit ; chez le Chien , le Chat , le Lapin et le Cabiai, ces deux axes sont à peu près sur le prolon- gement l'un de l'autre, et forment, par conséquent, un angle ex- trêmement obtus; tandis que, chez le Mouton, leur position rela- tive est intermédiaire aux deux précédentes, c'est-à-dire que l'angle formé est plus ouvert que chez le Cheval et moins obtus que chez le Chien , etc. Il en résulte évidemment qu'après la di- vision des parties musculaires ou ligamenteuses indic(uées, la tête du Chien , du Chat, du Lapin et du Cabiai, devra s'infléchir plus que celle du Mouton, et celle du Mouton plus que celle du Cheval, pour faire un angle de même ouverture avec l'axe longitudinal du cou. Or, c'est précisément l'ordre dans lequel nos expériences nous avaient amené à classer ces animaux , au point de vue de l'intensité du trouble fonctionnel. Ces faits se représenteront bientôt à l'appui de la théorie phy- siologique que nous avons cru devoir adopter. 11 m'importait de savoir si des expériences semblables à celles que j'avais exécutées sur des Mammifères produiraient sur les Oiseaux des effets analogues: celles que j'ai faites sur plusieurs Gallinacés, sur divers Passereaux et Palmipèdes, n'ont donné que des résultats négatifs ; la tête ne s'est point fléchie sur le cou d'une manière appréciable , si ce n'est légèrement chez les Pal- mipèdes à bec long et volumineux , comme le Canard , dont néan- Dl I.IOllDli ClilllilîRO-Sl'I.NAI.. 113 moins la stalioii et la progression ne m'ont pas pai'u sensible- ment modifiées. A ce propos , on peut se rappeler que , chez la plupart des Oiseaux, l'axe longitudinal du cou est perpendiculaire à celui de la tète, comme cliez les Mammifères dont la locomotion, après l'expérience, a offert le moins d'irrégularité ; que, de plus, le trou occipital n'est pas, en général, situé à l'extrémité postérieure du crâne , mais vers sa base , au point que , dans la Bécasse , par exemple, ce trou est, au moins autant que dans l'Homme, à la face inférieure de la tète ; que les os du crâne des Oiseaux sont fort légers à cause de nombreuses cellules ([ui se remplissent d'air, provenant soit de l'organe auditif, soit des cavités nasales ; qu'en- fin les apophyses para-mastoïdes sont ordinairement très volumi- neuses et très saillantes en arrière, comme les fosses cérébelleuses de l'occipital. Or, ces conditions, bien différentes, pour la plupart, de celles qui se rencontrent chez les Mammifères, tendent à faire que la tête soit à peu près maintenue sur l'épine par son propre poids au degré de flexion normale, d'où les résultats négatifs que nous avons obtenus : i)eut-ètre devrait-on aussi tenir compte du mode particulier d'articulation de la tète avec le corps de la pre- mière vertèbre cervicale. Un fait que je ne saurais passer sous silence , parce qu'il a vivement excité ma surprise , c'est que , chez plusieurs Chiens et Lapins conservés après l'expérience, la mort ait pu résulter de la simple division des parties musculaires de la nuque , dès le troi- sième ou le quatrième jour. A l'autopsie , je ne rencontrai pour- tant pas de signes qui permissent de croire que l'inllammation extérieure se fût propagée spécialement au bulbe , à tra\ ers le ligament occipito-atloïdien postérieur et les membranes de la moelle; mais je trouvai, pour toute lésion , une congestion céré- brale des jjlus intenses, qu'il me parut rationnel d'attribuer à la gène circulatoire et respiratoire (jui avait dû résulter de la flexion angulaire longtemps continuée de la tête, et sans doute, en par- ticulier, de la compression de l'artère basilaire et du bulbe contn; la base du crâne. Cette remarque m'engagea à tenter sur moi une V scrio. ZuuL. T, IV. (Août ISi'J.) i, 8 U/l LOXIIET. — St;ii l.A SULSTi;.\Cll(J\ expérience dans laquelle, pendant prrs d'une heure, je demeurai le menton appliqué au sternum. Indépendamment de la fatigue musculaire, des battements incommodes survinrent dans les ar- tères temporales, la face s'inject-i, des étourdissemcnts, des bruis- sements d'oreilles se manifestèrent , et ma respiration devenant de plus en plus difficile , je fus contraint d'interrompre cette expé- rience , de laquelle je ne conservai qu'une céphalalgie qui se dis- sipa graduellement. Maintenant il me reste à donner une courte explication des au- tres phénomènes déjà décrits. Les physiologistes ont pu recon- naître leur extrême analogie avec ceux que M. Flourens a le pre- mier signalés après les lésions directes du cervelel. La flexion angulaire de la tète sur l'atlas, qui, chez certains animaux que nous avons désignés, résulte de la section complète des parties musculaires de la nuque, nous semble devoir occa- sionner à la fois un tiraillement et une compression de l'axe céré- bro-spinal, portant plus spécialement sur les parties cjui avoisinent l'articulation occipito-atloïdienne. Ces parties sont le bulbe et la protubérance annulaire, auxrjuels se lient toun les pédoncules du cervelet. Or, ces moyens de transmission n'apportant plus qu'im- parfaitement aux muscles l'influence coordinatrice de cet organe , on comprendra qu'il puisse en résulter les mûmes cIVets que s'il était lésé lui-même directement. D'ailleurs je n'ai pas néglige de répéter souvent des expériences comparatives sur deux animaux de la même espèce : chez l'un , je lésais isolément, mais super- ficiellement, le cervelet ; chez l'autre , je ne pratiquais que la sec- tion des muscles cervicaux postérieurs, et j'ai toujours trouvé une frappante analogie dans les phénomènes. Objectera-t-on que, dans nos expériences, ces phénomènes ont été passagers? Mais tous les expérimentateurs savent avec quelle promptitude les centres nerveux, chez les animaux , s'habituent à une compression et à un tiraillement modérés, avec quelle facilité ils réacquièrent intégralement leur fonction. Ayant enlevé la voûte crânienne à des Lapins, j'ai successive- ment superposé de petites lames métalliques sur l'encéphale lui- DL uyiiUK ci'Hiîimo spixai,. 115 niènie , jiisf|u'ii ce que je visse les animaux cliaiiceicr et près de flccliii' sur leurs membres : aussitôt, je m'arrêtais , et au bout d'une heure, déjà la station était redevenue plus ferme et mieux assurée. Sur la même espèce animale , il m'est fréc|uemmcnl arrivé de praticiuer la sccliun intra-crànieniie du trijumeau, et de léser en même temps le sinus caverneux. Au l>out do quelques minutes , les animaux tombaient sur le côté opposé à la lésion; pnis je les abandonnais , et le lendemain ils étaient debout sans la moindre trace de paralysie. A l'autopsie , faite après quelques jours , on rencontrait un caillot sanguin qui avait comprimé et déformé l'hé- misphère cérébral correspondant. Ajoutons que, dans ses expériences si variées, M. Flourens a vu souvent , et que nous avons vu nous -même, après des lésions circonscrites du cervelet, les fonctions de cet organe se rétablir d'une manière très rapide et complète. Je ne m'arrêterai pas à l'examen d'autres théories qui s'offrent également à l'esprit pour expliquer les résultats énoncés dans co Mémoire, et je crois devoir ici m'en tenir à celle qui , jusqu'à pré- sent , m'a paru la plus rationnelle. Toutefois, je ferai observer qu'un siiiiple déplacement du centre de gravité , par suite de la flexion de la tête , due à la section de ses muscles extenseurs, ne saurait rendre compte des désordres si bizarres qui surviennent dans la locomotion des animaux. Car, comme nous l'avons expérimenté , on ne donne pas lieu à ces mêmes désordres en fixant la tète au-devant du sternum à l'aide de liens convenables , quoique la flexion puisse alors être portée plus loin que chez l'animal abandonné à lui-même, après la section des muscles cervicaux postérieurs. De plus , ne sait-on pas que , quelques minutes après l'amputation de l'un de ses membres , le Chien, en changeant son centre de gravite , retrouve l'équilibre ? J'ai vu tout récemment un de ces animaux auquel j'a\ais lié l'aorte abdominale, et chez qui les membres abdominaux étaient complè- tement |)aralysés, reprendre instantanément son équilibre k l'aide d'une attitude singulière dans laquelle son train postérieur était 116 LOiVCIET. — SLU LA SOUSTRACTION entièrement détaché du sol, et qui lui permettait de se soutenir et de marcher avec vitesse et régularité sur ses deux pattes de devant. J'ai déplace le centre de gravité de bien d'autres manières, sans avoir jamais pu reproduire des phénomènes analogues à ceux qui font l'objet de ce travail. Maintenant il reste à savoir pourquoi on ne les produit point , quand on se borne à fléchir fortement la tête des animaux h l'aide de liens appropriés. Dans ce cas, le mouvement se fait par un déplacement de toutes les vertèbres de la colonne cervicale, et, quoique les rapports des vertèbres entre elles soient très peu changés , il en résulte une courbe qui permet un abaissement considérable de la tête, sans lé- sion possible des masses nerveuses: au contraire, dans le cas où la flexion n'a lieu qu'après la section des parties molles de la nuque, la tète s'inlléchit directement sur l'atlas, les autres vertèbres cer- vicales ne participent point à ce mouvement, et, quoique la flexion ne paraisse pas plus considérable que dans le cas précédent, elle s'est opérée au moyen d'un déplacement angulaire entre l'atlas et le contour du trou occipital, d'où résulte un angle qui fait saillie en dedans et vient comprimer des parties de l'axe cérébro-spinal que nous avons déjà spécifiées (1). Conclusions. — 1" La soustraction du liciuide cérébro-spinal n'a aucune influence sur l'exercice régulier des organes locomo- teurs : au contraire , la simple section des parties molles de la nuque entraîne la perte immédiate de toute faculté de station et de locomotion régulières. •2° C'est à la division préalable de ces parties qu'on doit rap- porter le trouble locomoteur attribué, jusqu'à présent, à la sous- traction du liquide cérébro-spinal , faite au niveau de l'espace occipito-atloïdicn. (I) On a vu, plus haut, que la section des deux petits muscles droits poslé- rieurs ('lait indispensatile pour permpllre ce déplacement et tous les accidents qui en résidlent. DU i.ioriDic ciîniiimo-si'iwi,. Ml 3" Ce trouble , si notable chez cerlaiiis Maminil'ères , est nul chez les Oiseaux dont l'axe longiludiiial du cou est perpendicu- laire à celui de la tète , et le trou occipital situé à la base du crâne. l\° Chez les Mammifères, l'incertitude dans la station et dans la marche, après cju'on a divisé les muscles cervicaux postérieurs, est d'autant plus prononcée et disparaît d'autant moins vite que les deux axes précédents forment, à l'état normal , un angle plus obtus. 5° Klle oH're, d'ailleurs, la plus grande analogie avec celle qui résulte des lésions directes du cervelet, et paraît avoir pour cause la compression et le tiraillement, au niveau et au-dessus de l'atlas, des portions de l'axe C(''r('l)r(i -spin,!! auxqui'lles sont liés les pé- doncules (■éri''belleux. ()" (Test par l'habitude que ces portions encc'phaliqut s preimciit si rapidement d'être comprimées et tiraillées, et non par la repro- duction du liquide céplialo-i'achidien, ([u'un doit expliquer la res- titution prompte et entière des facultés locomotrices. 7" Même après le rétablissement de ces facultés, la section des parties molles de la nuque, chez certains animaux, peut déterminer la mort en occasionnant une congestion cérébraledes plus intenses, due à la gène de la circulation encéphalique et de la respiration qui résulte de la flexion angulaire de la tète sur l'atlas. OBSERVATIONS Sl'P. LA DISTlUnCTION TOrOCnAPUIQUE Dl:S MOI.r.I SQUF.S MARINS; ?ar M. E. FORBE3 (I). Ycrs le milieu du siècle dernier, c|uclqucs naturalistes ita- liens (2) cherchèrent à expliquer l'ariangeincnt et la disposition (I) Traduction d'un résunné f.iit par fauU'ur lui-im^mo , et contenant en sub- stance la matière d'un Mémoire par lui communiqué à l'Institut roval de la Grande-Bretagne (.Yoiioran Journal philosoiihi(ii(c d'Edimbourg, avril \ 8 1 1). (î) Mar-ili. Donali, ni apns eu\ Soldant. ■118 FORiiRs. — scii i.\ msTRiniTiox TOi'or.nvi'iiiQif: des débris organiques dans les couches minérales de leur pays, par l'examen de la distriioution des êtres vivant dans les eaux do la mer Adriatique. Ils cherchèrent dans le lit de la mer actuelle l'explication des phénomènes que présentent les lits soulevés des premières mers. L'instrument dont ils se servirent pour leurs re- cherches fut la drague, qu'on emploie vulgairement pour pêcher les huîtres. Les résultats qu'ils obtinrent fiu-ent importants, surtout pour la géologie; mais, depuis eux , peu de travaux ont été faits dans cette même direction : les géologues se sont exclusivement occupés de la portion du globe qui s'élève au-dessus des eaux, et les naturalistes ont poursuivi leurs recherches, sans tenir assez compte de leurs rapports avec les questions géologiques, et avec l'histoire des animaux et des plantes dans les temps anciens. La drague, lorsqu'ils s'en sont servis, a été presque exclusivement employée à chercher des animaux rares : encore ne l'a-t-elle été que par les plus entreprenants d'entre eux. Convaincu que des recherches de cette sorte, si l'on y fait une part égale à chacune des sciences naturelles, et si l'on y tient compte de leurs rapports mutuels, doivent conduire à des résul- tats plus importants encore que ceux qui ont été déjà o')i,enu3 , j'ai, pendant plusieurs années, fait des recherches sous-marines au moyen de la drague. Dans le présent travail , je donnerai com- munication, en peu de mots, des faits les plus remarquables et des conclusions auxquelles ils m'ont conduit, et j'indiquerai briè- vement aussi leurs rapports avec la géologie. I. Les ^tre.i vivants ne sont pas (listribués au hasani dans le Vil delà mer; certaines espèces rivent dans certaines parties, suivant la profondeur, de sorte iiuelelit de la mer présente une série de zoiu's ou régions peuplées chacune par ses haliitants propres. — Tous ceux qui ont parcouru, sur les côtes de la Grande-Bretagne, l'espace que couvre la marée, après que les eaux se sont retirées, doivent avoir observé que les animaux et les plantes qui vivent dans cet espace n'en habitent pas indilTéremment tous les points, mais que certaines espèces approchent seulement à quelque dis - nns Mor.r.isouF.s Aunns. 110 tance des lignes qui en sont les limites. Ainsi les espèces d'Juri- cula se rencontrent scnlemcnt vers la limite extrême de la marée hante, avec \cs Littoriiia cœriilescens et sa.ralili.s, f'elutlna otis, Kellia rubru, Balani, etc.; el, parmi li's plantes, le Chondrvs crispiis, jaune (Carrigeen, ou Lichen d'Islande des ofllcincs), et le Corallina o/pcinalis. A ceux-ci succèdent d'autres espèces d'a- nimaux et de plantes, tels que les Liltorina littorea. Purpura la- pillus, Trochi , Actineœ, Porplnjra laciniata et Vlva. Vers la limite de la marée basse, les Luttia testudinaria, Suleii siliqva, el Rhodomenia palmata, avec de nombreux Zoophytes et dos Mol- lusques ascidiens, indiquent une troisième zone d'êtres vivants, rapprochée cependant des deux autres par certaines espèces com- munes à toutes trois, telles que les Palella vulgata et Mytilus edulis. Ces subdivisions de la portion du lit de la mer exposée au flux et reflux |ont longtemps attiré l'attention sur les côtes de nos pays , sur celles de France , où elles ont été étudiées par MM. Audouin et Milne Edwards, et sur celles de Norwége, où M. Sars les a observées et déterminées avec l'exactitude qui ca- ractérise toutes ses belles recherches. Or, cette subdivision de l'espace compris entre la mer et la limite do la marée haute, en zones zoologiqncs, est une image en miniature du lit entier de la mer. Le résultat de mes observations, d'abord dans les mers de la Grande-Bretagne (1), et dernière- ment dans l'Archipel , a été la détermination d'une série de zones ou régions d'après la profondeur, et l'indication précise des ani- maux et des végétaux qui habitent spécialement chacune d'elles. En considérant l'espace que couvre la marée comme une région, à laquelle j'ai donné le nom de zone litloralc , nous trouvons ensuite une série de régions d'une égale valeur lui succéder en profondeur. Dans les mers de la Grande-Bretagne, la zone littorale est suivie de la région des Laminariœ , remplie par des forêts de Fucus à larges feuilles, parmi lesquels vivent des habitants de la mer aux formes élégantes, et parés des couleurs les plus brillantes. C'est (1) Co premier travail fut publié dani lAnniiaire de l'Académie d'Edimbourg pour ISiii. 150 FORRE .\lWlL\b. I'i7 relrailc de tout un banc de coquillages marins , tels que les Moules et les Huîtres, ([ui nageraient ensemble vers un autre srjour : les l'ecten même, et beaucoup moins encore les animaux qui méi'ilent le nom de testacés , sont peu capables de s'avancer jus(iu"à une certaine distance, lorsqu'ils ont atteint leur entier développement. Le départ ou émigration est accomplie i)ar les jeunes, lorsqu'ils sont à l'état de larve. Ceci me conduit à un second point, qui a besoin d'explication. Tous les Mollusijiies subissent une métamor- phose, soit dans l'œuf, soit en dehors de l'œuf; mais dans les es- ))èces marines, c'est, pour la plupart, en dehors de l'œuf. Les métamorphoses de plusieurs groupes ne sont pas encore complè- tement connues; mais ce que nous coimaissons aujourd'hui sullit pour garantir la justesse de ce principe général. Dans une grande classe de Mollusques, celle des Gastéropodes, tous les animaux pa- raissent commencer à vivre sous une même forme, qui est à la fois coquille et animal, c'est-à-dire qui consiste en une co([uille héli- çoïde très simple, spirale, et en un animal pourvu de deux ailes ou lobes ciliés , à l'aide desquels il peut nager librement dans le li- quide dans lequel il est plongé. .4 cette époque de son existence, l'animal est dans un état correspondant li l'état permanent des Pté- ropodes (1), et sa forme est la même, qu'il doive ou non être pourvu d'une coquille dans la suite. Ces faits sont démontrés par les observations de Dalyell, Sars , Aider et Hancock, Allniann et autres , et je les ai constatés moi-même. C'est sous cette forme que la plupart des espèces émigrent , nageant facilement dans la mer. Une partie du voyage peut être accomplie quelquefois par les œufs disposés en cordons qui remplissent la mer, dans cer- iaines saisons, et sont entraînés par les courants. Mon ami le lieutenant Spralt, de la marine royale, m'a dernièrement montré le dessin d'une chaîne d'œufs de Mollusques, prise à quatre-vingts milles des côtes, et qui, lorsqu'elle eut été déchirée, montra des larves munies de coquilles, dans la forme que j'ai décrite. Si elles (I) Il n'est pas improbable que la foniip de la larve des Tléropodes , lorsqu'on la connaîtra, se trouvera élre celle d'un polype ascidien , s correspondantes. Le dernier caractère que je viens d'indiquer semblerait devoir faire rap]iortor les espèces dont il s'agit au genre Dérostome de Dugès. H n'en est pourtant rien. En elTet, le genre établi par le naturaliste de Monl|)cllier forme un groupe particulier, sur le- quel j'aurai occasion de revenir plus lard , et qui se distingue très nettement des Planariées proprement dites. C'est ce que M. Eh- renberg a parfaitement compris lorsqu'il a placé ces deux groupes dans deux ordres différents de sa classe des Turbcllariés. Le genre ou sous-genre Proslhiostome (Proslhio.slomum Nob.), dont je propose ici l'adoption, a tous les caractères des Polycelis, tels qu'ils sont compris dans la phrase caractéristique donnée plus haut. DE QlIATBEFAtiES. SUR LES l•LA^AIRKS. 133 Il faut seulement y joindre ceux que je viens de mentionner. Le genre Polycélis se partagera donc de la manière suivante : POLTCELIS ( Ore niedio ; aperUiris genitalibus posterioribus. . . Polycélis. ) Ore suhterminali infero; aperturis genilalibus niediis. l'roslhiustomum S. -G. Polycélis. I. HOLVCELIS PALE (/'. pulliduS 'Soh.) (I). Cette espèce est d'une forme allongée, un peu atténuée en arrière et élargie en avant ; sa couleur générale est légèrement verdàtre. Le milieu du dos présente une teinte légère, d'un brun clair qu'entoure un anneau allongé d'un blanc jaunâtre prolongé jusqu'aux yeux. Les yeux sont placés à une assez grande distance du bord an- térieur du corps (2) ; ils forment de chaque côté de la ligne mé- diane deux groupes irrégulièrement triangulaires, et recourbés en dedans de manière que leur ensemble présente à peu près la forme d'un demi-cercle. Chaque groupe se compose de quinze à vingt points oculaires de grandeur variable. La bouche, placée au milieu de la face ventrale, forme une fente médiocrement allongée. Les orifices génitaux sont au nombre de deux , placés sur la ligne médiane et assez éloignés l'un de l'autre. Celui des organes femelles est placé très en arrière. Le Polycélis pâle est une assez grande espèce ; quelques indivi- dus ont de 20 à 22 millimètres de long sur 8 à 9 millimètres de large. J'ai trouvé cette espèce sur plusieurs points de la côte de Sicile, et plus particulièrement à Milazzo, où elle vit dans les fucus. ir. Polycélis modeste (P. modcstus Nob.1. Le corps du Polycélis modeste est assez étroit, et d'une couleur brune légère un peu plus foncée sur le milieu que vers les bords. Ses yeux sont placés assez loin de l'extrémité antérieure et disposés en deux groupes, dont l'ensemble présente une sorte de fi) PI 3, liH .s (ï) PI .i, fig 9 134 VOYAGE E.\ SlCiLE. ressemblance avec le bois d'une lyre (Ij ; ils sonl fort nombreux ("30 à 35 de chaque côté) et in('gaux. Les plus grands sont dispo- sés sur le bord interne du groupe auquel ils appartiennent. La bouche est placée en avant du milieu du corps , et est en forme de fente allongée. 11 existe deux orifices génitaux placés sur la ligne médiane très espacés ; l'orifice femelle est un peu moins rapproché de l'extré- mité postérieure que dans l'espèce précédente. La longueur de cette espèce n'est guère que de 15 à 18 milli- mètres ; sa largeur de 7 à 8. Je l'ai trouvée à Naples , dans des fucus recueillis au pied des remparts du château de l'OEuf. III. PoLïCELis i-si (/'. tevigatus Nob.] (2). Le corps de cette espèce est très sensiblement élargi en avant et atténué en arrière. La teinte générale est légèrement verdâtre. Sur le dos est un espace d'un brun peu foncé , parcouru sur la ligne médiane par une bande plus claire , d'où partent à droite et h gauche des rameaux semblables ; une sorte d'anneau blanchâtre entoure cet espace brun des deux côtés. Les yeux sont aussi placés au milieu d'un espace plus clair que le reste du corps. Les yeux , toujours assez éloignés du bord antérieur du corps, forment de chaque côté de la ligne médiane deux groupes distincts, dont l'un est interne et l'autre externe (3). Le premier se com- pose uniquement de points oculaires très petits ; il forme un arc de cercle assez régulier sur la concavité, qui est tournée vers la ligne médiane. Le second compte quatre ou cinq grands yeux , et trois ou quatre de beaucoup plus petits. La bouche, assez allongée, est placée en avant du milieu du corps. Les orifices génitaux sont plus rapprochés l'un de l'autre , et l'orifice des organes femelles est plus éloigné de l'extrémité du corps que dans les deux espèces précédentes. Le Pûlycélis uni a 18 à 20 niilliniètres de long et 7 à 8 de large, il) PI 3, fig. M. (2) PI. 4,ûg. II (3) PI i, fig. H.. DE «UATBEFASES. — SLU LES l'LANAIliliS. 135 Je l'ai trouvé dans des fucus recueillis sur les roches au nord de Granville. IV. POLYCELIS TIIOMI'ICI 11 ( /'. /«//llX Nol).). Cette espèce ressemble beaucoup à la précédente ; ses couleurs sont presque entièrement les mômes : tout au plus pourrais-je ajouter que la teinte brune s'étend davantage sur le dos, et que le cercle transparent qui l'entoure est moins marqué. Les yeux , cependant , sont disposés d'une manière toute diffé- rente, et fournissent par conséquent un assez bon caractère distinc- tif. Ils forment de chaque côté de la ligne médiane deux petits groupes placés l'un devant l'autre (1). Le plus rapproché du bord antérieur se compose de un ou deux grands points oculaires accom- pagnés de six ou sept autres très petits. Dans le groupe postérieur, dont la forme est assez régulièrement triangulaire, on trouve quatre ou cinq grands yeux et deux ou trois petits. La bouche est à peu près médiane et en fente médiocrement allongée. Les oi'ifices génitaux sont assez éloignés l'un de l'autre. La. taille de cette espèce est la même que celle de la précédente. Je l'ai trouvée aux mêmes lieux. S. -G. Prosthiostome {Prost/iiostomum ÎNob.). I. Pbosthiostome étboit [p. arctiim Nol).). L'extérieur de cette espèce présente peu de chose de reniar- (juablo sous le rapport de la couleur, qui est d'un brun léger assez uniformément répandu sur tout le corps ; mais elle est assez bien caractérisée par le grand nombre de cils roides non vibratiles qui hérissent tout le pourtour du corps, surtout en avant. La disposition des yeux est aussi remarquable, en ce qu'elle tient le milieu entre celle que M. Ehrenberg attribue à ses Polycélis tels qu'il les a caractérisés, et ce que nous avons vu exister dans quel- ques unes des espèces précédentes. En effet, on trouve antérieure- ment sur le bord du corps une rangée de dix à douze grands yeux formant un fer- k-clieval. dont les deux branches sont terminées en (t)l'l-3. fig- 10. 136 vo^\(iis u^ siciiji. arrière par un groupe de quatre ou cinq petits points oculaires (1 ). De plus, dans l'intérieur de ec demi-cercle, on observe de chaque côté de la ligne médiane une série de cinq grands yeux légèrement courbée de dehors en dedans. L;i bouche , très rapprochée de l'extrémité antérieure, est petite et étroite. Les orifices génitaux sont placés à quelque distance l'un de l'autre , le long de la ligne médiane. La taille de cette espèce n'excède pas 10 à 12 millimètres de longueur sur 5 à 6 de large. Je l'ai trouvée à Naples, près du château de l'OEuf. II. PnosTBiosTOME Ai.i.ONGii {/'. l'IoïKjrilinii Nob.) (2). La couleur brune, assez foncée, qui distingue cette espèce est beaucoup plus prononcée sur la ligne médiane dans la moitié postérieure du corps ; dans la moitié antérieure , elle est au con- traire sensiblement plus pâle sur la ligne médiane , et va en s'af- faiblissant de plus en plus juscju'à l'extrémité antérieure, qui est à peine brunâtre. Les yeux du Pivsthioslomum elonyatum forment sur le bord an- térieur un groupe très nombreux disposé en fcr-à-clieval (3). En arrière, deux autres groupes presque triangulaires placés des deux côtés de la ligne médiane se courbent de dedans en dehors , et se confondent en avant. La bouche est fort petite , arrondie, et placée très près de l'extrémité antérieure. I.,es deux orifices génitaux sont placés à côté l'un de l'autre sur la ligne médiane au tiers antérieur du corps (4). Le P. elonrjatnm est la plus grande Planaire marine que j'aie observée. J'en ai trouvé un individu de plus do 30 millimètres de long sur environ 8 millimètres de large. J'ai trouvé cette belle espèce dans l'île de Brehat . où elle vit sous les pierres dans un chenal appelé la ('lininbre. (l)I'l. :i,flg. Il (2) PI. 3, Ug. 1-2. (3)PI. 3,ng. 13. (4) PI. 7, fig. i, d,d — Celle position relalivo dos deux onficu.>: i>ourrail bien avoir besoin d'être confirmée par de nouvelles observations. DE VUATREFACiKSi. — SU» LliS l'I.\.\AIUES. 1S7 l'UOCEKOS (Piiiccrus i\()l).). Je propose de réunir sous ce nom générique des Planariées qui ont extérieurement de grands rapports avec les Polycélis , mais qui s'en distinguent par les espèces de tentacules qu'elles présen- tent à la partie antérieure du corps. Ces tentacules ne forment pas à proprement parler un organe distinct ; ils sont formés par un simple prolongement des téguments, ou mieux des couches qui composent le corps. Ce prolongement de forme triangulaire est plié dans la direction de son axe ; {[uand on comprime l'animal même assez légèrement, ce pli s'efi'ace, et le tentacule ou dispa- raît entièrement , ou ne forme plus sur le bord de la partie anté- rieure qu'un feston plus ou moins prononcé. Je n'ai rien pu dé- couvrir de particulier dans ce faux tentacule , qui n'en joue pas moins d'une manière bien évidente le rôle d'organe du toucher. On pourra donc caractériser ce genre de la manière suivante : — Planarka , oriilis scssilihits , pseudotentaculis mstructa. — l'iauariécs à yeux sessiles , pourvues de faux tentacules. I. Proceros argus (p. arijns Nob.) (1). Le corps de cette Planariée est d'un jaune orangé plus foncé en arrière et des deux côtés de la ligne médiane , qui est légèrement rosée. De petits points blancs semblables à des perles se déta- chent sur ce fond , et à quelque distance des bords du corps règne un cordon de points violets. J^es faux tentacules sont épais et peu prolongés au-delà du bord antérieur de l'animal ; leur couleur ressemble à celle du corps , mais la teinte en est plus pâle. Les yeux sont très multipliés dans cette espèce (2) : on trouve en arrière des tentacules et des deux côtes de la ligne médiane deux groupes presque confondus en un seul , et dont chacun compte de douze à quinze yeux très inégaux. Un troisième groupe semblable est placé en dedans du tentacule ; la surface interne de 1) l'I. 3, fig. o. ::;;i'i. 3, (ip;. fi. 138 VOYAGE Ei\ SICILE. ce dernier iirésente deux groupes de très petits yeux. Une rangée de sept ou huit yeux plus grands est placée sur le bord postérieur ; la face externe du même organe présente un groupe d'yeux inégaux. Enfin quelques yeux isolés et de grandeur variable se voient à la face inférieure du corps : on ne peut guère porter à moins de cent quarante ou cent cinquante le nombre total de ces organes de vision (i). La bouche est placée très près de l'extrémité antérieure du corps; elle est petite et arrondie. Les orifices génitaux sont l'un derrière l'autre sur la ligne mé- diane ; l'orifice mâle s'ouvre au quart antérieur du corps , l'ori- fice femelle un peu en arrière. Le Proceros argus n'a guère plus de 5 à 6 millimètres de long sur 2 ou 3 millimètres de large. Je l'ai trouvé à Saint-Malo dans les fucus qui croissent sur les rochers placés en dehors de la chaussée. II. PnocBROs ENSANGLANTÉ (/'. sumjwiwlentus Nob.) (2). Cette espèce a le corps d'un jaune brun , se fondant sur les bords en une bande d'un gris bleuâtre. La teinte sur le milieu du corps est moins foncée , et la transparence des téguments permet de distinguer en partie l'appareil digestif, vivement coloré en rouge. On reconnaît aussi de la même manière quelques portions de l'appareil générateur. En avant de l'intestin est un espace blanc où se trouvent les yeux. La portion comprise entre les ten- tacules est blanc bleuâtre ; les plis tentaculaires eux-mêmes sont de la même couleur. Les yeux forment deux groupes très nombreux de points vio- lacés inégaux placés des deux cotés de la ligne médiane , et qui convergent antérieurement. La bouche est subterminale , petite et arrondie ; les orifices génitaux sont disposés comme dans l'es- pèce précédente ; l'orifice femelle est à peu près vers le milieu du corps. (1) (Jn lioiiveia peul-iHre cuUe ex]iression Irop lianlie; mais, pour jusliliLT l'idée qu'elle exprime, nous renvoyons il la parlie anatouiiquo de ce travail. (2) PI, 4, fig. IV. DE Ql'ATBEFACJES. — SUR I.KS l'I-WAIRliS. J 39 La grandeur de cette espèce est du 20 à 22 millimètres de long sur 12 à 13 millimètres de large. Je l'ai trouvée dans les mêmes localités que la précédente. m. PnocEROS CBÈiÉ (P. cristatits Nob.) (1). Le corps de cette espèce est assez régulièrement elliptique , un peu élargi en avant. Les plis qui forment les faux tentacules des- sinent une sorte de tète presque aussi bjen marquée que dans le genre suivant. Sur la ligne médiane est placée une crête qui s'é- tend d'avant en arrière , et se termine à égale distance des deux extrémités. Le corps tout entier est d'un blanc jaunùtre, sur le- quel se détachent des lignes noires très fines : une de ces lignes occupe tout le bord de la crête longitudinale ; deux autres , le bord externe des tentacules; d'autres lignes ondulées et à peu près concentriques portent de chaque côté de la base des plis ten- taculaires, et vont se rejoindre en arrière de la crête média- dorsale. Cette Planariée est d'une grande taille; sa longueur est de près de 30 millimètres, sa largeur de 10 millimètres. Je l'ai trouvée dans une anfractuosité de rocher, à Saint- Vast- la-Hougue (2). Genre Kolidicère {EûH/Ucctos Nob.). Je propose ce nom pour désigner un groupe de Planariées vrai- ment remarquables. En cITet, un des caractères les plus généraux (i)Pl. 3, fig. 7 (2) Ce n'est quo d'une manière lonte provisoire que je pince la IManariée iiue je viens de décrire dans le genre Proceros. A l'époque où je la Irouvai , je me contentai d'en faire un dessin exact , sans donner a son examen le soin qu'il exi- gerait pour élre complet. Je n'ai marqué aucun organe oculaire , et il me semble probable, d'après cela, qu'il n'en existe pas: cependant je n'oserais laffirmer. Si cette observation est vraie, on voit que celte espèce devrait former un genre nou- veau dans la première section des Planariées de M Ehrenl>erg, car on ne saurait la placer parmi les l'Ianoceros. Je n ai (I ailleurs rien à ajouter à la description qu'on vient de lire , sinon que lorilice buccal m'a paru placé vers le milieu de la face ventrale , circonstance qui , comme nous le verrons plus loin . I écarterait du genre ou je la place provisoirement 140 VOYAGE EN SICILE. des animaux de cette famille , c'est d'avoir le corps extrêmement lisse. Les seules espèces présentant quelques exceptions à cet égard étaient celles qui devront rentrer dans le genre Pro- ceros , et celles qui , comme les Planoveros et les Slylocus , por- tent une paire de tentacules implantés sur la face dorsale du corps : or, les Planariées dont il s'agit ici portent sur plusieurs points, ou bien sur toute la surface de leur corps, des appendices nombreux à structure assez compliquée , et semblables presque entièrement à ceux qu'on observe chez les Mollusques voisins des Bolides et des Tergipes. De plus, les Éolidicèrcs portent en avant une paire de tentacules mieux caractérisés, plus distincts du reste du corps que ceux des Proceros, mais qui me semblent cepen- dant formés de la même manière. On peut caractériser ce genre de la manière suivante. EoLiDiCEnos. — Planariées à yeux sessiles , pourvues de faux tentacules , portant sur le dos des appendices tubuleux plus ou moins nombreux. EoLiDiCEROs. — Planariea, oculis scssilibus, pseuilo-tentacuiis, appendicutis lubulosis dorsalibus instructa. 1. lioi.iDicÉnH DE BnoccHi [E. Urocchii Risso) (1). Le corps de cette belle espèce est presque régulièrement elli])- tiqne, légèrement atténué en arrière, élargi en avant, et légère- ment bombé au milieu du dos; les bords en sont transparents et bleuâtres. Puis vient une zone d'un jaunâtre clair, qui passe au brun en avant. Cette zone circonscrit un espace elliptique d'un blanc jaune-rougeàtre , plus rapproché de l'extrémité antérieure que de la postérieure , et qui répond à la partie la plus épaisse du corps. La portion qu'on pourrait appeler la tête, c'est-à-dire qui est comprise entre les tentacules , est très distincte du reste du corps, et présente la forme d'un triangle dont la pointe est dirigée en arrière, tandis que les angles de la base se prolongent à droite || et à gauche pour former les tentacules. La face supérieure de (1) PI, ">, fit; I. DE QIIATBEFAWES. — Sm [.ES CI. WAiliKS. 1/|1 celte espèce de lèle est d'un l)oau blanc teinté de verdàtre en avant. Les côtés sont brun clair, avec une raie brun foncé qui cir- conscrit la face blanche. Ces tentacules sont couverts de petits tubercules irréguliers, dont quelques uns sont légèrement bru- nâtres. Les appendices qui couvrent la face du dos sont très nombreux, assez régulièrement disposés en quinconces. Ceux qui avoisinent le milieu du corps sont l'usiformes, plus longs et plus gros. A mesure que l'on s'approche des bords en tous sens, leurs dimensions di- minuent, et au-delà de la zone jaunâtre ils sont réduits à de très petits tubercules. Leur couleur est brune-rougeàtre, excepté à la pointe , qui est d'un blanc jaunâtre. Toute leur surface est pi- quetée de points d'un violet noirâtre. Les yeux de VEolidicère de Brocchi sont très nombreux. On trouve à la face supérieure, à l'origine de la tète, deux groupes de vingt à vingt-cinq yeux assez grands et égaux entre eux (1). Ces groupes, déforme triangulaire, courbés de dehors en dedans, convergent en avant vers la ligne médiane. Sur la même face, on voit un petit groupe de cinq ou six yeux plus petits placé près du bord antérieur, entre les deux tentacules. A la face inférieure, on observe d'abord deux groupes de quatre ou cinq yeux placés sur les tentacules mêmes (2). Puis en arrière se trouvent deux lignes brisées convergentes en avant, formées par sept ou huit yeux assez grands, qui aboutissent à un groupe de trois ou quatre points ocu- laires très petits. La bouche est très grande, elliptique, et placée un peu en avant du milieu de la face ventrale. Je n'ai pu distinguer les orifices génitaux, non plus qu'aucune partii' de l'appareil reproducteur, ce qui tient, sans doute, à ce que cet appareil n'était pas en activité à cette époque de l'année (k, la lin de juillet). La taille de rEolidicère de Brocchi est de 10 à 18 millimètres de long sur S à 9 de large {?>). (|)P1. 5, fig. I". [i] PI. 5, fig. i"». (3) La Planaire tuberciilée (PI. (wdprci/Vofa) de M. Délie Chiaje ressemble beau ■ coup à la prérédentft ; peut-être ces deux espèces devraient-elles être réunies. 1S2 VOY\GE KN SICIf.E. Cette espèce a été décrite pour la première fois par M. Risso, qui l'a découverte près de Nice. Je l'ai trouvée à Naples, dans les fucus qui croissent dans le voisinage du château de l'OEuf. M. Dujardin m'a dit l'avoir ren- contrée également aux environs de Toulon. II. EoLiDicÉBE Pasoiime (^E . Patiormus Nob.) (I). Le corps de cette espèce est régulièrement elliptique ; le milieu en est d'un jaune moucheté de brun. Tout le reste est marbré de blanc et de violet, avec des piquetures brunes sur les côtés de la tête. Cette livrée uniforme est interrompue par une bande trans- versale d'un jaune pâle, placée vers le tiers postérieur du corps, et s'étendant d'un côté à l'autre de l'animal. La tète est triangu- laire et dépasse le corps en avant. Les tentacules sont gros, courts et droits. Leur couleur est jaune-verdàtre ; le reste de la tête est blanc sur la face supérieure , et d'un brun moucheté de violet foncé sur les cotés. Les appendices du corps sont bien moins nombreux chez cette espèce que chez la précédente. On n'en trouve qu'un seul rang de chaque côté du corps. J.eur forme est cylindrique, et leur cou- leur celle du reste de l'animal : aussi se distinguent-ils assez dif- ficilement. Les yeux sont distribués sur les deux faces du corps, conune dans l'espèce précédente. A la face dorsale, ou trouve, vers l'o- rigine de la tête, trois grands yeux dont le postérieur est entouré de trois ou quatre autres beaucoup plus petits (2). En avant, on trouve deux petits yeux au côté interne de la base des ten- tacules. A la face ventrale, les tentacules portent chacun deux yeux; deux autres sont placés entre les deux tentacules (3). Enfin, * à la base de chacun de ces appendices, on en voit trois autres for- mant une ligne presque transverse. Tous ces yeux de la face in- férieiu-e sont à peu près égaux entre eux. La bouche est placée comme dans l'espèce précédente. (1)P1. 3, (jg. 2. ^ (2) PI 3, fig. :t. 3)Pt 3, fis; 4. DE «lATREFAUES. — SlU'i LES l'I.AN AHilCS. 1/l3 Je n'ai pas pu distinguer les orifices génitaux. Le seul individu de cette espèce que j'aie eu en ma possession avait 6 millimètres de long sur 3 de large. Je l'ai trouvé à Païenne, sur des rociiers peu éloignés de la Porta-Felice. Genre Styi.ochds [Stylochus Elir.). M. Ebrcnberg a caractérisé ce genre : — Ocellis tentaaili.s suf- ftdtis. — Or, j'ai trouvé deux espèces de Planariée? qui ne me sem- blent pas différer assez des vrais Stijlocli tis pour qu'il suit nécessaire de créer un genre nouveau , et pourtant cette caractéristique ne leur convient pas; car, bien qu'ils aient des tentacules sembla- bles à ceux du S. suesemis, leurs yeux ne sont pas tous supportés par ces appendices. Il me semble que l'on pourrait lever cette difficulté en modifiant de la manière suivante les caractères assi- gnés au genre Stijloclnis : — Ocellis omnibus seu phtrihits tenta- culis (lorsalihus sii/fu'.lis. — Je crois devoir ajouter l'épithète dor- salibus dans la phrase précédente, afin qu'on ne confonde pas les appendices dont il s'agit ici avec les faux tentacules dont j'ai parlé en décrivant les genres Proceroset Eolidiceros. Ceux dont il s'agit ici me semblent, en effet, se rapprocher bien davantage de la nature des tentacules prn]irement dits , par la place qu'ils occupent, par leur forme, et par cette circonstance qu'ils sont bien des organes distincts , et non plus de simples plis des téguments. I. Stïlochcs battoir (s. palmula Nob.) (I). Le nom spécifique que je donne à cette espèce marque assez bien la forme générale de son corps, qui, presque égal dans les parties moyenne et postérieure , s'élargit considérablement en avant. Sa couleur est gris bleuâtre lavé de brun dans le milieu. Tout le corps est , en outre , couvert de petites taches brunes al- longées, et de taches blanches arrondies, qui ressemblent à au- tant de petites perles. Les yeux forment , de chaque côté de la ligne médiane, trois groupes distincts composés d'yeux assez petits, et à peu près égaux (0 VI. V. fig 1 I/|/| VOYACE F.N SrCILE. eiitiT eux (1 ). L(^ ])remier occupe la face interne de la moilii- inliî- rieure du tentacule; il compte ciuqou six yeux. Le second est formé par douze à quinze yeux, disposés en groupe allongé en dedans du tentacule , qu'il dépasse en avant et en arrière. Enfin le troi- sième , placé en avant du précédent , consiste en huit à dix yeux formant deux rangées longitudinales irrégulières. La bouche est assez grande , à peu près médiane. L'orifice génital unique est placé vers le tiers postérieur de la face ventrale. Les plus grands individus appartenant à cette espèce que j'aie observés avaient de 1 à 1 1 millimclrcs de long. La partie anté- rieure avait alors environ 3 à ^ millimètres de large. J'ai trouvé cette espèce dans les fucus recueillis aux environs de Jardini di Taormina, sur la côte orientale de la Sicile. II. Stvi.ochus lAcriETÉ (s. nuiciilatus Nob.) [i). La forme du corps de cette espèce s'éloigne moins que dans la précédente de celle qu'on observe en général chez les IManariées ; il est atténué en arrière et élargi en avant; sa couleur est d'un brun fauve plus clair sur les bords, où on voit une série de petits traits violacés . et autour des tentacules où se trouve un espace presque blanc. On voit , en outre , sur la ligne médiane une suite de grandes taches blanches irrégulièrement arrondies. La disposition des yeux rappelle ce que nous avons vu dans l'espèce précédente, mais le groupe antérieur manque de chaque côté (3). Le groupe porté parle tentacule est de cinq ou six yeux ; celui qui est placé à leur base de huit à dix : ces yeux sont un peu plus grands que dans l'espèce précédente. La bouche est grande, et placée vers le milieu du corps. Les deux orifices génitaux sont assez rapprochés l'un de l'autre ; l'orifice mâle correspond à peu près au c(uapt postérieur du corps. La longueur du corps du Stylocluis tacheté est d'environ 10 millimètres, la largeur de 5 millimètres. {I)P1. 4, ilg. l". (2) PI. i. fig- ni. (3) PI. '., fis. III'. HE OtATKEFAftES. — SLI» LES PLANAIRES. 1^5 .l'ai truuvc celte espèce à Saiiit-Malo, sous les pieri-cs, près du petit Bé , lors d'une grande marée. DELXIÈiUE PARTIE. AN A 10 MIE. § r. — Couches générales du corps. — Locomotion. Lorsciue l'on examine une Planariéesous un fort grossissement, et que l'on cherche à reconnaître la nature de ses t-^guments et les diverses couches qui peuvent entrer dans sa composition , on éprouve d'abord un véritable embarras. En effet , le corps tout entier semble composé Uniquement de granulations irrcgulières; cependant , avec de la persévérance et en examinant un grand nombre d'individus, on finit jxir apercevoir des couches distinctes dans cette masse qui avait d'abord paru homogène. Aucune espèce ne se prête mieu.x à ces recherches que l'Éulidicère de Brocchi. Ce n'est même que sur ses appendices dorsaux que j'ai pu me former une idée complète des diverses parties qui entrent dans la composition des téguments, et de l'enveloppe générale de ces animaux. Cette circonstance tient bien évidemment à ce qu'ici les couches tégumentaires ont acquis un développement plus consi- dérable ; mais une fuis qu'on les a observées sur ces organes , on les retrouve, quoique moins développées , sur le reste du corps de l'animal, et jusque dans les autres espèces, où elles sont pourtant beaucoup plus confuses. Ce que je vais décrire s'applique donc d'une manière particulière à l'espèce que je viens de nommer. Le corps tout entier de l'Éolidicère de Brocchi est couvert de cils vibraiiles. Ces cils prennent naissance dans une couche extrêmement mince de matière transparente, homogène, qui s'é- tend comme une sorte de vernis sur tout l'animal (l). Dugès a nié Texistence de ces cils et admis la manière de voir de M. Raspail , qui voulait que ce ne fussent que des apparences produites dans le liquide par de petits courants résultant de l'absorption et de l'exhalalion. Aujourd'hui tous les micrographes savent parfaite- (t) PI 3, fig. lo. II. 3' série. Zool. T. IV. (Seplemh>re 1 84.';.) 2 10 1/|6 VOV-VCi; EN SICILE. ment à quoi s'en tenir sur cette explication. Rien n'est plus facile que de se convaincre de la réalité des cils vibratiles , et plusieurs espèces de Planariées sont d'excellents sujets d'observation à cet égard. En effet, on voit très souvent les cils s'arrêter, et flotter immobiles dans le liquide. D'autres fois , lorsque le mouvement vibratile cesse , ces cils semblent disparaître , et augmenter seu- lement l'épaisseur de la couche où ils prennent naissance. Je ne crois pourtant pas qu'ils se confondent alors avec elle ; je crois plutôt qu'ils se couchent pour ainsi dire à la manière des poils des Mammifères ou des plumes des Oiseaux, et il n'est nullement sur- prenant que nous ne puissions alors les distinguer isolément. Dans les cas que je viens de citer , les poils et les plumes ne semblent- ils pas eux-mêmes former une couche continue sur le corps des animaux qu'ils recouvrent? Indépendamment des cils vibratiles , on voit chez un grand nombre de Planariées des espèces de piquants beaucoup plus longs que ces cils , et qui s'en distinguent d'ailleurs par leur im- mobilité et leur rigidité. Ces espèces d'armes , si toutefois les or- ganes dont je parle méritent ce nom , sont surtout visibles sur le pourtour du corps , et plus particulièrement à la partie antérieure. Le Prosthiostomum arclitm est remarquable sous ce rapport (i ) ; ces piquants sont aussi très développés sur les appendices dorsaux des Eolidicères que j'ai eu occasion d'observer. On remarque qu'ils sont en général plus longs et plus forts à l'extrémité qu'à la base de ces appendices. Les téguments de quelques Planariées m'ont aussi montré à leur surface de très petits corps , dont je n'ai bien reconnu la na- ture que chez le Polycélis uni. Ce sont de véritables organes urti- cants entièrement semblables h ceux qu'on trouve chez un grand nombre de Rayonnes, et dont j'ai signalé l'existence chez certains Mollusques , mais dont les dimensions sont seulement beaucoup plus petites que chez les Actinies, les Méduses, les Éolides, les Tergipédiens , etc. Ils consistent en une petite poche ovoïde de ■pr^ de millimètre de long sur j^ de millimètre de large , dans (1) PI 3, fig. 14. DE Ql'tTREFAGES. — SUU I-ES PI.A\ AIRRS. Ml"] riiitérieur de laquelle on distingue un petit trait longitudinal (1). J.orsque la poche se contracte, elle s'allonge un peu en diminuant de diamètre, et il en sort un filament d'une ténuité extrême, qui tantôt conserve en partie la disposition en spirale qu'il avait dans son étui , et tantôt s'allonge en ligne droite (2). Les plus longs que j'aie mesurés avaient environ ~ de millimètre; quant à leur diamètre, il n'excède probablement pas Y-„jr^ de millimètre. Au-dessous de la couche transparente que je viens de décrire, et dont l'épaisseur est à peine appréciable , se trouve une couche composée de cellules allongées parfaitement distinctes dans les appendices dorsaux des Éolidicèrcs, et surtout dans ceux de l'Éoli- dicère de Brocchi (3). Ici ces cellules sont allongées , et à peu près égales entre elles ; leur diamètre longitudinal est d'envi- ron fj de millimètre ; leur diamètre transversal de j'r de milli- mètre. Elles sont composées d'une membrane , dont l'épaisseur est très appréciable , formant une utricule pleine d'un liquide tantôt incolore, tantôt coloré en jaune ou en rouge-carmin pâle. C'est évidemment au mélange de ces couleurs qu'est due la teinte générale du corps, et cependant cette dernière ne présente sou- vent, et en particulier dans le cas dont je parle , qu'une analogie éloignée avec la couleui- du liquide renfermé dans les utricules. J'ai déjà fait connaître des faits de ce genre dans les Mé- moires relatifs aux Mollusques phlébentérés. J'ai montré que les perles bleues de l'Actéon , qui , par réflexion , ont tout l'éclat du clinquant, ne présentent plus par réfraction qu'une teinte jaunâtre très pâle [h]- J'ai observé depuis plusieurs autres faits du même genre. 11 est presque inutile de faire remarquer que c'est la répé- tition d'un phénomène dont l'or très divisé nous offre un exemple connu depuis fort longtemps. Les détails que je viens de donner sur la composition utricu- laire de la seconde couche des téguments des Planariées peuvent se voir sur place en quelque sorte ; mais il est facile de se con- vaincre que ces globules incolores ou colorés sont bien réellement des utricules ayant leurs parois propres. 11 suffit de les observer (1) PI. 8, fig. 10 (3) PI. 3, fig. 15,6 (2) PI 8, (iï 9. (4) Ann. des Se. nul., 3» série, I. I. us VOYAniî EN SICILE. lorsque l'animal enire en difllucnce : on les voit alors se séparei" les unes des autres et flotter dans le liquide ; bientôt elles s'endos- mosent , augmentent légèrement de volume et deviennent sphé- riques (d ) ; leur diamètre est alors d'environ jj de millimètre , et la membrane qui les entoure présente une épaisseur de près de j^ de millimètre. Sous la couche que je viens de décrire on en voit une seconde également composée de cellules ; celles-ci , quoique encore bien distinctes et assez régulièrement disposées , sont cependant moins développées que celles de la couche précédente. I^eur diamètre longitudinal n'est guère que de ^5 de millimètre ; leur diamètre transversal est à peu près égal à celui des cellules de la couche pré- cédente , ce qui leur donne une forme presque sphérique (2). On voit que , en se développant davantage , c'est surtout en longueur qu'elles gagneront , circonstance qui s'explique facilement par la nécessité de se placer à côté les unes des autres. Au reste , on trouve dans cette couche les mêmes différences de couleur que dans la précédente : seulement, les teintes sont un peu plus pâles, et les globules colorés semblent être moins abondants. Au-dessous de ces cellules se trouve une couche épaisse de Tj à Tij de millimètre composée de granulations confuses, parmi lesquelles on en distingue çà et là quelques unes de colorées (3) ; ce sont bien évidemment des cellules à l'état naissant, et dont les parois propres n'ont pas encore acquis la consistance nécessaire pour qu'on puisse soit les isoler les unes des autres , soit même les distinguer de leur contenu , la différence dans le pouvoir réfrin- gent étant à cette époque nulle ou presque nulle. Enfin , sous les quatre couches que nous venons de voir , on en trouve une cinquième très différente des précédentes (4). Elle est composée d'une substance entièrement diaphane , homogène , et dans laquelle on ne dislingue plus la moindre trace de granula- tions. Son épaisseur , dans les appendices dorsaux de l'Eolidicère de Brocchi , n'est guère que de 7^ à t-|ô de millimètre ; niai^ (1)PI. 3, eg. 16. (3) PI 3, Dg. 15, d. (2) PI 3, fig 1 5, c. ( i) PI. 3, fig, 1 5, e. ni: QUATRKFAUE!!^. — SUH LES l'I.A.N UKIiS. 14'J j'ai cru recunnaîlre qu'elle était plus considérable dans le reste du corps. OBSEKVATIONS. Dans les Planariées ordinaires [Planaires , Polycélis, etc.), il est presque impossible de distinguer les cinq couches précédentes. Tout le tissu semble composé de granulations distribuées d'une manière égale ; chez elles, on dirait que les cellules ne dépassent pas le degré de développement que nous avons rencontré dans la quatrième ou tout au plus dans la troisième couche. De plus , ces granulations empêchent presque toujours de distinguer la cin- quième couche dont la diaphanéité est parfaite , et qui difllue en général avec une extrême facilité. Dans les Éolidicères mêmes , il faut une assez grande habitude des observations et des manijiulations micrographiques pour voir les détails que je viens de décrire. On comprend , en effet , que la couche supérieure de cellules , qui est à la fois la plus épaisse et celle dont les détails sont le plus accusés , étant répandue sur tout le corps , doit gêner considérablement dans l'examen des parties sous-jacentes. On ne peut ici employer la compression qu'avec beaucoup de ménagements ; car la diffluence arrive chez ces ani- maux avec la plus grande facilité, et alors tout se confond : aussi, au premier abord, trouvera-t-on presque toujours les parties pré-^ sentant tout au plus l'aspect que j'ai cherché à reproduire dans le dessin du pseudo-tentacule de l'Éolidicère panorme (1). Cherchons maintenant quel peut être le rôle des couches que nous venons d'examiner. La première de toutes, celle d'où partent les cils vibratiles , étant la plus extérieure , répond par sa position à Vépiderme des animaux supérieurs et aériens ; mais bien évidemment sa nature est toute différente de celle des couches épidermiques proprement dites. Cependant , comme on la retrouve sur tout le corps , il me semble difficile de ne pas admettre qu'elle représente l'épiderme : seulement, c'est une espèce (ïcpiderine très différente de celui des animaux dont nous venons de parler. Comme j'ai cherché 1) PI. .-), fij;. 17 150 VOYVGE EN SICILE. déjà à plusieurs reprises à justifier cette manière de voir , je crois inutile d'insister sur ce sujet (1). Des raisons analogues me font considérer les couches à cellules distinctes comme représentant le derme. C'est probablement d'elle que proviennent les piquants rigides et les organes urticants que j'ai décrits plus haut. (}uant à la couche composée de granulations confuses, je crois aussi devoir la rapporter au derme, et non la considérer comme une couche distincte physiologiquement. En effet, il me semble que ces granulations ne sont que de jeunes cellules, et le fait si- gnalé plus haut de la coloration de certaines de ces granulations me semble propre à confirmer cette manière de voir. Quant à la cinquième couche , je ne crois pas qu'elle appar- tienne aux téguments proprement dits. Je la regarde comme une véritable couche musculaire , en ce sens , que c'est elle qui , par ses mouvements de contraction , détermine tous les mouvements généraux de l'animal. 11 est vrai que je n'ai pu, pas plus que MM. de Blainville, Baër et Dugès, y reconnaître de libres dis- tinctes. Je n'ai même pas distingué ces stries, qui seules accusent la structure fibreuse de certains plans musculaires de la Synapte , des Synhydres, des Éleuthéries, etc. Mais les cordons locomoteur des Annélides , les ovaires des Synaptes , des Actinies , etc. , nous offrent des exemples sufTisamment nombreux pour que nous ne regardions pas la structure fibreuse comme étant essentielle aux organes locomoteurs. Je prends ces exemples chez des ani- maux d'une taille assez considérable ; et , si nous descendons da- vantage dans les infiniment petits, oji sait qu'il est impossible de reconnaître de fibres dans le corps si éminemment contractile et si transparent des plus grands Infusoires. C'est probablement la première et la seconde couche qui , en- levées par frottement, ont été regardées par Baër et par Dugès comme la peau proprement dite de ces animaux. Les instruments microgrnphiques étaient , à l'époque de leurs observations, bien éloignés de la perfection qu'ils ont acquise depuis. Ni l'un ni (I ) Voir, dans les An.xalcs des Scieucea naturelles, les Mémoires que j'ai publiés sur la Syniipte de Duvernoy. les Edwardsies, l'ÉIeulliérie, la Syiiliydre, elc. DE ({UATREFAbES. — SUK LES PLANAIiiliS. 151 l'autre n'ont distingué la couche musculaire, et Dugès, ne voyant alors que des granules , a été conduit à plusieurs considérations qui ne peuvent plus être admises aujourd'hui. Nous reviendrons, d'ailleurs, sur ce sujet en parlant du système nerveux, qui, on le sait, avait échappé aux recherches, pourtant si intelligentes, de l'habile naturaliste de Montpellier. Les deux savants que je viens de citer comparent la face infé- rieure des Planariées au pied des Mollusques gastéropodes. Cette assimilation me semble inexacte, ou bien il faut l'étendre égale- ment à la face supérieure de ces animaux. En effet , les Planaires se meuvent presque aussi facilement sur le dos que sur le ventre, et la structure des tissus dans les deux faces ne présente de diffé- rence réelle peut-être que chez les Éolidicères. Baér et Dugès con- viennent eux-mêmes qu'ils n'ont distingué de fibres musculaires ni d'un côté ni de l'autre; ce qui est exact : or, dans le pied de tous les Mollusques, même les plus petits, on reconnaît très faci- lement ces fibres. Quant aux lignes claires vues par ces deux auteurs, nous verrons plus loin qu'elles ne sont que de simples lacunes, et non pas des intersections musculaires, des filets ner- veux ou des vaisseaux. Dugès , dans son beau travail sur rorganisation et les mœurs des Planariées, a parfaitement décrit les divers modes de loco- motion employés par ces animaux. J'ajouterai seulement à ce qu'il en a dit, que toutes les espèces que j'ai observées m'ont présenté les trois sortes de mouvement signalées par lui. Je les ai toutes vues nager dans l'eau, à l'aide de grands mouvements des parties latérales de leur corps , qui battent l'eau à la manière des nageoires des Raies, ou en faisant onduler leur corps un peu à la manière des Sangsues. Je les ai vues arpenter, pour ainsi dire, le plan sur lequel elles rampaient, en fixant leurs parties antérieures ou postérieures , et en entraînant le reste du corps par un mouvement vif de contraction, à l'aide de ce point d'ap- pui. Enfin, toutes peuvent glisser sur un plan solide ou se mou- voir à la surface du liquide, comme le font souvent les Mollusques gastéropodes. Dugès, qui n'avail pas distingué les couches tégumentaires de 152 VOYAGE EN SICILE. la couche musculaire sous-cutanée, est assez embarrassé pour expliquer les grands mouvements que nécessitent les deux pre- miers modes de locomotion. 11 se demande si le tissu granuleux qu'il croyait composer uniquement le corps de ces animaux serait l'ii-mème contractile ; si le tissu nerveux pourrait jouir de la contractilité musculaire, et servir à la fois à la locomotion et à la sensation , etc. On voit que notre manière d'envisager la cin- quième couche résout d'une manière très simple toutes ces diffi-. cultes. Quant au glissement, soit sur un plan solide, soit à la surface du liquide ou dans son intérieur même, la naturaliste de Mont- pellier admet qu'il a lieu par des ondulations insensibles, et, pour ainsi dire, moléctilaires. Cette explication peut être vraie quand il s'agit de la reptation lente sur un plan résistant ; elle ne sau- rait être admise quand il s'agit de mouvements exécutés , soit au milieu même d'un liquide, soit à sa surface. J'ai cherche à dé- montrer ce fait , à l'aide de considérations purement physiques, dans un de mes Mémoires précédents. On sait, d'ailleurs, aujour- d'hui que les cils vibratiles dont Uugès n'admettait pas l'existence sont le seul moyen de locomotion employé par un grand nombre d'animaux qui présentent des phénomènes analogues, et j'ai cher- ché à prouver que c'était aussi en se servant de ces organes que les Gastéropodes semblent ramper contre la couche d'air qui ef- fleure le liquide (1). § II. Ciivilé générale. Tous les auteurs qui ont parlé des Planariées les ont décrites comme des animaux parenchymateux, c'est-à-dire comme ayant le corps formé par une sorte de pulpe, au milieu de laquelle se- raient creusées en quelque sorte les cavités des viscères, ou au moins à laquelle les parois de ces viscères adhéreraient intime- ment. Baër etDugès, entre autres, sont très explicites à cet égard. Il n'en est rien cependant. Au moins les espèces que j'ai exami- nées m'ont toutes montré une cavité générale dans laquelle sont (l) Mànoirc sur l'EoUdine pnriiilnxalc (Ann i/cs Se nul). DE QUAÏBEFAGES. — SUR LES I'I.A\AiniîS. 153 renfermés les viscères, ceux-ci étant probablement maintenus • en place par des brides semblables à celles que j'ai décrites chez plusieurs petits Mollusques. Le fait que j'avance ici , contrairement à ce qu'ont assuré tant de naturalistes du premier mérite, est assez difficile à reconnaître chez les Planariées ordinaires , bien qu'on puisse, avec quelque persévérance, s'en assurer chez plusieurs espèces de Polycélis et de Prosthiostomes ; mais il est de la dernière évidence chez les Éolidicères. Dans les espèces de ce genre, on voit très facilement cette cavité générale se prolonger dans les appendices dorsaux ; de là, on la suit dans tout le corps. Dans l'Éolidicère de Brocchi, je l'ai trouvée remplie d'un liquide transparent qu'agitaient les mouvements généraux du corps. Ces agitations m'étaient rendues très sensibles par les allées et les venues de petits corpuscules arrondis, entièrement diaphanes, dont le pouvoir réfringent était presque le même que celui du liquide où ils flottaient. Je les voyais se glisser dans les lacunes dont l'ensemble constitue cette cavité générale, pénétrer dans les appendices, en ressortir... Sous ce rapport, les espèces de Planaires que j'ai pu examiner rentrent donc dans ce qu'on voit chez tous les autres Annelés dont l'or- ganisation a été étudiée avec détail. Dès l'instant que l'existence de cette cavité est bien constatée, et, pour moi, elle est hors de doute , on voit que les Planariées dont ii s'agit ne peuvent plus être considérées comme des animaux parenchymateux. Nous verrons, en effet, que les viscères ont leurs parois propres, libres et seulement maintenues en place très probablement par des brides semblables à celles qu'on trouve chez les Mollusques, par exemple, et que j'ai décrites avec détail dans mes Mémoires sur les Mollusques phlébentércs. Cependant je n'ai pu constater ici, par l'observation directe, l'existence de ces brides, ce qui s'explique facilement par l'épaisseur des cou- ches composant les parois du corps, par leur structure granuleuse, (]ui masque les parties beaucoup plus diaphanes, enfin par l'ex- trême facilité avec laquelle tous ces tissus diffluent et se confon- dent lorsqu'on cherche, en les comprimant, à rendre leur obser- vation plus facile. 154 VOVACE EN SICILE. § III. Appareil digestif. L'appareil digestif des Planaires a été entrevu par plusieurs naturalistes ; il a été décrit avec détail par Baér et Dugès. Ce der- nier, principalement, me semble avoir laissé peu à désirer sur ce point, relativement aux espèces qu'il a étudiées : aussi ce chapitre serait-il probablement très court, si je n'avais porté mes observa- tions sur des types plus variés et surtout assez diflërents de ceux qu'avait étudiés le naturaliste de Montpellier. Sous le rapport des organes qui nous occupent en co moment, les Planariées peuvent être divisées en deux groupes principaux, selon que la bouche est plus ou moins centrale, ou bien qu'elle est placée très près de l'extrémité antérieure. Au premier de ces groupes appartiennent les Polycélis, les Éolidicères et les Stylo- chus; le second comprend les Prosthiostomes et les Procéros. Je )ie parlerai pas ici des Tricélis, dont les organes internes m'ont presque entièrement échappé, et sur lesquels je ne pourrais rien dire que par conjecture. L'appareil digestif des Planariées du premier groupe comprend, dans toutes les espèces que j'ai observées: 1" la bouche, 2" la trompe, 3° l'estomac, 4° les troncs ramifiés qui forment un appa- reil gastro-vasculaire. De plus, il existe quelquefois une sorte d'oesophage entre la trompe et restomac. De ces organes, Dugès n'en a décrit (jue trois. 11 est probable que , dans les espèces qu'il a examinées, l'estomac, ou bien n'existe pas, ou bien est tellement réduit, qu'il n'a dû le compter que comme un simple tronc commun, d'où partaient les branches ramifiées , qui se ren- dent dans tout le corps ; et, dans ce cas, l'œsophage disparaissait nécessairement, comme nous allons en présenter des exemples. 1° Bouche. Dans toutes ces Planariées à bouche centrale, cet orifice est fort grand, très dilatable, et présente quelquefois l'as- pect d'une véritable ventouse. J'ai cru distinguer sur son pourtour des fibres rayonnantes et d'autres fibres circulaires, qui servaient à ses divers mouvements. Dans l'état de repos, elle se présente quelquefois comme une simple fente , et pres(|ue toujours elle DE QUATREFAGES. — SLR LES TLANAIHES. 155 affecte une forme plus ou moins allongée dans le sens longitu- dinal de l'animal (1). Dans plusieurs circonstances , j'ai cru reconnaître que cette bouciie servait d'orifice à une cavité buccale qui contenait la trompe, celle-ci étant libre dans cette cavité; mais je n'ai pu re- connaître ce fait d'une manière bien positive. Dugès ne s'explique pas sur ce point; mais ses figures semblent venir à l'appui de cette manière de voir, qui est encore confirmée par ce que nous verrons exister bien positivement dans le groupe des Planariées à bouche subterminale. 