^^(Pôt) y — -<^ ANNALES DES SCIENCES NATURELLES QVATRIEMI-: SÉRIE ZOOLOGIE PaKIi Imprimerie de L. iUiiTIvcT , rue Mignon , 2. Z-D, ANNALES SCIENCES NATURELLES COMPRENANT LA ZOOLOGIE, LA BOTANIQUE, L'ANATOMIE ET LA PHYSIOLOGIE COMPARÉE DES DEUX RÈGNES ET L'HISTOIRE PE.'^ COni'S ORGANISÉS FOSSILES RÉDIGÉES IMIlR LA ZOOLOGIE PAR M. MILNE EDWARDS l'Otll H ItUTOKlLE PAR MM. AD. BRGNGNIART ET J. DECAISNE (/i .4 THIEME SÉRIE ZOOLOGIE TOME 111 l.lBhVlRIb; DE VICIUK MASSON v\.\a UF. l'ecole-db-.mëueci.ne 1855 ANNALES DES SCIENCES NATURELLES PARTIE ZOOLOGIQUE NOUVELLES RECHERCHES A L'ACTION DU SUC GASTRIQUE SUR LES MATIÈRES ALBUMINOIDES, Par M. LONGET. (Mémoire lu à l'Acailémie des sciences iJans la st-ance du 5 février 1855.) Dans rupiiiioii d'un fcrlain nombre de jjliy.sioloj^^isles , les di- verses matières ailKiminoïdes seraient dissoutes et métamorplio- sées par le sue gastri{|ue en une seule et même subslanee. Depuis longtemps reconnue et diversement dénommée , eette substance est devenue , dans ces dernières années, sous les noms à'albumi- nose (Mialhe ) et (kpeplonei Lehmann ', l'objet d'études tendant à établir que , seulement à cet état de transl'ormation , les matières protéiques peuvent être assimilées par l'organisme. Quant aux matières saccliarines , féculentes ou amyloïdes , quelle (pie soit leur variété , elles sont aussi réputées n'être assimilables (ju'à la condition d'avoir été transformées en un produit soluble toujours le même , glucose. De ces produits ultimes de la digestion de deux grandes classes 6 i.oxGET. — .\<;riii.\ m mc camuhili: d'aliniiMils, l'iiii [leiil ;inssi |nvri(lic ii;iiss;uic(' lUiiis le lalioraloiro , au grô cl sûiis les yoiix du cliiiiiislc ; l'aiiti'c , dans l'élat présent delà sciciK'o , no sani'ail avoir uni' iiaicilledriiiiiu', rinlei'vention d'un [n'iui'ipr pai'licuiicr de ualuic (ir^;aiii(|U(' cl auinialc élaut né- cessaire à sa loi'matioii : ce principe, coninje chacun le sait, est la pepsine w\ ferment gastrique, d'où le nom de peptone qu'on a pro- posé de donner au |ii-oduil de son action sur les aliments azotés, dénomination que parfois j'emploierai pour la rapidité de l'exposi- tion , mais à regret , ()ar<'e qu'elle ne s'applifpie pas à un produit encore bien défini. Le l)ul de ce travail est , en partie , de faire connaître certaines infkienees rcniaiïjuables que le produit de la transformation des matières albuminoïdes par le sue gastrique exerce sur le glucose , influences qui exisleni aussi bien lorsipie ces produits se trouvent seuls en |irésence , que (piand ils ont été' mélangés avec le liquide sanguin , soit artilieiellemenl , soit pliysiologiquement à la suite d'une alimentation mixte. J'ai élé ainsi conduit à signaler im moyen simple pour distinguer les matières albuminoïdes avant et après la digestion, et, toujours en me fondant sur l'expérimentation, à tirer de la précédente étude certaines consé(|ucnces propres à éclairer divers points encore obscurs de cette fonction. Poui" me procurer la peptone nécessaire aux deux premières séries d'expériences consignées dans ce mémoire , en général j'ai eu recours aux digestions artificielles qui se rapprochent le plus de la digestion naturelle , c'est-à-dire (ju'à la lempéralure de -|- 35 à 38 degrés centigrades , j'ai le plus souvent expérimenté à l'aide du suc gaslri(pie lui-même, et s|iécialement avec celui dut'liien, qu'il est toujours facile de se procurer par le moyen des listules stoma- cales (l). (I) Toutefois, je m'empresse d'ajouler que l'expérience m'a déiiiontié que le suc gastrique artificiel , préparé avec de l'eau acidulée et de la pepsine provenant d'animaux carnivores ou herbivores, a sensiblement les mêmes propriétés diges- tives que le suc gastrique naturel ; aussi peut-on, suivant nous, puiser indifTerem- ment à l'une ou à l'autre source d'expérimentation. Nous n'avons préféré la der- nière qu'afin d'éviter les objections des pliysiologistes qui ne partageraient pas notre manière de voir à ce sujet. Mil ij:s jiatikkks albimi.no'idks. 7 yiuiiil au glucose , (]iril me soil |ii'riiiis de ia|i[ii'lci i|ii(' , >i l'on reganlc volontiers la suliilioii de larliale de ciiivri' cl do [tolasse conmie iiisiinisaiito pour déinonlioi' >a inrsence ( alleiidu ijue la niannilf, le laclost;, l'aeide uiii|ue, l'akléiiyde, la sorbine, el pro- bablement bien d'antres substances orfiaiii(|nes , sont capables de réduire très nettement la liqueui' cuivreuse] , il n'en est plus de même ijuand il s'agit de prouver , non la présiMice, mais Vabsence du glu- cose avec le même rcaclif; à ce dernier, on accorde alors un carac- tère négatif absolu. Chacun sait , en elïet , que le lartrate de cuivre dissous dans la potasse constitue un réaclirsi sensible, qu'il peut donner une réduction appréciable dans des dissolutions contenant des traces de glucose tellement faibles , ipic la potasse , la l'crmcn- tation alcoolii|ue, les expériences ofitiipies à l'aide du polariinètre , ni aucun autre inuven coiniu, ne sauraient les y faire découvrir. Aussi quand la réduction manque , c'esl-à-dire lorsqu'il n'y a pas précipitation d'iiydrale d'o\ydule de cuivre , a-t-on coutume de conclure qu'il n'existe aucune trace de glucose dans le liipiide où l'on clierclie ce principe sucré. Or, dans les expériences que je poursuis en ce moment sur la digestion, j'ai pu diiterminer certaines conditions dans lesquelles une pai'cille conclusion sci.iit loin d'être légiliuie; j'ai donc lieu d'espérer que l'exposé des faits suivants ne .sera pas sans (|uelque intérêt. 1. Dans une dissolution «t/rfw/ede librinc, d'albumine, de gluten, ou d'un autre composé proléi(|ue , il est toujours possible , à l'aide du réactif indiqué, de révéler la présence du glucose en rendant au préalable celle dissolution alcaline. — J'ai constaté qu'il n'en est plus ainsi quand ces princifits immédiats azotés ont conoenablemeni subi l'action dissolvante el transformatrice du suc i/aslriqua. En effet, dans ce liquide liltré(iui \ ienlde les r très laeilenienl, et d'une uianièie non douteuse, ipie cette dernière nialière su(M'ée existait dans le sang' de la veine porte avant son enliée dans le foie, et dans le sang des veines sus-liépatiqucs recueilli après son passage à travers cet organe. Quant aux animaux de la deuxième catégorie , ceux ipii avaient été spumis à une alirneiUation mixte viande liacliée, pain et suei'c), j'examinai, avec le |!lus grand soin, poui' y reeliercherla matière sucrée , le sang du système veineux alxloniiiial avatit le Coie : la présence du glucose n'y fut point révélée par le tartrate de cuivre et de potasse, qui pourtant l'accusait, de la manièie la pins mani- feste, dans l'intestin, dans l'estomac lui-même, et au i/e/àdu l'oie. A propos de ce dernier résultat négalif, qu'il me soit ])ermis d'extraire du journal de mes ex|M'riences l'observation suivante, (jui m'a paru ol'l'rir (piehpie inli'rèt au point de vue dont il s'agit : Le 25 décembre dernier, ayant quelques expériences àfairesur du sang frais, j'en i-etirai 75 grammes à un fort Lapin , et y ajou- tai du glucc).se. Peuirinstants a|irès, je vis avec surprise cet animal, à jeun depuis quarante-huit heures , manger non-seulement son propre sang à peine coagulé, mais encore une égale quantité de sang de Chien, lais.sé après une expérience de la veille, et contenant aussi des pro[)ortions assez nolahles de ce principe sucré. L'animal fut tué trois heures quarante-cinq minutes après ce singidier i'e|ias. Aussitôt son alidomen fui convenahlement ouvert, et j'appliquai uneligaliu'e sur le tronc de la veine |iorte, immédia- tement avant son entrée dans le Ibie. Comme le démontra le tartrate de cuivre et de juitasse, l'estomac, les intestins, le foie, le sang recueilli dans les cavités droites du cieur, renfeiniaient des pro- portions plus ou moins considérables de glucose. ^lais, fait à la fois curieux et étrange, le même réactif n'en traduisit point la présence dans le sang du système dcAn veine porte. Kl pourtant, on le voit, cette portion du système circulatoii'e était placée entre deux classes d'organes (intestin el foie) qui contenaient du glucose, olïrant par- 12 LOIMCET. — ACTION UU SUC GASTRIQUE tout ailleurs , là excepté , ses réactions habituelles avec le sel de cuivre. Pour un observateur non prévenu de la nature du repas pris accidentellement par cet animal, etqui, sans s'inquiéter du contenu du tube digestif, avec le réaclil' précédent aurait Irduvé le glucose dans les veines sus-hépatiques et le cnnu' droit, et ne l'aurait point trouvé dans la veine porle, la conclusion eût été sans doute que la sécrétion de cette substance était due aux granulations hépatiques ; et pourtant cette conclusion eût été inexacte, puisque en réalité le glucose directement administré se trouvait aussi dans le sang de la veine porle, mais voilé dans sesréactionsjiabituellespar le produit de la transformation digestive d'aliments azotés (fdjriiie et albu- mine du sang avalé). Du reste, il est facile de voir qu'ici h fonction glucogéniqite du foie n'est pas directement mise en cause , toutes ces expériences se rapportant d'une manière exclusive au sucre d'origine alimen- taire. IV. L(^s faits précédemment établis me paraissent jeter encore (pielque lumière sur les assertions suivantes que je soumettrai à un examen rapiiic : 1° Il a été dit que , chez les animaux ayant mangé à la fois de la viande et des matières sucrées , le .sang recueilli dans la veine porte avait présenté des traces à peine appréciables de sucre, bien que l'intestin renfermât beaucoup de ce dernier principe; et la conclusion formulée a été que , dans les digestions d'aliments mixtes, la quantité de sucre absorbée est beaucoup plus faible qu'on ne le |tcnse généralement. Je crois devoir rappeler à ce sujet (|ue, sur des Chiens soumis à cette alimentation, la fermentation alcooli- ([ue m'a démontré , dans le sang de la veine porte , une quantité assez notable de sucre (]ue , par la raison simple signalée dans ce travail , le tartrate de cuivre et de potasse (moyen ordinairement bien autrement sensible que la fermentation! n'avait pu y faire dé- couvrir. 2° A propos des métamorphoses des matières albumineuses, des physiologistes ont avancé, sans preuves expérimentales suffisantes, SL'R LES MATIÈRES ALDtMlNOIDES. 13 (|ue, fiiielles que soient les modifiealions moléculaires (|ik' ces matières éprouvent au moment de leur absorption, elles se recon- stituent promptement à l'état d'allinmine ordinaire, et qu'on les retrouve déjà comme telle dans la veine porto, au monicnl même de leur entrée dans le sang. Mes expériences , en prouvant (|ue toute matière alhuminoïde n'empêche les réactions habituelles du glucose qu'à la condition d'avoir été transformée elle-même par le suc gastrique, démontrent l'inexactitude de la précédente assertion, puisque, dans ces cas, les réactions ordinaires ont en effet manipié. Le contraire aurait eu lien si l'hypothèse en question eut été fondée. 3° IJes doutes se sont élevés récemment et des négations ont été émises relativement au pouvoir qu'aurait la salive de continuer son action, dans l'estomac^ sur l'empois d'amidonavec lequel elle arrive mélangée. Un a prétendu que l'état alcalin de la salive élait nécessaire à son action saccharifiante ; or, dans l'estomac, le suc gastrique acide neutralisant d'abord, puis acidifiant bicnlôl la masse avah'c, arrête, dit-on , l'aclion de la salive. Bien des fois il m'est arrivé de faire des mélanges de suc gastrique, de salive, de fibrine et d'empois d'amidon dans des projiorlions convenaliles pour ([ue l'ai'idité du .suc gastrique fùtdominanic, et je me suis convaincu ijue, dans ces cas encore , on avait conclu à tort du manque de réduction du sel de cuivre à l'absence du glucose ; tandis qu'en réalité ce [U'incipe sucré existait dans le mélange, et que sa réaction habiluelle n'était que dissimulée par le produit transformé de l'alimcnl alhuminoïde. Le présent mémoire peut être résnmé dans les conclusions et les propositions suivantes : 1" J'ai signalé une propriété nouvelle dans le produit de Irans- formalion des matières albuminoïdes jiar le suc gastrique. 2° J'ai fait connaître un moyen de distinguer sûrement ces mêmes matières avant et après l'élahoralion digeslivc. 3° L'absence de réduction du tarirale de cuivre el de potasse ne prouve pas nécessairement l'absence du glucose. 4° Toulc subslancc alhuininoidi^ siniplemenl dissoute dans le suc gastrique, cl à laquelle (in a ajdiili' (In i;liini.-(', ne l'ail (|Me gêner la rédnclidii (1m pi(''C(''(|cut sel de cuivre. 14 LONbi:'!'. — ACTION DU sm; gastriqck , ktc. 5° Cette réduclioii poiil, :iii conlraire, être toul;i lait emijêchée, quand la siibslaiice albumiiioïdi', mêlée en certaines proportions à du glucose, a d'abord subi I action Iransliirinatiicc du suc gastrique. 6° Cette iniluenco, en (|iiclqii(' sorte iieulialisanle par rapport au glucose, de toute matière albuminoïde ainsi n)étamorphosée , se manifeste aussi bien lorsque ces produits se trouvent seuls en pré- sence, (|ue quand ils ont été mélangés avec le li(juide sanguin, soit artificiellement , soit pbysiologiquement à la suite d'une alimenta- tion mixte. 7° C'est ainsi qu'il faut s'expli(iuer (juc, dans nos expériences sur des animaux soumis à ce genre d'alimentation , la fermentation alcoolique ait pu démontrer , dans le sang de la veine porte , une ipiantité appréciable de glucose, que le tartrate cupro-polassique n'avait pas accusée. 8" Ce que ne saurnit plus faire un simple réactif chimique , semble être accompli, toujours et à coup sur dans l'économie, par le foie (pii agit comme «ne sorte de fillre propre à isoler l'un de l'autre les deux produits ultimes de la digestion des matières albu- minoïdes et saccbarines , d'abord confondus et comme masqués l'un par l'autre pendant un certain parcours. Celte dernière proposition, implicitement contenue dans ce mé- moire, recevra son développement et ses preuves dans un antre travail. .le ferai connaître bientôt les résultats divers que j'ai obte- nus eu variant , dans le mélange , les jiroportions relatives des précédents produits sang, glucose, album incïde transformé par le suc gastrique). A ce point de vue, la conclusion la plus générale de mes recherches est la suivante : I.orsipie, dans le précédent mélange, le produit de la transformation d un aliment azoté parle suc gastrique est en proportions considérables et le glucose en proportions très faiblo, le tartrate cupro-polassique, la potasse, le iKilarimèIre , la fermeiilalinn alcoolique, en un mot , aucun moyen , actuellement cm iisauc , ne pi'ut \ diMuonlrer la présence de ce principe sucré. DE L'ACTION DU KLUIDE SÉMINAL SUR LES CORPS GRAS NEUTRES, Par m. LO\'»ET. (Noie conimuniqiice à l'Acaitéiuîe tles scienk;Ës daiiÀ la séaiicudu -1 dérembre 1854.) Je mi:' pi'oposo do |iii!)lif>r prorhniiii'iiirnt, dans ci- lï-ciii'il, le;-, résultais île mes reclieivlics conci'inant Vactiori de divers liquides del'économie animale sur les matières grasses . Ici, jo inr' bornerai à (Idiiiier un extrait stiiiiiiiaire de la partie de ce travail i]ui se rap- porte au fluide séminal étudié sous ce point de vue . 1° Si l'on mêle avec le lluide séminal luii; matière grasse préalablement reconnue neuirederiinile d'olive, par exemple^, et si on les agite ensemble, le mélange se transforme aussitôt en un liquide semblable à du lait; il se l'ail une cniulsion. Celle-ci est tellement parfaite que, jusqu'au moment même de la putréfaction avec une température de-t- 15 à 20 degrés centigrades, le liquide blanchâtre et eiémeux ne eliange [las du tunt d'apparence, et qu'il n'y a , par le repos , aucune séparation entre la matière grasse et le fluide séminal. 2° Lorsqu'un pareil mélange a l'-ti'- maintenu au liaiii-maric, entre + 35 et 40 degrés, pendant ipialorze à seize heures, on constate que la graisse n'est pas seidemeni divisée cl émulsion- née, mais que déplus elle est modiliée (^liimiijuenient ; car la matière grasse neutre et le iluide si-minal alcalin forment, au mo- ment de leur mélange, lui liquide blanc laiteux à réaction alcaline , tandis que, après li- la[is di' temps indifjué et souvent plus lot, le même liiiuide [in'sente une r/'aetiiin sensiblement acide. 3" On sait qu'une seule i^dude de la soluliun d'une base alcaline telle (|ue la jmtasse, la soude ou l'ammoniaque sullil pour com- muniquer à une qiumtilé d'eau, relali\cmcnl (•(insidérahlc, l:i jhii- pi-iété d'émulsionniir les graisses. Or. le lluide séminal ne parail pas devoir celle pri)]irii'l('' à l'alcali sonde ipi'il renferme: eu l'I'l'el, 16 I,OKGET. — .VCTIOiN' UL FLUIDE SÉMINAL, ETC. ncutralise-t-on ce dernier par l'acide acétique, ou même viciil-on ;\ acidifier la liqueur, l'émulsion se produit, dans l'un et l'autre cas, comme auparavant ; seulement elle est moins persistante. ll° Si, après avoir précipité, à l'aide de l'alcool, la matière coagu- lable du fluide séminal , on la redissout ensuite dans une petite quantité d'eau à + 40 degrés centigrades, la solution offre encore le double pouvoir, énmlsifetsapo7iifiaHt,{]ueji'ni signalé dans ce fluide à l'état normal. 5» Enini, d résulte de mes nombreux essais comparatifs sur di- verses espèces d'albumines, mélangées avec de l'Iiuilc, du sain- doux, du beurre ou du suif, que les émulsions ainsi obtenues n'ont rien de comparable , sous le rapport, de la perfection et de la du- rée , avec celles qui provicmicnl du liquide séminal. Si, parmi les fluides animaux, il en est d'autres qui émulsioiment les corps gras neutres , cl si le fluide séminal n'est pas le seul à produire la saponification des graisses, c'est-à-dire leur décompo- sition en glycérine et en acides gras, je n'Iiésite pas à affirmer que, du moins, il est celui qui possède celle double propriété au plus haut degré. .Te ne sache pas, d'ailleurs, fpie cette [iropriéfé remarquable, ipie je rattache en partie à certaines conditions de l'acte générateur, ait é'té signalée jusqu'à présent par d'autres observateurs (1). (1) Les précédents effets sur les corps gras neutres ne s'expliquant, d'après nos expériences, ni par l'alcali (soude), ni par l'albumine, contenus dans le liquide séminal, ily aurait peut-être lieu de supposer qu'ils dépendent de cette substance organique particulière a laquelle Berzelius a donné le nom de spei-maline, et qui, soumise à certaines influences, pourrait jouer le rôle de /■«•meiif. « Le sperme contient, dit-il, une matière de nature particulière que nous appellerons sperma- tine, qui n'y est point dissoute, mais qui s'y trouve seulement gonflée comme du mucus, dont elle diff'ère par la propriété qu'elle possède, quelque temps après l'(>mission du sperme, de pouvoir, en vertu de causes inconnues, se dissoudre dans l'eau qui n'avait fait jusque-là qucla gonfler, et de produire ainsi un liquide clair (jui ne se coagule plus par l'ébullition. » C'est dans de pareilles conditions qu'il faut se placer, quand, après avoir précipité la matière coagulable du sperme par l'alcool, on se propose de la redissoudre dans l'eau, pour constater dans la solu- tion les propriétés que nous lui .t\ uns reconnues MEMOIRE L'ORIGINE DU SUCRE CONTENU DANS LE FOIE, ET SUR L EXISTENCE NOKMALE DO SUCRE DANS LE SANG DE L'HOMME ET DES ANIMAUX, Par n. Louis FIGtIGR, Agri-°é dp ctiimic à l'Êcolu de pharmacie de Paris, (Lu à l'Académie des sciences dans la séance du 50 janvier 1855.) ]\I. Claude Bernard a démoniré pnnrin première fois, en ISiS, que le fuie de riiomine et celui des aiiiuiaux renferment une cer- taine quantité de sucre. Poursuivant l'étude de ce fail, ignoré jus- qu'à notre épo(|ue, ce pliysiolotiisle a ('lé ameni'" à considérer le l'oie comme l'organe de la production du sucre chez les animaux. Selon lui , le foie n'aurait pas seulement pour fonction de sécréter la liiliî; il concourrait également à produire du sucre, substance destinée à subvenir ensuite àreniretien de la respiration. Le même expérimentateur s'est appliqué à démontrer que le sucre qui existe dans le foie ne provient pas nécessairement des aliments introduits dans l'estomac , mais qu'il se forme au sein nièm(> de l'organisme animal, indépendamment de toute alimenlalion parliculière. Enfin, ayant soumis à une étude attentive les caractères de la fonction nouvelle qu'il attribue au foie, et qu'il di'sigTie sous le nom dç ghi- cogénie, ce physiologiste a reconnu (pic lu sécrétion du sucre dans le foie coïncide avec la période digestive. C'est ce que l'auteur appelle : « les oscillations fonctionnelles de la sécrétion du foie. » Comme conséquence de ce qui précède , il a été co!!;-taté f|ue la même 4' série. Zool. T. ML (Cahier n" 1.) 2 2 18 I" FIGUIER. — DE L'oRrCINE DU SICRE sécrétion diminue avec l'abslinencc et le jeune , et linit par dispa- raître en entier par l'inanition. Je dirai, avec la sineérité qui doit présider à toute discussion scientifique, que le l'ait de la sécrétion du sucre par le t'oie m'a toujours paru sujet à contestation. Ce résultat était d'abord en oppo- sition avec les découvertes de la chimie organique , avec ces belles et simples relations que la science moderne a si lumineusement établies entre les fonctions comparées des animaux et des plantes. Par les travaux de MM. Dumas et Boussingault , de M. Liebig, etc., on sait aujourd'hui qu'aux végétaux est dévolu le rôle de fabriquer le sucre et les substances amylacées , et que les animaux détrui- sent , en les oxydant , ces produits non azotés pendant leur respi- ration. Ainsi, la ciiimie était (Xintraire à la théorie de la génération du sucre dans l'organisme animal. Cette théorie paraissait égale- ment en opposition avec les principes de la physiologie. Une sécré- tion (pii ne s'éveille chez les animaux que sous l'empire, sous l'ex- citation de l'acte digestif, qui diminue parle jeûne et s'éteint par l'abstinence , s'écartait trop manifestement du mode général des sécrétions physiologiques pour ne pas soulever quelques doutes sur sa réalité. Et ces doutes devenaient bien i)lus pressants, bien pins décisifs encore, quand à cette théorie de la fonction glucogénique, co'incidant d'une manière nécessaire avec la période digestive , on opposait cette explication toute naturelle et simple , que si le tissu du foie ne renferme du sucre que pendant la digestion , c'est qu'alors seulement le glucose lui est apporté par les aliments ingérés dans l'estomac (1). Telles sont les réflexions qui m'ont conduit à mettre en doute l'existence de la fonction glucogénique du foie , et m'ont inspiré (1) Je crois devoir noter ici que la tliéorie de la sécrélion du sucre par le foie a déjà élé combattue par M. Mialhe. Dans un mémoire sur la desirucd'o» du swci-e dans i économie animale, lu le 24 mars 1 S54 a la Sociélé d'hydrologie et dont il a paru une analyse dans les Comptes rendus de la Sociélé d'hydrologie, M. Mialhe s'exprime ainsi : « Pour nous , le foie n'est pas un organe sérréteur du sucre, » il n'est qu'un organe condensateur dans lequel le sucre s'accumule à la suite » del'aUinentalion, de même qu'il n'est qu'un organe condensateur dans lequel » s'accumulent certains poisons métalliques introduits dans l'estomac. » CONTENl' DANS LE FOIE. 19 le ilôsir crentrcprendro des irclienlies sur ee iioiiil iiiipuiUiiit de physiologie. 11 est toujours utile ([u'un expérinienlateur lasse eonnaitre la filiation d'idées ([ui l'ont dirigé dans ses reelierclics. J'indiquerai donc quel l'ut mon point de départ dans ce travail. J'étais guidé, quand je comniençai mes expériences, par la pensée que l'on avait pu prendre jiourdu glucose quehpie sulislancc aisément réducliiilc existant dans le l'oie, et provenant de la bile hépatique. Considérant ([ue l'apparilidu du sucre cdïucidail toujours avec la digestion in- testinale , cl par conséquent avec la sécrétion de la iiiicî , il m'avait paru que les effets de réduction produits sur le réactif de Frouuo- licrtz, que l'on atti'iJiuait au glucose, étaient peut-être déterminés par (piclque élément encore inconnu de la bile, ayant la propriété d'opérer la réduction des sels de cuivre , clTet que [)roduisent , comme on lésait, un certain nomlirc de matières organiques qui diffèrent du glucose. Cette vue pouvait être logique, mais rexpéricnce m'a l'ait voir qu'elle n'était point fondée. En effet, examinée telle (pi'on la retire de la vésicule avec le mucus abondant (|ui raccomiiaguc , ou bien séparée de ce mucus en larcprcnaul par l'alcool ou l'élbcr, la bile n'exerce aucune action réductrice surle réactif de Frommiieriz. On est conduit au même résultat négatif quand on l'éduil la bile à ses éléments médiats, pour les soumettre isolémcul à l'action du même réactif. L'acide choléique, séparé de la bile par le piocédé de Strecker, qui représente le véritable élément cliinii(pie du liquide biliaire, n'exerce sur le réactif de Frunmibertz aucune action parti- culière. Enfin la décoction de foie concentrée ne présente jamais le phénomène précieux et intéressant signalé par Ji. Peltenkofer pour caraclériscr la bile, et ([ui consiste en ce qu'un mélange de bile et de sucre de canne, addilioimé à froid d'acide suH'iuique, prend une magnifique couleur violette analogue à celle de l'iiyjier- manganale de piitasse (Ij. La pré'visioii que j'avais conçue relativement à la pn'si'iice, dans la décoction de foie , de cndant une demi -heure, avec un litre d'eau distillée, et l'on opère comme précédemment. Le même traitement se repète une troi- sième fois, c'est-à-dire que la masse, mise en contact pendant une demi-heure avec un litre d'eau, est une troisième fois expri- uii'e dans un linge, et sounu'sc à la presse. CONTENU DANS LE FOIE. 21 Le lissa da l'oie ainsi traite cède à l'caa l'ruiiic! une (iiianlilé eonsidérajjle de matières soluijles : 2 kilogrammes de l'oie de bœuf épuisés de cette manière ne laissent (|n'im résidu tilirineux très pâle, (iui,aii sortir de la presse, no pèse pas plus de SSO grammes. Ainsi le foie a cédé à l'eau froide 1150 grammes de matières so- hibles, c'est-à-dire plus de la moitié de son poids. Les matières cédées à l'eau par le foie de bn'uf sont les éléments ordinaires du sang unis à une jictite quantité sl (['('vaporer dans le vide un infnsuni nqiiciix de foie préalablenieiit coiieentré aiiiiaiii-marie. En [ilarant le liijuide sous le récipient de la niacliine [incumaliciue, avec des fragments de chaux i[ue l'on rouduvelle à mesure qu'ils se délitent , on obtient , au liuul do sept à huit jours, un résidu à [leu près sec, et qui ren- ferme sans aucune altération les substances solubles du foie ; de 2 kilosraninies do l'oie de bo'uf, on retire ainsi de 70 à 80 grammes de résidu sec. Pour séparer le glucose de ce mélange , il suffit de le traitera chaud jiar de l'alcool à 33 degrés, qui dissout le sucre et une faible ([uanlilé de matière azotée dont on peut se débarrasser, mais jamais cepentlant d'une manière complète, par une seconde dissolution dans l'alcool. Si l'on chasse alors l'alcool soit parl'évaporation dans le vide, soit par l'évaporalion spontanée, on obtient le glucose sous la forme d'ime niasse translucide d'un jaune brun, qui, abandonnée au contact de l'air, en attire l'humidité, et laisse quelquefois des cristaux grenus. C'est à la combinaison bien connue du glucose et du sel marin qu'il faut rapporter ces cristaux grenus, et l'absence de saveur sucrée que présente le glucose extrait du foie : en effet, cette savciu" n'est point franciiemcnt sucrée , mais fade, agréable, avec un arricre-goùt d'acidité. On ne saurait cependant conserver le moindre doute sur la nature de cette sui)stancc; c'est bien à du glucose ou, pour parler plus rigoureusement, à un sucre fermentescible que l'on a affaire. La fermentation alcoolique que cette matière subit avec la plus grande facilité coupe court à toute hésitation sous ce rapport. Je rapporte- rai ici une expérience relative à ce point important. Un inlusum a(pieux de 2 kilogrammes de foie de bœuf évaporé à siccité au baiu-niarie fut repris à chaud par de l'alcool à 33 degrés. La liqueur alcooliipie évaporée au bain-marielaissaun exiraitbrun, dont on jiril 20 grammes, qui funMit dissous dans 80 grammes d'eau (lis!iil('o , ci auxquels ou ajouta 4 grammes de levure fraîche parfaitouiont puriliée (l). Ce mélange, placé dans un petit bain- (II La levure ilo l)ière qui a servi à nni; essais ilo fermentation a toujours été purifiée par le moyen excellent recommandé par M. Quévenne. La levure (supé- CONTENU DANS LE FOIE. 2$ marie, entretenu, au moyen d'une veilleuse , à la température de 30 à 35 degrés, donna, au bout de douze heures, un litre et (juart d'acide carbonique (recueilli sur r(\iu). La liqueur, distillée au tiers, a fourni un produitd'iuie odeur alcoolique trèsreconnais- sable dans les premiers moments de la distillation, et d'une densité inférieure à celle de l'eau. Ce produit a clé mis en contact avec un excès de carbonate de potasse sec et exempt de chlorures. Ce moyen de déshydratation est supérieur à celui cjui consiste à faire usage de la chaux vive ; il diminue la perte d'alcool que l'on éprouve dans les rectifications de ce genre, et présente cet avantage qu'en décantant la liqueur spiritueuse de la dissolution saline aqueuse qu'elle surnage, on peut distiller isolément la partie alcoolique (l). En déshydi'atant de cette manière le litpiide provenant de la fer- mentation du sucre dans l'expérience précédente , nous avons obtenu 3 centimètres cubes d'un alcool très combustible. Il est presque superflu d'ajouter, après les caractères précé- dents, que le glucose retiré du foie réduit avec énergie le réactif de Frommhertz. C'est à la présence de la matière albuminoïde qu'il faut rapporter un phénomène dont il ijnporte d'être bien |ii(''venu, quand on pro- cède à la rci'herche du sucre dans les liquides d'origine animale , en particuher dans le foie, et par conséquent dans le sang. Nous rieure) recueillie par nous à la brasserie était délayée dans une grande quantité d'eau. Le liquide étant abandonné au repos pendant une demi-heure, on enlève des matières étrangères qui viennent se rassembler à la surface, et l'on décante pour séparer un dépôt brun, amer , formé de débris ou d'enveloppes de graines. On abandonne le liquide à lui-même jusqu'au lendemain , et l'on décante pour séparer cette eau de lavage. On répète une seconde fois la même opération et l'on rassemble sur un filtre la levure ainsi purifiée, et qui ne peut contenir aucune trace de matière féculente ou lifjneuse. Nous nous sommes assuré que la levure ainsi traitée ne contenait pas trace de fécule ; tenue pendant un quart d'heure en ébullition avec de l'eau , elle donne un liquide qui ne bleuit nullement par l'iode. (1) Cette partie alcoolique \ient former il la surface du liquide une couche de quelques lignes et d'une couleur jaunâtre. Ainsi, la liqueur soumise à ce moyen de déshydratation présente trois couches : la première est formée de l'excès de carbonate de potasse non dissous, la seconde de la dissolution aqueuse du même sel ; la troisième est constituée par la partie spiritueuse. 24 I.. «•'IGLIEB. UE L ORIGINE DU SUCnE voulons parler de l'obslacle qu'apporte la présence de l'albuminose dans CCS liquides à la précipitation de l'oxyde de cuivre , quand on les soumet à l'action do la liqueur de Fromniliertz. L'existence de l'albuminose en proportion notable masque cnlièrement la présence du glucose, c'est-à-dire empêche la manifestation du précipité que le réaclif cupro-potassique délerminc dans les liquides sucrés. Une décoction de foie, obtenue avec les propor- tions de matière et la méthode indiquées plus haut , fournit , sans nulle concentration , un précipité très abondanl d'hydrate jaune de sous-oxyde de cuivre , quand on la fait bouillir quelques instants avec la liqueur de Frommhertz. Mais la même dissolution, très concentrée, ne donnerait , par la même liqueur, qu'un précipité insignifiant, et prendrait seulement une forte coloration jaune. La réaction serait , au contraire , parfaite , si l'on étendait de huit à dix fois son volume d'eau cette même dissolution, ou mieux en- core si on la précipitait par l'alcool qui en sépare la matière albu- minoïde , et que l'on concentrât ensuite pour chasser l'alcool. L'emploi du sous-acétate de plomb, qui précipite la matière albu- minoïde, conduirait au même résultat. C'est donc la matière albuminoïde qui met obstacle à la réaction du sucre sur la liqueur de Frommhertz, et qui empêche la précipitation de l'oxyde de cuivre. Je crois devoir recommander d'une manière toute spé- ciale, quand on se livre à la recherche du glucose dans des liquides d'origine animale , au moyen de cette liqueur , de commencer toujours par débarrasser le liquide de la matière albuminoïde au moyen de l'alcool ou du sous-acélale de plomb et du carbonate de soude, selon le procédé bien connu des chimistes. On s'expo- serait , en opérant autrement, à méconnaître la présence du sucre. C'est encore à la présence de cette matière albuminoïde dans la décoction du foie (pi'il faut attribuer un phénomène remarquable (pie présente le glucose provenant de cette origine , phénomène qui a longtemps apporté de grands embarras à mes recherches. Tous les cliimistes savent que le glucose n'est point précipité parle sous-acélale de plomb , cl que c'est même là un des caractères qui pcrmcltent le mieux de distinguer le su^^rc d'un grand nombre CONTENU DANS LE FOIE. 25 d'autres produits végétaux. Or le sucre de foie, le gUicose, tel qu'il se rencontre dans la décoction du tissu hépatique, est, en partie , précipilable par le sous-acétale de plomb. Un infusum aqueux de fuie de boaif, simplement concentré, donne, par le sous-acétate de lilomb, un précipité très abondant d'un jaune pâle, et ce précipité étant recueilli sur un lîltrc et lavé avec soin, si on le décompose par un courant d'iiydrogène sulfuré, et que l'on sépare par la llltration, le sulfure de plomii formé fournit une liqueur acide d'un beau jaune, qui, débarrassée parl'ébullition de l'excès d'hydrogène sul- furé , réduit avec intensité la liqueur de Frommhcrtz. C'est la présence de l'aliiumiaose qui a pour résultat de provo(|uer, dans cette circonstance, la combinaison insoluble du glucose avec l'oxyde de plomb. Eu effet , quand le glucose e.^t purifié , connue nous l'indiquerons plus loin, et entièrement débarrassé de cette matière albuminoïde , les sels de plomb ne peuvent plus le pré- cipiter. .^lais ce phénomène mérite d'être examiné avec plus de détails. Je rapporterai donc une expérience qui montre que non-seulement le glucose est précipitable par le sous-acétale de plomb en présence delà matière albuminoïde du foie, mais encore qu'il est possible de séparer presque en totalité ce glucose sous forme insoluble par l'emploi méthodique du sous-acétate de plomb. Un infusum de foie de ba^uf, préparé, comme on l'a indiqué plus haut, aveu 2 kilogrammes de foie, a été réduit par l'évaporalion au volume d'un demi-litre, et traité par de l'eau de baryte en excès, qui a produit un précipité jaunâtre, formé en grande partie de sul- fate de baryte uni à une matière organique. Séparée de ce précipité, la liqueur a été traitée par le sous-acétate de plomb en excès, qui a fourni un précipité abondant de couleur blanc jaunâtre, qui a été recueilli sur un tiltreet lavé. Le précipité formi^ par le sous-acétate de plomb dans la décoction de foie est en partie soluble dans un excès du réactif; il est en même temps solubledans l'acide acétique, et lé- gèrement soluble dans l'eau ; aussi les eaux provenant du lavage de ce précipité entraînent-elles une quantité notable de celle substance en dissolution. Les eaux de lavage ayant été réuniesau liquide llllré, ou a conccnlré le loul, et on l'a |iréci[iité une secuntie fois par le 56 ï.. FIGUIER. DE l'origine DU SUCRE soiis-acé(a(c de plomb, après les avoir préalablement atldilionnées d'une petite quantité d'ammoniaque pour rendre la précipitation plus complète. Le précipité jaunâtre, assez abondant, ainsi obtenu, a été réuni sur im autre filtre, et lavé comme le précédent. Ces eaux de lavage, réunies au liquide provenant de la filtration, ont été également concentrées, et précipitées une troisième fois par le sous- acélafe de plomb avec addition préalable d'ammoniaque. La même opération a été répétée une quatrième fois, c'est-à-dire que les eaux mères elles eaux de lavage du troisième précipité eoneentrées ont fourni par le sous-acétate de plomb un quatrième précipité. Par ces précipitations successives, on a dépouillé la décoction de foie de la presque totalité du glucose qu'elle renfermait. En effet, le liquide liltré provenant de la dernière précipitation a été traité par du carbonate d'ammoniaque, alin d'en ]irécipiter l'excès du sel de l)lomb et de baryte qu'il retenait. Ce liquide, filtré et évaporé, a laisse un résidu qui a été chauffé au bain-marie pour en dégager le sel ammoniacal volatil. Or, ce résidu, redissous dans l'eau distillée, ne n'duisait plus la liqueur de Frommbertz , et ne consistait guère qu'en sel marin ou en sels minéraux fixes. Son poids était seu- lement de 4 grammes ; calciné à une température très ménagée dans un creuset couvert, il a laissé un résidu partiellement incinéré du poids de ls'',S. Il ne renfermait donc que 2s%2 de matière orga- nique; ce qui revient à dire que, par le seul emploi de l'eau de baryte et du sous-acétate de plomb, j'ai pu obtenir, sous forme insoluble , la presque totalité des matières solubles fournies par 2 kilogrammes de foie. Le glucose était liien d'ailleurs contenu dans le jjrécipité plom- bique séparé du liquide ; en etTet , ces divers précipités étant réunis, et délayés dans une petite quantité d'eau distillée, on a ajoute avec précaution de l'acide sulfuriqne au mélange. En fil- trant de temps en temps une petite quantité de la liqueur, on s'assurait qu'elle ne contenail point d'acide sulfiu'ique libre au moyen de l'eau de baryte, cpii fournissait avec la li(pieur fdtrée un pn'ciiiili'' entièrement solnble dans l'acide azolii|ue. On a ainsi re- comiu, par l'acide azoliipie et l'eau de baryte, le momentoù il exis- tait dans la liqueur un petit excès d'acide sulfurique, dont on s'est J CONTENU DANS LE FOIE. 27 (iébarrassc en agitant le li(|iii(li' filtre avee un peu de carbonate de Lurylc réceiuinent [)réeipit('. Le liquide ainsi obtenu était d'une couleur jaune rougeàtre, et contenait le glucose en dissolution, mélangé à la matière alhiuni- noïdc. Evaporé à siccitéau baiu-marie, et traité par l'alcool chaud pour le séparer de la matière albuminoïde, il a donné un résidu du [loids de l':2 grammes offrant les caractères du glucose. Sa disso- lution réduisait avec beaucoup d'intensité la liqueurde Frommhertz, et réduisait à cliaud l'azotate d'argent et le chlorure d'or. Voici d'ailleia's l'aclion des réactifs sur cette matière une fois dissoute dans l'eau : Couleur d'un beau jaune ; saveur acide, ensuite astrin- gente ; réaction acide très manifcsle au papici' de tournesol , [iréci- pitaut eu linui par le tannin, en blanc jaunâtre par le sous-acétate de plonili; donnant par l'azotate d'ai'gent un précifiité cliamois, (]ue l'acide azotiijue dissolvait, eu laissant jiuur résidu un dépôt blanc caillebotlé de chlorure d'argent; donnant enfin parlacalcina- tion avec la potasse un dégagement d'ammoniaque. A tous ces caractères, il est facile de recoimaitrci du glucose, mélangé avec une petite quantité de la matière albuminoïde , dont les propriétés seront énumérées plus loin. Ce (pii ressort , et ce que nous voulions seulement conclure de cette cNpi'rieuee , c'est que le glucose qui existe dans le l'oie est susceptible d'être précipité presque en entier par le sous-acétate de plomb, par suite de la pn'sence de la matière albuuiinoïde qui, pré- cipilable elle-même par le sous-acétate de plomb, l'entraîne en quelque combinaison plombirpie double. Comme on ne connais- sait encore rien d'analogue dans l'histoire chimique du glucose , ce fait nous a paru digne d'être signalé. J'ajouterai rpie j'ai obtenu le même résultat, décrit dans l'expé- rience précédente, sans avoir recours à l'eau de baryte. Un infusum de 500 grammes de foie de bo'ufapu être dépouillé de presque tout le glucose «pi'il contenait au moyen de trois jirécipitations succes- sives par le sous-acétate de plomb ; seulement, j'additionnais tou- jours la li(pieur d'ammonia(pie, avant la pi'i'cifiitation par le sel de plomb, ari'êtaut i'alfiision du sous-;ic(''tat(\ loi'sr|iic le précipité, qui était d'abord blanc jaiur.'ilre , couuueni;ait à paraître blanc par la 28 L. FICiUIEB. DE LORIGINK DU SUCIIK précipitation de l'oxydo de ploinl). Le liar l'addition de l'al- cool est d'ailleurs le moyen le plus convenable d'i.solercetle matière pour en étudier les propriétés. On peut aussi l'obtenir en se bor- nant à évaporer la décoction à siccili' au bain-marie , et repreuant à chaud le résidu de réva|ioration par de l'alcool à 33 degrés, qui laisse la malien' alhuuiiiioïde sous forme insoluble, fthiis quand on opère sur de cerlaiues quantités, siu' nue décoction (|ui doit, par exemple , laisser un résidu de 100 gramuies, l'action de la chaleur a pour résultat d'altérer en partie celle matière , et de laisser un [)roduit coloré. On n'obtient en opérant ainsi de bons résultais qu'à la condition d'agir sur de pelites quantités, avec un foie de lapin par exemple, qui ne doime qu'un résidu total, dont le poids ne dépasse pas 5 à 6 grammes. Ajoulons (jue, quand il s'agit de doser dans le foie laquantiléde matière albuuiiudïde, il ne faudi'ait passe conlentcr d(; précipiter la liqueur jiar l'alcool. L'i'vapdralinii du li(pii(le à siccil('', cl le Irai- 30 li. FIGUIER. — i>i-. l'okiginf: m; sicnr. tement du résidu par ralctii)! à 33 degrés, esl daus ce cas indispcu- sable, car fe n'est (|uc par celle évaporalioii à siccili' que la ma- tière alijLuniuoïde devient à p(ni jtivs insoiuiile dans raicool. Voici maintenant les propriétés (|ui distinguent la matière albu- minoïde du foie : A l'état sec, elle a l'apparence d'vmc gomme, et, comme les gommes, elle se gonfle dans l'eau froide , et s'y dissout en toutes proportions , même après qu'on l'a desséchée à 100 degrés. Cette dissolution est laiteuse ou opaline, et l'alcool y détermine un abon- dant précipité blanc, qui ne tarde pas à gagner le fondduliq\iide (1). Cette dissolution rdtrc sans laisser de résidu sur le papier, et elle n'est point susceptible d'être pr('cipitce par l'addition d'un sel so- luble, tel que le chlorurede sodium ou de calcium, ainsi qu'il arrive à certaines matières organiques, qui produisent ce que l'on a nommé des dissolutions apparentes , susceptibles d'être détruites par la simple addition d'un sel solublc. Cette matière est azotée et neutre aux papiers réactifs. La cha- leur ne coagule point sa dissolution a(|ucuse. Les acides azotique , sulfuriquc et acétique , ne précipitent point à froid cette dissolution , et, à chaud, la rendent limpide. L'acide chlorhydriquc bouillant la dissout avec une coloration brune, mais non bleue, ainsi que le font, dans la même circonstance, l'albumine, la fibrine et le caséum, selon l'intéressante observation due à M. le professeur Caventou. Nous ajouterons seulement, en ce qui con- cerne l'acide azotique, f[ue, bien que cctacide ne semble paspri'ci- piter à froid la dissolution atpieuse de cette matière une fois isolée, il produit cependant un précipité blanc assez abondant dans la dé- coction de foie simplement concentrée, et ce pn'cipité dégage de l'aumioniaque, par l'action de la potasse, à une tenipéralnre élevée. Cet effet tient sans doute à ce qu'il existe encore dans la décoction du foie un peu d'albumine non coagulée jiar la chaleur , et que l'acide azotique préci|)ite. (1) Cette opalinité n'est probablement pas inliérente à lalbuminose; ette peut être déterminée par un peu de matière grasse, par du pliospliate de chaux , etc., je dirai cependant que l'alliuminuse du foie de lapin agitée avec de lotlier con- serve la propriété de donner une dissolution opaline. r.ONTKMI DANS LE rOlE. 31 ' La [lûlassc cl la soude ne préciiiitont (■(^llc iiuilièrc ni ;'i IVdid , ni à chaud ; mais elle est précipitée par le chlore faible, l'azotate d 'ar- gent non acide, le tannin, lebiehlorurc de mercure et le sous-acé- tate de plondj. Avec le tannin, on a un ]>récipité brun ciiocoiat, un précipité blanc jaunâtre avec le sublimé, et, par le sous-acétate de plomb, un préeipit(' blanc trèsaliondant. Le précipité obtenu pai'le chlore est soluble dans un excès du réactif. Le réactifdeFrommhertzest sans action sur cette matière ; seule- ment la coloration bleue du.li(|uide cupro-polassiipie aMunienle d'intensité, et tourne au violet. On a vu })lus liautrelïct spécial que produit la matière alliuminoïde du foie sur ce réactif, qu'elle rend impropre à déceler la présence du glucose. D'après les caractères précédents , nous pensons que l'on doit considérer le produit albnniinoïde que nous venons de di-crire conmie identique avec un composé entrevu dans le sang par divers chimistes, composé (|ui diffère dd'albumine en ce qu'il n'est point coagulé par lacliaieur, et du caséum en ce qu'il n'est point précipité par les acides. Ce produit intéressant a été étudié dansées derniers feni[is par 'SI. Mialiie, (|ui lui a donné le nom lYalbutninose, et qui le considère coniine provenant des transformations quel'action di- gestive fait éprouver aux matières albuminoïdes, fibrine, albumine, caséum, etc., introduites dans l'estomac. M. Lehmann,quira jilus récemment examiné, lui accorde la même origine, et le désigne sous le nom de peptone , [lour rappeler qu'il doit sa formation à l'intervention du principe digestif, c'est-à-dire 'à]a pepsine. En résumé, les produits solubles contenus dans le foie sontprin- ci[ialemenl conslilués par le glucose etraibuniinosc. Il faut ajouter à ces deux produits un acide organique, dont la présence est facile- ment accusée par le pajiier de lournesol sur la décoction a(|ueuse du foie concentrée; enlin ([ueliiues sels minéraux , parmi lesquels domine le chlorure de sodium , avec une (]uanlité très appréciable de sulfates alcalins. Les proportions relatives d'aliiuminose et de glucose dans le tissu du foie doivent nécessairement varier, puisqu'elles dépendent delà quantité et de la nature des aliments ingérés. Disons .seulement que le foie d'un lapin, ipii pesait 90 grammes, nous a donné S^^S d'al- 32 L. FIGUIER. — DE l'orIGINE DL' Sl'CBE bimiinoseséchéeù 100 degrés, c'est-iKlirc 2,7 pour 100 du poids total de l'organe, et liî',25de glucose, c'est-à-dire 1,3 pour lOOdu poids de l'organe ; 2 kilogrammes de Ibicde bond' nous ont fourni 70 grammes d'albuminose, c'est-à dire3,5pourl00, et28grammes de glucose, c'es(-à-dire 1,1 pour 100. Ces rapports n'ont pas été les mêmes dans d'autres déterminations faites avec le foie du même animal , mais ces différences ne peuvent tenir qu'à la quantité et a la nature d'aliments pris par l'animal examiné. Il demeurait prouvé, par les expériences qui viennent d'être rapportées, que c'est bien du glucose qui existe dans le tissu du foie. Persistant, néanmoins, dans la pensée que le sucre ne pouvait pro- venir d'une sécrétion propre de cet organe, mais qu'il était apporté en totalité par les produits de l'alimentation, il nous restait à reelier- clier si le sucre qui se trouve mêlé au sang dans le foie ne se ren- contrerait pas aussi dans le sang pris en d'autres parties du corps , et, dans ce cas, à comparer les quantités que l'on en trouverait dans la masse générale du sang avec celle que renferme le tissu hépa- tique. Je n'ignorais pas cependant que tous les résultats acquis jusqu'à ce jour à la science faisaient repousser unanimement l'idée de l'existence du glucose dans le sang normal. A la suite d'expériences siiéciales entreprises sur cette question , les physiologistes et les chimistes s'accordaient , en effet , pour admettre que, dans l'état normal, il ne peut exister de sucre dans le sang, la combustion respiratoire ayant pour résultat de détruire avec une promi)titude extrême tout celui qui pourrait apparaître dans ce liquide. Si l'on interroge, en effet, les auteurs des ouvrages les plus récents de physiologie , on reconnaît que l'absence complète du sucre de la masse générale du sang est un principe unani- mement proclamé par eux. Dans leur Traité de chimie analo- miqiie et plnjsiolofjiqtie, MM. Charles Robin et Verdcil s'expriment en ces termes au sujet de cette question : « Le sucre sécrété par le » foie passe dans la veine cave, de là au cœur, et va en diminuant » de quantité , au fur et à mesure qu'on ai^proche du poumon , de CONTrM ! ANf. i.r. KMi:. 3o » telle sorte que , dans le sang ùos cavités gauches ilu cd'ur , il n'y » a déjà plus ou presque [dus de ce principe ^Bei'uard^. Ce sucre » passe rapidement à l'état d'acide lactique par catalyse isomérique » ou niétaniorpliosaute, de manière à former de l'acide lactique et »de l'eau '^1).» "SI. Béclard, dans son Traité élémentaire de phi/siolof/ie récem- ment publié, nous dit, à propos de la même (piesliim : «Comme » on ne retrouve point le sucre dans la masse générale du sang, il » est incontestable que le sucre, incessamment formé par le foie, » est incessamment détruit dans le sang ]iar les combustions de » respiration (S";. » On peut ajouter enfin que tous les travaux de M. Bernard sur le sucre du foie partent de ce principe, que, dans les conditions ordi- naires, c'est-à-dire à une é|)oque éloignée de la digestion, le sang de la circulation générale ne renferme point de sucre. La même opinion de la non-existence du glucose dans le sang était partagée par les cliimisfes, à la suite des efforts infructueux que l'on avait faits jusqu'ici pour saisir la présence de ce produit dans le sang normal. Le sucre ne figure, en effet, dans aucune analyse connue de sang normal. (1 y a plus, et Ion nous permettra d'insister sur ce fait qui nous paraît caractéristique , l'existence du glucose dans le sang des diabétiques a été le sujet de contestations prolongées, et un grand nombre de chimistes se sont refusés à admettre la pré- sence du sucre dans le sang des individus atteinisde cet état patho- logiijue. 11 parait singulier que cette question ait pu faire l'objet d'un doute ; le sucre apjiaraissant en quantité considérable dansl'iu'ine des diabétiques, il fallait bien ipià un certain moment il se montrât dans le liquide sanguin. Tous les chimistes cependant n'ont pas ainsi raisonné, et, par suite, sans aucun doute, de l'imperfection des moyens connus à cette épotjue pour la recherche du sucre dans les liquides animaux, un grand nombre d'entre eux ont prononcé, à la suite d'expériences spéciales, qu'il existe peu ou puint de sucre dans le sang des diabétiques, c'csl-à-direches des malades qui ren- (1) Traité de chimie aiiatomiqm,/ el physiologique , l. II. |i. 3T3. (2) Traité élémentaire de i>hiisiologie , p. 401. f série. ZooL. T. III. (Cahier nM.) - 3 ai !.. FICiUlEB. DE l'origine DU SUCRE dent tous les jours par les urines de notables quantités de ce pro- duit. Un rapide coup d'œil jeté sur l'histoire de cette question mettra le fait dans tout son jour. Seulement, comme ce tableau ré- trospectif, Iracé de notre main, pourrait sembler entaché de partia- hté, nous aurons recours pour ce récit à une plume étrangère. Dans une excellente Thèsesur le diabète sucré, soutenue, en 1844, à la Faculté de médecine de Paris, M. le docteur Contour a présenté le résumé suivant des diverses opinions émises parles chimistes de notre époque, relativement à l'existence du sucre dans le sang des diabétiques : « RoUo et Richter croyaient, dit M. le docteur Contour, à la présence du sucre dans le sang des diabétiques ; ce dernier pensait que la matière saccliarine était si promptement éliminée par la voie des urines, qu'elle ne s'accumulait jamais en assez grande quantité pour pouvoir être découverte par les agents chimiques. En effet , Nicolas et Gueudeville , Wollaston , Marcel, Henry, Prout, Vauquelin, M. Thenard, Kane, de Dublin, Berzelius, et beaucoup d'autres cliimistes fort recommandables , n'ont jamais pu le démontrer. D'autres cependant ont été plus heureux, tels sont MM. Ani- brosiani, Mailtaud, Rees, Mac Gregor, Guibourt, Bouchardat, etc. » C'est dans le mois de juin 1836 que, pour la première fois , M. Am- brosiani constata l'existence du sucre dans le sang des diabétiques. 11 prit une livre de sang que lui donna le professeur Corneliani, étendit le caillot et le sérum d'une certaine quantité d'eau , soumit le tout à une cbuUilion de courte durée , et sépara , au moyen du fdtre , les matières coagulées. Pour dépouiller ce liquide de la matière colorante et des autres niatières animales, il le traita par le sous-acétate de plomb, qui donna un précipité dense d'un blanc sale ; un courant d'acide sulfhydrique, auquel il fit traverser ce mélange, précipita l'acétate de plomb en excès, et il ob- tint ainsi une masse pultacée noirâtre , qui fut elle-même étendue d'eau distillée et filtrée. Le liquide brun qu'on obtint fut soumis à l'ébuUilion avec une solution aqueuse de blanc d'œuf battu ; l'albumine, en se coagu- lant, la divisa en deux parties : l'une floconneuse, brune, insoluble; l'autre liquide et incolore. Celle-ci, évaporée lentement, se convertit bientôt en un sirop analogue à celui que donne l'urine des diabétiques ; et après quel- ques semaines de repos , il se forma de petits cristaux incolores de forme prismatique, à base rhomboïdale, se présentant, en un mot, avec tous les caractères des cristaux de sucre. Le sirop non cristallisé , exposé à une CONTENU DANS LE FOIE. 35 température de 26 degrés Réauniur, avec un peu de levnre de bière, ne tarda pas à entrer en fermentation. Les cristaux obtenus de cette livre de sang pesaient neuf (jrains , et le sirop nne once. Dans une autre expé- rience, le même chimiste fut moins heureux, il ne put obtenir aucune trace de sucre ; mais le sang qu'il analysa fut recueilli sur le cadavre d'une femme morte d'un diabète sucré. Ce fait me parait facile à expliquer, car, si l'on ^eut se rappeler que, dans les derniers temps de la vie , l'urine ne contient que fort peu de sucre , on sera forcé d'admettre que la quantité tenue en dissolution dans le sang devient très minime, et peut ainsi échapper à nos moyens d'investigation. » On trouve , dans le Journal de chimie médicale , deux tableaux d'analyse du sang de diabétique contenant du sucre. Le premier est le résultat des recherches d'un chimiste du nom de Muller, l'autre appar- tient à Rees. » Mac Gregor ( 1 ) a constaté aussi l'existence du sucre dans le sang des maldes atteints de diabète , sans s'attacher cependant à en donner l'éva- luation exacte et comparative. (Juarante-luiit heures après une saignée, il en sépare le sérum, qui, dans une circonstance, pesait 10,33, celui d'une personne en bonne santé ne pesant que '10,56; ce sérum diabétique, coa- ' gulé par la chaleur et séché avec soin, est coupé en petits fragments, traité avec soin, et soumis à rèbullifion : puis , après avoir filtré la décoction et l'avoir réduite par l'évaporation , il ajoute un peu de ferment de bière au liquide concentré, et il se développe alors, pendant plusieurs heures, une vive fermentation. Mac IJregor assure même avoir trouvé quelques traces de sucre dans le sang d'individus bien portants, lorsqu'ils étaient soumis à une diète végétale. » Pour retrouver le sucre que contient le sang des diabétiques, M. Rou- chardat solidifie ce sang au bain-marie; traite à plusieurs reprises, par l'alcool à 30 degrés, les parties ainsi solidifiées, fait évaporer les colatures alcooliques, les reprend par l'eau, et, dans les liqueurs filtrées , il ajoute un peu de levure de bière : on voit alors s'établir la fermentation , ]u'euve irrécusable de la présence du sucre. M. Rouchardal a cherché encore à expliquer les dissidences si grandes qui existent dans les résultats des chimistes qui se sont occupés do l'analyse du sang chez les diabétiques, et il me parait être arrivé à ce but dune manière fort heureuse. Examinant, en effet , que chez les malades atteints de diabète, après un certain séjour dans les hôpitaux, la soif et l'appèlit diniiimenl nnlablenieiil. aiii>i ((ue la .1) Gazette médicale de Londres, 13 et 20 mai ISJ7, 1814. — Contour. 30 L. FICSUIER. DE l'origine Dl SL'CRIC quantité de sucre dans les urines , il pensa que le sucre tenu en dissolu- tion dans le sang devait également diminuer. Réfléchissant, en outre, que les urines ne contiennent jamais tant de sucre qu'une heure ou deux après les repas, et qu'au fur et :i mesure qu'on s'éloigne de cet instant, la quan- tité de matière sucrée va sans cesse en décroissant, il crut qu'il devait en être de même pour celle que renferme le sang. Il en induit donc que, sui- vant que la saignée soumise à l'examen aura été faite lors de l'entrée du malade à l'hôpital ou après un long séjour, ou mieux encore peu de temps après le repas ou longtemps après la digestion, l'analyse devra démontrer ou ne pas démontrer la présence du sucre dans le sang. L'expérience vint confirmer bientôt sa manière de voir. Cliez un malade saigné à neuf heures du matin , et qui n'avait pas mangé depuis cinq heures du soir du jour précédent , il ne put retrouver la moindre trace de sucre dans le sang ; tandis qu'une saignée faite deux heures après lui déjeuner léger en fournit des signes non équivoques. » Cependant M. Martin-Solon , qui , dans une première analyse faite avec M. Ossian Henry, n'avait pu retrouver le sucre dans le sang , voulut se mettre dans les mêmes conditions que M. Bouchardat. Il fit pratiquer chez un diabétique, trois heures après un déjeuner léger, une saignée qui fut, le lendemain matin , examinée par un jeune et habile chimiste , M. Fortineau, et ne donna aucune trace de sucre. » Faut-il admettre que les trois heures qui se sont écoulées depuis le repas jusqu'au moment où la saignée a été faite aient sufli au sang pour se dépouiller de l'excès de sucre qu'il contenait? Ou bien faut-il croire que, dans l'analyse chimique, toutes les précautions nécessaires pour arri- ver à un résultat heureux n'ont pas été parfaitement observées? Je me rattacherais plus volontiers à la première de ces deux suppositions. » JI. Martin-Solon , qui , depuis déjà plusieurs années , se livre à des études consciencieuses sur le diabète , et fait souvent de louables efforts pour éclairer le traitement de cette cruelle maladie, a voulu encore exami- ner le sangà l'aide de l'appareil deM. Biot et du procédé de M. Frommherlz. Comme M. Biot, il n'a pu débarrasser le sérum du sang d'une certaine opalinité qui l'a toujours empêché d'arriver à des résultats fructueux. Par le procédé de Frommherlz, il n'a jamais pu trouver de sucre dans le sang; la réduction cuivreuse a toujours été d'un bleu noirâtre, au lieu d'être d'un jaune rougeàtre, comme on le voit ordinairement quand il y a du sucre de diabète dans le liquide examiné. Mais je crois pouvoir avancer, d'après des expériences souvent répétées, que le procédé deM. Froinmhertz,si sensible quand il s'agit du sucre dans les urines du diabéti(pie , n'a plus la même COKTEXl! DANS LE FOIE. 37 sensibilité quand il faut en constater la présence clans le sang. En eflel , plusieurs fois j'ai fait dissoudre dans le sérum normal une faible proportion de sucre de diabète, que je n'ai jamais pu retrouver à l'aide de la réaction de la potasse dans le deutosulfate de cuivre; toujours, pour obtenir la réduction jaune rougeàtre , il me fallait augmenter la quantité du sucre. N'est-il pas légitime de conclure que , cbez les diabétiques , le sucre peut exister dans le sang, bien que le procédé de M. P'roninibertz ne permette pas de le reconnaître? » Noii.s avons ('fit iioiivdir ein[iriiiilt'r ;'i railleur de la Thèse sur le diabète l'exposé précédent, qui fait très l)ien connaître l'état de la science sur celle ipiestion, et fini se Icrininc par le trait curieux d'une certaine ijuanlité de glucose ajouté au sang, et qui ne peut plus être décelée par le réactif de Frommhertz. Ce dernier fait cesse d'ailleurs de siu-prendre , quand on connaît les remarques précédentes sur l'olistaclc a|)porlé à la réaction de la liipieur de Fronuuheriz par l'albuminose qui existe dans le sang de la cir- culation générale. Pour compléter l'iiistoriquc précédent, nous devons parler de quelipies résultats obtenus, dans la question qui nous occupe, par MM. Magendie et Bouchardat. En I8/16 fil, M. jMagendie, dans son cours au Cojh'ge de France, lit (juelques expériences pour prouver que l'amidon peut être rendu soluble, et converti en dextrine et en glucose par diffé- rents liquides animaux aulres que la salive, [troduit chez lequel une découverte récente venait de montrer celle propriété transfor- matrice portée à un degré remarquable. M. Magendie crut recon- naître que celte propriété appartenait aussi à la bile, à l'urine acide, au sperme, à des parcelles de cerveau, de cœur, de poumon, etc. Parmi les liipiides animaux qui peuvent exercer la même aciion, il signala le sérum du sang, et le sang pris au sortir de la veine. En mêlant à 200 grammes de sang 5 grammes d'amidon bouilli dans l'eau, on reconnaissait, au bout de quatre heures , que l'amidon s'était converti en dextrine et en sucre. .M. Magendie voulut alors s'assurer si le sang jouit de la même jt) Comptes remins de l'Académie des sciences, t. XXIII, p. 189. 38 I.. FitJUiiîR. — DE l'origine du sucre propriété Iraiisl'oriniilricc (iiuinij il circule chez un animal vivant. A cet effet, il injecta dans les vi'ines d'un lapin de l'empois d'ami- don , et constata , dix niinules après celle injection , que l'amidon avait disparu, et s'était ciiangé en dextrine et en sucre. Voulant enfin reconnaître si, dans le sang d'un animal, exclusi- vement nourri avec des substances féculentes , on constaterait la même transformation, M. Magendie alimenta pendant plusieurs jours un ciiien avec des pommes de terre cuites , et il constata, dans le sang de cet animal, l'existence de la dextrine et du glucose. La présence de ces deux produits organiques fut reconnue par le même expérimentateur chez des chevaux nourris exclusivement avec de l'avoine. « Je n'ai pas encore eu l'occasion, ajoute l'auteur ^e ces observations, de faire l'expérience sur l'bomme. » M. Ma- gendie n'a pas donné suite à ces expériences : depuis cette époque, il n'a rien publié sur le même sujet (1). .MM. Boiicliardal el Sandras ont lu, le 28 janvier 1845, à l'Aca- démie des sciences, un mémoire sur la Digestion des matières fécu- lentes et sucrées^ dont nous allons faire connaître les principaux résultais. Etudiant les produits de la digestion de la fécule et de la dextrine, M.^l. Bouchardat et Sandras constatent la présence de traces de • (1) Nous pensons (|u'il y aurait iujuslice a se fonder sur ces faits pour attri- buer à M. Magendie , comme on l'a fait depuis la publication de nos recherches, la découverte de Yexislence normale du sucre dans le sang. Dans les expériences que nous venons de rapporter, et qui résument tout le contenu de la note de M. Magendie, il ne s'agissait, comme on le voit, que de constater la réalisation , au sein de l'économie, du pliénomèiie chimique de la transformation de l'amidon en sucre qui se passe dans nos appareils chimiques. Si les expériences de M. Ma- gendie avaient eu les conséquences qu'on veut en tirer aujourd'hui , comment se fait-il qu'on ne les ait reconnues que neuf ans après la publication de sa note? L'existence normale du sucre dans le sang constituant un argument sérieux contre la théorie de la sécrétion glucogénique du foie, c'était au moins un élément à prendre en grave considération dans l'exposition de cette découverte. Cependant M. Bernard n'a jamais fait la moindre allusion à ces résultats de M. Magendie, soit pour les réfuter, soit pour y accommoder sa théorie. C'est la une preuve sans réplique, qu'il n'attribuait pas alors aux expériences de M. Magendie les consé- quences qu'il essaie aujourd'hui d'en déduire pour réclamer en faveur de ce physiologiste la découverte de l'existence normale du sucre dans le sang. CONTENU DANS LE FOIE. ^9 dextrine et de glucose dans le sang de divers animaux soumis à l'alimentation avec la fécule crue ou cuile. Le procédé pour la re- cherche du sucre consistait à coaguler par l'ébullition le sang étendu d'eau , et à le distiller dans une cornue avec environ 2 pour 100 d'acide sullurique, afin de déceler l'acide formique qui pouvait exister dans le sang, par suite de la combustion de la dextrine ou du glucose effectuée pendant la respiration. — La digestion de la dextrine donna , à ^LM. Bouchardat et Sandras , à peu près les mêmes produits que celle de la fécule. Examinant les produits de la digestion des matières sucrées , les mêmes chimistes reconnaissent que le sucre se change en partie dans l'intestin en acide lactique, mais qu'uue autre partie ne subit point d'altération. Étudiant alors l'état des diverses sécrétions, ils reconnaissent dans le sang l'existence de « traces de sucre inter- verti. » Le procédé consistait toujours à distiller le sang, préalable- paent coagulé par l'ébullition, avec 2 pour 100 d'acide sulfuriquc ; c'est dans le résidu de cette distillation , saturé par la soude, que le réactif de Frommiiertz indiquait ces traces de sucre. Ce procédé, f{ui n'aurait pas été d'un choix très heureux pour la recherche du glucose , était surtout employé pour reconnaître la présence de l'acide formique dont les expérimentateurs se préoccupaient sur- tout , et (pi'ils ont en effet trouvé dans quelques-unes de leurs expériences. En se servant du même moyen, MM. Bouchardat et Sandras constatèrent la jirésencedu « sucre modifié «dans le sang de trois individus qui avaient pris, quelques heures avant la sai- gnée, le premier 100 grammes , le second 80 grammes, et le troi- sième 200 grammes de sucre de canne dans de l'eau ou dans une tasse de lait. Autant qu'il est permis île formuler avec netteté les consé- (juences que MJL Bouchardat et Sandras tirent de leurs nom- breuses recherciies, ces expérimentateurs nous semblent, en résumé, admettre que le sucre ne peut longtemps persister en na.ture dans l'économie animale. Selon eux, une partie du sucre de canne introduit dans l'estomac se transforme dans l'intestin en acide lacliipie, leipiel passe dans le sang, où il est promptement détruit par la respiration et charigi' en carbonate de soude. Mais, liO L. FIUI'IGR. DE l'orIGIKE DU SLCKE (lisonl iMM. BoiiolinrfliitotSîuidras, «ce nVst ([u'iiiiepclilo quantité » de sucre qui se eliange ainsi en acide lactique ; la plus grande pro- » portion, introduite dans l'appareil circulatoire, y est alors, sous la » double influence de l'oxygène el des alcalis , direclement détruite » en produisant de l'eau et de l'acide carbonique, et en passant par » l'état intermédiaire d'acide formique. » « Nous n'avons, ajoutent » ces expérimentateurs, à propos de ce dernier acide, isolé, il est )) vrai , que des traces d'acide formique , et ce résultat n'a pas été «constamment obtenu; mais, avant l'expérience mémorable de » i\IM. Dumas et Prévost sur l'origine de l'urée , on sait qu'on » n'était point parvenu à extraire ce composé du sang, et cependant » il s'y forme constamment. » Ainsi, le travail de MM. Bouehardat et Sandras confirmait les opinions généralement admises, à cette époque, par les physiolo- gistes et les chimistes , puisqu'il avait pour résultat de montrer que, même pendant l'alimentation, exclusivement composée de sucre, on ne trouvait guère dans l'économie que les produits de la destruction de ce composé, c'est-à-dire l'acide lactique dans l'in- testin, et dans le sang le carbonate de soude provenant de la coni- busliou de l'acide formique, provenant lui-même de l'oxydation du sucre, avec quelques traces seulement de glucose ayant échappé à cette décomposition. La connaissance des résultats qui précèdent n'était pas de nature à nous faire concevoir beaucoup d'espoir pour la découverte du glucose dans le sang normal. Nous avons cru cependant que l'on pourrait espérer mieux réussir dans cette recherche, si l'on avait égard aux deux précautions suivantes : Ne pas attendre la coagula- tion spontanée du sang, connue on l'a fait jusqu'ici , croyant simplifier les opérations de l'analyse chimique ; opérer sur des li(pieurs rendues légèrement acides , alin de se mettre à l'abri de l'action que doit exercer le carbonate alcalin qui existe dans le sérum du sang , sur la petite quantité de glucose qu'il peut renfermer. Il est hors de doute , en effet , qu'attendre la sépa- ration en caillot et eu sérum, qui s'exécute spontanément dans le sang, ce n'est point faciliter les opérations ultérieures qui se J CONTE>L' DA.XS LE FOIE. 41 rapportent à la reclierche du glucose. Bien que la coagulation du sang commence quelques miiuiles seulement après que le sang s'est échapiié des veines de l'animal , la séparation complète du cruor et du sérum exige un temps assez long. Si l'on oiière, par exemple, sur le sang de Ijii'id", il faut attendre cinq ou six heures pour que celte sé[iaralion soit complète , c'est-à-dire pour que le caillot cesse de se rétracter et d'exprimer de son tissu les dernières parties du liquide où il liaigne. Il est certain que dans cet intervalle, sous l'inlluencc réunie de l'air teiui en dissolution dans le sérum, et de l'alcali carbonate que ce liquide renferme , la petite quantité de sucre qui s'y trouve contenue peut être chimiquement altérée. Quant à l'influence fàclieuse que doit exercer l'alcali carbonate du sang pendant l'évaporation du sérum, si l'on n'a pas la précaution de neutraliser cet alcali, elle se comprend sans peine, si l'on rétlé- chit que le carbonate de potasse et de soude , par une ébullition prolongée avec le glucose, produisent le même effet que la soude caustique dans les mêmes circonstances , c'esi-à-dire transforment le sucre en acide glucique et autres produits analogues qui n'ont plus rien de commun avec le glucose. C'est, je crois, grâce à l'eniidoi des deux précautions qui vien- nent d'être indi(]uées que j'ai réussi à mettre en évidence l'exis- tence d'une certaine quantité de glucose dans le sang normal, non pas simplement comme l'ont fait quelques physiologistes à la suite de l'administration des féculents, et pendant la période digestive (Ij, mais dans les conditions ordinaires, c'est-à-dire à une époque nota- blement éloignée du dernier repas, et sans se préoccuper de l'ali- mentation de l'animal. Mes expériences ont porté sur le sang de l'homme , du bieuf , du mouton, du chien et du lapin. Voici les dcii\ procédés (pii m'ont permis de constater, sans la moindre difficulté, la présence du glucose dans le sang normal. Le premier peut servir à déterminer la quantité de sucre contenue dans le sang normal ; le second n'a [lour but que d'indiquer seule- ment la présence de ce produit. An niument où il est tiré de la veine , le sang est battu pour le (Ij .Magendie, Inc. cit. — Becker uilé par Béclard, Traite éicmenlaire de ;)Ai/- Siologie, p. 134. 42 V. FIGDIEB. — DE l'oRIGINE DU SUCRE défibriiier. On [lèso alors la quantité sur laquelle on opère, et l'on ajoute au liquide trois lois son volume d'aleool à SBdegrés. Au bout de quelques minutes , le sang est complètement coagulé en un caillot d'un beau ronge parla précipitation simultanée des globules et de l'albumine du sérum. On passe à travers un linge de percale, on exprime, et on lave le résidu avec un peu d'alcool. Le liquide, jeté sur un llllre, passe presque incolore, en manifestant une réac- tion alcaline, qui devient sensible au papier de tournesol, après révaporation de l'alcool à la surface du papier. On ajoute au liquide quelques gouttes d'acide acétique, de manière à lui communi([uer une faible réaction acide, et l'on évapore au bain-marie jusqu'à siccité. On observe, vers la fin de cette évaporalion, la séparation d'une matière verdâtre , qui n'est autre chose qu'un dernier reste d'albumine coagulée. Le résidu de cette évaporation, repris parl'eau distillée, contient le glucose uni à quelques sels minéraux, parmi lesquels domine le chlorure de sodium. Ce liquide réduit, en effet, avec énergie la li(pieur de Frommhertz, et fournit à l'ébuUition un abondant iirécip'lé jaune ou rouge-brique de sous-oxyde de cuivre hydraté. Pour déterminer exactement la quantité de glucose conte- nue dans le sang, sur lequel on a opéré, il suffit de procéder, comme nous le verrons plus loin , avec la liqueur cupro-potassique con- venablement titrée , à la déterminafion de la quantité exacte (j.e sucre que renferme ce résiilu , pesé et redissous dans l'eau. Le second procédé, qui n'a pour eflet que de déceler la présence du glucose dans le sang, sans permettre d'en déterminer la quan- tité, repose sur l'emploi d'une dissolufion de sulfate de soude, quia le double avantage d'opérer la séparafion artificielle des globules et du sérum, et d'empèclier, par suite de la présence d'une grande quantité d'un sel qui met obstacle à la fermentation , que le sucre ne disparaisse pendant son mélange avec les matières azotées du sang. Voici les détails, fort simples du l'este, de son exécution : Le sang, défibriné au sortir de la veine , est additionné de trois fois son volume d'une dissolution de sulfate de soude , obtenue en laissant à froid l'eau se saturer du sel cristallisé. On jette ce mélange sur (\en\ demi-filtres, et le liquide s'écoule assez rapidement en conservant une leinlciiis('c ou rouge, (|ui provient de quelques glo- CONTENU DANS LE FOIE. ^3 I)nles qui ont Iravprsé lo [lapior , coloration dont il ne faut pas s'in- quiéler. Au bout il'uu corlaiii temps, laliltration se ralentit, ce qui provient de ce que les globules du sang, agglutinés et collés contre le papier, Unissent par rendre le llltre tout à fait imperméable au liquide. Il l'aul alors jeter celui-ci sur deux nouveaux filtres ; la fil- tralion reprend sa première activité, et l'on finit par obtenir ainsi une quantité de sérum fdtré suffisante pour les opérations à exécu- ter. Si l'on opère sur 200 grammes de sang, par exemple, on obtient, au bout de ([uatre ou cinq beures de filtration , assez de li- quide pour constater facilement la présence du glucose par le trai- tement qu'il nous reste à indiquer. Ce traitement consiste à ajouter au li(iuide filtré , c'est-à-dire au sérum mélangé à la dissolution de sulfate de soude , deux fois son volume (ral(^ooi, (jiii produit le double effet de précipiter le sulfate de soude de sa solution aqueuse, et de coaguler l'albumine et l'albu- ininose du sérum. Il ne reste plus qu'à évaporer ce liquide à siccité au bain-marie, et à reprendre ce résidu par l'eau, afin de le séparer (.l'un dépôt insoluble, auquel i'évaporation du liquide alcoolique a donné naissance. Cette dissolution aqueuse présente les propriétés ordinaires du glucose ; elle brunit par la potasse , et réduit avec énergie le réactif de Frommbcrtz. J'ai mis en usage un moyen qui diffère des deux précédents, dans le but d'obtenir des quantités plus considérables de sucre, et de bien établir, ce qui était capital dans la recberche qui m'occu- pait , que la matière qui, retirée du sang, réiluit le réactif de Frommlieriz, a aussi la propriété d'éprouver la fermentation. Dans (^e but, j'ai recueilli à l'abattoir du sang de bœuf, qui a été ^éfibriné par l'agitation à sa sortie du corps de l'animal ; 2 litres J/2 de ce sang ont été étendus de 1 litre 1/2 d'eau, et placés dans une bassine de cuivre. Ensuite on a cbauffé, de manière à porter peu à peu à l'ébidlilion, ijui a été entretenue deux ou trois minutes. jx coagulum, extrêmement volumineux, qui s'est formé, a été exprimé d'abord dans un linge, ensuite à la presse. Le liquide brun résultant de celle expression a été addilionné d'un peu d'acide acétique, de manière à lui comiiMiiiiqner une li'gère réac- tion acide, et rapidement évaporé dans un grand liain- marie Ilh li. FieL'iEK. — DE l'okigine uu slcrk d'i'tiiin. Il s'pst l'ait, iioiidiiiit celle évaporation , nii dépôt assez abondant d'albumine venlàlre que l'on a séparée par le fdlre , et l'on a ensuite achevé de concentrer le liquide , de telle sorte que , fdlré, il fut réduit à un volume d'environ 100 centimètres cubes. Ces proportions avaient été déterminées par un essai antérieur, afin que les proportions relatives d'eau et de matières dissoutes fussent à peu près : : 5:1, condition lapins avantageuse pour la fermen- tation alcoolique. A ce mélange on a ajouté 4 grammes de levure de bière fraîclie et lavée. Le flacon étant placé dans un petit bain- marie maintenu entre la température de 30 et de 35 degrés, la fer- mentation s'y est établie avec lenteur , mais avec régularité , et il s'était dégagé, auboutdedcux jours, environ 70 centimètres cubes d'acide carbonique recueilli sur l'eau. Le liquide a été ensuite distillé au tiers. Connue , d'après la petite quantité d'acide carbo- nique recueillie , la proportion d'alcool devait être extrêmement faible, je ne l'ai pas traité, pour le déshydrater, par le carbonate de potasse , craignant que la séparation en deux couches ne se mani- festât point. J'ai simplement rectifié sur de la chaux, et dans les premiers moments de cette rectification , on a saisi une odeur alcoolique très appréciable dans le récipient où les vapeurs se con- densaient. Le liquide condensé dans le récipient n'était point in- llammable directement ; mais en le plaçant dans un petit tube que l'on chauffait à la lampe, les premières vapeurs dégagées brûlaient à l'approche d'une allumette ))résentée à l'extrémité ouverte du tube. Cette expérience a donc établi d'une manière irrécusable l'existence du glucose dans le sang normal. Pour terminer ce qui se rapporte à la recherche chimique du sucre dans le sang, je dirai que l'on arrive aussi à un résultat très net, en se bornant à étendre d'une fois et demie son volume d'eau le sang préalablement di'fibriué par l'agitation, coagulant ce liquide par l'ébullition , s(''parant le coagulum albumincux produit par la chaleur, et préci|iitant la liqueur claire par le sous -acétate de plomb. Dans la liqueur filtrée, on précipite par un pende carbo- nate de soude l'excès du sol de plomb employé, et la liqueur, séparée du précipité de carbonate de plomb , est concentrée au baiu-marie, eu ayant la précaution de neutraliser par un peu d'acide CONTENU DANS LE FOIE. 45 sulfurique l'excès de carbonate alcalin. Dans le liquide concentré par l'évaporation, la li()ueur de Fronirnhertz accuse très nettement la présence du sucre. Il restait à déterminer les proportions de glucose contenues dans le sang, et à les comparer avec celles que l'on rencontre dans le foie. J'ai effectué cette détermination en faisant usage de la liqueur cupro-potassique , titrée au moyen d'un poids connu de glucose d'amidon purifié, et séché dans le vide. J'ai employé .cette liqueur cupro-potassique titrée de manière que 10 centinjèlres cubes de cette liqueur fussent complètement décolorés à Tébuliition par 05%05de glucose pur. On portait à l'ébullition ces 10 centimètres cubes de li(|ueur titrée, et, dans la liqueiu- bouillante, on ajoutait avec précaution la liqueur aqueuse fournie par le sang ou le foie, et renfermant le sucre à doser. La décoloration complète du liquide cupro-potassique étant obtenue, on calculait la quantité de sucre qui devait exister dans la li(jucur examinée, d'après le volume de cette liqueur qui avait suffi à la décoloration. L'exécution de ce procédé d'analyse n'est pas sans difficulté, en raison de la lenteur avec laquelle le précipité d'oxyde se sépare du liquide. Il faut de toute nécessité laissera chaque fois la liqueur en repos, pour que l'oxyde di- cuivre puisse se précipiter et laisser apercevoir la teinte de la liqueur. Cette obligation rend l'analyse très longue; cependant, comme la science ne possède pas pour le dosage du sucre, mélangé à des matières organiques, de procédé meilleur, j'ai dû m'en contenter. La fermentation employée comme moyen d'analyse aurait, je crois, apporté plus de causes d'erreur. Quoi qu'il en soit, c'est par ce procédé que j'ai essayé de doser le glucose dans le sang de l'homme, du lapin et du bœuf. Un lapin de forte taille a l'té saigné à la gorge en pleine digestion ; le sang recueilli pesait 70giauimes. Ce sang a été coagulé par l'al- cool, et le coagulum, exprimé, a été lavédeux fois avec de ralcool. La liqueur évaporée à siccité a été reprise parl'eau pour .séparer un dépôt verdàlre d'albumine coagul(''e. Ce résidu , évapon!' à siccité, pesait 05',/i8. On l'a redissous dans l'eau distillée, et cette dissolution a été analysée avec la li(|uenr (iqiro-polassique titrée. D'après le L 46 L. FltiUlBB. DE I.'ORIGINE DU SICRK volume de ce lifiuide nécessaire pour décolorer lO cerifiinètrcs cubes de la liqueur cupro-polassi(|ue lilrée , ce résidu renfermait Qs', 40 de glucose. Le san}^- de ce laiiiii contenait , (i'a[)rès cela, 0,57 pour 100 de glucose. Le foie du même animal , pesant 88 grammes, a été haché et soumis à quatre traitements par l'eau froide pour l'épuiser de toutes les matières soluhles. L'inl'usum obtenu a été coagulé par l'cbulli- tion ; le liquide séparé de ce eoagulum a été évaporé à siccité au bain-marie, et repris par l'alcool pour en séparer l'albuminose. La dissolution alcoolique a été évaporée à siccité au bain-marie, et le résidu repris par l'eau distillée. Cette solution aqueuse, évaporée à siccité, a laissé un résidu du poids de ls',15, qui a été redissous dans l'eau distillée. D'après le volume de cette liqueur, qui a été nécessaire pour décolorer 10 centimètres cubes de la liqueur cupro-polassique titrée , on a conclu que ce résidu renfermait 06',9 de glucose, ce qui donnait pour la totalité de l'organe 1,02 pour 100 de sucre. Ainsi le foie de ce lapin ne renfermait pas le double de sucre que le sang pris à poids égal . En opérant de la même manière, j'ai trouvé, dans le sangd'un bœuf recueilli à l'abattoir, 0,48 pour 100 de glucose. Je n'ai |)U déterminer sur le même animal la quantit('" de glucose du foie; mais il résulte de beaucoup de déterminations que j'ai [m faire antérieurement dans le cours de mes recbcrciies, que la quantité de glucose dans le foie du bœuf n'est pas supérieure à 1 pour 100 liu poids de l'organe. Ainsi le foie du banif ne contiendrai! guère que le double de sucre que renferme le sang du même animal. Les résultats que j'ai obtenus pour la quantité de sucre contenu dans le sang de l'homme no s'écartent pas beaucoup des précé- dents. J'ai trouvé 0,40 pour 100 de glucose dans le sang i-ecueijii, à l'Hôtel-Dieu, d'une femme enceinte etde bonne saule-, (pii n'avait pris qu'un très léger repas six heures avant la saignée , et 0,38 pour 100 dans le sang d'un homme saigni^ en ville |ioiu' une frac- ture. Dans ce dernier cas, je n'ai pu ojitcnir (1(^ renseignements sur l'époque du dernier repas. A la [lartie de mes recherches qui concerne la di'icrniinalion de la quantité exacte de sucre contenue dans le sang, je n'ai pu donner CONTENU DANS LE FOIE. Il7 encore loule l;i précision et l'étendue désiraijles. Je m'occupe en ce moment de les compléter. 11 ressort, néanmoins, des résultats précédents qu'à poids égal le i'oie ne renferme guère que deux fois autant de glucose que le sang dans les condilions normales. III. A{)rès avoir , dans les deux premières parties de ce mémoire, exposé le résultat de nos recherclies, il nous reste à en déduire les conséquences. Ces conséquences d'ailleurs ressortent assez d'elles- mêmes. Ce qui , en effet , avait contribué surtout à faire admettre la localisation de la sécrétion du sucre dans le foie , c'était le fait, regardé comme incontestable, delà non-existence du glucose dans la masse du sang pendant les condilions normales. La dénionstra- lion du l'ail ccinlraire doit l'aire tenir singulièrement en suspicion la théorie pbysiologique de la glucogénie. Mais i[ucl(|ues mois seront nécessaires pour mettre celte vérité dans tout son jour. Nous avons montré que le sang de l'Iiomme, le sang des ani- maux dornesli(jues, renferment du sucre, et que le foie, cnmpara- livement, contient à peine deux ou trois fois autant de sucre (pie le sang lui-même pris à poids égal. Celle différence n'a rien d'ailleurs qui doive étonner, et, serait-elle plus forte encore, ce résultat ne poiuTait rien enlever aux conséquences pbysiologiques que l'on peul tirer de nos exiiériences. L'organe bépalirpie est essentielle- ment un organe de dépuration pour le sang. Les produits divers de la digestion, amenés par la veine porte de toute la surface du tube intestinal , viennent éprouver, dans cette volumineuse glande, un véritabledépart,quiapourefl'etde rejeter les matériaux inniiles à la nulrilion, c( de retenir les produits essentiels de la digestion. Il n'est donc pas étonnant (jue le sucre ligure dans le foie en quantité supérieure à celle que l'on en trouve dans le sang. Tout le glucose ]irovenant de la digestion vient s'y concentrer , pour être ensuite déversé pai' les veines sus-hépatiques dans la circulation générale. Parverui dans la masse du .sang, le sucre s'y détruit peu à peu par l'effet continu de la respiration, et, par conséquent , il diminue de (|uantilé de minute en minute. Vu fait du même genre s'observe 48 l. FlftCllîB. DE l'origine DU SIT.RE pour l'albiiminose. Contenue en proportion très considérable, comme on l'a vu, dans le foie, l'aibuminose ne figure dans le saii;;' qu'en quantité très faible. C'est que ralluiminose, comme le glu- cose, retenue dans le foie pendant un intervalle assez long après la digestion, est reprise peu à peu parles veines sus-bépatiques, et déversée dans le sang où elle doit disparaître soit par la respiration , soit par l'assimilation organique. Il est tout simple que dans le réservoir on trouve plus de produit que dans les canaux par où ce produit s'écbappe, et au sein des(juels il va se détruire. Y aurait-il, nous le répétons, cinq ou six fois moins de sucre dans le sang, pris en différentes parties du corps, que dans le sang qui remplit le tissu du foie , que ce résultat n'aurait en lui-même rien que de simple et de prévu. Mais nous avons vu que le rapport entre ces deux quantités est loin d'être tel que nous le supposons ici ; et les diffé- rences que l'expérience a fait reconnaître répondent parfaitement à l'idée qu'il est permis de se faire d'une sorte d'épuration pbysio- logique opérée par le foie sur les produits de la digestion. Si l'on admet notre opinion sur l'origine du sucre du foie , que nous croyons emprunté en entier à l'alimentation, et non à une sécrétion spéciale, on se rendra compte d'une manière fort simple des particularités qu'avait mises en lumière l'étude de ce que l'on avait appelé la fonction glucogénique. L'auteur de cette théorie physiologique a reconnu que l'apparition du sucre dans le foie coïncide avec la digestion, et il a beaucoup insisté sur ce point, qui constitue le seul résultat saillant qu'il ait mis en évidence en étu- diant les variations de la fonction glucogénique, selon les âges, les sexes, l'alimentation, etc. « Lorsque les phénomènes digestifs, et » particulièrement ceux de la digestion intestinale, s'accomplissent, » dit ce physiologiste, quelle que soit , du reste, la nature de l'ali- » mentation , la production du sucre dans le foie est excitée comme » toutes les sécrétions intestinales, et elle éprouve à ce moment un » surcroitd'activiléremanpiablc. luette augmentation de la sécrétion » du sucre dans le foie se fait d'une manière successive et graduée. » Dès ledébutde l'absorption digeslive, lorsque la veine porte com- » menée à charrier une |)lus grande proportion de sang dans le foie, » la fonction glucogénique se réveille. Peu à peu l'activité fonction- CO.M'ENL DANS LK FOIE. 49 » iicllc s"a('L'roit, ù mesure que la ( |iiantilé de sanj;' (jui Iraverse le tissu » liépatique devient elle-nième j)kis eonsidérable , et c'esl environ » (iiialre à einq heures après le début de la digestion intestinale (|ue » cette production de sucre dans le foie est parvenue à son summum » d'intensité. A|)iès ce temps , la digestion venant à cesser, l'alj- » sorptiou inleslinale se ralentit, et la l'ormaliim de sucre dans le » l'oie (iiniinur, pniu' reprendre de nouveau sa suraelivifc' an jire- » mier repas, ou pour continuer à décroître d'iuK^ manière gra- » duelle, ainsi ipie nous l'avons déjà vu, si l'animal esl laissé à » l'abstinence (1). » Si l'on admet avec nous que le sucre n'est introduit dans le foie que par l'alimentation , tous les traits du tableau précédent n'auront rien que de naturel, et pour (juc cet exposé demeure dans tous ses détails l'exjiression de la réalité, il suflira de substituer au mot de fonction glucogénique excitée ou ralentie, les mots de sucre provenant des aliments ; à cela près, la peinture restera fidèle. On pourrait faire une remarque du même genre à propos du ralentissement et de rexlinctioii de la fom-lion glucogéni(pie par le fait de l'abstinenec et de la privation d'aliiocnls. Le sucre contcmi dans le foie est fourni par raliuK'nlalion; quand toute alimenta- tion est susi)endue, le sucre doit donc cesser d'a|iparailre dans cet organe. Nous concluons, en résuuK' , ipie le foie, cbez riiomuic et les animaux, n'a point leçu pour fonction de fabn(]uer du sucre; que tout le glucose qu'il renferme ]irovient ilu sang qui gorge son tissu, et qu(! ce glucose a été api)orlédans les vaisseaux, par suite de la digestion. Le rôle du foie, comme organe sécréteur , de- meure, selon nous, borné à l'c'puralioii du sang et à l'élaboralion delà bile. Il est assez singulier (|ue celte proposiliim, qui remonle aux lcm|is les plus rccidcs de la science, prenne aujourd'hui connue un air de nouveauté. Nous terminerons ce mémoire par une <'ourle réllexion. Ou a (1) Nouvelle fonction du foiv considéré conwie. oi-ju/ie produclcur de nuilière sucrée chez l'hoinine el les unitnunx , par M. CUnido licrnard [.innahs des sciences iiulurelles, 3' séiie, t. XIX, p. 3lù). 4' série. Zoul. T. III. (Caliicr n" i ■) ' i 50 L. FIGUIER. — DE l'origine DU SUCRE déjà vu que nous adoptons celte pensée émise par bien des obser- vateurs, mais précisée de nos jours par ^f. Mialiie, que la portion assimilal)le des aliments azotés se transforme, pom' la plus grande partie, par relTct de la digestion, en un produit désigné par ce cbimiste sous le nom li'albuminose ^ et par il. Lelimann sous celui de jjeptonei^ij. Nous adoptons d'autant plus aisément celle opinion, (l) CeUe albuminose , signalée dan-s le sang de la circulation générale par M. Mialhe , et que j'ai retrouvée en ijuanlité bien plus considérable dans le sang du foie , a été aperçue et bien des fois décrite sous d'autres noms par différents observateurs. C'est ce que montre suffisamment l'examen des divers travaux clii- miques effectués sur les produits de la digestion et sur quelques liquides ani- maux. Ce relevé des travaux des chimistes qui ont rencontré , sans s'en douter, l'albuminose, a été tracé, avec beaucoup de soin, par MM. Robin et Verdeil dans leur Traité de cliimie analomique et physiologifiue , et nous croyons utile d'en mettre les traits principaux sous les yeux du lecteur. « L'albuminose, disent MM. Robin et Verdeil, entrevue depuis longtemps par plusieurs chimistes dans divers liquides, a généralement été confondue avec la caséine. C'est M. Mialhe qui, le premier , a appliqué à ce principe le nom d'al- buminose , créé per M. liourhardat pour désigner un produit qu'on obtient artificiellement de la fibrine, de l'albumine et de la caséine. » Suivant M. Bouchardat, l'albumine, le caséum, le gluten, seraient formés d'un principe fondamental , Valbuminose « mélangée ou combinée , soit avec des ma- tières terreuses (phosphate de chaux ou de magnésie), soit avec des sels alcalins, soit avec des matières grasses qui en masquent les propriétés essentielles. Vient- on , par une proportion vraiment inappréciable d'acide ( 1/2 pour I 000 parties d'eau ), à détruire cette combinaison éphémère , la solution d'albuminose se pré- sente avec des propriétés identiques... » « La matière caséeuse, indiquée par Tiedemann et Gmelin dans l'intestin grêle des animaux nourris de fibrine, de fromage, etc. , n'est certainement autre que l'albuminose. M L'albuminose paraît avoir été indiquée dans le sang, sous le nom de caséine, par Huenefeld, Gmelin et Marchand. M. Morand également observa sur une ûnesse , morte peu de jours après avoir mis bas, que le sérum du sang , privé d'albumine à l'aide de la chaleur , contenait encore une substance qui offrait les réactions du caséum. » MM. Dumas et Cahours ont décrit et analysé dans leur Mémoire sur les ma- tières proteiques , un produit extrait du sang, possédant la composition de la caséine , bien qu'il n'en ail pas toutes les propriétés , et qui est certainement l'albuminose. » M. Stas dit avoir trouvé de la caséine dans l'eau allanto'idienno de la Vache, CONTRMJ DANS I.K FOIK. 51 ([lie nous avons pu constaler l'absence deTalbinninose dans le l'oie des animaux soumis à Tabslinenee, à tel point qu'il ne serait [)as, selon nous, impossible de délerminei-, i)ar le seul examen eiii- miipic (lu l'oie, si un aninml a élé tué à jeun ou après avoii' rei;u des aliments : la niauil'eslation ou l'absence du prccipilé (jue l'alcool délerniiue dans mw dr'coclion atpieuse de foie concentrée, préci- pité ipii est constitu('' par r:illiuiniuos(>, sufliiMil poiu' prononcer, dans ce cas singulier, sur ces conditions auléiicures de l'animal. Or, de méine que l'aliiuminose consliluc le pr(Mluit ultime de di;;estion des aliments azotés, le glucose représente, de son côté , le iM'sullat conunuii des modifications (|u'iint subies dans le canal inleslinal les matières léculentes ou saccbaroides. (>e t'ait est de|Miis longtemps admis, et toute discussion à cet égard serait superlhie. Mais ce qui paraîtra peut-être bien digne d'intérêt aux pbysio- logistes , c'est de voir les deux produits essentiels de la digestion venir se condenser, s'c|iurer dans le foie, s'isoler dans cet organe de toutes les substances accidentelles ou inutiles introduites par les aliments, et se répandre de là dans la masse générale du sang pour se prêter aux pbcuoniênes de nulrilion, commi> auxmulalions diverses ijni sont la cnndilinn cl la manifestation extérieure de la \\c. Otie viir gi'iK'i'aie de pliysiologie, (|iii résulte de nos re<'licrcbes sur la comiiosilion des matières solubles du foie, nous a paru digne d'être soumise à l'apiiiTcialion des cbiuiistcs. plus de la fibrine el de t'albuniine. Le sang placentaire aurail sa parUe liquide formée presque entièremenl par de la caséine (albuminose). » M. le docteur Panum de Copenhague a montré qu'il y a dans le sang une substance que précipite l'acide acétique , et qu'il redissout si l'on continue de verser l'acide goutte à goutte. Elle existerait chez certains individus bien por- tants. Enfin M.M. Guiltot et Leblanc ont décrit sous le nom de caséine 1 albumi- nose du sang, n ANALYSES COMPARÉES DD SANG DE LA VIÎINE PORTE ET DU SANG DES VEINES HÉPATIQUES, ETC. TOUR SERVIR A LllISTOIUE DE LA PRODUCTION DU SL'CBE DANS LE FOIE , Par M. C.-ti. LEnm&NlV. {Commimi'iuces à rAcadâuic des sciences par M. Cl. Beinaril, le 12 mars 1855.) Les résultats des nnalyscs (iiii vont suivre ont été obtenus sur des Chiens et des Chevaux soumis à des alimentations divei'ses. (On a toujours eu soin Ae placer convenablement des ligatures sur les vaisseaux , pour obtenir sans mélange les sangs dont on a luit l'examen chimique.) Je ne m'étendrai pas sur les procédés d'analyse que j'ai suivis : ils se trouvent décrits dans mon Traité de chimie physiologique (1). Je dirai seulement (jue toutes les déterminations quantitatives du sucre ont été obtenues au moyen de la méthode par fermentation, excepté dans un cas où j'ai employé comme contrôle la méthode de dosage par la réduction d'un sel de cuivre. Je négligei'ai égale- ment certains détails sur la composition des sangs de la veine porte et des veines hépatifpics, (}ui sont consignées d'ailleurs dans un premier Sléinoirc (|uc j'ai déjà [lublié sur ce sujet (2). .le n'insiste- rai ici que sur les iioiiils(iui [leuveul servir à éclairer la formalion du sucre dans le l'oie. 1° Sucre. — Le sang de la veine porte ne renferme jamais les moindres traces de suci'c chez les Chiens à jeun et chez les (.Ihiens nourris avec de la viantle. Les mêmes animaux nourris avec des siibslances végétales ( pommes de tert'c cuites) présentent évidem- ment du sucre dans le sang de leur veine porte, mais en quantité si faible que le dosage n'est pas possible. (1) Lehrbucli der pliysiologischen Chimie, 1850, 3 vol. Leipzig. ("2) Einige venjleiclieinle Analijsen des Blutes der Pforlader wid der Leberie- 11(11. Bericli. u. cl. Vediand. der Kœnigl. saccli. Geselscli. der Wissenscliaflon. zu Leipzig, 1830. LEHMAKN. ANVLYSES COMPARÉES, ETC. 53 Cliez dos Chevaux Dourris avec (lu son de seigle, de la iiaille liaeliée et du foin, le sang delà veine poric contient des proportions très faibles de matière sucrée. J'ai trouvé dans un cas Os%055 de sucre pour 100 du résidu sec alcoolique du sang. Dans un autre cas, sur un Cheval, le sérum delà veine [lorte rentcrmait08',0052 pour 100 de sucre. Le sang des veines hépatiques contient toujours du sucre en forte proportion. Sur trois Chiens nourris avec de la viande, j'ai trouvé les chiffres suivants calculés sur le résidu sec alcoolique du sang : 05%8U pour 100, 05',799pour 100, Os',946 pour 100. Sur trois autres Chiens à l'abstinence complète depuis deux jours, j'ai trouvé dans le sang des veines hépatiques les iiuantités de sucre ci-après : 0s%764 pour 100, 0s%638 pour 100 et 0'\814 pour 100. Chez deux autres Chiens nourris avec des pommes de terre cuites, le sang des veines lu'palirpies renfermait O^^OSl pour 100 de sucre chez l'un et 0s%854 pour 100 de sucre chez l'autre. Chez deux Chevaux soumis à une alimentation végétale (son , paille, foin,, le sang des veines hépatiques contenait dans un cas O-^GSô pour 100 (le sucre, et dans l'autre cas 05%893 pour 100 de sucre. Les résultats des analyses qui précèdent se trouvent résumés dans le tableau ci-coulre: QUANTITÉ DE SUCRE JlSlMAITT ALIMENTATION. dans le sane duns le sang de la des veioeporleà rcnirée veines hépiitirines du foie. à la sortie du foie. Cliien. à jeun depuis deux jouis. » 0",764p. 100 Id. id. i> 0,038 Id. id ï) 0,804 fd. nwirri aver de la viande. » 0,8U M. Id. )> 0,79!) Id. id. » 0,«4G Id. nourri avec pommes de IPrre cuites. TraL-Câ impo-^s. àiloscrr. 0,981 Id. id. id. 0,8.5i Cl)eval nourri avec son, foin et paille. OS'-,Oo:i p 10(1 0,893 Id. id. 0S'.O052i). 100 0,633 54 I.EHM^tNIV. — ANALYSES COMPARÉES Il sLilTira (lojeter les yeux sur les quantités comparatives de sucre (|iic ciiatieul le san^' de la veine porter qui enin; dans le fuie et le sauy' des veines hépatiques qui en sort, pour voir que l'opinion de la Ibrination du sucre dans le l'oie, que M. Cl. Bernard a annoncée le premier, est mise hors de donte. 2° Fibrine, albumine. — Le sang de la veine porte chez les Che- vaux et chez les Chiens renferme delà fihrinc qui nedilïère pas sen- sihlement, par ses caractères et sa fpianlité, de la lihrinc des antres veines. Quelh; (jue soit la nature de l'alimentation, le sang de la veine porte des Chiens rcnfcrnie en moyeime plus de lihrinc ([ue celui des Chevaux. Le sang des veines hépatiques, soigneusement recueilli cl sans aucun mélange , ne contient pas de lihrinc. Les quelques flocons qu'on ohtient quchpielbis parle hallage, chez les Chevaux, sont presque enlièrernenl constitués [lar des glohulcshiancs qui se mon- trent en très grande abondance dans le sang des veines hépatiques comparé au sang de la veine porte. Le sang des veines la'paliqucs chez les Chiens se comiiortc de la même manière par l'apport à la fihrine , c'est-à-dire que cette matière disparaît presque en lolalilé dans le foie. Des analyses très soignées et comparatives entre le sang de la veine porte et celui des veines hépatiques m'ont prouvé qu'une quantité rcmarqnahle d'albumine disparait aussi dans le foie, et la quantité dis[)arue est relativement plus grande chez les Chiens que chez les Chevaux. Sur ce fait incontestable (|ue la fibrine disparait dans le foie, j'ai établi mon opinion, di'jà émise dans mon premier JM('moirc, (|ue le sucre qui se l'orme dans le l'oie prend naissance de la lilirine. 3° Graisse et globules sanguins. — Le sang de la veine [lorle renferme toujours beaucoup plus de graisse (pie le sang des veines hépatiiiues. Le sérum du sang de la veine porte chez les Chiens nourris avec de la viande est généralemeni plus riche en graisse que celui desCh(!vaux. Néanmoins, on ne trouve pas davantage de graisse dans le sérum des veines hépali(jues ihez les Chiens que chez lesChevau.x. Chez les Chevaux, les globules du sang de la veine porte sont DU SANG DE LA VEINE PORTE , DES VEINES HÉPATIQUES, ETC. 55 plus riches en eau et jjarliculièrement en 1er; au contraire, ils sont plus pauvres en glolniline, en matières extractives et en sels que ceux des veines liépali(pics. Chez les ("hieus, eoninu! chez lesClie- vaux, le sang des veines liépnti(|ues est hcaiieuiipplus riche en glo- bules du sang et en matières extractives que celui de la veine porte. J'ai remarqué, sur les Chiens comme sur les Chevaux, qu'une quantité considci'ahle de 1er disparait toujours dans le sang en tra- versant le foie. iMais les différences de quantité de fer qu'on ren- contre dans le sang qui arrive au foie et dans celui qui en sort sont plus grandes encore chez les Chiens que chez les Chevaux. Il en résulte qu'une partie de l'hématine du sang disparait dans le foie, et contribue jirobaljlcmcnl à la formation de la matière colorante de la bile, ce ipic prouvci'ait encore la complète analogie de la biliful- vine et de rhémaloïtliuc , ainsi que vieni de le montrer un de mes élèves. Anab/ses comparatives du sang de diverses veines avec le sang artériel. (Toutes ces comparaisons ont été faites avec des sangs toujours pris sur le même (Cheval.) — Le sang qui sort du foie par les veines hépatiques est toujours le sang incomparablement le plus sucré de tout le corps ; ensuite ce sang se mélange au .sang de la veine cave pour remonter vers le cœur. Je ne puis ici que confirmer ce que M. Cl. Bernard a (h'jà dit depuis bien longtemps . à savoir que le sang de la veine cave inférieure est celui qui conlienl tou- jours la jihis grande ijuaulilé de sucre après les veines li('patiques. J'ai trouvé dans le résidu solide du sang de la veine cave chez les Chevaux 0^',34G poui' 100, 06%21'i pour 100 et 0s',i92 pour 100 de sucre. Lorsque le sang a lravcr.s('' le poumon el est ilcvenu artériel, on ne trouve généraiemeut pas de sucre. Je n'en ai pas trouvé dans le sang artériel de Chevaux, qui avaient cependant mangé de l'ami- don et de l'avoine. Chez les Chiens et chez les Lapins, on peut seu- lement trouver du sucre dans le sang artériel , si le sang veineux renferme ]>lus de 0^\?> pour 100 de sucre. C'est ce (|ui arrive dans toutes les conditions qui font ])asser du sucre dans l'urine : par exemple, après la piqûre telle ijue l'a faite M. Hernard, après l'in- jection de sucre en grande quantité dans les veines ou dans l'esto- 56 LUnMAIVN. ANALYSES COMPARÉES, ETC. niac , ou eiiliii chez les La[(ins qui ont mangr des quanlilcs con- sidérables de betteraves ou de carottes, ^lais , dans toutes ces circonslances, (;e sont encore les veines hépatiques qui contiennent la [)lus grande quantité de sucre, puis la veine cave, etc. Le sang des pelites veines, telles que la veine céphalique, la la veine digitale, la veine temporale et la veine abdominale externe des(]lievaux, contient toujours moins de globules du sang, plus de sérum, et par conséquent plus d'eau que le sang artériel. Mais les veines plus grosses, et principalement la veine cave inférieure, contiennent un sang qui possède la niênic concentration que le sang artériel, ou qui est peut-être même encore plus concentré. Toutes mes expériences semblent montrer qu'une quantité remarquable de globules du sang disparait dans les vaisseaux capillaires généraux. L'observation que la deusilé du sang de la veine cave intérieure se rapproche de celle du sang artériel ou même la surpasse, ne dépend pas seulement de l'expulsion de l'eau par la sécrétion urinaire , mais principalement de l'aflluence du sang des veines hépatiques ; c'est ce que m'ont prouvé d'une manière frappante les analyses du sang d'un Cheval qui n'avait pas bu depuis vingl-quaire heures quand il fut sacrifié. La comparaison de toutes ces analyses semble prouver en même temps que dans le foie deux fonctions marchent séparément, savoir la formation du sucre et des globules du sang et celle de la bile, ainsi que Jl. Bernard l'a pressenti et établi depuis longtemps. Le sang des plus petites veines renferme davantage de fibrine que le sang artériel, et que celui de la veine cave et de la veiue jugu- laire. Dans la veine cave, j'ai trouvé deux fois moins de librineque dans le sang artériel . Le sang artériel conlicnl loujours plus de sels minéraux que le sang veineux. REMARQUES SLR L\ SÉCRÉTION DU SUCRE DANS LE FOIE, Faites à l'occasion tle la communication ilo M. LEilMANN, Par 1)1. CI. BERN'.4RD. Lorsque , il y a six ans , j'annonçai aux jiliysiologistes ijue le sucre est un produit normal de sécrétion chez l'Homme et les ani- maux, j'établis par des prouves expérimeii laies diverses que eette fonction animale, restée jusqu'alors inconnue, devait être localisée dans le foie. Pour prouver que la matière sucrée est bien réelle- ment formée dans l'organisme, qu'elle ne vient pas du dehors, et qu'elle prend naissance sur place dans le foie où on la trouve , j'instituai une expérience pliysiologique qui est nette et décisive. Sur des animaux carnivores , nourris exclusivement pendant des temps très considérables itrois, six ou huit uioisi avec de la viande cuite à l'eau, et dans laquelle rexpéricncc directe ne décèle pas la moindre trace de matière sucrée , je recueillis le sang de la veine porte avant son entrée dans le foie, et je n'y constatai jamais, dans des conditions physiologiques convenables , la présence du sucre , tandis qu'en recueillant le lluide sanguin dans les veines hépatiques à sa sortie du foie, j'y rencontrai constamment du sucre en grande quantité. Depuis lors, ces résultats ont été partout vérifiés par les physio- logistes exercés qui les ont reproduits en Angleterre, en Allemagne, en Hollande, en Ainéritjue, etc. Les belles anaiysesde.M. Lehmami sur la coiupositiou comparée des sangs de la veiuc porte et des veines hépatiques confirment pleinement au point de vuecliimiquc, et avec une autorité des plus considérables cii pareille matière, mes propres recherches physiologiques. Tous les arguments relalil's à la (]ueslion de savoir si le foie fabrique ou non du sucre doiveni être iaiuen('s à cette expt'rieMce 58 Cl. BERNARD. — UEMARQrES fondamentale ([ui a jjour objet l'examen comparatif des sangs de la veine porte et des veines hépatiques; et tant qu'il restera établi que le sang qui entre dans le foie ne renferme pas de snere , et que le sang qui en sort en contient des proportions considérables , il faudra bien admettre que la matière sucrée se produit dans le foie , car on ne saurait échapper à cette conséquence de la lo- gique la plus simple : que , puisque le sucre n'existe pas avant le foie et qu'il existe après, il faut bien (pi'il se soit formé dans cet organe. Mais le sucre sécrété dans le foie se répand ensuite dans tout l'organisme , au moyen delà circulation (pii le porte jtar la veine cave dans le cicur (h'oit , puis dans les poumons , etc. Suivant les quantités de sucre qui s'échappent du foie , celte matière peut se trouver détruite en traversant le poumon, ou bien dans certains cas, et particulièrement pendant et aussitôt après la période diges- tive,un excès peut se répandre plus loin dans le .système artériel, et même dans le système veineux supcrlicicl. Néanmoins, dans tous ces cas, on constate invariablement que la proportion de sucre diminue d'autant plus qu'on s'éloigne davantage du foie qui est son lieu d'origine. Ce sont ces résultats physiologiques que viennent encore prouver de la manière la [ilus évidente les analyses de M. Lehman n. Cette (fiffusiou du sucre dans tout l'organisme explique donc commcnl ccKe malière peut se rencontrer dans le sang de toutes les parties du cor|}S. En 1840 (1 ), M. Magcndie a lu à cette Académie, sur la i»réscnce normale du sucre dans le sang, un ÎMémoire dans lequel il indire de l'ois moi-même, soit pour les besoins du cours, soit dans d'autres circonstances, les recherclics qui démontrent qu'il u'exisle pas de sucre dans le sang de la veine porte d'animaux nourris de viande, tanilis (|u'il eu existe dans le sang des veines hépatiques. La question étant aujoui'd'hui controversée, j'ai ci'u devoir souniellrc à l'Aca- démie les résultats de ces recherches. Tous les animaux qui m'ont servi ont été rapidement sacrifiés par la section du bullie rachidien ; une incision jiraliquée au flanc droit permettait de lier la veine jiorle ; l'ahdomen élait alors ouvert ; on liait la veine cave inférieure au-dessous du diaplu'agme ; puis, fai- sant une incision à ce muscle, on appliquait une seconde ligature sur la veine cave inférieure, au-de.ssus du diaphragme : il élail alors facile de recueillir sans mélange le sang des veines iK'paliques en introduisant un liilic de vei're dans la portion de la veine cave com- pi'ise entre les deux ligatures; eu inlroduisanl de même un lulie de veire dans la ()orlion de la veine jiorle comprise cnli-e la ligature et les intestins, on recueillait sans mélange le .sang provenant de ces derniers organes. L'expérience m'a démontré qu'en reeueillanl le sang cuire la ligature et le foie, ce lluide conlenait toujours une (juanlité notable 62 LECOKTE. - — RECHERCHES de sucre, par snile (riiii reflux di'jù el depuis longtenii)S signalé [lar M. Cl. Bernard. Le sang mêlé exactement avec trois l'ois sou jioids d'alcool à 36 degrés était jeté' sur des carrés de toile line et t'orleuientcom- priniée ; les liqueurs étaient lillrées ; le contenu des toiles, les vases et le liltre étaient lavés à l'alcool. Toutes les liqueurs étalent évapo- rées au bain -marie , après avoir été acidulées par l'acide acéticiue pur. Les extraits alcooliques étaient délayés dans l'eau, additionnés de 1 gramme de levure de bière l'raiclie, introduits dans des cloches graduées pleines de mercure, et ])lacés à une douce température ; 1 granuiie de la même levure, délayf'e dans l'eau distillée , était placé ilaus le lube rcni|i]i de mercure, et servait à pi'ouver que la levure seule ne produisait pas de gaz. Après dix-luiil à vingt-(|uatrc heures, on mesurait l'acide carhoui(|uc , et l'on opérait les correc- tions relatives à la pression et à la lemiiéralure. Le poids du sucre était calcule d'après la toiinule 0.12 H'2 0'2 = /iCO'-l- i (C H" 02). Avant de doser le sucre dans le sang, je lis les expériences (inalilalivcs suivantes. Première expérience, — Un (Jhien de moyenne taille, laissé à jeun pendant vingl-fpiatre heures, lut saerilié une heure a|iirs un re|ias composé de 1 kilograiiune de viande de Bccuicrue. L'extrait alcoo- lique du sang de la veine porte ne donna rien par la l'crmeiilation ni jiar le cu[irol;u'trate de |iolasse avec celui des veines hépali(iucs, réduction très nnlalilc avec leiiiè'me i'(''aclir, la i'crmenlation domia une (pianlilé assez consitlérabli' d'acide caibouiipie. Deuxième expérience. — Lu jeune (^liien de trois mois l'ut nourri de viande cuile peudani dix jiuu's-, on le sacrilia le onzième, deux heures après un repas composé de viande de Bceulcrue .- 3S grannues de sang de veine porle donnèrent un extrait alcoolique (pu donna une réduction douteuse avec le cuprotartrate de potasse, et rien par la i'crmeidalion. k grammes de sang des veines hépatiques four- nirent un extrait alcoolique , qui donna une réduction abondante par le cuprotartrate de potasse, et par la t'crmeutation une quantité appréciable de gaz carbonique. SLR LA FONCTION GLtCOGÉNIQLE DL FOIli. 63 Troisième expérience. — Un Cliiende 1res forte taille fui iidurri pendant (|uiiize jours avec de la viande cuite ; le seizième jour on le sacrilia deux heures après un repas composé de 1 kilogramme de viande crue de Bœuf. -On recueillit : sang de la veine porte 73 gram- mes , qui donnèrent extrait alcooli gaz par la fermenlalion. On ohlinl de incnic : sang des veines li('paliqucs 69 grannnes, qui donnèrent extrait alcooliiiue, repris une seconde fois par l'alcool , 0''%70, ce (pii donni% pour sang frais, 1000 parties, extrait sec de la seconde solution alcoolique, 14,65. Ot extrait sec donna par la fermenta- tion, après dix heures, 21'^%39 d'acide carhonique, qui représen- tent 08%0422 de ce gaz , soit O'^OSGo de sucre , ce qui donne, [lour sang frais des veines hépatiques 1000 parties, sucre 1,771 , et pour extrait alcoolique des veines hépaliijues 1000 parties, sucre 123 [larlies; le tube ternaire ne donna pas de gaz. Quatrième expérience. — Un Épagneul de forte taille fut mis à la dièle pendant vingl-qnaire lienres, puis nourri cinquante-huit jours à la Niandc cuilc ; on le sacrilia deux heures et demie après son dernier repas. On obtint : sang de la veine porte 149 grammes , ipii donnèrent, extrait alcoolique, 2,059; soit, poiu' sang frais , 1000 parties, extrait alcoolique sec, 13,74. Cet extrait ne donna rien par la fermentation. Le produit resté dans la toile, séché à 100 de- grés, pesait 33 grammes ; en y ajoutant l'extrait alcoolique 2,056, on obtint 35,056, ce qui donne, pour sang de la veine porte, 1000 parties eau 766,26, substances sèches 233,74. Le sang des vei- nes hépatiques pesait 54°^8; il laissa, extrait alcoolique sec, 1,096, soit, pour sang frais, 1000 parties, extrait alcoolique sec, 21,82. Ot extrait, ainsi (pie le préci'-dent, ne fut pas re[iris une seconde fois |iar l'alcool; ajirèsdix heures de fermentation, il fournil 17'^'=,9 il'acide carbonique, représentant 0"'',0726 de suci'c : ce qui doime, pour sang frais des veines iiépatiques, 1000 parties, sucre 1,344, cl pour extrait alcoolique des veines hé|)atiques, 1000 parties, sucri' 66,2. Les substances restées sur la toile, séchées à 100 de- grés, |)e.saient 13'', 21; y ajoutant l'extrait alcoolif pie 1,096, on 64 l-ECOKTK. KKCHERCHES , ETC. obtient lZi,SU6 : rc riui iloiiiio , [lour sang des veines hépatiques , 1000 parties, eau 737,20, substances sèches 272,62 ; donc, sub- stances sèches des veines liépaliques, 1000 parties, contiennent, sucre 5,11. Cinquième expérience. — Un Chien de très forte taille fut mis à jeun pendant vingl-(iuatre heures, puis il lit un re|ias compose de 1250 grammes de viande de Bœuf crue ; on prit 61 grammes de sang de la veine porte et 61 grammes de sang des veines hépati- ques. L'extrait alcoolique du ))remier ne donna rien par la fermen- tation; celui des veines hépati()ues, au contraire, donna par la fermentation 67 centigrades cubes d'acide carbonique, représen- tant 0s'',2715 de sucre, ce qui donne la composition suivante : sang frais des veines hépatiques, 1000 parties; sucre, /i,452. Tableau résumant les quanlilés de sucre conlenues dans 1 000 parties de sang frais. Df lii veine porle. Des veines hc'pDtiques. ("expérience. ... notable, non dosé. 2' id iri. 3» id 1,771 4' id 1,344 5« id 4,452 En résumé, il résulte des expériences précédentes : 1° Ou'en se plaçant dans les conditions indiquées plus haut , et en opérant rapidement la section du bulbe rachidien et la ligature des vaisseaux, on ne trouve pas de sucre dans le sang de la veine porte d'animaux nourris de viande crue ou cuite; 2° Que , dans les mêmes circonstances, le sang frais des veines liépati(pK's contient de 1 à /i millièmes de son poids de sucre , ce (pii ])rouve ipie l'intervention des substances amylacées n'est jias nécessaire à la formation du sucre dans le foie; o° Que le foie est liicn un organe formateur de suci'c , et non pas un organe condensateur, comme on l'avait avancé; 4° Que le sang des veines hépatiques laisse plus de sub.stances sèches, et fournit plus d'extrait alcoolique que la même quantité de sang de la veine porte. TROISIÈME MfiMOlRE Sun LES CIRCONVOLUTIONS DU CERVEAU CHEZ LES MAMMIFÈRES, Par JI. Cninille ItARESTE (1). Los deux Mémoires i|iie j'ai présenl('s ;'i l'AeiKléiiiie sur celle (|iics(i le 20 jïinvier 1852 et le 13 seplnnluv 1853 (2) , avaient |i iiiiliiil de (ir'iiioiilrer i|ue(lanselui([iie ymiipe iialiirel delà classe des Mammifères, le développement des circonvolutions est en rap- ]iorl avec le d(''velii[ipemeiU de la taille. Je disais : « Lorsque dans un même i;rimpe naturel on trouve des espèces très diiïérentes par la laille, on arrive à reconnaître que ces espèces sont aussi très diffé- rentes entre elles par l'aspect de la surface de leur cerveau : les plus ]ietites ont le cerveau lisse ou |ii'esque lisse; puis viennent descii'convolulions peu nombreuses, droites, et seulement indi- (pi(''('s par des sillons peu profonds, symétriques sur les deux hémi- sjilières; puis enfin des circonvolutions nombreuses marquées par de nombreuses anfractuosités, tiès llcxueiiscs, présentant à leur sur- lace de nouibreuses dépressions, et n'ayant plus de symétrie (3). » Celte loi , dont je crois avoir donné la démonstration dans les deux .Mémoires que j'ai rédigés sur ce sujet (i), et qui montre que (1) Présenlé à l'Académie des sciences le 26 niar» 1835. (2) Voir Aiin. des se. im(., 3' béric, zoologie, t. XVII, p. 3 4, et i' série, zoologie, 1. 1", \>. 73. (3) Ann. des se. nul., 3' série, t. XVII, p. 37. (l) Cette règle avait été entrevue par Leuret, mais plutôt pour quelques cas particuliers que pour l'ensemble des groupes de la Classe. J'ai indiqué le passage de Leuret dans mon premier Mémoire et dans la note addilionnelle cjui y fait suite [ibiU., p. o2). Elle se trouve énoncée dune manière beaucoup plus nette dans un Mémoire de M. N. Guillot (£j posi'iioii analomiijiie de VorgaiiisnLion d'i système nerreux dans les quittre ckuses d'unimauv verUbrés, p. 281 . Je ilfis ;i la justice, je me y iérie. Zorveau S(jut-i'lles lou- jours individuelles, ou liieii aiipartienncul-elles eu |iropre à cliaiiue l'ace? Toutes (|uestious d'un i:raiid iul('rcl , surtout à une épi h pie comme la nôtre, oii les ipicslioiis de l'origine des races et de la variai lililé des espèces préoccupent si vivement la pensée des phy- siologistes. Je compte ipielipie jour les aborder , si je puis me procurer, en (juanlilé surfisante, des cerveaux apparleuant à des races bien déterminées d'animaux domesliijues ; mais lualbeureuse- inent c'est là une condition très difficile à réaliser (1). Dans tous les groupes de la classe, le mode d'ap|iarilion et de développement des circonvolutions est le même. La seule dilTérence consiste en ce que si l'on considère toutes les espèces de chacun de ces groupes comme l'oruiant des séries ascendanics depuis les plus petites jusqu'aux plus grandes, on voit i[ue, dans cliacuiic de ces séries, l'apparition des circonvolutions ne se produit pas au même moment. .Vinsi, dans la série des Cai'iiivoii's, l'apparilion des cir- convolutions est, si l'on peut parler ainsi, plus précoce que dans (I) Il est possible que ce travail conduise à un résultat fort imprévu en ren- dant compte des caractères particuliers que présente le cerveau de l'Homme. Si, comme le fait remarquer M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire , les modifications orga- niques des races humaines, résultatde la civilisation, sontde même nature que les modifications orfraniques de nos races d'animaux domestiques [Comptes rendus, t. II, p. 662; Essuix île zoologie générale, p. 227), ne doit-on pas se demander si les caractères qui donnent au cerveau de l'Homme une si grande complication apparente, sont réellement des attributs primitifs de l'espèce humaine , ou s'ils ne seraient point aussi une acquisition de la civilisation ? Cette question peut paraître étrange k bien des esprits; mais si l'on rétléihit aux condition? de notre existence actuelle, conditions si dilférenles de ceiks de l'exisleme primitive des hommes, ainsi qu'au nombre indélini d'inlluences de toute nature qui peuvent agir pour modifier noire organisation, on comprendra que cette question mériteau moins d'être posée, et qu'elle est digne d'occuper les n)éditations des physio- logistes. 72 C. DAKESTIJ. i:il!i;ONVOLLTH>NS IH CKKVKAl' les autres séries; c'esl-;'i-(liro qu'elle se prodiiil d;iiis des csiièees de taille beaucoup plus pelile. Aussi, couinie je l'ai déjà indirpié dans mon premier Mémoire, la loi de la relalion des eirconvolutions avee la taille est vraie pour elia(jue groupe pris à part, tandis qu'elle ne s'applique pas à l'ensemble de la classe. Ces faits étant établis, j 'arrive à la question qui doit m'oeeuper ici, celle de la classification des Mammifères , fondée sur la disposi- tion des circonvolutions. Il y a deux métbodes poiu- faire une classification : ou peut classer des objets d'une manière rationnelle , eu appliquant à leur division des principes admis d'avance- on peut les classer d'une manière empirique , si , l'esprit dégagé de toute idée préconçue , on cbercbe à léunir ceux qui se ressemblent , à séparer ceux qui diffèrent, pour dctermiuer ensuite, à l'aide de l'observation, les causes de ces l'cssembiances et de ces différences. Or, quand bien même cette dernière métliode ne serait point, dans son emploi, la plus sûre, dansla question qui m'occupe aujour- d'hui, elle me serait impérieusement imposée par les exigences de mon sujet. Dans une classification rationnelle, il faut compter et peser des caractères, et nous ne pouvons guère apprécier la valeur d'un caractère , c'est-à-dire d'une certaine disposition organique, qu'à la condition de connaître son importance en physiologie. Que savons-nous sur les usages des eirconvolutions? Rien absolument, quoi qu'on ait pu dire et quoiqu'on ait dit depuis cinquante ans. Bien plus, quoiipie cette idée soit contraire aux idées admises, il me paraît au moins très probable que les circonvolu- tions n'ont aucune importance physiologique. Je n'ai donc ici qu'une marche à suivre , c'est d'étudier avec soin les dessins variés que les eirconvoiulions forment à la surface des cerveaux , de les com- parer entre eux , et de chercher à déduire de cette comparaison le modèle primitif qui , dans chaque groupe naturel, a servi de point de départ pour chacune des formes spécificpies particu- lières. Je viens d'ailleurs d'établir que, lorsque, dans une série, les eirconvoiulions apparaissent, elles [)résenlent d'abord une sim- plicité assez grande, pour nous montrer le type primitif plus ou moins complélemcut di'gagé de toute complication accessoire. CIIKZ LKS JIA.MMII'ÉIIKS. 73 Cette circonstance m'iK-té Ircsiilih» poin-racconiplisseniciil de mon travail ; on le verra dans la suite de ce .Mi'moire, En cherchant à appliquer ces idées, j'ai i-ecoiuiu (pi'il (^xiste dans la classe des .Maniinil'ères i|ualre types au moins, tous bien caractérisés par la disposition des circonvointions; ces types sont: le type des Primates, celui des Carnivores, celui des Ruminants et des Pachydin-nifs, cnlin cchii des Marsupiaux herbi- vores. D'ailleurs, (|uand on l'ail luie niniparaison rxacle des cerveaux appartenant à chacun de ces (piaire types , on rcconnail dans tous rexistence de parli(^s analo;:ucs ipii sont seulcnieni in(''!ialement développées. Une seule l'ainille , relie des Siof^'es , nous pi'ésentc des parties surajoutées, et i|ui m' se renconireni point sur d'autres cerveaux. -Mes recherches conlînncnl donc les idées que nous avions déjà sur l'unité de composirton des cerveaux dans toute la classe des ^laininifères. Toulel'ois, je dois prévenir (juc, dans ce travail, destiné surtout ù taire ressortir les dil'térences des types, je n'ai t'ait (pi'elllcurer la question de leurs re.ssemblances. Je compte la reprendre quelque joiu' en ni'oi'cupant de la sfrncliu'e même du cerveau. § I. Type des Carnivores. Je commence mes études par les Carnivores, en intervertissant l'ordre ordinaire, parce que c'est le type le plus facile à caractériser et à décrire, et qu'il nous servira pour nous l'aire comprendre les types suivants. 11 nous présente un certain nombre de types secondaires , qui correspondent assez exactement aux firoupes principaux de cette famille (l). (1) Dans le travail fie Leuret, ces cerveaux forment cinq groupes : les Iroi- sicme, quatrième, cinquième, sixième et onzième de sa classification. Le troisièn.e groupe correspond à la tribu des Caniens ; le quatrième à celui des Fèliens ; le cinquième, aux tribus des Ursiens, des iMustéliens et des Viverriens ; le sixième à lii Mangouste; le onzième au l'hoque. Leuret avail reconnu cependant les analogies 74 C. DARESTE. CIRCONVOLUTIONS DU CERVEAU Le type qui nous parnil le ]j1iis simple, et dontles aiilres peuvent cire coiisidér(''S coiiiiiie dt'iivés , est celui de lu liibu des Caniens. Je le décrirai dans l'Isalis, où je le trouve dans les conditions de plus grande simplicité (pi. 2, lig. Ij. Ce cerveau nous présente quatre circonvolutions, qui se confon- dent à la partie postérieure et à la partie antérieure; tandis (|u'elles sont séparées les unes des autres dans toute la partie moyenne de leur étendue. Les deux circonvolutions internes, celles qui lon- gent la grande scissure anléro-))ostérieure du cerveau, s'étendent d'arrière en avant, et présentent une largeur plus grande à leur partie antérieure. Les deux circonvolutions externes sont, an eon- Irairc, (iliées à angle sur elles-mêmes, dételle sorte que les bords repliés de la plus extérieure forment la scissure de Sylvius. Il y a, vers la partie antérieure du cerveau, une nouvelle circonvolu- tion qu'on peut a|ipeler circonvolution sus-orbitaire (Ij. Les cir- convolutions sont chez tons ces animaux nettement déterminées; elles présentent seulement un développement ]ilus ou moins grand, suivant la taille des espèces. Laconi|ilicatioii la plus IVé(pjente (|ui se voie sur ces cerveaux est celle d'un sillon (]ue l'on observe sur la partie posléi'ienre de la seconde circonvolution , et (pii est plus ou moins long et plus ou moins ondulé. Ce type, que j'ai décrit dans les Caniens , se retrouve, avec quelques modifications, dans les autres trii)us. DanslcsFéliens(2), le cerveau est plus large latéralement, et plus que tous ces cerveaux présentent, carit dit ailleurs : u Le cerveau des Carnivores a un typeparticutierqui le place endehors decelui des autres aniniau\(p. 461 ). » Toutefois, il ne semble pas avoir reconnu les analogies que le cerveau du Phoque présente avec celui des autres Carnivores. (1) On voit à la partie antérieure de la circonvolution la plus interne un petit sillon venant aboutir k la grande scissure antéro-postérieure, et que Leuret dé- signe sous le nom de sillon crucial ; il lui attache une assez grande importance. L'examen que j'ai fait d'un grand nombre de cerveaux de Carnassiers, me montre que ce sdlon est très variable, même quant à son existence, et qu'il ne donne que descaraclères sans aucune valeur. (2) Voir, pour les Chais, le Mémoire de M. R. Owen ; On tite brain of tlw cticelfth, dans les Trcnisaclions de ta Société zootogifjiie de Londres, t. I. M. Uicliard Oueji a signalé l'un des premiers l'extrême ressemblance des dessins CHEZ LES MAMMIFÈRES. 75 coiiil «ravaiit en iirrièro ; la scissure de Sylviiis cal moins indiquée. Du reste, rextunen du cerveau du Ciiat dornesli(|ue (lîf;;. 3 et 4") montre que la disposition générale des circonvolutions est la même que chez les Chiens, avec une seule différence , c'est que les cir- convolutions exicrnes, au lieu d'être séparées l'ime de l'autre dans leur partie supérieure, sont au contraire réunies. On peut se rendre compte de cette disposition de deux mimières : on peut direosilion des circonvolutions, un cerveau de Maki , en faisant toutefois abstraction de l'absence, chez ce dernier, convolution délimitée en avant par la scissure de Sylvius, et en arrière par le sillon pnrallèle, est le pli marginal poslérieur et le pli temporal supérieur. M. Gra- lioleta donné ces deux noms à une seule circonvolution, parce que cela était né- cessaire pour sa division du cerveau en cinq lobes, mais ces dénominations ne se rattachent point a un fait réel, et il n'y a là qu'une seule circonvolution. C'est l'inconvénient des systèmes arbitraires quels qu'ils soient. Enfin, les deux sillons qui partagent la partie antérieure du cerveau en deux brandies correspondent, le postérieur au sillon qui sépare le second pli ascendanl du pli courbe, et l'anté- rieur au sillon qui sépare l'étage surcilier de Yctarjc fronlal moyen. {!) Ce fait avait déjà été indiqué par Daubanton. Il parle également, dans les descriptions analomiques qu'il a ajoutées au grand ouvrage de Buffon, de l'exis- tence des circonvolutions dans le Cabiai, fait qu'il se borne à indiquer sans aucun détail. Si ces faits n'avaient pas été oubliés, on n'aurait point dit partout que tous les Singes ont un cerveau plissé, et tous les Rongeurs un cerveau lisse. Il n'y a que quatre ans que Duvernoy a parlé des circonvolutions du Cabiai (voir son Rapporta l Académie snr le Mémoire de M. Graliolet [Comptes rendus, t. XXXIII, p. 473];. Je dois ajouter également (pie Daulicnton lonnaissait le cerveau du Talapoin ou Miopitlioque. Dans mes premiers Mémoires j'avais signalé ce cerveau comme devant être fort curieux pour la thèse que je soutenais alors; car cet animal est le plus pelil des Singes de la Iribu des Cynopithécicns. Ce qu'en dit Daubenton est très succinct : il dil .-;euli'monl que ce cerveau a très peu de circonvolu- tions. CHEZ LKS MAMMIFÈRES. 81 du lobe occipital. Je ii'ni (ni voir celle |)icce analomiqiie, mais elle est décrite et tigurce dans l'ouvra^T de M. Graliolct. Ce cerveau aura donc pour nous un grand intérêt , i^ar il servira à nous faire comprendre les difierenles modirications du type (|uc nous présente le cerveau des Singes. J'ai reproduit dans mes pianclics la figure donnée par !M. Graliolct, à côté de celle du Vari ' lig. 12 et 13). On jiourra facilement reconnaître que ces deux cerveaux ont exacte- ment le même type, et qu'il n'y a entre l'un et l'autre que de très légères dilTérences, qui sont, dans le Callitriclie, l'oliliquité beau- ci lUfi [lius grande de la scissure de Sylvius , le plus grand dévelop- pemeiil du cerveau en ai'rièrc, ainsi que récartement plus grand des deux extrémités du sillon que j'ai décrit sur la partie supérieure des hémisphères. Le mode de complication de ce tyi'C cérébral , cl les modifica- tions qui en résultent dans ces diverses espèces, tiennent surtout à une disposition qui se rencontre chez tous les Singes, à l'exception des Hafialiens , des Callitrichcs et des Nyctéiiithcques , et qui ne se rencontre que chez eux , à l'exception peut-être de l'Éléphant, où nous trouverons quelque chose d'analogue à certains égards. L'espace ([ui forme la ligne de séparalion entre les deux extrémités du sillon que je viens de décrire , au lieu d'être lisse comme chez les -Makis ou les Callitrichcs , présente deux sillons qui ont une direction à peu près perpendiculaire à celle du pli courbe. Ces deux sillons circonscrivent une circonvolution supplémentaire, qui che- vauche en (juelque façon sur les deux bandes cérébrales déjà dé- crites, et qui donne au cerveau des Singes un aspect étrange, si l'on [>eut parler ainsi , et très différent de celui des autres Mammifères. Celte disposilion peut, du reste, se modifier de diverses façons ; mais, avec un peu d'attention, il est toujours possible de la retrou- ver, même chez les espèces où les circonvolutions, par leurs ondu- lations, nous présentent la plus grande difficulté apparente. Elle a été indiquée [lar Leuret, et décrite avec beaucoup de soin, dans ces derniers temps, par M. (iraliulcl 1). (1) Toutefois, M. Gratiolet la décrit d'une autre manière. Ma description me parait beaucoup plus simple , el elle a surtout l'avantage de s'accorder avec ce qupj'ai dit du cerveau de? Makis. Je dois rappeler ici que In second sillon pcr- i' série. Znoi.. T. Ml. (Cahier n° 2.) - B 82 C. DARESTE. CIRCOJfVOLLTIONS DL' CERVEAU A côté de L't'tlc iiiodilication si reiiiai'quable (jue nous présente le type secondaire des Singes , il en est deux autres moins impor- tantes, mais que je dois signaler, parce qu'elles marquent plus ou moins la disposition primitive. Ainsi, chez certains Singes , la scis- sure de Sylvius et le sillon qui lui est parallèle se réunissent à leur extrémité supérieure pour former une circonvolution qui se ter- mine en pointe , tandis que, dans heaucoup d'autres, ces deux sillons ne se réunissent point à leur extrémité supérieure, et la circonvolution (|u'ils circonscrivent se confond supérieurement avec celle que M. Gratiolet désigne sous le nom de pli courbe , et qui forme la lèvre supérieure de la scissure de Sylvius (Ij. L'autre moditication consiste en ce cjuc le lobe occipital , qui est nettement séparé par un sillon de la [)artie antérieure du cerveau chez certaines esiièces, ne s'en distingue point chez les autres. Cela tient à ce qu'il existe entre ces deux régions du cerveau des circon- volutions supplémentaires très petites, qui servent de trait d'union entre les circonvolutions de la région antérieure et le lobe occipital. Dans certains cas, ces circonvolutions sont cachées au fond de la scissure qui sépare le lobe occipital des régions antérieures du cerveau ; dans d'autres , ces circonvolutions prennent un assez grand déveloii[iement pour apparaili'C à l'exlérieur, et cacher com- plètement la scissure. C'est une semblable disposition que l'on observe dans le terveau de l'Homme , et qui a empêché pendant longtemps beaucoup d'anatomislcs d'y reconnaître la présence du lobe occipital, ou du moins de la partie qui correspond à ce lobe. Enfui je dois rappeler (|ue le sillon qui forme la scissure de Syl- vius se prolonge en avant sur la partie antérieure du cerveau, et pendiculaire csl appelé sillon de liolandu par Leuret, qui lui aUribue une grande importance. La bande cérébrale qui s'étend entre le premier sillon perpendicu- laire et le second, ou sillon de nukindo, est la première circonvolution veriicalede RoUmdo ou le premier pli aseenûani de M Graliolet ; la bande cérébrale circon- scrile entre le sillon de Rolando et le second sillon de la face supérieure du cer- veau est la deuxième circutivolidiou verlicale de Rolando ou le deuxième pli ascen- dant de M. Gratiolet. (1) Voir, fig 1 1, \^ et 16, le cerveau du Mangabey et celui du Magot. Le Mangabey nous pré.^inle la première disposition et le Magot la seconde. CHEZ LES MAMMIFÈRES. 8â qu'il sépare sur celte surface une petite circouvolutiun que l'ou peut comparer à la circonvolution sus-orbitaire des Carnassiers. Quant au\ autres niodilicationsque ce type secondaire des Singes peut présenter suivant les espèces , je n'en parlerai point , me contentant de renvoyer à l'ouvi'age de .M. Gratiolet, où elles sont très bien décrites. Je dois dire que si j'ai cru devoir remplacer la description de M. (jratiolet ]iar une description plus simple, et qui d'ailleurs se rapprociie beaucoup de celle qu'avait donnée Leuret, je reconnais, et je me plais à le l'aire, que cet habile physiologiste a parfaitement démontré l'unité du type qui existe dans tous les cci'veaux de la famille des Singes, eu ('lablissant la correspondance qui existe entre toutes les parties homologues de CCS cerveaux. Il a éjialemenl démontré que ce type du cerveau des Singes se retrouve au fond de la grande complicalion apparente que nous présente le cerveau de l'homme , et il a fait disparaître les difficultés qui avaient empêché jusqu'alors de reconnaître cette similitude. Ces faits avaient été entrevus par plusieurs anatomisles, mais, en matière de science , il y a loin d'une simple présomption à une démonstration rigoureuse, et c'est incontestablement à M. Gra- tiolet qu'appartient riiomieiir de cette démonstration (1). (I) Je dois toutefois prévenir mes lecteurs que je n'adople point toutes les idées tliéoriques de M. Gratiolet. 11 y a quelques points de doctrine sur lesquels je ne puis m'enlendre avec lui. Je vais les indiquer brièvement. M. Gratiolet attache une très grande importance à ces petites circonvolutions, qui servent en quelque sorte de trait d'union entre les grandes, et qu'il désigne sous le nom de plis île passage; il y attaclie tellement d importance, qu'il y voit les traits caracléristiques des cerveaux des Singes, et qu'il cherche à les appli- quer a la classificalion. Si ce caractère avait une importance physiologique; si ces circonvolutions supplémentaires, ou plis de passage, avaient des lonctions nettement déBnies. cette tentative pourrait être fondée. Mais nous ignorons pré- cisément s'il eu est ainsi. Et d'ailleurs, si nous cherchons à faire des supposi- tions, le contraire .serait plutôt probable. Ainsi, M. Graliolet voil que deux Singes, le Sajou et le Sa'i , qui sont très semblables l'un à l'autre, différent notablement l'un de lautre par la disposition de leurs plis de jiassage, et il propose d'en faire deu.x genres. Il me semble que la seule conclusion ii tirer de l'observation de M. Gratiolet, c'est que ces plis de passage n'ont aucune impor- tante, puisqu'ils pcu\ent varier considérablement entre deux espèces très voi- sines. Cette opinion de M. Gratiolet n'est, d'ailleurs, que la i(iiiséquea(.e de fidée 8/i C. HABESTE. CIRCONVOLUTIONS DU CERVEAt Est -il maintenant possible d'aller plus loin, et, après avoir dé- lerniiné le type commnn dn cerveau pour les animaux de ces deux iamilles , de comparer ce type avec le type précédent, de manière à déterminer leurs ressemblances et leurs différences? J'ai essayé de le faire, et je vais indiquer les résultats auxquels cette étude m'a conduit; mais je dois avertir que je ne pourrai considérer ces ré- sultats définitifs, tant (pie je n'aurai pu me rendre compte de ces détails de la surface extérieure du cerveau en les comparant avec sa structure. Nous avons vu que le cerveau des Carnivores présente à sa sur- encore trop généralement admise que les caractères doivent déterminer la classi- fication, tandis que ce sont les classifications qui doivent déterminer les caractères. Un autre point, sur lequel je ne puis me trouver d'accord avec M. Graliolet, consiste dans l'importance qu'il attache à la prédominance de tel ou tel lobe cé- rébral, et dans l'application qu'il en veut faire à la classification. Si nous exami- nons le cerveau des singes de l'ancien continent, nous y trouvons des inégalités très marquées dans le volume du lobe occipital. M. Gratiolet voyant ce lobe assez développé chez les Macaques et chez le Chimpanzé, très développé chez les Cyno- céphales et le Gorille, en conclut que le Chimpanzé doit être classé parmi les Macaques, et le Gorille parmi les Cynocéphales. Je doute fort qu'aucun natura- liste voulût accepter une semblable conclusion. Les caractères qui distinguent ces aniniau.>: sont assez tranchés, même ii l'extérieur, pour empêcher une semblable assimilation. La véritable solution de cette question se trouve, à mon avis, dans les idées émises, dans ces derniers temps, sur le parallélisme des séries et sur Ic.î alRnilcs collatérales qui existent entre les termes correspondants de deux séries parallèles. M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire a démontré depuis longtemps que les genres de la tribu des Cynopithéciens forment une série très naturelle, depuis le Miopithèquejusqu'aux Cynocéphales, série dont tous les termes se distinguent des termes précédents par on développement de plus en plus considérable de la face, et ila reconnu, de plus, que les derniers termes de la série doivent, pendant le temps de leur évolution, passer par un certain nombre d'états qui reproduisent d'une manière transitoire les conditions organiques de chacun des termes précé- dents. Or, ce qui a lieu chez les Cynopithéciens paraît devoir aussi se reproduire dans la tribu des Simiens. Bien qu'ici les types soient beaucoup moins nombreux, toutefois, ceux que nous connaissons se présentent à nous comme les termes d'une série parfaitement correspondante a celle des Cynopithéciens, et Ion com- prend ainsi comment certains caractèresdes Semnopithèques peuvent se retrouver dans les Gibbons, certains caractères des Macaques dans le Chimpanzé, certains c.irarléres des Cynocéphales dans lo Gorille, sans qu'il soit nécessaire de faire de ClItZ I.KS MA.MMIl'KUHS. 85 l'ace trois ou i|ii;\tre baiidelelles, (|ue l'une de ees haudoleltos en- toure la scissure de Sylvius , et que les deux ou trois autres en- tourent la précédente. Nous avons vu également (|Me la Ijandetetle qui entoure la scissure de Sylvius et celle qui lui est juxtaposée ne sont pas toujours séparées , mais qu'elles sont (|iiel(|uefois réiuiies dans uni» partie plus ou moins grande de leur étendue. Dans le cerveau des Primates, on penl, jus(|u'à un certain (loinl, retrouver ces diverses parties que nous venons de raiipeler du cerveau des (;arnivores. Pour cela , nous n'avons ipi'à examiner la manière dont, chez les Primates, les circonvolutions se groupent ces animaux des espèces appartenant aux mêmes genres. Je dois ajouter que dans ces deux séries parallèles, la taille va en croissant à mesure que la face s'allonge, et que, d'une autre part, le dé\eloppement du lobe occipital est aussi en rapport avec l'allongement ou le prognnthismeàe la face, commele disent les naturalistes quis'occupent plus spécialement de l'espèce humaine. Il est fort digne de remarque que l'Homme, ou pour parler plus exactement, l'Homme blanc, dont la face, com- parée à celle des Singes, présente si peu de développement, est aussi parmi tous ces êtres* celui dont le lobe occipital présente le minimum de développement. L'Homme blanc forme pour nous une tète de série, dont les termes ultérieurs correspondant aux Gorilles ou aux Cynocéphales n'existent point. C'est ainsi , je crois, que l'on doit expliquer les singulières analogies que présentent les cerveaux des grands Primates. Ces faits auraient pu être prévus théoriquement, puisque nous savons, depuis Tiedemann, que le développement du lobe occipital du cer- veau est postérieur au développement des régions antérieures, et que dans les diverses séries que nous venons d'étudier, les premiers termes de chaque série se trouvent dans des conditions organiques qui s'expliquent par des arrêts de développement des termes ultérieurs. Ces idées sont-elles applicables à la série des Singes américains? Il faudrait, pour résoudre celle question, connaître le cerveau de r.4IouaUe, qui parait être le dernier terme de cette série. La forme particulière et tout exceptionnel'e du crâne de cet animal ne nous permet point de faire de conjecture a cet égard. Enfin, je ne puis admettre les idées de M. Gratiolet sur le plus ou moins de perfection des types cérébraux. Pour M. Gratiolet, un type est plus parfait qu'un autre quand il se rapproche plus de l'organisation de l'iiomme. Or, cette manière de raisonner repose précisément sur une pétition de principe, sur cette idée, qui formait lefond des doctrines zoologiquesde Blainville, ([ue l'Homme phy- sique nous présente dans tous ses organes la véritable mesure de la perfection. Je n'entrerai point ici dans la discussion de cette opinion : qu'il me sulfise de dire qu'elle ne me parait nullement fondée. 86 V. It.lKUS'rU. CIUOOINVOLUTIONS DU CliKVb:\L autour (le la scissurfi de Sylvius. La lèvre autéricurede eelte scis- sure, formée par une bande de matière cérébrale, que délimitent, d'une part, la scissure elle-même, et de l'autre le sillon interrompu que j'ai décrit plus haut, corresjjoud aux moitiés antérieures des deux circonvolutions qui délimitent la scissure dans les Carnivores. C'est une disposition qui a été déjà sifrnalée dans l'Hyène, où la scissure de Sylvius est bornée par une circonvolution simple en avant, mais qui est en arrière partagée en deux fiarties par un sillon parallèle à la scissure. Postérieurement à la scissure, nous trouvons, comme clicz tous les Carnassiers , un sillon parallèle à cette scissure, cl qui parlaiie sa lèvre postérieure en deux circonvo- lutions. La circonvolution la plus externe se continue toujours avec la lèvre antérieure de la scissure, en formant au-dessus du sommet de cette scissiu'c le repli que M. Gratiolct désigne sous le nom de pli courbe. Quant à l'autre circonvolution qui forme la lèvre posté- rieure de la scissure, elle est, presque toujours aussi, unie par son extrémité supérieure avec le pli courbe; maisjil y a certaines espèces chez lesquelles cette union n'a point lieu, et où cette circonvolution se termine en pointe à son extrémité supérieure. Lorsijue cette cir- convolution est unie à la précédente , le rebord supérieur de cette dernière forme un sillon droit et assez allongé , qui rappelle un peu par sa forme un sillon semblable (pie l'on trouve chez les Viverriens et les Chats (1), avec cette différence toutefois que, dans ces derniers animaux , sa direction est horizontale , tandis qu'elle est obli(pic chez les Primates, où elle est assez basse en avant , et au contraire assez élevée en arrière pour atteindre , dans certaines espèces , la partie supérieure du cerveau ; ce qui tient, chez ces dernières, à la longueur même de la scissure. Quant aux circonvolutions supérieures des Carnivores , nous avons vu que , tandis qu'elles sont doubles chez les Félieus, les Caniens et les Viverriens, chez les Phoques, les Kiuk;ijous, les Ours et les Mustélicns , il n'existe qu'iuie seule circonvolution. Cette circonvolution me parait parfaitement représentée par la bandelette cérébrale qui s'étend d'arrière en avant sur le cerveau (1) Voir, fig. 3, 4 et 6, la disposition du sillon qui sépare les deux circonvolu- tions externes des deux circonvolutions dans le Ctiat et dans la Mangouste. CHKZ LES MAMMIFÈRES. 87 des Singes, et qui est séparée, par les deux sillons interrompus, de la ciieonvolution qui horde iiiiniédiatement en avant la seissure deSylvius. Il n'y a, du reste, ehe/les Carnivores rien qui ressemble à la grande circonvolution supplémentaire qui rend si remarquable le cerveau des Singes. .AFais nous avons vu que celte circonvolu- tion ne se rencontre point chez les Léinuridés, ni mcme chez cer- tains Singes. Cette bandelette cérébrale, qui s'étend ainsi d'arrière enavani le long de la grande scissure antéro-postéricure, n'a point d'ailleors la même t'urme dans les Carnivores et dans les Primates. Chez les premiers, elle devient de jibis en plus large, à mesure qu'elle s'approche de rextréinité antérieure du cerveau; clicz les seconds, elle a. au contraire, une l'orme elliptique, c'esl-à-dire que, 1res étroite à son extrémité postérieure , elle s'élargit beaucoup dans la région moyenne pour se rétrécir de nouveau quand elle s'approche de l'extrémité antérieure, lien résidie une modillcation fort remanpiable di' la lorniedu cerveau dans l'un et l'aulre groupe. Il faut encore indiquer (|U(', dans certaines espèces, le Chimpanzé par exemple, cctin haudcde maliérc cérc'bralc préscnic à sa sur- face, en certains points, des sillons iutcrronqius , mais dont la direction, (pii est sensiblement la nii-ujc pour tous, est plus ou moins parallèle à celle de la grande scissure anli'ro-postéricure; ces sillons peuvent être considérés connue l'indice de sa division en deux circonvolutions, comme cela a lieu dans certains Carni- vores. Enlin le cerveau des Primates dil'l'ère de celui des Carnivores par la disposition de la scissure de Sylvius. Elle n'a (pi'un développe- ment moyen chez les Carnivores, et, dans certaines esiièces, chez les Chats et cliezles Viverriens par exemple, elle ne parait plus (pie comme un jietit sillon à |i('iiie tracé sur la l'at'c extérieure du cer- veau. Chez les Piiniales , au contraire, celte scissure prend un très grand d(''vel(i|i|ieuient, beaucoup j'ius grand chez les Singes que chez les Léniuridés ; et, par suite de ce grand développement, elle tend à prendre une direction de plus en plus oblique , au lieu de rester presque verticale, connue cela a lieu chez les Lcmiuidés. Chez rHouunc en iiarticulier , cette scissure est presque borizon- lale. Ce grand développement do la scissure de Sylvius acconi- 88 C. UARESl'i:. — CIIICONVOLUTIOXS DU CERVEAl' pagne loujoiirs un (lévclnpiicuiLMit coiTOS|ioiidant des parties du cerveau qui lui sont antérieures. Il est à peu près inutile de rappeler (pie l'existence du lobe occi- pital chez les Singes est encore un caractère qui distingue leur cerveau de celui des Carnivores; mais ce caractère n'existe point chez IcsLémuridés. § 111. Type lies liuminants (1). Les Ruminants nous présentent im type différent , mais tout aussi bien caractérisé que celui des Carnassiers. Comme tous ces animaux ont une taille eonsidéraliie, et rpie, par suite de la relation qui existe entre la taille et les circonvolutions, celles-ci sont très développées et très comphquées , et fpie, surtout chez les grandes espèces , elles sont unies entre elles par de très nondireux plis de passage , il est assez dilTicile au premier abord de reconnaître le type primitif. Mais une cireonstanee heureuse , la mort d'un Che- vrotain à la Ménagerie, m'a montré un cerveau de cette famille assez simple pour t|ue le dessin primitif des circonvolutions puisse s'apercevoir, réduit à ses traits essentiels. J'ai décrit ce cerveau dans mon second ^Mémoire, et j'ai insisté sur l'intérêt tout spécial qu'il me présentait au sujet des idées que je professe, .le mécon- tenterai de rappeler ici les principaux traits de cette description, et de montrer conunent ce cerveau peut nous servir pour rendre compte de ceux des autres Ruminants, malgré leur com]»lication apparente. Si l'on examine les sillons qui existent à la surface des hémi- sjjhères de ce cerveau , on voit cpie ces sillons limitent trois bandes de matière cérébrale, que l'on peut considérer comme des ébauches ondes rudiments de circonvolutions. En allant d'arrière en avant, on voit, à partir de la grande scissure antéro-postérieure, deux bandesde matière cérébrale qui ont très |ieu d'épaisseur, et (pii s'ar- rêtent à peu de distance de rexlréniiti' postérieure des hémisphères. (I) Ce type correspond aux groupes neuvième (Huminants et Solipèdes), dixième (Cocbons) et treizième (Éléphiints) de Leuret. Nous verrons que le caractère indiqué par Leuret pour la séparation des Cochons d'avec le- autres Ruminants n'est point naturel. OHIiZ LES MAM.MIFÈKKS. (Si) En dehors de ces deux bandes , un en trouve deux autres qui sont beaucoup pkis larges, surtout à la région postérieure, où elles sont séparées de la scissure médiane par les deux précédenles ; tandis qu'enavant elles sont beaucoup plus étroites, et qu'elles sont immé- ilialcment accolées à la grande scissiu'c. Enlin, on voil exlérieurc- rnenl deux larges bandes placées en deiiors tics deux pivcédenlcs, et qui présentent sur leur l'ace exierne un pclil sillon vertical , que l'on peut considérer ct)nHnc le rudinicnl de la scissure de Sylvius. Ces trois bandes de matière l'érébrale se retrouvent assez facile- ment, bien que présentant de très grandes complications, sur le cerveau des Antilopes et des (^tM-J's. La première bande cérébrale tbrnie une circouvobuion ipii se retrouve dans toutes les espèces , mais avec cette particularité qu'elle ne se voit pas toujours sur la l'ace convexe de l'hémisphère : dans certaines espèces, elle occupe la l'ace interne de l'bémisphère, à l'intérieur de la grande scissure. Ainsi , parmi les Cerfs, cette circonvolution est intérieure dans l'Axis, le Cci'f de Cayenne, le Daim, le Renne ; elle coamienec à se manifester à l'cxlérieiir dans le Cerf-Cochon; elle est com|]létcment extérieure dans le (ierf du Brésil, le Cerf de Virginie, le Cerf de la Louisiane, le Cerf du ^lala- bar et le Monijac. La deuxième bande cérébrale qui se voit à l'cxtéi-ieur de la précédente est partagée d'arrière en avant, principalement à la région postérieure, par un sillon (pii y dessine deux autres bandes, et chacune de ces nouvelles bandes est le plus ordinairement, elle-même, séparée en deux par un sillon. Il en résulte (|ue, dans le cerveau des Ruminants, cette circonvolution est presipie tou- jours partagée dans la n'gion postérieure en quatre bandes (laral- lèles, tandis que dans la partie ant(''rieure, toutes ces bandes sont réunies et se confondent pour n'en former qu'une seule. Quelque- fois, cependant, il n'y en a que trois :1 1. Ces bandes peuvent (I) Ainsi, dans une espèce d'Antitope, te Uuib, la Ijande interne de la circon- volution moyenne est simple, au lieu d'élre partagée en deux par un sillon antéro- postérieur, commedans les autres espèces. Ceci pourrait sembler, aupremier abord, im si< des ligiiivs ipii ont (Hk publi('esdansccs(lcini('rslemp.^parM.R.()\vcn,ponr IcUbinocéros des Indes ■ 1 . Il m'a scmbh' tUt moins (pie tous les caraclères que je viens de signaler cbez les Chevaux se retrouvent sur ce cerveau. (I) R. Owen, O.i tlm analomij of llie Imliuii Itliiiiofras, (Ijiij \ei Zoohgical Socieli/ s Traiisaclioiis, t. IV. i- swifi, Zooi,. T. III. (Cnliier n" 2.) ' 7 98 V.. ItARESTK. — CIRCONVOLUTIONS Dr CERVRAf Le rerveaii du Tapir n'a ]ias cncoro, l'té, (|iif je saelie, décril ni figuré. Je coiiiple le di'erii'e plus eoinpléleineut dans un travail spé- cial, et je me bornerai seulement ici à dire qu'il ressemble au fond aux cerveaux des Cbevaux et des Rliinocénis, mais qu'il en diffère par deux caractères très marqués. D'une part, les parties anté- rieures du cerveau ont éprouvé une très notable diminution de volume, ce qui rend ce cerveau très court d'avant en arrière. D'autre part, la circonvolution sus-orbitaire est beaucoup plus développée, et les circonvolutions qu'elle présente sont plus nom- breuses et plus marquées que dans les animaux qui précèdent. Il en résulte pour ce cerveau une forme particulière et assez in- solite : il est très court d'avant en arrière, par suite de la brièveté du diamètre auléro-posléricur, et il est, contrairement à ce qui ar- rive ordiuaircnu'iil, notaliliMueut |ihis élevé dans sa moitié anté- rieure, celle qui précède la scissui'e, (juc dans sa moitié postérieure, par suite du grand dcHcloppemcnt des circonvolutions sus-orbi- taires. Dans la pailic anli'i ieure du cerveau, les bandes moyennes présentent des circonvolutions verticales que j'ai déjà signalées chez le Cheval et le Rhinocéros, et qui sont ici relativement plus développées. Enfin les bandes internes sont un peu visibles à l'extérieur, dans l'écartcmenl de la grande scissure antéro-posté- r cure (1 j. C'est à ce dernier type que se rattache celui du cerveau de l'Élé- phant. Le cerveau de l'Eléphant existe dans la galerie d'anatomie eom- parce; mais son état de conservation ne m'a pas permis del'étudier avec soin. J'ai pu toutefois m'en l'aire une idée assez exacte à l'aide de planches dessinées par Chazal, cl (|ui foni paitie du bel atlas de VAnatomie comparée du cerveau de Leuret. Ce cerveau présente, au premier abord, un aspect insolite dont on peut cependant arriver à se rendre compte par une élude allenlive. Il a une élévation verticale relativement beaucoup plus grande (|ue dans les autres Mammifères, et qui est en rapport avec l'élévation du crâne lui- même. (À'ia est surtout marcpié dans sa région postérieure pour (1) Voirfig. 21. J CHEZ I.KS MAMMIFÈRES. 