2° Trompe. Quoi qu'il en soit , la trompe est placée au-delà de la bouche, qu'elle déborde en dedans en tous sens (2). Lorsqu'on place une Planaire sous le microscope et qu'on la fixe par une pression légère, on voit la trompe formant de nombreux replis, et se mouvant de mille manières. Ici j'ai trouvé des fibres muscu- laires très marquées, mais elles ne sont pas, pour cela, isolables. Les plans qui composent la trompe appartiennent à cette modifi- cation des tissus musculaires que j'ai désignée dans mes Mé- moires précédents par l'expression de muscles en stries , c'est-à- dire que leur structure fibreuse ne se reconnaît que par les jeux de lumière qu'elle présente, et qu'on ne peut en isoler les élé- ments (3). Bien que cette portion des tissus des Planariées présente dans sa structure quelque chose de plus précis , et en apparence de plus avancé comme organisation que presque tout le reste du corps , elle ne s'en décompose pas avec moins de facilité. La dif- fluence de la trompe est presque aussi prompte que celle des té- guments eux-mêmes. Ce fait a une importance réelle , en ce qu'il nous montre que la dilïluence peut se présenter dans les tissus les mieux caractérisés , aussi bien que dans ceux dont la nature est réellement douteuse. 3" Estomac. L'estomac est placé , en général , au-dessus de la trompe ; les deux cavités communiquent ensemble par une ouver- (1) PI. 4, 5 et 6. (2) PI. 4, .5 cl 6. (.3) Mémoire!, sur lu Sijnaptc, l Ediiardsie , l'Eletithérie, elc 156 VOYACIÎ EI\ SICILE. ture cardiaque, qu'il est souvent très dillicile d'apercevoir, à cause des mouvements de la trompe elle-même qui la couvre de ses replis. Je l'ai pourtant vue très nettement chez plusieurs Polycélis, et chez le Slylochus palmula : cet orifice est circulaire et très étroit (1). Bien que je l'aie vu s'ouvrir et se fermer bien des fois sous mes yeux , je n'ai pu reconnaître tout autour la moindre trace de fibres musculaires. Dans les Polycélis et les Stylochus, l'estomac est placé immé- diatement au-dessus de la bouche, et l'ouverture cardiaque répond assez exactement au centre des deux cavités : cependant , chez le Polycélis pallidus, l'estomac se prolonge en avant (2). Dans les Éolidicères , nous trouvons une disposition toute dif- férente. Ici le simple cardia , dont nous venons de parler, est rem- placé par une sorte d'œsophage qui part en arrière de la trompe et vient aboutir à l'estomac placé en arrière de l'appareil buccal (3). Ce canal oisophagien , très étroit , s'élargit en aboutissant à l'es- tomac ; celui-ci est très ample, et forme une grande cavité allongée jusque vers l'extrémité postérieure de l'animal (4). k" Appareil (jaslro-vasculaire. C'est de l'estomac, ou du moins de la cavité à laquelle je donne ce nom , que partent les troncs gastro-vascul aires, dont les ramifications vont se porter dans tout le corps. Dans les Polycélis et les Stylochus , les rameaux de ces troncs ne s'anastomosent jamais, et leur distribution ressemble à ce que Dugès a décrit et figuré (5). Dans les Éolidicères , au con- traire, ils forment par leurs anastomoses nombreuses un véritable réseau (6). De plus , le nombre et le mode de distribution de ces rameaux varie dans le même genre , selon les espèces. Dans le Polycélis pallidus, on trouve en avant de l'estomac un tronc médian assez petit qui se prolonge, sans donner beaucoup de branches , jusque vers le bord antérieur. De chaque côté du tronc précédent , en naît un autre qui se porte aussi principale- ment à la portion antérieure du corps. Deux gros troncs naissent (1) PI. 4, bg. II", c; PI. 5, fig. II, c; (4) PI. 5, fig. Is et PI 6, fig. 6. PI. 6, fig. 4 , 2 et 3, c. (5) PI. 4, fig. IIi' ; PI 5, fig II ; PI. (2) PI. 6, fig. 1. 6, fig. 1. 2 et 3. (3) PI. îj, fig I'. <■! ri (>, fig. 6 (6) PI. o, lig, \ ; PI fi, IIl-, fi. DE Ol'ATREFAfcES. — SIH l.l'S PLAN MUES. 157 ensuite sur les côtés de l'estomac , se bifurquent bienlùt. et se distribuent aux parties latérales. Enfin rcstomac fournit, en outre, en arrière et de chaque côté , un tronc considérable, qui se re- courbe d'avant en arrière , arrive jusque au-delà des orifices gé- nitaux , et distribue cinq ou six branches secondaires aux portions postérieures du corps (1). Les Pohjcelis modeslus et lei'icjatus nous présentent une dispo- sition analogue. Nous retrouvons ici le tronc antérieur médian et les deux grands troncs postérieurs ; mais les quatre grands troncs latéraux de l'espèce précédente sont remplacés ici par plusieurs petits troncs qui se portent directement aux parties latérales. On en compte quatre de chaque côté chez le P. levigatm (2), et six chez le P. modestiis (3). Nous retrouvons chez les Stylochus une distribution très sem- blable à ce que nous ont offert les Polycélis : seulement, le nombre des troncs est moins considérable. Les grands troncs postérieurs fournissent davantage aux parties latérales , et dans le 5. pal- mula , il n'y a, indépendamment du tronc antérieur médian , que deux paires de troncs principaux , dont l'une est latéro-antérieure, l'autre latéro-postérieure [li). Dans le S. maciilulus, il y a de plus une petite paire latérale (5). Nous devons remarquer , en outre , que les ramifications sont bien moins nombreuses , bien moins serrées les unes contre les autres chez les Stylochus que chez les Polycélis : cette différence est surtout sensible pour le S. palmula. Dans les Éolidicères dont l'estomac est rejeté en arrière, nous trouvons dans la distribution des troncs principaux qui en partent une disposition inverse, pour ainsi dire , de ce que nous venons de voir. Deux gros troncs partent antérieurement sur les côtés de l'estomac , se recourbent d'arrière en avant , et arrivent jusqu'aux tentacules (6). Il y a de plus un tronc médian tout-à-fait posté- rieur , et des troncs latéraux , dont le nombre semble varier selon (1) PI, 6, fig, 1. (4) Pf. 6, fig. 2. (2) PI. i, fig. III.; PI. 6, fig. 3. (5) PI. 6, fig. 2. (:?) PI. o, fig II. (6) PI. 5, lig. U. 158 voya(;e un sicile. les espèces. J'en ai compté six dans V Eolidicère de Brocchi (1), et deux seulement dans 17i. panormus (2). Ces troncs se comportent d'ailleurs tout différemment de ce que nous ont montré les Polycélis et les Stylochus. A peu de distance de leur origine, ils se fondent pour ainsi dire en un véritable réseau. Les mailles qui le composent dans VE. panormus sont d'abord grandes, et deviennent plus serrées à mesure qu'on se rapproche de la circonférence (3). Dans VE. de Ilrocchi , elles sont cà peu près égales , si ce n'est en avant et sur les tentacules, où elles sont bien plus fines que dans le reste du corps (i). Dans les deux espèces, les canaux qui forment le réseau doiment tout autour du corps une soite de frange formée par des cœcums ter- minaux (5). Mais ce qui distingue surtout l'appareil digestif des Éolidicères, ce sont les prolongements ampuUiformes qui pénètrent dans les appendices dorsaux. Ces prolongements sont très faciles à voir dans VE. de Brocchi : ils sont formés par une branche qui se détache à un des points d'entrecroisement du réseau, et qui, égale d'abord pour le calibre au tronc d'où elle est partie , se renfle bientôt en ampoule arrondie, et pénètre jusque vers le milieu de l'appendice. Cette ampoule, aussi bien que tout le sys- tème gastro-vasculaire d'où elle émane, est contractile; je l'ai bien des fois vue expulser le liciuide et les granulations qu'elle contenait , puis se renfler de nouveau par l'afllux de nouvelles matières. Dans VE. panorme, ces prolongements ampuUiformes sont beaucoup plus difficiles h. apercevoir , et je n'ai pu qu'en soupçonner l'existence. Dans le groupe des Planariées à bouche subterminale , nous retrouvons exactement les mêmes parties que dans les genres dont nous venons de parler : aussi je vais les décrire dans le môme ordre. 1° Bouche. La bouche des Planariées de ce groupe est petite et |] arrondie; elle présente aussi {|uelquefois de petites stries rayon - (i)Pl. 5, fig K (4) PI. o, Bg. l'\ (2) PI. 6, fig. 6. (5) PI. 5, fig. I'-, et PI. 6, fig. 6. (31 PI. 6, fig. 6. DK «UATREFAGES. — StR I.KS l'LA.NAinES. 159 liantes , qu'on peut prendre pour les fibres de muscles destinés à ses mouvements (1). Cette bouche sert d'orifice à une grande ca- vité à parois propres distinctes qui s'étend en arrière plus ou moins selon les espèces, et qui renferme la trompe, laquelle adhère à son fond, mais est d'ailleurs entièrement libre dans toute sa lon- gueur (2). Les parois de cette cavité sont transparentes , assez épaisses, très contractiles, et évidemment de nature musculaire, bien que je n'aie pu y découvrir que de simples traces de fibres ; ce sont elles qui, en se contractant, tendent à faire saillir la trompe au dehors en la portant en avant, et tirant en arrière la portion an- térieure du corps. Cette disposition , très facile à reconnaître chez les Prosthiostomes surtout , confirme pleinement , comme on le voit , ce que j'ai dit plus haut de l'existence probable d'une cavité semblable chez les Planariées à bouche centrale. '2"Trompe. La trompe des Planariées du groupe qui nous occupe est renfermée dans la cavité buccale, qu'elle remplit presque en- tièrement. Sa forme est cylindrique , et légèrement sinueuse dans les Prosthiostomes (3) , presque ovoïde , et renflée en arrière chez les Proceros [k). Sa nature est aussi éminemment musculaire que dans le groupe précédent, et les fibres qui la composent sont très faciles à distinguer. On peut môme reconnaître dans la trompe du Pro.sthiostorne étroit des fibres transversales, moins caractérisées, il est vrai , que les fibres longitudinales (5). Chez toutes ces Pla- nariées , la trompe se termine par quelques festons arrondis qui doivent faire à peu près l'office de lèvres. Ces festons sont sur- tout très caractérisés, et leur fonction semble être bien évidente dans les Prosthiostomes (6). Dans toutes les Planariées de ce groupe que j'ai eu occasion d'observer , les parois de la cavité buccale et celles de la trompe se confondent en arrière avec une sorte de bulbe , probablement de nature musculaire, assez épais, et que traverse un œsophage très étroit qui s'ouvre brusquement dans l'estomac (7). (1) PI 0, fig. 4 et 5. (5) PI. 7, fig. 3. (2) PI. 6, fig, 4, 5, 7 et 8. (6) PI. 7, fig. 3. (3) PI. 6, fig. 4 ; PI. 7, fig 4. (7) PI. 6, fig. 8. (i) PI. G, fig ;; et 7. 160 VOVAGIi EN SICILE. ^"Estomac. L'estomac ressemble, sous certains rapports, à celui des Éolidiccres ; il s'étend également en arrière. Dans \eProsthio- stome étroit, il est conique, et arrive jusqu'à l'exlrémité du coi'ps en diminuant de plus en plus, à mesure qu'il fournit des rameaux à droite et à gauche (Ij. Dans le Proceros ensanglanté, il est très large à son origine , et embrasse en dessus la portion postérieure de la trompe (2) ; puis il diminue brusquement, et se prolonge en arrière sous la forme d'un cul-de-sac presque cylindrique. 4° Appareil gastro-vasculaire. Les troncs intestinaux qui nais- sent de cet estomac présentent une assez grande dilTérence, quant à leur disposition. Chez les l'rosthiostomes , ou du moins chez le Prosthiostome étroit , on \'oit un petit tronc médian antérieur très grêle, et deux troncs latéraux assez forts qui se portent égale- ment en avant (3). La même disposition s'observe chez le Prn-' ceros sanguinolentus [h) ; mais l'estomac du pi'cuiier fournit sur tout son trajet à droite et à gauche de petits troncs transversaux peu ramifiés, et au nombre de dix à douze : il semble se terminer par deux branches semblables (5). Le Proceros, au contraire, ne porte de chaque côté de son estomac que trois petits troncs; puis viennent deux gros troncs qui s'étendent jusqu'à l'extrémité pos- térieure en donnant des branches latérales , et le cœcum stoma- cal, dont j'ai parlé plus haut , est compris entre eux (6). OBSERVATIONS. Dans les deux groupes que nous venons d'examiner, le mode de distribution de l'appareil digestif, sa terminaison, sa structure, se ressemblent presque entièrement , si ce n'est dans les Éolidi- cères , qui forment , sous tous les rapports , un groupe distinct. Nous avons donné plus haut quelques détails sur la manière dont, chez ces derniers, les troncs gastro-vasculaires se divisent et s'anastomosent pour former un véritable réseau. Baër et Dugès (1) PI. 6. fig. 4. (4) PI. 6, fig. 5. (2) PI. 6, fig. 5. (5) PI 6, fig. 4. (3) PI. 6, fig. 4. — L'animal étant vu (6) PI. 6, fig. o. en dessous, on ne distingue pas le tronc médian. DE QL'ATKKFAliE»). SUli LUS PLWAlnES. 161 ont décrit avec soin le mode de distribution des Planariées ordi- naires. J'ai peu de chose à ajouter à cet égard, si ce n'est que, fiiez les espèces marines que j'ai étudiées, le nombre des divisions paraît être bien plus considérable et leur mode de répartition plus compliqué. Dugès avait déjà signalé le fait pour la PI. tré- mellaire, seule espèce marine qu'il eût observée. Mais il est un point sur lequel les auteurs qui se sont occupés de ces animaux sont tous silencieu.\, et sur lequel je crois devoir donner des détails circonstanciés : c'est la structure de ces ramifi- cations. On sait que Dugî'S , d'accord en cela avec Baër et tous les autres naturalistes , les regarde comme creusées dans le paren- chyme de l'animal , ou du moins comme adhérant intimement à la pulpe, qui, suivant eux, remplit le corps des Planaires. J'ai déjà combattu plus haut cette manière de voir et montré que , chez ces animaux, il existe une véritable cavité viscérale. l>es ra- mifications gastro-vasculaires ne sont fixées dans cette cavité que par des points où aboutissent probablement des brides, que je n'ai pu d'ailleurs apercevoir. Ces points forment des étrangle- ments très étroits en forme de pédicules, avant et après lesquels le tube alimentaire se renfle brusquement (1). Il en résulte que chacune de ces divisions ressemble à une sorte de chapelet. Tantôt cette forme persiste jusqu'à l'extrémité, tantôt on voit les renfle- ments former de petites poches autour du tronc central très étroit. Les parois de ces renflements sont épaisses et rendues à demi opaques, dans les espèces les plus transparentes, par une multi- tude de granulations, tantôt plus ou moins colorées en vert ou en jaune rougeàtre, tantôt entièrement transparentes, et dont le dia- mètre varie de rj^ à ^^ de millimètre (i). Ces granulations, très distinctes, sont disséminées dans une pulpe homogène, légèrement verdàtre, et qui forme une couche épaisse autour de la membrane propre du tube gastro-vasculaire. Cette dernière est contractile, et l'on voit, quand on observe avec attention et persévérance fi) PI. ;;, fig III, et PI. H, fif. 4. (2) PI. :i. fig. III .f .série. Zoo! T IV. (Septembre 1813 ) j 11 162 VOYACE E^ SICILE. une de ces Planarii'^es transparentes, les pocliesse contracter dé temps à autre, et se vider presque entièrement du liquide et des matières qu'elles contenaient. La structure que je viens de décrire n'appartient qu'aux divi- sions des grands tro ics gastro-vascuiaires. Ceux-ci sont lisses et nullement colorés. Il en résulte que, malgré leur volume plus considérable, ils sont bien plus difficiles à voir que les branches elles-mêmes, et quelquefois on ne peut soupçonner leur existence que par l'origine de celles-ci. Les troncs et les branches laissent entre elles des intervalles, et on comprend que ces lacunes sont beaucoup plus considérables tout autour du tube digestif et le long des gros troncs qui se por- tent aux extrémités. De là résulte, chez les Planariées, ces deux lignes plus claires que l'on aperçoit le plus souvent à l'exté- rieur, par réflexion, et qu'on distingne toujours par transparence. Ce sont ces lignes qui ont été vues par beaucoup d'observateurs, et que Baër, Dugès, etc., ont signalées en les interprétant de di- verses façons, mais en s'éloignant toujours de la vérité. Entre les branches, les lacunes sont, au contraire, extrême- ment étroites, surtout chez les Polycélis. Elles ne forment que de petits canaux ; et , dans les premiers jours de mes observations, j'ai eu quelque peine à les reconnaître nettement, à les distinguer des ramifications gastro-vascuiaires , et par suite , à me rendre compte des divers mouvements que j'apercevais. Nous verrons plus loin ([ue cette confusion apparente a entraîné Dugès dans une fausse voie pour l'interprétation de certains faits d'ailleurs assez bien vus par lui. Dans les Éolidicères, les ramifications gastro-vascuiaires sont également calibrées, presque entièrement diaphanes, et leurs pa- rois ne présentent que des granulations isolées (1). Je dois faire ici une remarque sur ce qu'on vient de lire. L'o- rigine ou les origines de l'appareil gastro-vasculaire sont extrê- mement difficiles à reconnaître dans le plus grand nombre des espèces que j'ai eu occasion d'observer. Ces troncs, entièrement diaphanes, non révolus de la couche granuleuse et colorée (]ui (i)ri. o, fis. I. nE QIATKEFAUKS. — SDll LES ri.ANAIRF.S. 163 recouvre les ramilicalions, sont souvent masqués entièrement par l'épaisseur des téguments. Il en résuite pour moi une certaine in- certitude relativement au nombre des troncs primitifs qui partent de l'estomac, surtout pour les espèces à bouche centrale. Dans aucun cas, néanmoins, je n'ai aperçu, chez les espèces marines qui font le sujet de ce travail , les deux grands troncs primitifs et uniques, figurés par Dugès comme se portant à la partie anté- rieure du corps, tandis que je lésai très facilement reconnus dans les espèces d'eau douce, où ce naturaliste les a décrits. Peut-être, en répétant mes observations à diverses époques de l'année, les zoologistes qui habitent le bord de la mer parviendront-ils à trou- ver quelques individus plus complètement propres à ce genre de recherches; car tous ceux qui ont l'habitude du microscope savent que souvent on aperçoit sur un individu ce qu'on ne peut décou- vrir sur dix autres. Peut-être aussi pourrait-on essayer de faire avaler aux Planaires du carmin ou de l'indigo. Ce mode d'inves- tigation, que je regrette de ne pa3 avoir tenté, pourrait, s'il réussit , fournir des indications précieuses. On pourrait peut-être essayer d'une injection de matière colorante, introduite à l'aide d'une pipette. Mais il faudrait rencontrer pour cela des individus à taille plus considérable et surtout à tissus plus résistants que ceux que j'ai eus à ma disposition. § IV. — Appareil de la génêraiion. Parmi les autours (jui se sont occupés avant moi de l'étude anatomique des Planariées, Baër, et surtout Dugès, ont re- connu plusieurs des détails relatifs à l'appareil reproducteur de ces animaux. Baèr s'était trompé sur bien des points; mais Du- gès a décrit avec beaucoup de précision les organes qui le com- posent, dans les Planaires qu'il a examinées. Toutes les Planaires proprement dites ont été signalées par ce naturaliste comme étant androgynes. Les nouvelles observations que j'ai faites confirment ce résultat général; et, comme je ne m'occupe ici que de ceux de ces animaux qui correspondent au genre Planaire de Dugès, je n'entrerai dans aucun détail sur ce qu'il njonte relativement aux Prostomes et aux Dérostomes. Je 464 V0Y.V(aî K\ sicii.K. me bornerai à rap|)cler que j'ai déjà fait coniiaîlre des faits d'où il résulte qu'on aurait tort d'appliquer à ces derniers les déduc- tions tirées de l'examen des Planaires proprement dites. Dugès n'a examiné qu'une seule Planaire marine, la PI. trc- mellaire. Il lui a trouvé deux orifices génitaux externes. Toutes les espèces vivant dans les eaux douces ne lui ont montré qu'un seul pore génital. Je n'examine, dans ce travail, que des espèces marines, et toutes, h l'exception d'une seule, \e Stylochus palmula, présentent deux orifices distincts pour les organes génitaux. Comme l'a vu Dugès , et contrairement à ce qu'avait supposé Baër, l'orifice antérieur appartient aux organes mâles, le posté- rieur aux organes femelles. Le naturaliste de Montpellier a déjà signalé dans des espèces très voisines les unes des autres sous tous les autres rapports , des modifications remarquables dans l'appareil générateur. Les faits suivants confirmeront cette singulière variabilité , et c'est même ce qui m'engage à entrer ici dans des détails descriptifs assez circonstanciés. Les organes mâles se composent essentiellement d'une verge, d'une vésicule séminale , séparées souvent par un canal éjacula- teur plus ou moins long, et de deux canaux déférents aboutissant à autant de testicules. On trouve dans les organes femelles un vagin, une poche copu- latrice et deux oviductes. Dans le Poh/celis paUidus la verge se compose d'un filet sinueux très grêle , aboutissant à une poche musculaire d'apparence cor- née (1), à parois très épaisses (2). Cette poche, en forme de poire, a sa pointe tournée en arrière, et la partie antérieure, brusquement arrondie, présente en avant un conduit éjaculateurtrès grêle, si- nueux, qui aboutit à la vésicule (?>). Celle-ci est de forme navicu- laire, et à ses deux pointes latérales viennent aboutir les canaux déférents (/i). Ces derniers se portent, en serpentant, sur les côtés, et se continuent avec deux testicules (5), d'un diamètre beaucoup (1) PI. 6, Bg. 1,r, PI. 8, fig. -1.(1. (4) PI. 6,fig. t ; PI. 8, fig. 2. (2) PI 6, Eg. I , h: PI. 8, fig. 2, c. (5) PI. 6, fig. 1, f,f; PI. 8, fig. i^a.a. (3) PI 6, fig. 1,9, PI. 8, fig. 2, b DR Ql!ATREF*ftES. — SUR LKS l'I.A.NAIKES. 165 plus considérable, qui remontent le long de l'estoinac, et, arrivés à la hauteur de son extrémité antérieure , diminuent de calibre, et redescendent sur les côtés en Tonnant un petit cordon très grêle. Le vagin est cylindrique (1), et se continue directement avec la poche copulatrice , qui forme, en avant de l'orifice des oviductes, un simple cui-de-sac (2). Quant aux oviductes (3), d'abord assez grêles et à parois épaisses, ils deviennent bientôt plus larges; leurs parois s'amincissent, et on les perd de vue à peu près à la hauteur de la bouche. Dans le /-•. nwdcsius, la verge est grosse dans toute son éten- due, légèrement renflée dans son milieu, et s'atténue en avant, de manière à se continuer insensiblement avec le conduit éjacula- teur (/i). Elle présente, en arrière, une cavité fusiforme, qui se prolonge, jusqu'à son extrémité, en un très petit canal, et se con- tinue en avant avec le conduit éjaculateur. Celui-ci est plus court que dans l'espèce précédente, et aboutit à une vésicule séminale de forme allongée (5), qui se bifurque pour donner naissance aux deux canaux dét^rents (G). La disposition de ces derniers, ainsi que celle des testicules, ressemble presque entièrement à ce qu'on a vu dans l'espèce précédente : seulement , les testicules ne re- montent peut-être pas aussi en avant (7). L'appareil femelle ressemble à celui du P. pallidus , et n'en diffère, à proprement parler, qu'en ce que le cul-de-sac de la poche copulatrice est ici légèrement renflé en ampoule (8). Dans le Polycelis kvigalus, l'appareil mâle rappelle, sous bien des rapports, ce que Dugès a décrit comme existant dans la Pla- naire trémellaire. La verge se confond presque immédiatement avec la vésicule séminale , et le conduit déférent est réduit à un très petit canal creusé dans la niasse commune , qui réunit les deux cavités de ces organes (9). Les canaux déférents naissent (!) PI. 6, lig. 1, m. (5) PI. 6, fig. 3, g. (•2) PI. 6, fig. 1 , (,■ PI. 8, fig. 2, ,-. (6) PI. 6, fig. 3. [3) PI. 6, fig. I, ;,•,/,■ ,• PI. 8, fig 2, (7) PI. 6, fig 3, f. g.g. (8) PI. 6, lig. 3. i. (4) PI. 6, fig, 3, h (9) PI. 4, fig IP', h 166 VOYAGE i:,\ SICILE. sur les côtés, et les testicules se comportent comme dans les es*- pèces précédentes (l). Dans l'espèce qui nous occupe, le vagin est court, et la cavité de la poche copulatrice n'en est séparée que par un faible étran- glement (2). Dans celte espèce, j'ai vu bien distinctement les ovi- ductes donner naissance à des branches, dont l'une se recourbe en arrière , et l'autre paraît se rendre aux parties latérales du corps. Les organes de la génération, que nous venons de décrire dans les trois espèces précédentes , bien que présentant des difl'érences tranchées , appartiennent bien évidemment à un type commun ; il n'en est pas de même pour ce qu'on observe dans le Poiycelis fallax, si semblable d'ailleurs sous tous les autres rapports au Poiycelis levigatus. Ici la verge (3) porte un filet corné (/i) extrêmement long, roulé en spirale à son origine , et formant plusieurs replis avant de sortir par l'orifice génital. Ce filet prend naissance dans un organe d'un aspect glanduleux placé en arrière de l'esttjmac (5). 11 est ensuite contenu dans la verge (G) , dont l'aspect rap- pelle celui de la verge du Poiycelis modesliis ; mais à ])artir de ce point , il est entièrement libre. Sa forme est cylindrique d'ini bout à l'autre, si ce n'est qu'il est un peu élargi à son origine (7) ; son diamètre est d'environ ^s de millimètre. Il est creux dans toute son étendue , et ce canal se continue en arrière avec un con- duit éjaculateur (8) , partant d'une vésicule séminale pyriforme à parois très épaisses, dont la pointe est tournée en avant (9). On voit que, dans l'espèce dont nous parlons, la position relative de la verge et de la vésicule séminale est précisément le contraire de ce que nous avons vu précédemment. Les canaux déférents partent en arrière de la vésicule séminale (10), et aboutissent à deux testicules plus courts , moins sinueux et moins effilés à leur (1) PI. 4, lig II'', g.ij. (6) PI 7, fig. 1, d. (2) PI. 4, 6g II''. ;. (7) PI. 7, fig. I ; PI. 8, fig. 1 . (3) PI. 7, fig. '!,((. (8) PI. 7, fig. 1. (4) PI. 7, fig. I, e,e.e. (9) PI. 7. fig I, /> (5) PI 7, fig. 1. c. (10) PI. 7. fi- 1. DE QL'ATREFACES. — SUR LES PLANAIItlCS. 167 extréniilé que dans les espèces que nous avons décrites plus haut (1). Le vagin du P. fallax est très large , et sa membrane interne est plissée de manière à rappeler l'aspect d'une muqueuse intesti- nale (2). Les oviductes s'insèrent à la face inférieure, à une assez petite distance de son orifice (3) ; mais il se prolonge bien au-delà de ce point , se rétrécit , devient sinueux , et après s'être dilaté en une cavité oblongue , il se prolonge en un conduit grêle, sinueux, qui se renfle enfin en massue , et l'orme une poche copulatrice qui contourne le vagin sur la gauche et remonte de l'autre côté (/|). Les oviductes ne présentent d'ailleurs rien de parti- culier. Dans le Slylochiis 7nacidatus , la verge est courte et brusque- ment dilatée, de manière à présenter l'aspect d'une poire, dont la pointe serait tournée en arrière (5) ; elle renferme dans sa por- tion renflée une cavité à parois très épaisses , et la vésicule sémi- nale, en forme de splière creuse, est pour ainsi dire appliquée à la partie antérieure (6). Les deux testicules sont en forme de sacs allongés (7) : ils adhèrent à la portion épaisse de la verge , re- montent en avant jusqu'à la hauteur de la bouche , et se prolon- gent en arrière jusqu'un peu au-delà de l'orifice génital mâle. Ce que cet appareil présente de plus remarquable , c'est que ces testi- cules ne communiquent pas avec la cavité de la vésicule séminale , mais bien avec celle de la verge , et cela par trois petits canaux très étroits , creusés immédiatement dans l'épaisseur des parois de cet organe (8). J'aurais pu conserver quelques doutes sur cette supposition , si je n'avais vu ces canaux avant qu'une compression trop forte eût pu altérer les organes , et si , en comprimant très (1) PI. 7, fig 1, a.a^ (2) PI. 7, fig. 1, A, (3)PI. 7, figt. (4) PI. 7, fig. 1 , g.g,g. — L'animal est vu ici renversé sur le dos , et par con- séquent la position des objets latéraux est renversée. Au reste, je n'entends pas dire que la position de cette poche copulatrice soit constante; je décris seulement ce que j'ai vu sur le seul individu que j'aie rencontré. (5) PI. 6, fig 2, h. (7) PI 6, fig. 2, f (6) PI. 6, fig. 2, cj. (8) PI. fi, fig i. 168 VOYAGE EN SICILE. légèrement, je ne les avais pas injectés de spermatozoïdes qui pas- sèrent du testicule dans la cavité de la verge. On voit qu'ils sont obligés de remonter de là en avant pour gagner la vésicule sémi-. nale , où ils sont mis en dépôt jusqu'au moment de la copulation. Le vagin (1) est un canal très étroit, prolongé dans une espèce de vulve assez large, et se continuant en avant jusqu'au-dessus de la verge, vers le milieu de laquelle il reçoit les oviductes (2) ; puis vient la poche copulatrice en l'orme d'ampoule allongée presque naviculaire (3). Dans le Stylochus palmula, il n'existe, avons-nous dit, qu'un seul orifice génital. Les oviductes et la verge aboutissent dans une large cavité commune (4). En y arrivant , la verge est comme renforcée par un gros mamelon , dans lequel elle pénètre tout en restant distincte. En avant, elle présente un renflement pyri- l'orme analogue à celui que nous avons vu exister dans le S. wiacwZatMS, et creusé également d'une cavité allongée (5); mais ici cette cavité ne communique pas avec les testicules. Ceux-ci dé- bouchent dans une vésicule séminale hémisphérique, qui couronne en quelque sorte le renflement de la verge (6). Les testicules, en sacs allongés, ne déliassent presque pas la vésicule séminale en avant , mais redescendent en arrière jusqu'au-delà de la cavité commune (7). Je n'ai pu voir avec le même détail les organes génitaux des Procéros : cependant, dans le P. sangninolentus , j'ai vu deux grandes poches (8) placées en arrière d'une vésicule séminale (9), d'où partait une verge grêle , cylindrique et flexueuse (10). Un peu avant la terminaison de celle-ci , j'ai cru voir une petite vésicule qui venait s'y insérer siu" la ligne médiane (11) ; l'orifice (1) PI. 6, fig. 2, m (7) PI. 5, fig. II, g.g; PI. 7, fig. 2, (2) PI. 6, fig. 2, k. o.n. (3) PI. 6, fig. 2, / (8) PI. 8, fig. 3. a.a. (41 PI. 5, fig. II; PI 7, fig. 2, f (9) PI. 8, fig. 3, b. (5) PI. S, fig. II, ,. M. 7, fig. 2. c. (10) PI. 8, fig. 3, c. (6) PI, 5, fig. II, h: PI. 7, fig 2, b. (11) PI. 8, fig 3, d. DE QUATREFACiES. — SUR LES l'LAKAIRES. 1 6'J femelle était placé exactement entre les deux poches testicu- laircs (1). Dans les détails anatomiqucs qui précèdent , je n'ai rien dit de l'ovaire : c'est qu'en efl'et cet organe n'existe pas , ou , pour mieux dire , le corps entier semble en remplir les fonctions. En effet, on trouve des œufs h divers degrés de développement disséminés dans toute son étendue ("2), comme Dugès l'avait déjà remarqué. Ces œufs se développent dans les intervalles lacunaires que laissent entre eux les rameaux de l'appareil digestif. Puis ils viennent se grouper dans la grande lacune autour de l'estomac, là où aboutit l'oviducte ; du moins, je n'ai jamais pu suivre les parois propres de celui-ci beaucoup au-delà de l'extrémité postérieure de l'esto- mac. D'un autre côté , je n'ai jamais vu d'œuf engagé dans les branches latérales, pourtant très distinctes, que j'ai vu partir du tronc principal où se trouvaient plusieurs œufs. Ces derniers m'ont montré plusieurs fois les trois parties fonda- mentales : le vitellus , la vésicule de Purkinje et la tache de Wagner. Leur évolution dans l'intérieur du corps des Planaires présente quelques particularités qui m'ont paru intéressantes. On trouve quelquefois des vésicules de Purkinje isolées , ou autour desquelles ne sont encore groupées qu'un petit nombre de granulations vitellines (3). Peu à peu celles-ci augmentent, et l'œuf acquiert son volume définitif, sans que j'aie pu y reconnaître de membrane propre enveloppante (4). A cette époque , il a à peu près | de millimètre de diamètre. La vésicule de Purkinje a environ j^ de millimètre , et la tache de Wagner ^ de milli- mètre. Les granulations qui composent le vitellus sont bien dis- tinctes , et leur diamètre est de -rtô de millimètre environ (5). Quand l'œuf s'est ainsi constitué, on voit sur un point se mon- trer une tache claire, assez semblable à la vésicule de Purkinje (0). (1) PI. 8, fig. 3, f. — Je ne suis pas très certain que les poches placées à droite et a gauche de la vésicule séminale fussent les testicules ; elles n'en avaient pas complètement l'aspect. (2) PI. 4, Bg. Il''; PI. 6, fig. l.îet 3. (3) PI. 7, fig, 5 (3) PI. 7. fig 6 (t) PI 7, fig « (6) PI. 7, fig. 6, I, 170 VOVAGli E.N SICILE. Les granulations qui entourent cette tache semblent disparaître, ou mieux se résoudre en granulations beaucoup plus petites de YSTHi de millimètre tout au plus. Il se forme ainsi autour de la tache une aire, dont la structure dilïère de celle du reste de l'œuf, et qui grandit peu à peu (1). Pendant que ce phénomène se pa.sse, l'œuf semble augmenter un peu de volume ; bientôt il est transformé en entier à l'exception d'un petit nombre de granula- tions qui, au contraire, augmentent de volume, et entourent un espace entièrement circonscrit. L'œuf perd alors sa forme sphé- rique : il s'allonge , devient ovoïde , et finit par ressembler beau- coup à une larve. Cette ressemblance est d'autant plus grande que, dans plusieurs de ces œufs métamorphosés, si je puis m'ex- primer ainsi, j'ai cru reconnaître des mouvements propres indé- pendants de ceux de l'oviducte dans lequel ils étaient engagés. Je les voyais changer de forme , s'allonger , se contracter , et présen- ter toujours en avant cette petite portion plus claire entourée de granulations de jl^ ou 7^^ de millimètre (2). Les observations précédentes ont été faites sur le Polycelis pal- lidus ; dans d'autres, et en particulier dans le Polycelis levigatus, j'ai trouvé des œufs très reconnaissables , et nullement modifiés jusqu'à l'extrémité des oviductes. Le premier serait-il donc vivi- pare ? Je suis porté à le croire ; mais pour pouvoir l'affirmer , il faudrait des observations précises que je n'ai pas eu le temps de faire. Si cette présomption venait à être confirmée plus tard , ce serait une singularité à ajouter aux faits si remarquables et si curieux que M. de Siebold a fait connaître sur le développement de quelques Planaires d'eau douce. OBSERVATIO^S. On sait que Baër et Dugès ne sont pas d'accord sur la détermi nation des organes génitaux. Mes observations, qui concordent si bien avec celles du naturaliste français , ne peuvent plus laisser aucun doute aujourd'hui : l'appareil antérieur comprend bien (I) PI. 7, 6g. 6, c (2)Pt 8, fi- 801 9. DE QIATREFAGES. — SUR LES PLANAIRES. iH certainement les organes mâles, et le postérieur, les organes femelles. La détermination des diverses parties avait été déjà faite par Dugès . et je n'ai pour ainsi dire eu qu'à suivre ses indications en décrivant des appareils plus ou moins différents de ceux qu'il avait observés. Ni Baér ni Dugès n'avaient vu les Spermatozoïdes. Je les ai trouvés chez toutes les espèces dont j'ai décrit les organes géni- taux. Dans toutes, ils se sont montrés avec les mêmes caractères, et consistent en une tète sphérique de j^ de millimètre au plus, d'où part une queue d'une ténuité extrême , et dont la longueur semble seule varier un peu selon les espèces. Elle n'est guère que de -j-^ de millimètre chez le Polycelis fallax (1) et le SUjlochus palmula (2) , tandis qu'elle atteint le double chez le Polycelis patlidiis (3) , et presque le triple chez le Polycelis levigatus (i). Le développement de ces Spermatozoïdes se fait bien évidem- ment dans le cordon testiculaire, que j'ai décrit, et que son opacité distingue en général de tous les autres tissus des Planariées. En le comprimant de manière à exprimer son contenu sans l'écraser, on voit que les Spermatozoïdes ne commencent à être distincts que vers son tiers postérieur : encore ont-ils rarement leur queue dans cette portion de l'organe. Ce n'est qu'en approchant de l'extré- mité qui se rattache au canal déférent qu'ils présentent tous cet appendice, mais ils sont encore languissants , et n'offrent que des mouvements obscurs ; tandis que ceux qu'on fait sortir des vési- cules séminales, ou de la cavité de la verge, se meuvent avec une grande rapidité, et présentent la nature de mouvements presque caractéristique de ces singuliers produits de l'organisme. Je dois faire observer ici que , bien que j'aie admis comme Dugès l'existence des poches copulatrices , et que l'organisation de l'appareil femelle du Polycelis fallax ne puisse guère laisser de doute à cet égard , cependant je n'y ai jamais trouvé de Sper- (<)PI. 8,fig. 7. (2) PI. 8, fig. 5. (3) PI. 8, lig. 8. (i) l'I. 8, fig^ fi. 172 VOYAGE EN SICILE. matozoïdes, tandis que les vésicules séminales et les cavités de la verge en étaient souvent entièrement remplies. § V. — Système nerveux. — Organes des sens. I. Système nerveux. — On sait que Dugès refuse au\ Planaires tout système nerveux distinct, tandis que Baër se contente de douter, et que MM. Quoy et Gaimard leur en accordent un (1). Nous discuterons plus loin ces diverses manières de voir, et nous chercherons à montrer ce qui a dû induire en erreur l'habile natu- raliste de Montpellier ; mais nous devons commencer par exposer les faits que nous avons observés. Chez toutes les espèces de Planaires qui ont fait le sujet de ces recherches , j'ai trouvé un système nerveux dont le centre principal était parfaitement distinct. Il consiste en deux ganglions plus ou moins intimement réunis et placés à la partie antérieure du corps , à peu près à égale distance des faces dorsale et ven- trale (2). Les deux lobes de cette espèce de cerveau sont compo- sés d'une substance entièrement diaphane et homog(''ne. Deux ou trois fois seulement j'ai pu croire distinguer dans la commis- sure qui les unit des fibres transverses analogues à celles que l'on voit souvent très distinctement dans le cerveau des Némertes. Ce cerveau est toujours placé dans une lacune spéciale, que l'on distingue souvent à la vue simple, comme un espace plus clair, autour ou au milieu duquel sont ordinairement placés les yeux. Lorsqu'on emploie le compresseur, on voit bien souvent le cer- veau isolé au milieu de sa lacune, et dans tous les individus qui se prêtaient convenablement à ces observations, j'ai trouvé une branche de l'appareil gastro- vasculaire qui passait par dessus, sur la ligne médiane , de manière à cacher quelquefois presque entièrement la commissure des deux ganglions (3) : aussi il me (1) MM. Quoy et Gaimard n'ont rien publié que je sache sur ce sujet: mais Us sont cités par Dugès, et il est à regretter qu'ils n'aient pas fait connatlre leurs observations avec plus de détail. (2) PI. 4, lig. IIi> ; PI. 3, lîg. F et II ; PI 6, fig. 1 , 2, 3, i et 5. (3) PI. 6, fig. 5. — Ce détail n'a pu être reproduit sur les autres (igures qui représcnleiU les animaux \us en dessous. DE QrATBEFAKF.S. — SI II l.liS l'I.AN' VlIirS. 173 Benihle prububle (jne cliacun d'eux a, pour ainsi dire, sa lacune particulière. Des lobes que je viens de décrire partent, en rayonnant en tous sens, de très petits filets nerveux. Ceux-ci, entièrement dia- phanes, sont presque toujours extrêmement difficiles à apercevoir. Il faut quelquefois observer plus de dix individus, et avec une grande persévérance, pour apercevoir ces (ilets , semblables h de petits fils de cristal , qui s'engagent dans les lacunes voisines du cerveau, et se ramifient en suivant leur cavité. Le plus ordinaii-e- ment , j'ai pu distinguer, en avant, de quatre h six pelits filets, dont les deux plus en dehors étaient quelquefois plus gros. Sur les côtés se trouve presque toujours un tronc plus considérable. Ces divers troncs vont se distribuer à la partie antérieure du corps. En arrière, sur le cùté, j'ai trouvé deux gros troncs qui se portent d'avant en arrière, en suivant la grande lacune qui entoure l'es- tomac, et que j'ai pu suivre quelquefois jusqu'à la hauteur des orifices génitaux. Enfin, en dedans de ces deux troncs, j'ai très souvent distingué de très petits filets qui se rendaient probable- ment aux masses de la trompe. Les dessins que je mets sous les yeux du lecteur représentent, pour chaque espèce, ce que j'ai pu reconnaître de cet appareil (1). Évidemment, ce que je considère comme étant le système ner- veux est placé là où Dugès a cru voir un appareil circula- toire. Pour adopter cette détermination , ce savant se fonde : 1° sur la facilité avec laquelle disparaît , par la compression , ce qu'il regarde comme une espèce de cœur; 2° sur les mouve- ments de systole et de diastole , qu'il croit avoir reconnus dans ce centre et dans les ramifications qui en partent ; 3° sur les phénomènes de reproduction par bouture, qu'il a étudiés et dé- crits avec tant de soin ; 4° sur l'analogie avec ce qu'il a bien réel- lement observé chez quelques uns de ses Prostomes (2). Exami- nons rapidement chacun de ces points. (I ) Voir les figures citées plus haul. (2) N'ous avons vu plus haul que les Prostnmes sont de véritables N'émertoïdes, etj'ai di'jà fail connaître les principaux poinls de l'anatomie de ces animaux par diverses notes et par une planche du Régne rtnimal illuslré (Zooph., 12* livrais). 174 VOYAGE EN SICILE. Voici les faits que je crois pouvoir opposer à ceux qui ont motivé l'opinion du célèbre naturaliste de Montpellier. 1° Lorsqu'on comprime, même légèrement, une Planaire, il arrive très souvent que la diffluence se prononce sur-le-champ. Toutes les parties de son corps se désagrègent. Le cerveau et les nerfs surtout disparaissent, en général, avec une grande facilité, cela est vrai. Mais la même chose s'observe pour des parties dont la nature n'est pas douteuse, pour la trompe, par exemple, surtout chez les espèces abouche centrale. D'un autre côté, il arrive aussi fréquemment que le cerveau ne difflue pas aussi proiuptement que le reste du corps, et, dans quelques cas , surtout chez les espèces où les tissus semblent avoir plus de fermeté, il résiste même assez à la pression pour persister après la diffluence de toutes les par- ties environnantes. Le Tricélis à bande m'a montré ce fait de la manière la plus frappante. Je l'ai vu se reproduire chez toutes les espèces que j'ai observées , et même il s'est montré plusieurs fois chez les Polycélis, chez le P. uni entre autres, une des espèces où pourtant la diffluence se prononce avec le plus de facilité. Dugès s'appuyait d'autant plus sur cette facilité de diffluer, pour soutenir son opinion, que, selon lui, les nerfs, chez les ani- maux inférieurs , sont , en général , plus denses que les autres tissus. 11 cite en particulier les Annélides. Le fait est vrai pour ces dernières, dont les nerfs ont un névrilème véritable très dense chez les grandes espèces [Eimice sanguine , Néréides). 11 est inexact pour d'autres Annelés inférieurs (^Rotateurs) , et même pour les Annélides de petite taille. Ainsi , dans les Syllis , par exemple, les ganglions abdominaux diflluont avec la plus grande fa- cilité. On comprend qu'il doit en être de même, à plus forte raison, chez les Planaires, où aucun tissu ne présente rien de comparable pour la solidité à ce qui se voit chez les Annélides. La transparence extrême du cerveau des Planaires, que Dugès regarde aussi comme venant à l'appui de son opinion, ne prouv rien quant à la question qui nous occupe. En effet , tous ceux qui se sont occupés de recherches de cette nature savent combien cette transparence est grande dans le cerveau même des petits DE QtlATREFAUES. — SUIl I.KS PLANAIRIiS. 175 Mollusques, où cette masse cérébrale se distingue de tous les tissus voisins par sa diaphanéité et son homogénéité apparente. 2° Mais que peuvent être les mouvements de systole et de dia- stole que Dugès croit avoir vus dans ce qu'il appelle \ecœur? Ce cœur lui-même est-il bien ce que j'ai nommé le cerveau? Je ne le crois pas, et c'est ici que nous reconnaissons le plus nettement ce qui a causé la méprise de l'habile observateur dont je combats les opinions. Il me semble très probable que Dugès n'a pas vu ce cerveau lui-même, mais bien la double lacune qui le contient. Du moins, la figure qu'il donne de la circulation pour la P. trémellaire repré- sente bien certainement cette lacune, et nullement un cerveau quelconque de Planaire (1). On y reconnaît très nettement et l'es- pace occupé par le cerveau et les deux grandes lacunes longitu- dinales qui contournent l'estomac , et vont se rejoindre en arrière des organes génitaux. La manière dont Dugès représente les ra- mifications antérieures confirme encore notre manière de voir. .4 ce grossissement, le cerveau serait à peine visible ; il serait abso- lument impossible de distinguer les nerfs , tandis que les pro- portions que nous présente cette figure s'accordent très bien avec celles de l'appareil lacunaire tel que je l'ai vu et décrit. Dugès reconnaît lui-même que les mouvements de contraction sont très lents et obscurs dans ce qu'il appelle le cœur. Il les a vus, au contraire, très distinctement dans les deux branches la- térales. Tout cela se comprend sans peine. Nous avons dit , en effet, comment, par suite des mouvements des branches gastro- vasculaires, les intervalles qui les séparent et ne sont souvent pas plus larges que ces branches elles-mêmes , semblent quelquefois présenter de pareils mouvements. Cela est si vrai, que j'ai eu de la peine, dans le commencement de mes recherches, à faire cette distinction. Ces mouvements , visibles dans tout le corps , le sont surtout autour de l'estomac. Dès lors Dugès, n'ayant distingué ni le cerveau ni les nerfs qui en partent , a dû presque nécessaire- ment commettre cette erreur, et rapporter aux lacunes des mou- (1) ,4)111 des Se. nat . t. XV, pi 5. fit;. 2. i7() VOYAGE E.\ SICIl.i;. vemenis qui se passaiont sur les côtés de ces lacunes, côtés que forment les ramifications de l'appareil digestif. Dugès invoque encore ici une analogie qui est, au contraire, toute en ma faveur ; il s'appuie sur ce qu'il a vu chez les Déro- stomes : or, chez ces Némertoïdes, le cerveau, parfaitement dis- tinct de l'anse vasculaire qui pénètre dans la tète, présente aussi des changements de forme très considérables, changements qui tiennent aux mouvements généraux du corps , et surtout aux al- ternatives de contraction et d'élongation (1). 3° Au reste, la meilleure raison que je puisse invoquer en ma faveur m'est fournie par Dugès lui-même. Dans son second Mé- moire, cet habile observateur, tout en convenant de ce que le fait aurait d'extraordinaire, signale comme ayant été bien des fois constatée par lui une communication large et directe entre l'appa- reil circulatoire et l'appareil de la g('nération. Pour lui , dès cet instant, les oviductes ne sont que des branches détachées des grands vaisseaux Métaux. Dugès avait bien vu; et j'ai représenté quelque chose de très semblable dans les dessins qui accompagnent ce Mémoire (2). J'ai dit plus haut, en effet, que les oviductes semblent se confondre avec l'appareil lacunaire. 11 est donc bien évident que les vais- seaux latéraux de Dugès ne sont autre chose que les deux grandes lacunes latérales que j'ai décrites ; mais, par conséquent aussi, il est évident que Dugès n'avait pas découvert les filets nerveux in- finiment plus petits qui s'y rendent. Quant au cerveau lui-même, peut-être l'eùt-il vu ; mais préoccupé par ce qu'il croyait savoir sur les vaisseaux du reste du corps , il n'en a pas compris la nature. 4° Dugès dit que ce qu'il appelle le cœur manque chez certaines espèces, et il ajoute que si c'était bien le cerveau, son existence serait constante. A cela je ne puis que répondre que je l'ai trouvé dans les quatorze espèces que j'ai étudiées , ou mieux dans toutes celles que j'ai observées, ne fût-ce qu'en passant. Mais il est quel- ( I ) Voyez la planclie relative à l'anatomie des Némertes, dans l'édition illustrée du Rirjne animal. (2) Voir les figures d'anatomie générale, Planches 4, Sel 6. ME QL.VFRICFJtCiES. — SLll LES PLANAIRES. 177 quefois diilicile de bien vuir le cerveau proprement dit quand les cœcums gastro-vasculaires cnviroJinanU sont très distendus; car c'est alors surtout que la moindre compression amène quelques ruptures, et presque aussitôt une diflluence générale. 5° Enfin Dugès s'appuie sur les phénomènes qui , suivant lui , supposent une répartition égale dans tout le corps du système nerveux. Mais cette hypothèse est toute gratuite et repose unique- ment sur une théorie de polarisation des molécules que, jusqu'ici, l'observation directe n'a pu confirmer. Au contraire, l'observation milite en entier pour la détermina- tion que je propose, et j'insisterai spécialement sur le petit dia- mètre des filets qui partent du cerveau, fait que Dugès n'eiîtpas manqué de signaler, s'il les avait observés; sur la manière dont ils sont placés dans les canaux lacunaires , autre fait sur lequel Dugès est également muet, et qui , à lui seul , prouve que cet ob- servateur n'a vu que ces canaux. Enfin , je pourrais également m'appuyer sur l'analogie de forme et de distribution que ce sys- tème nerveux présente avec ce qu'on voit chez les Nomertes, où la confusion n'est plus possible, puisqu'il s'y trouve en même temps un appareil circulatoire des plus distincts, et que j'ai déjà décrit et figuré (1). Il est vrai que le naturaliste de Montpellier s'appuie encore sur ce qui se voit chez les Dérostomes. Ici il se trompe, parce qu'il n'avait pas reconnu toute la différence qui existe entre ces dernierset les Planaires. Il ne voyait là qu'une différence de genre à genre, et cette différence est bien plus considérable. Les Déro- stomes, en effet, se rapprochent peut-être plus, sous certains rap- ports , des Hirudinées proprement dites que des Planaires , et , quoifiue plus petits, ils ont probablement une organisation réelle- ment plus élevée. C'est ce que je montrerai plus tard, dans un travail pour lequel j'ai déjà recueilli des inatériaux. II. Organes (ks sais. — Baër et Dugès refusent aux Planaires tout organe des sens proprement dit. Ils ne voient dans les points ()) Nouvelle édition du Régne animal; Noies présentées il l'Académie; Rapport de M. Mil ne Kdwards sur l'enseniblc de mes travaux, etc 3' série. ZuoL T. IV ( Sepli'inljre ISij.) < )2 178 VOV/VGE EiN SICILE. colorés placés k l'extrémité antérieure qu'une lamelle cornée bru- nâtre recouvrant une fossette creusée sur un point où la peau est considérablement amincie. 11 me semble, au contraire, que ces point colorés sont bien de véritables yeux , et que si la sensation qu'ils procurent à ces animaux n'est pas en tout comparable à ce que nous attendons de nos organes visuels, il doit néanmoins y avoir quelque analogie. L'œil est peut-être de tous nos organes celui qui se prête le plus aux applications des lois de la physique. C'est évidemment un appareil dioptrique, dont la partie essentielle est le cristallin ou lentille destinée à réunir et à concentrer les rayons lumineux. Ainsi la présence d'un cristallin ou d'une partie propre à en rem- plir les fonctions devra, ce me semble, emporter avec elle la con- viction que l'organe qu'on examine est bien réellement un œil. Ëh bien, dans plusieurs des Planariées que j'ai observées, la pré- sence du cristallin était parfaitement évidente. Dans le Trirelis fasciatvs , chacun des yeux que Ton distingue extérieurement se présente, à un grossissement de 100 diamèti-cs, comme composé d'un corps granuleux jaune-verdàtre aplati et partagé en deux lobes (1). Au milieu de chacun de ces lobes, on aperçoit un corps spliérique transparent incolore, réfractant fortement la lu- mière (2). A un grossissement plus considérable, ce corps se présente comme une petite sphère de ^ de millimètre de diamètre environ, renfermée dans une capsule qui en est très distincte (3). La substance qui compose ces cristallins n'est pas solide. Lors- qu'on comprime suffisamment, l'enveloppe se crève, et la lentille s'écoule sous la forme d'un liquide transparent d'un aspect oléa- gineux , qui ne se mêle pas immédiatement aux parties voisines en difflnence. Dans \e Polycelis pallidus, j'ai vu aussi bien distinctement, au milieu d'autres yeux moins bien caractérisés, plusieurs de ces or- ganes dont la plaque brunâtre était bien circonscrite, entourée d'un cercle plus clair, c[ue je ne crois pourtant pas être une en- (t) PI. 3, fif;, 19. (2) PI. 3, Cf;. 19 (3) PI, 3, ng. 20. DE «îlATREI-Acr.S. SI' Il LES PLANAIRES. 179 veloppu propre, et autour duquel se trouvait le tissu granuleux des téguments (1). Au centre de cet espace brun, composé de granulations pigmentaires, se voyait un corps sphérique incolore, transparent, réfractant la lumière plus fortement que les tissus environnants (2). N'était-ce pas là un cristallin? Dans d'autres espèces, je n'ai pu distinguer, au milieu des plaques pigmentaires, qu'un espace plus ou moins clair; mais si l'on réfléchit au fait de la diflluence observé dans le Tricélis, on admettra, je crois, facilement que , dans les espèces où les tissus sont bien [jIus délicats, cette diriluence doit être encore bien plus prompte et plus facile , et il ne répugnera nullement d'admettre que ces taches sont de véritables yeux. La multitude de ces taches, l'irrégularité qu'elles présentent, dans quelques espèces , sous le rapport du nombre et de la posi- tion , ne me paraissent pas pouvoir être invoquées contre cette détermination. En ellét , il est probable qu'ici , comme chez les Annélides , le nombre augmente avec l'âge , et qu'à côté des yeux bien formés, qui sont les plus anciens, il en est de jeunes dont l'organisation est ou incomplète ou trop peu distincte pour pouvoir être facilement saisie. En terminant ce travail , il me sera permis de faire observer combien peu encore il nous est possible de généraliser, quand il s'agit de ces animaux inférieurs. Dans les diverses espèces que je viens de décrire, les caractères extérieurs diffèrent très peu; les caractères anatomiques , sans ollrir des variations fort con- sidérables , présentent néanmoins des dillércnces notables , sur- tout pour les organes génitaux; mais dans d'autres espèces, peut-être très voisines en apparence , l'organisation semble pré- senter des particularités bien remarquables. Il me suflira , sans doute, pour le prouver de rappeler au souvenir des zoologistes ce que le docteur Focke nous a appris sur la Planaire d'Ehrenberg (1) PI. 3, Cg. 18, d. (2) PI. 3, fig 18, c. 180 VOYAGE V.y SICILE. {PI. Elirenbergii Focke (1) ). Tout ici est différent ; et cependant la caractéristique empruntée aux formes extérieures convient également à cette singulière espèce , et aux espèces à deux yeux décrites par Dugès; tandis que l'organisation de ces dernières les rattache intimement aux espèces marines que je viens de décrire. Faudra-t-it voir à priori dans ces contradictions une preuve d'er- reurs à attribuer à tel ou tel observateur ? Je ne le pense pas. L'étude des animaux inférieurs est encore très peu avancée: bien des années seront sans doute nécessaires avant que nous possé- dions assez d'observations pour asseoir leur classification avec une certitude suffisante , et en attendant ce n'est qu'avec la plus grande réserve que nous pouvons conclure d'une espèce à une autre lorsqu'il s'agit de l'organisation. Il me resterait maintenant à discuter les affinités zoologiques des Planariées ; mais je crois devoir renvoyer cet examen jusques après la publication de mes recherches sur les Dérostomes, les Prostomes, et surtout les Némertes. Je me contenterai de dire ici que , tout en reconnaissant aux Planaires proprement dites une certaine affinité avec certains intestinaux, ainsi que l'ont déjà fait Cuvicr, Dugès, Baër et M. de Blainville, il me semble pourtant difficile encore de préciser ces affmités. D'un autre côté , je crois avec MM. Savigny et de Blainville que ce groupe se rattache aux Hirudinées, conséquence à laquelle est également arrivé Dugès, mais que Bacr ne paraît pas très porté à admettre. Pour moi, les Planaires comme les Némertes dérivent des Hirudinées par dé- qradalion; mais chez elles l'appareil le plus complètement dégradé est l'appareil circulatoire , tandis que chez les Némertes ce sont l'appareil digestif ei l'appareil reproducteur. J'aurai plus tard à revenir sur cette proposition, que je me contente aujourd'hui d'énoncer, à la développer, et à montrer les déductions qu'on peut en tirer. Mais je dois renvoyer cette discussion à l'époque où il me sera possible de publier mes recherches sur les divers autres types de la classe des Turbellariés. fl) M. Focke prend le mot Planaire dans son acception générique, avec la valeur que lui lUtribue M. Ehrenberg dans sa classiûcalion des Turbellariés. DE QUATREF^HUEM. — SUR LES l'I.A.NAllUiS. 181 EXPLICATION DES FIGUliES PL.^NCI1E 3. Fig. 1 . Tricelis fa sciât us. Fig. 2. Eolidiceros panormus. Fig. 3. Tête du tmlme, vue en dessus. Fig. 4. Tite du même, vue en dessous. Fig. 0. Proceros argus. Fig. 6. TiHe du mime, vue en dessus. Fig. 7. Proceros cristatus. Fig. 8. Pulycelis paliidus. Fig. 9. Tête du 7néme, vue en dessus. Fig. 10, Tête du Polycelisfaliax. Fig I I . Tèle du Polycelis modestus. Fig 12. Prvsthiostomu7)i elongatum, de grandeur naturelle. Fig. 1 .3. T(te du mCme, vue en dessus. Fig. 1 t. Tête du Prosthiostomum arctmn. Fig. 15. Couches tégumentaires de l'Eolidiceros Brocchii. — 200 diamètres en- viron. — a, cils vibratiles; b, couche de cellules bien formées, dont les unes sont incolores, les autres colorées ; c, couche de cellules moins distinctes ; d, couche de granulations confuses; e, couche de matière homogène, transpa- rente et incolore, qui revêt l'intérieur des couches précédentes. Fig 16. Cellules tégumentaires isolées et devenues sphériques, probablement par suite d'un phénomène d'endosmose. — 300 diam. Fig. 17. Extrémité d'un tentacule de l' Eolidiceros panormus , très grossi. — a, nerf (?) ; 6, masse à granulations très fines , où se rend le nerf (?) précédent ; c, couches tégumentaires présentant des cellules bien distinctes; d,d, cils vi- bratiles ; e,e.e, cils non vibratiles, beaucoup plus grands que les précédents. Fig. 1 8. OEil de Pokjcelis paliidus , légèrement comprimé et copié rigoureuse- ment. — 300 diam. — a, capsule incolore; 6, couche de pigment; c, corps sphérique, réfractant fortement la lumière (cris(a((iH) ; d, substance environ- nante. Fig. 19. Un des trois yeux du Tricelis fasciatus. — 100 diam. — Il présente deux cristallins très distincts dans une capsule commune qui semble résulter de l'ac- colement de deux capsules distinctes. Fig. 20. Un des cristallins précédents isolé. — ■ 250 diam. — a, zone transpa- rente incolore, bien distincte du cristallin proprement dit 6, et delà substance environnante c. PLANCUE II. Fig. I. Stylochus palmula. Fig 1'. Disposition des yeux de la même. 182 VOYAGE EN SICILE. Fig. II. Polycelis leviijdlus. Fig. II". Disposilion des yeux de la même. Fig. ]!''. Ânatomie de la m&me. — o, bouche; b, trompe; c, orifice cardiaque; d, estomac; e,e.e, ramifications gastro-vasculaires; f, cerveau et nerfs; g g. testicules; h, vésicule séminale confondue avec la verge ; i, canal de la verge; k,k, oviductes ; ( , poche copulatrice ; m . orifice des organes générateurs fe- melles; 0,0, œufs répartis dans toutes les lacunes du corps. Fig. III. Slylochus maculatus. Fig. III". Disposilion des yeux delà mdme. Fig. IV. Proceros sunguinolentus. PLANCHE 5, Fig. I. Eolidiceros Brocchii. Fig. I". Tête de la même, en dessus. Fig. Il, Tête de la même , en dessous, Fig. 1=. Anatomie de la même. — o, bouche; 6, trompe; c, estomac; d,d,d, ra- mificalions gastro-vasculaires; e, cerveau et principaux troncs nerveux. Fig. II. Aniitomie du Slylochus palmula. — a, bouche; b, trompe; c, orifice car- diaque ; d, estomac ; e,e.e, ramifications gastro-vasculaires ; f. cerveau et nerfs; g, g, testicules; h, vésicule séminale; i, verge; k.k, oviductes; /, orifice com- mun des organes de la génération. Fig. 111. Terminaison dune ramification gastro-vasculaire (Polycelis pallidus'j. PLANCHE 6. Fig. 1 Anatomie du Polycelis pallidus. — a, bouche; b, trompe ; c, orifice car- diaque; d, estomac; f,f, testicules; g, vésicule séminale; h, verge, se termi- iiant ici par un stylet corné i'; i, orifice génital mule ; k,k, oviductes; l, poche copulatrice; m, vagin; », orifice génital femelle; o.o,o, œufs; p, cerveau et uerfs. Fig. 2. Anatomie du Slylochus maculalus. — Les mêmes lettres désignent ici les mêmes organes. On remarquera plus particulièrement la disposition des testi- cules, qui sont en communication immédiate avec la cavité de la verge, d'où il résulte que les zoospermes sont obligés de remonter vers la vésicule séminale. où ils sont emmagasinés Fig. 3. Anatomie du Polycelis nwdeslus. — Les mêmes lettres désignent encore les mêmes organes que dans les deux figures précédentes. Fig. 4. Attatomie du Prosthiostomum arctum. — a, bouche ; b, trompe ; b', cavité buccale, dans laquelle est logée la trompe; c, orifice cardiaque; d, estomac; t, orifice générateur mâle ; n. orifice générateur femelle ; p, cerveau et nerfs. Fig. 5. Anatomie du Proceros sanyuinolcntus. — Les mêmes lettres désignent les mornes organes que dans les précédentes figures. DE Ql'ATREFAtiES. — SUR LES PLANAIRES. 183 Fig. 6. Aiintomiedel'EulitUcerospanormus — Les lettres ont la même significa- tion que dans les autres figures. L'examen de la figure I'' de la planche 5, re- présentant lanatoinie de V Koliilk-eros Brocrhii , achèvera de compléter l'idée qu'on doit se former de l'organisation de cette espèce. Fig. 7. Portion de l'appareil génital du Proceros samjiiinolentux. — o, bouche; 6, trompe; f.f, testicules; g, vésicule séminale; h, petite poche accessoire , que je n'ai observée que sur cette seule espèce; i", orifice génital mâle. Fig. 8. Origine de ta trompe du Prosthiostumum arctiim, montrant la structure musculaire des parois de la cavilé qui renferme la trompe. — b. trompe; b', ca- vité buccale qui la renferme; c, œsophage ; d, estomac ; e.e, origine des Iroiics gastro-vasculaires. Fig. 9. Cerveau de l'espèce précédente , légèrement comprimé. Fig. 10. Cerveau du Polycelis pallidus- Fig. 11. Cerveau du Pohjcelis leviijatus Fig. 12. Cerveau de l' Eolidiceros paiinrmus. Fig. 13. Cerveau du Proceros saitguinokutus. PLANCHE 7. Fig. 1 . Appareil génital du Polycelis fallax. — a, a, testicules ; 6, vésicule sémi- nale, se prolongeant en un tube qui va se perdre dans le filet corné de la verge ; c, organe qui paraît produire le filet corné e; d, verge charnue que tra- verse le filet corné e,e, lequel se replie et sort par l'orifice mâle e'; f.f, oviductes; g.g,g, poche copulatrice, qui est ici très longue; h, vagin; i, orifice génital femelle. Fig. 2. Appareil génital du Stylochus palmula. — a,o, testicules; 6, vésicule sé- minale ; c, verge présentant deux parties distinctes, dont la plus allongée porte en d un renflement où le canal se dilate dune manière bien sensible ; e,e, ovi- ductes ; f, cavité commune où aboutissent les organes mâles et femelles ; g, ori- fice commun. Fig. 3. Extrémité grossie de la trompe du Prosthiostomum arctum , pour montrer l'aspect et la direction des fibres musculaires. Fig. 4. Trompe du Prosthiostomum elongatum. — a, cavité buccale, renfermant la trompe; b, bouche; c, trompe; d,d, orifices génitaux ; e, cerveau et nerfs. Fig. 5. Cette figure et les suivantes représentent les œufs du Polycelis pallidus à divers états de développement tels qu'on peut les observer par transparence dans l'animal vivant. — La figure 3 nous montre la vésicule de Purkinje avec la tache de Wagner entourées d'un petit nombre de granules vitellins. Fig. 6. OEuf complet. — a, vésicule et tache germinalive. Fig. 7. OEuf qui a commencé à pi-ésenter la modification indiquée dans le texte (qui passe « l'élut de larve?). — a, vésicule et tache gerniinative primitives; b, tache claire qui se montre au milieu de l'espace c occupé par des granula- tions beaucoup plus fine? (pie dans l'a'uf. 184 DUMAS. SUR LE I.AIT Fig. 8 et 9. Larve observée dans l'oviducle. — • La vésicule et la tache germina- tive ont disparu. 11 reste la petite sphère transparente, de nouvelle formation, 6.6, autour de laquelle se sont développées des granulations très distinctes a,a. ( Les cinq dernières figures sont dessinées à un grossissement de 60 diamètres environ.) PL.VNCriE 8. l'ig. 1. Ongiite du stijlet corné qui arme la verge du Polycelis [aUax , vu à an grossissement de 200 diamètres environ (1 ). — a,a, substance granuleuse de l'organe sécréteur : 6,6, le stylet ; c, canal membraneux venant de la vésicule séminale ; d,d, zoospermes renfermés dans le canal du stylet c. Fig. 2 Appareil génital du Pohjcelis pallidus. — a, a, testicules; 6, vésicule sé- minale ; c, verge terminée par un stylet corné d ; f, orifice génital mâle ; g, g, oviductes renfermant des larves /i,/i; », poche copulalrice ; k, orifice génital femelle. Fig. 3. Portion de l'appareil génital du Proceros sangiiiiwlentus — a. a, testi- cules; 6, vésicule séminale; c, verge; d, petite poche accessoire, que je n'ai trouvée que chez cette seule espèce ; e, orifice génital mâle ; /, orifice génital femelle. Fig. 4. Ramiflcations gastro-vasculuires du Proatltiostomuni arctum. Fig. 5. Zoospermes du Stylochus palmula. Fig. 6. Zonspermes du Polycelis levigatus. Fig. 7. Zoospermes dit Polycelis fallax Fig. 8 Zoospermes du Polycelis pallidus. Fig. 9 et 10. Organes urticants du Polycelis levigatus. — Dans la première, les organes èmetleutleur filament, qui n'est pas sorti dans la seconde. ( Les cinq dernières figures ont été dessinées sous un grossissement de 310 diamètres.) CONSniUTlON DU L.MT DES CAUMVOIIES; Par M SDMAS Le lait des animaux herbivores renferme toujours, mais en pro- portions variables , les quatre ordres de matières qui font partie de tous leurs aliments ; c'est-à-dire les matières albumineuses re- présentées par le ca.séum ; les matières grasses représentées par le beurre ; les matières sucrées représentées par le sucre de lait ; (I) Voir la figure t de la planche précédente. DES CARNIVORES. 