99 toiilelapai'lie. quiest on arrière de la scissure. Il semble que dans cel endniil le cerveau ait été ployé en deux parties; aussi, pour le comparer au cerveau des autres Paciiydermes, l'audrait-il le dé- [liier, eu quelque sorte, jjour placer la partie postérieure sur un nièrne plan ipie la jiai'tic aut('riinu'c. Dans la ri^ion posl(''riein'e du cerveau, les circonvolutions, au lien d'être liori/.oulalcs, sedirif^eut à i)eu près verticalement; mais cela nediaufic rien à leur nature, et l'on y reconu;iit l'acilemeut les diverses bandes de nialière céré- brale dont la disposition est la même que celle que j'ai décrite sur le cerveau des autres Pachydermes. Seulement toutes ces bandes présentent de très nondircnses et ti'cs [U'ofoudcs ondula- tions. La bande moyenne n'est d'ailleurs divisée (pi'en deux ban- delettes. Dans la partie antérieure du cerveau, la circonvolution sus-orbitaire est fort développée , et elle présente plusieurs sillons tout à l'ait semblables à ceux (pie j'ai décrits dans le Tapir. Tous ces faits sont assez seudilalilcs à ceux ipie j'ai déjà décrits dans les autres Pachydermes. Mais la [lartic aniérienie et supérieure de ce cerveau nous présente des dil'l'(''rcnces lies marqni'cs; elle est occupé'C par des cij'convolulions verticales, dont la direction croise celle des circonvolutions primitives, et (pii s'élcndcnl dans toute la larficur de rhémis|ilicrc , dc|inis le sillon de la circon- volution sus-orbitaire jns(pi'à la grande scissure antéro-posté- rieure. Ces circonvolutions suiiplémentaircs, (pie nous pouvons considérer en quelipie sorte comme formées pai- la rc'union de pin- sieurs plis de passasse entre les circ(uivolnlions ])rimilivcs, re- présentent, mais sur une heaucoup plus grande échelle, les petites circonvolutions verticales que j'ai dit exister chez les Chevaux, les Rhinocéros et les Tapirs, et (pii sont formées par la partie anté- rieure des bandes externes. Elles nous ofl'renl un remarquable exein|iie de ces a|)pareiis accessoires que j'ai signalés au commen- cement de ce Mémoire et (pii viennent nias(pi(M" le lype [iiimilif. Lcuret a as.scz liien compris celte disposition; il la cduqiai'c ;i la circonvolution accessoire si remarqualde(pie l'on observe dans le cerveau des Singes (1). (1) Voy. I.eurel, Annlomie comparée ilu siislème iierveuT, p. 39o, pi \iiiet xrv. • - Pour cnmijrcnrirp les fi(;nres données par I.inret, je finis diic rpi:' hi h iicl c '100 f. ItARESTi:. CIliCONVOLUTKINS t)0 CKIIVKM Il me piiiail très proluibk' que c'est à ce type que se rap|)Oi'l(' le cerveau de eerlains Éilculés. C'est du moins ce que j'ai cru voir sur un cerveau de Pangolin {manis Temmincki) conservé dans la galerie d'aiiatoniie comparée, mais qui est en trop mauvais état pour me |içrmellre de me ]ironoiicer avec certitude. Autant que j'ai jiu en juger par l'examen de cette pièce, ce cerveau nous pré- sente le (yjie des Ruminanis, avec i^etle dilTérence, toulel'ois, que la bande cérélirale externe est beaucoup moins déveloii)iée et qu'il ne paraît pas y avoir de véritable scissure de SyK ius ; au con- traire, la partie |iostérieure de la bandelette moyenne est très large et très dévelo[)pée, ce qui rend ce cerveau beaucoup plus large en arrière qu'en avant. C'est un l'ait à revoir. Il résulte de tous ces faits cpi'il existe un troisième type cérébral qui se retrouve dans les Ruminants et les Pacliyilermes et très probablement ebez certains Édentés (i). moyenne y est représentée par le signe iv P ; !a bande interne, par les signes m P et 11 P ; la bande externe, par le signe i P ; les circonvolutions iulditionnelles ou supplémentaires, par les signes s, s', s"; la circonvolution sus-orbitaire, par le signe 0. (1) Je ne puis rien dire sur les autres Édentés; ces animaux différent trop entre eux pour qu'on puisse, à priori, supposer les conditions de leur cerveau d'après celui du Pangolin. Ici, les matériaux m'ont complètement manqué. 11 en est de même des Cétacés. Je n'ai pu faire â leur égard d'observations directes ; et je ne connais les conditions de leur cerveau que par (juelques figures données par Tiedemann (le Dauphin ordinaire; /eilscltrift fur Physiologie, Bd. II, S. 2.î)I, Taf. xn), par Leuret (le Marsouin), par Eschschriclit (l'Hyperoodon de Baussard; liiidersuyelser odcr Hcaldyrene ; fierUe A(liaiidiung om Xoeblimlern ; Mémoires de r.iaidémie de Copenlmijue, 18 45, p. 338). Tout ce que j'ai pu re- connaître, c'est que tous ces cerveaux appartiennent évidemment à un même type, type qui se retrouve encore, suivant Leuret, sur les cerveaux du Narval et de la Baleine que possède le musée de Berlin , et qui ressemble à celui des Rumi- nants ; mais je n'ai pu me servir de ces figures pour déterminer les caractères essentiels du type, et savoir s'il ililîere notablement de celui des Ruminants, ou s'il ne s'en écarte que par quelques modifications de peu d'importance. Je ferai remarquer seulement que tous ces cerveaux présentent un certain nombre de caractères communs qui sont ; la diminution de volume des parties antérieures ; le développement en arrière des parties postérieures qui recouvrent plus ou moins le cervelet ; l'allongement des diamètres verlicaux et transverses; trois faits qui leur donnent une forme spliérique; el de plii.i, l'absence des lobes olfactifs, et CHKZ LES MAMMlFÉItKS. 101 Il consisle esseiilielleniciil en trois Ijandos longiliidiiuilps, plus lin repli silué à la parlie antérieure du cerveau et qui Ibriiie la circdnvdlutioii sus-orbilairc. La bande moyenne du cerveau est fort lai'ijc en arrière, où elle se divise le plus ordinairement en deux handeli'lles, et ehaeunc de celles-ci en deux autres bandelettes encore plus ]ielites. An contraire, elle est très ('-troile en avant et ne se dédouble point. La bande exierne est loil sillonnée. L'un do ces sillons, peu dilïérenl des auli'cs, l'orme la scissure de Sylvius. On la reconnaît parce rpic c'est dans ce sillon que vient se terminer la circonvolution sus-orbilaire. Elle est située à peu de distance de l'extrémité antérieure du cerveau, à peu près à la jonction du tiers antérieur de cet organe avec les deux tiers postérieurs, et elle de- vient assez peu apparente i l'i pour qu'il soit souvent difficile de la reconnaître et pour qu'on n'y parvienne, dans certains cas, que par la comparaison de cerveaux appartenant à des espèces diffé- rentes. Cq type diffère donc noiablemcnl du type des (Carnassiers. Toutefois , nous pouvons encore comparer ces deux types entre eux et y retrouver les mè'ines parties fondamentales. En effet, dans les Carnassiers, nous voyons la scissure de Syl- vius entourée par deux circonvolutions qui s'emboîtent l'une dans l'autre. Ces circonvolutions sont souvent complètement sé|iarées, tandis que dans certaines espèces elles sont réunies, comme cbez les chats, au-dessus de la scissure elle-même. Les Ruminants nous |irésentent une disposition analogue, puisque nous avons vu que la bande cé'rébrale externe pouvait être considérée comme formée de deux circonvoliilions juxtaposées qui sont le plus ordinairement probablement aussi cello de la corne postérievire '{\\ (pie nous ne possédons point actuellemeni, nous pouvons, jusipi'à un cerlain point, nous en faire une idée en combinant la notion du type primitif avec la taille de l'animal ; cet emploi de l'induction me parait parfaitement légitime. I! serait toutefois fort intéressant de connaître le cerveau dans plusieurs animaux appartenant à ces familles , et qui , par certains caractères zoologiques, s'écarlent plus ou moins des animaux près desquels on les a placés ; tels sont : le Gorille, les Hinleurs, l'Indri, le Tarsier, le Cliéiromys, le Protèle , l'Enbydre , les grandes espèces de Phoques, le Alorse et le Musc. Ce deiiiier présenterait un intérêt tout spécial , [lar suite de l'état des circonvolutions dans un animal très voisin, le Clievrotain. Un autre animal, dont le cerveau serait également fort curieux à étudier, c'est le Daman. J'ai vu trois cerveaux do cette espèce dans la galerie du Muséum ; mais leur mauvais étal de conservation ne me ]iermet pas de me prononcer à leur égard. Il m'a paru seu- lement (jue ces cerveaux s'éloignaient du type des Pachydermes pour se rapprocher de celui des Carnivores. Si cette prévision venait à se réaliser, ce serait une preuve de |)lus en faveur des idées de M. Kdwards, ipii range le Daman avec les Carnassiers parmi les .Mammirères à placenta zonaire. Les Chéiroptères, les Insectivores, les Rongeurs ont générale- ment un cerveau lisse ; aussi étaient -ils nécossairoinont en dehors de mes études. Mais les nouvelles ohservalions ont prouvé que (1) Je dois toutefois mentionner avec éloges l'allas de YAnalomie comparée du cerveau, de M. Serres; l'ancien ouvrage de Tiedemann (/cône.? cerebri Simia- r>im) : l'atlas de VAnalomie comparée du ayxidme nrrreux, de Leuret, atlas qui a été dessiné par Chazal, et celui de l'ouvrage de M. Gratiolet sur le cerveau des Singes, ainsi ((ue |)kisiours li^'urcs données dans des Mémoires isolés. CHEZ LES MAMMIFÈRES. 107 l'absence des cireonvolLilioiis lient, chez ces animaux, à la pelitesse (le la taille, puisi|ne , d'une [)art , Leuret indi(|ue des circonvolu- tions dans la Roussette ; de l'autre , Daubenlon , puis Duvernoy (1) les indiquent chez le Cahiai. Nous devons désirer d'avoir, le plus tôt possible, des descriptions coniplèles , exactes et détaillées du cerveau de ces animaux, pour décider si l'ordre des Roiiiieurs et celui des Chéiroptères se rattachent à celui des Primates par le type du cerveau, comme ils s'y rattachent par la l'orme du placenta. Enfin je signale les difficultés que nous présentent les Édentés, les Cétacés et les Marsupiaux. Pour les Kdentés , je mentionne jirincipalement le cerveau ilu Tamanoir et celui de l'Oryctérope; celui des Paresseux et celui des grandes espèivs de Tatous, comme le Kabassou et le Priodonte ; enfin ceux des Pangolins, que je n'ai pu étudier ipie d'une manière fort imparfaite. OuanI aux Cétaci's, il n'en est pas un seul dont l'étude ne serait actuellemeni fort instruc- tive. Le cerveau des Lamantins et des Dugongs avait ici un intérêt tout [lartieulier par suite des nombreux rapports qui lient ces ani- maux aux Pachydermes , et celui des SIellères par suite de leurs affinités jirobables avec les Édentés. Quant aux ^larsupiaux , je mentionne surtout le cerveau du Thylacine. Je crois donc, en terminant ce Mémoire, devoir appeler l'atten- tion des anatomistes sur ces lacunes de mon travail, et les engager à donner des descriptions détaillées des circonvolutions cérébrales chez tous les animaux dont je viens de donner la liste , et ([u'ils pourraient avoir à leur dis[iosition. Je les signale également aux naturalistes voyageurs qui pourraient , dans l'Amérique méridio- nale, par exemple, réunir assez i'acilenieni la collection des cerveaux ^les grands Édentés, collection qui serait aujourd'hui si précieuse à pnt d'égards. Je serais heureux si cet appel pouvait être entendu , et si la possession de nouveaux docimients me permettait im jour Me re[)rendre et de compléter ce travail. (1) La mort récenledeDuvernny l'a emp^tln' de remplir la promesse qu'il avait faite de décrire le cerveau du Cabiai. i08 c. n4iiE:sTf;. — ciitcoNvoLirioNs ni: ckiivkai Considérations géiuTales. Arrivé au terme de ces reclierclies , que je poursuis déjà depuis quolques anné(!S , je ne puis m'en séparer sans l'aire part aux lec- teurs de (|ueli|U('s observations qu'elles m'ont suggérées. On sail l'importance que certaines doctrines ont attribuée aux circonvolulionsdu cerveau dans le développement de rintelligeiice. Ces idées, dont l'origine se retrouve dans les anatouiisles de l'anti- quité , et qui oui été reproduites à diverses périodes de l'histoire , ont acquis de nos jours un immense retentissement par suite de l'extension des théories [ihrénologiques. Je ne chercherai point ici à combattre ces théories ; assez d'autres l'ont fait avant moi, avec beaucoup plus d'autorité et de succès que je ne pourrais le faire. Mais si aujoui^d'hui elles ne sont plus géné- ralement atlmises, nous ne pouvons pas ne pas reconnaître qu'elles ont laissé en physiologie, chez leurs adversaires aussi bien que chez leiu's partisans , une opinion exagérée du rôle des circonvo- lutions. J'ai déjà montré , dans mes premiers Mémoires , que cette opi- nion esl en conh'ailiclion avec les faits ; qu'une même famille peut contenir des espèces à cerveaux lisses et des espèces à cerveaux plissés, si elle contient des espèces de taille très différente ; et qu'on ne peut admetlre ipie les petites espèces soient moins intelligentes que les grandes. Je ne reviemlrai point siu' cette (piestion, (|ui' j'ai traitée plus longuement ailleurs. Je dois dire seulement qu'il me [larait difficile, quand on a étudié avec soin cette question des circonvolutions, d'y attacher aucune importance [ihysiologiqne. Je ne jinis croire que des dis|)osilions orgaui(pi(\s (|ui , dans une espèce, sont variables iudividuellemcnl, variables même d'un iK'misplière à l'autre d'un même cerveau; qui pi^uvent exister ou ne pas exister dans des espèces fort voisines et distincics par la laille; je ne puis croire, dis-je , que cr> dispositions soient en rapport avec d'importants phi'Uomèues ]ihysiologiques. ^lais si les recherches ipie je viens de faire me conduisent en |ili\siologic à nn n'siillat ui'galil'. elles oui pour moi un intérêt d'une c.iiKZ LKs MvMMii i:ui:s. 100 autre n;ilnro , en ee qu'elles |Miunoiil , je l"es|iere du ukhus, iiuus fournir îles notions ini|)urlaiites sur la conslitution même tlu cerveau . Je n'ai pu me livrer aux longues études que mon travail a néees- sitécs, sans <|ne ma pensée ne IVit sans cesse préoeenp(''e des ques- tions suivantes : Ces plis de la surface du cerveau , qui , uuil^iri' ieiu- diversité apparente, se reproduisent tonjoins les mêmes dans toutes les espèces d'une même famille, nesout-ilspoint la lradiirlion,le sij^ne extérieur d'une même (lis|iosition aiiatomique? Et si nous avons constaté plusieurs types C(''rél)raux iV.iu^ l'arraiiiicmeiit des circon- volutions, chacun de ces types ne répond-il point à un type anato- niique spécial? Quelles sont les conditions anatomiques qui sont , dans cliaque type, le |ioinl de départ et la cause de la disposition des circonvo- ,^1 Quelles sont les disiiositions anatomiques (jui , dans chaque groupe pris à part, déterminent la complication croissante de la surface des liémis|ihères, depuis les espèces à cerveaux lisses jus- qu'aux grandes espèces (|ui nous présentent des circonvolutions nomhreuses et très ondulées ? Eidin, la solution de ces iliverses questions ne []ourrait-clle pas répandre une liMuière inattendue sur l'une des questions les plus obscures et les plus coulrovcrsc'es de l'anatomie, celle de la struc- ture du cerveau .' La arande coinplication apparente du cerveau de l'Homme ne pourrait-elle pas être éelaircie par l'étude plus facile des cerveaux des Singes, et particulièrement des Singes à cerveaux lisses, qui, ccmime nous l'avons vu, dérivent d'un même type? Je ne sais si je me laisse abuser par l'importance qu'un auteur attribue toujours, même involonlairenicnl, à son ouvrage; mais il me semble que ce sont là toutes (pieslions d'im haut intérêt, et qui sont encore aujourd'hui enlicrcmcnt nouvelles pour la scicjice. J'ignore sije serai jamais en mesure de les abordei". Je crois devoir appeler sur elles l'attention iU's analomisles. l'JO c;. UARESTR. — (;l^■co^voulTlo:«s ni: CRttVEAr EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHES 2 et 3. Type des Carnassiers {N. 11. Les mêmes lettres indiquent partout les mêmes cir- convolutions). Fig. 1 . Cerveau d'Isatis. — a, première circonvolution entourant immédiate- ment la scissure de Sylvius. 5, deuxième circonvolution, c, troisième circonvo- lution, d, quatrième circonvolution, c, circonvolution sus-orbitaire. f, sillon crucial (Leuretlui donne une grande importance, mais à tort). Fig. 2. Cerveau d'Hyène tachetée — On voit sur ce cerveau que lesdeux cir- convolutions qui entourent la scissure ne sontséparées qu'en arrière, etqu'elles se confondent en avant pour n'en former qu'une. Fig. 3. Cerveau du Chat domestique.- — Les deux circonvolutions qui entourent la scissure sont complètes : mais elles se confondent à leur partie supérieure. Fig. 4. Le même, vu supérieurement, pour montrer l'élargissement antérieur des circonvolutions supérieures. Fig. 5. Cerveau de Fouine. — On n'y voit que trois circonvolutions. Fig. 6. Cerveau de Mangouste. — Les circonvolutions qui entourentla scissure sont peu nettement dessinées. Fig. 7. Cerveau de la Genette. Fig. 8. Cerveau de Kinkajou. . Type lies Marsupiaux herbivores. Fig. 9. Cerveau de Kangourou, vu par la partie supérieure. Fig. 10. Cerveau de Kangourou, vu de côté. — Ces deux figures sont tirées du Mémoire de M. Owen sur les Marsupiaux. Je n'ai pu avoir un cerveau de Kangourou assez intact pour être dessiné. Type des Primates. Fig. 1 I . Cerveau du Mangabey. — a, scissure de Sylvius. 6, sillon parallèle, c, sillon que M.Gratiolel désigne sous le nom de pli courbe, d. sillon antérieur dont la direction se continue avec celle du précédent e, sillon de Rolande. f, sillon parallèle au sillon de Rolande, et qui concourt avec lui pour former la circonvolution accessoire du cerveau des Singes. Fig. 12. Cerveau du Callitriche Moloch. — J'ai copié cette ligure et la suivante dans l'atlas de M. Gratiolet, parce que je n'ai pu me procurer la pièce origi- nale. Fig. 13. Le même, vu de côté Fig. 1 i. Cerveau du Vari. — J'ai figuré ce cerveau il côté de celui du Callitriche Moloch, pour montrer la ressemblance de ces deux cerveaux, qui ne diffèrent l'un de l'autre <|ue par l'existence, chez le premier, du lobe oci-ifiital. i:iIEZ LES MAMMII-KIÎKS. 'Ml Fig. 15. Cerveau du Magot, vu supérieurenienl. Fig. 16. Le même, vu latéralement. — J'ai ligure ce cerveau avec celui du Man- gabey, pour montrer les deux manières d'être qu'affectent chez ces animaux les circonvolutions qui entourent la scissure de Sylvius. Dans le Mangabey, le sillon parallèle se réunit supérieurement ii la scissure de Sylvius pour former une circonvolution qui se termine en pointe , tandis que cette réunion n'a point lieu dans le Magot. Type des Riiniiiiaitts et des Pachydermes. Fig. 17. Cerveau de Corinne. — a, I" bandelette cérébrale moyenne. 6, 2' kl. c, 3' id. d, i' id. e, bandelette externe (I"' circonvolution), f, bandelette externe ,'2" circonvolution). Fig. 18. Le même, vu de côté. — g, circonvolution sus-orbitaire. Fig. 19. Cerveau du Mouton. — /i, pli de partage entre la bande moyenne et la bande externe. — Ce cerveau, qui n'avait pas été durci dans l'alcool, était un peu aplati quand je l'ai dessiné, .\ussi sa forme est-elle un peu altérée: mais cela n'a pas influé sur les dessins des circonvolutions. Fig. 20. Cerveau du Pécari à collier. — i, bande cérébrale interne. Fig. 21. Cerveau du Tapir d'Amérique. • — ;, circonvolutions ascendantes de la bande cérébrale moyenne. NOUVELLES OBSERVATIONS sua LE DÉVELOPPEMENT DES TRÉMATODES. (Exlrail d'une LcUre do M. IJE FILIPPI ii M. JIILNE EDWARDS.) Ayant continué mes observations sur les larves des Tréniatodes , je suis |);irveiiu à r[ueli|ties iTstiiUils ijni ine semblent de quelque intérêt. Je dirai avant tdiil ipi il laul décidément distinguer deux types de (^erraires, dont luii serait re|irésenlé par la 6'. armata , l'autre p;n- la (\ echimita, et peut-èlre un Iroisiènie pour l;i C. fur- cata e\ k Buceplialus . LesCercaires dupiviniri type oui toujours poiirori^iiiie de siiii|ilesSporoeystes; les (JM'caires du second type toujours de Ht'dies, on Vers jaunes ileliojanus. Les premières s'eu- ky.stenl aussi bien ijue les secondes ; mais l'enveloppe de leur kyste esl mince, et le jeune ïiéiii:ilcidr qui es! dcdaiis peut continuer à il2 niv FII.IPPI. — NOrVF.LLES OBSERVATIONS croid'L', i-'t LTuil eu l'ITl'I, se nourrissant des liunieurs des tissus dans lesquels les kystes sont nichés. Dans les Ceroaires du second type, les pai ois du kyste sont plus épaisses ; le jeune Tréinatode renfermé ne croît plus, et ne fait qu'attendre le moment d'une transmigration |iassive dans lui autre animal. Une espèce du premier type que j'ai récemment observée est celle que j'ai anciennement décrit sous le nom AeDisfoîna virgula, et que j'ai trouvée encore en aliondancc dans la Paludine impure. Cette Cercaire devieni un Distome enkysté dans les larves des insectes aquatiques : j'en ai trouve'' qui avaient iii'andi dans cet état dans des larves de Perlides. J'espère maintenant parvenir à dé- terminer leDistonie adulte, qui clôt la série générique de l'espèce. Mais ce qui est plus intéressant, c'est quej'ai pu voir deux fois avec la plus grande clarté et éviilence la transformation directe d'un Infusoire, assez voisin des Opalines, dans les Sporocystes de cette Cercaire. Après avoir jeté le doute sur l'opinion de mon ami le professeur Y. Siebold, selon hupiellc le Ver jaune de Bojanus sci'ail procréé par un embryon infusorifornie qui sort direclemeni de l'ieuf des Tr(''nialodes, je dois faire amende honorable , et reconnaître ipie eettcopinionmérile.'d'e'lreparlagéc avec pleine cl enlièrc coi diance. Eneffet, je viens de trouv(n'dans un Li/mnœus palustris, tout plein de Rédies , un corps qui avait l'aspe^ct d'un Infusoire mort, encore couvert de ses l'ils, cl qui pr(''senlail dans l'inlérieurun autre corps assez sembla1)le à une jeune R('die. 11 est bien sûr pourtant que tout en appréciant à sa juste valeur la belle observation de Siebold, on doit admetire, dans les Rédies une fois formées, la faculté de se multiplier par elles-mêmes. En rapprochant ces deux faits que je viens d'énoncer , il est permis d'en déduire que le mode de formation des Sporocystes et des R(''dies est différcnl ; (pie les Sfiorocystes se forment pri- mitivemenl par pure el simple métamorphose d'un embryon infu- soriforme; el les R(''dicssiiiil le ]iroduil d'une uK-tagenèse d'un tel embryon. De belles h'ouvaillcs smil réservées à ceux ipii s'adonneront à lii reclierchc des larvi's des Tri'malndes dans les .Mollusques i SIR LK DÉVELOl'PKMEM DES TREMAlODES. 113 marins. J'ai ('uminenué une muIo (ruisirvations, et déjà j'ai jm ti'ouverdans la j\u.l luainlenant pleinement conl'ruK'C. J'ai trouvi' dans l'in- testin du Trilon pinictultis ^ qui liabile les mêmes vaisseaux, cet Am|ibistome , à tout les degH's de développement, de|iuis la l'orme de la Cercaire ()ui \icnl de perdre sa (pieue, jusqu'à celle d'un indi- vidu adulte et pourvu d'oi'gancs sexuels ; tout à l'ail idcnli(|ue dans ce cas avec \\J . subclacalmn des Grenouilles. Les taclies noires delà Cercaire sont des véritables yeux, avec nne lentille conique et une eouclie de pigment. Lejeui.e Ampbislome en est encore muni, et laisse alors clairement apercevoir cpic ces yeux sont supportés par les ganglions de la niasse nervcusesus-nsopbagienne. Plus tard, la lentille se dissout, et les granules pigmentaires se dispersent; Il y a donc dans cette espèce une métamorplio.se répressive, analogue à celle de [ilusieurs (>rustacés (Lernéens, Cirripèdes, el(\ . Turin, le 31 mars I800. i' série. Zool 'l. III. (('allier n" ï.) < OBSERVATIONS SUR LA CONTAGION DE LA OALE DES ANIMAUX A L'HOMME, Par IH. nOriCGriGKOX (1). Comme tout le monde, je croyais à la contagion de la gale entre ani- maux d'espèce dilTérente. Cependant, quelques malades s'étant présentés à l'hôpital Saint-Louis comnis atteints de la gale du Chat, du Chien ou du Cheval, sans que je pusse jamais trouver sur eux des Acares autres que ceux de l'Homme, le doute entra dans mon esprit, et je fis des expériences dans le but d'éclairer cette question, .le déposai sur ma peau des Acares de Cheval : j'en lus piqué, ils me lirent éprouver des démangeaisons lo- cales, sans autres accidents ultérieurs. J'en ai conclu que les parasites aca- riens du Cheval ne vivaient pas sur l'Homme, et que le Cheval ne pouvait nous transmetire sa gale. Des Sarcoptes d'homme, déposés sur des Chiens, des Chats , des Lapins , des Oiseaux , etc., n'ayant pu y vivre au delà de dix à vingt jours, ni provo(pierde maladie, j'en ai conclu également que la gale de l'Homme ne pouvait se transmettre aux animaux. Ces essais de contagion ont été faits à Saint-Louis, alors que j'expérimentais le traite- ment par les friclions générales, dans le service de M. Bazin. — Quelques années plus lard, en collaljoralion de M. Llelalond, à l'école d'Alfort, à l'occasion d'un travail important sur la gale du Mouton, nous avons fait de nouvelles tentatives de contagion enlr(> les animaux et l'Homme et les ani- maux entre eux, et nous n'avons pu Iransniettre la gale d'une espèce ani- male à une aulre. Des centaines d'Acares du Mouton et du Cheval ont été déposés sur la peau d'un grand nombre d'élèves de l'école d'Alfort, sans (pi'il en soit résulté d'autres phénomènes que des piqûres ftiiles parles Sar- coptes, qui ponctionnaient la peau dans le but de sustenter leur existence, et quelques démangeaisons. Des tentatives faites également pour donner la gale du Mouton aux espèces chevaline, bovine, caprine, etc., qui vivent le plus souvent avec les troupeaux, ayant de même complètement échoué, nous en avons conclu que la gale d'une espèce animale, l'Homme compris, ne pouvait se transmettre à une autre espèce animale. (l'i Gazelle hehdomudaire de medecme , t. II, n" 11, p. 495. liOi:RUi;lh,li\ATIU.\S SLK LA COMAGIOA et de s'assurer que la peau est couverte de sécrétions croûteuses ducs à la gale , car le niicroscoiie démontre la présence d'un grand nombre de Sarcoptes. M. Delafond s'empresse de me donner avis de ce fait, et nous nous transportons à l'administration du Cirque. Nous constatons, dans une première visite, que le nonmié Cyprien, entré l'onime ijarçon au service du sieur Borelli depuis trois semaines seuleuienl et plus Sjiécialement chargé des soins à donner aux Lions, est couvert d'un prurigo général , en même temps qu'il é|irouve d'atroces démangeaisons pendant les premières lieures de son si'jour au lit; (pie le sieur Borelli ainsi que sa tille, qui entrent dans la cage des Lions lors ries représenta- tions devant le publie, sont atteints de la morne maladie. Nous apprenons, de plus, que depuis le jour où le garçon Cyprien a pris l'éponge destinée aux pansements des Chevaux du Cirque pour laver les Lions , trois pale- freniers qui se servent de cette éjionge ressentent des démangeaisons , et (ju'enfin six Chevaux, pansés avec l'éponge en question, présentent sur la croupe une éruption particulière. Les Lions, visités à leur tour, portent les traces d'une maladie de peau générale. L'Hyène et l'Ours paraissent dans un bon état de santé, malgré leur contact journalier avec les Lions. Rendez-vous est pris pour le lendemain à l'administration dn Ciniiie, où nous transportons le microscope mobile dans le but d'examiner les per- sonnes malades , et des microscopes ordinaires dans celui d'étudier les produits pathologiques. Cyprien présente d'abord son bras au foyer du microscope, et nous trou- vons sans peine les sillons bien connus de la gale de l'Homme, et à l'extré- mité de ces sillons des Acares, qui, portés au foyer du microscope ordi- naire, nous offrent la plus grande ressemblance avec les Acares propres à l'espèce humaine : aussi lui fut-il immédiatement déclaré qu'il avait la gale, mais la gale de l'Homme, car le parasite ti'ouvé sur lui ne permettait pas d'en douter. Le sieur Borelli est examiné à son tour, et nous trouvons également sur lui les caractères ordinaires de la psore et le parasite de l'Homme. Ne pouvant soupçonner que les Sarcoptes des Lions seront identiques avec ceux trouvés sur l'Homme jusqu'à ce jour, notre première pensée fut donc que nous avions afl'aire à la gale commune à notre espèce, et le trai- tement fut l'ornmlé en consé(|uence pour Cyprien, le sieur Borelli et sa fdle. Les trois palefreniers n'ayant encore que des démangeaisons et quel- ques papules isolées , des bains de son leur furent seuls ordonnés. Les Chevaux malades portaient tous sur la croupe une sorte d'éruption puslu- ^ DE LA C.\LF. DES VNniVlX A 1,'hOJIME. 117 leuse se terminant par dessiccation et par croûtes, mais sans trace appré- ciable fie parasites ; on leur lit île simples lotions émollientes, tant pour proportionner le traitement aux indications pathologiques , que pour observer ullérieurement la marche de le maladie dans le cas on des Acares transmis auraient pu vivre. Après avoir ainsi soumis les Hommes et les Chevaux à un scrupuleux examen, nous passâmes aux Lions. Le jrarçon Cyprien pénétra dans leur cage réservée, qui il'ailleurs était humi le , mal aérée, et bien propre à perpétuer la gale; il nous approcha les animaux des barreaux, alin de mieux nous faire voir l'état de la peau et surtout de la tète, qui étaient le siège (les lésions les plus graves ; en eilet, elle était couverte de squames croùteuses, qui donnaient aux oreilles et au nez un aspect èléphantiasique ; les narines, gonllées et obstruées par des croûtes, devaient gêner la respi- ration. L'alTeclion cutanée était d'ailleurs générale, les p)ils feutrés et hé- rissés, la peau indurée. Le plus jeune des trois Lions était manifestement plus gravement atteint que les deux autres ; son extrême maigreur, le dé- cubitus anormal qu'il all'ectait en retirant sa tète entre ses deux épaules, en cliercluinl du caloriipie auprès de l'Hyène qui vit en communauté dans 1.1 même cage, erillii la diarrhée ijui de temps à autre épuisait ses forces, tout démunirait qu'une grave consomption menaçait ses jours. Du plus au moins, l'aspect général des deux autres Lions était le même. Cyprien en- lève sur le peau, aux enJroits les plus malades, à l'aide d'un peigne, une abiinilanle provision de produit.; morbides qui , examinés plus à loisir au laboratoire, nous démontrent la présence d'un gr.ind nombre de Sarcoptes, de tous points identiques avec ceux de l'Homme , en mèrne temps (ju'ils nous expli{|uent comment la contagion s'est aussi facilement transmise des Lions aux personnes qui les ont touchés. Mais si le fait de contagion se trouvait ainsi naturellement expliqué, il n'en était pas de même de l'iden- tité si imprévue constatée entre les .\cares de l'Homme et ceux du Lion. Comment des êtres placés à une si grande distance dans l'échelle animale, d'une organisation si différente , ayant un tégument dans des conditions si opposées, avaient-ils les mêmes parasites"? On pouvait, il est vrai, prendre moins de soucis de la diflicullé, et supposer tout simplement que des Hommes atteints de la gale l'avaient transmise à ces Lions; mais comme la science exige autre chose que des supposiiiims, il fut arrêté que nous chercherions ultérieurement à nous rendre compte de cette étrange anomalie. Les Lions furent frottés avec de la benzine, qui est parasiticide au suprême degré. Quant à l'Hyène , qui vivait en conmmnauté complète avec les Lions, on ne découvrit d'abord rien qui put taire soupi.onner Fin- ils BOLRCiVICiKOX. OBSERVATIO.NS SIR I.A CONTAGION Huence île la rontaiiioii sur su siinté ; il en lut de rnèine pour l'Ours. Aussi ces animaux continuirent-ils de vivre au contact des Lions. Les traitements prescrits parurent d'abord aussi efTicaces pour les bêles que pour les gens, et la vive inquiétude ([u'une contagion déjà établie sur de si grandes pro- portions avait causé au Cirque se calma insensiblement. Cependant, nous ne pouvions nous en tenir aux diverses hypothèses qui semblaient rendre plus ou moins bien compte de cette étrange transmis- sion de la gale, et dans le but de substituer les faits aux théories, nous primes le parti d'aller aux Jardins des plantes demander à AL Geoffroy Saint-Hilaire s'il ne pourrait pas mettre, dans le but de tenter quelques expériences, un Lion à notre disposition. Notre requête, reçue avec bien- veillance, parut dillicile à satisfaire ; néanmoins on nous lit visiter les Lions de la ménagerie, et, pendant que nous cheminions dans les galeries, notre attention se porta sur un des gardiens qui se grattait plus que de raison. Interrogé sur la cause de ce prurit, il nous répondit i|u'il avait des boutons et des démangeaisons depuis qu'on avail reçu au Jardin les animaux d'un sieur lîorelli ; il appela un autre gardien qui se trouvait dans le même cas. Examen fait de leur maladie, il fut constaté qu'ils avaient la gale, et que l'un des gardiens marié l'avait donnée à sa femme. Le traitement spécial leur fut conseillé. La ménagerie n'ayant pas de Lion dont on pût disposer, M. Geoffroy Saint-Hilaire voulut bien nous offrir de demander pour nous un jeune Lion d'.\lgérie par l'entremise du ministre de la guerre, offre que nous avons acceptée avec empressement, de telle sorte que nous espérons pouvoir donner suite à ces premières études sur la gale du Lion. Nous avons dit que l'Hyène vivait dans la même cage que les Lions, et que ces derniers allaient chercher |)rès d'elle la chaleur qui leur faisait dé- faut. Ce contact immédiat permettait aux parasites des Lions d'envahir la peau rie l'Hyène, et cependant elle lésislait à la contagion. Nous conunen- cions à croire que la gale du Lion ne pouvait lui être transmise, quanil au bout de trois mois, la psore appaiiit enfin chez elle avec Ions ses symptômes, an point qu'elle communiqua :'i son tour aux Lions guéris la gale qu'elle avait reçue d'eux. L'Ours, qui avait toute l'apparence de la santé, examiné avec plus de soin, parut menacé lui-même de la maladie commune, et de- puis lors ce doute s'est contirnié. Du reste, il faut ajouter que la guérison mouientanéi! des Lions avait à peine amélioré leur santé générale , et que la uiarrhée, si funeste à ces animaux, et entretenue par un ensemble de causes antihygiéniques, cnmpromellait gravement leur existence; lorsque raha'ulon de ces animaux par le sieur lîorelli ilans des cages étroites, le déCaiil (le >-nin. l'absence d" tout Irailemciil. malgn'' nos avertissements. DE LA GALE DES AMMALX A L HOMME. 119 causèrent bientôt la mort de deux Lions sur les trois sun'ivants et celle de l'Hvène. La guérison des personnes contaminées s'est maintenue jusqu'à ce jour. 11 résulte de l'ensemble de tous ces faits que cinq Lions amenés à Paris dans un état de santé misérable, et déjà atteints de la gale, puisqu'ils l'ont communiquée à leur arrivée à Paris aux gardiens du Jardin des plantes, ont transmis direilemenl cette maladie à cinq personnes, el qu'ils parais- sent avoir provoqué indirectement une affection cutanée moins grave sur trois palefreniers el six Chevaux; que ce fait de contagion de la gale d'un animal à l'Homme, le seul ju?(|u'à C6 jour scirnli/iiiueineiil dcmonlre , trouve son explication dans l'identité absolue de l'élément actif de la con- tigion ou ilu parasite chez l'Homme et le Lion; qu'une Hyène el un (Jurs, soumis en vain pendant plusieurs mois aux causes les plus énergiques de la contagion, ont néanmoins lini par être réellement contaminés ; qu'enliii la spore a été, pour la plupart de ces animaux, placés, il est vrai, dans des conditions essentiellement propres à les frapper de consonqilion, une ma- ladie des plus graves, puisque la mort s'en est suivie. Ces conclusions générales ont certes leur importance; mais la question capitale de savoir si , dans ce cas particulier , c'est le parasite propre au Lion ou celui propre à l'Homme qui a été transmis, reste entière. Disons cependant que nous avons conjmenfé quel(|ues travaux dans le but de l'élu- cider par anticipation, .'^i les Lions nous manquent, nous avons des ani- maux domestiques du même genre, vous avez nommé le Chat, qui peut nous mettre sur la voie des résultats auxquels nous conduiront des études faites sur le Lion lui-même. A jiriun, nous avons fait ce raisonnement : tout porte à croire que le parasite de la gale du Chat et celui du Lion sont sinon absolument ideidiqnes, du moins analogues, et l'analogie d'organisa- tion des parasites doit entraîner une certaine corrélation dans les faits de contagion. .Si, au contraire, l'Acare trouvé sur le Chat dilfèrenotablenn'nt de celui observé sur le Lion, et qui est identique avec celui de l'Honnne, nous aurons quel(|ue raison de croire, dans le cas particulier qui nous occupe, que le parasite du Lion reste à trouver, et que c'est le Sarcopte do l'Homme qui lui a été transmis. Parlant de ces idées théorique> , nous nous sommes procuré un Chat galeux; nous avons fait l'entonuilogie de son parasite, et nous avcuis con- staté qu'il est en quelque sorte le diminutif de celui observé sur les Lions ; car, sauf de légères modifications dans des organes secondaires, le parasite du Chat est celui du Lion réduit à de plus petites proportions. De ce pre- mier làil, rujus avori:- litiduiirr à ciciiie ipie le païa-^ilc liouvésur If Lion 120 «I.V.IRO KEV\OSO. MÉMOlfiE est bien celui qui lui est propre, et si nous avions à nous prononcer d'après ces données, insuflisarites d'ailleurs pour conclure d'une manière absolue , nous dirions que la cause première de la coiUagion observée au Cirque entre le Lion et l'Homme semble parlir du Liou et non de l'Homme. D'autre part, par analogie, on peut supposer que le parasite du Chat vivra sur l'Homme, car il est pourvu comme celui du Lion de tous les or- ganes propres à inciser l'épidi-rnie , à ponctionner le derme , à cheminer dans un sillon sous-épidermique. L'observation njusdira avant peu s'il en a réellement la force, car il pourrait mourir sur notre tégument, entre autres causes, l'aute de pouvoir l'enlamer en raison de sa petitesse. Disons enlin que les Acares trouvés vivants sur les Lions et l'Hyène lors de leur autopsie ont été déposés sur le Cheval , le Chien , le iMouton , le Lapin, le Cochon d'Inde, le Singe et sur l'Homme, et que nous étudions en ce moment les effets de cette contagian directe. Ces travaux sur la contagion de la gale des animaux à l'Homme et de l'Homme aux animaux seront donc continués, lant pour nous rendre au vœu émis par la commission de l'Institut, que pour arriver à des conclu- sions plus précises, et cela malgré le l,d)eur infructueux qui s'attache A de pareils travaux. MÉMOIRE SCR LA PRÉSKNCK IHI SUCRE DANS LES URINES ET SUR LA LIAISON' "DE CE PHÉNOMÈNE AVEC LA RESPIRATION , l»ar M. \I.V.4ltO REl'\OSO. L;i vie est nu eiisemblo de forinidiinis ol tlo (lccom[)osilions suc- cessives; nos organes se délruiscut et se reformeut continuellement pendant toute sa tlurée , bien (|u'à errlaines ('(loques cliacune de CCS aelions puisse augnienler ou duniiiiicr si'parénient (1). Nous avdiis une jireuve de la (hVoiupusitiou i|u'(''pr(iuvent nos organes dans le besoin iueessani de uourrilure, besoin (|ni ne dé[iend [las Hnii|ucmenl de la iliniiuution des liipiides , car les parties solides y (I) Voyez Bnniach . Tnilli- il,' iihiisioloqii: . 1 VIII. p. iiO. cl I. IX |i KM «.. t>0.|. sut L\ FKÉSENCE DU SICRE DANS LES IIIIMES. 1"21 contribuenl aussi pour loiir iiart. En oITi't, ces pailios, los muscles surtout, jicrdcnt fie leur masse, et leur eoui|iositiou noiiiiale finit par s"alt(Ter, hu'sipie la nourriture mauipie. lue ailditiou de mat(''- riaux nouveaux suppose une consommation correspoiidaule , et, connue lecirps dcuicure semiilalile àlni-mème, ipiaiidla nutrition ne subit aucune altération, celle-ci doit avoir pour anta,miiiisle une résorption, dont la (|nanlilé proportionnelle est trop forte dans l'atrophie, et trop l'aihledaiis l'Iispcrtropliic. VA ce renouvellement des matériaux doit a(\'ompagner tous les ados de la vie ; car l'accroissement de l'activité dans une fonction de l'organisme entraîne à sa suite, on Men le liesoin d'une plus grande somme de n(• dé'Iruiseul, (|Uoi- SUR LA PRÉSENCE UL SLCRK DAMS LES URINES. 123 qu'ils brùleiil (lillicilemenf , p( produisent peu de chaleur. 11 est prnbahle que ces :ilimenls |)liisli(|ues ne sont brûlés (pi'après avoir étéiraiislonnéscu d'aulrcs subslauces, en graisse par exemple d). Lorsque, au eoulraire, ce sont les aliments plasli(iues qui vien- ueul à iiiaii(|uer, l'animal dé|)érit et meurt, car les animaux n'ont pas la fatuité de lr;insroinier le sucre, l'amiilon, la graisse, en ali- ments plastiques, propriété que possèdent seuls les végétaux. Si l'animal se trouve soumis à un régime mixte très abondant, alors il jircnd de l'emboMpoinl , c'esl -à-dire que les organes s'accroissent par les substances plastiques accumulées et par les agents respiratoires la graisse déposés. Examinons la pari ipie les aliments preimeut dans la loinialiou de la graisse. - Nous avons déjà dit cpie la graisse est une substance destinée à concom-Jr à la production de la cbaleur; sou accumulation dai s l'organisme ne peut provenir que d'un manque de respiration , d'un excès de uourrilin'C,oii de tocs b^sdcux à la l'ois. La graisse peut ou provenir des aliments, ou se former dans l'économie: elle peut aussi ("'Ire déposée dans l'organisme de ces deux manières à la l'ois. Presijue toujours l'économie eu produit la plus grande partie, snrloiil (juand l'alimcutalion est l'iclie en sub- stances jilasliipies. (Juand uu animal est soumis à un régime pauvre en substances piaslitpies, alors l'accumulalion delà graisse est sen- siblement égale à celle que l'animal ingère. Lorsque la graisse domine dans les aliments et que les matières plasti(pies ne suffisent pas pour former les cellules, les muscles sont résorbc's et la graisse se dépose; mais imc maladie s'ensuit , et l'animal uieiut. S'il est (I) Mi^me, peniiaiil un régime mixte, nous voyons apparaître dans les urines des principes tels que l'urée, l'acide uriqi'e, etc. , substances azotées qui ne peu- vent provenir que de matières azotées brûlées. Leur origine est bien facile à expliquer. Nous avons déjà admis que la vie est une suile non interrompue de décompositions et de recompositions Les substances azotées de nos organes, qui oDt été modifiées pendant lexercice de ces derniers, et qui ne sont plus aptes à concourir a leur structure. ?ont détruites par 1 économie, brûlées par l'oxygène, «t rejetées sous forme d'urée, d'acide urique. Le soufre et le phospliore contenus dans ces substances sont transformés en acide suiruri(|ue et pliospl\ori(|ue et rejetés sou< la forme de sulfate? et de piiosjili?icr>. 124 ALVARO KKVKOSO. MÉMOIRE so:iinis à un régime mixte, riclie en principes plasti(|nes, ;ilors on cunstalo que la q'ianlilé de graisse accinnuice est supérieure à celle qui était contenue dans la nourrilure. De plus, un l'ait 1res curieux à remarquer, c'est qu'il doit exister déjà dans la nourriture une certaine quantité de graisse pour pouvoir déterminer la formation rapide d'une (pianlité plus considérable de cette substance dans l'économie. Ainsi, par exemple, le riz, qu'on peut considérer comme du maïs, moins la graisse, ne sert point pourFengraisse- nient , tandis que le maïs , (pii en contient une petite quantité , est très propre à cet usage. Quels sont les aliments qui prodiusent la graisse ? Dans quel organe se forme- t-elle? La [iremière ipieslion est résolue, la seconde no l'est pas encore ( 1). La graisse peut provenir soit des aliments azotés , soit des ali- ments non azotés. Les aliments azotés, d'après M. Wurtz, jiarla pntréiaction , se dédoublent en anuiioniaque et acides gias (butyrique et valéria- niquc;, de manière qu'on peut comprendre que la graisse dérive de ces matières azotées. Si l'on se rappelle LES URINES. 125 planles, à mesure (|iie l;i subslance grasse s'aceumule dans les semenees. D'après Liebig, on pourrait déduire la ronualion de la graisse de l'amidon par le dédoublement suivant ; C'2 H'" 0'» = C" H'" + C02 + 0'. AmiJon. Graisse. Comme on sait que l'amidon n'est jamais absorbe iiu'à l'état de sucre de raisin, il faudrait, pour expllipier cette formation, établir la formule suivante : C'-iH"0i> = 4H0 + (:" H"'0 + 0" + f.O-. L'oxygène, devenu libre dans eetic réaction, se combinerait avec d'autres substances, et serait rejeté sous la même forme (jue l'oxygène introiluit dans l'organisme par la respiration. 11 s'ensui- vrait alors né(es>aircmcnl (ju'il y aurait dans l'organisme une source d'oxygène ind(''pei'daule de l'oxygène de l'air, de manière quequeli|uefois la i|uaulilé d'acidr carljonique éliminée serait supé- rieure à celle (pii ccrrespoudrait à la quantité d'dxygèiie inspiré. On n'a pasencun^ analyse l'air dans lequel vivent les animaux soumis à l'engi^aissenicnt , de manière (pi'ou ne peut pas encore aflumer que cette liy|iotlièsc soit vr;ie ou fausse. Toutefois, je rappellerai un fait qui. je ]iense, lui vient en appui. 5LM. iù'gnault et lîeisetoiil constat('' .^nuxeul dans les [loules soumises au ri'gime du grain une quantité d'acide carboniiiue expiré , supérieure à la quantité d'oxygène f]u'i!s avaient fnurnic à la respiration 1 . .Si l'on admet ipie le sucre et l'amidon puissent se transformer en grai.ssc [lar l'éfpiation ci-dessus, on pourra aussi comprendre sa formation pai' les n'aières priitéM(iues. D'a|irès M. Hunt 2 , la protéine, (|ui est l'espèce normale des matières albuniinoïdes, di'ri- verait de la cellulose, et serait une amiile de celte, dernière sub- stance. Il supposeipie les petites quantit('sdesoufreetdepliospliore (1) Annales de chimie et de phy»ique, t. XXVI, p. .31 i. (î) Comptes rviulus dc.i Iraraur de chimie . par MM. Laurent et Getirardt , ri'tious, ne pouvant être brùb'c poiu'pi'oduii'c de la cha- leur, ni subii' les autres transl'ormatious aux(|uelles il est assujetti dans l'exercice normal de nos l'oiictions. Car la formation de la grraisse, par exemple, (juoique indiquant un excès d'aliment com- huslible, requiert im|iérieusemcnt une bonne alimeulation et assi- milatiiin de principes azoti's. Or, une bomie aiinienlalionel assimi- lation de principes azoïi's ne peut se lairc que lorsque la nutrition de nos organes l(>s deuiaude , et que la chaleur dég;igée dans la respiralion les seconde: t'onditions (pu exigent l'exercice complet de nos fonctions. .\insi , quelle ipie soit la forme sons laquelle le sni're disparait dans l'acte l'Cspiratoire , il est certain qu'il s'y détruit soit en se brûlant directement , soit en se convertissant en d'autres sub- stances. De plus, soit (pie celte transformation ou cette combustion du sucre se trouve liée à l'acte respiratoire lui-même et primor- dialement, comme je le crois, soit que l'acle respiratoire n'y con- tribue (pie d'après l'énergie de la vie, par sa liaison avec d'autres fonctions, c\ en exer(;anl une iulluence supérieure et bien plus mar(piée par son imporlance; en tout cas, celli> (leslruclion du sucre se trouve ('-trc pruporliounelle à la ipi;u:lité de respiralion. Pour iner(''suuiei', ma liièse est la suivanle : Klant dém(inli('' (pie le sucre se déti'uit dans la lespiratiou, prouver que cette destruction est en raison directe de la respirations Le sucre (pii n'est pas déiruil dans l'acte respiratoire, ou méta- moi |ibos(' dans réconomie , passe dans les urines , et c'est par sa présence dans ce li(piide que nous jugeons de sa non-destruction 128 Ai.v*iio ni;ïi%«»o. — memoike on non-modificali(jn ; riir A IV'kil pliysiologiiiiii' le siicro ne se reii- cond'c pas tiaiis les urines. Je(ons nu ednpd'd'il sin' les lliéories(|u'(in peiil énidlre sur ce phénomène : 1° La respiration reste normale; le sucre apparaissant dans les urines y sérail, parce que le foie en iabriqne une quanlite supérieure à celle (pie l'éconoinii! peiil consommer. 2° Voici ma diéorie : i^a qnanlité de sucre eonsmnmcc par l'ani- mal à l'élat de santé ne pourra [iliis l'clre lorsque la rcs|iiralion ne s'exercera plus comme à l'état normal. Depuis les expériences qui ont conduit à admettre une i'orce glycoiiénique dans le foie, on a imapné de dire (pie cliaque fois que le sucre apparaît dans les urines, sa présence est due à ce (pie le foie en a produit une (piaiilité plus firande que celle ipie l'animal a déiruile. Sans vouloir rel(,'ver tout ce (pie cette proposition i»résenti3 d'absolu, nous dirons, sans nier ni l'importance, ni l'exactilude du travail iiiii a servi d(^ base à celte tliéorie, (pic cette fonction du foie nous semble insn/lisaiile pour expliipier ce pliéiiomène. Cette théorie ne se préoccupe (|iic du cas où un excès de sucre viendrait à exister dans l'écoiioinie, et (|iie (^elle-ci , tout en fonc- tionnant normalement, ne put l'iililiscr en entier. Celle lliéorie, à tout prendre, n'est jias fausse, mais elle ne considère ipie son point de vue; elle ne voit qu'un ccilédc la (picsiion, cl parlant de là, elle rejette arbitrairement toiiles b^s autres manières d'envisaf^cr le phénomène. Du moment qu'on admet que le sucie se détruit pendant la res- piration , il faut nécessairement admettre aussi, soit ipie le sucre augmente au delà de la force ipii le diitriiil, soit (pie la respiration diminue et ne peut |iliis détruire la quantité (pii disparaît à l'état normal. Les deux cas pourraient arriver, seuls ou conjointement ; mais nous ne croyons (pi'au second, car c'est le seul (|udn puisse prouver. Il faudrait prouver ])ar des iiomlires (pie la (|uanlit('' de sucre produite par le l'oie peut (l(''|Kisser de beaucoup les énormes quantités (pie nous détruisons tous les j(.iurs. 11 semble de prime abord incroyable cpie la ipianlilé de sucre iiroduile dans le foie (piand on fait respirer de r(Hlier à un animal , puisse être supé- SIR l.\ PRÉSENCE Dl' SUCRE DANS LES l'RINES. 129 rieure à celle qu'il peut in?:érer clans un seul repas de sucre en ii;itin"eoud'aiiinenlssuscei)lil)lesclesc transloriiier en sucre, quan- tité qui, cependant , est tout à t'ait détruite. Sans énuniérer les cas nombreux où le sucre apjiarait dans les urines , sans que cette tliéoiic puisse expii(iuer sa présence , il est des circonstances de passage du sucre qui la contredisent cntière- nicnl ; tandis que tous les faits s'e\|iliquenl très liieu piu'la seconde tliéiirie, dès (pi'ou admet une modilicaliou dans la respiration. Nous aurons occasion de revenir sur ce sujet. La première Note que j'eus l'houneu;' de présenter à l'Académie était ainsi conçue : '< Les fonctions du ImiIIk^ racliidien ont été étudiées par divers pliysiolofiistes, qui s'accordent tous à le consid('rer comme le foyer central et l'organe régulateur des mouvements de la respiration. De plus, M. Flourens a trouvé qu'il y a une partie du bulbe, très circonscrite, qui est le véritable siège de la resjiiration. Ce point se trouve chez les lapins immédiatement au-dessus de l'origine de la huitième paire , et sa limile i?if(''i'ieure à peu près au-dessous de celle origine. M. Bernard, en fii(piant les lapins dans la proximité de l'origine du jineumogaslrique , les rend diabétiques; et il ex- jilique ce phénomène eu ilisaiit que , sous l'influence de l'excitation produite , le foie fabrique une si grande quantité de sucre que , ne pouvant être consommé par la respiration, il passe dans les urines. J'avais cru pouvoir expliquer ce phénomène en admettant que, sous rinfluence de la lésion c.iusée par la piqûre, il y avait paralysation, sinon complète, du moins partielle , de la respiration , et qu'alors le sucre normal , ne [louvant être brûlé , passe dans les urines. Pour le [trouver, il fallail trouver le moyen d'einpècber la respira- tion en causant une asphyxie; l'expérience nous a prouvé qu'au moyen de ranesIlK'sie , ou arrivait à déterminer le passage du sucre dans les urines. » Notre explication étant supposée exacte, nous devions trouver d'autant plus de sucre, que l'animal soiunis à l'éthéiisation avait une respiralidu iihis active, et que ses aliments en ciintenaient plus , car il jiassait |ilus de sucre non brûlé. Nous avons observé, en effet, que chez les herbivores ou les animaux soumis à un régime niLxte, 4' série. Zooi.. T. III. ( Caliier n" 3. ) < 9 130 ALVARO REVIVOSO. MÉMOIRE il passe plus de sucre ijuc ciiez les carnassiers, nourris exclusive- ment avec de la viande ; chez deux hommes soumis à l'élliérisation, le plus vigoureux est celui dont les urines contiennent plus de sucre. » Enfin il était curieux de voir si , dans d'autres circonstances d'asphyxie , on verrait aussi les animaux devenir diabétiques. Des lapins strangulés et noyés nous ont donné du sucre dans les urines ; mais aussi il faut dire que nous n'en avons pas obtenu dans tous les cas, probablement parce que ces moyens d'asphyxie entraînent avec eux de nombreuses causes perturbatrices dans l'économie. » Ainsi , un animal vivant qui ne respirerait pas présenterait normalement du sucre dans ses urines. M. Bernard a, en effet, prouvé que dans le fœtus il y a toujours du sucre dans les urines. » Nous pensons devoir en rechercher aussi dans les personnes soumises à un trailement liy[)oslhénisant. » Un mot sur la manière de faire les expériences. On peut opérer sur des animaux , ou mieux sur un liomme vigoureux et bien por- tant. On le l'ait uriner d'aboid ; ensuite on l'éthérise. On recueille les urines, on les traite par le sous-acétate de plomb, on filtre, et l'on précipite l'excès de sel de [ilomb par le carbonate de soude. C'est dans la licpieur lillrée et concentrée (|u'il faut rechercher la présence du sucre, avec une dissolution alcaline de tartrate de po- tasse et de cuivre, ou en la mettant en contact avec de la levure de bière, tpii transforme le sucre en alcool et en acide carbonique. « Nous croyons que ces expériences éclaireiront la nature de la maladie des diabétiques ; car elles établissent la relation qui existe entre la res|mation , l'influence nerveuse et le sucre des urines. » Au lieu de déterminer l'asphyxie par la strangulation ou la sub- mersion, qui ne donnent pas toujours de bons résultats, nous avons maintenant recours à un procédé bien plus simple. Nous introdui- sons un pelil liilic, dont le iliamèlre intérieur est de près deSmilli- •mèlrcs, dans la Iracliée-arlèred'iiii lapin, cl nousy [iraliquons une ligature, de mauièic ijuc l'animal ne reroivc que la (iiianlilé d'air qui peut ciilier|)ar le tube. Au bout d'un (|uarl d'heure d(''jà , on constate le sucre dans les urines. Il faut cependant avoir soin d'éviter (pie le lube ne soil boMclié dans son intérieui', ce qui empêcherait SI:R la présence du sucre dans les UR1^F,S. 131 l'accès tic l'air; pour cela il sul'lit d'iiilroduire l'exlrciiiilc du tubo de verre , qui doit cire placé dans la trachée-artère , dans un autre tube de caoutcliouc, et de faire dépasser celui-ci un peu. Action des inspirations d'étlier. Comme je l'avais dit dans ma première Note, toutes les fois qu'on fait respirer de l'i'llier à un aninuil, le sucre apparaît dans ses urines. J'e\plii|ue ce l'ail par le (rouble que subil la respiration (pii, étant diniinuée , ne peut jilus détruire tout le sucre que le sang lui fournit. On a voulu expliquer ce phénomène d'une manière différente. On a prétendu que les vapeurs d'éther , en arrivant aux poumons , produisaient une irritation qui serait transmise par le pneumogas- trique à l'encéphale, et de là rélléchie sur le grand sympalhi(pic , lequel, irrité à son tour, augmentei'ait la production du sucre dans le foie, et l'augmenterait tellement, que réconomie,ne pouvant plus détruire le tout , rejetterait l'excédant par les urines. Cependant j'ai fait une cxpf^ricncc qui ne s'accorde pas avec celle explication ingénieu.se. Je prends un lapin et je le fais uiiiier. Ensuite je coupe les deux pneumugaslriques au cou en cidevaul au moins 2 cenlimèlrcs de nerf de chaque côté, et je fais respirer à l'animal lie lélhcr. Je commence d'abord par l'aneslhésier complètement. Quand il est tout à fait éveillé, je lui fais respirer de nouveau de l'éllier pendant dix minutes, mais sans rancslbésicr complètement. Alors j'examine ses urines, qui sont très claires, et contiennent du sucre en quantité aussi noiablequc si l'on n'avait pas détruit les pneumugaslriques. Ainsi, toutefois qu'on fait respircrde l'édier àuu lajiin, soit qu'il possède ses pneumogastriques, .soit qu'il en ail été priv(', il y a toujours passage du sucre dans les urines. En faisant respirer aux lapins du chlorofoi'iuc, de la hipieur des Hollaiiilais , de i'(''llier iodbydriiiue et liromhydrique , de l'éther cbloramylique, de l'éther nitrique i^lj, acétique, de l'aUléhydi^, de {() Cel éUier niU'iqiie était philnt un mélange d'ollicr iiilriiiiic pt li'étliei' iiilreux. 132 ALVAKO RETKOSO. — MKMOlP.r labonzino, de racétone, on obliont aussi le passage du sucre dans les urines. 11 en est de même en les asi)liyxianl lentement par l'hy- drogène sulfuré et l'aeide carbonique , on avec des vapeurs d'acide cyanbydri(|ue. Je crois donc pouvoir conclure : Toutes les substances qui déterminent Vanesthésie^ et les gaz ou vapeurs irrespirables, font que le sucre passe dans: les urines; et ce passage est indépendant de l'intégrité des nerfs pneumogastriques. Je citerai un fait trouvé [lar ÎM. Bernard, après la publication de mon travail , cl qui renln> nalurellemcnt dans cette mcnie classe de faits. D'après lui , (|uand ou l'ait resi)ircr du chlore à des animaux , on obtient le passage du sucre dans les urines . Ici le clilore agit d'abord, parce qu'il est respiré à la place d'air, et par là diminue la quantité d'oxygène inspiré , etensuile paice qu'il désorganise les vésicules pulmonaires (pii deviennent impropres à remplir leurs fonctions. Presque toutes mes expériences sur l'inspiration des agents anes- fhésiqnes ont été faites snr des lapins. Les meilleures conditions pour obtenir un résultat satisfaisant sont les suivantes. I^es lapins qu'on achète dans le conuuerce sont, eu général, l'alignés et mal nourris; il faut les laisser se reposer pendant vingt-(]natre heures, et leur donner à manger abondamment des carottes. Au bout de ce temps on commence l'expérience, et l'on obtient d'autant pins de sucre qu'on leur a fait respirer des agents anesthési(pies pendant plus longtemps. Si l'on a la patience de leur faire respirer de l'éther pendant une heure et demie, on obtiendra un très bon résultat. On commence par les aueslbésier complètement, on les laisse revenir, et l'on recommence à les anesthésier de nouveau, et ainsi succes- sivement ciu(| ou six fois. Avec une simple éthérisation on obtient déjà un n'sullat, mais il \aut iiiicux les élbériscr ciii(| on six fois de suite. Nœud vital ilc M. Flouroiis. J'avais iirévu, dans ma première Noie, (jnc le niciid vital devait jouer un grand rolc dans le passage du sucre dans les urines , comme ('■tanl le iioinl premier moleiu'du nuranisme respiratoire; SIU [,\ l'IiliStNCK ni: SIXKE DANS LIÎS IIIINES. 133 depuis, grâce à la bicnveilhinci' de >I. Flourens, qui m'a ouvert les portes de son laboratoire el prodigué ses savants conseils, j'ai pu acquérir la certitude (|ue je ne m'étais pas trompé dans ma prévision . A l'extrémité postérieure du quatrième ventricule, entre les deux pyramides |iostérieurcs de la moelle, il existe un petit V de substance grise, inscrit dans la bifurcation de ces pyramides. Ce V est la con- tinuation de la substance grise de la moelle, et s'appelle aussi calamiis scriptoritis. (Test dans la |iointe du V de substance grise, et entre les deux côtés de l'angle formé par le V, (pie se trouve le nœud vital de .>!. Flourens. D'après lui li, « la limite supérieure » du nœud vital passe sur le trou borgne, la limite iiilcricure sur le «point de jonction des pyramides poslé-rieurcs ; entre ces deux » limites est le point vital, et de l'une de ces limites à l'autre il y a » à peine une ligne. » M. Flourens ne s'est pas contenté de déterminer la position et les limites du nœud vital : il est allé plus loin ; et, grâce â une ana- lyse rigoureuse et rationnelle, dans ce point qui a une ligne â peine, il a distingué trois démarcations. Voici comment il expose le résultat de ses recberches : « Je fais souvent l'expérience en procédant par sections Irans- » versales. » Si la section passe en avant du trou borgne , les mouvements » respiratoires du thorax subsistent , tandis (pie ceux de la l'ace » sont abolis. » Si la section passe en arrière du point de jonction des pyra- » mides , les mouvements respiratoires de la face le mouvement » des narines et le bâillement ) subsistent , tandis que ceux du thorax » sont abolis. » Si la section passe sur la pointe du V de substance grise inscrit » dans le V des pyramides ou i)e(' de plume , les mouvements res- " piratoires de la face et du thorax sont aiiolis sur-lc cliamp et tous M ensemble. » Je fais aussi souvent l'cxp(''i'iciice d'une autre manière. Je me (I) Comptes renriwnles sciinces (k l'Acailémie des sciences, {. XXXIII, p 438, 134 AlA'llRO RKTNOSO. MÉMOIRE » sers d'un petit emiiurte-piccc dont roiiverlure a à peine 1 milli- » iiièlrc de diamètre ; je plonge cet emporte - pièce dans la moelle » allongée, en ayant bien soin que l'ouverture de l'instrument ré- » ponde au Y de sulistanec grise et l'embrasse. J'isole ainsi tout » d'un coup le point vital du reste de la moelle allongée, des pyra- » mides, des corps restil'ormes, etc. , et tout d'un coup les mouve- » ments respiratoires du tronc et les mouvements respiratoires de » la face sont abolis. » Ainsi , les limites expérimentales de ce point sont manpi ées, » au-dessous par la persévérance des mouvements inspiratoires de » la tète, et au-dessus par la persévérance de ceux du tronc (1). » Lorsqu'on vient à piipier le no'ud vital de AI. Flourens , il y a toujours passage du sucre dans les urines ; j'ai réi)ét('' plusieurs fois l'expérience devant M. Flourens , et j'ai constamment obtenu le même résultat. Je prenais un lapin et le faisais uriner. Les urines étaient trou- bles comme loujom's, et ne contenaient pas de sucre , je piquais le nieud vital, et aussitôt qu'on |»ouvait le faire uriner de nouveau , j'obtenais une urine limpide et contenant du sucre en quantité très notable et facile à déceler par tous les moyens. C'est à tort qu'on a cru que je voulais dire , dans ma première note, que le point du bulbe où piquait M. Bernard pour faire passer le sucre dans les urines était le nœud vital de M. Flourens. Je n'avais nullement voulu ilin^ cela ; mais je pensais alors, et je crois encore aujourd'hui, que ce point où pitpie M. Bernard est sous la dépen- dance du nœud vital, qui a été appelé aussi, par M. Floiu'cns, point central, premier moteur du mécanisme de la respiration. I| est centre d'action et coordonnateur à la fois ; et par un mouvement coordonné, M. Flourens entend : « Tout mouvement fjui résulte du » concours, de l'encbainement, du groupement, si l'on peut ainsi » dire, de plusieurs autres mouvements, tous distincts, tous isolés «les uns des autres, et i|Mi, groupés autrement, auraient donné un «autre résultat total. « Le point central de coordination di's divers actes de la respiration (1) Monrens. llrrhiTclu'H c.i/K'cmidKa/cs sur lea propriétés et les fonctions du système nerveux, p. 201. SIR LA l'HÉSENCE DU SIT.RE DANS LES URINES. 135 est le loyer, pour ainsi dire, d'où émanent ses aetions eoordonnu- Irices , de manière que son action est multiple , mais uni(|ue. Elle présente de Tunilé dans la pluralili', du simple dans le complexe. Je pense donc, quoique le point où pi(]ue ^1. Bernard soit à 1 cen- timètre au-dessus du nœud vital , (|uo la piqûre elTccluée dans ce point inlercepic quelques-uns des rayons actils et coordonnaleurs du nœud vital , et (|ue par là il est sous sa dépendance , car elle empêche son action de parvenir là où elle devait arriver pour entretenir l'harmonie en combinant et activant les mouvements respiratoires. J'avais oublié de faire remarquer que lorsqu'on vient à piquer le nicud viial, non-seulement les urines deviennent limpides, mais la quantité en esl iiolablemenf accrue. Dans ma secomle Noie présentée à l'Académie le 10 novem- bre 1851, sur les rapports entre les phénomènes respiratoires et la présence du sucre dans les urines, je m'exprimais ainsi : «Dans uneNote précédente, nous avons annoncé qu'il existe une liaison entre les phénomènes respiratoires et la présence du sucre dans les urines , de telle sorte que toutes les substances (]ui ralen- tissent la respiration en diminuant l'hématose produite dans le poumon, sont autant de causes (pii pourraient, à noire avis, déter- miner le passafic du sucre dans les urines. Nous avons ajouté que, suivani rc principe , on doil trouver du sucre dans les urines des individus soumis à des tniiteniculs li\|iostlu'Miisanls , et, pourbis énumérer eu un mot, nous n'aurons qu'à citer la Liénéralisation de M. E. Robin. D'apiès lui , les subslauci's qui, après la mort, pr(''- servent de la combustion lente elicctuée par l'oxygène humide sont, à des degrés différents, des hyposihénisanfs pendant la vie. Par exemple, les sels métalliques, les éthers, les sels de quinine, et en général les naicoliques. » Ayant examiné les urines de personnes soumises à des traite- ments (i) de bichlorure, iodure et sulfure de mercure, sels d'anli- moine, opium cl sulfate de quinine, nous avons trouvé du sucre. » Voici la Iroisièmc Note prt''sent(''c le S décembre 1851 : (1) J'ai su, après la [lulilicHlion de cette note, que M. Clievallier avait trouve liu sucre dans les urines pendant le traitement mercuricl. 136 AI.VAKW KUVNOSO. — MÉMOlIlli « Dans nies Noies prccc'dcnles, j'ai clierché à eonstater la liaison qui existe entre la respiration et la présence du sucre dans les urines ; de telle sorte que toute cause jetant quelque trouble dans raccomplisseinent de cette fonction occasionnerait le passage du sucre dans 1rs urines. » Nous avons parlé de la médication hypostliénisante qui pré- serve une partie du sang île l'action de l'oxygène. J'ajouterai aux exemples déjà doiniés (]uc, cliez dcsClnens soumis à un traitement d'arsenic, de plomb, zinc, cuivre, de suli'ale de iér, cbez des malades traités au carbonate de l'er, j'ai toujours constaté la pré- sence du sucre dans les urines. » J'aborde maintenant la deuxième partie de mes recberches. Lorsque la respiration viendra à être troublée, soit par une maladie propre du poumon ou par l'elTet d'une autre affection qui jette quel- que trouble ilans son accomplissement normal , il y aura du sucre dans les urines. » J'ai constaté sa présence dans les urines des tuberculeux, et la quantité en était d'autant jtius gi'ande, que la période de la maladie était plus avancée , et que les pbénomènes intlammatoires étaient moins intenses. » Dans la pleurésie, dans la bronchite chronique, il y a du sucre dans les urines; il y en a aussi dans l'asthme. « On en trouve aussi dans les cas d'hystérie et d'épilepsie, après les attaques. » Dans le choléra, il doit y avoir du sucre dans les urines ; car , d'après les ex|)ériences de M. Rayer, le |ioumon ne fait, dans cette maladie, sul)ir à l'air aucun ou presque aucun changement. Userait à désirer que les médecins , qui sont à même d'étudier cette mala- die , recherchassent ' la présence du sucre dans les urines des malades. » Ayant eu occasion d'examiner les urines (l'une femme hydro- pique, nous y avons trouvé du sucre. Nous avons aussi trouvé du sucre dans les lu'ines après avoir bu une forte infusion de calé. J'ai eu occasion d'examiner les urines de deux hommes ivres, et j'y ai rencontré du sucre. On sait, d'après les recherches de Proul, SUR LA PRÉSKXCE DU SUCME DAXS LUS URINES. 137 que l'alcool est une des substances ijui diminuent au plus haut degré l'cxhalatiou de l'acide carboriii|ue , et par là la respiration. De plus, on sait, par les cxjiéricnces de M^l. Boucliardat et Sandras, que l'alcool empêche la transformation du sang veincu.x en sang artériel; celui-ci conserve la couleur propre au sang vei- neux, et par là l'iilcool peut déterminer alors tous les accidents de rasph\'xie. Ces mêmes observateurs ont constaté la présence du sucre dans le sang veineux d'un individu ivre. On comprend alors très bien les causes qui déterminent le passage du sucre dans les urines chez les personnes ivres, et j'ajouterai que le sucre existe dans ces urines en quantité tort notable. Section des pneumogastriques. Ces expériences ont été faites sur des lapins, et la section a été pratiquée au cou ; on a enlevé une portion du nerf de chaque côté. Pendant les trois premières heures (pii suivent cette section , on trouve peu ou point de sucre dans les urines; mais entre la qua- trième et la cinquième lieiu'e , on en constate une proportion a.îsez notable, (|u"on peut déceler facilement au moyen du tariratc cupro- potassique , en ayant soin de traiter préalablement les urines par l'acétate de plomb, etc. Cependant, comme celte expérience avait été révoquée en doute, nous avons voulu encore un résultat plus positif. A cet effet, nous avons opéré trois lapins, et recueilli leurs urines entre la quatrième et la cinquième heure qui ont suivi la section. Par la fermentation, nous avons obtenu de l'alcool, que nous avons pu faire brûler et dont nous avons senti l'odeur. A partir de la cinquième heure , la quantité de sucre décroit dans les urines. Ces résultats, (jui pourraient au premier abord paraître défavo- rables à notre théorie, s'expliquent cependant facilement, et ne la contredisent en rien. Les désordres qui surviennent dans les animaux auxi[uels on a coupé les pneumogastriques étant progressivement croissants, il est clair que ce n'est qu'an bout d'un certain laps de temps, que le trouljle rcs|iiraioin' sera assez ci.nisidrTable pour que le sucre con- 138 ALTARO RETIVOSO. MÉMOIRE tenu clans le sang ne soil pas décomposé en traversant les poumons. Que] <]iie soit le trouble respiratoire qui résulte de la seelion des pneumogastriques , toujours est-il , dira-t-on , que la quantité de sucre qui passe dans les urines ne lui est pas proportioiuiellc. Cette objection perd tout à l'ait la l'orée qu'elle pourrait présenter au premier abord par les raisons que nous allons donner. Pour que le sucre passe dans les urines, il faut nécessairement (|u 'il existe dans l'économie, et que, de plus, il puisse arriver ju.squ'au poumon. Si, par une cause quelcon(|ue, le sucre est détruit avant son arrivée dans l'organe respiratoire, il est évident qu'il ne se trouvera pas dans les urines, quels que soient les troubles qu'éprouve la respi- ration. C'est ce qui arrive lorsqu'on vient à couper les pneumo- gastri(pies. En effet, d'après les expériences de M. Bernard, le sucre disparaît du foie après la section des pneimiogastriques. Je crois que cette explication pourra rendre compte d'un phéno- mène qui, pour sa complexité, semblerait au premier abord contre- dire la théorie que je soutiens. Bientôt j'espère pouvoir revenir sur ce sujet, et prouver par des expériences le mécanisme d'après lequel le sucre disparaît du foie après la seelion des |ineumogaslriques. Cette disparition me semble produite par la transformation du sucre en bile. Suivant M. Longet (Analomie et physiologie du système nerveux de l'homme et des animaux vertélirés, t. II, p. 348), les lésions qu'on trouve dans le foie , après la section des pneumogastriques , semblent indiquer une gêne circulatoire dans l'organe, qui expli(]uerait alors les caractères que présente la bile dans ce cas. Ce même observateur a vu que la bile était alors moins dense, plus séreuse, beaucoup plus lluide et moins ciilon-e qu(Mlans les conditions ordinaires. M. Ber- nard a constaté de plus tpie la bile , dans ce cas , devient acide. C'est conduit parées faits, que j'ai été amené à voir, dans la pro- duction de la bile dans celle circonstance, la cause de la disparition du sucre du foie ; elles ont été publiées sous nos deux noms. Présence tiabiluelle du sucre clans l'urine des vieillards. .l'ai l'ait les ex|iériences suivantes en coimuiui avec .M. De- eiiaNibr(\ SUR LA PRÉSENTE DU SUCRE DANS LES URINES. 139 Les modiriciitions que la respiralion subit chez les vieillards sont tellement notables et importantes, que Rcveillé-Parisc n'hésite pas à les considérer comme l'origine première et le point de départ de la vieillesse , ainsi qne sa raison organique. La détérioration sénile des organes l'espiratoires empêche l'iiémalose de se faire conve- nablement , et la calorification générale de s'elTectner dans les limites qu'e.ige l'exercice complet et normal de nos fondions. t^es modilicalions (pii enlravenl la respiration sont : d(''pression latérale du Ihoiax , projection du sternum en avant , roideur des arliculalions coslo-verlélirales, dureté ou ossilicalion des ap[ien- dices cartilagineux, parenchyme pulmonaire raréfié, parois cellu- leuses amincies ou rompues , vaisseaux oblitérés. A moins que , |)Our une raison ou [lour une autre, le sang des vieillards ne conlînt pas de sucre ou n'en contint que très peu , de telles conditions étaient, dans ma théorie, on ne peut plus favorables à la production de la glucosurie. En vue de vérifier cette conjecture , nous finies les ex|iérieiices suivantes. Expérience première. — Xous choisîmes d'abord , à l'hospice de la Salpèlrière, une femme àgéede quatre- vingt -un ans, dans le dernier dcgn'' de décrépitude. Nous nous assurâmes qu'elle était exemple de toux hahiluelle oud'étoul'feinenl , et ne portail actuelle- ment aucun signe physique ou symptomatologique d'affection pul- monaire ou cardiaque, ou de lonle autre maladie capable de gêner la respiralion; de telle sorte (pie l'insullisance de combustion , si elle avait lieu, ne pût être attribuée qu'à l'état du poumon engendré par la sénilité. L'urinede celle feinnie, recueillie le matin, à la dose de 100 grammes environ, fut d'abord trailée par le sous-acétate de plomb , pour en séparer l'acide urique et autres matières orga- niques précipitables, puis placée sur un fillre. La liqueur filtrée fut débarrassée du sel de |)loml) qu'elle avait pu retenir au moyen du carbonate de soude, el lillrée de nouveau. Nous versâmes enfin de la liqueur saccharimélriqueicuprico-potassique) de M. Barreswil, el nous oblinmcs, après une minute d'ébiillilion, un [irécipilé rou- geàlrc très abondani ipruloxyde de cuivre;. Expérience deuxième. — La même expérience fut faite sur les urines de ciii(| fciiuncs àfjécs de soixanlc-bnil à (|iialre- vingt - un 140 Jll,V,\lt«> RlCl'KWSO. WÉMOIHK ans, coiiclii'cs dans les salles de eliirurgie de la Sal[j(Mi'ière, l'une pour un abeèsau bras, une autre pour dcsdouleui's rhumatismales, la troisième pour une aiïeclion chronique de la peau, les deux der- nières pour des contusions ; toutes jouissant, du reste, d'une bonne santé. L'urine de chacune de ces cinq l'emmes, également recueillie le matin, donna un précipité très caractéristique. Expérience troisième. — Pour rencontrer plus l'ainlcment des vieillards exempts d'alTcction du co'ur ou des poumons, nous nous fîmes autoriser à recueillir de l'urine hors de l'intirmeric, c'est-à- diri' dans les dortoirs; nous choisîmes le même jour huit femmes qui nous paraissaient offrir les conditions requises et âgées de plus de soixante-dix ans, mais étant déjà fort décrépites; deux ne don- nèrent qu'un légernuage jaunâtre peu significatif ; six un véritable précipité rougeâlre. Expérience quatrième. — Voulant savoir si la glucosurie était constante chez ces femmes ou seulement passagère, au bout d'une semaine , nous prîmes une seconde fois de l'urine de sept d'entre elles, y compris les six glucosuriques ; chez deux, il n'y eut pas trace du nuage jaunâtre; chez tieux autres, le nuage fut peu ap|)arent; cliez les trois dernières, il y eut pn'cipifé. Les résultats obtenus jusque-là laissaient encore quelque incer- titude ; la fermentation nous offrait un moyen de vérification plus décisif; nous y eûmes recours avec succès. Expérience cinquième. — Les urines de quatre femmes âgées de soixante -dix à quatre-vingt-douze ans furent réunies après avoir constaté , sur échantillons , qu'elles donnaient un précipité rougcàlre parla liqueur de Rarreswill ; elles occupaient un tiers de litre environ. D'abord traitées par l'acétate de plomb et le carbo- nate de soude, comme dans les expériences précédentes, elles furent réduites par évaiioralion à deux ou trois cuillerées à bouche, puis mises eu contact avec la levure de bière, dans une cornue de verre dont le goulot s'adaptait à un petit récipient. Nous n'avons pris aucune disposition pour recueillir l'acitlc carbonique, la for- mation d'alcool pouvant suffire pour attester la présence du sucre. La distillation à feu doux amena bientôt dans ce récipient 1 gramme environ d'un liquide incolore. Le récipient fut alors enlevé et SIR LA PRÉSENCE Di; SUCRE DANS LES IRINES. 1/|1 chauffé légèrement pendant qu'on présentait à rorillce une allu- mette enflammée ; une flamme bleuâtre courut dans toule la lon- gueur du iionlol , laissant après elle une odcnr wm éipiivoque d'alcool. Expérience sixième. — La même expérience fut l'aile quelques jours après sur les urines de six femmes âgées aussi de plus de soixanic-dix ans. La liqueur totale occupait deux tiers de litre ; elle fut réduite par évaporatiou à qnalre ou cin(i cuillerées à bouche. Cette fois, avec le premier produit de la distillation, n'équivalant pas à plus de 3 gi'ainmes , on ]iut obtenir une llanunc bleuâtre qui ne cessa de couronner le goulot du récipient pendant huit ou dix secondes, et laissa une véritable odeur de punch. La fermenlation alcoolique a donc été ('vidcnf(^; partant, les urines exfiérinientées contenaient une quanlilé notable de jirincijie sucré. Nous avions eu d'abord l'intention , 5L Dechamlire et moi , de rechercher s'il y avait quelque proportion entre l'intensité de la glueosurie et l'âge des sujets ou le degré de décrépitude. 11 en est ainsi 1res proba!)lemenl ; mais les seuls essais auxquels le temps nous ail |icrmisjusipi'ici de nous livrer n'ont pas donné de résultat salisfaisanl. Dans la Iroisième expérience, nous avions eu soin d'employer pour fous les sujets la même quanlilé d'uiine et la même dose de nniclif, cl nous les avions classés suivant le degré d'abon- dance du précipité ; procédé peu rigoureux sans doute , mais susce[)iible pourtant de fournir des indices de quelque valeur. Or ce classement n'élail pas du lout conforme â la progression de l'âge, non plus qu'à celle de la décrépilude. Certaines femmes, très bien conservées malgré leur grand âge, ayant encoi'c la peau souple, les seins assez développés , la poitrine peu déformée , ont donné beaucoup de sucre, tandis qiKMl'aulies, tout â l'ail dcssécliées, n'en oui donné' (|ue 1res peu ou niênie pas du tout. On comprend d'ail- leurs cohiliieii une (elle l'echrri'he devait présenter de difficultés, quand ou i'(''llécbil i|nc, chez un même sujcl, la glueosurie peut disparaître d'un jour à l'autre ou varier beaucoup d'inicn.silé, ainsi qu'on l'a vu [ilirs liaul. lilâ ALTARO REYNOSO. — MÉMOIRE Diabète. J'arrive niaiiitcnanl à la maladie caractérisée surlouL parla pré- sence du sucre dans les urines. — Certes, on n'est pas malade parce qu'on a du sucre dans les urines , mais bien parce qu'il ne s'y trouve qu'à la suite d'un dérangement des fonctions vitales. Nous ne prétendons pas caractériser une maladie par un de ses symptômes; car on sait, depuis Hippocrate même, qui disait : una natura, una coiijluxio, consentieniia omnia, que l'organisme est un ensemble, un tout unicpie, (pi'aucuu système des parties isolées ne sert à une fonction exclusivement , que toutes les fonc- tions s'harmonisent, se coordoiment et concourent au même but final ; de manière qu'un dérangement dans (elle foiiclion réagit ensuite sur les autres. Toutefois, il y a des fonctions qui sont plus importantes, et dont l'altération enlraine plus de trouble dans les autres. Dans ime maladie, il s'agit île déterminer quelle est la fonc- tion qui a été primitivement altérée, et qui a déterminé les autres perlurbalions. Dans le diabète, nous croyons que c'est la respira- tion qui a été altérée la première , et que tous les autres troubles qui accompagnent la maladie n'en sont que la suite. De plus , quoique , en général, les diabétiques ne meurent que par l'inter- vention des tubercules pidmonaires, on voit souvent , quand ils meurent avant la période de marasme, que les poumons sont par- faitement sains. Nous considérons cette tuberculisation comme une suite d(; l'altération profonde de la fonclion, et nous croyons qu'une des causes les plus fréquentes du diabète est un déiangenient dans les fonctions du nœud vital de M. Flourcns, comme étant le premier moteur cl le centre d'action de l'aiipareil de la res|iiration. — Nous e.xaminerons ensuite la Ibéoric qui explique Icdiabète par un manque d'alcalinité dans le sang, et celle qui s'en rend compte en admet- tant une augmentation dans la production du sucre par le foie; mais avant, nous allons montrer qu'il y a véritaijlement toujours un trouble dans la respiration. D'aboid la présence des tubercules en première ligne. La quantité d'acide carbonique c\|iir(' diminue pendant le dia- SUR LA PRÉSENCE DU SUCRE DANS LES UUlNES.l 1^3 bète (Coinderi (Ij, de même (lue la chaleur animale baisse (Bou- ehardat;. On sait que la quantité d'aeide carbonique dégagée par la respiration est moindre à l'état de sommeil qu'à celui de veille; par là, la production de elialeur est moindre pendant le sommeil, et c'est pour cela que nous sentons alors le besoin de mieux nous couvrir, et que nous sommes [)lus exposés à nous refroidir. Toutes choses égales d'ailleurs , la quantité de sucre augmente dans les urines pendant la nuit iCoindeti, de manière (|ue si , le matin, quand le malade vient de s'éveiller, on examine ses urines, on constate liieii plus de sucre qu'à tout auli'c moment de la jour- née. — j'ai dit toutes choses égales d'ailleurs^ car il est évident (pie c'est après le repas, quand on vient d'ingérer une grande quantité de féculents ou de sucre, i[u"on tjouve le |ikis de sucre dansées urines. Nous allon.-^ voir maintenant la quantité de sucre diminuer, à mesure que la respiration augmentera. Un exercice modéré accé- lère les mouvements lespiratoires , accroît la quantité d'aeide car- bonique exlialé, et l'ubsurption d'oxygène est, en général, triple de ce ({u'elle est à l'état normal (Prout, Scharling, Lassaigne). Eb bien, la ipiantilé de sucre diminue , d'après .AI. Boucliardat, dans les urines, ajirès un exercice régulier, les travaux dans les ciiamps, à l'air libre , circonstances, comme nous venons de le voir, ipii augmentent la combustion pondant la respiration. On sait que le sucie disparait des urines des diabéti(jues quand ils sont en proie à une lièvre intense. Cet effet , si inexplicable (I) M. Doyère a eu la bonté d'extraire de son beau travail sur les phéno- mènes chimiques de la respiration , encore inédit , les résultats suivants , qui viennent appuyer mes idées sur le diabète. D'après cet habile eipérimentateur, la quantité d'acide carbonique normale dégagée par l'homme est de 4,40 pour 100, le maximum étant de 4,77, et le minimum 4,0.5, Chez un diabétique, l'air expiré contenait 1,80 pour 100 d'acide carboni(iue quand il restait dans son lit ; mais aussitôt qu il était levé, qu'il marchait et qu'il travaillait , la quantité d'acide carbonique expiré, sans atteindre le chiffre normal, se trouvait cependant nolablemenl accrue : ainsi il a trouvé dans l'air expiré 3,43 pour I 00 d'acide carbonique. Aux deux époques où les analyses furent faites , le malade était soumis à un régime exclusivement animal , et les urines ne contenaient pas de sucre. m ALVJIRO HEINOSO. — MÉMOIRE auparavant , se comprend très bien quand on se rappelle (|ue la qnanlité d'acide eariionùpie exhalé a aiiginenlc, de manière que la respiration étant accrue, la production de chaleur augmentée, le sucre se détruit aussi bien que lorsque le malade est soumis à un exercice en plein air, et d'autant plus que la quantité en est moins grande , à cause de la diète que les malades sont obligés de garder. Comme dans les inllamniations bien caractérisées qui ne gênent pas la respiration, l'acide carbonique exhalé augmente, il n'est pas extraordinaire que , lorsqu'une inflammation se déclare chez un diabétique, ses urines puissent ne pas contenir du sucre. Je crois que cette explication satisfait plus que de dire, que, pour être dia- bétique, il faut être bien portant (1). Examinons les deux théories principales qu'on a émises sur la cause du diabète : 1° Chez les diabétiques , il existerait une source continuelle de sucre dans l'économie, indépendamment du sucre ingéré par les ali- ments. Ce sucre serait formé dans le foie, et sa production serait tellement augmentée, que l'économie, ne pouvant pas rutihser,le rejetterait. 11 y a un fait capital contre cette théorie, fait q\ii prouve que le sucre rejeté de l'économie chez les diabétiques provient des ( I ) Nous avons déjà admis que los éléments de nos organes qui deviennent impropres à leur slrucluro et fonctions , par suite de leur exercice , sont brûlés par l'oxygène et rejelés sous la forme d'acide urique, urée, etc. Dans le diabète, ces substances diminuent tellement dans les urines, que longtemps on y a nié leur existence. Cela prouve que, pendant cette maladie, les matières qui leur donnent naissance ne sont pas brûlées dans t'économie. Ici on peut supposer deux choses qui sont également vraies : 1 " Par suite de l'abaissement du dégage- ment de cluileur, la quantité de vie diminue et la nutrition de nos organes aussi; par conséquent, les matériaux qui donnent naissance aux composés uriques diminuent, et l'on comprend facilement alors pourquoi ils se trouvent en si petite quantité dans l'urine. 2° La respiration étant diminuée, la combustion des parties de nos organes impropres à la vie ne peut plus se faire aussi bien que lorsque la respiration est à l'étal normal. Ces éléments, ne i)Ouvant être rejetés, séjournent dans l'économie , y subissent diverses transformations , et donnent naissance à des dépôts purulents, des gangrènes, etc. , que l'on rencontre souvent chez les diabétiques. M. Marchai , do Calvi , est le premier qui ait appelé l'attention sur la fréquence des gangrènes chez les diabétiques. SLR LA PRÉSKXO: DL' SIXRK DANS LES LRINES. l/lS féculents ou du sucre ingéré; car lorsqu'on vient à supprimer ces deux substances, les urines ne contiennent plus du sucre. Tous les médecins qui ont eu occasion d'observer cette cruelle maladie sont d'accord sur ce fait; cependant nous citerons deux autorités à l'appui de notre assertion : « La proportion du sucre contenu dans les urines est en rapport » constant avec la proportion des aliments féculents et sucrés. » (Andral, Pathologie interne, t. H, [i. Zi/|7.) « C'est un fait pour moi démontré, que les urines de presque tous » les diabétiques, soumis depuis quelques jours ou à la dicte, ou au » l'égime animal exclusif, ne renferment aucwie trace de sucre. » (Loc. cit.) « C'est une circonstance favorable, et qui est, je dois le dire, la » plus commune, de voir les urines revenir à leur quantité el a leur » composition normales après vingt-quatre heures ou quarante- » huit iieures d'un régime d'où les aliments féculents et sucrés » auront été sévèrement exclus. » (Bouchardat, Du diabète sucré, p. 44 -j Cette théorie ne compte en sa faveur qu'im seul fait « exception- nel, » rapporté par M. Andral ( Path. int.,L II, p. 450), où l'on voit un malade chez lequel le sucre ap|iarnt dans les urines, quoi(iuil fût soumis au régime animal. Mais si l'on considère que ce malade était à l'hôpital, où il ne pouvait pasètre surveillé, qu'il po\ivait liien, par suite, manger le pain de ses camarades, et que, de plus, il n'avait que dix-sept ans, ce qui ferait comprendre son écart de régime, ce fait perd un peu de sa valeur. ;\hiis, même en supposant (pie le malade n'ait jiris ni féculents, ni sucre, faudra-t-il baser une théorie sur un fait exceptionnel , exposer un grand ensemble d'observations comme des exceptions? 11 nous semble plus logique d'attendre que d'autres faits semblables soient acquit pai" l'expé- rience avant de se prononcer. Nous avons déjà dit ailleurs, et nous le répétons ici, que le sucre étant détruit normalement dans l'économie, rpiand il ne se détruit pas , il faut admettre on ipie sa (|uantité a augmenté au delà de la force destructive de l'organisme, ou que cette force a diminui'. Si latjuantilé de sucre a augmenté, eela peuttenirà ce(|ue r(''cfi- i' série. Zooi., T. III Cahier n" 3.) - 10 146 ALVARO REl'KOSO. — MÉMOIRE nomie en reçoil par lus aliineiils l'éculenls et sucrés jikis qu'elle n'en peut détruire , et que l'économie en produit elie-mème plus qu'elle n'en consomme , indépendamment des aliments l'éculents ou sucrés. D'abord il y a une sorte d'instinct qui nous mesure les quantités d'aliments respiratoires dont nous avons besoin ; ensuite , nous avons dit ailleurs que le sucre qui n'est pas détruit immédiatement peut se convertir en graisse et se déposer dans l'économie. L'expé- rience a démontré que si, à l'état de santé, on vient à ingérer une forte proportion de sucre, il passe dans les urines, et cela arrive aussi lorsqu'on injecte dans les veines du glucose au delà de cer- taines limites. Mais cela n'est plus le cas cliez les diabétiques ; chez eux, une quantité de sucre qui serait détruite à l'état de santé repa- raît dans les urines. Il laut donc admettre que c'est la force de destruction qui a diminué, et l'on sait que cette destruction est sous la dépendance delà respiratio7i. Quant à cette prutluction outre mesure du sucre pai' le foie , en dehors des féculents , nous avons déjà dit pourquoi nous ne la croyons pas nécessaire pour expliijuer le diabète. 2° Cette théorie a jiour base les observations de M . Chevreul sur l'inlluence des alcalis dans la transibrmation des matières orga- niques en présence de l'oxygène. M. Jlialhe a observé que le sucre de raisin ou de diabète n'a aucune action réductrice sur l'oxyde de cuivre, soit à froid, soit à chaud, et qu'il n'acquiert la propriété désoxygénante qu'après avoir été chimiquement influencé par une substance alcaline, libre ou carbonatée ; il a déduit de là (jue c'est par les alcalis normalement contenus dans le sang et les liquides animaux que s'effectue la transformation de la matière sucrée. Si l'alcalinité n'est plus sullisante , la transformation ne peut avoir lieu ; le sucre n'étant plus ni décomposé , ni assimilé, se répand dans toute l'économie , devient un corps étranger , et , comme tel , est rejeté par les glandes rénales et par tous les appareils sécré- toires. « La maladie diabéti(iue reconnaît donc pour cause un vice » d'assimilation du sucre par défaut d'alcalinité suffisante dans «l'économie animale. ('.\n"/. l'Iioinme sain, le sang est alcalin, cl SLR L\ PRÉSENCE DU SVCRE DANS LES VRINES. l/j7 » doit rester nlealin pour racc(ini|ilissenient des Imietions inter- » viscérales. Mais les élémenls d'acidité, conslanimenl introduits " dansréconomie,tendraientàprédominer, s'ils n'étaient équilibres » et éliminés par les sécrétions spéciales, les sueurs et les urines. » » Ces éléments d'acidité sont : » 1° L'ingestion des acides eux-mêmes. » 2° L'alimentation exclusivement azotée. Les viandes, parles » matières albuminoïdes qu'elles renferment, contiennent beaucoup » de soufre et de phosphore ; ces corps, par leur combustion dans »nos organes, donnent naissance à une grande quantité d'acides » sulfurique et phosphorif]uc , qui se répandent dans toutes nos » humeurs, y saturent d'abord les bases alcalines qu'ils y rencon- u trent, et finissent par prédominer. » 3° Le défaut de transpiration de la peau , émonctoire destiné à » éliminer les acides deréconoiiiie. » M. Mialbe tennine l'exposé de sa théorie par cette phrase : « Tant qu'on ne m(^ démontrera pas la présence du glucose » dans les urines normalement alcalines des herbivores, c'esf-à- odire la possibilité de l'existence du glucose en présence d'un » excès d'alcali, je resterai inébranlable dans mes com-ictions. » Si nous ne partageons pas tout à fait la manière de voir de M. Mialhc, du moins nous avouerons que cette théorie l'a conduit à conseiller un traitement, dont les médecins sont à même tous les jours de constater les bons résultais. Voici quels sont les points sur lesquels je ne partage pas l'opi- nion de .M. Mialbe. Pour quele sucre se détruise dans l'économie, il est évident qu'il faut la présence des alcalis, mais aussi d'autres conditions sont indispensables. Si l'oxygène ne se trouve pas dans les conditions favorables de quantité , soit par suite de l'inspiration de gaz irrespirable, ou de l'impossibilité d'entrer dans les voies pulmonaires; si la .strucUire des poumons se trouve modifiée, etc.; enfin si toutes les conditions normales delà respiration n(^ se trou- vent pas remplies, le sucre ne se détruira pas, quelle que soit l'al- calinité du sang. En voici un exemple : .T'ai fait rcsjiinT de l'élher à un lapin ; ses urines conlienniMitilu sucre, et cependant elles .sont alealines. l/jS AI.VARO REYNOSO. — MÉMOIRE Parmi les élénieiils d'aciililé, .M. .Miallie place la viaiifle, et cepeiKlanl c'est cet éiéineiil (|ui , coniinc nourriture , convient le mieux aux diabétiques. Le régime de la viande est utile dans le diabète , parce que les leculents et le sucre étant éloignés de l'alimentation , ne peuvent séjourner dans l'économie , et que par là on parvient à empêcher beaucoup des troubles qui sont la suite de cette présence anormale du sucre dans le sang. Mais l'usage de la viande seule n'aboutit qu'à un mieux momentané ; car, aussitôt qu'on reprend des féculents ou du sucre , les symptômes alarmants du diabète reviennent. 11 est clair qu'il faut employer le régime animal; mais aussi il faut lâcher de détruire la cause qui empêche l'assimilation du sucre. Dans la théorie de M. Wialhe , s'il est vrai qu'il n'est pas dit le contraire de l'opinion que nous venons d'énoncer sur le régime animal, ilestévidentaussi, d'après cette théorie, que, par le régime animal exclusif, le malade devrait empirer au lieu de se rétablir; car cet élément d'acidité empêcherait la présence des alcalis libres ou carbonates , et par là rendrait plus anormale la composition du sang, ce qui donnerait naissance à d'autres troubles que ceux qui se manifestent quand le sucre intervient dans l'alimentation : de manière que ce que l'on gagnerait en s'abstenant des féculents, on le perdrait en se nourrissant de viande. La cause qui détermine le défaut d'alcalinité dans le sang est , d'après M. JMialhe, la suppression de la sueur, émonctoire destiné à éliminer les acides de l'économie , lesquels , s'ils ne sont pas éli- minés, empêchent la présence dans le sang des alcalis libres ou carbonates. Sous les divers climats et dans les différentes périodes de la vie, nous voyons toujours la sueur et l'urine avoir une relation telle dans leur production, (pi'elles .sont toujours en raison inverse l'une de l'autre. Nous voyons toujours que lorsque la sueur augmente, l'urine diminue, et vice versa; et, au moyen de ce balancement, la santé se conserve, car toujours la même fonction d'élimination se fait, quoique par des organes différents. A part la relation qu'on rcinar(|ue entre la |)ro(liicli(iu de ces deux sécrétions, ou est con- vaincu qu'ellcsont des licnsplus l'Iniils, si l'on cxaminect compare sut L.V l'KÉSE.NCIi UV SLCKK DANS LKS l'RINES. 14',) leur ii)iii|iosilion chimique, ainsi que les appareils qui servenl à les séparer de la niasse du sang. Dans le diabète, la sécrétion urinaire est tellement augmentée , que l'on ne comprend pas pourquoi cet accroissement dans la production de l'urine ne ferait pas équilibre à l'absence de la transpiration cutanée. Je crois même ([ue cette disparition de la sueur n'a été, dans la plupart des cas, que la suitede l'augmentation de la sécrétion urinaire. Ouaiit à cette augmentation de l'urine, on peut s'en rendre compte, si l'on se rappelle un t'ait déjà trouvé par Woehler, que tous les sels qui sont éliminés [lar les urines activent la sécrélionde ce liquide. Le sucre, dans le diabète, est une substance qui ne peut pas être utilisée par réconomie, et qui est éliminée parles urines ; il activerait la sécrétion de ce li(]uide , connue pourrait le faire un diurélique quelconque. La soif qui accompagne la maladie ne serait alors que la suite du besoin qu'éprouve l'économie de se débarras- ser de cette substance, et, déplus, elle serait inévitable, parce que, au fur et à mesure qu'on introduit du liquide , ce liquide .serait éliminé promptement par suite de l'activit ' de la sécn'lion urinaire. Du reste, les expériences de M. Boucliardat prouvent que le sang- des diabétiques est tout aussi alcalin (pi'à Filial normal. -Mais, même en supposant que celte théorie ne soit pas vraie d'une manière absolue, elle aura du moins servi à faire sentir que les alcalis, comme activant et facililanl la dcsiruciion du sucre, doivent être conseillés dans le diabète. C'est peut-être ]iarce qu'ils faciliteiil la combustion, et par là le dégagement de chaleur, que les alcalis sont des excitants généraux. Ualcalinité du sang, vlanlune des conditions de la destruction du sucre dans réconomie , peut devenir ^ quand elle est altérée, une cause de diabète. 5L Bouchardat s'est beaucoup occupé du diabète dans ces der- nierstcmps, sui-((iut sous le point de vuedu Irailcmenl. Nousn'exa- minerons pas sou travail-, il stirt un peu de noti'e sujet , qui est de di'couvrii- les (-anses de la maladie. Dans le diabète , les éléments féculents et sucrés .sont digérés de la même manière qu'à l'état normal ; seulement , ii l'état )iormal , ils sont assimilés et détruits pendant l'acte de la respiration, troiivcr une iiutro. (Voyez mes Recherches naturelles, chimiques et physiologiques, sur le curare. Paris, 1855.) Sur la manière de chercher le sucre dans les urines. On peut employer trois proeédés pour arriver à ce but. Le premier, le plus important, le plus déeisii', celui sans leciuel on ne doit jamais rien conclure, c'est la fermentation , et je crois inutile de rapporter comment on procède. Le second est fondé sur la propriété des sels de cuivre d'être décomposés par le glucose en présence des alcalis. C'est le pro- cédé le plus usité, mais c'est aussi celui qui peut induire le plus facilement en erreur ; car en l'employant on peut soupçonner la présence du sucre là où il n'y en a pas, et rester dans le doute là où il en existe. 11 faut donc se mettre à l'abri de ces erreurs. Pour cela il faut commencer par séparer les suiistanccs aljjuminoïdes qui rédui.sent aussi les sels de cuivre en présence de.s alcalis. A cet etfct, on ajoute aux urines de l'acétate tribasique de plomb. On verse dans le liquide filtré du carbonate de soude pour séparer l'excès de sel de plomb ; on filtre de nouveau , et l'on concentre le liquide. C'est là qu'on doit cberchcr le sucre au moyen de la liqueur de Barreswil ou tartrate cuprico-potassique. On peut se convaincre tacilement combien il est important de traiter les urines préalable- ment par l'acé'tatc de |ilomb, et de les concentrer. Voici une expé- rience qui le démontre : Si l'on prend un grain de raisin sec , et qu'on l'écrase dans l'eau ; en divisant cette eau en deux portions, et en ('tendant l'une d'urine ordinaire fraîchement recueillie, et l'autre d'une quantité d'eau égale à celle de l'urine, on verra que si l'on fait bouillir la portion étendue d'urine, simplement avec le tartrate cuprico-potassique , ou bien on n'aura pas de précipité , ou bien celui (jui .sera obteiui présentera une couleur sale ou peu appai'cnte; tandis que si on la traite préalablement par l'acétate de plomb, il se produira une réaction aussi nette que celle qui se manifeste dans la portion ('Icndue d'eau. Malheureusement on néglige toujours les précautions i|iip mous venons d'indiquer, parce qu'on ne veut pas y consacrer le temjis nécessaire. iMcme en opérant de la manière 152 ALVARO KEVniOSO. — MÉMOIKE ci-dessus , il faut avoir recours à la t'ermentation pour conclure délinitivement à la présence du sucre. Le troisième procédé, c'est la polarisation. Pour obtenir de bons résultats , il faut traiter aussi les urines par le sous-acéfate de plomb pour les décolorer et précipiter les principes albuniinoïdes. Mais il faudra encore contrôler par la fermentation le résultat ainsi obtenu. L'usage de la polarisation est assez délicat; mais beureu- sement les personnes (pii voudraient être à rncmc de l'employer ont à leur disposition pour s'éclairer les Blémoires de M. Biot et la brochure de M. l'abbé Moigno (Pratique et théorie du sacchari- mètre Soleil). Une remarque générale que je dois faire, c'est que si l'on cherche le sucre dans les urines qui n'en contiennent qu'une petite quantité, il faut opérer au moins sur trois ou quatre onces d'urine, ([ue l'on traite ensuite par les procédés ci-dessus. Note. — J'ai cru devoir m'abstenir de toute indication pour le traitement du diabèt(>, et c'est avec regret que j'ai vu tirer de mes expériences un mode de traitement contraire à tous les résultats scientifiques. On a raisonné de la manière suivante : « Si le diabète » provient d'un manque de respiration, d'une diminution de la com- » bustion du sucre, rien ne sera plus facile pour activer cette com- » bustion que d'employer un air dans lequel l'oxygène soit en plus » grande proportion que dans l'air atmosphérique. Et pour atteindre )i une combustion bien plus active, il faudra employer les inspira- » tions d'oxygène. » Il est possible que des inspirations de ce gaz aient produit de bons résultats dans la praticpie ; mais je suis sûr que ces effets ne peuvent pas èh'e atlrihués à ce que la combustion ait été augmen- tée; car MM. Regnault etReiset (1) ont prouvé que la respiration des animaux des diverses classes, dans une atmosphère renfermant deux ou trois fois plus d'oxygène que l'air normal, ne présente aucune différence avec celle qui s'exécute dans noire atmosphère terrestre. La consommation d'oxygène est la même, le rapport entre l'oxygène contenu dans l'acide carbonique et l'oxygène total fl) 4'"'"'''S de cliiiniv cl Un plnjiique, I. XXVI. p. 517.' SUR LA l'KÉSEiNUE DU SUCKE UANS LES URINES. 153 consommé ne subi( pas do cliangement sensible ; la proportion d'azote exhalé est la même; eiilin les animaux ne paraissent pas s'apercevoir ([u'iis se trouvent dans une atmosphère différente de l'atmosphère ordinaii'e. Je crois que si l'on voulait augmenter la respiration en chan- geant la composition de l'air, il faudrait remplacer une partie de l'azote par de l'hydrogène , et donner aux malades un mélange d'oxygène, azote et hydrogène, car alors la consommation d'oxy- gène est plus grande. Mais cependant je m'abstiens de prendre la responsabilité de cette indication, et si j'ai cru devoir le faire , c'est parce que c'est le seul cas où la composition de l'air peut augmenter la consommation d'oxygène. NOUVELLES CONSIDÉRATIONS SDR LA NIDIFICATION DES GUÊPES, Par H. de SAUSSURE (1). Les auteurs qui ont étudie les ouvrages des Guêpes, et décrit les étonnants édifices qu'elles se construisent, ont en général traité le sujet en simples curieux de la nature, en décrivant seulement, tels qu'ils leur tombaient sous les yeux, les nids de ces animaux. Chacun s'est borné à observer des faits et des objets isolés, aucun d'eux n'a cherché à s'élever à ces considérations plus générales, et à un examen d'ensemble destiné à mettre au jour les lois qui domi- nent cette nidification. Il est vrai que, pour arriver à ce résultat, il eût été indispensable d'avoir à sa disposition une collection de matériaux que personne n'a pu réimirjus(iu'à présent; mais on a lieu de s'étonner cepen- dant qu'aucun observateur n'ait songé à mettre en regard les diffé- rents travaux exécutés de part et d'autre , et à soumettre à une analyse judicieuse les divers principes dont on peut constater la prédominance dans l'économie des Guêpes. Il n'est pas jusqu'à (1) Extraites de la Bit/. UTiiD. de Genèi'c, lévr. 1835. 154 H. DE SAUSStIBE. — CONSIDÉRATIONS l'inimitable Réaumur, ikinl le livre cstcependiint mi trésor où il a versé toutes les liclicsses de son génie, qui n'iiit aussi négligé ce côté delà question. Il a étudié les Guêpes avec la rare sagacité qui lui était propre, mais ses oliservalions sont demeurées à l'état de matériaux dispersés, faute d'un lien commun ; plusieurs difficultés n'ont pas même été entrevues par l'auteur , parce que , ne voyant dans la diversité des modes de nidification qu'un caprice de la nature, il n'a pas songé un seul instant qu'elle pût être expliquée et commentée à l'aide de l'hypothèse d'un système complet d'un ordre régulier dans cette partie de la création. DeGeer,de son côté, en continuant l'o'uvrcde son devancier, a fort peu ajouté aux éléments déjà connus de l'histoire do la nidifi- cation des Guêpes. Enfin , depuis ces deux gi'ands observateurs , cette branche de l'entomologie est restée pour ainsi dire siationnaire : ses progrès se bornent à l'acquisition à la science de quelques points de détail, à la description isolée de ipielques nids jusque-là inconnus. Il manque, en un mot, sur ce sujet, un travail semblable à celui qui s'estfaitpourles Abeilles, pour les Bourdons et pour les Four- mis ; les Guêpes n'ont point encore trouvé leur Huber. ARTICLE I". — Du rapport entre les formes des nids et la nature VARIÉE de leurs artisans. La forme des organismes étant étroitement liée à leur mode d'application, il est évident que les différenci'S de structure dans les organismes doivent correspondre à des différences analogues de leurs productions et de leur usage, et que les résultats de la mise en œuvre des instrumenls divers doivent pouvoir être classés en groupesnaturels corrélatifs à ceux établis parmi ces instruments, dont ils sont, pour ainsi dire, la traduction dynami(iue. Cette con- cordance logique et nécessaire existe si bien, que souvent on a vu la classification chercher ses points d'intersection et ses caractères dans l'étude des produits plutôt que dans celle des organes, et trou- ver un appui plus solide dans les résultats que dans les causes qui les engendrent : c'est à cette manière de procéder que plusieurs classes d'insectes ont dû leurs dénominations , et , pour n'en citer Sl'R LA NIDIFICATION DES UUÊPES. 155 qu'un exemple, e'est ainsi qu'on a distingué les Guêpes sociales des Guêpes solitaires. Je ne crois pas néanmoins, quel que soit l'usage qu'on en puisse l'aire dans certains cas particuliers , que les mœurs des animaux otïrent un degré de fixité suffisant pour qu'elles constituent un ensemble de caractères susceptible de servir de base à une distri- bution naturelle des espèces. Rien, en effet, n'est plus frappant que la singulière diversité par laijuelle, en mainte occasion, en voulant généraliser ce système , on arriverait infailliblement à placer fort loin les uns des autres des animaux tout voisins. Je crois donc que, pour être dans le vrai et ne pas dépasser les limites d'une sage application, il faut ne faire de l'élude des mœurs qu'un auxiliaire de la méthode naturelle ; elle ne peut lui servir de base, mais son rôle est encore assez important, si, par ce moyen, on arrive .à étayer solidement les faits tirés de l'organisation par une concordance judicieusement établie. Il est une circonstance que l'on ne doit pas oublier pour jiouvoir apprécier sainement la valeur des caractères ofl'erts par l'organisme, à côté de celle des caractères que les mœurs peuvent fournir. On comprend aisément que les premiers , qui dépendent de la forme , du nombre, de la présence ou de l'absence de certains instruments physiologiques, présentent une netteté relative bien plus grande : ce .sont des faits permanents, soumis à l'appréciation de nos sens, par conséi|uent dont l'observation ne prête guère à l'erreur. Les caractères fournis par les mœurs n'existent , au contraire , comme faits que dans notre esprit, et sont le produit de l'examen rapide et difficile des mouvements fugitifs de certains organes , que nous sommes obligés de chercher au hasard, et que nous ne découvrons souvent qu'après une longue série de tentatives infructueuses. Il esl des cas ccpendani où, par suite d'une grande uniformité de structure, les faits anatomiipics manquant pour établir des sections, les faits moraux présentent, malgré cette uniformité extérieure, des dilTérenees si notables, qu'ils exigent des divisions parmi les êtres les plus voisins. C'est ainsi que les Guêpes sociales ne diffèrent jiresquc des solitaires que par leurs mœurs ; si bien que Fabricius, cet habile naturaliste de cabinet, n'a pas su les distinguer. 156 H. DE MAUSSUBE. — CONSIDÉRATIONS Ces remarques viennent, d'une part comme de l'autns à l'appui de l'importanee qu'il faut accorder aux caractères moraux; nous allons, du reste, montrer de quelle utililé ils peuvent être en esquissant à leur aide une théorie de la nidification des Guêpes. Naturellement, ce genre d'observations fournira ses données les plus instructives en étant appliqué aux Guêpes sociales , dont un des attributs est d'établir des constructions admirablement variées ARTICLE II. — Des deux modes principaux de nidification. Coup d'œil sur les guêpiers en général. Je suppose connu l'arrangement d'un guêpier. Il consiste tou- jours dans l'ensemble d'un certain nombre de gâteaux ou rayons parallèlement disposés, chacun de ces gâteaux étant formé de l'agglomération d'une grande quantité d'alvéoles papyracés, le tout étant ou non enveloppé d'un manteau d'une matière analogue à celle qui sert à la conslruction des alvéoles ou d'un carton d'une consistance plus ou moins solide; du reste, il est bien difficile de donner une idée nette de ces constructions , sans le secours d'un assez grand nombre de planches. Comme je ne puis disposer ici que d'une quantité fort restreinte de ligures toutes théoriques, je renvoie mes lecteurs, pour de plus amples détails sur ce point, à mon ouvrage général sur la famille des Vespides (Ij. Des caractères qui servent à classer les nids. 1 . Il suffit d'avoir jeté un coup d'oeil sur des guêpiers originaires des divers confiiients, pour s'apercevoir qu'il règne dans leur éta- blissement des différences assez considérables. En effet, les uns sont protégés par une enveloppe dure , les autres par de simples feuilles d'un mince papier , d'autres enfin montrent leurs alvéoles complètement à découvert. Ces différences ne sont pas des varia- tions accidentelles .- chacune correspond à un mode de nidification parfaitement fixe, parce que les Guêpes ne construisent jamais au hasard , mais guidées par des principes j)articuliers (jui varient (I) Etudes sur la famille des Vespides , t. II. SUR LA NIDIFICATION DES GL'ÊPES. 157 selon les espèces ; chaque espèce crée des guêpiers toujours iden- tiques entre eux , mais dilTérenls de ceux des autres espèces : les nids peuvent donc être étudiés comme des objets spécifiquement distincts. 2. Examinés avec attention , tous les guêpiers sans exception , même des natures les plus diverses, présentent des cellules toujours élablies sur le même plan. Cette portion de leur arcliilecture n'offre dune aucun caractère à utiliser pour la distribution des espèces : il en est tout autrement de la partie qui enveloppe les rayons (là où elle existe, car elle manque entièrement dans bien des cas). On pourrait donc, par l'inspection de ce seul caractère, créer une première division, une catégorie contenant les guêpiers décou- verts , une autre catégorie embrassant les guêpiers revêtus d'une enveloppe; mais ce n'est point là le seul mode de distinction possible : les guêpiers dilïèrcnt encore notablement dans leur forme extérieure, leur disposition intérieure, la nature de leur tissu, leur station, le nombre de leurs rayons, etc. (1). 3. En examinant chacun de ces caractères pour en déterminer la portée, on arrive aux conclusions que voici. Les formes et le nombre n'ont rien de suffisamment certain ; iisconstituentdu reste, en général, en zoologie, un caractère d'une valeur 1res minime. La nature du tissu dépend, le plus souvent, du genre des matériaux, nécessairement très variables , que l'insecte trouveà sa disposition. La différence entre les nids libres et les nids habillés ne consiste que dans l'absence ou la présence d'une pièce (le manteau;, mais ne repose point sur une diversité dans les principes de construcfion. La disposition iulérieuiv, au contraire, est le résultat d'un mode particulier de conslruclion ; les différences qu'elle offre seront donc celles auxquelles il faudra s'arrêter avant tout. li- 11 est l'vidcnt que, pour arriver à une appréciation parfaite- ment nette des diverses nidifications , il laudrait pouvoir suivre les insectes dans le développement successif de leurs travaux, et as.sister à la eoMsIiiiclion de leurs demeures , depuis la première (I) C'est sur ce dernier caractère que Lalreille a voulu baser sa division en espèces ; mais il est facile de reconnaître qu'il ne présente rien de solide, le nnmbre en variant avec l'âge du guêpier. 158 B. DE SAUSSURE. — CONSIDÉRATIONS pièce jusqu'à la dernière ; ce n'est qu'ainsi qu'on trouverait d'une manière assurée le nœud de nombreuses dilficultés qui seprésenlent à l'observateur réduit au simple examen anatomique des corps arrivés à leur état parfait. Malheureusement , il n'est pas possible de saisir cette série de transformations ; le plus grand nombre des nids qui sont soumis à l'investigation du naturaliste lui viennent de pays éloignés, théâtre sur lequel il ne peut se transporter ; et ceux même placés à notre portée immédiate, ceux qui peuplent nos campagnes, ont été obser- vés si superticielleinent, qu'on no connaît pas encore, à vrai dire, leur mode d'accroissement. Le défaut de connaissances physiologiques (si l'on peut s'expri- mer ainsi) force donc à s'en tenir au procédé relativement incom- plot de l'étude anatomique des guêpiers , et à déduire de l'in- spection attentive de leur charpente les lois qui régissent leur construction. En procédant par cette voie, on trouve que les guêpiers peuvent se diviser en deux grandes catégories principales , autour des- quelles viennent se grouper la presque totalité de leurs combinai- sons variées. Du premier mode de nidification ou des nids indéfinis. 5. Un premier type se rencontre dans certains guêpiers exo- tiques déjà connus fort anciennement, et qui sont l'ouvrage des insectes du genre Chartergus, etc. (|il. 1, fig. 11). Ceux-ci sont composés d'une enveloppe plus ou moins cylin- drique, fermée de toutes parts (1), percée seulement d'un trou qui établit la communication avec l'extérieur (e) ; l'intérieur est par- tagé en loges par des cloisons parallèles horizontales qui sont en connexion intime avec le tissu de l'enveloppe; les cloisons sont toutes percées d'un trou en correspondance avec celui de l'enve- loppe, et servent à supporter les alvéoles dont l'assemblage forme { I ) Les figures qui accompagnent ce Mémoire sont purement théoriques ; elles ont uniquement pour but de faire comprendre le principe de la nidifxation , et ne représentent point des nids véritables. SUR LA NIDIFICATION DES GUÊPES. 159 les rayons (^fig. 3 et H). A preniière vue, un est tenté de considé- rer les nids de ce genre comme cloisonnés, non comme édifiés par étages successifs : c'est ce iiu'ont fait quelques auteurs. Un coup d'œil attentif sur une coupe apprend que les différents tronçons de l'enveloppe cylindrique ne forment pas un tout continu, mais que les fibres du cai'ton d'un tronçon se prolongent avec la cloison placée au-dessous, en sorte que le premier étage (1) a dû être construit de toutes pièces avant que le second fût commencé. A ce moment-là , le premier étage devait représenter un nid complet à une seule loge (fig. i) , et ce qui s"ap|iellerait la première cloison (lîg. 3 cia'i dans un langage moins exact, n'est autre chose que la portion inférieure de l'enveloppe. Au-dessous de cette première chambre, il s'en élève une seconde par la construction d'un nou- veau tronçon du cylincke et d'un disque terminal c|ui le clôt au- dessous ;lig. 2). Si enfin il s'en ajoute de la même manière plu- sieuis auti'es, on aura un nid comme celui que présente la figure 3. En même temps, à mesure (|ue la portion inférieure de l'enveloppe du nid se transforme en une cloison intérieure par l'addition d'un nouvel étage, elle se charge plus ou moins d'alvéoles; chacune des cloisons sert successivement ainsi de plancher à un gâteau de cellules. Il existe , en outre , un autre fait qui conduit directement à la même conclusion que l'examen attentif de la char|ientedu nid : je veux parler de la circonstance qu'on tnmve de ces nids de diffé- rentes grandeurs à différentes périodes de leur agrandissement ; or, ils sont toujours également larges à la base, mais de longuem's très variables, et cette dernière dimension est toujours proporUonnelle au nondire de chamiires que poitc le nid. Ces guêpiers (du reste très communs dans les collections ) représentent donc les états diffé- rents d'un même édifice; par conséquent, il ne serait point logi([ue de les considérer conune une maison allongée coupée par des cloi- .sons; on doit, au contraire, les comparer à une maison bàfie étage par étage, en couvrant chaque étage d'un toit sur lequel s'édifie le suivant. (4) Cest-à-dire rBla;»e supérieur, car c'est celui-là qui tient au point d'appui. 160 H. DE SAUSSURE. CONSIDÉRATIONS 6. J'ai donné à celle catégorie de guêpiers le nom de Phragmo- cyUaris{\.) , et , par ce terme , je désigne non-seulement les nids , mais aussi leurs artisans. Ceci ne peut être la source d'aucune con- fusion, puisqu'on dira, d'une part, nid pliragmocyttare ; de l'autre, insecte phragmocyttare. 7. Si l'on a bien compris ce que je viens d'exposer, il sera facile d'en déduire les conséquences : 1° Dans un nid phragmocyttare , l'enveloppe sera toujours en continuité de tissu avec les cloisons qui le partagent , et ces cloi- sons seront percées d'un Iroii (jui établira la communication d'une chambre à l'autre. 2° La portion terminale du nid , après avoir servi d'enveloppe inférieure, ou plutôt après avoir fait partie de l'enveloppe , devient partie interne , et sert à son tour à supporter des alvéoles. Il y a donc , dans ce genre de construction , une grande simplicité théori(|ue et économie de travail, en ce sens que l'insecte trouve un plancher tout construit, lorsqu'il veut établir un nouveau rayon; il est vrai qu'en revanche il doit construire une nouvelle enveloppe inférieure. Néanmoins il ne faut pas s'abuser sur l'étendue rela- tive de ce dernier travail , bien fju'au premier abord il puisse paraître qu'il serait moins laborieux de liàtir premièrement une autre enveloppe extérieure , puis de la cloisonner , parce que des cloisons minces semblent moins dispendieuses à établir qu'une série d'épaisses enveloppes inférieures : en effet, pour que le tra- vail soit le moins considérable possible, et exige le moins possible de matériaux, il faut que le nid soit le plus petit possible , et que, par conséquent, il soit calculé de façon à renfermer juste le nombre d'habitants qu'il doit abriter. Or, la .société allant toujours crois- sant, il est évident qu'à chaque accroissement elle réalise une éco- nomie de temps , de travail et de matériaux , à pouvoir construire une nouvelle chambre sans rien détruire , ce qu'elle serait obligée de faire avec l'autre système. (1) *f déypia , cloison; xÛTrapov, gAteau de miel, nid. Ce nom, comme on le voit, n'est pas bien clioisi : il aurait été préférable de rappeler plutôt l'idée de nid à chambres; mais comme il exprime bien au fond l'élat anatomique de ces constructions , je ne pense pas devoir changer. SLR LA NIDIFICATION DES GUÊPES. 161 3° L'acoroisseiiient so fera tonjoiirs dans un même sens(fiij. 3j, par exemple, de haut en bas, en Icingueur; la largeur restera immuable , puisque les parties qui constituent celte dimension ne sont plus, une fois établies, ni remaniées, ni augmentées. 4° Grâce à l'identité des parties internes et des parties externes, ainsi qu'àleurmoded'accroissement, les guêpiers phragmocyttares sont toujours simultanément achevés et incomplets: achevés, parce que, à quelque période de leur existence qu'on les surprenne, ils offrent un tout parfait; incomplets, parce qu'ils sont contiimelle- ment , quel (]ue soit l'état de leur développement présent, suscep- tibles de l'adjonction de nouveaux étages. C'est en considération de cette propriété de s'accroître indéfini- ment, que je nomme leur mode de construction la nidification indé- finie, de même «pi'en botanique on n]ipelle inflorescence indéfinie une inllorescence telle que , [lar suite de la dispusilion des axes floraux, la floraison peut se ])roduire indéfiniment. 8. Les deux désignations de nids pliragmocijtlares et de nids indéfinis sont donc synonymiques, et caractérisent également le premier mode de nidification ; il se subdivise en plusieurs variétés que je ferai connaître après avoir décrit le second mode. 9. Dans l'exposé (|ui précède, je n'ai pu parler d'une manière parfaitement gén(îrale, parce qu'en histoire naturelle on ne peut, comme dans les mathématiques , procéder par formules algébri- ques; j'ai dû, pour fixer les idées, prendre une forme de nid par- ticulière, et j'ai choisi la l'orme cylindrique comme la plus simple. Tout ce que j'ai dit ne pourrait donc s'appliquer avec la même rigueur à toutes les variétés de nids phragmocyttares ; mais il sera facile , en avançant , de rectifier dans chaque cas spécial ce (pie peuvent présenter de trop absolu les considérations que j'ai émises, en m'attachant uiii(|uernent à la forme cylindrique Du second mode de nidification, ou des nids définis. 10. Ce mode est coiuinnn parmi les Guêpes de l'ancien conti- nent, et notamment parmi celles de nos contrées. Ici on ne v(mI iiliis coustruire une première chambre , qui sert de base et de novau à un dévelo|ipemenl ulli-riciu' ; l'appareil est i' série. Zfjoi.. T. III. Cahier n" :i.) ' I 1 162 II. Ur, SAUSSI'IIE. CONSIDKHATIONS difiërcnt, il iiréseiite un simple rayon ilc cellules disposées sur un plan horizontal ( Wii. û, ab). Au-dessus de ce premier rayon il s'en bâiit lui autre [cd), et comme il n'existe dans ce cas aucune enve- loppe, aucune cloison intérieure qui puisse lui servir de support et le joindre au premier, la nature y supplée par des espèces de co- lonnes qui, s'attachant à l'un et à l'autre , les unissent et les tien- nent en même temps à distance. Au-dessous de ce second rayon il s'en construira un troisième, relié au précédent de la même façon, et ainsi de suite. Dans certains cas, ces nids sont protégés par une enveloppe cel- luleuse (fip. 5) percée d'un ou plusieurs trous (e), et c'est ce genre que je choisirai comme type du second mode de nidification, parce que c'est celui qui est le plus complet, et qui constitue la demeure la mieux établie. 11. En comparant ces nids aux phragmocyttares, il est facile de reconnaître que d'importantes diiïérences les distinguent entre eux. Comme eux ils offrent une enveloppe g('!nérale renfermant des rayons parallèles; mais ici l'enveloppe est entièrement indé- pendante des rayons, et ceux-ci, au lieu d'être soutenus par des dépendances de l'enveloppe, le sont par des pièces fabriquées ad hoc, c'est-à-dire par les piliers décrits ci-dessus. En raison de cette circonstance, j'ai nommé stélocyttares (1) les nids de cette seconde catégorie. 12. Outre les différences essentielles qui viennent d'être men- tionnées entre ces deux modes de nidification , il en est plusieurs autres que la comparaison permet de déduire aisément. 1° A la rigueur, un stélocyttare peut se passer de son enveloppe, puisqu'elle est indépendante des rayons ; tandis qu'elle est indis- pensable dans les phragmocyttares, où le manteau établit seul leur cohésion. 2° Pans cette seconde catégorie , chacune de ses deux parties a un rôle particulier et distinct : rciivclop[ie ne sert que comme enve- loppe ; il y a, par conséquent, une plus grande division du travail ; mais il sciait difficile de diic que ce fût ici un clément de supério- (1) ÏTviXy), colonne; xyTTwpov, rayon, nid. SUR LA NIDIFICATION DES GUÊPES. 163 rite. En offet, les fruêpicrs stiMocytlares sont établis à moins de frais que les |iln'nginoeytlares, i)iiisi[u'ils n'exitieiit pasee gaspillage des matériaux, si évidentdans l'épaisseur plusque suiierdiie des cloisons. On ne sait ce que l'on admire le jilus, de ce procédé qui écono- mise ingénieusement le travail, eu iiiolilanl des parties externes, devenues inutiles, pour en faire le support des rayons intérieurs , ou de l'industrie peut-être moins savante des autres, mais plus économe de matériaux. Quoi qu'il en soit, cette double solution d'un problème difficile montre une fois de plus combien le Créateur s'est plu à varier à l'inliiii toutes les productions de la nature. 3° Ces guêpiers son! |)arfaitement définis ; car, une fois les rayons intérieurs établis et l'enveloppe close de toutes parts , le nid ne s'accroît plus : aussi la dénomination de nid ou guêpier défini sera- t-elle le synonyme de slélocyllare , de même que celle de guêpier indéfini l'était de phragmocy tiare. 4° Tandis cpiedaiis les phragmocyttares les rayons sont perforés pour la commiMiicatioii d'un étage à l'autre , cliez les siélocytiares la communication se fait par les vides laissés entre les rayons et l'cnvelopiM' ; en tlautrcs termes, dans les premiers elle est cen- trale, dans les .seconds elle est périplH'iiijue. 13. Une fois ces différences comprises, ainsi que les bases des deux systèmes opposés, il sera facile de reconnaitrc auquel des deux groupes appartiendra cliaque nid soumis à l'observation, et l'on ne sera point induit en erreur par des apparences extérieures souvent trompeuses (ij, ou tout au moins embarrassantes. De la nomenclature des Guêpiers. 14. Jusqu'ici je me suis servi, dans l'exposé des faits qui sont relatifs à la nidilicalion , de termes très arbitraires , parce i|u'il ne m'était pas ])0ssibl(' d'en lixer la valeur sans avoir préaUiijlemeut fait connaître les objets qu'ils doivent désigner ; maintenant , et avant d aller plus loin, je dois en iiréciser la signification, afin d'écarter le vague des expressions que j'aurai à employer. (4 ) Je n'entends pas parler ici de certains guêpiers loul à fait exceptionnels , et Tort embarrassants , sur lesquels je reviendrai plus ba.s. 164 H. DE «AUSSURE. CONSIDÉRATIONS L'ensemble d'un ceilain nonil)re de eellules , disposées sur une surface quelconque , se nomme rayon ou gâleau. Nous nommerons entrées les trous qui servent à la communi- cation entre l'intérieur du nid et l'extérieur. Termes applicables aux phragmocyttares. Quoique je me sois servi souvent des termes enveloppe, manteau, il n'existe, à vrai dire, rien de semblable dans le guêpier, puisque toutes les parties de la charpente se confondent, et (|ue les sépara- lions intérieures appartiennent à un même tout qui forme en même temps ce qui se voit à l'extérieur. Mais comme l'idée de cet en- semble extérieur peut devoir être exprimée, on pourra conserver à cet eiïet le mot A' enveloppe , mais sans perdre de vue le côté arbi- traire de cette désignation . Je nomme chambre chacun des compartiments du nid considéré isolément : ces diverses chambres seront numérotées du haut en bas, en suivant l'ordre de leur construction successive. Ainsi , la première chambre sera celle ([ui aura été formée la première ; la seconde sera celle placée immédiatement au-dessous ; la dernière celle située à l'extrémité inférieure du nid. La paroi cylindrique qui limite cha([uc chambre sur les côtés est la muraille (fig. 1 , a, c), le plan supérieur est \ç plancher (6|, et l'inférieur V' plafond {d). 'En effet , dans un guêpier tout est renversé : les eellules sont dirigées de haut en bas, et c'est le plan supérieur qui leur sert de base. Le plancher de la première chambre est aussi celui de tout le nid ; mais comme il prend ordinairement une forme particulière , il exige peut-être un nom spécial. De même, le plafond de la dernière chambre est celui de tout le nid; mais à raison du rôle qu'il joue comme partie de la surface extérieure, je le nomme toit. Le toit est percé de Ventrée. Chaque plafond est d'une manière semblable traversé par le trou de communication. Enfin, on peut nomn^n' e' nid tliéoriquc repré- senté à la figure 3, toutes les chambres, saut' la première, viennent à être supprimées (fig. 1), et que cette chambre prenne un grand accroissement dans le sens du plan qu'elle occupe, on aura, comme à la figure 13, un guêpier composé d'une couche de cellules, repo- sant sur un plancher oo\ couverte d'un plafond aa! avec une entrée quelconque en e : le nid, au lieu de s'étendre en longueur, a acc[uis de grandes dimensions latérales. Il est encore plus défini que la troisième espèce de la précédente section, puisqu'il se trouve com- plet lorsqu'il a un seul étage ; il peut être même considéré comme parfaitement défini ; mais on doit néanmoins le rattacher aux indé- finis, parce que son principe de construction est le même que celui de ces derniers, et qu'il n'est défini que par arrêt de développe- ment. Ici on ne trouve point d'anneau , car le guêpier ne se fixe pas à un support mince comme une branche, mais adhère à une large surface (feuilles, troncs d'arbres, etc.). Première espèce (1). Un plancher distinct, plus ou moins libre ; le nid se fixant par des colonncttes bâties dans ce but spécial ; plafond plat, disposé paral- lèlement à une couclie de cellules plane ; forme très variable suivant celle de l'objet auquel est attaché le guêpier ; un ou deux étages irré- guliers , entrée latérale {Polybia sedula, Saussure). Deuxième espèce (2). Le plancher n'est pas libre , mais ne consiste que dans un en- croûtement de la surface qui sert de base ; le plafond , convexe, figure une voûte allongée ; l'entrée, latérale, est presque prolongée en goulot (Synocca, Sauss.). ARTICLE IV. — DrvisioN des stélocyttares , ou nids définis. Division en deux sections. On sait déjà que les stélocyttares peuvent être pourvus d'une en- veloppe ou n'en pas avoir (fig. 4 et 5). Ce l'ait permet de les partager (1) Voyez ma Monographie des Guipes sociales , pi. XXI. (2) Ibid., pi. XX. SLR LA NIDIFICATION DES GDÊPES. 17t en deux sériions, pour lesquelles je propose les noms de calypto- dojnes(i) etûe gymnndome.s f2). Des stélocyttares calyptodomes. Ils sont si semblables entre eux, qu'ils ne peuvent former f[u'un seul genre dans lequel on a même quelque |ieine à créer des espèces bien distinctes ; des observations ullcrieures et plus complètes per- mettent probablement de faire mieux sous ce rapport. Première espèce (3). Enveloppe foliacée, composée de couches concentriques ; nids plus ou moins réguliers, ovoïdes sphériques, construits à l'air libre, sur les arbres ou sous les toits. Deuxième espèce (4). Enveloppe celluleuse , irrégulière ; nids construits dans des cavités souterraines, etc. Des stélocyttares gymnodomes. Les constructions de ce groupe sont les plus légères , les plus gracieuses cl les plus variées de toutes celles qu'édifient les Guêpes, et , grâce à cette admirable diversité , il est possible de distinguer ici plusieurs genres. Comme les rayons sont abandonnés à leurs seules forces, et qu'ils ne jouissent pas d'une envelojipe qui leur donne, en les fixant, un point d'appui, et qui protège les cellules en s'atlachant aux bran- ches ou en remplissant les cavités qui les recèlent, le nid, qui autre- ment llotterait au hasard, est toujours mimi d'un pédiccUe ou tout au moins accolé à quelque objet; dans certains cas , il arrive même que (les rayons prennent à la fois pour axe et pour support la branche d'un aibrisseau. Les nids, ainsi exposés aux intempéries de l'air, doivent naturel- (1) Kot/.CiTTTu, cactier; oifio;, demeure, maison. (2) Tufivo;, nu: oiuo;, demeure, maison. (3) Voyez ma Monographie des Gudpes sociales , etc., pi. XV et XVII. (i) Ibid., pi. XVI 172 U. DE SAUSSURE. CONSIDÉRATIONS lemenl chercher , sous h>s feuilles des iirbres ou dans le voisinage d'autres objets protecteurs , un abri contre ces intempéries ; aussi n'atteignent-ils pas ordinairement une grande étendue, parce que de fortes dimensions rendraient bien difficile une protection suffisante. Le pédicelle, qui sert à les fixer, en supporte ordinairement le poids à lui seul, et nous n'en avons jamais ob.servé plus d'un pour un même nid. Il est évidemment l'analogue des colonnettes, puisqu'il s'étend souvent entre les gâteaux, et les supporte comme le font ces dernières. C'est dans la présence, la forme et la position relative de ce pédi- celle, que nous trouvons le caractère qui servira à établir la clas- sification des gymnodomes. Genre des Gibbinides (i). Nids sans pédicelle, composés d'une calotte en hémisphère d'une substance celluleuse, servant de plancher à une couche de cellules (fig. 15). Ces guêpiers sont fixés dans les branches des buissons; c'est peut-être à tort que, dans ma Monographie, je les ai unis aux Latérinides à cause de leur analogie avec certains nids de Solistis. Je n'en connais qu'une seule espèce (Jpoïca, Lepell.;. Genre des Rectinides Les guêpiers de ce genre offrent des rayons superposés et tra- versés par un axe central, qui sert en même temps de pédicelle au nid (fig. 16). Première espèce (2). Nid à plusieurs étages (fig. 16). Deuxième espèce (3). Nid à un seul étage ; cellules généralement cylindriques (fig. 20). Genre des Latérinides. Ici le pédicelle n'est plus central, mais latéral, et les gâteaux se trouvent supportés comme à l'extrémité d'un manche 'fig. 17, vu (1) Voyez ma Monographie des Guêpes sociales, pi. XXVIIl- (2) Ibid., pi. II , fig. i\ . (3) Ibid., pi. m, Og. B. SUR LA NIDIFICATION DES GUÊPES. 173 de prulii ; lig. 18, vu en dessus;. On peul considérer ces nids comme des porlions de recliuides. Eu effet, si le cercle (fig. 19j représente un rayon ou gâteau d'un rectinide dont le pédicelle serait en p , le secteur pa 6 sera le gâteau du latérinide ; en d'autres termes, un laté- rinide n'est qu'un recliniile dont un segment seul existe réellement. Le pédicelle est , en général, élargi à son extrémité , comme le montre le profil de la figure 20; mais lorsqu'un segment seul du gâteau qu'il sup|)orte existera réellement, il ne correspondi'a qu'à un segment du pédicelle , tel qu'il est représenté figure 21 p. La position latérale du pt'tiole est donc normale, ainsi ipie sa direc- tion latérale ; seulement, dans la nature, cette direction s'exagère, et finit souvent par devenir horizontale ( fig. 23 j. Ce phénomène est très singulier, en ce qu'il semble indiquer un fait contraire â la grande règle de l'économie du travail que la nature suit dans ses œuvres. Par suite de l'excentricité du pétiole et du poids du nid placé au bout d'un levier plus ou moins long , le pétiole doit être plus fort, plus épais, par consé(iuent plus difficile à construire que si le mode de suspension était mieux calculé sur les lois de l'équi- libre : aussi les latérinides n'offrent-ils jamais que de faibles dimen- sions. De ce mode de construction il résulte encore que le guêpier ne peut guère acquérir plus d'un étage , parce que l'axe, étant dévié , se confond nécessairement plus ou moins avec la direction des gâ- teaux; mais nous montrerons plus bas i)ar quel artifice la nature a tourné la difficulté. Les latérinides ne sont pas tous excentriques , mais passent par transitions successives aux rectinides. Il a cependant fallu ranger dans ce genre certains nids concentriques irréguliers (|ui,de toute manière, se rattachent aux latérinides Première espèce. Pas de pédicelle ; un simple gâteau traversé par une branche qui lui .sert d'apjiui fig. l/|j. J'ai vu un grand nid de cette espèce qui avait été trouvé au Brésil, mais dont on nccoimaissail pas l'artisan. 17/i H. DE SAKSSUBB. — CONSIDÉRATIONS Deuxième espèce (1 ). Nid variable , irrégulier, oblong ou circulaire , avec un pétiole plus ou moins central, ou sans pétiole et simplement accolé à son appui. Ces nids servent de trait d'union entre les latérinides et les rectinides. Le pédiccUe, lorsqu'il existe, est toujours gros et court, ce qui les distingue suffisamment de ces derniers. On voit dans Réaunmr (VI, pi. 25, fig. 2 ) représenté un nid de cette catégorie qui a deux étages. C'est le seul exemple à moi connu d'un latéri- nide à deux étages ; encore ici le nid est-il presque circulaire et le pétiole i)eu excentrique. Cette figure a été reproduite dans l'ouvrage de Lepelletier de Saint-Fargeau ; mais jamais je n'ai eu l'occasion de rien rencontrer qui lui ressemblât. Troisième espèce (2). Pétiole entièrement latéral ; nid représentant souvent un secteur parfait et triangulaire (fig. 23, 17, 18). Quatrième espèce (3). Nid entièrement latéral , réduit i\ une étroite bande de cellules alternes {Icarria, Sauss.). Pour résumer le contenu de ce chapitre en un tout facile à saisir, je suis conduit au tableau suivant : PBRAGMOCTTTABES. I. — Ph. spliériques. Genre unique. II. — P/i, rectiiignes. i" genre. Pli. recUl. proprement dits. Trois espèces . 2' genre. Ph. rectil. imparfaits. Deux espèces. STÉLOCÎITAHES. I. — St. calyptodomes. Genre unique. Deux espèces. II. — St. gymnodomes. \ " genre. Gibbinides. Une espèce. 2' genre. Rectinides. Deux espèces. 3"^ genre. Latérinides. Quatre espèces. (1) Voyez ma Monographie des Guipes sociales, pi. VIII, fig. 1, 2, 3, fc, a ; pi. X, fig. 3. (2) toc. cil , pi. IX. fig. 1 u, 2, 3; pi. VIII, fig. 4 a, 5. (3) toc. cit., pi. n, fig. 3 a, 7. SUR LA NIDIFICATION DES GUÊPES. 175 Tel est renseiiible des divers j^roupes que nos observations nous oui conduit à admettre; sans doute ce n'est là qu'une première ébauche d'un travail qui n'a pas encore été abordé , et sur ce ter- rain les faits observés et constatés sont encore bien peu nombreux |iour permettre de généraliser à coup sûr : aussi ai-je peut-être été trop loin dans mes déductions. C'est aux naturalistes plus heu- reux que moi dans leurs recherches, mieux partagés dans leurs ressources ou plus habiles dans l'art de grouper les faits, que revient la tâche de corriger ce que ces lignes peuvent présenter de hasardé ou d'imparfait. ARTICLE V. — Appendice aux divers modes de nidification. Les deux modes de nidification dont j'ai rendu compte dans les pages qui [irécèdent renferment presque tous les guêpiers connus. Cependant il en est un certain nombre qui sont fort embarrassants pour la théorie, et dont on ne connaît pas les artisans. Ces nids semblent vouloir braver toutes les règles aux(iuellcs on a pu assu- jettir la très grande majorité, et il est possible qu'ils exigeiitla forma- tion d'une section particulière. Quoi qu'il en soit, je vais essayer de les ramener d'aliord à l'une des formes connues et établies. La figure 24 représente la coupe d'un guêpier exotitpie du genre de ceux que nous avons en vue dansce moment ; cet édifice se com- pose : 1 ° D'un axe formé par une tige naturelle ; 2» Duii certain nombre de gâteaux pédicellés fi.xés à cet axe ; 3° D'une enveloppe générale. (À'tic construction est tout exceptionnelle ; elle devrait rentrer dans les stélocyttares, puisf|ue les rayons sont libres et que le nid est défini. D'un autre côté, les rayons considérés isolément sont tous latérinides ; de l'autre, l'assemblage de toutes les parties du nid ra|ipclle l'aspect propre aux calyptodomes rcctinidcs, sans que cependant il se trouve des piliers entre les rayons. Il faudrait, pour tenir compte des deux principes qui s'y montrent réunis, le nommer kUérinide calyptodome. Cependant, coiiiine nous avons prouvé plus liaut que la con- struction se règle toujours siu" des bases certaines, et qu'il n'est 176 H. UE SAL'SSURE. CONSIDÉRATIONS guère admissible que eel éditice tasse à la tliéorie générale une exception absolument irréductible, nous allons essayer de rattacher son principe à celui des autres nids. Voici , je crois , ce qu'on peut avancer à cet effet. Le guêpier en question doit être envisagé comme le représente la figure 24 (aa étant l'axe naturel ; pr^p'r', etc., les rayons pédi- cellés (latérinide) ; w, l'enveloppe). Chacun des rayons étant pédicellé latéralement , nous sommes d'abord reportés aux latérinides par l'analogie. Un latérinide est, suivant notre théorie, une portion de rectinide. Ou peut donc sup- poser par la pensée un latérinide à plusieurs étages , qui ne serait qu'un secteur du rectinide multiple figure 16 , de même que la figure 21 représente un latérinide produit du rectinide de la ligure 20. Ce serait le nid hypothétique représenté par la coupe ligure 25. Mais on a vu que, lorsque le nid devient latérinide, son axe p (fig. 21) ne conserve pas sa position primitive, mais qu'il est dévié comme le montre la figure 23. Le latérinide mul- tiple (fig. 25) devra donc être représenté par trois rayons super- posés, et relativement libres comme dans la figure 26. Ce nouveau nid n'est autre que celui de la figure 25, dans lequel l'axe aa a été détruit par la déviation de chacun de ses tronçons p, p\ p", qui sont devenus les pétioles des rayons ; le nouveau nid de la figure 26 serait impossible, si rien ne reliait ses diverses parties : pour qu'il devienne possible, il faut qu'il s'établisse conh-e une branche d'arbre ou tout autre axe naturel. On est donc fondé à n'y voir qu'un latérinide multiple, et comme de plus il est muni d'une enve- loppe, c'est en même temps un calyptodome. Ces nids comiiteiit plus d'une espèce. Dans ma Monographie j'en ai représenté un qui est établi au milieu de plusieurs petites branches. Je ne connais pas son intérieur ; mais il est probable que, comme il possède plusieurs axes, il doit s'y trouver plusieurs séries de rayons superposés. Première espta (1 ) Axe unique ; entrée sans goulot. (1) Voyez ma Monographie des Guêpes sociniee , p., XXVU. SLR LA NIDIFICATIOX DES Gl'ÊI'ES. 177 Deuxième espèce. Axes multiiilcs ; oiidcc an lioii( d'iin goulot. S'il était certain (|u il n'y eut auenne erreur dans les appréeia- tions qui précèdent , les sléloeyttares devraienl être soumis à une division autre que celle ado|itée ci-dessus. En clïct, les deux caté- gories des calyptodomcs sont établies sur des principes trop diffé- rents pour rpTelles puissent figurer ensemble vis-à-vis des gym- nodomes. Cette autre division serait basée sur le fait d'être rcclinide ou latérinide. On arriverait alors à la classification suivante : STÉLOCYTTARES. I. ReCTINIDES. II. LaTÉRIMDES. III. GlBBlNlDES. 1- Gijmnodomes. 1. Gymnodomes. Genre unique. Deux espèces. Quatre espèces. 2. Calyplodomes. "2. Cdlyplodumes. Deux espèces. Deux espèces. Mais je n'ai pas adopté l'Stte division dans la Monor/raphie, parce que les latérinides calyplodomes sont trop peu connus pom' être compris avec assez de cerliludc dans leurs affinités. .\près avoir classé les productions des Guêpes eu groupes (|ui paraissent naturels, il faut chercber si ces groupes correspondent à ceux que l'on est porté à admettre dans l'arrangement des insectes mêmes qui les construisent. II existe à cet égard des règles et des exceptions. Ainsi, tous les nids pbragmoeyttares se rattachent aux Guêpes de l'Amérique tro- picale et méridionale, cl sont construits par les genres Neclarinia, Charlerc/us, Talua, Polybia et Synocca. Chacun de ces genres naturels a sou mode de construction spécial. Ainsi, les iVec<«n;n'a sont les seuls qui couslruiseul des phragmocytiares sphériques ; les Charleryus les fout reclilignes de la première espèce ; les Tatua rectilignes de la seconde ; les Polybia n'ont pas de règle aussi fixe ; elles construisent également des rectilignes de la troisième espèce, ou des phragmocytiares imparfaits de la première; les Synocca s'en tiemient à ceux de la seconde. Le genre Apoïca est l'artisan fies gibbinides; les M ischrocytliarus et Iscimogaster construisent les stélocyttares ; les Iciiria des gymnodomos latérinides de la 4" série. Zuol. T. III. (Caliier n° 3.) * 1 2 178 n. DE SAVSSUBE. — CONSIDÉRATIONS, ETC. quatrième espèce ; les Polistes sont les rcpréseiitanls de la première et de la seconde espèce du même groupe ; et enfui les Fespa sont exclusivement des calyptodomes rectinidcs. On voit donc que les divers modes de nidification correspondent à des grou[ics naturels , et que par conséquent ils ne doivent pas rester étrangers à la clas- sification des insectes. Ces divers ordres de nids ont naturellement aussi une distribu- tion géographique correspondante à celle de leurs artisans ; ainsi nous voyons les phragmocyttares localisés dans les régions chaudes de l'Amérique ; les stélocyttarcs recfinides , généralement répan- dus , aussi bien que les latérinides ; enfin les calyptodomes recfi- nides, dans toute l'Amérique du nord et dans l'ancien confinent, comme les Vespa, qui en sont les constructeurs. Mais ici vient se placer un fait des plus embarrassants. Les laté- rinides calyptodomes paraissent être spéciaux à l'Amérique méri- dionale, mais je n'ai pu découvrir quel est l'arfisan de ces singuliers édifices. En énumérant les modes de nidification et les espèces des construcleurs, nous avons passé en revue successivement fous les genres de Guêpes , en sorte que nous ne savons à qui attribuer ceux qui nous préoccupent dans ce moment. 11 fauf donc admettre, ou bien que l'on ne connaît point encore quelle esf l'espèce ou le genre de Guêpes qui les construisent, ou bien que ces nids appar- tiennent à un genre ipii nidifie aussi et en même tcnq)s selon un autre mode : la première supposition ne parait guère admissible, si l'on considère que les nids sont infiniment plus rares que leurs artisans, cl (|ue les collections doivent bien plus facilement possé- der les derniers que les premiers; il faudrait doue se ranger à la seconde hypothèse , et attribuer les guêpiers en quesfion au genre Polybia^ qui est vaste, riche en espèces diverses, et chez lequel les procédés de nidification sont nombreux , il est vrai , mais tous phragmocyttares, et je ne puis admettre sous aucun prétexte que les insectes d'un même genre soient les uns phragmocyttares , les autres stélocyttares. La difficulté subsiste donc, et ne sera écartée que lorsqu'on connaîtra les artisans de tous les guêpiers. EXPLICATION DE LA PLANCHE 1. Figures thuoriques des nids de Guêpes. MÉMOIRE SDK LES ANIMALCULES ET AUTRES CORPS ORGANISÉS QUI DONNENT A LA MER UNE COULEUR ROUGE, Par n. Camille DARE8TE (1). Les navigaieurs rencontrent t'rcqueniment en mer des espaces plus ou moins eonsiitéralilesdont Fean présente une couleur diffé- rente de la couleur ordinaire , et (jui [)asse par toutes les nuances intermédiaires entre le jaune, le rouge de sang et le brun. Ces eaux colorées forment des bandes qui sont souvent d'une grande éten- ilue, et dont le bord se distingue très nettement de l'eau ipii a con- servé sa transparence. Elles ont été fréquemment prises parles marins pour des bas-fonds , bien que , presque toujours , on les observe dans des localiti's où la profondeur est considérable. On a reconnu depuis longtemps que cette couleur n'appartient pointa l'eau elle-même, et qu'elle est produite par des substances tenues en suspension dans l'eau ; mais on a généralement méconnu la nature de ces substances. L'opinion qui prévaut parmi les marins, c'est qu'elles sont constituées essentiellement par du frai de Poisson. Les naturalistes qui ont eu occasion d'étudier ces phé- nomènes 2) ont pensé , avec raison, qu'ils étaient produits par fl) L'extrait de ce travail a été présenté à l'Académie des sciences à la séance du Î6 décembre 1 854 (voyez les Comptes rendus , t. XXXIX, p. 1207). Je dois prévenir ici mes lecteurs que cet extrait est rempli de fautes d'impressions qui portent principalement sur les noms propres, et que plusieurs de ces noms sont complètement dénaturés. (î) Cette idée paraît avoir été conçue pour la première fois, par Banks etSolan- der, pendant le premier voyage de Cook; elle a été nettement exprimée par Pé- ron, dans le récit du voyage du capitaine Baudin. M. de Freycinet, alors enseigne de vaisseau, qui avait fait partie de cette expédition, et qui a terminé la rédaction du voyage, interrompue par la mort de Péron; rapporte que ce savant avait rxjnçu 180 e. DABESTE. SLR LKS AMMALCIXES des êtres organisés ; mais n'ayanl pas en , le plus souvent , de bons niieroscopes à leur disposition, ils n'ont pu déleimincr avec précision la nature de ces êtres. Ayant eu occasion d'étudier un de ces laits au commencement de l'année dernière (1,, j'ai désiré connaitrc les faits de même nature qui ont été mentionnés par les navigateurs et par les natura- listes; et j'en ai recueilli plus de cinquante. L'examen comparatif de toutes ces observations m'a permis d'assigner, dans plusieurs cas avec certitude , dans la plupart des autres avec ime probabilité plus ou moins grande, la nature des divers êtres organisés qui pro- duisent ces colorations. De plus , il m'a conduit à un résultat ipii me parait intéresser aussi bien la géograpbie pliysique que l'histoire naturelle elle-même, c'est que ces colorations sont, [lour la plupart du moins, permanentes dans certaines localités, où elles se reproduisent généralement aux mêmes épO(iues de l'aimée : ce qui doit ressortir avec évidence de l'examen s|)écial de cliaijuc cas particulier où ces colorations ont été observées. Pour faciliter celte étude, j'ai classé ces observations d'après la nature certaine ou probable de la cause rpii les produit. § I. Eaux colorées par une petite Algue microscopique que M. Elirenberg a décrite sous le nom de Trichodesmium erythrœum. La première observation exacte d'une coloialion produite par celte plante est due à M. Ehrenberg ; elle a été faite à Tor, dans la mer Rouge. « Le 10 décembre 1823, je vis, dit ce savant, le surprenant ()bé- nomène de la coloration en rouge de sang de toute la baie qui forme le projet de faire un travail d ensemble sur les colorations de la mer, mais qu'on n'a trouvé dans ses manuscrits aucun papier qui se rapportât à celte question (Péron, Voyage de découvertes aux terres australes, t. II, p. 2i1). Nous verrons d'ailleurs que, dans certaines circonstances, les marins eux-mêmes avaient re- connu que la cause de plusieurs de ces colorations était la présence de petits Crustacés, en quantités très considérables. (I) Voir mon Mémoire sur ta coloration de la mer de Cliiiie [Aiin. des se. nul., 4' série. Botanique, t. 1"), ou l'extrait dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXXVIII , p. 161 . QLl DONNENT A LA MER INE COILEUR ROUGE. 181 le port tle cette ville. La liante mer, en deliors de l'enceinte des coraux, conservait sa couleur ordinaire; les eonrtes vagues d'une mer Iranquille apportaient su rie rivage, pendant la chaleur du jour, une matière mueilagiueu.-^e d'un rouge de sang, et la déposaient sur le sable, en sorte que, dans l'espace d'une bonne demi-heure, ton le la baie à marée haute hit entourée d'une ceinture rouge de ])lusieurs piedsde largeur. Je puisai de l'eau avec des verres, et je lesem|ior- lai dans une tente (piej'avais près de la mer. Il l'ut facile de reeon- iiaitre que cette coloration (Hait due à de petits flocons à peine visibles , souvent verdàtres , quelquefois d'un vert intense , mais pour la plupart d'un rouge foncé; toutefois, l'eau sur laquelle ils nageaient était parfaitement incolore. Pendant que le soleil brillait sur l'horizon, j'observai encore que ces flocons seziiaintenaient à la surface de l'eau dans les verres (piej'avais emportés avec moi, et que, pendant la nuit, et lors(jue j'agitais le vase, ils gagnaient le fond ; quelque temps après, ils remontaient à la surface. » En étudiant ces flocons au microscope, M. Elirenberg y recon- nut une Algue appartenant à un noiiv(\iu genre, et la décrivit sous le nom de Triclwdesmium erylhrœum. On trouvera sa description dans le ilémoire de M. Ehrenberg et dans celui où ^I. ^fontagne a rapporté et commenté une observation analogue de 1\I. Evenor Dupont 1 . y\. Elirenberg observa de nouveau ce phénomène le 25 et le 30 décembre 1823, et le 5 janvier 1824. Près de vingt ans après l'ob.servation de M. Ehrenberg, un fait analogue a été vu par .M Évenor Dupont. « Le 15 juillet 1843, ikius étions par le travers de la ville de Cosséir; la mer fut rouge toute la journée; le lendemain 16, elle le fut de même jusqu'à midi, heure à laquelle nous nous trouvions en facedeTor... Pendant cet intervalle, le pa(|uebot, filant liuitmends à l'heure, comme disent les marins, a |iarcouru un espace de 256 milles ou de 85 lieues 1/3 (2). » (1) Voyez Elirenberg , Ueber die Hhiterscheinungen [Anii.de PoggeiKhrf, 1836). — Montagne, Mémoire sur le phénomène de la coloration de la mer Rnuge [Ann. de$sc. nal., 3' série, Botas., 1844, t. II, p. 332). '2) Ce récit a été consigné dans une leUre écrite par M. Evenor Dupont à d82 C. D/IRESTE. SUR LES ANIMALCULES AI. Diiponl îi reconnu que celte eau devait sa couleur à une substance colorante pardculière (ju'il a recueillie sur un filtre , et M. Montagne a reconnu dans celte substance les caractères île la plante décrite par M. Ehrenberg. Ces observations, faites avec tout le soin possible pard'éminents naturalistes, ne peuvent laisser aucun doute sur les résultats; aussi j'ai dû les mentionner tout d'abord. Nous pouvons supposer toute- ibis que cepiiénomène a été beaucoup plus anciennement observé, bien qu'il n'en soit question dans aucun des historiens ou géographes de l'antiquité (ij, car il nous donne l'explication la plus satisfaisante du terme de mer Rouge (2) ou mer Erythrée, que porte cette mer depuis Hérodote. Nous savons également que, dans les cartes géographiques du moyen âge, cette mer est ordinairement repré- M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire , lettre que M. Montagne a reproduite dans son Mémoire (ibid., p. 335). (1) Je ne vois , dans les auteurs de l'antiquité , que les deux passages sui- vants qui pourraient être considérés comme faisant allusion à un phénomène de ce genre. C'est celle phrase de Pomponius Mêla : « Rubrum mare Orwci, aivequia ejuit coloris est , sivequia ibi Erythras rex regnavit , Epù9pav 5oXa55àv appellant {De situ orbis, lib. III, cap. viii) ; et celle de Strabon : c Kryi^iiv Si tôv KvicSiôv TZ-hyffJ (^TOpEtV Ex^t<Î5UG«V EÈ? 3"aXaTTàv EpûÔEÇ xai fJtiXTWOC? u-Swp (lib. XVIJ. » Cette dernière phrase semblerait indiquer l'existence d'un phénomène analogue à relui de la rivière nommée Ibrahim Nahr, dont je parle à la fin de ce Mémoire; mais je n'ai rien trouvé , dans les auteurs modernes , qui confirmât l'existence do ce fait que rapporte Strabon, d'après Clésias. (2) Lorsque j'ai fait connaître le résultat de mes premières études sur ce sujet, M. de Paravey (voyez Comptes rendus, t. XXXVIII, p. 694) a écrit à l'Aca- démie pour donner une autre explication de ces dénominations des mers. Il prétend que les Assyriens avaient assigné des couleurs spéciales à chacun des points cardinaux, et, par suite , à chacune des mers qu'ils connaissaient; et que les Chinois, ayant emprunté toutes leurs notions scientifiques aux Assyriens, au- raient également appliqué aux mers les noms des points cardinaux correspon- dants. Je me déclare parfaitement incompétent pour décider la question; je me bornerai seulement à faire remarquer que l'opinion de M. de Paravey repose sur une hypothèse qui est encore loin d'être démontrée, celle de la transmission des notions scientifiques (les Assyriens aux Chinois; que cette opinion ne rend point compte du nom de mer \'crmeille donné au golfe de Californie; et enfin qu'il est assez singulier que la mer Rouge présente otfertivement une couleur rouge , et la mer Jaune une couleur jaune. QUI DONNENT A L\ MER UNE COULEUR ROUGE. 183 gentée do couleur rougo. >[;iis il est évideut que nous no pouvons voir là que de simples iudieulions, et ipie nous ne pouvons en con- clure que le phénomène aurait été observé dans l'anliquilé. Après lieaucoup de reclierciiesl)ililiograpliiqnes,je suis arrivé à rencontrer, dans les .Mémoires d'Albu(|uer()ue ( 1 ), un passage très curieux, qui montre que le phénomène de la coloration de la mer Rouge a été observé dans des eirconslances qui rendent celle observation fort intéressante à divers tilres. On sait que le célèbre Alphonse d'Alljuquerqne, que ses compa- triotes surnommèrent /e Grand, parce que, dans sa courte car- rière militaire , il aicompiit les actions les plus mémorables avec les plus faibles ressources , avait coni^^u le projet gigantesque de percer une montagne d'Abyssinie , et de détourner le cours du Nil pour ruiner l'Egypte, ilont la terre cultivée est un (^on du fleuve , comme disait Hérodole. Après avoir bombardé la ville d'Adcn, il était entré avec sa flotte dans la mer Rouge pour y l'aire une reconnaissance. Ce fut alors qu'il eut occasion d'observer le phé- nomène remarquable de la coloration de cette mer. Je elle textuelle- ment le |iassage de .ses ^lémoires où il a con.signé la relation de ce fait : « Ce nom i\i^ mer Rouge (m mer VermeiUed) convient mieux à cette mer(praucun autre nom, et Aliniqucrque sut bien pourquoi elle avait été ainsi nommée jadis : c'est parce que tout le détroit de la mer Rouge est rempli d'un grand nombre détaches rouges comme sang. .\lj)honse d'Albuquerque, étant, avec toute sa flotte, arrivé aux portes du détroit, devant la porte du couchant, sur le point de relourner dans l'Inde, il vit, du château de poupe de son vaisseau, sortir du détroit, pour déboucher au deliors, une traînée d'eau très (1) Voyez Commenlarios do (jrande Alfoiiso d'Albuquerque, ciipitan gérai qw foy dds Indius Oiienlales em lempo do muilo poderoso Rey dom Manoel , o primeiro desie nome, iiovainente emeiidados et acrescenlados pelo mesmo autor con- formi' (is infonnin-dfs mais certiis que ugora lede. Lisboa, 1.576, 1. IV, cap. vu, p. 472. — Cet ouvrage a été publié par le fils d'Albuquerque ; mais, selou toute apparence, il a été rédigé, au moins en grande partie, par .\lbuquerquo lui- même. (2) i}far /luxo ou Mnr \'ermelho. 184 C. DARESTE. SIR LES ANIMALCL'LES vermeille qui se dirigeait contre Aden, et qui s'étendait en de^'à du détroit, autant qu'un iionime pouvait atteindre avec la vue. Étonné de ce fait, Alpiionse d'Ail)ii(iuerque demanda aux [lilotes maures ce qu'était celte couleur rouge si grande qui s'étendait sur la mer ; ils lui dirent qu'il ne s'étonnât pas, que le remous, qui se fait dans les eaux au moment du llux et du relliix , jiaree (|ue celle mer est très hérissée d'écueils et de peu de fond, était la cause de celle co- loration rouge ; et (|ue c'est principalement pendant le relliix, parce que la vitesse des eaux est plus grande quand elles sortent au dehors, et parce qu'il n'y a point de courant dans l'intérieur du détroit, et aussi quand les vents ont de la force, parce que les eaux courent un peu avec le vent, surtout quand les venis soufflent de l'Occident, que la mer devient plus rouge. Ces raisons parurent bonnes à Alphonse d'AlIjuquerque; il y donna son assentiment, et il pensa que les nialières terreuses du fond de la mer étaient la cause de celle coidcur. » Nous n'avons pas la date précise de cette observation; mais nous savons que la llolle d'Albuquercpie parut devant Aden le 7 fé- vrier 151S. Nous voyons , par un passage du célèbre liislorien portugais Barros, qu'Albufiuerf|ue avait envoyé une relation de ce fait au roi de Portugal, Emmanuel '}'). Celle observation aurait depuis longtemps fixé les idées des géographes sur la coloration de la mer Rouge , si elle n'avait été, i|uelqucs années plus lard, contredile par un aulre Portugais dont le nom est également célèbre dans l'histoire de la conquêle des Indes , Joào de Castro. Cet illustre marin, élève du mathématicien Pedro Nunez, qui dispute au Français Vernier l'invention de la règle divisée qui porle leur nom, 2) et qui donne \me jjrécision si grande aux insirumenis de mesure, avait, connue tous les grands navigateurs portugais de celle époque, des connaissances scientifiques très étendues. Avant d'êlre appelé à la vice-royauté des Indes , où il devait se (1) V. Decada segunda du Asia de Joào de Barros do? Feitos que os Portugue- zes feserûo no descobrimmlo et conquista dus mares et terras do Oriente. Lisboa, 4628, l. VIII, p. 186 (2' édition), (2) Le Vernier ou A'oiii IIS. Qll DONNENT A L\ MER INF. COILEIR ROIGE. 