185 enfin , les sels de diverse nature qui existent dans tous les tissus et dans tous les liquides animaux. Dans le lait des carnivores, autant qu'on peut en juger, l'un de ces produits, le sucre de lait, disparaît, et l'aliment du jeune Carnivore, réduit ainsi à renfermer des matières albuminoïdes, grasses et salines , se trouve ramené à la constitution générale de la viande elle-même. On va voir, cependant, par les expériences qui suivent, que si, en elTet , le sucre de lait ne peut pas être décelé dans le lait des animaux carnivores, on parvient, sans aucun doute, à l'y retrou- ver, quand on ajoute du pain aux aliments de ces mêmes ani- maux. J'ai cru de quelque intérêt pour la science d'essayer d'ailleurs de suivre les variations survenues dans les principes constituants du lait et dans leurs proportions relatives , en opérant sur le lait d'un même animal soumis à des régimes d'alimentation différents, et qui le rapprocheraient alternativement de l'herbivore et du Carnivore. Les tentatives que j'ai faites pour traire des Truies sont de- meurées stériles; la sécrétion du lait n'a pu être déterminée par la compression des mamelles ou même par la succion opérée à l'aide des ventouses ; on amène du sang sans arriver à extraire du lait. Je me suis décidé, en conséquence, à opérer sur des Chiennes, qui se prêtent très bien à ce genre d'expériences. Les méthodes d'analyse ont été à peu près les mêmes pour les divers échantillons. Toutefois j'ai bientôt reconnu que, si l'on effectue l'évaporation du lait au bain-marie et à l'air libre, on dé- termine toujours la coloration des matières extractives ; l'évapo- ration doit donc être effectuée à froid, au-dessus de l'acide sul- furique, et dans le vide de la machine pneumatique. Le lait desséché est traité par l'éther bouillant, jusqu'à épuise- ment de matière grasse; la solution éthérée, évaporée dans une capsule tarée et dorée sur ses bords , pour prévenir le grimpement de la matière grasse, fournit la proportion de beurre. Le résidu, repris par l'eau bouillante aiguisée de quelques 186 DUMAS. — su II LE I.AIT gouttes d'acide acétique, lui abandonne la matière extractive, le sucre, lorsqu'il y en a, et les sels ou une partie des sels ; la pro- portion de ces divers éléments peut être déterminée en évaporant à sec la dissolution aqueuse. l^orsque le sucre de lait est abondant, il cristallise au sein de la matière gommeuse soiuble dans l'eau, et on peut l'en retirer par compression entre des doubles de papier Joseph , puis en l'hu- mectant d'eau. Lorsque la proportion en est faible, on l'isole mieux en traitant l'extrait gommeux par une petite quantité d'alcool froid , et en reprenant le résidu par l'eau pour le faire cristalliser après avoir séparé les phosphates calcaires; néanmoins, en opérant ainsi, l'alcool dissout toujours un peu de sucre. Le résidu du traitement par l'éther et par l'eau acidulée est du caséum, qui contient souvent encore une certaine quantité de sels insolubles. Lorsqu'on n'avait en vue que de constater la présence ou l'ab- sence du sucre de lait, on s'est borné à coaguler le lait bouillant par quelques gouttes d'acide acétique et à chercher le sucre dans la liqueur filtrée et évaporée presque à sec ; l'extrait , qui reste longtemps gommeux, finit, dans plusieurs cas, par fournir des cristaux; il convient d'elfectuer cette évaporation à froid dans le vide sec. Lait de Chienne I. Ce lait provenait d'une Chienne de forte taille qui a été sou- mise, àAlfort, à un régime déterminé, sous l'inspection de M. le professeur Delafond. Le premier échantillon de lait a été recueilli dès l'arrivée de cette Chienne à Alfort ; on présume qu'elle avait été soumise à une alimentation composée de pain, de viande, d'os et de graisse. Lait à peine acide au papier 129,920 Résidu de l'évaporalion au bain-niarie. . . 413,000 Beurre soiuble dans l'étlier 16,225 Matière extractive et sels solubles. . . . 4.302 Caséum et sels 18,750 0»',671 de matière extractive ont donné 0,145 de cendres DES CAUNIVORES. 187 blanches; 1 ,il'J éré : On a coagulé le lait bouillant par quelques gouttes d'acide acé- tique. On a filtré la liqueur bouillante ; le caséum et les globules butyreux sont restés sur le filtre. La liqueur filtrée a été évaporée dans le vide sec , à l'état d'extrait presque gommeux ; bientôt il s'y est développé des cristaux dont la quantité a été successive- ment en augmentant; au bout de quelques jours, tout s'était pris en masse. On a traité cette masse par l'alcool ordinaire bouillant en quan- tité strictement suflisante pour obtenir une liqueur saturée à chaud : on l'a ensuite traitée par l'eau froide pour lui enlever les sels so- lubles; le résidu, repris par l'eau bouillante, a fourni une liqueur qui , évaporée jusqu'à consistance gommeuse, a laissé, au bout de vingt-quatre heures, une cristallisation abondante d'une matière possédant les caractères du sucre de lait pur. Les autres extraits ont également fourni des cristaux de sucre de lait plus ou moins imprégnés de matière gommeuse ; celle-ci s'est, au surplus, mon- trée très peu abondante. DKS CAKMVORES. 193 Le sucre de lait cristallisé et purilié a été soumis à l'analyse 0s%06 ont donné 03',002 de cendres; 0'',300 ()«%'2yi5 de matière réelle ont donné 03',175 d'eau el 0^',424 d'acide carbo- nique ; d'où Tn.uve. Culciil.!. (^nrhono 39,8 40,0 Hydrogène 6,6 6,6 Oxygène 03,6 53,4 100,0 100,0 L'existence du sucre de lait dans le lait de cette Chienne est donc un fait bien établi. 5/1"', 15 de ce lait ont donné 1 ^i"', 450 de résidu desséché dans le vide, i^'.SlS de beurre cristallin, et 2'', 3 de matières cxtrac- tives, sucre de lait et sels solubles (1). On déduit de là : Eau 73.4 Beurre 7,9 Matière extractive et sels. 4,2 Caséum 14,5 Caséiim de Chienne. Le lait de Chienne étant coagulable spontanément par la cha- leur, j'ai voulu savoir si son caséum possédait la même compo- sition que le caséum de vache. Voici deu.x analyses qui tendent à démontrer leur identité. Caséum de lait de Cliienne : alimentation à la viande. 1. 0'%40 de caséine purifiée n'ont pas laissé de cendres; Qs^GSO de caséine desséchée à 140 degrés ont donné ls',205 d'acide car- bonique et 0^^398 d'eau; 0"',(J17 de caséine ont donné 18 de gaz à 10 degrés et 753""", 7. H y a eu 3 centimètres cubes debi-oxyde d'azote; d'où azote = 79,5 à 10 degrés et 753"'", 7. Cette même (1) Les 2,3 de matières extractives, sucre de lait et sels solubles, m'ont offert une propriété singulière. Traités par lalrool bouillant, ils lui ont cédé une petite proportion d'un produit que l'évaporation a laissé en masse sirupeuse. Par l'addi- tion dc! l'acide nilriiiue concentré, il s'y développait des cristaux nacrés, fort ana- logues au nitrate d'urée. Cependant la matière ma [laru différenle de l'urée ; sa petite (luanlité ne ma pas permis de la .soumettre à une élude approfondie. Je l'ai inutilement cherchée dans le lait de Vache. 3' série Zoo... T. IV, {Septembre I Si:;) -, l.i 19Ù DUMAS. SUR LE I-VIT caséine, aaaiysée par M. Melsens avec des précautions particu- lières, a donné 16,5 d'azote. On en déduit : Carbone 53,0 Hydrogène 7,1 Azote 16,5 Oxygène 23,4 100,0 Caséum de l.iit de Cliiemie nourrie au pain. II. 0'%426 ont laissé 05%00'2 de cendres; 0'',371 ont donné 0"',239 d'eau et 0=',724 d'acide carbonique; 0-',[i'i9 ont donné eO'^sS d'azote à 11 degrés et 762'""', 5. On en déduit : Carbone 5.3,0 Hydrogène. ... .... 7,2 Azote. 16,6 Oxygène 22,5 leo.Q RÉSUMÉ. Les expériences que je viens de rapporter autorisent -elies à affa'mer d'une manière rigoureuse l'impossibilité de la forma- tion du sucre de lait , lorsque les aliments ingérés ne contiennent pas de fécule? Non, sans doute; car, bien que les analyses ne m'aient jamais fait découvrir de sucre dans ces conditions , les expériences faites dans le but de constater l'absence absolue de ce sucre sont délicates. Dans ce travail , les méthodes employées ont quel(|uefois varié, et en outre, les expériences n'ont pas toujours été faites sur des quantités de matières équivalentes. Je me pro- pose-, d'ailleurs, de reprendre une série d'expériences dans cette direction, en oijérant dans des conditions particulières. Pour le moment , on peut conclure avec certitude , toutefois , que le lait de Chienne peut contenir du sucre de lait , identique avec celui des herbivores, quoique toujours en moindre propor- tion. La présence du sucre de lait paraît liée à la présence du pain dans les aliments de l'animal. L'alimentation à la viande pure donne un lait dans leqtiel l'analyse n'a pas permis , jusqu'ici , de découvrir le sucre de lait^ DES CARNIVORES. 195 Si ces résultats sont confirmés par de nouvelles reclierches, on arrivera à reconnaître quelque différence importante dans la na- ture des principes du lait dans une femelle herbivore soumise à une alimentation insudisante , circonstance où elle se rapproche d'une femelle Carnivore , puisqu'elle emprunte les matériaux de son lait à son sang ou à ses propres tissus. Mes expériences établissent d'une manière incontestable que le caséum du lait de Chienne possède la même composition que le caséum du lait des herbivores. Cependant le lait de Chienne s'épaissit spontanément |iar la chaleur, tandis que le lait de Vache exige le concours d'un acide. On se rappelle que le lait de femme ne se coagule ni par la chaleur ni par les acides , si l'on n'ajoute pas une forte proportion d'alcool. J'ai déjà montré, toutefois, que le caséum du lait de femme otîre la même composition que les précédents. En étudiant le lait, je crois avoir mis en évidence l'existence d'une membrane caséeuse autour des globules bulyreux. En effet, si l'on agite le lait avec de l'éther pur, les deux liqui- des, mêlés d'abord , se séparent par le repos, et le lait conserve son aspect , tandis que l'éther n'offre rien de bien notable en dis- solution. Si , au contraire, on ajoute de l'acide acétique au tait, et qu'on le fasse bouillir, il suffit de l'agiter ensuite avec l'éther, pour lui enlever tout le beurre. Dans ce cas , le lait qui se sépare n'est plus opalescent. En oulre, si l'on dissout du sel marin à saturation dans le lait, la filtration de ce liquide donne un sérum parfaitement limpide contenant tout le caséum soluble, le sucre de lait et les sels Les globules du lait restent tous sur le filtre. Or, malgré des lavages prolongés à l'eau salée, j'ai toujours retrouvé une matière ca- séeuse associée au beurre de ces globules, et, conséquemment, insoluble dans l'eau salée. Il est évident que l'introduction de ces procédés dans l'analyse du lait lui donnera dorénavant plus de certitude et de régularité. 196 PiniJCATIONS iVOlVELLES. A ^ATURAL HiSTORY OF Mammalia. — Histoire naturelle des Maiiiiitifères i par AI. AVaterholsi:, coiiservaleui-adjoint au Musée britannique (1). Cet ouvrage esl un Species destiné à faire connaître les Mammifères sous le rapport analomique aussi bien que sous le point de vue de leurs mœurs, de leurs caractères extérieurs et de leurs affinités zoologiques. La description des espèces fossiles s'y trouve rapprochée de celle des espèces vivantes, et des figures nom- breuses facilitent l'intelligence du texte. A en juger par les deux premières livrai- sons qui vieniieiU de paraître , ce travail sera en tout point digne de la réputa- tion dont son auteur jouit déjà parmi les naturalistes , et ne pourra manquer d'être très utile à la science. Lehrbl'CH DER ViiRGLElCIIENDEN Anatomie. — Manuel d'Avutomie com- parée ; par 'SIM. SiEisoLi) et Stannils. — 1 vol. ln-8. La portion de ce Manuel consacrée à 1 histoire anatomique des animaux sans vertèbres est écrite par M. Sicbold , dont nos Animlfs ont souvent enregistré les recherches importantes . et M .Stannius y traite des vertébrés. Ce livre est un résumé concis de l'état actuel de la science, et c'est avec plaisir que nous croyons pouvoir annoncer qu'une traduction française ne tardera pas à en être publiée par un des jeunes licenciés de notre Faculté des Sciences, M. Curty Description des Mollusques terrestres et fluviutiles du Porluijal ; par M. A. MORELET 2). Dans ce travail , l'auteur décrit et figure avec beaucoup de soin les diverses coquilles terrestres et fluviatilcs qu'il a recueillies pendant un voyage en Portugal, savoir: 6 espèces d'Arions, 8 Limaces, I Parmacelle , I Teslacelle, 1 Vilrion , 4 Succinées, 28 Hélices, 6 Bulimes, 7 Maillots, I ClausiUe, 4 Auricules, 8 Pla- norbes, 6 Limnées, 2 Physcs, 2 Ancyles . 1 Cyclostome, 6 Paludines , 4 Néré- tines, I Mélanie, 4 Cyclades, 6 Anodontes, et 6 Mulettes. Catalogue des Léfàdopttires d' Eampe , distribués en familles, tribus et genres, avec l'exposé des caractères sur lesquels ces divisions sont fon- dées, et l'indication des lieux et de l'époque où l'on trouve chaque es- pèce, pour servir de coinplcinent et de reclilication à l'Histoire natu- relle des Lépidoptères de France, par AL Duponchel (3). (I ) In-8 avec fig. Londres, 1 845. chez Baillière. (i) Un vol. in-8. Paris, 1845, chez Baillière. (3) Un vol. in-8. Paris, 1845, chez Méquigiion-Marvis, 197 MKMUIUK Sun I.E SVSTtME NERVEl'X ET SUR I.' Il ISTOL OG I E DU BRANCHIOSTOME ou AMPHIOXUS {Hraiichimloma Inhrkum Costa; Anip/iioxus latifeulatus Yahueli (i)); Far M. A. DE QTTATaSFAGES. L'Amphioxus , cet être singulier que l'on peut regarder ajuste titre comme le dernier représentant connu du type des animaux vertébrés, a déjà occupé bien des naturalistes. Pallas, le pre- mier, le décrivit et le représenta (2) ; mais n"ayant à sa disposi- tion que des exemplaires conservés dans la liqueur , il se méprit sur la nature de cet animai , et le désigna sous le nom de Limax lanceolahis. M. Costa le retrouva , en 1 834, sur la côte de Naples: le regarda comme présentant le type dun nouveau genre de Poissons , et lui donna le nom de Branchiostoma lubricum , dési- gnation empruntée aux cirrhes qui entourent la bouche, et que ce naturaliste avait d abord pris pour des branchies (3). Plus tard, il lui consacra un travail plus considérable dans sa Faune du royaume de Naples (1), M. Yarrell , en 183G , reçut de M. Cauch plusieurs exemplaires recueillis sur les côtes de Gornouailles , et les décrivit dans la se- (1) L'Amphioxus, décrit et figuré pour la première fois par Pallas sous le nom de Limax lanceolatiis. avait été complélomcnt oublié par les naliinijisles, I irsqu'il fut découvert de nouveau par M. Costa, en I 83i. Ce savant lui donna le nom de }iriinchiostoma hiliricnm. Ce n'est f)ue deux ans après, en I8S6. que M Yarrell, décrivant le même animal d'après des exemplaires recueillis par M. Caucli. pro- posa de le désigner sous le nom d'.Imp/iio.rii.s lanceolalm. La priorité appartient donc incontestablement au professeur de Naples; mais comme le nom adopté par ce naturaliste repose sur une idé« mexacte , peut-être devra-t-on préférer celui qu'a employé M. Yarrell. (2) Spicilegia znnlogka, fasc. i. (3) Cenni zoologici ossia descrizione sommaria délie specie nuove di animali discoperli en diversa contrade SICILE. comprise de tous les micrographes. On sait que ces ondes , ainsi que les autres apparences que présentent les surfaces et les or- ganes couverts de cils vibratiles , dépendent uniquement , comme l'a démontré M. Dujardin , des jeux de lumière produits parle mouvement même des cils. En arrière de la cavité buccale se trouve le boyau ou canal bran- chial (Miiller) , qui se prolonge jusque vers le milieu du corps de l'animal , se rétrécit sur ce point , et se continue pour former le canal alimentaire : l'un et l'autre sont donc placés dans la cavité abdominale. Le canal branchial est soutenu par une sorte de charpente très singulière que MM. Retzius et Goodsir ont décrite les pre- miers et que Miiller a fait connaître dans le plus grand détail. Elle consiste en un nombre considérable , et variable avec l'âge des individus, de petites côtes étroites, aplaties, et d'un dia- mètre égal dans toute leur étendue. Ces côtes, à la partie supé- rieure de l'appareil , c'est-à-dire au côté dorsal , sont réunies ensemble , de manière à former une suite d'arcades demi-circu- laires ; elles sont entièrement libres au côté ventral. Ces parties solides de l'appareil respiratoire ne sont pas entièrement sem- blables entre elles. Les unes ont une tige simple ; les autres , au contraire , se bifurquent à leur extrémité inférieure , et chacune des branches résultant de cette division se recourbe en avant et en arrière à la rencontre des branches semblables fournies par les côtes voisines , et forme ainsi une sorte d'ogive dont la pointe est dirigée en bas. Entre ces côtes bifurquées est toujours placée une côte simple , qui se termine près du sommet de l'ogive. Les côtes fourchues sont, en outre, réunies entre elles par de petits barreaux transverses de même substance , qui semblent partir de la côte simple , et il en résulte que la charpente entière semble formée d'une suite d'échelles placées à côté les unes des autres , et dont les barreaux ne se correspondraient pas. Le nombre de ces bar- reaux transversaux n'est point fixe, et augmente avec la taille de l'animal (1). Toutes ces parties solides sont revêtues intérieurement d'une sorte (0 r\ \n DE QUATIlKl'-AeH*>. — SI II I.'a.MPIIIOXUS. 205 tle inembraiip muqueuse qui ne passe pas d'une côte à l'autre, el qui, par conséquent, ne remplit pas la fente qui existe entre chaque côte et ses voisines. 11 y a donc autant de fentes aux parois de cet appa- reil qu'il y a d'intervalles intercostaux; en sorte que, chez les indi- vidus adultes, le nombre de ces fentes branchiales s'élève à cent et plus. Comme l'intérieur de la cavité et les bords mêmes de ces fentes sont couverts de cils vibratiles très serrés , et que les fentes sont déjà très étroites par elles-mêmes . il ne reste plus entre les cils qu'une solution de continuité excessivement étroite , ce qui explique comment Rathke et Goodsir ne l'ont pas aperçue , et ont cru que le BranchiostouK; était privé de fentes branchiales. En plaçant un Amphioxus dans de l'eau colorée par l'indigo, et l'observant au microscope, on voit les particules colorées , qui pénètrent dans le canal branchial, se diriger en partie vers l'ori- fice du canal digestif , et pénétrer dans l'intestin ; mais une autre partie traverse les fentes branchiales , et arrive dans la cavité abdominale. Là, il n'y a plus de mouvement ciliaire; mais l'eau qui atïlue sans cesse à travers les branchies forme un courant con- tinu qui entraîne l'indigo et sort par le pore abdominal , dont les lèvres latérales , sans cesse en mouvement , élargissent et rétré- cissent alternativement cet orifice. En arrière du pore abdominal se termine la portion de la cavité abdominale perméable à l'eau, et les parois musculaires du corps embrassent étroitement la der- nière portion de l'intestin. La cavité où est placé l'appareil branchial que nous venons de décrire renferme également la plus grande partie du tube alimen- taire, le foie, les organes génitaux et les reins. M. Millier observe qu'elle joue, par conséquent, un double rôle , celui de cavité ab- dominale, et, de plus, celui de cavité respiratoire et branchiale. Sous ce dernier rapport, on doit surtout la comparer à ce qu'on observe chez les l'oissons qui , comme les .Symbranches , ne pos- sèdent qu'un seul pore respiratoire. Appareil digestif. l/appareil digestif de VÀmphioxus présente, dans plusieurs de ses parties, une dégradation remarquable. F-e tube branchial que 206 VOYAJli EN SICILE. nous venons de décrii'c se termine, en anièrc, par un canal court et étroit : c'est l'œsophage. Celui-ci s'ouvre dans un intestin plus large, que la couleur toujours verte de ses parois permet de distin- guer facilement. Un peu au-delà de l'orilice interne de l'œso- phage, on voit se détacher de l'intestin un long cœcum presque aussi large que l'intestin lui-même , et qui est placé à droite et à cùlé de la moitié postérieure du tube branchial (1). Ce cœcum n'est autre chose que le foie, cjue nous trouvons ici réduit à sa plus simple expression. Millier ajoute qu'il faut |)eut-ètre regarder, en outre, comme représentant le foie, toute la partie de l'intestin qui est colorée en vert, cette teinte étant due à une couche de struc- ture glanduleuse placée à l'intérieur de l'intestin. Tout le canal intestinal, ainsi que le cœcum hépatique, est couvert intérieurement de cils vibratiles. Le mouvement ciliaire est surtout très marqué dans la partie de l'intestin qui suit immé- diatement la portion colorée en vert. C'est là que commence la formation des excréments. On y rencontre toujours une espèce de corde de matières brunâtres et comme colorées par la bile, qui tourne ttès vite sur son axe sous l'impulsion d'un mouvement ci- liaire très vif. Nous avons vu plus haut que la déglutition se faisait aussi uniquement par l'action des cils vibratiles. Ces singuliers or- ganes semblent remplacer ici entièrement l'action musculaire dans les actes nécessaires pour avaler les aliments et leur faire par- courir le tube digestif. Du moins , Millier n'a observé d'autres mouvements pouvant être rapportés à l'action des muscles que celui que présentent les franges placées entre la bouche et la ca- vité branchiale, franges que l'on voit, par moments, se porter en dedans. Faisons remarquer ici avec le naturaliste allemand dont nous analysons le travail, que l'Amphioxus est, de tous les animaux vertébrés, le seul dont l'intestin [>résente des cils vibratiles, et le seul Poisson dont les branchies possèdent ces mêmes cils. Nous reviendrons plus loin sur les conséquences Cjui découlent de ce fait. (I) Pi 13. (ig. I. DE QIATRKFAGE»». — SI II I." \M1'II10\1 S. 207 k la partie postérieure de la cavité respiratoire et tout-à-fait dans le voisinage du pore abdominal, on voit, à l'aide du mi- croscope, chez tous les individus vivants , de petits corps glandu- leux séparés les uns des autres. M. Millier pense que ce pourraient bien être les reins; mais il fait remarquer qu'il n'a jamais pu les retrouver par la dissection. Appareil de la génération. Les ovaires consistent en un tissu cellulaire lâche entouré d'une membrane mince, mais résistante , et close de toutes parts. L'un de ses côtés adhère aux parois du ventre, ou mieux, de la cavité thoraco-ventrale; le reste est recouvert par le péritoine, qui pré- sente sur toute cette ])artie une couleur brunâtre. Costa, qui, le premier, reconnut ces organes, observa que, chez les mâles, les testicules occupent la place des ovaires. On ne trouve , au reste, ni oviductes ni canaux déférents. Les produits des organes géné- rateurs ne peuvent sortir au dehors que par le pore abdominal , en traversant la cavité abdominale. L'observation directe confirme cette conclusion tirée des faits anatomiques. M. Retzius a trouvé des œufs entièrement libres dans cette cavité. J'ai fait aussi la même observation, et j'ai plusieurs fois constaté la sortie des œufs par le pore abdominal. Les individus que je conservais dans mes vases se débarrassaient peu à peu des œufs qu'ils portaient, ce qui peut faire supposer que la ponte n'a pas lieu en une seule fois. Cependant il serait possible que les choses se passassent au- trement pour des animaux en liberté , et trouvant sans cesse au- tour d'eux une nourriture abondante. Appareil circulatoire. Nous donnerons avec détail la description de l'appareil circu- latoire, tel que Millier l'a décrit. Nos lecteurs comprendront sans peine tout l'intérêt qui s'attache à ce sujet. En effet , cet appareil, tout en conservant des ressemblances avec ce qu'on observe chez les autres Poissons , présente la plus grande analogie avec ce qui existe chez les Vers {MuUcr), et plus particulièrement chez les Annélidcs. Nous ne trouvons plus ici un cœur unique, comme chez '20R VOYAGE \i\ SICILE. lous les autres Vertébrés; mais le nombre des organes contrac- tiles destinés à donner l'impulsion au sang se multiplie d'une ma- nière qui rappelle, à beaucoup d'égards, ce qu'on voit chez les Euiiices. Nous reviendrons, d'ailleurs, sur ces rapprochements analogiques dans les considérations générales qui termineront ce Mémoire. Nous ferons remarquer d'abord , comme l'a fait M. Mûller lui- même, que les observations qui suivent n'étaient possibles que sur des individus assez petits et assez transparents pour être soumis, vivants, à l'inspection microscopique. C'est pour avoir travaillé sur des individus conservés dans l'alcool que des hommes d'un grand mérite, comme Rathkc, Goodsir, etc., ont commis des méprises bien excusables et bien faciles à expliquer pour tout naturaliste fa- miliarisé avec l'étude des animaux inférieurs. L'étude des animaux transparents, observés pendant leur vie, à l'aide du microscope, est certainement destinée à jeter les lumières les plus vives et les plus inattendues sur les points les plus obscurs de la zoologie et de la physiologie générale : aussi sommes-nous bien convaincu que ce mode d'observation, qui vient d'être, à Paris, l'objet d'attaques très vives (1), sera de plus en plus adopté par tous les natura- listes sérieux. Nous n'en voulons pour |)reuve que ce qui se passe en Allemagne, d'où nous sont arrivés, depuis ([uelques années, tant de beaux résultats, puisés chez des animaux étudiés par transparence. M. Millier distingue dans l'appareil circulatoire de l'Amphioxus les parties suivantes: 1° le cœur artériel (flis arterienherz); 2° les bulbilles des artères branchiales [bulbillen der kiemenarterien) ; 3° l'arc aortique remplissant les fonctions de cœur [herzartige aor- ùenbngen) ; 4° le cnnir de la veine porte [pfortaderherz) 5" le cœur de la veine cave [dos hohlvenenherz). Cœur artériel (2). Ce que Mûller désigne sous ce nom n'est autre (t) On remarquera, du reste, que parmi les personnes qui se sont élevées contre ce mode d'observation, il n'en est pas une seule qui soit le moins du monde familiarisée avec l'étude des animaux inférieurs et avec l'emploi du microscope : la nature des critiques l'indique suffisaminenl, (2) PI. 13, fig. 1. »K QL';iTitE:F/%ui':s. — siii i."ami'iii()\ls. 209 chose qu'uii vaisseau épais, d'un calibre uiiii'orinc, placé sur la ligne médiane, à la l'ace inférieure du boyau branchial , entic les arcs formés par la charpente des blanchies. On n'aperçoit aucune tra:e de péricarde, et le cœur est revêtu, d'un côté seulement, par le péritoine. En arrière, le cœur dépasse l'appareil branchial jusque vers la terminaison de l'œsophage. Là, il se recourbe pour se réunir au cœur de la veine cave ()) (|ui lui-nième n'est éga- lement (ju'un long vaisseau. En regardant de prolil, un voit ce cœur artériel se contracter rapidement, d'arrière en avant, dans toute sa longueur , jusque près de la cavité buccale. Avant la contraction , on voit ce cœur, rempli d'im sang parfaitement inco- lore, faire saillie tout le long de l'appareil branchial. Dans le maximum de la contraction , il se vide cntièi-ement, si bien qu'on ne le distingue plus que comme un repli à peine sensible placé presque de niveau avec les terminaisons des arcs branchiaux. 1^'intervalle qui s'écoule d'une contraction à l'autre est d'environ une minute, pendant laquelle le coîur, qui s'était entièrement vidé, se remplit de nouveau peu à peu. Bulbilles des artères branchiales (^). Uu cœur, que nous venons de décrire, se détachent de chaque côté d'une manière très régu- lière de petits bulbes placés entre les espèces d'ogives que forme la charpente branchiale. Ces bulbes sont le commencement des artères branchiales : on les voit se contracter immédiatement après le grand vaisseau d'où ils partent , ce sont donc autant de cœurs accessoires , et comme ils sont aussi nombreux que les in- tervalles laissés par les ogi\es des branchies , on voit qu'il en existe de chaque côté environ vingt-cinq chez les jeunes individus, cinquante et plus chez les adultes. On ne peut suivre plus loin la marche du sang dans les artères , mais il est probable que leurs rameaux se distribuent dans tout l'appareil branchial à l'aide des petits échelons transversaux dont nous avons indiqué précédem- ment l'existence. On ne peut reconnaître l'existence des veines branchiales chez les animaux vivants ; mais en détachant avec précaution le boyau (1) PI. 13. fig. 1, n. (2) PI. 13,ng. ),(,/. î série. ZoDi.. T. IV. (Octobre 18ib.) 2 U 210 VOYAGE li.N SICir.K. branchial, el le disputant sur une plaque de verre, on voit que l'aorte est placée au côté dorsal de l'appareil branchial , et qu'elle reçoit des veines de chaque arc branchial. Arc aortique remplissant les fonctions du cœur. Le sang n'arrive pas dans l'aorte seulement par la voie des branchies ; il y par- vient encore à l'aide de deux arcs aortiques ou conduits de Bolal (ductus Bolalli) , qui unissent directement le cœur artériel médian et l'aorte (1). Ces conduits de Botal sont en quelque sorte la con- tinuation du cœur lui-même , dont ils égalent presque le calibre ; ils sont placés, des deux côtés , en arrière de la cavité buccale, dans le voisinage et en avant de la bande comme cartilagineuse à laquelle adhèrent les franges qui entourent l'origine de la cavité branchiale. Chez les très jeunes individus, on les distingue nette- ment , surtout au moment de la contraction qui suit immédiate- ment celle du cœur aortique ; car ces conduits sont eux-mêmes contractiles , el remplissent les l'unclions de cœur. 1/Amphioxus n'est pas le seul poisson qui possède des arcs aoi tiques analogues à ceux que nous venons de décrire , mais c'est le seul chez lequel ces arcs remplissent les fonctions de cœur. Chez VÀmphipnous cuchia (MùUer. — Symbranchus cuchia Cuvier), les arcs branchiaux , qui manquent de branchies , présentent des arcs aortiques ; chez les Myxinoïdcs , on trouve toujours les traces de ces ductus Bolalli oblitérés ; chez le Monoptère , un quart du sang passe par des arcs aortitiucs placés sur le quatrième arc branchial. Ces arcs aortiques , chez les Myxinoïdes , sont placés en avant du la branchie antérieure , ce qui correspond à ce que nous venons de voir chez le Branchiostome. Nous mentionnerons aussi sous ce rapport Tare aorlicpic du Lepidosiren , car cet ani- mal est vraisemblablement un Poisson. Bien qu'on ne puisse reconnaître l'aorte chez les individus vi- vants , il n'est pas douteux qu'elle doit , comme tous les autres grands troncs vasculaires, présenter des contractions, et remplir par conséquent les fonctions de cœur. Ccvrir de la veine parle (2). Le cœur de la veine porte est un long vaisseau qui règne sur le côté ventral de tout l'intestin , arrive (I) IM. 13. fij;. I, k (î) l'I. i:i, fig. I. o DE Ql'ATBEFAtiKS. — SUIS I.'aMPIIIOXUS. 211 jusqu'au cœcum liùpatique, et s'éleud jusqu'à la terminaison de ce dernier en s'att/'uuant, peu à peu. l'ar suite de sa situation sur le côté ventral de tout l'appareil intestinal , on peut observer faci- lement les contractions en regardant l'animal de profil : on les voit conimcncer à la terminaison de l'intestin , et s'étendre rapi- dement jusqu'à l'extrémité du co'cum. L'intervalle de temps qui s'écoule d'une contraction à l'autre est considérable , comme dans le cœur artériel. Ce fait de la veine porte remplissant les fonctions de coeur n'est pas isolé. Dans les vivisections faites par Mùller sur des Myxines, il a vu les sacs de la veine porte se contracter exactement comme des cœurs. Cœur de la veiiw cave (1). Ce cœur est placé à l'opposite du précédent, c'est-à-dire au côté dorsal du cœcum hépatique. 11 est d'abord d'un très petit calibre , et augmente peu à peu de dia- mètre jusqu'au jMint où le cœcum s'unit à l'intestin ; là il se ter- mine brusquement , ou mieux s'unit au cœur artériel en formant un coude très prononcé. Les contractions des deux cœurs placés à l'opposite l'un de l'autre, des deux côtés de l'intestin, alternent d'une manière régulière. Le sang revenant du reste de l'intestin parvient au cœcum par des ramifications capillaires , et retourne de là dans le système veineux du corps. Celui-ci ne peut se distinguer chez les animaux vivants ; mais si on détache avec précaution le boyau branchial de la paroi dorsale , et qu'on le place sur une plaque de verre , on aperçoit de chaque côté de l'aorte un vaisseau se rendant à l'arcade supérieure des branchies. Ces va,isseaux ne peuvent être que les représentants des veines moyennes du corps des autres Poissons. l>es contractions des vaisseaux que nous venons de décrire se correspondent de telle sorte que les uns se remplissent pendant que les autres se vident. La contraction du cœur artériel ne re- commence pas avant qu'elle se soit accomplie dans tout le système de vaisseaux ; de plus, chaque tronc se contracte avec Itant d'énergie qu'il semble se vider entièrement, et devieni iiivi- \\ IM. 13, liL' 1, 11. 212 VOVACIi EN SICILE. sible pendant assez longtemps. Il suit de là que, chez l'Am- phioxus , la circulation s'accomplit dans l'espace de temps néces- saire pour embrasser la suite de tous ces mouvements de systole, et que, bien contrairement à ce qui existe chez les autres Verté- brés, une portion donnée du sang a parcouru tout le corps dans le temps qui s'écoule entre deux contractions d'une même partie du système vasculaire. D'après cela , la circulation chez le Bran- chiostome s'accomplit en une minute. Indépendamment des vaisseaux que nous venons de décrire, d'après Millier, Ratlike a signalé deux larges canaux placés dans les replis cutanés qui recouvrent le ventre. Ces canaux s'ou- vrent en avant dans la cavité buccale , en arrière sur les côtés du pore abdominal. M. Millier a vu cjuelquefois des Infusoires vivants se mouvoir dans leur intérieur. 11 nous paraît probable qu'on pourrait les comparer jusqu'à un certain point au canal muqueux des Poissons ordinaii'es, dont MM. Vogt et Ilirtel ont fait connaître avec détail la disposilion , et qui , chez les Poissons ordinaires, communique d'un côté avec les veines, et de l'autre avec le liquide extérieur. Il serait d'un grand intérêt de recher- cher si cette communication existe également dans l'Amphioxus ; mais ce fait serait, sans doute, d'une vérification très difficile, à raison de l'absence de toute coloration dans le sang de cet animal , et de l'excessive difficulté que présenterait l'injection de ces parties. Appareil niiisruiairo. L'appareil musculaire du Branchiostome peut être regardé comme composé des parties suivantes : masses musculaires laté- rales; muscles abdominaux; muscles de l'anneau buccal et des tentacules de la bouche; muscles de l'anneau frangé placé entre la cavité buccale et la cavité respirafrice ; muscles de l'appareil branchial. \]asses musculaires latérales. Les masses musculaires latérales sont disposées comme chez les autres Poissons ; elles sont séparées par des prolongements fibreux intermusculaires qui leur servent de points d'attache, et qui forment des angles à côtés parallèles , »K Ql'/liTBEFAGES. — SLR l'AMI'HIOMS. 213 dont la pointe est tournée en avant. Ces masses musculaires com- mencent en avant par une pointe aiguë, qui correspond un peu en arrière de l'extrémité antérieure du cordon nerveux cérébro-spinal. Il en résulte que le système nerveux central et surtout la corde dorsale ont leur extrémité antérieure tout-à-fait à découvert (1). Cette pointe et les angles que forment les intersections muscu- laires sont placés à peu près sur l'axe de la corde dorsale (2). En arrière, ces muscles latéraux arrivent jusqu'à l'extrémité de la ([ueue, ûLi ils se terminent aussi en pointe (3). Ils forment toute la partie mpyenne des parois du corps ; quant à la face ventrale et aux tiers latéraux inférieurs du ventre , ils sont revêtus par les muscles abdominaux. Muscles abdominaux. Ceux-ci forment deux couches distinctes : l'une supérieure, épaisse, a ses faisceaux transverses ; l'autre est composée de fibres longitudinales. Cette dernière s'attache en avant aux bords latéraux et inférieurs de l'anneau buccal , et se termine sur les côtés du pure abdominal ; elle sert surtout à ouvrir la bouche , et à ouvrir et fermer le pore abdominal par des mou- vements réguliers (|ui , d'après ce que nous avons vu des fonctions de cette ouverture, semblent répondre à de véritables mouvements respiratoires. Muscles (le l'anneau buccal. Ils ont été décrits par M. Goodsir comme unissant l'une à l'autre les deux moitiés latérales de l'an- neau cartilagineux qui entoure la bouche. Muscles des cirrhes buccaux. Ces muscles, placés en dehors de l'anneau cartilagineux , paraissent avoir pour but de mouvoir les pièces articulées qui le composent, et par conséquent de mettre en mouvement les espèces de longues apophyses qui forment la partie solide des cirrhes [k). Muscles de l'anneau frangé (5). De la partie latérale inférieure de l'anneau buccal part de chaque côté un faisceau musculaire, qui (1) PI. 10 el PI 1 I. f2) PI 10. '^'j PI 12, ng. I, (.,/.. :i; PI i:i. fiR. 2. f. (.ï) PI 10. 214 VOYAfiE EN SICILE. va se perdre dans ranneaii (ibreux placé entre les cavités buccale et branchiale; l'action de ces muscles tire en avant cet anneau et les franges qu'il supporte. On voit d'après cela que ce mouve- ment , le seul qu'on aperçoive dans cette partie du corps , ne sau- rait être regardé comme un mouvement de déglutition. Muscles branchiaux. Enfin les branchies paraissent posséder des muscles propres formant un double cordon sur chacun des arcs. Sous le microscope, on voit, d'après iMùller, l'espèce de thorax branchial présenter des mouvements très vifs. En outre , si l'on coupe transversalement les arcs branchiaux , on vui' bientôt sur leur milieu un double cordon qui se contracte en zigzag. Ce serait là, d'après le naturaliste allemand, deux faisceaux mus- culaires. Système nerveux. J'aurais eu trop peu de chose à ajouter aux détails sur les di- vers appareils organic|ues du Branchiostome que je viens de dé- crire pour faire entrer mes propres observations en ligne de compte. Il n'en est pas ainsi pour le système nerveux , pour les organes des sens et pour l'histologie. Toutefois, je vais exposer d'abord ce qui a été dit par ceux qui m'ont précédé, puis j'expo- serai ce que j'ai cru reconnaître comme étant l'expression réelle des faits. Dans le système nerveux de l'Amphioxus, ce qui a frappé tout d'abord les naturalistes qui s'en sont occupés jusqu'ici , c'est l'ab- sence complète , en apparence, de cerveau, ou, pour parler plus exactement, l'absence de renflement antérieur correspondant au cerveau. Au-dessus de la corde dorsale, ils ont vu le système nerveux central un peu plus épais vers le milieu du corps et s'ctendant d'une extrémité à l'autre en s'atténuant légèrement. Ce centre nerveux se termine en pointe en arrière. Rathke et Goodsir ont cru qu'il en était de même en avant; mais Millier a fait observer avec raison qu'il n'en était pas ainsi, et que l'extré- mité anlérieure était mousse et arrondie : aussi regarde-t-il cette extrémité comme représentant le cerveau , tandis que Rathke admettait que le système nerveux central de l'Amphioxus corres- pond seulement à la moelle épinière des autres Vertébrés. DE QUATHEFACES. — SUR l'amPUIOXIjS. 215 Rathke a décrit le jjremier une circonstance bien remarcinable présentée par cette moelle épinière, et ses observations, confir- mées par Millier, paraissent exactes. Ce grand centre nerveux est canaliculé. Une coupe transversale fait reconnaître qu'il est de forme prismatique triangulaire. La face qui répond à la corde dorsale est légèrement concave et un peu plus étroite que les deu.x autres, qui sont convexes et se réunissent en dessus en formant une arête arrondie. Au milieu et dans toute son étendue règne un canal étroit fortement comprimé , et dans rintéricur duquel se trouve, d'après Millier, la traînée de [)igment dont l'existence avait été signalée par Goodsir et Rathke. Muller fait remarquer que la structure de cette moelle épinière s'éloigne considérable- ment de ce qui se voit chez les Cyclostomes, où la moelle épinière est en forme de ruban. Quant au canal dont nous venons de parler, il observe avec raison qu'on ne saurait le regarder comme représentant les ventricules du cerveau. 11 rappelle bien plutôt le canal qui existe chez les embryons des autres Vertébrés au moment où les bandtlettes primitives de la moelle épinière se réunissent et forment un canal dont on a quelquefois retrouvé des traces à un Age même très avancé. Rathke avait dit que tous les nerfs qui émanent du système nerveux central présentent une disposition qui rappelle celle des nerfs de la moelle épinière; il ne reconnaissait ni nerf vague, ni trijumeau, ni facial. Enfin, il regardait les nerfs et les organes des sens comme faisant entièrement défaut. Cette dernière opi- nion n'était pas oacte.'Retzius signala le premier l'existence, sur les côtés de la moelle épinière, de deux points oculiformes noirs. MùUer confirma cette observation : mais il ne reconnut pas d'au- tres organes des sens , et crut à l'absence complète des organes auditif et olfactif. Depuis, IM. Kœiliker fit connaître l'organe qu'il regarde comme olfactif, et le décrivit avec exactitude. Nous revien- drons plus loin sur ces divers points. Millier remarque, comme Rathke , que tous les nerfs se distri- buent d'une manière à pou près uniforme, et à la façon des nerfs spinaux. Je ferai voir plus loin que ceux qui sortent du cerveau font exception à cette règle générale, et que l'opinion émise par 216 VOVAGE E.\ SICILE. l'illuslre naturaliste de Berlin tient à ce qu'il a pris la troisième paire pour une simple branche de la seconde (les nerfs optiques qui n'ont pas encore été décrits forment la première paire). Quant aux nerfs spinaux proprement dits, Muller les a très bien décrits en quelques mots. A leur origine, ils forment un tronc unique qui se partage bientôt en deux branches ; l'une supérieure, l'autre inférieure. La première est sensiblement plus mince que la se- conde. Je n'ai pas pu , plus que le naturaliste dont je résume ici le travail, suivre les nerfs jusque sur les branchies; mais je crois avec lui que l'organe respiratoire doit recevoir des rameaux venant des nerfs spinaux, l^eur distribution en ce cas rappellerait ce que je montrerai plus loin avoir lieu pour les premières paires, dont les dernières ramifications se distribuent aux appendices buccaux. Il serait possible aussi, comme je le ferai voir, que la seconde paire envoyât ses derniers lilets jusque dans l'appareil branchial. Ainsi que je l'ai dit plus haut , mes observations persounelles sur le système nerveux de l'Araphioxus sont généralement d'ac- cord avec celles de l'illustre professeur de Berlin. Sur quelques points, elles les complètent; et, si elles en difl'èrent sur quelques autres, cela tient sans doute à la nature même des préoccupations qui ont guidé chacun de nous dans ses recherches, el ont déter- miné nos moyens d'investigation. Je voulais d'abord faire seule- ment l'histologie du singulier aniuial que j'avais sous les yeux. Il me devenait, dès lors, nécessaire d'être bien posilivement fixé sur la nature de l'organe que j'étudiais , sur sa délimitation précise , afin de ne pas rai)porter aune partie du corps la texture qui au- rait appartenu à une autre. Cette nécessité m'a conduit à recon- naître des détails qui ont pu très facilement échapper à celui que préoccupait seulement la grande anatomie. Ces détails, à leur tour, m'ont mis sur la voie de quelques autres; et c'est ainsi que j'ai été conduit à quelques résultats qui peut-être offrir ront de l'intérêt aux naturalistes. Au reste, dans un animal aussi singulier, aussi exceptionnel que le Branchiostome , rien , pour ainsi dire, ne peut être indilférent, et il est à désirer que son or-, ganisation soit approfondie d'une manière aussi complète que possible. DE QUATREFAGES. — SUR L'AMI>niOXi;S. 217 Il est difficile de s'assurer si Miiller accorde ou non une enve- loppe propre au système nerveux central. Son texte n'en dit rien. Dans la coupe qu'il donne du corps entier de l'animal (1), on ne distingue rien de semblable. Dans la coupe plus grossie qu'il a figiu'ée ])our la partie dorsale seulement (2), on dirait bien qu'il a voulu représenter une enveloppe propre à la moelle épinière; mais l'explication de la ])lanche n'en dit rien, et mentionne seulement la moelle épinière, son canal médian, et le pigment qui , comme nous l'avons vu, forme une traînée d'un bout à l'autre (3). M. Goodsir admet de la marjière la plus explicite l'existence d'une enveloppe propre, qu'il désigne sous le nom de pic-mère, et qu'il dit être d'une grande délicatesse (4). Non seulement le système nerveux central de l'Amphioxus m'a paru enveloppé complètement dans une couche particulière évi- demment destinée à lui servir de fourreau propre; mais, de plus, cette gaîne est remarquablement épaisse et solide. En outre , elle n'est pas adhérente immédiatement à la moelle épinière. Elle en est, au contraire, séparée par un intervalle assez considérable. C est surtout à la terminaison antérieure du grand cordon ner- veux dont nous parlons que ce fait est assez facile à vérifier (5). Cette couche me paraît avoir été confondue, par les natura- listes qui m'ont précédé dans l'étude de l'Amphioxus, avec les couches fibreuses qui constituent le s(iuelette de l'animal ou bien avec l'axe nerveux lui-même. Je la crois, en tout cas, très dis- tincte de la couche fine décrite par Goodsir. Celle dont je parle ici est épaisse. En avant, elle a environ ^^ de millimètre d'épaisseur. Sa texture est fibreuse, et les fibres qui entrent dans sa composition sont toutes longitudinales , mais non placées d'une manière très régulière, parallèlement les uns aux autres (G). En avant, elles se recourbent pour clore le canal {\) Loc. cit.. pi. 1, ng. 4. (2) Loc. cit., pi. o, llg. 3. f3) Loc cit., p 40. (4) Tranxaclions ofllie li. Soc of Ediiiburgli. l XV. p. 252. {r,} PI. II. et PI. 1:!, fi^'. 7. ,fi) PI n. flg 7. 218 VOYAGE E>' SICILE. qu'elles forment. En arrière , elles sont beaucoup moins dis- tinctes. Cette couche est perforée par les nerfs qui sortent du système nerveux central , et leur fournit peut-être une gaîne. Je crois qu'on admettra assez facilement qu'elle correspond à la dure-mère. Entre la dure-mère et l'organe qu'elle protège se trouve un vide bien marqué en avant , mais qui diminue rapidement en arrière (l) ; il disparaît presque entièrement vers la terminaison postérieure de l'appareil , et ne se prolonge pas jusqu'à la der- nière extrémité de la moelle épinière que nous décrirons plus bas. Il est plus grand infi'Tieurement, c'est-à-dire entre la moelle épinière et la corde dorsale qu'à la partie supérieure (2). Cet es- pace m'a paru rempli d'un liquide parfaitement incolore , trans- parent , et dans lequel je n'ai pu apercevoir aucune trace de glo- bules. C'est au milieu de ce liquide qu'est placé l'axe cérébro-spi- nal (3) ; celui-ci m'a semblé recouvert d'une seconde membrane hyaline d'une ténuité extrême , et dans laquelle je n'ai aperçu au- cune trace de fibres. La forme générale de cet axe cérébro-spinal me paraît avoir échappé jusqu'à présent aux naturalistes qui se sont occupés de l'Amphioxus. Il présente bien certainement des rendements cor- respondant à l'origine des nerfs, renflements que séparent au- tant d'étranglements, de telle sorte que l'appareil tout entier paraît formé par une suite de ganglions allongés. M. Goodsir paraît avoir entrevu cette circonstance remarquable; mais il l'a attribuée à une erreur d'optique produite par la présence du pig- ment plus abondant en face de l'origine des nerfs. Cette explica- tion même prouve que j'ai tenu compte de la présence des masses pigmentaires signalées par l'observateur anglais ; car leur effet serait de placer les étranglements là où je place au contraire (I ) Cet intervalle est un peu exagéré dans les deux figures d'ensemble , Plan- ches 1 et 1 I . La figure 7, Planche 1 3, en donne une idée plus exacte. (2) PI. 10; PI. Il et PI. 13, fig 7. (3) .l'emploie ce mot comme rendant bien l'idée que l'on doit attacher à cet appareil, oii le cer\caij et la moelle épinière scinblrnt si bien confomlus. DE Ql'ATREF.tGES. — SUR l' AMPniOXL'S. 219 les renflements. Je crois d'ailleurs que M. Goodsir n'a pas vu l'axe corébro-spinal lui-même , et que tout ce qu'il dit de cet organe ne doit s'appliquer qu'à la masse entière revêtue de sa dure -mère. Dans ce cas , ses observations seraient justes : car , en eiïct, celle- ci présente bien la forme qu'il lui attribue , si ce n'est qu'elle se termine brusquement en s'arrondissant en avant. Au reste , lors- que je reconnus le fait que je signale pour la première fois, je cherchai à me mettre à l'abri de toute chance d'erreur. Je tins compte de l'effet que pouvaient produire les masses musculaires transparentes, agissant à la manière de lentilles biconvexes : je recommençai mes observations avec tout le soin possible ; je variai de toutes les manières la compression que j'exerçais sur les animaux en expérience; toujours, je constatai le même fait. Enfin, MM. Milne Edwards, Cocco et Cupari voulurent bien vé- rifier mes observations, et en reconnurent la justesse. Je crois donc pouvoir regarder comme bien positif que l'axe cérébro- spinal du Branchiostome présente d'une extrémité à l'autre des renflements ganglioniformes, correspondant à l'origine des troncs nerveux auxquels il donne naissance. Nous avons vu plus haut que, parmi les naturalistes qui se sont occupés de l'Amphioxus , plusieurs lui ont refusé toute apparence de cerveau. Retzius avait, il est vrai, admis que l'axe cérébro- spinal se terminait par un renflement à peine marqué ; mais ce naturaliste n'avait vu que l'enveloppe de ladure-mère , et Goodsir, qui ne pouvait pousser ses observations plus loin , puisqu'il dissé- quait des animaux conservés dans l'alcool , le combattit avec rai- son sur ce point. Mûller a fait observer plus tard que l'extrémité antérieure, possédant des points oculiformes, devait correspondre à cet organe ; la découverte de l'organe olfactif faite par Kœlli- ker confirmait cette manière de voir. Les détails suivants montre- ront, j'espère, qu'il en est bien ainsi, et que cette extrémité diffère, sons plusieurs rapports , de tout le reste de l'axe cérébro-spinal , bien que son volume et sa forme rappellent presque entièrement ceux des autres ganglions de la moelle épinière proprement dite. Rappelons d'abord la manière dont les nerfs sortent de la portion 220 VOYAGE EN SICU.K. correspondant à la moelle épinière. Mùller a été très précis à cet égard; et nous ajouterons seulement que le gros tronc primitif qui se bifurque bientôt en deux branches , l'une dorsale , l'autre ventrale, prend toujours naissance sur un des renflements gan- glioniformes que nous avons signalés (1). Ainsi chacun de ces gan- glions donne naissance seulement à deux troncs placés l'un à droite, l'autre à gauche. Les choses se passent tout autrement dans le plus antérieur de ces renflements. Ici nous trouvons cinq paires de nerfs bien distinctes. Dans ce nombre n'est pas comprise celle que (ioodsir a cru exister tout-à-fait en avant, et que Millier a rayée de sa liste avec juste raison. L'observateur anglais a été trompé par une ap- parence qui semble aussi en avoir imposé à M. Costa ; il aura pris pour des nerfs les parois juxtaposées des grandes cellules que nous décrirons plus loin , et dont une correspond, en effet, exacte- ment à la terminaison antérieure du cerveau (2). Millier, de son côté, ne compte, à proprement parler, qu'une paire de nerfs. Nulle part, il ne figure ni ne décrit le nerf optique ; je crois, d'après ses figures et le texte qui les accompagne , qu'il a regardé comme une simple branche de son grand nerf (.seconde paire Nob.), ce qui est pour moi la troisième paire ; enfin, la qua- trième et la cinquième paire lui ont échappé , sans doute à cause de leur ténuité. Voici le résultat de mes observations personnelles. Le renflement ganglioniforme antérieur , en d'autres termes le cerveau , ressemble tout- à-fait aux autres renflements par sa partie postérieure; son plus grand diamètre vertical n'est môme pas sensiblement plus fort. En avant , il se termine en pointe mousse ou même ovoïde (3) ; cette terminaison est éloignée du cul-de-sac formé par la dure-mère d'au moins ^j ou -n; de millimètre (k). La première paire de nerfs est formée par les nerfs optiques. Ces nerfs prennent naissance sur les côtés et au-dessous du cer- (1)PI. 10; PI. Il, (2) PI. 10; PI. 11. (3) PI 10 el PI. 11. (4) PI 10, fig. 7. UE QLA'l'REI''.tl;l':K. SI It LA.MI'IIIOXLS. 221 \ eau, à très peu do distance de son extréMiiité anléi'ieure ; ils se portent obliquement en avant, et se terminent à l'œil qui eslap- ])lic[ué ininiédiatement contre la dure-mère (jui le recouvre (1 1. Ciia(|ue neif optique est légèreinent courbé sur son trajet. A son origine, il s'épate en forme de cùne contre le cerveau, ]iuis devient à peu près cylindrique, et s'élargit de nouveau en arrivant à l'u'il. Sa longueur est à peu près de 7^ de millimètre; son diamètre dans la portion cylindrique d'environ i,';, de millimètre. La seconde paire de nerfs est celle qui a été vue par Goodsir, décrite et ligurée avec quelques détails par Muller. Les troncs qui la forment prennent naissance des deux côtés du cerveau en haut et sur les côtés. Leur base occupe plus des deux tiers de la hau- teur du ganglion cérébral (2) ; puis ils se portent en avant et sur les côtés en se rapprochant de la corde dorsale , et après avoir dépassé l'extrémité de la dure-mère , chacun d'eux donne un pre- mier rameau qui se dirige vers le bord inférieur de la bordure marginale du corps (nageoires des auteurs) (o). Deux autres forts rameaux , placés successivement du même côté , suivent la même direction , en se dirigeant de ]ilus en plus obliquement en avant. A ces trois rameaux inférieurs correspondent, ])oiu' les fonctions , mais non pour la position sur le tronc principal , trois grands ra- meaux supérieurs; les rameaux intérieurs ayant toujours leur ori- gine plus ou moins en arrière de celui des rameaux supérieurs (4). Enfin le tronc principal se bifurque , et se ramilie lui-même vers la partie la plus antérieure de la bordure marginale (5). La distance à laquelle naissent ces diverses branches n'est pas con- stante dans tous les individus. La troisième paiic de nerfs prend naissance sur le cerveau au- dessous et un peu on arrière de la préciklente (6). Peu après sa sortie du canal de la dure-mère , chacun des troncs qui la com- pose donne une petite liranche très grêle, qui se ])orte en haut et sur les côtés (7) ; puis le tronc nerveux, après avoir décrit une (1) 1>I. 13, fig. 7, et ri 11, ;■•. (3) PI. 10; ri. 11. (2) PI. 10; PI, H, (. (6) PI M, m; Pt. 10. (3) PI 10. (7) PI, 11. (41 PI 10. PI II, 222 vuYAGi; ivN sicu.i:. courbe assez pruuuncéc à concavité postéiieure , se bifurque. L'une des branches poursuit la même direction, et vase ramifier et se perdre dans la bordure marginale (1) ; l'autre se porte en arrière , se recourbe ensuite vers le bas , et , parvenu dans le voi- sinage de la bouche , se recourbe de nouveau presque à angle droit , et se dirige en arrière en longeant cette cavité (2). Dans ce long trajet, le nerf dont nous parlons ne donne qu'un petit filet à peu de distance de la corde dorsale ; mais il m'a semblé que , parvenu à la bouche , il donnait au contraire" des raniuscules très nombreux et très déli('s (3). Le nerf lui-même m'a paru ne pas perdre en diamètre , et cette circonstance me fait douter de l'existence de cas ramilication.s. Peut-être le tronc d'où elles semblaient émaner se continue-t-il jusqu'à la cavité branchiale : c'est un fait dont il ne sera pas aisé de s'assurer à cause de l'é- paisseur que les parois du corps acc[uièrent sur ce point , et de la présence des masses musculaires latérales qui gênent ici pour l'observation. Cependant il serait à désirer qu'on pût vérifier ce qu'il y a de vrai dans la conjecture que je viens de former ; car , en ce cas , le nerf dont il s'agit correspondrait évidemment au pneumogastrique , et le tronc d'où il émane reprc'.-^enterait le nerf trijumeau , comme la seconde paire que j'ai décrite me semble correspondre au trifacial. La quatrième el la cinquième paire de nerfs naissent à la partie supérieure du ganglion cérébral (k) ; elles se portent directe- ment en haut, et vont se distribuer à la bordure marginale. Si la seconde paire de nerfs correspond , sous certains rapports, au gros tronc qui, dans la moelle épinière, sort de chaque renllement ganglioniforme , on voit que ces deux dernières paires cérébrales représentent le rameau dorsal des paires spinales. On a donné jusqu'à présent peu de détails sur la manière dont se distribuent les nerfs de la moelle épinière. J'ai cru devoir re- présenter ici avec soin la disposition que présentent les premières (1)PI. M. (2) PI. 10 , PI. Il, n. (3) PI 10, cl PI. 11. o, p. (4) PI. 10. DE QlATREF.tftEM. — SI li I.'aMI'NIOXLS. 223 paires, afin surtout de montrer comment elles se comportent re- lativement à l'appareil qui entoure la bouche. La première paire se distribue seulement aux muscles (1) ; et je n'ai rien à ajouter à ce que Miiller avait déjà dit. Les nerfs des quatre paires suivantes ['2) sont plus forts que ceux qui forment la précédente. Après avoir fourni des rameaux musculaires, ils se prolongent de haut en bas, donnent un nombre variable de rameaux aux parois de la bouche , et franchissent l'anneau cartilagineux qui entoure cette cavité (3). Ils se divisent alors en. un nombre considérable de filets, qui se distribuent à la bordure membraneuse et musculaire de l'appareil buccal. Il m'a paru que chaque cirrhe était accompagné dans toute .sa longueur par deux de ces filets, placés, l'un en avant, l'autre en arrière de la baguette cartilagineuse (4) ; du moins , j'ai pu constater cette disposition dans un grand nombre de cas et sur plusieurs de ces cirrhe Nous n'avons rien à ajouter à ce que noua avons dit relative- ment à la partie moyenne du système nerveux central. Les nerfs qui en partent paraissent se distribuer d'une manière assez ana- logue à ce que nous venons de voir dans la région de la bouche ; mais la transparence des individus que j'ai eus en ma possession n'était pas assez complète pour me permettre de porter bien loin mes observations à cet égard. J'ai cru devoir représenter aussi avec détail l'extrémité posté- rieure de l'animal , afin de montrer comment se termine la moelle épinière. Jusqu'à la dernière paire de nerfs , on voit toujours les renfiements ganglioniformes qui caractérisent la moelle épi- nière de l'Amphioxus : seulement, ils m'ont paru ici plus allon- gés , et moins prononcés qu'en avant (5). Au-delà du dernier renflement, la moelle épinière se prolonge en un filet mince de 5^ de millimètre en diamètre à peu près, qui se renfle et forme une sorte d'ampoule très prononcée au niveau même de l'extré- (1) PI. 10. (i) PI 10. (2) PI. 10. (.5) PI. 12, fig. 1, rf. (31 PI 10 22/1 VOVAr.K K.N SICII.I'. mité de la corde dorsale (1); la dure-mère l'accompagne, et la revêt jusqu'à sa dernière terminaison. ].es nerfs de l'avant-dernière paire ne présentent rien de par- ticulier (2). Ceux de la dernière paire ne fournissent le rameau dorsal qu'à une assez grande distance de leur origine (3) ; puis ils se prolongent en arrière , et leurs dernières ramifications arri- vent jusque vers l'extrémité même du corps, ou mieux, de cette bordure marginale qui l'entoure en tous sens , et que l'on a nommée les nageoires. Je dois ici faire une observation qui me semble avoir quelque importance. Dans le dessin , où j'ai représenté , très grossie , la terminaison antérieure du Branchiostome (4) , les moindres filets nerveux ont été copiés à peu près rigoureusement ; leur nombre est au moins égal à celui que pi'ésente la gravure, et s'il existe une différence , c'est plutôt en moins (ju'en plus. Bien que ces filets ne puissent présenter une grande fixité d'un individu à l'autre, il m'a semblé qu'il y aurait quel(|ue intérêt à montrer jusque dans ses derniers détails le mode de distribution des nerfs dans le sin- gulier animal qui nous occupe. Le dessin qui représente l'extré- mité postérieure (5) a été tracé dans le même esprit , mais ne pré- sente pourtant pas la même rigueur dans les derniers détails. Ici le nombre des divisions nerveuses extrêmes est plus considérable que je ne l'ai figuré, obligé que j'étais de ne pas multiplier outre mesure des figures de trop fortes dimensions. Ces ramifications m'ont paru être un peu moins nombreuses , et un peu moins rap- prochées dans les autres parties du corps , si ce n'est à l'appareil qui entoure la bouche. Ou peut en juger par le dessin , qui ne re- produit que les principales de ces dernières ramifications] (6). (1)PI. 12, fig. I etfig. 2. — Je ne suis pourlant pas certain que ceUe disposi- tion soit constante. (2) PI. 12, fig. 1. (3) PI. 12, fig. 1. (i)PI. 11. (5) PI. 12, fig. 1. (6) PI. 10. i DE Qt;.irKE:F.t«iii':s. - si r. i.'AMrinoxLS. 225 Celle abondance de ncrls dans les ap|)endices buccaux confume , ce nie semble, l'idée qui a dû se présenler à l'esprit de bien des zoologistes , que ces appendices doivent être plus spécialement le siège du toucher. Organes des sens. Organes de la vision. Nous avons vu f|ue , jusqu'à l'époque des recherches de M. Uelzius, on avait refusé au Branchiostome tout organe des sens. Ce naturaliste regarde comme des yeux rudi- mentaires les deux petits points colorés que l'on aperçoit sur les côtés du système nerveux central , h. son extrémité antérieure. Millier a adopté cette manière de voir, que Goodsir avait com- battue, et ajoute ciu'oii ne trouve à ces organes atrophiés aucune trace d'appareil optique (l). Ici, mes observations personnelles dilïèrentde celles de l'illustre naturaliste de Berlin. J'ai représenté, en copiant aussi rigoureusement que pos- sible ce que j'avais sous les yeux, l'œii d'un Branchiostome {H). A son extrémité antérieure, le nerf optique s'épate et aboutit à une masse de pigment en forme d'anneau (3). Au-delà de ce pigment, on voit un corps arrondi, transparent, réfractant la lu- mière avec plus de force que les tissus environnants (4). Ce corps est appliqué, ou mieux, comme enchâssé dans la dure-mère, l ne sorte de capsule aplatie, à parois excessivement minces, en- veloppe le pigment et le corps hémisphérique (5). Elle est remplie d'une substance légèrement orangée qui rn'a paru liquide. Le pigment lui-même, vu à ce grossissement , est d'une couleur lie de vin sombre. Nous trouvons ici tous les éléments d'un œil , tel qu'on voit cet organe se présenter chez les animaux invertébrés, où il a subi de grandes dégradations. On admettra, je crois, facilement avec moi que le corps transparent hémisphérique n'est autre chose (1) Loc. Cil , p. 19. (2) PI. 13, lig. 7. 1^) PI 1.3, lig. l.e. (l)PI t3,lig. 7, A. (•".J PI l.i, lig. 7, rf. r >orii'. Zni.L. T. IV [rictobre <84ï ) s 'S 290 VOYAC.K EN SICII.IÎ. qu'un cristallin dont le pigment cache la partie postérieure. Cette circonstance m'a empêché de reconnaître s'il reposait immédia- tement sur le nerf optique. Mais il me paraît probable que la dis- position des parties doit offrir une grande analogie avec ce que l'on voit chez les Mollusques assez petits pour qu'on puisse faire par transparence des observ;itions de même nature. Organe olfactif. Si l'on ne peut conserver, ce me semble, de doute sur la nature de l'organe que je viens de décrire, il n'en est pasde même pour celui que M. Kœlliker aregardé commel'organe olfactif, et que j'ai trouvé, de mon côté, pendant mon séjour à Messine, sans savoir qu'il avait été observé parle naluralisle que je viens de nommer. Entre les deux nerfs optiques et un peu à gauche de la ligne médiane , on aperçoit une sorte de cupule faisant une saillie considérable au-dessus et en avant du cerveau (1). Les pa- rois de cette cupule sont épaisses, demi transparentes , couvertes extérieurement de petites taches d'un pigment noir, qui devient beaucoup plus abondant autour du point par où la cupule adhère au cerveau (2). Les bords forment à l'intérieur un bourrelet bien marqué. Toute la surface interne est hérissée de cils vibraiiles très déliés, mais très longs (3). Cet appareil est placé dans une grande cellule évidemment remplie d'un liquide; car les cils vibratiles agitent et mettent sans cesse en mouvement des corpuscules noirs irréguliers, dont on suit les mouvements dans toute l'étendue de la cellule (i). Je n'ai pu reconnaître si cet organe singulier reposait immédia- tement sur le cerveau, ou bien si ce dernier lui envoyait un prolon- gement nerveux. Dans ce dernier cas , ce prolongement serait très court, et sa longueur ne dépasserait pas l'épaisseur de la dure-mère. L'organe que je viens de décrire, d'après ce que j'ai vu , et que M. Kœlliker avait déjà décrit à peu près dans les mêmes termes, ne peut, d'après sa position, être que l'organe olfactif. La forme de la cupule rappelle les premières traces de cet organe , telles (1) PI. M, q; PI, 13, fig. 6. (2) PI 13. fig, 6, Il (3" ri M et PI 13, fig. 6, r. (4) PI. M ; PI. 13, fig. 6, il. »K QLATREFAKES. — SLR I.'aMPIIIOXIIS. 227 que M. Vogt les a décrites dans son Emhningénie des Salmones. Cej)ciidant nous trouvons ici des circonstances particulières très remarquables. M. Vogl n'a vu ni cils vibratiies, ni cor[)uscuies mis en mouvement par ces cils. Cette dernière particularité sem- blerait même se rajjjjorter plutôt h un organe auditif (|u'à un ap- pareil olfactif. Toutefois nous partageons pleinement l'opinion de M. Kœiliker; car il nous paraît en deiiors de toutes les analo- gies d'admettre que l'oreille se trouvât située en avant et entre les deux yeux. uisroLO<;iE. Système nerveux. Pour ne pas fractionner ce que j'ai à dire du système nerveux , je vais placer ici les détails que j'ai pu recueillir sur l'organisation intime de ces diverses parties. Goodsir a remarqué le premier (|ue la moelle épinière est en- tièrement composée de cellules auxquelles il attribue, de plus, un nucléus. Mes observations diffèrent un peu de celles du natura- liste anglais. Autant qui; j'ai pu le reconnaître sur le vivant, ce ne sont pas des cellules proprement dites, mais bien des granu- lations assez irrégulières, et ne présentant aucune apparence de nucléus réel (l). Le diamètre de ces granulations varie de ^[^ à jjj de millimètre. La structure des nerfs m'a paru semblable à celle de la moelle épinière. Je n'y ai pas retrouvé ces fibres primitives déo'ites et figurées par Croodsir. .l'ai cru, au contraire, reconnaître dans les troncs principaux des granulations analogues à celles de la moelle «pinière , mais beaucoup moins distinctes. Ce cordon granuleux est renfermé dans une gaïne oii l'on distingue quelques sti-ies à peine marquées. Seraient-ce les espaces séparés par ces stries que M. Goodsir aurait considérés comme des libres primitives? Ce serait possible. I.,e nerf optique présente une apparence un peu dillérente. On ()) Je reviendrai plus bas sur ees apparences qui ont fail, je crois, allrihuer un nucléus a itis cellules , dans beaucoup de circonstaBcesou ceUe partie inin.iue réellement 2"2S VOYAGE EN SICILE, dislingue bien à sa base les stries dont nous avons parié, et même elles s'étendent à la surface même du cerveau ; mais , dans le reste de son trajet, ce nerf m'a semblé homogène et composé uni- quement d'une substance diaphane à granulations serrées et très petites. Quoi qu'il en soit , les derniers filets ne présentent plus ni stries ni granulations. Ils ne montrent plus, sous les plus forts grossis- sements, qu'un cordon cylindrique homogène entièrement trans- parent, épais de ^ de millimètre (1). Les premiers rameaux qui résultent de leur réunion oITrent entièrement la même apparence, et ce n'est que dans les troncs plus volumineux qu'apparaît la structure que je viens de décrire. Ces derniers filets présentent une particularité bien digne de remanjue. On admet généralement que , chez les animaux ver- tébrés, les nerfs se terniinenl en anse, de telle sorte que chaque nerf terminal est doublé en quelque sorte par lui-même. Les nom- breuses observations qui ont été faites sur ce point, et qui se con- firment les unes les autres à quelques détails près, semblent ne devoir laisser aucun doute sur ce point. Toutefois rien de sem- blable n'existe chez l'Amphioxus. Ici. la transparence absolue de la bordure marginale rend l'observation extrêmement facile, et l'on suit sans aucune peine les nerfs jusqu'à leur dernière extré- mité. Là on les voit s'épater en formant un cône irrégulier ou un |ietit mamelon qui s'applique contre la couche interne des tégu- ments, qui est ici très mince , diaphane, homogène, et ne présen- tant aucune particularité appréciable de structure (2). Rien ici ne rappelle, on le voit, ni l'anse, ni le double filet décrit dans les autres Vertébrés. Un grand nombre de ces derniers filets nerveux aboutissent cà de petits organes vésiculaires ovoïdes à parois proportionnelle- :nent épaisses , et dont le contenu légèrement granuleux réfracte la lumière avec moins d'énergie que les parois elles-mêmes. Ces organes, sur l'usage desquels on ne peut guère que former (1) PI i:i. fig, S.r.c (2) l'I. IS, Hg. 8, es fibres élémentaires des masses muscu- laires latérales ne présentent rien de bien particulier. Ce sont des cylindres qu'on peut isoler sans trop de peine, homogènes, trans- parents, finement striés en travers, et dont le diamètre est de ^ de millimètre (2). Les muscles abdominaux présentent une circonstance remar- <[uable déjà signalée par Mûller. Leurs fibres élémentaires ne sont pas striées. Ce sont des cylindres parfaitement lisses et transpa- rents (3). Du moins il en est ainsi pendant l'état de relâchement. Millier ajoute qu'on ne les voit pas se strier en travers pendant la contraction. Je crois avoir vu le contraire , et avoir constaté la formation de stries pendant ce mouvement vital : cependant ce fait aurait besoin d'être confirmé. Lorsque j'ai fait mes obser- vations, je ne connaissais pas la remarque du naturaliste alle- mand, et peut-être ai-je confondu quelques fibres des masses mus- culaires latérales avec celles des muscles dont il s'agit ici. Je n'ai trouvé aucune trace de stries dans les faisceaux muscu- laires qui servent à mouvoir les cirrhes de l'appareil buccal (4), (1)P1. 12, fig. 6, a. (2) Pt 13, fig 4. (3) PI. 13, fig. 5. (i)Pt 13, fig. 2. r DE QUATREFAGES. — SUR I.'AMI'UIOXUS. 231 ni dans celui qui met en mouvement l'anneau tout entier (i). il en est de même pour la petite bande musculaire étroite qui oc- cupe le milieu des arcs branchiaux, et dont MuUer a signalé l'existence ("2). Dans ce dernier cas, la circonstance dont nous par- lons peut s'expliquer en disant (jue cette bandelette appartient à un système musculaire à mouvements involontaires. Mais il n'en est pas de même pour les autres muscles dont nous venons de parler, non plus que pour les muscles abdominaux. Ceux-ci ont bien évidemment des mouvements volontaires, et, dès lors, l'ab- sence de stries transverses est chez eux très remarquable ; car c'est, je crois, la seule exception qu'on ait encore signalée chez les Vertébrés. Tissu cellulaire. Entre la peau et les muscles se trouve un tissu d'un aspect très singulier qui remplit les fonctions de tissu cellu- laire , auquel , par conséquent , nous donnerons ce nom , bien qu'il ne ressemble en rien à celui qu'on désigne ordinairement par ce mot. Il est très développé , surtout aux deux extrémités de l'animal, tout le long du dos, sous le ventre, au-delà et en ar- rière du pore abdominal ou orilice postérieur des branchies. Sur les flancs, il semble être remplacé par la couche homogène dont nous avons parlé plus haut. Lorsqu'on examine sous le microscope, même à un grossisse- ment médiocre , un Amphioxus couché à plat , on voit tous les points du corps que je viens de nommer formés d'une couche transparente , qui paraît entièrement composée de cellules isolées. Ces cellules sont allongées, et leur grand axe est presque partout dirigé dans le sens longitudinal (3). Généralement, elles sont comme empilées les unes sur les autres, de manière à former des espèces de traînées perpendiculaires à l'axe du corps ou rayon- nantes aux deux extrémités, et qui laissent entre elles des lacunes ramifiées. Cette dernière disposition est surtout très marquée aux extrémités antérieure et postérieure , et aux points où la bordure niarginale prend plus de développement pour former ce qu'on a (I) PI. 10, {i) IM ri, fig. 3, h. (:i) PI 10. PI. I I , l'I \î lig. I . PI 12. n-. .}. 232 vOYAoïi i:\ sicn.ic. appelé les nageoires (1). Ce sont ces lacunes que M. Mûller paraît avoir prises pour des filaments dont la nature lui a échappé, et qu'il a figurés par de sim|)lcs traits à la partie postérieure de l'a- nimal (2). J'ai donné le nom de celhdes au\ éléments du tissu que je viens de décrire. Il peut toutefois rester quelques doutes à cet égard. Ce n'est guère qu'aux environs de l'extrémité antérieure de la corde dorsale, au-delà de la terminaison de l'axe cérébro-spinal, ([ue la structure cellulaire est parfaitement évidente. Ici , les cel- lules sont grandes et pressées les unes contre les autres , mais de manière cependant à laisser entre elles quelques lacunes (3). Leur forme générale est irrégulièrement sphéi'ique ou allongée. J'en ai toujours trouvé une plus grande que les autres au-dessus et au- dessous de la corde dorsale , le long de laquelle elle semble cou- chée. Dans toute cette partie, les parois des cellules se recon- naissent très bien , et on les voit nettement s'appliquer et se mouler les unes contre les autres, sans cesser d'être distinctes; mais au-delà, et dès qu'elles prennent cette forme irrégulièrement allongée dont nous avons parlé plus haut, on ne pourrait plus affirmer qu'elles possèdent des parois propres. Sur les bords sur- tout, on pourrait très bien croire que ces prétendues cellules ne sont autre chose que des îlnis de matière homogène transparente laissant entre eux des lacunes. (Juoi qu'il en soit, le tissu remarquable que je viens de décrire compose à lui seul toute la partie du corps qui est au-delà des muscles et de l'appareil viscéral. Il se montre seul dans cette bor- dure qui entoure tout le corps, et qu'on a désignée sous le nom de iiaçieoire,en y distinguant plusieurs portions. Cette distinction est jiurement artificielle. La bordure dont il s'agit est entièrement continue dans la plus grande partie de son étendue. Elle ne pré- sente d'interruption qu'au pore abdominal et dans une partie de la région thoracique. La portion qui enveloppe l'extrémité posté- rieure, en se développant sous forme de lancette, prêterait seule, (1) PI. )2, fig. :i (2) toc. cit., PI 11, lig. 2. h) PI. 10 el II /■. DE QIATREFAUES. SDIi l'aMI'IIIOXI S. 23ii ce me semble , à une désignation spéciale , si on ne trouvait à l'autre extrémité une disposition toute pareille. En arrière de la cellule ([ui renferme l'organe olfactif com- mence une série de grandes cellules à peu près égales entre elles, et qui occupent toute l'épaisseur de cette partie du corps (1). Leurs parois propres sont parfaitement distinctes et accolées les unes contre les autres; elles forment au-dessus de l'axe cérébro- spinal une suite de lignes sombres, légèrement ondulées, à peu près parallèles. Ces cellules se montrent sur toute la partie dor- sale du corjjs, à partir du point que nous venons d'indiquer. En dessous, on voit une série toute semblable s'étendant depuis le pore abdominal jusque près de l'extrémité postérieure du corps. Dans leur intérieur, on \ oit un corps opaque assez irrégulier, à structure très finement granuleuse, qui n'occupe pas toute la cel- lule , et paraît être environné d'une matière extrêmement trans- parente (2). Millier, adoptant les vues de M. Goodsir, a considéré ces cel- cules comme représentant les rayons des nageoires. Malgré la haute autorité de ce naturaliste, je ne saurais partager cette ma- nière de voir. La bordure marginale qui représente les nageoires se prolonge en avant et en arrière de ces cellules , sans changer en rien de caractère. Elle règne dans la plus grande partie de l'étendue comprise entre la branche et le pore abdominal , et pourtant là ne se montrent pas ces cellules. Celles-ci, loin de se développer dans le même rapport que la nageoire, disparais- sent ou diminuent de grandeur en avant et en arrière du corps, précisément aux points où cette nageoire acquiert plus de déve- loppement. 11 me semblerait plus naturel de voir dans ces grandes cellules une dépendance du squelette rudimentaire du Branchio- stome. Le corps opaque qu'elles renferment rappelle, surtout à la partie dorsale du corps , les apophyses épineuses naissantes de certains Poissons. La circonstance mentionnée par Muller, que les cellules postérieures renferment deux de ces corps, confir- merait ma manière de voir, plutôt que de l'infirmer, car on ,1) IM, 10 ei II {■Si I'I 10 23/l VOYAGE EN SICILE. sait que , précisément sur ce point , la base des apophyses épi- neuses se compose de deux brandies ([ui se réunissent sur la ligne médiane. On se rappelle que c'est sur un fait de ce genre que Gcoffroy-Saint-Hilaire s'appuyait pour étayer ses idées rela- tives aux diverses pièces composantes de la vertèbre (1). Squelette. L'appareil squelettique du corps de l'Amphioxus est assez difficile à bien délimiter. 11 est évident que parmi les par- ties qui le composent on doit compter la corde dorsale, les rayons branchiaux et les axes à demi solides des cirrhes buccaux. Mais il nous semble qu'on doit y joindre l'appareil fibreux qui entoure la corde dorsale et l'axe cérébro-spinal ; c'est même là , pour nous, qu'est le véritable analogue de la colonne vertébrale. Il faut aussi y ajouter un certain nombre des prolongements qui partent de ce centre fibreux, et servent d'attache aux muscles. Mais, parmi ces prolongements, il est bien difficile de distinguer ceux qu'on pour- rait assimiler aux côtes, et ceux qui ne sont que des ligaments ou des aponévroses. Quoi qu'il en soit, au point de vue liistolo- gique, les éléments du squelette du Branchiostome forment deux groupes bien tranchés. Le premier présente une structure fibreuse; le second, une structure cellulaire. i" Parties squelettiques fibreuses. Il y a peu de chose à dire sur la structure des parties fibreuses du corps de l'Amphioxus. La figure que j'ai donnée d'une portion de la dure-mère (2) repré- sente assez bien l'aspect qu'elles offrent sous le microscope. Elles m'ont paru composées de fibres légèrement feutrées et très adhé- rentes qui résistent sous le scalpel , et se déchirent plus facilement qu'elles ne se laissent diviser. Sous tous ces rapports , il n'y a au- cune dilïcrence à faire entre les portions de l'appareil llbreux qui entourent la corde dorsale représentant la partie essentielle du squelette proprement dit , et les prolongements intermusculaires qu'on pourrait regarder comme de simples aponévroses. Sous le rapport de la structure, on peut rapporter à l'appareil fibreux le squelette plus solide des branchies. Dans ces espèces de (1) Considérations grnéralfs sur ta vertèbre {^Annales du Muséum, t. IX, p. 89, pi. V). (2) PI n, fijz. 7. DE QUATREFAGES. — SUR l'aMI'IUOXCS. 235 petites côtes, je n'ai pas aperçu de traces de cellules. Leur sub- stance est uni(iuenient composée de libres longitudinales assez sensiblement parallèles (1). Les petites traverses en forme d'é- chelons qui les réunissent les unes aux autres présentent la même composition ; mais leurs libres , perpendiculaires à celles des r;iyons branchiaux , s'arrêtent avant d'arriver à ces dernières, et se perdent dans luie substance solide, homogène et dia|)lianc ('2). 2° l'nrties stjiiek'lliijiies de siruclurc celhileuse. (ioodsir et Muller ont décrit la corde dorsale connue composée d'une gaine fibreuse qui l'enveloppe en entier, et mes observations à ce sujet sont en- tièrement semblables à celles de ces deux naturalistes. Ils s'ac- cordent également à regarder le contenu de cette gaîne comme formé de rondelles assez régulières; mais ils dilïèrent dans la description de la structure de ces éléments. Selon Goodsir, ces rondelles paraissent n'être que de grandes cellules aplaties, ayant entre elles peu d'adhérence, faciles à séparer, et à parois fibreuses (3). Muller les décrit comme des rondelles pleines, et dont la substance serait uniquement composée de libres trans- verses (Zi). Mes observations difi'èrent de celles que je viens de rappeler. 11 est vrai que sous un grossissement médiocre et à un premier coup d'œil, la corde dorsale se présente comme divisée transver- salement par des stries qui peuvent faire naître cette idée de pla- ques juxtaposées (5) ; mais ces stries mêmes n'offrent rien de ré- gulier, et lorsqu'on emploie un grossissement plus considérable, on voit qu'elles sont seulement le résultat d'un jeu de lumière facile à expliquer. En effet , la corde dorsale du Branchiostome est composée en entier de cellules aplaties dont le diamètre est beaucoup plus petit que celui de la masse solide , qu'elles contri- buent à former. Ces cellules, comprimées d'avant en arrière, pré- sentent généralement l'aspect que j'ai cherché à reproduire dans fl) IM. 13, fig. :i. II. (i) FI 13, fig. 3. (.!) Loc. cit., p. 250, PI. 2, fig. 4. (4) Lnr cil., p. 9, PI. .'), fig. 3. (■■•] l'I, 10: PI. M , ./, Pt PI 12, lii; I . a. 236 VOYAGE E.N SICILE. mon dessin (1)^ Leur diamètre varie de Jj à -Jj de millimètre. Leur épaisseur est d'environ ;'j ou j^j de millimètre. Mais la ca- vité qu'elles circonscrivent n'a guère que ^-i- ou ^. Les parois en sont très épaisses et fortement appliquées les unes contre les autres. Elles présentent des coupes irrégulièrement hexagonales. Cependant ces parois ne se soudent pas généralement ensemble , et un léger trait à peine distinct indique presque toujours le point où leurs surfaces se rencontrent (2). Sur plusieurs individus, j'ai trouve les cellules que je viens de décrire déformées et irrégulièrement contournées, comme dans la figure ci-jointe (3). Dans ce cas, plusieurs cellules semblent avoir disparu, soit par la pression exercée par quelques cellules voisines développées outre mesure , soit par l'épaississement de leurs parois ; mais , dans ce cas même , je reconnaissais presque tou- jours la ligne de démai'cation des parois de chaque cellule et la trace de leur cavité , les surfaces internes s'étant seulement rap- prochées jusqu'au contact, sans pour cela se souder intimement. On comprendra facilement, d'après ce que nous venons de dire, comment MM. Goodsir et Miillerontpu croire à l'existence de rondelles fibreuses juxtaposées, comme éléments de la corde dorsale. Ces cellules aplaties se prêtent, en elfct, facilement à cette espèce de division, surtout chez des individus conservés dans l'alcool , et les cellules racornies par l'eiïet de la liqueiu- peuvent très bien, à un faible grossissement, produire l'eflet do simples fibres, à cause de l'épaisseur considéi'able de leurs parois. La structure du squelette de l'appareil buccal présente de grandes analogies avec ce que nous venons de voir. L'anneau cartilagineux qui entoure la bouche ressemble même entièrement sous ce rapport à la corde dorsale , si ce n'est que les cellules qui le composent sont de dimensions plus petites ; il est également entouré d'une gaine fibreuse, qui revêt en particulier chacune des portions qui le composent (4). Les stylets cartilagineux qui en (i)PI. 12, fig. 4. (2) PI. 1-2, fig. 4. (3) PI. 12, fig. 5. (i PI. 13, lig. 2. ttK ql'<%tri<:fa«;e»«. — si ii i.'ami'iiioms. 237 partent el formenl l'axe solide des cirrhes sont également de structure cellulaire ; mais ici les cellules sont moins fortement aplaties, et leur diamètre transversal est proportionnellement plus considérable (1). A l'extrémité même, leurs dimensions se régu- larisent davantage, et leurs diamètres transverses ou longitu- dinaux deviennent à peu près égaux ; elles forment alors une masse d'aréoles à coupe irrégulièrement hexagonale , et où l'on distingue facilement les parois propres de chaque cellule et la ligne de démarcation qui indique leur juxtaposition ('2). Ces cellules ont aussi des jjarois épaisses. Leur contenu, légèrement granuleux, réfracte la lumière moins fortement que les ])arois, ce qui pourrait faire croire à l'existence d'un nucléus , dont il n'existe en réalité aucune trace (3). Toutes les parties squelettiques que nous venons de décrire présentent un caractère commun : c'est de ne j)as montrer de trace d'effervescence quand on les plonge dans l'acide nitrique ou hydrochlorique. Elles ne contiennent donc pas de carbonate calcaire ; je n'ai pu davantage y reconnaître la pré- sence du phosphate de chaux. Si cette dernière observation est vraie , il s'ensuit que le squelette de l'Amphioxus est composé uniquement de matière organique et probablement de chondrine. Sang. Retzius et Mùller ont déjà remarqué que le sang de l'Amphioxus est parfaitement incolore ; ni l'un ni l'autre n'y ont aperçu de globules. Les observations que j'ai faites sont entière- ment semblables. Dans le grand tronc vasculaire qui longe les branchies (co-ur des branchies de Mùller) , je n'ai pu distinguei la moindre teinte , alors même (pi'il était distendu par le sang. Je n'ai rien aperçu qui ressemblât aux globules, jusqu'à présent signalés chez tous les Vertébi'i'is. Non content de cette observation, j'ai coupé plusieurs individus par morceaux tantôt en les laissant trem|)er dans un peu d'eau de mer, tantôt en les plaçant sur des <\) PI. 13. flg, 2. fî) PI. 12, fig. 6. {:)) PI. 12, fig. 7 — Je crois que (kiiis bien ilps circonslanees une structure, analogue à celle que je viens de décrire , a induit en erreur des observateurs qui ont déi ril [ircsqnc parinut des colhiles a noyau. 238 VOYAGE EN SICILE. verres parfaitement secs ; dans aucun cas , je n'ai trouvé de glo- bules. J'ai bien vu flotter dans le liquide ainsi obtenu des corpus- cules irréguliers, diaphanes, homogènes, analogues à ceux que charrie le sang chez les Mollusques , ou qu'on rencontre dans la cavité abdominale de certaines Annélidcs ; mais rien ne rappelait les globules réguliers des Mammifères, Oiseaux, Reptiles ou Poissons: aussi je regarde aujom'd'hiii comme pleinement constaté ce fait, si exceptionnel i)armi les Vertébrés, que, chez l'Am- phioxus , le sang est blanc etsans globules. COiNSIDÉKATIONS GÉNÉliALES. — AFFINrrÉS liT ANALOGIES ZOOLOGIQllES. Il est peu d'animaux aussi dignes que l'Amphioxus de toute l'at- tention des zoologistes ; il en est peu qui présentent autant d'in- térêt sous tous les rapports. On nous pardonnera de résumer ici rapidement ([uelqnes unes des réflexions que fait naîlre l'étude de cette singulière organisation. Le fait le plus général qui ressort des détails dans lesquels nous sommes entré , c'est qu'il y a chez l'Amphioxus une tendance remarquable à la fusion des parties ordinairement distinctes d'un même appareil , et même à la réunion di! divers appareils. Ainsi, à l'extérieur, nous ne trouvons, à vrai dire , f|u'uiie seule nageoire continue, faisant presque tout le tour du corps. Le nombre des ouvertures qui établissent la communication de l'intérieur avec l'exiérieur est réduit à trois, bouche comprise; et ce fait nous annonce à lui seul que l'organisation interne doit avoir subi de profondes modifications. Cette tendance se prononce encore plus à l'intérieur; il n'y a plus de distinction entre la moelle épinière et le cerveau ; le nombre et la nature des troncs nerveux qui partent de ce dernier permettent seulement de le considérer comme étant autre chose que les ganglions placés en arrière ; ces troncs eux-mêmes, réduits à un petit nombre, doivent nécessairement suppléer aux fonctions de ceux qui manquent. Ainsi la dégradation se manifeste à un haut degré dans le système organique le plus essenliel , celui dont on a dit qu'il était l'animal tout entier. DE Çl'ATREFACiES. SVR I.'aMI'1II0\ l S. 239 Mai.s cette Lcndaiice à la l'iision duvicul bien plus manilesle en- core dans les appareils de la vie animale. Ici nous trouvons une bouche , espèce de vestibule s'ouvraiit dans une cavité , qui t'ait à la fois les fonctions d'œsopiiage, de cavité respiratrice et de cavité abdominale : car les aliments la traversent pour se rendre à l'in- testin, et elle renferme les branchies aussi bien que les ovaires. Comme issue à cette cavité, nous ne trouvons qu'un seul orifice, le pore abdominal, qui sert ainsi à l'expulsion des a'ufs et de la se- mence , aussi bien qu'à la sortie de l'eau expirée. Remarquons en passant avec Millier que cette fusion a entraîné un déplacement bien remarquable dans rorilice des ore;ancs de la génération , qui se trouve ici placé bien en avant de l'anus au lieu d'être situé en arrière, comme on le voit chez tous les Poissons. Remarquons aussi que les reins , s'ils existent réellement , ne peuvent rejetei' au dehors les produits de leur sécrétion que par cette même ou- verture, qui servirait ainsi à un triple usage. Dans l'appareil circulatoire, la fusion que nous signalons est allée jusqu'à la disparition complète du cœur; car il est évident, d'après ce que nous avons vu plus haut, que cet organe n'existe pas, et que ce sont les troncs vasculaires eux-mêmes qui sont chargés d'en remplir les fonctions. Ainsi , en résumé , l'Amphioxus manque de colonne vertébrale, ou tout au moins de crâne ; il n'a point de cerveau distinct ; il n'a point de cœur ; son sang est incolore et ne renferme pas de glo- bules. En d'autres termes, il y a chez lui absence de presque tous les caractères regardés comme essentiels aux animaux Vertébrés. Cependant, à l'exception de Pallas, qui se trompa entièrement sur sa nature, tous les naturalistes qui se sont occupés de lui l'ont rangé parmi les animaux de ce groupe. Us ont eu raison de lui assigner cette place dans le cadre zoologique. Mais pour justifier en quelque sorte cette manière d'agir, il faut bien reconnaître que l'Amphioxus présente un exemple remarquable de dégradation organique; il faut bien admettre que ce n'est qu'un J'erlébré dé- gradé. (]'est surtout à ce litre que l'Amphioxus mérite toute l'attention des zoologistes. Chez les Invertébrés inférieurs, on trou\e de 240 VOYAGK E^ SICILE. nombreux exemples de ces iléf/radalhms oiyaniiiups , et les limites dans lesquelles elles peuvent faire varier les types qu'elles alter- nent sont très étendues. Chez les animaux vertébrés, ces exemples sont beaucoup plus rares, ces limites infiniment plus restreintes. De là , pour les zoologistes dont les études habituelles se sont ar- rêtées sur ce groupe à type fixe, une extrême difficulté à admettre les résultats souvent les plus immikliats de l'étude des groupes à lijpe très variable. Le Branchiostome , avec son organisation si excentrique , peut leur donner une idée de ce qui se rencontre à chaque instant chez les animaux inférieurs : et peut-être , en songeant aux particularités que présente ce Poisson, seront-ils moins prompts à rejeter comme impossibles certains faits , par cela seul qu'ils n'ont rien d'analogue chez les Mammifères nu les Oi- seaux. Cette dégradation du type des Vertébrés chez le Branchiostome semble s'être effectuée par deux procédés distincts. Elle a eu lieu tantôt par suite d'arrêts de développement , tantôt par suite de cette fusion dont nous avons signalé plus haut les principaux résultats. Goodsir a remarqué le premier avec raison (ju il y avait chez ce singulier animal persistance de certains caractères embryo- logiques. En d'autres termes , le Branchiostome nous présente des arrêts de développement normaux. La non-ossilication du squelette, la persistance de la corde dorsale, l'existence d'un canal dans la moelle épinière, sont autant de caractères qui rappellent un état purement transitoire chez les embryons des autres Poissons , et même chez ceux d'animaux plus élevés. L'absence de stries dans les fibres élémentaires des muscles abdominaux peut encore être rapportée au même ordre de faits, ainsi que l'état du tissu, que j'ai pu considérer comme représentant le tissu cellulaire. Il y a peu d'années, on aurait rangé dans la même catégorie la struc- ture cellulaire, tant de la corde dorsale que de la partie solide de l'anneau et des cirrhes buccaux ; mais d'après les travaux plus modernes, il est évident que cette structure , si longtemps regar- dée comme particulière au règne végétal, se retrouve chez les animaux , et peut-être qu'elle est générale dans le squelette de tous les Poissons cartilagineux. Du moins , les recherches dont DE QIATRKKAWKS. — NI II l'aMI'IIIOXDS. 2^1 M. Valenciennes a publié un extrait (1) nous autorisent presque à admettre dès aujourd'hui cette dernière conclusion. Le fait seul de la fusion en un seul organe de plusieurs organes distincts entraîne évidemment la dégradation de l'appareil dans lequel se passe cette modification. Mais il peut alors se présenter deux circonstances bien distinctes : ou bien les fonctions dévolues à chacun des organes isolés persistent et se trouvent accumulées, pour ainsi dire, dans l'organe unique qui les représente ; ou bien la disparition de certains instruments organiques entrahie celle des fonctions dont ils étaient chargés. L'Ampliioxus nous présente des exemples de ces deux cas. Cependant, le plus souvent, la fonction a survécu à l'organe. Ainsi le cœur n'existe plus ; mais son rôle comme agent d'impulsion du sang est rempli par les grands troncs vasculaires eux-mêmes, qui sont devenus contrac- tiles, et servent, non plus seulement à contenir et à transporter le sang dans les diverses parties du corps, mais encore à lui im])ri- mer le mouvement nécessaire à l'accomplissement de la circula- tion. La fusion de toutes les cavités du corps en une seule ne pré- sentant au dehors qu'un seul orifice , n'a changé que peu de chose au mécanisme de la respiration et de l'expulsion au dehors des produits des organes de la génération. Mais, d'un autre côté, œtte même fusion et l'absence d'une bouche véritable semblent avoir entraîné la disparition de la déglutition proprement dite, fonction qui est remplacée ici par l'existence d'un courant affé- rent uniforme, et produit par l'action de cils vibratiles. Quoi qu'il en soit, les modifications que le type des animaux Vertébrés a subies dans l'Amphioxus ont un double résultat. D'un côté, comme nous venons de le voir, elles l'écarlenldu groiipedont il fait néanmoins pai-lie; di; l'autre, elles établissent entre lui et cei'tains Invertébrés des analogies remarquables. IiRli([uons rapi- dement les principales. La bouche de l'Amphioxus n'est pas, à proprement parler, um; bouche de Vertébré, quant à sa structure. L'appareil (|ui la borde rajji'elle, il est vrai, l'appareil buccal des Myxinoïdes, comme {I) Comples-rcnilus de l'Académie des Scimces, 1844. 3' série. Zool T. IV (Ocli)lirp I8i;i.) , 16 <2!l'2 vovv<;k i;n srcii.i:. l'a fait observer Mûllcr; mais la manière dont se fait la préhension des aliments ne se retrouve que chez les derniers Mollusques et Annelés. Ici, pas plus que chez l'Amphioxus, il n'y a de déglu- tition proprement dite, mais seulement production à l'aide de cils vibratiles d'un courant qui entraîne dans la cavité buccale le liquide ambiant et les corps qu'il tient en suspension. La déglutition , si elle a lieu, se passe au fond de la cavité thoracique , à l'ou- verture du court œsophage qui s'ouvre dans l'intestin, et qui con- siste, comme nous avons vu, en un simple étranglement. L'absence de mouvements musculaires dans l'intestin , la pré- sence de cils vibratiles agitant les aliments ingérés, les réunissant en une sorte de cordon qui occupe l'axe du tube digestif, et agis- sant également à peu près seuls dans l'acte de la défécation , sont encore autant d'analogies avec ce (|u'on observe chez les Anné- lides. J'ai suivi bien des fois, sur de petites espèces transparentes, les phases de la digestion, et ce que j'ai observé chez ces animaux Annelés rappelle parfaitement ce qui se voit chez l'Amphioxus: seulement, les parois de l'intestin sont contractiles chez les Anné- lides, qui , sous ce rapport, sont au-dessus du Branchiostome. î,a présence de ces mêmes cils vibratiles sur les branchies, fait qui n'a encore été observé chez aucun autre Poisson, • rappelle ce qu'on trouve sur les organes respiratoires des Mollusques. Faisons observer, de plus, que la manière dont s'accomplit la respiration chez l'Amphioxus et chez plusieurs Mollusques acéphales offre la plus grande analogie. Chez les uns et les autres, les branchies sont suspendues dans une sorte de canal formé , chez le premier, par la cavité thoraco-abdominale ; chez les derniers , par le man- teau, et qui, dans les deux cas, s'ouvre en arrière par une ouver- ture uniciue (1). Chez les uns et les autres, le liquide aéré est mis en mouvement par les cils vibratiles, et traverse rapidement ce canal respiratoire. Enfin une même ouverture sert, chez les Mollusques dont nous parlons, à la sortie des produits des or- (I) Chez certains Mollusques acéphales qui onl un manteau ouvert, les bords de cet organe s'appliquent l'un sur l'autre, et forment un véritable cai.al quand la respiration s'eierccénergiquement. C'est une observation qu'on peut faire faci- lement sur les Anodontes, commeje l'ai dit ailteurs. «F, «lATRKFAt^E:^. — SU! l'ami-iiiox ts. ^/i;i ganes générateurs , aussi bien qu'à l'expiration de l'eau, tout comme nous avons vu que les choses se passent chez le Bran- chiostonie. M. Goodsir a remarqué le premier que la circulation de l'Am- phio.xus présentait une grande analogie avec celle des Annélides. Bien que ce naturaliste eût été trompé par ses dissections, sa re- marque est vraie, et Mùller l'a répétée, après avoir pu, grâce à l'observation par transparence, reconnaître la véritable disposition de l'appareil circulatoire. Chez l'Amphioxus, comme che^ les An- nélides, nous avons deux troncs opposés contractiles, entre lesquels s'étendent , dans la région thoracique , les branches et rameaux brandiiaux , et que réunissent en avant des troncs considérables, qui ne traversent pas l'appareil respiratoire. Ici la ressemblance avec ce qu'on observe dans les grandes Eunices est presque com- plète. Rien n'y manque, pas même ces bulhilles contractiles dont M. Edwards a fait connaître l'existence dans l'Eunice sanguine. A vrai dire , la direction des courants du sang établit seul^e une dilTérence marquée. On sait, en elfet . que, chez les Annélide?, le vaisseau dorsal se contracte d'arrière en avant, et le vaisseau ab- dominal d'avant en arrière. Dans TAmphioxus, le sang se meut en sens contraire. Sous ce rapport, (tii retrouve ici ce qu'on ob- serve dans les autres Poissons. Qu'on me permette de hasarder ici une conjecture, M. Mulli-r ni aucun des naturalistes qui se sont occupés du Branchiostome n'ont pu reconnaître autre chose de l'appareil circulatoire, que les troncs les plus gros. Dans mes recherches sur la structure des nageoires, ou mieux, de tout le tissu compris entre les masses musculaires et la peau, je n'ai pu apercevoir la moindre trace de vais.seau. Cependant il existe, à l'extrémité antérieure surtout, une étendue considérable uniquement formée par le tissu aréolairè que j'ai décrit plus haut, et qui doit néces.sairement recevoir sa part de fluide nourricier. Serait-ce être trop hardi que d'iidmettre que dans toutes ces parties la circulation est puiemeni la<'unaire, et que le sang se meut précisément dans ces espaces que laissent entre elles les cellules ou les îloln dont j'ai parlé? J'ai cru recûnnaîtr(- m.o ou deux fois le mouvement de très petits corpuscules dans ,]ucl- '•2!ili \o\M.ii E\ sicii.i;. ques unes do ces lacunes; mais cette observation imparfaite ne me permet de rien affirmer, et, je le répète, je ne présente ici qu'une simple conjecture, qui me semble néanmoins avoir pour elle de grandes probabilités. D'après ce que nous avons vu plus haut , le sang de l'Âm- phioxus diffère essentiellement, quant à ses propriétés physiques, de celui des autres Vertébrés. Si les petits corps irréguliers dont j'ai parlé lui appartiennent bien réellement , c'est au sang des Mollusques qu'il faudrait le comparer. Dans le cas contraire , ce serait au sang des Annélides. L'absence de toute coloration ne se- rait pas une raison suffisante pour faire rejeter cette comparaison. Chez les jeunes Annélides, le sang est incolore, même dans les espèces chez qui il sera plus tard très vivement coloré. D'ailleurs, chez presque toutes les petites Annélides plus ou moins microsco- piques, le sang est entièrement incolore, aussi bien chez les adultes que chez les jeunes. M. Goodsir observe, à la fin de son Mémoire, que l'Amphioxus doit, dans les classifications ichthyologiques, devenir le type d'un ordie particulier. Millier , tout en signalant les caractères qui le rattachent aux Myxinoïdes , termine son travail en disant que l'Amphioxus est séparé des autres Poissons par des différences plus grandes que celles qui existent entre les Poissons et les Rep- tiles nus ou r>atraciens. Je crois ((ue les faits que j'ai ajoutés à ceux qu'ont signalés mes pi'édécesseurs, et les réflexions qui pré- cèdent, auront confirmé cette manière de voir. Non seulement l'Amphio.xus est, sans contredit, le dernier des Poissons connus; mais encore on peut dire qu'il appartient à peine au groupe des Vertébrés. Il devrait donc former à lui seul une classe particulière, si l'on ne craignait pas de multiplier outre mesure ces grandes coupes de première importance. EXPLICATIOi\ DES FIGUKES. iV. B l.a premii're feuille de ce travail a dû être imprimée avant (|ue les planches fu.sscnt prêtes : aussi les renvois aux figures laissent-ils à désirer. J'ai cherché a combler cette lacune en donnant à la description des dessins plus d'étendue nue il'ordinaire DE QUA'i'RKFAUEi«. SL'U l'aMI'IIIOXLS. 245 PLANCHE 10. Celte planche représente (" partie antérieure du corps du llranclnostome , y compris la cavité, buccale et l'origine du système respiratoire. L'intervalle qui existe entre ces deux appareils a été volonlairenient représenté un peu plus étroit qu'il n'est en réalité, alin de permettre de saisir les rapports de ces parties. a, corde dorsale. 6, grandes cellules regardées par Muller et Goodsir comme les rayons des nageoires , et que je crois représenter les apophyses épineuses. (Voir le texte, pag. "233.) c, corps opaque contenu dans ces cellules d,d, masses musculaires latérales du tronc. g. cavité buccale. h, anneau buccal d'où partent les cirrhes, i, réunis entre eux parla bordure membraneuse. A', muscle moteur de lanneau. /, organe cilié qui détermine dans le liquide les courants destinés à porter dans l'intérieur l'eau pour la respiration, aussi bien que les aliments qu'elle peut renfermer. m, anneau fibreux auquel sont suspendues les franges. n,n, baguettes ou cotes de l'appared branchial , réunies entre elles par de courts barreaux ou échelons semblables aux côtes elles-mêmes. (Voir pour les détails, PI. 13, fig. 3.) 0,0, intervalles interbrancliiaux garnis de cils vibraliles , et permettant à l'eau de s'écouler, à travers la charpente branchiale , dans la cavité générale du corps. 7, cerveau. r,r, ganglions de la moelle epiniere. donnant naissance chacun à une paire de troncs nerveux , i]ui, presque immédiatement après, se divisent en branche dorsale et en branche abdominale. l'LANCIlE 11. Cette planche représente, sous un grossissement plus considérable que la précé- dente, la terminaison antérieure du système nerveux et de la corde dorsale, ainsi que les parties environnantes. On remarquera que les muscles manquent dans toute cette portion du corps, que rien ne représente le crâne, et que les grandes cellules à parois propres bien distinctes . qui avoisinent le cerveau et la partie renllée de la corde dorsale, se changent presque insensiblement en ce tissu cellulaire singulier dont j'ai donné plus haut la description (I) a, corde dorsale vue à un gro.^sissement trop faible pour qu'on puisse distin- guer les cellules qui la composent, mais présentant, par suite même de sa structure, ces stries transverses, qui ont fait croire quelle était composée de rondelles juxiaposées. b, enveloppe fibreuse de la corde dorsale. c,c, grandes cellules à parois propres bien distinctes. — Dans tous les in- dividus que j'ai observés, j'ai trouvé deux de ces cellules plus grandes que les autres dans la position où j'ai figuré celles qui contiennent la lettre c. ((,(/, cellules ou i/iilsde tissu cellulaire dans son étal primitif, constituani le tissu particulier ilijiit j'ai parlé plus liaut. (1) Page 232. 246 VOïAjH EI\ SICILIÎ. e,e, lacunes irrégulières formées par les intervallrs qui séparent tes Itots précédents. fj. grandes cellules regardées par Muller comme les représentants des rayons des nageoires , et que je crois répoudre aux apophyses épineuses. g, système nerveux central {MiHler) ou appareil cérébro-spinal. A, son enveloppe propre ou dure- mère i, ganglion terminal, ou cerveau. k, première paire de nerfs ou nerf optique. l, seconde paire de nerfs ou grand nerf de Mdller. Les ramifications de cette paire se portent toutes d'arrière en avant , et se distribuent également en haut et en bas. m, troisième paire de nerfs, considérée par Millier comme une simple branche de la précédente. Celle-ci se porte tout entière vers la face inférieure, et fournit un tronc , n, qui se dirige vers la cavité buccale , et paraît la longer en dessus pendant quelque temps. (Voir la planche précédente j 0, p. quatrième et cinquième paires de nerfs. Celles-ci n'olirent rien de par- ticulier; elles se dirigent vers la partie supérieure de l'animal , et se distri- buent dans le tissu de la nageoire, q, organe olfactif en forme de cupule hérissée de cils vibraliles , dont le mouvement agile les petits corpuscules noirs et opaques contenus dans la cel- lule où est renfermé l'organe lui-même. PLA>CnE 12. Kg. 1. Terminaison postérieure du corps île i Ampliioxiis . — Ainsi que je l'ai dit dans le texte, celte figure est bien moins grossie que celle de la planche H , représentant la terminaison antérieure du corps du même animal. a, corde dorsale avec les stries transverses , qui résultent de la disposition des cellules vues à un grossissement trop faible pour qu'on puisse les distin- guer elles-mêmes. 6,6, couches musculaires latérales du corps. c,c. tissu cellulaire. d, moelle épinière, dont le diamètre est beaucoup diminué, et qui se termine en un Glet grêle renflé a son extrémité. (Voir la hg i.) On voit ici l'avant- dernier ganglion de la moelle épinière, d'oii sort un tronc presque aussi gros que cette dernière. Le dernier ganglion, qui est moins prononce que les autres, fournit également son tronc nerveux dimt les divisions, en restant les mêmes au fond , ne présentent pas une distinction aussi tranchée entre la branche dor- sale et la branche ventrale. Fig. 2. Terwi'tniaon postérieure de la moelle épinière. a, filet terminal île la substance nerveuse se renflant en larme il son extré- mité. 6, dure-mère qui enveloppe entièrement le filet terminal. Fig 3. Portion de In natjeoire caudale (Huiler) prise à son oriyine. a,a,a,a. grandes cellules représentant les rayons de la nageoire (Muller) ou, d'après notre manière de voir, les apophyses épineuses. h,b,b. cloisons de ces cellules. c,c. troncs nerveux qui viennent se ramifier dans la nageoire. d,d, tissu de la nageoire semblable à celui que nous avons décrit à la partie antérieure de lanimal e.e, lacunes de ce tissu Fig. l. Cellules nyuliéres de In corde dorsale vues à un grossissement de 300 dia- mètres : leurs parois propres sont bien distinctes et très épaisses. DE QUATREFAGES. — SUR l'aMI'IIIOXLS. 2/l7 Fig. 5. Ces nu'iiies cellules déformées , comme j'en ai rencontré sur divers points chez presque tous les individus soumis à l'observation. a, cellules régulières. 6, cellule-; simplement déformées, f , cellules dont la cavité est presque effacée. d, cellules dont la cavité a disparu complètement par le rapprochemeni des parois. Fig, 6. Terminaison d'un des cirrkes buccaux. a, substance homogène qui entoure la charpente du cirrli'e, et sur laquelle on peut à peine soupçonner quelques traces d'épithélium. 6, enveloppe fdjreuse du squelette solide c, cellules dont la réunion forme la portion squelettique du cirrhe. Fig 7. Cellules du squetelte d'un cirrhe buccal vues il un grossissement de 300 diamètres. Fig 8. Cellules des téguments vues de profit avec la couche transparente , dia- phane , sur laquelle elles reposent , et qui les rattache aux tissus sous-jacenls. 310 diamètres. Fig. 9. Les mêmes cellules vues dans le sens de leur axe, prises sur la partie du corps correspondant aux branchies. 310 diamètres. Fig. 10. Les mêmes prises sur le dos vers le tiers antérieur de l'animal PLANCHE 13. Fig. I Branchioslome ou Amphioxus vu a un grossissement d'environ i J dia- mètres. (1, orifice buccal garni de ses cirrhes. b, anus. c, pore abdominal. d, branchies. e, portion renflée de l'intestin f, grand cœcum hépatique. g, portion grêle de l'intestin. h, cavité générale du corps, où sont logés tous les viscères , aussi bien que les branchies. i, aorte. A-, arc aortique. /,/, cœur artériel. m.m, bulhilles des artères branchiales. n, cœur de la veine cave. o, cœur de la veine porte. On voit facilement à l'inspection de cette ligure qu'il n y a pas ici de cœur proprement dit , et que les gros troncs vasculaires, étant tous contractdes, rem- plissent eux-mêmes les fonctions de cet organe. Fig. 2. Structure des cirrhes et de l'anneau buccal. a.n, pièces distinctes qui composent l'anneau buccal, et dont chacune se prolonge en une sorte de longue apophyse qui constitue la partie solide du cirrhe; la portion qui forme l'anneau est composée de cellules semblables à celles de la corde dorsale, et présente le même aspect. bb, enveloppe fibreuse qui entoure chaque pièce de l'anneau c, cellules qui forment apophyse, et qui deviennent de moins en moins 248 voya(;e i;\ sicile. aplalies à mesure qu'on les examine plus près de l'exlrémilé (Voir la planche précédente, fig. 6.) e,e, membrane formée par les téguments , et qui unit les cirrhos les uns aux autres. f, muscles moteurs des cirrhes. Fig. 3. Structure des brnnelties. a. a, côte branchiale et barreau de communication ; leur structure est sem- blable , mais les libres qui l'iirment la première s étendent sans interruplioQ d'une esirémilé à l'autre ; celles des seconds s'arrêtent , et se fondent pour ainsi dire sur les bords de la cote. h.b, languette musculaire (?). c, substance homogène granuleuse transparente qui revél les côtes et les barreaux de l'appareil branchial. d,d, cils vibratiles. Fig. 4. Fibres musculaires élémentaires des muscles latéraux. 300 diamètres. Fig. 5. Fibres musculaires élémentaires des muscles abdianinaux. 300 diamètres. Muller pense qu'elles ne montrent jamais de stries transversales. Je crois en avoir vu pendant la contraclion fig. 6. Organe otfa.clif. o, pigment noir très foncé et opaque (dans les figures imprimées sur papier noir , on a été forcé do représenter ce pigment en blanc). h, cupule d'où sortent les cils vibratiles c. d, corpuscules opaques que le mouvement des cils agite sans cesse. Fig. 7. OEil. a, dure-mère sous laquelle est placé 1 organe visuel. h, portion du cerveau -, nerf optique monliaiit des stries à son origine, partout ailleurs homogène et granuleux, d, capsule, c, pigment. ', cristallin. Fig. S. Dernière terminaison des nerfs 410 diamètres. On voit que rien ici ne rappelle la terminaison en anse u, couches légumentaires qui sont ici très minces, et où on ne distingue plus les cellules décrites plus haut. 6, raniuscule nerveux c,c, derniers hlets se terminant par un très pelitépàtement. d,d. derniers filets aboutissant a un organe ovoïde et d'apparence glandu- leuse ( 1 ) Fig. 9. Slructure de la moelle épinière. 300 diamètres. a, membrane propre. 6. substance nerveuse entièrement granuleuse. Fig. 10. Structure des nerfs. a, névrilème très finement fibreux, au milieu duquel on dislingue les gra- nulations de la substance nerveuse 6. (1 ) N'est-il pas permis de trouver une certaine analogie entre ces petits corps où viennent se terminer certains lilets nerveux du Branchiostome , et les organes trouvés par M Lacauchiedans le mésentère des Chais? Ne pourrait-on pas aussi les rapprocher des corps décrits par l'analomiste italien...? 549 SUR LES FOSSILES DU BASSIN u'AIX (BOUCHES-DU-RHÔNE) ; Par M. BIAKCEI. D£ SERRES. Lorsque M. Curlis, attiré en France par l'annonce du grand nombre d'insectes fossiles qu'en 1828 j'avais découverts dans le bassin tertiaire d'Aix, les vit dans mes collections, il fut frappé de l'analogie de leurs formes avec les espèces des régions méri- dionales de l'Europe. Cette analogie d'aspect et de caractères ex- térieurs a également frappé tous les naturalistes qui ont examiné ces insectes, soit dans mes collections, soit dans celles que M. Mur- chinson a réunies après nous. Les entomologistes de Paris peuvent également en prendre connaissance dans celles que M. Adolphe Brongniart a réunies pour le Muséum d'histoire naturelle. Cette analogie est loin cependant de pouvoir identifier ces In- sectes avec ceux qui vivent aujourd'hui. On peut arriver très ra- rement à un pareil rapprochement, en faisant môme abstraction du grand nombre de leurs individus , qui sont trop mal conservés pour être déterminables sous le point de vue spécifique. Les espèces que nous avons pu reconnaître nous ont paru se rapprocher de celles qui vivent maintenant dans les terrains secs et arides, sous l'influence d'une température assez chaude. Cette manière d'envisager la distribution de ces Articulés a semblé tout- à-fait anomale à M. Coquand, et en contradiction avec les faits connus , ainsi qu'avec la présence , dans les mêmes couches , des Crocodiles, des Palmiers et d'autres espèces des pays chauds. Parmi ces derniers , oa ne peut pas certainement comprendre la Grenouille fossile, que ce naturaliste vient de décrire sous le nom de Bana aquensis. Du moins , sa taille est loin de correspondre à l'idée qu'on pourrait se former de la faune du bassin tertiaire d'Aix, si on l'envisageait comme analogue à celle des régions ('•quatoriales. Cette observation , faite par AL Coquand à l'égard de ce Reptile , s'applicfue avec plus de force aux Arachnides et aux Insectes de la inèiiie faune ; car ce n'est pas sur un seul indi- vidu qu'elle porte, mais sur ceux qui entrent dans les cent vingt genres enxiron que nous en avons observés. \\. Coquand s'appuie principalement sur les Palmiers qui ca- ractérisent l'ancienne flore d'Aix , pour prouver qu'elle était très 250 MARCEL DE «ERRES. — SliR LES FOSSILES différente de celle d'aujourd'hui. Il s'agit donc de savoir quels sont ces Palmiers sans analogie avec les espèces de la flore euro- péenne. Ce ne peut être ([ue le l'almacites lamanonis, qui se trouve également dans les terrains gypseux des environs de I*aris. Or, ce genre perdu a de grandes affinités avec le Chamœrops huinilis, maintenant le signe de la limite septentrionale de la ré- gion des Palmiers : aussi ce dernier se rencontre dans les contrées méridionales de l'Europe, surtout en Espagne et en Italie. Ce Pal- mier appartient donc à une végétation assez semblable à celle des régions les plus chaudes de la France ; il ne saurait, dès lors, faire obstacle à l'admission des conséquences qui dérivent de l'ensemble des corps organisés ensevelis dans le bassin tertiaire d'Aix. Ces conséquences ne sont pas seulement fondées sur les In- sectes qui s'y trouvent, mais sur la plupart des espèces végétales qui, à la môme époque, composaient la flore de ce bassin. Nous y avons recueilli jusqu'à environ quarante-cinq genres des diverses tribus, des Cryptogames , des Monocolylédons, des Gymnosper- mes et des Dicotylédons , dont la plupart ont les plus grands rap- ports avec les plantes européennes. Nous sommes loin cependant de les considérer comme semblables aux végétaux actuellement existants; mais ils ne contrastent nullement avec les formes des plantes des régions méridionales de la France. Nous avons , du reste, fait connaître cette végétation dans les notes géologiques que nous avons publiées sur la Provence. Il ne reste donc que les Crocodiles, qui ne vivent plus mainte- nant dans nos contrées, et que M. Coquatid paraît avoir rencon- trés dans les marnes gypseuscs des environs d'Aix. Nous n'avons pas été aussi heureux ; mais en admettant (|ue ces Sauriens y ont existé à l'époque tertiaire, doit-on en conclure qu'il n'y a aucune analogie entre l'ancienne population et la végétation de celle qui y brille aujourd'hui? 11 nous paraîtrait qu'en déduire une pareille conséquence, ce serait aller contre les faits les plus constants. En effet, une infinité de cavités souterraines recèlent des Élé- phants, des Rhinocéros, des Hippopotames, des Lions, des Hyènes avec des espèces que l'on ne saurait distinguer par aucun carac- tère appréciable des races vivantes. H est également certain qu'un grand nombre des Infusoircs qui caractérisent les terrains cré- DU BASSIN d'AIX. 251 lacés, dont les dépôts sont plus anciens que ceux des cavernes à ossements, vivent encore dans nos mers. Il y a plus, les mêmes espèces des Infusoires de la craie ont été retrouvés à l'état vivant dans l'estomac des Huîtres de nos jours (1). Or, l'identité de ces races des anciens âges avec celles qui existent maintenant établit une chaîne non interrompue des mêmes êtres animés de l'époque secondaire aux temps actuels. Dès lors, il est aussi peu étonnant de découvrir, dans les terrains tertiaires, des espèces animales et végétales non identiques» mais analogues avec les races actuelles , que d'en trouver de semblables dans des f'orniations d'une époque aussi ancienne que celles dont nous ve- nons de parler. Ces faits prouvent que nos assertions ne sont pas aussi erro- nées que paraît le supposer M, Coquand. Elles le sont si peu , que M. Read, dans son travail sur les cils et les courants ciliaires des Huîtres, a presque démontré qu'il n'était pas impossible que les investigations microscopiques fissent découvrir des Infusoires siliceux jusque dans les terrains de transition (2). Le mélange des espèces perdues et des races actuellement exis- tantes a donc commencé beaucoup plus tôt dans les temps géolo- giques riu'on ne l'avait admis jusqu'à présent. Il n'est donc pas vrai que toute la création animale qui vit de nos jours ne remonte pas au-delà de l'époque quaternaire , ou du dépôt des terrains nommés récemment pleistocèiie. Un pareil mélange a eu lieu non seulement dans les formations tertiaires, mais encore dans quel- ques unes de celles qui appartiennent à la période secondaire. Qu'oppose-t-on à ces faits? la découverte de M. Saporta. On sait que cet entomologiste a trouvé , dans les terrains gypseux d'Aix, un Lépidoptère de la division des Satyres, qui ne paraît pas avoir de représentants parmi les races vivantes. Ce Satyre ap- jjartient au genre Cyllo, qui habite les îles de l'archipel Indien. Il iKiraît assez rap|)roché du Cyllo rohria ou du Cyllo cornus, espèces qui vivent encore. Cette observation, due à M. Boisduval, est donc loin de contrarier les conséquences que nous avons dé- duites de l'ensemble des végétaux et des Insectes (pie nous avons (I) Athenœum, n" 922. [î) IliMiiilhhiiie unieersi'tle de Gnihy, !»'\tU-m\>yi' IHi'j, I l,l\, p. l'J.'j. 252 MABt'EL DE ««ERRES. SUR LliS FOSSILES observés dans le bassin d'Aix, il y a déjà plus de quinze années. Si M. Boisduval a douté longtemps de la réalité de la présence du Papillon découvert par M. Saporta dans les marnes fossilifères de la Provence, il en a été de même lorsque nous annonçâmes, en 1828, que le nombre des Insectes y était très considérable. Nous ne saurions admettre que l'observation de cet entomologiste soit passée inaperçue ; du moins, nous l'avons reproduite dans notre Notice géologique sur la Provence , avec la figure du Cijllo se- pulta. Nous sommes, du reste, d'accord avec M. Boiduval sur l'ana- logie des genres d'Insectes d'Aix avec les genres vivants. En elïet, d'après ce savant, le Cylto sepulla a été rencontré dans les mêmes marnes où l'on a découvert un assez grand nombre de Diptères des genres Bibio ou Cecidonia. On a également observé avec eux de grands Curculionites voisins des Oliorhijncus , des larves ou des nymphes de Libellules , des Blattes et des Ichneumons. Tous ces Insectes appartiennent , ajoute M. Boisduval , à. des genres actuellement existants : seulement, leurs espèces ne parais- sent pas avoir leurs analogues dans notre monde. D'ailleurs le Cyllo sepulla est-il bien une espèce perdue? Qui oserait l'assurer? Il n'y a pas une quinzaine d'années que les Sa- tyres blancs (y/ r^e), dont lesliabitations sont extrêmement diverses, ne comprenaient que quatre ou cinq espèces. On en compte maintenant jusqu'à quinze. Si l'une d'elles avait été trouvée , il y a quelque temps, à l'état fossile , on n'aurait pas pu reconnaître ses analogues parmi les races vivantes. Ne pourrait-il pas en être ainsi du Cijllo des Bouches-du-Bhône ? Avant 1838, on ne connaissait en Europe que trois espèces du genre PapiUo. Ces espèces étaient le Machaon , le Podalire et l'Alexanor. La Sardaigne nous en a fourni, à cette époque, une quatrième, le Papilio hospiton. Si, avant d'avoir été rencontré dans une île explorée depuis longtemps par les entomologistes, ce papillon avait été trouvé dans des couches fossifères, on l'aurait certainement plutôt rapproché des espèces de ce genre de l'Amé- rique du Nord que de celles de l'Europe. Or, puisque ce fait nous indique qu'il existe des Lépidoptères d'une assez grande taille à découvrir, même dans nosconti-c-es, on doit le présumer à plus forte DL ij\s,si\ ii'\i\. 253 raison pour celles d'une moindre dimension, comme est le Cijllo. Il en est de même des Insectes des autres classes , et particu- lièrement des Coléoptères. D'ailleurs les entomologistes les plus exercés s'cntendent-ils sur ce que l'on doit considérer comme es- pèce , et ne se réforment-ils pas souvent eux-mêmes? Il sullit d'ouvrir les catalogues de M. Dejean, pour s'apeicevoir qu'un In- secte, considéré d'abord par cet habile entomologiste comme ne constituant qu'une seule espèce, est devenu plus tard la souche de trois ou quatre espèces dilTérentes. Les plus grandes incertitudes régnent, du reste, sur la véri- table patrie d'un assez grand nombre d'Insectes. Certaines espèces disparaissent d'un pays , et y sont remplacées par d'autres. Des anomalies non moins remarquables se présentent aussi parfois. Le Pltisia Daubei fut extrêmement abondant, en 1834, dans le midi de la France et dans l'Andalousie , où Rainbur en fit une grande capture. La même année , le Sphinx nirii fut extrême- ment commun en Allemagne et dans nos régions méridionales ; depuis lors, ces deux espèces n'y ont plus paru. Si donc il est dilTicile d'être certain de l'habitation des races vivantes, combien doit-on hésiter pour celle des espèces fossiles! Avant les observations de M. de Humboldt, aurait-on supposé que le Tigre royal , la même espèce ([ui habite les régions tropi- cales de l'Inde et de File de Ceylan , étendît ses courses vers le Nord jusqu'au-delà du 53° de latitude ? Si ces débris avaient été rencontrés en Sibérie avant que ce carnassier y eût été observé vivant, on aurait certainement supposé que le climat de ces ré- gions avait dû éprouver de notables changements. Si l'on ajoute à toutes ces difficultés celles qui résultent de la détemiination des espèces fossiles, pour la plupart privées de leurs caractères essentiels, l'on comprendra l'embarras où l'on se t[Ouve pour donner aux questions que ces faits soulèvent une solution raisonnable. Ainsi l'empreinte d'un Scaiiriii; peut tout aussi bien s'appliquer k une Pimelie ou à un Morica, ou encore à cer- tains ^Ids, qu'à ce genre; car la plupart des coupes génériques sont le fruit du caprice des observateurs. On ne peut donc pas fonder sur eux des distinctions réelles. En effet , l'empreinte d'un Scaui-us fossile , que nous avons pris pour cMMiipli'. poin-rait. aux yeux de certains entomologistes, être con. "25'l MARCEL DK SERRES. — SlJli LliS FOSSILES sidéré comme un genre nouveau, tandis qu'il ne serait pour d'au- tres qu'une espèce nouvelle d'un genre établi. Si le (Ji/llo sepidta avait été découvert il y a vingt ans , on en aurait fait tout simplement un Satyre , comme Clystemnestre et autres; on n'aurait certainem!:'nt pas songé à en former un genre nouveau. Ce que nous venons de dire des genres s'applique égale- ment aux espèces ; car l'on n'est pas encore fixé sur leurs limites, même pour les races vivantes, où il est plus facile d'en saisir le type. Ces difficultés sont plus grandes pour les fossiles, où un pa- reil contrôle n'est plus possible. Du reste, des dilTérences indivi- duelles plus ou moins profondes rendent souvent la démarcation entre l'espèce et la variété bien difficile à établir. Quoique le genre ('/yWo n'ait été jusqu'à présent rencontré que dans des climats plus chauds que celui où se trouve Aix, on ne voit pas pourquoi une espèce du même genre, mais dllférenle de celles qui nous sont connues, n'aurait pas pu habiter les zones tempérées. La stature du Papillon d'Aix n'y met pas du moins obstacle. Comme il a Vi^cu dans les temps géologiques , lorsque la loi de ladilTusion régnait, on pourrait très bien le rencontrer plus tard ailleurs, et à un grand éloignement du lieu où il a éli' dé- couvert. On peut d'autant plus le |irésumer que , même aujourd'hui , les formes entoniologiques équatoriales ne sont pas inconnues en Europe, et qu'elles y sont représentées par plusieurs espèces ; tels sont le Danais rhrjisippus de la Calabre , et le Cliaraxiiis Jasius , qui étend ses excursions jusque dans le midi de la France. Les Pimelia, les .//.-/x, les 5m«r(/s, les Jirachycerus , qu'on trouve tout autour de la Méditerranée, n'appartiennent pas sans doute aux formes équatoriales; mais elles n'en caractérisent pas moins la zone tempérée , \ oisine des tropiques , dans les deux Hémisphères. Il est même quelques espèces qui habitent les lones les plus opposées; nous n'en citerons qu'un seul exemple, tant celui sur lequel nous nous appuierons est remarquable. Le Pristonijchm complannlus est un Carabique qui habite l'Eu- rope australe et les côtes de la Barbarie ; on le retrouve pour- tant sur les montagnes qui avoisinenl Valparaiso au Chili ; il ne paraît pas avoir été rencontré ailleurs en Amérique. La compa- raison la plus minutieuse n'a pu faire découvrir aucune dilTércncc lu ii\.sM\ i/'Ai\. -255 entre les individus pris dans cette localité et ceux de l'Europe : aussi leur identité ne peut être douteuse (1). Ces faits (jui ont lieu de nos jours , c'est-à-dire à une époque où la loi de la localisa- tion a remplacé celle de la diil'usion , doivent s'être bien [)lus pré- sentés dans les temps géologiques qu'actuellement. Ils prouvent que l'on s'est formé des idées beaucoup trop absolues sur la distribution des espèces de l'ancien monde. Ce ne sont pas seulement les recherches remarquables d'Elu'enberg (jui tendent à le démontrer, mais d'autres non moins dignes d'intérél. Ainsi ce n'est pas sans quelque étonnement que l'on découvre au milieu des couches wealdiennes le l'aludma vivipara et le Crjdas cornea, qui vivent encore. On n'est pas moins surpris d'observer le Terebrahda caput serpcnlis dans le Jura supérieur. Il ne faut donc pas considérer la découvei'te d'espèces fossiles comme annonçant une température élevée, par cela que leui's analogues ne se trouveraient aujourd'hui que dans des contrées tropicales. On ne devrait pas non plus induire de leur distribu- tion la preuve d'un changement de climat ou de toute autre con- dition des milieux extérieurs ; car elle pourrait ])rovenir de leur organisation , qui leur aurait permis de supporter des tempéra- tures très différentes. Pour pouvoir déduire avec une certaine rigueur de pareilles conséquences, il est essentiel de les faire re- poser, non sur quelques espèces isolées, mais sur l'ensemble de celles qui se trouvent dans une localité dont on veut apprécier les circonstances climatériques. En effet , n'est-il pas dans le monde actuel plusieurs animaux et plusieurs végétaux dont les habitudes sont cosmopolites , et (|ué l'on découvre dans toutes les zones terrestres? Pour nous res- treindre dans un sujet aussi vaste , ne citons que quelques exemples relatifs à la distribution des Insectes et des végétaux. Sait-on à ([uel climat appartient la Belle-Dame [J'anessacarditi), puisqu'elle les habile tous? Le Sphinx convoli-iili du nord et du midi de la France ne se trouve-t-il pas jusque dans les îles de la l'olynésie , tout comme plusieurs Phalènes et Noctuelles des envi- rons de Paris et du norfl de l'Europe , au cap de Bonne-Espi'- rance ? Savons-nous quelle est la patrie de la Samole aquatique (Sa- li) tiilroiliirlinn ii r /'^nliniiolmiir, p;ir I.iu'orilrfire, I, il, p *11H ■256 MAIM*;!. DE «ERRES. — FOSSU.liS 1)L li VSSIN d'aIX. mollis valeranill) , de la Fumeterre ,. de l'Ortie, du Marube com- mun , des Mauves, du Mouron des oiseaux, et d'une foule d'autres végétaux que l'on rencontre dans toutes les contrées du globe ? On fera peut-être observer que ces faits se rapportent à des espèces vivantes , tandis qu'il s'agit ici de races perdues, dont la destruction annonce un changement opéré dans les climats qu'elles habitaient précédemment. Mais une jiareille condition est-élle nécessaire pour détruire des espèces animales et végétales? les faits nous annoncent qu'il est loin d'eu être ainsi. En effet, où découvret-on aujourd'hui \es Crocudilm lacunosioieicompIaiKUus que Geolïroy-Saint-Hilaire a trouvés ensevelis dans les catacombes de l'Egypte ? Ces Crocodiles ont disparu de la surface du globe , aussi bien que le Dronte , quoique cet oiseau ait été aperçu , en 1616 , à l'île Maurice. De même , le Cerf à bois gigantesques a été totalement détruit vers la fin du xvi" siècle : aussi en cherchons-nous vainement les traces aujourd'hui. On ne pourrait pas prétendre que , depuis cette épotiue si rapprochée de nous, le climat de l'Italie a changé ainsi que celui de l'île Maurice. Il faudrait en dire autant de l'Egypte : cependant les productions natui-elles n'y ont point varié depuis le temps des Pharaons, ou, du moins, depuis les plus anciens monuments c|ui eu offrent des représcntalions. Ces faits suffisent, sans doute, pour prouver (|u'il n'est nulle- ment nécessaire d'avoir recours à un changement de climat pour expliquer la destruction de certains animaux ou végétaux. Ainsi on ne doit pas conclure, de ce que quelques espèces perdues se trouvent mélangées avec d'autres qui ont leurs analogues, que ces races détruites , el par suite les secondes , ont exigé des condi- tions très dilïérentes de celles dont elles subiraient l'inlluence , si elles n'avaient pas cessé d'exister dans les lieux où l'on découvre leurs débris. Ce n'est donc pas sur quelques espèces , mais sur leur ensemble ([ue l'on doit se régler pour déterminer la région à laquelle elles peuvent appartenir. Le phénomène de la distribu- tion primitive des animaux et des végétaux est, du reste, un des plus compliqués et des plus obscurs parmi ceux qui régissent les êtres vivants. -257 M K M 1 U F. SUR LE DÉVELOPPEMENT DES MÉDUSES ET DES POLYPES IIYDIIAIRES ; Far M. FEUX DUJARSIN. I. Caractères gpnéraux. Les Acalèphes et les Polypes ont été considérés d'abord comme formant deux classes bien distinctes ; mais des observations faites depuis dix ans par divers naturalistes ont signalé des ra[)ports inattendus entre certains Polypes et de jeunes Méduses qui pa- raissent en dériver , ou même entre des Méduses bien connues et des Polypes qui seraient une phase de leur développement. Déjà, en mai 18i3 , j'ai eu l'honneur de présentera l'Académie un pre- mier travail sur la Cladonème, qui, dérivant par gemmation d'un Polype hydraire , que je nomme Stauridie . doit être consi- dérée comme une Méduse bien caractérisée, et distincte des es- pèces précédemment décrites. Dès lors, une autre Méduse, que je nomme Sthényo, m'avait présenté, en retournant son ombrelle, une forme analogue, en petit , à celle d'un ovaire végétal , dont ses tentacules et son estomac représenteraient les styles et le pé- doncule : mais il me manquait de connaître la cause de cette sin- gulière rétroversion, d'avoir vu les œufs produits par ces Méduses, et d'en avoir suivi le développement sous la forme de Polype. De nouvelles observations m'ont mis à même de compléter sur ces points ma première communication , et d"y ajouter la description de la Sthényo , et d'une troisième méduse, la Callichore. Celle-ci, qui dérive aussi d'une Syncoryne , s'est produite, comme les précédentes, dans les vases , où je conserve vivantes des productions marines , depuis plusieurs années. .l'ai pu d'nil- leurs comparer les travaux de MM. de .Siebold (1), Sars(2)et Van (l)SiEBOLn, Itf'àriKje zur Salurijesrhichtc (1er WirbeUnscu Thh-re. 1839 (2) Sabs, Beukrivelser ng Jngltngeher over , etc. , Ber^'on . l81o ; el dans les Archives de Wieginann, 1837 ; tradiiil dans les Annales iIfs Sciences naturelles, «841. l. XVI, p 321. 3' série Zikil T IV (Noveml)re 184.").) i 17 258 »IJ»KIHX. — DÉVlil.Ol'l'KMli.M DES MÉDISES Beneden (1), sur des sujets analogues, et je crois pouvoir aujour- d'hui présenter des conclusions plus précises sur la relation qui exis;e entre les Méduses et les Polypes. La classe des Polypes, après qu'on l'a débarrassée des Bryo- zoau'es, des Encrines , des Corallincs, des NuUipores et des Éponges, contient encore deux groupes considérables : les An- thozoaires, qui ont des ovaires bien définis; et les Hydraires, qui manquent d'ovaires et de véritables œufs. Les Anthozoaires , qui, d'ailleurs, ont un tégument distinct plus résistant, et des tenta- cules , ou très nombreux , ou symétriques . au nombre de huit ou douze, seront peut-être les seuls vrais Polypes. Quant aux Polypes hydraires , avec leurs tentacules en nombre variable , et privés d'un tégument distinct , ils paraissent n'être qu'une première phase du développement des Acalèphes ; cependant , en outre d'une certaine similitude de tissus, ils semblent n'avoir de com- mun avec les Acalèphes que des organes singuliers bien définis , des capsules iilifères disséminées dans la masse charnue. Ils sont, par rapport aux Méduses, ce qu'est le mycélium par rapport aux Champignons; ils peuvent se propager indéfiniment de diverses manières , sans avoir eu d'œufs véritables ; mais à un certain in- stant et dans certaines conditions, au lieu d'un bourgeon ordi- naire ou d'un bulbille . ils produisent une véritable Méduse suscep- tible d'acquérir, par un développement ultérieur, des ovaires et des œufs bien définis, d'où naîtra une nouvelle génération de Polypes. Les Polypes hydraires, comme on le sait, se propagent par gemmes, par stolons et par bulbilles ; mais, sous ce dernier nom , il faut comprendre ce qu'on a nommé des œufs pour l'hvdre , la coryne. etc. Il convient d'ailleurs de définir d'abord ces différents modes de propagation. Une GEMMii est une portion d'un corps vivant en continuité de tissus et de fonctions avec ce corps, mais renfermant un centre adventif de vitalité, et devenant inmiédiatement semblable à la l'i) Van Bf.sedei . Mpmoire sur les Cnmpnnnliitr<-s , IS43 — Rechrrches sur fembnjogénif des Tnhiilaiivs , ISil, i ET DES POI.YI'liS ilU)RAIIiES. '250 mère par une évolution non interrompue, el sans fécondation préalable. Un STOLON est un prolongement ordinairement filiforme . d'un corps vivant , dont il ne doit avoir ni les organes ni les fonctions, mais destiné seulement à produire des gemmes terminales ou la- térales. Un BLLBii.LE est aussi une portion d'un corps vivant . renfer- mant un centre adventif de vitalité comme la gemme , et devant se développer comme elle , mais cessant , à un instant donné , d'être en continuité de tissus et de fonctions avec la mère , et pouvant rester plus ou moins longtemps à l'état de repos ou de vie latente, protégé qu'il est par une enveloppe susceptible d'accroissement. L'œcF, enfin, est le produit d'un corps vivant, renfermant un nouvel être, ou les éléments d'un nouvel être, qui n'est jamais en continuité de tissus et d'organes, mais souvent en continuité temporaire de fonctions avec ce corps, et qui n'arrive à ressembler à sa mère qu'après diverses phases d'évolution. Il faut d'ailleurs qu'un des éléments du nouvel être , dans ce cas , soit un élément fécondateur préalablement ajouté à l'ovule. Or , ces caractères se trouvent précisément dans les œufs des Méduses observés par M. de Siebold , et dans ceux que j'ai vus de mon côté. Les capsules filifères{i ) devant nous fournir le principal caracti re (i) Les capsulos filifères, que je nommais capsules spiiulifères en I 843, onl été décrites d'abord dans l'Hydre par M. EHneNBEBG (Mèm. de l'Ac. île Berlin , 1835-36), qui les nomma hameçons («nr/W/w/te»). M Corda les étudia aussi dans le même Pnlyne [AVuvi ,-fr((i Âmd nul Cuv . t. XVIII, et Ann des Se. nui , t. VIII, 1837). — M Erdl [MiiUer-s Arrhir.. ISil . p. 429 , PI 1.5. f. I 0- I :i) les décrivit aussi avec soin — MaisM. \)o\tm. {Cnmples-Hendux de l'Aeadémir ihs Sciences, 1842 , I. XV, p. 429), voulant réfuter l'opinion émise par M. Laurrnt sur ce sujet , a été conduit a les étudier avec plus de soin encore. Il dislingue trois sortes de ces organes : les plus gros, nonmiés haxlœ par M Corda, ont été, dit-il . 