185 ilislingucr d'uno manière si brillan(e,il avait été chargé d'exéoutcr, sous les ordres du vice-roi don Esleimni de Gania , fds du célèlire Vasco de Gama, une description iiydrograiiliiiiue de la nier Rouge. La relation de ce voyage, qui n'a été imprimée en entier que depuis nne vingtaine d'anni'es, et qu'on ne connaissait jusqu'alors ([uc par un extrait lalin, contient une série d'observations de lahauleur du soleil et de sondages exécutés jour jiar jour, ainsi i[\u' des détails topograpln([ues et ellinologi(|iies du plus grand intérêt 1 . Un y trouve p. 257; une curieuse dissertation sur l'origine du nom de la mer Rouge. Dans cette dissertation, Joào de Castro rappelle que les Portu- gais qui l'ont précédé dans cette mer y ont signalé l'existence de taches rouges ; touiclois , il ne mentionne pas le nom d'Alhu- (jucrque. Voici ce passage : « Les Portugais, qui ont navigué dans la mer Rouge aux temps passés, affirmaient que cette mer était toute couverte de taches d'un rouge foncé. La cause qu'ils attribuaient à ce phénomène est la sui- vante : ils disaient que la terre sur la côte d'Arabie était de sa nature très rouge, et ijue, comme il s'élève sur cette côte de très forts ouragans qui soulèvent vers le ciel d'épais nuages de poussière, les poussières, entraînées par la force des vents, viennent tomber dans la mer, et communiquent aux eaux leur propre couleur; c'est pourquoi cette mer a été appelée vier Rouge. » Joào de Castro cite cette opinion pour la combattre ; il n'a jamais observé ni cette terre rouge, ni ces nuages de poussière, et il n'a jamais vu l'eau de la mer colorée en l'ouge. Il rapporte que, presque tous les jours, pendant la durée de l'expédition, il a fait ]iuiser de l'eau [tour l'observer, ei qu'il l'a toujours trouvée l>arlaitomont claire et transparente. IMais nous savons , par les observations déjà rapportées de M. Ehrenberg et de ^1. Évenor Dupont, que la coloration de la mer Rouge n'est point un fait con- ( I ) Ce livre a pour titre : Holeiro de dom Joào de Castro da viagem que fizernm os Porttiguezes ao mar tioxo, no aimo de 1S4I. Paris 1833. Je dois la connais- sance de cet ouvrage a M. Ferd. Denis , et je saisis cette occasion de lui témoi- gner ma vive reconnaissance pour son empressement à me seconder d;ns les nom- breuses rcfhercties bibliographiques nécessitées par la rédaction de ce Mémoire. 186 C. DARE8TE. — SUR LES ANIMALCULES stant, ni un fait général; et l'on peut s'expliquer comment, pen- le cours de son voyage (i), qui dura un ]icu plus de quatre mois, Joào de Castro n'ait point eu occasion d'observer ce plu^uonièue, bien qu'il l'ait recherché avec une attention toute spéciale. Il dit d'ailleurs , avec une bonne foi juirfaite , qu'il ne prétend point nier que l'eau de la mer Rouge n'ait présenté (pielquefois des colora- tions particulières; mais que, pour lui, il ne les a jamais ren- contrées. Aussi, pour expliquer l'origine du terme Ciemer Ronge, imagine- f-ilune hypothèse qui est devenue célèbre : celle qui attribue cette dénomination aux récifs de corail (pii tapissent les bas-fonds nom- breux de cette mer , et qui se voient facilement par l'effet de la transparence de l'eau. Biais, alors même, cette hypothèse ne ren- dait pas compte des faits déjà connus du temps de Joào de Castro : car, si elle peut, à la rigueur, s'appliquera des taches rouges et immobiles , elle ne peut évidcnuuent expliquer le mouvement de cette grande bande d'eau colorée qu'Albuquerque vit sortir de la mer Rouge pour entrer dans le golfe d'Arabie. 11 est vrai que Barros , qui adopte rcx})lication de Joào de Castro , suppose que , dans ce dernier cas , la couleur de cette bande d'eau provenait de parcelles de coraux entraînées par le remous des eaux. Mais, pour beaucoup de raisons, cela est fort difficile à admettre; et d'ailleurs nous avons une cxi)lication beaucoup plus simple dans les pliéno- mènes observés par MM. Ehrenberg et Evenor Dupont. Néanmoins, celte opinion de Joào de Castro, fondée sur des faits recueillis, avec un très grand soin, par un observateur très habile pour son époque, et (pii avait, il fsmt bien le reconnaître, des motifs très spécieux en sa faveur , a été immédiatement adoptée par les ( I ) Le phénomène de la coloration de la mer Rouge semble être d'ailleurs assez rare. C'est ce que l'on peut croire en pensant qu'il n'a point été observé par Nie- buhr et Forskaal , dans leur exploration scientifique de l'Egypte et de l'Arabie, bien que l'origine du terme de mer Houge fût la première question que leur posiit Michaëlis, qui avait été chargé do rédiger les instructions pour l'expédition. Il a également complètement échappé aux membres de la commission scientifique qui faisaient partie de la mémorable expédition d'Egypte vers la fin du siècle dernier, et dont plusieurs cependant eurent occasion de visiter la mer Rouge. QUI DONNENT A LA MER UNE COULEUR ROUGE. 187 oonlemporains. Tous les uiiteiirs rie ce siècle qui ont parlt- de la mer Ruuge ont reproduit [lUis ou moins comiih'lemenl les opi- nions (1 et les phrases même du Roteiro ; et ces idées se sont transmises jusfpi'à nos jours, dans la plupart des traités de géogra- pliie physique [2 . Au contraire, rohservation si remanpiabled'AI- buquerque a été complètement oubliée. C'est un curieux exemple de la diflicullé que les vérités les plus simples éprouvent .souvent pour pénétrer dans lu science, lorsqu'elles ont à combattre des idées accréditées depuis lon^demps, et qui acquièrent une jirande auto- rité par leur ancienneté mémo. L'observation d'.Vlbuquerque est d'ailleurs la seule que je con- naisse avant celles de M.M. Ehrenberg et Dupont (3). Il serait fort à désirer que les voyageurs nous donnassent des notions exactes sur les conditions dans lesquelles on observe ce phénomène. La mer Rouge a été explorée récenmient par im bota- niste habile, M. Harvey, professeur à l'Université de Dublin, qui fait actuellement unxoyage de circumnavigation, dans le but d'étudier lesAlgues audouble pointde vue de l'anatomie et de la physiologie. .Vssurément, s'il a eu occasion d'observer ce phénomène, il n'aura |)oint manqué de l'étudier dans tous ses détails. En tous cas, l'aug- mentation constante du nombre des voyageurs sur la mer Rouge, augmentahon qui deviendra plus grande encore lorsqu'on aura (1) C'est évidemment la dissertation de Joâo de Castro, dans le Roteiro, qui a inspiré à Camoens le vers suivant des Lusiades Mar Roio que de fundo toma as cures. La publication des Lusiades est de \ 572 ; mais il paraît que le poëme fut com- mencé vers 1 547, six ans après le voyage de Joâo de Castro. (2) Ce que dit Buffon de la mer Rouge, dans la note XI de la Théorie de la terre, est tiré de Joâo de Castro. (3) Je lis toutefois dans une description d'Abyssinie , rédigée par un jésuite portugais qui n'a point donné son nom {^Recueil de divers voyages faits en Afrique et en Amérique, in-4. Paris, 1674, p. 232), qu'il a vu souvent la mer Rouge parsemée de taches rouges; il attribue cette coloration à de grands Varechs rouges dont les feuilles flotteraient ii la surface , et il voit dans ces Varechs le .Supli de la Bible, qui donne à cette mer le nom de Btihr Suph, mer des Algues, 188 C. DARESTE. SUR LES AXIMALCLLES pftectué le p(îrcemenl do l'isthme de Suez, doit nous faire espérer ([ue d'ici ;i peu d'années, nous serons eoniph'tement renseignés sur ce curieux phi'nomène Le Trichodesmium erylhrœum s'est retrouvé également dans la mer de Ciiine. J'ai constaté sa présence dans de l'eau colorée qui en avait été rapportée par ]M. Mollien, et j'ai parlé de ce fait en dé- tail dans mon )iremiei" Mémoire. 11 suffira de rappeler ici que , d'après les observations de M. .Mollien, la merde Chine présente beaucoup de places qui sont ainsi colorées en rouge et en jaune; (|ue la couleur jaune prédomine au N. de l'ile de Formose et la couleur rouge au S., et (jue l'eau que j'ai étudiée provenait d'une plaque rouge, et avait été puisée par le 10' degré de latitude nord et le 106' degré de longitude orientale. A l'occasion de ce fait, j'ai rappelé le fait si curieux d'une pluie de sable observée à Shan- ghaï, le k mars 1846, par le docteur Bellott , chirurgien de la ma- rine royale d'Angleterre, et qui, d'après les observations de M. Pid- dinglon , paraît être formée, en grande partie, par une Algue microscopique (1). Ces observations , qui nous montrent , à mie si grande distance de la mer Rouge, des eaux colorées par le Trichodesmium, doivent nous fiiire penser que ce phénomène se produit dans des stations intermédiaires. Malheureusement nous n'avons point ici d'observa- tions complètes. .^I. :\Ionfagne a re»;u de l'ile de Ceylan des exem- plaires de cette petite plante, exemplaires qui lui étaient adressés par M. Thwaites ; mais ce dernier n'a pas donné de détails sur l'en- droit précis où ces exemplaires avaient été recueillis. On a rencontré des colorations rouges dans le golfe Arabique ou mer d'Oman. Nous avons déjà vu, dans l'observation d'Albuquerque, les eaux colo- rées de la mer Rouge passer, pendant le reflux , de cette mer dans le golfe Arabique. M Évenor Dupont rapporte que le chirurgien du steamer Alalanta lui a dit avoir vu plusieurs fois dans cette mer des (1) Je dois dire ici que M. Ehrenberg soupçonne que les Conferves de M. Pid- dington ne seraient que des débris de filaments végétaux provenant de vêtements, mais ce n'est qu'une hypotlièse. Je reviendrai d'ailleurs sur ce fait dans le cours de mon Mémoire. DOXEXT A LA MER INE COIXEIR ROLGK. 189 colorations analogues à celle qu'il observait dans la mer Rouge. D'autre part , les noms de mer Erythrée et de iner d'Édom , sous lesciuels le goll'e Arabique était désigné chez les Grecs et chez les Juifs, paraissent une allusion à des phénomènes de cette nature. Nous verrons toutefois que les colorations de celle mer ne doivent pas toujours être attribuées à la présence du Trichodesmium , et I. Browu Ij. Elle eonsiste en partieules très petites, n'ayant pas plus d'une demi-ligne en longueur, el ehaeune d'elles paraissait eomposée de ((uelques liliros eoliéientes qui élaienl unies entre elles , les artieli's étant d'une épaisseur uniforme, et à peu près aussi larges que longs. Ces libres étaient généralement d'inégale longueur, et les extrémités des partieules eoinjiosantes jiaraissaient un peu déehu'ées. Les particules ne présentaient pas de mouvement lorsqu'elles étaient dans l'eau salée; et le seul effet produit par leur inmiersioii dans res|irit-de-vin était la séparation de chacune dans ses libres com- posantes (2). » Le capitaine King , dans son voyage autour de l'Australie , a observé ce phénomène le 9 septembre 1819 : « La mei- était cou- verte, dit-il, d'uni! écume brmie, que les marins de Cook appelaient sea saw-dust^ à cause de sa ressendilance avec cette substimce. La position de ces bandesd'eaux colorées était entre l/i° 1' 30" de lati- tude sud et 1 30° Ti' 30" de longilude ouest 131,^14° 28' 30" de latitude sud et 130" 17' 15' de longitude occidentale [II]. » Il en est ('gaiement ipicstidu dans la relation du premier voyage de l'Astrolabe par Uumonl-Durvillc , qui rencontra ces plantes pendant la traversée d'Hobart-Town aux îles Vanikoro , où, guidé par quel(|ues vagues indications , il allait chercher les débris du iiaufi'age de Lapeyrouse. « 21 janvier 1828. La brise est très faible, et, par intervalles, la mer, d'ailleurs calme, offre d'immenses espaces entièrement cou- verts d'ime poussière épaisse, jaunâtre el vis([ueuse, qui ressemble à de la sciui'e de bois. Observée à la loupe, elle offre un(> inlinité d(; petits corpuscules égaux, homogènes, linéaires, pres(]ue cylin- diiques, et atténué's aux deux exlri-mit/'s, sans aueim mouvement. I>ans plusii'urs de ces corpuscules, une de ces extrémités semble (t) C'est le célèbre botaniste Robert Browii. (î) Flinders, t. F, p. 92. i3) <32<> 41' 40" du méridien de Paris. li) tiV .17' l.Vdu nieriilien de Pari? Voj . Km?;, Surwii nf Auslnilm i. 1, p 57f|. 196 C. DAKKiîiTE:. Slli LKS A.M.MALCULKS divisée eu ;irli(4es très «li-liés, (|iii se déhieiieiit inirlois s|ioiil.-Mié- nieiil. .M. Quoy n i';ip|)orlé eet iiniiiuilcule au geiu'e Bacillaire. Cette, observatiou a été l'aile par ^O" /i' de latitude uiéridionale el 166°15'de loiigilude oeeideutale. Le uièuie piiéuomèue se repru- duisil , le 26 jauvier , eu vue de l'Ile voleani(iue Malliew, par '■l-I" 34' de lalitude méridiouale et 169° 15' de lou^itude oeeideu- tale. Vue baude d'eau, tout à tail décolorée, qui se prolougeait de l'est à l'ouest, uie l'orea louglemps à uiauieuvrer laulôt d'un bord , laulôt de l'autre, pour l'éviter. Bieu que ces eaux eu.sseutlout à l'ail l'appareuce de couvrir un bas-i'ond, il eût été imprudent d'exposer la corvette, et inutile d'envoyer un canot pour sonder! 1). « (À's bandes d'eau colorée SEXT A LK MER USE COULEUR ROUGE. 197 La preniièn'obsoi'valion (l'uiio roldratinn prot)iiilo par ces pplils Crustacés dale de la lin du \vi' siècle. On lit dans la relation d'un voyage, l'ail dans la mer du Sud par une Hutte hollandaise, dont les vaisseaux étaient connnandi's par Simon de Cordes, ,lac(|nps Maliu et Sebald île Veert, le pass!ii;e suivant 1) : » Au comnieneemenl de l'année 1599 , nous |iarliiues d'Aiiuo- lion, pour le détroit de Magellan. Li^ 10 mars, non loin de la livière de la Plata, parle 42= degré de latitude , la nier paraissait entière- ment rouge , de manière à l'aire croire qu'elle était mélangée avec du sang. En puisant de l'eau, nous la trouvâmes tonte remplie de petits Vers rouges, qui, placés sur la main, sautaient comme des Puces. Quelques-uns croient ipi'à des époques lixées, ils sont reje- lés par les Baleines. » (Jes animaux ont éti' retrouvi'S à peu près à la nième place par lieux autres navigateurs hollandais, Jacques I.emaire et Guillauin(> Scliouteii,dans leui' \oyage aux mers austi'ah^s, voyage signalé par la découverte du cap Horn 2) cl de la Xouvelle-Zélaude 3, : « Vers 35 degrés 1/2 de latitude , nous aperçûmes ces insectes, dont nous avait parl('' Seliald de Vi;ert , (|ui rendent la mer toute rouge. Ce sont des Poux cornus, blancs comme du cristal, marqués sur la tète d'une tache couleur de feu. » Cette observation est un mois de novembre 1615; elle se rapporte à peu près à l'embou- cliure du Rio de la Plata 4). (j'.> deux observations sont cononeulées cl expliquées [lar les (1) Le récit de ce voyage a été donné par Bernard Janzson, ctiirurgien de l'ex- pédition. Je n'ai pu m'en procurer l'original ; mais il est reproduit dans le Re- cueil des grands el pelils voyages de Théod. de Bry ( 9* partie, Francfort ), et dans la collection de Purchas ( Pilgrims, 2 book, lib. II. cap. v, p 79 ). Vovez aussi Kirclier, Munilus sublerraneus, t. 1, p. 271. ;2] D'après M. de Humlioldt , le cap Horn aurait été vu , longtemps avant Schouten et Lemaire, par Francisco de Hoces, au mois de février 1 526 ; mais li' fait est loin d'être prouvé (Cosmos, t. II, p. 476). f3^ Si toutefois elle n'était pas la terre aperçue, en 1.57C, par Juan Fcinandez, (4) La relation de ce voyage a été écrite par .\ris Cla-ssen, commis de la (lolle; elle est reproduite par de Brosse.^ (//isfone de lu uaviijalioii aux Terres nuslrales, l 1. p. 352 , el par Purchas ( Pilgrims. 2 Imnk, lilj. 11. c. v, p 90). I 198 C. DARESTE. — SDR LES ANIMALCl'LES observations hoaiicoup plus nk'oiilcs de Roussel de Vaiizènie. 't Peiid;iiil l;i lr;iv('is(''e des iles Tristan d'Aeuntia an eap de Honi, dans le mois de IV-vrier, nons vîmes un matin la surl'aee de la I mer sillonnée de handes l'onges de plusieurs lieues d'étendue, et comme ensanglantée. Les hommes de l'équipage annoneèrent que nous arrivions dans le parage des Baleines. Effectivement, nous ne tardâmes ]ias à en voir le jour au milieu de ces hanes rougeàtres. Nous apercevions autour de nous la mer comme dans une ébullition continuelle par le mouvement de ces molécules vivantes. .l'en ai recueilli une assez grande quantité, que j'ai rapportée en France. » « Le chirurgien d'un navire baleinier, M. de la Cliaize , m'en a remis qui proviennent de son dernier voyage aux îles Cliiloé.. . . » ;< Ce Crustacé a été trouvé dans la mer Pacifique et au milieu de l'océan Atlantique, sous le h'i' degré de latitude sud. Il fourmille eu bancs très étendus cpii rougissent la mer, et servent d'aliments au.\ Baleines. » Roussel de Yauzème a consacré un Mémoire spécial à la description du petit animal qui produit cette coloration (1); je ne puis luieux faire rpie d'y renvoyer mes lecteurs. La description que Roussel de Yauzème a donnée âe l'organisa- tion du Cetocliilus^ et des conditions où il l'a observé, explique et complète les détails qui nous ont été transmis par Sébald de Vcert et Schouten. Les grandes antennes de ces animaux , beaucoup plus longues que le corps , sont évidemment les cornes dont parle Schouten. De même, leur mode de progression , consistant dans un écartement rapide des pattes de derrière, qui, pendant le repos, sont dirigées en avant, explique pourquoi Schouten et Sebald de Vecrt l'ont comparé au saut d(^s Puces. Ces animaux servent de nourriture aux Baleines, et les bancs qu'ils forment sont très connus des baleiniers, qui les désignent sous h nom de faux bancs du Brésil (2). R. de Yauzème a donné à ce sujet (piclqucs détails rpie je ne dois point oujcllre : « Les Baleincîs eu d(''voi'cnl des myriades , qui se tamisent à tra- (1) Roussel de Yauzème, Ann. den se. nat., 2' série, zoologie, 18.3 4, t. I, p. 333. (2) Vny. Oupelil-Thouars, \'o)/atje île WVénus, (• I, p. 27. QUI DONNENT A LA MER UNE COULEUH ROLGE. 199 vers leohevclii de leurs fanons, sur losfjunls j'en ai souvent ren- contré. On IrouNO éfiuli'inent ecs Crnslacés entre les eirrlics des Coroniiles et des Tubicinelles , ([ni les saisissent et en l'ont leur nouri'ilupi' l'i. [.esexen'ments (le ces (leriiicres, connue ceux des Baleines, sont d'une Icinle nniiic, serulilable à celle tl'lM'revisses cuites et broyées. Les pêclieius américains a|i|iellciit nourriture de Baleine (/"oorfiees bancs de (Iriistacés. ils m'ont assun'-quc, pen- danl les beaux jours de la pèche , en octobre et en novembre , ces petits animaux restent cachés dans la profondeur des mers. Plus lard, lors(iu'ils veulent pondre leurs œufs, ils paraissent à la surface de l'eau. Celte circonstance est pour les marins le signal du pro- chain départ des Baleines , qui vont bientôt se diriger vers les baies. Après la ponte , les bandes rouges qui sillonnaient la mer deviennent jaunes; nu dit alors, en lermede pêche, ([ue le /"oof/esl mûr, et ipie les Haleines vont jiarlir. Ce changement de (Hiidcur, produit par la présence des œufs, s'opère peu de temps après l'apparition des bancs; mais je n'ai pas [lu l'observenuoi-mènie , et je ne fais que rapporter ce qui m'a clé dit ;i ce sujet pur des pêcheurs expérimentés. » Les observations de Sebald de Veert , celles de Schouten, celles de R. de Vauzèuie,onl été faites dans des latitudes très voisines, et qui correspondent ;'i celle de l'embouchure de la Plala {;!) ; et leurs dates coïncident assez exactement enire elles. Nous avons vu, d'après le récif de R. de Vauzème, que des laits semblables se icproduiseni siu' la cijte occidentale de l'Amé- ri{jue du sud, et (|ue ces animaux ont ('té signalés près des iles (ihiloé par M. de la ("haize. l II autre fait du même genre, et qui ])ourrait bien être produit (4) D'après les observalions do R. de Vauzème, ces animaux, de ta classe des CirrliopoJes, vi\ ent fi\(''s sur les fanons des Baleines. [i, Je lis dans la Gcograji/uV de Mallu-Briui (li\ . 33) , ol dans la Géoyi-aplih phyuiqiie de madame .Sonierville , que Ma^'ellan, dans son cijlcbro voyage de cir- inmnaviyation, aurait observé, le premier, les eaux colorées à rombouchure de la Plala. Il nesl point question de ce fait dans les trois relations qui nous restent du voyage de xMaf^ellan , (cIlcs de Pifiafetta , de Barliosa et de Maximilien de Transylvanie. 200 C. DARESTE. — SUR LES ANIMALCULES par la iiièiiic espèce ou par une espèce très voisine , a été signalé dans le Iroisiènic voyage de Cook , au sud du cap de Bonne-Espé- rance, à peu près par la même latitude où ont clé faites les obser- vations précédentes. Cette observation estd'ailleurs trop imparfaite pour que l'on puisse déterminer avec précision l'animul qui en est l'objet. « Le G déceml)re 17CC, jiar SO-li' de latitude S. et 23° 5G' li de longitude orientale, les vaisseaux passèrent eu divei's endroits où les flots étaient d'une couleur rougeâtre. On puisa quelcjucs baquets de cette eau, et nous la trouvâmes remplie de petits animaux (|ui avaient, au microscope, la forme des Écrcvisses, et qui étaient rouges (2). » § V. Colorations produites par des Décapodes macroures du genre Grimolea. Les Crustacés de la famille des Décapodes macroures, dont le test est naturellement rouge, et qui vivent en troupes assez nom- breuses pour colorer la mer sur de grandes étendues, ont éti' d'abord placés parmi les Galalhées, genre voisin des Ëerevisses ; plus lard, le docteur Leacli en a fait un genre particulier sous le nom de Grimolea. L'espèce la plus anciennement connue est la Grimolea grefjaria de Leach, que Fabricius avait décrite aniérieurenieut sous le nom de Galathea gregaria (3) . Les exemplaires qui ont servi aux descriptions de ces deux entomologistes ont été rapportés en Angleterre par Banks , à la suite du premier voyage de Cook , et avaient été recueillis sin- la côte orientale de l'Amérique du sud, par le 37° 30' de latitude méridionale; il n'en est point fait mention dans le récit de ce mémorable voyage. Cette espèce avait ét('', du reste, avant le voyage de Cook, indi- quée d'une manière très reconnaissable par divers navigateurs. (1) 26° 36' du méridien de Paris. (2) Troisième voyage de Cook, ou y'oyage à l'océan Pacifique ordonné par le mi d'Angleterre, etc., sous la direction du capitaine Cook, sur les vaisieaux la Réso- hilion et la Découverte, eu 1776; 17S0, traduit de l'anglais, t. I, p. 60, (3) Leacli, article Galatui;!;, dans le Dictionnaire classique d'histoire naturelle. — Fabricius, Enlomologia systcmalica , t. II, p. 473. Qll DONNENT A LA MER UNE COliLEl'R ROUGE. 201 Ainsi, c'est wvlAlncmcidhGrimotea gregaria (\in nélc Irouvét! sur la fùte de la Palagonic, en tléoemljre 1683, par le 40" ilcgré. do latitude méridionale, parCowleyetDanipier. « La mer, dit (^owley, nous parut aussi rouge (pie du sang , ce rpii venait de la prodigieuse quanlilé de Ciievrettes qu'il y avait par monceaux plusieurs lieues de suite (1). » Dampier, qui a écrit aussi une relation de ce voyage, donne beaucou|i plus de détails : « Le jour (pie nous partiiiies pour ces îles (2), nous viiues de grosses troupes de ]»etiles Ecrevisses qui rougissaient la mer à un mille à la ronde , et nous eu }irimes quelipies-iines a\ee des seaux. Elles n'étaient pas plus grosses (|ue le bout du petit doigt, et les grandes et les petites avaient des pattes comme celles que les Anglais appellent Lobslers (Homardsl. Je n'ai jamais vu que là de celle sorle de Poisson rouge naturelle- ment.... Je n'ai jamais vu non plus de celte espèce si petite, si ce n'est peut-être des Ciievrettes. Les capitaines Svan et Eaton trou- vèrent aussi quantité de ces peliles Ecrevisses à la même latitude et longitude :3\ » Ces animaux ont ('-té retrouvés, le 31 janvier 1696, par le capi- taine de (jeunes, (pii commandait une escadre fran(;aise : « La mer fut si couverte de |)elit(^s Ecrevisses, qu'on aurait pu lui donner le nom de mer Rouge. Nous en ]irimes plus de dix mille avec des |)anieis(/i). »Le point où l'on iil cette rencontre n'est pas fixé d'une manière précise; mais l'escadre se trouvait alors sur la côte de la Palagonic, entre le cap Sainl-Aiiloine cl le cap Saint-Ynez; aussi pouvons-nous supposer que c'est dans la même localité où s'étaient faites les observations précédentes. Ce banc de Crustacés fut apeivu, du 20 au 21 janvier 1741 , au port Saint-Julien, par l'escadre de l'amiral Anson , pendani sa ( I ) Cowley remaniue qui! y avait en cet endroit un grand nombre de Baleines, (2) Les lies Maluuines , que 1 on appelait alors les îles S(?baldes ou Sebald de Veerl, du nom du navigateur hollandais dont nous avons déjà parlé plus haut, et qui les a découvertes. (3) Dampier, Voyage autour du moiiilc, IratJiiclinn fran(;aise . t I,p 100, et l. V, p. 2«0. (■Ij ItelaHon du vuyagi' île M. de Hennés an ili^lroit de Magellan , par le sieur Frn^'er, Paris, 16ns, in-12, p SS. 202 C. DARESTE. — Slll LES ANIMALCl'LES célèbre cxpétlilion autour du nioiide : « Poiidaiil (jue nous demeu- râmes eu ce lieu, nous ne vîmes point d'iiaijitants sur la terre ferme; mais il y en avait plusieurs millions dans l'eau : c'étaient desPoissons semldai)l('s à dos Crevettes rouges comme des Homards cuits, de telle sorte que la mer avait l'apparence du saiig(l). « Le 8 mars 1747, un capitaine de vaisseau nommé Lehen ren- contra ces bancs de Crustacés par le 47° 22' de latitude, c'est-à-dire toujours dans la même p()sition : «Le 8 mars 1747, on vit, sur les six heures du soir , une inlinité de petits Poissons rouges de la grandeur et de la grosseui- d'une moyenne Écrevisse ; ils avaient au devant de la tète deux pinces fort longues (2). » Enfin nous avons, de nos jours, une dernière observation (jui confirme les précédentes : c'est celle de M. Darwin (3) : « Près de la terre de Feu, à peu de distance de terre, j'ai vu des lignes d'eau d'une vive couleur rouge, par suite d'un grand nond)re de Crusta- cés qui ressemblent, à certains égards, à des Langoustes (Prawns) ; les marins les appellent nourriture des Baleines (food). Je ne sais pas si les Baleines s'en nourrissent; mais les Hirondelles de mer, les Cormorans et d'innnenses troupeaux de Phoques viennent sur tous les points de la côte tirer leiu' principale nourriture de ces animaux. » Le Commodore Byron a observé de semblables bancs de Crusta- cés sur la côte du Brésil : « Le î4 novembre 1764, au matin, le vent devint modéré, mais la mer était houleuse. Bientôt le vent passa au sud (juart sud-ouest , et nous gouvernâmes vers l'ouest sous nos voiles majeures. Les premiers rayons du jour nous mon- ti'èi'cnt la mer aussi rouge que du sang, et couverte de coquillages (1) Cette phrase est tirée de la relation donnée par un officier du Wager, p. 16, vaisseau qui faisait partie de l'escadre , qui s'égara peu de temps après la sortie (lu détroit de Magellan , et qui revint en Angleterre après une suite d'accidents de tout genre. Il n'est point question du fait dans la grande relation du voyage d'Anson donnée par Walter. (2) Nouveau voyage fait au Pérou , par l'abbé Court do la Blanchardière. Paris, 1731. (3) Darwin, Journal, etc., p. 15. Qll DONNENT A LA MER UNE COULEUR ROUGE. 203 de la même couleur, assez ressemblant à nosEcrevisses, mais plus petits. Nous en primes une {.ji-ande qnanlitc avec des corbeilles. On l'Iait alors entre Rio de Janeiro et !(• ea|) Saint-Êlienne (i). » Des laits analogues se produisent sur la côle occidentale de rAmcn petit Crustacé sous le nom tle Grimotea gregaria, croyant y voir la même espèce que celle de Leacli. Mais ^I. .Milne Edwards Histoire des Crustacés, t. Il) s'est assuré que cet animal dilïère spéciliquemeul de la Grimotea gregaria de la côte orientale de l'Anu'rique, et il en fait une espèce particulière sous le nom de Grimotea Durvillii, en riionneur du célèbre navigateur Dumont-Diu'ville, (pii servait en (pialité de lieutenant de vaisseau sur la corvette la Coquille. § VI. Colorations produites par les Noctiluques. Le pliénomène si remarquabb^ de la phospliorescence de la mer a été de nos jours l'objet de reclierches importantes. On a reconnu que, sur nos côtes de la jMancbe, il est produit par un animalcule de la classe des Rbizopodes, décrit .sous le nom de ?tocliluque miliaire, qui, déjà signalé depuis longtemps par divers observateurs, a été très complètement étudié par MM. Sm-iray , Verbœgbe et de Ouatrefages i3i. Nous ne le décrirons point ici; car les ob.servations des savants que nous venons de citer do douter; elles ('laient dniie espèce semblaiile à celle ijni jini- duit la couleur vert jannàlre de la mer, oliservée cette Ibis et dans une occasion précédente il.» Cette observation , qui se rattache à un point peu éloifiuédela côte septentrionale de l'Islande, acquiert pour nous de l'inti'rèt , en ce qu'elle nous explique, selon toute apparence, des colorations observées. anciennement sur les cotes de cette île, et qui ont été rapportées par Olal'sen et Povelsen dans le récit de leur voyage en Islande pendant le siècle dernier, bien qu'ils ne les aient point observées par eux-mêmes. Si , comme je le pense, ces observations se rapportent aux mêmes phénomènes, elles nous donnent un motif de plus eu faveur de l'opinion qui rattache ces animaux aux Noctiluques ; car le l'ail de la phosphorescence est indiqué dans les observations mentionnées par Olafsen et Povelsen . "Ce pliénomène celui du sa7ig dans la mer) est assez connu dans les autres pays, mais plus rare en Islande. On s'en aper- çut, en 1712, sur la côle de Reykesirand, depuis le rivage jusqu'à une distance considérable dans la mer; les avirons des [lêcheurs en furent teints en rouge , ainsi que l'Algue et les rochers du rivage à la basse marée, dont l'historien dit, poui* nous servir de ses propres expressions , iju'ils furent teints de blod lifur, c'est-à-dire de sang coagulé, ce qui prouve que lui, ainsi que le peuple, ont |)ris cela pour du sang. Il y a nombre d'années, en 16'i9, ipi'on remarqua aussi dans la partie occiden- tale, à deux lieues eu mer, et la même année dans les golfes de Seidisfiord, Alptefiord et les Veslfiords, le même phénomène. La luiit précédente, la mer avait paru comme tout en feu, et le jour suivant elle parut rouge comme du sang. Il y avait donc quelque chose de phosphorique ; nous ne pouvons pas déterminer si cela poiuiail jirovcnii' de ijuelque insecte de la mer, ou planic uiari- lime, comme parexeuiple la .Iimgei-manue. l'u de nous a r('man|ué ipielque cliosi-' di' pareil dans la partie du sud. >- (1) Scoresby, Jaumnl of Ihe voyage, elc, p. .'?5t 220 C. DARESTH. Stn MÎS AMMALCIXKS lit ailleurs : '< En 1638, on ignore dans quelle saison, les |)êchenrs de la côte orientale aperçurent du sang coagulé dans la mer, qu'elle poussait |)ar bandes obloiigues sur le rivage ; nous faisons mention de cette relation pour la comparer avec ce que nous avons rapporté (i). » C'est probablement aussi la même cause qui produit les colora- tions observées, dans le détroit de Davis et à l'entrée de la baie de BalTui, par le capitaine Parry, pendant son second voyage à la l'ccherclie du passage du Nord : «Le 18 juin 1819, dès le matin, en nous dirigeant vers le nord, nous rencontrâmes le premier banc de glace que nous ayons encore vu, et peu après nous vîmes plusieurs montagnes de glace. Au lever du soleil, l'eau avait changé sa couleur ordinaire poin* une teinte d'un brun sale. Nous avions eu occasion de remarquer le même lait en entrant dans le détroit de Davis en 1818... Peu après midi, étant par 59° iO' de iatiludo et 47" 46' de longitude occidentale (2), et l'eau étant de la même couleur que le matin, nous essayâmes de sonder, mais nous ne pûmes trouver le fond â 260 brasses. . . Dans la soirée du 21, ayant tourné vers l'ouest, par 55° Ol'de longitude occidentale (3) et 61° 26' de latitude, nous observâmes que la couleur de l'eau avait changé, et avait passé de la teinle brune dont il vient d'être question à une teinte d'un vert bleuâtre pale (4). '> Il retrouve également ces eaux colorées au moment où il fran- (1) Voyages en Islande faits par ordre de Sa Mnjeslé danoise, trad. par Gautier de Lapeyronie, t. IV. (2) .50° 26' de longitude occidentale du méridien de Paris. (3) 57" 41' de longitude occidentale du méridien de Paris. (i) Parry, Voijnye jor Ihe discovery of the Northwest passage, p. 6 et 11. Le capitaine Parry, se fondant sur une diminution de pesanteur spécifique observée dans 1 eau colorée , pensait que la coloration brune était produite par le mélange de l'eau de mer et de l'eau douce provenant de la fonte de la neige ou de la glace. Mais indépendamment des difficultés que présente cette explication, nous devons faire remarquer que la diminution de pesanteur spécifique ne s'est point retrouvée dans toutes les observations de phénomènes de ce genre dont il est question dans ce voyage. Qll DONNENT V LA MKR l'NE COLLEUR ROI CE. 221 chit le cercle polaire arctique , par une longiturlc occidentale de 57° 27(1). Le eapilaiiieParry ajoute à ces observations quelques détails ipie je ne dois point passer sous silence. Dans toutes les localités où la mer était colorée, la profondeur était très considérable. On retirait du tond de la mer une espèce de limon coloré en vert ; de jilus , dans d'autres localités, la mer était elle-même colorée en vert. Le capitaine Farry mentionne aussi, dans ces parages, rexisicnced'un très grand nombre d'animalcules qu'il désigne sous le nom de Béroés, et qu'il dit se nourrir aux dé|iens de ce limon vert. Ces observations, quoique inconqilèles, ne doivent point être oubliées, et devront être placées à côté de celles du capitaine Ross, aux terres antarctiques. S MIL Coloralions produites par les Bacillaires. Ces colorations ont été observées par le capitaine James Clark Ross pendant son eélèbie voyage aux terres antarcti(pies, sur les côtes de ces terres nouvelles qui avaient été découvertes, un an auparavant, par noti'C illustre et infortuné compatriote Duinont- Durville. Les observations du capitaine Ross ont été faites à plusieurs re- prises et dansdiverses ciiconstauces ; les unes sur l'eau elle-même, d'autres sur la glace ou la neige ; mais les unes et les autres pa- raissent produites par la niènie cause. L'eau colorée a été observée par le capitaine Ross, le 31 dé- cembre 18/i2, par 61 degrés de latitude méridionale, cl 55" 28' de longitude occidentale (2 , à 30 milles de la pointe sud-est du golfe des monts Erebus et Terror (3 . Cette coloration était d'un brun sale; la profondeur de la mer était grande. Il y avait dans cette localité un nombre considérable de Cétacés (4). [i] 60° 7' de longitude occidentale du méridien de Paris. (2) 57° 48' du méridien de Paris. (3) Le mont Erebus est un volcan en activité, que le capitaine Ross a décou- vert dans les terres glacées du pôle australe ; le mont Terror est un volcan éteint. (i) Ross, Anlarctic vmjaijea. t. II, p. 335. 2"22 C. DARESTE. SUR LES ANIMALCULES Le capitaine Ross lit recueillir du limon à une prol'oiideur de 207 brasses et de 270 brasses , et à son retour en Europe , il l'en- voya à M. Elirenberg, qui en lit l'analyse. Ce limon était de couleur verte. Il contenait cinquante-lrois espèces d'animaux microscopi- ques, dont plusieurs entièrement nouvelles (l); mais les espèces dominantes étaient des Bacillariées appartenant aux genres Cosci- nodiscus, Fragilaria et Hemiaulus (ce dernier étant un genre iiouveau). Un grand nombre de ces animaux étaient encore vi- vants; M. Ehrenberg a reconnu dans leur intérieur des espèces de grains verts qu'il considère comme des ovaires, détermination (jui n'a pas élé, jusqu'à présent, généralement adoptée. Les per- sonnes qui se sont occupées de l'étude des Infusoires savent par- lailcmcnl d'ailleurs (|ue, clicz ces animaux, les coulem's vertes et rouges passent l'acilemcnt de l'une à l'autre. La glace colorée a été trouvée par des latitudes plus méridionales encore : « Le 15 février 1841 , par 7G° 03' de latitude, et 166° 12' de lon- gitude orientale (2) , nous aperçûmes plusieurs bancs de glace , et nous nous dirigeâmes vers le sud pour les éviter ; et comme nous longions la terre ferme, nous rencontrâmes une grande (|uantité de glace de couleur jaune brunâtre. Nous en rccucillimes une petite iiuantité , et nous la plaçâmes sous un microscope puissant ; mais nous ne pûmes déterminer la véritable nature de la matière colo- rante. Beaucoup d'entre nous crurent ({u'clh^ provenait des lînes cendres tlu mont Erebus, qui n'était pas à plus de 8 milles au sud. A onze beures après midi le temps était très calme ; nous trou- vâmes, en sondant, 38 brasses , et nous recueillimes un limon d'une couleur verdàtre et de l'argile. » Des observations semblables de glace colorée ont élé faites éga- b^ncMit dans la même expédition, le 17 février 1841 , par 76" 35' de latitude méridionale, et 165° 21 de longitude occidentale (3) ; et le 18 décembre de la même année par 62" 50' de latitude méridionale (1) Voir la notice de M. Elirenberg dans lesComples rendus mensuels de l'Aca- démie de Berlin, 1844, t. IX, p. 182. (•2) 163° 32' du méridien de Paris. (Ibid , t. 1, p. 243.) (3) 1 67» 4 1 ' du méridien de Paris. QUI DONNENT A LA MER LNE COULEUR ROl'GE. 223 et 147° 25' de longitude occidentale (1;. Le capitaine Ross ajoute que cette matière colorante a été retrouvée dans les estomacs des Béroés et des Salpa., très abondants dans ces localités. L'eau provenant de la fonte de cette ylace ayant été fdtn'C, et les résidus restés sur le tiltre ayantété comniuni(iiiésà M. Ehrenherg, ce savant y a reconnu un très grand nombre d'animalcules micros- copiques. La coloration, comme daiis l'observation précédente, paraissait tenir surtout à l'aiiondancc des Coscinodiscus et des Fra- Ijilaria , et , parmi ces dernières, de la Fragilaria pinnulata (2). (1) 4 30° Oo' du méridien de Paris. (2; Nous manquons ici , comme cela nous arrive bien souvent , de détails suffisants sur ces colorations du pôle austral. Toutefois il y a dans ces observations plusieurs circonstances d'après lesquelles on pourrait soupçonner que ces colora- lions sont les mêmes que celles qui ont été signalées vers le pôle arctique par Scoresby et par Parry. En effet, il est très possible que la coloration des animal- cules décrits par Scoresby ne leur appartienne pas en propre , et qu'elle tienne à de petits Infusoires colorés servant â leur nourriture. Les observations de Scoresby ne nous apprennent rien sur la nature du fond de la mer dans les endroits où il a observé ces petits animaux : mais Parry a constaté, dans ses observations, l'exis- tence d'un limon de couleur verte, qui est formé très probablement par des Infusoires. A ce point de vue. les observations du capitaine Parry et celles du capitaine Ross présentent une très grande analogie. Elle se confirme encore par le fait , indiqué par ces deux marins , de la présence de ce limon coloré dans le corps d'animaux qu'ils appellent des Béroés , et qu ils donnent comme ayant une très petite taille. D autre part, si l'on se souvient que Scoresby comparait les animalcules qu'il décrit au Beroi' ylobuhis de Lamarck , et que ce n'est que dans ces derniers temps que 1 organisation et la place des Noctiluques dans le règne animal ont été nettement appréciées par les zoologistes, on peut soupçonner que ces animaux se retrouvent au pôle austral comme au pôle boréal, et que ce sont eux qui produisent le changement de couleur de l'eau. Nous devons faire remarquer également que les objets examinés par M. Ehrenborg n'ont point été pris dans la mer elle-même, mais dans le limon qui en occupait le fond, ou qu'ils provenaient de la fusion des glaces ; que , dans le premier cas , on ne pouvait trouver les Béroés, et que, dans le second, ils avaient dCi périr par le fait de la congélation. Il eût clé ici très intéressant d'étudier l'eau elle-même, pour y recherclier directe- ment la cause de la coloration. C'est une question que je soumets aux rares voya- geurs qui auront l'occasion d'explorer les régions australes. 224 C. DABESTE. — SIU LES ANIMALCULES ,55 IX. Colorations dues aux Protococcus. Cette coloralion a été observée par M. de ?"re\einel et' M. Turrel sur les côtes Ju Portugal. M. Montagne, auquel M. Turrel avait remis une bouteille de celle eau colorée, s'est assuré «[u'elle était produite par une très petite Algue niieroscopii|ne, qu'il rapporte au genre Protococcus, auquel ap|iarlienl la neige rouge, et qu'il désigne sous le nom de Protococcus atlanticus. « Le 3 juin 1845, vers deux heures de l'après-midi, la corvette la Créole se trouvait près des côtes du Portugal par le Iravers du eapSpiehel, à environ 11 kilomètres de l'emboueiiure du Tage, et taisait route vers le cap Rocca. On signala à l'avant du bâtiment une coloration insolite des eaux de la mer; elles étaient, en et'l'el, d'un rouge t'oneé, qui variait d'intensité et de nuance entre le rouge- brique et le rouge de sang. Aussi loin que la vue pouvait s'étendre, la mer conservait celle teinte ; cependant celle-ci n'était point uni- forme partout : elle subissait çà et là des dégradations de tons. Les endroits où l'eau était plus foncée formaient de nouveaux bancs au milieu de la coloration générale. Leurélenduedansla direction N. et S. pouvait être évaluée à 150 mètres, et leur plus grande dimension , qui allait de l'O.-N.-O, à l'E.-S.-E., n'a pas pu être appréciée avec une entière certitude par M. de Freycinet. Cet ol'fi- eier estime pourtant que le phénomène se passait sur un espace carré d'environ 8 kilomèlres ou six milles. M. Turrel annonce avoir constaté la présence de six zones colorées de iOO à 500 mètres chaque, et affirme, en outre, que ces bandes se prolongeaient dans le sens des courants produils par les eaux du lleuve , c'est-à-dire du N.-O. au S. -0., dans une étendue d'environ 5 kilomètres. Quoi fpi'il en soit de l'évalualion des limiles dans lesquelles se passait le phénomène, évaluation (|ui, comme on se l'imagine bien , ne pouvait être qu'approximative, à trois heures et demie, la corvette était hors de toute coloration intense, et il fallait une grande atten- tion pour remarquer la légère teinte rose qu'elle présentait encore en ce moment (1). » (1) Montagne, Note sur un nouvecni fnil de coloralion des eaux de la mer pat une Algue microscopique {Ann. des se. ii'it . botanique, 3" série, t. VI, p. 2(i3 ). — Voy. imisï Comptes rendus, séance ilu 16 novembre tSiti. {\n noN>(FNT A i.\ MF.n i-nf. r.oui.Ecit lioroE, :225 îi X. Colorations produites par les Bipliores. Ce l'ail a été signalé par.M^I. Quoyeiriaymanl, (|ni rmit observé pendant le voyage de l'Uranie '1 : « A environ eent lieues du cap de Bonne-Espérance , par 36 degrés de latitude méridionale, nous vîmes sur la mer de longues zones (le couleur lirun i'oui;eàtre, ilonf nous ne ]i()iivions queliiue- Ibis pas mesurer la longueur. Quelijues personnes supposèreul il abord ipie ce pouvait être du frai de poisson ; mais ayant traversé plusieurs de ces bandes, le fdet destiné à recueillir les animaux péiagiens nous donna la facilité de reconnaître qu'elles étaient composées de myriades de petites Biphores de 2 à 3 lignes de lon- gueur, vivant et voyageant en compagnie. Il fallait qu'elles fussent bien nombreuses pour rétlécliir une couleur aussi marquée ; car leur iiuck'its n'était pas plus gros (pi'un grain de millet. (]e qui nous surprit le plus, ce fut de voir que, malgré l'agitation des ondes , elles con.servaient les rapjiorts qu'elles avaient entre elles, au point que les lignes qu'elles formaient étaientparfaitement trancbées. Une autre fois, le même pbénomène se reproduisit à l'opposé du méri- dien de Paris , en allant des îles IMariannes aux Sandwicli. » 11 est à regretter que ces deux naturalistes n'aient point indiqué l'espèce de Bipliore qui produisait cette coloration. II est évidem- ment impossible de le deviner d'ajirès le récit succinct que je viens de rapporter. § XI. Colorations produites par des animaux iiulélermiiiés, mais qui sont probal)lement des larves d'animaux inférieurs ou des Infusoiros. L'observation la plus complète ipie je connaisse en ce genre a été faite par M. Quoy pendant le premier voyage de l'Astrolabe : '< Le 17 décembre 1828 , de trois bcures à cinq lieurcs du soir , étant sur les sondes du banc des Aiguilles, en vue de terre, vis-à- vis du liane d'AlgiiM. nous vîmes par inlervaiies, dans d'assez grands cs|iaccs et par zones, la mer ilcvenir rouge brun. En y plongeant un lilel d'élauiine, nous reconnûmes (juc cette couleur (1) Quoy et Gaymard, Observaliovs sur les Biiilioica el les liéroés [Ann. des se. tial.., \" série, 1825, t. VI, p. 3t.) 4' série. Zoni.. T. III. ( Cahier n" 4. ) '' fH 22G C. DARESTE. SLR LES ANIMALCILES élaitilue à une éDorinc ijuautilé de petits animaux, longs d'uneligne ou deux, tout]jlancs,si ee n'est vers la tête, où ils avaient un point rougeâtre » Le corps de cet animal est anguilli forme, aplati, pointu à son extrémité, la(|uclle est garnie d'une nageoire (jui nous a paru éclian- crée. Son axe est parcouru par un canal, dans lequel ou plutôt sur les côtés duquel on voyait des granulations blanches appartenant probablement à la génération. La partie qui appartient à la tète est surmontée d'un capuchon membraneux très délié, frangé, dont la petitesse ne nous a pas permis d'examiner les organes qu'il pouvait contenir.... C'est là qu'est placé le point rouge en partie entouré de jaune. » Ces êtres étant dans un mouvement perpétuel de vibration qu'ils impriment à leur corps, l'étude en devient un peu embarras- sante ; ils semblaient voidoir se débarrasser de leur enveloppe cé- phalique. Ils altèrent promptenient l'eau qui les contient , et dans une demi-heure ils sont morts. Alors leur corps se recourbe dans divers sens , la tête en bas ; il devient opaque , d'un blanc mat , et l'on ne peut plus rien distinguer de leur organisation (1). » M. Quoy dit qu'il a plusieurs fois rencontré ces animaux ; mais il n'indique point les localités. Il en avait d'abord fait un genre sous lenomdeFre////nf«ff ; mais plus tard, de retour en France, il crut retrouver cH eux les caractères de l'animal si singulier, et encore énigmaliquc, (jucChamisso a indiqué sous le nom d'Jppendicula- ria, et (|ue .Merlens a décrit sous le nom d'Oikopleura Chamisso- nis (2). Toutefois il ajoute , mais avec doute , que ces animaux pouri-aienl iiicii êlre des larves. Pour nous , autant (jue nous pou- vons le décider par une description aussi incomplète, cette dernière opinion de M. Quoy nous paraît très probable. Les nombreux tra- (1) Quoy, Zoologie ilu pn-mier voywjc de l'Astrolabo, l. IV, p. 304, pi. 26, fig. .4-7. (2) Le Mémoire de Chamisso sur ÏAppendicularia se trouve dans le dixième volume des Mémoires de l'Académie Léopoldo-Caroline, Cliamisso voit dans cet animal une Méduse voisine du Ceste. Quant au travail de Mertens, il a été publié, en IS30, dans les Mémoires de l'Académie de Snint-Pélersbourtj, sous ce titre : Jii'schreihumj der Oil aurait été suivi d'une l';imine 1 3 ;. Si, connue le lapporle M. .Macgowan, la fertilité du .sol est due en Chine aux pluies de sable, on s'explique facilement comment la famine et la transparence des eaux du fleuve se seraient produites à la nièmi^ é|)oque(4). (1) Dans un recueil publié en Chine sous le litre de Chinese repositonj, juil- let l.S.bO. Je n ai pu nie procurer ce recueil, mais j'ai eu connaissance de la note de M. Macgowan par une traduction que M. Khrenberg en a donnée dans un de ses Mémoires, Voy. les Comptes rendus de l'Académie de Berlin, janvier 1 8.5 1 . (2) M. Elirenberg rapporte à ce sujet, d'après le géographe Abdcllatif , que les Arabes auraient l'ait des observations analogues. (i) Voyez le passage de la géographie de r.\siedeM. Ritter (Erdkunde den Asiens, t. III. p. 193) que j'ai cité dans mon premier Mémoire. (4) M. Ehronberg, qui a étudié au microscope le sable provenant d'une de ces pluies, et envoyé par M. Macgowan, y a trouvé six espèces de Bacillariés (Poly- gastriques) : dix-neuf e.epèces de ces corps d'origine végétale qu'il désigne sous le nom de Phijtolilhaires, cl un grand nombre de débris végétaux , formés sur- 236 V. UAKKsri:. — suit lks ammalcules La coloration du golfe île (;aliloi'iii(> ou mer Vermeille (mar Vermeio des Espaguols, Vermilion sea des Anglais) est également pour nous une question indécise. Dans beaucoup d'ouvrages de géographie, on l'attribue au limon eiiarrié par le rio Colorado. .Alais, depuis longtemps déjà , on a émis , à son sujet, une opinion toute diri'ércnte. Ainsi, dans l'Histoire des navigations aux terres australes du président de Brosses, on lit cette phrase, dont jusipi'à présent je n'ai pu trouver l'origine : «On rapporte que , dans le golfe de Califoriii(\ la mer est couverte de Vers rouges. » Aussi la coloration de la mer par des substances charriées par les fleuves serait encore pour nous un l'ait liypotlK'licpie , si elle n'avait été constatée d'une manière certaine dans un cas particulier, quoi([uc sur une échelle beaucoup plus restreinte. Le fait dont il s'agit ici est d'ailleurs très intéressant à beaucoup d'égards; j'ai cru devoir le rapporter avec queUpies détails. C'est celui d'une petite rivière de Syrie, nommée Ibrahim-Nahr, qui vient se jeter dans la Méditerranée, près de la petite ville de Djibaïl ou Gebel, à [)eu de distance de Beirut, etipii, tous les ans, à une certaine époque, se colore en rouge , et conniuuiique cette couleur à la mer dans une certaine étendue. (^e ipi'il y a de fort remarquable dans ce l'ail , c'est (pi'il était connu des anciens, et (pi'on l'ax ail l'atlaché au culte du dieu phé- nicien Adonis , Adonaï ou Thanunu/, , dont Bihlos , aujourd'hui Gebel, était le principal siège en Syrie il i. On en trouve une indi- cation très exacte dans le passage suivant de l'ouvrage de Lucien Sur la déesse de Syrie : « Ou voit encore une autre merveille dans le territoire de cette tout de filaments de coton teints de diverses couleurs , l'I provenant, selon toute a|)parence, de vêtements. Cette observation lui fait croire que M. Macgowan s'est trompé dans l'envoi du sable, qu'il lui a adressé le sable provenant de la pluie otjservée à Shangtia'i par le docteur Beltott, et que ces fdaments ne seraient autre chose que lesConfervcs observées par M. Piddington (voyez mon Mémoire sur la coloration de la mer de Chine). Mais ce n est qu'une pure hypothèse. (I) Voyez pour plus de détails, au sujet du culte d'Adonis, ce qu'en dit Creu- zer dans son ouvrage sur les Religions de l'nnliquité, tome II , et les noies savantes que M. Guigniaut a ajoutée? a ce li\re. (Jll DONNENT A I.V MKR INE COILEIR ROIGE. 237 ville, un fleuve qui descend du mont Lii^aii, et va se décharger dans la mer. On lui a donné le nom d'Adonis. Chaque année, il s'en- sanglante, et, après avoir perdu sa couleur naturelle, il se précipite dans la mer , dont il rougit une étendue consiilérable ; par là , il indique aux habitanis de Hihlos le temps au(iuel ils doivent corn-' mencerleur deuil. Ondil, en eflet, que c'est dans ces jours qu'Ado- nis est blessé sur le mont Liban ; hiindre le destin d'Ado- nis. Nous campâmes cette nuit-là sur le bord de celle rivièi'c, après avoir l'ait six lieues de chemin. Nous eûmes [lendani loule la nuit de grosses tempêtes de vent et de plui(; a\ec tant de violence que nos domestiques eurent bien de la peine à soutenir nos tentes. Nous fûmes récompensés de cet accident le lendemain par une chose curieuse que cela nous donna lieu de voir. Nous vîmes une chose qui pourrait bien avuii' donné lieu à la relation (pio Lucien nous a doimée de celte rivière ses eaux teintes dune couleur extraor- dinaire, laquelle se communiquait mèm(! bien avant dans la mer. Cela procédait assurément d'une espèce de terre rouge que la vio- lence de la pluie avait poussée dans celle rivière, et pas du sang d'Adonis (Ij. » Un autre voyageur anglais, nommé Browne, a également observé cette coloration en 1798 ; mais il se contente seulement de la rap- porter sans y ajouter aucun détail (2). Il serait fort intéressant de connaître cette matière colorante , qui paraît se reproduire ainsi tous les ans vers la même époque. .Malheu- reusement les observations de ce phénomène sont beaucoup trop insuflisantes pour pouvoir, je ne dis pas nous renseigner complète- ment, mais même nous mettre sur la voie de la solution de cette question. M. Ehn^iberg, qui cite le passage de Lucien dans son beau Mémoire sur les vents alizés, les ijiuies de sang et la poussière mé- téorique^ fait observer qu'il n'y a dans le Liban que des terrains calcaires blancs ou gris, et que, par conséquent, l'opinion énoncée par l'Iiomme dont parle Lucien ne peut être fondée. 11 pense que ce phénomène doit être produit par une poussière météorique colo- rée en rouge, qui serait entraînée par les tourbillons du sirocco, et qui tomberait tous les ans en Syrie. 11 rappelle à ce sujet un passage fort curieux du Livre des Rois, où il est fait mention d'une source (1) Voyage d'Alep o Jérusalem, par H. Maundrell, traduit de l'anglais, 1706, page 87. [i] Voyage de Browne, traduction française par Castera, page 182. QUI DONNENT A L.\ MEU UNE COULEUR ROUGE. 239 qui se serait instantanément colorée en rouge (1). Je ne [)iiis (luc rappeler ici cette explication , sans rne prononcer ni pour elle ni contre elle. Je me contenterai seulemeni de faire riMuarqncr qu'il existe en Syrie des terrains formés presque cntii'renM'nl p;u' du sable rouge, et que cela pourrait rendre compte de i'i ipinion de Maundrell, et de celle de l'homme dont parle Lucien. En terminant ce Mémoire , je dois dire que je n'ai point la ])ré- tention d'avoir recueilli tous les faits de coloration d(^ la mer dont il est question dans les navigateurs, ni mèuie d'avoir (''ouniéré toutes les localités oîi de semblables faits se produisent. A plus forte raison, j'ai dû, dans bien des cireonslances, ne point nie ]irononcer sur les causes de ces colorations, ou au moins n'exprimer d'opi- nion qu'avec une grande réserve. Je n'aurais donc point publié ce travail si je n'avais cru que dans toutes les questions scientifiques , il était souvent nécessaire de recueillir et de comparer les résultats obtenus, poui' mieux savoir dans quelle voie on doit diriger les re- cherches. J'ai suivi d'ailleurs ici l'exemple tracé pariM. Ehrenberg, qui , dans une série d'admirables Mémoires sur des questions analogues (2), a montré tout le parti (|ue l'on pouvait tirer d'une alliance entre la science la plus profonde et la plus vaste érudition historique et bibliograpliique. C'est aux navigateurs (pi'il iipparlieudra nuiintcnanl de compléter ce travail , en recueillant , autant «pi'ils le pourront, des notions précises sur les circonstances dans lesquelles ces colorations se produisent, et sur les êtres organisés qui en sont la cause. (1 ) Liber Regum IV, cap. 3, vers. 22 : « Primoque raanc surgentes, et ortojam » sole ex adverso aquarum, viderunt Moabit.'e econtra aquas rubras quasi san- » guinem. » (2) Voyez ie recueil des Mcmoires de l'Acudémie des sciences de Berlin. NOTE SDR LES PHÉNOMÈNES DÉCRITS PAR LES NAVIGATEURS sous LE NOM DE MERS DE LAIT, ET QUI TIENNENT A LA PRÉSENCE d'aNIMALCDLES PHOSPHORESCENTS. Par m. Camille DJtRESTK (I). Ayant été obligé , pour les études que je viens de faire sur les colorations de la mer, de lire un grand nombre de relations de voyages maritimes, j'y ai rencontré beaucoup d'observations se rapportant à une coloration blancbe qui donne à l'eau de la nier l'aspect du lait ; et bien que j(; n'en aie point fait une élude spé- ciale, je puis cependant indiquer quelques conséquences géné- rales qui me semblent résulter de la comparaison de ces faits particuliers. Et d'abord ces phénomènes sont très fréquents, beaucoup plus que les colorations rouges ; tellement qu'il n'y a peut-être pas actuellement de relation de voyage qui n'en fasse mention. Je ne crois pas être très éloigné de la vérité en admettant que le nombre de ces observations est à peu près trois fois filus grand que celui des colorations rouges. C'est surtout dans les mers intortropicales que ces phénomènes se produisent. Ils me paraissent s\u1oul très fréquents dans le golfe de Guinée(2) et dans le golfe Arabique. La plupart des observations (1) Je reproduis, en la modifiant, une note que j'ai présentée à l'Académie des sciences (séance du 5 février 1 S-ÎS ; voyez Comptes rendus , t. XL, p. 315), au sujet de la relation d'un phénomène de ce genre, faite par un voyageur an- glais, M. Grafton Chapnian , relation fort incomplète, et qui ne donne ni la date, nile lieu de l'observation. (2) L'observation la plus remarquable que je connaisse au sujet de ce phéno- mène, est celle qui est due au capitaine Tuckey, dans son exploration du Za'ire. Cet aspect insolite de la mer fut observé sur une étendue de près de 1 3 degrés en longitude, dans les derniers jours du mois de mai 1817. o Après avoir doublé C. DARESTE. — PHÉXOJrÈXSS , ETC. 211 se rallnchenl à ces deux localités. Dans cette dernière, le iiliénu- niène était di'-jà connu des anciens plus d'tin siècle avant l'ère chré- tienni^ , coiunie on le voit iiar un curieux passage du géographe Agalhai'chides : « Le long de ce pays ( la cote d'Arabie ), la mer a un as|ieet hlauc connue un tlenve ; la cause de ce phénouièiie est pour nous un sujet d'étonnement (1). » On peut, du reste, s'en rendre compte par les belles expé- riences sur la phosphorescence de la mer, cpii ont été fiiites à Bou- logne , en 1850 , par ^I. de Qiiatrefages (2). Ce savant a reconnu que les Noctilnques qui produisent ce phénomène ne donnent pas toujours des étincelles vives et brillantes, et que, dans certaines circonstances, qu'il a étudiées avec beaucoup de soin, cette lumière est remplacée par une clarté fixe et peu intense qui donne à ces animalcules une couleur blanche. On comprend ainsi comment, lorsque ces animaux sont en masses consitlérables, beaucouji d'entre eux peuvent présenter cette clarté fixe et colorer la mer en blanc sur une grande étendue. Les Noctilnques ne paraissent pas être les seuls aninuuix qui jouissent de cette propriété. Ainsi, dans une observation de M. Grafton Chapman (3), les animalcules, produc- le cap des Palmes, et être entré dans le golfe de Guinée, dit le capitaine Tuckey, la mer prit une routeur blanchâtre, qui augmenta jusqu'à la hauteur de l'tle du Prince: elle parut aussi devenir lumineuse; de sorte que, pendant la nuit, nous semblions voguer sur une mer de lait Iteloiioit U'nne expcdiliort pour recunnailre le Zuire, etc.. traduction française, t. I, p. tSi]. » D'après les observations du capitaine Tuckey. ce phénomène serait produit par certaines espèces de Crabes: mais nous voyons dans la relation du professeur Chr Smith, qui faisait partie de l'espédition. qu'il tenait surtout à des petits êtres microscopiques, dans lesquels nous pouvons reconnaître les Noctilnques : » l.a principale cause de celte lumière qui jaillit de la surface de la mer vient de la dissolution d'une matière visqueuse qui y est répandue, et qui produit une clarté semblable à celle que jette le phosphore: les plus petites particules brillantes, vues au mi- croscope, paraissent dos petits corps solides et sphériques [Hnd, t. II, p I 161 » Tta;».7i/.r,TT£i67t T'yù yivîpiî'vou t>;ï ciriav. Agatharcllides, tir Mûri rubro , dans la collection des GeotjraplU minores, t. I, p. 6.5, édit. d Oxford, 1698. (2) Quatrefages, Mémoire sur la phosphoreiice de c/uelques iiwerlébrés marins [Annales des sciences naturelles , 3' série. Zoologie, t. XIV, p. 260). (3) Voyez Comptes rendus, I. XL, p. l98. 4' série. Zool T. 111. (Cahier n" 4.) ' 16 2/|2 t;. OAnESTr,. — thénomènes, etc. leurs fie la tciiilo. hlaiirhc cl de la pliosplioiescenoe , seraient des animaux agn'gés, e( iirohablcnient des Sal[)a ou des Pyrosonies. Enfin , comme j'ai cherché à le démontrer pour les colorations rouges, ces couleurs blanches se présentent fréquenimenl, je n'ose dire toujours, dans les mêmes localités. Je n'en citerai qu'un exemple, qui a été observé dans le voisinage des îles du cap Vert ; il est tiré de la relation du voyage de la Vénus . [lar M. Dupetit- Thouars (1). « Le 13 janvier 1837, à deux heures, nous étant aperçus (]ue la )) mer avait changé de couleur, nous sondâmes, et nous ne Iroii- » vâmes point de fond à 300 brasses. La couleur altérée de l'eau ne » semlilait donc pas devoir èire attribuée à la qualité du fond, mais » plus vraisemblablement à la ]irésence de petits animalcules ou » Mollusques nommés Squid par les Anglais. Ces eaux, (|ui parais- » sent colorées , ne changent pas de place d'une manière sensible. » En effet, dans plusieurs voyages, je les ai rencontrées dans la » même position ; mais ne voulant pas me contenter de citer ce (jue » j'ai pu reconnaître par moi-même, je dirai que dans celte traversée i> nous les avons trouvées par 21° 29' 39" de latitude nord , cl » 21° 45' 30" de longitude occidentale de Paris; que Krésier, dans » son Voyage au Chili, en 1712 (2), les trouva par 21° 21' de la- » titudc nord cl 21° 39' de longitude occidoMitale ; et le capitaine » américani Fanning les rencontra, 1(> 12 juillet 1797, par 21° 48' » de latitude nord, et 23° fiO' de longitude de Greeuwich. Toutes » ces observations tcndi'aicnl à pronvci' cpic ces eaux colorées sont » limitées, et il me semble presque impossible qu'elles ne soient pas » les mêmes que celles qui furent vues dans les voyages que nous » venons de citer, puisque les positions sont presque identiques. » (i; Dupetit-Tliouars , Voyage de la Vénus , l. I, p. 26. (2) Voici le passage de Fresier, auquel cet article fait allusion : « Par 20" 21' de latitude et 21" 39' de longitude occidentale, ou de différence du méridien de Paris, nous trouvâmes pendant cinq ou six heures la mer fort blanche; nous lilâmes quarante brasses de sonde sans trouver de fond, après quoi, la nier re- prenant sa couleur ordinaire, nous i-nmH's avoir passé un haut-fond qui n est pas maripic sur les cartes. » [VDijnge aux icrrcs nnslruUs p. 8). DEUXIÈME MÉMOIRE !)K LA FONCTION GLYCOGÉNIQUE DU FOIE, Par le D' Fltil'IF.R, Agrégé de chimie à TÉcole de phiirmjcîe de Pyris, etc. J'aiirais désiré ne pas entrclenir encore l'Aradémie des expé- i-iences (|iii morcnpent en ce moment , et par lesquelles j'espère achever de démontrer que c'est à torique l'on accorde au foie la ]iropriété de sécréter du sucre. Mais la communication qui lui a élé laite dans son avant-dernière séance me décide à publier, dès à présent, la partie de mes reclicrclics qui se rapjiortc au point déci- sif qui vient d'être soulevé. La comniunicalioii faite à l'Académie se compose : 1° de la |iré- sentalion d'une série d'expériences ducs à un cliimiste étraiij;er, et qui prouvent que , dans certaines conditions , le sanp de la veine porte est privé de sucre, tandis que celui des veines sus-liépatiques conlienl de notables quantités du même produit; 2° de rétlexions qui consistent à montrer que les résultais obtenus par I\L Lehmann tranchent sans retour la question (jui s'agite. J'i'lahlirai à la lui de ce mémoire que les résultats obtenus par l'habile chimiste de Leipzig ne (lé[)osent nullement en faveur df la théorie glycogénique ; mais j'exposerai d'abord les fails qui Sdut l'objet de mon Iravail. Dans la Noie présentée à l'Académie, il est dit que le phénomène de la formalion (U\ sucre dans le foie est « une vérité physiologique parfailcuicnt ('tablie et comph-temenf ac(|uise à la science. » La démonstration de celte vérité re|iosc, dit-on, surtout sur ce l'ail, depuis longtemps recnmiu , que le sang «le la veiin' poric est (lé'poiuvu de sucre, tandis que le sang qui suri dn foie est chai'g('' île ce |ii'oiliiil : " Tons les argumcnis rclalifs à la question île savoir si >j le foie fabrique ou non du sucre floivcnl êlrc i'amiMi('s. dit l'auli'Ui 2/lâ L FIULIEK. >> de ce traviiil, à celle eN|)érieiicc l'(iiiil;iiiiciiU\le (|iii :i pour objet » l'examen coiiiparalit'des sangs de la veine jjorle et des veines » hépaliqnes. TanI ipi'il restera établi qne le sang (jni entre dans le "foie nereid'enne pas de sucre, et (pie lesangipii en soi'tencon- >: lient des proportions considérables, il t'andra bien admettre que » la matière sucrée se produit dans le l'oie; car on ne saurait » écbapper à cette conséquence de la logiipie la plus simple , ipie , » pnisipie le sucre irexiste pas avant le t'oie et qu'il existe après, il » faut bien qu'il soit l'orme dans cet organe. » Ur, je viens annoncer à l'Académie l'existence certaine , incon- testable, du fait (pie l'on révoque en doute, c'est-à-dire prouver que lu sang de la veine porte, au moment de la digestion d'un repas de viande crue, renferme une notable quantité de sucre. Voici le détail des expériences qui établissent le fait que j'annonce, et (pie je serais lieurenx de pouvoir répéter, dans un bref intervalle, sons les yeux de la commission nommée par l'Académie pour l'exaincn démon précédent travail. 1. Un Chien jeune et de forte taille a été privé de toute nourri- ture pendant trois jours. On a commencé alors à le nourrir avec de la viande de bœuf crue , et l'on a continué pendant liuit jours ce régime. Au bout de ce temps, le Chien a été laissé à jeun pendant quarante heures. On lui a donné alors un repas composé de deux livres et demie de viande de bœuf, et, deux heures après, on a [irocédé à l'opération qui consistait à recueillir séparément le sang de la veine porte et celui des vaisseaux situés au-dessus du foie. A cet effet, une incision a été pratiquée au liane droit de l'animal ; le doigt indicateur, introduit par cette ouverture, et suivant le bord inférieur du foie, a permis de saisir le paquet des nerfs et des vais- seaux (pii pénètrent dans cet organe; la veine porte étant saisie, on l'a liée. Après cette ligature, on a ouvert rabdomen, ce qui a permis d'apercevoir les vaisseaux de l'intestin noirs et gonllés par la stase du sang, suite delà ligature. En incisant la veine porte, on a recueilli le sang de ce vaisseau. On s'était procuré de même celui des veines niésenlériques. Après ces diverses opérations , la poi- trine d(.' l'animal a été ouverte, et l'on a recueilli le sang du ventri- FONCTION fiLYCOGÉNIQUE DU FOIE. 2/!|5 ("iile droit du (Yi'iircl ci'lui do lu veine cave inférieure à son euirée dans cet oi'gane. Kniin , on a extrait le l'oie. L'estomac dn (]liien contenait encore une assez grande (|uantit('' de viande non digérée et d'une couleur grisâtre. Voici maintenant les résultats au.\quels a conduit l'analyse clii- inique comparée du sang de la veine porte el du sang pris au-des- sus du foie. Sang de la veine porte. — Ce sang pesait 102 grammes. Il a été coagulé par l'addition de trois Ibis son volume d'alcool. Le liquide, passé à travers un linge , a été rendu acide par quelques gouttes d'acide acétique el évaporé à siccité. Le poids de ce résidu était de l^^OT. En reprenant par de l'eau distillée, on aolilenu une liijueur limpide qui a été évaporée à siccité. Le poids de ce dernier résidu l'iait de 0?' ,61 . l'ne jiartie de cette li(]ueur, traitée par le réactif de Frommliertz, a fourni un précipité abondant de sous-n.njile île cuivre, ce qui indiipiait la présence d'une notable iptauliti' d(> sucre. Le lendcniain, avant la li(pieur cupro-potassique titrée à 5 cen- tigrammes de sucre d'amidon pour 10 centimètres cubes de li- ijueur, j'ai procédé à la détermination de la quantité de sucre con- tenue dans un poids conmi du résidu de l'évaporalion. J'ai lrouv(; ainsi que le sang sur Icijuel j'avais o[)éréconlenait, sur 100 parties, 0,248 de sucre. Ajoutons (juc le sang des veines m(''scnl('Tiqiies rcnfei'mait aussi du sucre, mais la pi'oporlion n'en a pas été dosée (1 1. Sang pris au-dessus du foie. — Le poids de ce sang calait de 25 grammes. Traité' connue le précédent, il a laissé après l'évapo- ralion de la dissolution a(|ueuse un résidu du poids de O^MSO. Le réactif cupro-potassique n'a indiqué dans ce résidu que des traces à peine appréciables de sucre. La quantité en était si faible, qu'ayant (4) On s'est assuré, sur un autre Cliien placé dans les mêmes conditions, qu'apré.s un jeûne de quarante heures, la veine porte ne contenait pas de sucre. A cet effet, le Cliien a été tué par la section du bulbe racliidien. I/abdomen élani ouvert, on a appliqué une ligature sur la veine porte, el l'on a recueilli le san, de ce vaisseau. Ce sang ne renfermait aucune trace de sucre; on s'en est assurfi j,^ le traitant par l'alcool suivant le procédé ci-dessus décrit. 2^6 L. FleVIER. essayé de la doser avec la liqueur cupro-potassiquc qui avait servi à l'analyse du sau^' de la veine porle, je n'ai pu y parvenir; ear la eoleralion bleue de la liqueur lilrée a élé à peine altérée par l'aiïu- sion de la presque totalité du liquide. Dans le sang pris au-dessus du foie , deux heures après le repas , il n'existait donc que des traces de sucre. Quant au /oie, qui pesait 315 grauimes, il était charge d'une quantité notable de sucre. 11 résulte de ciMte première expérience ipie, chez un Cliien nourri de viande crue et tué deux heures après le repas, on trouve dans la veine porte une (piantilé notable de sucre, et qu'il n'existe que des traces de ce produit dans le sang qui sort du foie, bien que ce der- nier organe soit lui-niénie chargé de sucre. II. La même expérience a été répétée, quatre heures après le repas, sur un Chien placé dans les mêmes conditions (pie le précé- dent, cl nourri exclusiv(^ment depuis douze jours avec de la viande de Ixeufcruc. Au bout de quarante heures déjeune, on a donné à ce (Milieu un repas composé de deux livres de viande de bœuf crue, et, quatre heures après , on l'a opéré comme le précédent. On a recueilli, par incision , le sang de la veine i)orte. La poitrine étant ouverte , on a pris le sang du ventricule droit et celui de la veine cave inférieure. La digestion était presque entièrement terminée , car l'estomac ne contenait plus que quelques morceaux de viande au milieu d'une niasse demi-liquide et pultacée qui n'occupait (pi'uiie partie du viscèic. En procédant à l'analyse comparée de ces deux sangs, j'ai obtenu les résultats qui suivent : Sang de la veine porte. — Le sang recueilli pesait 7G grammes. Après l'avoir (léliliriné par l'agitation, on l'acoaguli' par trois fois son vohune d'alcool. La liqueur claire, séparée du coagulum, a été acidulée parqiielqiies gouttes d'acitle acéliipie et évaporée à siccité. On a repris ce résidu par l'eau distillée. Cette dernière dissoluliou, évaporée à siccité au bain-marie, a laissé un résidu du poids de Os',39. .l'ai trouvé, en traitant un poids connu de ce résidu [lar la liqueur cupro -potassique titn'c, ipie le sang analysé renfermait 0,231 pour 100 de sucre. FONCTION CLTCOGÉNIQUE DU FOIE. 247 Sang pris au-desxvs du foie. — (>e saiifi' pesiiit 25 praniiiics. Il a élé, coimiie le préuéilcnl, coafiiik' par trois Ibis son voluined'alcuol, évaporé à siecilé et repris par l'eau. Celle dernière dissolulion, évaporée à siecilé, a laissé un résidu du poids de 06',165. On a trouvé , par le même procédé d'analyse , que ce sang contenait 0,oO/i pour 100 de sucre. Le foie renfermait une quantité notable de sucre. Ainsi, chez un Cliion nourri de viande crue, et tué quntre heures après le repas, on trouve du sucre dans le sana de la veine piu'te, et le sang qui sort du foie renferme alors une quantih' jilns considé- rable de ce |iroiluit que quand on l'a recueilli deux heures seule- ment après le repas. Examinons maintenant les conséquences auxquelles condui- sent ces deux ex|iériences si importantes dans la question (pii nous occupe. (;e que tout le monde remarquera eerlainement dans leur résul- tat, c'csl la di'mousli'ation de ce fait capital, (pie le sang (jui pénètre dans le foie pendant la digestion renferme déjà du sucre, et (pie, par conséquent, le foie ne joue point dans la production de ce principe lerôleipii lui est atlribné. Une seconde parlieiilariti', qui ressort des mêmes expériences, frappera fieut-ètre moins que la précédente, mais elle est pour nous tout aussi précieuse, car elle démontre avec évidence que le foie est bien, comme nous l'avons dit, un organe dans lequel les produits de la digestion viennent séjourner un certain temps, s'y accumuler, s'y réunir, pour être ensuite répandus et distribués dans la circula- tion générale. Rapprochons, en effet , les résultats de ces deux expériences. Dans la première, quand on recueille le sang deujr heures après le repas, le sang qui provieni du foie ne renferme encore i|u'une (jiiaiilitt' insigniiiante du sucre , bien que cet organe soit rempli de matière sucrée. Dans la seconde expérience, faite quatre heures après le refias, le saiiir <|ui s'i-chappe du foie contient des propor- tions notables de ce |)roduit. .Ne voit-on pas là la déiuonslralion évidente de ce fait, que le foie arrête quelque temps dans son tissu L. FIGUIER. les matières qui lui sont apportées de l'intestin? Par suite de l'extrènic lenteur de la circulalion dans l'organe hépatique, par la nature même du tissu siwngieux de celte glande, le sang est con- traint de subir dans le foie une stagnation qui a pour effet d'y rete- nir pendant un temps plus ou moins long les produits de l'action digestive. Aussi, lorsque, dans la première expérience, nous avons recueilli le sang deux heures seulement après le repas, nous avons saisi le moment précis où le sucre , arrivant du tube intestinal par suite de la digestion , avait pénétré dans le foie, mais n'avait pas eu le temps d'en sortir , et se trouvait encore arrêté dans le réseau vasculaire de cette glande. Kl c'était un spectacle remarquable et plein d'enseignements physiologiques (|ue de voir s'échapper d'un foie gorgé de sucre un sang presque dépourvu de ce produit ! Mais lorsque, dans la seconde expérience, on a recueilli le sang quatre heures après le repas, on a laissé au sucre le temps de s'échapper par les vaisseaux sus-hépatiques, et l'analyse a permis de constater dans le sang de ces vaisseaux l'existence d'une notable proportion de matière sucrée. Si iiuebpies doutes pouvaient subsister sur la réalité du méca- nisme physiologique que nous signalons, il nous suffirait (U' rappeler que le glycose n'est [las la scide substance qui, dans les condilions normales , se trouve en quantité notable dans le foie et en faible proportion dans le sang de la circulation générale. Un fait tout semblable s'observe pour l'albuminose. iNous avons trouvé dans le sang du B(cuf et des Lapins jusqu'à 3 pour 100 d'albumi- nose , tandis que le même produit ne figurait dans le sang des mêmes animaux qu'en très faible proportion. C'est que l'albumi- nose, comme le glycose, retenue dans le foie pendant un intervalle assez long après la digestion , est reprise peu à peu par les veines sus-hépati(|ues et déversée dans le sang, où elle doit disparaître soit parla respiration, soit par l'assimilation organique (i). Je rappelle- rai enlin, à l'appui de la même opinion, que, depuis Orfila , les (I) Il faut ajouter que ces deux matières servent aussi probablement à la sécréiion de la bile , et aux autres sécrétions d'un ordre secondaire qui s'accom- plissent dans le foie. C'est ce qui concourt à expliquer la prédomiuance du sucre et sa longue persistance dans l'organe hépatique. FONCTION GLYCOGÉÎilQLE DU FOIE. "249 loxicologistes ont post' le pnnci[ie de cherelier dans le fuie , de préférence à tout aulre organe, les substances vénéneuses qui ont pénétré par absorption dans l'éconoinie. La réunion de ces divers faits nous paraît suffisante |)Our établir la vérité de la proposition (jue nous avions avancée dans notre premier mémoire, en disant (|ue le foie est un organe dans lequel les produits de la digestion doivent séjourner et être tenus un cer- tain temps en réserve. Cette idée a été , en effet , considérée par beaucoup de personnes, qui jugeaient d'ailleurs la question avec impartialité , comme une simple explication , comme une théorie mise à la place d'une aulre. On voit aujourd'hui que ce n'est pas en vertu d'une idi'c préconçue que nous avons adopté cette opinion , mais que nous n'avons fait que traduire et exprimer par là un fait organique susceptible d'être vérifié par l'expérience. Il y a lieu de supposer que les expériences que nous venons de rapporter deviendront l'objet de critifpies; nous croyons utile d'aller au-devant de ces objections. Contre la certitude de leurs résultats, on invoquera cet argument bien connu, du reflux possible du sang du foie dans les vaisseaux abdominaux situés au-dessous de lui , e'est-à-dire dans la veine [lorte et la veine cave inl'c'ricure. On sait que l'auteur de la théorie glycogénique s'est efforcé de prouver, par des expériences spéciales, que quand on ouvre l'abdomen d'im animal sans avoir fait, au préalable, la ligalurc de la veine porte, il peut arriver, par suile de la pression atmospbéri(|ue qui \icnl alors s'exercer àla surface des viscères abdominaux, que le sang contenu dans le l'oie reflue dans la veine porte. 