1res exactement représentés par M. F.hrenlierg; » Mais l'un el laulre decesnb- scrvalpurs ont mal interprété les apparences fournies par le microscope. . Tn comprimant , on voit sortir par l'orifice toutes les parties qui consliluent l'hame- çon . ainsi le spiculeou dard Icalcarea sngtild de M Corda) figuré dans l'intérieur 260 DI.1ABIH1*. — DÉVlil.Ol'IMiiVIliNT DliS MÉDUSES commun entre les Méduses et les Polypes hydraires , il convient de les définir et de les décrire en détail. Elles ont été déjà vues et étudiées par beaucoup d'observateurs soit dans l'une , soit dans l'autre forme de ces animaux : mais on les a , je crois , mal com- prises en les prenant pour des armes , et en leur attribuant une pointe saillante, une sorte de dard. Ces capsules sont identiques dans un même Polype et dans la Méduse qui en dérive , et diffé- rentes au contraire dans une autre espèce. On les voit globuleuses, larges de 0"'°',0'25 dans le Pelagia iwctiluca ; ovoïdes, longues de 0""",013 à ',024 dans les Hydres, l'Éleuthérie , les Syn- corynes, et les Méduses qui en dérivent; également ovoïdes, mais longues seulement de ()""", 008 dans le Rliizostome ; très étroites, longues de 0""",007 à 0""",00y , et deux ou trois fois moins larges dans les Sertulaires et certaines Corynes. La structure des cap- sules du Pelayia est facile à reconnaître: un long filament aplati (iii sac par M Corda, el représenté saillant au clcliors par M Ehrenberg , n'est autre que lespece de calice basilaire à trois pointes en étoile des prétendus hame- çons. Le long filament grêle qui part de ce calice étoile était, avant l'évolution . invaginé en dedans de lui-même el du calice ou spicule par un retournement en doigt de gant , et formait au fond du sac cette ajipareiice de coussin que M. Corda a nommée rf.sica palellifurmis ; un examen attentif et d'excellents Instruments font même reconnaître dans ce coussin sa composition par un fil roulé en spirale.. Outre ces organes, les mamelons des tentacules sont hérissés dacicules rigides , qui se détachent avec une grande facilité... Je les crois siliceux , implantés dans l'orifice dos organes.. , Une grande Hydre s'était emparée d'une larve d'insecte, qui porte un grand nombre de prétendus hameçons , dont le filament est enfoncé dans son corps jusqu'au spicule à base étoilée. La blessure est , sans nul doute, faite par ce spicule lui-même sortant du sac ImsUfère , et le filament se développe ensuite dans les tissus, ce que rend facile son extrême finesse et son mode d'évo- lution par invagination en dedans de lui-même .. » M. de (juairefages, dans son Mémoire sur \ Elcullirria (Ann. des Se. mit-, 1 842. t. XVllI), a représenté dune manière difTérente des capsules qui lui ont paru contenir un dard, ou petit poignard, supporté piir une glande vénénifére, el accompagné démuselés latéraux servant à l'expulser. M. R Wagner , dans ses leones Zootomkœ , PI ,3,3, en 1 84 1 , a représente les capsule^ du Pelayia nociihica . et M. Milnf. Edwards a vu , dans les .Sléjihano- niies [Anii. des Se. nal., 1 8.t I , l, XVI) , des capsules filiferes d'une fornii' et d une (limensiiiii inattendues , dont il m'a montré desde-ssins inédits. ET DES l'OLVI'ES llYDRAIdES. 261 et tordu se trouve enroulé dans l'intérieur, et se déploie avec élasticité au dehors , (juand la coque vient à se rompre , trop gonflée par endosmose. Les capsules des Hydres, desSyncorynes, ou Stauridies, et de leurs Méduses, se composent d'une coque dure et cornée, dans laquelle est rentrée, comme un doigt de gant, une membrane mince, diaphane, qui, après l'explosion, se trouve déployée au dehors sous la l'orme d'un sac conique , en cuntinuité avec l'extrémité ouverte de la coque. Dans le prolon- gement ds ce sac conique, diaphane, se trouve un long filament d'une extrême l(;nuité , dont la base porte quelquefois deux ou trois lamelles aiguës dirigées en arrière, comme les barbes d'une flèche. C'est là ce qui a fait donner le nom d'hameçon à cette partie ; de même qu'on a pris pour un dard l'extrémité du sac membraneux qui, avec les lamelles adjacentes, dans l'état de ré- traction, occupe l'axe de la capsule. Avant la rupture de la capsule, le filament se trouve enroulé autour de la paroi interne qui double le sac membraneux , et l'on y distingue quinze à dix-huit tours ; mais à mesure que la capsule approche de sa*««iturité, il se forme au fond un amas globuleux de liquide plus dense qu'on a pris pour une glande vénénifère, et qui doit, par un elïet d'endosmose, déterminer la rupture des capsules au contact de l'eau. (^es capsules , qui se trouvent surtout réunies dans les pelotes terminales ou latérales des bras et des tentacules , se voient aussi, plus ou moins nombreuses, disséminées sans ordre dans la sub- stance charnue , et particulièrement dans la tige des Stauridies , où elles forment des bandes longitudinales irrégulières. On ne peut donc les considérer exclusivement comme des organes épi- dermiques ou comme des armes , d'autant moins que les pointes diaphanes dont les tentacules sont hérissés , et qu'on a cru être l'extrémité du dard des capsules, en sont au contraire tout-à-fait indépendantes , et ne leur correspondent que par hasard. Ce sont évidemment d'ailleurs ces pointes molles , sarcodiques , comme celles des JHinophrys et des Acinula, qui frappent d'immobilité subite , en les agglutinant , les animalcules qui passent à leur portée. sont longues de 0°" ,018 el larges de 0°" ,083. sont longues de 0"" ,008 et larges de 0'"" ,007. sont longues de "" ",008 à 0"'", 009 et larges de 0"'° ,004. sont longues de 0°' ",007 à O"", 009 et larges de 0" ",003àO"",004 262 Dl'JARDlK. — DÉVELOPPEMENT DES MÉDISES Les capsules de la Slauridie et de la Cladonèmesont longues de 0"'",0 i2 à 0°"',024 el larges de O"", 01 4 à 0""", 01 6. — du Syncoryna glandulosa et du Callichora de 0'"°.023 et larges de 0""",0I3. du Syncoryna decipiens et du Sllienyo de 0°"",OI 8 à 0°"",0 19 et larges de 0"",0H. — de l'Hydre brune sont longues de 0"",021 et larges de 0°"",018 — de l'Eleuthérie (d'après M de Quatrefages) de0'"",0I3 et larges de 0°'",01 1 . — de l'Hydre verte — du Rhizostome de Cuvier — du Sei'lularia puinitu — du Syncoryna rcptans En résumé , les capsules filifères ont une forme et une structure tellement constantes qu'elles peuvent , je crois , faire reconnaître avec certitude les diverses espèces de Polypes ou d'Acalèphes , et qu'elles doivent avoir une importance caractéristique ou moins égale à celle des plumes , des poils et des écailles , chez les divers animaux pourvus de ces appendices. Si nous passons à l'étude des tissus, nous voyons ici, comme dans la plupart des organismes inférieurs , un tissu homogène , diaphane , plus ou moins pénétré de granules , et creusé de ca- vités, qu'une apparence de régularité pourrait faire prendre pour des cellules ; mais ces cellules apparentes sont de simples lacunes sans parois propres , quelquefois comprimées dans un sens ou dans l'autre, et pouvant communiquer entre elles, de telle sorte que les cloisons interrompues et étirées ont pu être prises pour des muscles. Dans ces lacunes, ou cellules , se voient d'ailleurs aussi des globules granuleux , pris pour le nucléus des cellules. L'axe même des bras, chez les Stauridies et les Syncorynes , est souvent occupé par une sorte de cordon que forment en partie les pré- tendus nucléus des cellules ; mais, quant à la charpente régulière, ET DES POLYPES HïDnMRES. 263 et aux cloisons également espacées que plusieurs naturalistes ont indiquées chez des animaux analogues, je crois que c'est fortuite- ment qu'on a pu les voir ainsi, et qu'en général , au contraire , cette structure est essentiellement irrégulière. La couche externe présente ordinairement une structure un peu différente ; elle montre parfois des cellules , ou lacunes , plus pe- tites; peut-être aussi a- 1- elle généralement plus de consistance ; mais ce n'est pas , je crois , un véritable tégument, car elle se dé- compose avec diffluence en se désagrégeant , ainsi que la sub- stance interne. Le compresseur fait voir , en outre , sous cette couche externe , chez les Sertulaires et certaines Corynes seule- ment, des faisceaux de fibres qui se rendent aux tentacules. 11 y a bien aussi une apparence découche superficielle, diaphane, très mince ; mais il m'a paru qu'au lieu d'être une sorte d'épiderme , c'est une portion de cette même substance sarcodique qui forme la masse commune , et que c'est d'elle que proviennent les pointes fines de la surface. On voit, enfin, dans quelques parties de la substance charnue, des granules plus ou moins distincts, plus ou moins serrés , qui paraissent être un produit de sécrétion ou un résultat de condensation de la substance même, bien plutôt qu'un indice de cellulosité. A l'intérieur des tiges , la même substance , entremêlée de capsules filifères. forme une couche de larges la- cunes sous l'enveloppe cornée, et constitue au centre un canal, dans lequel le liquide contenu avec les corpuscules flottants est agité par des cils ou filaments ondulatoires. Dans les Méduses que j'ai vues naître sur des Polypes, les ten- tacules ont la même structure que chez les Syncoryneset les Stau- ridies ; mais , de plus, ils sont extensibles et contractiles presque autant que ceux des Hydres. L'ombrelle a une structure toute parliculièrc : on y voit clairement des fibres Iransverses , ainsi que dans le diaphragme qui la ferme en dessous. Dans l'ombrelle se voient aussi des canaux en nombre défini , partant du sommet , et venant aboutir à un canal transverse parallèle au bord. Une circulation vague a lieu dans ces canaux , comme dans les tiges des Polypes ; elle est produite également par des cils vibratiles. A la base des bras, ou tentacules principaux de l'ombrelle, se 264 DLJAKDIM. — Dl:Vi:i.Oi'PEME.\T DES MÉDUSES voient des lâches noires représentant des yeux ; elles sont formées de quarante à cinquante globules d'un pigment noir , larges de 0""",005 , parmi lesquels se trouve un globule plus grand , dia- phane , large de 0""",015 ; mais je n'ai pu y reconnaître , comme M. de Quatrefages dans son Eleuthérie, une structure aussi nette- ment déterminée de cristallin et de cornée. L'estomac est de forme très variable; tantôt allongé , cylin- drique ou fusii'orme , il représente un pédoncule central inséré sous l'ombrelle; tantôt renllé en forme d'urne ou de bouteille, il se rapproche du point d'insertion , et s'y aplatit quelquefois en forme de disque. Sa paroi , épaissie , souvent colorée , est réti- culée ou celluleuse à la surface , et contient dans son épaisseur les ovaires , et probablement aussi les testicules. Ces ovaires d'ail- leurs sont quelquefois circonscrits sur les angles saillants de l'esto- vnac, ou bien , pour certaines espèces, ils s'étendent de proche en Broche sous les rayons correspondants de l'ombrelle (1). 11. histbviljUV. Quoique les Polypes hydraires et les Acalèphes aient été étudiés séparùnent par les dilTérents auteurs, et f|ue leurs vrais rapports ne se soient révélés que dans ces dernieis temps , on ne peut ce- pendant séparer leur histoin; , car la connaissance des uns est désormais indispensable pour compléter celle des autres. C'est à B. de Jussieu (17M) (2) qu'il faut, comme chacun le sait, faire re- monter les premières notions précises sur la nature des Polypes hydraires; cet illustre naturaliste avait bien vu les corps repro- ducteurs ou bulbilles des tubulaires , sans pourtant reconnaître leur vraie signification. Trenibley (IT/j'i) (3), par ses belles recherches sur l'Hydre, avança considérablement la connaissance physiologique des Po- (1 ) C est Uapres (les observations inédiles de M. Milue Edwards que je cite ces deux modes de localisation des ovaires sur deux Méduses, qui me semblent dé- river également des Polypes hydraires (2) B JussiEi' , Mi'mo'n-cs de l' Arnilémie dfs Si:ie>iri'K. 1742. (3) Tremdi.eï. iVémniivs pour srrrir it /Tiisliiîiv iinhirellr d'un iji-iire de Pohipr d'eau douce , 1744. ET DES POLITES UVDK VIllES. 265 types hydraires -, il donnait alors les premières notions sur leur structure, sur la nature de leurs tissus , et sur leur mode de pro- pagation par gemmes. Ellis, en 17ô6i'l), donna des descriptions et des figures assez exactes d'un grand nombre de ces productions marines, qu'il nommait des corallines ; il les considéi-ait surtout en collecteur; cependant il a entrevu les jeunes Mcdusaires qui se formentdans les capsules des Campanulaires. Roesel, en 1 75(3 (2), fit mieux connaître les corps reproducteurs qu'on a pris pour les œufs de l'Hydre , et qui ne sont que des bulbilles protégés par une enveloppe susceptible d'accroissement ; Jussieu, de son côté , les avait déjà vus en 17iG. Cavolini , en 1785 (3) , augmenta beaucoup, par ses belles re- cherches , la somme des connaissances que l'on avait déjà sur les Polypes hydraires ; il signala le phénomène de circulation qui a lieu dans les tiges des Sertulaires , et le mode de propagation de ces mêmes Polypes et des Campanulaires par des corps repro- ducteurs différents de ceux qu'avait vus Ellis. Ce sont sans doute des bulbilles qu'il a eus sous les yeux , et qu'il décrit comme des œufs susceptibles de se développer immédiatement en Polypes semblables à la mère. O.-F. Muller, un peu plus tard (1788), décrivit sous le nom d'Hydra stjuamala une Coryne , dont les bulbilles pédoncules lui parurent représenter des écailles. Diverses formes de Méduses, qui dérivent des Polypes hy- draires , étaient déjà décrites dans les ouvrages de Slabber , de Modeer , etc. Pendant les quarante années suivantes , on en dé- crivit beaucoup d'autres ; Pérou et Lesueur , en 1808 (4) , pu- blièrent même une monographie des Méduses , mais sans ajouter d'observations physiologiques sur leur développement. Sous ce rapport aussi , l'histoire des Polypes hydraires demeura station- naire i>endant la même période; Lamarck, Lamouroux et les '1 ) fil Ms . Essai sur l'histoire iinlurelle des Corallines . I T-'îfi, (2) KcKSF.i, , InsekUm fielustiijimgeit , 1 740-1 TB I . (H) Cavolim , JUcmoriif per sermre alla sinriii dr l'nhipi innrnii Naplos . 1 78S. (il Pl•;llO^ hI Lf.sikir . Animirs ilti .\f)isfiiin I. MV Ixnx 266 nUJARDIN. — DÉVELOPPUMENT DES MÉDUSES autres zoologistes s'occupèrent seulement de les classer d'après la forme de l'enveloppe cornée qu'on nomma le Polypier , ainsi que la sécrétion calcaire interne des Anthozoaires et le têt des Bryozoaires. En 1828, M. Grant étudia de nouveau le mode de propagation des Campanulaires, et vit les mêmes corps reproducteurs qu'avait vus Cavolini , et qu'il décrit comme revêtus de cils vibratiles. Vers cette même époque , M. de Blainville signalait l'analogie si remarquable des Corynes et des Tubulaires (l). M. R. Wagner , qui , en 1 833 , avait déjà vu sur une Coryne se former une sorte de Méduse chargée d'oeufs , décrivit , plus tard , en 1834, comme des œufs, les bulbilles du Conjna squa- mata, et , depuis lors encore , il a donné une description très dé- taillée du Pelagia noctiluca. M. Lister, en 1834 (2) , reprit la question du mouvement cir- culatoire des liquides dans les tiges des Polypes hydraires ; mais il n'ajouta aucun fait important sur le mode de propagation de ces animaux. M. Dalycll, au contraire, en 1836 (3) , observa une forme de Méduse produite par une Campanulaire. Meyen, en 1834 (4) , avait aussi parlé du mouvement circula- toire dans les tiges dos Sertulaires , et , de plus , il avait décrit leurs œufs comme pourvus de cils vibratiles. A la même époque , M. Ehrenberg (5) publia une classification des Polypes, basée sur leur organisation , et riche en observations nouvelles; mais il introduisit alors dans la science une opinion fort contestable sur la signification des capsules, qu'il prend pour des Polypes femelles chez des Sertulaires et des Campanulaires. Deux ans après, ce savant naturaliste étudia la structure des Acalèphes, et représenta les œufs et les embryons du Médusa (1 ) Blainville , Manuel d'aciinologie , 1 834. (2) LisTEB, dans les Philosophical Transactions, 1834. (3) Daltell, dan? le Edinburgh iieiu philosophical Journal, 1836. (4) Meyen, dans les Noca Acta Acad. naturœ ciiriosorum. t. XVI, supplément. (5) EimESBERG . Coralknthiere des Rothen Meeres . »834. I ET DES POI.yi'ES lIVDnAIKES. 267 aiirila comme pourvus de cils vibratiles, et ressemblant à des Infusoires. M. Sars , dès l'année 1829 (I ), avait observé une sorte de Po- lype, qui est une phase du développement de cette Méduse ; et le prenant pour un animal distinct, il l'avait nommé Scyphislome. En 18S5, il publia de nouvelles observations sur ce même objet qu'il nominait alors Strobila, et qu'il décrit comme un Polype en forme de coupe , dont le bord supérieur porte huit tentacules al- longés filiformes, et dont le corps cylindrique de plus en plus long se divise spontanément peu à peu en tranches , représentant des rosaces à huit lobes bifides ; mais c'est en 1837 seulement que M. Sars soupçonna l'analogie de ces tranches du Sirobila avec les jeunes Méduses , dont on avait précédemment fait le genre Epliyra, et qui deviennent plus tard V Aurélia ou Médusa aurila. Cependant M. Siebold , en 1839 (2), publia aussi de son côté des observations tout-à-fait différentes sur la propagation du Médusa aurita , dont il fit connaître les sexes séparés et les Sper- matozoïdes. Il vit les œufs d'abord pourvus d'une vésicule germi- native , ce qu'on ne voit pas chez les Polypes ; puis il vit ces œufs se changer en embryons ciliés , comme des Infusoires , déjà vus par Ehrenberg , et pris par cet auteur pour de vrais œufs ; ce qui constitue un premier état infusoriel [infusorienartiy]. Ces Méduses infusoires, de forme ovoïde oblongue, sont déjà pourvues d'une ventouse terminale et d'une bouche, au moyen de laquelle elles avalent divers animalcules, ou même les jeunes de leur propre espèce. A un certain instant , ces jeunes Méduses se fixent par leur ventouse, et passent peu à peu à l'état de Polype charnu hydraire ; le bord de leur bouche se gonfle , s'étend, et pousse d'abord deux, puis quatre , puis huit tentacules. La forme de ces jeunes Méduses est alors celle du Polype terminal des Strobila; mais Î\I. de Siebold n'a pu suivre leur développement ultérieur : il remarqua seulement la production de certains ap- pendices qui sont des stolons. De nouvelles observations de M. Sars, en 1839 , sont venues (1) Sabs , ( c (doi/. pag. 257). (i) SiEBUi.i) . / r (roy. pag. 2.">7). 268 DIIJ4RDIN. — DliviiLOPl'EMliNT DliS MÉDUSES heureusement com|)létei' ce ()u'on savait déjà, et réunir par un lien commun des faits en apparence si contradictoires. En ell'et , le travail de M. Sars semble être la suite de celui de M. Siebold , puisqu'il n'a pu trouver d'abord les jeunes Méduses qu'à l'état de Polypes, où cet auteur avait cessé de pouvoir suivre leur dévelop- pement, et que de là il les a vues se changer en Strobila, par suite de la division spontanée transverse de leur corps. Il a vu ensuite chaque segment du Strobila devenir en s' accroissant plus sem- blable à VJurelia ou Meihisa aitrita; mais il n'a pu constater si la base et le sommet du Strobila , après la désagrégation des seg- ments , continuent à vivre, et deviennent de nouveaux Polypes complets; il avait d'ailleurs observé sur les premiers Polypes la production de gemmes et de stolons. Ainsi , l'histoire du Médusa aurita est désormais presque com- plète ; cette Méduse est la dernière phase du développement, ou la phase de fructification d'un même animal qui , né d'un œuf fécondé , se montre d'abord sous la forme d'une Leucuphre , d'un Infusoire revêtu de cils vibratiles, qui se meut librement dans le liquide, mais ne peut encore se propager d'aucune manière. Une seconde phase est celle de la vie de Polype, pendant laquelle l'animal , fixé par une ventouse postérieure , à la manière des Hydres , et dépourvu également de cils vibratiles , est en forme de coupe avec une bouche opposée à la ventouse , et entourée par huit tentacules. Pendant cette deuxième phase , l'animal se pro- page par des gemmes et des stolons ; mais , en outre , il est susceptible de produire , par un mode tout particulier de gemma- tion , des Méduses qui sont une dernière phase destinée à la pro- duction des œufs. M. Sars, qui a constaté pour le Cyanea capillata un mode de développement analogue, avait décrit précédemment, sous le nom de Stipula, un Polype hydraire, que M. Ehrenberg nomma Syn- coryne. M. Lowen, en 1835 (1), fit connaître des formes déjeunes Mé- (1) LowEs, Mémoires de l'Académie de SfOi-l;hnlm . ol Irad, rians les Archives de ^VieQmntin. 1SS7, p 219 PI. 6 lit DKS l'OLVi'KS 11^ mniiiiis. 'iGO dusaires dérivant d"uno Syiicorync el d'une Campanulaire; mais il voLiliit voir là, ainsi (|ue M. Ehrenberg, des Polypes femelles renfermant des œufs ou des embryons. Il avait vu, d'ailleurs, comme M. Grant, des cils vibratiles sur ce qu'il nomme des œufs. M. Nordmann (i), en 1839, vit également de jeunes Méduses produites par des Campanulaires, et nageant librement dans le liquide. M. Kolliker, M. Steenstrup et M. Krohn ont fait des ob- servations analogues sur les Polypes hydraires ou sur les Méduses qui en dérivent ; celui-ci a voulu aussi considérer les capsules des Sertulaires comme des Polypes femelles; M. Forbes, au contraire, en l6h!i, a présenté des vues fort ingénieuses sur la formation de ces capsules : ce sont, dit-il , des rameaux dont l'axe est raccourci, comme nous le concevons dans les fleiu's des plantes phanéro- games. D'après cela, il est clair qu'il ne peut être question de voir dans ces capsules un Polype femelle ; mais, qu'il y aura gem- mation sur une surface interne plus resserrée , et production de bulbilles ou de jeunes Méduses, suivant les circonstances, dans l'intérieur des capsules. Mais il faut arriver aux travaux de M. Van Beneden (■2) , en 1843 et 1844, pour voir traitée d'une manière plus complète la question des métamorphoses ou du développement des Polypes hydraires , quoique cet auteu!' se soit mépris sur la signification des Méduses , qu'il prend pour des larves de Polypes , et sur la signification des bulbilles, qu'il nomme des œufs. Dans un premier Mémoire sur les Campanulaires, M. Van Be- neden a décrit le mode de propagation de plusieurs de ces Po- lypes hydraires, et il a toujours vu dans des capsules calyciformes des embryons nombreux , qu'il ne distingue pas suffisamment. Les uns doivent être des biilbilli's sans motilité, sans cils vibra- tiles; les autres sont de jeunes Méduses à vingt -quatre tenta- cules analogues à la Méduse de .Slabber, dont Peron et Lesueur ont fait le genre Obélie. M. Van Beneden a vu l'ombrelle de ces jeunes Méduses se renverser; mais il paraît n'avoir pas vu les Méduses se dévGlopi)er complètement, soit que ses vases ne f t) NoBDJUNS , Conip(rs-/îi>Hryu.'i f/e /'/((w/cm;c i/ps Sr/n/ri-s, fS39. p. T^k. (i) Van Bf.neiies, /. c. I^voij. |>. 2.')8) 270 nujAKDiN. — uiiviîLOi'i'iiMiiNT Di;s miîdusks fussent pas convenables, (ui plutùl paixc que ces aiiiinaux n'a- vaient pu encore s'y acclimater. Dans un deuxième Mémoire sur les Tubulaires, M. Van Benc- den a vu les Méduses se former isolément à nu, et non dans l'in- térieur des capsules, chez les Titb. calamaris, Tub. Diimortierii et Eudendrium ramosum, et toujours avec quatre canaux parlant du sommet, et quatre bras ou tentacules; il a vu aussi chez les Tub. coronala et Coryna squamata, se former des buibilles qu'il nomme des œufs. Mais ici encore, comme chez les Campanulaires, il n'in- dique les vrais caractères des œufs que pour des globules renfer- mant une double vésicule incluse , et qui semblent être seulement un produit de la désagrégation pour les buibilles ou les gemmes. Il a vu l'ombrelle des Méduses se retourner de manière à donner au jeune animal la forme d'un fruit pédoncule; mais il n'a pu suivre le dévelop])emcnt ultérieur de ces animaux , et c'est là ce qui explique pourquoi toujours il a persisté à les nommer des larves. Ce même naturaliste avait décrit précédemment (1839), sous le nom d'Hydractinie , un Polype hydraire , qu'il avait vu se pro- pager par des gemmes et des buibilles , mais c'est à tort qu'il le croit identique avec celui que M. de Quatrcfages a nommé Synhydre (1843). Celui-ci, en effet, a une partie commune tout-à- fait différente de ce qu'on voit chez les autres Hydraires ; il paraît aussi avoir des capsules filifères beaucoup plus volumineuses, réunies dans des pelotes en forme de choux-lleurs, couvrant l'extré- mité des Polypes reproducteurs , et ceux-ci enfin produisent des buibilles que M. de Quatrefages a caractérisés nettement le pre- mier , je crois , comme un dos modes de propagation dans le règne animal. Mais peut-être , pour cet Hydraire , doit-on attendre la découverte d'un autre mode de propagation, tel que celui dont l'auteur a décrit un exemple isolé sous le nom d'Éleuthérie. Ouant à moi, ainsi que M. Van Beneden, j'ai été frappé tout d'abord de l'analogie qui existe , pour la struc- ture, entre cette Éleuthérie et les Méduses dérivant des divers Polypes hydraires , et j'exprimai mon opinion à cet égard dans le Mémoire présenté à l'Académie des Sciences, le 22 mai 18/|3 ; tT DES POLYPES IIYDIIAIRES. t271 mais au lieu de la considérer comme mie larve de Polype, ainsi que M. Van Beneden, je la regarde comme la phase de fruclili- cation d'un de ces animaux, constituant un type bien particu- lier, en raison du nombre de ses six bras , et de la position des œufs dans la convexité de l'ombrelle. Pour terminer cet exposé historique , et avant de parler de mes propres recherches , nous mentionnerons les observations de M. Philippi sur l'espèce d'IIydraire qu'il nomme Dysmorphosa. En second lieu , les recherches de MM. Ehrenberg, Corda et Lau- rent sur l'Hydre ou Polype d'eau douce, recherches qui ont eu pour résultat de faire mieux connaître la structure de cet animal et ses capsules filifèrcs, et son mode de propagation, dans des cir- constances assez rares , par des corps oviformes produits dans l'épaisseur même du tissu sans ovaire ni ovule préalable , et qui me semblent être simplement des bulbilles revêtus d'une coque accressible par sécrétion. Nous citerons enfin la classification de M. Milne Edwards, que nous adoptons pour les Polypes, et suivant laquelle ces animaux sont divisés en Zoanthaires, Alcyoniens et Hydraires. Ce sont ces derniers que nous avons principalement considérés ici. III. De la (Imtonhne provenant de la Slnuridie. Ainsi que je l'ai dit dans un précédent Mémoire, en 18Ù3, j'ai été conduit à l'étude comparative des Polypes et des Méduses par l'observation des productions marines conservées vivantes depuis plusieurs années, dans des flacons d'une faible capacité , avec de l'eau de mer , que je préserve d'une trop forte évaporation , et que je maintiens à la même densité. Les parois de ces flacons se sont peu à peu recouverts entièrement de petites Algues ou de Bacillariées , de Rhizopodes, d'Annélides et de Polypes, et ces animaux ont fini par s'y acclimater, en subissant eux-mêmes sans doute quelques modifications en rappoil avec les change- ments du milieu ambiant, modifications telles, que j'ai vu des Modioles très jeunes conserver les mômes dimensions durant trois années. J'y vis d'abord une sorte de Syncoryne que j'ai nommée Stauridie îi cause de ses quatre tentacules disposés en croix ; 2T'2 »rj,»R»l\. -- DliVKLOI'l'Ii.MKM DES MÉDISES mais il est digne de rcinar(]Lie (|ue. &dV.s certains vases, je ne l'ai vue que deux à (juinze mois apri's (|ue les pioductions marines , soit de l'Océan, soit de la Méditerranée, y avaient été placées. Cette Stauridie, large de '2 mill. avec ses tentacules étalés, a le corps épais de l/'2 mill., et ses tubes rampants stolonifères larges de 1/5 mill., revêtus d'une enveloppe cornée, presque diaphane, assez résistante. Dans les tubes , comme dans le corps et les ten- tacules, et surtout dans les pelotes terminales , se voient des cap- sules filifères proportionnellement très grosses. Le corps et les tentacules présentent d'ailleurs la struture celluleuse ou lacuneuse dont j'ai parlé précédemment. Depuis quinze mois je voyais dans mes flacons une Stauridie, quand, pour la première fois, le 17 septembre 1842, j'y aperçus une Méduse à ombrelle large de 2""", 5 mill., avec huit tentacules rameux, rougeâtres, longs de 5 à 6 mill. Je la nommai Cla- donema , pour exprimer le caractère nouveau , parmi les ^lé- duses , d'avoir les tentacules ramifiés. La siructure des bras à leur base , et surtout l'identité des capsules filifères , indiquaient déjà un rapport bien remarquable avec les Stauridies: mais il fal- lait voir réellement les Méduses produites par les Stauridies , comme je les ai vues le 23 mai d8/i3, dans un vase qui contenait, depuis le 25 septembre 1842, des productions marines de Lo- rient, des Spirorbes, des Cyclopiens, des Molgus, des Gromies, desMilioles, des VorticialcsetdesCampanulaires: mais dont l'eau, devenue fétide, avait été renouvelée le 15 décembre suivant, et qui, depuis lors, avait contenu des Stauridies avec des Cyclops, des Spirorbes et des Rhizopodes vivants, et avait montré des Cla- donèmes, le 25 juillet 1843, le 4 novembre 1844 et le 10 juin 1845, c'est-à-dire après trente mois de vie en captivité dans un flacon de 2 décilitres. J'ai donc pu suivre complètement alors le développement des gemmes nus situés entre les tentacules de la base du corps, et destinés à devenir des Méduses. Ces bourgeons, d'abord rougeâtres, globuleux, sont déjà larges de 1/3 mill. avant de montrer une structure distincte ; bientôt on y voit paraître des indices de division à l'opposé du point d'attache; puis, ces divi- sions devenant plus visibles, ce sont huit lobes courts, aigus. ET DKS l'OI.Vl'ES llYDKAlIlliS. *275 rapprochés au soiiimet, coiiiiiiu les parties d'une Heur avant répaiiouisscment. Ces lobes, de plus en plus distincts, finissent par occuper la moitié de la longueur du bourcçeon, l'autre moitié devant former l'ombrelle. Quelques bourgeons montrent dix ou neuf, au lieu do huit lobes. J'avais d'ailleurs déjà observé tous les modes de station de la Cladonème à l'état normal ; je l'avais vue tantôt nageant par l'effet de la contraction répétée de l'ombrelle, avec les tentacules plus ou moins contractés ou flottants, tantôt fixés le long des parois par la base des tentacules qui s'étalent en rayonnant , tantôt enfin s'appuyant sur le fond du vase par les premiers rameaux , comme par autant de pieds, des tentacules redressés élégamment et ré- fléchis autour de l'ombrelle. J'avais décrit alors avec assez de détails la Cladonème, et, après avoir parlé de son estomac fusiforme ou lagéniforme avec cinq lobes latéraux peu saillants, implanté comme un pédoncule sous l'ombrelle , j'ajoutais : « Il reste àsavoir s'ils doivent produire des œufs, et si les cœcums entourant l'estomac ne doivent pas tenir lieu d'ovaire. » Cette conjecture se trouva réalisée en partie quelques jours après la publication de mon premier Mémoire. En effet, le 31 mai, au fond du vase où j'avais isolé deux Cladonèmes , je vis douze à treize onifs ronds, rougeâtres, larges deO""",10, qui s'étaient produits dans l'épaisseur même des parois de l'estomac, encore distendus par d'autres œufs semblables. Ces œufs, soumis au mi- croscope, montrent d'abord une apparence d'envelojipe externe, diaphane , sans aucune trace de cils vibratiles; mais bientôt on en voit sortir quelques expansions sarcodiques de forme variable, mais non rétractiles. De .sorte que la substanee même de l'œuf paraît s'épancher au dehors. Plus tard, il en résulte une véritable désagrégation , et l'œuf se divise en globules plus ou moins volumineux qui résistent bien encore à la décompo- sition, mais ne paraissent pas susceptibles d'un (iévelopj)enient ultérieur. Cependant les œufs laissés au fond du vase , et plus spéciale- 3- M-viv Ziwl T IV (Novembre ISl.'i ) j 1.S 274 ni'JARnlX. DliVELOI-l'EMIiM' DKS MlîDllSES ment ceux que la Méduse avait elle-même fixés à la paroi, ne tar- dèrent pas à donner naissance à de jeunes Stauridies. Déjà le 31 mai je vis plusieurs Stauridies jeunes dont l'une, plus distincte, était portée par un tube rampant long de 1 mill. , et d'où partait un stolon presque aussi long. Celle-ci avait déjà deux têtes dis- tinctes et un stolon le l"juin. L'histoire de la Cladonème et de sa Stauridie semblait ainsi complète ; mais il y avait encore une phase à connaître. Le 12 juin suivant, les Cladonèmes, placées dans un vase à part, et nourries copieusement de Cyclops depuis un mois, se montrèrent sous une forme tout-à-fait inattendue : l'ombrelle s'était re ournée et con- tractée en ronipant son diaphragme; elle portait les tentacules en partie rétractés à l'opposé de la trompe, (jui , désormais libre , se mouvait lentement de côté et d'autre, et paraissait chercher une proie. Je lui lis manger encore des Oyclops , et , dans ce dernier état, elle me parut devoir pondre le reste de ses œufs; mais, connue nous l'avons vu plus haut, les premiers œufs avaient été déposés avant la rupture du diaphragme , et les rameaux des bras, en se rapprochant alternativement de l'orifice du diaphragme, avaient dû prendre les auifs et les agglutiner à la paroi du vase, pendant que les autres rameaux, comme autant de pieds, y fixaient momentanément la Cladonème. C'est, en effet, le long de ces pa- rois qu'il a été plus facile d observer le développement des Stau- ridies provenucs de ces œufs. Il reste à signaler, pour les Cladonèmes, la singulière diver- gence du nombre de leurs parties; car tandis que les parties de l'ombrelle et ses appendices sont des multiples de quatre, comme chez la plupart des Médusaires , les parties de l'estomac et ses appendices sont au nombre de cinq. Il est vrai que, exceptionnel- lement, quelques Cladonèmes ont les parties de l'ombrelle et ses appendices au nombre de neuf ou dix ; mais on ne peut s'empê- cher de voir là une sorte de rapport avec certaines fleurs dans lesquelles les différents verticilles n'offrent pas toujours le même nombre de parties. Et ce rapport paraîtra plus curieux encore, si l'on considère ([ue les Méduses, destinées à produire les œufs, remplissent un rôle analogue à celui des Heurs, et si l'on se raj)- ET Di;s l'OI.YPKS IIVUHAIllES. '27!) pelle aussi les vuos ingénieuses de M. Forbes suv la fonnalion des capsules des Sertulariens . par un raccourcissement de l'axe des rameaux, analogue au raccourcissement de Taxe dans les Heurs. IV. Du Sthenijij provenant du Si/nrori/nn ili.ri/iii-iis. Une espèce de Syncoryne . très voisine , en apparence , de la Stauridie, m'a donné une autre Médusaire bien plus semblable à celles de MM. Lowcn et Van Beneden, à laquelle je propose d'ap- pliquer le nom deSlhenijn (l'une des Gorgones, soeur de Méduse). Cette Syncoryne, que j'appellerai Sijnconjna decipicns, ne dif- fère de la Stauridie que par le nombre de ses bras, qui sont un peu plus longs, ])lus grêles, moins régulièrement placés, et par ses capsules lilil'ères un peu plus petites et encore plus ('troites. Les bras , au nombre de huit ou neuf, entourent la partie la plus renflée de la tête. C'est immédiatement au-dessous de leur inser- tion que prennent naissance les bourgeons de Méduses. Chacun de ces bras, portant lui-même quelques pointes charnues, est ter- miné par une pelote soutenue par les capsules, et hérissée de pointes charnues , qu'on voit bien être indépendantes des cap- sules. On ne voit pas ici , comme sur la Stauridie , des tentacuii.'s ru- dimentaii'es à la base de la tcle. On ne voit pas non plus, aussi distinctement, l'extrémité de la gaine cornée élargie en entonnoir. A l'intérieur des tiges et des rameaux , on voit les capsules moins nombreuses , et conséquemment aussi le mouvement du liquide nourricier plus distinctement; c'est là que j'ai le mieux vu les cils vibratiles de ces Zoophytes. Cette Syncoryne se nourrit égale- ment de Cyclopes. Les bourgeons de la Synconjna decipiens sont d'abord rougeà- tres, pyriformes, et présentent quatre côtes renllées et plus forte- ment colorées; ces bourgeons acquièrent peu à peu une largeur de 1 millimètre: alors ils ont une ressemblance très grande avec, ceux du Syncoryna Saarsii , décrits par M. Lowen. Ils se com- posent d'une enveloppe diaphane, urcéoléo, fermée en partie, au sommet, par uu diaphragme percé d'une ouverture centrale. A'i fond de l'ombriHle se trouve l'estomac lagéniforine , assez grêle. 276 wrjAiSDix. — nih'ici 0Pl'liMl•;^T des méduses et du bord de l'ombrelle partent f|Licatre tentacules simples, à la base desquels aboutit un canal partant du point d'attache , et où se trouve aussi an point noir oculiforme. Au milieu de l'inter- valle des canaux se trouve un sillon qui paraît occupe par un cor- don tendineux , duquel partent les fibres contractiles. Un canal marginal relie ensemble les quatre canaux des bras. LesSthenyo, tant qu'elles adhèrent encore à la Syncoryne, allongent peu leurs tentacules, qui restent comme des tubercules fauves; mais déjà elles exécutent les mouvements péristaltiques qui leur serviront plus tard à nager dans les eaux. Quand elles sont devenues libres, leur ombrelle acquiert une largeur de 1 mill. 1 /2, et leurs tentacules s'allongent jusqu'à 3 et i mill. Ces tentacules sont noueux ou garnis, dans toute leur longueur, de petites pelotes, semblables à celles des Cladonèmcs, hérissées de pointes charnues soutenues par des capsules spiculifères , et servant également à arrêter et à engourdir les petits Crustacés nageants. C'est à la fin de décembre 1S/|2 et pendant le mois de janvier suivant que j'ai pu étudier les Sthenyo dans des vases où je con- servais depuis trois mois des objets recueillis à Lorient ; j'ai pu les faire vivre et les nourrir isolément dans des (laçons, et, à partir du 12janvier, je les ai vus sous une toutautre forme; elles avaient éprouvé un retournement complet. L'estomac, devenu extérieur, était plus développé et ressemblait à une trompe qui s'agite lente- ment de coté et d'autre; l'ombrelle, retournée comme un gant, avait la forme d'un fruit de tomate, dont l'estomac paraissait être le pédoncule. Les canaux et les cordons intermédiaires s'étaient contractés de manière à laisser en saillie les intervalles, comme autant de côlcs arrondies et très enflées. Les points oculiformes étaient retirés au centre do la masse, avec la base des tentacules qui sortaient de ce nouveau sommet, comme les styles d'un ovaire végétal. Le diaphragme déchiré formait un lambeau trans|)arent en ce même point. Les tentacules étaient encore susceptibles de s'allonger et de se contracter ; ils s'agitaient, ils servaient à la pro- gression sur le fond du vase; mais ils ne pouvaient servir à saisir la proie, non plus que l'estomac ne paraissait devoir servir à la digestion. En elîet , la paroi de l'estomac s'iMait l'paissie et pré- IM DliS l'OI.Vl'lîS IIVDII VlKliS. 27/ sentait une structure grainileuse, ainsi que des lobes cluirnus par lesquels il tenait au reste du corps. Il semblait que cette structure avait quelque rapport avec le développement des œufs ; mais je n'ai pu suivre complètement ce développement. Après une inter- ruption d'un mois, les Sthenyo avaient disparu; mais j'ai vu dans le même flacon, rampant sur la |)aroi, une tige naissante de Syn- coryne, qui bien certainement était la même espèce d'où était issue la Sthenyo. V. Du Cu/iic/ioia et du Sijiiciinjiiii ij/iiiidu/oxit. Une troisième espèce de Méduse, que je nojnme Callichore, est également née dans mes vases et sujiposée produite par une Syncorync que j'appellerai Syncoryna glandulosa. Cette Syncoryne, que j'ai observée dans plusieurs vases conte- nant des productions marines venues de Saint-Malo , s'était dé- veloppée plus particulièrement le 17 décembre 1842, dans un (lacon de 2 décilitres , conservé avec son contenu depuis le 24 mars 1841 , et que j'avais visité soigneusement presque tous les mois, et encore le 14 septembre sans l'y trouver. Avec elle vivaient aussi des Bryozoaires, des Amphitrites, des Némertes, des Cytlié- rines, des Cyclopes et des Molgus ; je l'y observai à plusieurs reprises , au mois de mai 1 843 et le 25 juillet suivant : c'est alors seulement que je vis dans le même flacon la Callichore que je vais décrire , et qui ne s'était produite que vingt-huit mois après la séquestration des productions marines contenues dans le vase , et environ vingt mois après l'apparition de la Syncoryne. Cette Syncoryne , fixée sur les conferves, a des tiges peu rami- fiées, annelées ou toruleuses, larges de 1/4 mill. environ, à en- veloppe cornée, brunâtre, terminée par des têtes en massue ou fusil'ormcs, longues de 1 mill. 1/2, larges de 1/2 mill. environ. La bouche terminale est très dilatable. Les tentacules, au nombre de dix-huit à vingt-quatre, sont courts, renflés en bouton à l'ex- trémité, et irrégulièrement disséminés, surtout à la partie con- vexe. Chaque tentacule est hérissé de petites pointes charnues , sous lesfiiielles se trouvent les capsules filifères , longues de ,010 à ,022, et même deO ,02(5, et ,()o(), à peu près 278 DUJiiKBiiV. — DlîvELO^^l•;Mli^T des miîdlsks moitié moins larges, et. paraissant revêtues ciiacune d'une enve- loppe ctiarnue. Au centre de chaque tige se voit un cordon charnu paraissant résulter de la soudure de plusieurs cordons parallèles formés chacun d'une série de capsules lilifères avec un enduit charnu. L'envelop])e cornée des tiges se dilate en forme de calice diaphane à la base de chaque tète. La Callichore , que je n'ai pas revue depuis dans mes vases et que je suppose produite par cette Syncoryne , a son ombrelle hé- misphérique large de 2""", G, diaphane . traversée par ([uatre ca- naux, partant du sommet du bord de l'ombrelle. Elle porte vingt- huit cirrhes marginaux, longs de 2 à 10 mill., très contractiles, et présentant seize à dix-neuf nœuds ou tubercules également espacés, formés en partie par des capsules filifères pareilles à celles de la Syncoryne. Quand les tentacules sont contractés , ils sont fusi - formes ou un peu renflés au milieu. Du milieu de l'ombrelle en dessous pend l'estomac pyriforme , terminé par la bouche , en- touré de lobes. VI. RÉSUMÉ ET CONCLUSION. De ces observations il résulte qu'une Méduse est bien réelle- ment une phase du développement d'un l'olype hydraire, la phase de fructification, et non sa larve ; non plus que le Polype n'est la larve de la Méduse , c'en est la phase végétative. Rien de compa- rable ici aux métamorphoses d'un insecte passant d'abord par l'état de larve et de nymphe; car, pour celui-ci, l'individualité a toujours été parfaite, et c'est un même organisme qui parcourt les phases successives de son évolution. Le Polype hydraire, au contraire, bien que provenant d'un seul œuf, ne tarde pas à pro- duire, par gemmation, d'autres Polypes qui participent avec lui à une vie commune, de telle sorte que l'individualité a disparu. Mais parmi les bourgeons qui se produiront à sa surface , les uns donneront un Polype qui ne cessera pas de participer à la vie commune ; les seconds donneront des bulbilles qui serviront à pro- duire ailleurs une nouvelle association de Polypes semblable à la première; d'autres enfin, représentant la fiour des végétaux pha- nérogames par rapport aux autres bourgeons, se développeront ET l)i;s l'OLVlMiS llYDi; VIRES. 279 sous la forme de Méduse, pour servir à la production des œufs. On retrouve donc véritablement ici une certaine analogie avec le développement des Champignons, dont le chapeau et le pédon- cule ne sont qu'une phase de fructification , tandis que leur mycé- lium, qui en est la phase végétative , peut se propager indéfini- ment sans présenter de caractères d'individualité. Par conséquent aussi, on doit, pour ces animaux, modifier la définition de l'espèce; ce ne sera plus la collection des individus présentant les mêmes caractères, mais ce devra être la notion des formes successives sous lesquelles la vie se manifeste , soit isolé- ment , soit en commun , dans les êtres qui dérivent les uns des autres. Après avoir suivi ces phases du développement des Polypes hydraires et des Méduses; après avoir vu celles-ci, par un dernier degré d'épanouissement, retourner leur ombrelle et perdre leur faculté locomotive pour accomplir le rôle qui leur est dévolu en pondant leurs œufs, il se présente encore une question à résoudre. Les Méduses que j'ai vues se former après deux ou trois ans dans des bocaux d'une faible capacité, et médiocrement éclairés, se se- raient-elles également produites dans les eaux de la mer, toujours agitées près du rivage? ou bien ces Méduses ne seraient -elles qu'un produit fortuit assez rare des mêmes Polypes préservés d'une trop vive lumière ou de trop d'agitation , ou soumis à un autre mode d'alimentation ? y aurait-il là quelque chose d'analogue à ce que nous montrent les arbres fruitiers , sur lesquels le jar- dinier peut déterminer à volonté le développement des bourgeons à bois ou des bourgeons à fleur (1) ? S'il en était ainsi, on pour- (I ) Je cite ici , flaprès une noie que M Decaisne a eu l'obligeance de me don- ner, quelques piaules qui se multiplient autrement qu'à l'aide de graines ou de spores Le LuniiUiria vulijaris et le Lemna rjibba se multiplient jiar bulbilles, exclusi- vement: Les Dentnria , les Dioscorœa et le Globba amaranlina , par des bulbilles ou corps reproducteurs simples; Le Gagea villosa . VOrnilhogalum uinhellatum et le Lilium biilbiferum , par des bulbilles écailleux. Parmi les Lichens on ignore le mode de reproduction du ComlcHlana bi- 280 DUJ4RDIM. — DIÎVELOri'ElllEM- DES MÉDUSES rait. espérer, dans des cuiidilions voulues, voir naître de chaque Polype hydraire une Acalèphe correspondante , et réciproque- ment , on devrait connaître un jour de quels Polypes hydraires proviendraient tout autant d'Acalèphes; à moins pourtant qu'il ne s'agisse d'une espèce condamnée, par tes conditions actuelles du milieu ambiant, à se perpétuer désormais par des gemmes et des bulbilles , comme il arrive pour certains Lichens , pour certaines Mousses, et même pour certains végétaux phanérogames, qu'on voit si rarement fructifier. Et même dans ce cas, pour certains polypes hydraires qui ne donnent actuellement que des gemmes ou des bulbilles, comme notre Hydre ou Polype d'eau douce , il ne serait peut-être pas dé- raisonnable de chercher, par des essais multipliés et prolongés, à les replacer dans des conditions d'habitation, d'alimentation, de chaleur et de lumière analogues aux conditions primitives dans lesquelles toutes les phases du développement avaient lieu , afin de les forcer à montrer une fois encore l' Acalèphe qui doit les re- produire par de véritables œufs. RXPL!CATIO\ ni:S FIGURES PLAINCIIE Mi. A,\ , Callichore fixée à la paroi du flacon , et vue de face (grossie 4 fois) A,ï, la même, vue de côté pour montrer les quatre canaux partant du sommet de l'ombrelle , et le diaphragme inférieur (4 fois). A,i, la même, grossie 8 fois, et montrant la trompe rétractée et la double surface de l'ombrelle. A,k, un des tentacules delà Callichore dans l'état d'extension. yl,5, un tentacule contracté. co/or Le Slicla aurata , commun dans la forêt de Briqucbec, n'y fructifie pas, mais il fructifie dans sa patrie , a Terre-Neuve. L' Usnea llorida ne fructifie pas à Fontainebleau. Parmi les Mousses , les Hypnum cordifulium . prœlu.igiim et illicebrum , les Mwium affine et roseum, ainsi que le Coitomitrium julianum. ne fructifient jamais, ou fort rarement, aux environs de Paris. M Decaisne n'a jamais rencontré les fruits du l.iisimuchin yumiiuilann. malgré ses rwlierches spéciales à cet égard. ET DUS POLYPES IlYDIlAinES. *28i BJ , Syncoryne du Sllicnyo avec un embryon en voie (le tléveloppemenl, grossi. H.i, un de ses tentacules, grossi 200 fois. 11,3, une de ses capsules filifères, grossie 620 fois. S, 4, Sthenyo fixé à la paroi du vase et vu de face , grossi 26 fois. 0,6, le même vu de profil, et montrant les quatre canaux et le diaghragme (grossi 2 1 fois). B,6, une portion du bord de l'ombrelle avec un des tentacules . et le point ocu • lifornic et le canal correspondant C. I , Slauridie ou Syncoryne du Cladoneme, avec un prolongement de la tige en voie d'accroissement t'.2. la Stauridie avec un embryon de Cladonème en voio de développement. [Nota Une Cjciopsine avalée par la Slauridie se voit a l'intérieur.) C,3, un des tentacules de la Stauridie. C,4. portion inférieure du corps d'une Slauridie , montrant a l'intérieur les cel- lules ou vacuoles . et des capsules pilifères C,!i, œuf de Cladonème. C 6 , 7 , le même ayant commencé à se développer par des expansions sarcodiques. PLANCHE 15. B.T, Sthaiijo retourné, et contmuant a vivre sous cette nouvelle forme. C,8, Cladonème fixée à la paroi d'un bocal , et vue de face (grossie I 5 fois). C,9, la même vue de profil , et montrant des oeofs dans l'épaisseur de la paroi de la trompe C. 10, portion de l'ombrelle comprise entre deux des canaux correspondant aux ' bras ; à l'intérieur se voient des globules ou disques diaphanes, qui ne sont pas des cellules (grossie 180 fois). C,1 1 , surface de l'ombrelle (grossie 1 80 fois). C, 12, portion filiforme et noueuse d'un rameau d'un des tentacules. r, 13, ca[isules pilifères de la Cladonème après l'explosion, d'où résulte le retour- nement de la membrane interne. C,14, une de ces capsules avant l'explosion C',15, un des points oculiformes C,16, la Cladonème retournée, et contmuant à se nourrir sous cette nouvelle forme. CI 7. la mémo de grandeur naturelle C,\8, portion de la surface de la trompe uu de I estomac de la Cladonème. p, 1 9, bord de la trompe avec deux des globules. 58'^ RISCOKI. — SVSTÈMIi VEIMiUX DM 1. V CllENOllILLE. OBSlî RVATIONS Si;R LE SYSTiîMR VEINEUX DE LA GRENOl'lLEE. ({Extrait d une lettre adressée à M. Milne Edwards par M. Ruscosi, membre de l'Institut de Milan ) Je m'empresse, Monsieur, de vous communiquer une observation que j'ai faite tout récemment sur le système veineux de la Grenouille, dont la description nous a été donnée par.M. le docteur Gruby, et que vous avez insérée dans vos Annales (2' série, t. Wll, p. 209). Mais, avant tout, permettez-moi de vous parler de la circonstance qui m'a conduit à faire cette observation. Pendant que j'étais occupé, dans mon laboratoire, à examiner la liaison étroite qui existe , chez les Reptiles , entre les vaisseaux lymphatiques du poumon et de la vessie urinaire, et les vaisseaux sanguins de ces mêmes organes, j'ai reçu une visite de M. Ernest H. Webcr, et notre conversa- tion s'élant portée sur la découverte, faite par M. Gnd)y, d'une veine particulière qui provient de t'dbduiiiintile (intén'cwe , avant i>on entrée dans le foie, et va se jeter, siiiis intermédiaire et s(tns obstacle , dans le cœur , M. AVeberme fit remarquer (|u'im diietns renasiis qui subsisterait pendant toute la vie de la Grenouille serait un fait extraordinaire qui mériterait bien d'èire vérifié. AussiKM après son départ, j'ai injecté de bas en haut la veine abdominale d'une Grenouille, et j'ai vu que la veine partieu/ièi-e qui, d'après M. Gruby, /jlonge dans le cœur, est au contraire une veine qui puise ses racines dans l'oreillette , glisse sur la surface du cœur, s'en détache bienlôt, et va se jeter dans la veine abdominale au moment môme où cette veine reçoit la veine porte , et envoie ses branches aux lobes du foie, .l'ai répété cette injection sur trois Grenouilles, et toujours avec le même résultat. Ainsi la veine qui plonge dans le cœur, découverte par M. Gruby, est une veine qui , comme celles des intestins, verse son sang dans le foie. Je crois devoir ajouter ici que des injections faites par M. Natalis Guillot ont donné un rcsullat analogue à celui annoncé par M. Kusconi , et que M Gruby ayant, à ma prière, repris ses observations sur la disposition anatomique de la veine en question, a reconnu qu'effectivement ce vaisseau naît des parois et non de la cavité du cœur. C'est évidemment une veine cardiaque dont la disposition rappelle tout-à-fait celle du vaisseau qui, chez la Tortue, se rend de la pointe du cœur à la veine ombilicale, et qui a été représentée par Bojanus , dans sa belle Monographie anatomique de ce Reptile (pi. 29, fig, 162, x'). M. Gruby est donc pujourd'hui d'accord avec M Rusconi. M. E 283 EXPÉRIENCES SUR LE DÉVIXOPPLMENT DES OS DANS LES MAMMIFÈRES ET LES OISEAUX, FAITES AU MOYEN DE l'aLIMESTATIUN I'AR LA GARANCE ; Far M. BniTX.I.£ , Piofesseui de Zuoliigie ù la Fiicullti des Sciences de Pi|i)ii, Et M. HUGUENT, Pi.il.-s»i-ul de Physii|u^ an ColUge nry.il de Ij niè.iie ville. ( Mémoire présenté à l'Académie des Sciences, le I novembre 1845.) SOMMAIRE. Malgré les belles recherches de Duhamel, de M. Flourens, de MM. Serres et Doyère, le développement des os ne nous a pas paru complètement démontré. Duhamel a fait voir que les os re- çoivent sur leur face externe des dépôts alternativement rouges ou blancs , suivant c]ue les animaux soumis à ses expériences étaient nourris d'aliments mêlés de garance ou simplement d'ali- ments ordinaires. Ces dépôts successifs expliquent, indépendam- ment de leur coloration, l'augmentation des os en épaisseur. Quant à l'agrandissement de la cavité médullaire des os longs et à l'aug- mentation en longueur de ces os, Duhamel les croyait dus à l'ex- tension du tissu osseux lui-même, extension qu'il a cru démontrer dans les jeunes animaux. Le mouvement d'extension ayant été nié par suite des expériences d'autres physiologistes , tels que Hunter et M. Flourens, la théorie de Duhamel était donc insuffi- sante pour expliquer le développement des os. M. Flourens admettant , avec Duhamel, le dépôt de parties nouvelles à l'extérieur des os, a été plus loin que Duhamel, en montrant : 1° qu'il se dépose des parties nouvelles aux extrémités des os longs, ce qui explique leur développement en longueur, sans avoir recours à l'extension ; 2° qu'il se produit à la face interne des os une résorption qui augmente la cavité médullaire. M. Flou- rens a donc fait faire un grand pas à la question en démontrant tes deux derniers résultats. Par cons('!quent , le développement 28l!l BilULLÉ ET IIIGUENV. des os a lieu , d'api'rs ce savant physiologiste , par le concours de deux actions opposées : l'une se produisant à l'extérieur et dépo- sant, soit sur le milieu , soit aux deux extrémités des os, de la sub- stance nouvelle ; l'autre ayant lieu à l'intérieur et entraînant une portion du tissu osseux. Seulement , suivant M. Flourcns, ces deux actions se produiraient pendant toute la vie; d'où le renouvelle- ment incessant des parties, ou le mouvement continuel de compo- sition et de décomposition des organes. MM. Serres et Doycre se sont particulièrement occupés de la coloration des os par l'alimentation à l'aide de la garance. Us ont nié le mouvement de composition et de décomposition , parce qu'ils ont vu la coloration persister dans les os de certains ani- maux , tandis que Duhamel et M Flourens avaient reconnu ([ue, dans les animaux observés par eux, il se déposait des parties blanches à la surface des os, par suite du changement de régime. Les résultats les plus remarquables du travail de MM. Serres et Doyère sont la détermination des lois de la coloration, en ce sens qu'ils ont reconnu de quelle manière l'os se laisse pénétrer par la matière colorante de la garance , et comment il ne devient pas rouge dans toute son épaisseur, mais seulement jusqu'à une pro- fondeur peu considérable. Ils ont reconnu, comme M. Flourens, que la coloration pouvait se produire à la fois par l'extérieur et par l'intérieur ; mais ils ont énoncé dans leur travail des résultats qui ne s'accordent pas toujours avec ceux, de M. Flourens. L'incertitude dans laquelle ces contradictions nous laissaient fut la cause des essais que nous tentâmes pour les expliquer. Nous sommes parvenus, après de longues recherches, à recon- naître que toute la question reposait sur une différence d'âge; que le mouvement d'accroissement, celui de résorption, ne duraient que pendant un certain temps ; mais le développement des os n'était pas encore expliqué par là. Entre les recherches de Duhamel et celles de M. Flourens, le célèbre chirurgien anglais Ilunter avait reconnu que la forme des os subissait des changements dont il essaya de se rendre compte par l'absorption agissant sur certaines parties. Cette absorption était nécessaire pour expliquer la dimiiuition de volume des os Sl'll l.li DlÎMil.OIM'I'MKM l)i:S OS. 285 Acis leso.\tréiiiiU''s . diminutifin sans la(|uclle les lêtcsdesos longs, par exemple, acciuerraienl un volume (|u'ellcs ne présentent ja- mais. Il est à regretter, toutefois, que les expériences de Hunter n'aient pas été publiées avec des détails suffisants. Le peu de don- nées que l'on trouve à ce sujet dans les œuvres de ce chirurgien, et qui ont été reproduites toujours de la môme manière dans dif- férents recueils anglais, permet cependant de penser que Ilunter avait reconnu le mécanisme du développement dos os. De notre côté, nous étions parvenus aux mêmes résultats que Ilunter avant de comprendre les siens. Ce n'est même qu'après avoir pu formuler notre théorie que nous nous sommes expliqué colle de Ilunter. Nous avons vu avec satisfaction que nous étions d'accord avec lui , et nous croyons avoir été plus loin que lui, non pas en démontrant, peut-être, que les mè/nes actions se pro- duisent h la face externe et à la face interne de l'os, mais en fai- sant voir que ces actions ont lieu sur chacune des deux faces, en des endroits différents. Ainsi le mouvement d'accroissement aura lieu sur la face externe, et le mouvement de résorption se pro- duira sur la face interne, dans des régions correspondantes, pen- dant tout le temps que dure le développement d'un os. Nous avons reconnu, en outre, que la cavité médullaire diminue après un cer- tain temps, et qu'enfin l'os cesse de croître d'une manière sen- sible lorsqu'il est arrivé à l'état parfait. On doit, par conséquent, admettre dans l'os, avec M. Fleurons, un double mouvement, l'un de formation ou même d'accroissement, et l'autre de résorp- tion; mais on ne doit pas, suivant nous, le supposer produit pen- dant toute la vie. On doit, par conséquent aussi, reconnaître, avec MM. Serres et Doyère , des cas oîi ce double mouvement ne se produit pas, puisqu'il arrive un moment oîi l'os ne paraît pas subir de changements appréciables. Il résulte donc de ce qui précède que la théorie du dévelop- pement des os ne peut pas consister simplement dans l'accroisse- ment des os par des parties nouvelles qui se déposent à l'ex- térieur, et dans l'agrandissement de la cavité médullaire par la résorption , à rinl('Ticur, d'une jxirtion du tissu précédemment formé. 2(S(j BRLXI.Ë I:T UICLENT. S'il en était ainsi, en ellet, les os ne tarderaient pas à acquérir un développement en diamètre qui no saurait répondre à celui qu'ils obtiennent en réalité. La tète d'un os encore en voie d'ac- croissement devrait se trouver entièrement comprise dans le dia- mètre du même os, parvenu à un état plus avancé : or, c'est ce qui n'arrive pas. Si l'on compare entre eux deux os d'âge différent, on reconnaît qu'une portion de chaque tète de l'os le plus jeune a dû disparaître. Par conséquent , il a dû se produire dans cette région une action comparable à celle qui se manifeste à l'intérieur de l'os. Elle est également indiquée par la disposition mamelonnée de la face interne du périoste en ces parties, disposition qui se re- trouve à la face interne de la membrane médullaire , lorsque celle-ci opère la rôsoj-ption. Cette action est d'ailleurs indiquée par l'aspect de la surface externe de l'os, aspect tout-à-fait comparable à celui de la sur- face interne, lorsque celle-ci est soumise à la résorption. Par conséquent , la membrane médullaire et le périoste jouent exactement le même rôle à l'égard de l'os. Ils servent l'im et l'autre à déposer des portions nouvelles sur certaines régions, et à faire disparaître des portions anciennes sur d'autres régions. L'identité des fonctions de la membrane médullaire et du pé- rioste a d'ailleurs été reconnue par M. Flourens, dans des cas où, suivant son expression, l'action de l'une de ces deux membranes se trouve accrue par la destruction de l'aulro. Il e'Jste d'ailleurs une sorte d'antagonisme dans la manière d'agir des deux périostes, l'externe et l'interne, sur chaque face de la table d'un os. Si une portion de la face externe d'un os est en voie d'accroissement, la portion correspondante de sa face interne est ordinairement en voie de résorption. L'allongement du corps des os longs peut s'expliquer, suivant nous, de la manière suivante. A mesure qu'il se dépose aux extré- mités d'un os long de la substance nouvelle, ce qui a lieu, pour les jeunes, entre l'épiphyse et la diaphyse, d'autre substance est enlevée sur le pourtour de ces extrémités. En même temps, de la substance nouvelle est déposée à l'intérieur de l'os, vers chaque SLll I.li Dlhl-LOI'l'EMIi.M DIvS OS. "28 extrémité. Par là, l'os acquiert d"un cùlé ce cjuMl perd de l'autre, ut il conserve toujours eu même temps une épaisseur suffisante. Ces phénomènes s'arrêtent au bout d'un certain temps; c'est alors que l'os est parvenu à sa grosseur délinitive. 11 ne paraît plus se produire, dans ce cas, qu'un accroissement tout-à-fait inté- rieur , qui augmente la densité de l'os. Cet accroissement semble indiqué par les taches rouges que présente çà et là le tissu osseux, autour de certains canalicules, dans des animaux dont les os ne se colorent sensiblement ni à la face externe ni à la face interne. Le moment où il ne se produit plus de coloration dans l'os, et que l'on doit regarder comme indiquant son état adulte, est, en outre , manifesté par la présence d'une couche définitive d'une sorte de vernis, car l'on peut se servir de cette expression pour caractériser l'aspect particulier de celte couche. La surface de l'os est alors tout-à-fait lisse , ce qui n'arrive jamais tant qu'il s'y dépose des parties nouvelles. La cavité médullaire a reçu , de son côté , une certaine quantité de tissus spongieux , qui vient en di- minuer l'étendue. C'est sous la couche définitive que nous avons remarqué par transparence , dans les os des Pigeons , des régions rouges et d'autres blanches diversement situées dans les dilférents os. Cette variété dans la coloration d'un même os nous avait fait admettre d'abord la décoloration partielle du tissu osseux ; mais , aujour- d'hui, la résorption qui a lieu sur certaines régions seulement de la surface des os en voie d'accroissement nous permet de comprendre les nuances diverses de la coloration. Voici donc comment se résume , pour nous , la théorie du dé- veloppement des os. 1" Il y a dépôt de parties osseuses nouvelles soit à la face ex- terne , soit à la face interne des os , mais non pas sur toute l'éten- due de chacune de ces deux faces à la fois. 2° Les régions de chacune des deux faces de l'os où ce dépôt ne se produit pas sont le siège de la résorption. 3° Ces faits se passent à la face interne comme à la face externe des os , mais de telle manière que , s'il y a résorption sur une des faces , il y a ordinairement dépôt sur la face opposée. 288 BHIXI.É UT UlUlEKlf. !l" l/augniciiUiliuii (li>s os un diamètre a lien p;ii' le dépùl des parties nouvelles à sa face externe , ainsi (|ue l'ont remarqué Du- hamel et M. l'iourens. 5° L'augmentation des os en longueur se fait par deux moyens. Les extrémités reçoivent des parties nouvelles : c'est ce que M. Flourens a très bien reconnu ; le corps est soumis à la résorp- tion dans les parties voisines des extrémités, comme Ilunter paraît l'avoir indiqué. 6° Les épiphyses se développent séparément à la manière des os courts, c'est-à-dire par l'addition de substance nouvelle sur certaines parties , et par la résorption sur d'autres parties. 7° Les os plats se présentent, sous le rapport de leur dévelop- pement , comme les os longs ; ils sont soumis au dépôt de parties nouvelles et à la résorption de parties anciennes, pour ce qui concerne du moins leur face externe. 8° Le périoste et la membrane médullaire sont alternativement les organes du dépôt et de la résorption des parties osseuses ; chacune de ces deux membranes a donc les mêmes propriétés que l'autre. 