11 ne nous sera pas diflieile d'échapper à cette objection. Il nous suffira, pour cela, défaire remarquer que nous avons eu le soin de n'ouvrir l'abdomen, pour inciser la veine porte, qu'après avoir préalablement lié ce vaisseau, grâce à une incision étroite pratiquée au flanc droit de l'animal , conformément aux précautions qui sont recuniiuandécs dans ce cas. Néanmoins, comme les raisons qui précèdent pourraient peut- être |iai'aître insuffisantes, il nous a paru utile d'iuslihicr une ('\p(''- 250 L. FIGUIER. rience spéciale pour démontrer que , clans le cas où nous nous élions placé, le rcllux du sanp dans l'intcricur de la veine |)orle ne peut avoir les conséquences (|ue l'on pourrait lui |u'èler ; nous avons voulu prouver, par l'expérience, que le sang du l'oie, quand on ouvre l'alxlonien d'un animal, ne se mêle pas IbrcémenI avec celui (les vaisseaux abdominaux. Pour cela, à un Chien de moyenne taille, nous avons donné un re])as presque entièrement composé de sucre oudesidislances pouvant se transformer en ce proilnit, c'est- à-dire une soupe au lait à la(|uelle on avait encore ajouté une cer- taine quantité d'empois d'amidon et de glycose en nature. A]>rès ce repas, leCliien t'ul laissiî trente-six heures sans recevoir d'autre aliment. L'abdomen l'ut alors largement ouvert de baul en bas sans pratiquer pn'alablement aucune ligature. Après cette ouverture de l'abdomen , l'animal , vivant , fut abandonné à lui-même pendant i|ucl(|ues minutes, et alors seulement la veine porte fut liée au- dessous (lu foie et le sang recueilli. Or, le foie, examine aussitôt, contenait une quantili' notable de glycose ; au conti'aire, le sang de la veine porte était entièremcut privé de sucre , ce i|ui prouve suftisauuuent que le uM'laiige n'avait pu s'opérer entre le saiig de l'organe hépatique et celui de la veine porte, car, s'il en eût été ainsi, le sang de la veine ptute eût renfermé du sucre comme celui du foie. Les expériences que nous venons de rapporter amènent aux conclusions suivantes : 1» Cliez les Chiens nourris de viande crue, tués d(^ux et rpiatre heures après le repas, il existe du sucre dans le sang de la veine porte. 2° Le sucre introduit dans le foie par la veine porte séjourne un certain temps dans cet organe ; après cet intervalle, il commence à être charrié par les vaisseaux sus-hépatiques, et transporté dans le système général de la circulation. S° Quand la digestion intestinale est accomplie , et que le tube digestif s'est entièrement d('i)arrassé de la matière sucr(''e fournie par les aliments , le sang qui , après avoir parcouru le cercle de la circulation, retourne au foie par la veine porte, est privé de sucre ; FONCTION GLYCOGÉNIQUE DU FOIE. 251 ninis, PII tnivorsanl le foie, il reprend une nmivelle (|ii:inlit(' de ce produit , de telle sorte ipie le siingdes veines siis-liép;iti(pies versé dans le cœur droit par la veine cave inférieure renferme nécessai- rement une certaine i[nantité de sucre. 4° Il résulte de là que, chez les animaux ;\ jeun depuis deux ou trois jours, il ne peut exister de sucre dans la veine porte, mais que les veines sus-liépatiques en renferment une certaine quantité; ce dernier princiiie a été cédé au sanj^- de ces vaisseaux par le l'oie, qui constitue dans l'économie un véritable réservoir de ulvcose. I Après avoir entendu la Iccliu'c do ces conclusions, l'Académie n'aura aucune peine à reconnaître que les faits contenus dans la communication qui lui a été adressée, dansTavant-dcrnièrc séance, an nom de .M. Leiunann, ne sont point contraires à nos propres résultats, ni à la manière dont nous considérons l'origine et la distri- bution successive du sucre dans l'économie animale. Que dit , en effet, ;M. Lehmann en rapportant le résultat de ses trois premières expériences'? Qu'il n'a point trouvé de sucre dans la veine porte de trois Chiensà jeun depuis derix jours, cl qu'il en a lrouv(', cliez les mêmes animaux, dans le sang des veines siis-lu'patirjues. V.c résul- tat n'a rien que de conforme à nos propres conclusions. On sait depuis longtemps que le foie conses've du sucre pendant plusieurs jours chez les animaux laissés à l'ahslinence. C'est le résidu des digestions antérieures qui ne disparait que très U'iitement du tissu de celte glande , et dont on peut retrouver des traces même après dix ou douze jours de jeune absolu. Il est donc tout simple que dans le sang de la veine porte d'un Chien à jeun depuis deux jours, on ne trouve point de sucre, et (ju'il en existe dans celui des veines sus-hépatiques. Ce principe a t'Ié loul simple- ment emporté [lar le sang dans son passage à traveis un organe sucré. Dans les expériences qu'il a ra|iporlé'es ensuite, .AI. Lclunanndit qu'il n'a point trouvé de sucre, oufpi'il n'en a trouvé qu(! d(;s traces dans la veine |)oi'te , ciiez des Chiens et un (Cheval soumis à des régimes de liil'férente nature. Mais je dois faire observer que, dans 252 L. FIGUIER. l'exlrail du travail île M. Lelinuiiiii qui a été commuiiiiiué à l'Aca- dcmic, 011 a négligé de l'aire mention du nombre d'heures qui se sont écoulées entre le repas et le moment de la saignée de la veine porte. Cette eirconsfanee était pourtant indispensable à étai)lir. Supposez, en effet, que le sang ait été recueilli à une époque éloignée de la digestion , par exemple , sept à huit heures après le repas , et , d'après ce qui a été dit plus haut , l'absence du sucre dans le système de la veine porte n'aura plus rien que de simple et de très naturel. Il est donc indispensable que l'oubli que nous signalons soit réparé. Nous ajoulcrons que , d'après la manière dont sont représentés , dans l'extrait du même travail, les résultais numériques, il est presque impossible de les comprendre. En effet, dans le tableau récapitulatif, les chiffres paraissent se rapporter à 100 parties de sang pris dans sa totalité ; de telle sorte que , pour prendre un exemple dans le premier résultat inscrit sur le tableau , on attri- bucrail au sang des veines sus-hépati(|ues du Chien à jeun 05',764 pour 100 grammes du li(iui(le sanguin. ^lais, d'tui autre cùié, dans le cours de la rédaction, M. Lebmann annonce qu'il rapporte ses résultats au poids du résidu alcoolique du sang. Laquelle choisir de CCS deux manières si opposées de représenter les résultats d'une analyse chimique? On comprend (pie, jusqu'à ce que rauteiu-mème de ces expériences ait indiqué nettement ce qu'il a obtenu, il faut renoncer à discuter de pareilles ambignïlés. Ces éclaircissements une fois fournis, nous espérons qu(; l'opposition qui semble exister entre les résultats de M. Lebmann et les nôtres disparaîtra, et nous nous applaudirons vivement de cet accord (1). ( I ) Ce n'est pas la première fois qu'une confusion de ce genre est commise à propos de cette question. Le Monileuv des hûpilaux a publié une analyse des leçons faites les I et 13 février au collège de France; l'auteur de cette analyse s'exprime ainsi dans le numéro du 22 février de ce journal : « Avant de rendre compte des deux leçons où ont été élucidées par de nou- velles expériences plusieurs des questions relatives a la fonction glycogénique du foie, nous croyons devoir rappeler en quelques mots des expériences de Lehniann, auxquelles il a été fait allusion depuis quelques jours. Le Mémoire dans lequel ces expériences sont relatées a été lu dans la séance du 30 novembre tS'iO de la FONCTIUN ■GLYCOGÉNIQLE Dl' FOIK. 253 Qu'il nous suit iieniiis d'ajouter, en terminant, (jue le lait du dépôt temporaire du sucre dans le tissu iiépati(|ue permet de recti- ller une expérience qui a été invoquée récemment dans des leçons pubiiipies pour démontrer la sécrétion du sucre par le foie. Voici en quoi celle ex|)érience consiste : On [ucud un Chien à jeun depuis deux à trois jours ; on recueille SoLiélé royale des sciences de Leipzig, et publié dans les comptes rendus des séances de cetle Société. B Chez un Cheval nourri avec du foin et de l'avoine et assommé pendant la digestion, l'analyse du sang a donné les résultats suivants : Sucre contenu dnns 100 grammes de sang de la veine porte. . . . 0,055 gr. Sucre contenu dans 1 00 gnimmes de sang des veines sus-hépatiques. 0,635 Il Chez un autre Cheval nourri de même et assommé après la digestion , on a trouvé : Sucre dans le sang de la veine porte 0,0032 gr. Sucre dans le sang des veines sus-hépatiques 0,893 t Chez un autre Cheval, le sang des veines sus-hépatiques contenait : Sucre 0,776 gr. » Chez un animal Carnivore, nourri avec de la viande, le sang des veines sus- hépatiques contenait pendant la digestion : Sucre 0,838 gr. n Ces résultats confirment pleinement ceux de M. Bernard, dont nous allons maintenant reprendre les leçons. » Dès la lecture de cette note, nous avons été surpris de l'énorme quantité de sucre que M. Lehmann aurait trouvée, selon l'auteur de cet article, dans le sang qui s'échappe du foie. Si dans 1 00 grammes de sang des veines sus-hépatiques il pouvait exister, comme on le fait dire au chimiste allemand , 05^893 de sucre, il en résulterait ce fait étonnant, que le sang des veines sus -hépatiques renfer- merait (rois fois plus de sucre que le sang de la circulation générale ne renferme de fibrine. Nous avons donc voulu nous assurer de l'exactitude des nombres cités dans ce journal , et nous avons eu recours au Mémoire original de M. Lehmann. Ce travail , intitulé ; Analyse comparative du sang de la veine parle et des veines hépatiques (Einige vergleichende Analysen des Blutes der Pfortader und der Le- bervenen), se trouve imprimé dans le 2' volume , année 1831 , du Journal fiir pracklische Chemie, page 203. Or, il est facile de s'assurer, en parcourant ce tra- vail, que l'auteur rapporte le résultat de ses analyses, non à 100 grammes de sang, comme on le lui fait dire, mais à cent parties du résidu de l'évapo- ralion du liquide s 21 ,276 grains de résidu solide du sang de la veine hépatique d'un autre Cheval, donnèrent, par la môme opération, 0,093 grains d'acide carbonique. D'après ce résultat , le résidu solide du sang contenait , sur cent parties , 0,893 de sucre. » 3 1 ,704 grains du ménie résidu de sang , provenant d'un troisième Cheval, donnèrent 0,1 20 grains d'acide carbonique, c'est-à-dire 0,776 de sucre pour cent ptirties du résidu de ce sang desséché. » Cette citation ne laisse aucun doute sur la singulière erreur qui a été commise par l'auteur de l'article du Moniteur des liôpitaux. Si. maintenant, le lecteur est curieux de connaître à quels chiffres exacts con- duisent les résultats obtenus par M. Lehmann , il ne nous sera pas impossible de satisfaire ii ce désir. Dans son Mémoire , II. Lehmann admet que 100 parties de sang de la veine porte chez le Cheval laissent, en moyenne, iO parties de résidu SBC. Si l'on calcule, d'après cette donnée, les résultats de M . Lehmann, on trouve, pour le premier cas cité plus haut , que le sang de la veine porte contenait sur 1 00 parties de sang liquide 0,12 de sucre : c'est-à-dire que sur 1 00 grammes de sang, par exemple, il existait 05',12 et non 0'',635, comme le pense l'auteur de l'ariicle dont nous parlons; pour le deuxième cas, 0*'', 17 et non 0"', 893, comme le dit le même auteur ; enfin, pour le troisième cas , 0,lopour100, ou 0«%1S pour 100 grammes de sang de la veine sus-hépatique, et non Os',776, comme le dit le même criUque. L'auteur de l'analyse des leçons faites au collège de France est bien justifié, d'après cela, de s écrier dans le cours de sa critique : « Il ne faut pas confondre la physiologie avec la chimie ! i> ^o^•CTlo^' glycogénioi'e nr foie. 255 ihiiil |iliisieiirs jours conserve ce iirodiiil dans son lissn, celle expérience perd lonle sa valeur; car on voit lont de snile ipie le glycose trouve dans les veines sns-liépatiqnes provienl luul sim- plement du foie, où il se trouvait emmagasiné. Lorsque le sang a parcouru tout le cercle circulatoire, lorsqn'après avoir subi, pen- dant tout ee trajet , l'action chimique de la respiration , il retourne au foie par la veine porte, il est tout simple qu'il soil dépourvu de sucre. Cette expérience, qui est présentée comme un argument presque sans réplique en laveur de la théorie giycogénique, ne prouve donc rien et ne peut rien prouver. Pour ariivcr à une conclusion expi'- rimentalc à l'abri de toute objection, il faudrait agii'surun ani- mal Jeu.r à trois heures après le repas , et rechercher alors si le sang de la veine porte contient ou non du sucre. Bien entendu que, pour chercher le sucre dans le sang de la veine porte , on ne se contenterait pas de faire bouillir ee sang avec l'eau et du sulfate de soude. En effet , en opérant ainsi on n'élimine point l'alhumi- nose, qui existe en grande quantité dans le sang de la veine porte pendant la digestion , et en très faible pro[iortion dans le sang des veines sus-hépatiques. Or, la présence de l'albuminose dans le sang est un obstacle, aujourd'hui bien eoiuui , à la manifeslalion du sucre parle réactif de Frommhertz, et l'emploi de ce procédé chi- mique, vicieux et illusoire, est précisément ce ipii a causé toutes les erreurs, toutes les confusions que nous nous allaclions à com- battre. On traiterait les deux sangs par l'alcool , selon le procédé que nous avons fait connaître, el ipii a pour résultat de précipiter l'albuminose, et par conséquent de laisser le sucre accessible au réactif cnpro-potassicpie qui sert à déceler sa présence. Le sous- acétate de plomb précipitant plus com|ilélement que l'alcool les matières albuminoïdes, il serait encore préférable d'étendre le sang délîbrini' de deux fois son poids d'eau, de le coaguler par l'ébuUi- lion et de précipiter le liquide clair par le sous-acétate de plomb. L'excès t\\\ sel de plomb étant prt'cipilc par un peu de caibonalc de soude, on ccmslalciail alors, sans la muindrc peine, à l'aidf! de la liqnriii' rn|ini-piihissiipir , rcxislciirr iluii principe suci'é daus le ^;in;; dr hi vcioc pmlc PUBLICATIONS NOUVELLES. l'ibncia Entnmoingia. — Recueil d'ohservalions nouvelles sur les Insectes, MoïKxjraphics , descriptions d'espèces nouvelles, etc., par H. Jekel, in-8. Paris, lS5i, 1" partie. L auteur de ce recueil, afin d'éviter les frais de typographie , et de pouvoir faire à très bon marclié une publication qui ne s'adresse qu'à un petit nombre de lecteurs , a adopté le procédé de l'autograpliie lypomorplie , et en a obtenu de très bons résultats. La première livraison se compose principalement d'un tra- vail sur le genre Lordops , de la famille des Curculionides. Histoire naturelle des Mammifères , avec rindication de leurs mœurs, et de leurs rapports avec les arts, le coiimierce et l'agriculture, par M. Paul Gervais, professeur de zoologie et d'anatomie comparée à la Faculté des sciences de Montpellier. Le, tome I"qui vient de paraître comprend les Mammifères à placenta disco'ide; de nombreuses figure intercalées dans le texte et des planches zoologiques et ostéologiques accompagnent cet ouvrage. Le second volume est sous presse. Description des fossiles des terrains secondaires de la province de Luxembourg , par MM. Chapuis et. Dewalque; 1 vol. in-î. Bruxelles, 1853. Ce travad, couronné par l'Académie de Bruxelles en 1831 , a été fait avec beaucoup de soin. Il est accompagné de 32 planches, et sera très utile aux pa- léontologistes. Sur des M ammifères nouveaux et remarquables du musée de Berlin, par MM. H. Lichtensotein et W. Peters ; in-4, 1855. Ce Mémoire se compose de trois parties ; la première est relative au genre Centurin , établi par M. Gray, et il la description d'une nouvelle espèce de Chauve Souris appartenant ii cette division, et provenant de Cuba. Dans la seconde jiartie, les auteurs établissent, sous le nom de lliinitictcris. un genre nouveau, d'a- près une autre espèce de la même famille de Mammifères provenant de l'Amé- rique centrale. Enfin, dans la troisième partie, on trouve la description dune nou- velle espèce d'antilope {A. leucotes) propre à l'Afrique orientale. Ce Mémoire est accompagné de trois planches. Traité de paléontologie . ou Histoire naturelle des animaux fossiles, par M. PicTET, 2' édition. Le troisième volume de cet ouvrage vient de paraître; il est consacré à l'his- toire des Mollusques fossiles et est accompagné de nombreuses planches. Diptères exotiques nouveaux ou peu connus, par M. Macquart, 1855. Ce volume forme le cinquième supplément de l'onvrage de M. Macquart , sur les Diptères exotiques; de même que les précédents, il est tiré des Mémoires de la Sociélé lies sciences de Lille et accompagné de plusieurs planches. La plupart des espèces nouvelles qui y sont décrites font partie de la collection entomolo- gique de M. Bigot. kp:{:herchks L'ANAT0:MIE des organes REPROmCTElRS ET SUR LE DÉVELOPPEMKST DES MYRIAPODES, Par n. FABRK, l'iofisseur an l.jrée il'Avifrnon. Tantôt rapprochés des Annélides, lanlùt du placentaire, et ratlaclK'c à ce dernier par un pédicelle très court. Avant la rupture de ces capsules, les deux cordons chargés d'ovules, quoique très rapprochés, ne sont pas moins nettement distincts l'un de l'autre. Le sac qui les envelo|ipe est en onire afi'a ssé, presque invisible , et l'on a sous les yeux un organe» double. Mais, à mesure que leur contenu est mùr, les capsules ovarieimes se rompent , et les ovules , deveiuis libres , s'entassent peu à peu dans le sac qu'ils finissent par distendre. A cette période, l'organe reproducteur a tout à fait l'aspect d'un organe impair. En crevant alors sa paroi dorsale, les ovules s'en échappent, et les deux placen- taires apparaissent de nouveau à nu, mais a|)pauvris. C'e&l probablemenl à ce double aspeci du sac ovarique , suivant qu'on l'examine plein d'ovules mûrs, ou (|u'on l'étudié à l'époque où ('('S ovule< sont encore altarliés aux placentaires, ces! à cette dduhie appareiwe (pi'ii l'aul alli ibiicr la divei'gence d'o|)inion parmi les auteurs ipii se sont occupés de l'anatomie des Chilognathes. 31. Treviranusi 1 , a \u lui ovaire doublcclicï les Iules; iM. lîrandt("2i (1) Verm. Schrifl. (2) Miiller's Archiv., 4S37. DES ORGANES REPRODUCTEURS DES MYRIAPODES. 259 chez les Glomeris; M. Sloiii il) clirz ces deux mciiies genres; M. Duvernoy (2) chez Vlulus maximus. Pour M. Newporl (3) l'ovaire des Iules esl siuiple, et M. Sichold^^/j) partage c.itte manière de voir. Les premiers ont évidemment appelé ovaires les organes que j'ai désignés jusqu'ici par le nom de placentaires , en les assi- milant aux placentaires des végétau.\; les seconds ont voulu parier du sac ovariquc considéré dans son ensemble. Faut-il appeler ovaire cet a|)pareil miilliple? Je ue le pense |ias. Le nom d'ovaire doit être réservé à l'organe où s'élabore lovidc , et non à celui qui le reçoit après la rupluie de la capsule ovarienne, et le garde en dépôt jusipi'au moment de la ponte. Si les deu.v placentaires, au lieu d'être enveloppes dans un sac ovarique commun, avaient cha- cun Icui' sac spécial, ne dirait-on pas (pie l'ovaire est double? Ce dédoublement a lieu chez le Craspsdusoma polydesmoides {i\g. 2). Deux sacs ovariques, indépendants entre eux et parallèles, s'éten- dent d'un bout à l'autre du corps, séparés par un intervalle assez considérable. Ils ne se réunissent qu'à une petite distance des vulves pour se séparer de n(juveau, et l'ormer chacim un oviducte correspondant. Cbaipie sac ne reurern)e ipj'un seul cordon cliargé d'ovules, c'est-à-dire (pi'un si'ul placentaire, (|u"uu seul ovaii'c. — Il me parait donc rationnel de réserver le nom d'ovaires aux deux stroma ovuligènes, aux deux organes que j'ai appelés provisoire- ment placentaires. Le sa(^ tantôt simple, tautùl double, (pii l(;s en- veloppe de toutes parts, et (|ui l'orme un réceptacle |)ourles ovules el la première partie de leur canal vecteur, rappelle les trompes des animaux su|iérieuis, comme les deux |ilacentaircs en rappellent les ovaires. Je conlimierai à le désigner par le nom de sac ovarique. Ainsi l'ovaire des Cliilognathes est double, comme l'ont vu MM. Treviraims, Brandi, Stein, Duvernoy ; mais tant;')l les deux ovaires sont enveloppés dans un sac ovarii|ue commun [P.ilyxenus, Glomeris^ lulus, l'olijdesinasi, tuntol chacu.i esl revêtu d'un sac ovarique particulier [Craspedosoma). (1) Muller's ArcUiv.. 1842. (2) Cuvier, Anat. comp., 2' édil . t. VIII. (3) Philos. Irans lij Aiiat. comf1. 260 FABRE. — ANATOMIE Dans le sac ovaririiic oomiiiun aux deux ovaires, on pourrait s'attendri' à trouver une cloison médiane, ilivisaiil sa cavilé en deux loges. Yainenieiit j'ai clierclié celte cloison dans les divers genres qui présentent celle organisation, .le me suis convaincu rpi'elle n'existe poinl. Les deux ovaires, ai-je dil , n'occupent qu'une porlion plus ou moins longue du sacovarique. La parlic aulcricure de ce sac, ré- duite ainsi à ses propres parois, se rétrécit gi'aduellcment, et ne tarde pas à se diviser en deux ovidnctes fort courts qui divergent dès leur origine, se courbeni en formant en.'^emlilenn demi-cercle, et se rendent directement, sans aucune flcxuosité, chacun à l'ori- fice génital du même côté. Leurs parois sont assez fermes, opaques et d'un blanc opalin. Réceptacles séminaux. — Les Glomeris, lulus, Polydesmus, n'ont point (le réceptacles séminaux. M. Siein signale cependant dansles Iules deux courts cœcums ou deux petites glandes, dont l'une se dilate en vésicule à son cxliémité , cl (pii aboutissent dans lavu ve par un orifice commun. J'ai trouvé, en effet , dans l'épaisseur des vulves de Vlulusalerrimus (1) et du Polydesmus complanatus, des cœcums, mais si petits, qu'il n'est guère croyable que ce soient des réservoirs où s'amasse le sperme. Ces organes me paraissent avoir une antre destination sur lacpielle je reviendrai bientôt. Les seuls (il N'ayant pu reconnaître dans les auteurs l'Iule que j'ai choisi pour mes reclierches, comme étant le plus gros el le plus abondant de ces contrées, je le désignerai sous le nom d'iuliisaterrimus. En voici la description : /. aierrimus, lisse, luisant, d'un noir profond: segments au nombre de 47 il 52 , ornés de stries longitudinales fines et serrées, et bordés postérieurement d'un élroit liséré cendré. Tête, antennes et segment anal entièrement noirs : ce dernier terminé par une pointe aiguë ; pattes hyalines , un peu brunes à leur extrémité. Long., de 40 à 50 millim. Les jeunes ont de chaque côté une raie noire formée par une série de gros points noirs, correspondant aux pores par où suinte l'humeur rousse à odeur de chlore qu'ils rejettent pour leur défense, et sur le dos une large bande pâle. Cette ps|!èce est très abondante sur les collines boisées des environs d'Avi- gnon. Les détritus de leuilles mortes , dans les fourrés de Cliéne vert, ou de Chêne au kermès, sont sa demeuie habituelle. Je l'ai enraiement trouvée it Ajaccio. DES OKGANES HEI'ROULCTEURS DES MYRIAPODES. 261 Chilopnallies clioz lpsr|iiols j'oie observé de véritables réservoirs spcrnialiiines sont le C'raspedosoma polydesmoides el \l' Polyxenus lagurus. Chez le Craspedosoma (tin. -2), les réceptacles séiiiinaux stuit au nombre de deux, et insérés cliaeun sur l'oviducte correspondant , à peu de distance des vulves. Chaque réservoir forme un boyau cyliudrii|iie doublé eu boucle, dont les deux branches sont conli- gucs. Leurs extrémités s'atténuent fzraduellement et se rattachent ensemble à l'oviducte, ((ui, dans la région de cette confluence, est hérissé à l'extérieur de piquants très courts . microscopiques. En juin, ('poquc de l'unique observation que j'aie pu faire sur le Cras- pedosoma adulte , à cause de sa rareté dans ces contrées , les ré- servoirs spcrmatiques étaient remplis de spermatozoïdes capillaires très longs, et formant un feutre inextricable. Je n'ai également trouviî qu'un petit nombre de Poiyxenus adultes. Cette rareté , et surtout la difficulté de bien voir l'organi- sation d'animaux si petits, ne me permettent pas des détails bien circonstanciés. Cependant j'ai pu m'assmrr de l'existence au moins d'un réceptacle séminal. En comprimant sur le porte-objet une femelle dont le sac ovarique était gonilc' d'ovules mûrs, j'ai aperçu- dans le voisinage des vulves ime vésicule ovalaire , transparente , dans laquelle tourbillonnaient des spermatozoïdes ca|iillaires comme ceux des Chilopodes. Chaque filament spermati(jue se terminait par un renfiement iiii-iforme , transparent , d'ime grosseur démesurée relativement au diamèlrc i\{\ tilament. Les spermatozoïdes, plu- sieurs fois repliés aiiLiuleusement, l'ormairnl lui jiolygone étoile irrégulier qui paraissait tourner ia|iidt'ment sur lui-même en lon- geant les parois du réceptacle sé'uiina!. Celle rotation est illusoire , et produite par une vive tn'pidalion des lilauicnts spcrmatiques; car, malgré le mouvement très rapide de rotalion du polygone, les renilements terminaux des s[icrmat()zuïdes exécutent, sans se dé- placer, de simplesoscillations. Vainement j'ai cbercbéune seconde vésicule pareille. Serait-ce un organe im|)air.' Voilà donc deux Cliilognathes munis de réceptacles terminaux ; et , chose remarquable, dans ces ileux genres les spermatozoïdes sont capillaires connue chez les Chilopodes, tandis que chez les 262 FABRE. — ANATOMIE Iules, Polydesmes , Glonieris, les spermatozoïdes ont la forme de cellules sans appendiGes et sans mouvement. Vulves. — L'orifice génital l'emelle des Cliilognalhes a été placé, par qiiel(|ues auteurs, à la partie postérieure du corps. C'est ce que 3I1M. Treviranuset IJrandtont l'ait pour les Iules et les Glonieris. 11 est vrai que M. Brandt a reconnu plus tard l'erreur où il était tombé au sujet des (Jlcmeris (1). Latreille avait déjà cependant reconnu sa véritable position chez les Pobjdcsmus [% , et, dans le Règne animal, il place, d'une manière générale pour tous les Chilognalhes, cet orifice sous le troisième anneau (?>). M. Savi avait également, chez les Iules, trouvé la vraie position de l'orifice sexuel femelle (4). ]\Ies propres reclierches m'ont appris que cequ'on avait reconnu chez les Glnmeris, Iiihis et Poljidesmus a également lieu chez les Craspeclusoma et les Poly.vmiis. Ainsi pour ces cinq genres, et probai)lenieiit alors pour tous les Chilognallies, les vulves sont au nombre de deux , et se trouvent à la partie antérieure du corps , immédiatement en arrière de la seconde paire de pattes La dispo- sition de cet appareil peut se ramener à deux types : le premier est commun aux Iulines; le second appartient aux Glonieris et Polyxenus. PBEHIEn TYPE. Pohjdesmus compianatus. Le premier segment ou .segment clypéal, un peu plus large que les suivants, est incomplet; il maiiipie d'arceau ventral. Néanmoins il recouvre la première paire de pattes. Les deux anneaux suivants sont complets; ils ne parlent pas cependant de pattes à leur arceau ventral. C'est entre ces deux anneaux que se trouvent les vulves et deux pattes (jui rne paraissent jouer un rôle dans l'accouplement et pendant la ponte, et que j'appellerai pâlies génitales. Le qua- trième anneau est complet, et muni d'ime seule paire de pattes; les suivants sont aussi tous complets et munis de deux paires de (1) Kecueils de mémoires relatifs à l'ordre des Insecles myriapodes, 1841. (2) Hist. nul. des Fourmis. (3) Cuvier, Rèijne animal. (4) Isis. 182.S. DES ORGANES REPRODUCTEURS DES MYRIAPODES. 26S pattes, à l'exception de l'avant-tlcniiL'rel deraimeau anal, (|ui sont apodes- Le second anneau est apode, et écliancré à son l)ord poslérieur. Le troisième présente à son bord anlérieur une éciianciiu-e corres- pondante plus iar^'e, (|ui, par sa réiuiion l'ace à l'ace avec la pre- mière, circonscrit une cavité ovalaire et transversale. C'est au fond de celle l'ossetle que sont logées les vulves, en même temps que la parlie hasiiaire des pâlies de la seconde paire ou des pattes géni- tales. Ces dernières sont de même l'orme que les pâlies ordinaires, mais un peu plus griMes. I es vulves sont accolées à leur base , inniiédialemenl en arrière. Pour peu i|uc l'animal seconiraclc, les deux lèvres de la fossette génitale se rapprochent, et cachent com- plélemenl les vulves, en ne laissanl (lu'inie étrnilc fen(c pour l'issue des pâlies qui les accompagnent. En oulre, une légère nioditicalion de ces pâlies et du Iroisième anneau permet de rendre plus efficaces les fondions proleclrices de cet appareil. En effel, l'arlide basilaire des pâlies porte un petit tidjci-.'ule dirigé d'avant en arrière. Le bord écliancré du Iroisième anneau est muni de deux dénis saillantes qui laissent entre elles un vide sur la ligne médiane. Lorsque les pattes génitales s'infl'cliisseni lé..;èremenl en arrière, leurs tubercules basilaires s'engagent entre ces deux dents , et la l'osselle occupée par les vulves se trouve ainsi hermélii|uruicut close. Pour voii' les vulves il faut disleiidre l'animal, cl faire bâiller la l'osselle génilale. (Jii aperçoit alors, de chaque cùlé et au fond de la fossette, un corps jaunâtre en forme de conoide tronqué lig. 3 . L'animal peut à volonté les faire saillir hors de la l'osselle, ou le» retirer dans sa profondeur Leurs parois sont revêtues d'une lame cornée fort iiiincc^ ambrée et hérissée de poils. Au microscope on voit dans leur épaisseur un vaisseau 1res étroit serpentant d'un bout »à l'autre de la vulve, et débouchant à son orifice. Ce vaisseau est évidemment trop exigu pour être legaidé comme un réservoir spermatique. Sa posilion et sou mode de terminaison me font croire que c'est une glande destinée à déverser à l'orilice génital une humeur apte à faciliter l'accès de la machine compliquée que nous 2()4 FABRE. — VNATOMIt; liiliis aterrimus. La disposition de ses vulves est à peu près la même. Le premier anneau est beaucoup plus grand que les suivants, et largement échancré à la l'ace ventrale. Dans cette échancrure se trouve la pre- mière paire de pattes. Le second anneau est également incomplet, mais son écliancrure est étroite; le Iroisième est complet et apode ; le quatrième, complet et mimi d'une paire de pattes ; les suivants, complets et munis de deux paires de pattes , excepté le pénultième et l'anal. C'est entre le second et le Iroisième que se trouve la fos- sette qui loge les vulves, et du tond de la(|uelle s'élèvent les pattes de seconde paire. Ces pattes génitales n'offrent rien de parliculier. La fossette génitale se ferme [lar la contraction de l'animal ; mais l'occlusion consisie en un simple rapprochement des deux lèvres. Les deux vulves sont, comme précédemment, logées au fond de la fossette, une de chaque côté; leur orilice est percé obliquement au sommet, et bordé de deux lèvres roussàtres (tig. 4). Le microscope l'ait découvrir dans leur épaisseur une sorte d'ampoule formée de deux loges communiquant par un goulot large et court. La loge inférieure est ovo'ide et diaphane, la supérieure cono'ide el jaunâtre. Celle-ci se termine par un coui't déférent , qui aboutit à l'oritice vulvaire. Ces ampoules sont les analogues des vaisseaux sinueux des Polydesmes, el je leur attribue les mêmes fonctions. Cra:^pt;dosQma potydesmuïdes. Le premier anneau, incomplet en dessous, porte un paire de pattes dans sa large cchanerm-e ; le second est complet et apode ; le troisième est complet et muni dune paire de pâlies; il en est de même du quatrième et du cinquième ; le sixième et les suivants ont deux paires (le pâlies, cxcepti- les deux (ierniers qui sont apodes. La fossette génitale est toujours placée entre le deuxième et le Iroi- sième anneau. Du fond de cette fossette s'élèvent les pattes géni- tales en forme de petits crocs rccourb(''s qui paraissent improjtres à la locomotion, et diffèrent notablement des pattes ordinaires. Je regrette vivement, préoceu|ié que j'étais de l'organisation interne, d'avoir négligé l'exauien plus aiipi-nfnndides parties externes dans DES 011(;A>ES KEPRODl CTEL Kb DES JIVKIVI'ODES. 265 le seul individu que j'aie pu observer, et de ne pas trouver dans mes notes quelques détails sur les vulves. DEUXIÈME lïPE. Glomeris marginala. Les vulves sont à nu , et ne peuvent s'abriter dans une fossette génitale. Elles se nionlient inunédiatenieni en arrière et à la base de la seconde paire de pattes , sous forme de pelils mamelons distincts, mais très rap|)rocbés de l'article basilaire de ces pattes. Elles sont légèrement (lig. 1) prismalicpies , à trois angles énious- sés. Leur surface est couverte de nombreuses ponctuations micros- copiques, et leur orifice est bordé de quebpics cils roides. Dans leur épaisseur, on ne trouve rien qui rappelle l'ampoule et le vaisseau sinueux précédents. Polijxenus lagurus. Les vulves se montrent encore' à la base des pattes de seconde paire, sous forme de deux petits mamelons portant un léger sillon transverse à leur extrémité. Ce que je viens de dire des Glumeris s'applique ici mot pour mot. § II. Organes mâles. Polydesmus complanatm. La glande spermagène est formée de deux brandies longitudi- nales, cylindriques , réunies de distance en distance par des tubes fransverses, de manière à figurer une éelielle qui commence dans l'avant-dernier segment et se prolonge jusque vers le septième. J'ai compté tantôt treize, tantôt quatorze mailles dans cette échelle testiculaire. Klles sont rectangulaires , un peu plus longues que larges, et généralement égales, (^liacunc porte bilatéralement et à l'extérieur une vésicule arrondie de même nature que le reste de l'échelle , et attachée à la branche longitudinale par un pédicule très court. Dans sa partie supi'rieure , environ vers le septième an- neau, la glande spcrniagèue perd ses tubes transverses et en même temps ses vésicules latérales ; tandis que les deux tubes longiludi- 266 FABRE. ANATOMIE naiix se prolongent |),nnill(''les l'ini à l'aiilre, puis se séparent de nouveau pour lormor (\cu\ canaux éjaculaleurs l'orl coiu'ts et légè- rement renflés, (pii viennent aboutir eliacun à un orifice perforé dans l'arlicle Imsilaire de la palle génitale correspondante fllg. 5). Il est renijr.]iiaMe q;ie ces pâlies génitales soient , comme dans la femelle, celles de la seconde [laire. Elles sont portées par le troi- sième segment. Le premier segment porte la première paire, et le second est apode. Itthi.t alerrimus. Le mâle se dislingue an premier abord de la femelle par sa taille bien moindre. Les Icsiicules (fig. G) se composent encore de deux branches longitudinales reliées par des échelons traiisvcrses. La partie la plus reculée est la plus large, et porte de chaque côté une série de vésicules, au nombre de sept ou huit. Dès que celle série de vésicules cesse, les deux l)ranclies longitudinales se rapprochent peu à peu, et rinlervalle qui les sépare devient enfin insensible. Cependant elles sont toujours reliées, de dislance en dislance, par des échelons Iransverses qui diminuent graduellement de longueur, et finissent par s'évanouir ; alors les deux canaux longitudinaux marchent côte à cèle, puis se scfiarent pour se rendre chacun à l'orifice génital corres|iondanl. Ces deux orifices sont, comme les vulves, placés au fond d'une Ibssellc située entre le second et le troisième segment. L'extrémité des déférents ne se termine pas, comme chez li's Polydesmes , dans l'arlicle basilairc des pattes de seconde paire , mais dans deux mamelons particuliers placés en arrière de ces pattes, dansla fossette dontje viens de parler ; chaque mamelon a la forme d'un court cylindre surmonté d'un petit cône aigu. L'animal peut les rentrer an fond de la fossette génitale, ou les laisser légèrement siillir au dehors. Lorsqu'ils sont rétractés, il est difficile de les apercevoir. Je ne connais pas l'organe mâle des Craspedosoma. Glomeris murginata. La structure de la glande spermagène me parait avoir mis en défaut l'habileté des auteurs qui se soni occupés de l'analomie des Glomeris. M. Brandt décrivit d'abord comme ovaires , ce «ju'il DES ORGANES REPRODl'CTEt'RS DES MYRIAPODES. 267 reronmil plus Uird être deux lesliciiles. Pour M. Sloin, les Glome- ris possèdenl deux lidjes teslicuhiiies , iiyyloiiK'riilidiis dislincles et allongées de vésicules spliéi'i(|iies soudées ensemble. Un examen niiniilieux et plusieurs l'ois i-ép(''lé ne m'a rien monirc de binaire dans la glande spermagène du (jlumcn's marginnta. Elle se com- pose (lig. 7) d'un sac impair, éiendu d'un boni à Tanlre du corps, et portant de chaque coté, dans sa moitié posléiieure, une trentaine de vésieides spbériqnes ou iiiriformes, rpii, pressées à la llle les unes des autres, n'adiièrent pourtant pas entre elles, maiscommu- nif|uent par un très court pédicule avec le canal médian ou sac commun. Ce sac s'atténue peu à peu en avant, et se divise enfui en deux courts délérenls coiu-bés en arc, ()ui se terminent dans deux mamelons placés à l'aisselle des pattes de la seconde paire. Le mâle ressemble à la femelle par sacoloralion, |iar ses plai|ues dorsales au nombre fie douze, comme chez la première; mais il en diffère par une (aille beaucoup plus petite : car, roulé en boule, il n'a que 5 millimèlres enviidu de diamèlre , landis que la femelle en a 9. Il en diffère surtout par ses pâlies, au nombre de dix- neuf paires ; chez la femelle, il n'y en a que dix-sept paires. Les dix-sept premières paires du mâle sont pareilles à celles de la femelle; celles de la dix-huitième paire sont firèles et courtes; enlln celles de la dix-neuvième paire sont courtes, mais très fortes, et d'une siruclure différente des autres. J'ignore le rôle qu'elles peuvent remplir dans l'accouplement , si toutefois elles sont desti- nées à un pareil usage. M. Paul (Servais, qui en a donné une figure (1), les appelle fnrcipules copulatrices. 11 est vrai qu'il place l'orifice des organes génitaux à l'exlrcuiil('' postérieure du corps. Ces pattes servent peut-ètreau nijle poiu' façonner les boulettes de terre où les œufs sont renfermés un à un après la ponte. Polijxmus kigiirus. Il n'y a enc(M'e ici (pi'un lidje tesliculaire , vésiculeux sur les côtés dans .sa moitié postérieure, lisse dans sa moitié antérieure. FI se partage en avant en deux courts déférents,qui se rendent chacun H) Ann des se. not., 3' série, t. 11. 268 FABRE. — ANATOMIE dans l'un des deux pénis. Ces organes sont placés à l'aisselle des pâlies de la seconde |uiire, e( i'ormeni la partie la plus remarquable de tout l'appareil. Ils consistent en deu.x appendices coniques, aigus, très longs et très gros, relativement à l'exiguïté de l'animal. Leur longueur dépasse celle des pattes , et leur largeur mesure de trois à quatre fois la largeur de leur plus gros article. L'animal ne peut pas les rétracter; aussi, ])our ne pas être embarrassé dans sa marche par cet énorme appareil copulateur, il replie ses pénis d'avant en arrière entre les pattes de la troisième paire. H peut, à volonté, les redi'esser perpendiculairement au plan de sa l'ace ven- trale, qui parait alors armée de deux pointes menaçantes. Ces deux pointes coniques t'ont au premier aspect reconnaître le mâle, qui, extérieurement, n'est différencié de la femelle par aucun autre caractère. On ne retrouve plus ici les deux paires de pattes supplé- mentaires des Glomeris mâles. Les deux sexes en ont également treize paires. Spermatozoïdes On n'avait encore reconnu chez les Chilognathes que des Sper- matozoïdes rappelant ceux des Crustacés décapodes, c'est-à-dire privés de mouvement et de forme cellulaire. Ce caractère, basé sur l'observation du [irodiiit des testicules chez les Iulus,Polydesmus, Glomeris, est incomplet, puisque nous avons déjà reconnu des Spermatozoïdes capillaires dans les réceptacles séminaux des Craspedosoina et des Poly.venus, cl même des Spermatozoïdes très mobiles dans ce dernier genre. C'est vers la lin d'octobi'c ipie j'ai fait mes observations sur les PoUjxenus. Après avoir constaté, chez les femelles, la présence d'un réservoir spermatirpie où tourbillonnaient très vivement des spermatozoïdes, j'ai procédé à l'examen des mâles, croyant bien trouver dans Jeur appareil reproducteur les mêmes spermato- zo'ides ; mais je n'ai pu y en découvrir un seul. Le tube testiculaire rompu sur le porte-objet a laissé écouler un torrent de menus cor- puscules hyalins, en partie libres, en partie agglomérés en flocons. Dépouillés d'une couche protectrice l'ormée par ces corpuscules , les flocons se résolvent en aulant de grandes vésicules dia|ibanes. DES ORGANES REPRODIJCTELIRS UES MYRIAPODES. 269 réniformes, et renfermant cliacune un filament opaque enforlillé; c'est .sans aucun doute le spei-matozoïde capillaire que j'ai vu dans le réceptacle séminal. Vainement j'ai poursuivi ces vésicules jus- qu'à l'orif^ine des |iéuis, je n'ai pu en Irouver une seule rompue dans les divers mâles que j'ai examinés. Le sperme est donc éjaculé sous cette forme, et c'est dans le réccplacle .séminal de la femelle que le spermatozoïde sort de sa cellule en y laissant cependant son exlrémité engagée, ce (|ui explique le renllemenl énorme cl hyalin qui termine le filament spermalique dans le réceptacle séminal. Je n'ai pu observer de Craspedosoma màle adulte , et j'ignore si les spermalozoïdes capillaires que j'ai trouvés dans les réservoirs de la femelle y arrivent sous cette forme, ou encore renfermés dans leur cellule mère. Chez les 6' /orner/*, j'ai vu, comme ^M. Stcin, des spermatozoïdes cellulaires, fusiformes. Pèle-mèle avec ces corpuscules se trou- vent des vésicules sphéroïdes, hyalines, de dimensions nn peu plus grandes. (Jhez le Poh/desmus complanalus je n'ai trouvé que de menus corpuscides anguleux, sans foime délerminée , réunis plu- sieurs ensemhle en |>('liles pelotes inameloimées. Enfin chez VIulus aterrimiis , je n'ai vu que des corpuscules arrondis, trans- parents. § m. .\ppareil copulateur el accouplement., La partie la plus remarquable de l'appareil génital màle des Iulines est, sans aucun doute, l'organe coni|iliqué qu'on trouve à la face abdominale, entre le sixième et le septième segment, organe qui , d'api'ès mes recherches, constitue un appareil copulateur et fournit un troisième exemple du mode bizarre de fécondation reconnu chez les Aranéides et chez les Libellulides. Polydesmus complanalus. C'est le septième segment qui porte les organes copnlateurs, en même temps qu'une paire de pâlies. Les deux segments (|ui pré- cèdent, et tous ceux ijni suivent, ont deux paires de pattes; chez la femelle, ce seplième segment en a également deux paires. Les organes copulaleurs soni dmic Inrmés aux dépens de sa première 270 FABBB. ANATOMIE paire de pattes. Son arceau ventral est prolbnclérncnt excavé au bord antérieur , et creusé dans celte écliancrure de deux fossettes longitudinales où se logent les organes copulateurs, en s'y cou- chant d'arrière en avant, lorsque l'animal ne s'en sert yias. Les bords latéraux de récliancrure sont surmontés chacun d'un tuber- cule saillant qui protège tout l'appareil, en même temps qu'il porte à sa face interne la hase de l'organe copulateur du même côté. Cet organe (iig. 8j est d'un jaune ambré, et se compose, dans sa partie supérieure ou libre, de deux iiranclies. La branche externe est la plus longue, et se termine par nu afipendice figurant un long cro- chet. La seconde branche, ou l'intérieure, se rentle dans sa partie moyenne en une vésicule diaphane , et se termine |;ar une pointe aiguë formant une pince avec une dent correspondante de la branche opposée. Un peu au-dessous du sommet, celle pointe porte un tout petit faisceau très touffu de cils , au centre desquels se trouve un pore microseopi(|ue. Les deux branches, dans leur partie inférieure, se réunissent en un tronc commun, qui se renfle à sa base en un genou hérissé de cils roides et longs. Un peu en avant de l'or^jane copulateur, on voit, sur le flanc de la fossette qui le loge, un appendice en forme de petit crochet qui [)araît avoir pour usage de saisir cet organe, et de le mainlenir en place couché dans sa fossette. liilus alerrimus. La complication est encore ici plus grande. Le septième segment est apode ; c'est donc aux dé[ieus de ses deux paires de pattes qu'est formé l'appareil copulateur. Cependant ce n'est pas l'arceau abdo- minal de ce segment qui porte ces organes ; ils sont logés dans une large fossette ovalaire placée entre le sixième et le septième seg- ment. On trouve, en avant, dans la fossetle, deux petiies lames hyalines, planes, un peu recourbées en croissant, et placées côte à côte. Elles peuvent rentrer presque entièrement dans la fossette ou s'avancer légèrement au dehors. Leur fonction est , sans doute, de clore la fossette et de protéger les organes copulateurs. Ceux-ci j de couleur ambrée, se trouvent immédiatement en arrière des deux lames protectrices, et se composent chacun d'un corps principal DES ORGANES KEPK0DUCTEL1RS DES MYRIAPODES. 271 irrégiilicrpmonl conoïde , [)orlaiit un coiirl appondice lllilbrme à l'exlrémité. En doliors, oe cnriis conoïde osl iirnié de denx anlres appendices grêles, allongés, dont l'ini «e lerniine par un petit renflement. Ci'aspptlQSonui polijdesmoldes. Bien que n'ayant jamais eu roccasion d'examiner un niàlc adulte, je crois cependant pouvoir déduire l'existence , chez celle espèce , d'un organe copnlalmu' pareil aux précédents, non-sculcnient des analogies de l'orme avec les Polydesmi^s, mais encore d'une obser- vation faite sur deux jeunes n'ayant encore que 28 segments, tandis que les adultes en ont 57. Chez CCS jeunes j'ai trouvé une seule paire de jiattes à chacun des quatre premiers segments, deux paires au cinquième, une paire au sixième ainsi ([u'an septième, puis deux paues à tous les suivants Ces jeunes devaient être des mâles, puisi|uela l'cmelle a deux paires de pattes au sixième et au septième segment. Celte intercalation de deux segments à deux pattes entre des segments à (pialre pattes raiipelle ce qui a lieu pour le septième anneau des Polydcsmes. Sur l'un des deux, |ieul-ètre même sur Ions les deux , devaienl donc plus tard se développer des oigancs copnlaleurs , ainsi que cela arrive chez les Polydcsmes, tpii n'acquièrent leurs organes copu- latcurs que lors(pi ils ont atteint leur C( rnplet développement. Après m'être assuré , à diverses reprises , qu'il n'existe au- cune communication , ch.'z les Iules couune chez les Polydcsmes , entre la glande spei-magèue et l'appareil que je viens de décrire ; après m'être convaincu que les dérérents déversent uniquement le produit des testicides par les orihces situés à la hase de la seconde paire de pattes, et non , comme le dit M. Duvernoy (Ij au sujet de Vlulm maximus, par des orifices |)eiforés dans l'appareil placé entre le sixième segment et le septième, j'ai cependant regardé longtemps cet appareil comme servant simplement à un [irélude destiné à exciter les désirs sexuels, pn'liide ipn devait être suivi du véritable accouplemenl par le rapprochement des ouvertures gé- niti.les placées chez les denx sexes dans la même région. Pour me (<) Cuvier, Anat. cump., 2' édil., t. VUl. "21-2 FABRE. AHATOMIK rendre témoin de cet accouplenieiit, j'ai gardé en eaptivité des cen- taines d'Iules et de Polydesmes , et j'ai assidûment suivi leuis actes, surtout dans le mois de septembre, époque de leurs amours. A celte époque , dès que j'ouvrais le vase où je tenais mes prison- niers avec du terreau ou du sable et de la mousse légèrement humide, je ne tardais pas à voir les mâles se mettre à la recherche des femelles. A l'ouverture du vase aucun accouplement n'avait encore lieu; mais dès (jue la lumière y pénétrait, surtout un rayon de soleil dont je modérais l'éclat par un rideau, les couples se for- maient rapidement, et dans peu de temps j'en comptais un grand nombre étendus sur le flanc, et complètement immobiles. Après plusieurs tentatives infructueuses du mâle pour gravir sur le dos de la femelle , il y parvient enfin , et la saisit à la nuque avec ses mâchoires. Il se renverse ensuite , se laisse glisser de manière à se mettre ventre à ventre avec elle. — Dans celte position , il dépasse un peu en avant la femelle ; sa bouche est appliquée sur la nuque de celle-ci, tandisque la femelle .saisit le col du mâle avec ses mâchoires. L'intervalle entre le sixième segment et le septième du mâle se distend alors, se gonfle, laisse saillir l'appareil qu'il renferme, et se place en face des vulves qui reçoivent enfin cet appareil. Pendant cet acte, toute la partie postérieure du corps, dans l'un et l'autre sexe, est dans une com- plète immobilité ; les pattes surtout sont remarquables par leur fi.xilé. Mais les antennes et les pattes voisines des organes génitaux sont, au contraire, dans un mouvement continuel, qui ne permet guère de se méprendre sur l'importance de l'acte qui s'accomplit. On peut très bien alors observer le couple, le manier même, sans qu'il y ait séparation. Au bout d'un quart d'heure environ, cette séparation a lieu. De même que ciiez les Aranéides, ce rapproche- ment a lieu plusieurs fois à des intervalles fort rapprochés. Peu après la séparation, le mâle se met à la recherche d'une autre femelle , en même temps que sa première compagne est loin d'être insensible aux caresses d'un second mâle. Ceci se répète presque pendant tout le mois de septembre, ce qui doit porter bien haut le nombre des acconplemenls. A plusieurs reprises, j'ai eu la patience de tenir constamment le regard anné d'une loupe sur deux indivi- DES ORGANES REPRODUCTEURS DES MYKIAIMJDES. 273 dus accoendant reconnu 13 paires aux adultes, tant mâles que femelles. DEUXIÈME PARTIE. CHILOPODES. CHAPITRE PREMIER. 0R(, ANLS DE LA GÊNÉRATIOS. § I". Organes femelles. Ovaire. — Mes recherches embrassent les genres Lithohius, Scutigera, Salopendm, Cnjplops e\ Geopliiliis. Dans tous, l'or- gane i)n''parateurelé,iiii':ileurdisovnles forme un long sac impair, s'élendaut de l'extrcmilé postérieure du corps jusque vers l'origine des glandes salivaires et vénénitiques. Cet organe est placé à la partie dorsale, au-dessus du tube digestif; tandis que, chez les Cliiiognatlies, il est situé au-dessous de ce tuite. Le sac ovarique est plongé dans ilu tissu adijieux de forme variable, et se trouve maintenu en place par de nomlircux ramuseules trachéens qui se ré[)andent dans ré|iaisseur de sa paroi inf('i'ieurc. En l'ouvrant loiigitudinalement, on recciuiait que les ovules ne se développent que sur celte paroi oc( iip('i' par un stroma unique ou placentaire, i 286 F«BBE. ANATOMIE qui s'étend presque d'un buul à l'iuilrc du sae (fig. 9). Comme chez les(riiilof;uallies, les ovules sont enfermés chacun dans une capsule ovarlipie , rallaeliée au placentaire par un très court pédicule, lis sont fort inégalement développés d'un bout à l'autre du stroma ovuligène , les [iliis gros pèle mêle avec les moins avancés. A mesure que leui's capsules se rompent, les ovules murs et libres s'entassent dans le sac ovarirpie qu'ils boursoullent irrégulière- ment. Pas plus (jue chez les Cliilognalbes, ce sac ne pouvant être comparé aux tubes ovariques des Insectes, je continuerai à le désigner par le nom ûe.sacovariqiie,Qu réservant le nomd'oi'a«re au sironia ovuligène unique qui double sa paroi inférieure. L'ovaire est donc unique chez les Chilopodes, contrairement à ce qui a lieu chez les Chilognathes. M. Léon Dufonr , qui a domié l'anatomie du Lilhobius forcipatus (1), est porté à croire que l'ovaire (sac ovarique) de cette espèce est divisé intérieurement en deux loges paruu diaphragme longitudinal, il n'en est rien, pas plus chez les Lithobies que chez les autres Chilopodes. D'ailleurs, l'existence d'im seid siroma ovuligène s'oppose évidemment à la présence d'un diaphragme. A cause de l'uniformité de cet appareil chez les divers Chilopodes , il est inutile d'en donner une description par- ticulière ])ourehai(ue genre. Ooiducks. — Le siroma ovuligène s'arrête à une certaine distance de l'extrémité [)osléricure du corps; mais le sac ovarique se prolonge encore un peu en se rétrécissant, et se termine, enlin, soit par un oviducle double ifig. 10), dent les deux branches for- ment une anse (|ui embrasse le rectum [Litliobius, Scutiyera) ; soit par un oviducte sinqilc (Scolopcnclra, Cryplops, Ceojjhilvs), qui, d'abord supérieur au rectum , plonge enlin au-dessous de lui, de sorte que, dans le cas d'un oviducte simple comme dans celui d'un oviducle double, l'orifice génital est inférieur à l'anus (fig. 11, 12 etlSj. M. Léon Dufour n'a pas vérifié chez les Lithobies la manière dont l'ovaire se comporte en s'approchant de la vulve ; il admet, d'après les observations et les figures de M. Treviranus, que cet (1) ^nn. des te. na(., 1" série, t. II. DES ORGANES REPROPICTEURS DES MYRIAPODES. 287 ovaire se teniiine par un ovidiiulc simjile cl dilalc à son cxtréinilé posiérieure. M. Slraiis-Dureklieim est plus heureux, lorsqu'il décrit eet ovaire comme iirtidiiisaut deux oviducles ipii reçoivent le rectum entre eux (1;. Quant au Scutiyeru araneoïdes, M. Léon Dul'our, qui s'est également occupé de l'analomie de celé es- pèce (2), ne parie pas de ses oviducies. Comme cliez les Lilho- bies , il y a deux oviducles qui embrassent le rectum dans leur anse. Réceptacles séminaux. — Chez les Lilhobies, ces réceptacles ont été pris comme des réservoirs des (piatre fiiandes génitales poslérieiu'cs par M. Léon Dufom", (|iii admet que les délérenls de ces glandes s'iiisèrenl au bout anli'iirur iiilopode, qu(;llc que lut l'époque de mon exa- men , n'a fait exception à celte règle. Je me crois donc fondé à conclure que l'assertion de .AI. SIcin est erronée. Glandes accessoires. —A sa leiininaison, le canal vecteur des ovules reçoit les déférents de deux ou de quatre glandes sur la na- ture desquelles les autein's sont loin d'clrc d'accord. Pour M. Tre- viranus, les grajipes sécrétoircs qui accompagnent les oviductes lies Lithobies ne sont que des niasses adipeuses ; pour M . L. Dufour, elles sont destinées à revêtir les œufs d'une sorte de vernis ; en d'autres termes, ce sont des glandes sébacées. M. Slraus-Durek- beim , considérant que ces organes se trouvent également chez les deux sexes, admet que les glandes (jui Icrniinciil l'appan'il génital mfde ou femelle des Litliobics cl des Scolopendres ne sont autre cliose que des org;uics uriiiaircs. J'ai soumis les glandes de la Sco- lopendre à l'action de l'aiidc azolique et de ramiiioniaque sans jamais ohlciiir la moindre trace de muréxidc. Kn Iraitant au con- ti-airc de la même manière les vaisseaux de Malpiglii, et surtout le produit blanc qu'ils déver.sent dans le rectum, j'ai toujours obtenu une belle couleur rose. L'acide uri(iue est donc si'crélé par l(;s vais- 4' série. Zool. T. III. (Ciiliior n» li.)^ 19 290 FABRE. ANATOMIE seaux fie Malpislii, et les glamles lerminales de l'appareil génital ont un autre usage iipcs. Maison n'y trouve jamais les vésicules spermagènes observées dans le tube médian , et dans celui-ci on ne voit pas non plus la pulvisrule qui gonfle les premiers. M. Stein n'a pas trouvé de spermatozoïdes dans les tubes latéraux ; je les ai vus quelquefois moi-même uniquement remplis de pulviscule ; mais le plus souvent ils contenaient, en outre, d'innombrables faisceaux de spermatozoïdes. M. Treviranus les nomme réservoirs latéraux. M. LéonDufour, qui les confond sous le même nom avec le tube testiculaire , les appelle vésicules séminales. M. Straus les prend pour deux testi- cules; M. SIein leur réserve le nom d'épididijme. Parmi toutes ces dénominations, la plus convenable me paraît être celle de M. Léon Dufour. J'appellerai doue vésicules séminales les tubes lat('rauxdes Lilbobies. i.eur fonction est de servir de réservoir au sperme, et de sécréter le liquide laiteux et la pidviscule qui se mélangent avec lui ausortir de la glande spermagène. Déférents. — Les deux vésicules confluent en arrière en une anse , dans la concavité de laquelle s'insère le tube testiculaire , tandis que de sa convexité partent deux canaux déférents, grêles et courts, formant eux-mêmes une autre anse qui embrasse le rectum, de manière que le tub(^ digestif, placé au-dessous de l'appareil reproducteur dans la parli(> antérieure, |iasse au-dessus de lui dans les derniers seguients, et que l'amis csl siqiérieiu' à l'orifice géni- tal. Les deux déférents débourlicnt dans nu court renflement ova- laire qui termine l'appareil , el (|uc M. Treviranus prend pour un pénis, mais qui ne constitue (pi'un simple renflement éjaculateur. Scutigera uriincoides (fig. 13). C'est encore M. Léon Dufour (pii , dans ses infatigables investi- gations, nous a dévoilé la structure étrange des Sculigères; aussi l'analomiede ce (^bilopode laisse-t-ellc bien peu à désirer. J'ai été cependant assez beureux poui- apercevoir quelipies nouveaux détails d'organisation. Testicules. — Ils sont au udiubre de deux, el se composent de deux utricules ovoïdes, rigides, semi-diapbancs, et terminés cba- cuii par uu couduil lapiliaire, capricieusement cnlorlillé , el se 294 , FAnKE. — ANATOMIE réuhissuiit hienlôl aiicoiidiiit capillaire voisin pour former un Ironc commun. Ce canal, d'iui diamètre un peu plus considérahle , se replie un grand nombre do lois , d'une manière fort élégante , de droite à gauclie et de gauche à droite , et forme ainsi une sorte d'épididyme, qui recouvre; d'une large bande la partie moyenne du tube digestif. En arrière, l'épididyme se divise en trois délérents : l'un médian reetiligne, les deux autres grêles et très tlexueux. Le premier se rend dans un sinus profond, formé par la confluence des deux vésicules séminales ; les seconds relient le déférent moyen avec la partie sn])érieure du canal éjacnlateur du même côté. Ces canaux lale-raux ont échappé à M. Léon Dufour. Vésicules séminales. — Ce sont deux sacs oblongs portant sur leur côté externe une vingtaine de petites vésicules sessiles qui ren- dent ce côté tout festonné. A l'issue de ces sacs commencent les deux conduits éjaculateurs ([ui se renflent peu à peu, et Unissent par acquérir, dans leur état de turgescence, un diamètre considé- rable. Leur portion renflée est remarquable par son élasticité, qui fait jaillir violemment le liquide laiteux dont elle est gonflée , lorsque avec la pointe d'une aiguille on pique sa paroi. M. Léon Diifour appelle testicidcs ces deux sacs festonnés, et il donne io nom de vésicules séminales aux deux utricules que je prends pour les glandes spermagènes. L'examen mieroscopi(]ue ne permet pas de se méprendre sur la nature de ces deux organes. A la fin de l'été les deux utricules terminaux renferment d'innom- brables faisceaux de spermatozoïdes et des myriades de cellules spermatiques. Les deux conduits capillaires qui les continuent ren- fermenl aussi des spermatozoïdes, mais pas de cellules. Cette pre- mière partie de l'appareil reproducteur est opaloïde ; le reste, épi- didyme, vésicules .séminales , conduits éjaculateurs , est d'un blanc de lait, et ne renferme pas encore de spermatozoïdes , mais un liquide tenant en suspension un nombre immense de corpuscules elliptiques, diaphanes et très menus. Parmi ces corpuscules s'en trouvent d'autres , en plus pelil nombre , régulièrement ovales , parfaitement diaphanes , et d'un diamètre une dizaine de fois plus granrl. Entre ces deux extrêmes on voit d'autres corpuscules de grosseur intermédiaire , et (jui démontrent qu'ils sont tous de DES ORGANES REPKODUCTELRS DES MYRIAPODES. 295 même nature. C'est un spectacle admirable (jue ces myriades de petits corps : les uns, plus petits et plus nombreu.x, formant comme un tond de tableau tout semé de [joints diaphanes ; les autres, beau- coui) plus grands , étalant çà et là leurs transparentes et larges ellipses. Les sacs festonnés doivent sécréter ce liquide laiteux et ces corpuscules elliptiques , car ils en contiennent encore plus que les autres organes. Les ulricules terminaux, au contraire, n'en renferment pas la moindre trace, mais simplement tles spermato- zoïdes et leurs cellules mères. Je regarde donc ces derniers comme des testicules, et les sacs festonnés comme des vésicules séminales, comme les analogues des deux tubes latéraux dos Lilliobies, tubes qui sécrètent eux-mêmes un liquide laiteux tenant en suspension de menus corpuscules. DEUXIEME GROUPE. Les autres Chilopodes présentent une uniformité remarquable dans leur appareil génital mâle. Les glandes spermagènes sont for- mées d'un nombre variable d'utrioules fusiforaics, tantôt isolés, tantôt réunis deux,par deux, et toujours terminés aux deux extré- mités par un conduit capillaire d'une grande ténuité, qui se rend dans un canal médian commun également très délié. Scolopeiidra complanata (fig. 16). Les utricules tcslieulaires, au nombre de 24, sont intimement accolés deux par deux, et forment ainsi 12 couples disposées en chaîne longitudinale, dans la première moitié des 19 derniers segments qui logent l'ensemble de l'appareil reproducteur. Chaque ulrieule produit à ses deux extrémités un canal ca[iillaire assez court, qui s'unit étroitement avec le canal correspondant du second utricule de la même paire, mais sans se confondre avec lui. Enfin les deux canaux excréteurs d'une même extrémité de chaijue couple plongent ensemble dans un canal longitudinal commun à toute la série. Ce canal coiuiMun se termine en avant par un bout délié, aveugle, qui sert de ligament suspenseur et s'attache sur le dos du jabot, entre les glandes salivaires. Son extrémité inférieure se continue avec l'épididyme. 296 FADRE. VN\TOHlli Epididyme. — Joilnniie ce nom ;\ un canal fort lonij', mais (rès étroit, d'un blanc jaunâtre , très sinueux , et entorlillé un grand nombre de fois sur lui-même. Bourse des spermatophores. — L'é[iididynie est suivi par un large boyau nodulcux, irrégulièrcuicnt replié sur lui-même, où se forment les siicrmatopliores , et qui sécrète l'enveloppe aibumi- neusc de ces singuliers appareils fécondateurs. Vésicule séminale. — A la bourse des spermatopbores fait suite un canal droit ou conduit éjaculateur qui , à peu de distance de l'orifiee génital , produit un boyau flasque, irrégulier, formant une anse dont les deux bouts comniunii|uent à des bauleurs un peu inégales avec le conduit éjaculalcur. J'ai fréquemment trouvé ce boyau plein d'une substance blanche formée de pulviscule à grains très menus, suitstance (jui, dans la bourse aux spermatopbores, se mélange avec le produit tesliculaire. Cet organe me parait être l'analogue dégénéré des tubes latéraux des Lilliobies et des sacs festonnés des Scnligères. Je lui donne donc, comme aux premiers, le nom de vésicule séminale. Son rôle doit être fort secondaire , car on n'en trouve plus de traces chez les autres Scolopendrites. L'anse fermée que décrit celte vésicule séminale est traversée par le rectum. Plusieurs auteurs se sont occupés de l'anatomie des Scolopen- drites. Millier (1) et Kutorga (2) nomment 5co/o;je?icpellent en rien ra[)[)areil testiculaire que (1) /ur anatomif der Scolopendra morsilaiis [his, 1829). (2) Scolopendrœ morsilantis niiatomc. (3) Anal, comparative. (4) Hisl. nul. des Cnislacés , ((■■« Arailmides •■( (le? .Myriapodes. DES OKCAMiS UEPRODUCTEIRS DES MYRIAPODES. 297 je viens dp décrire. Ln desrriplion que je Irouve dans Sfrans con- corde mieux avec ce que j'ai vu. Cet habile analoniiste ne décrit cependant que liuit paires d'utricules festicuiaires, tandis rpic j'en ai trouvé constamment douze paires. Eniin il décrit, dans la partie terminale de l'ajipareil, trois paires de f;landes , dont deux ressem- blent à deux petites masses de graisse , et dont une est filiforme. Je ne m'explique pas celte troisième paire , à moins que la vésicule séminale n'ait donné lieu à cette illusion. Pour éviter toute confu- sion, bien que le nom de morsitans soit appliqué ])ar quclipies au- teurs à la Scolopendre du midi de la France, j'ai adopté la dénomi- nation de Scolopendra complanala que Latreille lui donne 1 . Sa description est d'ailleurs la seide ijuc j'aie Irtiuvi'e convenani par- faitement à l'animal que j'ai étudii', et (jiii abonde sur les collines boisées des environs d'Avignon. Cryplops Savirjnyi et C. horlenais (fig. 17). L'appareil reproducteur mâle a la même conformation chez ces deux es|tèces congénères. Les testicules sont au nombre de (piatre. Comme chez les Scolopendres, ils ont la forme d'utricules graduel- lement acuminés, et terminés par un conduit capillaire à chaque bout ; mais, au lieu d'être groupés par couples, ils sont indépen- dants l'un de l'antre. Le canal capillaire qui les relie se renfle brus- quement vers l'origine du ventricule chylilique, et donne naissance à un conduit tortueux ou épididyme, suivi d'une piuMion encore plus large où .se forment les speiinalo[iliores. Enfin l'appareil se termine par un canal éjaculateur droit et ilépuurvu de la vésicule séminale que possèdent les Scolopendres. Geophilus (fig. 18). Les quatre espèces ipie j'ai étudiées possèdent toutes deux nlri- cules testiculaires fusiformes , reliés par les deux bouts à un canal capillaire commun. L'épididyme est formé par un vaisseau déli(' , plié et replié dans tous les .sens d'une manière inextricable. Lorsqu'il est développé , sa longueur est démesiu'ée dans quel(|ues espèces. Chez le G. Ga- (I) Mouvi'uu Uict. diliit. mit. 298 FABBE. — ANATOMIE hrielis, il atteint presque 1 décimètre , et chez le G. Ilicis il égaie en longueur le corps de l'iininial. C-liez le G. convolvens, il est beau- coup moins long, capillaire à ses cxtréniités, et un jieu renflé dans sa partie moyenne. Après l'épididynic, survient subitement un boyau beaucouji plus large et plus court, tantôt à peu près droit (G. convolvens), laiitôt pelotonné. De ce boyau , part une arcade qui fournit deux conduits plus ou moins tlexueux, de même diamètre et de mcinc apparence que le canal unique d'où ils émanent ; c'est dans ces deux brandies et dans la partie élargie du canal simple qui les précède (lue s'or- ganisent les spcrmalophores. Les deux branches s'atténuent insen- siblement en arrière , et se rejoignent de nouveau jwur t'ormer un canal éjaculateur très court. Avant d'effectuer cette jonction, cha- cune se reiitlc, chez le G. Gabrielis, en une petite ampoule. Le rec- tum slengage toujours dans l'an.se allongée formée par celte pai'tie terminale de l'appareil re[)roducteur. Glandes accessoires. — M. Léon Dufour a vu quatre de ces glandes chez les Lilhobies , mais il a laissé passer inaperçues celles dcs^cutigères ; Kutorga en a recoimu également quatre chez les Scolopendres ; Stein n'en attribue que deux aux Géophiles. D'après mes recherches, les Lithobies, Scolopendres, Cryptops et Géophiles, en ont quatre ; les Scutigères n'en ont que deux. Rien n'est plus varié que l'interprétation qu'on a donnée des glandes génitales postérieures des Chilopodes. J'ai déjà dit, en décri- vant les organes femelles, que M. Treviranus les a prises pour des ma'sses adipeuses ; M. SIraus pour des organes urinaires. M. Léon Dufour les prend, chez les Lithobies mâles, pour les testicules; M. Duvernoy (1) les compare aux prostates des .Manmiitères. Le mode de terminaison de leurs conduits excréteurs peut jeter quel- que jour sur leurs fonctions problémati(pies, en démontrant que leur produit n'est pas déversé dans le canal vecteur du sperme, et ne peut être par conséquent assimilé soit au suc prostatique , soit à tout autre fluide destiné à se mélanger avec le lluidc séminal. Chez les Chilo[iodes, l'anus et l'oriliee génital sont renfermés (I) Cuvier, Anal, comp., i' cdit., t. VIII. DES ORGANES REPRODI'CTEIÎRS DES MYRIAPODES. 299 ensemble dans un petit étui corné, composé de deux Faibles écailles concaves placées l'une au-dessus , l'autre au-dessous. Cet étui génito-excrémentiet est rétractile , et l'animal peut le faire légère- ment saillir ou l'abriter sous la dernière plaipie dorsale. Sa cavité est divisée Iransversalement |iar luic cloison charnue ipii sépare les deux orifices. L'orifice supérieur est l'anus, l'autre est l'orifice iiénilal. Chez la Scolopendre, ri'caiile inlcrieurc formant le plan- cher de l'orilice génital est revêtue à l'intérieur d'une lame ciiar- nue, linguiforme, et creusée d'une gouttière sur sa ligne médiane. De chaque côté de celle goutlière se voient, couchés contre les bords latéraux de l'écaillé , deux jielils tubes rigides et libres en arrière , et qui, en avant, plongent dans l'épaisseur des tissus. Leur extré- mité libre arrive au même niveau que le bord postérieur de l'écaillé qui les porte. En les suivant de proche en proche, on ne tarde pas à les voir se diviser cliacun en deux canaux capillaires, qui sont les conduits excréteurs des deux glandes du même côté : l'une interne, plus [iiîtite ; l'autre externe , plus grande ffig. 16). Puisque leurs canaux .sécréteurs se terminent à rexircniilé même de l'élui génito- e.Kcrémentiel , il est évident (pi'cllcs ne fournissent pas un liquide com|ilémentairc du sperme, destiné à se mélanger intimement avec lui. D'après une observation que je rapporterai bientôt , je crois qu'elles sécrètent une sorte de nidamentum , sur lequel le mâle dépose son produit, et, pour ainsi dir,', pond ses spermatophores. Lilltobius forcipatus (fig, 14). Les quatre glandes sont allongées, lancéolées, en forme de sacs conoïdes, aplatis , et irrégulièrement vésiculenx à la siu'face. La paire cxlernc est deux l'ois environ plus longue que l'autre ; ses déférents soni très courts. La paire interne a, au contraire, deux longs conduits excréteurs. Sculigera araneoiiles (fig. 15). Il n'y a ici que deux glandes ; elles sont fort peliles, et compo- .sées de vésicules groupées à l'exlrémité d'un pédicule assez gros, mais très court . 300 FABBE. ANAÏOMIE Scolopendra complanala ((ig. 16), Elles rappellent par leur forme eelles des Litliobies. Cnjptops Saviijnyi et C. }iorleiisis (fig. 17). La paire inlerne a la l'orme remarquable des glandes des femelles, et se compose de tieux longs vaisseaux sinueux portant latérale- ment une (piinzaine de vésicules arrondies. La paire externe est formée de deux longs vaisseaux pareils aux premiers, mais dépour- vus de vésicules. Geophilus (fig. 18). Les quatre espèces étudiées ont toutes deux paires de glandes. ]\L Stein n'en a vu qu'une paire chez le Geophilus sublerraneus. Les glandes internes sont environ trois fois plus courtes que les autres et fle.xueuses ; elles sont formées, les unes comme les autres, d'un sac cylindrique, 1res étroit relalivement à sa longueur, et dont l'axe est parcouru par un canal diaphane, émettant de toutes parts, sur son trajet, des houppes glanduleuses, très touffues, en forme d'arbuscules. C'csl ce canal (jui, en se continuant hors du sac, forme le conduit excréteur. Spermalophores. Les spermatozoïdes des Chilopodcs sont capillaires , et d'une longueur démesurée. Ceux des Géophiles sont contournés en pas de vis fort lâche, ce qui leur donne à plat une apparence régulière- ment ondulée ; les autres n'ont jamais cet aspect. Chez les Lidiobies et les Scutigères, les spermatozoïdes se groupent simplement en papillotes plus ou moins n'gulières, en écheveaux d'autant mieux formés qu'on les observe plus près de l'orifice génital. Mais chez les Scolopendres, les Crypiops et les Géophiles, ils sont renfermés dans des ca|)sules communes d'une structure très remarquable, et analogu(!S aux spermalophores des Céphalopodes et de quelques Crustacés. Scolopendra et Crypiops. C'est dans la piuiii^ la plus n'ulléc du canal vecteur du sperme, partie ijue j'ai appchr bourse aux spermalophores, (jne se forment DES ORGANES REPROnUCTEimS D3S MYRIAPODES. 301 ces appareils singuliers. Les siiernialozoïïles traversent lentement l 'épididyine, grunpés en longs écheveaiix. Arrivés dans cette bourse, ils se roulent en papillotes , qui se réunissent en grand nombre pour former un petit noyau blanc. Ce noyau se revêt d'abord d'une couche de pulviscule blancbe , et enfin de deux tunii|ues super- posées. Le nombre des spermatophorcs n'est pas considéraljle : je n'en ai jamais trouvé plus de sept, le plus souvent même moins. Comiilélemeut Ibrmés , ils ont 3 millimètres de diamètre chez la Scolopendre, et 1 millimètre chez les Cryptops. Leur forme est la même chez les deux genres, et se rapproche de celle d'un rein tri- cuspide Jig. 19, 20, 21) au côté concave. Leurs tuniques sont au nombre de deux. L'extérieure est très épaisse, transparente comme du cristal, et douéed'une grande élasticité qui la fait se tordre et se contourner même dans l'eau , quand on la découpe par lambeaux. Elle enveloppe étroitement de toutes parts le spermatophore , en laissant cependant au côté concave une boutonnière béante. A chaque coin de celte boutoimière, la tunique externe se renlle en petite dent cristalline. La sec(jude tuni(jnc est très fine, flasque, et forme une poche sans issue (pii renferme des myriades de papillotes spermatii|ues. Par la boutonnière ou orifice de la |iremière tunique, le sac interne fait hernie, et laisse échapper un mamelon d'un blanc mat, placé entre les deux dents cristallines (fig. 19-21). Dans l'eau , ce mamelon se goutle , devient de ]ilus en plus saillant, et finit par crever en vomissant un torrent de faisceaux de Spermato- zoïdes convolutés. En un instant , le spermatophore est vidé par la contraction de hi uicndjrane élasfique (fig. 20). Geophihis (fig. 22). Les spermatozoïdes, au lieu de se convoluter en papillotes, s'enroulent plusieurs ensemlilc cireulaireiuent, et suiicrposent leurs diveis tours de spire, de nianièi'c à ligurer un anneau, ou mieux un court i ylindic creux de cordes enroulées. Chaipie cylindre se revêt alois d'une couche proleelrice, ibruK'e de pulviscule hyaline, faiblement agglutinée. Au moindre coutacl, cette enveloppe fugace se dissipe en légers Uocons. On trouve ces cylindres par milliers dans les deux tubes parallèles terminant l'appareil reproducteur, et FAnnE. — vnatomie dans la portion renflée du canal qni les pn^eèile. Dans l'épidklyme et pins liaul, les spermatozoïdes sont simplement groupés en l'ais- ceaiix. A l'œil nu, ees cylindres apparaissent comme de petits points lilancs, arrondis, à contour très net; avec un peu d'attention, on peut môme reconnaître que le centre de ces points circulaires est évidé. Mais ce n'est qu'avec le secours du microscope qu'on peut contempler tout ce qu'a de merveilleux cette admirable archi- tecture spermatique ; alors, en effet, chaque point devient une cou- ronne, un anneau ou [ilutôt un cylindre , rappelant on ne peut mieux la forme d'un tas de câbles empilés. Bientôt le spectacle s'anime ; une mystérieuse impulsion est communiquée à ces éton- nantes machines , et chaque cylindre se met à tourner rapidement autour de son axe. Peu à peu les extrémités caudales des sperma- tozoïdes qui le composent se dégagent du groupe, s'échappent tan- gentiellement, et rayonnent en plus ou moins grand nombre dans toutes les directions , et, pendant que le cylindre tourne, chaque spermatozoïde enroule autour d(^ lui sa partie libre, tout en exécu- tant des mouvements de reptation onduleux connue ceux d'un serpent. D'autres fois le cylindre se divise en deux, trois parties reliées par un fdament; alors la gyration de deux fragments voisins se fait en sens contraire , l'un s'enroule , l'autre se déroule , et le filament qui les relie accroît le premier aux dépens du second. Ces mouvements durent près d'une demi-heure avec la même vivacité , puis se ralentissent graduellement ; alors la gyration , au lieu de s'elfectuer toujours dans un même sens , devient alternative , et à périodes d'autant plus courtes que le phénomène touche plus à sa fin. Un même cylindre s'enroule ou se déroule tour à four , et les filaments qui s'en échappent laugciitiellement s'en rapproclient ou s'en éloignent. Enfin tout rentre dans le repos, sans que le cylindre soitdéformé. Mais il n'en est pas toujours ainsi : au moment de la plus grande violence de la gyration, les spermatozoïdes font effort pour se dégager, dessei-rent leurs tours de spire, et émettent loin du cylindre des boucles, dont les deux branches se tordent ensemble, autant que le |iermet leur longueur, puis se détordent pour recom- mencer inunédiatement une nouvelle torsion. Lorsque ces boucles deviennent abondantes, le cylindre se détruit peu à peu; les divers DES ORGANES REPROmiCTElIRS DES MYRI\PODES. 303 filaments s[)ei'm;ilii(iics s'tMihicent , s'eiiclievèlrent iriino manière inexlricahle , et avec tous ces mouvements discordants le désordre est bientôt au comble ; dans ce cas, la fin du mouvement s'annonce par de lentes oscillations , que les boucles exécutent eu se tordant faiblement dans un sens, juiis dans l'autre. Enfin, disons-le, ce spectacle étrange, ces cylindres qui tour- nent sur (!ux-mêmes, <|ui s'enroulent ou se «levidenl, ces spermato- zoïdes qui progressent en serpentant , tout cela n'est qu'une illu- sion , mais une illusion si parfaite , que ce n'est qu'en tenant des heures entières le l'cizard attentivement lîxésui' \o microscope, que j'ai pu me rendre compte de ces bizarres apparences. En examinant l'extrémité caudale d'un spermatozoïde qui paraît s'enrouler sur un cylindre, on reconnaît que , malgré l'apiiarence d'une vive pro- gression du filament, son point terminal n'avance jias, et fouette constamment les mêmes corpuscules en suspension dans le liquide. En outre , un examen soutenu de cette extrémité démontre que le filament spcnMati(pie n'a pas la forme d'une ligne oudulée située dans un même plan , eounne le l'ont croire les piemières appa- rences , mais bien celle d'une hélice à tours de spire largement distants. (]ette forme hélicoide explirpie parfaitement l'illusion pro- duite. Qui ne sait , en effet , qu'un tire-bouchon qu'on fait tourner autour de son axe paraît progresser dans un sens ou dans l'autre , suivant le sens de sa rotation , sans réellement changer de place. Les spermatozo'idesdesGéophiles n'ont donc pas de mouvement de translation, mais simplement un mouvement révolutif autour de leur axe , mouvement qui , combiné avec la forme liélicoïdc , pro- duit la gyration illusoire des cylindres, et la reptation apparente des filaments .sperniatiques. Fécondation. Pourquoi tout ce luxe de précautions au sujet de l'élément fécon- dant ? Pourquoi ces spermatophores, ces capsules hermétiquement closes, qui ne doivent éclater qu'à un moment dorme; ces glandes génitales postérieures, si constantes dans leur nombre, si variables dans lem- forme, mais toujours remarquables par loui' grand dévc- l(i|i|iiin(nl ' Pourquoi ces grappes sécrétoires , ces sacs glandu- soft FABRIC. — ANATOMIF. laires, ces cordons (l(^ vcsiciilcs, i|iii iitlcndciit le s|icriiie à son passiige pour le rcvêtii', sans donfc, d'une nomelle enveloppe pro- tectrice ? L'élément mrde n'esldoiic p;is inlrodiiil directement dans l'organisme de la l'enielie , |)uisqu'il est si soigneusement prémuni contre les agents extéiieurs ; en d'autres termes, il n'y a donc pas d'accouplement ? Aucun Cliilopode n(î possède d'organe copulateur, car on ne peut donner, comme le fait M. Treviranus , le nom de pénis au léger renflement qui termine le canal vecteur séminal des Litlio- bies. Si l'accouplement a lieu, il ne peut s'opérer que par le retour- nement de la portion terminale du conduit éjaculateur. D'im autre côté, persoime, slruci!OU,il y m avait cnnslauunent cimj ou six dans le llacon. .l'oliservai les derniers le î"2 novembre. (> fait s'est donc répi'-h' lro|i souvent et ave(> trop de régularilc pouriiouvoir élre regardé comme accidentel. Ainsi il est démontré expérimentalement que lesGc'ophiles, et par suite les autres Cliilo- podes, déposent leurs spermatofibores sur un réseau aranéenx,snr un nidamentum qui les isole cl les protège du contact des cor|>s étrangers (pii pourraient les souiller. Le lluide séminal devantainsi rester ipielipie leuqis livri- à l'aclion des agents exlérieiu's, on se rend cnmple de ces glandes génitales posl('M'ieuresdonl on ne savait (pie faire, cl (pii doiveni servir à lisser le nidamenlnm ; on s'explique enfin la nécessité de ces ca|isules proleelrices du sperme si solides, si soigueiisemeiit closes cbez les Scolo|iendres et cliez les Crypiops, ca|isules d'ailleurs coniradicloires avec un accouplement. Que devient ce spei'iuatophore? L'observalion m'a fait défaut au moment où, apn"'S de nombreuses tentatives inl'ruciMeuses , je commençais à espérer la révélalion de ce mystère |ibysiologi(|ue. Hien (pi'il y eût des femelles dans le même vase, aucune n'a répondu à l'appel du mâle, car je n'ai pas obtenu de poule. \ en juger par 4 série, Zom.. T. HT. (Ciiliipr n° ;>.) * 20 306 FABRE. ANATOMIE leur taille, et par leurs ovaires que j'ai examinés quand les mâles ont cessé de filer leurs réseaux spennatiques, j'ai lieu de croire qu'elles n'avaient pas encore atteint l'âge nécessaire à la maturité des ovules. On pourrait croire que la l'emellc vient déposer ses reul's autour du spermatophore qui, ramolli au moyen des humeurs sécrétées par les glandes génitales, éclate et chasse son contenu. La fécondation s'opérerait alors par l'inllhration du sperme à travers le tas d'ovules. Mais alors d'où proviendrait h' sperme dos réservoirs séminaux des femelles? Faut-il , avec M. Slein , admettre qu'il se forme dans ces appareils ? L'observation m'a ]irouvé le contraire. Je crois plutôt qu'avant la ponte, la femelle en possession d'un spermatophore le fait éclater, soit sur le réseau nidamentaire , soit dans sa vulve , en l'arrosant du produit de ses glandes génitales, et en conserve le con- tenu dans ses réservoirs jus(ju'à l'expulsion des ovules, qui seraient fécondes au moment tic leur passage devant les mamelons où se rendent les déférents de ces réservoirs. Les spermatozoïdes, que ces derniers contiennent dans toutes les saisons, proviennent ainsi du fluide .séuiinal non employé. Leur rigidité , leur man(|ue de mouvement démontrent qu'ils ne forment plus qu'un résidu désor- mais impropre à la fécoiidalion : c'est ce que rexpérience confirme pleinement. Kn juin, un Geojjlalus ekclrkus pondit même sous mes yeux. Les œufs, au nombre d'une trentaine, étaient ronds, blan- châtres, et groupés en petits las. La ponte achevée, la mère s'est roulée en spirale auli)ur de ses œufs, qu'elle paraissait surveiller ; mais quelques heures après, je l'ai surprise à les dévorer avec avi- dité. Je suis cependant parvenu à en sauver la majeure partie que j'ai mise en sûreté, et j'ai soumis au scalpel les entrailles de la mère dénaturée. J'ai constaté tpie les vésicules séminales renfermaient des spermatozoïdes, aussi ai-je compté sur la prochaine éclosion de ces œufs préi'ieux. Vain espoir! en peu de temps ils se sont moisis et complètement déiruils. Us n'élaient donc pas fécondés, et la mère n'a jkis été aussi dénaturée que je le croyais : elle n'a fait que détruire une |iiiute stérile. J'ajouleiai que, dans le vase (jui renfer- mait celle femelle, je n'avais jamais observé de réseaux sperma- tiijues. Cesllà, sausdoule, la cause du peu de succès de cette ponte. Quelle que soit la manière dont s'effectue la fécondation , il me DES ORGAKES REPRODUCTEURS DES MYRIAPODES. S07 paraît établi qu'elle se fait sans accnii|ilcment. L'absence complète d'oiganes copuialenrs, les ca|)siiles prolectrices du s[iernie, l'anti- pathie (.le ces liifleiix aniniaiix , les réseaux spermatiques des Géo- pbiles, tout nie l'ait crdirc que le niàle dé[)Osc l'urtivenient les sper- malopliores sur des réseaux tendus dans les couloiis souterrains ; et que c'est là que la femelle , guidée par son instinct et pressée par son fardeau , doit venii' ti-ouver l'élément complémentaire de ses ovules. CHAPITRE II. DÉVELOPPEMENT. Lithobius forcipalus. M. P. Gervais a fait connaître en partie l'évolution de cette espèce (1^. Mes observations confirment et complètent celles du savant professeur. Ayant recueilli , dans un Saule à demi pourri , du terreau où j'avais vu beaucoup de Lilhobies, je fus a.ssez heureux pour y trou- ver des jeunes en abondance , et même des œufs qu'il mi; fallut rechercher un à un. Ces œufs sont ronds, d'un blanc jaunâtre , et de 1 millimètre environ de diamètre. En ayant ouvert un, je pus en extraire une jeune Lithobie possédant six paires de pattes, et les rudiments d'une septième paire sous forme de deux petites pointes coniques, .\insi, dans l'oeuf même, l'évolution des pattes n'est pas simultanée, et s'opère d'avant en arrière comme après l'cclosion. Les œufs recueillis ne lardèrent pas à édore , et , le 1" mai , je pus observer quelques Litbobiesqui en provenaient. 1" stade. Au sortir de l'œuf, le jeune est composé de 10 seg- ments, non compiis la tète, et possède 7 [)aires ilc pattes et 7 ar- ticles aux antcimes. Sa couleur est uniformcmeiil d'un beau blanc, excepté deux jtetils points rougeàli'es jilacés de chaque côté de la tète, et cpii sont les deux premiers ocelles. Sa longueur atteint 2 millimètres au plus. Sur l'avanl-dernier segment appa- laissenl bientôt deux tubeicules , (|ui s'allongent jieu à peu en «'accolant aux côtés de l'aimeau anal, dont ils atteignent l'extré- mité. Ces deux pointes coniques deviennent enfin des pattes. (1) Ann. de» «c. nul., i' série, t. VII. SOS F4BRF.. — ■ ANATOMIF. 2' sl;i(l(\ H si'fimcnis; 8 paii'cs de pâlies; 11 iirlicles :iiix antennes ; 2 ocelles roiigcàircs de chaque côlé. La couleur a cliangé. La tète est légèrement ambrée, et le reste du corps faiblement vio- lacé. Deux paires de patles rudinienlaires apparaissent ensuite en arrière , et le nombre des articles anteiniaires augmeiile ainsi que celui des ocelles. 3« stade. 13 segmenls ; 10 paires de pattes; 17 arlieles aux antennes; It ocelles de cbaque côté, dont deux jilus grands en arrière de la série. Deux nouvelles paires de pâlies se forment bientôt à la suile des aulrcs, etFanimal arrive au slade suivant. li' stade. 15 segmenls; 12 ])aires de patles; 22 articles aux antennes; li ocelles de cliaipie côlé. Vj\ peu de Jours, sous la qua- torzième plaque dorsale, se luonirent sinudtanément 3 paires de pattes rudiinenlaires. \u slade suivant , le nombre des pâlies doit donc êlre coniplcl. 5° stade. 17 segmenls; 15 [)aires de patles; 26 articles aux antennes; G ocelles de chaque côté sur deux rangées, et d'autant plus pelils qu'ils sont plus antérieurs. Longueur, ôniillimèlres. C'est à la fin de juin (|ue j'ai observé ce dernier degré de déve- loppement. Les Lilhobies niellent donc à peu près deux mois pour acquérir les buil paires de patles cl les sept anneaux cjui leur man- quent au sorlir de Tteuf. Les ocelles et les arlieles anlennaires (con- tinuent encore longtemps à augmenter en nombre, sans (pi'il y ail niêiuede liuiile iiieu précise à celle augmenlaliou. Hentiqevn arancoides. Je n'ai pas é'l(' lémoin ili; r(Hiosion des œufs de Sculigère ; mais en recueillant, au n lois d'aoùl,( les jeunes plus ou moi us avancés dans ItMUM'Vdlulioii , el eu les élevant , j'ai reconnu chez eux cinq stades connue chez !e.^ Lilhobies, slades caraclérisés par 7-9-11-13 et 15 paires de pattes. Les individus munis seulement de 7 paires de patles se rapportent bien certainement à l'éclosioji. Leur couleur prde niiblement violacé'c , leur longueur iie2 millimèlres à 2 milli- mètres 1/2 ne permeltenl pas il'eu douler. D'ailleurs la conformité remarquable il'organisalion des Sculigères el des Lilhobies, leur mode comnuui ilc dé'voloppcnient, di'ivionlrcnl à priori que le prc- DES OKOA.NLï. REPKOULCTEIRS UliS jnUIAl'OUL!-. 309 mier slatle des Stiitigères doit être le même que eliez les Lilhobies. Ainsi révolution des Sciiligères otïre une grande ressemblance avec celle des Lithobies; mais elle est plus régulière , ear ruccrois- sement du nombre de pattes est eonstamment de deux paires d'un stade à l'autre , tandis que, cbez les Lilbobies, il est d'abord d'une paire , puis à plusieurs rejjrises de deux paires, et enfin de trois. Le nombre des articles des antennes et celui des ocelles participent à cet accroissement. Dans les individus les plusjeunes, j'ai compté de 60 à 70 ocelles de chaque eôtt'. j'en ai recomui environ 150 chez un adulte. Enfin les ai'ticlesdes tarses croissent également en nombre ; les jeunes, possédant 7-9-Jl paires de pattes, ont seule- ment de 20 à '22 articles aux tarses. Dans un adulte, j'ai obtenu les nombi'es suivants, qui présentent ce l'ait remarquable d'être sensiblcmenl égaux à égale dislance des extrêmes d'une série, dont le premier ternie est le nombre d'articles des antennes , et le der- nier le nombre d'articles des tarses postérieurs : Antennes 400 art. <" tarso 9« 00 art. 49 15' 14° 13« 12« ir 10« .s° larse . . . . 180 art . - . 47 43 43 41 . . . . 41 40 . . . . 39 40 . . . . 39 38 36 . . . . 37 . . . . 36 11 n'est pas moins remarquable que la |ireiuière moitié de la série embrasse rensemblcdes organes appendieulaires th\ jeiuie au sor- tir de l'œuf, et la seconde inoilié les appendiees (]ui proviennent du bourgeonnement. Dans la |)remière moitié du corps sont con- tenus les organes des sens et les parties essenlielh^s de l'appareil digestif, en un mot ce qui est nécessaire à la conservation de l'in- dividu ; dans l'autre moitié est logé l'appareil qui a rapport à la conservation de l'espèce. Ncdirail-on pas qu'à parlir ilc sa région médiane l'animal se répète, mais en sens inverse ; qu'à la suite de l'individu, tel ipi'il sort de l'teuf, cl capable de se suffire à lui-même, mais impuissant pour l'espèce, il s'en l'orme par bourgeoMuement un autre chargé de la [iropagation .' Une profindc modification de 310 r.\BRE. ANATOMIE l'écusson dorsiil de la région médiane marque la séparation de la partie antérieure d'origine ovulaire, et de la parlie postérieure d'origine gemmaire. En elïct, le dernier éeusson du jeune, au sortirde l'œuf, est précisément le plus grand de tous chez l'adulte, et si différent des autres que Linné l'a appelé élijtre (\). Cet éeusson recouvre trois paires de |mlles, dont les deux premières appar- tiennent au jeune dès l'éclosion, et la troisième à la partie du corps produite par bourgeonnement. Il est lra[tpant de retrouver une modillcation analogue chez les Lithobies. Chez ces Chilopodcs, les écussons dorsaux sont alternativement étroits et élargis, à partir de celui qui recouvre les pinci's. Cette loi se maintient parfaitement jusqu'au huitième qui est large ; mais le neuvième, qui devrait cire étroit, est au contraire large comme le huitième; par delà , la loi d'alternance reparaît sans nouvelle interruption. Il y a donc après le huitième éeusson une interversion dans la loi qui préside à la première moi:ié ; or ce huitième anneau recouvre précisément la septième paire de pattes, c'est-à-dire qu'il est le dernier pédigère de ceux que possède le jeune lors de l'éclosion. L'évolution produit chez les Insectes deux organismes successifs et complémentaires : la larve qui vit pour l'individu, l'insecte par- fait qui vit pour l'espèce ; organismes qui passent de l'un à l'autre par les mystérieuses transformations de la nymphose. Il me semble voir un intime rapport entre la partie d'origine ovulaire des (Chilo- podcs et la larve, entre la partie d'origine gemmaire et l'insecle parfait. Mais ici la larve n'est pas transformée de fond en comble pour alteindre l'étal parfait ; elle est continuée par l'organisme reproducteur; il n'y a pas métamorphose d'un organisme relatif à la conservation de l'individu en un autre ayant rapport à la pro- création de l'espèce , il y a simple gcmmatirn du second par le premier. A ce point de vue, les modifications que l'âge amène chez les Chilopodcs ne méritent pas le nom de métamoriihosc. Ces traces de dualité qui se mauifeslcul d;uis la sirucliu'e des Lithobies et des Seutigères ne rappellciit-clles i)as aussi d'une manière frappante ce qui .se passe chez les Syllis . chez les Myrianides ? Supposons (I) Sy^lemn nnbirœ. DES ORGANES REPRODUCTEURS DES MYRIAPODES. 311 que, chez ces Annélides, l'organisnic , l'individu reproducteur produit par bourgeonnement, soit unique, el ne se délaciic pas de la souche mère , n'aurons-nous pas à peu près la structure de ces deuxCiiilopodes? Mais je me hâte dequitter ces considérations, qui, n'étant pas encore sullisannncnt mûries, laissent un champ trop libre à l'imagination. Cnjptops Iwrtensis. Dans un vase où je tenais àcsCryplops hortensis, j'aperçus, au commencement de juillet, des jeunes qu'il m'est impossible de rapportera un autre Ciiilopode que le préciMlent, bien que ^l. Paul Gervais en ait fait un genre nouveau sous le nom de Scolopen- drella , genre qu'il |ilace dans sa famille des Géopliilides (1). N'ayant pas été témoin de réciosion , j'ignore si j'ai réellement observé le premier stade de l'évolution. Les plus petits ont 1 millimètre 1/2 de longueur , huit paires de pattes et treize articles aii.\ antennes. Le dernier segment (fig. 25) porte deux appendices exactement terminaux , rangés côte à côte parallèlement à l'axe du corps, et dirigés en arrière. Ils sont for- més d'un seul article lanc('nlé, tout hérissé de cils, et portant au sommet un piquant roide, aigu et fort long. Ces appendices sont évidemment les rudiments des deux longues el grosses pattes qui terminent le corps des Crijptops , pattes que l'animal projette en arrière, sans les em[)loycr |)our la marche. L'avanl-dcrnier segment porte de chaque côté un petit mamelon conoïde, cou- ronné par quelques cils , et muni au sommet d'un cirrc long et roide , courbé en arc, et dépassant l'extrémité la plus reculée des appendices terminaux. Ce cirre exécute des mouvements tréjiida- toires, des oscillations plus ou moins rapides, et pourrait bien être de quelque usage pour la locomolion. Les deux mamelons cirri- fèrcs foiiiicut les rndimciils d'une nouvelle paiie de pattes. Tous les autres segments sont pédigères, et ne présentent rien de parti- culier. Ce (pie la tète pré.senle de plus remarquable, c'est l'absence des diverses pièces de la bouche. Je suis simplement parvenu au 'I) Ann. dis se. uni., V série, l. II. 312 l'ABItE. A.X.VTOMIK microscope ;i :ipeiTevoir, à l'extréniilc de la Iclc, un ostiole arrondi, un peu remjji'uni, et cilii' sur les bords. Par la compression, j'ai mis à nu deux lubercules liyalins, trèscouris, laibleinent recourbés, et placés de chaque côté de l'osliole. Ces deux pointes obtuses pourraient bien être les rudiments dos Ibrcipules. ^I. Paul Gcrvais signale deux petits stciiimatcs sur la t(Mc de sa Scolopendrella. J'ai, en elïet, trous é en arrière de la base des antennes deux points l'onds, très bien circonscrits, mais(|u'il m'est impossible de prendre pour des yeux. A la lumière rélléchie, ces points sont d'un blanc mal, et se dclacbcnt nettement sur le fond hyalin de la iète. Vus jiar rcl'raclion , ils deviennent sombres , presque noirs. On ne peut expliquer ces apparences qu'en admet- tant que les deux prétendus siemmates sont simplement deux points où les téguments de la tète ont une plus grande opacité qu'ailleurs ; au reste, ces deux points ne se montrent quelquefois ni par ré- flexion, ni par rél'raclion. Depuis le mois de juillet jusqu'au mois de décembre, j'ai vu mes jeunes Cryptops successivement avec 8, 9, 10 et 11 paires de pattes. Les articles des antennes étaient en même temps au nombre de là, l/i, Hun 15, 14 à 19. Muni de 11 paires de pattes, l'ani- mal a 3 millimètres de lnugucur. Sa couleur est encore d'un beau blanc. Crijjtiofs Saclijnyi. Je rapporte à celle espèce de jeunes Chilopodes, qui offrent la plus grande ressemblance avec les jeunes du Cryptops hortensis. Je les ai recueillis sous les pierres des collines boisées des envi- rons. Us diffèrent des premiers par leur plus grande taille, leurs antennes plus longues, et surtout par leurs plaques dorsales profon- dément écbancrécs eu arrière et bordées d'un liséré d'un blanc mat. Us ont de même les deux taches pseudo-oculaires, les deux pattes rudimenlaires terminales et les deux mamelons cirrifères. Les pièces de la bouche leiu' mampicnl ('gaiement. Je crois pouvoir les rapporliM' au Scolopendrella nutacuntha de .M. (jervais (11. En juin, im jeune de 1 millimèire 1/2 dr longueur m'a {\) Ànt'.. (/es se. nui.. 3' série, 1. 11. l DES ORGANES REPROUUCTELKS DKS .MIRIAHODES. 313 montré 8 paires de paKes, les deux tubercules eirrhilëres , les appendices terminaux cl enlin 13 articles aux antennes. Ce résultat concorde en tout point avec ce ([lie j'ai observé eliez les jeunes du Crypiopshortensis. De cette époque jusqu'en décembre, j'ai pu recueillir des jeunes de 1 millimètre 1/2 à h niilliiuètres de lon- gueur et portant de 8 à 12 |)aires de pattes. Entiii j'ai vu les an- tennes acquérir «lans cette période juscju'à 28-29 articles. Les Cryptops adultes n'ont que 17 articles aux antennes. Nous avons donc ici nu l'ait inverse de tous les précédents, c'est-à-dire un plus grand nombre d'articles antennairescliez les jeunes que cliez les adultes. 11 faut donc iju'avec l'âge ce nombre diminue, soit par la soudure, soit par la chute de (luelijues articles. Après avoir acquis 11-12 paires de pattes, les jeunes, tant du Cryptops hortensis i|ue du Cryptops Savigtiyi, entrent dans une longue ijériode stalionnaire dont j'ignore encore l'issue. J'ai tenté d'en élever dans un tlacon rempli de terre. La [ilupart ont péri; cependant , après plus de six mois de captivité , il m'en reste en- core quelipies-uns, et pendant ce long espace de temps, leurs di- me;isions, leur couleur, ainsi que le nombre de leurs pattes et de leurs articles antennaires, n'ont pas varié. Cette lenteur de l'évo- lution des Cryptops est d'autant plus l'rapiiante que nous avons vu les Lithobies et les Sciitigères atteindre rapidement, au contraire , la l'orme adulte. Scolopendra complanala. J'ai vainemenl tenté tort longtemps d'élever cette espèce pour suivre son évolution ; le massacre des mâles par les femelles a rendu inl'ructueusi's toutes mes tentatives, et je n'ai jni obtenir de jionte. Je n'ai pas été plus heureux en recherchant des jeunes ; la plus petite Scolopendre ijue j'aie vue avait 24 millimètres de lon- gueur, c'est-à-dire environ le cinquième delà longueur de l'adulte ; elle était d'ailleurs absolument ciinl'ormée, sous tous les rapports, comme les indi\ idiis ayant leur enlière eroissance. Mais il y a loin (le cette taille de 2/i niillimètres â celle (pie le jeune doit a\oirà réclosion ; aussi la parfaite ressemblance, tant piiiii' l'oiganisation interne (juc pour l'organi.sation cxlcrnc, des Cryptops et des Scolo- 314 F*BRE. AN4T0MIE pendres ne permet pns de douter que ces dernières ne subissent avec l'ùge des modificnlions aussi prol'ondes que les Cryptops. M. P. Gervais a cepeiulanl observé une femelle de Scolopendre qui, placée encore vivanle dans un flacon d'alcool , y pondit non des œufs, mais des petits déjà développés, et ayant leur nombre nor- mal de pâlies et d'anneaux. L'espèce qui a présenté ce fait si excepdonuel d'ovoviviparilé doit considérablement différer dans son organisation de celle qui m'aoccupé, et qui, ne possédant aucun organe d'incubation inlernc, est certainement ovipare. Geophilus. .le ne connais pas non plus les premières phases de l'évolution desGéophiles. J'ai pu cependant conslaler que le nombre de leurs anneaux et de leurs pattes croît avec l'âse. Un jeune Geo/jAiVws Ilicis de 6 millimètres de longueur possédail seulement 37 paires de pattes ; la même espèce adulte en a jusqu'à 97 paires. Les autres espèces m'ont fourni des résultats analogues, .l'ai constaté, en outre , chez le Geophilus electricus , que les nouvelles paires de pattes apparaissent une à une comme chez les Cryptops, et non plusieurs paires ensemble conmie chez les Lilhobies et les Sculi- gères. La nouvelle paire se développe sur l'avant-dernier segment, et apparaît d'abord sous forme de deux mamelons pareils à ceux des Cryptops, mais dépourvus de cirre. Qiiaul aux articles anten- naires , je les ai toujoin's vus au nombre de l/i , même dans celui qui n'avail que 6 miilimèlrcs de longueur. Il était admis, counne règle générale, que les Myria[)odes nais- sent avec trois paires de pattes. Celle règle paraît être sans exception pour les Cliilognalhes ; mais elle ne s'applique nulle- ment aux Chilopodes. Les observations précédentes, quoique très iiicomplèlcs encm'c, démonircul que les Lilhobies el les Scutigères naissent avec sept paires de pattes; les Cry|)lops , et par suite les Scolopendres, Ires priibalilemeiit ;vec buil i»aires ; et les Géophiles, suivant toute apparence, avec un plus grand nombre. DES ORGANES REPRODIICTEURS DES MYRIAPODES. 315 EXPLICATION DES FIGURES. PLANCHES 6, 7, 8 ET 9. Chilognathes. Kig. 1 . Organes génitaux femelles du Glomeris vwrginata. Le sac ovarique est ouvert pour montrer les deux ovaires. Fig. 2. Organes génitaux femelles du Craxpedosoma potydesmoides. fis. 3- Vulves et oviductes du Pohjdesmm complanatus. Fig. 4. Vulves et oviductes de l'inlu:' alerrimus. Fig. 5. Une des deux pattes génitales du Polydesmus complanalus mâle. L'un des deux orifices génitaux est perforé dans son article basilaire. Fig 6. Organes génitaux mâles de Vlulus alerrimus. Fig. 7. Organes génitaux mâles du Glumerix margivala. Fig. i. Un des deux organes copulateurs du Pohjdesmus complanatus mâle. Chilopodes. Fig. 9. Portion ouverte du sac ovarique du Scolopendra complanala pour montrer l'ovaire unique. Fig. 10. Organes génitaux femelles du Sculiijeru araneoides. Fig. 11. Organes génilaux femelles du Scolopendra comptanata. Fig. )2. Organes génitaux femelle^ du Crypiops Surignyi. F'ig. <3. Organes génitaux femelles du Ocophilus Gnbrielis. Fig. H. Organes génilaux mâles du Utliohitts forcipiUns. Fig. IS. Organes génilaux mâles du Scutigera urumuides. Fig. 16. Organes génitiiux mâles du Seolopetidra cnmpinnata. Fig. 17. Organes génitaux mâles du Crijplups Siwiynyi. Fig. 18. Organes génitaux mâles du Gfophilus Gnbrielis. Fig. t9. Spermalophore du Scolopendrn coin phi iiola. Fig. 20. Le même au moment de sa déhiscence. Fig. 21 . Spermalophore du Cn/plupa Sanitinyi. Fig 2 2 Cylindres speraiatiqucs du Genphiiun cou ro/i'eiis dépouillés de leur enve- loppe pulvérulente. Fig 23 Spermalophore du Genphilii" convtivens déposé sur son réseau aranéeux. Fig. 2 i Derniers segments d'un jeune Ulhohiu$ furcipaltis. à un degré d'évolu- tion inlerméliaire enire le I" siade et le 2". La dernière paire de pattes com- plètement développées est la T paire, et est portée par le 8" segment La S' paire, qui doit être parachevée au stade suivant, atteint déjà I extrémité anale. La 9' paire commence à poindre sous forme de deux très petits mame- lons. 316 UUMAS. KAl'POHT SI.Il illVEIlb MÉMOIKES Fig. 23. Derniers segments d'un jeune Cryptops horlensis muni de 8 paires de patles paraclievées. L'avant-dernier segment porte deux mamelons cirrifères, rudiments des pattes de la 9" paire. Les appendices du dernier segment sont les rudiments des grosses pattes terminales de l'adulte. RAPPORT SUR DIVERS MÉMOIRES RELATIFS AUX FONCTIONS DU FOIE, Par ill. DL'nAS. L'Académie nous a diai'gés , MM. Pelouze , Rayei' cl mui , de lui rendre conipto des expériences relatives aux vraies lonctions du foie, instituées dans ces derniers temps par jMM. Figuier, Poggialc et Leconte(l). Votre commission a pensé (ju'cUe devait, laissant de côté toute préoccupation théorique, réduire la question qui lui était soumise aux simples termes d'une vérilication de faits. Elle a donc porlé toule son allenlion sur les moyens à prendre pour donner à cette vérilication les garanlies de précision dont l'état de la science lui permellail de les entourer. Un de nos confrères, M. Bernard, avail l'ail eonnaiire, conjoin- tement avec M. Barreswil , l'existence dans le l'oie d'une (piantité considérable de sucre. Poursuivant les conséquences de cette dé- couverte, M. Bernard a prouvé ipie le sucre existe dans le foie de tous les animaux , que sa présence est consé.(|uemment un témoin de la nature même des fonclions de cet important organe. Justjue-là, les observalions nouvelles de M. Bernard et la con- séquence qu'il en lire ne sont conteslées par personne; elles con- stituent l'iuie des plus sérieuses acquisitions de la physiologie moderne. Mais d'oi'i \ii'nl ec sucre (pii fxisie si eonslammenldansle l'oie? Comment disparaîl-il ilc cet organi'.' Quel esl sou emploi'? Ici les opinions se monireni divergenles, les diflicultés apparais- sent, et les expériences elles-mêmes ne seraient plus d'accord. r Vovei le; cahiers n' 1 de ce volume des Aniuiles. RELMIFS MX FONCTIONS m FOIE. 317 M. lîi'rnai'd pense i|iie la rorniuliiiii du sucre a lieu dans le l'oie. Bienenlendu (|ne nuire savanl roniVère ne met point en doute la production de sucre qui a lieu par le t'ait de la digestion dans l'es»- tomac aux dépens (]o> aliments amylaei's , moins encore le passage du gluco.sc et de ses analogues de Testomac ou de l'intestin dans les veines. Mais il admet ([u'en dehors de cette source intermittente, par laipielle le glucose peut s'introduire dans le sang au moment où la digestion s'accomplit, il y en aurait une antre pei rnaiiente et tout à fait spéciale : ce serait la fabrication du sucre dans le t'oie même. Ce (pii démontrerait celte fabrication, c'est l'absence du sucre dans le sang de la veine jiorte d'un animal soumis au régime de la viande; c'est la [)résencede c(> sucre dans le sang des veines sus- hépatiipies de ce même animal. M. Figuier a l'ievé contre celle doctrine diverses objeclions. Reprenant une opinion déjà émise par .M. 31ialbe, .M. Figuier fait remarf|uer qu'il serait plus naturel de considérer le foie comme un organe séparateur, à la façon des reins, que d'en faire un organe créateur. Dans cette bypothèse, le foie, véritable régulateur de la composition du sang, arrètei'ait au passage le sucre provenant de la digestion qui se trou\(M'ait en excès dans le sang, comme il arrête certains poisons mi'lalliques, et le restituerait peu à peu à ce liquide lorsque celui-ci eu serait dépourvu , ou que la proportion de sucre y sérail descendue au-dessous de la moyenne, |iendant les Jieures de repos d(> resl(imac. Connue le rôle attribué' au l'oie par M. lîernard repose sur quatre 'données, savoir : 1° la ]iri''sence constante du suci'c dans le foie des animaux licrbivoi-es ou carnivores: 2" la prt'sence non moins corr- stante du sucre dans les veines sus-hé|)ati(|ues; 3° l'absence du sucre dans le sang de la veine porte chez les animaux nourris avec de la viande : 'r l'apfiarition momentanée du sucre dans le sang de la veine porte sous l'iidluence d(> la digestion des matières su- crées ou f(''culeutes, voire eonunission devait s'attacher à examiner si ces domii'es l'taient conlesté'cs , et si elles l'i'laient avec quelque raison. Oi' de ces doiuit'es il en est deux que l'on ne conteste pas, la|iir- mière et la quatrième, fl est admis (pie le foie contient toujours du 318 UUIMAS. UAI'POKT SUR UIVEKS MÉMOIRES sucre, même chez les aiiiinnux ciiniivores. Il iic l'est pas moins que, sous rinlluence de la digestion des matières réculenles ou sucrées, le sang de la veine porte en contient aussi. Reste donc à savoir si le sang de la veine porte contient ou non du sucre chez les animaux nourris de viande. A cet égard, les expé- riences de votre commission lui ont semblé décisives. Elle n'a pas trouvé trace appréciable de sucre dans le sang de la veine porte d'un Cliien nouri'i à la viande crue. Reste encore à décider si, indépendamment de la digestion des matières végétales , le sang des veines sus - hépatiques contient du sucre; si , sous l'inlluenee de la digestion de la viande , le sang de la veine porte en est dépourvu ; si enlin, lorsque le sang de la veine porte n'en contient pas, celui des veines sus-hépatiques en contient au contraire. 11 suffit, pour éclairer tous ces points, d'examiner, comme l'a fait M. Bernard , sur le même animal, le sang de la veine porte et celui des veines sus-hépatiques , sous l'influence de la digestion , après un repas uniquement composé de viande, succédant soit à une abstinence prolongée , soit à quelipies journées d'un régime pure- ment animal. Dans une expérience faite dans celte dernière condition, votre commission s'est assurée que le sang de la veine porte ne renfer- mait pas trace de sucre, tandis que celui des veines sus-hépatiques en contenait des (piantités |iarfailemenf appréciables, ainsi que M. Bernard l'avait aimoncé. Comme la difficulté se concentre tout entière sur ce point, y a-t-il ou non du sucre dans le sang de la veine porte pendant la digestion après un repas formé de viande, l'animal ayant été con- venablement soustraità rinfluence d'unealimentalion sucréePVotre commission a examiné, avec tout le soin dont elle était capable , les produits extraits f)ar M. Figuier du sang de la veine porte chez un animal sacrifié dans ces conditions, et où l'auteur croyait recon- naître la présence du sucre à l'aide du réacfif Frommherz. Votre commission n'en a [las trouvé en employant, il est vrai, la fermen- tation. Ainsi tous les faits annoncés par notre confrère U. Bernard , au RELATIFS AUX FONCTIONS DU FOIE. 319 sujet de la fonction qu'il attribue au foie, ont été vérifiés par nous, et nous ne pouvons qu'applaudir à la rare habileté du savant phy- siologiste qui les a mis le premier en évidence. Sur la question de doctrine, votre commission n'avait pas à se prononcer. Le foie fajjriipic-l-il le sucre? Le fabi'ii|Me-t-il aux dé- pens des éléments albumineux du sang? Le sucre serait-il, au con- traire, un prochiit de la digeslion des aiinienis ou de r(''laboralion des éléments du .sang pendant le cours de la ciiculalion, qui reste- rait masqué par la présence de quelque substance élrangère juscpi'à son arrivée au l'oie ciiargé dc; le rendre libre? Ces i|ueslions méri- tent assurément d'être débattues , mais c'est à rexpérience seule à les résoudre définitivement, et nous verrions avec plaisir les jeunes savants qui les ont abordées persévérer dans leurs travaux. Jusqu'ici, la doctrine professée par notre confrère parai! intacte. Les recherches sur ce sujet important n'ont pourtant pas tout appris sans doute, et nous dirons ici à ceux qui voudront s'en occu- per, qu'on ne doit pas accorder une confiance trop complète à des réactions sen)blables à celles qu'on obtient avec la dissolution de tartrale de cuivre dans la potasse. Tous ces phénomènes de colora- lion, de réduction produits par des matières organiques, sont trom- peurs et incertains. Lorsqu'on ne peut pas isoler le sucre en nature, il faut au moins s'assurer de sa pré.-5ence |)ai' l'action du ferment et par le développement d'acide carbonique (jue la fiMMuontalion produit. Il faut, s'il .se peut surtout, exlraiie l'alcool lui-même du résidu de la fermentafion, comme l'a fait la commission de l'Aca- démie qui a examiné les travaux de JL Bernard. Voire commission , sans entrer plus avant dans l'examen spécial des notes que l'Académie lui a renvoyées, se borne donc à établir comme conséquences de son travail • 1° Que le sucre n'a pas été a[i|»réciable dans le sang delà veine porte d'im Chien nourri de viande crue; 2° Que la présence du sucre a été facile à constater, au contraire, dans le sang des veines sus-hépatiques recueilli dans le même mo- ment sur le même Chien. Comme les .Mémoires de M. Figuier, ceux de MM. Poggiale et Leconte, ont été publiés, l'Académie n'avait plus, d'après les règle- 320 DUMAS. IHPI'OP.T Slli rilVKtlS MKMOIRES , ETC. inenls, à se proDonrci' sur leur niérile l'espcelil'; iiiîiis votre com- mission a cru qu'il était de son devoir néanmoins de lui l'aire con- naître le résultat de ses propres expériences sur le fond même de la question que ces savants ont étudiée. PUBLICATIONS NOUVELLES. A MONOCRAPHY Monofjraphie des CoraUièrcs fossiles de l'Angle- terre , par MM. Milne Edwards et J. Haime. 5' partie, in-/(. Lon- dres, 185/i. La cinquième et dernière li\ raison de cet ouvrage, imprimé parles soins de la Société paléontograpliiquc de Londres vers le milieu de l'année dernière, vient de paraître. Un y trouve la description des polypiers des terrains siluriens et les tables générales. Le nombre total des plancties contenues dans celte monogra- pliie s'élève à 72. Leçons de physiologie erju-rimenlale appligucc à la médecine, [ailes au Collège de France en 185/i-1855, par M. Cl. Beiikard. 1 vol. in-S. L'auteur traite spécialement de la formation et de la destruction du sucre dans l'économie animale. (.!o livre sera lu avec beaucoup d'intérêt par les physio- logistes. Notice sur un genre tiouvean de Brachiopodes, suivie de la description de quelques espèces nouvelles de la grande oolithe et du lias de la Normandie, par M. E. Desloxchamps. Caen, 1855. Le genre nouveau établi ici porte le nom de Suessia, et appartient à la famille des Spiriferidœ ; il se distingue par I expansion en forme de pelle du septum médian de la grande valve, et par la disposition du processus en forme de T qui relie les deux branches de l'.ippareil a|iopliysairc. L'auteur y rapporte deux espèces trouvées dans le lias supérieur de May. Ce Mémoire est extrait de ]'Annuuire de l' Institut lit s provinces, et accompagné d'une planche. Recherches naturelles , chimiques et physiologiques , sur le Curare, poison des flèches des sauvages américains, par M. .\lvaro Reyxoso ; in-8. Paris, 1855. Ce poison anéantit la puissance nerveuse, et empêche l'artérialisation du sang. Notice sur quelques anmiialirs de l'organisation, par M. PiCTET ; in-Zi. Genève, 1855. Ce travail est relatif: 1" à un Cochon monstrueux qui forme un genre nou- veau dans la famille des Monsires doubles inonomphaliens ; '2" à un Mouton monstrueux apparlenani à la famille des monsires poljméliens, et formant aussi un genre nouveau. Il est accompagné de 4 planches. DESCRIPTION DIN POISSON FOSSILE DU TERRAIN CRÉTACÉ DE LA DROME, SLIVIE D'CNE LISTE DES POISSONS FOSSILKS QUE L'ON A RECUEILLIS EN FRANCE, Par n. PanI SERVAIS. I. Je dois :i -M. Paul Gênais de Roiivillo la comuuiniration d'im gros bloc :iin\ pdalitbrme renfermant le squelette d'un Poisson sur lequel il a liien voulu ni'engager à publier (juehjues détails. Ce bloe, dont il a lui-même entretenu la Société géologique (1), et linéi- ques autres blocs analogues, ont élé recueillis auprès deBeaul'ort, dans le déiiarlement de la Urôine. M. de Rouville, qui en a visité le gisement , le rapporte aux dépôts qui sont intermédiaires entre les assises supérieures du terrain néoeomien inférieur (2 et le gaiilt. L'examen de ce Poisson m"a monti'é qu'il ajipartenait à l'ordre des ^lalacoptérygiens abdominaux, et qu'il avait, comme lu plupart des Poissons de cet ordre, des écailles cycloïdes. La com- paraison de son squelellc avec celui des Salmones et des Chipes doit le faire regarder comme allié aux espèces que l'on nomme ainsi ; et jusciu'à ce qu'on ait ]iu l'étudier sur des exemplaires plus complets enixire que celui (|ue j'ai eu à ma disposition, je le classe- rai à côté des Aloses, en donnant au geiu'C nouveau qu'il me paraît indiquer le nom d'Histialosa. On verra pai- la liste des Poissons osseux qu'on a trouvés à l'état fossile en France , (|ii'3ucune espèce analogue n'avait encore élé signalée dans les mêmes terrains par les naturalistes, et que rOsméroïdede Lewis, (pii est de la craie blanche, était encore notre seul Malaeo[itérygien île ri''pof|ue crélaeée. (i) HuHelin de la Société rji-ulogique de France, ï' série, l. XII, p. 172. f2) Le néoeomien supérieur manque dans celte localité. i' série. Zooi.. T. III. (Cahier n" 6.) ' 24 :522 V. GERVAis. — poisson i-ossilk Je (létliorai lespèt'c ciu'oro nniiiiic ilii gcm'C Histialosa ;'i M. Tliiollièrc , de Lyon , qui a piihlié uni' cxcellonle iiioiiograpliie des Poissons fossiles des terrains jurassiques du dépaiiemcnt de l'Ain. VHistialosa ThioUieri est long de 0,53. Sa tête seule mesure 0,12 jusqu'au bord postérieur de l'opereule ; celui-ei est arrondi : les niàehoires ne paraissent pas garnies de dents. Les vertèbres sont au nombre de cinquante ; les côtes et les apopbyses vertébrales paraissent disposées comme dans les Aloses. La caudale est ana- logue à celle de ces dernières et également échancrée. On voit très bien remplacement des nageoires pectorales et celui des ventrales, ([ui sont placées les unes et les autres comme chez lesClupes. La dorsale, dont les rayons sont multiarticulés comme dans lesMala- coptérygien3,a0,08 ; ses premiers rayons s'élèvent et se prolon- gent plus que ceux des .Uoses, ce qui nous fournil le principal caractère du genre Hislialosa,(\on\ le nom rappellera cette disposi- tion véliforme et jusf|u'à un certain point iilameuteuse. La dorsale est placée au-dessus des nageoires ventrales ; l'anale est triangulaire, mais moins grande et à rayons plus courts. Elle a 0,02 de lon- gueur. Nous donnons dans ce recueil la figure de ce Poisson réduite au tiers delà grandeur naturelle (pi. 4, fig. 2\ J'ajouterai à la description qu'on vient de lire une liste des Pois- sons fossiles, non Sélaciens, qui me sont connus dans les différents gisements delà France. Il s'en faut do bcancou]) ([ue celle liste soit aussi complète que celles qu'on a dressées pour l'.Vngieterre et pour l'Allemagne ; la cause n'en est pas uniquement dans le peu de ri- cliesse, pourtant trop évident, dans beaucoup de cas, de nos roches fossilifères; elle réside tout autant dans l'indifférence avec laquelle on a traité les débris fossiles des Poissons dans la plupart des mu- sées, et dans le petit nombre des travaux dont ces animaux ont été jusqu'à présent l'objet dans notre pays. La science parait cependant entrer sous ce rapport dans une piiase nouvelle, et l'on verra, par les détails ipii vont suivre, (pic M. Thiollière (1) a récemment ajouté (1 ) Voyez ses trois mémoires intitulés ; Sur un nouveau gisement de Poissons fossiles dans le Jura du département de l'Ain, in-8 , 1848. — Seconde notice sur le gisement et les corps organisés fossiles des calcaires lithographiques dans le Jura Dl' TERRAIN CRÉTACK DE LA DRÙME. 323 (l'exc('llpiif(^s ()l).st'rvalioiis ;"i rolles riiic di' Hlaiiivillo et M. Agassiz avait'iil iiuliliécs niiU'rii'uronieiil. M. Ciavfs et quelques autres naturalistes ont aussi réuni au sujet des Poissons fossiles des indi- ealidus Inil utiles, et que iiniis avons enregistrées. 11. LEste des espèces fossiles de Poissons observées en France (1). I. — TERRAINS HOUILLERS ET PERMIENS. LÉPIDOSTÉlDÉâ. Palœouisciis Bluiiwillei, Agassiz. — De Muse, près d'Autun. Paiœoiiisciis Voltzii, Ag. — De Muse, prés d'Autun. Palœonisciis angustus, Ag. — De Muse, près d'.^utun. Palœoniscus (indéterminés). — A Conimentry , près de Montluçon (.illier): à Rive-de-Gier, d'après M. Locard, cité par M. Thiollière. Pygoylerus Bonurdi. Ag. — De Muse, près d'Autun. 11.— TERRAIN TRIASIQUE. LÉPIDOStÉIDÉS. Gyrolepis Atberlii, Ag. — Du musclieikaik de Lunéville. Gyrolepig tenuistriatus, .\g. — De Lunéville. Saurichthys Mougi-ntii, Ag — De Luné\ille. i:ÉLlCASIBE.'. Cœtucatitliux minur, .Vg. — De Lunéville. PTCSODONtES. Placodus gigas, .\g. — De Lunéville; d Obernon (Bas-Rhin); des environs de Metz ' Moselle). Colobodus IlugarUi, Ag. — De Lunéville. (P. Gerv., Zoot. el Pal (ruiiç., pi. 77, fig. 15.) C'olobodu$sculalu!:. P Gcrv. [lococit., fig. 16). — Des environs de Metz. du département de l' Ain , in-i, 1851. — Description des Poissons fosniles prove- nant des yispinetUs rornllicns du Jura, dans le Hngi-y, in-fol., LSoi. (!) Je n ai point fait figurer ici les Poissons sélaciens, dont jeuie propose de faire l'objet d'un travail à part. Quant aux Cychsiomes, on sait qu'ils n'ont pas encore été observés à l'état fossile. 324 p. GEBTAIS. — POISSON FOSSILK m. — LIAS ET ÉTAGES JURASSIQUES. LEPIDOSTEIDSS. Dapedius poiitus, Ag. — De l'Oxford clay de Baron (Calvados). TelragoHolepis Magneviltei, A g. — De l'oolithe inférieure de Caen. Paehyconnus macroplerus, Ag. — Du lias des environs de Beaune ( Bour- Lepidolus gigas, Ag. — Du lias de Bourgogne, elc. Lepidolm undalus, Ag. — De l'oolithe de Caen (I). Lepidotusradlalus, Ag. — Du Jura. Lepidolus pallialus, Ag. — De l'argile kimméridgienne de Boulogne-sur-Mer. Lepidolus minor, Ag. — De marnes kimméridgiennes du département de l'Oise. Lepidotus FiUoni, Ag. — De l'oolithe de Poitiers. Lepidolus noloplerus, Ag. — Du calcaire lithographique du Bugey (Ain), d'après M. Thiollière. Lepidotus (autre espèce). — Du calcaire lithographique et des schistes bitumineux de l'Ain, d'après M. Thiollière. Notagogus imimonlis. Thioll. — Ibid. Opliiopsis mucrodus, Thioll., — calcaire lithographique du Bugey (Ain) Ëugnalhus prœlongus, Thioll. — Ibid. Calurus (urcatus? Ag. — Ibid., d'après M. Thiollière. Caturus elongatus.^ Ag. — Ibid., d'après M. Thiollière. Calurus lalus, Munster. — Ibid., d'après M. Thiollière. Caturus velifer , Thioll, — Ibid. Caturus Driani , Thioll. — Ibid. Ambhjsemius bellicianus , Thioll. — Ibid. Belonosloma tenuiruslris , Ag. — Ibid., d après M. Thiollière. Aspidorhynchus (indéterminé). — Ibid. Macrosemius rostratus , Ag. — Ibid., d'après M. Thiollière. Macrosemius Helenœ , Thioll. — Ibid. LEPTOLEPIDES. Leplolepis Bronnii, Ag. — De l'oolithe deCurcy (Calvados). Leptolepis (indéterminé). — Calcaire lithographique du Bugey (Ain), d'après M. Thiollière. Leptolepis sprattiformis , Ag. — Ibid., d'après M. Thiollière. Megalurus idaiiicus, Thioll. — Ibid. Thrissops macropodius , Ag. — Lias de Bourgogne. (1) Le musée de la Faculté des sciences de Caen possède de très beaux Pois- sons jurassiques, provenant des environs de cette ville , et appartenant à diffé- rents genres. Ces échantillons mériteraient certainement d'être ligures et décrits. DU TERKALN CKÉTACÉ UË LA URÔME. ^^25 Thrissops salinoneus? Ag. — Des cale. Util, du Bugey, d'après M. Thiollière. Dhtkhotepii Fourneti , ThioU. — Ibid. Oligopleunis esocinus , Thioll. — Ibid CtLACANTBES. Undina striolaris, Munsl. — Ducale, litli. du Bugey, d après M. Thiollière. PÏCNODONIES. Pycnodus gigas, Ag. — De Chàtillon-sur-Seinp, dans l'étage oxfordien ; de Ma- mers (Sarthe) ; de Salins (Jura), élage kimméridgien ; de Flavigny (Yonne), dans loolithe. Pycnodus Bucklandi, Ag. — De l'oolilhe de Caen. Pycnodus Xicoleti , Ag. — De Salins , d'après M. Marcou. Pycnodus Hugii , Ag. — Ibid. Pycnodus umbonatus, Ag. — Oolithe de Normandie. Pycnodus Suuvanausi . Thiollière. — Calcaire lithographique du Bugey (Ain). Pycnodus Itieri , Thioll. — Ibid. Microdon elegans , Ag. — Ibid., d'après M. Thiollière. ilicrodon hexagonus , Ag. — Ibid., d'après M. Thiollière. Sphœrodus giyas , Ag. — De Flavigny (Yonne), dans loolithe; de Salins, dans l'étage kimméridgien ; de Bonlogne-sur-Mer, même élage. Gyrodus Cuvieri , Ag. — De Boulogne-sur-Mer, étage kimméridgien. Gyrodus radiatus, Ag. — Oolithe de Caen. Gyrodus macrophlhalmus , Ag. — Du calcaire lithographique du Bugey, d'après M. Thiollière. Gyrodus jurassicus, Ag. — De (Salins , dans l'clage kimméridgien, d'après M. Marcou. IV. — ÉTAGES DIVERS DE LA FORMATION CRÉTACÉE. LÉPIDOSTKIDÉS. Lepidotus slrialus, Ag. — De la craie des Vaches-Noires (Calvados . CÉL.tCÂ>'TUES. Macropoma Manteilii , Ag. — Delà craie blanche du département de l'Oise, d'après M. Graves. PÏCNODONTES. Pycnodus (divers). — (ires verts de la Drôme; calcaire a Chanta ammonia d'Orgon (Bouches-du-Rhône) , et craies de Touraine , de Sainlonge (f ) , du bassin de Bordeaux et du Mont-.\imé (2 K (4) Voyez P. Gervais, Zool. cl Pal. franc., pi. 67 et 69. (2) Voyez pour ce gisement : Heckel, .Séances de i'Acadcmie des scimces de 326 p. SEBVAIS. POISSON FOSSILE Sphœrodus (divers) . — Des terrains néocomiens et crétacés supérieurs de l'Aube, de l'Yonne, du Gard, etc. (1 ) ACANTHOPTÉRÏGIENS CTÉNOÏDES. Laies Heherli, P. Gerv. (2). — Du Mont-Aimé, près de Châlons-sur-Marue. Berij± nriiatus, Ag. — Craie de Paris, de l'Oise, etc. Beryx Gravesii, P. Gerv. (3). — Craie blanche de la Somme. ACAKTHOPTÉKÏGIENS CYCLOÏDES. Uypiédon (eiosiensis , Ag. — Craie de Paris et de l'Oise. Saurocephalus (indéterminé). — Du terrain aptien de Gargas (Vaucluse). UALACOPTÉRfGIENS CYCLOÏDES. Histialosa Thiollieri , P. Gerv. — De l'étage des grès verts du département de la Drôme (décrit dans ce mémoire). Osmeroides lewisiensis , Ag. — Craie blanche de l'Oise, d'après M. Graves. V. — DIVERS ÉTAGES TERTIAIRES. I . Assises oribrocènes on terrains tertiaires les plus inférieurs, tels que LES LIGNITES DU SOISSONNAIS. Lepidosteus suessiotiensis , P. Gerv. (4). — Des lignites à Coryphodons du Sois- sonnais. Sphyrœnodiis priscus, Ag.? -- Ibid., d'après M. Graves (S). 2. Assises éocènes, comprenant les sables marins du Soissommis , le calcaire grossier el les grès de Beauchamp. lépidostéidés. Lepidosleus Maximiliani , Ag. — De la glauconie de Cuise- Laiiiotte (Oise), et du calcaire grossier parisien . Cf'mne, 18.54. Ce savant ichlhyologiste y décrit l'espèce fossile au Mont-Aimé sous le nom de Pdlœobalistiim Ponsorli. (1) Voyez P. Gervais, (oc. cit., pi. 69. (2) Loc. cit., explication de la planche 67, page 3. (3) Loc. cit., pi. 70, fig. 1-2. (4) Loc. cil., pi. 59, fig. 3-4. — J'ignore s'il faut rapporter au même étage ou à celui des sables du Soissonnais , un poisson lépidostéide dont M. 'Watelet, de Soissons, a trouvé une belle empreinte dans un grès des environs de celte ville, grès qu'il m'a dit être d'origine fluviatile. (5) Les pièces d'après lesquelles M. .Agassiz a d'abord décrit cette espèce pro- viennent de l'argile éocène de Sheppy. DU TERKAIN CRÉTACÉ l)E LA UROME. 327 PTCNODOHTES ? Phyllodtu marginalité Ag. — De Caise-Lamotte (Oise) et de Rhéteuil (i). ACANTHOPTÉRTGIENS CTÉNOÏDES. Sargus? armaiiis, P. Gerv. (2). — De Conques (Aude). Sargus serratus, P. Gerv. (3). — De Cuise-LamoUe. Chrysophrys (diverses espèces?). — A Cuise-Lamotte, à Soissons, etc. (Aisne) ; à Passy, près Paris (4). Dentex Faujasîi , Ag. — Du calcaire grossier de Nanterre, prés Paris. Laies macrourus, Ag. — X Sèvres, près Paris, dans le calcaire grossier. Labrax major, Ag. — .A Passy, près Paris, dans le calcaire grossier. On trouve des Labrax plus petits dans la couche à Zostères du même calcaire. (P. Gerv., loc. cit., pi. 71, fig. 1 .) Acanlhuru$ Duvahi, Ag. in P. Gerv., pi. 7 1 . — De la couche a Zostères de Vau- girard, assises du calcaire grossier parisien. Sciœmj?... Des sables d Anvers, près Poissy. (P. Gerv., (oc. cil., pi. 68, fig. ,32.) Zanclus eocœnus, P. Gerv. (5). — Du calcaire grossier parisien. Hotacanihus microcephaliii, Ag. — Du calcaire grossier parisien, à Châtillon. Scarus tetrodoii, Pomel (6). — De Cuise-Lamotte (.Aisne). (1) Dans la l'upoijraphie geuynosiquc de l'Oise, publiée par .M, Graves, M. Pomel admet plusieurs espèces de Phyliodus, sous le nom de Pli. Duvalti, inconslans, Intidens ol Levesquei, mais il ne les décrit pas. (2) P. Gervais, loc. cit., pi. 67, fig. 5, et 68, fig. 30. (3) ioc. cit., pi. 69, fig. 1-13. Je dois à feu M. Requien la communication des restes de ce poisson que j'ai décrits; ils ont été trouvés à Conques (Aude) , dans le terrain éocène. Je ne sais pas s'ils viennent de la même touche que le Lophiodon que j'ai signalé [ibid., pi. 18). (4j Les Chrysophrys des terrains éocènes, et même ceux des dépôts miocènes, ont été quelquefois désignés comme étant des Sphœrodus; mais aujourd'hui on réserve ce nom générique pour les dents en pavés arrondis qui sont fossiles dans les couches jurassiques et crétacées. J'ai décrit une plaque dentifère d'un Sphœro- du» crétacé , qui montre bien la différence existant entre ces deux genres, et la pièce extraite du pUocène de Montpellier, qui est représentée dans mon ouvrage (pi. 68, fig. 21), ne laisse aucun doute sur les affinités qu'ont avec les Chryso- phrys actuels les poissons dont proviennent les dénis en forme de bouton , que l'on trouve dans la mollasse et dans les sables marins. C'est l'opinion que Scilla et AnUjinede Jussieu avaient admis il y a plus de cent ans. (5) Loc. cit., pi. 72, fig. 3-5. (6) Dans l'ouvrage de M. Graves, Inc. cit., espèce non décrite. 328 p. GERVAIS. — POISSON FOSSILE ACAMTBOPTÉRVGIENS CYCLOÏDES. Hemirliynchus Deshayesi, Ag. — Du calcaire grossier parisien, à Nanterre. Macrostoma aUum, Ag. — Du calcaire grossier parisien, à Nanlerre. Coelorhynchus reclus, Ag. — De Cuise-Lamolte. 3. Assises PROÏccNES, ou calcaires, marnes, ligniles et gypses à Paléolhériums . Ces dépôts sont tous d'origine tacustrc. ACAHTH0PTÉ»ÏG1ENS CIÉNOÏDES. Sargus Cuvieri, Ag. — Gypse de Montmartre. Smerdis macrourus, Ag. — Lignites des environs d'Apt ; marnes calcaires de Saint-Martin de Castillon (Vaucluse). Smerdis venlralis, Ag. — Gypse de Montmartre. Smerdis minutus {Perça minuta, Blainv.). — Des marnes gypsifères d'Aix ( Bou- ches-du-Rhône ). — Le même Poisson, ou une espèce voisine, se trouve aussi à Bonnieux (Vaucluse): à Ronzon, près le Puy (Haute-Loire); et auprès de Château-Thierry (Aisne). Perça Beaumontii, Ag. — Des marnes gypsifères d' Aix ( Bouches-du-Rhôno ). — Des marnes calcaires de Saint-Martin de Castillon (Vaucluse). Cottus aries, Ag. — Des marnes gypsifères d'Aix (Bouches-du-Rhône). MALACOPIÉEÏGIENS. Lebias cephalotes, Ag. — Des marnes gypsifères d'Aix (Bouches-du-Rhône); des marnes feuilletées de Bonnieux (Vaucluse). — Se retrouverait, d'après M. Po- mel, dans les dépôts miocènes de la Limagne (Puy-de-Dôme). Sphenolepis squammosseus , Ag. — Des marnes gypsifères d'Aix ( Bouches-du- Rhône). Sphenolepis Cuvieri, Ag. — Du gypse de Montmartre , près Paris, et, d'après M. Graves, des marnes à Paléothériums du département de l'Oise. Notœus lalicaudus, Ag. — Du gypse de Montmartre. Anguiila multiradiala, .4g. — Des marnes gypsifères d'Aix (Bouches-du-Rhône). 4. Assises miocènes, comprenant les mollasses et les marnes lacustres qui sont supé- rieures aux assises à Paléothériums , et inférieures aux dépôts des sables ma- rin» ou des marnes fluvio-marines de Montpellier , ainsi que les mollasses, les marnes, les dépôts faluniers,elc., qui sont dans le même cas. a.) Dépôts fluvio-lacustres. Smerdis (analogue au minutus). — Lignites de Menât (Puy-de-Dôme). Cyclurus Valencietmesii, Ag. (1 ). — Des lignites de Menât (Puy-de-Dôme'. (I) M. Pictel, daprès une observation de M. Heckel, rapporte ce Pois.>ion à la même famille que les Amies. I Dt TERRAIN CRÉTACÉ UE LA DROME, 329 Acanthopsis ilichelini.P. Gerv. (1). — Des ligniles de Chadrac, près Saint-Amand de Tallende (Puy-de-Dôme). Lebiasperpusitius, Ag. — Des marnes du Puy-de-Dôme, d'après M. Pomel, qui y cite aussi le L. cephalotes (2). ^Poissotis indéterminés.) — A Sansan, etc. b.) Dépôts marins, ACANTHOPTÉRTGIENS CléNOÏDES. [Percoide indéterminé.) — Recueilli dans les marnes de la Vérune, près Montpel- lier, par M. P. Gervais de Rouville. Sandroserrus lieboulii, P. Gerv. (3). — Des marnes bleues de Pézénas (Hérault), Sargus incisivus, P. Gerv. (i). — Mollasse eoquilliére de Sommière et de la Va- querie (Gard); faluns rie Dax et de la Touraine. Chrysophrys.... (o . — Des mollasses de Bonifacio (Corse) ; de Saint-Jean de Vé- das, dePoussan, etc. (Hérault); de Sommières (Gard); de Be.iucaire, dUzès, de Villeneuve-lez-Avignon, etc. (Gard); des mêmes couches dans le départe- ment des Bouches-du-Rhône, et dans celui de Vaucluse; de Romans, etc. (Drôme) ; des faluns de la Touraine, et de plusieurs terrains du bassin de Bor- deaux. Chœtodon pseudo-rhombus , P. Gerv. (6) . — Des marnes bleues des environs de Montpellier. ACÀNTHOPTKRYGIENS CYCLOÏDES. Sphyrœna (indéterminé). — Des sablesdu Poussan (Hérault). (P. Gerv., /oc. cil., pi. 68, fig. 1-2.) S. Assises pliocènes, comprenant les sables marins et les marnes flui'iatiles de Montpellier. Chrysophrys.... (7). — Des sables marins de Montpellier. Batistes?.... — Ibidem, P. Gerv., loc. cil., pi. 68, fig. 33. (t) Loc. cit., explication de la pi. 73, p. 9 , avec fig. Ce Poisson est le même que M. Pomel a décrit plus récemment dans son Catalogue des Vertébrés fossiles de la Loire, sous le nom de Cobitopsis exilis. (2) Les lignites de Menai n'ont pas encore fourni de débris des Mammifèras miocènes delà Limagne, ce qui laisse quelque incertitude sur leur véritable âge. (3) Loc. cit., pi. 73, fig. I. (4) Loc. cit., pi. 69, Gg. U-16. (5) Vov. P. Gerv., lor. cil., p. 68. Les dents de Chrysophrys miocènes por- tent, dans quelques collections, le nom de Sphoerodus cinctus , Ag., et dans d'autres celui de Chrysophrys mitrula, id. (6) Loc. cit., pi. 72, fig. 2. (7) M. Sismonda (Descrizione dei Pesci et dei Crustac. foss. net Piemonte) si- gnale des dents de Chrysophrys pliocènes sous le nom de Chrysophrys Agassizi. RECHERCHES MAMMIFERES FOSSILES DE L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE, Par M. Paul SERVAIS. Extrait présenté à l'Académie des sciences le 14 mai 18Sr> (1). En comparant les Mammifères qui vivent dans l'Amérique mé- ridionale avec ceux de l'Afrique et du midi de l'Asie , Buflbn fut frappe de leur nombre moins considérable, de leur moindre taille, et, plus encore, des différences, constamment de valeur spécifique, par lesquelles ces animaux se distinguaient de ceux qu'on avait alors reçus des deux parties de l'ancien continent que nous venons de citer. Après avoir insisté sur ces remarques, il ajoutait : « Plus » on fera de recherches et de comparaison à ce sujet, [ilus on sera " convaincu (jue les animaux des parties méridionales de chacun » des continents n'existaient point dans l'autre , et que le petit » nombre de ceux qu'on y trouve aujourd'hui ont été transportés » par riiomme. » Les découvertes des naturalistes modernes ont entièrement jus- tifié celti; prévision de Buffon ; mais en s'étendaut aux animaux fossiles, elles ont inontn> (pie l'.Vinériiiue méridionale avait eu aussi ses espèces gigantesques , et ((u'elle pouvait , comme l'ancienne Europe, être mise en parallèle avec l'Afrique acIui'Ue ou avecl'Indc, si l'on complétait la liste de ses animaux existants par celle de ses espèces éteintes. Les Mammifères sud-américains n'en sont pas (1) Le travail, dont nous donnons ici un extrait paraîtra prochainement dans le Voyage de MM. de Castelnau et Waldell ' , dont le gouvernement a ordonné la publication ; il sera accompagné de dix planches lithographiées , qui ont été mises sous les yeux de l'Académie. * A la librairie de M. P. Bertrand. MAMMIFÈRES FOSSILES DE LAMÉRIQUE MÉRIDIONALE. 331 moins resti'S très difl'érents de ceux des autres parties du monde |iar l'ensemble de leurs caractères , car, dans beaucoup de cas, ils constituent des genres ou même des familles dont, on ne retrouve ailleurs aucun représentant. J'ai réuni, dans ces recherches sur les Maminil'ères fossiles de l'Amérique méridionale, des données pouvant servir à résoudre quehjues-unes des questions générales qui se rattachent à ce sujet, et j'ai cherché à y faire voir couuiieMl BulTon , après avoir si heu- reusement contribué à la solution de plusieurs d'entre elles, est au contraire tombé dans une grave eircur, lorsqu'il a voulu établir quelle était l'origine des ^lamniil'èrcs aiiK'ricaiiis. Il dit , en effcl , dans son Discours sur les animaux communs aux deux continents, « qu'il ne serait pas impossible que tous ces animaux du nouveau » monde ne fussent, dans le fond, les mêmes que ceux de l'ancien, » desquels ils auraient autrefois tiré leur origine. » Comme des auteurs célèbres ont admis plus récemment des mi- grations analogues, et, dans f[uelques cas, de semblables transfor- mations opérées par le temps dans les caractères des animaux après leur changement de pays, il nous a paru utile de faire ressortir avec quelle évidence l'étude des espèces sud- américaines peut servir à réfuter de pareilles suppositions. Un examen sérieux des cai-aclères distinctifs de ces Mammifères, et, plus particulièrement, une étude minutieuse des débris que les animaux de celle classe ont laissés dans le sol de cette partie du monde antérieurement à répo(|ue moderne, devaient, en effet , conduire sous ce rapjiorlàdes résultats tout à fait concluants. C'est pourquoi , tout en faisant connaître mes propres observations sur les .Mammitères fossiles de l'Amérique méridionale, j'ai rappelé dans mon travail les principales découvertes (ju'ils avaient fournies antérieurement à G. Cuvieret à deBlainville, ainsi qu'à MM. Lund et R. Owen '1 . (>es recherches et celles qu'on a faites sur plusieurs autres points du globe très éloignés les uns des autres : en Europe, dans l'Inde, à la Nouvelle-Hollande et encore ailleurs , contredisent aussi com- (I) Les travau\ de MM. Lund el Oweii sur les Mammifères fossiles de l'Amérique méridionale ont paru en partie dans ce recueil. 332 p. CiGRVAIS. MAMMIFKUES KOSSILES plétement que possible les suiipositioiis qu'on iiviiit émises ;mi sujet de ces prétendus déplacements de populations. Elles n'autori- sent pas davantage à admettre que des modifications aient eu lieu dans les caractères des espèces animales. Les documents que j'ai réunis de mon côté relativement aux Jlammileres fossiles de l'Amérique sont assez nombreux. J'ai disposé pour ce nouveau travail de la belle collection d'ossements que le savant botaniste 11. Weddell a formée pendant son séjour en Bolivie, et qui provient du célèbre gisement de Tarija. Ces fossiles ont été donnés par M. Weddell au Muséum d'iiistoire naturelle de Paris. J'ai joint à leur description celle do quelrpies pièces intéres- santes (|ue .M. de Castelnau a découvertes dans une caverne du I^érou, située àZiOOO mètres au-dessus du niveau de la mer. Grâce aux facilités que M. Flourens, alors chargé par intérim de la collec- tion des Vertébrés fossiles du ^Muséum , a bien voulu me donner, avec une libéralité dont je ne saurais trop le remercier, j'ai pu étendre mes comparaisons sur une partie des belles pièces extraites des dépôts pampéens de Buenos-.\yres ou des cavernes du Brésil, que feu l'amiral DupotetelMM. Villardebo etClaussen ont déposées il y a déjà plusieurs années dans le même établissement. Mes recherches concourront à prouver (pi'aucune des espèces de JMammifères qui vivent naturellement dans l'Amérique méridio- nale , ou qui y ont vécu à l'époque où les Eleplias primigeniui: , les Rhinocéros tichorhmus , \cii gi-ands Ours, les Hyènes, le Felis spelœa , et tant d'autres espèces depuis longtemps anéanties, fou- laient le sol de l'Europe, ne peut être regardée comme ayant aussi existé dans l'ancien continent. 11 n'en est pas même ainsi pour l'espèce de Mastodontes européens, nomméi^ Mastodon angusti- dens, à laquelle G. Cuvier avait cru devoir altrii)ucr certains osse- ments rapportés du Pérou par Dombey. Ces ossements ne diffèrent [las (le ceux ilu Mastodonte des Andes (Mastodon Jndium), qui sont enfouis en si grande abondance dans le d(''pôt de Tarija il i. (I) C'est ce que M. Laurillard avait déjà reconnu. De Blainville , qui ne fai- sait qu'une seule espèce sous le nom de Mastodon Hiimboldlii ,3\ec\ei Mastodon Humbotdlii elAndiiim de G. Cuvier, dont il a décrit beaucoup de nouveaux osse- meDts , séparait aussi te prétendu Mast. aitguslidens de l'Amérique méridionale S nE l'amériqie méridionale. 333 [.es .M;)iiimit(''res ('k'inls ilniit au l'cncoiilre li's nsscmeiils dans les cavernes el dans les dépôts [lanipéens de rAniéri(|ue méridio- nale snnt, eomnie ceux encore existants que les Européens onl trouvés dans les mêmes contrées , Ions différents par leurs espèces de ceux des diverses parties de l'ancien continent, et beaucoup d'entre eux rentrent aussi dans des genres, dans des familles même qui ne sont point représentés ailleurs , ou qui ne le sont que dans quelques parties de l'Amérique septentrionale. La comparaison des Mammifères sud-américains avec ceux de la population , probablement miocène , que les beaux travaux de .M. Leidy (1) sur les fossiles du Ncbraska, aux Etats-Unis, nous ont fait connaître , conduit à des résultats non moins concluants. Les fossiles du Nebraska diffèrent également des espèces fossiles dans l'Amérique méridionale et de celles qui peuplent les deux .Vmériques ; ils ont, au contraire, des analogies incontestables avec les Mammifères du miocène européen (2), ainsi qu'avec ceux du proïcènc, el un certain nombre de leurs espèces l'taient ou con- génères , ou seulement peu éloignées de celles qui ont vécu en Europe pendant la même partie de la période tertiaire. Toutefois on ne trouve au Nebraska aucune des espèces européennes, ni aucune de celles de l'Inde. (Jn doit en conclure (ju'à cette époque déjà riiémispbèrc boréal nourrissait simultanément trois populations bien distinctes d'animaux mammifères, et qu'aucune des espèces propres à ces |io]Milaliiins n';i passi' dans l'Amérique méridionale. IL Mais revenons aux Mammifères fossiles qui font l'objet spécial de notre travail. Parmi ceux qui ne rentrent dans aucune des laniilles connues ailleurs que dans l'Amérique, et qui n'ont même de celui de l'Europe , et il en rapportait les ossements à l'unique espèce admise par lui dans le fonlinent sud-américain. (1) 'flie aiicienl Fauna a f Nebraska^ or a description of extinct Mammalia and Chelonia from llv; mauvaises terres of Nebraska, by J. Leidy. In-i. [i) Cependant on n'y a encore observé ni restes de Mastodontes, ni restes de Dinoihériums. S34 p. eERVAIS. — MAMMIFÈRES FOSSILES iiiuMin rcpn'spiif;inl actiK^l sur ce L'onfinoiil , iimis ilcvoiis citer d'uboiil les yeiii'es Toxodoti, Nesodon et Macrauchenia, ([iii ren- trent tous les trois dans la grande catégorie des Ongulés (1 ). 1. Je donne dans mon Mémoire la desL-ription et la figure des principaux os du Toasodon, que M. Ovven n'avait pu observer. Leur examen conlirme l'opinion émise récemment par ce savant anato- miste,sur la nécessité d'établir jjour le Toxodon un ordn^ nouveau, dont les Nésodons, (|ue je ne connais que par les pièces iju'a décrites M. Owen, paraissent devoir faire également partie. Le Toxodon était grand comme les Hippopotames, dont il avait sans doute les allures et, à certains égards du moins , le genre de vie. Son fémur était dépourvu de troisième trochanter, comme celui des Proboscidiens et des Bisulques; mais son astragale était établi sur un modèle assez différent de celui f[ui caractérise ces deux ordres d'Ongulés, et il ne resseiniilait jias non plus à celui des Ongulés périssodactyles dont je fais l'ordre des Jumentés. J'ai fait reproduire sur lime des plaiicbes de ce recueil des ligures représentani les principaux os des membres du Toxodon : ce sont l'humérus, le cubitus, le fémur et l'astragale. J'ai mis en regard de ce dernier l'astragale de l'Éléphant, au(|uel il ressemble sous quekjues rapports. La description détaillée que j'ai faite de ces différentes pièces osseuses est précédée de quelques détails historiques , dans les- quels je rappelle les différentes opinions émises par les auteurs sur les rapports z(iologi(iucs du même animal. Leur divergence est jusqu'à un certain point jiisliliée |iar les affinités, en effet, assez (1) Les Mégalonycidés el les Mégathéridés , animaux de l'ordre des Édentés, constituent aussi des familles éteintes uniquement propres à l'.4niérique. Parmi les familles encore aujourd'hui existantes, qui soni limitées au même continent, on peut citer les Cébidés, les Phyllostomidés, les Bradypidés, les Myrmécophagi- dés et les Didelphidés. Les Bradypidés et les Myrmécophagidés sont les seuls dont les dépôts panipéens el les cavernes n'aient point encore fourni de débris. Ainsi que nous allons le dire plus loin , les Bradypidés se rattachent intimement aux Mégalonycidés par les Lestodons ; mais ceux-ci étaient gigantesques comme les autres Mégalonycidés ; leurs pieds étaient plus fouisseurs que grimpeurs, et leur jdernière molaire inférieure était bilobée , comme celle des Mylodons, des Scélidothériums , etc. DE l'amériqie Méridionale. 335 évideiiles, ijue L'egomv iiionlro cii iiiùnic leiiips avec les Pachv- dermes herbivores, avec les Pacliyderines omnivores , et avec les Sirénides ou Ci'tacés luM'hivores. 2. Le Macravchenia était aussi grand que le Toxodon; mais il avait des formes beaucoup moins lourdes. Son fémur, qui est pourvu d'un troisième trocbanter ; ses pieds, qui diffèrent peu de ceux des Rhinocéros ordinaires nu des Paléothériums , et les autres carac- tères (ju'on a pu lui constater, montrent que ce genre, dont la pre- mière description est également due ùM. Owen, doit devenir le type d'une famille à part, qui prendra le nom de Macrauchénidés. La place de cette l'aniille est marquée à coté de celle des Rhinocéros, et le M acrauchenia Si é\é le représentant de ces derniers animau.\ dans rAméri([ue méridionale. Je donne la description et les ligures d'un pied antérieur du M acrauchenia que iL Weddell a trouvé à Tarija. L'ordre des Jumentés, ou Pachydermes herbivores, a aussi fourni à la population éteinte de l'Amérique n)éridionale desC/(e- vaux^ différents de ceux de l'Europe, et sur lesquels je donne de nouveaux renseignements, ainsi que des Ta/jiVs que je ne connais que par la mentinn qu'en a faite M. Lund. C'est au genre de ces derniers (ju'appartenaieut les seuls animaux du même ordre que les Européens rencontrèrent dans l'Amérique, lorsqu'ils s'y éta- blirent. 3. Les Lamas et les Pécaris, de l'ordre des Bisulques, sont des animaux qu'on ne trouve pas ailleurs qu'en Amérique. Celte partie du monde en possédait déjà lorsqu'elle était peuplée par les genres perdus dont il vient d'être question, et par les grands Édentésdonf nous pai'Ierons bientôt. .M.M. Lund et de Blainvilieont misée fait hors de doute jiour les Pécaris , et le premier de ces naturalistes a observédes Lamas fossiles dans les cavernes du Brésil. J'en recon- nais trois espèces parmi les ossements que M. Weddell a décou- verts à Tarija. L'une de ces espèces était intermédiaire, par ses dimensions, à la Vigogne el an Lama ordinaire ; ime autre dépassait un peu ce dernier, l't la troisième (Hait beaucoup plus grande, .sa taille égalant :i pru près celle du (llieval. J'ai donné à cette grande espèce le nom d'Auchenia tVeddellii s 336 p. SERVAIS. — MAMMIFÈRKS FOSSILES k. Mes observations relalives aux Édentés portent sur plusieurs desgenres qui rentrent dans la même famille quele Jlégalonyx et le? Mylodons ; plus particulièrement sur le Scelidotherium de M . Owen . M. Weddell en a rapporté une très belle tète du gisement de Tarija, et M. de Castelnau en a recueilli d'autres débris dans la caverne dont nous avons déjà parlé, qui est connue au Pérou sous le nom de Samson Macho'i, î^i>^\\\\]nnl caverne de Samson. Le gisement de ces derniers offre cela de particulier, qu'il renferme en même temps et pêle-mêle, d'après M. de Castelnau, des ossements du Scelido- therium, des os d'une espèce de Cerf qui m'a paru être le Cervus paludosus actuel, et, ce qui est plus curieux encore, des os du Bœuf domestique. Ceux-ci ne peuvent y avoir été introduits (ju'à une époque récente , puisque le Bœuf n'existait pas parmi les animaux américains avant la conquête espagnole , et alors les grands Éden- l('s étaient depuis longtemps éteints. La caverne de Samson nous montre donc un exemple des plus évidents du mélange que les eaux ojièrent encore, dans les cavités de ce genre, entre les os.semcnts des animaux qu'elles ontreçus pendant l'époque diluvienne et ceux lies animaux morts depuis le commencement des temps historiques, t^'est de la même manière, sans doute, que des débris hiunaiiis ont été associés, dans beaucoup de cas, à ceux des grands Mammifères éteints soit dans les cavernes de l'Europe, soit dans celles de l'Amé- rique, et M. de Castelnau a aussi recueilli des ossements humains dans la caverne de Samson. G. CuvieretdeBlainville n'ont pas eu la même opinion au sujet des affinités, qui semblaient, au premier de ces naturalistes, devoir faire rapprocher des Paresseux les grands Edentés fossiles dont nous venons de parler, et qui servent de types aux deux familles des Mégalonycides et desMégathéridés. Le nouveau genre d'Édentés sud -américains, auxquels je donne dans mon ^Mémoire le nom de Lestodon, doit faire cesser tons les doutes qu'on aurait pu conserver à cet égard. Il joint, en effet, à des formes ostéologiques analogues à celles de ces deux groupes d'animaux, et en particulier assez peu différentes de celles des Mylodons, pour qu'on l'ait jusqu'à présent confondu avec eux, le caractère remarquable d'être pourvu à l'une et à l'autre mâchoire DE l'amébiqi'e Méridionale. 337 d'une paire de dénis eaniiiilormes (jui rappellent relies du Pares- seux l'nau [Uradtjpus rlidactyliis . I.es collections du Muséum ont reçu de Buenos- Ayres des restes de deux espèces de ce nouveau genre, l'une et l'autre grandes comme le Mylodon et le Scélidothé- rium. Je donne à c(;lle qui a les canines les plus fortes et la barre plus considérable le nom de Leslodon armatus ; l'autre prendra le nom de Leslodon myloides, rappelant une analogie plus grande avec les Mylodoiis. Je décris aussi un fragment du crâne d'un Tatou (juc .\I. Wed- dell a retiré do la couche à ossements de Tarija. Ce Tatou ne sau- rait être distingué de VEncouherl actuel , que l'on n'avait point encore observé à l'élat fossile. 5. On trouvera encore dans mon travail la détermination de quel- ({ues débris api)artenant à d'autres animaux. Quehpies-uns indi- quent un Cubiai Hijdrocliœrus) très semblable à celui d'aujour- d'hui, mais provenant du dépôt de Tarija. 6. D'autres pièces que je faisaiissi cnniiaifre sont les os d'unFe/w presque au.>sigi'and(iue le SmilodoiumMachairodusneoyœus. Elles sont aussi de Tarija. J'y ai ajiin((' la description de plusieurs parties très caractéristiques deux iiioi;iires infi'ricures, un astragale et des os du métatarse 'qui viennent d'un Ours presque égal en dimensions aux Ursus spelœus et arcloideus, fossiles en Europe. Ces ossements d'Ours ont été découverts aux environs de Buenos-Ayres ; leur espèce était bien plus grande que celles que Ion voit maintenant dans r.Vmérique méridionale : c'est la même que j'ai précé- demment indiqui'e sous le nom iVUrsus bonariensis f 1\ Je donne dans ce recueil i pi. 5, fig. 1) une repri'.sentation des deux dents molaires quf; le Muséum en possède. KXPLICATION DES FIGURES. PLANCHE 5. Fig. 1 . l.a carnassière inférieure el la première arrière-molaire de V Ursus bona- rieiisis, de grandeur naturelle. CIn voit en avant les deux alvéoles de la der- nière avant-molaire. (1j Zoologie et Paléontologie françaises , t. 1, p. 189. 4' série. Zoul. T. lll. (Cahier n« 6.) * 22 338 p. KURVAK. Fig. 2. L'humérus du Toxodon plaiensix réduit à j delà grandeur naturelle. Fig. 3. Cubitus du même ajiinial. Même réduction. Fig. 4. Son fémur, vu par la face antérieure; ou lig. 4 a . par la face posté- rieure. Réduit à 1/9. Fig. 5. L'astragale du même animal, vu par la face supérieure. Fig. 5 o, le même os vu par sa face inférieure. Ces deux figures sont réduites à 1/3 de la grandeur naturelle. Fig. 6 et 6 n. L'astragale de l'Èléplianl d'Asie vu comparativement avec celui du Toxodon et à la même réduction. SUR UNE ESPECE DE RORQU.VL FOSSILE, Par M. Paul GEBVAIS. L'existence des Cétacés du genre Rorqual pendant l'époque ter- tiaire supérieure a été mise hors de doute pour la première fois par la découverte de débris très caractéristiques trouvés eu Lom- bardie, et dont Corlcsi a donné la description, en 1809, dans son Mémoire sur les fossiles du Plaisantin. G. Cuvier en jiarlc dans un des paragraphes de son ouvrage sur les Ossements fossiles, et Des- nioulins, dans un des articles du Dictionnaire classique, imjwse aux deux espèces que ces débris représeulent les noms de Balœna Cuvieri elCortesii. De son côlé, M. Van Beneden a reconnu pour ap|)artenir à des Rorquals certaines caisses auditives de Cétacés , que l'on recueille de temps en temps dans le crag d'Anvers ; et , plus récemment, M. R. Ovven a fait la même observation pour celles (jui proviennent du crag d'Angleterre. J'ai moi-même signalé dans ma Paléontologie française (\) plu- sieurs gisements de Rorquals propres au midi de la P'rance. Voici le passage où il en est question : « A en juger d'après quehjues vertèbres trouvées auprès de Montpellier, dans les sables marins pliocènes, et d'après quelques os analogues découverts dans la mollasse de Saint-Didier rVauclusej, dans le falun de Romans (Drame) et dans le fahui de Salles (1) Tomel, p. 158. SLK LNK KSPÈCH 1)K ROItQlAL FOSSILE. 339 (Gironde I, il a évidemment existé dans les mers miocènes supé- rieines el plioeènes des Cctaeés !i|)prneli!inl des Baleines aeluelles p;u' leur taille, el de la mèiiie^ laiiiille ([nVlles. (;e|iendanl nuits n'avniis pas Iniijnuislc NKiyciiirassin'ci' le ^enre précis auquel ces ('S|ièces ont appartenu , et dans ipiehpies cas il est difficile de les distinguer des (>aclialots. Des dents trouvées à JMonlpellier(Hérault) el à Sainle-Foix (Gironde 1 nous prouvent, en efl'el, (]ue les Cacha- lois '{) existaient à la même époque. Une mâchoire, déterrée dans Montpellier même, au cul-de-sae des Pénilenis hleus, et qui a été signalée comme une côte de Baleine, nous montre d'autre part que les Cachalots n'étaient pas les seuls grands Cétacés de cette époque, puis(|u'elle a tous les caractères des Baleines, et plus particulière- menl ceux des Rorquals, (le sont encore des Ror(}uals, ou peut- être des Cachalots , mais certainement des animaux différents des vraies Baleines, que nous iudi(|uenl deux verlèhres atlas non sou- dées à l'axis, doni l'une a é'té dt'Converte à Saiul-Didiei- par M. Eugène Raspail, et l'autre à Romans ]iar M. Ciialande. Cette dernière m'a offert les dimensions suivantes : Larjieur, 0"',250 ; hauteur, 0'", 175 ; largeur du canal rachidien,0"',070; hauleurdu même canal, 0°',100. Une vertèbre lombaire, trouvée aussi dans le terrain miocène supérieur de Romans, a son corps long de 0°',185, large de 0",155, et haut de 0"',125. >. Un fiagmeni de caisse auditive que j'ai reçu du gisement mio- cène de Poussan Hérault indi(pie aussi un Ronpjai , dont les dimensions élaicnt peu considérables. H est fâcheux (ju'on n'ait point encore pu faire une comparaison exacte de ces différentes pièces les unes avec les autres, et avec leurs analogues, dans les Rorf|uals aeluels. Je regrette aussi de n'avoir pu comparer en nalurc le maxillaire inférieur que je vais décrire, et dont je donne ici la ligure (pi. 4, fig. 1 et 1 a) avec celui des Rorqualus Cuvieri et Cortesii; mais j'ai [lensé (ju'il ne si'rail cependani pas inutile d'en piddier dès à présent la descrip- (1* M. Bourlier, pharmacien militaire, m'a remis depuis lors une portion de l'os maxillaire d'un Cachalol , qui a été trouvé flans le gisement de Mont- pellier. â/|0 P. GEBVAIS. lion. Les cétacés fossiles sont encore trop incom|)létement connus pour iiu'on laisse échapper les occasions qui se |)résenlent d'ajou- ter quelques nouveaux ilélails à ceux (|ue la science a pu réunir à leur égard. Le maxillaire inférieur que j'ai cité plus haut, comme ayant été trouvé dans Montpellier même , est de longueur ordinaire , et sa forme ainsi que ses propt^rtions rappellent ce que l'on voit dans les Rorquals actuels. Celui qi:e je vais décrire est ('gaiement entier; mais il a une longueur beaucoup moindre, et il est proporlionnel- lemenl plus grêle. Il a été retiré des sables marins aux environs de la même ville, et appartient au dépôt i)liocène dont nous avons déjà décrit tant d'espèces. Ses proportions seuibleiit le distinguer iesRorqualîisCuvieri, dont G. (envier reproduit la ligure d'après Cortesi. Ce nouveau Rorqual de Montpellier était aussi plus petit que celui-ci, cl, sous le rapport des dimensions, on peut tout au plus comparer l'animal dont il provient au Rorqualus Cortesii, auquel on suppitse une longueur totale de 4 mètres. En ellet, le maxillaire inférieur qui nous le fait (xinnaître n'a (jue 0'",83 de longueur , tandis que celui du Rorqualus minor du .Muséum, qui est cependant bien inférieur en dimensions aux Ror- qtialus rnstratusJo7igimctnus et capeHs/s, al", 65. Eu supposantque le rapport entre la longueur de la mâchoire inférieure et celle du reste du corps soit la même ipie chez cette espèce, on aurait pour le petit Rorqual des sables marins de Montpellier une longueur de 3'", 50 environ. Celle du Rorqualus minor esl de 7 mètres. Ce maxillaire provient bien d'un Rorqual , car il a comme celui des animaux de ce genre l'apophyse coronoïde très marquée, tan- dis que celle (les Baleines esl loul à fait surbaissé(\ Ses ()ro|)orlions rappellent aussi d'une manière plus exacte celle du maxillaire infé- rieur des (À'lac('s du même genre ; c'esl ce qu(> nous avons reconnu en le comparant aux pièces de l'un et l'autre genre que l'on con- serve dans la galerie ostéologique du ÎMuséiuTi. Quoiqu'il paraisse provenir d'un individu adulte ou à peu près adulte, la rainure de son bord dentaire est mieux marquée. Ce caractère pourrait faire supposer (|ue les petites dents (ju'il poss(''(lait sans doute pendant sut l.NK KSl'RCK IIK ItOKyl \L FOSSILK. ilil son jeune âge comme les autres Rorquals , disparaissaient moins promiitement. La plicature de son bord interne est plus appa- rente, ce qui n'aurait pas lien si ce Rorqual était aussi jeune (jne pourrait le faire supposer sa petite dimension. J'ai déposé cette pièce dans lescolleelions de la Faculté des sciences de Mont- pellier. Le dessin que je donne (pi. 4) est réduit à i? de la grandeur naturelle ; la figure 1 en montre la face externe , cl la ligure 1 o le bord supérieur, ainsi que la rainure dentaire. N T E LE CARACTÈRE OSTEOGÉNIQUH: DE LA PERFORATION Ql'l A>'FKCTE, li.