9° Enfin , la mutation de la matière ne paraît consister que dans le mouvement d'augmentation et de résorption, du moins pour ce qui concerne le tissu osseux ; elle n'est alors qu'un phénomène d'accroissement. PBEiniÈRE PARTIE. FAITS GÉNÉRAUX. CHAPITRE I. Coloration des os nu moyen de l'alimentation garancée. Rutherford est le premier qui ait reconnu la cause du phéno- mène de la coloration des os. -< Les laques, dit-il , sont de vrais précipités de matière colorante en combinaison avec des mor- dants. La coloration des os d'un animal au moyen de la garance est tout-à-fait analogue à la formation de ces laques. La matière SlJll l,K Dlhlil.OI'l'liMLM I ES US. 289 roiorante de la garance , traversant sans ailératii)M les organes digestifs , se répand dans la masse générale des fluides , et se dis- sout dans le sériun du sang, auquel elle i:oniniinii(|ue une couleur rouge sensible, lorsqu'elle y existe en grande (juantité. En oulie, il y a toujours dans le sang, et à l'éiat de solution dans le sérum, une certaine quantité de matière terreuse des os , de phosphate de chaux , toute prête à être déposée , dès que 1 exigent les besoins de l'animal. Et comme le phosphate de chaux est un très bon mor- dant pour la garance, qu'il a beaucoup d'allinité pour elle , et que , par conséciuent, il est admirablement disposé pour servir de base à la matière colorante qu'elle renfei-me, il en résulte qu'alors ces deux substances se combinent à l'état d'une laque rouge brillante, d'où provient la couleur des os (1). » C'est donc au moyen de l'allinité que possède le phosphate de chaux pour la matière colorante de la garance que se produit cette coloration , qui est dès lors un ])hénomène chimique. On peut, du reste , en dire autant du carbonate de chaux , qui se co- lore aussi, comme nous l'avons expérimenté directement, mais moins vivement peut-être que le phosphate de chaux. Ceci établi, où se fait la coloration des sels calcaires? Est-ce dans le sang ou dans l'os lui-même ? D'après Rutherford, la coloration se produirait dans le sang , et les molécules arriveraient toutes colorées dans l'os. Gibsoii pense , au contraire, que la coloration se fait dans l'os lui-même . c'est-à-dire sur les molécules calcaires déjà en place. .> On voit . dit Gibson , que Rutherford embrasse l'opinion de certains ph\- siologistes, savoir, que la matière osseuse reçoit sa coloration avant de se déposer , et pendant qu'elle est encore à l'état de dis- solution ou de mélange dans le sang, après quoi elle est di-posée et solidifiée sous l'apparence d'une laque brillante. Dans aucun passage de ses ingénieuses remarques il ne soupçonne la possi- bilité que les os, déjà formés dans l'animal, puissent, pendant l'usage de la garance , devenir rouges, et reprendre graduelle- ment, après la cessation de ce régime, leur cnuleiu' naturelle (1) Riith«rfnr(i , ritf' clans le Mémoire de Gibson [Mem of Ihr IHIer. mvl plu- iotoph Soc. of Miinchester, 2'= sér., t I, p. lo-ï. — 1805). 3' série Zo.n. T IV. (Novembre ISiii.} 3 19 290 RRiLLi^; Ri iiiui'RW. sous rintlueiice d'une action entièrement indépendante de leur formation et de leur résorption-. » (Loc. cil., p. 156.) Cependant les faits ne permettent pas de douter que ces deux modes de coloration ont lieu simultanément dans tous les jeunes animaux , c'est-à-dire tant que l'os n'a pas obtenu son accroisse- ment complet. Une portion plus ou moins considérable des os , non pas les os tout entiers , comme l'ont prétendu quelques au- teurs , se colore par suite d'un seul repas mêlé de garance ; il faut donc que la matière colorante que renferme cette substance aille chercher les sels de chaux déjà déposés. De plus , si l'on continue à nourrir un animal avec des aliments garances , son os s'accroît, et toutes les parties qui se forment pendant ce régime sont colo- rées aussi : il y a donc nécessairement là deux modes de colora tion distincts. Le premier de ces modes de coloration , celui des molécules osseuses déjà placées dans l'os , semble répondre à un état parti- culier de l'os, que M. Flourens a appelé état de formation. Cet état coïnciderait avec la période seulement pendant laquelle l'os s'accroît; en effet, dans les animaux adultes soumis au régime de la garance , les os ne se colorent pas d'une manière appré- ciable ; de plus, cet état n'est pas celui de l'os entier, puisque , même dans les jeunes animaux , une portion seulement de l'épais- seur des os se colore tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Quant au second modo de coloration , il est tout-à-fait sous la dépendance de l'accroissement des os ; mais il est évident qu'il ne peut indi- quer cet accroissement d'une manière complète. Ccst seulement un point de départ pour reconnaître les formations ultérieures, celles qui ont lieu après la cessation du régime de la garance. Des deux modes de coloration que nous venons d'indiquer , M. Flourens paraît n'admettre que le premier , si l'on en juge par divers passages de .ses recherches sur le développement des os et des dents. Voici ce ((u'il en dit : « Tout ce qui , dans un os, se forme pendant l'usage de la garance devient rouge ; tout ce qui était formé avant l'usage de la garance conserve sa couleur ordinaire. La garance démêle donc , dans chaque os. les parties nouvelles des parties anciennes. les stn Ijî i)i';\Ki.()i>i'KMi NT UKs os. 291 parties qui se forment des parties formées ; elle suit pas à pas les progrès de l'ossification ; elle marque la véritable marche de l'ac- croissement des os. » (Pag. \li-) Et plus loin : " Il ne faut pas croire que la couche qui se colore se dépose en même temps que la coloi'ation se fait. » L'extrême rapidité de la coloration prouve que cela n'est point. » Les molécules ne sont donc pas apportées toutes rougies. Les molécules sont déjà déposées; elles sont déjà en place, quand le sang leur apporte le principe colorant qui les rougit. » Enfin , les seules couches qui rougissent sont les couches qui se trouvent en voie de formation ; et cela parce qu'elles reçoivent beaucoup de sang, et que , recevant beaucoup de sang, elles re- çoivent aussi beaucoup de principe colorant. >j [Ibid., pag. 106, 107.) Cependant M. Flourens dit, à la page \h : << L'os de l'animal qu'on nourrit de garance se revêt d'une couche rouge ; » ce qui doit impliquer la nécessité de la coloration se produisant en même temps que le dépôt même de la couche osseuse. Quoi qu'il en soit, nous croyons devoir nécessairement ad- mettre qu'il y a, dans le phénomène de l'accroissement des os, pendant le régime de l'alimentation garaiicée : 1° Coloration des sels calcaires en place , démontrée par la rapidité de la coloration et par les considérations d'allinité chi- mique ; 2° Dépôt de sels calcaires nouveaux , colorés à l'instant même de leur arrivée dans l'os, ce qui semble mis hors de doute par le fait de la coloration des sels calcaires plongés dans une solution de garance. Et quant à la manière dont se fait le dépôt des molécules cal- caires (1) , il faut encore distinguer : (!) Pour éviter toute confusion, relativement à la manière dont se fait le flé|)ôt des molécules calcaires dans l'os, nous distinguerons deux étals de l'os : 1" Vèlat d'o.Mi/i«i(!on complète de l'os, état qui répond à l'ùgo adulte do l'animal, élat pendant lp((uel il ne se produit pas de développement diamétral appréciable dans un temps donné pi par des changements prononcés à l'intérieur, quoiqui' la rir- 292 BRII.I,* ET IIL'Ul'KKV. 1° Ce qui se passe pendant Vétat de forination de l'os, c'est-à- dire pendant tout le temps où l'os est apte à recevoir des parties nouvelles dans son intérieur ; 2° Le fait d'accroissement qui consiste dans la superposition de parties nouvelles à la surface, soit externe, soit interne, des os. 11 y a donc dans les os deux modes d'accroissement ou de dé- veloppement distincts: l'un, que l'on pourrait nommer intérieur, c'est le mouvement nutritif; l'autre, que l'on pourrait appeler périphérique, c'est le mouvement d'accroissement. Pour la colo- ration relative à l'état de développement intérieur, nous admet- tons les deux modes de coloration r(ue nous avons indiqués, puis- qu'il y a tout à la fois coloration de parties déjà en place, et dépôt nécessaire de parties nouvelles toutes colorées, dépôt que prouve l'augmentation de densité des os avec l'âge. Quant à la coloration relative à l'état de développement périphérique, elle ne peut se comprendre que par le dépôt de parties calcaires co- lorées, comme l'entendait Rutherford. Ainsi donc , cette première question : Comment se produit la coloration des os? se réduit, suivant nous, à ces deux faits : \° La coloration de parties osseuses déjà déposées, lorsqu'on agit sur un animal jeune encore: c'est un véritable fait de teinture ; 2" La coloration de toutes les parties osseuses c[ui se déposent, tant dans l'épaisseur qu'à la superficie des os, pendant la nourri- ture d'un animal au moyen d'aliments garances. C'est faute d'avoir établi cette distinction entre les deux phé- nomènes, que Ciibson a éprouvé tant de difficulté à se rendre culation se coiiliniie, niiiis Ires lenlemcnt, dans le lissu de l'os; cet élat , nous l'adineUons aussi dans les parties de l'os d'un jeune animal qui ne se colorent pas sous l'influence du régime de la garance; 2" l'état que nous appellerons rie drveloppemenl. pendant lequel l'os entier d'un jeune animal ou seulement ses par- ties périphériques internes ou externes possèdent un double mode d'accroisse- ment . savoir : un mode d'accroissement intérieur, démontré par laugmentation de la densité de l'os avec l'âge, dans les parties où le dépôt calcaire s'est effectué ; et un mode d'accroissement périphérique, rendu manifeste par l'accroissement en diamètre de l'os et par la continuité de la co'oralion de l'os au moyen de la ga- rance il;inslos parties su|)prfiriolles nouvellement formées. SI R l.E UliviiLOPl'EMEM DliS OS. 293 compte des rapportsde la coloration des OS avec leuracci'oisseineiit. (Voyez la note 1. ) CIIAPITIŒ II Fixité (le la coloialion des os. La coloration des os par la garance est-elle fixe? C'est là le point essentiel de la question ; car sans la fixité de la coloration , les expériences conduiraient à des résultats qui présenteraient beaucoup d'incertitude en ce qui concerne le développement des os. On sait que Duhamel croyait d'abord (Ac. se, 1739) que les os rougis par la garance se décoloraient lorsque l'on cessait de mêler de la garance aux aliments; on sait aussi qu'il a changé d'opinion , et qu'il a expliqué la décoloration apparente par la production de nouvelles couches , c'est-à-dire de couches blan- ches, à la surface des os. A peu près à la même époque que Duhamel , un membre de l'Institut de Bologne, Bazanus, s'était prononcé, de son côté, pour la décoloration. (Voyez la note II.) Il fit ses expériences sur quatre poulets, dont deux furent tués après vingt-sept jours d'ali- mentation garancée, et les deux autres vécurent un mois de plus, mais sans manger de garance. Il crut que les os des deux der- niers poulets avaient repris leur couleur primitive. Mais il faut remarquer qu'il ne fit point de sections dans les os, de même que Duhamel dans ses premiers essais, ce qui ùte toute espèce de va- leur à ses conclusions. Boîhmer, en 1751 , publia une thèse sur les effets de l'alimen- tation garancée sur les os des animaux. Il crut aussi « qu'en ces- sant de nourrir les animaux avec de la garance, les os perdaient petit à petit leur rougeur. •• (Voyez la note III.) Gibson , au commencement de ce siècle, a surtout insisté sur la décoloration des os dans les animaux qui avaient été soumis tour à tour au régime de la garance et au régime des aliments or- dinaires. Il a même cherché à prouver la décoloration, en soumet- tant du phosphate de chaux garance à l'action du sérum élevé 29Z| BRL'LLÉ El' IlL'CiL'EKV. à la température du corps des animaux. « Je pris, dit-il, une drachme de pliosphate de chaux coloré, comme dans l'expérience de Rutherfort, et je l'exposai pendant une demi-heure à l'action de deux onces de sérum frais, à la température de 98° (Fahr.?). Par là, le sérum prit graduellement une teinte rouge, tandis que le phosphate de chaux perdit proportionnellement de sa cou- leur. Dans une expérience comparative, une quantité semblable de phosphate de chaux coloré fut exposée à l'action de l'eau dis- tillée et dans les mêmes circonstances ; mais il n'y eut aucun chan- gement. >■ (Voyez la note IV.) Un autre partisan de la décoloration, Paget, l'explique d'une manière différente. Suivant lui , « si l'os rouge perd sa couleur quelque temps après que l'animal ne prend plus de garance, ce n'est pa.s, comme le pensait (libson , à cause de l'affuiité supé- rieure du sérum, ni, comme le pensait Duhamel, par l'absorp- tion des molécules terreuses colorées (I ) ; mais probablement par la décomposition de la garance elle-même, ainsi qu'on le voit ar- river aux squelettes exposés à l'air et à la lumière. » (Voyez la note V.) Or l'opinion de Paget repose sur une supposition gra- tuite. Sans doute l'air et la lumière ont sur la matière colorante une action incontestable et que nous avons reconnue nous-mêmes à l'égard des os rougis par la garance; mais, dans le corps des animaux , comme les os ne sont exposés ni à l'air ni à la lumière , et comme, en outre, rien ne porte à admettre, à priori, que la circulation du sang dans les os produise un effet semblable de dé- coloration , nous avons dû ne voir dans l'explication de Paget qu'une hypothèse sans fondement. Nous avons tenté nous-mêmes plusieurs expériences ayant pour but de démontrer directement la décoloration. Nous avons fait séjourner pendant une heure , dans une forte quantité de sang de bœuf maintenu à la température moyenne de 38 à iO° c. , des portions d'os de Porc et de Pigeon rougis par l'alimentation de garance. Nous avons soumis à l'action du sang de bœuf, dans les mêmes circonstances, une portion de fémur d'Oie que nous (1) Nous ferons remarquer que fabsorplion des molécules n'est point une idée de Duhamel: elle appartieiil entiérenicnl a Hunier et à M. Flourens. SLU L1-; DlhlXOl'l'liMEM DUS OS. 295 avions colorée en rouge dans une solution a(iueuse de garance , après l'avoir préalablemenl calcinée pour la dépouiller de tousser principes organiques. Ainsi, d'une part, nous agissions sur des poi lions d'os possédant tous leurs éléments; d'autre part, nous agissions sur du phosphate de chaux des os. Or l'examen de ces dilTérentes pièces, après l'expérience, nous fit reconnaître que leur couleur n'avait éprouvé aucun changement appréciable. C'est ce qu'il nous fut aisé de constater jjar la comparaison de ces dilTé- rents os avec d'autres portions des mêmes os que nous avions conservées. 11 n'y eut donc pas de décoloration produite. Lavant ensuite à plusieurs reprises, par un séjour prolongé dans de l'eau distillée, les différents fragments soumis à l'actiori du sang de bœuf, nous avons vu que. d'abord, cette eau se colorait d'une manière sensible dans le voisinage des fragments, et pre- nait une teinte d'un jaune légèrement rougeàtre , ce que nous avons cru pouvoir attribuer au sang de bœuf logé dans leurs in- terstices. Puis, ensuite, l'eau ne se colora plus , et les fragments d'os étaient aussi rouges qu'avant l'expérience. Ce n'était donc pas la garance qui avait coloré l'eau pendant les premiers la- vages. Nous remarquâmes seulement qu'au bout d'environ trois .semaines la portion de fémur d'Oie calcinée , puis rougie dans la dissolution de garance, avait notablement perdu de sa couleur. Nous pensons devoir attribuer ce résultat à l'action de la lumière, à laquelle le fragment était resté exposé dans l'eau distillée. Pour en obtenir la preuve, nous soumîmes un autre fragment sem- blable du même fémur d'Oie, également calciné et rougi ensuite par la garance, à l'action de la lumière et dans les mêmes con- ditions que le premier fragment. La coloration diminua également d'une manière sensible, et les deux fragments prirent en défini- tive la même couleur. On doit conclure de ce dernier fait que la lumière a une action directe sur la matière colorante de la garance. C'est ce que Duha- mel avait remarqué au moyen d'os rougis par l'alimentation ga- rancée, puis exposés pendant longtemps à l'action de l'air. Nous avons reconnu nous-mêmes que des os de Pigeons colorés par un régime de garance avaient pcîrdu une partie de leur couleur, ou 296 RRlI.I.t: ET nL'UL'KKT. mieux que leur coloration était devenue moins intense, par suite d'un séjour de plusieurs mois dans de l'alcool étendu d'eau, et que nous avons laissé exposé à la lumière du jour. Nous devons ajouter, cependant, que tous nos Pigeons n'ont pas subi le même degré de décoloration. L'action de la linnière avait agi plus elii- cacement sur les ]'ip;eons les moins gani.ncés, sur ceux qui avaient été soumis pendant moins de temps au régime de l'alimentation colorante. Enfin, la décoloration sous l'intluence des rayons lu- mineux est beaucoup plus marquée, et surtout plus prompte, sur les os calcinés et colorés ensuite par l'immersion dans une disso- lution de garance, que sur les os rougis par l'alimentation (1). .Ce fait trouve son explication dans la dilïérence de couleur que présentent les os avec les sels de chaux obtenus , soit par précipi- tation cliromique, soit par la calcination des os; il s'explique en- core par la différence de densité et de nature chimique des os cal- cinés et des os normaux. 11 est d'ailleurs manifeste que l'action digestive , ou que l'inlluence de la nutrition en général , imprime une modification particulière à la combinaison qui se fait entre la matière colorante de la garance et les sels calcaires que renfer- ment les os. Cette altération de la couleur dans les os rougis par la garance, altération que Duhamel avait remarquée , semble avoir échappé k Bazanus. Il dit, en effet, que les os de ses Poulets garances, bien ([u'ils eussent été conservés pendant longtemps sans aucune pré- caution particulière, ne perdirent cependant jamais leur couleur, soit qu'ils fussent plongés dans l'alcool , soit qu'ils restassent ex- posés à la lumière et au froid. H faut , dans ce cas , ou que les os en question ne soient pas restés assez longtemps sous l'influence de la lumière , ou (|ue Bazanus, n'ayant élevé, comme il le dit lui- (I ) Outre l'action de la lumière sur la nialiére colorante de la garance, il faut admettre celle de certains liquides. Ainsi une rondelle d'os de poule, colorée par le régime de la garance, devient toute blanche après quelques jours seulement iliniinersion dans la térébenthine; des rondelles semblables, plongées dans de l'huile, dans de lalcuol étendu , ne se décolorèrent pas sensiblement, même au bout de plusieurs semaines. Les unes el les autres étaient restées exposées à l'ac- tion rie la lumière. SLK I.E DliViaOPl'EMENr DliS OS. -297 même, que deux Poulets au régime seul de ralimeiilatioii ga- rances, n'ait plus eu à sa disposition de terme de comparaison pour apprécier convenablement l'intensité de la coloration. Du reste , la couleur des os garances par l'action de la nourriture résiste parfaitement à certains agents : ainsi l'ébullition , la macération [irolongée des os de nos animaux , n'ap])ortaicnt aucun change- ment à leur couleur; nous nous en sonnnes convaincus en prépa- j-aiit de suiie quelques uns des membres, ou en les soumettant à une macération de peu de durée dans l'eau froide, ('emparant ensuite ces os à ceux qui avaient été nettoyés par l'ébullition et par une macération prolongée , nous ne remarquions aucune dif- férence entre eux. Cependant des os qui ne plongeaient pas loul-à-fait dans l'eau prirent une teinte d'un gris sale . ou même brune , par l'action combinée de la lumière et de l'eau de macé- ration , qui s'était altérée faute d'avoir été renouvelée. La cou- leur , quoique modifiée dans ce cas à la surface des os, n'avait éprouvé, dans leur intérieur, aucun changement appréciable : c'est donc , en général , une altération toute superficielle qui se produit sur les os par l'action de la lumière. La collection anatomique de Huiiter renferme, d'après les éditeurs des œu\ res de ce savant chirurgien , « plusieurs prépa- rations qui, dans le principe, indiquaient les faits de coloration d'une manière très claire ; mais l'alcool , disent-ils, en ayant dé- truit la couleur , il faut recourir aux dessins de Bell pour avoir ime explication de ces pièces (1). » C'est une nouvelle preuve de la décoloration des os garances sous l'influence de la lumière et non pas sous celle de l'alcool ; car l'alcool seul , ou du moins l'al- cool étendu d'eau , ne nous a pas paru produire de décoloration. Il résulte des faits que nous venons d'e>;poser, que la matière colorai. te de la garance n'est pas absolument fixe sur les os quand elle y a été déposée par la voie de la nuti'ition ; mais il n'en résulte pas que, pendant la vie d'un animal, la décoloration ait lieu, comme l'avaient pensé certains auteurs, et comme nous l'avions cru nous-mêmes. Duhamel, le premier, n'avait pas tardé à re- (l)0£uiirfs chiriirrfiniie^ iJo Hunier. I I. p. 179. 298 BRILLÉ KT UIGIEIVV. connaître que les changements survenus dans les ns de ses ani- maux , par suite du mode d'alimentation , n'étaient pas dus à la décoloration. M. Flourens, dans ces dernières années, a répété les expériences de Duhamel , et a reproduit les mêmes conclu- sions , que nos propres expériences nous ont conduits à admettre. En conséquence , la coloration des os par suite du régime de la garance peut fournir un point de départ pour l'observation des changements ultérieurs. En un mot, comme le disent MM. Serres et Doyère, la stabilité de la combinaison du phosphate de chaux et de la matière colorante dans les os « est assez grande pour que la coloration persiste pondant un temps beaucoup plus que suffisant ; et l'on pourra étudier au microscope les faits d'accrois- sement des os , parce que les lignes et les .surfaces colorées que le régime de la garance aura décrites dans le tissu osseux sépare- ront nettement, pendant assez longtemps , la formation antérieure de celle qui l'aura suivie (I). » (Loc. cit. . p. 171.) Les choses étant ainsi , et nos propres recherches l'établissent d'une manière certaine , le développement des os a-t-il été re- connu? C'est ce que nous allons examiner dans le chapitre sui- vant. CHAPITRE ni. Dc'veloppeiiiPiU dos os. Le fait de la fixité, ou du moins d'une fixilé suffisante de la coloration des os , étant une fois constaté , il semblerait que rien n'était plus facile que d'en conclure le mode de développement des os ; il n'en est cependant pas ainsi. On voit bien , comme (l) Nous trouvons d'ailliHirs une preuve péreniptoire de la non-décoloralion des os . sous l'influence de la circulation du sang , dans l'examen de la section d'un os de porc, qui, après avoir été soumis au régime de la garance, a été en- suite ramené au régime ordinaire Cette section montre , en elTet , un bord très tranche dans la ligne de séparation de la couche rouge et de la couche blanche extérieure, et, de plus, c'est sur ce bord que se trouve le maximum d'intensité de la couleur rouge. Or, s'il y avait eu décoloration sous l'influence du régime ordi- naire, il devrait arriver que le maximum d'intensité de la couleur rouge se trouvât dans l'intérieur de la virole colorée, et non pas sur son bord externe suii i.R DÉVl•;LOI'l•EJll•:^T des os. i>99 l'ont dit il y a longtemps déjà les observateurs, que, dans les animaux soumis tour à tour à l'alimentation garancée et à l'ali- mentation ordinaire, il s'est formé des couches rouges et des couches blaiiclies, qui doivent correspondre aux divers modes d'alimentation ; mais le phénomène ne se borne pas là. Dans un os en voie de dévelo|)pcment, dans un os qui n'a pas encore ac- quis sa grosseur et souvent sa forme définitives, il ne suflit pas qu'il se produise des couches nouvelles autour des anciennes ; il ne sufTit pas que la cavité des os longs s'agrandisse ; il ne suffit pas, enfin, qu'il se dépose sur toutes les parties de l'os des por- tions ou des couches nouvelles : il faut , pour se rendre compte du développement de ces os , reconnaître des actions variées , des modifications relatives à l'âge , et , pour employer le mot , des résorptions successives , sans lesquelles on ne comprend pas l'ac- croissement. l'ar suite de ces actions diverses , il se manifeste, soit à la sur- face même des os d'animaux soumis au seul régime de la garance, soit dans les diverses sections que l'on vient à pratiquer dans leur épaisseur, des apparences fort embarrassantes au premier abord ; de là le silence ou les explications incomplètes des observateurs. Les difficultés ne sont pas moins grandes, lorsqu'on poursuit l'étude du développement des os dans les animaux qui ont été ramenés à la nourriîure ordinaire après avoir été garances. Dans ce cas, les explications données jusqu'à ce jour sont insufilsantes , lorsqu'elles ne sont pas en opposition avec les faits. Ainsi l'on se demande pourquoi , lors de la coloration d'un os par le régime de la garance , ou de la formation de parties blanches par un retour au régime ordinaire , la surface de cet os n'est pas entièrement rouge dans le premier cas, entièrement blanche dans le second. On se demande pourquoi ces portions restées blanches , malgré le régime de la garance ; pourquoi ces portions restées rouges, après le retour de l'animal au régime ordinaire. On se demande, enfin , pourquoi la couleur rouge ne pénètre pas dans l'os par toute la surface; pourquoi la couleur blanche du second régime pe se montre pas partout où l'os était rouge par suite du premier. Ces questions , et quelques autres qui en dépendent, ne peu- 300 BRILLÉ: El uuule:«v. vent être résolues par la théorie de Duhamel , qui consiste dans la superposition des couches à la surface de l'os, d'où l'accroisse- ment en épaisseur, et dans l'extension de l'os lui-même, pour l'accroissement en longueur. Elles ne peuvent l'être non plus par la théorie de M. Flourens, qui n'admet que deux actions opposées, l'une d'accroissement au pourtour et aux extrémités, l'autre de résorption à l'intérieur de l'os; il faut, pour y parvenir, se re- porter aux idées de Iluiitcr sur l'absorption. Ce physiologiste a fort bien entrevu le phénomène du développement des os , et s'il ne l'a pas démontré d'une manière complète , il a toutefois re- connu et indic[ué les dillicultcs qui restent dans l'esprit par suite des explications de Duhamel. Un mot sur ces difficultés, qui se présentent aussi dans la théorie de M. Flourens. ( Voyez la note VI.) Lorsciu'on met à nu la surface d'un os , dans un animal ra- mené au régime ordinaire , on voit qu'elle n'est ni entièrement rouge ni entièrement blanche ; on y remarcjue, soit des lignes, soit des espaces irréguliers, dont les uns sont rouges et les autres blancs. Que si l'on fait une section au travers de l'os , tantôt on y remarque un cercle rouge plus ou moins complet entouré d'un cercle blanc ; tantôt on voit que le cercle rouge et le cercle blanc déformés semblent se continuer, ou mieux qu'ils viennent af- fleurer au bord, soit externe, suit interne, de la section. Or, c'est aux différentes parties qui affleurent ainsi qu'est dû l'aspect varié de la surface des os. Dans limpossibilité où nous étions d'abord de comprendre ces phénomènes , nous les avons regardés connue des faits de déco- loration. Il nous semblait nécessaire, pour s'en rendre compte, d'admettre l'enlèvement de la partie colorante ; mais n'ayant pu obtenir de preuves directes de la décoloration , et trouvant , au contraire, qu'il y avait plus de raisons pour croire à la lixité de la coloration , il a fallu remplacer la disparition des parties colorantes par celle des parties colorées. Or , c'est précisément cette dispa- rition de certaines parties de l'os qui, se produisant à toute époque de la formation ou du développement des os , peut rendre compte des apparences variées qu'ils présenteni , lorsqu'ils ont été co- SUR l.li Dlhliini'l'ICMI'.NT DES OS. 301 lorcs. C'est cotte disparition de la substance osseuse qui explique , et qui explique seule, pourquoi, lorsqu'un os se colore, certaines parties restent blanches , car alors ces parties sont en voie de résorption ; c'est elle encore qui permet de comprendre , et cela pour la même raison , comment certaines régions de la surface restent rouges dans les os qui , par suite du régime ordinaire , de- vraient se recouvrir entièr(Mnent de couches blanches. Ainsi, comme l'avait dit llunter, on ne saurait comprendre , sans admettre des résorptions partielles et successives , qu'un os long , par exemple, s'accroisse par la superposition continuelle de couches qui s'enveloppent tour à tour ; autrement la forme de cet os serait dénaturée au bout d'un certain temps. In os, quel qu'il soit, s'accroît, en efl'et, par la superposition, par le dépôt de couches nouvelles ; mais un os creux se recouvre de ces couches nouvelles tant en dedans qu'en dehors , en même temps qu'il s'ac- croît par les extrémités. Cependant ces couches, ces lamelles de formation nouvelle, et, pour ainsi dire, incessante pendant tout le temps de l'accroissement de l'os , ne se déposent pas à la fois sur sa face externe et sur sa face interne ; elles augmentent son épaisseur dans certaines parties, tandis que, dans d'autres parties, il se produit un résultat opposé : d'anciennes lamelles sont ré- sorbées , et cela aussi bien au dehors qu'en dedans. Ces alter- nances dans le dépôt de parties nouvelles et dans la résorption de parties anciennes , sont surtout remarquables vers les extrémités des os longs , ou vers les têtes. S'il en était autrement , un os qui recevrait sur tout son pourtour , ainsi qu'à ses extrémités , des parties nouvelles , parviendrait-il à sa longueur définitive en con- servant la forme qu'il avait d'abord ? Évidemment non , et c'est ce que Hunter avait remarqué avant nous; c'est là ce qui con- stitue sa théorie , à laquelle nos observations viennent fournir , ce nous semble , des arguments nouveaux. Avant d'arriver aux mêmes idées que llunter au sujet dé la résorption de ceriaines parties des os, nous supposions , comme nous l'avons dit , qu'il y avait réellement décoloration , c'est-à- dire sépfiratioii de la matière colorante, les molécules osseuses restant en place. C'est ce que nous exprimions dans une commu- 302 KKtI.I.I': KT lIlCitEiVT. nication faite à l'Académie des Sciences, en octobre '184à. ' Nous avons vu, disions-nous alors, les os des animaux garances , puis remis au régime ordinaire, se décolorer dans certaines parties, et rester rouges dans d'autres parties ; nous les avons vues se dé- colorer d'autant plus que le régime de la nourriture ordinaire avait été prolongé plus longtemps, et que le régime de la garance avait été plus court. Nous n'admettons donc pas que , dans les os co- lorés par la garance , la couleur rouge ne disparaisse qu'avec la substance osseuse , ni que les couches rouges de l'os soient uniquement recouvertes par des couches blanches nouvelles. » {Comptes-rendus , 18û/i, t. \1\, p. 818.) — Voir la note X. Aujourd'hui que les faits ne nous laissent plus aucun embarras, grâce à la théorie de Hunter , nous ne croyons plus à la décolo- ration rapide des os ])ar la circulation du sang. Nous savons même à présent que la succession dans le dépôt et la résorption des parties osseuses ne durent qu'un certain temps , c'est-à-dire jusqu'au développement comjjlet de l'os. Ceci nous explique pour- quoi MM. Serres et Doyère ont nié le mouvement de composition et de décomposition dans l'os. C'est qu'une fois arrivé à son état définitif, l'os n'a plus qu'une circulation très obscure; il ne s'y produit plus de couches nouvelles. C'est alors que , suivant M. Flourens , le sang peut y pénétrer, mais non la matière colo- rante de la garance (1). l^orsqu'on nourrit avec des aliments ga- rances un animal adulte , ses os ne se colorent que très peu ; c'est dans les extrémités encore spongieuses des os longs, et dans quel- ques parties seulement des os plats, que la matière colorante par- vient à pénétrer, ce qui a lieu nécessairement parce que le sang y pénètre lui-même. C'est pour la même raison que MM. Serres et Doyère ont vu un Pigeon avoir , à l'âge d'un an , la couleur rouge de ses os aussi intense qu'au moment où ils lui avaient coupé l'aile , c'est-à-dire huit mois auparavant (loc. cit. , p. 17'2). (I) Nous ferons remarquer que eeUo opinion n'est pas démontrée. (1 est même extrêmement probable que si le sang pénètre dans l'os, la matière colorante de la garance y pénètre aussi ; mais on coni;.oit que le mouvement du sang soit de plus en plus ralenti à mesure que l'os augmente de densité , et même qu'il tende à cesser lout-à-fait. SLIi l.K DliM.l.cl'i'l'MI.M DKS OS. 3(l3 Les us de ce Pigeon devenus slationnaires sous le rapport de leur formation, ne recevant plus, par conséquent, de parties nou- velles , il n'y avait pas de raison pour que l'on y pût remarquer un changement de couleur. (Voyez la note VII.) Nous partageons donc entièrement l'avis de MM. Serres et Doyère lorsqu'ils disent : <• Il nous a toujours semblé que les obser- vateurs ne se sont pas assez préoccupés de la simultanéité des deux faits physiologiques de la nutrition et de l'accroissement chez les jeunes animaux. » [Ann. se. nal., 'i' série, t. XVII, p. 172.) C'est précisément parce cjuc l'accroissement avait cessé dans le Pigeon observé par MM. Serres et Doyère , c'est parce qu'il ne se produisait plus en lui depuis longtemps déjà , que des phé- nomènes de nutrition , que la couleur de ses os n'a pas disparu. C'est une preuve de ce que nous avancions plus haut, savoir, que dans les os adultes , si l'on peut employer ce mot , la circu- lation est des plus obscures. L'aile droite du Pigeon en question , celle qui n'avait pas été amputée , présentait absolument , suivant MM. Serres et Doyère , la même teinte que l'aile gauche qui avait été conservée : il y aurait donc , jusqu'à un certain point , indé- pendance entre les deux mouvements d'accroissement et de nu • trition. Par conséquent , il n'y a pas lieu de s'i^tonner que cette aile , « soumise ()endant huit mois de plus que l'aile amputée, et pendant les huit mois qui suivent immédiatement la dernière période de l'accroissement , au tourbillon vital » [ibid., p. 172), n'ait rien perdu de sa couleur ; mais évidemment cette aile n'avait pas été , plus que le reste du corps , soumise « au renouvellement, à la mutation, à l'échange de ses molécules » [ibid.) ; sans quoi, ainsi que l'ajoutent MM. Serres et Doyère , « elle eiit dû évidem- ment perdre quelque chose. » A ce fait de la persistance dans la coloration après un an , M. Flourens oppose cet autre fait d'un Pigeon qui , après un ré- gime ordinaire de dix-huit mois , succédant à un régime de ga- rance , n'ofTrait [)resque plus de coloration. « Tout , ou à peu près tout, dit ce savant, s'est renouvelé dans ses os; car lout , ou à peu près tout, y est blanc (p. \12>). » Or , remarquons ce qui s'est passé : le Pigeon de M. l'iourons , « au moment où tous ses 304 BRI I.LÉ i;i lltUIEKT. os étaient rouges , avait à jieu près ti'uis semaines ; à partir de ce moment, il a été remis à la nourriture ordinaire (ibùL). » Le Pigeon de MM. Serres et Dnyère a été amputé » au moment où on le jugeait càgé d'au moins ([uatre mois , puis on prit soin qu'aucu i aliment colorant ne lui fût désormais administré. » {Ann. se. nul., p. 172.) Toute la question est là. A trois semaines , les os d'un Pigeon sont en pleine voie de développement ou de formation, pour nous servir de l'expression de M. Flourens ; ces os ont donc eu à se re- couvrir de couches blanches. A quatre mois, au contraire, le dé- veloppement des os des Pigeons est à peu près achevé , d'après des faits que nous citerons plus loin ; il n'est donc pas étonnant que les os, encore rouges à quatre mois, n'aient pas cessé de l'être au bout d'un an et plus. Il doit en être de même des os d'un autre Pigeon dont parle M. Flourens (p. 123 , note 2) , et qui , « après avoir eu ses os rougis par l'usage de la garance , a été rendu à la nourriture ordinaire pendant huit mois. La couleur des os, con- tinue M. Flourens , est moins vive qu'elle ne l'était d'abord , mais elle subsiste. ^ M. l'Mourens ne dit pas à quel âge ce Pigeon a été ramené à la nourriture ordinaire ; mais ce que nous considérons comme très probable , c'est qu'il était presque adulte. Nous avons observé plus d'un fait de ce genre : la couleur est moins vive , parce qu'il s'est dépose des couches blanches à la surface des os ; mais elle persiste , parce que toute la portion rouge n'a pas été résorbée. C'est une preuve du renouvellement incomplet de la substance des os, et pour obtenir le renouvellement complet , dans les Pigeons, il faudrait les mettre de très bonne heure au régime de la garance, et les ramener de très bonne heure aussi au régime ordinaire ; toutefois, il y a lieu de douter que l'on y parvienne, et nos expé- riences nous portent à croire que le renouvellement n'est jamais complet (1). (1) Dans les aniniaus dont l'iic.croissenipnt esl rapide, comme dans les Canards, la portion colorée presque tout entière des jeunes os peut disparaître ; mais il en reste encore çà et là des portions notables , m*}ine à l'extérieur, cotTime nous le montrerons dans la .seconde partie. SLR I.E DÉVEI.OIM'EMIÎNT DES OS. 305 La persistance de parties colorées, dans les os qui se sont recou- verts de couches blanches , est un l'ait demeuré sans explication jusqu'à piTsent. M. Flourcns le constate lui-même , en plusieurs endroits de son ouvrage, et en particulier au sujet du Pigeon cité plus haut, et dont les os ont cessé d'être rouges ; « Tout ou à peu près tout, dit-il, s'est renouvelé dans ses os; car tout, ou à peu près tout, y est blanc. » Nous nous sommes pendant longtemps de- mandé pourquoi on remarquait à la surface des os des parties qui, évidemment, ne s'étaient pas renouvelées, et ce correctif" à peu près tout » nous mettait dans un grand embarras. Il est certain que, dans la supposition d'un revêlemeiit com|ilet des os par des couches osseuses nouvelles , ce phénomène ne pourrait se mani- fester. Il n'y a donc, pendant quelque temps au moins, comme nous le verrons, qu'un revêtement partiel, qui s'opère suivant certaines lo's, propres à chaque espèce d'os en particulier. Duhamel avait aussi remarqué que les couches blanches nou- velles ne recouvraient pas entièrement les couches rouges. Voici ce qu'il dit d'un os de Porc qui avait mangé pendant un mois des aliments garances, et que l'on avait ensuite nourri pendant six semaines à la manière ordinaire : « Je fus surpris de voir la ])artie moyenne des os longs toul- à-fait blanche, pendant ([u'un peu au-dessous des épiphyses ils étaient d'un r'ouge éclatant ; j'examinai les os avec une loupe , et je reconnus que les endroits qui étaient blancs se terminaient par des couches blanches moins épaisses, qui recouvraient les couches rouges ; les couches blanches devenaient bientôt assez minces pour qu'on put apercevoir au travers un peu des couches rouges : ces couches blanches continuaient peu à peu à devenir de plus en plus minces, puis elles l'étaient au point qu'elles ne diminuaient presque plus de la vivacité de la couleur des couches rouges , et enfin les couches blanches manquaient entièrement , et lus couches rouges restaient à découvert. •>{Acad. Se, 17/i3, p. 100.) Pour le dire en passant , comment cette disposition des couches nou- velles, qui est parfaitement bien décrite par Duhamel , s'accorde- l-elle avec les idées de cet auteur, au sujet de la transformation des lames du périoste en os? 3' série Zooi.. T IV. (Novembre ( Siï.) « 20 306 BRIXI.Ë Kl nitilEKT. Ces parties rouges , d'abord à découvert , se seraient certaine- ment revêtues, par la suite, de couches blanches; mais, aupara- vant, il a fallu qu'il s'opérât sur elles une résorption dont l'effet était de diminuer en cet endroit l'épaisseur de l'os, afin qu'il conservât vers les extrémités un diamètre en rapport avec le dia- mètre de son milieu : c'est ce qui se produit sur tous les os en gé- néral , sur les os ronds comme sur les os plats ; ils ne conservent leur forme qu'à la condition de perdre de leur épaisseur sur les parties qui doivent s'allonger. Il se forme, en outre, des dépôts sur un C(Mé d'un os, en même temps que la résorption a lieu sur le côté opposé : c'est ce que l'on voit très bien dans le péroné des Mammifères en particulier. Cette double action de dépôt et d'en- lèvement des parties est prouvée d'une manière irrécusable par la coloration des os au moyen de la garance , comme nous le mon- trerons dans la seconde partie de ce travail. En résumé, nous concevons le développement des os comme n'ayant pas lieu d'une manière absolue , au moyen de couches qui se su|)erposent , ce qui ne pourrait s'accoi'der avec la conservation de leur l'orme, ni avec la forme définitive qu'ils présentent à l'état adulte. Les os s'accroissent donc en grosseur par l'addition de parties nouvelles sur certaines régions de leur surface ; ils s'accroissent en longueur, tant par la superposition de portions osseuses nou- velles aux extrémités que par la résorption de parties anciennes . au-dessous de ces extrémités. Enfin les couches de formation nou- velle ne recouvrent la surface entière d'un os qu'au moment où l'accroissement va cesser. A partir de ce moment, qui paraît coïn- cider avec l'état adulte de l'animal , il ne se manifeste plus de changements à la superficie des os. ].e mouvement d'accroissement a cessé sur la superficie pour faire place au mouvement nutritif, qui a lieu à l'iutérieur de I os. Combien de temps dure ce dernier mouvement ? c'est ce que nous ne savons pas encore ; mais il se manifesti» par les points colorés qui se montrent dans la section (les os, lorsque des animaux adultes ont été soumis au régime de la garance. Hormis les cas de maladie des os, le mouvement nu- tritif devient (le plus en plus obsrm- et finit piTsque par s'arrêter; Sïht I.E DlîVlil.Ol'l'I'.MEM DIÎS OS. 307 c'est du moins ce que nos expériences semblent nons permeltre de supposer. La théorie que nous proposons, et qui n'est en réalité qu'un pas de plus vers la vérité, nous paraît être l'expression des faits. Elle a l'avantage, et ce point sera apprécié par les physiologistes, de réunir l'unité et la simplicité. Elle explique immédiatement, non seulement le développement des os longs , mais encore le déve- loppement des os courts et celui des os plats, en faisant la part des modifications que nécessitent les changements de forme de chaque os pendant son développement. Le périoste a tout à la fois les deux fonctions d'absorber etde sécréter; la membrane médul- laire possède également ces deux fonctions. C'est dans ces deux formules, qui n'en font qu'une, après tout, que se trouve tout le secret de l'accroissement du tissu osseux. CHAPITRE IV Détails sur la résorption. La résorption est un phénomène admis par M. Flourens. ■< Du' hamel, dit-il , avait cru d'abord que la coloration des os se dissipait dès qu'on suspendait l'usage de la garance ; et il se trompait. 11 crut ensuite que la coloration des os, une fois acquise, ne dispa- raissait plus: et, dans le sens où il l'enlendait , il se trompait en- core. La coloration, une fois acquise, ne disparaît plus; mais les couches colorées disparaissent, et c'est ce que Duhamel n'a |)as vu. » (P. 12.) La résorption, telle que l'entend M. Flourens, ou la disparition des couches colorées, est le même phénomène que l'absorption de Hunter; mais, tandis que ce dernier a admis l'absorption au de- dans et au dehors de l'os, M. Flourens ne l'admet qu'au ded.ins. De là une dilïéience notable entre les deux théories. « C'est, dit M. Flourens, par couches qui se superposent, par couches qui se forment les unes par-dessus les autres , que les o.< croissent. » Mais cette suraddition, cette superposition de couches, est-ce là fout ce qui se passe pendant l'accroissement des os? Non sans 308 BRl'M.É ET UtiGL'E!«T. doute. A mesure que les parois des os s'acci'oissent par la surad- dition de couches externes, leur canal médullaire s'accroît par la résorption des couches internes. Ce sont là deux faits desquels Duhamel n'a vu que le premier, et qui, réunis, constituent tout le mécanisme du développement des os en grosseur. » ( P. 75.) La même idée est reproduite à la page 17. n A mesure que l'os se recouvre de nouvelles couches par sa face externe, par celle qui répond au périoste proprement dit, il en perd d'autres par sa face interne, par celle qui répond à la membrane médullaire : double travail de suraddition externe et de résorption interne, dans lequel consiste, comme je l'ai déjà dit, tout le mécanisme de l'accroissement des os. « 11 y a, dit encore M. Flourens, dans un os qui se développe, deux faits \ expliquer : l'accroissement en épaisseur des parois mêmes de l'os, et l'accroissement du canal médullaire. " Or, tout os a deux faces, l'une externe, et l'autre interne. Du côté de l'externe s'ajoutent sans cesse de nouvelles couches, addition qui fait l'accroissement en épaisseur des parois de l'os ; du côté de l'interne sont résorbées sans cesse des couches an- ciennes, résorption qui fait l'accroissement du canal médullaire. » (P. 28.) Voilà donc qui est bien établi. La résorption a lieu à l'intérieur. Cette résorption d'une part, et l'accroissement par le dehors d'au- tre part, constituent tout le phénomène du développement des os, suivant M. Flourens. Mais, comme nous l'avons fait remarquer dans le chapitre précédent , cette supposition est insuffisante. L'accroissement et la résorption ont lieu, aussi bien à la face in- terne des os qu'à leur face externe. Il y a d(>pôt à la face interne comme à la face externe. De même aussi, il y a résorption à la face externe comme à la face interne. Le développement des os est donc le résultat de deux forces opposées, qui agissent l'une et l'autre sur chacune des deux faces , savoir, une force d'accroisse- ment et une force de résorption. Cependant il s'établit une sorte de compensation entre ces deux forces : ainsi l'accroissement de l'os en épaisseur n'a pas lieu sur toutes les parties à la fois. Lorsque cet accroissement SLR l.li UÉVIil.Ol'l'EMlilSr UËS OS. 309 porte sur quelques points de l'extérieur d'un os, il se fait ordinai- rement une résorption sur les points correspondants de rintérieur. Lorsque, au contraire, la résorption agit à l'extérieur de l'os sur une partie , l'accroissement a lieu par l'intérieur sur la partie opposée. Par là, l'os conserve une épaisseur donnée dans toutes ses parties. La résorption agit donc à l'intérieur et à l'extérieur, mais sur des points dilîérents. Cela n'empêche pas que, jusqu'à un certain âge , le canal médullaire des os ne s'augmente ; mais il arrive un moment auquel le canal médullaire diminue , par le dépôt de parties nouvelles, formées soit de tissu compacte, soit de tissu spongieux. Les deux mouvements opposés d'accroissement et de résorption ont donc pour l'ésultat de concourir à donner à l'os la forme et l'épaisseur qu'il doit conserver. Dans la théorie de M. Flourens, la résorption a son organe par- ticulier, comme l'accroissement a aussi son organe. Le périoste est pour lui la membrane qui forme les os dans l'état normal; la membrane médullaire est l'organe qui produit leur résorption , également dans l'état normal. Voici ce qu'il en dit : 1' C'est la membrane médullaire qui constitue l'organe particu- lier de la résorption des os. >/ (P. 3/|, 38.) Et encore : « Il y a dans les os un appareil de résorption, et cet appareil est la membrane médullaire. » (P. 42.) Puis il ajoute : << Le périoste interne produit l'os dans certains cas, comme le périoste exterite le produit géiiéralement. » (P. 42.) Voilà donc deux actions produites par la membrane médullaire, une action absorbante ou de destruction , et une action opposée ou de formation (1). Pourquoi n'en serait-il pas de même à l'égard du périoste? Puisque, d'après M. Flourens lui-même (p. 80), les deux membranes se suppléent dans certains cas, puisque la destruction de l'une d'elles donne à l'autre la force de formation qui reproduit un nouvel os, les deux membranes doivent posséder les mêmes propriétés. Il n'y a donc pas de raison pour (1) « Indépendamment de sa force de résorption, le périoste interne a donc une force de formation, et cette force de formation devient surtout évidente (parce qu'elle se trouve alors accrue) quand le périoste externe est détruit. » (Flourens, p. 77) 310 DRILLE I::i' ULGL'EIVY. que le périoste ne puisse opéi'er la résorption à la face externe des os , comme la membrane médullaire la produit à la face in- terne. D'ailleurs, M. Fleurons le dit lui-niùme : « La nien)brane mé- dullaire, ou périoste interne, n'est qu'une continuation du périoste externe. » (P. 4"2.) « On voit, ajoute ce savant en parlant de certaines expériences sur la reproduction des os, on voit le périoste, pai'venu au bout inférieur de l'os, au bout scié, se replier et se porter entre les deux os, l'ancien et le nouveau, poiu" y former la membrane mé- dullaire On voit ces deux membranes se continuer l'une avec l'autre de la manière la plus complète. » (P. liO.) Il avait dit précédemment : « Dans les points où le nouvel os est déjà formé , cet os nou- veau se trouve placé entre le périoste et la nouvelle membrane médullaire. Dans les points où il ne paraît pas encore, ces deux membranes (la membrane médullain; nouvelle et le périoste) sont unies l'une à l'autre et semblent n'en faire qu'une; et cette mem- brane , qui paraît unique , est pourtant très facilement divisible en plusieurs lames ou feuillets distincts. » (P. 3().) Puisque ces deux membranes se continuent ainsi , puisqu'elles semblent d'abord ne former qu'une seule membrane , il y a lieu de croire que ces deux membranes sont de la même nature; par conséquent, elles doivent jouer le même rôle à l'égard de l'os. Si donc la meml)rane médullaire peut tour à tour servir à la sécré- tion et à la résorption du tissu osseux, le périoste doit jouir aussi des mêmes propriétés. Mais il y a plus : les apparences que pré- sente la membrane médullaire en voie de résorption nous ont été offertes par le périoste. Voici quelles sont ces apparences; c'est M. Flourens qui parle : « A la face interne de la membrane médullaire nouvelle se voit un tissu d'un aspect singulier, ou plutôt une surface toute par- semée de petits mamelons et de petits creux. C'est par cette sur- face, tour à tour osseuse et mamelonnée, que la membrane mé- dullaire nouvelle agit sur l'os ancien, le saisit, le ronge et (init par le résorber. >■ (P. ."6.) SUR LE UliVliLOl'I'liMJiiM DES OS. 311 Kt encore : " L'os ancien , vu par sa face externe, est tout usé, tout corrodé ; et , ce qui paraîtra sans doute plus décisif encore , c'est que partout l'érosion de l'os répond aux points de la nou- velle membrane médullaire à surface tour à tour creusée et ma- melonnée ; c'est que partout , à chaque creux de l'os, répond un mamelon de la membrane médullaire, et à chaque creux de la membrane médullaire une saillie de l'os. >^ (1*. 37.) Ces apparences, observées par M. Flourens à la surface d'un os en voie de l'ésorptlon, et à la surface d'une membrane médul- laire nouvellement formée, se présentent, dans l'état normal, aux extrémités des os longs, tant sur la face interne du périoste qui embrasse ces extrémités que sur le pourtour de la tète des os longs. On voit alors des mamelons de la surface du périoste pé- nétrer dans des creux de la surface de l'os (1). Voilà donc sur le périoste les mêmes apparences que sur la membrane médullaire. D'un autre côté, les extrémités des os, ou le pourtour des tètes, oiïrent aussi les mêmes apparences d'érosion que les surfaces os- seuses dont parle M. i'Iourens. Il n'y a donc pas lieu de douter que, les mêmes phénomènes se passant sur la membrane médul- laire et sur le périoste , ces deux membranes n'aient les mêmes propriétés. Donc la résorption a lieu à l'extérieur des os sous le périoste, comme elle a lieu à l'intérieur, sous la membrane mé- dullaire. L'analogie de fonctions entre le périoste et la membrane mé- dullaire est d'ailleurs établie par M. Flourens lui-même. " Je n'ai considéré, dit-il , jusqu'ici la membrane médullaire, ou le périoste interne, que comme organe de la résorption des os. Mais ce périoste interne est aussi un organe de la formation des os ; et c'est ce qu'on a déjà vu par une de mes précédentes expé- riences. a Dans cette expérience , tout le périoste externe a été détruit sur le tibia d'un Canard. « Et tout ce périoste externe s'est reproduit. « Mais, tandis qu'il n'était pas encore reproduit, tandis qu'il (1 ) Ces creux de la surface de l'os sont indiqués en partie dans la figure 1 2 de la planctm 1 1 do l'nuvrage de M, Klnurens 3t2 BRIXLË ET HLÎGLEKY. n'existait pas encore, l'action formatrice normale du périoste in- terne s'est trouvée accrue , et il s'est formé un os nouveau dans l'intérieur du canal médullaire. « Indépendamment de sa force de résorption , le périoste in- terne a donc une force de formation , et celte force de formation devient surtout évidente (parce qu'elle se trouve alors accrue] , quand le périoste externe a été détruit. •■ (P. 76 et 77.) Et plus loin , après avoir i eproduit la même idée, M. Flourens ajoute : « Deux forces concourent donc à la formation de l'os : la force du périoste externe, et la force du périoste interne. » (P. 88.) Toutefois, M. Flourens ajoute : « Dans l'état normal , dans l'état ordinaire, l'action de chacune de ces deux forces garde ses limites propres : le périoste externe {)roduit ou répare sans cesse l'os extérieur; le périoste interne produit ou répare sans cesse l'os intérieur, le tissu spongieux de l'os. » iNous aurons l'occasion de faire remarquer ce que cette der- nière proposition a d'incomplet. Le tissu spongieux de l'os n'est pas la seule partie ([uc forme la membrane médullaire; il se dé- veloppe aussi à l'intérieur de l'os, oulre le tissu sijongieux, dt!S lamelles de tissu compacte. Ce n'est donc pas à la nature particu- lière de la membrane médullaire qu'est due la formation du tissu spongieux , mais bien à des circonstances encore peu connues. D'ailleurs, puisque la membrane médullaire peut produire l'os dans certains cas, suivant M. Flourens lui-même, cet os n'est pas apparemment formé de tissu spongieux. Nous ne voyons donc dans la membrane médullaire qu'un autre périoste , ainsi que l'établit M. Flourens lui-même ; nous lui re- connaissons les mêmes propriétés , tant pour la formation que pour la résorption. Piéciproquement , nous trouvons que le pé- rioste remplit les mêmes fonctions que la membrane médullaire, en tant qu'organe de résorption. En un mot, il se passe à la surface externe de l'os des faits semblables à ceux qui se passent à la surface interne. Les appa- rences, les mutations de chaque surface étant les mêmes, il faut que chacune d'elles soit soumise au même mode d'action. Accrois- SIR LE DÉVEI.Ol'PIiMENT DES OS. 313 sèment et résorption, tels sont les deux phénomènes qui se pro- duisent successivement sur les deux laces de l'os. Geha étant ainsi , on ne peut pas dire qu'il existe pour la ré- sorption un organe spécial (1 ). Elle se fait également par les vais- seaux de l'une et l'autre membrane. Il y a d'ailleurs, dans la question qui nous occupe, deux faits généraux qui consistent, l'un dans la sécrétion du tissu osseux, l'autre dans sa résorption ; puis il y a l'explication de ces faits. J3uhamel a indiciuc le fait de la sécrétion et l'un des organes de cette st'crétion. Ilunter a eu le mérite de signaler la résorption, et M. Flourens celui de montrer (jue la meml)rane médullaire [)ou- vait en être considérée comme l'organe principal. D'après nous , le périoste et la membrane mi''dullaire sont à la fois les organes de sécrétion et de résorption. Nous considérons donc les faits de sécrétion et de résorption comme certains, et leurs organes comme déterminés. Quant à l'explication de la sécrétion par les artères, de la résorption par les vaisseaux absorbants, elle n'a été donnée par aucun physiologiste , à notre connaissance. Cette partie de la question ne nous paraît donc pas plus avancée qu'à l'époque de Hunter, qui disait : « Il n'est pas plus difiTicile de concevoir la résorption par les vaisseaux absorbants que la formation par les artères. » (Flourens, p. '29.) C'est dans ce sens que M. Flourens nous paraît fondé à dire : '< Je pose en fait que le véritable rôle du périoste dans la for- mation des os, malgré tout ce qui a été écrit sur ce sujet depuis Duhamel, n'est point connu. » (Loc. cit., p. 29.) Mais lorsque ce savant ajoute : « Pour ce qui concerne la résorption, on est moins avancé encore , » nous ne voyons pas qu'on soit plus près d'ex- pliquer l'une que l'autre de ces deux fonctions. (I) « Les expériences faites à la manière de Troja ,... tout en me donnant, dit M. Flourens, dans le périosie externe, l'appareil de la formation des os, m'ont donné, dans la membrane médullaire ou périoste interne, l'appareil de leur ré- sorption. II y a dans les os un appareil de formation , et c'est le périoste externe ; il y a un appareil de résorption, et c est la membrane médullaire ou périoste interne » ( P. 33 ) 31 /| BRL1LLË El U13GLEK¥. L'os se forme et s'augmente peu à peu : c'est un fait visible. Dans tout os encore jeune, on découvre des lamelles nouvelles, bien qu'on n'ait pas encore reconnu de quelle manière elles sont déposées. L'os est résorbé peu à peu, sans que l'on sache davan- tage comment se fait cette résorption. Pour nous, nous acceptons ces deux faits, d'augmentation de certaines parties de l'os par des dépôts nouveaux , de diminution d'autres parties ])ar la résor[)- tion ; ils sutlisent pour nous luire comprendre l'accroissement, les mutations et la forme définitive des os. Quant à l'action du pé- rioste et de la membrane médullaire, soit pour la sécrétion , soit pour la résorption, nous ne la regardons que comme le résultat de la présence des vaisseaux qui traversent ces membranes. C'est donc à ces vaisseaux , et non pas aux membranes elles-mêmes , que nous attribuons le double rôle d'accroître et de résorber. En cela , nous croyons être de l'avis de tous les physiologistes et de M. Flourens lui-même. Les deux membranes do l'os, le périoste externe et le périoste interne, ne sont donc autre chose ([ue le support des vaisseaux qui les traversent pour se rendre dans l'os. Cette opinion, en ce qui concerne le périoste externe, a été développée en 1803, dans une dissertation spéciale de Uenard, sur les usages de cette mem- brane. CHAPITRE V. Mulalion de la iiialière. « Le mécanisme du développement des os , dit M. Flourens , consiste évidemment dans une mutation continuelle de toutes les parties qui les composent. Cet os , que je considère et qui se dé- veloppe, n'a plus, en ce moment, aucune des parties qu'il avait il y a quelque temps, et bientôt il n'aura plus aucune de celles qu'il a aujourd'hui ; et, dans tout ce renouvellement perpétuel de matière , sa forme change très peu. » (Pag. 25.) La forme de l'os change très peu, en elTet; mais pourquoi change-t-ellepeu? Ce n'est pas, certainement, par le recouvrement successif de la surface de l'os, au moyen de couches nouvelles, que l'on peut se rendre compte de la iiermanencc des formes : il SLR LE DÉVIiLOI'Pli.MEM DES OS. ol5 faut nécessairement admettre autre chose. Duhamel l'a très bien senti , puiscju il eut lecours à l'extension de l'os ; Hunter l'a senti également , et cette idée l'a mis sur la voie de la résorption , ou , ce qui est la même chose , de l'absorption. Quant au renouvellement des parties , à la mutation continuelle de la matière , elle paraît n'être cjue transitoire. Lors même qu'un os serait entièrement résorbé, depuis le moment de son apparition jusqu'à celui de sa formation complète, il n'en serait pas moins vrai qu'à partir de ce dernier moment, il ne change plus', du moins à la surface. La mutation de la matière est donc renfermée dans des limites assignables : elle n'est qu'un moyen d'accrois- sement pour les organes, ou du moins pour les os; mais il est probable qu'il en est de même pour les autres organes. D'ailleurs, s'il y avait mutation continuelle de la matière, cette mutation au- rait également lieu à l'intérieur des canalicules. Cependant on ne voit pas de parties blanches se déposer dans ceux de ces cana- licules qui ont été colorés par la garance , lorsque l'animal a été ramené ensuite au régime ordinaire. La mutation n'ayant lieu qu'aux deux surfaces d'un os , l'externe et l'interne , et cette mu- tation cessant à l'état adulte, il en résulte qu'elle n'est qu'un moyen d'accroissement. « Dans tout ce qui a vie , dit ^L Flourens , la forme est plus persistante que la matière. » (P. 2G.) Cela est vrai, et tel est pré- cisément l'elfet de la résorption au-dehors comme au-dedans de l'os; c'est de conserver à peu près à cet os sa forme primitive, que l'emboîtement successif des couches finirait par faire dis- paraître. Ce n'est donc pas sur le développement des os que l'on peut s'appuyer pour dire avec Cuvier << que la vie est un tourbillon continuel , etc. » M. Flourens dit bien « que le mouvement par lequel s'opère l'accroissement des os, dans le jeune animal, se continue dans l'animal adulte, puisque les os de l'animal adulte se colorent par la garance ; » mais il ajoute " que ce mouvenjent ne s'y conti- nue que très ralenti , puisque, après plusieurs mois du régime de ^a garance, les os de l'animal adulte sont bcaueuuii moins colori's 316 BRLXLÉ ET UUGLEKT. que ceux du jeune animal , après quelques jours seulement de ce régime, ou même après quelques heures. » (l'ag. 27.) Ce mouvement très ralenti dans l'accroissement des os doit même Unir par être nul. Dans certains animaux adultes , en effet, tels que des Poules , des Oies , des Pigeons , nous n'avons obtenu de coloration que vers les extrémités et dans quekiues parties de l'épaisseur des os. 11 y a donc lieu de croire qu'un peu plus tard la coloration ne se serait plus opérée ; quant à la résorption, elle ne se fait plus alors , c'est-à-dire quand l'animal est adulte. Par conséquent , il n'y a plus renouvellement , il n'y a plus mu- talion de matière. Ce phénomène est donc transitoire , comme nous le disions tout-à-l'hcure : ce n'est qu'un phénomène d'ac- croissement. L'idée du renouvellement indéfini de la matière est d'ailleurs en opposition avec les faits mêmes que citent les partisans de cette théorie. Ainsi, pour en donner un exemple, nous rapporterons le passage du travail de M. Flourens où il parle des os d'ani- maux qui avaient été ramenés au régime ordinaire : « .le dis que tous ces os sont blancs à l'extérieur ; et ils le sont , en effet , dans la plus grande partie de leur étendue. Mais quel- ques points sont demeurés rouges ; et ces points demeurés rouges sont précisément ceux dont l'ossification était le plus avancée au moment où l'animal a été rendu à la nourriture ordinaire , ceux qui se sont le moins développés depuis , ceux qui , par consé- quent, ont eu le moins à se recouvrir de nouvelles couches et de couches blanches, puisque l'animal n'a plus été soumis au régime de la garance. « (P. 16.) Ces points demeurés rouges, ces points dont l'ossification était déjà c( le plus avancée » au moment où l'animal a été rendu à la nourriture ordinaire , prouvent donc que le mouvement s'arrête. On conçoit que cela doit avoir lieu lorsque l'os a reçu une quan- tité suffisante de sels calcaires. L'os ne croissant pas indéfiniment, car alors il ac(iuerrait des dimensions qu'il n'acquiert jamais, il faut bien que le mouvement s'arrête , ou alors ce serait un mou- vement moléculaire , un véritable mouvement de nutrition , un mouvement qui jirendrait les parties sur place , pour les rem- SIR I.E DÉMcr nri'KMKNT riES OS. 317 placer par d'autre? : or, tel n'est pas le mouvement sur lequel M. Flourens établit la mutation de la matière. D'ailleurs ce mou- vement de nutrition n'existe pas dans l'os d'une manière appré- ciable ; autrement, l'os de l'adulte, sans se colorer au.«si prompte- ment que celui d'un jeune individu , se colorerait cependant d'une manière sensible dans un temps donné, tandis que sa coloration e.st à peine appréciable. C'est sur le mouvement d'accroissement seul, mouvement qui a lieu, pour M. Flourens, de l'extérieur à l'intérieur de l'os, et non sur la substitution des parties en place, que ce savant physiologiste fonde sa théorie du renouvellement. 11 y a donc là deux faits distincts, dont l'un est bien établi, celui du renouvellement par le fait d'accroissement. L'autre n'est appuyé sur aucune preuve. L'accroissement ne dure qu'un certain temps; il y a renouvellement partiel pendaut qu'il dure. Le mouvement dénutrition, s'il existe réellement, devrait se continuer pendant toute la vie; mais alors, dans un os coloré, les parties rouges de- vraient disparaître à tout âge. Ces parties ne disparaissent , au contraire, que dans les os imcomplétement formés, et par le fait seul de leur acci'oissemeiit. rt sa coloration par la garance soient dus à l'ac- tion du périoste interne, cela ne nous paraît pas douteux; mais cette action doit être analogue à l'action du périoste externe. Ainsi, sur les deux surfaces de l'os, la substance osseuse est déposée par les vaisseaux de l'un et de l'autre périoste; la matière colorante est portée à une certaine profondeur par ces mêmes vaisseaux. De même la résorption a lieu sur certaines parties de l'os, à l'une et à l'autre surface, et suivant les mêmes lois sur chacune d'elles. C'est l'étude de cette résorption , jointe à l'étude de l'ac-. croissement, qui doit donner la clef des changements qu'é- prouvent les os dans le cours de leur développement. Nous n'ad- mettons donc pas qu'il y ait opposition entre la formation du tissu extérieur et celle du tissu spongieux des ns , et par suite , entre l'aclion du périoste externe et l'action du périoste interne; il y a seulement une sorte d'opposition entre deux points correspondants de l'une et de l'autre surface, accroissement d'un côté, diminution de l'autre côté, et quel([uefois aussi accroissement des deux côtés à la fois. Troisième fuit. Lorsqu'on examine une section longitudinale d'un os long |)rovenant d'un animal soumis au régime de la ga l'ance, on reconnaît que la coloration n'est pas déposée sur une seule et même ligne. Ce fait n'a pas encore l'-té signnh''-. rxaniinons-le d'abord dans les Mammifères. 