^NS CN GRAND .NOMBRK DE CAS, LA CLOISON DES FOSSES OLÉCIIA.MKNNE ET CORONOÏDE DE l'hUMÉRUS. Par U. UOLLAKD, l'rolcsseur à 1.1 Faciiltfi «le? sciences de Poiliei's. .M. (luvier, dans sa notice sur la Néiuis liollentote , et à propos des particularités que présentait le système osseux de celte femme, faisait iruianiuer que « la lame qui sépare la fossetlecidiifale anté- rieure cl la postéiicurc de l'iiuniérus n'était pas ossiliée : il existe, dil-il , un trou à cet endroit conune dans l'iiumérns de plusieurs Singes, des Chiens et de (juelqucs autres Carnassiers. » Cette parti- cularité, remai-quée aussi sur des s(pielettes de momies guanclies, était donnée comme lui [loint de contact entre deux races, d'ail- leurs Fort différentes, et indiipiée comme un signe de dégradation vers l'animaliti'. Bory de Saint-Vincent et Desmoulins allèrent même jusqu'à faire de la pré.sence du trou olécranicn de l'iiumé- rus un caiactère s|)écilique , cl le second de ces auteurs s'exprime surcc sujet d'une manicie trcscalégori(pie : «La fosse olécranienne de riiuiiiéius, dil-il, au lieu d'êlrc une simple cavil(', est un Irou conune dans les (juanclies.. .. On ne voit poui- ces différences 342 B. HOLLARO. — PERFORATION i)K L\ CLOISON aucune nécessité mécanique lirce de la (|uaiililé d'action, de la direction, de la position des muscles. C'est un fait primitif, etc. » Cependant on reconnut bientôt, comme je le rappelais dans mon ouvrage sur l'Honune et les races humaines , que la conversion de la fosse olécranienne de l'humérus en frou n'était ni constante chez les peu[ilesdont on en taisait un caractère essentiel, ni exclu- sivement propre à ces peuples. D'une part, M. Dubreuil, dans un mémoire présenté à l'Académie des sciences iSur les caractères des races pris de la tête osseuse) , signalait des momies guanclics chez lesquelles manquait le ti-ou en question; et M. Flourens, dans son rapport sur ce mémoire , amioucaif l'avoir trouvé sur uuc momie égyptienne et sur une femme mulâtre, ajoiitanti|u'il n'était pas très rare de le rencontrer sur des sujets européens. Une fois l'attention dirigée sur ce point , les observations du même genre se mul- tiplièrent , et les anatoniisles , conune le remarque très Bien M. R. Wagner, ne sauraient plus attacher au fait en (piestion sa première importance comme caractère de race. C'est ce doni m'ont aussi pleinement convaincu mes propres observations, en me présentant des exemples nombreux de rcxistence du trou olé- cranien de l'humérus chez des Nègres et chez des Européens , et en me montrant ce trou à tous les degrés de di'veloppeineut, man- (|uant même ([uelquefois à un bras, tandis qu'il existe à l'autre , comme on peut le voir en ce moment surles(|ucletle de la collection de j\IM. Verreaux. Mais celte particularité anatoiniquc, pour n'être pas ce qu'on la croyait, n'en existe pas moins. Quoique accidentelle dans l'espèce humaine , elle y revêt peut-être un caractère do constance relative dans quelques races , et doit être d'autant moins oubliée sous ce rapport, que nous la retrouvons comme l'ail n'gulierdans quelques animaux supérieurs. Les Chimpanzés et les Gorilles se distinguent sous ce rap|iort par la largeur du trou olécranien ; il est moins constant ou man(|ue même chez les ( )rangs, si je puis m'en rapp(u- ter au petit nombre de sujets de ce groupe que j'ai eu l'occasion de voir, et (jui ('laient tous jeunes. Nous le retrouvons ensuite dans quelques autres Singes; chez |ilusieiu'S (Carnassiers, tels (pie les Chiens ; chez des Pachydermes, comme le Sanglier ; enfin chez le DES FOSSES OLECKAMKNNE Eï OORONdïbK DE LHIMÉRUS. 3/|3 Clievrotaiii poile.-iiiusi', parmi les Ruminants. La iierl'oration de la fosse olécraiiienne n'est donc pas un sim|)le acciilent plus ou moins rare, rentrant dans la eatégorie des [)artieularités individuelles; c'est un l'ail dont la fréquence et quelquefois la constance indiquent une tendance (générale , un fait cpii se présente comme le terme extrême de celte tendance, dans un cas particulier du tféve- loppement ostéogénique , et qui mérite certainement un moment d'attention. .M. (Juviei' considérait lu [lerforation de la fosse olécranienne comme une simple lacune, par dél'aut d'ossification de la lame iuterposi'e enlre les deux fossettes inférieures de l'humérus. Les lois d'ostéoj;cnie forimdécs par M. Serres , et plus spécialement la loi de conjugaison, semblaient conlirnier et compléter cette expli- cation , en donnant à penser que la fosse olécranienne résultait de la rencontre ou conjugaison du corps de l'iiumériis avec les épi- physes qui foi'ment l'extri-mité inférieure de cet os. La première f|uestion à résoudre est donc celle du vrai caractère ostéogénique de la fosse olécranienne et de la fossette, qui, sur la face antérieure de l'Iiuméius , reçoit ra|)opliyse coronoïde ou cubitus. Ces fosses sont -elles ou non des traces de la conjugaison de plusieurs centres d'ossilication , et le trou olécranien a-l-il la valeur d'un lion de conjugaison ? Je n'avais qu'une cliose à faire (loui' i'(''souilre cette question : suivre le développement del'liumérus, en commençani tiès l'i-poque où l'on ne voit cncoie (jucle corps de cet os, et en arrivant jusqu'à celle où les (pialre noyaux é|)ipliysaires qui complètent son extré- mité inférieure se réunissent à celle-ci. Cette dernière époque est tardive, connue on li" sait ; les noyaux épiphysaires n'apparaissent (|ue dans le cours des premières années qui suivent la naissance ; ils ne se réunissent que vers l'âge de neuf à (|iialor/.e ans, et ne se .soudent à l'os lui-même (|ue beaucoup plus tard encore. Or je me suis convaincu que la fosse olécranienne pi<''cédc toute celte longue pé-riode, cl (|u'elle ai»|iarlicnt exrlusi\eiuenl au dévelojipement du corps de l'hunK-rus. Sur lui fo'lus de deux mois, l'exln-mité infé- rieiue ilu corps de cet os est simplemeni élargie dans le sens transversal, (d faiblement amincie d'avant en arrière, sans porter 344 n. HOLLARD, PERFORATION DE LA CLOISON encore aucune trace de dépression ; mais bientôt elle se creuse légèrement sur le milieu de sa l'ace postérieure, où l'on commence à apercevoir une fosse superficielle et triangulaire , dont la base aboutit à l'extrémité de l'os. Dans les mois suivants, cette fosse , qui est destinée à recevoir l'olécrane , devient de plus en plus pro- fonde ; puis vient un moment, vers le dernier mois de la vie fœtale, où l 'amincissement de l'os sur ce point s'arrête pour le bord infé- rieur , et plus ou moins arrondi, qui le termine , en sorte que ce bord semble se relever en talus, à partir de la partie la plus pro- fonde de la fosse, et que celle-ci se trouve complète , bien circon- scrite de toutes parts, avant la première apparition du premier noyau épiphysaire. Lorsque la poulie articulaire : la trocbléej, sur laquelle glissera le cubitus, est formée et complète, elle ne fait que s'adosser contre le bord iiil'(''rieur d'une dépression déjà parfaite- ment limitée. La fossette opposée , ou coronoïdienne , est plus tardive que l'olécranienne ; mais elle se forme de la même manière. Ces deux fosses, en se creusant, finissent par n'être plus sépa- rées que par une mince cloison osseuse qui représente deux lames superllcielles de tissu compacte venues peu à peu à la rencontre l'une de l'autre des deux faces de l'os , par la disparition du diploé ou tissu spongieux qui les séparait d'abortl. (^es deux lames, ados- sées l'une à l'autre sur une étendue (jui dépasse souvent un centi- mètre de droite à gauche, forment ainsi une cloison oblongue à grand diamètre transversal, (|ui se dessine très nettement au milieu du tissu spongieux qui l'entoure sur une coupe longitudinale de l'épatemenl terminal de l'humérus. Elle s'amincit plus ou moins , et, si je ne me trompe, proportionnellement à l'étendue du diamètre transversal de l'os et de la fosse oiécranienne. On voit, en effet, la cloison intacte, et même tout à fait dépourvue de translueidité sur ([uelques os dont la fosse est généralement ]ilus haute que large ; sur d'autres on la trouve translucide , et même entamée sur une de .ses faces par une lacune qui laisse voir l'autre lame intacte; enfin l'amincissement, porté plus loin encore , amène la perforation des deux lames et un trou olécranien plus ou moins étendu , dont le grand diamètre est comme celui de la cloison dirigée transversale- DES FOSSES OLÉCRANIETVNE ET CORONOÏUK DE l'hUMÉRLS, o/|5 ment. Os derniers cas concordent en général avec un élargisse- nieiil [iroloiigé de la fosse olécranienne, puis de rextrémiti' luinié- rale dans laquelle celle-ci est creusée , et entin de l'olécrane lui-même. C'est ce que l'on peut observer dans une proportion fort remarquable sur les articulations huméro- cubitale du Gorille et du Chimpanzé , cliez lesquels le trou olécranien offre des dimensions considérables; c'est encore ce que je vois, d'une manière très sen.sible, sur un squelette de nègre ilont j'ai l'ail l'acquisition. Ainsi le trou olécranien se rattache au développement de lalossc du même nom, et résulte essentiellement de l'exlrcme amincisse- ment de la cloison (|ui sépare cette fosse de la fossette coroiinï- dienne; il est comme le terme exlrème, mais non nécessaire, d'une lendance ou d'un fait de progression , cl ne rentre pas sous l'em- pire de la loi de conjugaison qui préside à la formaliou des cavités normales du squelette. Il s'ensuit (|ue le trou olécranien se dé- pouille une fois de plus de cette apparence de fait primitif 'qui sem- blait l'élever à la valeur d'un caractère spécifique. En tout état de cau.se, nous avions besoin d'en connaître la vraie siguilication ana- tomique el osléogénitjue : et s'il se trouve que la pcrforaliim de l'extrémité de l'humérus soit à la fois plus fréquente dans certaines races rpie dans d'aulres, cl (pi'elle se rattache à certaines modifica- tions générales de l'arliculalion huméro-cubilale, comme j'ai (juel- que raison de le penser d'après mes observations , la dépendance de ces deux ordres de faits pourra l'endre à celui qui m'a spéciale- ment occupé dans cette note plus de valeur qu'on ne lui en accorde aujourd'hui dans l'histoire anatomique des races humaines. DE QUELQUES FAITS PATHOLOGIQUES PROPRES A ÉCLAIRCIR LA QUESTION DE LA PRODUCTION DU SUCRE DANS L'ÉCONOMIE ANIMALE, Par m. AIVDR4L. Les découvertes sans nombre dont la physiologie est redevable aux expériences tentées sur les animaux vivants prouvent suffi- samment toute l'importance et toute la fécondité de celte méthode d'investigation t\\\\ , depuis Galien jusqu'à nos jours , tour à tour abandonnée et reprise, a marqué par ses progrès divers ceux de la physiologie elle-même. Cependant il y a encore pour cette science d'autres sources de lumières, et sans parler ici des renseignements de toutes sortes que peuvent lui fournir, soit la simple observation de l'homme qui vit de sa vie normale, soit les recherches de l'ana- lomie comparée, qu'il me soit permis de rappeler qu'une autre source de lumière pour la physiologie, c'est l'observation de l'homnic malade. Un fait physiologique, quel qu'il soit, ne me itaraît pouvoir être regardé connue liors de toute contestation et avoir acquis toute la certitude désirabh^ que lorsque, repris tour à tour parl'expc'ri- mcntation, par l'observation de l'homme sain ou malade, parl'ana- tomie eonqiarée , il est resti^ inébranlable , et s'est présenté tou- jours le même. Il y aurait à écrire quelques [lagcs rpii ne seraient pas sans intérêt sur les avantages de chacun de ces moyens d'in- vestigation, sur leur [missance et leur [lortéc respective, sur le parti que l'on peut tirer de chaciui d'eux, sur la manière dont il est néces- saire de les contrôler l'un par l'autre. Aujourd'hui, je veux seule- ment, en me plaçant au pointdu vue pathologique, a[iporter quelques matériaux à l'étude de la (piestion si intéressante de l'origine du sucre dans l'économie animale. Je vais , dans ce but , soumettre à l'Acadcmie quelques observations relatives à ce sujet , que j'ai eu occasion de faire chez des diabétiques. Je parlerai d'abord de l'inlluencc exercée par la privation des ali- ANDBAL. — DE LA l'RODUCTION , ETC. 347 meiils sur la quantité de sucre contenue dans l'uiine de ces malades. A cet égard, j'ai observé ce qui suit : Lorsqu'un malade dont l'urine contient du sucre cesse , par une cause r|uelcon(|ue , de prendre des aliments , j'ai vu, sans |iré- lendre qu'il en soit ainsi dans tous les cas, le sucre de son urine diminuer ou dis[iaraitre. A l'appui de cette assertion je citerai quel- ques chiffres, en rappelant, comme garantie de leur exactitude, que, dans tous les cas dont il va être question, l'extraction et le dosage du sucre ont été laits, sur mon invitation, par M. Favre , dont l'Académie connaît depuis longtemps le nom et les travaux. Ainsi une l'emme, dont l'urine était analysée ciiaqucjdiir, rendait chaque vingt-(piatre heures, avec ce liquide, de 40 à 70 grammes de sucre par litre. Le régime à la Ibis abondant et excitant auquel elle était soumise amena chez elle une affection gastro-intestinale caractérisée par une perte complète d'ap[)étit et de la diarrhée ; on diminua d'abord ses aliments, puison les lui supprima entièrement. L'urine, la veille du jour où le régime alimentaire fut rendu plus ténu, avait donné 54 grammes de sucre par litre : quarante-huit heures après, elle n'en donnait plus que 34 grammes; puis, après vingt- quatre autres heures écoulées, 28 grammes. La malade fut soumise à ce moment à une diète absolue : au bout de ([uarante-huil heures d'abstinence coniiilète, il n'y avait plus dans l'urine un atome de sucre. L'amélioration des fonctions digcstives permit alors de rendre quekpies aliments ; cependant le sucre ne reparut jjas sur-le-champ. Ce ne fui que trois jours après la rupture de la diète absolue, que l'on conmieni.a à en retrouver dans l'urine : la première fois il n'y en avait que '20 granmies par litre ; puis très rapidement sa dose revint à ce (pi'elle avait ét(' avant la suspension de l'alimentation. Ainsi, tandis que M. (11. Iternard monire dans ses expériences que le foie et le.'i veines sus-hépatiques contiennent beaucoup moins de sucre lors(|ue les animaux ne (irenneut [iliis d'aliments, les faits donnés |)ar la pathologie marehml dans le même sens; et, en mon- trant que la soustraction des aliments fait disparaître le sucre de ^ l'urine, ils autorisent à admettre que si alors il n'y a plus de sucre ■ dans ce liquide, c'est qu'il s'en forme au moins une quantité plus ois ANDBAL. UK LA l'RODLCTlOiN .Vliiis ici une ;iiitre quoslioii se présente : c'est celle de savoir si , en l'iibseiice des substances ;ilimeiitairessusce|itibles,ijuiii' la science du cliiiiiiste, de se transformer en matière sucrée, celle-ci n'en peut pas moins se produire, dans l'organisme, aux dépens des matières albuniinoïdes prises exclusivement jiour aliments. On sait que les expériences de M. Bernard l'ont conduit à une solution al'lirmative de cette question ; on sait qu'il trouve dans le foie et dans les veines sus-hépatiques une quantité considérable de sucre (iiez des Chiens (pii depuis longtemps n'ont pris (jiie de la viande pour nourriture. Or les faits pathologiques vont nous conduire à une conclusion ana- logue : ils nous apprennent, en effet, (pi'en soustrayant de la nour- riture des malades atteints de glycosurie toute espèce de matière sucrée ou amylacée, on peut bien, à la vérité, diminuer, momenta- nément du moins, la quantité de sucre que contient leur urine; mais dans rin)mense majorité des cas, on ne la réduit pas à zéro, ou du moins on ne l'y réduit que d'une manière passagère , et l'on peut même voir, avec un régime animal exclusif, la proportion de sucre dans l'urine aller croissant. Un des faits de ce genre les plus re- marquables et en même temps les plus probants, en raison de la riguem- absolue avec laquelle le régime fut suivi, est celui d'une fenmie qui, dans la persuasion infime où elle était qu'un régime exclusivement animal jiourrait seul la guérir , eut le courage de s'y soumettre pendant près de deux mois, sans en dévier un seul jour; pendant ce temps elle ne prit d'autre nourriture que de la viande bouillie ou rôtie, et elle ne but (pic de l'eau à lacjuelle on ajoutait une petite quantité d'alcool : au bout de ce temps elle dut abandonner ce régime qui lui était devenu insupportable, et d'ail- leurs elle n'était pas mieux. Au moment où elle commença à y être soumise , l'urine donnait 27 grammes de sucre pour un litic ; pen- dant les premiers temps , la proportion de sucre diminua à ce point qu'on n'en trouva plus successivement par litre que 20, 15 , 12 , et enlin 10 grammes seulement; puis tout à cou(i, et sans qu'à coup sûr aucune infraction au régime eût eu lieu, la proportion de sucre s'éleva de nouveau. Nous la vîmes progressivement monter de 10 grammes à 15, 20, '60, Mi-, 49 granuncs par litre; il n'y eut pas d'ailleurs un seul jour où ce principe disparut complète- ni- SUCRE DANS LE FOIE. 349 inenl. En oiilre, ce ijui PsI Ibrl dipne d'iiltcnlion, c'esl qiio poiidaiil les [nviiiiers temps m Ton cominenra ;i mêler à la viande des (Piils, du lait, nn peu de pain ordinaire et de légumes, et qu'on remplaça l'eau alcoolisée par de l'eau vineuse , la ([uantité de suere, contre toute prévision, se mit à diminuer de nouveau ; on n'en trouva plus que 30, 26, 15 grammes par litre ; puis an bout de quelques jours, le régime restant le même, elle augmenta, et trois semaines après l'institution de ce régime mêlé, on trouvait dans l'iu'ine 54 grammes •le sucre par litre. De tout cela ressort un fait reniarciuabie : c'est que, toutes les fois (|ue chez cette diabétique le régime est brusque- ment changé, soit (pi'on lui enlève les féculents pour ne lui donner que de la viande, soit qu'on mêle de nouveau des féculents à sa nourriture, la quantité de sucre commence par diminuer momen- tanément, |iuis de nouveau elle s'accroît. Il résulte de ce ipii précède, et c'est là la conclusion principale sur laquelle je veux ajipeler l'attention, qu'une nourriture exclusi- vement composée de matières albuminoïdes n'empêclie pas chez l'homme le sucre de se produire, comme cela a eu également lieu chez les animaux soumis aux expériences de M. Cl. Bernard. J'ajou- terai que le l'ail dont je viens de soiunettre quelques détails à l'Aca- démie n'est pas pour moi un l'ait isolé et comme solitaire; j'en ai vu plusieurs autres semblables , et il n'y a pas encore longtemps que j'ai trouvé, chez nu diabétique qui se nourrissait exclusivement de viande, jusqu'à 8'2 grammes de sucre par litre d'urine ; et comme il rendait 8 litres d'urine en vingt-ipiaire heures , il s'en- suit (jue , dans cet espace de temps , il expulsait de son économie , et par c(iusé(pient il produisait 656 granunes de sucre. Si, conune il est permis de le déduire des expériences de M. Ber- nard, le sucre se forme dans le foie , et si le sang qui sort du foie chargé de sucre n'en contient plus lorsqu'il a traversé le poumon , on peut se demander si le sucre que l'on trouve dans l'urine et dans d'autres liquides des diabétiques provient, ou de ce que le foie malade en forme une quantité surabondante qui échappe à l'action du poumon , ou de c'e ipie ce dernier organe , altéré lui-même , laissi- passer intact le sucre qui y arrive avec le sang hépatique. Vlaisdu ne trouvcdans le poumon des diabétiques aucune altération 350 AKDBAI.. — DE LA PllOOrCTION Spéciale; senlemoiil on y rciuoiilrc |ii'cs(|U(' Idiijours des liilitT- cules. A foiip sur ce nesuiil pas reiix-ci ipii proihiiscnl le dialiète, car l'iiiine (tes phlhisiques ne eontieiil pas ordinairenienl de suere ; et fjiianl à la question de savoir si , dans les cas où la lespiraliun est gênée, i'nrine renlernie du suere, ainsi que l'a établi M. Alvarez Reynoso, c'est encore là un sujet à l'étude. On ne trouve pas non plus liabituelleiiKMit de sucre dans l'urine des individus atteints des ditïérenles alt'ections du l'oie décrites jusf|u'à ce jour. Mais , tandis que le poumon ne présente rien de s|iécial chez les diabétiques , il m'a paru ne pas en être de même du l'oie. En effet, depuis la publica- tion des travaux dcM. Cl. lîernard, j'ai l'ait cinij ouvertures decorps de diabétiques; dans ces cinq cas, le l'oie ne présentait pas évidem- ment ses conditions anafomi(pies normales , et l'altération qu'on y reconnaissait était toujours la même : c'était une coloration d'un rouge brun tellement prononiée, (pu; le foie, au lieu de présenter cette apparence de deux substances qu'on y retrouve toujours, l'une jaune ell'autre rouge, n'offrait plus, dans toute son étendue, qu'une teinte rouge parfailement uniforme. Il y avait là évidemment tous les caractères anatomiques d'une hypérémie fort inlensc, et d'un autre aspect que les hypérémies ordinaires du l'oie, liypérémies qui, sous l'intluence de causes très diverses, se produisent si faci- lement et si fréquemment dans cet organe. Ainsi , chez les diabé- tiques, le foie se fait remarquer par la très grande quantité de sang qui partout gorge son lissu. La conslance de ce fait est une preuve de son importance, et si le loie sécrète du sucre, il est logi(iue d'admettre que l'hypérémie du l'oie des diabétiques est le signe ana- tomiquc d'une suractivité survenue dans sa fonction glyeogé- nique; et ici encore nous voyons la physiologie et la pathologie se contrôler et s'éclairer l'une par l'autre. Et qu'on ne dise pas que la nourriture substantielle et fortement azotée qu'on donne aux dia- bétiques est la cause de cette hypérémie; car parmi les cinq cas dont il vient d'être question, il y en a deux relatifs à des malades chez lesquels l'alimentation resta à peu près l'alimentation ordi- naire ; chez ces deux malades, cependant, le foie présentait un aspect analogue. Que si toute congestion liépali(pie n'est pas suivie d'une augmentation dans la production du sucre ; si , par exemple , elle nv srcRE mus le foie. 351 a pour elTt't plus liTqiif'iil de répandre flans kiiiles les parties île l'orfranisnie les matériaux ih' la liile, on trouvera peul-ètre la raison de ce que ces laits paraissent avoir d'étrange dans la différence du siège de la congestion. N'esl-il pas possible, en effet, que, suivant que tel ou tel élément anatoniique du foie, ipie tel ou tel ordre de vaisseaux capillaires de cet organe se sera plus spécialement con- gestionné, il survienne tantôt une altération de la sécrétion de la bile, tantôt une altération de la sécrétion du sucre, tantôt une mo- dification de telle autre action organique dont le foie peut encore être l'instrument? Ce sont là des questions d'avenir dont il faudra demander la solution, soit aux injections anatoniiques, soit aux recherches microscopiques. Aujourd'hui , tout ce que je prétends établir, c'est que chez les diabétiques le foie ne présente pas analo- miquement son état normal, que l'altération qu'on y constate est toujours identique , et (jue ce fait , trouvé depuis la découverte de la fonction glycogénique du foie , peut à son tour en devenir une des preuves. LETTRE RELATIVE A DE KODVELLES EIPÉBIENCES SLR I.K DKVELOPPEMENT DES VERS INTESTINAUX, AORESS^B A U. MILNE EDWARDS Par m. L.-B. LEIXKART. Monsieur , Je ne veux pas parler ici de mes expériences sur la méta- niorpliose des Cysticerques en Taenias, ([uoiiiu'elles soient nom- breuses et si eoufoi'uies, qu'elles seules suftiraient pour ne plus niellreeii doute la réalité de cette métamorphose. Il y a presque deux années que je nie suis appliqué à produire les Cyslicerf|ues des œufs de Tieiiia iiondus dans l'iiilestin, et à en suivre le dévelo|)pe- nient. C'(;st avec beaucoup de raison que .M . Valenciennes demande cette manière d'observation pour décider la(juestion qui nous agite. Je suis bien aise d'être à même de vous annoncer que mes 352 L.-B. LEVCKART. LETTRE travaux ne sont pas restés sans résultai; non-seulement j'ai trouvé bien souvent des Cysticerques dans les Mammifères nourris avec des progioltides mûrs, et j'ai produit de cette manière le Cysticercus fasciolaris fdu Tœnia crassicollis i , le Cysticer- cus cellulosœ (ûu Tœnia solium), le Cysticercus pisiformis (du Tœnia serrata vera) , le Cysticercus tenuicollis (du Tœnia cysti- cerci-lenuicollis) ^ le Cœnurus cerebralis (du Tœnia Cœnurus), observation aussi faite par MAI. Van Beneden et Kiichenmeister ; mais encore j'ai acquis une connaissance à peu près parfaite du développement du Cysticercus pisiformis. Pres(iue tous les jours, j'ai disséqué des Lapins infectés pour observer les changements successifs de l'embryon. Les embryons de Tœnia serrata arrivent presque tous, avant la métaniorpliose en Cysticerques, dans le foie, dans lequel on trouve, liuit à dix jours après avoir fait avaler les omfs, un très grand nombre de corpuscules blancs de la grandeur d'un grain de mil. J'ai vu des foies contenant des milliers de ces corpuscules dissémi- nés dans la substance entière, tellement qu'on ])0urrait soupçonne)' que le Lapin est affecté d'une tuberculeuse miliaire. Ces corpus- cules sont les jeunes Cysticerques dépourvus de leurs crocliels, et entourés d'une exsudation granuleuse. Le Ver a une organisa- tion très simple et la forme ronde. Je regrette de ne pouvoir pas encore indiquer assurément la voie par laquelle les embryons parviennent dans le foie , n'ayant pas encore été assez heureux jusqu'à présent pour trouver l'em- bryon voyageur (c'est la seule larune qui se trouve dans la série de mes recherches, mais j'espère bientôt la remplir avant île i)ublier mes observations in extenso). Il y a néanmoins des raisons poiu' présumer que les embryons , après avoir percé les parois de l'in- testin, entrent dans les vaisseaux sanguins, et sont introduits par là dans le réseau capillaire de la veine porte. Les embryons les |)lus petits quej 'aie trouvés dans le foie avaient 1/12 de millimètre ; mais la|)luparf de ces parasites ne resteid ipie (piel(|iie temps dans cet organe; ils croissent en s'allongeant beaucou|), et s'ap[irochent de plus en plus de la .surface du foie, jusqu'à ce qu'ils rompent la paroi pour tomber dans la cavité abdominale. C'est dans la troisième StR LE DÉVELOPPEMENT DES VERS INTESTINAl'X. 353 semaine qu'on trouve lous les jours des émigranis jilus ou moins dépendants du foie , quelques-uns nus, quehjues autres enveioiipés de l'exsudation dont j'ai déjà fait mention , et de la membrane séreuse du foie. Après la sortie, les ouvertures des galeries se fer- ment, et celles-ci se contractent. Les cicatrices qui restent sont bien longtemps après encore visibles, surtout quand le nombre des jeunes Vers est considérable. Au temps de l'éelosion , les Cysti- cerques ont à peu près I à 2 millimètres. Leur forme est très allon- gée, ainsi ils ressemblent plus ;'i un jeune Nématoïdc qu'à un jeune Cysticerque. Le corps est bien parencbymafeux , principale- ment au bout antérieur où l'on trouve (fig. H i un point blanc nu- cléiforme, qui devient d'autant plus distinct que le centre du corps est clair et liquide, et d'autant plus épais que le Ver grandit davan- tage. Ce nucléus est le premier vestige de la tête , qui , jamais (comme on l'a dit), ne naît des parois de la vésicule recourbée en dedans. D'abord le nucléus est ferme et solide; mais bientôt il change d'une manière remarquable. On observe au milieu de la base une impression (fig. H) qui se prolonge eu un caual, dont la dernière partie s'élargit beaucoup. Enfin le nucléus contient dans l'intérieur une cavité de la foruie d'une bouteille ventrue (lîg. 12 . La membrane mince qui tapisse la cavité est en continuité directe avec la paroi de la vessie, et présente la face extérieure de la tète recourbée du Cysticerque. C'est au fond de la bouteille (]uc la couronne di\s croclicts prend sou origine , presqu'en même temps que les ijualre ventouses naissent par-dessus (fig. 13). Ceux-ci sont formés d'abord jiardes prolon- gements obscurs, dont le bout se couvre d'une large couche muscu- laire eu forme de bonnet vfig. 14). Les crochets ont au commen- ceuieut l'aspect de ^letits tubercules, qu'on trouve serrés au fond de la bouteille. Les tubercules s'allongent eu épines, creusées en dedans, qui prennent la foiinc spéciale des crodiets eu produisant les deux rames basilaii'cs. Au lieu de l'iusertiou , le fond de la bouteille forme un petit bouclier saillant, le rostellum ^fig. 14). Pendant le dévi^loppeincnt di'Ia trie, durant environ quinze jours fdc la quatrième jusqu'à la sixième semaines), les jeimes Cysti- cerques ont fait bien des progrès. Le corps, très élargi , a pris de 4' série. Zool. T. III. (Cahier n" 6.) ' 23 35A L.-R. LEUCKABT. — LETTRE plus en plus la structure, d'une vésicule lymphatique , dont les parois sont parcourues d'un riche réseau des vaisseaux presque inconnus jusqu'à présent. Les vaisseaux de la tête, qui sont en communication avec ce réseau, existent déjà après que la bouteille s'est formée. Quand la couronne des crochets est complètement développée , le jeune Cysticerque peut se métamorphoser en Taenia dans le canal intestinal des Chiens. L'expérience de transplantation faite plus tôt ne réussit pas ; généralement c'est la règle que les expériences sont d'autant plus sûres et plus heureuses que le Cysticerque est plus complètement développé. Les changements ultérieurs des Cysticerques ne sont pas de grande importance ; ils regardent l'agrandissement du corps et le développement d'une espèce de cou qui se forme à la basede la tête, et présente au bout de quelques mois une embouchure saillante en avant du nudéus. Chez le Cysticercus fasciolaris , c'est le cou qui forme en s'allongeant beaucoup le corps annelé de ce Ver tsenioide. J'espère que vous serez persuadé de la justesse de mes observa- tions , si vous voulez bien vous donner la peine de les répéter. Le fait le plus intéressant est sans doute la sortie des jeunes Cysti- cerques du foie dans la cavité abdominale. Beaucoup de ces ani- maux émigrés restent libres, pendant que d'autres s'entourent d'un kyste les agglutinant au mésentère, etc.; mais cependant je crois pouvoir soupçonner (|ue quelques-uns de ces Vers se développent dans le mésentère sans avoir parcouru le foie. C'est aussi par les résultats de mes expériences que j'ai acquis la conviction bien certaine que le Tœnia solhim, le Tœnia serrata,\e Tœnia e Cyslicerco lenuicolli et le Tœnia Cœnurus , ne sont nullement identiques , et ne sont nullement des variations d'une seule espèce, comme une autorité bien respectable l'a prétendu dernièrement. Les œufs du Tœnia solium ne produisent jamais le Cœimrus, ni le Cysticercus pisiformis , mais seulement le Cysti- cercus cellulosœ , etc. On n'est pas plus autorisé à appeler les Cysticerques des Vers hydropiques, ce que j'ai fait moi-même auparavant. Les Cy.sti- SLR LE DÉVIvLOlM'EflENT nES'VÊUS INTESTINAIN . 355 cerques ;i vessie Iym|ihaliqiie présontenf une phase de développe- ment tout à fait normale , et ne sont pas plus hydropiques que les FoUiculi Granffiani reiii])lis de liquide. pl\m;iu- \0. Fig. 1 1 . Le jeune Cyslicerque ayant le nucleus presiiue solide. Fig- 12. La partie antérieure du corps renfermant le nucléus rreux. en forme de bouteille. Fig. 13. Le nucléus montrant les premiers vestiges des crochets et des ven • touses Fig. 1i. Le nucléus complètement développé, en tête recourbée. NOTE SLR LE CERVE.VU DES RONGEURS F.T PABTICPLIEREMEST SUR LE CERVE.4U DU CABIAI, Par n. Cnmill»- UARESTE. Dans le ^iénioiie que j'ai présente'' reVemment à l'Aeadéniie, j'ai cliereiié à l'Iahlir les earaclères typiques que pré.seiilcnt les cir- convolutions du cerveau dans iliaque groupe naturel de la classe des Mamniil'ères ; mai j'ai été obligé de laisser de côté plusieurs de ces groupes faute de matériaux. Depuis la rédaction de ce ^lémoire , j'ai |iu , par TtHnilc du cer- veau du Cabiai, conijjlcr une de ces lacunes, cl indiquer les carac- tères typiques du cerveau des Rongeurs. Daulienlon , dans la description analou)ii|ue du (Cabiai, rédi- gée pour VHisloire naturelle ûc ISulTou, avait déjà dit que le cerveau de cet animal présente de nombreuses anfractuosilés ; mais ce passage élail rcst('' ignoré , cl , jusipi'à ces derniers temps, on avait considéré l'absence des circonvolutions cérébrales comme l'un de» caractères de l'ordre des Rougeurs. 356 C. RABESTE. NOTE Toiil récemment, Diivernoy , en rendant comple du Mémoire de M. Gratiolet sur les plis cérébraux de l'Homme et des Primates, avait de nouveau annoncé le fait ; mais il se borne à celte courte phrase ■ « Son cerveau a de fortes circonvolutions, mais peu si- mietises. « Ayant eu, depuis la mort de Duvernoy, communication de deux cerveaux de Cabiais (lu'il avait tait préparer, mais que sa mort l'a empêché de décrire , .j'ai pu reprendre ce travail , qui nous pré- sente, à beaucoup d'égards, un assez grand intérêt. Ce cerveau est beaucoup plus large que long ; il a à peu près 5""'-,5 de largeur, tandis qu'il n'a en longueur que 4™", 5. Il est beaucoup plus large à sa partie postérieure qu'à sa partie anté- rieure où il présente un notable rétrécissement ; de sorte oue cha- cun de ses hémisphères, vu par sa l'ace supérieure, représente un triangle rectanalc dont l'hypothénuse serait parallèle à la grande scissure antéro-postérieure. Il est également beaucoup plus élevé dans la partie postérieure que dans la partie antérieure. La surface de ce cerveau présente supéneiu\'ment des sillons très profonds qui délimitent des circonvolutions très prononcées. Mais ces circonvolulious diffèrent de celles que nous observons chez les autres Manunitères, en ce qu'elles ne s'élendenl point sur toute la surface de l'hémisphère, et qu'elles ne paraissent que sur une de ses moitiés. Voici la disposition générale de ces sillons : D'abord nous voyons sur la face supérieure un sillon qui s'étend d'arrière en avant, parallèle à la grande scissure antéro-postéi-ieure qui sépare les deux hémisphères. Ce sillon est interrompu dans sa partie moyenne. Entre ce sillon et la grande scissiu'c longitudinale est interceptée une circonvolution , qui , en arrière de l'interruption, est située un peu plus ]irol'ondément que les parties latérales du cerveau. L'interrupli(tn du sillon extérieur vers la partie moyenne laisse une espèce de pont , qui forme un pli de passage entre cette circonvolution et les circonvolutions extérieures. Sur la partie postérieure du cerveau , qui est la plus large, on voit, de dedans en dehors, un second sillon trèsprofond, et parallèle au précédeul, mais beaucoup plus court. L'espace cérébral, inter- SIR LE CIÎRVEAl DES RONGEURS. 357 posé entre ce sillon et le précédent, est une nouvelle circonvolution parallèle à la précédente. Ce second sillon n'est point symétrique des denx côlcs de riiéinisplière. Puis vient un troisième sillon extérieui- aux deux précédents , et qui leur est encore parallèle. Il est également très profond; mais il est un peu plus lony que le précédent. Ce sillon se réunit à son extrémité antérieure avec le second sillon vertical , à compter d'arrière en avant; il circonscrit une troisième circonvolution longitudinale sur la moitié postérieure du cerveau. Sur la partie externe de cette moitié postérieure de la face supérieure du cerveau, on ne voit plus de sillons longitudinaux, et par conséquent de circonvolutions longitudinales; mais les sillons et les circonvoliilions ont iei une direclion à peu près perpendicu- laire surcelledes sillons et descirconvolutions que je viens dedécrire. Nous avons ici , d'arrière en avant , d'abord un sillon asse?. court, mais très profond, qui a ses deux exln'miti's lihres supé- rieurement et inférieurement ; |iuis lui second sillon beaucoup plus long que le |ireniier, et qui vient se réunir à son extriMiiilé supé- rieure avec le troisième sillon longitudinal sur l'hémisplière droit, tandis que sur l'hémisphère gauche il en est séparé par un petit intervalle. Ces deux sillons forment sur la partie postérieure du cerveau deux circonvolutions beaucoup jilus larges i|ue les circon- volutions longitudinales. En avant de ce dernier sillon , toujours sur la partie latérale dt> cerveau , mais en se rapprochant de la partie antérieure , on voii. deux autres sillons, dont la direclion est de [ilus en yilus oblique Sï., celle des sillons parallèles à la grande scissure antéro-postérieure, à mesure qu'ils se rapprochent de l'cxtrémilé anicrieure du cer- veau. Ces denx sillons viennent abdulir au sillon longitudinal anté- rieur, et délimitent trois circonvolutions latérales, qui, d'abord prescpie verticales, deviennent de plus en plus horizontales, et dont la dernière, antérieure et interne, devient pres(|uc paiallèle à la circonvolution longitudinale antérieure. La dernière de ces cir- convolutions s'unit à la circonvolution interne ;'i l'aide d'un pli de passage qui est li'ès niarqu('. 358 C. DARUSTU. AOTIi La ciiL'onvolufion antérieure et interne présente sur «on bord un prolongement qui se re|)lie en arrière, et qui est eomparable à ce que nous connaissons dans les autres cerveaux sous le nom de circonvo lution sous-orbilaire. Sur la lace inférieure du cerveau, la circouvolulion des hippo- campes présente un développement consitlérabie , et elle est 1res élargie. En dedans de cette circonvolution, est un sillon qui délimite le petit appareil des corps striés et des couches optiques, appareil qui donne naissance au ehiasma des nerl's optiques ipii est ici très développé. En avant de cette partie , fort évasée , et qui est formée par les corps striés, les couches optiques, et la circonvolulion de l'hippocampe, on voit la racine des nerfs olfactifs , racine qui pré- sente dans le Cabiai i!n développement énorme , plus grand peut- être relativement que chez aucun autre Mammifère. Cette racine en sortant du lubciculc olfactif, ef en arrivant sur la face inférieure du cerveau, s'aplalil cl s'élargit considérablement ; puis elle envoie un grand nombre de rameaux, {|ui viennent aboulir en s'épanouis- santsurrexlrémilc anlérieurcdehiçirconvolulionderbippocampe. Immédialenienl derrière le cliiasma du nerf opiicpic, on voit un tubercule sadlant cl assez gros, qiu, d'après M. Duvernoy, repré- sente les éminenccs mainillaires , ici confondues , couune chez beaucoup d'auti'cs espèces , en une seule émiuencc. Toutefois, je dois dire que , n'ayant point disséqué les pièces (pie je décris , je ne puis ici me prononcer (ju'avec doute ; car les personnes qui se tiennent au courant des Iravaux de l'Académie des sciences ne doivent point avoir oublié la discussion (|ui s'est élevée dans son sein, au connnencement de l'année dernière , entre deux anato- mistes illuslres, AI. Duvei-noy et .M. Sei-res, au sujet de ces émi- nenccs. D'après M. Serres, les ("niiuences maïuillairrs seraient des organes propres à l'hounne; les parties (pie Ion a décrites chez les Mammifères , et même chez plusieurs Vertébrés des autres classes comme étant les èminences mamillaires , ne seraient autre chose que le luber cinereum. Entre deux si giaudes autorités , et n'ayant pour établir mou o|iiuiou (pi'iuie étude im|)arl'aile faite au travers d'iui bocal et d'une mas.sc d'esprit-de-vin , je ne puis évi- demment pas me prononcer. SUR LE CERVEAU DES RONGEURS. 359 Je n'ai pu étudier les tubercules quadrijuuieaux qui sont ici presque entièrement cachés entre les sillons des hémisphères. Le cervelet est très développé, et il présente sur la surface des lamelles très nombreuses et peu syméiriqucs, comme cela a lieu dans tous les cervelels des Mariiniirèies doul la laille est considé- rable. Le lobe moyen pi'é.senle quatorze lamelles; les lobes latéraux ont également un assez grand nombre de lamelles. Le pont de Varole est très développé ; il présente sur sa partie moyenne un enl'oncemcnt assez marqué. Derrière le cervelet, on voit sur la partie postérieure de la moelle épinière lui sillon médian et longitudinal assez profond. Tels sont les caractères que m'a piésentés le cerveau du (tablai. En étudiant com|)aralivcnienl plusieurs cerveaux de Rongeurs, j'ai pu reconnaître ()ue les moditicalions de ces cerveaux reproduisent, mais sur une échelle beaucoup plus pelitc. les niodificalinns que nous avons indiquées dans leCabiai. Il n'existe |ioinl dans les autres Rongem's de véritables eirconvo- luliûiis; mais les anfracluosilés cl les dépressions que l'on observe à la surface du cerveau de leui's grandes espèces, sont manifeste- ment, dans leur disposition, l'ébauche et comme l'indication des circonvolutions si développées et si nellcment dessinées du (]abiai. Cela se voit surtout dans la petite famille des Cavidés , dont le Cabiai est le type le plus remaniuable pour la (aille. Dans ces es- pèces , dont la taille va en dimiiniant du Paca à l'Agouli , et de r.\gouli au Cochon d'Inde, on retrouve toujours, seulement plus ou moins marquée, une aiifraclnosité qui i'ap|ielle le sillon parallèle à la grande scissure antéro-postérieure que nous a présenté le cer- veau ilu Cabiai. De |)his, chez le Paca, nous voyons l'indice du se- cond sillon latéral ipii vient se réunir iierfiendiculairement à l'un des sillons longitudinaux de la face supérieure. Dans la famille des Hvstricidés ou des Porcs-Kpics, du moins dans le Porc-Epic ordinaire et le Coenduu à queue prenante, les seuls que j'ai pu étudier, le cerveau nous présente l'indice des sillons perpendiculaires, lundis ijue nous n'y l'ctroiivons point celui des sillons latéraux. Dans les familles des Casloridés et des I^époridés, nous ne trou- 360 C. DABESTE. — .NOTE VOUS plus rien de semblable ; de plus, chez ces animaux, la l'orme du cerveau est un peu diiïérente : il est beaucoup plus élargi en avant que dans les Cavidés. Du reste ces ant'ractuosités n'ont ici aucune espèce d'importance ; et il aurait été inutile de les décrire si je n'avais cherché dans ce travail àmonirer commeiil le développement des circonvolutions, et la disposition des dessins qu'elles l'orment à la surface des hémi- sphères était commandée par la disposition des hémisphères eux- mêmes; et comment, par conséquent, l'élude des circonvolulions pourra nous conduire quelque jour à la connaissance de la structure même du cerveau en nous taisant remonter de l'efi'et à sa cause. Je tenais à étabhr, par un exemple remarquable , comment le même type cérébral peut exister dans les espèces à cerveau lisse et dans les espèces à cerveau plissé. Je crois en avoir donné la démonstration. lAIaintenaut, il faudrait pouvoir établir les cai'aetères de ce type, en les comparant à ceux des types que j'ai décrits dans mon précé- dent Mémoire. Je ne puis le faire ici d'ime manière certaine, parce qu'il est assez dil'licile d'établir ces caractères d'après une seule espèce. Toutefois je ferai remarquer que ce type diffère notable- ment des trois types que j'ai décrits en détail, et principalement du type des Carnivores et de celui des Ruminants. Nous avons vu dans ces types les circonvolutions se disposer avec une régularité assez grande autour de la scissure de Sylviiis. Dans le Cabiai, nous n'avons point trouvé de sillon qui pût, par des caractères tranchés, être comparé à cette scissure , et par suite le cerveau nous pré- senter le caractère de n'avoir qu'un seul lobe. Celle disposition par- ticulière du cerveau nous paraît doue devoir indiquer l'existence d'un nouveau type C('rébral ; mais, avant de pouvoir admettre ce résultat, il serait nécessaire de se rendre compte des conditions du cerveau dans les deux familles voisines des Chéiroptères et des Insectivores. .Malheureusement ces familles ne nous présentent, jusqu'à présent du moins, (pi'uuc seule espèce ayant des circonvo- lutions; et la petite taille des animaux de ces deux familles ne nous wrmet pas d'espérer que ce nondjre s'augmentera. Cette espèce est la Roussette. Leuret a indiqué dans cet animal l'existence des SLIl LE CERVEAU DES KOMGEIRS. 361 circonvolutions; mais il ne les a point figurées, et la descriplion qu'il en donne est tellement incom|ilèle qu'il ne m'a \mnt été possible de m'en servir pour mou travail. J'ai vainement clierché à me procurer un cerveau de Roussette, dont l'étude aurait été pour moi de la plus grande importance. Je signale cette lacune aux ana- tomistes qui auraient des animaux de celte espèce à leur dispo- sition. Il y aurait une autre inélliode iiour décider la question : ce se- rait de clicrciicr à claiilir les caraclèi'cs analomiques de ces cer- veaux au lieu de s'en tenir à l'étude des caractères superficiels. Mais cette métliodc ne poui'ra donner de résultats certains (ju'autant qu'un pareil travail aura été t'ait pour la classe entière des Mammi- fères; et c'est là un travail qui jjrésente des difficultés de toute nature, et pour la réussite duquel le temps est un élément essentiel. J'ai toutefois déjà réuni quelques éléments à cette question, et je ne négligerai aucune occasion de me procurer de nouveaux docu- ments; mais je ne puis encore entrevoir le moment où j'arriverai à des résultats |)réeis. En attendant, je dois me borner à indi(|uer le résultat le plus saillant de mon travail actuel : c'est que le cerveau des Rongeurs nous présente, selon toute apparence, un type distinct de celui des Primates, des Carnivores et des Ruminants; type princi- palement caractérisé par l'absence de la scissure de Sylvius, et par suite par l'absence de la division du cerveau des deux lobes, l'un antérieur, l'autre postérieur à la scissure (1 1. Je ferai remarquer ici ce fait singulier, que si l'on voulait com- parer ce cerveau à un type déjà connu, c'est probablement dans le type des Marsupiaux licibivorcs qu'il faudrait aller cliercber des termes de comparaison. En effet, si nous jetons les yeux sur le cerveau du Kangomou , nous voyons que ce cerveau ne présente point de scissure de Sylvius, et qu'il offre sur la face supérieure (I) Je ne me sers point ici des expressions de lobe antérieur et lobe posté- rieur, parce qu'elles présentent certaines difficultés dans leur application. En effet, nous savcms que dans les Singes il y a trois lobes ; or, le lulie postérieur de la [ilupart des Mammifères correspond au lube moijen des Singes , chez lesquels le loljc postérieur uu lube occipital est une partie surajoutée. 362 C. DABCSTE. — NOTE des sillons longitudinaux et iianillèles à la grande scissure antéro- postéi'ieure , et snr les faces lalérales des sillons qui s'insèrent plus ou moins obliquement sur le précédent. Ce l'ait, d'ailleurs, n'a rien qui doive nous surprendre , car depuis longtemps on a signalé les analogies nombreuses f|ui unissent les Rongeurs et les Marsupiaux lierbivores (|ui l'orment les termes correspondants de deux séries parallèles. Les cerveaux de ces deux espèces sont d'ailleurs différents l'un de l'autre par l'absence du corps calleux et de la cloison transparente cliez les Marsupiaux. Est-il possible maintenant d'appliquer ces résultats, si imparfaits qu'ils soient, à la classification des Mammifères? Les documents nouveaux que j'ai pu recueillir sont beaucoup trop incomplets pour que je puisse l'entreprendre; mais je ne crois pas devoir passer sous silence (|ueli|ues rapprochements curieux. La pensée de cbercber dans l'organisation du système nerveux des caractères pour la classification des Mammifères a été émise, il y a longtemps, par M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire {Dicl. classiq. d'hist. nat., t. \1V, p. 059). « Le système nerveux, dont l'étude a été depuis quekpies années poursuivie avec tant d'ardeur par les anatomistes , mais en même temps si négligée par les zoologistes, est l'un des systèmes où se lisent avec le plus de netteté les conditions essentielles de l'orga- nisation, parce que nul n'a des rapports physiologiques et anato- miques plus multiples; par(!e(pieles modifications, les habitudes et les conditions vitales d'un être, sont nécessairement en rapport avec l'organe central de la vie , et que le cerveau en porte pour ainsi dire l'empreinte. » Sans doute , inie classification , fondée uniquement sur les modifications du système nerveux , serait vicieuse , comme l'est toute classification liasée sur un système exclusif. Mais il nous semble que, après les belles rechercbes entreprises depuis quelques auu(''es par plusieurs anatomistes, on jiourrait dès aujourd'hui déduire ce fait zoologique très important, (|ue chacune des grandes divisions d'une classe île Verlébrés, Ions les ordres, peut-être même le.s familles, présentent, dans certaines i)arties de leur encé- phale , des modifications qui peuvent servir à les caractériser , et SLR LE CLKVLAU DES KONGlillRS. 363 ont, si l'on poiil s'exprimer ïiinsi , leur conslitution cérébrale propre, de même que toutes les yraiides divisions du rèpne animal peuvent être earactérisées par les niodilk'ations de l'ensemble do leur système nerveux. « Ce l'ail aurait pour premier i-('sullat de Udus permettre d'appré- cier les véritables ra|)[)Orts de ces êtres désignés ordinairement sous le nom d'anomauas, et que l'on a si souvent introduits daiisdes l'amilles auxiiuelles ils n'appartiennent pas, et dont ils empêchent qu'on en jiuissc assifziier avec rigueur et précision les caractères et les limites : tels sont l'Aye-Aye parmi les Rongeurs, l'Or- nitliorliynque et rÉeliidn(' parmi lesÉdenlés, et une foule d'au- tres. » Ce passage est très explicite : il exprime très nettement la pensée qui m'a guide dans mes recherches, etsons riiis|iiralioii de laquelle j'ai rt'dii^é mon |)réeédeiil Mémoire. Or cette pensée a déjà guidé plusieurs natuialistesdans des tentatives di^ classilicalion. M. Jourdan, professeur de zoologie à la Faculté des sciences de Lyon et directeur du .Musée d'histoire naturelle de cette ville, a pré.sentéàl'Aïadémie, en octobre 1837, un travail ayant ()our titre: 1^1 oie sur le Muséum d'histoire naturelle de Lyon, sur sa classifica- tion zoologique, classification basée sur le système ncrvevas. Ce travail n'a pas été publié, à ma connaissance du moins. Je vois seulement dans une note d'un mémoire de M. Is. Geoffroy Sainl- Hilaire {Archives du Muséum, t. II, p. 518, (pie M. Jourdan cherche dans le unudii'e des lobes céri'braux, le degré de développe- ment des lobes ii[itiqnes, et la présence ou l'absence des circonvo- lutions, les bases principales de la classilicalion. Mes recherches m'ont ajipris , au conlraii'c, que ce dernier caractère au moins ne peut être employé pour la classilicalion, et coniirment pleinement les doutes que M. Is. Geoffroy Saint-Hilaire avait élevés à leur sujet. Mais si les idé'cs de M. Jourdan n'ont point été publiées , nous pouvons toutefois le;-; connaitie d'une manière approximative ]iar les tableaux de la dassiiication desManunifères, qui ont été donnés, il y a dix-huit ans, jtarlc [uirice de Canino. Dans un travail sur la dassificatifiii des animaux \ertébrés, lu à la Société linnéenne de É â6£ C. DARESTE. NOTE Londres, le 7 novembre 1837 (1), ce naluralisle dit formellement qu'en essayant de classer les Mammifères d'après la structure de leur cerveau, c'est-à-dired'après le nombre des lobes de cet organe, il a suivi les divisions établies au Musée d'bistoire naturelle de Lyon par M. Jourdan. Or nous voyons dans celte classification du prince de Canino , qui reproduit les idées de M. Jourdan, les Mammifères à placenta {placentalia) , divisés en deux grandes divisions, d'ajirès le nombre de leurs lobes latéraux; ces subdivi- sions sont les suivantes : 1° Educabilia, dont le cerveau a deux ou trois lobes Icerebrum bi vel trilobum), comprenant les ordres sui- vanis : Primates, Ferœ , Pinnipetlia , C'ete , Betiuœ, Pecora; l'ineducabilia. dont le cerveau n'a qu'un seul lobe [cerebrum uni- lobum), comprenant les quatre ordres : Bruta.Clieiroptera, Besliœ, G lires. Il serait fort intéressant de savoir si les animaux qui forment cette dernière subdivision , et qui présentent dans leur cerveau la particularité de n'avoir qu'un seul lobe, ont le même type cérébral; ou s'il existe un ly|ie particulier poiu-cbacun de ces ordres, comme nous l'avons constaté cbez ces Rongeurs. Si la première de ces suppositions était vraie, nous y trouverions la confirmation des idées de M. Jourdan et du prince Ch. Bona|iarlc sur la classifica- tion des Mammifères. Ces idées paraîtraient devoir éloigner ces trois derniers groupes du groupe que les naturalistes ont toujours placé à la tète de la classe , celui des Primâtes , près desquels on les place d'après la considération des placentas. Ici je ferai rcmar(|uer que, sanscher- clier à atténuer l'imporlance (|ue ces caractères présentent dans la classificalion des Mammifères , importance sur la(|uelle j'ai insisté dans mon |irécèdent .Mémoire, toutefois l'assimilation des Ron- geurs et des Insectivores, (|ue l'on s'accorde généralement à con- sidérer comme ayant une organisation inférieure à celle de la plu- part des Mammifères ordinaires, avec les Primates, qui, de l'aveu de tous, forment la lète de la série, peut ne pas satisfaire tous les (I) A nciv sijsicm'ilic arrangement of vcriebniled animais, by C.-L. Bona- parte , prince of Musignano — Transactions of the Linnean society, t. XVIII, p. 248. SUR LE CERVEAL DES ROJiGEL'RS. 365 naliiralistes. Il est possible (lu'il y ail dans le mode de développe- ment de ces animaux eerlaines parliL-iilaritcs qui les éloignent des Primates, auxquels ils se rattachent par la considération des placentas. .Mais je me borne ici à indiquer ces questions. Si quelque jour je puis arriver à établir les caractères anatomiques du cerveau pour tous les groupes de la classe dos .Mammifères , je reprendrai cette question dans son ensemble, et je cbercbcrai à montrer, ce que j'entrevois dès à présent, comment les caractères du cerveau coïn- cident avec d'autres caractères pris dans le mode de développe- ment des animaux, ainsi (jue dans leur organisation tout entière (1). EXPLICATION DES FIGURES. PL.iNCHE H. Cerveau du Cabiai. Fig. 1 . Vu par la face supérieure. Fig. 2. Vu par la face inférieure. Fig. 3. Vu de côlé. Cerveau du Chevrotain de Java. A'. B. Je donne ici la figure du cerveau du Chevrotain de Java, que j'ai décrit dans mon second Mémoire sur les circonvolulions , mais que je n'avais pu figu- rer. Je renvoie , pour cette description à ce travail , au.ii Annales des sciences naturelles, i' série, Zoologie, l. I. Fig. 4. Cerveau vu supérieurement. Fig. 5. Cerveau vu inférieurement. Fig. 6. Vu de côté. (I ) Je dois dire ici que M. Paul Gervais m'a dit être arrivé, par ses études sur l'ostéologie des Mammifères, à des résultats très semblables à ceux que j'ai ob- tenus par l'éturle du cerveau, et que M. Mdne Edwards a oblenus par l'étude des placentas. Il serait fort à désirer que le savant professeur de Montpellier pu- bliât ce travail, que nous ne connaissons encore que d'une manière fort incom- plète par le Règne animal édité par Curmer. MEMOIRE SDR LES SPERMATOPHORES DES GRILLONS, Par n. Charles I.ESPËS, Docteur es sciences naluielles. (Présenté à l'Académie des et une femelle, .l'ai eu soin . connais- sant leurs habitudes carnassières, de les mettre dans des tlacons différents. Un des mSles a chanté pendant toute la nuit. Le lendemain , mes Grillons ont paru coni|ilétement faits à leur nouvwiu genre de vie ; ils ont mangi' de graiiil a|ipélil les Insectes que je leur ai donnés. Après ce repas, curieux de voir l'accueil que mon mâle cbanlciu' ferait à la l'cmelle, mais ne voulani pas leurper- mettre de se mutiler, je les réimis sans les perdre de vue. Je les mis donc ensemble dans un petit vase de porcelaine, dont les bords lisses leur opposaient une iiiii'rièrc infraniMiissable. Le MÉMOIRE SUR LES 9PERMATOPH0IIES DES GRILLONS. 367 tnâle, qui était silencieux depuis le matin, ne larria pas, après avoir reconnu sa compagne de captivité , à relever ses élytres ; peu d'instants après , il entonnait un de ses plus beaux morceaux de chant. Jlais ceci ne duni cpie peu de temps; en disposant mal ses élylres , il n'obtenait que des sons sans suite , faibles et saccadés. En même temps, il s'agitait très vivement autour de la femelle, qui paraissait peu se soucier de ses aaaceries. Mais quel ne fut pas mon étonnemenl de voir que, parvenu à une petite distance, il se retour- nait brusquement en dirigeant toujours son abdomen vers la tète de sa compagne. Ce singulier manège dura une dizaine de minutes ; elle toujours immobile et lui produisant des sons peu forts et entre- coupés, et se présentant toujours à reculons. Enfin la femelle parut sortir de son apathie : elle s'avança un peu, et se mil à caresser avec la bouche l'exlrémilé de l'abdomen du mâle , qui s'arrêta court en renuianl encore ses élylres avec rapidité; son ventre était traiiiant à terre, et il faisait des efforts évidents pour l'aiilatirde plus eu jibis , position jieu ordinaire chez ces Insectes, (jui se tiennent le plus souvent à une certaine distance du sol sur leurs fortes pattes. Presque aussitôt la femelle monta sur son dos , pendant qu'il faisait des mouvements violents pour se glisser sous elle. A ce moment ses élytres étaient ai)aissées ; la femelle en avançanl finit par avoir sa vulve au-dessus de l'extrémité de l'abdomen du mâle. La placjue idécato-lergite) qui recouvre l'ouverture de l'anus et les pièces de l'armure génitale futsoulevée; un crochet de celte armure pénétra dans la vulve; immédiatement après, l'extrémité d'un petit coriis brun conduite sur le crochet fut introduite dans celte ouverture. La femelle abandonna alors son mâle, entraînant le petit corps brun dont je viens de parler; mais je la pris sur-le-champ, et, sans le moindre effort , je pus retirer ce petit appareil , dont la partie antérieure était seule engagée dans la vulve. Je l'ai trouvé composé d'une petite ampoule cornée , et d'une sorte de lame mince transparente cl curieusement conlournée. Le mâle parut triste et fatigué', et, iju(iii|ncje lui aie leiidu la femelle quelques heures après, il n'a pas recommencé ses manœuvres. 368 C. LESPÉS. MÉMOIRE En examinant le flacon dans lequel était enfermé le second mâle , celui qui n'avait pas encore chanté , je fus surpris de voir sur la paroi un petit corps brun en tout semblable à celui que son compagnon venait de me fournir. J'ai pu m'assurer depuis que ce fait n'était pas exceptionnel : les mâles privés de femelle se débar- rassent de leurs spermatophores par des mouvements très lents. Cet appareil tombe plutôt qu'il n'est rejeté, et l'animal n'a même pas l'air de s'en apercevoir. C'est dans ce cas la vésicule qui sort la première, et pendant longtemps elle reste suspendue par la lamelle, qui demeure engagée dans l'organe producteur. Les manœuvres dont j'avais déjà été témoin se sont renouvelées bien souvent sous mes yeux ; chaque accouplement m'a fourni un nouveau spermatophore, que j'ai retiré immédiatement de la vulve de la femelle; j'ai pu ainsi obtenir plusieurs de ces organes, et par conséquent j'ai été à même de les étudier. Avec un peu de patience, j'ai pu saisir tous les détails de ce sin- gulier accouplement. I,c spermatophore est situé à l'extrémité postérieure de l'abdomen du mâle ; la vésicule dirigée en arrière est maintenue de chaque côté par une petite palette charnue ; la lamelle est encore engagée dans l'organe producteur, et toutes ces pièces sont recouvertes par la plaque triangulaire dorsale qui ter- mine l'abdomen. Il est assez facile de les voir en place : en pressant lentement le ventre d'un mâle , on le force à écarter les pièces terminales de l'abdomen , et l'on peut, avec un peu de patience et de douceur, pousser au dehors les diverses parties qu'elles recouvrent. Vers le haut se montre d'abord un tubercule volumineux (1); c'est l'anus, au-dessous des pièces cornées en forme de cro<']iets (2), apparte- nant â l'armure génitale. Enfin plus bas, et placée dans la conca- vité de la pièce teiminale inl'érieure (octo-slernitc), on voif la vé- sicule du spermatophore (3) maintenue de chaque côté par une lamelle molle 1 4 1. (1) PI. 10, fig. 1 u. (2) PI. 10, fig. 1 b. (3) PI. 10, fig. 1 c. (4) PI. 10, fig. 1 d. SUR Lies SPF.nMVTdPIIORES DES CRII.I.dNS. 369 Au inoiiiciildc l';ircnii|il('niciil , In |ihii|iie dorsalo so relève , et l'on voit Irôs racilenicnl la V(''sii'iilt' du s|)eriiuiloiihoro. Le croclict fie ranmiro génitale étant introduit dans la vulve, les deux insectes sont solidement luiis. C'est à ee moment que commence l'émission du s[)ei'mato|)lioie ; l'extrémité de la lamelle d'où sort le fdet glisse dans une sorte de rainure creusée en arrière du crochet, par un mouvement analogue à celui que produisent les chirurgiens quand ils conduisent un bistouri sur une sonde cannelée ; puis, par un mouvement rapide d'arrière en avant, la lamelle est introduite, les deux palettes i]ui maintiennent la vésicule s'écartent , et celle-ci reste fix('i' par la lamelle qui seule a pénétré dans le vagin. Dix minutes après unaeeouplement, j'aivu des mâles ipii avaient lin nouveau sperniatophore en place. En examinant avec soin un de ces ap[)areils, au niomenl où il venait d'être ainsi placé, j'ai pu m'assurer qu'il est l)lanc et très mou ; mais en peu de temps il accjuiertla .solidité el la louhnir qu'il doit conserver. Une heure suffit poiu' que ee ciiangement soit complet. Je n'ai jias besoin de dire (pie rien n'est facile comme de s'em- parer (le ce petit corps chez le mille; il suflit de le prendre douce- ment avec des pinces, et l'on jieut ainsi se rendre compte de sa position. Peu de temps a[iiès qu'un de ces appareils a été perdu, soit à la suite d'un accouiilemeni, soit arliliciellement, l'insecte se livre à orte pendant (pielques heures le petit appareil partie dans le vagin ja lamelle;, partie au dehors (la vésicule); il m'a semblé qu'elle ne fait auinn effort pour s'en débarrasser, et (juil tombe tout seul. J'ai vu une femelle, que j'avais prise à la campagne vers une heurede l'après-midi, et qui alors portait un de ces corps, .s'aceoupler vers sept heures du soir. Le sperniatophore tomba au moment où elle venait de monter sur le mâle. Si j'ai pu souvent observer l'accoiiplcmenl du Grillon champêtre, il n'en a pas été de même de celui des maisons; ce n'est jamais qu'arliliciellement que j'ai obtenu le spermatophoiv. J'ai pourtant i' série. Zool. T. III. (Gabier n" G.) * 2 4 L 370 C. LESPÉS. MÉMOIRE VU une fois cliez un Ijoulaiii^LT un mâle poursuivre sa femelle en chantant. II. — Description des spermatophores. Le spermatophore du Grillon champêtre se compose d'uiie vési- cule (1) presque globuleuse, d'un brun plus ou moins foncé, termi- née à une extrémité par une papille blanche (2), et qui se continue à l'autre avec une lauielie (3; transparente, à peu près quadrilatère, formée par une membrane mince, tendue sur trois petites pièces cartilagineuses ; l'une de celles-ci est médiane , et fait directement suite à la vésicule; elle est tubulaire, et contient un filet corné qui se continue bien au delà de la lamelle (h) ; les deux autres , situées adroite et à gauche, sont arciformes, et leurs deux extrémités, recouvertes pur la membrane, forment de chaque côté deux dents d'hameçon (5) qui doivent fixer l'appareil dans le vagin . Le volume du spermatophore vai-ie un peu ; mais ordinairement il atteint près de II millimètres, depuis la papille jusqu'à l'exlrémilé de la lamelle. Le filet parait plus ou moins long , suivant qu'il sort plus ou moins de son tube. Il offre une consistance différente dans ses diverses parties ; tandis que la vésicule est extrêmement solide et ses parois fort épaisses , la lamelle et ses filets cartilagineux sont très mous au moment de l'accouplement : elle est en outre couverte d'un liquide blanc et épais qui m'a présenté tous les ca- ractères du sperme. La vésicule est, ainsi que je l'ai dit, très solide, et ses parpis sont épaisses o-t dures : vers les cxlrémilés, il semble qu'elles sont com- posées de deux couches. Elle est creusée à peu près au ccuire d'une cavité arrondie pleine de sperme (6), qui se termine \m' un tube large dans la papille dont j'ai déjà parlé (7). Dq côté opposé elle se (1) PI. 10,fig. 2 a. (2) PI. 10, fig. 2 6. (3) PI. 10, (îg. 3 c, et fig. 3. (4) PI. 10, tig. 2 d. (5) PI. tO, fig. 2 et 3 e.f. (6) PI. 10, fig. 5«. (7J PI. tO, lig. 5 b. SIR LES SPERSIATOPHORES DES GRILLONS. 371 continue en l'orme do e;iM;il élruil 1 (hins luiile la longueur de la lamelle : c'est ce tube i|ui conlieni le tilet corné. Au moment où l'on retire le spermatopliore de la vulve de la femelle, la lamelle porte ordinairement une gouttelette de liqueur blanche et épaisse ; en l'examinant avec un tort grossissement , j'ai |iu y apercevoir un grand nombre de zoospermes filiformes et très petits (2i : ils ont environ 0°'"',04 de longueur et 0°"",001'2 de lar- geur. Dans la vésicule du spermalophurc , on trouve ces mêmes corps en grand nombre : jamais je ne les ai vus formant ces longs faisceaux penniformcs décrits depuis longtemps ; je n'ai jamais non plus observé leurs mouvements, de quelque manièie que j'aie opéré. Placés dans l'eau, plusieurs se sont courbés en forme de ua'uds (3). J 'ai pris dans les testicules de plusieurs mâles , ainsi que dans la vésicule eopidaliice d'une femelle, du sperme que j'ai trouvé en tout sendilable à celui qui découle de la lamelle, et qui remplit l'ampoule du spermatophore. J'ai lt)ujours trouvé un grand nombre de zoospermes ; j'ai pu constatei' sur eux les principaux faits (ju'ils présentent ciiez les Insectes , excepté le mouvement que je n'ai jamais aperçu distinctement. Quand, après l'accouplement, la femelle laisse tomber ce petit appareil, les parois de la vésicule paraissent légèrement ridées j mais elle contient encore une certaine quantité de sperme. Le fdet corné ne se trouve plus dans le tube de la lamelle. Le spermatopliore du Grillon domestique est entièrement blanc, plus gros et plus court que celui de son congénère des cliauips. La vésicule (4) est terminée postérieurement pai- une papille très grosse i5,. La lamelle '6) est relativement plus petite , et presque pliée en deux dans le sens de la longueur. Je n'ai pu y apercevoir de (ilets cartilagineux latéraux. Elle présente en arrière un fort crochet '7 ,, tandis que l'épine courbe antérieure, si maiNiuée chez (1) PI. 10, Gg. o c. (2) Pi. 10, fig. 6 a. (3) PI. (0, fig. 6 b. (i) PI. 10, Gg. la. (5j PI. 10, Gg. 4 b. (6) PI. 10, Gg. 4 c. (7) PI. 10, Gg. ie. 372 r. I.ESPKS. MKMOIRK le Gi'illiin clinmiir'lic, iiiniH|iii' rlioy, oelui-<^i. En cnin|irininnl In vésicule, on voit l'iicilcinriil hi ciivilé ronfle dont elle est ereiisée , et qni ressemble l'i ce ijue l'on trouve chez le Grillon cli:inii)être. J':ii |iu encore ici oiiserver les /.oosperivies , nuiis toujours ils éliiienl inunoliiles. 111. — Appareil producliMir des spermatophores. L'ori^anisalion inleriie des ()rlho|ilères u éti' déerite avec tant de soin par M. L. Hutour (1 j, (juil ne resie que bien peu de choses à connaître dans l'analornie de ci^s nnimaux. Quant à l'appareil re- producteur niàle des Grillons, j'ai Ironvé sa portion interne exac- tement telle- qu'elle a clé décrite par ce savant naturaliste. C'est à l'exlrémité postérieure du canal dclérent que l'on peut voir nn organe remarquable chargé de la fornialion des spermatophores. Il peut être considéré counne faisant partie de l'armure génitale. Chez leGrilton champêtre, celle armure est formée par une lame courbe composée de plusicius pièces situées à droite et à gauche, et qui sont unies par une membrane n'sistanle, et par une pièce indépendante intérieure, très rcmaripialile. La lame se compose de six pièces solides. On trouve en dessus une sorte de bouclier, qu'il est facile de partager en i\c\\\ sni' la ligne médiane d). Il se ter- mine par trois ci'ochets : celui du milieu (3} joue un grand rôle dansTaccouplenient ; à droite l'I àganclie il fournit nn long filet (Ù), sur \ci\uc\ s'insèrent les lauics cliarnui's qui sontienneut la vésicule du spei'iualophore. Au-dcssons de cette pièce, on en aperçoit deux autres (5) minces et courbes, (pii IVirment un eoutoui' irrégnlier. Enfin, à la face inférieure du bouclier dorsal, ou voit deux petites lames grêles (6j. Pendant l'accouplement, c'est le crochet médian seul qui pénètre dans la vidve, et qui sert de conducteur à la lame du spermatopliore. (1) Analomie des Orllioplères, dans les Mémoires des savants étrangers à l' Académie des sciences , VU, 1841. (2) PI. 10, fig. 7ao, et fig. 9 o. (3) PI. 10, fig. 7 e, et fig. 9 e. (4) PI. 10, lig. 7 bit, el fig. 9 t>. (j) PI 10, lig. 7 et, et lig. 9 c (6) PI 10, lig. 7 dd. el lig. 9 d. SUK I.KS Sl'KltM\l()l'lll)Ki;S DKS GlilLI-ONS. o7o La pièce iiidôpendantc est tonnée en ;iv;iiit par une sorte de stylet nifiii (1), qui est nppliqué à h laee iiilérieiire de la laiiKî dont je viens de p;ti'l(M'. A la liase, ee slylel s'élargit, eliaiii^e de nature , et forme luie lame lilaiiclie cl sli'ii'c eu lravers'2); celle laine , |iliée en deux dans sa lonj;iieur, se conlnurne pour lornicr un circuit irrt'gulier. Hllc csl rcnrcrinée dans luic vésicule 1res mince située au-dessous ih' l'armure génitale cl au-dcvani des deux palcllcs (pji siiulienricnt l'ampoule du speriualn|ilii)rc. Celle potiie est large- ment ouverte en avant et au-desst)us de l'armure génitale. C'est près de ccll(^ uuverlun» que di'lxiuclie le canal déférent i3, , après avoir conldurné' la |iarlic inlerieure de la vésicule (6 ). i.a lame dont je viens de parler est l'organe prodiietcur du sper- matophore; elle présente, sur sa face convexe, luie ligne transpa- rente, sur la(|nelle se forme le tube qui contient le fdetde cet ajipa- reil : sa largeur est jilus considéraliie aux deux exlrémi(('s. A la partie terminale de la porlion l'iargic iid'éricmc débouche le canal éjacuiateur. J'ai vu un s|ierma(0[>liore en voie de dévelii|ipcmenl ; il était constitué par une memlirane 1res mince. Quand un d(» ces appareils est complètement formé, la vésicidc abandonne l'organe (|ui l'a jiroduile, elle est cliassi'e par l'ouverlurc dont j'ai parlé, cl vient |prendre place entre les deux lames cliarnues ; mais la lamelle reste |>laeée au-dessous du stylet de l'armure. L'armure génitale du Grillon domesticpie a la plus grande ana- logie avec celle de son congénère des champs. On peut y recon- naître une lame complexe supérieure et un stylet inférieur. La lame supérieure se compose encore chez cet insecte d'uii bouclier 5 facile à diviser sur la ligne médiane, mais dont le bord libre ne présente aucun crochet, (lu h'ouve de même les deux arcs i|ui formeni un circuit irré'gulici' (i . mais ils pnrlcnl chacun une (IJ l'I. 10, li;,'. !l /.. (2) PI 10, (ig. 9 Im. (3) PI. 10, fig. 9 n. (i) PU 0, fig. 9k:y:j. (5) PI. 10, fig S aa. eUig. 10 -/ 6) PI. 10, fig. i ce, eUig. 10 i. 374 c. i.ESPËs. — Mibidiiti: lamelle (1); en outre les deux hmics f^rèles (|ni, eliez le Grillon des eluinips, sont placées à la face inférieure du bouclier, se pré- sentent ici sous la forme de forts crochets (2). Je pense que pen- dant l'accouplement ils servent à fixer la l'enielle , et remplacent le croeliet unique du Grillon champêtre. Le stylet inférieur (3), qui est cxtrèmemeni mince, se ccmlinue avec une lame blanche (4), dont la lurme seule dill'ère de ce (pie nous avons trouvé chez le Grillon champêtre : celte lame (iroduit le spcrmatophore. A son extrémité inférieure débouche le canal éja- culateur (5). Après avoir étudié cet appareil, il devenait nécessaire de recher- cher la signification des pièces si remari[uablcs qui le composent. On sait, depuis les travaux d'Audouin et ceux de M. Milne Edwards, que les anneaux des Articulés sont formés de six pièces solides, et peuvent porter deux paires d'appendices. M. Lacaze- Duthiers a démontré que l'armure génitale des femelles peut tou- jours être ramenée à ce type, et (|ue les [lièces qui la composent appartiennent au neuvième segmentde l'abdomen, l'ouverture géni- tale étant toujours située entre le huitième et le neuvième anneau. Je crois qu'il est facile de déterminer les pièces qui consliliient l'armure génitale mâle des Grillons. Le neuvième anneau est formé par le neuvième arceau dorsal (ennato-tergite I. Chaque moitié de la pièce nH'diane de l'armure est une épimérite (6j ; les deux arcs repri'senlcnt les épisternites (7> Chacune de ces pièces porte un croi'het dans le Grillon domestique : ce sont le sterno-rabdite (8) et le tergo-rabdite (9). Celui-ci existe seul chez le Grillon champêtre. (1) PI. 10, fig. 8 ee, et fig. 10 c, (2) PI. 10, fig. 8 dd, et fig. 10 d. (3) PI. 10, fig. 10 h. (4) PI. 10, fig. 10 Im. (5) PI. 10, fig. 10 99,». (6) PI. 10, fig. 7, 8, 9, 10 a. (7) PI. 10, fig. 7, 8, 9, 10 c. (8) PI. 10, fig. 8 el 10 e. (9) PI. 10, Hg 7, 8, 9, 10 d. SUR LES SPERM.VTOl'lIOllÈS DES GRILLONS. 375 Toutes ces pièces sont groupées à la partie supérieure de l'appa- reil ; mais au-dessous se trouve le stylet fil et la lame productive du spcrmalo|ihore ijui ne l'ont qu'une seule pièce (2j : par ses con- nexions il est facile de la reconnaître pour un sternite. C'est à sa partie inférieure (aniéricure si nous la supposons dé- roulée) que se termine le canal éjaculateur '3"). Ce canal s'ouvre donc entre roeto-slernite et l'cnnato-sternilc, exactement comme le vagin chez les femelles. Le stylet corne joue un rôle important : il m'a semblé qu'au mo- ment de raccoMpli'nicnl il contribue en grande partie, si ce n'est seul, à pousser en liaul la lamelle du spermatophorc, et, par consé- quent, à introduire l'Ct appareil. Le canal éjaculateur dirigé horizonlalenieul, d'avant en arrière dans sa partie antérieure, s'incline vers le bas an niveau du septième ainiean abdominal, puis il se relève en cmilournant lapoclicdans hKjnclleesl sécrété le spermatopliore i 4). Parvenu à sa face posté- rieure, il s'ouvre dans celte cavité par im pore dirigé d'arrière en avant (5). Daus le Grillon champêtre ce canal est coloré eu brun ; il est transparent dans le (Jriilon domcsli(iue. r\'. — Conclusions. Il n'sultc des faits S. 377 Fig. 9. — L'armure génilale rlu Grillon champêtre vue de profil, pour montrer la disposition de la lamelle qui sécrète le spermalophore; la moitié gauche de la plaque supérieure de l'armure a été enlevée. — o , épimérite du côté droit. — 6, son filet corné qui porte la lame charnue. — c, épisternile du même côté. — e, crochet médian de l'armure. — gij, canal éjaculateur. — A, filet corné inférieur ou sternite, qui se dilate pour former la lanie (m. — k, dilata- tion qu'il présente avant de s'accoler à l'armure. — ii, point où s'ouvre le canal éjaculateur. Fig. 10. L'armure génitale du Grillon domestique vue de la même manière. — a . épimérite du côté droit. — b. son filet corné. — c, épisternite. — d, grand crochet itergo-rabdite). — e, petit crochet (sterno-rabdile), — gg, canal éjaculateur. — A, filet corné inférieur ou sternite qui se dilate pour former la lame Im. — », point où s'ouvre le canal éjaculateur. Nota. — Depuis l'impression de ce mémoire, j'ai pu m'assurer que le Grillon des bois présente des faits analogues. J'ai pu aussi voir le développement des zoospermes du Grillon domestique ; en suivant les modifications de ces petits corps dans la vésicule copulatrice de la femelle, j'ai fini par les trouver mobiles. • EXTR.MT D'UNE LETTRE SUR DES EXPÉRIENCES RELATIVES A LA IRANSBISSION DES VKRS l.M'l-:ST[NALX GHKZ L'ESPÈCE HUMAINE, ADRESSÉE A L'AC&DÉMtE DES SC1E>CES Par n. KUCHEX.nEIVrRR, de Zitlan. Au mois (le murs 1853, j'avais demaiitli' iiiutik'iiiiMil l'aiilorisa- tion d'admiiiisti'er des Cyslicei'(|ues à une l'enime condamnée à mort; mais une occasion vient de m'èlre fournie |iiiMf teiitei- une expérience de ce trenre, cl j'en ai|inilil('', (|iini([ne le tem|is d(inl je jiouvais dis|i(iser ne devait èlref|ue de six à liiiil jdurs. Eiivirmi ei'nl Irciile lieiu'cs avaiil le imiiiienl lixi- pinir l'exi'cu- tion d'une reiiiine eundamiK'e à la déca|iilaliiin [loiii- assassinai, je lui fis avaler, à son insu, un Cysticeriiue téntiicollc, et, au lioutde vingt heures, je lui donnai six Cystieerques pisit'onncs, n'ayant pas à ma disposition des Cystieer(|ues cellulaires. Ces vers, dépouillés de leur vésicule caudale , lurent adminislii's dans un polajre , dont lu température était à peu |)res celle ilu corps humain. Environ 378 KL'CUEIMiMEISTUU . TRANSMISSION fjiiatre-vingt-quatre heures avaiil l'exéculion , j'ai |ui me iirocurer fie la viande île Coclioii , eoiifeiiaiit des Cys(icei(iues cellulaires provenant d'un animal tué depuis soixante heures, et le lendemain je fis servir à laeondanmée du boudin dans lequel j'avais introduit douze de ces vers; enfin d'autres Cysticercpies cellulaires, au nomi)re de dix-huit, puis de quinze , ensuite de douze et dix-huit, lui turent administrés avec les aliments, qu'elle prit dans divers repas ipii précédèrent son exécution de soixante-quatre heures, de vingt-quatre heures , et de douze heures. Le lendemain de l'exécution , je me rendis à l'Institut anato- niique où le cadavre avait été déposé; mais je n'ai pu faire l'au- topsie que quarante-huit heures après la mort. Ayant fait tremper les intestins dans de l'eau pendant quelque temps, je parvins à découvrir dans le duodénum (piatre jeunes Ttenias, qui tous avaient encore sur la tète une ou deux paires de croeliets. L'un de ces vers avait encore la courorme de crochets presque complète. Tous avaient déjà leurs proboscides (rostellum), et les crochets, à l'aide desquels ils s'étaient fixés aux parois de l'intestin ; enfin ils avaient tous à l'extrémité postérieure de leur corps une échancrure et une inversion , comme on en voit sur les Cysticerques ingérés dans le tube digestif des chiens. Ces parasites avaient de 4 à 8 niillimètros de long, et ressemblaient au Tœnia soliuni par le nombre , la grandeur et la forme de leurs crochets ; mais les fossettes ([ui logent ces appendices étaient dépourvues de pigment, et peu distinctes. .le trouvai au.ssi dans la lavure des intestins six autres Tœnias qui manquaient de crochets, mais qui, du reste , ressemblaient tout à fait aux préci'deiits. (]ette expérience a donc fourni les résultats suivants : 1° Le Cysticerque cellulaire est le scolex du Tœnia solium de l'homme. 2° L'infection de l'Iiounne parle T.soliumQ<,[ produite, comme tous les autres phénomènes du même genre , par l'ingestion de Cysticerques. '6° (]etle ingestion pi^ut se faire à notre insu , ainsi (pi(\jc l'avais avancé dans mon iMémoirc présenté à l'Institut |)our le concours DKS VERS INTESTlX.vrx CHEZ l'eSI'ÈCE IllMAINE. 379 (le 1853, pt (Ifins mon diiviMpc sur les Osloïdes, j)iiblié en alle- mand, y Zillaii, en 1853. 4° Les règlements de i)oliee relalils à l'Iiyglène publique doi- vent être modifiés , en ce (jui eoneerne la vente de la viande in- fectée de Cysticer(|nes. Je profiterai encore de cette circonstance pour revenir sur le sujet de l'éducalion des Vers cysliccrques à l'aide d'œnfs de Taenias. 11 a été constaté, par moi d'abord, puis parle professeur Huhner et moi, ensuite par M.M. Van Rencden, Curll, Eschricbt, R. Leuci l't . ^ /■/ '3. \PH :.i . Zoaf /om. jr />( /■/'/ lO./ C ù'cof/ vo//^//.o/is ,/// le/'ot'4? mY fiemc/bf ijnji r ^cf ,'. J'y /6\ Xo.'t 7; /tir-/ rtfTsH mTTJ ^; Ami dùSikÙ7i^ nai i'Siru-- Zooi T3.Fl. 4. 'l'-iAiiyi ai.' iriAv-.(/«A™ Rorqual fossile 2. Histialosa Thiolhen .■In/I du SatTU na/. i* Sirie 7m! r3. n. s. . Ursus Bonanensls 2 .5. Toxodon plalensis 6. Elephas -■/nn ,if.f Sr/f/ir . nti/. .?,.-'/ r,.mf :i. /'/ t: t^/-t/t/^/»\f /uy/'û,/// r//-///-.!- ,/e.t .Wi/rftt/fot/f.v V /lri.,^„J ,mf r ri'rtr A'ovff., A( /:// ,/rift i/i\t .i'i-à^m- . nit/ J'Stv-it 2ool Tomf .î . /Y. ; fhu/t7/ie.i- ?-iy'rot/ur/t'//rs t/r.f .^t/r/tr^o^e ,'tnn i/ej , 'l'etefie na/. . Koot romc .* /'/ l (h-f//f'i///t/'i'///\'- i/t'.y J/t/z/nvot/iw .//-.• A.;v>r.t tiS. /iir ^^^JJ^VSHMÏÏS^ rt>t/ftc/rif/\v //('.T J/t/r/ti/KuA's . •y /t'-faontt tmf r dae .*i»vivif tî!' /iiri. ./■'" >/'-.'■ Scrtvi. fi.i/ Au>/ /../« :i /'/ . ^Y ^ranj.anfi.r JefJfftfer^. gS. 2^am. Z D.,* fivmt/i/ ,/„ C/j,,,, ,./ ,/„ /'/„;„„/,„„ ,/, ,/,// y Mfm^nJ ump r Jxg A',-ytrj <■.• / A