1° La coloration pi'iurtrc dans l'épaisseur de I'of par le bord externe de la section, pour certaines parties, et par le bord in- terne pour d'autres parties. Cette disposition est la conséquence de ce que nous avons remar(|ué dans les |)aragraphes précédents; elle correspond à la formation des deux cercles colorés, dont nous parlerons dans l'exposé du quatrième fait. ^° II n'y a pas continuité dans la coloration du bord extérieur sur toute la longueur de la section de l'os. Lorsque la ligne co- lorée du bord externe s'arrête , la ligne colorée du bord interne commence; entre ces deux lignes ou bandes colorées , il y a un espace incolore qui vient affleurer aux deux surfaces de l'os. Il résulte de là qu'il y a dans l'os deux modes d'accroissement , sLii i.i; Dihiii.ori'KMi.M di.s os. 323 l'un par riiitérieiir, l'aulre par l'extérieLir. L'accroissi'inent par l'intérieur a lieu surtout aux extrémités de l'os, tandis que c'est par io dehors que se fait l'accroissement de sa partie moyenne, (cependant la coloration peut se produire aussi à la surface interne de l'os, vers le milieu de sa longueur, mais avec moins d'inten- sité qu'à sa surface externe. Il arrive assez rarement, d'ailleurs, que la coloration ait lieu en même temps sur les deux laces op- posées tout entières , comme nous le verrons dans le l'ait suivant ; cela varie avec l'âge de l'animal. Nous devons encore ajouter à ces faits {|uc les parties d'un os long, colorées par l'intérieur aux extii'uiités de cet os, sont, en général, des parties spongieuses, qui se colorent plus facilement que les parties compactes. Cette circonstance explique pourquoi la coloration de ces parties se montre en dehoi-s. Entre les par- ties colorés par l'intérieur et celles qui se colorent par l'extérieur, on en voit ordinairement d'autres qui restent blanches dans toute l'épaisseur de l'os. Ces parties blanches, de même que celles du milieu de l'os, dans la longueur de celui-ci, doivent peut-èli-e à leur structure compacte, mais surtout à la direction du mouve- ment circulatoire, de ne pas se laisser colorer; autrement, l'os serait rouge dans toutes ses parties. Ceci étant établi, si l'on examine maintenant la surface extérieure de l'os, on voit que l'aspect des parties moyennes est dilféient de celui des tètes. Les premières sont recouvertes par des lamelles de formation nouvelle, que leur structure rend faciles à recon- naître; les tètes sont, au contraire, dépourvues, à leur périphérie, de semblables lamelles; leur aspect, hormis à l'extrémité, est celui d'une surface en voie d'érosion. Ce caractère appartient aussi bien aux parties blanches voisines des têtes qu'aux parties rouges de ces tètes elles-mêmes. Lorsque la résorption à laquelle est due cette érosion de la sur- face de l'os s'est |)roduite d'une manière suflisante, suivant des lois encore inconimes , il se dé|)ose alors des parties nouvelles. qui tantôt sont blanches, et tantôt sont rouges, suivant le régime de l'animal. C'est pourquoi , dans le Porc même dont nous par- lons, on voit aassi des parties nouvelles sur certains points de la ;V2fi Knn.i,*: kt uigiekv. surface éiodée. I.orsciu'en elîet la résorption a préparé la surface sur laquelle doit porter l'augmentation en épaisseur de l'os, il peut se déposer des parties nouvelles sur toute l'étendue de cette surface. Les faits que nous venons de décrire se remarquent sur les os longs du Porc garance dont nous avons parlé. C'est, du moins, ce que nous avons reconnu dans l'humérus, le fémur, le tibia et le radius. Dans tous ces os, l'accroissement a lieu de la même ma- nière. C'est pourquoi tous ces os, loi'squ'on les examine à l'ex- térieur, offrent, en général, trois régions colorées, une région moyenne plus étendue, et deux régions extrêmes, qui se distin- guent de la précédente par une couleur moins vive. Ces (rois ré- gions sont séjmrées par une zone blanche plus ou moins étendue, et qui doit de plus en plus disparaître à mesure que le dépôt de lamelles de formation nouvelle s'étend de plus en plus vers les têtes. Cette dernière circonstance fait comprendre pourquoi, dans la section longitudinale d'un os long, il arrive quelquefois que la ligne extérieure colorée se continue dans tout ou dans une partie seulement de la longueur de l'os. Dans ce cas, les parties ex- trêmes de l'os se sont, comme à l'ordinaire, colorées par l'inté- l'ieur; mais le dépôt de parties nouvelles sur toute l'étendue de la face extérieure de l'os fait que ces parties colorées par l'extérieur semblent se confondre avec les parties colorées par l'intérieur, dans le voisinage des têtes. Kn résumé, l'examen des os longs colorés par la garance dé- montre jusqu'à l'évidence : I" la formation ou |)lutôt l'accroisse- ment de l'os h l'intérieur, vers les extrémités, puisque la colora- tion se porte de l'intérieur à l'extérieur dans ces extrémités , et que l'on reconnaît les lamelles de formation nouvelle à l'intérieur de l'os, dans ces mêmes parties; 2° l'accroissement de l'os par l'extérieur dans la région moyenne , car c'est à l'extérieur que se montre la coloration, et c'est là que se voient aussi les parties que leur structure indique comme étant nouvelles ; 3" enfin, la résorp- tion vers les têtes et à l'extérieur, résorption constatée par l'état dr hi surface des tètes el par la diminution d"é|);iisseur de la por- Sllll l.li UÉVEI.OPI'EME.M UES OS. 325 tion osseuse blanche qui avoisine les tètes, et qui n'est colorée ni par l'extérieur ni par l'intérieur. 11 résulte de tous ces faits que la diminution qn'i'prouve le diamètre de chaque tête de l'os, diminution qui a lieu par la ré- sorption de ses parties périphériques , et que l'addition de parties osseuses nouvelles à chaque extrémité de l'os, donnent la raison de l'accroissement des os en longueur, en même temps que la su- perposition de parties nouvelles à l'extérieur expli(|ue l'augmen- tation de l'os en épaisseur. Quanta l'influence que peut exercer sur l'allongement de l'os l'extension, telle que l'entendait Duhamel, l'extension de l'os vers les tètes dans les jeunes animaux, nous re- mettons à une autre occasion de nous ex|)liquer à cet égard , nos expériences n'ayant pas, jus([u'à présent, été dirigées vers cet objet. Examen de la section longitudinale des os longs dans les Oiseaux On remarque, en général, dans ces animaux, la même diposi- tion de la matière colorante que dans les os des Mammifères. Ainsi, vers les extrémités, la coloration occupe toute l'épaisseur de l'os, et, comme dans les Mamtnifèi'es, elle semble avoir mar- ché de dedans en dehors. Quant au milieu de la longueur de l'os, il est surtout coloré par l'extérieur, et un peu aussi par l'intérieur, ce que constate l'existence de deux cercles colorés , dans le cas d'une section transversale , comme nous le verrons dans le para- graphe suivant. L'intervalle blanc entre la coloration du milieu de l'os et celle de l'ime au moins des extrémités, cet intervalle que nous avons constaté dans le Porc, semble ne pas exister dans les Oiseaux. Peut-être cela tient-il au peu d'épaisseur des os de ces animaux. Quoi qu'il en soit, on remarque à la surface externe des os longs, dans les Oiseaux, des espaces incolores qui, s'ils ne correspondent pas exactement aux mêmes espaces dans les os des Mammifères, peuvent au moins s'expliquer de ia même manière. C'est-à-dire ((u'il y a dans ces parties une cause qui s'oppose à la coloration, soit que cette cause tienne à la structure, soit qu'elle dépende de la résorption qui tend à s'y produire. On remarc[tie souvent, un outre, sur rlifférenls points de l'épais- 326 BRM.i.i(: Kl' iirttiEivr. seur de l'os des Oiseaux, des amas de matière colorante, qui semblent partir surtout de l'intérieur. Ces amas, dus à l'état de vascularité plus complète de certaines parties de l'os, entrent pour une grande part dans la formation des cercles colorés, dont nous parlerons bientôt. Ils sont liés d'une manière plus ou moins com- plète à l'existence de la matière colorée qui se voit surtout aux extrémités. Ils tiennent à ce c]ue l'os, dans ces parties, n'a pas encore acquis toute la densité dont il est susceptible. En effet, plus l'os est avancé dans son développement, lorsqu'on soumet un animal au régime de la garance , plus ces amas sont circon- scrits dans leur étendue. Souvent alors ils ne l'orment que des points, des taches de forme diverse, des cercles rouges quelque- fois très réguliers, qui avoisinent toujours quelque canalicule, qui l'entourent, comme on s'en assure aisément en prati(|uant sur l'os des sections transversales. Les apparences extérieures, dues à l'inégalité de coloration dans les os des Oiseaux , ne se remarquent bien que sur le tibia, dans les Pigeons. Dans les Poulets, au contraire, on les aperçoit aussi bien sur les autres as longs que sur le tibia. Quand l'animal est un peu âgé, ces apparences deviennent insensibles, en raison de la couche uniforme de tissu osseux qui revêt alors toute la sur- l'ace des os. Cette couche uniforme se laisse peu ou point péné- trer par la matière colorante de la garance, et ce n'est que par des sections faites dans l'os que l'on peut trouver çà et 'à des taches colorées. Quatrième fait. Une snclion faite au travers d'un os long, dans un animal garance, et perpendiculairement à l'axe de cet os, laisse voir ordinairement les trois choses suivantes : 1" Un bord coloré plus ou moins épais, soit entier, soit inter- rompu, suivant le lieu de la section ; 2° Des taches également colorées, et situées plus intérieure- ment ; 3° Quelc[ucfois un bord coloré à l'intérieur. Les apparences des deux bords de la section ont déjà été signa- lées par M. ["lonrens, sous les noms de cercle extérieur et de cercle intérieur: relies qui sont dues aux taches l'ont été ensuite sur. I.li UlivKLOl'I'liMEM DIÎS OS. 027 par MM. Serres et Uoyère. Ces deux derniers savants recon- naissent « une teinte continue, rose, qui s'enfonce en s' affaiblis- sant dans la profondeur de l'os : c'est là, disent-ils, la coloration apparente; la portion de l'os qu'elle envahit est ce qu'on a ap- pelé la virole colorée {./n?i. des l\at., WIl, 158). C'est, en effet, ce que l'on aperçoit lorsqu'on examine la section d'un os à l'œil nu. L'os paraît même entièrement coloré dans quelques cas, dans les jeunes Pigeons, par exemple; dans d'autres cas, il ne semble coloré qu'en partie, soit en dedans , soit en dehors, soit des deux côtés à la fois. Si maintenant on regarde la section à l'aide d'une simple loupe, on voit, comme le disent MM. Serres et Doyère, la teinte en ap- parence continue se décomposer en un semis de points rouges dispersés sur un fond blanc. On découvre toujours, en ouire, les deux cercles plus ou moins c(jmplets , l'un à l'extérieur, l'autre à l'intérieur. Si l'on soumet enliii la section au microscope, après avoir aminci la tranche osseuse de manière à la rendre transparente, chaque point ou tache devient, ainsi que l'ont vu MM. Serres et Doyère, « un ceicle coloi'é entourant un trou pratique dans la substance osseuse... Le trou est un canalicule..., et le cercle coloré est la coupe ti'ansversale d'un cylindre creux coloré, qui constitue la paroi du canalicule. >j (Loc. cit.) Ajoutons que le bord extérieur de la rondelle osseuse , ou quelquefois son bord inté- rieur, quelquefois enfin l'un et l'autre, mais non pas toujours dans toute l'étendue du pourtour, offrent aussi une couche colorée : cette couche est mince quand le tissu est ( onipacte , plus épaisse , au contraire, lorsque le tissu est spongieux. MM. Serres et Doyère sembleraient différer d'opinion avec nous, (juand ils disent en se résumant : <• Ainsi, une couche en contact avec le périoste et une couche entourant les vaisseaux cq^illaircs de la virole colorée , voilà ce qui constitue la coloration vraie du tissu osseux dans les animaux rougis par le régime de la garance. " (Loc. cit.) On pourrait, en effet, conclure de ce jjassage qu'ils n'ont pas vu le terrle intérieur rouge, comme l'appelle M. l'iourens. Ce 328 BRILLÉ KT HL'Gl'EXY. cercle intérieur, (jui se montre presque sur toute la longueur de l'os, à certains âges, est l'antagoniste, en quelque sorte, du cercle extérieur; il en existe le plus ordinairement des traces sur les points de la circonférence intérieure de l'os qui correspondent à des points non colorés de la circonférence extérieure. Cependant MM. Serres et Doyère ont remarqué aussi la co- loration intérieure; ils disent, en effet : " Certains os longs sont colorés presque exclusivement par leur intérieur, et il est très facile de vérifier que le décroissement de la coloration s'y fait de dedans en dehors : tel esi le péroné , par exemple. » (P. 1(55.) Ils ajoutent : « En général, un os long présente deux systèmes de coloration distincts ; l'un procédant de dehors en dedans . l'autre, au contraire, do dedans en dehors. » (P. 166.) Il importe de faire remarquer ici que nous avons décrit la co- loration d'une coupe transversale d'un os long, sous son aspect le plus général. C'est ce qu'ont fait aussi , de leur côté, MM. Serres et Doyère. Les apparences que nous avons indiquées ne sont ce- pendant pas les mêmes dans les Oiseaux et dans les Mammifères, les seules classes d'animaux sur lesquelles nous ayons expéri- menté ; ces apparences ne sont pas non plus les mêmes aux divers âges d'un animal. Elles varient encore avec la région de l'os que l'on examine, et devraient, par conséquent, être l'objet d'autant d'études particulières, que les limites de ce travail ne nous per- mettent pas d'aborder en ce moment. Examinons seulement les diiïéiences principales que présentent les os colorés dans les Oiseaux et les Mammifères. 1. Dans les Oiseaux, une section faite par le milieu d'un os long présente , en général , deux cercles rouges plus ou moins incomplets; l'un extérieur, et l'autre intérieur. Ces deux cercles sont très étroits, quelle que soit, pour ainsi dire, la durée du ré- gime, et l'on y remarque souvent une ligne de plus intense colo- ration, qui n'est pas placée immédiatement sur le bord, ainsi que l'ont vu MM. Serres et Doyère. Ce deux savants ont, en effet, re- marqué que 1,') section transversale d'un os est bordée par une SUR LE DÉVEI.Ol'PliME.NT DES OS. 329 zone incolore , extérieure à la portion colorée , ce qui prouverait, suivant eux, que la coloration ne vient pas immédiatement du pé- rioste. Cette dernière opinion scnible conlirmée par cet autre fait, que citent MM. Serres et Doyère, et qui consiste dans la colora- tion de l'os, malgré l'interposition d'une lame de platine à sa sur- face, ou malgré l'ablation du périoste sur une portion de cette surface. Cependant, en examinant le cercle rouge extérieur d'un os de Pigeon , on voit bien , en elîet , que ce cercle ne suit pas exacte- ment le contour de l'os; que tantôt il paraît situé immédiatement sur le bord , tantôt un peu en dedans. Toutefois il y a lieu de croire que la coloration , quoique plus faible, existe cependant sur le bord tout entier. Ce qui le ])rouve , c'est que les petits frag- ments rabattus par le polissage de la lamelle osseuse se montrent colorés, même dans les parties où le bord paraît incolore, ce qui n'a pas lieu dans les os non garances. Ue plus, en examinant la coloration sur la section des canalicules , on aperçoit une disposi- tion semblable, c'est-à-dire que la partie le plus vivement colorée autour de ces canalicules n'est pas non plus celle qui constitue leur paroi la plus immédiate. On peut donc supposer qu'il y a, dans la structure de l'os, des dilTérences qui tiennent à l'état plus ou moins récent des couches osseuses, et que la coloration nous traduit en quelque sorte. Nous ajournons à un autre travail l'examen de cette proposition ; mais nous devons dire deux mots sur ce que l'on a appelé la colora- tion dans la ))rofondeur du tissu osseux. MM. Serres et Doyère repoussent cette assertion , que la coloration se fait dans la l^rofondeur du tissu osseux. Ils disent que « la coloration ne pénètre dans ce tissu qu'à une profondeur tellement peu considé- rable , que la minceur de la couche colorée suflirait seule pour enlever au phénomène une grande partie de son importance phy- siologique. » (P. 159.) Il est cependant impossible de nier que, dans un os qui s'accroît sous l'influence d'un régime de garance, toutes les couches osseuses qui se déposent ne soient colorées : c'est dans ce sens que la coloration a lieu dans la profondeur du tissu osseux, car nous avons déjà reconnu combien peu s'étendait 330 BRULLÉ ET UUGL'EKT. la coloration qui survient au moment où l'on soumet un animai au régime de la garance. Ainsi , plus l'alimentation par la garance aura été prolongée , plus l'épaisseur de la zone colorée devra être grande. C'est ce que nous avons constaté, même dans les os des Oiseaux, où l'augmentation en épaisseur est, pour ainsi dire, in- sensible, mais dans lesquels nous avons reconnu très distincte- ment les lamelles de formation nouvelle. Nous admettons donc, en ce sens, que la coloration se fait dans la profondeur du tissu osseux. Entre les deux cercles rouges, externe et interne, dans une section transversale d'os d'Oiseau, on remarque, comme nous l'avons dit, des taches rouges. Ces taches , qui se présentent sous la forme de ])oints, et qucUiuefois de lignes, sont disséminées sur- tout dans le voisinage des bords de l'os, et ne sont autre chose, comme l'ont indiqué MM. Serres et Doyi'îre, que l'entourage des canalicules. C'est la direction variée de ces canalicules, à l'égard de la surface de section , qui les fait paraître tantôt comme des lignes , et tantôt comme des points. On remarque , dans le cas d'une alimentation garancée plus longue ou plus énergique, que les taches rouges augmentent d'intensité , ce qui peut se dire égale- ment des cercles eux-mêmes ; l'épaisseur des régions colorées s'ac- croît dans une proportion beaucoup moins rapide. Il se produit cependant des taches rouges assez étendues, situées surtout vers les extrémités des os, dans le voisinage du cercle ou du bord in- terne. Ces taches ne sont plus simplement l'indication de la paroi des canalicules; ce sont, au contraire, des portions colorées et profondes du tissu de l'os, qui ne se colorent bien que dans les jeunes animaux, et dans les parties les moins avancées de ce tissu. Les extrémités des os longs , dans les Oiseaux , sont donc re- marquables par la plus grande étendue des taches rouges ([ue présente leur section transversale; elles le sont encore par le plus grand nombre de ces taches, et surtout parce que , tantôt le bord intérieur est plus coloré que l'extérieur, tantôt, au contraire, la coloration du bord extérieur est prédominante. Par conséquent, l'accroissement se fait surtout en dedans pour certaines parties, len dehors pourd'aulres pai'lies. Enfin. (|uand une portion delà SI a I.K DliVIil.OI'l'K.MKM DKS OS. / 331 ciiTonfuri'iuc intérieure de l'os se montre colorée, il arrive que la portion opposée de la circonrérence extérieure paraît incolore. Ces apparences sont dues à la résorption , c|ui se produit tantôt en dehors, tantôt en dedans , et rarement sur tout le pourtour de l'os à la fois : on les l'emarque aussi sui' les sections faites par le mi- lieu des os longs. C'est ce que rendra plus sensible l'examen des os d'Oiseaux garances d'abord , puis ramenés au piginie ordi- naire. II. Dans les Mammifères (1), on reniar(|ue , en général, au pourtour soit externe, soit interne, d'une section transversale faite au travers d'un os long, une bande ou boidnre d'un j'osc plus ou moins foncé, et qui paraît formée de lignes concentriques et par- fois aussi de points ou de lignes courtes. Les points et les lignes comtes sont, ou des sections, ou des portions jjcu étendues de ca- nalicules; les lignes concentriques sont, au contraire, des canali- cules complets, qui s'étendent dans toute la circonféi'ence de l'os, et sont en rapport les uns avec les autres, au moyen d'autres ca- nalicules qui les croisent à angle droit. La coloration se voit plus particulièrement sur le trajet des ca- nalicules, qui seuls paraissent colorés en dedans, ou sur les limites internes de la bande tout entière, ou de ce que MM. Serres et Doyère appellent la virole colorée. En dehors de cette bande, ou sur le bord, soit extei'ne, soit interne de l'os, suivant le lieu de la coloration, cette coloration paraît continue, bien que toujours elle semble plus vive sur le trajet des canalicules. L'examen des différentes sections faites dans le milieu des os longs, chez les Porcs nourris à la garance, permet de remarquer qu'il existe là, comme dans les os des Oiseaux, une opposition bien marquée entre le développement des deux faces des os longs en général. L'une s'accroît, tandis que l'autre décroît. C'est ce (|ue l'on voit surtout dans le péroné, que MVI. .Serres et Doyère ( I ) Nous avons fait nos reclierclies sur le Porc. Nos essais pour colorer les os lies lapins n'nnl pas réussi ; les animaux périssaient au bout de quelques jours. Il est vrai que nous n'avons pas essayé de les faire manger de vive force Le Porc esl, au ronlrairp. des plus faciles a alimenler. 332 BRMXË El lllCil'E!«T. ont déjà signalé comme offrant à la l'ois les deux cercles colorés, externe et interne. La section faite vers les extrémités des os longs montre, en gé- néral , les mêmes faits que dans les Oiseaux. Ainsi , le plus ordi- nairement, c'est par l'intérieur que se fait le développement, et, par conséquent, c'est à l'intérieur que se produit aussi la colo- ration. Cette coloration est loin , d'ailleurs, d'être aussi régulière qu'au milieu des os. Cela tient à la nature différente du tissu, et à la manière dont s'y fait la circulation. Souvent, par exemple, la section de l'os offre une sorte de mosa'ique, provenant de ce que des parties osseuses nouvelles sont apportées par les vaisseaux sanguins au milieu des parties plus anciennes, ainsi qu'on le re- marque dans les Oiseaux. 11 faut toutefois ajouter que ces parties nouvelles avoisinent toujours les canalicules, et ne sont pas dissé- minées comme au hasard dans l'épaisseur des os. En outre, il se produit aussi , vers les extrémités des os , un dépôt régulier et par couches, qui a lieu surtout à la face interne, tandis que la face externe est, pendant quelque temps au moins, le .-^iéged'un mouvement de résorption. CHAPITRE II. Distribution de la matière colorante dans les os des animaux ramenés au rcyliue ordinaire. Premier fait. — E.\anien des os à la face externe. Lorsqu'on examine les os à l'extérieur, dans les animaux soumis successivement aux deux régimes indiqués , les apparences sont plus ou moins complexes, suivant la durée du régime ordinaire, qui a succédé au régime de la garance. Lorsque la durée du ré- gime ordinaire n'a pas été assez longue pour que les os aient ac- quis la couche définitive qui doit les revêtir, on distingue aisément ce qui appartient au dernier régime, ce qui appartient au régime antérieur de la garance, et enfin ce qui appartient encore au pre- mier régime de l'animal , avant qu'il ait été soumis à l'action de la garanc:'. SI li i.E I)i;m:i,oi>i'i;mi;m dks os. o33 I. Dans le cas où les os n'ont pas encore acquis leur couche superficielle et délinitive, ce qui se reconnaît à l'aspect des la- melles osseuses, telles que les a décrites Duhamel {Je. Se, 1743, p. 100), l'état de la surface se présente ainsi : 1° Sur le milieu de l'os se voient des lamelles fort minces, faciles à détacher, s'étendant diversement sur l'os, suivant la loi du dé- veloppement de cet os. Ces lamelles contrastent, parleur cou- leur blanche , avec la couleur rouge des parties garancées de l'os. Elles sont plus nombreuses sur le milieu de l'os ([ue vers ses extrémités, et présentent des apparences diverses, suivant qu'elles doivent augmenter simplement l'épaisseur de l'os , ou suivant (ju'elles doivent former des saillies ou des crêtes. Dans le premier cas, elles s'appliquent exactement à la surface de l'os, et les unes suiles autres, sans que l'on puisse dire, d'une manière générale, que les plus anciennes soient les plus étendues ; dans le second cas, elles se relèvent, forment des espèces de tuyaux ou de tubes accolés les uns aux autres, et ces apparences s'accordent fort peu avec l'idée de la transformation successive du périoste en lamelles osseuses. Ces lamelles, qu'elles soient planes ou qu'elles soient relevées, n'ont jamais une grande étendue. Elles se superposent ou s'accolent, se recouvrent successivement en s'étendant de plus en plus vers les extrémités de l'os, ou vers le bord de la crête, quand elles doivent former une saillie, sans que l'on puisse y re- connaître un ordre bien déterminé. C'est donc par une série de dépôts de peu d'étendue que s'augmente l'épaisseur de l'os, et non point par la formation de lamelles continues d'une extrémité de l'os à l'extrémité opposée. A'ous reviendrons, dans un autre tra- vail, sur la structure de ces lamelles, qui sont surtout remarqua- bles par le grand nombre de perforations de tout leur tissu. 2" Vers les extrémités de l'os , ou plutôt vers les extrémités du dépôt de lamelles blanches nouvelles , on voit les parties rougies par le régime antérieur de garance. Ces parties, dont plusieurs avaient déjà servi à augmenter l'épaisseur de l'os, présentent or- dinairement des traces de la résorption, comme l'indique l'aspect particulier de leur surface. C'est sur ces parties ainsi diminuées 334 IH111.I.É El IIIKUEKV. que se seraient appliquées des lamelles nouvelles, si l'os cùl con- tinué k se dévelo|)per. 3° Entre les parties rouges des extrémités de l'os et les parties rouges de sa région moyenne , se voient les portions qui étaieiil restées blanches , et que nous avons indiquées dans le chapitre précédent. Ces parties blanches portent souvent elles-mêmes les traces de la résorption , et souvent aussi elles sont recouvertes plus ou moins par des lamelles blanches de formation nouvelle, qui en sont bien différentes par leur aspect. Il' Enfin, aux deux extréuiités de l'os, on voit un tissu spon- gieux de formation nouvelle, cjui se dislingue, par sa couleur blanche , du tissu spongieux rougi par la garance pendant la durée du régime précédent. Le tissu spongieux blanc présente lui-même, à la surface, dans certaines parties du cojitour de l'os, des traces évidentes de la résorption. Dans d'autres parties, au contraire, il n'a pas éprouvé l'action absorbante; ce sont les par- ties par lesquelles l'os s'augmente. Ainsi, en résumé, la surface de l'os a reçu un dépôt de parties nouvelles blanches; cette surface, vers les extrémités, a éprouvé l'action de la lésorplion, action qui a eu lieu à la fois sur les par- ties rouges, et sur les pai'ties anciennes restées blanches; enfin, il s'est ajouté à cha(|ue extrémité de l'os , des parties blanches nou- velles, sous forme de tissu spongieux. C'est donc par la superpo- sition de parties nouvelles sur la longueur de l'os (]ue cet os s'augmente en épaisseur; c'est par l'addition aux extrémités que cet os s'accroît en longueur. Il se l'ait, en outre, une résorption sur certaines parties de la surface de l'os, et cette résorption permet à l'os de recevoir, plus tard , sur ces mêmes parties, de la sub- stance osseuse nouvelle, sans que son épaisseur s'accroisse déme- surément. Cette résorption permet seule de comprendre la per- manence de la forme des os, et spécialement celle des têtes : aussi est-ce particulièrement vers les tètes que se manifeste la ré- .sorption. II. Dans le cas oii les os sont recouverts de leur enveloppe dé- finitive, ce qui se reconnaît à l'aspect lisse et luisant des parties, ces os sont nuancés de grandes taches rouges et de grandes ta- SI II I.E UlivIil.llI'l'KMKM DliS OS. 335 clies blanclie^i. (^ette apparence, qui est due eu généi'al à ce que les parties rouges sont assez voisines de la surface , nous avait fait croire d'abord à la décoloration. Nous ne pouvions, en elTet, nous expliquer connncnt l'accroissenieut de l'os par couches su- perposées donnerait lieu à de pareils effets, et comment il aurait pu rester des parties rouges à la surface , car nous les considé- rions comme telles avant d'avoir reconnu qu'elles n'y aflleuraient pas. Aujourd'hui que nous avons constaté le fait de la résorption, nous pouvons nous rendre compte du plus ou moins de distance (|ui se trouve entre les parties rouges et la surface. Nous savons que la résorption agit différemment sur toutes les parties de l'os, qu'elle les diminue plus ou moins, et que les couches blanches nouvelles se déposent en plus ou moins grande quantité sur lesdi verses parties. C'est là ce qui donne à chaque os sa forme définitive; c'est aussi ce qui fait C|ae l'os entièrement formé d'un Pigeon, par exem])lc, bien que recouvert d'une enveloppe blanche dans toutes ses parties, montre çà et là des taches plus ou moins rouges, qui ne sont réellement visibles que par transparence. Il arrive cependant que, dans certains points, les portions colorées affleu- rent réellement à la surface, comme nous le montrèrent quelques unes de nos sections transversales. Il y a aussi, dans un os parvenu à l'état que nous décrivons, des portions qui sont blanches de part en part, comme le sont, en général, les tètes de l'os dans les Oiseaux. Ces tètes doivent donc être en grande partie de formation nouvelle ; il y reste ce- pendant aussi quelques parties rouges de peu d'étendue. Quant aux autres parties tout-à-fait blanches, qui ne sont pas situées im- médiatement vers les têtes de l'os, elles doivent être de formation nouvelle , et semblent avoir été déposées après la résorption des parties rouges. H nous manque, pour établir ce fait d'une ma- nière complète , quelques exemples tirés de Pigeons auxquels nous aurions fait subir un régime ordinaire d'une durée moins prolongée. Mais, dès à présent, nous le regardons comme le ré- sultai de la résorption préalable des parties rouges , et du dépôt subséquent de parties blanches qui ont fini par remplacer entiè- 336 uKiLLÉ jn iiiucEiw. ment les prcniiùres. S'il en était autrement, nous serions obligés, comme par le passé, de conclure à la décoloration. Sans nous arrêter à décrire en détail les apparences que pré- sentent les os longs, dans les Pigeons qui ont été soumis aux deux régimes indiqués, nous dirons seulement que le tibia présente une variété remarquable dans les dessins rouges et blancs que l'on y aperçoit. Les autres os longs , qui tous restent à peu près cylin- driques, et qui, par suite, éprouvent moins de changements dans leur forme, sont en général blancs vers les tètes seulement, tandis que le reste de leur étendue paraît rouge, à cause de la transpa- rence de leurs couches superlicielles. Une section faite au travers de ces os montre que leur surface, formant l'anneau extérieur de la section , est entièrement blanche. C'est donc pour ces os, et pour la portion cylindrique de ces os seulement, que l'on peut admettre le recouvrement régulier des parties anciennes par des parties noiïvelles. Il est à remarquer que ceux des os longs dont le corps n'est pas cylindrique ou à peu près, olîrent les mêmes accidents de co- loration que le tibia, ou des accidents analogues. C'est ce qu'on voit très bien dans l'os coracoïdien et dans l'omoplate. 11 survient, par conséquent, des changements plus nombreux et plus impor- tants à la surface d'un os triangulaire qu'à la surface d'un os cy- lindrique. Cette conclusion est applicable non seulement aux os des Oiseaux, mais encore aux os des Mammifères. Dans ceux-ci, le fémur et l'humérus, le radius et quelque autres, qui sont plus ou moins cylindriques dans leur partie moyenne, s'y entourent à peu près régulièrement de parties nouvelles; mais le tibia, dont la coupe, faite dans une certaine partie de sa longueur, est trian- gulaire, présente aussi , dans cette partie , un tout autre ordre de développements. Le cubitus, plus irrégulier encore que le tibia, offre des accidents plus variés; le péroné surtout mérite l'atten- tion à cet égard. J.e développement de ce dernier os est un des plus forts arguments en faveur de la résorption, qui seule permet d'expliquer les apparences que présente sa surface. 11 s'y trouve en particulier, comme l'indique la figure que nous en donnons, des lignes longitudinales rouges au milieu d'un tissu entièrement SIR i.E Di;\i;i.oi'i'iiMi;.M des os. [VM lilaiic. [/existence de ces lignes prouverait sealf (|tin le drijùt n'a pu s'opérer réguliôreinent sur cette face de l'os, si l'on ne recon- naissait, d'ailleurs, à l'aide de sections transversales, que cette face était en voie de résorption , et que les deu\ lignes rouges en question sont les deux extrémités d'affleurement d'un cercle rouge dont une partie a déji disparu. Il résulte de tous ces faits (|ue le développement des os a lieu dans les Oiseaux comme dans les Mammifères, et que ce déve- loppement varie avec la forme de chaque os en particulier , ou mieux avec la forme de chaque sorte d'os. Il resterait donc à faire l'étude de ce développement , examiné d'Age en âge dans un même animal , ainsi qu'à reconnaître l'époque du développement relatif de chacun des os. Nous possédons des éléments de cette étude : mais il nous en manque beaucoup d'autres, ce qui nous empêche de nous y arrêter plus longtemps. Des développements à ce sujet nous éloigneraient , d'ailleurs . du but (|ue nous nous proposons dans ce travail. Deuxième fait. — Examen des os a la face inlerne. Dans les os des animaux soumis successivement aux deux ré- gimes, l'un de garance, l'autre ordinaire, la face interne de ces os se présente sous l'un des deux aspects suivants : 1° Ou la surface de l'os est formée de la substance blanche qui existait déjà avant le régime de la garance , et qui disparaît peu à peu par la résorption; 2° Ou la surface de l'os, après avoir éprouvé la résorption , est déjà recouverte, sur une plus ou moins grande étendue, de cou- ches blanches de nouvelle formation. Il peut arriver que ces deux aspects soient visibles à la fois sur un même us; car la résorption ne s'y produit pas rigoui'eusement à toute époque du développement de l'os , comme le prouve la formation du tissu spongieux. Dans un des Porcs dont nous avons déjà parlé, la substance blanche qui recouvre la partie rouge des os est elle-même recouverte çà et là de couches osseuses nou- velles, indépendamment des parties qui portent les traces de la résorption. Il se produit, en effet, dans les os d'un animal ra- r série ZiMi] T IV. (Décembre ISi'i.) j ii 338 BRii-i.i'î iri iiiuui:M. meneau ic'gime uidinaire, un phénomène analogue à celui qui a lieu dans les os d'un animal que l'on nourrit d'aliments garances. Dans ce dernier, il se dépose de la matièie rouge, en dedans comme au-dehors de l'os ; d'où la présence de deux cercles rouges, lorsqu'on pratique une section transversale. La môme chose se passe dans l'animal que l'on remet au régime ordinaire; il se forme dans ses os des couches blanches qui se déposent sur cha- cune des deux surfaces. Si nous n'avions , pour reconnaître les parties nouvelles, que le caractère lire de leur position , on pour- rait contester qu'il en soit ainsi, et dire que les parties blanches situées à la face interne des os sont les parties anciennes , comme les parties blanches situées à la face externe sont les parties nou- vellement formées; mais la structure, la disposition si remarqua- bles des lamelles de formation iiouvelle, ne laissent aucun doute à cet égard. 11 y a donc, dans le développement de l'os, des faits qui se cor- respondent sur chacune des deux faces, l'externe et l'interne. 11 se produit sur chacune de ces faces, tantôt un dépôt de substance nouvelle , tantôt une résorption de parties anciennes. On remar- que, de plus, comme nous l'avons déjà dit, une sorte d'antago- nisme entre les deux actions. Nous en avons une nouvelle preuve dans les os des animaux soumis aux deux espèces de régime. On y voit, en effet, que, dans la cavité de l'os, c'est surtout aux ex- trémités que se dépose la substance nouvelle : or, c'est aux extré- mités que la résorption se produit surtout au dehors. Il en ré- sulte que l'épaisseur des parois de l'os, en ces parties, irait tou- jours en diminuant, s'il ne se déposait à l'intérieur de nouvelle substance. Cet antagonisme, entre les mouvements des deux faces d'un os, est tellement marqué, que, dans les os d'un de nos Porcs, la partie moyenne , celle qui a reçu au dehors un plus grand nombre de couches osseuses nouvelles, est aussi celle qui, en de- dans, présente le moins de semblables couches. Enfin, il arrive un moment oii l'une des deux faces de l'os peut recevoir seule de la substance nouvelle. C'est ce (jui paraît avoir lieu à la face interne des os, lorsque leur développement est achevé au dehors. Nous citerons, comme exemple de ce fait . une Poule SCP. IF. DlÔVKl.Oi'IMCMI.M DES OS. ."39 qui avait luiil mois lorsqu'elle fut soumise au régime des aliments garances. Elle a vécu pendant un mois avec ce régime , et pen- dant deux mois ensuite avec le régime ordinaire. Ses os sont peu ou point colorés, et leur développement parait achevé au dehors. Cependant la face interne de quelques uns, du fémur et du tibia, par exemple, a reçu un dépôt épais de tissu spongieux , dont la portion qui touche à l'os est colorée par la garance , tandis que le reste est incolore. Ce dernier fait prouve qu'il s'est développé du tissu spongieu dans ces os, non seulement pendant le régime de garance, mais encore après ce régime, alors f]ue les os pa- raissaient , quant au tissu compacte, avoir acquis tout leur déve- loppement. Alors aussi l'une des deux faces de l'os recevait seule des dépôts de substance nouvelle. Une autre preuve de l'antagonisme qui se produit entre les deux faces des os nous est fournie par l'humérus de la même Poule. Cet os ne s'est point coloré , si ce n'est dans le tissu spon- gieux des extrémités, et cependant sa face interne est recouverte d'une légère couche rose, bien visible, en certains endroits. Ce phénomène, ainsi que le précédent, prouve, en outre, que la résorption à l'intérieur, de même que l'addition à l'extérieur, ne sont pas des faits permanents , puisqu'il arrive une époque où le dépôt cesse à l'extérieur, et où il se produit en dedans, au con- traire, après la cessation préalable de la résorption. Ce sont donc des faits d'accroissement, qui cessent, par conséquent, lorsque celui-ci est entièrement achevé. Encore un fait d'antagonisme dans le développement des deux faces d'un os. Les os d'un de nos Porcs présentent, à leur région moyenne et sur la face externe , un dépôt de couches blanches. Ce dépôt s'avance, en général, beaucoup plus vers une des ex- trémités que vers l'extrémité opposée. Que l'on examine la face interne, dans la même région, et l'on verra que le dépôt de la- melles nouvelles y est nul ou peu prononcé. Au contraire, à la face interne de l'os, dans la région qui correspond à celle de la face externe, où le dépôt nouveau ne s'est pas encore fait, on recon- naîtra un dépôt très marqué. Par conséquent, si la résorption en- lève à un os, sur ime de ses faces, une certaine quantité de ma- 3^0 BRi'i.i.i: KT uruiiEsvT. lière, celle-ci lui fsten partie rendue sur la face opposée. L'exa- men des sections transversales fournit également des preuves à l'appui de cette assertion. Ces faits d'antagonisme dans le développement des deux faces d'un os sont très remarquables encore dans les Pigeons soumis aux deux régimes. Les accidents de coloration semblent plus va- riés dans leurs os que dans les os des Mammifères. Si l'on regarde l'une des deux faces d'un os scié en long, du tibia, par exemple, en un point quelconque , on est à peu près certain que le point correspondant de la face opposée sera autrement coloré que lui. Si l'un est blanc , l'autre sera rouge. Il y a cependant des parties qui sont blanches de part en part, et d'autres qui sont rouges ; mais le fait précédent n'en est pas moins digne d'attention. Les os des animaux qui ont été examinés immédiatement après un régime de garance, sans qu'il fût suivi d'un régime d'aliments ordinaires, présentent des faits absolument semblables, tant dans les Oiseaux que dans les Mammifères. Si Ion examine un des points de la face externe, et que ce point soit coloré, il est rare que le point correspondant de la face opposée ne soit pas incolore. C'est même ici que le phénomène est le plus prononcé; car, dans les animaux soumis aux deux régimes successifs , et surtout dans les Oiseaux , les parties blanches étant assez transparentes, lors- ((u'elles sont peu épaisses, pour laisser voir la couleur rouge qui est au-dessous, on pourrait parfois commettre une erreur qui n'est plus guère possible dans le cas du seul régime de garance. Troisième (ait. — Examen des sections longitudinales. Cet examen ne fait que confirmer ce que nous avons dit sur ce sujet dans le chajiitre précédent. Le dépôt de matière nouvelle et incolore, de chaque côté de la substance osseuse colorée par la garance, rend plus visible encore la disposition de la matière co- lorée. L'affleurement, tant en dedans qu'au dehors, de la sub- stance blanche comprise entre les extrémités des lignes colorées, permet de distinguer mieux encore l'ordre dans lequel se sont faits les dépôts sur chaque face de l'os. Nous n'y reviendrons ce- pendant pas; cet examen ne nous fournirait aucun fait nouveau. » SLR I.E DÉVEl.OPI'EJIE.NT I ES OS. 3^|1 Disons seulement que , dans la section longitudinale des os des Oiseaux, et surtout des os de Pigeons, car ce sont eux que nous avons élevés en plus grand nombre, il se montre sur l'épaisseur de la tranche osseuse une grande irrégularité de coloration. Cette irrégularité ne permet de constater autre chose que l'inégalité dans la formation de chacune des deux faces. Ainsi, la ligne co- lorée qui répond au régime de la garance s'approche tantôt de la face externe et tantôt de la face interne , suivant la région de l'os que l'on examine; mais il paraît y avoir toujours continuité dans cette ligne colorée. Pour le moment, nous n'y voyons autre chose qu'une preuve de l'inégalité dans le dépôt de la substance nou- velle ou dans la résorption de la substance ancienne sur toute la surface, soit externe, soit interne, des os. En d'autres termes, la disposition irrégulière de la partie colorée, examinée dans la lon- gueur des os, indique une assez grande variété dans la succession du dépôt et de la résorption sur chacune des régions de ces os en particulier. 11 nous manque encore quelques exemples, quel- ques types intermédiaires, pour établir la transition ou le passage entre ces deux actions opposées de l'accroissement et de la ré- sorption. Qualrii-me fuit. — Section transversale des os longs. Si le développement des os consistait uniquement, comme l'a dit M. Flourens, dans le dépôt de nouvelles couches au-dessus des couches anciennes à l'extérieur, et dans la résorption de la substance osseuse à l'intérieur, toute section transversale d'un os long devrait laisser voir, quel que fût le lieu de la section : 1° Un anneau blanc plus ou moins épais, suivant la durée du régime ordinaire, et situé à l'extérieur ; 2° Un anneau rouge au-dedans du précédent, et d'autant plus voisin de la cavité médullaire que l'animal aurait vécu plus long- temps après la cessation du régime de la garance. Or, c'est seulement dans les sections faites vers le milieu des os longs que cette disposition se fait remarquer, et encore trouve- t-on des exceptions , car tous les os longs ne se développent pas à leur région moyenne avec autant de régularité. L'humérus , le â/|2 BRlXi.Ë El HVftUEKY. fémur sont, pour ainsi dire, les seuls os dans lesquels l'accroisse^ ment ait lieu d'une manière aussi simple ; encore anive-t-il un moment où la résorption cesse à l'intérieur, comme nous l'avons vu, pour faire place au dépôt d'un tissu nouveau, spongieux d'a- bord, et peut-être compacte par la suite , ce que nous ne pouvons aflirmer, faute d'expériences suffisamment prolongées. Dans les autres os longs, la section faite au centre ou dans son voisinage montre que la résorption se fait en même temps à l'ex- térieur et à l'intérieur. Cette résorption n'a pas lieu, bien en- tendu , sur tous les points à la fois , autrement il y aurnit destruc- tion de l'os. Elle porte de préférence, à chacune des deux faces, sur certaines parties du pourtour de l'os, et cette action est indi- quée d'une manière évidente par la diminution qui se manifeste soit dans la portion colorée, soit dans la portion incolore. C'est en particulier dans le tibia des Oiseaux et dans le péroné des Mammifères que ce phénomène est le plus prononcé. En général, il se produit constamment dans les os à coupe triangulaire , tels que le cubitus du l'orc et la région supérieure du tibia de ce même animal. On peut avancer comme une règle constante que , plus un os doit changer de fornje jusqu'au moment de son développe- ment complet, plus il y aura de traces de la résorption sur di- verses régions de son pourtour. Ces traces de résorption ou d'érosion sont très manifestes dans les animaux qui ont été soumis aux deux régimes d'alimentation déjà mentionnés , à cause de la déformation qu'ont subie les cer- cles colorés qui s'étaient formés d'abord soit en dehors, soitau- dcdans des os. Elles sont encore manifestes dans les animaux que l'on soumet seulement au régime des aliments garances, parce (|ue les parties en voie de résorption ne se colorent pas. Il en résulte, dans les deux cas, une disposition que l'on reconnaît aisé- ment à l'aspect de la rondelle osseuse, par suite de l'interruption que l'on remarque d'ordinaire, soit dans la continuité des canali- cules circulaires , soit dans la régularité des dessins que doivent former les canalicules, lorsqu'ils sont autrement disposés : aussi reconnaît-on facilement quelles sont les |iarlies d'une section transversale d'un os sur lesquelles s'est opérée la résorption , SI K Lli UÉVia.Ol'MEMIiiM IJliS OS. 343 même dans un animal qui n'a pas été alimenté avec la garance. Toutefois la coloration rend ces faits beaucou]) plus visibles. Elle fournit, etelfet, un point de départ certain pour des recherches ultérieures; elle donne, d'une manière plus frappante, la démon- stration des faits que l'examen de la structure permet ensuite de reconnaître sans elle. C'est surtout vers les extrémités des os que se produit la ré- sorption ; nous l'avons déjà reconnu en étudiant les os à leur sur- face : aussi est-ce dans ces régions que la section transversale d'un os long rond cette résorption manifeste, surtout dans les os des animaux garances. Ainsi, lorsque le cercle coloré qui se sera formé autour d'un os, pendant le régime de la garance, offrira des solutions de continuité, on pourra supposer l'une ou l'auh'e de ces choses : 1" Ou qu'il ne s'est pas déposé de garance et, par conséquent, de matière osseuse dans la portion interrompue, pendant que l'a- nimal était soumis au régime de la garance ; 2" Ou que la portion colorée de l'os a été enlevée lorsque l'a- nimal a été ramené au régime ordinaire. Dans le dernier cas , pourc[uoi une portion de l'os a-t-elle été enlevée sans les portions voisines? Dans le premier, pourquoi la matière colorante ne s'est-elle pas déposée partout? La réponse à ces deux questions est facile. Pour la première question , nous savons que la matièi'e colorante ne se dépose pas sur toute la surface de l'os à la fois. 11 en résulte nécessairement que la section transversale de cet os doit laisser voir un cercle in- complet. Ce cercle ne se sera pas complété quand l'os aura con- tinué à croître sous l'influence d'une nourriture sans garance; il se montrera donc encadré plus ou moins complètement dans un anneau blanc, qui environne aussi bien les portions colorées que les portions incolores; c'est ce que l'on voit dans certains os de Pigeons. Pour la seconde question , supposons une section transversale entourée d'un cercle rouge , complet ou non. Que l'on enlève peu à peu , dans un même endroit , la substance osseuse de ce cercle rouge. Il arrivera un moment où l'on atteindra la portion osseuse ^kll RRl'I.I.È I':T lllULiilKT. blanche, et l'on aura produit une dénudation , de chaque côlé de laquelle viendront affleurer les deux parties rouges non atteintes. Or, qu'une semblable disposition se rencontre dans certains os, nous devrons certainement en conclure que la résorption a agi dans ce cas comme nous supposons qu'aurait agi l'instrument tranchant. Seulement , comme l'os reprend d'un côté ce qu'il perd de l'autre, il se déposera de la mati('3rc nouvelle en dedans de la région mise à nu , c'est-à-dire de l'autre côté de la table osseuse ; il s'en déposera même en dehors , de chaque côté de la partie mise à nu. De là l'aflleurement des segments du cercle rouge par leurs extrémités seulement; de là encore la situation irrégulière des segments restants de ce cercle, qui ne sont plus alors concen- triques au pourtour de l'os. NOTES. Note I. — « Dans quelques unes des expériences de Duhamel , dil Gib- son , les os d'un l'nnict furent colorés en rose dans toule leur épaisseur en seize jours, et ceux déjeunes Pigeons devinrent d'un écarlate foncé au bout de trois jours D'après quelques expériences faites par moi sur ce sujet , j'ai trou\é les os déjeunes l'i(;eons teints d'un rose uniforme, inté- rieurement et exlérieureuienl, après vinfjt-quatre heures. Celte commu- nication de la couleur il toule la sul)slauce du système osseux en aussi peu de temps rend tout-à-lait improbable que l'apparence lamelleuse re- marquée par Dulianul ait èlè produite par la formation nouvelle de cou- ches osseuses rouges et blanches, correspondant aux temps (des mois) pendant lesquels la garance avait été formée ou supprimée. En effet, comme le remarque très justement John Bell , « si un os devait s'accroître par couches assez épaisses pour être visibles et d'une nuance distincte, et que de semblables couches s'accumulassent continuellement chaque se- maine, quel est l'os qui pourrait croître de la sorte' ■ Le seul moyen de concilier les pbémmiènes remarqués dans les diverses evjiériences et d'ex- pliquer leur contradiction apparente, c'est de supposer que Duhamel a pris pour une apparence confusément lamelleuse les variétés de la C(ui ■ leur, qui est plus foncée dans les parties les plus solides, et plus faible dans les parties les moins ciiuipactes de l'os. » (Luc. cit., p. H9, 150.) Puis, pailant des expériences de Mac-Donald, il dit : « Le fait qui se rattache le plus immédiatement à l'objet de ce Mémoire, c'est que si la charpente d'un os exige trois semaines pour son renonvellenieiit, cepen- dant, au bout de sept j(Mns, le .système osseux a généralement pris une belle couleur rouge Si uialnleuant nous inlerpréions ce changement de SLU LE DÉVELOl'l'Ii.MEM DES OS. 345 niiiloiir il'iiptès l'opinion commune de l'absorplion des parties ossi'uses blancbeset ilii dépôl des parties rouffes (1), nmis en tirerons néecssaire- inent celte conclusiim, que le système osseux (l"nn animal se renouvel- lera trois fois penilanl la période que réclame la formation de l'os de rem- placement; maison doil tendre à rejeter cette opinion, par suite nième de son peu de probabilité. » (/*((/, p. 152) Note II. — .... Die 27" ex quo (pulli alebanlur. iinus caveA exiractus est ac peremptus. Hoc aperto, ossa rubra inventa suiil... i> H;ec uni) in pullo comperla, p.iucis posl diebus comperta suntet in al- lero yuo necalo, disseclo(pie, eailem apparuerunt. iiisl quod lolor os- sium paiihi eral dilutior, ad roseuni versens; quod considerans Bazanus aliud quidijiain ajiilare animo ca'pil, de quo Shnrpius 2) nihil scripserat; nam cum puilum buuc alterum triduo, quatriiluove pur^'amentis Irilici alere oportuisset , proplerea quod rubia defirerat, non dubitavit Itazanus, gtiiii illa cii(t}ris ejleituatiu a mutald cirlus raliuiie pniidcrel; ilaque , si pulli, aniotà rubià, ad consueta cibaria revenlerentur, spem esse, ut color albus reUiret ossibus. o Quare cum dubium non esset, quin pulli duo superslites colorem ru- brum os.sibus Iraxissenl, similiter ut duo mortui; placuil illos, abjectà rubià, vilioiibi.s seminibus Irilici. et furfure per mensem sustentare. lixacto mense necali et bi >unt ; oprrliijuc ossa u'ha (isleinleniiit. His ergo miratus est lîazanus rulorrm sunm rediissci nam dubilaie non poteral, quin antea fuisserjt rubra. Sic cum pullorum ossa per rubiam cotorari ex Sbarpii litleris iutellexisset , inlellexil ipse per se, etnn coiorem mulato liclii facile ahire- (1 ) 11 L'opinion commune des physiologistes au sujet de ce fait curieux est que, lorsqu'un os devient rouge pendant l'alimentation par la garance, les parties os- seuses blanches qui le composaient ont été entièrement élimmées par absorption , et remplacées par de nouvelle substance osseuse de couleur rouge. Lorsque en- suite l'os reprend sa couleur naturelle , ces parties rouges ont été écartées à leur tour, et remplacées par des parties blanches. Si le fait est vrai, il s'ensuit néces- sairement qu'un animal re(.oit au moins cuiquanle-deux couches osseuses nou- velles pendant un an : car le système osseux , d'après les expériences des plus respectables physiologistes, acquiert une teinte rouge foncée au moyen de la ga- rance en une semaine , et reprend sa couleur naturelle en une autre semaine, a (Soie de Gibson.) (2) On lit, au commencement du récit de» expériences de Bazanus : « Res di- citur comperla In Britannis ; nam Mizaldus , qui illam multo ante indicaverat, propter antiquitatein legi est desitus. Eadem cum Sharpius chirurgus illius insulas clarissimus .Molinellio per litteras significasset , visum est experimentum Acade- miae dignum.. Id ergo suscepit Matlli;eus Bazanus, quijusliluti praeses est, ro- gante Mulincllio, i. 3/t6 BRILLÉ Kl UUGL'ENT. "Idqiic sane aJiniralidiiein liabel non minoreni; nain cuni pullnrnni morluDiiim ossa. rubro colore infecta, ad longiim lempus servala f{ie- rint, eliamsi nihil de cnnservando coloie cautnni sit, eiini tamen nun- quam ainiserunt, sive in spiritum vini imnieisa fueiint, sive siib dio nian- serint, et in fiigore; qnosane apparct , qiiani arclè is color adbxreat os- sibws; qui tamen, siibliactà tatiiiiin nibiA, quem ad niodum supra dixi , (liebus liaud mullis in vivis pullis dissolvitur. » {Coin»ien{aires de t' Institut de Ilologite. 17i5, l II, part. I, p 129.) Ce précis, publié en 1745, esl de 1738. Le travail de Bazanns lui-mOmea paru en 1740 (même recueil , t. II, part. II, p. 124). Note III. — Nous neconnjnssonscelte thèse de Bœlimer que par Textrait qui en est donné dans les MélaïujeK d'Iiisloire iialunile de Itiilac I. III, p. 227) ; c'est de là que nous a>orjs liri' la citation que nous donnons dans le texte. Le travail orifrinal a pour titre ; De radicis ruhiw tinclorum e/fec- libus in corpore animali, proponit el défendit Bcnj. Bœlimer (Lipsix, 1752 , in-*", p. (>). Les Commentaires de Leipsick , qui annoncent celte llié.se (t. I . p. 521;, citent <'n parliculi<'i' ce passade : » In ipsis tamen ossibus , quanlam parlem niagi~, quiBdam minus tin- gunlur, inconsiaiiliordine. » Note IV. — Voici les motifs qui avaient engagé Gibson à tenter l'expé- rience (lue nous rapportons, o L<' docteur Ratherfort, tout en donnant une explication très satisfaisanti' de la manière dont la couleur de la ga- rance se communique aux os seulement, embrasse cependant ropiiiiun de certains aulres pliysiologistes. Ainsi les matériaux des os reçoivent leur coloration avant d'être déposés , c'est-à-dire pendant qu'ils sont à l'état de solution on de mélange dans le sang. . Dans ses ingénieuses remarques, il ne l'ail aucunement allusion à ce fait probable, qin'Ies os déjà formés puissent dev(mir rouges pi'miant que l'animal fait usage de garance, et repreimenl ensuite, après la cessation de ce régime, leur couleur natu- relle, sous l'influence d'une action tout-ù-l'ait indépendante de leur dépôt et de leur absorption. C'est ce que je vais essayer de prouver. « {Lue. cit., p. 150.) Il ajoute plus loin : « Dubamel a remarqué, dans ses expériences, que les os des animaux, qui avaient été fortement rougis par la garance, se décoloraient par une longue exposition ù l'air, et devenaient blancs. C'est ri^ fait qui me suggéra une explication simple du phénomène. Il me sembla que si quelqu'une des parties constituantes du sang possédait naturelle- ment une plus forte affinité pour la matière colorante de la garance que le phosphate de chaux, celui-ci pourrait élre dépouillé de sa couleur par une action chimique. C'est afln de prouver cette aciion que je pris, etc. » (P. 159.) NoTK V. - « M. Paget dil avoir répété lui inèni' rexpèrieuce de Gibson, SUK f.E DliviiLOI'J'liMliXT l)liS OS. ôlil et avoir remarqué qu'en effet la sérosité enlevait une certaine partie de la couleur du phosphate, mais que, si l'on continuait à traiter le précipité l'ncore ronge par de nouveau sérum incolore, celui-ci se colorait de moins en moins, et liuissait même par rester incolore, bien que le précipité con- serNlil encore une nuance rouge aussi prononcée que dans les os les plus rouges. Il lit la niénie observation avec de l'eau (iltiée, qui d'abord pre- nait uni' teinte jauiu', qu'elle ne tardait pas à perdre quaml on l'avait re- nouvelée; il crut devoir conclure de ces expériences que, quand le phos- phate de chaux est précipité dans une solution de garance, il entraine avec lui une certaine quantité de matière colorante avec laquelle il n'est pas conihiné chinii()uenient, et gui est dissoute par l'eau et parfois pai' le .sérum, si on traiie le phosphate par l'un deces deux liquides-, il conclut donc de ces expériences q\ie le sérum ne peut, comme l'avait avancé Gibbon, enleveiaux os la matière colorante, (|ui est combinée chimique- ment avec leur phosphate; il va même plus loin encore, et induit d'une autre expérience que le phospli.ite de chaux , au contraire, enlève au sé- rum la matière colcuante qu'il tient en solution, .\iusi.si on traite une soliilicm de garance dans le sérum par le phosphate de soude, et ensuite par l'hydrochlorale de (baux , toute la matière colnrante est précipitée, bien qu'avec plus de lenteur que dans une solution aqueuse , et le .sérum reprend sa couleur jauiu- nalurelle. » Il résulte de ces expériences , et de quelques autres que nous ne pou- vons rappiuter, que le phospliale de chaux ayant une plus forte aftinité que le sérum pour la matière colorante de la garance il la lui enlève sans qu'il en soit saturé (1 , et qiu' chaque particule de phosphate de chaux qui est de posée pendant que l'animal prend la garance , s'empare de la matière colorante que ccuilieni le sérum, et donne aux os une cou- leur plus ou moins rouge, suivant l'âge de l'animal 2). Les os rougissent bien plus dans la jeunesse que dans la vieillesse. Si l'os rouge perd sa couleur quelque temps après que l'animal ne prend plus de garance, ce n est pas, comme le pensait Gibson , à cause de l'alûnilé superieuie du sérum , ni, comme le pensait Duhamel, par l'absorplion des molécules osseuses colorées (3) , mais probablement par la décomposition de la ga- rance elle-mén'ie, ain.si qu'on le voit arriver aux squelettes exposés à l'air et à la lumière. » [Gazelle médicale de Paris^l. VIII, 18i0, p 20i. — Extrait du journal The Lancet.) Note VI. — La théorie de M. Flourens diffère surtout de celle de Du- (1) Uien ne prouve que le phosphate de chaux soit ou non saturé de la matière colorante de la garance, à moins que ce ne soit le plus ou moins de coloration des os, suivant làge fie l'animal, comme le dit Pagel. (2) On ne voit pas que l'auteur se soit rendu compte du plus ou moins de colo- TatioD des os, autrement que par Ihypotliese de la note précédente. (3) C'est probablemcal Hunier qu'on aura voulu mettre , au lieu de Duhamel , qui n'a pas eu l'idée de la résorption des muléciiles osseu.ses. 348 BKtJI,LÉ lil UL'CiUENY. liamel,ci) ce que en dernier s'expliquait l'ag^randisseinent de la cavité mé- dullaire et rallongement des os par une véritable extension, tandis (jue M. Flonrens rend très bien compte du fait de l'agrandissement de la ca- vité des os par la résorption des parties internes. D'ailleurs, ce fait de la résorption des parties internes était déjà connu de Hunter lui-même, comme le prouve une note de Monro, imprimée à la suite d'un Mémoire de Hunter. Cl II parait, dit Monro. que Hunter appuyait son opinion principale- ment, sinon uniquement, sur cette circonslance, que, dans l'animal qui croit, le canal médullaire au;;mente de dianiéire (l V » ( Trans. uf a Soc. for Ihe iinprui-vment (if Med. and Chir. lûtowledge, t. II, p. 282.) Le fait de la résorption à l'inlérieur de l'os, qui, suivant M. Flourens, combiné avec le dépôt à l'extérieur, constitue tout le mécanisme de l'ac- croissement des os, est loin de rendre compte de la diminution (|u'éprouve, avec l'Age, la cavilé médullaire. Cette théorie est donc incomplète .\o\is allons faire connaitie celle de Hunier, d'après divers passages de ses œu- vres chirurgicales. Nous citons la Iraduclion française. « Le mécanisme de l'accroissement en volume des os a lieu , non par l'inlroduclion de nouvelles particules au milieu des ancieimes, comme Duhamel le supposait , mais par l'addilion de nou\elles parties aux ex- trémités et à la circonférence des os, tandis que la forme des os est con- servée par l'action des vaisseaux absorbants, qui enlèvent les parties sur- abondantes. .. (T. I, p. 179 ) (Ij Monro croit détruire cette opinion par un argument décisif. « Pour montrer, dit-il, plus clairement que Hunter a basé son opinion sur des fondements erronés (erroneus founiialion), j'ai remarqué dans plusieurs os morbides que j'ai en ma pos- session, et dans lesquels ['épaisseur est beaucoup accrue, que le canal médullaire a beaucoup diminue. D'après cela, et d'après l'expérience de Duliamel, nous pou- vons remarquer que la table des os peut s'étendre dans toutes les directions , ou qu'elle croît en longueur, en largeur et en épaisseur, r, [[bid.,p. 28S.) Celte note ferait-elle soupçonner que Monro revendiquait pour lui les idées de Hunter sur l'absorption? Quoi qu'il en soit, nous ferons voir dans un autre travail ce que prouvent, pour le développement normal des os, les productions anormales qui se forment dans les cas de fracture, dans les cas d'e.xpérience.î mécaniques à l'aide d'anneaux métalliques de perforations , d'enlèvement du périoste ou de la membrane médullaire. Il nous sera facile d3 montrer les erreurs qui ont été la conséquence des comparaisons établies entre deux phénomènes aussi différents que la formation régulière ou normale et les formations pathologiques. On verra, en particulier], qu'un des premiers résultats de la lésion mécanique d'un os est l'é- paississement des deux faces de l'os, par suite d'une sécrétion surabondante au- tour des parties lésées, ce qui donne lieu à des dépôts irréguliers. Ces dépôts s'organisent par la suite ; mais ils présentent presque toujours des différences avec les dépôts réguliers ou normaux. I SI n i.E i>iivi;i.()Pi'F.Mi;\r prs os. 349 «... Le mode (iaccroisst'trK'iil di's cis ne pci iiiel pas de siippo.ser qu'un iKs puisse .se develiipper el conserver sa forme sans èlre absorbé. Suppo- sons la lêle du léinur d'un fœtus. L'atcroissenienl de l'os se faisani par des couches superposées , la tête de l'os acquerr.iit nécessairement un volume Ici, ([u'elle linirail par s'étendre jusqu'à la partie moyenne de l'os, tandisque la cavilé centrale ne s'agrandirait aucuin'nienl. Il est donc indispensable que labsorptioii s'exerce pour que la forme qui est propre à l'os soit maintenue; voilà pourquoi j'app;'lle cette absorption aOsarplion modeUmle: car, sans la combinaison de ces deux pliénoménes, l'absorption et raddili(m de la matière, l'animal ne pourrait avoir le mode de déve- loppement et les formes qui lui appartiennent- » {Ibid., p. 292.) Voici maintenant quelques explications de celle théorie. « ... Il résulte, dit Êverard Home, des expériences de Ilnnler rela- tives à l'accroissement d'épaisseur du col et de la léte du fémur, que l'ad- dition .le matière osseuse nouvelle se fait à la partie supérieure de ces parties, tandis qu'une quantité proportionnelle du lissu osseux ancien est enlevée à leur surface inférieure, el que c'est par ce mi'canisme que le col du fémur conserve sa forme et reste relativement à la même place. » (/iirf.,t. IV, p. 411.) «... Parmi les dessins originaux des os colorés par la garance, dans les expériences huntériennes.... il y en a trois qui font connaitre le mode d'accroissement delà mâchoire inférieure et la direction suivant laquelle se fait cel accroissement , et sur lesquels on voit que la matière o.sseuse nou\elle se dépose, pour la plus grande partie, à la région supérieure et postérieure de la branche ascendante, tandis que le lissu osseux est ab- sorbé à la partie antérieure <1(^ la même branche ; d'où il résulte que le» alvéoles des molaires posléiieures se dégagent graduellement , et qu'il y a au-dessous d'eux un libre espace pour la sortie des dents. Ce niode d'ac- croissement , avec absorption au niveau de la symphyse de la mâchoire , se continue pendant toute la vie dans l'tléphant, chez lequel des mo- laires nouvelles sont ainsi portées en avant, par une succession non inter- rompue, pour concourir à la mastication. « (T. IV, p. .{il, note.) o ... Hunier, dit à son tour M. Owen , a suivi les changements qui s'o- pèrent dans les os pendant leur développement, et constaté la rapidité aveclaquelle les maléiiaux qui constituent le tissu osseux .sont absorbés; el, d'après ces faits, il a posé en principe que les absorbants sont les agents par lesquels les os, pendant leur développement, sont modelés, si l'on peut ainsi dire, et conservent leur forme. » (Ibid., p. 412. note ) Ain^i, continue iM. Éverard Home, les os. d'après la doctrine de Hun- ier, se développent par deux mécanismes, qui s'accomplissent en même temps, et qui s aideni l'un l'^ulre. Les artères apportent à l'os les maté- riaux nécessaires à son accroissement, en même temps les absorbants en- lèNenl les particules du tissu osseux ancien, dans la proportion conve- nable pour donner à l'os nouveau la forme propre. De celle manière, l'os augmente de lolume, .sans qu'aucun changement sensible soit produit dans sa forme extérieure » (/éid., p. 412 ) 300 BttlLLÉ in IIIUI'EISY. Noii< (criniiiiioiis p;ii- nue dernière cilnlinn. « On apiirécii'ia f:i(ilenienl, tlil M. Owen , l.i différence qui exisie entre ia tliéoi ie liunléiienne el celle de Uuliamel, sur le d(''vel(i|ipenicnl des os, si l'on l'ail atlcnliiin à l'explication que Duhamel a donnée du phéno- mène qu'il observait pendant ses recherches sur ce sujet. Choisissons, par exemple, dans le nombre de ses ingénieuses et inslructives expériences, celle où il plaça un anneau de (il d argent aulour de la partie moyenne du corps du fémur d'un jeune Pigeon, el où il trouva , au bout d'un cer- tain temps, clans la cavité médullaire de l'os, cet ani\eau qui n'embrassait plus la surface extérieure de la lige osseuse autour de laquelle il avait été placé. Il est il peine nécessaire de faire remarquer que le physiologiste huntérieu explicpierait ces faits en disant que les artères du périoste avaient déposé une matière osseuse nouvelle sur la l'ace extertuîde l'anneau, landis que les absorbants avaient enlevé la porlion du tissu osseux ancien, qui était en contact avec la face interne de cet anneau, el (pie c'élail par suite de ce double travail que les rapports de l'anneau avec les parois osseuses du lémnr se Irouvaieut renversés. Mais les prédécesseurs de Hunier ne connaissaient point el ne soupçonnaient point même celle inleiprélalion physiologique des phinoniène.s en question , qui a sa source dans la con- naissance des forces et des actions propres à deux systèmes vasculaires qui jouent un rôle important dans l'économie vivante. « {Ibid.. p. 413, note.) On voit, par ces différents passages des œuvres de Hunters et par les remarques mêmes de M. Ov»en, .pie la théorie du physiologiste anglais siiflil à l'explication des faits d'accroissement des os: mais on peut voir aussi que les preuves n'en ont pas été données par lui , bien qu'il paraisse les avoir trouvées, [.a résorption des parties internes a étédi-mon n'edans ces derniers temps par M. Flourens ; mais l'idée eu apparlient toujours à Uunter La résorption des parties exlernes n'a étédémoniré par personne depuis IIuntiT, et ne parait avoir été admise que par quelques physiolo gistes anglais. La lAche que nous avons enlrepri.se était précisément d'en donner la démoiislralion : c'est ce que nous croyons avoir lait dans le pré- sent travail, et surtout dans le chapitre II Cn; la seconde parlie. NoTR VU — « Nous avons pris, disent MM. Serres et no\ère {lor. cit.), trois jeunes Pigeons, les plus âgés que nous ayons trouvés à celle époque de l'année, puis nous les avons no'irris d'aliments mêlés de garance, du 10 mars au 15 avril 1840, en ayant soin d'interrompre le régime aussilôt qu'ils paraissaient trop en .souffrir : malgré nos précautions, deux sont morts. ■ .\ous avons laissé le troisième vivre el s'accroilre jusqu'au 25 mai, et à ce moment, où nous le jugions rtgé d'au mi)ins quatre mois, nous lui avons amputé l'aile gauche, puis nous avons pris soin qu'aucun aliment colorant ne lui fût désormais adminisiré. » Le 311 janvier 18 il , nous lui avons amputé l'aile ilroile L'animal est mort des suites de celleseconde opération. SLii i.E i)ihi;i,oi'i'i:Mi:\r ni:s os. 351 » l.';iilc (lioilc, coloréi! en même li-iiips cl p.ii' I(> même réiiime que la j;.iii(he, n'avait pas (Irt prendre une leinle différenle; car sur les deux eenis animaux f|iie nous avons sacrifiés à nos expériences, ncius n'avons pas obser\é une seule fais nu fait semhiable. » D'un autre côté, soumise |ieu(lant liuil mois de plus, et pendaiu les huit mois qui suivent immédialement la dernière période de ra( i idisse- menl , au Inurbilloii riiiil , an reiioiirclU'iiieiil , à la mutalinn , à Vechiiiiye de ses moléciil' s, elle eut du évidemment [)erdre quelque ehose. i> Or, /(/ leiiilv (li:< deu r ailes est aljsdliiinenl la inénic » MM. Serres et Doyéreconelui'ut de re fait : « Cet (■(7in»i'/r, rf reiiitiirelleiiieni , ce liiiirhilldiDieini'in perpétuel (\fs mn- lécules, ne sont point une condition essentielle des tissus \ ivants, à moins qu'on ne veuille ranjjer le tissu osseux parmi les tissus morts. » Le fait que citent MM. Serres et Uoyère est conforme à des faits ana- logues, que nous avons obtenus nous mêmes. La conclusion qu'ils en tirent est exacte dans certaines limites; mais elle ue saurait être ;,'énéra- lisée et appliquée à une époque quelconque de la vie d'un animal Sans doute, dans un pigeon arrivé à l'afie .idulle, il n'y a p is eu de re- nouvelIcMient, parce qu'à partir de cette époque ses os ne S)t sont pas mo- difiés .sensiblement. En efTet, lorsqu'un l'igeon, lor.squ'uu animal ([uel- conque appartenant à la classe des Oiseaux ou à celle des Mammilêres, arrive à l'àRe ailulte. il ne se fait plus de mutation, plus de changements appréciables dans son tissu o.sseux: mais de là il ne faut pas conclure que, depuis le bas âge jusqu'à Tàge adulte, il n'y pas de changement , de mutation, de reuouvellemenl des partii's o.^seuses. Voici, en elîet, à l'appui de ce re louvellement, une expérience faite par M. Flourens, et qui s''accorde avec les résultats que i'e.\périence nous a fournis. •I Un Pigeon , dit M. Flourens, représenté dans la fig. 10 de la pi XII [Reelurchcs , etc., p 123 , au moment où tous ses os étaient rougis, avait à peu prés trois semaines. .. A partir de ce moment, il a été rendu à la nourritui-e ordinaire pendant dix-huit mois;el tout, ou à peu prés tout, s'est renouvelé dans ses os, car tout, ou à peu prés tout, y est blanc « Ainsi, il y a en renouvi'llement de la matière osseuse, et il est vrai de dire que, di'puis le bas âge jusqu'à l'âge adulte, il y a mutation de la ma- tière osseu.se. Au sujet de l'expérience de .M. Flourens, nous allons même jusqu'à dire, et c'est là même une conséquence f<>rcée de l'opinion que nous \enons d'émettre plus h.uit, que si le Pigeon de M. Fhuireiis eut été tué dès l'inslant où il était arrivé à l'âge adulle. il eût présenté les apparences qu'il a ofTi^rtes longicmps apiès, parce qu'à partir de l'àgt; adulte, l'état du tissu o.sseux n'a pas dû changer d'une manière appréciable. Par con- séquent, les conclusions de M. Flourens ne sont exactes que dans cer- laines limites, et ne peuvent être généralisées. S.nis doule. connue le dit M Flourens, il y a eu renouvellement de la matière o.sseuse, mais jusqu'à l'âge adulle seulement, et les deux expé- 35-2 RRII.I.Û Kl lllliilJEW. riences que imus venons de citer, et que se sont opposées MM Serres et Doyère d'une pari, M. Flourens de l'autre, ne sont nullement contrac- dictoires Ces expéiiences sont relatives à des conditions dilTéientes du tissu osse\ix, à des Ages dilTérents, qui donnent lieu, dans chaque cas, à des conclusions diCférentes. II y a donc, dans la vie de los, deux périodes: lune pendant laquelle il y a renouvellement incessant, c'est l'intervalle de temps compris entre la naissance et Tàge adulte; l'autre pendant laquelle l'os ne se modifie plus que d'une manière extrêmement lente, et où l'on ne peut plus ad- mettre, d'après les expériences faites jusqu'à ce jour, de renouvellement du tissu osseux- C'est en distinguant ces deux périodes que l'on parvient à s'expliquer les contradictions apparentes que présentent les écrits des physiologistes, EXPLIC VTIOIV DES FIGURES PLANCHE 16. Fig. 1 à 4. Os d'un Porc âgé d'environ un mois, lorsqu'il fut soumis au régime de la garance. Durée de ce régime, vingt jours; durée du régime ordinaire qui succéda au précédent , vingt-huit jours Fig. 1 . Tibia de ce Porc vu en dehors. En a, sont situées les parties de formation nouvelle , celles qui se sont déposées pendant le dernier régime ; en 6 et c. les parties nouvelles qui se sont ajoutées aux extrémités de l'os; en rf et e, sont des parties rougies pendant le régime de la garance , et sur lesquelles se pro- duisait la résorption, au moment où on a tué l'animal; en 6, cette résorption était très prononcée: en r, lout-à-fait à l'extrémité de l'os, elle n'avait pas lieu. Fig. 2. Le même os vu en dedans. En a et a', les bandes colorées du régime de la garance , revêtues en dehors des parties blanches du dernier régime, et en dedans des parties blanches du régime ancien. La bande a' vient finir en mou- rant vers le tiers supérieur et inférieur de l'os: la bandea se termine delà même manière vers le quart inférieur, et se prolonge à l'extréniité opposée jusque dans le tissu spongieux. — ■ En prolongeant p:ir la pensée les extrémités libres de ces deux bandes , parties où le ti?su coloré se rapproche le plus de la surface sans y affleurer tout-à-fait. Fig. 9. Tibia d'un Pigeon âgé de cinq à six semaine.^ lors(|u'il fut tué. A trois ou quatre semaines , il fut mis au régime de la garance pendant quatre jours , après lesquels il fut nourri d'aliments ordinaires (lendant onze jours. — On ne voit que peu de parties nouvelles correspondant au dernier régime. En a, c'est- à-dire de c à f et en b, le régime de la garance a produit une coloration bien prononcée. De c à rf , la résorption a agi également en e , mais sur une moins grande étendue. — La coloration des parties vers i! provient surtout de l'inté- rieur. Fig. 10. Tibia d'un Pigeon âgé de quatre mois et demi à cinq mois. A l'âge de trois à quatre semaines , il fut soumis pendant huit jours au régime de la ga- rance, dont il prit environ 30 grammes; après quoi, il fut ramené au régime ordinaire pendant cent cinq jours. Ses os paraissent complélenioicl dévelo|ipés; ils sont plus colorés que dans le Pigeon lig. 8, parce que l'aninial était plus jeune lorsqu'il fut mis au régime de la garance. — Le tibia représenté fig. 10 a ses parties tout-à-fail blanches eu u et b, el ]iar cunséquent entièrement re- nouvelées. En c, c'est-à-dire dans toute la région moyenne, l'os est alterna- tivement rouge et blanc. Les parties rouges ne sont pas superficielles; elles sont recouvertes de parties blanches, ([ui laissent voir jiar transparence la co- loration ; les parties intermédiaires sont tout-a-fait blanches, et par conséquent postérieures à l'alimentation par la garance. La résorption paraît donc avoir agi d'une manière inégale sur les différentes régions de la surface de l'os. Fig. 1 1 . Tibia d'un Pigeon âgé de trois mois et demi environ lorsqu'il fut tué : il fut mis au régime de la garance a l'âge de trois à quatre semaines , et au bout de qumze jours , il fut ramené au régime ordinaire, qui en dura cin(]uante-h»it Sun LE DÉVELOPPKMENT DES OS. 355 11 y a en général moins de parties blanches que dans le Pigeon fig. 1 : cepen- dant en (I et 6 se trouvent des parties entièrement renouvelées. La région blanche représentée en c est rouge à la face interne de los ; il ne s'est donc re- nouvelé , depuis le régime de la garance , que dans une partie de son épaisseur. pi.VNCiii; 17. Fig. 1 a 3. Sections transversales des o.-i d un Porc âgé de deux mois environ lorsqu'il fui tué , et qui avait été nourri a la garance pendant les trois dernières semaines. Fig. 1. Coupe transversale du fémur faite vers le milieu de los : la coloration .-'est produite par l'exlérieur, et avec plus d'intensité d'un cùlé que de l'autre. Fig. 2. Coupe transversale du même fémur faite vers l'extrémité inférieure. — Ici, comme dans toute section faite vers l'extrémité, la coloration a pénétré par l'intérieur, et s'est disséminée dans le tissu de l'os avec moinsde régularité que dans la section précédente. Fig. 3. Coupe transversale du tibia , faite aussi vers I extrémité inférieure: elle offre les mêmes faits que la section précédente, et, de plus, la coloration pro- duite par le dehors en a. Fig. 4 et 5. Sections faites dans les os d'un Porc nourri de garance pendant vingt jours, et remis au régime ordinaire pendant vingt huit jours Fig. 4. Coupe transversale du radius , faite par le milieu de l'os ; elle offre en « les traces de la coloration produite par l'intérieur, et, dans le reste de .son pourtour , la coloration produite par l'extérieur. — Le développement pendant le second régime a eu lieu de la même manière : en a, la substance nouvelle s'est déposée par la face interne , et en 6, r, rf par la face externe. Fig. o. Coupe transversale du tibia , faite un peu au-dessous du milieu. En o , le développement s'est fait par l'intérieur ; en 6 et e, il a eu lieu à l'extérieur. En d, la coloration est disséminée, comme dans les sections faites, en général , vers lextrémilé. — La zone colorée commençant en u et finissant en c donne la marche du développement dans les os à coupe triangulaire , dans le cubitus par exemple. On voit que le développement pendant le second régime suit la même marche que pendant le régime de la garance : le développement portant donc sur les faces a, h et c, la résorption agissait sur les faces a', b', r'. Fig. 6, Coupe transversale de Ihumérus d'une Oie âgée de quatre mois environ lorsqu'elle fut mise au régime de la garance ; elle est restée quinze jours à ce régime , et quoiqu'elle ait mangé 500 grammes de garance (d'Alsace) , ses os ne sont pas colorés. On voit seulement çà et là, dans les sections transversales, des cavités médullaires ou canaliculaires , dont le pourlour est rouge comme en a. Fig. 7 à 9. Sections transversales du tibia d'une Poule âgée de sept mois lors- qu elle fui soumise au régime de la garance; elle est resiée un mois » ce régime 350 BRI l.l.ï: Il IIIGUEW. Fig. 7. Coiipo lransver?:ilt' faite vers le milieu de l'os; la roloration se?l produite par I inlérieur en ii, et, pour l'extérieur , elle a porté principalement sur h, c. Fig. 8. Coupe faite vers l'extrémité inférieure de l'os, la coloration s'est produite par le de.liors sur tout le pourtour, excepté en «. On voit en b, c qu'il s'est formé . dans lliitérieur du tissu de l'os , une suite de taches colorées analogues à celles représentées en a, fig. 6. Fig- 9. Coupe faile vers l'extrémité supérieure de l'os. Ici le tissu est plus abon- damment co'oré que dans la ligure précédente, et semble moins avancé dans son développement En b, le développement et la coloration ne se produisaient pas . mais , par contre . ils avaient lieu d'une manière Ires marquée en «. Fie 10. Section médiane d'une des phalanges d'une Poule âgée de huit mois lorsiju elle fut mise au régime de la garance. Les os de cette Poule ne se sont point colorés , a l'exception des phalanges qui paraissent, d'après cela , se dé- velopper plus tard que les autres os des membres. — On voit, dans celle ligure , un cercle inlérieur et un cercle extérieur , el , dans l'intervalle , dos lignes co- lorées qui suivent le trajet des canalicules. Fig. Il il 13. Sections transversales du tibia représenté sous le n" 7 de la planche précédente. Fig. ! I . Coupe faite en n (planche précéilente, fig. 7) it la hauteur du trou nour- ricier, indiqué en a dans la présente ligure. En b et r, la coloration est dissé- minée dans l'épaisseur du tissu de l'os ; elle se porte à la surface extérieure en c ; au contraire , en b, elle pénètre par l'intérieur dans l'épaisseur de l'os. — C'est la partie e de la fig. 1 1 qui répond a a dans la fig. 7, déjà citée, de la planche précédente. Fig. 12. Coupe faite vers le milieu du même liliia: elle présente en a une ligne colorée qui s'est produite parla face interne. Fig 13. Coupe faite vers l'extrémité inférieure. On voit qu'ici encore la colora - lion a pénétré par la face interne. F'ig. 1» il 17. Sections transversales du tibia d'un Pigeon âgé de trois a quatre .semaines lorsqu dfut soumis au régime de la garance. Il a passé seize jours à ce régime , et a pris 28 grammes de garance. Fig. 1 l. Coupe faite ii la hauteur du tnm nourricier, iniliquéeu ». On voit i|ue la coloration s est produite par l'extérieur en b, a, c, et par lintérieuren o/ c()lorei'> i|iit' le reslc de I os. Les points disséminés dans Ifs partit'? Manches indiqu'iil les corpuscules osseux. ■ — Kragnienl pris eu c dans la li;;. 16, sous un grossisseuienl de Mi diamêlrcs. FifT. 18 à 20. Sections transversales du tihia d ou l'i^'enu représenté sous le n" I I de la planche précédente. Fiji. 18. troupe faite à la hauteur du trou nourricier, iiuliqué en n L'accroisse- ment a eu lieu par I extérieur en c. n. il , et par lintérieur en b. Le bord net de la partie colorée en b, et situé à la face interne de l'os . ne laisse aucun doute à cet égard. Fig. 19. Coupe faite vers l'extrémité supérieure du td)i,i. Cette ligure donne une idée de la marche qu'a suivie le développement dans cette partie de l'os. En ". b, il y a eu résorption à l'extérieur, et la substance nouvelle a, déposée pendant le second régime , s'est produite à l'intérieur. De b en c, la résorption a eu heu par l'intérieur en !<' : de c en il, elle a en lieu par I extérieur, et l'accrois- sement s'est fait par l'intérieur en c'. La ligue indiquée en tl a été résorbée par l'intérieur à son extrémité d'. Enlin, en c. où il est resté quelques parties rouges dans l'épaisseur du tissu de l'os, l'accroissement a eu lieu par le dehors Fig. 20. Coupe faite vers l'extrémité opposée du tibiu. La lignea, h, c.d.qui cor- respond au régime de la garance , n'est interrompue ([u'en c par la résorption : mais on voit comment le déseloppement s'est porté en c et en b, c i> l'extérieur et en /'à l'intérieur, tandis que la ré.sorption s'est produite sur a. surftel surr. Fig. 21 et 22. Section du tibia d'un Tigeon mis au régime de la garance pen- dant quatre jours , à l'âge de trois à quatre semaines, et nourri d'aliments or- dinaires pendant soixante et onze jours Fig. 2 1 . Coupe faite vers la hauteur du trou nourricier, indi(piee en c. En u et h. sont les parties de la surface externe sur Iai|uel!e se [inxiuisait la ré.sorption pendant le régime de la garance. Fig. 22. Coupe faite vers l'extrémité supérieure du tibia. Les parties colorées, a. h, c, il, semblent avoir formé deux lignes : lune ii l'intérieur, a, c, rf; l'autre a l'extérieur , b. On voit quel changement de forme subit l'os vers ses extrémités par la résorption ; cela devient surtout sensible . si l'on compare entre elles les fig. 13, 19 et 22. — Faisons remarquer que le Pigeon de la figure 19 a été nourri au régime ordinaire, après le régime de la garance, pendant cinquante-huit jours, et le Pigeon du n" 2 pendant soixante et un jours. Fig. 23. Coupe transversale du cubitus d'un Pigeon . dont le tibia est représenté BOUS le n' 8 de la planche précédente. La coupe a élé faite a la hauteur du trou nourricier, indiqué en n — On voit dans celle coupe une ligne très étroite formée pendant le régime de 'a garanre, cl avolsinant le bord extérieur. Le peintre la indiquée trop fortement en h. r 358 FLOIKEXS. — RÉSOHPTlOiX El REPKODIJCTION EXPÉRIENCES SUR LA RÉSORPTION ET LA REPRODUCTION SUCCESSIVES DEB TÊTES DES OS ; Par M FI.OUREI7S. (Lues à r Académie des Sciences, le 8 décembre ISi.S.) Le fait particuliiT (|ue je cherche à expliquer ici est celui de l'écartement des tèles des os , pendant l'accroissement des os en longueur. A mesure qu'un os croît en longueur, qu'il s'allonge, ses deux extrémités , ses deux têtes s'éloignent l'une de l'autre. Comment cet éloignement se produit-il ? Dans la théorie ordinaire de l'accroissement des os par exten- sion, rien de plus simple à concevoir que le fait qui m'occupe. Les deux bouts , les deux têtes de l'os s'éloignent , parce que le corps, la portion intermédiaire de l'os, s'étend. Mais la théorie de Vextension n'est qu'une vaine hypothèse. L'os ne croît pas parce qu'il s'étend. Il croît en grosseur par roî/c/)esi«;)er/)(wees,- il croît en longueur par conches JK.rtaposées (1). Comment donc, avec l'allongement de l'os par couches juxta- posées, l'éloignement des têtes de l'os peut-il se produire? C'est que les têtes de l'os sont successivement formées et résorbées pour être reformées encore, et toujours de plus en plus loin l'une de l'autre, tant que l'allongement de l'os dure. 11 y a déjà longtemps (jue j'ai constaté ces formations, ces ré- sorptions, ces reproductions successives des têtes des os. " Si je considère , disais-je en 1841 ('2), l'accroissement en grosseur sur un de ces os que j'ai mis sous les yeux de l'Aca- démie . sur le tibia, sur le fémur de ce jeune Porc qui, après avoir été soumis au rér/ime de la garance pendant un mois, a été rendu h la nourriture ordinaire pendant six mois, je vois, h. l'in- térieur, une couche rouge; mais, avant que cette couche rouge (1) Voyez là-dessus toutes mes (expériences. (-2) Comptes-rendus, t. XIl , p. "281. DES lia lis Diis os. .'^ÔO se fût formée, il en existait une autre (lui était blanclie, et qui a déjà disparu. Cette couche rouge , qui est à présent la plus an- cienne , était donc naguère la plus nouvelle; et quand elle était la plus nouviille, elle qui bientôt ne sc'ra ]ilus, toutes les couches blanches, qui se sont tonnées dc|)uis, n'existaient pas encore. » L'accroissement en longueur ine donne les mêmes faits, et peut-être de plus surprenants encore. Les extrémités de l'os , ce qu'on appelle ses télés, changent complètement pendant qu'il s'ac- croît. En elïet, la tête ou extrémité de l'os qui se trouvait au point où finit la couche rouge, et qui avait alors elle-même une couche rouge , n'est plus ; elle a été résorbée: et celle qui est maintenant n'existait pas alors: elle s'est formée depuis. » Voilà les résultats que m'avaient donnés mes e.cpérieiices par lu ijnrance: voici les résultats que m'ont donnés mes expériences mécaiiicjues. Pour suivre, à l'aide d'un moyen mécanique, l'accroissement des os en longueur, je me servis, en 1811 (1), de petits clous enfoncés dans l'os. L'os s'allongea; mais l'intervalle des clous ne changea point : tout l'allongement se fit par-delà les clous (2). (1) Voyez mon li\ro inliliiié : /(cc/i'Tc/k'J sur tf dn'elnppeDienl ika os, p. 92. Paris, 181-2. (2) C'cst-a-cliro entre la iliuphy-ie el I i7ji;j/ii;.w, et par l'ossification successive des îanies du fHiro-ciirtilays qui les sépare. Tant (jue ce lihro-rnrlilage subsiste, les s'allonge; dés qu'il est entièrement ossilîc , tout l'allongement de l'os est Uni. J'ajoute que l'accroissement en grosseur finit à peu près avec l'accroissement en longueur. Et, avec ces deuï accroissements, finit aussi la réiwvalion rapide de la matière, ce grand et merveilleux ressort du développement des os. J'ai déjà dit tout cela il y a longtemps. Voyez mon livre intitulé : Recherclicx sur le développement des os. Paris, 1842. Vous y trouverez partout l'idée de la rmivdlioii rapide (cet étonnant pliénoméne que j'ai lé premier démontré] asso- ciée au l'ait du développemenl . Vous lisez , p. 27 : o Tout change dans l'os pendant qu'il sarcruil.... n — P. i\S : ci Le mécanisme du dételoppcmenl des os consiste dans une mutation continuelle de toutes les parties qui les composent » — P. n .'i : « Si l'on soumet à l'action de la garance un animal qui touche au terme de son accroissement, ses os se colorent: (|ui.' l'on suspende alors le régime de 3(50 FLOI KKXJl». lllisOKI'TION ET HEi'KODL Cl ION C'est du même moyen que je me servis pour suivre le déplace- ment , l'écartement, disons mieux, le changement des têtes des os ; leurs résorptions et leurs reproductions successives. La pièce n° 1 est le tibia droit d'un jeune Lapin (1). Trois clous ont été placés sur ce tibia : l'un en bas, à 3 milli- mètres de l'épiphyse inférieure; l'autre en haut, k li millimètres de l'épiphyse supérieure; et le troisième au niveau de l'apophyse ou épine du tibia. L'expérience a duré vingt-deux jours. L'os, qui au commencement de l'expérience avait 6 centimètres de long, avait, à la lin de l'expérience, 6'", (5; il s'était donc al- longé de G millimètres, et tout l'allongement s'était fait par-delà les clous, car l'intervalle des clous n'avait pas changé. Enfin , le clou qu'il importe surtout de considérer ici , le clou qui avait été placé au niveau de Vépine du tibia , s'en trouvait maintenant à 3 millimètres ; et, comme il n'avait pas bougé (c'est- à-dire changé par rapport aux autres) , c'était donc Vépine du tibia qui s'était éloignée, c'était elle qui avait changé. Pour la pièce n° 2, l'expérience a duré quarante-six jours, et je ne parlerai plus que du clou i|ui m'importe ici . que du clou placé au niveau de répine du tibia. 11 était au niveau de cette éjiine au commencement do l'expé- rience ; il en était à 13 millimètres à la fm de l'expcTience. L'épine s'en était donc éloignée de 13 millimètres. Sur la pièce n" 3, pour laquelle l'expérience a duré soixante- dix jours, l'épine s'est éloignée du clou de 17 millimètres. Vépine, c'est-à-dire la tête du tibia , se déplace, s'éloigne donc, de plus en plus, à mesure que l'os s'allonge. A parler plus exac- tement, l'os change continuellement de tête pendant qu'il s'al- longe. En elîet , ce n'est pas la même tête qui s'éloigne ; ce sont la garance, et les os de l'animal resteront colorés. Il est un moment où les dents.. . cessent de croître; si elles se trouvent colorées ii ce moment, elles le resteroM toujours. » (I) Il avait cinq semaines au moment de l'opération , comme les deux autres auxquels appartiennent les pièces n"' ï et 3. i>i;.s TÈTKS Diis os. 301 di's leles (_livei'ses ([iii . sLiccpssivoiiKnit. sont rornK'us pinir ètir ré- sorbées, et l'ésorlîces pour être reproduites, l.a t('tc ipii, sur la pièce 11" i , était au niveau du clou quand l'expérience a com- mencé, n'est plus ; et la tèle qui en est maintenant à ;i millimètres est une tfi'te nouvelle. Il faut en dire autant des tèles actuelles des pièces n" 2 et n" 3 : ce sont des télés nouvelles ; les têtes an- ciennes ont disparu. Il va donc une succession , une niutation continuelle des t('les des os, pendant tout l'accroissement des os en longueur. Nous connaissons l'organe qui les produit : c'est lepi'rioste (I). Mais quel est l'organe qui les résorbe? c'est encore le p(''rioste (2). Le périoste, qui n'est que la mcmbraiu' màlullain' externe, comme la membrane médullaire n'est que le périoste interne (3), partage avec elle la faculté de résorber l'os, comme elle partage avec lui la faculté de produire l'os. .l'ai placé de petites lames d'un os étranger, d'un os mort, sous le périoste d'un os vivant : au bout de ([uelque temps, ces petites lames d'os ont été résorbées (i). La pièce n° 4 est le tibia d'un jeune Chien (5). Une petite lame d'os mort a été [)lacée sous le périoste de la tête su[)érieure de ce tibia. L'expérience n'a duré que quinze jours ; la plaque d'os n'est point altérée. Pour le tibia n° 5 , l'expérience a duré vingt-six jours ; et la petite lame, la petite plaque d'os mort est déjà usée, rongée, résorbée sur ses bords, par le périoste (6). ( I ) Voyez luutes mes précédentes expériences. (2) Le périoste résorbe les parties extérieures des tiles, les apophyses : l'inté- rieur des tfles est résorbé par la membrane médullaire. (Voyez Comptes- rendus, séance du 2.3 août 1843, p. loi.) (3) Voyez encore toutes mes précédentes expériences. (i) On se souvient que , dans mes précédentes expériences, de petites lames d'os, introduites dans la membrane médullaire, ont été également rfsorftrés. (Voy. Comptes -rendus, t. XIX, p. 624.) (5) Les Chiens dont je parle ici étaient âgés de deux mois au moment oii l'ex- périence a commencé. (fi La petite plaque a été placée encore ici sous le périoste de la li'lr supèrinn-e du hhn. 36"2 FLOLIRKK!!». nÉS0RP110\ lîT REPUODtCllON L'expérience a duré trente et un jours pour le tibia n° (5 , et la petite plaque d'os mort est ici presque entièrement résorbée; il en reste à peine un vestige (1). Le périoste résorbe donc, des portions d'os inoiis, étrangers, tout comme les résorbe la membrane médullaire ("i). 11 résorbe, de même, \ci iJortioiis mortes des o?. vivants. Quand ou détruit, à lamanii're deTroja, la membrane médul- laire d'un os, cet os meurt. Puis, le périoste donne un os nouveau et une nouvelle membrane médullaire ; et cette membrane médul- laire nouvelle l'ésorbe, ronge l'os ancien, l'os mort (3). J'ai fait, comme on peut s'en souvenir, une expérience qui est, de tout point, l'inverse de celle de Troja (/|). Troja détruisait la membrane médullaire et respectait le pé- rioste. J'ai détruit le périoste, et j'ai respecté la membrane mé- dullaire. Et j'ai obteini des résultats de tout point inverses de ceux de Troja. Dans l'expérience de Troja, l'os nouveau contenait l'os ancien, et était ijroduit par le périoste. Dans la mienne, l'os nouveau est contenu dans l'ancien, et est produit par la membrane médul- laire. Enfin, dans l'expérience de Troja, c'est la membrane médul- laire (5) qui résorbe l'os ancien, l'os mort, et, dans la mienne, c'est le périoste. Les pièces 7, 8 et 9 sont des tibias de Canards adultes : sur ces tibias, toute la région moyenne de l'os a été dépouillée de pé- rioste. (I ) La petilc; plaque avait été placée ici sous le périoste do la Ule infvneure du tibia. (2) Voyez Comples rendus , t. XIX, p. 62 4. (3) Voyez mes Rcclierclies sur le développement des os, p, 36. Paris, 1812. (i) Voyez Comptes -rendus, t. XIll , p. 681 ; et mes Itcrherclies surle déi^elop- pementdesos. p. .11. Paris, ISi'S. (3) Et ce qu'il faut bien remarquer, c'est que cette membrune médullaire nou- velle, f/iii résorbe t'os ancien, est donnée ici par le périoste même. Voyez Comptes- rendus, t, XIII, p. 680; et mes Recherclies surle développement des os, p. iO. Paris, 1842. DES lÈriiS DKS OS. o6S L'expérience a duré vingt jours pour le premier, vingt-luiit pour le second, et trente et un pour le troisième. Sur ces trois tibias, on voit : l" que l'intérieur de l'os ancien (le canal médullaire) est rempli (1) par l'os nouveau qu'a produit la membrane médullaire; 2" que l'os ancien est mort y'I) ; 3° qur: le périoste, qui avnit été détruit, s'est déjà reproduit; et 4° que ce périoste nouveau, très tuméfié, très gontlé, s'attache à l'os mort, et le résorbe, le ronge (3). Sur les tibias n"' 8 et 9, pour lesquels l'expérience a duré plus longtemps que pour le lihin n° 7. le périoste ne se borne pas à s'attacher à l'os mort pour le l'onger, il l'a déjà résorbé, percé en plusieurs points; et, après l'avoir percé, il s'est implanté dans l'os nouveau (4), Les expériences que je viens de l'ajiporler prouvent : 1° Que les têtes des os changent continuellement pendant lac- croissement des os en longueur ; 2° Que le périoste résorbe l'os tout comme la membrane mé- dullaire ; Et 3° (ce que j'avais déjà prouvé par mes précédentes expé- riences) que la membrane médullaire produit l'os tout consme le périoste. (1) Dans la région qui corri'spond au périosle délruil. (2) Il n'y a quelquefois, après la destruction du périosle, que la seule lame extérieure de l'os qui meure, et non l'os tout entier. |3) J'ajoute que le périoste reproduit, le périoste nouveau conlient déjii de l'os, .l'ajoute aussi que l'os intérieur, l'os nouveau, l'os qui remplit le canal inr- duUnire de l'os ancien, est peu à peu résorbé par la membrane médullaire, et qu'il se forme ainsi un nouveau canal médullaire. (4) Il y a plus : sur ces deux tibias , le périosle , après avoir percé l'os mort, a glissé et passé sous lui pour le détacher de l'os nouveau. L'os mort est ainsi résorbé par ses deux faces (interne et externe) , et placé entre deux lames du périoste. Mh BI.*Mll.llll». — M VI.ACO)iUl;l,Li:. MÈIIOIUE SUn l'uRI.AMSATION I)'l'>- AMMAI, appartenant AL' SOUS-EMBRANCHEMENT DES ANNULÉS (Le geiii'u Mai .ic.oii[ii;i,i.K {Miihnolnlclln) De Blaiuville) ; Par M ÉK[II.E BIiANCHAaD. (Frésenlè h l'Académie des Sciences, le 5 mai 184S ) L'organisation si varice des animaux inférieurs, les limites si peu tranchées de chaciino des grandes divisions que les natura- listes ont établies parmi ces êtres, l'imperfection de nos connais- sances à l'égard de beaucoup d'entre eux, les afiinilés si multiples qui s'observent particulièrement dans ces dernières classes du règne animal , sont autant de considérations qui donnent un in- térêt véritable à chaque observation dont le résultat agrandit quel- que peu le domaine do nos connaissances relativement à cette partie de la science. Un animal s'éloignanl notablement, par son organisation , de tous les types mieux connus , et ofl'rant à la fois des points de res- semblance avec plusieurs de ces types, méritait donc une atten- tion particulière. .l'étudiais, sous le rapport analomi(]ue, des îMollusciues acé- phales du genre Myie. Ayant ouvert le manteau d'un de ces Mol- lus(|ues, je fus d'abord surpris de trouver un animal logé sous cette enveloppe. Je l'examinai immédiatement, et toirs les caractères ([ue je pus saisir au premier abord me le liront considérer aussitôt comme un type dont l'organisation aurait échappé jusqu'à ce jour aux investigations des zoologistes. .le tenais les Mollusques , dans lesquels il habitait, de l'obli- geance de M. Valenciennes. .Te lui communiquai mes observations ; et, comme il avait encore entre les mains plusieurs individus du Mijia trnncata, il y rechercha l'animal que je venais d'^ ren- Ri.i\) connue ( 1 ) Zuuloijiu danica, seu Aitimaliiiin Dunite el Norvegio', elc, aucl. Oihuur Millier, 1779, p. iO, lab. XXI. (2) Dictionnaire de.i Sciences naluri-lhs , t. XLVII, p. 27. Art. Sangsue. (3) Compies -rendus hebdomadaires rfa l'Acad/'mic des Sciences, mai 4 8i5, I. XX, p. 432, et le Rapport sur ce Mémoire (juin 184S), par MM. Yalenciennes cl .Milne Kflwards. 36(j BL.*\tUABD. — MAI.ACOBDELLE. idtiitique avec Vllivudo (/rossa. Cependant un examen, même assez superficiel , eût suffi , ce me semble , pour faire saisir les principales dilïérences existant entre FAnnelé vivant parasite dans les Myies et celui trouvé dans une Venus par Ollion Mûllei'. Je ne saurais donc rapporter mon espèce à celle observée par ce savant. Néanmoins, malji;ré l'absence de détails anatomiques sur 1'///- nidii grossa , ([ui , seuls , jjourraient peut-être lever tous les doutes, je crois maintenant qu'elles appartiennent l'une et l'autre au même genre. Je n'hésite donc pas à abandonner le nom généiique de Xenisliim , que j'avais imposé à ce Ver, pour prendre celui de Malacobdelle, créé longtemps auparavant par M. de Blainville. (Juand j'aurai décrit les divers organes de l'espèce que j'ai étudiée, je ferai ressorti:' plus facilement les caractères du l'espèce représentée par l'auteur de la Zoologie danoise. Au reste , le type que j'ai observé appartenant au genre Mala- cobdelle , mes recherches , il me semble , loin de perdre de leur intérêt, en ac(|iiièrent un bien réel déplus: car elles montrent que les affinités supposées des espèces de ce genre avec les Sang- sues sont bien loin d'être aussi grandes qu'on l'avait pensé. Je ne tiens nullement à inscrire un nom de plus dans nos cata- logues de genres et d'espèces. En faisant connaître mes observa- tions , j'ai eu le seul but d'indiquer des particularités d'organisa- tions nouvelles pour la science , et surtout une disposition dans le système nerveux , qui n'avait jamais été signalé chez aucun ani- mal annelé. § I. — Oerme. — Muscles. L'enveloppe extérieure et les muscles sont ce que j'ai le moins étudié dans cet animal . mon attention s'étant portée d'abord sur les autres parties de l'organisme. Le derme et réi)iderme , que je n'ai pas réussi à isoler , con- stituent une membrane assez mince , pcllucide , sans aucune divi- sion , dans toute la longueur de l'animal. BLANCHARD. — M ALACOUDEM.E. S67 Cette meml)raiie est presque transparente, et offre soiilemenl une cûluratioii un peu lactée. Vue au microscope avec un grossis- sement assez considérable , elle m'a présenté un tissu lùclic, faci- lement extensible , et légèrement granuleux. Le système musculaire est peu développé chez cet animal , qui, entièrement dépourvu d'appendices, large par rapport à sa longueur, et très aplati , ne paraît pas conformé pour exécuter des mouvements très variés. Les faisceaux musculaires ne sont pas distincts ici, comme chez la plupart des Annélides, comme chez les Ilirudinées en particulier. Les couches de muscles , très minces , sont appliquées exacte- ment contre la peau , et en quelque sorte font corps avec elle. Mais je n'essaierai pas de décrire la disposition et rentre-croise- ment des muscles ; les faisceaux transversaux sont les seuls que j'aie distingués assez nettement sur quelques points. Cependant, un fait digne de remarque , c'est l'existence, dans les trois quarts de la longueur de l'animal , dans tout l'espace compris entre le canal intestinal et le bord latéral , de nombreuses cellules , dont les cloisons musculeuses occupent tout l'intervalle compris entre la partie dorsale et la partie ventrale de l'animal (1). Plus loin , nous verrons quel est l'usage de ces cellules, de ces loges si multipliées. § ir. — Oiftaiios (le la iligeslion. Le canal intestinal débute par un orifice buccal situé à l'extré- mité antérieure du corps , et réduit à une simple échancrure à peu près triangulaire et supérieure (2). Le tube alimentaire, dans le tiers environ de sa longueur, est droit , occupant dans cette partie plus de la moitié de la largeur totale du corps. Cette portion antérieure et très aplatie est garnie intérieurement, dans tout son contour, de très nombreuses petites papilles assez dures. Ces papilles sont disposées par rangées lon- giludinales, qui, simples à leur origine, se ramifient en deux, (i)l'l. is. fig. 7. (2) PI. I», fig. 1 cl fig. 2, a. 368 Bï.tMBiARn. — MAI. u;oiiui;i.i.K. Irois ou qui'ili'i' l)raiiclies dans riiitécicui- di' cellj^ porliiiii aiili.^- rieurn du canal intestinal (1). Toutes ces papilles, vues au microscope, olïienl des formes très variées ; les unes sont aiguës , tandis c[ue d'autres sont ari'ondies ou anguleuses , d'iuie l'urmc plus ou moins irrégulière ; elles sont toujours très minces et tranchantes comme de petites lames. La partie antériciu'e du canal intestinal venant à se contracter , elles doivent servir à triturer les substances rjuc l'animal absorbe pour sa nourriture. Après celle sorte d'œsophage ('iargi et très long , le tube di- gestif se rétrécit, devient arrondi , et s'étend jusqu'à re.xtrémité ))ostérieure du corps, en décrivant des sinuosités, en formant quatre ou cinq anses très prononcées ; de manière que , par le fait, il se trouve avoir une longueur bien supérieure à celle du corps. Dans cette portion, qui est la plus considérable, le tube alimentaire a un diamètre à peu près égal dans toute son étendue ; il diiuinue tuutel'ois assez sensiblement vers l'extrémité (2). Ses ])arois sont très minces, lisses, paraissant seulement avoir une line granulation à l'inlérieur, quand on l'examine avec un fort grossissement. J'ai trouvé cette portion de l'appareil alimentaire remplie d'une pulpe d'un jaune d'ocre , quelquefois tirant un peu sur le verdâtre. I/examen attentif auquel je l'ai soumise ne m'a pas fait découvrir la nature de la substance dont se nourrit l'ani- mal. 11 n'est pas inulile de remarquer que ce canal intestinal n'olî're aucune trace de cuicums analogues à ceux qu'on observe dans diverses Annélides et dans les Planariées , ni rien qui ressemble à un appareil biliaire. 11 aboutit à l'extrémité postérieure du corps, au-dessus de la ventouse terminale. L'orifice anal est large, arrondi, et bordé par un repli de la peau. (() PI. 18. fig. 8. (2) PI, 18, fig. i et fig. i, c. Ri.;i\('iiARn. — .M\i,Acni!nr:i,i,ii. «ifiO § III. — Système nerveux. Organes des sens. Le système nerveux (/) est l'appareil que j'ai étudié le plus complètement dans ce singulier type; il méritait d'autant plus de fixer l'attention qu'il présente une disposition très particulière. La transparence assez grande des téguments permet d'en distin- guer , au travers de renveloppe extérieure, la presijue totalité. J'ai mis à profit cette circon?taiice favorable, mais je ne m'en suis pas contenté. J'ai ensuite dissi'qué l'animal , de manière à mettre en évidence et à isoler complètement chaque ganglion , chaque filet nerveux. La faible résistance des muscles et do l'enveloppe extérieure rend cette opi''ration très praticable. Le système nerveux consiste principalement en deux ganglions eérébroïdes très écartés , et en une double chaîne ganglionnaire. Les deux ganglions cérébroïdes , d'un volume assez considé- rable ])ar ra]iport à la dimension de l'animal, sont placés vers la partie antérieure du corps , mais cependant encore assez éloignés de l'extrémité (2). On les voit de chaque côté du canal intestinal, qui est fort large dans cette portion , comme je l'ai dit précédem- ment; en sorte que chaque ganglion, l'un à droite, l'autre h. gauche , est situé assez près du bord latéral. Ces deux centres nerveux de forme ovoide , ayant une coloration jaunâtre , sont unis par une commissure passant au-dessus du canal intestinal , circonstance importante à noter pour la comparaison que nous aurons à faire entre l'organisation de cet animal et celle de types qui s'en rapprochent à certains égards. Chacun des centres nerveu.x cérébroïdes émet en avant deux nerfs assez considérables : le premier se bifurque , et vient se ter- miner près l'orifice buccal ; le second offre plusieurs ramifications, qui toutes aboutissent à l'enveloppe extérieure. (1)PI. 48, fig. 1, fig. -2, a, et b, fig. 3, fig. 4, ele. (2) PI. 18, 6g. 4 et fig. 3. 3* série. Zool T. IV. (Déceniljre I8.l!i.) 4 3i 370 BLAXCMAUD. — .MALACOBDELI,E. Laléralemcnt, les ganglions cérébroïdes fournissent encore cinq nerfs plus ou moins ramifiés , et en arrière une chaîne principale, s'étendant de chaque côté entre le tube alimentaire et le bord marginal jusqu'à l'extrémité de la ventouse. Ces deux chaînes latérales ne se réunissent sur aucun point pour former un collier, comme celui qu'on observe dans la plupart des Annelés ; elles offrent d'espace en espace dos renflements ganglionnaires. Dans le tiers antérieur de leur longueur , elles sont plus rapprochées de la partie supérieure que de la partie inférieure du corps; et dans cette porlion , elles présentent trois petits ganglions , d'où s'é- chappent des filets très déliés. Au-delà de ce point, cette chaîne latérale s'enfonce davantage , et se trouve appliquée contre la paroi inférieure du corps. C'est pourquoi, quand on considère l'animal en dessus, on distingue seulement par transparence la portion antérieure du syst'"'me nerveux ; au contivairc , si on le considèi'c par sa face ventrale , on le distingue nettement jusqu'à l'extrémité postérieure. Depuis le point où la chaîne latérale du système nerveux de- vient inférieure, jusqu'à la base de la ventouse, on remarque en- core sur son trajet sept ou huit ganglions plus petits que les pre- miers. Dans la portion terminale du corps cjue nous appelons la ventouse , on distingue quatre ganglions de chaque côté , dont le dernier , plus gros que les précédents , fournit plusieurs filets ner- veux , l'un remontant sur le canal intestinal , les autres se distri- buant vers l'extrémité de la ventouse. Ainsi , dans cet animal , les parties principales du système ner- veux , loin d'être médianes , comme chez la plupart des A\.>ei,és, sont ici latérales dans tdiite leur l'Iendue. A l'égard des sens, j'ai bien peu de chose à dire. Les yeux manquent complètement ; je n'ai pu en découvrir la moindre trace. Mais le sens du tact doit être très parfait ; le grand déve- loppement du système nerveux et la délicatesse des téguments le prouvent manifestement. BLANCHARD. — M VI.ACOBDELLE. 371 § IV. — Appareil circulatoire. L'appareil circulatoire consiste en un vaisseau dorsal , qu'on dislingue parfaitement dans toute sa longueur. Ce vaisseau, étant d'une couleur blanche opaque, se détache nettement sur le canal intestinal , et se voit très facilement sous la peau transparente de l'animal (1). Le vaisseau dorsal s'étend dans presque toute la longueur du corps : cependant , antérieurement , il se termine seulement un peu au-delà de la commissure qui unit les deux ganglions céré- broïdes. Il passe ainsi au-dessus de cette commissure ; d'abord droit dans le tiers environ de sa longueur, comme le canal intesti- nal , il en suit au-delà toutes les sinuosités , et son diamètre se rétrécit un peu vers son extrémité postérieure. Les parois externes de ce vaisseau sont si parfaitement déli- mitées , que je crois pouvoir affirmer qu'il ne présente pas de ra- mifications latérales dans toute sa longueur. A son extrémité antérieure, j'ai pu distinguer une ouverture de chaque côté ; mais, sur ce point , je n'ai pas trouvé non plus de vaisseaux latéraux, malgré toute l'attention que j'y ai portée. Je n'oserais affirmer qu'il n'en existe pas ; car n'ayant pas observé cet ajipareil pendant la vie de l'animal, je n'ai pu voir le mouvement circulatoire. Néanmoins je ne serais pas surpris que ce vaisseau dorsal fut analogue à celui des Insectes , seulement ouvert aux deux extré- mités, et le sang s'échappant par les deux ouvertures antérieures , comme on l'observe dans les larves d'Insectes. § V. — De la respiration. Je n'ai trouvé aucun appareil particulier pour cette fonction ; il me paraît à peu près certain que la peau seule sert à l'animal pour respirer. Nous avons déjà , dans les dernières classes du règne animal, tant d'exemples d'animaux où cette fonction s'efléctue seulement ''de cette manière, qu'on n'est pas surpris de les voir se multiplier. (I) PI. 18, fig, i et (ig. 2, e. S72 Bi.AxnuRD. — Jui.Ar.onDF.r.r.R. § VI. — De la géncralion. La manière dont s'effectue la reproduction est probablement ce qu'il y a de plus important k connaître d'une manière approfondie dans les divers types du règne animal. (Juant à ce qui est du mode de reproduction chez le Ver qui m'occupe ici, il paraît être très singulier; malheureusement, ce que m'a appris l'observation anatomique se réduit à trop peu de clio^c pour avoir un intérêt bien posilif. l'ne grande partie du corps de l'animal , ai-je dit précédem- ment , est occupée pai' des loges cloisonnées. L'examen d'un premier individu, chez lequel la plupart de ces cellules étaient vides , me laissait toute incertitude sur leur usage ; mais l'examen de deux autres individus me montra toutes ces loges remplies d'œufs , et d'œufs déjà assez avancés dans leur développement. Ces œufs sortent par la peau ; au moment où ils viennent de s'échapper ainsi , l'enveloppe extérieure semble per- forée de distance en dislance ; sans doute que les parties se rap- prochent ensuite et se réunissent complètement, car ces ouver- tures ne paraissent pas persister. Comment ces nnifs se foimcnt-ils dans ces loges, et comment y sont-ils fécondés? c'est ce que je ne saurais dire; mais toujours est-il qu'on les y trouve en abondance. Sur deux individus de la même espèce, j'ai trouvé toutes les cellules remplies d'une ma- tière homogène blanche et granuleuse. Ces individus étant morts, je n'ai pu m'assurer si c'étaient des œufs qui ne seraient pas en- core formés, ou plutôt si cette matière ne serait pas la substance fécondante du mâle. Des observations suivies sur des individus vivants seront néces- saires pour décider cette question. § VII. — Caractéristique du ponrc et de l'espèce. La forme et la structure des organes que je viens de décrire rendent insuQisautes les descriptions génériques et spécifiques qu'on en a données ; il est donc nécessaire d'en présenter une BLAKCUARU. — MAI, VCOlîDI-r.l.i;. 373 caraclérislique plus complète , car on pourra ccrlaiiiemeiit consi- dérer ce Ver comme le type d'une nouvelle famille, (.'.e sera la famille des Malacobdellides. Gf.nl's Mai.acordei.i.a. J'en résumerai ainsi les caractères : Corps aplati , oblong, ne présentant point d'anneaux , ni au- cune trace d'appendices, ayant une ouverture buccale et une ou- verture anale placées aux deux extrémités. L'extrémité posté- rieure pourvue d'une large ventouse anale. Orifice buccal garni de nombreuses petites papilles disposées en séries longitudinales irrégulièi'es. Canal intestinal, n'ulTrant ni cœcums ni ramifica- tions. Système nerveux consistant on deux chaînes latérales, ayant, leur origine dans deux centres nerveux cérébroïdcs écartés. M»r.icoiiDELH Valf.xcif.ns.ei Blancli. Cet animal est long d'envii-on 4 centimètres, et , dans sa partie moyenne, il est large de 8 à 10 millimclrcs. La couleur de ses téguments est d'un blanc jaunâtre, semi-trnnsnarcnt , qui permet de distinguer le canal intcsiinal, dont la couleur au-delà de l'œso- phage est d'un jaune d'ocrc. Le vaisseau dorsal se détache en blanc sur ce fond coloré, et les ganglions cérébroïdcs, par leur nuance jaunâtre , s'aperçoivent encore au ti-avcrs des téguments. L'orifice buccal consiste en une simple fente ti'iangulaire. 1/anus est une ouverture arrondie. La ventouse est ti'ès large , mince et aplatie. § VlII. — lIaJ)italion. Le MAf..AConDEM.\ VAi.E.xcitNX.Ki paraît habilcr ordinairement entre la masse viscérale et le manteau du Mijia truiicata. Si l'on juge du nombre qu'on en a trouvé pnm' l'avoir cherché seu- lement dans (]uelques uns de ces Mollusques, on devra penser que c'est un animal assez conmitm , au m(}ins pendant une saison de l'année. ï.i^ Mylatruncata n'étant pas fort rari' aux environs de Cherbourg, il ne sera pas toujours très difficile de s'en assurei'. 374 BLAKCHARD. — M ALACOnDELI.E. Quels sont les aliments qui servent à la nourriture de ce Mala- cobdelle ? Que recherche-t-il dans les Mollusques où on le ren- contre? Yit-il à leurs dépens, ou bien n'y trouve-t-il , au con- traire, qu'un abri, comme ces petits Crustacés du genre Pinnotiière qui habitent les Moules, les Jambonneaux , etc. ? La. présence de cette ventouse analogue à celle des Sangsues fait supposer qu'il a un genre de vie semblable à celui de certaines Ilirudinées qui se tiennent sur des Poissons. § IX. — Comparaison du Malornhili-lln Vdlmcirntupi lilaiicli. et de VHiritdo grossit Mullcr [MaldciMrllii i/mssa De Bhiinv.). 11 importe maintenant d'indiquer les différences qui nous font considérer r//i'ri((fo grossa [i) ci \c Malncobdella T^alcncicnnœi comme deux espèces distinctes. M. de Blainville (2) a\ait établi le genre Malacobdelle d'après la figure et la description de Mùller , et aussi d'après un individu trouvé dans une Myie , probablement analogue à ceux que nous y avons rencontrés nous-inème , à en juger par la description donnée par ce savant zoologiste. Il s'exprime ainsi au suj'^t de VIfirtiiIn grossa : « Cette espèce » de Sangsue est transparente à la manière des Planaires ; elle se » trouve, à ce qu'il paraît, dans le manteau desMollusques bivalves >> marins ; du moins Millier l'a trouvée dans le remis exoleta , et » j'en ai rencontré un individu dans la Myie tronquée : elle a 10 » ou 12 lignes de long sur 5 ou G de large. Dans la figure que » Millier a donné de la sienne, le canal intestinal fait d'assez fortes » inflexions , et il se termine à un anus placé comme dans toutes « les Sangsues : mais dans l'animal que j'ai observé, il était beau- » coup moins flexueux. Du reste , il (Hait également accompagné » h. l'intérieur d'une grande quantité de grains oviformes, que » Mùller parait regarder comme de véritables œufs , dont il porte (I) Zoologia dauica .^eu Animahum Daitiœ et Xorvcgiœ,etc., auct. Othonc Fri- ierko MiiUer , 1779, p. 40, lab. XXI. Cop.. I:ncijcl. mélli., pi. 32, fig. 6-10. |2) Dictionnaire des Sciences naturelles, t. M.VII, p. 270. Arl. Sangsiie, 1827. Bi..t\<'n.%Ru. — MAi.\c.oniii:i.i.i;. ;S75 » le nombre à plus de mille , nageant dan? une humeur gélati- " neuse. » Dans le même recueil , M. de Blainville ajoute ce qui suit tou- chant son genre Malacobdeilc (I) : « Nous avons établi ce genre pour un animal rencontré une » seule fois sous le manteau d'une Myie tronquée , mais malheu- » reusement conservé depuis longtemps daHs l'esprit de vin.Quoi- n que son corps ne soit pas annelé comme celui des Sangsues, il est » impossible de le placer ailleurs que dans cette famille. Dans la » figure donnée par Millier, la bifurcation de l'cxtréniité antérieure » est horizontale, au contraire de ce que nous avons \u, carcer- " tainement l'extrémili- antérieure est plutôt bilobée ([u'échancrée : M la bouche est au fond de cette échancrure. Le canal intestinal » est bien véritablement conformé comme il est indiqué dans la " figure de Millier, étant simple, subflexueux , et surtout plus » large en avant qu'en arrière , où il finit en pointe. En dessous, » on voit , de chaque côté d'un organe médian en forme de canal, )' une masse de corps ovalaires extrêmement gros , et probable- » ment de jeunes sujets plutôt que des œufs : c'est évidemment )' un passage vers les Planaires. » D'après ce qui précède , doit-on en conclure que le Malacob- ■della Valenciennœi est identique avec Vllirudo (jrosm de Millier {Malacobdelta grossa de Blainv.)? Selon toute probabilité, l'indi- vidu trouvé par M. de Blainville sous le manteau d'une Myie tronquée appartient à l'espèce que j'y ai moi-même rencontrée : cependant je ne saurais rien affirmer à cet égard. Mais l'espèce trouvée par Othon MûUer dans le Venus exo- lela , et décrite par ce naturaliste , n'est-elle autre chose que celle de la Myie tronquée ? Je suis persuadé du contraire. Aux différences déjà signalées par M. de Blainville dans la forme de la bouche et dans les circonvolutions du canal intestinal, j'ajouterai (pie la forme générale de l'animal est loin d'être la même. La figure d(; Millier nous le représente étroit à sa partie antérieure, puis renflé en forme de bouteille d'une manière qui justifie le nom de grossa (juc lui applique ce zoologiste. (1) DirAionnaire (Us Sciences naturelles, t. LVII, p 566. Arl. Vers, 1 828. 376 ULA:%t'IIAKW. — MVLALOliDIil.l.li. J'ai, au contraire , décrit \c Malacobilella J'alencieumvi comme ayant presque la même largeur, depuis l'extrémité antérieure jusqu'à l'extrémité postérieure , ses parties latérales étant presque parallèles. Les cinq individus que j'ai observés ne m'ayant pré- senté aucune différence appréciable dans la forme générale de leur corps , je suis autorisé à croire que cette forme est constante. Maintenant, le Malacobdella J'alenciennœi étant considéré comme une espèce distincte de YH. grossa , doit-on néanmoins la ranger dans le genre Malacobdelie établi pour cette dernière? Je le crois : cependant , dans l'état actuel , il peut rester quel- que incertitude; on sait combien, chez ces animaux, l'aspect exté- rieur peut souvent conduire à de faux rapprochements. L'espèce qui nous occupe en serait au besoin un exemple. Or, si nous avons reconnu des différences extérieures entre le Malacobdella grossa et le Malacobdella Valenciennœi , nous ne savons pas si ces différences ne coïncideront pas avec d'autres particularités plus importantes dans l'organisation. La question me paraît difficile à résoudre complètement , Miiller ayant étudié très superlkicllement l'espèce qu'il a repré- sentée ; néanmoins il me semble très probable qu'elles appar- tiennent toutes les deux au même genre. Il ne serait même pas impossible que divers Mollusques acéphales aient une espèce par- ticulière de parasite appartenant toutes à un même genre ou à un même groupe. § X. — AfliiiilOs zoologiqucs du genre MalncrMcUn. Si l'on considère la forme aplatie des Malacobdelles , l'absence de divisions annulaires, l'absence d'appendices buccaux articulés, on les rapprochera des l'Ianariées et des Némertes ; elles pren- dront place dans la classe des Tiirbellaria de M. Ehrenberg. Si l'on considère la position de l'anus et la grande ventouse qui ter- mine le corps , on les rapprochera des Sangsues ; elles prendront place parmi les Annélides suceuses , ou les Ilirudinées. Déjà l'on a regardé ces Annélides suceuses, et particulière- ment celles à sang incolore , comme établissant un passage entre les Annélides chétopodes et les Planariées, et autres Turbellaria. KLAM iiAKii. — M\r. \coiii)i;i,i.i;. ."i"? Les Malacobdclles seraient à leur tour un passage entre ces deux grandes divisions : cependant ce type diffère à beaucoup d'égards de ces Annciides et do ces Planariées. La disposition de son système nerveux n'a point d'analogue parmi les Ilirudinées ; elle se rapproche davantage de celle des Némertes ; mais là il existe encore des différences très considé- rables. Parmi les Hirudinées, on place les genres Erpopdeiia ou Clepsine , dont l'organisation , comme celle du genre Piscicole , n'est pas suffisamment connue. La couleur blanche du sang, l'ab- sence de mâchoires chez ces Hirudinées , semblent leur donner une certaine analogie avec nos Malacobdelles. Mais, chez toutes les Annélides suceuses, le système nerveux consiste en une seule chaîne ganglionnaire médiane. On peut le voir en jetant un coup d'œil sur le système nerveux du Clepsine complanata, que nous avons représenté d'après nature, pour montrer combien les Hirudinées qui, en apparence, se rapprochent le plus des Malacobdelles , s'en éloignent sous le rapport de la disposition du système nerveux. Dans les Malacobdelles, l'appa- reil des sensations , on le sait maintenant , est rejeté sur les parties latérales du corps. Cette disposition singulière rappelle complète- ment celle qui a été observée par M. Milne Edwards chez le Péri- pate (1) , où les principaux cordons nerveux partant du cerveau ne se rapprochent pas pour former un collier analogue à celui de la plupart des animaux annelés. Ces cordons nerveux passent de chaque côté du canal intestinal , à la base des pattes , sans se réunir sur aucun point de la ligne médiane. Cependant , entre le Péripate et nos Malacobdelles , il existe encore une différence assez grande à l'égard du système nerveux. Dans le premier , les ganglions cérébroïdes sont rapprochés , et reposent directement sur l'œsophage; dans le second, au con- traire , ils sont placés de chaque côté de l'œsophage. Le système nerveux des Némertes a été représenté par M. de Quatrefagcs, et publié par M. Milne Edwards dans la nouvelle édition du Règne animal de Cuvier (2). Comparé à celui des Mala- (1) Annales des Sciences naturelle!:, S' série, I XVM.p. (2fi (tS42). (2) Zoophytes. pi, 34. 378 Rr.%^'<'ll.4RW. MALACOIÎDEI.LE. cobdellcs , on trouve un certain rapport clans la disposition des nerfs, se distribuant à la partie antérieure de l'animal , et dans ceux qui descendent en arrière de chaque côté du canal intestinal. Mais dans la disposition du cerveau , il y a une différence très importante; ce n'est pas seulement le rapprochement des gan- glions , c'est la commissure qui passe sous le canal intestinal ; dans notre type , elle passe par-dessus. On a pu comparer encore le système nerveux des Malacob- delles à celui des Pentastomes ou Linguatules de la classe des Helminthes , étudié surtout par MM. Miram et Owen ; mais s'il y a une analogie en ce qu'il existe chez ces derniers un cordon ner- veux de chaque côté de l'intestin, il en diffère complètement sous tous les autres rapports. « Le système nerveux des Pentastomes, » dit M. Dujardin (1), se compose d'un grand ganglion sous- )) œsophagien, envoyant des troncs nerveux en diverses directions » à tous les organes, et deux longnes branches parallèles à l'in- » testin. Un anneau œsophagien sans ganglion supérieur a été )> re])résenté par les divers anatomistes ; mais je n'ai bien vu que » la partie inférieure du système nerveux. » Or , chez les Mala- cobdellcs précisément, il n'existe pas de ganglion au-dessous de l'œsophage ; enfin , l'analogie entre le système nerveux des Ma- lacobdclles et celui des Pentastomes est encore extrêmement éloignée. Le système nerveux des Malarobdelles diffère donc de tout ce qui avait été signalé à l'égard de cet appareil dans les divers types de l'embranchement des Animaux annelés. Le canal intestinal de ces Annelés n'offrant aucune trace de prolongements, il existe encore une dilïérence considérable avec ce qu'on observe chez la plupart des Hirudinées , chez les Clep- sines entre autres. Pour ce qui est de l'appareil circulatoire, s'il est aussi simple que je le crois, les Malacobdelles s'éloigneraient encore beaucoup sous ce rapport des autres Annélides. Dans l'état actuel de la science , il est assez dilTicile d'assigner au genre M alacnhrlfil la sa véritable place. Il est peut-être suffisant (l) Histoire des Helminthes , Suites à Buffon . p. 30!- RLAIVCHARD. — MAT ACOIinF.l.r.T-. 579 pour le iiionient de constater les grandes diiïcrences (jiii existent entre lui et les types dont il se rapproche le plus. Pour assigner à la division comprenant le genre Malacobdelle ou la l'aniillc des Malacobdellides sa véritable valeur par rapport aux autres groupes , il serait à désirer que de nouveaux faits vinssent s'ajouter à celui-ci , et par cela même jeter du jour sur les rapports existant entre les Annélides suceuses, les Tvrhellariahi les Helminthes, dont les limites ne semblent pas pouvoir être fixées, quant ,'1 présent , non plus que celles des tribus et des fa- milles formant ces diverses classes. .T'ajouterai, toutefois , que l'organisation de ce type fom-nit un argunient de plus à l'appui de la classification des Animaux annelés proposée par M. Milne Edwards : car les Malacobdellcs établis- sent uti lien entre la plupart des classes que ce zoologiste a l'éunies dans un seul groupe, sous le nom de fers, et qu'il a si'-paré ainsi du sous-cmbranchemont des vYrIJCAT10\ DKS FIGUUES. l'LANcnr; 18. Fig. I. MAi.AconDF.LLA Valeiicif.nn.ei Blancli., de grandeur nalurelle. Fig. 2 Le même f;rossl pour montrer la disposition du système nerveux. a, ganglions cérébrcides, — b, cliaine :5anj;lionnaire. — c, canal intestinal, rf, vaisseau dorsal. — e, orifice liuccal. — f, ouverture anale. Fig. 3. Portion antérieure du corps, plus grossie, vue en dessus , montrant les deux ganglions cérébroïdcs et les nerfs qui en partent. Fig. 4. Portion antérieure du corps vue en dessous, montrant les ganglions céré- brcides, dont la commissure est masquée par le canal intestinal. Fig. 5. La ventouse, très grossie, vue en dessous, pour montrer ses ganglions et les nerfs qui se distribuent à ses muscles. Fig. 6. Le premier ganglion de la ventouse plus grossi pour montrer sa forme. Fig. 7. Cloisons ovifcres. Fig. 8. Portion de lorifice. buccal , très grossie, montrant ses papilles. Fig. 9. Système nerveux du Clrpuine compUinata Lin., grossi. Fig. ^0. Un do .ses ganglions plus grossi pour montrer la disposition des fibres. 3fS0 KOK9\. — StU IMi liSPÈClS Dli GLANDES NOTE SL'n UNE ESPKCR PAIl flUl LILIlh: DE (il. ANDES DE LA PEAU DE L'uOMME , (Présentée a l'inslilul, le 8 décembre 1845). Far M. CH. ROBIN. Deux espèces de glandes ont été indiquées comme existant dans la peau : 1° Les glandes sudorifères de la peau , situées sous le derme , formées d'un tube ruulé en ])eloton ovoïde , qui traverse ensuite le derme et réi)iderme en décrivant des spirales, et s'ouvre à l'exté- rieur par un oriric(^ très petit, apcrcevable, à l'œil nu, sur les lignes saillantes concentriques de l'épiderme de la pulpe des doigts. Ce conduit passe par le sommet des papilles. Ces glandes existent à toute la surface du corps. Elles ont été dirrites pour la première fois par Purkinje et W'endt, en 1833, (|ui avaient vu le conduit excréteur; puis, eu 183/i, par Breschet et Roussel de Vauzème, qui ont découvert la glande proprement dite. Ces glandes ont été revues depuis par un grand nombre d'autours ((uu1l , Giraldès, etc.). 2° Les glandes des follicules pileux, situées deux à deux sur les côtés de chaque follicule dans l'épaisseur de la peau , et s' abou- chant avec le follicule par un court canal immédiatement au-des- sous de son orifice ; elles sont formées de cellules pleines de matières , réunies en amas arrondis ou un peu lobuleux. Ce sont ces glandes qui ont été appelées glandes sébacées , follicules sébacés. On les rencontre dans toutes les parties du corps, à l'exception du creux des mains et de la plante des pieds. Elles ont l'té découvertes par GurtI en 1835. 11 existe aussi des glandes d'une troisième espèce qui n'ont pas encore été mentionnées; elles se trouvent au creux de l'aisselle en très grand nombre, et au pli de l'aine, oii elles sont moins nom- breuses. Elles sont situées dans le tissu adipeux qui ta])isse la face profonde du derme ; elles sont constituées par un tube simple, terminé en rui-de-sac enroulé un grand nombre de fois sur lui- même , de manière à former un petit lobule ayant 1 millimètre de diamètre. De ce lobule part un petit conduit, qui n'est pas roulé en spirale comme celui des glandes sudorifères. Ce conduit excré- teur est ordinairement plus large que le tube enroulé qui lui fait suite, et constitue la glande proprement dite. Ccsglandules sont DF. i,.v l'KAL ni; i,"Hf)MMi;. 381 quelquefois réunies par groupes de deux ou Irois. Ces groupes sont faciles à voir h. l'œil nu , quand on enlève le tissu adipeux adhérent à un lambeau de peau du creux de l'aisselle ; ils appa- raissent alors sous forme de granulations ayant une teinte rou- geàtre ou rosée , tranchant sur la teinte grise du derme et jaune du tissu adipeux. Ces gloméioiles sont mous et pulpeux. Ces glandes, quoique ayant une structure analogue à celle des glandes sudorifères, s'en distinguent pourtant par les caractères suivants : 1° Jamais les glandes sudorifères ne sont réunies ainsi par groupe de deux ou trois, de teinte rougeàtre, et visibles à l'u'il nu ; 2° Les glandes sudorifères sont situées aussi profondément , mais cependant ne sont apercevabics qu'au microscope ; on peut voir alors que leur tube excréteur et le tube enroulé qui les forme a un diamètre trois ou quatre fois moins considérable que celui des glandes ci-dessus. La masse glandulaire est cinq à six fois moins grosse dans la glande sudorifère que dans les glandes dont je m'occupe. Le tube , dont l'enroulement constitue la glande, est plein d'une substance jaunâtre fmement granuleuse. Ces glandes doivent être considérées comme analogues aux glandes sudorifères par leur structure, qui est aussi un tube en- roulé et terminé en cul- de-sac ; mais leur couleur jaunâtre par transparence et leur volume sont bien dilïérents, et l'enroulement du tube est moins serré que dans les glandes de la sueur. En outre , leurs fonctions diffèrent en ce que la sueur de l'ais- selle est plus acide que dans les autres régions du corps, et a une odeur beaucoup plus prononcée, aciditée, portée au point , chez quelques personnes , que les tissus en contact avec cette partie en sont rapidement altérés, ce qui a été attribué à l'acide phos- phorique qui existerait dans la sueur. Chez certains individus, en outre , le liquide fourni par ces glandes est chargé d'une ma- tière colorante rougeàti'e ou brune ; elle a en même temps une odeur spéciale très prononcée qui est attribuée à la sueur de tout le corps , et qui cependant n'est répandue que par le produit des glandes de cette région. Ces deux espèces de glandes se trouvent simultanément sous la peau de l'aisselle ; elles sont mélangées les unes aux autres cà peu près en nombre égal ; et il est facile de les distinguer les unes des autres en examinant une couche mince de la peau , car, ainsi c|ue nous l'avons dit, les mies sont isolées, les autres ordi- nairement réunies en groupes, et plus grosses , etc. TABLE DES MATIERES CO.NTE.NUliS DANS CE VOLUME. AKATOniE F.T PHYSIOLOGIE. Nouvelles Expériences relatives ii la soiislriicli. ^ûûi fofit 4 . J*l J w/ oiio.isis.rnOiS des pl.ix-hues. ,/n/î . de.j' Scietu- mti iî^ooioijie Toni 4 /'/ h j/,/1 J,:< .'rii-nr . mrf 3^ J'fri'e- . /fool . 7'oiii 4 ^'^ T (h ■(/ /////.! 1/ /itt/i t/f.r /'/tU/f/// y. '• !■ p A/ I" JfrmanJ i/itp. Soin-ffiioiJ- .' \ Jnet ■ t/f.r Xrtr/if rutt ./'' (h i/i //,'/. 1 v/////// (/»•. I /Y,///,/// V : . ■ '«N ' -. *■^ % ^ - des . tWf/if mti 3' tCtrie . rf .■:.==. ..y 3. y!ool . Tout 4 . l'I . g . .M êk '-d 4 \ kl .\ Jf/,„,>n,/ unp ■~^J l/f-,/irfi/.:ir/i,>/i i/// /!r,i/i,-/i/,i.:/oi/i<' „// hiip/ii,?j i/.i It/;i/ii/n.:i//iti/i f/u /Irii/ir/iii/.i/ti/iu- au liN/i/iio.r/i.i l'/;i/ii/ii,y,//i/>ii i/i/ /{/■,ui,/im.:-/i//iic iiii _ hii/>/iw,it/,i «xShmUsS V>"-,. t'i--'J tùl/l ■ f/fij' . irttvir fttlf . .'}f , irr-zf J /. jioof . Tom 4 /y. /^ , .1.:). 't *■ Cl %. A. h ,J.4 F C.3 i<5^l3i ^' . -_:: 1) ji r, jj.f m 4 ^h B / '^^.. '^=«M|h- C.5 c //.y Jff'f/n.vfM- i/f'riii(ni( ///'.r Poii/pp.i- /ii/(ù'ii/f('.r .,-,ca: ( -li>n i^i'.r .i'rié'nt- n,it .'i''Jehi B.- .^^ .. \:^ ■'•■** C.iS A m 4M ■■■'■■ •' ' « /■ / f.yj fj^t r.ii t^ 'r M .4V r.^o J/,-,/„.r,v ,{,:,-n,„nl ,/,'..■ /'„/,,,,,:>■ /,,/,/r, i//it;\- Ju/itrftirt .M(r,n,.,ul />i'/Hifi/ i/t'.r flr , inn . Uf.f . Vct'enr /ut/ ..?'". ierœ . J. ^^^ o J (2) D'A j3. /^, /^. ^J. /V/w/'/yy //'/y /<"/// //;r /Xr .oHMyS: -.tHfm'-n^it, 0,;/,„u.nl/,„„ ,/,■/„ J/„/.,r„/„/r//„ l„/,v,rm„„r, . ^.-t M Z-D. IGST.-^ > r^fi) >